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La liberté sexuelle 15

août 16, 2020

La liberté sexuelle 15 (pp. 136 à 145)

Quel danger représente un vieux curé de 70 ans ?

On prétend que toutes ces règles concernant la sexualité visent la protection du jeune. Quelle protection ? Les jeux sexuels ne mettent pas leur santé physique en danger et personne n’a encore fait une dépression après avoir eu trop de plaisir. Rien n’a changé par rapport à la pédérastie de la Grèce antique. Le pédéraste essaie de donner assez de cadeaux pour obtenir les faveurs du plus jeune. Comment peut-il souffrir dans ce cas ? Souvent, au contraire, le pédéraste apporte une connaissance qui ne serait pas autrement à la portée de son jeune amoureux. Par exemple, il l’amène avec lui en voyage. Est-ce que ça blesse ? En fait, les féminounes craignent que les pédérastes soient mieux perçus par les garçons qu’elles. Elles ont peur que le petit devienne homosexuel. Quel honte préférer un homme à une femme !

En fait, c’est le vieil interdit qui nous vient de l’ignorance et qui a permis aux religions de dominer partout. Pas de sexe en dehors de la procréation. Tu n’es pas normal si tu n’es pas hétéro. Grâce à la peur, la société a toujours véhiculé une haine profonde de tous ceux qui n’obéissent pas à sa haine des gais.

Comment peut-on prétendre protéger des jeunes quand on accuse un prêtre de 70 ans d’avoir touché à un mineur trente ans plus tôt ? Ça sent plutôt la vengeance que la protection. Quel danger ce curé représente-t-il pour les jeunes aujourd’hui ? Il suffit d’une claque pour le faire voler au vent. Il faudrait ajouter du viagra pour le faire bander et le forcer à enlever son dentier parce que ça suce mieux sans dent. Pourtant, des poursuites contre de prétendus crimes sexuels vieux de plus de dix ans, c’est ce qui arrive fréquemment. Pourquoi parler de protection quand il n’y plus de danger, sauf une vengeance irrationnelle ?

La réalité est toute autre : l’Église catholique avec ses milliards a décidé que ça serait moins de trouble de payer que de remettre en question son discours. L’Église préfère ne pas se mouiller en révélant que finalement les péchés de la chair, c’est une invention de vieux puritains attardés.

J’aurais aimé être victime pour pouvoir partager un petit 100,000 $ parce que je me suis fait tâtonner quand j’étais plus jeune. Pour ce prix, je peux prétendre que ma vie fut bouleversée. Je ne connais pas beaucoup de curés qui t’offraient un premier joint et qui peuvent être ainsi accusé de t’avoir incité à te droguer. Je n’ai jamais entendu un jeune se plaindre de souffrir d’une mésestime de soi parce qu’il a participé à un jeu sexuel, à moins qu’il ait un si petit pénis qu’il se sente à jamais inférieur. Il faut bien inventer une raison pour expliquer pourquoi on se drogue. La cause sexuelle pour se droguer est une obsession de psychologues. Le pharmaceutique est avec l’immobilier le moyen par excellence de blanchir de l’argent sale. Nous vivons déjà dans le meilleur des mondes.

Le vrai scandale est que des prêtres furent tués en prison aux Etats-Unis à cause de cette vague hystérique de chasse aux pédophiles. Un meurtre, ça n’a aucune proportion avec un crime sexuel. Il faut être malade pour croire que ces prêtres méritaient un tel traitement.

La pègre et ses proxénètes bénéficient d’une prescription de deux ans pour avoir forcé des femmes à travailler pour eux. La disproportion est strictement maladive. Mais, c’est vrai, ce ne sont que des femmes, après tout. Elles sont habituées à se faire battre. Les féminounes n’en parlent pas. Pour elles, la douleur c’est le sexe.

C’est là où nous conduisent les luttes pour une pureté irrationnelle et contre nature.

Si on revoyait nos lois, les travailleuses du sexe pourraient être obligées de vérifier leur état de santé et la police pourrait intervenir contre ceux qui sont violents avec elles. Quelle hypocrisie ! Dans notre monde actuel, la chasteté est plus importante que la vie.

Le seul élément qui explique une telle folie est l’irrationnel, l’incapacité humaine de contrôler ses sentiments. Il n’y a pas que le sexe dans les jeux sexuels. Il y a les sentiments. Comment un plaisir peut-il détruire l’estime de soi ? Absolument impossible, mais il faut bien inventer une raison pour justifier cet interdit, (en dehors de la violence toujours).

J’ai appris dans mes procès que la vérité n’a absolument aucun droit. Les procureurs interprétaient les faits, nous prêtaient des intentions qui n’avaient jamais même effleuré notre cerveau, la vérité ce n’était pas important. Quand un juge est obligé de se récuser parce que le témoin affirme qu’il ne sait pas s’il dit est ce que la police lui a dit de dire ou si c’est ce qui s’est passé devrait suffire pour prouver que parfois les procès sont organisés. Dans mon cas, on a présenté 52 photos, tous étaient vêtus, mais on a prétendu que ce n’était pas normal d’avoir autant de photos de jeunes garçons. Ce n’est plus un système de justice, mais l’Inquisition. Une raison suffisante pour être à jamais écœuré de la société.

Quand tu tues, tu fais tes 25 ans et tu sors. S’il y a un toucher sexuel, du plaisir mutuel, tu es quand même pour le reste de ta vie sur une liste de personnages dangereux parce que c’était sexuel. On parle d’agression alors que tout n’est  que plaisirs. On peut retourner dans ton passé aussi loin que l’on peut pour t’accuser à nouveau. Puis, reconnu coupable, on peut te mettre sur une liste à surveiller pour le reste de ta vie. Sans violence, si ce n’est pas de l’acharnement, de la bêtise, j’aimerais bien que l’on me dise ce que c’est.

La liberté de conscience me donne le droit de ne pas croire dans ces mensonges et ces hypocrisies, même si elles existent depuis des siècles.

J’ai le droit de croire que la sexualité est ce qu’il y a de plus beau et de plus grand. Que si Dieu a inventé le plaisir pour nous punir, c’est un salaud. J’ai aussi le droit de prétendre qu’au contraire ce sont les malades de la chasteté qui devraient être soignés, car ils propagent une peur du sexe qui n’est pas justifiée.

L’homophobie est la racine de la guerre contre la pédérastie.

Sauf la violence, Il n’y a rien qui justifie d’interdire la pédérastie. Mais, depuis quelques temps, on essaie de faire croire qu’un jeu sexuel peut se révéler porteur de séquelles. Si on analyse la réalité, on s’aperçoit que les plaignants avaient déjà de très sérieux problèmes de personnalité avant même d’avoir connu une expérience sexuelle. Si une relation sexuelle créerait le besoin de se droguer pour oublier, il y a une tonne d’hétéros déçus par leur expérience amoureuse qui se seraient déjà défoncés. C’est ridicule. Un toucher, une caresse, ça fait pas mal, à moins d’être malade. Et, la notion de bien et de mal chez un jeune n’existe pas avant sept ans, comme le disait la religion, avec son âge de raison. Si cette notion est inexistante comment un jeune peut-il être traumatisé par elle ?

Les séquelles sont une invention de psychologues pour justifier leur nécessité d’intervenir auprès des prétendues victimes. C’est plus payant que de reconnaître que ces jeux sexuels sont inoffensifs, sauf s’ils rendus publics et que l’on crée autour une atmosphère carrément hystérique. La santé mentale, c’est savoir s’accepter, se pardonner ses erreurs et non condamner l’humanité entière pour ses erreurs.            Plutôt que de voir le bien du petit gars, on s’insurge contre ce qui s’est passé. Si on pouvait avoir la peine de mort contre les pédérastes, on n’hésiterait pas une seconde. C’est carrément fasciste, mais c’est ainsi. D’ailleurs, les droits de la personne ont justement été créés pour protéger les individus contre l’arbitraire de la majorité. Plus les religions redeviennent présentes, plus nous vivons dans l’arbitraire et l’irrationnel.

La plus grande séquelle naît souvent de l’interdiction faite au jeune de revoir une personne pour laquelle il est profondément amoureux. La castration n’est pas que physique, elle existe aussi dans les sentiments entourant l’amour et l’amitié. Être privé de l’être qu’on aime c’est aussi pire que d’être castré. C’est un viol émotif.

Si les jeux sexuels sont inoffensifs, s’ils demeurent dans la dimension de non- violence, de jeux, pourquoi donc les parents deviennent-ils fous ?

D’abord, une question d’éducation. Comme le disait A.S. Neil, un enfant frustré sexuellement est un enfant docile, soumis. Les parents jugent de la situation selon leur éducation. Or, on a toujours décrié la sexualité. Il ne faudrait pas s’attendre que leur comportement soit différent. Ils n’ont pas encore échappé aux flammes de l’enfer et ils aiment assez leurs enfants pour ne pas leur souhaiter l’enfer éternel. C’est donc bien normal. Les médias répètent sans cesse qu’il y a des séquelles, ce doit donc être vrai qu’elles existent, on en parle tout le temps.

D’autre part, quand tu n’es pas gai, pédéraste, c’est impossible de savoir ce que ces bizarres d’individus ressentent. On oublie de montrer qu’il n’y a aucune différence dans l’amour, la passion hétéro, gai ou pédéraste. Être en amour, c’est la même chose quelle que soit ton orientation sexuelle. C’est un sentiment. C’est un attrait. C’est un attachement. Souvent une identification.

La seule véritable raison qui persiste après analyse : on ne veut pas de la pédérastie parce qu’on a encore peur qu’un petit gars puisse aimer ça et devenir gai.

Le danger fut invoqué des millions de fois auparavant à tel point que les gais eux-mêmes se sont souvent ligués contre les pédérastes pour ne pas passer pour des pareils. Des pervers qui conduisent des plus jeunes au péché. C’est stupide. L’orientation sexuelle est innée. Ce n’est pas une expérience qui va la changer. Un hétéro trouvera toujours répugnant de se faire sucer par un autre homme. C’est dans sa nature profonde de chercher une femme. Seule une très profonde détresse sexuelle les amènera à consentir à un tel sacrifice, une telle honte. Cela serait d’ailleurs beaucoup plus répandu qu’on le dit.

S’il ferme les yeux, il va autant jouir ; mais il sera incapable de supporter l’idée que la bouche appartienne à quelqu’un du même sexe. Ça lui donne la nausée. Est-ce seulement une question d’éducation ? Ce n’est pas une aventure

passagère qui arrive avec un certain âge qui déterminera ton orientation sexuelle. C’est ta nature profonde qui déterminera ce qui t’attire et ce qui te répugne. Il faut admettre cependant qu’il y a de plus en plus de personnes qui se disent bisexuelles. Est-ce une mode ou une nouvelle réalité ? Est-ce que les hétéros et les gais auraient subi un blocage qui les empêcheraient d’être les pervers polymorphes que tous les individus sont en naissant ? Une chose est certaine de nos jours la publicité essaie constamment de réveiller en nous le  goût d’être hétérosexuel. On commence à peine à tolérer les gais dans les romans. Pourtant, un pervers est celui qui vit contre sa nature profonde.

La pédérastie est une vie d’enfer à cause des préjugés sociaux.

La société québécoise nage en pleines contradictions. On subventionne des cours pour affirmer que l’on a droit à son orientation sexuelle et en même temps, on criminalise des touchers, des sollicitions sexuelles entre deux personnes qui n’ont pas le même âge. Une seule séance sexuelle est à l’origine de multiples accusations juste pour faire croire que le système à raison de sévir. On pense que plus on en met, plus c’est horrible alors que c’est exactement de la même situation dont on parle.

On va jusqu’à poursuivre des adolescents comme s’ils étaient des pédérastes, de méchants prédateurs, parce que leur compagnon est un peu plus jeune qu’eux. C’est avec cette bêtise quasi absolue qu’on dirige nos bonnes mœurs au Québec.

C’est moins pire que chez les Islamistes, où la folie l’emporte totalement ; mais on pourrait essayer de donner l’exemple en faisant preuve d’un peu plus de compassion. On pourrait avoir la condamnation un peu moins facile comme nous l’enseigne le christianisme.

On punit un individu pour possession personnelle de pornographie juvénile, sans même avoir une intention commerciale. Un gars qui regarde des jeunes gens gais nus, se caressant, n’est pas dangereux même s’il se masturbe en les regardant, caché dans sa chambre. En fait, on se sert du système judiciaire pour appliquer les règles religieuses sur la sexualité. On fait semblant de vouloir protéger le jeune alors qu’à travers ce que la télévision lui apprend, on lui fait la morale. « Toutes les peurs féministes prennent des proportions nationales. »

On invente une littérature de la jeunesse pour extirper toute trace de sexe dans les livres alors que les jouets leur apprennent à tuer.

Si on a une littérature de jeunesse, ne pourrait-on pas ficher la paix aux adultes dans une littérature pour adulte ? Pourquoi n’aurais-je pas le droit d’essayer d’expliquer la pédérastie à des adultes ?

Dans son livre sur La révolution des droits, l’ex-chef libéral fédéral, M. Ignatief disait que les droits de la personne ont été inventés pour protéger les individus contre la majorité. C’est très beau dans un livre, mais quand il s’agit de l’appliquer, on trouve toutes sortes de nuances pour contourner ce que l’on vient d’affirmer.

Même si la pédérastie est une orientation sexuelle, on trouve moyen, grâce à la ferveur populaire, de le nier. En réalité, sauf l’aspect intergénérationnel, la pédérastie est une forme de vie gaie. Elle existe depuis toujours et existera toujours.

La justice n’existe pas sur cette terre. Elle protège les intérêts du système. La répression sexuelle est fortement économique. On l’emploie pour que tous pensent la même chose. Il faut obéir sans même y réfléchir. C’est d’ailleurs ainsi qu’on vote.

Quand la punition coûte plus cher que le bienfait qu’elle apporte.

Pour savoir de quoi je parle, rien de mieux que de me servir de mon expérience personnelle. Socrate disait que l’on ne connaît que ce que l’on a vécu.

Comme par hasard, la prison dans mon cas est toujours arrivée dans des situations politiques particulières. On a tout au plus, quand j’avais 20 ans, pu démontrer que je me masturbais avec un ami plus jeune que moi. La seconde fois, j’avais baissé mes culottes quelques secondes. Et, finalement avec Mathieu, j’aurais déposé mes doigts paralysés sur son petit zizi quelques secondes. Rien pour blesser qui que ce soit. Même que Mathieu est revenu me trouver pour s’assurer que ce qui arrivait ne l’empêcherait pas de pouvoir revenir en voyage avec moi. Cependant, j’avais été classé felquiste-révolutionnaire dans les années 1970. De plus, j’étais président de la Société nationale des Québécois, à Val- d’Or.

Je suis allé dedans la première fois vers 1963, j’étais journaliste et je contredisais Jean Lesage dans son projet pour relier Québec à Lévis. Je m’élevais aussi contre le patronage. J’ai raconté cette histoire dans mon roman publié chez Parti pris, Laissez venir à moi les petits gars. J’en ai mis un peu plus pour mieux faire ressortir le fait qu’il ne s’était pratiquement rien passé, sauf avec mon petit ami.

La deuxième fois, j’étais un activiste, comme ils disent, qui manifestait pour la langue française, ayant été congédié pour avoir écrit en français à Montréal. J’essayais en même temps de vivre l’expérience des écoles libres comme Summerhill. Je vivais avec une femme et ses deux enfants.

La dernière fois, j’étais le même activiste, président de la Société nationale des Québécois, à Val-d’Or, je me battais pour l’indépendance du Québec, même si j’enseignais dans le secteur français d’une école anglaise, ce qui m’a permis de faire le lien entre les religions et l’assimilation.

Je suis peut-être le seul à croire qu’il y a un lien politique entre mes séjours en prison et ce qui se passait dans ma vie sexuelle.

Que l’on me punisse parce que je n’obéis pas à des règles que je combats parce que je les trouve non seulement stupide, mais un abus contre le droit à l’orientation sexuelle et à la vie privée individuelle, ne me scandalise pas outre mesure. J’écris depuis les années 1980 pour abolir les crimes dits sexuels qui ne sont pas à caractère violent. Dans d’autres pays, j’aurais tout simplement été tué.

Je ne suis pas assez fou pour croire que je suis au-dessus des lois. Même si elles sont idiotes et basées sur l’ignorance, ce sont quand même les lois de la majorité des nations de la terre à cause des religions. Ce n’est donc pas un ti-cul comme moi qui peut tout changer en quelques années. Il est normal que le système essaie de me museler, car si on me croit, ça risque de brasser. Personne n’aime se faire mentir et être abusé. En fait, j’ai toujours été plus révolutionnaire que pédéraste. Mon cheminement m’amena à devoir vivre à temps partiel ma pédérastie, puisqu’elle était en contradiction avec mes choix de vie.

J’ai accepté des compromis dans mon crédo pédéraste : en adoptant mes deux garçons, je ne pouvais plus vivre totalement ma liberté sexuelle puisque le plus jeune était hétéro et il ne voulait rien savoir de mes idées et de mes amis. Notre amour a été plus fort et j’ai dû constater que la paternité exigeait de mettre de côté mes tentations. Sa mort parce que la jeune fille qu’il aimait l’a quitté est la pire chose que j’ai vécu. Pour compléter le tableau, je suis devenu professeur. J’ai donc dû apprendre le fameux : «Never on the job» du Grand Gabriel.

Rien ne devait transparaître de ma pédérastie à l’école et ma vie sexuelle devait se dérouler en dehors de mon travail. D’ailleurs, on a jamais pu rien me reprocher de sexuel dans ma vie de professeur.

J’avais appris à me retenir et à me masturber le soir si la tentation était trop grande. L’humour me permettait aussi de passer à travers les embuches. Les jeunes du secondaire sont beaucoup moins niaiseux que les générations précédentes esclaves des religions.

Autant on n’est pas responsable de son orientation sexuelle (on est ce qu’on est), autant on est pris avec elle pour le reste de sa vie. Tout ce que l’on peut faire c’est essayer de se contrôler pour continuer d’être utile à notre société. C’est ce que j’ai essayé.

J’ai voulu dans mes livres expliquer ce que l’on vit quand on est dans le un pourcent de pédérastes sur terre. La démocratie et la justice sociale passent par une transparence presqu’absolue. Les sociétés ne peuvent pas évoluer en dehors de la tolérance, car, tout en étant égaux, aucun individu est différent. Chacun a un rôle essentiel.

Je ne sais pas pourquoi, mais les hommes refusent d’évoluer émotivement et préfèrent se réfugier dans ce que l’on a bien pu inventer pour donner un sens à leur vie.

Le vrai pouvoir n’est plus officiellement religieux, mais carrément économique. L’argent, ce sont les armes, les dictatures, les profits. L’argent c’est devenu la liberté. Mais, pourquoi en faut-il autant puisqu’en mourant on ne peut rien apporter avec soi ? C’est complètement fou, mais c’est notre monde actuel.

On détruit tout, en autant que l’on se fait de l’argent. On met même en péril la race humaine pour faire plus de profits. C’est complètement idiot, mais c’est ce qui mène le monde aujourd’hui. Ce ne sont pas les pédérastes qui seront responsables de l’impuissance sexuelle des mâles dans une décennie, mais la pollution due à la surconsommation. Mais ça on n’en parle pas ou plutôt on parle du danger pédophile pour faire oublier les vrais problèmes. La terre ne pourra bientôt plus nourrir tous les humains et on refuse de revoir nos notions sur la sexualité. Pourtant, on nous a toujours appris que Dieu est amour. S’il est Amour comment peut-il accepter que la majorité des humains vivent dans la misère ?

Mon ami policier, Pierre Faucher, me disait que le meilleur moyen de savoir si on est victime d’une trappe politique, c’est de voir si les représailles dépassent le bon sens. Dans mon cas, je suis convaincu que la société québécoise, en me punissant, s’est privée d’une personne qui pouvait l’aider à améliorer les choses. Non seulement on m’a interdit d’œuvrer dans ce que j’étais le meilleur : l’enseignement, mais on m’empêcha même d’être bénévole dans des associations où on pouvait retrouver des jeunes, même si je ne serais jamais en contact avec eux. La fondation de la bibliothèque à Magog est l’exemple parfait. On me refusa même d’être bénévole pour accompagner des non-voyants adultes, dans le métro à Montréal.

Quand j’ai accepté d’aller en Haïti, pour offrir un atelier de poésie à l’université, les responsables m’ont rejeté pour ne pas nuire à leur réputation. J’étais dangereux même si beaucoup de petits gars sont déjà sidéens. On m’a mis à la porte de l’AAACE (Association des auteurs et auteures des Cantons de l’Est) et de l’UNEQ. Je suis encore sous l’effet de leur boycottage féministe national. Tu n’as droit à aucune aide si tu n’es pas membres d’une de ces associations littéraires. Un monopole comme dans la construction.

Comme par hasard, à chaque fois, que je publiais un texte politique, il arrivait que le petit Gabriel me battait ou que l’un des gouvernements essayait de m’écraser avec mes dettes. Ça fait tout une différence de gagner 55,000 $ en enseignant et 9.30 $ de l’heure en travaillant à réaliser des sondages pour ne pas être un poids social.

D’autres vivent encore plus l’enfer que moi, car ils se terrent et vivent dans la peur quotidienne. Ils doivent avoir une double identité, car si les gens apprenaient qu’ils sont pédérastes, ils perdraient tout, surtout leurs petits amants.

Eh oui ! Être pédéraste c’est d’être amoureux fou. Un amour passion extraordinaire. Un amour qui est si fort qu’il est plus important que la vie. C’est moins pire que de répandre la paranoïa féminoune. Les dommages collatéraux sont moins grands.

J’ai été assez fou pour combattre pour la pédérastie ou l’amourajoie à travers mes livres pour ceux qui viendront. Pour que les jeunes aient le droit d’être ce qu’ils sont vraiment parce qu’ils n’auront pas la vie facile. La guerre des énergies ne vient que commencer. Pour les vrais maîtres, l’économie est plus importante que l’humanité.

J’espère juste avoir réussi à ouvrir un peu l’esprit de ceux qui sont encore capables de réfléchir sans être aveuglés par leur haine Je m’en suis fait une mission.

Heureusement j’ai dit tout ce que j’avais à dire, donc, je peux passer à autre chose.

On m’a écrasé, mais j’ai quand même écrit ce que je devais dire sur le sujet.

Il ne me reste qu’à me battre encore plus pour la naissance de la République démocratique du Québec. Une nécessité incontournable si on cherche le bien du Québec.

La liberté sexuelle 14

août 15, 2020

La liberté sexuelle 14  (pp. 126à136)

De l’irrationnel à la connaissance.

La conception religieuse de la sexualité repose strictement sur l’irrationnel. La sexualité fait partie du corps qui, lui, est matériel, donc d’un ordre de qualité inférieure à l’âme. Nos histoires d’ange déchu. Pour que l’Inquisition devienne possible, il faut que ces frustrés deviennent assez fous pour croire que les péchés d’ordre sexuel doivent être punis de mort, d’ostracisme. Une règle qui existe même encore dans la Charia en 2011.

Au Québec, on n’est pas tout à fait aussi fou. Il n’y a que la télévision qui s’obstine à présenter le nu comme un danger ou une saleté à cause des mouvements de droite qui monopolisent la société de ses scrupules. Si tu portes une brassière ou une petite culotte, tu n’es pas nue. Cet esprit tordu, ce scrupule idiot des féminounes, cette condamnation globale de la sexualité est la principale cause des problèmes d’identité sexuelle chez les garçons. Des scrupules irrationnels qui sont responsables de la majorité des suicides chez les jeunes.

Il en est ainsi parce que ces gens scrupuleux permettent qu’il n’y ait pas de cours moderne de sexualité. C’est un enjeu religieux. Il ne faut pas présenter la sexualité comme quelque chose de bien et de naturel. L’ado n’a pas le droit d’apprendre qu’il a autant le droit de dire « oui ou non» a une expérience sexuelle. Ainsi, un jeune qui se croit pervers doit simplement l’endurer parce qu’il ne peut pas en parler en toute sécurité et sincérité avec des aînés. Ils sont déjà figés dans leur conception que le sexe est mal.

Le mépris pour celui qui est ou que l’on croit gai fait en sorte qu’il doit vivre un ostracisme absolu dans nos écoles. C’est bien beau, dire dans une conférence annuelle, que les gais ont droit au respect. Le jeune entend quotidiennement tous ceux qui l’entourent le mépriser parce qu’il a ses manières, parfois efféminées. C’est un enfer à vivre. Il n’a pas besoin d’être nommé, quand on parle des maudits fifis, il sent qu’on parle de lui. Nos religions agissent en vrais nazis devant tout ce qui est sexe.

J’enseignais la sexualité à l’école Jeanne-Mance. On cherchait un moyen d’enseigner la sexualité sans traumatiser ou scandaliser tous les jeunes. Je travaillais avec une infirmière. Le seul temps où on séparait les groupes, c’était quand elle enseignait l’hygiène féminine et comment se mettre un tampon. Le reste du temps, tous les cours étaient mixtes.

Dans un des cours, la transparence a permis qu’un des jeunes nous expliquent l’enfer qu’il vivait avec les autres qui l’avaient classé gai alors qu’il ne l’était pas. Il nous raconta ses questionnements sur le suicide. Nous avons repris le sujet dans une « mise en situation » au cours de laquelle un des étudiants devait vivre ce conflit. Ce fut très pénible, très émotif. Nous avons tous compris comment sans même s’en apercevoir, en groupe, on finit par détruire la vie de ce garçon. On ne se rend pas toujours compte de l’effet domino. La méchanceté de ceux qui se croient les purs est quasi criminelle quand elle juge les autres. L’autre est un sale parce qu’il ne partage pas tes valeurs ou parce que dans ta « tite » tête bornée, tu t’imagines qu’il ne vit pas correctement. C’est la même chose quand tu es pauvre. C’est même plus fou, car tu peux être mis de côté parce que tu ne t’habilles pas convenablement selon la mode, tu n’aimes pas les mêmes groupes musicaux.

Les gens qui font la morale aux autres devraient s’interroger sur le mal qu’ils commettent sans même s’en rendre compte. La chasteté c’est mauditement moins important que la compassion. Le problème est que souvent les jeunes sont la copie conforme de leurs parents. Ils condamnent très facilement les autres. Ils sont excessifs.

C’est de pire en pire, car nos dirigeants essaient de créer une société dans laquelle nous serons tous pareils et où la sexualité sera vue avec un esprit encore plus tordu qu’au moment où la science vient nous apprendre que sans violence, rien ne justifie notre mise en boîte hétérosexuelle.

On se fait croire qu’on a l’esprit large au Québec, mais inconsciemment le juge renaît en nous et condamne ceux qui pensent comme nous. Il ne peut pas y avoir de mal dans la sexualité, s’il n’y a pas de violence. On ne veut pas dans notre contexte religieux enseigner la sexualité comme quelque chose de naturel, de normal, de significatif dans la vie de chaque individu. On ne peut pas apprendre le droit de dire «oui ou non», d’avoir une conscience personnelle et un sens de ses responsabilités. Même chez les hétéros, l’homme a autant de responsabilité que les femmes quand il fait l’amour en dehors du couple. Les lois privilégient les hommes dans un procès de viol alors que les hommes sont écrasés dès qu’il est question de la garde des enfants. La prétendue protection des jeunes revient traditionnellement aux femmes.

Continuer de voir la sexualité dans l’esprit tordu qui nous a toujours animé, c’est refuser de comprendre que cette situation est responsable de la majorité des suicides chez les garçons. Un silence criminel. C’est refuser de voir le « mal de vivre » que cette morale d’ignorance sème chez les jeunes.

Je commencerai bientôt à livrer le contenu de mon livre La pédérastie mise à nu. Ce fut ma première réflexion écrite sur le sujet.

Depuis, je ne pense pas qu’au Québec, on doive s’interroger seulement sur la pédophilie ou la pédérastie, mais revoir complètement notre façon d’approcher la sexualité. Il faut créer une vision basée sur les connaissances que nous avons acquises grâce à la science. Le mépris a assez duré.

Non absolu à la pédophilie.

Personne ne peut intelligemment défendre dans l’absolue la pédophilie. Juste sur le plan physique, il est évident que les proportions ne permettent pas d’agir sans blesser le plus jeune.

Sur le plan psychologique, je ne crois pas, à cause de la faculté de la mémoire, que des gestes sexuels pourraient vraiment créer des traumatismes ou des séquelles à long terme. Il ne faut pas oublier que le jeune n’est pas encore esclave de la notion du bien ou du mal. Par contre, si le milieu réagit en hystérique, n’importe qui serait traumatisé. Si le jeune est le moindrement insécurisé, c’est une peur qui peut le marquer.

Contrairement à ce que l’on écrivait, le jeune ne peut pas souffrir à partir du symbolisme, il ne connaît pas encore ça. Le symbolisme apparaît qu’au plus tôt à l’adolescence. Tout ce qui existe pour l’enfant, c’est la sécurité, la non-violence, et surtout le plaisir. Croire, comme on le faisait avant, que des massages c’est mal, c’est un manque de connaissance. Être puritain, c’est un déséquilibre tout aussi important qu’être trop actif ou irresponsable. Pire, c’est empêcher un enfant de bénéficier d’un geste qui a été identifié comme permettant de créer plus de sécurité, de confiance en lui-même chez l’enfant. Aujourd’hui, on élève les enfants by the book, oubliant que le savoir est transmis à travers l’ignorance de ceux qui écrivaient et que l’on enseigne aujourd’hui. En général, la perception féminine de la sexualité est une forme d’aliénation, car elles n’y voient que du mal.

Si on enseignait la vérité, on n’aurait pas à avoir peur de ce que les jeunes peuvent apprendre en regardant de la pornographie. Personne n’est jamais mort en regardant un corps nu. Il n’y a que les gens déséquilibrés qui y voient du mal ou de la honte. Malheureusement, nos religions ont parsemé les déséquilibrés par frustration. Ils sont beaucoup plus nombreux que les pervers.

Par contre, pour la protection physique, c’est normal que l’on maintienne l’interdit de la sodomie chez les gais autant que chez les hétéros jusqu’à l’âge adulte, c’est-à-dire jusqu’à la formation complète du corps. Ça m’apparaît comme simplement normal.

Si on était honnête, le système judiciaire reverrait les termes qu’il emploie pour faire peur aux gens. De plus, une séance de plaisirs entre un adulte et un ado ne serait pas divisé, redivisé en différentes plaintes pour le même geste, juste pour rendre celui-ci encore plus inacceptable pour l’ensemble de la société. L’interdit sexuel est devenu un « show » pour faire croire dans la nécessité de le  punir. On parle d’abus, d’agression alors que tout se passe dans le plaisir le plus intense.

Si à la fin du primaire, on enseignait, comme je le préconise, le droit de dire «oui ou non» et le besoin de ne pas changer d’idée à toute les cinq secondes, donc, de savoir ce qui te convient et ce que tu es, on n’aurait pas besoin de la règle idiote qui t’interdit la sollicitation. Tout le monde est capable, même enfant, de dire oui ou non. Cette limite dans la liberté individuelle est carrément exagérée. On est rendu au point où il faut même choisir son langage pour ne pas heurter les oreilles de personnes maladivement scrupuleuses. Si tu ne veux pas voir ou entendre, tu n’as qu’à ne pas regarder ou écouter. Prétendre que les mots vulgaires heurtent l’esprit des jeunes, c’est ne pas connaître les jeunes et leur capacité à juger des choses.

Le «oui ou le non» devient crucial. Le silence n’excuse rien, car il permet l’interprétation. Les choses doivent être absolument claires dans tout ce qui concerne le sexe.

Si on disait que le fait de dire clairement non est suffisant dans un procès pour viol, les procès seraient peut-être plus intelligents pour les victimes. Le oui est le non sont les seuls éléments qui doivent être prouvés dans un procès sexuels. Je veux ou je ne veux pas. Point à la ligne.

À mon sens, si on nous habituait à répondre clairement, à ne pas changer d’idée quinze seconde après, de vouloir sans vouloir, il n’y aurait aucune raison de faire le procès moral de la victime pour justifier son « non ». Un non clair ne peut pas être interprété en fonction de ton passé. Tu ne veux pas, tu ne veux pas. Ça ne veut pas dire que dans une autre circonstance tu n’aurais pas pu tout aussi bien vouloir. Mais, les choses doivent être claires. On ne juge pas des intentions, mais des faits. Si t’as dit clairement  » je ne veux pas » et que l’autre ne respecte pas ta volonté, c’est simplement un viol. T’aime ou tu n’aimes pas. Voilà tout.

La violence est totalement, absolument interdite, à moins d’être tous consentants, d’être sadomasochistes. Personnellement, je crois que c’est une espèce de maladie que d’être sadomasochiste, mais je ne suis pas médecin. Chose certaine, ça exige un consentement mutuel.

C’est pourquoi, je crois qu’à la fin du primaire, il faut apprendre aux jeunes à dire oui ou non et comprendre toute la portée de cette décision.

Avec l’ADN, on devrait aussi établir qu’un mâle qui fait un enfant doit autant porter les conséquences que la fille. Peut-être qu’alors les gars apprendraient la nécessité du condom.

Protection n’est pas surprotection.

Le but premier de l’éducation, ce n’est pas d’obéir aveuglément, mais l’autonomie.

C’est pourquoi, il est essentiel d’apprendre aux jeunes leur droit de choisir clairement. Ils doivent savoir qu’ils ont le droit à ce choix et si l’autre personne ne respecte pas leur choix, elle aura des problèmes, car il suffira d’en avertir les gens responsables.

D’ailleurs, si les jeunes sont habitués à une discussion franche avec des parents qui font preuve d’ouverture d’esprit, ils auront plus de facilité à s’exprimer face à eux, si un problème survient.

En exigeant, un oui ou un non clair, on pourra ensuite lors des procès établir le consentement ou non de la victime. Si celle-ci s’est exprimée clairement, en disant clairement son désaccord, ce n’est plus un jeu sexuel non violent, mais un abus. Là, ça porte vraiment son nom. Il y a alors non consentement clair. On n’a pas besoin de revenir sur la vie de la victime pour établir les faits à savoir si elle voulait dire oui ou non. Un refus nettement exprimé et non respecté est automatiquement une faute grave, criminelle.

Il y a une différence fondamentale entre le consentement ou l’abus.

C’est pourquoi la loi portant l’âge de consentement à 16 ans est un mépris total des jeunes. C’est leur refuser leur autonomie, pire, c’est leur refuser le droit à une vie privée avant cet âge. C’est comme dire aux jeunes : vous êtes trop niaiseux pour savoir dire non, en oubliant qu’ils ont aussi le droit de dire oui.

Il n’y a rien d’intelligent qui justifie l’interdit de jeux sexuels qui se déroulent dans le plaisir. Il n’y a aucun danger et ceux qui prétendent le contraire appuient leur argument que sur ce que prêchent les religions. Un jeune ne deviendra pas stérile parce qu’il a éjaculé dans un jeu. Ce n’est pas un produit limité dans sa production. Ces jeux ne sont pas violents et au contraire très agréables, donc pourquoi serait-il dangereux ? Leur donner un nom contraire à la réalité, c’est strictement un abus.

Il est évident qu’il faille protéger les jeunes contre ceux qui sont violents ou qui ne respectent pas un refus. Personne ne contestera ça.

Cependant, entre ce besoin réel de protection et l’hystérie que nos publicités transportent quant à leur peur qu’il faut avoir, il y a tout un monde de nuances.

Si les parents parlaient avec leurs enfants, qu’ils leur feraient confiance, on n’aurait pas besoin d’avoir une escouade spéciale de policiers pour surveiller les échanges sur internet. Des services pour empêcher les jeunes d’aller sur les sites inappropriés, ça existe. Pas besoin de dépenser pour une escouade spéciale qui pourrait travailler à la place pour faire respecter les normes dans la nourriture (les vieux sont touchés davantage par l’excès de sel, dangereux pour les maladies du cœur, que de jeunes sollicités pour des raisons sexuelles) plutôt que s’occuper de sexe. Il y aura plus de vieux qui mourront parce qu’il y a trop de sel dans le manger que de jeunes qui auront été violés. Mais tuer, ce n’est pas important, c’est une réalité économique.

Je fais disparaître l’âge de consentement et je le remplace par l’entrée au secondaire parce qu’ainsi le jeune a un développement intellectuel qui lui permet de savoir exactement ce qu’il a à faire pour que son désir soit respecté. De plus, il aura reçu les cours nécessaires à la fin du primaire. Il sait exactement ce dont il est question et les jeunes sont moins niaiseux qu’on pense. Créer une conscience personnelle, l’autonomie, c’est la vocation éducationnelle des adultes vis-à-vis les plus jeunes.

L’autre motif est qu’il n’y a aucun individu dont le rythme de développement sexuel soit le même. Les petits précoces ne sont pas différents des autres, mais vivent ce développement en accéléré. D’autres ne connaîtront un changement que beaucoup plus tard. L’important, c’est de permettre à chacun d’être vraiment respecté dans son droit à l’autonomie et à l’expérience. Chacun doit pouvoir évoluer selon son propre rythme.

Le langage judiciaire pour entretenir la peur et la honte.

Qu’on appelle les choses comme elles sont vraiment. Tout le vocabulaire judicaire sonne faux. La violence des termes ne correspond absolument pas à la réalité des faits. Qui a-t-il de mal à avoir du fun ?

Un rapport pédéraste est d’abord et avant tout un jeu. C’est un braquage sur l’éternelle jeunesse. Une fascination réciproque. Le plaisir du toucher, de la caresse. Le langage non verbal.

Lorsqu’il y a des attouchements très souvent ça débute alors qu’on joue ensemble. La première manifestation ne vient pas toujours de l’aîné. Ça se présente souvent sous la forme d’une farce pour voir comment l’autre réagira à ce geste. On touche ou on fait semblant. C’est une farce, si ça tourne mal, entre eux. On rit dans sa barbe et on souhaite que ça aille plus loin.

Où est la domination de l’adulte ? C’est complètement tordu que d’y voir du mal. Pourquoi ce plaisir est-il interdit ? Comment peut-on prétendre qu’il traumatisera le jeune ? Ou on sait que c’est faux, mais on est trop hypocrite pour l’admettre ou on ment pour s’assurer que ce plaisir demeure religieusement un interdit. Un manquement signifie simplement que le mur de béton entourant l’interdit de la sexualité chez les jeunes a des failles. Les plus dégourdis cessent d’avoir peur et contournent l’interdit. On s’imagine que ce ne sont que des cas très rares alors que c’est ce qui se passe dans la majorité des vies de jeunes garçons.

Ça peut aussi être le désir de se comparer. Essayer pour voir les différences. Puis, quand on a appris le plaisir que ça procure, on cesse d’avoir peur des prétendues séquelles que de telles plaisirs créeront. Où est le danger, les autorités l’inventent encore une fois ?

Le jeune comprend vite le mensonge des adultes. Une bonne raison pour perdre confiance en eux. Un toucher n’élimine pas la capacité de bander s’il survient avant 18 ans. Une éjaculation ne t’assèche pas pendant des mois, c’est même possible plusieurs fois par jour quand tu es ado.

On ne croit plus comme dans la Grèce antique que le sperme c’est ou une partie du cerveau, une partie de la moelle épinière ou l’écume du sang, donc, malheur à celui qui éjaculait trop souvent. Pauvre cervelle ! Au 17e siècle, on n’était pas mieux. On croyait que la qualité de la personne se transmettait par le sang et que le sperme était un sang blanc de très grande qualité et de petite quantité. Trop d’éjaculations et ta descendance s’affaiblissait. Comment peut-on garder ces mêmes interdits maintenant que la science nous a prouvé que c’est absolument ridicule.

La pédérastie est basée sur la séduction et la complicité. C’est une forme d’amour viscéral qui naît entre un petit gars et un adulte ou deux petits gars. . Il peut être avec ou sans sexe. Il arrive même parfois que cet attrait existe surtout chez le petit gars parce qu’il cherche une forme d’identification, d’amour, une acceptation de lui-même chez l’aîné. Il y a beaucoup de jeunes qui préfèrent se tenir avec des plus vieux qu’eux. Ça les sécurise. L’aîné est le chemin à suivre pour devenir soi-même le nouvel aîné. C’est le héros, l’ami, le grand frère. La sexualité est simplement un pas de plus dans l’intimité réciproque.

La pédérastie existe depuis toujours, mais ce n’est que depuis le 17e siècle que la société essaie de l’éliminer, car elle remet en cause le monopole du couple et de l’hétérosexualité. Quant à la pédophilie, c’est une invention toute récente (les années 1970) des féministes de droite (féminounes) qui étaient souvent des femmes battues et qui ne peuvent pas croire que la sexualité est un plaisir.

Les croisades actuelles de chasteté fémininoune sont plutôt de l’ordre de la régression. Elles sont si aliénées qu’elles n’ont pas conscience que leur objectif est justement celui de leur ennemi naturel, les religions, soit éliminer totalement le sexe en dehors de la procréation. Si on veut peupler la terre, il faut bien faire des petits. Les féminounes veulent que nous soyons tous aussi chastes que les curés. Pourtant, la vie nous prouve que la chasteté est contre nature.

Rien ne justifie cette morale conservatrice, sinon un retour en arrière vers ce que les religieux nous prêchaient et n’arrivaient pas à mettre en place pour une raison très simple : nous sommes tous sexués et si on ne l’est pas, nous sommes anormaux. Les féminounes vont-elles réussir là où les curés ont failli ?

Pour entretenir la paranoïa, il faut tenir un vocabulaire qui sème la peur chez les plus vulnérables. Ainsi, on parle d’abus. Mais, pour qu’il y ait abus, il ne faut pas qu’il ait consentement. On parle de grossière indécence, d’attentat à la pudeur, de sollicitation. Des choses pour te faire lever le coeur, laissant entendre qu’il y a abus plutôt que plaisir partagé.

Enfin, on exige simplement que le jeune soit protégé de leur sexualité. Une chasteté que l’on confond avec sa prétendue innocence. On s’imagine que sans l’intervention d’un aîné, le jeune ne pensera même pas à la sexualité. Quelle erreur ! C’est normal de penser au sexe puisque tu es un être sexué. Tu ne décides pas comment opèrent tes hormones.

L’interdit naît d’une parfaite ignorance de la réalité humaine. On oublie les enseignements de Freud à l’effet que nous sommes tous sexués, qu’on aime ça ou pas. C’est de ne pas vivre sa sexualité qui est une maladie ? C’est le contraire, parce que c’est un rejet de soi, une honte de son corps ? Une peur entretenue particulièrement chez les femmes depuis leur enfance ? L’innocence chez l’enfant est de ne pas voir le mal comme les adultes. Ils sont encore épargnés des mystifications religieuses.

Or, si on élimine l’hystérie parentale qui entoure les cas de crimes sexuels, on s’aperçoit que les jeunes sont pratiquement toujours volontaires. Évidemment, on dira qu’ils ne savaient pas ce qu’ils faisaient, qu’ils ont été entraînés bien malgré eux, mais on n’arrive pas à expliquer pourquoi si tout ça est vrai, ils cherchent à retrouver ce que le système appelle leur agresseur.

Les adultes prétendent que ces jeux –qui sont loin d’être des souffrances — les ont rendus malheureux, qu’ils ne peuvent plus dormir, etc. Les jeunes n’ont pas le choix s’ils ne disent pas comme les adultes, ils sont perçus comme des pervers. Ils ne veulent pas avec raison devenir la cible de la haine qu’ils sentent autour d’eux parce qu’ils ont joué aux fesses. C’est préférable d’être la victime innocente.

Quand les statistiques prouvent cet état de chose, les ordres comme les psychologues, par exemple, le nient et menacent leurs membres d’être expulsés s’ils le reconnaissent publiquement. Quel bel exemple de démocratie ! Quelle preuve extraordinaire que le crois ou meurs n’existe plus.

Ce ne sont pas les jeunes qui ne veulent pas de jeux sexuels, mais les parents. L’hystérie parentale est telle que le pauvre jeune est totalement traumatisé s’il se fait prendre. Il aurait tué et ce ne serait pas pire. Pourtant, tout ce qu’il a fait, il s’est comparé à un autre de même âge ou plus vieux que lui. Ils se sont peut- être touchés, au pire si on peut dire, ils ont découvert les joies de l’éjaculation. Et peut-être même de la fellation (c’est moins joli que se sucer). Rien, mais absolument rien, n’est violent ou souffrant. Pourtant, on parle d’agresseurs, d’abus, se séquelles, de traumatismes psychologiques. Quels mensonges !

Le mal existe que dans la tête de ceux qui veulent y voir du mal. C’est la morale vétuste des parents qui souffre et non les jeunes. La peur irrationnelle. Le fameux péché qui se sert du judiciaire pour prétendre qu’il faut protéger les jeunes. Les protéger de quoi ? Ces jeux n’assèchent pas les participants, ça ne les rend pas moins intelligents. Où est le mal ? Pourquoi serait-ce mal ou sale ? C’est ce que je me suis posé comme question toute ma vie. Où est le mal ? C’était de même, ce sera toujours de même. Toute une justification !

On ne le sait pas et on ne veut pas surtout le savoir. Si on réfléchit le moindrement, en mettant de côté son émotivité à fleur de peau, on se rend compte qu’il n’y a rien qui peut justifier l’interdit sexuel, sauf si on agit contre le consentement de l’autre puisqu’alors on le met en contradiction avec ses croyances profondes qui viennent de son éducation.

C’est donc pour cela que les adultes sont plus scrupuleux, ils ne sont pas décrochés de ce qu’on leur a appris. Ça leur a été mis dans la tête depuis l’enfance. Qui abuse de qui ? Celui qui ment ou celui qui jouit ? Celui prétend que c’est mal parce que Dieu l’aurait révélé ? Qu’en sait Dieu, s’il n’a rien de matériel ? Qu’on le veuille ou non, on revient toujours à la religion.

Se venger en plus de mentir.

Non seulement notre système judicaire ment quant à la gravité des faits ; mais il permet en hypocrite l’organisation des vengeances à l’intérieur des murs.

Dans la tête d’un nazi, tuer un juif ou un gai, ce n’était pas un meurtre, c’était simplement purifier la race.

Au Québec, un jeune qui prétendait avoir eu des propositions devenaient le martyr et on lui donnait presque une médaille pour avoir tué ce gros cochon qui en voulait à son petit zizi. . L’homophobie est encore très présente au Québec. On tolère le village gai parce qu’ils sont mieux là qu’ailleurs. Ils ne représentent pas ainsi un danger pour les gens normaux. Pas question d’avoir un club gai à Val-d’Or (du moins dans mon temps). Les gais étaient attendus dans le stationnement et tabassés. Alors imaginez si vous êtes pédéraste. Il en va de votre survie que ça ne se sache pas et quand vous êtes arrêté on pleure sur votre hypocrisie parce que vous ne l’avez pas claironné. Le dire, c’est se condamner à la misère. Qui est assez fou et se haït assez pour ça ?

C’est la pire chose qui puisse arriver pour la protection réelle des jeunes, car s’ils sont forcés, ils auront honte, ils auront peur de ce que les autres diront et ils n’oseront pas en parler pour ne pas faire rire d’eux par leurs compagnons, même si certains le vivent en cachette, avec plaisir.

Des études ont démontré que souvent les jeunes sont plus traumatisés de vendre un gars qu’ils aiment que d’avoir participé à un jeu, un échange sexuel. Cette maladie virulente de chasteté des parents mine la confiance des jeunes face aux adultes. C’est encore pire depuis les campagnes de dénonciation et d’incitation à la dénonciation. C’est évident que les adultes ne comprennent rien aux jeunes.

Pour le système, il faut bien mousser le nombre de cas pour faire croire qu’il y a un vrai danger et avoir plus de subventions. Mais, pourquoi alors ne veut-on pas plutôt affecter ce personnel et ces argents pour la recherche de personnes disparues ? N’est-ce pas un moyen de fermer les yeux sur le trafic des humains qui lui est mené par la pègre et la mafia ? Quand t’es pris dans ce trafic mondial, ce n’est pas pour la beauté et le plaisir, mais ce que tu vas rapporter. Le sexe illégal est un commerce très lucratif comme celui des cigarettes au marché noir. Plus l’interdit est grand, plus la consommation coûte chère. L’offre et la  demande, c’est aussi un principe de la mafia, donc, du système. Le système a un visage légal et illégal, l’important c’est le profit.

C’est moins dangereux, moins pénible de s’en prendre à un individu non violent qu’à la mafia. Il représente le danger sexuel et la violence qu’on prétend retrouver dans les actes pédérastes. En prenant un individu, ça donne grâce aux médias l’impression au peuple que la police combat vraiment pour les bonnes mœurs. Ce doit être aussi pour ça que les gars de la moralité avaient la boisson gratuitement dès qu’ils mettaient les pieds dans les bars où je suis allé travailler comme étudiant.

Dans notre monde aujourd’hui, on est plus discret. On ne tue plus les gais dans les parcs, ni même en prison. En prison, les gais sont respectés, car ils sont assez nombreux pour se défendre en groupe. Mieux vaut ne pas leur toucher. Les gais haïssent aussi les pédérastes et les pédophiles. Quant aux histoires du danger de te faire enculer, c’est plus de l’ordre de la légende urbaine, du moins, dans les nouveaux secteurs.

Ce qui reste vrai, c’est le danger pour le prisonnier classé pédophile ou batteur de femmes d’être battus, embrochés ou poussés au suicide. La pègre s’occupe de toi et voit à ce que « ses bras » puissent en toute impunité venger le crime commis. L’autre jour, un jeune rappelait comment il s’était arrangé pour aller en protection justement pour faire la gueule d’un condamné.

Mon avocat m’avait dit après avoir été trouvé coupable : « maintenant tu es seul, ne te fie pas aux gardiens pour te protéger. En prison, tout se sait. Sur des cas comme toi, ils ferment les yeux plutôt que de te protéger».

Lors de ma première visite, la pègre m’a offert de devenir journaliste au Journal de Montréal. Le seul travail que j’avais : passer les petits messages pour les gars en-dedans, afin qu’à travers mes textes, on puisse identifier ceux qui devaient être battus. Le chroniqueur et négociateur de TVA expliquait récemment que des lois ne permettent malheureusement pas d’identifier ces accusés pour ne pas être reconnus en-dedans et en manger une bonne. Tout le monde est d’accord. Voilà pourquoi on peut fermer les yeux et se boucher les oreilles.

Je sais que ça arrive, car un de mes amis m’a raconté son histoire et sa raclée à la prison de St-Jérôme. Personnellement, je m’en étais sorti parce que je niais être pédophilie, ce que je ne suis pas. Dans la cour, un « rock machine » écoutait un prisonnier crier par la fenêtre que la dame qui lui en avait parlé disait bien que le journal local l’affirmait. C’était probablement voulu ainsi, d’autant plus qu’il n’y avait aucun gardien dans la cour. Je devais en principe en manger une maudite. Est-ce que ces raclées servent le bien du jeune où permettent aux hystériques d’assumer une vengeance qui ne les regarde même pas. Dans mon procès, des féminounes manifestaient contre moi. Elles ne me connaissaient même pas.

Les féminounes sont aussi une force de droite dangereuse, car elles font le travail du fédéral responsable de la criminalité. Les féminounes ont majoritairement voté  » NON » au dernier referendum, mais on n’en parle pas tellement pour que la majorité ne s’aperçoive pas de leur rôle. Marx ne disait-il pas que les religions sont le ciment du pouvoir ?

La liberté sexuelle 13

août 14, 2020

La liberté sexuelle (pp116 à 126)

La liberté individuelle est à la base de la démocratie.

Une société évoluée repose sur le respect de la démocratie. La démocratie, ce n’est pas seulement le droit de vote, d’être dilué dans la foule, même en reconnaissant que chaque individu est égal, mais la possibilité de travailler à créer une société meilleure pour tous. Donner l’opportunité à chacun de se réaliser individuellement. Mais, « aide-toi et le ciel t’aidera ».

Même les pays qui actuellement se disent démocratiques ne font que se servir de ce nom pour abuser du peuple à cause d’un système économique qui est la vraie mafia mondiale. On se fiche de ce qui arrive aux individus quand pour des besoins économiques on refuse de créer un minimum salarial planétaire qui permette à chaque individu qui travaille d’avoir les argents nécessaires pour bien se nourrir, se vêtir, se soigner si nécessaire et habiter une demeure acceptable.

La démocratie est un esprit de justice sociale. Notre système tel qu’il est maintenant ne peut pas se dire démocratique puisque le monde est entre les mains de quelques fortunes alors que la très grande majorité des gens crèvent de faim. Il y a un minimum de décence que nos dirigeants devraient connaître et appliquer. On manipule les gens par les religions et les média d’information. Qui  peut se dire à l’abri de la désinformation ? Pourquoi des pays coupent-ils internet s’ils sont respectueux de la démocratie ? On a peur que les gens comprennent. La démocratie ne peut pas exister sans la transparence totale.

La démocratie demande d’être alimentée par des individus libres. La liberté n’est pas la possibilité de tout faire, mais de pouvoir choisir au meilleur de sa connaissance, ce qu’est le Bien.

La liberté est aussi responsabilité, car chaque individu est responsable de ce que ses actions provoqueront dans l’avenir. C’est pourquoi il est fondamental de se respecter et de ne pas nuire aux autres. C’est la question qui a toujours sous- tendu mon introspection face à ma pédérastie. Est-ce que je nuis au jeune quand notre relation aboutit à un jeu sexuel ? Je crois sincèrement que non, même au contraire. La pédérastie consiste d’abord à tomber en amour avec quelqu’un.

Tant j’ai cru ce qu’on me disait, c’est évident que j’étais le coupable ; mais quand j’ai été assez âgé pour m’informer, pour effectuer une recherche à savoir ce que notre passé autant que les autres civilisations nous apprenaient, j’ai changé d’idée.

On  interdit  la  liberté  dans  les  rapports  sexuels depuis environ  le   17e   siècle simplement parce que régir chez un individu sa plus grande force, la libido, c’est avoir une main sur sa conception de la vie. On a inventé un code de vie pour protéger les plus riches des plus pauvres, surtout pour des raisons de santé. On voyait la sexualité à travers l’ignorance de la science. On ne pouvait pas oser remettre les connaissances en question. Aujourd’hui, les névroses sont du côté d’une trop grande liberté alors que les psychoses, les hystéries sont du côté des gens frustrés. Si Hitler avait plus joué aux fesses, on n’aurait probablement pas connu la deuxième guerre mondiale. Au-delà de l’économie, les décisions sont fonction du comment on perçoit les valeurs dans la vie.

J’ai poussé ma recherche le plus loin possible et si j’avais de l’argent, je la continuerais ; mais pour le moment, je dépense tout mon argent à essayer de publier ce que j’ai trouvé. Je suis pas mal écœuré.

Le pire, c’est de constater que le système est tellement fort que d’essayer de le changer, c’est une perte de temps. L’économie peut à travers une crise éliminer tous ceux qui sont un obstacle à leurs intérêts. Mais, ce n’est pas une raison pour ne rien faire. Il faut créer un monde parallèle qui croit dans la liberté et la démocratie.

La libido est la force qui forme et régit ta personnalité. Si en te mentant, on te maintient dans un état de mésestime de toi, on a la possibilité d’avoir un peuple qui n’osera jamais changer. On te fait croire que tes besoins sexuels sont anormaux, trop élevés (hommes) trop inexistants (les femmes). C’est un moyen de tuer ta stabilité et ta sécurité intérieure qui repose sur la satisfaction que tu as

de toi. Ta façon d’avoir un esprit critique par rapport à ta propre sexualité indique combien tu seras naïf et jusqu’à quel point tu seras soumis.

On ne te ment pas sans savoir quelle importance la sexualité a dans la vie. La vie individuelle est fonction de ton regard sur la liberté sexuelle. Ta vie dépend de ta capacité à choisir. C’est ta libido qui te donnera ou non des couilles. Ce n’est pas pour rien que le système défend les religions. Elles sont le moyen par excellence de te mener par le bout du nez, car ce sont les seules institutions qui essaient de te coller un sens à ta vie. Elles expliquent ce qu’elles prétendent savoir quant à ce qui arrivera après ta mort. Plus tu crois en elles, plus tu vies comme elles te disent de vivre. Voilà pourquoi, on essaie d’écraser ceux qui croient dans la liberté sexuelle. Ils risquent d’allumer le désir de la liberté.

L’interdit de l’ignorance.

Puisque pratiquement personne n’a échappé aux griffes des religions, il est normal d’avoir une quasi-unanimité sur le besoin d’interdire la pédérastie, car on s’imagine que le jeune sans avoir été séduit par un plus vieux ne découvrira jamais les plaisirs charnels. Une aberration religieuse ! Le sexe est un plaisir. Il existe de ta naissance à ta mort, même s’il se réalise sous différentes formes.

Pire, on croit qu’un pédéraste se sert de domination pour avoir une relation sexuelle avec le plus jeune. On ne peut pas, en étant des parents, s’imaginer qu’en dehors de nous, le jeune puisse vivre une relation qui ne fasse pas appel à la peur. Encore moins une amitié qui rend le jeune égal à l’adulte qu’il côtoie. Le pouvoir est une donnée adulte. On oublie notre jeunesse et on croit ce qu’on nous dit à l’effet que le pouvoir a une relation avec l’âge. Le pouvoir est ce que l’on consent d’accorder à l’autre, et dans le cas de la pédérastie, c’est le pédéraste qui accepte de devenir l’esclave du jeune.

On oublie que dans une relation pédéraste, c’est le jeune qui est le maître du jeu. Il intuitionne la force de son pouvoir séducteur et le pédéraste s’efforce de ne pas être le maître, de peur de le choquer et de mettre fin à la relation. Le pédéraste est souvent avec lui comme un dépendant à la cocaïne. Le pédéraste est souvent incapable de refuser au jeune le moindre de ces caprices. Son amour est basé sur le plaisir qu’il donne au jeune. Le sexe en est une des expressions. La pédérastie n’a rien d’un rapport de force, c’est un éblouissement.

À cause de l’hypocrisie sociale, c’est d’ailleurs un des points faibles de la pédérastie, il ne s’établit pas de dialogue entre les parents et le pédéraste, qui a peur avec raison, privant le jeune de l’expertise privilégiée de ce rapport. La haine des parents détruit toute possibilité que le bien du jeune soit le centre de la relation entre le pédéraste et les parents.

S’il avait été possible de se parler, j’aurais pu par exemple avertir les parents du jeune qui était venu me retrouver pour pisser à côté de moi dans les toilettes que le jeune avait absolument besoin d’être circoncis. Au contraire, son père voulait me tuer si je n’étais pas condamné. Est-ce que ce père aimait vraiment son garçon ? J’en doute, car il n’a jamais essayé de le comprendre. Son hystérie condamnait aussi bien le jeune que moi. Qu’est ce qui serait arrivé s’il avait fallu que le père comprenne que c’était son fils qui avait initié le jeu, donc, que celui-ci avait souhaité une telle conclusion.

On raconte n’importe quoi et le pire on croit dans ses mensonges. Si on avait une attitude moins hystérique, le jeune pourrait normalement parler de ses rencontres et de ses amours, même avec un bonhomme plus vieux. Il ne risquerait pas de se faire détruire intérieurement par ses parents. Les parents essaient de protéger le jeune d’un danger qui n’existe pas, à moins qu’il y ait violence ou domination.

Je me rappelle la bonne femme de Val-d’Or qui prétendait avoir envie de vomir chaque fois qu’elle voyait sa fille puisque celle-ci lui rappelait que la jeune était allé travailler chez un bonhomme qui s’était étendu en bobette sur son lit. Il n’avait même pas la queue à l’air. Cette femme a un besoin urgent de se faire soigner. La police de la même ville se vantait d’avoir saisi des livres d’éducation sexuelle faits en Europe. La pureté tient-elle de l’ignorance ? Serait-ce qu’au moment où on se met à réfléchir on constate que notre société est scrupuleuse à en être malade ?

Notre rapport, notre connaissance de la sexualité nous vient malheureusement plus souvent qu’autrement des femmes qui ne savent pas se libérer des stupidités que les religions leur ont appris. La situation expliquée dans le livre d’une féministe, Julia Kristeva, Pouvoirs de l’horreur, n’est pas qu’une réalité américaine.

On en est encore à croire aveuglément dans l’innocence des enfants, mais les enfants sont moins « innocents » que nous le croyons. Les enfants peuvent être d’une méchanceté qui peut compétitioner avec elle de n’importe quel adulte. Il suffit de les écouter, de les voir vivre, pour savoir que c’est très courant qu’un enfant soit méchant, hypocrite, dictateur.

La jalousie est d’abord chez eux un besoin d’attention particulier. Ils se sentent rejeter si un autre semble avoir plus d’attention qu’eux. Ils cherchent à comprendre et à exprimer la séduction. Perdre le concours, c’est perdre la confiance en eux. Les enfants sentent aussi si un des parents les préfère ou préfère un autre.

Avec la télévision et l’internet, il est impossible de ne pas être plus ou moins informé sur la sexualité. Les parents ne peuvent plus maintenir l’omerta. Par contre, les jeunes ne sont pas assez stupides pour ne pas saisir consciemment ou non la répugnance de leurs parents quant à la sexualité. Comment croire que le sexe peut être positif pour soi quand on entend partout des condamnations publiques ? On a beau te dire dans les classes qu’il faut respecter les gais, mais en même temps on entend les féminounes faire appel à la dénonciation. Si on dénonce quelque chose c’est que c’est mal. Les jeunes ne peuvent pas être insensibles à l’hystérie des parents devant tout ce qui est nudité ou sexualité. Nous sommes moulus par notre éducation. On prétend qu’un jeune n’est pas assez développé pour comprendre, pour choisir ce qui constitue son orientation sexuelle, mais il l’est pour choisir sa foi ou sa religion. Notre vie est remplie de telles contradictions.

L’éducation sexuelle des enfants en bas âge ne regarde par les écoles. On doit pouvoir fournir une réponse à chaque élève qui se questionne sur le sujet ; mais la plupart des jeunes se fichent carrément de la sexualité. Alors pourquoi leur imposer ce sujet quand il ne correspond à rien dans leur vie. Les petits précoces trouveront bien moyen d’avoir leurs réponses.

En fait, on veut des cours de sexualité dans les garderies pour essayer d’étouffer le mal à sa racine, avant qu’il ne perce. C’est la même raison qu’on essaie de faire interdire que l’on en parle d’une manière grivoise. Étouffer les désirs. Le problème est que la sexualité est la plus belle force humaine, mais ce n’est pas ce qu’en pensent les femmes et les religieux qu’elles croient béatement.

L’adoption internationale : un racket.

Il n’y a pratiquement jamais de violence dans un rapport pédéraste, pour ne pas dire absolument jamais.

Lorsqu’il y a violence, qu’on le clame à la télévision, on constate en enquêtant que ce n’est pas un rapport pédéraste, basé sur l’amour d’un garçon ; mais d’un psychopathe ou d’un membre d’une organisation mondiale qui fait le commerce d’organes ou de l’adoption. Il arrive aussi que ce soient des frustrés qui n’en peuvent plus d’être ainsi. Le manque de liberté sexuelle ne peut que créer des gens qui explosent et qui sont prêts à prendre tous les moyens pour assouvir leurs besoins. Les dangers viennent souvent des organisations religieuses. Le manque de liberté sexuelle ne peut que créer des gens qui explosent et qui sont prêts à prendre tous les moyens pour assouvir leurs besoins.

À remarquer quant à l’adoption que le système se conduit déjà lui-même comme une mafia mondiale. Sous prétexte de protéger les enfants d’abus sexuels, l’adoption devient prohibitive, car on n’en finit pas de lever de nouvelles barrières. Pourquoi payer des milliers de dollars pour permettre qu’un enfant cesse de vivre dans la misère ? Les gens qui adoptent des enfants devraient bien au contraire être appuyés. C’est un geste de charité extraordinaire. Mais selon nos grands penseurs, c’est préférable de garder sa virginité même s’il faut mourir de faim. Il faut être bourgeois en maudit pour penser ainsi, mais c’est ce qui se passe.

Quand on m’a offert de tenir un atelier de poésie en Haïti, le projet a été laissé entre les mains d’une autre personne parce qu’on avait réussi à convaincre l’organisateur qu’il en allait de sa réputation. Quelle connerie ! Je serais allé n’importe quand enseigner en Haïti, mais on ne voulait pas de moi, car ma réputation de pédéraste mettait la nation en danger. Plus fou que ça, tu meurs ! Vive notre morale de débiles ! Demeurer ignorant est plus important que de risquer qu’un petit gars se fasse faire une pipe…

C’est bien évident qu’il ne faut pas laisser les jeunes aux mains de prédateurs sexuels dangereux ou autres, mais on pourrait quand même s’arranger pour que les parents adoptifs n’aient pas à attendre des années et devoir payer des milliers de dollars pour adopter un enfant, surtout dans les pays misérables. Mourir de faim ou être battu, c’est quand même mauditement pire que le danger quasi inexistant d’être choisi pour être esclave sexuel. Un pédéraste ne se crée pas d’esclave, ils adorent ceux qui l’attirent. Et comme on dit, quand on aime, on veut le bien de ceux qu’on aime.

Très payant d’interdire la pédérastie.

C’est important pour le système de faire croire qu’il y a violence ou domination dans les rapports sexuels entre un jeune et un aîné. Sans ce prétendu danger, il n’y a rien qui justifie la police ou l’état de se mette le nez dans ces amours ou ces jeux.

Les séquelles existent plus dans l’esprit des parents qui s’imaginent que leurs jeunes est damné ou sali à jamais. Un restant de religion. Les séquelles chez  les jeunes naissent de leur peur de voir tous ces hystériques prétendre vouloir les protéger. Ces cas qui se ramassent très vite à la télévision permettent d’obtenir plus de subventions pour s’attaquer à un danger qui n’existe pas s’il n’y a pas de violence. Il faut faire le plus peur possible pour que ce soit payant. Le temps qu’on craint pour le sexe, nous empêche de voir comment on se fait avoir sur le plan économique.

Le mal dans la sexualité est une aberration qui nous vient de l’ignorance à travers les siècles, ignorance qui a justifié la répression sexuelle. On nous rend coupable d’être ce que nous sommes. On nous fait croire qu’on est des sous- êtres, parce qu’on n’est pas purement spirituel.

De plus, c’est plus plaisant pour un policier de naviguer sur les sites pornos que de s’attaquer aux gangs de rue ou aux motards. C’est sans danger. C’est s’attaquer à un tabou.

La pédérastie est intéressante à combattre pour le système autant que la pègre. Non seulement c’est moins dangereux, mais on a l’appui populaire. On ne met aucun policier en danger ce qui n’est pas le cas si on combat la pègre ou les

crimes violents. De plus, ça donne du travail à bon nombre de juges et d’avocats.

Chaque cas individuel devient garant de l’efficacité générale de la police ; mais ces cas ne peuvent souvent être résolus sans qu’il y ait une dénonciation. Avec l’Église catholique qui paye les prétendues victimes à coût de milliers de dollars, la dénonciation est devenue une forme de chantage économique extraordinaire. Une arme efficace des féministes contre une Église qui refuse aux femmes l’égalité qu’elles réclament à grands cris. Les féministes ont ainsi un pouvoir qui  à l’échelle mondiale peut entrainer la mort des églises.

Personne sur terre n’a jamais été blessé en se faisant caresser, même sucer. Au contraire, c’est découvrir un plaisir. Un plaisir qu’on interdit contre toute logique  et sans réellement pouvoir le justifier, sinon en disant qu’il en a toujours été ainsi. Les raisons qu’on nous donnait ont toutes été démenties par les découvertes de la science sur comment fonctionne un être vivant.

Le garçon ne peut pas être blessé dans un rapport gai. Être gai, n’est pas être sadomasochiste. Il y a bien évidemment la sodomie. Elle est loin d’être pratiquée par tous les pédérastes. C’est différent et c’est même le seul élément qui peut justifier l’interdiction de la pédérastie. Avec la sodomie, il peut y avoir des séquelles physiques et une domination.

Mais, la sodomie est un crime en soi, plus puni selon le code criminel. C’est mauditement différent que d’être accusé d’avoir sollicité, d’avoir fait une pipe, de s’être masturbé mutuellement. Quand le jeune a aimé ça, je me demande comment il pourrait être traumatisé ? C’est complètement fou, mais c’est ainsi que fonctionne notre système judicaire. Il emploie des gros mots «l’agression», les « victimes » pour faire croire qu’il y a de la violence dans le plaisir. Le système refuse les nuances, car en dehors de la sodomie, il est impossible de parler de violence. Tout le monde intelligent sait que ça ne fait pas mal, au contraire. Mais, si on fait cette nuance, il n’y aura pratiquement plus de cas, de crimes et plus d’avocats en chômage. Avant le Québec était une usine de prêtres, maintenant c’en est une d’avocats.

Les préjugés contre ces rapports intergénérationnels sont exactement la même chose que le travail des patrouilles fait jadis dans les parcs pour sacrer une raclées aux gais. Ils permettent au système de traquer à vie le pédéraste et encore mieux, on se sert de la prison pour s’arranger pour qu’il en mange une bonne. L’irrationnel dans la haine de la pédérastie est illimité. C’est digne de l’Inquisition permanente.

Donc, les médias sont choisis pour entretenir la peur et la haine des pédérastes chez les parents. Qui ne craint pas quand tu as un enfant que celui-ci se ramasse entre les mains d’un psychopathe qui peut le blesser ou même le tuer ? On ne peut plus justifiée cette peur avec des statistiques. On l’amplifie, car ce sont des événements extrêmement rares. Il ne devrait y en avoir aucun, tout le

monde des d’accord avec ça, mais des fous il y en a qui courent les rues et ce ne sont pas pédérastes.

La violence sexuelle s’exprime davantage chez les hétéros que chez les pédérastes ou les gais. C’est normal, car on habitue la jeune fille à avoir peur de tout ce qui touche la sexualité depuis le berceau. Les prédateurs eux n’hésitent pas d’utiliser la violence pour arriver à leurs fins. C’est le contraire de la pédérastie. La pédérastie repose sur la séduction. Le pédéraste essaie de rendre son aimé le plus heureux possible pour se rendre digne de lui. On n’en parle pas toujours, même si les aînés le savent, parce qu’ils sont témoins que le jeune en plus de recevoir une attention particulière, des cadeaux, il aime souvent ça. Il est souvent autant en amour avec son « sugar dady » que le pédéraste l’ait avec lui. Mais, comment faire face à l’oppression sociale quand on le rend public? C’est le traumatisme total. C’est de devenir un sale aux yeux des autres jeunes.

Les pédérastes se savent absolument vulnérables, décriés. Ils savent que chaque expérience pourra leur sauter dans la face n’importe quand dans leur vie alors que l’alcoolique qui tue un piéton s’en sortira au bout de quelques années de prison au maximum. Dans un cas, il y a la mort ; dans l’autre, c’est le plaisir. Pourtant, c’est pire d’avoir du plaisir que d’avoir tué, volé ou économiquement abusé quelqu’un. Où est la logique ? Où est le bon sens ?

Quand il est question de sexe, la justice n’existe pas.

Je croyais dans le système judiciaire, mais avec le temps, j’ai appris que rien, même s’il est essentiel, n’est plus pourri que le système de justice. Non seulement il sert à maintenir le pouvoir des riches, de la grosse mafia sur le peuple ; mais il engendre des institutions pour assoir son pouvoir.

La police, qui est de l’ordre de l’essentiel, est parfois aussi abusive que la gestapo. Les lois sont définitivement utiles, mais quand elles ne sont pas mises à jour, ce sont souvent des moyens employés pour contourner le gros bon sens. Je viens d’en avoir un exemple avec mon avocat montréalais qui voudrait se faire quelques sous sur mon dos, en revenant sur mon départ précipité. Un avocat devrait savoir la valeur d’une lettre enregistrée.

La justice cherche ni la vérité, ni à établir un certain bon sens dans la relation des êtres humains. Elle cherche à maintenir un pouvoir, un pouvoir qui repose sur la violence, l’hypocrisie, l’escroquerie : le pouvoir économique. La justice, c’est une guerre entre les «forts en gueule», une race de vampires qu’on appelle des avocats.

Il en est du monde judiciaire comme du monde politique : il y a des gens honnêtes, sincères, mais aussi des profiteurs, des scrupuleux de façade, des achetables. Un bon avocat connaît bien ses juges et s’arrangent pour que le

procès ait lieu devant celui qui lui sera le plus profitable. Ça fait partie du jeu. Les lois sont faites de zones grises exprès pour pouvoir être contournées. Dans les

«crimes non violents sexuels par séduction» on retrouve une malhonnêteté intellectuelle à rendre malade. On ne parle plus de justice, mais d’Inquisition. On n’a pas peur de mentir et de tenir des procès d’intention pour justifier de grosses sentences. C’est essentiel pour le système parce c’est s’assurer que la tradition se conserve et que rien ne vient la remettre en question. Questionner le mal en sexualité, c’est mettre en doute le fondement même de la société, car on ne peut plus donner le même sens à la vie si on trouve que des rapports sexuels peuvent aboutir à autre chose que la procréation. La sexualité fixe comment sera formée la société, quelle sera sa structure et par conséquent, elle joue un rôle prépondérant dans l’économie. D’ailleurs, l’existence des féministes et des gais le prouvent.

On essaie dans ce cas d’instaurer un système mur à mur, avec des gens qui sont tous différents, des situations qui sont tout autant différentes ; mais qui sont jugés selon un œil qui n’a pas su évoluer, dans un esprit où le scrupule devient de la perversité. On juge la pédérastie avec une vision obtue, malhonnête, en formulant à priori que tous les gens sont d’accord avec la répression sexuelle. Personne ne croit que le sexe est bon pour les humains.

Évidemment, la pression est si forte qu’il faut accepter une vie de martyr pour contredire la pensée populaire. Juste dans l’écriture, les féminounes créent des associations auxquelles il faudra se soumettre pour avoir le droit et surtout le pouvoir de publier. Nous arrivons dans une nouvelle ère de dictature. Tu penses comme elles où tu n’as le droit d’exister.

Que l’on te fasse faire quelques mois de prison parce que tu as osé vivre la liberté et respecter tes valeurs au lieu de celles de la majorité, pas de problèmes avec cela. Toutes les majorités se conduisent en fascistes vis-à-vis ceux qui ne croient pas dans les mêmes valeurs qu’elles. On peut s’attendre difficilement à autre chose.

Même celles qui appliquent la Charte des droits, ne respectent plus l’esprit des droits individuels. On pense que les rites d’une religion, c’est la religion. On vit dans un monde qui exploite la confusion.

Je ne braille pas parce que j’ai fait de la prison pour des attouchements sexuels, mais parce qu’on maintient des lois qui n’ont rien à envier à la gestapo. Qu’on rende la vie tellement difficile aux pédérastes qu’il est préférable pour eux de se suicider, c’est une forme d’assassinat légal.

Faire peur avec les mots.

La sexualité hors norme a cessé d’être punie de mort par les religieux comme lors de l’inquisition (la débilité du scrupule sexuel à son maximum) quand leur

pouvoir passa aux mains des civils et de la politique.

Cependant, on a décidé de remettre son contrôle entre les mains de la médecine. Les cabinets médicaux ont commencé à jouer le même rôle que celui des confessions. Sauf que là, on ne parlait plus de péché, mais de normalité. Tout le monde doit vivre dans le même moule. On commença à catégoriser les gens.

Le meilleur moyen pour avoir toujours la main haute est d’entreprendre le combat dès les premières manifestations de la sexualité. C’est ainsi que dans toutes les institutions d’enseignement, on commença une lutte à mort contre la masturbation qu’on nommait onanisme. C’est plus sérieux, plus secret, plus laid, plus dangereux avec un tel nom. Mais ça ne vaut pas scrotum pour la poche.

La folie repose sur l’ignorance. On ne croyait pas que les jeunes avaient une sexualité. La  masturbation est dans l’enfance tout au plus la recherche d’un  petit picotement, d’une sensation agréable en jouant avec tes organes génitaux au début de l’adolescence. Un jeu qui est encore plus agréable avec un voisin, car tu peux en plus te comparer. Avant l’adolescence, on n’imagine aucun autre rôle que de pisser pour ce petit morceau de chair. On est même souvent davantage intrigué par le trou-du-cul et la merde. C’est mal parce que ça pue. C’est le mauvais qui sort de nous. C’est cette façon de penser, cet esprit tordu qui donne un sens au péché de la chair, sinon c’est ridicule de rire de fonctions aussi nobles et aussi essentielles que la digestion et la transmission de la vie. Il faut voir le mal partout pour le dénoncer dans la sexualité. Le voir partout, c’est encore plus fou que de le nier.

Dans la Rome antique, les jeux des gladiateurs permettaient à la majorité de se défouler, de se déculpabiliser. Il fallait du sang pour s’amuser. C’était le cadeau de l’empereur. Ces jeux permettaient le défoulement. Ainsi, le peuple ne voyait pas ce qui se passait vraiment dans l’aristocratie. Comme avec les nazis, on camoufla les meurtres en une grande croisade pour le bien du peuple. On créa des laboratoires où les infirmes et les gais servaient de souris. Une si grande croisade pour créer l’homme parfait que personne n’osa pas se lever pour la dénoncer. Les humais sont rapides et forts quand il s’agit de tuer ceux qu’ils n’aiment pas ou qui deviennent des boucs émissaires.

Au Québec, on ne tue pas encore, mais on te rend la vie assez impossible que tu n’as que le suicide pour t’en sortir. Dans mon cas, j’ai décidé que me suicider, c’était leur donner raison. Je ne trouve aucun mal dans ma façon de vivre ma pédérastie et je n’ai aucune raison morale, excepté le fascisme des autres, de changer ma façon de voir les choses.

Au 17e siècle, les médecins se sont mis à analyser et répertorier toutes les nuances possibles dans la vie sexuelle juste pour s’assurer que les nobles et les bourgeois puissent échapper aux épidémies. Les gens d’alors ont commencé, comme dans la Grèce Antique, à penser que ce magnifique plaisir devait être contrôlé. Anciennement, on décidait du moment et des rites à suivre pour faire l’amour afin d’avoir une belle descendance. Au Moyen-âge, les dirigeants épeurés par les épidémies cherchèrent à contrôler le peuple d’autant plus qu’en commençant à offrir des services à la population pour les impôts qu’on prélevait autrefois comme un droit, on se rendit compte que plus il y a de gens malades, plus ça coûte cher.

La sexualité venait donc de jouer un rôle fondamental sur le plan politique. Le peuple sale, sans mœurs, mettait en danger, pensait-on, la santé des bourgeois. Des curés, la sexualité a passé dans les salles d’examen des médecins. Changement de garde, changement de vocabulaire.

Le langage est un moyen d’identifier les classes sociales. Chaque groupe a son propre vocabulaire. Ainsi, ce que le peuple nommait d’un tel nom, ce nom devenait vulgaire. Fort du vocabulaire des universités, les gestes de nature sexuelle se nommèrent différemment.

Ça me rappelle quand j’étais jeune et que les plus vieux parlaient de se crosser. J’essayais de me faire une idée de ce que c’était en les écoutant en parler à la cachette. Je présumais que ce devait être mal, car on se cachait pour en parler et je savais que ça se passait dans le pantalon. J’avais déjà beaucoup d’expérience, mais je ne savais pas comment la nommer.

Évidemment, ils étaient vulgaires, mais moins hypocrites que le système qui manipule les gens en les sous-estimant parce qu’ils n’emploient pas les mots inventés pour les faire vomir ou leur faire peur ? Qui sont les salauds dans cette histoire ? Ceux qui abusent de leur savoir pour se prétendre supérieurs, qui les méprisent ou ceux qui emploient leur vocabulaire de rue parce qu’on ne leur en a jamais appris un autre.

La vulgarité est un langage qui devrait faire comprendre aux bourgeois qu’ils ne sont que des cochons qui se croient autre chose de plus nobles que les autres. Quand la chasteté est tellement maladive qu’elles n’osent pas parler de la réalité humaine, ce sont les bourgeois qui sont des salauds.

Dans mon enfance, nous n’avions que l’omerta pour éducation sexuelle. Nous avions au moins l’imagination d’inventer des mots pour traduire ce dont on nous défendait même de penser.

Les pauvres ne souffrent pas selon les riches qui ne perçoivent que leur nombril sale.

La vie sexuelle 12

août 13, 2020

La vie sexuelle 12 (pp.108à116)

Le désir sexuel : c’est normal.

La force de ton désir sexuel est strictement liée à ce qu’il y a de plus fondamental en toi, soit ta libido. Personne n’a la même libido, le même besoin de sexe. C’est même vrai à travers ton expérience personnelle, à différents âges de ta vie. La libido joue un rôle très important dans le développement de ta personnalité. Il y a des périodes où le sexe est moins préoccupant. À un certain âge, t’es même bien content d’être débarrassé de ce besoin, ce qui te permet de t’occuper d’autre chose.

C’est la nature humaine. Et pourtant, à travers les lois et les religions, on combat le besoin de sexe comme si c’était le diable, le mal qui t’habite quand tu en ressens le besoin. C’est là tout le problème. On n’a jamais remis en cause les règles que l’on nous a imposées, souvent pour des raisons strictement économiques. Ainsi, fut créé le lit parce que les bourgeois voulaient se protéger du peuple jugé plus sale, plus porteur de maladies, spécialement quand l’Europe a été frappé par les épidémies.

Qu’on le veuille ou non, la morale sexuelle est un des éléments, une des raisons qui a engendré des écarts entre les classes sociales.

Le peuple ne se préoccupait pas de morale. Et, dans le fonds, c’est lui qui avait raison. Si on élimine la violence, le sexe n’est que plaisir. Tout individu obéit à  sa propre nature profonde. Qui peut expliquer pourquoi il a telle ou telle orientation sexuelle ? Il l’a et il doit faire avec.

C’est un fait que la liberté absolue donnait souvent naissance à des jalousies, des crimes passionnels. Donc, en ce sens, c’est nécessaire pour la société de s’assurer que la vie sexuelle ne se vit pas dans la violence. Il faut exiger le respect les uns des autres. Au-delà de la violence, il n’y a que les raisons économiques pour prétendre justifier un regard de la société dans la vie sexuelle des individus.

Par exemple, au Québec, une des règles les plus intelligentes est l’égalité homme femme. Pourquoi un homme serait-il supérieur à une femme ? C’est complètement idiot. La vocation des sexes a été établie à travers le temps en faveur des mâles. Le mariage a toujours été une réalité économique. Comment croire dans des religions qui te font croire qu’un Dieu juste peut prétendre que la femme doit être soumise à son mari ? Il fallait être assez niaiseux merci pour empêcher les femmes de voter. L’homme et la femme sont parfaitement égaux ; même s’ils sont tout aussi différents à cause de la position sociale qu’ils ont occupée dans le passé.

Heureusement, on se rend compte maintenant qu’au-delà de la couchette, le plus important dans la vie est l’amour, l’amitié. Il est très difficile pour une famille de continuer, au Québec du moins, à imposer un mariage, un mari ou une épouse. Pourtant, dans certains pays, on refuse encore cette évolution. La femme est une dote.

Le changement actuel le plus profond dans notre monde repose sur la reconnaissance de l’autonomie individuelle. L’individu est une richesse en soi. Malheureusement, les règles touchant la sexualité n’ont pas encore suivies. Et c’est justement là où la perception sexuelle des féminounes devient un danger pour l’émancipation des humains, car elles défendent encore une vision de l’homme que la science a démoli depuis des décennies. Elles favorisent le lavage de cerveaux qu’utilisaient les religions pour maintenir leur pouvoir sur les individus. Elles nous font régresser. Elles nous imposent leur aliénation.

Aujourd’hui, nous apprécions non seulement la liberté de conscience, le droit des individus de décider de leur propre vie. Nous savons que la liberté, quoiqu’elle ne puisse pas être absolue, est la capacité de choisir pour toi, ce qui est le mieux pour toi. Nous savons aussi que la liberté ne se crée pas seulement à travers les bonnes décisions, mais aussi parfois à travers les mauvaises expériences. La liberté est une éducation.

On est de plus en plus conscient de notre individualité, parfois même trop, puisqu’on agit comme si on était seul au monde.

La morale n’est pas toute mauvaise. Elle permet de vivre dans un certain ordre. Nous ne sommes qu’au début de la prise de conscience de notre individualité. Nous ne sommes pas encore capables de réaliser que l’ensemble dépend de l’individu. La responsabilité qui va de pair avec la liberté est encore au stade embryonnaire. La survie même de notre espèce va dépendre de la vitesse avec laquelle nous serons capables de comprendre qu’il existe des limites et notre capacité à les reconnaître pour le bien de la planète.

Notre sexualité est encore un mystère, dans le sens que l’on ne nous apprend pas comment nous sommes faits et comment nous réagissons. Les sentiments sont très souvent la création d’hormones. Quel pouvoir avons-nous sur notre cerveau ? Ce n’est pas vrai que tout est une question de volonté. Mais, Socrate avait parfaitement raison : l’essentiel c’est de se connaître et d’ainsi apprendre à agir avec une liberté qui implique et se fond dans la responsabilité.

Entretenir la peur et le dégoût autour de la sexualité, c’est promouvoir la haine et le dégoût de soi-même puisque nous sommes qu’on le veuille ou pas des êtres sexués.

Il faut cesser de percevoir la sexualité comme étant sale, péché. Sa sexualité, c’est sa personnalité. C’est une des plus grandes forces des individus. Un plaisir qui peut, s’il est hétérosexuel, aboutir à la responsabilité suprême qui nous possédera jusqu’à notre vieillesse : soit être parent. Il ne suffit pas de donner la vie, il faut aussi accepter la période de formation de l’enfant jusqu’à ce qu’il ait sa propre autonomie. Et, l’autonomie ne se forme pas dans un moment précis. On ne devient pas autonome quand le cadran indique que nous avons 18 ans à minuit de telle année. L’autonomie est une formation continue de la naissance à la mort.

Tout décider sous prétexte de préserver les jeunes d’un danger qui n’existe pas, en dehors d’une morale née de nos ignorances, c’est un abus de pouvoir des adultes sur les jeunes. Le jeune doit apprendre à savoir dire «oui ou non», « j’aime ou je n’aime pas». Pour vivre sa liberté, il faut d’abord savoir de quoi il en retourne.

Deux mondes, selon l’âge

En fait, il y a autant de différence dans la vie d’un jeune de cinq ans et le même jeune à 14 ans qu’entre un pays sous-développé et les États-Unis. On dit même que le résilience du cerveau est telle qu’un enfant battu dans une famille pourrait retrouver son équilibre émotif et sa capacité au bonheur, s’il se retrouvait à l’adolescence dans une famille aimante. Comment peut-on alors prétendre qu’un simple jeu sexuel puisse être assez traumatisant un enfant pour gâcher sa vie entière. Il faut pour cela projeter notre propre peur de la sexualité.

Le jeune se découvre un garçon avant même de naître. Ce processus d’identification est plus important qu’on le croie. Quand le jeune a cinq ans, il a franchi tous les stades de développement depuis sa naissance. Ces stades lui permettent de prendre conscience de qui il est.

Il apprend encore par imitation. Il est toujours dépendant de ses parents. La sécurité est super importante et sa vie affective bat au rythme de ses relations avec sa famille. Son cerveau se développe. Sa capacité d’apprendre est très grande, mais il est incapable de symbolisation. Le monde réel est une découverte perpétuelle. On parle peu souvent de l’affectif, mais c’est l’élément essentiel de son développement. Avec l’âge, l’individu apprend à choisir, à raisonner, à créer ses propres goûts. Il apprend à devenir indépendant et critique. Toute la vie est axée vers ce but : devenir autonome. Il doit s’affranchir de papa et maman.

Avec l’adolescence, non seulement son corps se transforme. À cause des hormones, sa sexualité se réveille. Le jeune a de plus en plus besoin de voler de ses propres ailes. C’est évident que ce n’est pas toujours facile. Les autres sont autour pour le juger. Pour prendre des décisions, rien ne vaut d’être bien informé.

C’est un crime que de faire croire à un jeune que la sexualité est le mal, le sale, la honte. À cet âge, le jeune est bouleversé par une foule de changements physiques. Refuser de lui expliquer ce qui lui arrive est non seulement de l’inconscience, mais un manque de respect écœurant. C’est aussi le moment où la sexualité doit prendre le sens des responsabilités. Le jeune doit apprendre à respecter les choix de l’autre. Il doit comprendre que si le plaisir est valorisant, il peut aussi se transformer en obligation, s’il procrée. Il doit aussi se protéger contre les maladies transmissibles sexuellement.

La question la plus fréquente chez un garçon concerne la masturbation. Il est essentiel que le jeune apprenne que la masturbation est un phénomène naturel et qu’elle peut servir à calmer. Rien n’est mauvais dans la masturbation, si on n’exagère pas. Le deuxième point est de savoir qu’il est normal que son organe génital change de dimension au froid, car le but de cet acte inconscient est de protéger les testicules qui se doivent de demeurer dans un environnement chaud. L’autre problème, c’est de croire que l’on est mal proportionné. Un pénis moyen est d’environ cinq pouces en érection. Il y en a de toutes les tailles et de toutes les grosseurs, des circoncis et des non-circoncis. C’est important d’apprendre à s’accepter comme on est. On est loin des colères de mères qui se rendent compte que leur fils se lève avec un bandage de pisse. Le mal dans la sexualité est presque toujours relié à l’ignorance et au fanatisme religieux qui nous bourre de stupidités depuis des millénaires.

Là, où la pornographie n’a aucun respect pour les jeunes, c’est qu’elle ne montre que des garçons bâtis comme des étalons. Si un jeune n’a que la pornographie pour l’informer, il peut se sentir très vite infirme. Si Freud pouvait dire que les femmes sont jalouses des hommes parce qu’elles n’ont pas de pénis, le jeune peut subir un très fort dédain de lui s’il se croit moins bien membré que les autres.

La guerre à la pornographie juvénile est en ce sens carrément criminelle, car en empêchant ces sites, qui produiront quand même leur pornographie, on fixe un seul modèle : le gars bien bâti, avec une queue sans courbe et raide comme une barre. Avec les luttes féminounes, il ne faut pas que les garçons aient l’aspect trop jeune et il faut donc qu’ils soient bien équipés. Un jeune peut alors en déduire qu’il est mal formé. Ce complexe peut entraîner un manque de confiance en soi qui se répercutera dans tous les domaines de sa vie.

Si les scrupuleux veulent protéger les jeunes, ils devraient s’attaquer à la présentation constante de sodomie plutôt qu’à l’âge des participants. Même si je n’ai jamais vu (je n’ai jamais cherché non plus des modèles très jeunes) il est évident qu’il faut éviter que des enfants en bas âge se retrouvent sur internet.

La vraie solution, c’est que l’école à la fin du primaire réponde à toutes les questions que les jeunes peuvent se poser afin de pouvoir vivre leur sexualité

correctement, ce qui ne veut pas dire sans expériences sexuelles. Un homme averti en vaut deux.

La nudité n’a rien de pornographique. Ceux qui sont offusqués par un corps nu sont ceux qui devraient se faire soigner. On est beaucoup trop complaisant avec les jeux violents, ce qui est bien plus traumatisant pour l’esprit des jeunes que la nudité.

L’omerta et l’interdit causent plus de problèmes que la liberté.

La pire chose qui puisse arriver à un jeune est de croire que la sexualité est mal. La sexualité est une force normale qui définit même notre personnalité. Sans la libido, l’espèce humaine serait disparue depuis des siècles. Autre élément, il faut être fier de son corps pour être fier de soi.

Selon W. Reich, la répression sexuelle est à l’origine des mouvements fascistes. Le scrupule crée des fanatiques. Ceux-ci se permettent de condamner tous ceux qui ne partagent pas leur haine du corps. On a qu’à penser aux règles de la Charia pour constater comment cette forme de pensée peut nous rendre inhumain. La Charia devrait être mondialement interdite. La religion musulmane est beaucoup plus modérée que l’Islam, d’où cette nuance dans l’appellation. Les religions sont dangereuses et empêchent l’homme d’évoluer quand il s’agit de la perception que nous avons de la sexualité. Quand on tue des gens pour la fidélité sexuelle, c’est un abus de pouvoir écœurant et non une forme de pureté intérieure.

Que l’on protège les jeunes contre les psychopathes, contre les organisations mondiales de marché des organes ou d’adoption, nous applaudissons tous. Personne ne peut être contre une telle initiative. Mais, que l’on continue de parler d’agressions sexuelles quand il n’y a pas de violence, ce n’est plus de la protection, mais le contrôle la sexualité des individus. C’est priver les jeunes du droit de savoir, du droit à la vie privée et à celui de décider pour le «oui ou le non», le « j’aime ou je n’aime pas». Il est complètement débile de prétendre qu’un garçon a été forcé d’avoir un rapport sexuel avec un plus âgé, si ce même garçon retourne voir son présumé agresseur. Si les femmes paniquent à l’idée de faire l’amour, qu’elles ont plus peur d’un viol que d’un meurtre, les gars n’y trouvent que des plaisirs à travers les jeux sexuels.

Pourquoi devrions-nous tous devoir vivre notre sexualité comme les femmes, en combattant le plaisir ? Les femmes sont encore prisonnières de l’aliénation religieuse. Elles propagent les anciennes croyances qui les stigmatisaient dès leur enfance et n’ont pas encore découvert que le sexe est un plaisir. C’est normal étant donné l’éducation qu’on donne aux filles. C’est ce qu’on leur apprend.

La sexualité sans violence ne regarde ni l’État, ni la Cour. Le monde judicaire serait mieux de s’intéresser à la violence et organiser une lutte aussi importante contre la violence que celle menée depuis des siècles contre la sexualité. Jusqu’à nos jours, on pouvait croire ce qu’on prétendait à travers les religions. Avec la science, on s’aperçoit que le sexe n’est pas le mal, mais bien au contraire, une force essentielle à la survie de l’espèce et à l’organisation de sa personnalité. Le péché a été inventé pour garder une forme de culpabilité et de mésestime chez tous les individus. Une telle honte ou haine de soi permet de faire porter aux autres ce qu’inconsciemment nous nous reprochons. Personne ne peut vraiment combattre sa libido, car c’est de l’automutilation psychique.

La vie sexuelle, à moins d’être obsédé, ce qui est anormal, est loin d’être ce que nous vivons le plus dans notre quotidien. Cependant, elle prend une proportion extrêmement importante sur le plan émotif. Le sexe n’est pas que la masturbation, la fellation, etc. C’est aussi des sentiments. Et, s’il y a un point sur lequel on devrait insister dans une formation sur la sexualité, c’est la responsabilité que ces sentiments engendrent ainsi que les plaisir et les drames qui viennent avec. Comment faire comprendre à un jeune qui a une peine d’amour que la vie ne se termine pas là. De nombreux jeunes se suicident parce qu’ils pensent qu’en dehors de ce premier amour, il n’y a rien d’autre. C’est pourquoi mon fils cadet s’est suicidé. Il n’a pas accepté que la fille avec il vivait le laisse.

Qui n’a pas cru qu’avec la fin de ce premier amour, la vie n’avait plus de sens. Je me rappelle avoir déjà ressenti la même chose et pourtant je suis pédéraste.

Tout le monde est contre.

Dans un sondage au Québec, on disait que 97 pour cent des gens étaient contre la pédophilie, à remarquer qu’on n’a pas l’honnêteté intellectuelle de faire valoir la différence entre la pédophilie et la pédérastie. Il n’y a rien d’étonnant à ça.

De ta naissance à ton mariage, on te dit que le sexe est mauvais, un danger. Tu avales ce que l’on t’apprend sans même te demander si cela est censé. Tout homme cherche une femme à marier pour avoir des enfants et devoir travailler pour nourrir sa famille. Quand tu es hétérosexuel, rien de plus normal. Un hétéro est stimulé par la vision d’une femme. Pourquoi serait-il assez curieux pour aller expérimenter la vie gaie s’il sait que ça va l’écœurer ? C’est le fruit non seulement de son éducation, mais de sa propre orientation sexuelle.

Il n’y aura jamais plus qu’environ 25 % des hommes qui seront gais. Quant à pédérastie, c’est moins de 3 % et avec la pédophilie, on tombe à moins de 1 %. Le phénomène bisexuel est trop nouveau pour qu’on puisse dire avec certitude quelle proportion de la population choisira cette forme de vie. Avant on parlait

des gais comme des gens anormaux, aujourd’hui, on sait que tout le monde est normal s’il obéit à sa nature profonde. Les anormaux sont plutôt ceux qui nous prônent la chasteté et l’abstinence, car ils vivent contre nature.

Autant je n’arrive pas à comprendre un pédophile, autant un gai et un hétéro n’arriveront pas à me comprendre. On ne se parle pas et on vit sa sexualité comme sa foi : en aveugle. Or, de soi-même, rien de valable.

Quelle sorte d’ordure es-tu pour être attiré par un enfant ? Comme si tu en décidais. Une chose est certaine, il y a une forme de déviance dans le développement de ta vie sexuelle quand tu n’es pas comme tout le monde. Ça ne veut pas dire que tu es un monstre.

Au lieu de t’écraser, la société devrait apprendre à t’aider à vivre sans danger pour toi et pour les autres ce que tu es fondamentalement. Ce devrait surtout être la raison d’exister de nos psys de toutes les sortes. Mais, aujourd’hui, on crée une nouvelle science féministe pour mieux nous encadrer : la sexologie. Une nouvelle religion féminine. On ne pense même pas à s’interroger à savoir si l’interdit sexuel a sa raison d’exister.

Si je n’avais pas été pédéraste, je ne me serais jamais intéressé à ce genre de vie. Si je n’avais pas eu une éducation très catholique, je me serais jamais interrogé à savoir pourquoi cet interdit. Je ne me serais jamais demandé en quoi la pédérastie peut être dangereuse si des sociétés complètes en avaient fait le summum de la réalisation humaine, le paradis de l’amour.

J’ai tout lu ce que je pouvais trouver sur le sujet et j’ai surtout cherché dans l’histoire ce qui avait entraîné un tel changement dans la perception de la sexualité à travers les âges. Non seulement, j’ai voulu comprendre ; mais j’ai voulu incarner le besoin de revoir nos règles et de créer un monde qui ne soit pas assez fasciste pour créer une inquisition permanente contre la sexualité déviante. Pourquoi écraser ceux qui sont différents ?

J’ai d’abord découvert que sans violence, cet interdit est purement émotif et définitivement basé sur l’ignorance. Qui peut dire que se faire sucer est un geste violent ? À moins d’être un malade, tout le monde aime ça. Qui peut se prétendre plus en amour qu’un pédéraste ? Alors pourquoi faire un drame ?

Toutes les règles sur la sexualité naissent avec les tabous et surtout de nos peurs. On est loin de la charité, on est juge et bourreau. Plus on est religieux, plus on est fanatiquement d’accord à briser l’autre. On l’est parce qu’on a peur

«de soi» et «pour soi». En gardant le mal éloigné, on a de bonnes chances de ne jamais être atteint. Le scrupule vient de cette peur d’être envahi par des désirs  et des sentiments dits dangereux, sales parce qu’on nous l’enseigne depuis notre tendre enfance. Qui peut être assez fou pour remettre ces connaissances centenaires en question ?    D’autant  plus qu’aujourd’hui, on vit surtout  « by  the

book ». On accepte tout, dès que la majorité le pense ou qu’un expert le dit. Pourtant, l’essentiel pour chaque individu, sa raison profonde d’exister, c’est son autonomie.

Quand une loi dite protectrice devient une loi abusive.

Que la majorité de la population du Québec soit contre la liberté sexuelle chez les adolescents, ça n’a rien de surprenant.

Les Québécois croient encore ce que l’Église leur a entré dans la tête : le sexe est mauvais, péché, honteux. C’est complètement stupide. On n’a aucun sens critique. On exagère tout. On amplifie nos peurs en se racontant des histoires.

Rien n’est plus beau, plus grand que le phénomène sexuel. N’est-ce pas extraordinaire que nos corps produisent sperme et ovules pour créer un nouvel être ? Comment cela se fait-il ? Ce n’est pas un miracle, c’est un processus que l’on retrouve partout dans toute la nature. Comment peut-on s’acharner à voir du mal dans la nudité quand on sait que le corps est tellement complexe que même aujourd’hui la science ne peut égaler ce processus normal ? Pourquoi ce mépris du corps et de la sexualité ? C’est presque maladif. Personne ne peut justifier sa peur de la sexualité, sinon en répétant « c’était comme ça, c’est comme ça, ce sera toujours comme ça.».

On pensait comme ça parce qu’on ne connaissait rien. On nous faisait croire toutes sortes d’imbécillité pour nous éloigner des plaisirs de la chair. Si on avait pu faire jouer les jeunes au football 24 heures sur 24 pour les empêcher d’avoir des rêves qui aboutissent à une éjaculation, on l’aurait fait. On nous faisait croire que la masturbation nous donnait des boutons, nous rendait sourds, nous amenaient aux crises cardiaques ou à la démence. Ce qui est totalement faux, car si on s’en sert intelligemment, la masturbation est un des meilleurs moyens pour combattre le stress. Il faut juste s’assurer que ça ne devienne pas un besoin compulsif.

On nous mentait en nous faisant croire que cette perte de sperme était un homicide, car on empêchait un enfant de voir le jour en gaspillant du sperme, le sang blanc, le sang de la plus grande qualité chez les humains. Stupidité ! Si on ne se masturbe pas, nous aurons de rêves qui nous débarrasserons des sécrétions séminales, car sinon ce pourrait être dangereux pour nous. On nous ment dès qu’il est question se sexualité. Pourquoi ?

Il faut lire W. Reich, qui nous apprend comment c’est payant pour le système de nous garder dans la culpabilité. Summerhill nous a aussi appris que la répression sexuelle sert à nous rendre plus gêné, plus obéissant. Pour que l’on combatte une sexualité libre, mais responsable, on se sert de la peur, de l’exagération, de tout confondre dans les comportements humains pour rendre cela encore plus dégoûtant.

Cette peur est aussi maintenue par les médias qui rapportent tout ce qui se passe en cour. Si on cherchait la vérité au cours de ces procès et que l’on ne disait ce qui s’est vraiment passé alors on s’apercevrait que les prétendus crimes sexuels n’ont absolument rien de violent. Pourtant, on les classes dans une catégorie si infecte qu’on s’imagine que de se caresser en dehors des normes, c’est la pire des choses qui puissent arriver. On oublie que les participants ne souffrent pas, mais ont du plaisir.

On punit davantage une relation sexuelle en dehors des normes que de voler 100 millions, de tuer quelqu’un parce qu’on conduit en état d’ébriété, que d’être un président qui vole son peuple et le maintient dans la misère, pire que les dirigeants qui engagent des enfants dans les armées. Au Québec, on devient complètement fou et hystérique dès qu’il est question de sexe chez les jeunes. On propage sans nuance la peur féminine de tout ce qui est sexuel.

Tant qu’il n’y a pas de violence, rien ne justifie pourtant une telle hystérie, un tel besoin de punir l’autre qui a le malheur d’être heureux dans une relation qui n’est pas la relation majoritaire, dite normale.

On se fiche de ce que les jeunes en pensent. Ce sont les parents et la Cour qui décident pour eux, sous prétexte qu’ils sont trop niais pour comprendre. On est loin de «mon corps et mon esprit n’appartiennent qu’à moi. Je suis seul à  décider ce que j’en fais.»

La vie sexuelle 11

août 12, 2020

La pédérastie mise à nu …

2008-2011

par

Jean Simoneau

ESSAI

ISBN : 978-2-9807943-4-6

Sous prétexte qu’il est pédéraste, Jean Simoneau a été expulsé de l’Association des auteures (s) des Cantons de l’Est, à Sherbrooke, avec la publication de ces deux derniers livres, Autoportrait d’une révolte et La pédérastie mise à nue. Puis, ce fut au tour de l’UNEQ de l’expulser. Un sérieux accroc à la liberté d’expression et la démocratie. On peut se mettre à rire quand l’UNEQ se lance dans une campagne pour la liberté d’expression. Deux bibliothécaires, soit de Magog et de Coaticook, interdisent ses livres. Où est la liberté d’expression ? Comment peut-on croire que cette uniformisation de la pensée est acceptable dans une démocratie. Où est le droit à la divergence d’opinions ?

La société des écrivains, à Paris, acceptait de publier ce livre, mais me demandait de payer pour le faire, ce à quoi j’ai répondu : pourquoi paierais-je pour être haï? J’ai eu la débilité de croire que mon point de vue amènerait plus de tolérance. Le dernier email reçu depuis que je republie mes textes sur Facebook me demandait d’aller me jeter en-bas du pont Jacques-Cartier.  

La pédérastie mise à nue 2011

Pourquoi avoir écrit La pédérastie mise à nue ?

La première raison, je suis né et je mourrai pédéraste.

C’est un sort duquel tu ne peux pas te déroger ; mais tu peux apprendre à le vivre correctement, sans violence, sans domination, d’une façon responsable et dans le plaisir.

Pour cela, il faut que l’on cesse de mentir sur le comment est vécue la pédérastie et ses répercussions futures. Il faut que l’on cesse d’agir en hystérique dès qu’il est question de sexualité chez les jeunes.

La pédérastie est essentiellement gaie et intergénérationnelle. C’est impossible de la vivre d’un point de vue hétérosexuel. Un jeune est capable de procréation autant qu’un adulte, ce qui limite la pédérastie à devoir se vivre essentiellement entre personne du même sexe. La finalité est différente de l’hétérosexualité (la procréation) et même de l’homosexualité (le plaisir), car le pédéraste recherche une communion avec la jeunesse éternelle vue comme le summum de la beauté. C’est une relation sexuelle qui vise d’abord l’esthétisme.

Pour que la pédérastie soit positive, elle exige un plein consentement de tous les partenaires, car il est impossible d’avoir du plaisir si on t’oblige à faire ce qui ne te plaît pas.

Au Québec (c’est encore pire ailleurs), c’est l’ostracisme total contre tous ceux qui ont le malheur de naître pédéraste. Les pédérastes sont condamnés à vivre des vies de souffrance intérieure à cause des autres qui agissent envers eux comme s’ils étaient des montres. Eh oui ! Le sexe a toujours été le mal absolu au Québec à cause des religions.

Une réalité stupide, car le plaisir ou la jouissance est un moyen de nous intéresser à copuler. Pourquoi ce même plaisir deviendrait-il un péché en dehors de la procréation ? Pourquoi un Dieu qui nous aime nous aurait créé capable de plaisir, tout en nous l’interdisant ? Un sadique ?

Si la pédérastie est si néfaste pourquoi la Grèce Antique en faisait-elle le  sommet de l’amour ? Pourquoi des sociétés ont-elles instauré une période d’initiation vers les débuts de l’adolescence ? Beaucoup de ces traditions viennent de l’ignorance que l’on avait de la sexualité humaine. C’est un fait. Notre propre philosophie quant à elle est née de la censure que la religion a maintenue sur la sexualité afin de conserver un pouvoir sur chaque individu. Un pouvoir qui a ensuite passé entre les mains de la médecine.     

Le psychiatre W. Reich va plus loin dans ses livres, il démontre comment la répression sexuelle joue un rôle de culpabilisation pour avoir une économie plus efficace. Nous préférons la violence aux plaisirs sexuels.

La pédérastie est une orientation sexuelle qui existe depuis les débuts de l’humanité. Pourquoi aurais-je à me suicider parce que je ne pense pas comme tout le monde ?

En prison, on a compris qu’il ne faut pas tuer, mais on a développé un moyen pour obtenir les mêmes résultats. Il suffit d’écœurer tellement notre victime qu’elle se supprime elle-même. Un suicide peut être un assassinat. On sait que l’on raconte que des gens sont à l’intérieur des murs pour faire justice, là, où le système ne peut pas le faire officiellement. Les gardiens peuvent ignorer ce qui se passe, le temps de battre le coupable.

C’est ainsi qu’agissent les féminounes et les scrupuleux de notre pays. Ils réagissent à tout contact sexuel entre une personne adulte et un jeune, comme si le jeune était pour en mourir, oubliant que sans violence une relation sexuelle est de l’ordre du plaisir quelle que soit l’orientation sexuelle.

La répression sexuelle a une histoire d’abus de toutes sortes.

Cependant, il faut faire une nuance entre la pédophilie et la pédérastie. Une nuance de première importance puisque le développement de la sexualité est un fait unique pour chaque individu. Le cerveau et la mémoire d’un enfant en bas âge est totalement différent autant chez un garçon et une fille, à différents autres stades de sa vie.

Je suis absolument opposé à la pédophilie. Je ne sais plus comment le dire puisque les grands esprits comme Richard Martineau prétendent le contraire sans avoir eu l’honnêteté de lire ce que j’écris sur le sujet. Étonnamment, il sait mieux que moi ce que je pense, comme ça se passait d’ailleurs au temps de l’Inquisition, de l’aveu. On n’a pas évolué depuis, les chastes savent ce que pensent les pourris. Mais, les pourris le sont souvent moins que les chastes.

Je n’ai absolument pas besoin d’écrire des livres sur la pédérastie pour avoir un serein. La pédérastie tient de la fascination et le «cruising» ne se fait pas en publiant des livres. Bien au contraire, publier sur le sujet te force à vivre une chasteté épouvantable. Et, si je décide de vivre le reste de ma vie avec une femme ou être gai, ça me regarde et ça ne regarde personne. Je n’ai pas fait vœux de pédérastie. Ce choix devient possible avec l’âge parce que la libido est moins forte.

J’écris des livres pour adulte, mais on a en a si peur qu’on les interdit même chez les adultes. On ne veut pas que les gens réfléchissent sur le sujet.

Étant donné ce que j’ai vécu et j’ai dû endurer, je me suis forcé à chercher dans une vaste littérature tout ce qui touche à la pédérastie. Ces découvertes m’ont convaincu que nous vivons le rapport sexuel homme-garçon dans un contexte d’hystérie pour ne pas parler strictement de folie collective. Écrire est devenu pour moi une mission en faveur de la VÉRITÉ. En parlant de moi, je ne pouvais pas parler à travers mon chapeau comme le font nos âmes conservatrices qui jouent sans même s’en rendre compte un jeu essentiellement politique.

Seulement le gros bon sens.

Il faut être complètement fou pour proposer présentement au Québec une nouvelle approche et  une tentative de compréhension du phénomène sexuel.  Je le sais.

Les féminounes et tous les scrupuleux (lire ceux qui se font de l’argent avec le chantage et la répression sexuelle) ont le pouvoir sur à peu près toutes institutions culturelles et judiciaires du Québec. Elles ont un appui inconditionnel des médias. Elles bénéficient entre autres des largesses de la ministre St-Pierre pour nous ramener dans le droit chemin et nous protéger contre le péché de la chair. On nous force à voir la sexualité comme les féminounes, à croire que la castration est naturelle.

Ce ne sont pas les mouvements de droite qui manquent. Les féministes ont été remplacées par les féminounes, ces obsédées du sexe qui nous conduisent dans des croisades d’étroitesse d’esprit sans borne. Elles sont épaulées par les journalistes qui probablement sans même sans rendre compte essaient de nous faire partager l’étroitesse d’esprit des Américains sur tout ce qui touche la sexualité. C’est normal puisque le paquebot de pudibonderie vogue dans les veines de l’humanité depuis des siècles grâce aux religions. On essaie de nous faire croire que la perception de la sexualité par les femmes battues est celle qui devrait dorénavant dominer. Pas de sexe ! Le sexe est mauvais !  À-bas les pénis !

Jamais l’omerta ne fut aussi complète et aussi stupide que maintenant. On est rendu à parler de personnes nues alors que sur les photos on montre des personnes en costumes de bain. Plus sainte-nitouche que maintenant tu crèves de constipation ou noyer dans ton urine. C’est encore pire que dans ma jeunesse où tu n’avais pas le droit de toucher, voir et même penser au sexe. On est à la veille de retourner les enfants aux confessionnaux pour s’assurer que leur nature ne suivent pas son chemin, c’est-à-dire qu’elle se manifeste plus jeune  qu’avant.

Le Québec ne s’est pas amélioré dans sa tolérance aux différences sexuelles. Bien au contraire, jamais il n’a été aussi «braqué» contre tout ce qui est en dehors du saint sacrement du mariage ou de «l’accotage». On pense tellement protéger les enfants qu’on crée des comités de lecture à l’intérieur même de la littérature pour la jeunesse pour s’assurer qu’aucune allusion sexuelle ne peut être flairée. On oublie que les enfants sont déjà sexués dès la naissance. Malgré toute la censure inventée en surprotection, ils trouveront ce qui les fera se questionner sur leur sexualité et celle des autres. Le sexe est de l’ordre du plaisir que  ça  plaise  ou  non  aux  féminounes.  Tout  le  monde  un  jour  le  ressent.

C’est vrai que l’exemple des parents qui s’en sont pris à leur enfant de 18 mois ne peut que provoquer un très profond dégoût au point où tu te demandes si c’est vraiment possible que des gens soient aussi tarés. Mais c’est justement en publicisant de telles histoires d’horreur que l’on entretient inconsciemment la haine du sexe dont l’Église a toujours voulu nous gaver.

On profite de ces cas pour lancer ses campagnes de chasteté. Qui dans de telles conditions ne pensent pas à punir davantage ces montres ? C’est bon  pour Harper et sa clique d’assassin de la démocratie. Qui peut être assez fou pour faire remarquer le caractère exceptionnel de tels événements et le dérapage vers une société maladivement scrupuleuse?

J’ai encore vu personne mourir ou être mutilé, aveuglé, après avoir vu un pompier en petite tenue ou une femme mettant en évidence ses rondeurs. C’est pourtant l’objet de certaines campagnes qui nous font nous demander si celles qui les ont pensées ne devrait pas se faire soigner. Ces campagnes sont subventionnées par qui ?

Le Québec est à subir une castration chimique. Bientôt, on en viendra aux péchés de la pensée, c’est juste qu’on ne sait pas encore comment l’articuler. Attention ! On vous fera payer pour avoir des tentations. Impossible ! On peut déjà vous faire perdre votre emploi pour un langage grivois.

C’est pour combattre cette escalade que j’ai accepté de mettre la tête sur le billot. Richard Martineau fut le premier bourreau. Un faux petit révolutionnaire qui n’a pas encore saisi que la droite est au pouvoir depuis plus de dix ans. Encore quelques années et nous serons prisonniers de la dictature de la morale féminoune par manque de lucidité.

La répression sexuelle et l’ignorance.

Quand j’ai eu mes premiers problèmes avec la justice ou ce qu’on nomme ainsi, je me sentais coupable. J’aurais voulu expier pour le reste de ma vie, ce qui signifie que l’Église avait réussi à m’inculquer depuis mon enfance toutes ses divagations concernant la sexualité. J’avais honte de ce que j’étais. Je me croyais automatiquement inférieur. Je me punissais et m’automutilais pour provoquer le miracle qui aurait pu me faire échapper à la pédérastie.

Je me savais damné et je ne comprenais pas pourquoi un dieu, qui sait tout, de toute éternité, qui se prétend amour et justice, puisse être assez méchant pour te créer quand même. Ce doute empira le sentiment d’injustice que j’avais déjà ressenti quand on me fit croire que ceux qui n’étaient pas catholiques étaient automatiquement damnés. Comment pourraient-ils vivre une autre religion que celle de leur famille ?

Le poids de mon péché m’apparaissait plutôt comme celui d’une victime de  Dieu qui peut sauver ou de damner des humains qui n’ont aucune liberté dans le choix de leur réalité, car ils ne sont qu’une créature.

À cette époque, je croyais encore dans le péché de la chair. Je n’avais rien lu et l’omerta, en ce qui concernait tout ce qui est sexuel, faisait que j’étais assez naïf pour croire ce qu’on m’avait enseigné. Comme si Dieu pouvait s’intéresser à des stupidités de ce genre ?

Comme à l’époque des païens, bien avant le christianisme, je croyais que l’esprit était d’essence angélique et le corps de matière, donc, le mal, la mort éventuelle. Je n’avais pas encore lu ni Freud, ni Reich pour comprendre que tout individu est sexué avant même sa naissance et que l’ignorer peut être la source de problèmes quant à son identification et son développement.

Cette différence entre toi et les purs est ce qui amène bien des jeunes à se suicider. Ils se sentent incompris rejetés parce qu’ils sont différents et se sentent détestés des autres. Au lieu de les aider, avec leur maudite campagne de pseudo-protection des jeunes, on les écrase encore plus, car à cet âge on n’a pas encore la force intérieure de croire que les autres peuvent aussi se tromper.

Bébé, nous passons déjà par différents stades de développement, processus qui tout en étant identique à tout être humain, est strictement individuel quant à sa réalisation dans le temps. Les mécanismes que nous expérimentons alors seront utilisés tout au long de notre vie. Notre cerveau est d’ailleurs très différent de ce qu’il sera à partir de l’adolescence et encore plus quand nous serons adultes.

De ne pas être encore formé prouve hors de tout doute qu’à moins de violence il est impossible de subir des traumatismes sexuels à cet âge. On n’a ni la mémoire, ni le développement de la conscience assez développés pour permettre qu’on s’en souvienne réellement. On n’a même pas la possibilité d’y voir du mal, car cette notion n’existe pas encore. Comment peut-on être écrasé de remords et de culpabilité alors qu’on ne sait même pas encore ce qui est bien et mal ? On connait seulement ce qui est agréable et désagréable. Pire, on a récemment démontré l’incroyable capacité de résilience du cerveau à l’adolescence, ce qui met en doute l’existence de séquelles psychologiques à la suite d’une relation sexuelle, car, chez les jeunes, de telles relations sont une part de jeu et non un geste moral.

D’ailleurs, on oublie plus facilement les événements heureux que les malheureux. C’est ce que l’on essaie de nous faire oublier quand on prétend que les jeunes subissent un préjudice lorsqu’ils participent à une aventure sexuelle qui se passe à travers le jeu et le plaisir. Les jeunes ne sont pas encore aussi obsédés par la morale que les adultes. D’autre part, il est clair que dans les sociétés où les enfants sont caressés dans leur enfance, ceux-ci font preuve d’une plus grande stabilité émotive quand ils sont devenus adultes.

De plus, les dernières recherches sur le cerveau démontrent une telle capacité de résilience qu’elle rend stupide toutes les prétentions à l’effet que la vie sexuelle peut traumatiser un enfant, s’il n’y a pas de violence (le mal d’être pénétré, forcer un jeune à te sucer, une domination qui provoque la peur, etc.)

Dès cinq ans, on peut prédire, selon la dilatation de la pupille des yeux, si on sera hétérosexuel ou gai. Déjà, à cet âge, on a pris conscience de ce que l’on est et on développe la personnalité identifiée à son sexe. Ce phénomène d’apprentissage par imitation des gens de même sexe et plus âgé est fondamental, car le rapport avec ton genre sexuel, te permettra de te comporter comme un mâle ou une femelle. Que tu le veuilles ou non, tu n’as pas un mot à dire sur ce bagage qui constitue ton inconscient et qui dirige non seulement tes décisions, mais ta propre façon de «te» concevoir dans ta petite tête.

Qu’on le veuille ou non, on ne choisit pas ce qui nous attire chez l’autre, on possède déjà cet attrait d’une façon innée. Ce peut être les formes, les senteurs, les mouvements, la musicalité de la voix, etc. L’attirance peut aussi se faire simplement à travers des symboles inconscients. En principe, la majorité des jeunes auront déjà connus à cinq ans des petits jeux sexuels qui leur permettront de mieux se connaître et se situer dans la gent humaine. Ils auront répondu à l’éternelle question à savoir si les autres sont comme eux.

La réaction hystérique des parents quand ils s’en aperçoivent est une des premières formes de traumatisme de l’enfant vis-à-vis la sexualité. Cette désapprobation est à l’origine des premiers sentiments de mésestime de soi.

À mon point de vue, les parents doivent avoir l’équilibre nécessaire pour expliquer ces différences ou répondre aux questions des enfants sans en faire toute une montagne. C’est normal d’aimer et de connaître son corps. C’est normal de se comparer aux autres dans son enfance. C’est le contraire qui est anormal.

Malheureusement, les religions prêchent tout à fait le contraire parce que la base de leur point de vue est assise sur des ignorances crasses de l’homme.

Les parents qui font toute une montagne avec la nudité font des enfants frustrés et écrasés. La sexualité doit tout simplement être traitée comme une chose on ne peut plus normale de la vie. Plus ta sexualité sera enrichissante, plus tu auras une personnalité forte. Plus on te fera croire dans le péché de la chair, plus tu souffriras de mésestime de toi. Plus tu auras de difficulté à accepter ton corps et sa beauté. C’est d’ailleurs pourquoi les femmes ont plus de problème à s’accepter que les hommes.

J’ai eu le bonheur, en expérimentant l’école libre, de voir jusqu’à quel point c’est vrai. J’ai aussi, grâce à ma pédérastie, put constater comment on ment aux gens quand on prétend que les jeunes sont chastes et asexués. Qu’une relation sexuelle avec eux est un phénomène de domination. Et, comment les adultes ne peuvent pas saisir l’égalité qui se crée entre les êtres à travers le jeu.

Les jeunes sont au moins assez intelligents pour comprendre que les jeux sexuels sont agréables et que les adultes capotent devant tout ce qui est sexuel. Ils ne savent pas pourquoi, mais ils peuvent vite saisir que leur sécurité peut être mis en danger si leur comportement ne correspond pas à celui exigé des adultes à cet égard. Pourquoi en est-il ainsi ? Personne ne le sait vraiment, mais pour être normal, il faut voir du mal dans la sexualité. Le contraire de ce qu’est vraiment un être humain. En agissant ainsi, on crée des êtres incapables d’autonomie.

C’est aussi normal pour le petit gars qui est gai d’être dégoûté par les amours hétérosexuels que l’hétérosexuel par l’homosexualité. On ne choisit pas ce qui nous attire. Très souvent, à partir de l’adolescence, donc avec l’arrivée de la capacité au symbolisme, le monde dans lequel nous vivons prend un autre visage. Pourquoi agir contre sa nature réelle ?

Si on est gai, le monde est nécessairement différent. L’homme est l’objet sexuel recherché et la femme qui n’existe pas dans l’ordre des désirs prend une autre signification. Elle est une chaleur, une tendresse, un point de vue que l’on ne rencontre pas chez les hommes. La femme objet de désir sexuel est remplacée par la femme-mère.

Non à la pédophilie.

Je ne pourrais pas donner de raisons indiscutables pour lesquelles je m’oppose à la pédophilie, tout simplement parce que rien ne définit ce qu’on appelle pédophilie.

Cette absence de rigueur permet de poursuivre l’éducation religieuse et de condamner le sexe, sans apporter de nuances. Le mal est alors identifié aux intentions de l’adulte. Qui peut se prétendre assez intelligent pour savoir mieux que les gens qui posent un geste, l’intention qui caractérise ce geste. Ça me rappelle le rapport entre Jésus et Marie-Madeleine dans nos Évangiles. Elle est pardonnée d’être une putain parce qu’elle a su aimer.

Probablement, que mon éducation m’oblige à ne pas accepter qu’un adulte s’émisse dans le développement sexuel d’un enfant en bas âge. Les mœurs d’un pays sont souvent implicites, en ce sens que la majorité les accepte comme tels sans se demander pourquoi.

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Avant l’adolescence, sauf pour répondre à sa curiosité, le jeune n’aura aucun envi sur le plan sexuel. On peut dire que la sexualité, même si elle existe chez tous les êtres de la naissance à la mort, a des périodes où elle n’apparaît pas dans les préoccupations de la vie quotidienne ou consciente. Freud parlait de latence. Entre cinq et neuf ans environ, les filles n’existent pas dans l’univers des garçons. Tout est jeu. Pourtant, à travers les commerciaux on croirait que le petit gars est déjà en amour par-dessus la tête. C’est une projection d’adulte. Ces derniers ne semblent pas comprendre que les jeunes ont leur propre sexualité, qu’elle se manifeste ou non.

Je me rappelle que l’on se devait avoir une blonde quand j’étais jeune. T’étais niaiseux si tu n’avais pas encore embrassé une fille. Les jeunes aiment copier les plus vieux juste pour se faire croire qu’ils sont plus vieux. La curiosité sexuelle revient avec l’adolescence.

La pédophilie est un terme créé par les féministes dans les années 1970 et peut couvrir à peu près tout ce qui est sexuel chez un enfant. On ne situe pas la définition de la pédophilie en fonction des cultures et je ne crois pas que ce soit réellement, dans tous les cas, approprié. Il existe des sociétés et même certaines religions pour qui la sexualité est un phénomène normal et positif.

On se scandalise parce que des filles de 12 ans ont des rapports sexuels. On les prétend victimes d’une hyper sexualisation.  Celles qui parlent ainsi manquent  un peu de culture, car c’était il y a moins de deux siècles tout a fait normal de marier une fille de cet âge. C’était accepté partout dans le monde. Même que le prophète Mahomet a marié une petite fille de neuf ans. Un des présidents des Etats-Unis étaient en amour avec une noire de 14 ans. Dans la Grèce Antique, le gars se mariait à 30 ans et plus avec une fille d’environ 12 ans, car il devait lui

enseigner comment mener les affaires économiques de la ferme, fonction occupée par l’épouse.

Le problème avec les féminounes c’est qu’elles refusent l’histoire (comme les religions) pour se donner raison. Même la répression sexuelle a son histoire et on peut affirmer sans danger de se tromper que la répression sexuelle est surtout une préoccupation féminine. On aborde la sexualité comme si elle était identique pour tous, ce qui est tout à fait faux.

D’ailleurs, les droits de la personne ont été inventés pour empêcher une dictature absolue de la majorité sur les individus.

Je ne vois pas pourquoi il y aurait qu’une seule façon de voir ce qu’implique une relation précoce. Je suis persuadé que certaines mères seraient outrées d’entendre dire que leurs caresses sont des gestes criminels. Les règles sexuelles sont fondées sur la tradition des peuples et des civilisations. Il existe certainement aucune tradition qui cherche à profiter sexuellement de ses enfants. Les caresses sont de l’ordre de la tendresse. Certains gestes peuvent être mal vus dans un état et être glorifiés dans un autre. On juge les arbres à ses fruits. Il y a un lien direct entre la peur de se caresser au Québec et le taux de dépressions nerveuses. Mais, c’est payant pour vendre des pilules.

Avant le 17e siècle, aucun adulte ne se préoccupait de la sexualité des jeunes. On reconnaissait que certains étaient plus précoces que d’autres, et on n’y voyait aucun mal. Avec la pensée féminoune, tous doivent être exactement pareils, ce qui est le contraire de la nature humaine. Une façon voir qui nous vient des religions et qui est basée sur le rejet du corps humain. Voir la nudité comme quelque chose de mal, de honteux, de sale, c’est manquer d’équilibre puisque le corps humain est extraordinaire. Pourquoi en avoir honte ? Est-ce parce que les femmes sont plus jalouses du corps de leurs voisines que les hommes ? Pour  un homme le corps d’un autre homme, à moins d’être en compétition avec un autre pour la même femme ; c’est la dernière de ses préoccupations.

Au Québec, les campagnes féminounes sur le sexe me semblent davantage des campagnes d’irresponsabilisation et de surprotection des jeunes. On n’a même pas l’honnêteté intellectuelle de faire la différence entre la pédophilie et la pédérastie.

Il n’y a pas qu’une question d’âge (la pédérastie touche les jeunes de plus de 10 ans), mais une différence entre l’état ‘esprit des individus face au physique. On sait qu’en général, les hommes aiment le sexe, soit le contraire de bien des femmes. Notre état physique crée une perception différente de la sexualité puisqu’elle celle-ci obéit à l’expérience que nous en avons.

L’approche féminoune est une approche de condamnation, de répression. Pour elles, c’est simple tout ce qui est sexuel, particulièrement, les mâles, les font vomir. On en est encore à penser que la sexualité est une réalité de femmes battues. Serait-ce que les féminounes sont à réussir là où les religieux ont failli : castrer tout le monde ?

La vie sexuelle 10

août 11, 2020

La liberté sexuelle (pp. 92à 98)

Mes livres

J’ai abondamment écrit, crié ma pédérastie, dans mes livres alors que j’étais plus jeune. Ce fut le cas dans Réjean, dans L’amourajeux (premier titre de ce recueil de poésie). Je l’ai réécrit de différentes façons, à partir de presque toujours les mêmes textes, avant de l’appeler Autoportrait d’une révolte que je voulais un bilan de ma poésie.

Le roman que j’ai eu le plus de plaisir à écrire fut Le jeune espion. J’y mêle l’histoire de la Thérèsa et ma pédérastie. Lorsque j’ai écrit Le jeune espion, je l’ai présenté dans un concours de littérature gaie. Une poétesse féministe bien connue s’y serait tellement opposé que la remise du prix au salon du livre de Montréal fut annulée et le prix ne fut jamais accordé. Je n’ai jamais compris cette obsession de m’empêcher de publier au Québec. Ça ressemble à cette loi ultra stupide selon laquelle les dépanneurs doivent cacher les cigarettes… La folie ne porte pas qu’à tuer…

Quant à moi, je suis très fier d’avoir essayé à travers mes textes (beaucoup ne parlent même pas de sexualité), de créer avec le temps une utopie, un pays qui serait acceptable pour tous, même les pédérastes. J’adorais l’Utopie. C’était finalement ma véritable animation : essayez d’imaginer un monde dans lequel tous les humains seraient heureux. Une chose impossible sans la liberté et sans créer une conscience personnelle.

Puisque les pédérastes ne pourront jamais échapper à leur réalité, il est normal que l’on partage cette expérience pour d’essouffler cette baloune de peur, cette paranoïa. Mais, on n’est pas comme les cigarettes : on ne peut pas nier notre existence ou la présenter comme une réalité monstrueuse.

Essayer de rétablir la vérité fut donc aussi un autre but important de mon écriture.

Quant  à  moi,  je  suis  fier  d’avoir  essayé   à   travers   certains   de   mes  livres (beaucoup de mes textes ne parlent pas du tout de pédérastie), de créer une morale acceptable pour les gens qui se découvrent pédérastes, car, ils ne pourront jamais échapper à leur réalité. Ce fut ma façon de combattre la violence.

Et, dire aux autres qui souffrent en silence, seuls, en endurant l’enfer social humain : vous n’êtes pas seul à avoir vécu autant d’intolérance. J’ai aussi souffert de la censure quand j’étais jeune et j’ai décidé de me battre contre cette forme de propagation de l’ignorance et de l’intolérance.

La censure est un viol de la conscience et de l’esprit. Il y a à peine 20 ans, Victor Hugo tombait au Québec sous les interdits. Les escouades de la moralité couraient les dépanneurs pour nous empêcher de voir les revues cochonnes, mais nous avons quand même appris ce que l’on voulait savoir. Peut-être tout croche, mais on ne pouvait pas faire mieux.

Nous avons posé les jalons pour la lutte des droits individuels, droits que l’on essaie maintenant de faire disparaître sous prétexte encore une fois de protéger les jeunes. Au moins, aujourd’hui, le Marquis de Sade est en vente libre dans les librairies. Le débat sur mes textes prouve qu’on est encore esclave  de  la religion au Québec dans ce qu’elle a de plus diabolique : nous faire croire que la sexualité est mauvaise.

La sécurité et la protection des jeunes sont à nouveau synonymes de censure et de dictature morale. Elle bafoue le droit des jeunes à leur sexualité et à leur vie privée. Ce n’est probablement pas le sujet de lutte le plus important alors qu’on parle de millions de gens condamnés à crever de faim au cours des prochaines années pour assurer de meilleurs revenus aux pétrolières ; mais la morale débarrassée de l’aspect sexuel permettra peut-être plus rapidement l’éclatement d’une solidarité mondiale, car elle ne sera plus freinée par les différences et les haines religieuses qui se résument principalement à la perception de la  sexualité.

On installera peut-être la confiance plutôt que les procès d’intention. Tout le monde est d’accord sur la spiritualité, seule, la morale sexuelle et les institutions religieuses continuent de nous diviser et de prétendre qu’il faut se mépriser parce qu’il y a les purs et les impurs. Les vrais impies sont ceux qui refusent la tolérance et la compréhension des autres.

Aussi, quand je parlais de poésie de jet, ça n’avait aucune saveur sexuelle, Ça signifiait simplement que je ne me sentais pas encore assez bon poète pour me classer parmi les grands ; mais je considérais que mes poèmes étaient assez significatifs pour justifier leur parution. Mes textes n’étaient pas seulement tirés de la rêverie, dits de façon à ce que personne ne comprenne ce que je voulais dire, mais aussi de la réalité, de la vie quotidienne. Je préconisais une poésie plus musicale. J’avais essayé de créer une nouvelle ponctuation pour marquer la façon de les lire. Un échec total. Je voulais donc une poésie plus réaliste, plus engagée, plus politique. La poésie ne doit pas être que fleurs bleues, mais des mots qui ont un sens, un double sens parfois. La poésie, c’est aussi l’image, le tableau global.

La poésie ne sert pas qu’à exprimer les dépressions amoureuses ; mais aussi et autant la révolte. Un cri qui sort d’un coup, un jet. Parfois, un crachat comme l’exprimait si bien Léo Ferré. Comme le «slam» aujourd’hui, quarante ans plus tard. Une poésie de l’émotion.

Dommage que par ignorance, on s’imagine que c’est une éjaculation. Une perception de femme en chaleurs. Je n’étais pas encore aussi obsédé que celles qui me jugent aujourd’hui, sans avoir jamais lu mes textes.

Retour au fascisme

La vague-retour au fascisme est bel et bien déclenchée. Avec la loi C-10, on remet en place la censure comme lorsque j’étais jeune.

En essayant de protéger le fœtus, les Conservateurs espèrent interdire l’avortement à moyen terme ; avec les accommodements religieux, les religions pourront s’offrir tous les privilèges au nom de leur foi.

On reparle ce matin de la députée Sylvie Roy, de l’Action démocratique, qui tente de relancer le débat sur la liste permanente des pédophiles et la castration chimique, sans tenir compte à savoir si ces relations sont violentes ou non.

Donc, c’est encore la religion qui décide et impose ses valeurs morales. Le fascisme court dans nos rues. On essaiera certainement de revenir sur la maladie mentale pour définir l’homosexualité, c’est une question de temps.

Personnellement, avec tout ce que j’ai écrit, je me suis placé dans l’endroit idéal pour être victime de chantage. Il suffit de revenir à 40 ans plus tôt pour trouver un jeune qui se rappelle et qui n’obtient pas l’argent qu’il veut pour que l’on puisse me faire la peau. L’humanité n’évolue pas.

Pour du pétrole, bientôt on pourra y ajouter l’eau et la nourriture, on accepte que des millions d’humains meurent. Ce n’est pas une vision pessimiste, c’est la réalité. Il est impossible de voir ce qui pourra modifier cette tendance. Les journalistes se mettront bientôt à décrier les droits de la personne. On n’est pas sorti du bois… on retourne vers le pouvoir du fascisme.

L’industrie du chantage sexuel.

Il est évident que la pègre est directement liée au chantage qui s’exerce sur les présumés prédateurs sexuels. Ce n’est pas pour rien que l’Action démocratique exige que les listes de la police soient rendues publiques. À partir de ces listes  et les différents chiffres d’accusation, il est possible d’établir un système de chantage permanent. Une rente à vie à payer au maître chanteur. Par exemple, en écrivant mon carnet (blog), je savais que je m’exposais au chantage, car aucune disposition de la loi ne permet une prescription, mais elle existe pour les proxénètes à deux ans.

Comme me le disait mon bon ami Pierre Faucher, qui était policier, tu as avantage à te faire oublier dès que tu es accusé, car tu perds automatiquement le droit de parole, surtout si tu t’intéresses aussi à la politique. « Même si tu défends les droits individuels, on fera croire que tu défends tes intérêts personnels.»

Dans mon cas, depuis quelques temps, les cas bizarres se sont multipliés. Par exemple, j’ai un individu qui est entré en contact avec discussions directes, service MSN. Puisque j’ai la Cam, il voulait tout voir ; mais pas question de se laisser voir, surtout le visage. Un policier qui s’essaie ? De la prévention entre adulte ? Bizarre ! Entre adultes, ces peurs ne devraient pas exister ; mais on

sait que des policiers se font passer pour des jeunes pour essayer d’attraper les prétendus prédateurs. Pourquoi pas «framer» une situation où la victime se dit adulte, mais que ce soit un jeune ou un maître chanteur (policier ou pas). Une fois qu’on t’a sur Cam, alors on peut faire croire que ça s’est passé comme on veut, selon ses bénéfices. Bizarre que le manège doive durer des mois avant qu’il y ait arrestation.

La sollicitation doit se faire dans des deux bords pour qu’il se passe quelque chose et que l’aîné puisse croire dans l’existence du plus jeune. Peut-on parler de sollicitation quand tu es ainsi harponné ? Est-ce légal ? Il faut pourtant la signature d’un juge pour seulement écouter les gens du crime organisé.

J’ai eu un deuxième cas, plus clair, une jeune fille qui prétendait être très riche, mais il lui fallait un intermédiaire pour avoir l’argent de la banque européenne. Une petite Africaine dont la famille a été décimée dans une révolte populaire par une junte militaire. J’ai transmis ses informations à la banque européenne comme elle le voulait et je n’en ai plus entendu parler depuis. Sauf, qu’elle prétendait vouloir venir vivre avec moi. Puis, j’ai une ancienne flamme, appelons- le Daniel (puisque je crois qu’il est mort) qui veut avoir de l’argent sous la menace de tout dévoiler ce qui se passait il y a 40 ans. On sait que l’Église catholique a dépensé des millions pour se faire pardonner. Le chantage a été ainsi consacré. Il fera dorénavant parti de nos mœurs. On sait que souvent, particulièrement les femmes, se sont servies de motifs sexuels pour avoir une meilleure pension alimentaire. Que ce soit vrai ou pas, le jour où les journaux en parlent, t’es un homme mort. Bizarre, comment TVA joue au curé …

On le sait et on en profite. Ce serait intéressant de savoir quels liens se sont établis à partir de ces chaînes de chantage, les médias et les partis politiques. Personnellement, j’ai pris conscience de ce trafic, il y a une dizaine années. Malheureusement, je n’y peux rien. On me l’a  bien  fermée.  Tant  qu’on  ne  peut pas espérer que la vérité soit connue et reconnue, la droite aura le gros bout du bâton. Il suffit d’entretenir la paranoïa pour que les gens croient que  cette situation est normale. Ce n’est sûrement pas prêt de changer.

Même le ministre libéral, M. Dupuis, analyse les avantages politiques de rendre public la liste des prédateurs sexuels. On n’est jamais trop vertueux, surtout quand ça augmente les votes en sa faveur. Les femmes qui appuient l’Action démocratique pour l’obtenir pourront maintenant remercier les libéraux. L’Action démocratique sert de faire valoir libéral par la droite alors que Québec Solidaire semble jouer le même jeu à gauche pour éliminer le Parti Québécois. Les Québécois choisissent toujours le centre de préférence.

Être victime de chantage, c’est affreux. T’as vite mal à la tête, à l’estomac. Tu te demandes ce qui arrivera à tous ceux qui sont proches de toi. Tout est noir. Tu voudrais crever d’un coup. C’est une sensation affreuse. Tu n’as rien à dire pour te défendre, tu es condamné juste par le fait d’exister. Après, on s’étonne que les prédateurs deviennent fous et violents. On fait tout pour que ça arrive.

Le pouvoir est ainsi à l’abri de tous les dissidents… il suffit de les accuser de récidive pour qu’ils soient silencieux à jamais. Quand il y a chantage si on obéissait à la peur qui nous anime, on prendrait une corde et on irait immédiatement se pendre. Peut-être que ce sera le seul moyen de faire comprendre aux bien-pensants qu’ils sont aussi des salauds en ne respectant pas la vie privée, en autant qu’il n’y a pas de violence.

N.D.L.R. : Le ministre Dupuis ne serait pas très chaud à l’idée d’un registre public. Bravo ! Espérons qu’un jour on exigera que l’on fasse une différence entre un jeu sexuel et un crime sexuel.

La vie sexuelle 9(pp. 83à 92)

août 10, 2020

La liberté s’acquiert avec l’expérience. Le but premier de l’éducation est de créer des êtres autonomes. Tout le monde sait que l’âge ou le rythme de développement sexuel varient d’un individu à l’autre. Tout est question d’hormones, de pulsions. Est-il normal de toujours essayer d’ignorer sa petite nature, ce que l’on est en réalité. Nous ne sommes pas des anges que les religieux aiment ça ou pas.

C’est la raison pour laquelle je préconise, dans mes livres, que l’on abolisse l’âge de consentement pour permettre aux jeunes de se prendre en main et de vivre leur sexualité à leur rythme, selon leurs besoins, grâce à une bonne éducation familiale, puis scolaire. L’âge de consentement devient leur entrée au secondaire.

Au lieu d’agir par peur, ignorance, ils doivent eux-mêmes décider de leurs valeurs morales, à la suite de l’éducation familiale. C’est ça être autonome. Décider par soi-même.

C’est beau prétendre qu’un geste sexuel est immoral, mais il faudrait pouvoir le prouver, le justifier. D’où vient cet interdit, sur quoi repose-t-il ? Dieu, un être purement spirituel, immatériel, illimité pourrait-il nous expliquer comment se comporter dans notre réalité d’être mortel ? C’est carrément illogique et invraisemblable. Il s’agit d’une projection des religieux dans laquelle on interprète, dans nos limites de mortel, ce qu’un être infini pourrait penser.

C’est pourtant ainsi qu’on agit présentement. Chez un garçon, les transformations sexuelles se font sentir ainsi que ses désirs de premières vraies expériences, en étant partagées, vers l’âge de dix ans ou un peu plus tard, selon les individus et la maturité de chacun. Ce n’est pas une nécessité, mais une possibilité. C’est en ce sens que je parle de pédérastie à partir de 10 ans et plus. Je ne dis pas qu’il faut initier les jeunes, qu’il leur faut avoir une expérience sexuelle à cet âge à tout prix, mais je constate simplement que les changements physiques, l’attrait et la relation, et même de perception de la sexualité pour un garçon ça se situe vers 10 ans et plus et que l’on se doit de respecter cette réalité, ce qui leur confère de facto un droit absolu à leur intégrité et la vie privée. Ce ne sont pas des bébés dépendants des adultes.

Je fais une distinction entre la sexualité et la génitalité. La sexualité est plus large, elle implique la tendresse et les relations larges entre individus alors que la génitalité ne concernent que l’excitation de zones précises : pénis, seins, fesses. Les scrupuleux étendent ces zones à tout ce qui est corporel, d’où le besoin de tout cacher et ne rien toucher.

C’est au jeune, lui-même, seul, de décider pour lui, et non aux adultes ; car décider pour eux, c’est tisser leur immaturité affective. Les adultes ne perçoivent pas la sexualité de la même manière qu’un enfant. C’est normal, dans une relation adulte, il faut tenir compte de la possibilité de procréer … une différence immense de responsabilité.

Tout, comme les jeunes ne perçoivent pas le temps et l’espace comme un adulte. Ils perçoivent leur sexualité différemment. Ça fait juste chatouiller. Censurer et interdire la sexualité non violente et consentie, c’est nourrir la paranoïa à partir de la peur des étrangers que l’on entretient, surtout à la télévision en te sommant de ne jamais faire confiance aux autres. Une peur qui se confond avec le rejet de l’homosexualité. C’est faire croire dans un danger qui n’existe pratiquement pas.

Les Québécois sont incapables de prendre leur destin en main parce qu’on ne leur a jamais appris à reconnaître leur propre valeur à cause de cette éducation sexuelle malsaine.

Jamais on n’atteindra une véritable égalité entre les hommes et les femmes, tant que la sexualité sera perçue par les femmes comme le mal absolu. D’ailleurs, si vous avez le moindrement cherché à avoir un de mes livres, vous avez constaté qu’on en trouve que très rarement et seulement dans les bibliothèques des universités ou à la bibliothèque nationale. (Où on vous mettrait en garde contre mes écrits avant de vous y donner accès).

Je n’ai jamais prétendu écrire des œuvres pour la jeunesse, une autre façon d’étendre la censure sur les jeunes : leurs lectures. On pense comme tout le monde ou on n’a pas le droit de parole. Je me demande comment je peux corrompre la jeunesse parce qu’à ce que je sache, t’as plus de 14 ans quand tu fréquentes l’université.

Mais, je remets les interdits sexuels pour les jeunes en question, ils ne doivent surtout pas le savoir et se questionner eux aussi. Quand il a été question d’une séance de signatures au Salon du livre de Sherbrooke, je savais que j’y étais présent donc qu’aucun de mes livres ne serait vendu à un enfant. Par ailleurs, il aurait été intéressant de revoir les gens qui m’ont connu quand j’étais journaliste à la Tribune.

Censure morale ou censure politique ? La censure sexuelle a toujours été  débile. Ça me rappelle que dans mon enfance, Victor Hugo, Rimbaud, Verlaine, etc. étaient à l’index.

La malhonnêteté morale

Quelle malhonnêteté intellectuelle ou ignorance quand il s’agit d’interpréter ce que nous écrivons : je ne prône pas la pédérastie (comme toute orientation sexuelle, on l’est ou non, c’est totalement en dehors de sa propre volonté et on ne peut pas le devenir à moins de l’être déjà inconsciemment). Je constate des faits qui contredisent tout ce qu’on peut lire ou entendre sur la pédérastie et la pédophilie. Je déteste l’hypocrisie et le mensonge. Comment exprimer ce que je veux dire ou expliquer ces phénomènes, si je ne peux pas en parler clairement et ouvertement ?

Un essai comme La pédérastie mise à nu est une forme littéraire basée sur l’argumentation. Comment peut-on contredire des mensonges si on n’a pas le droit d’en parler.

Un essai, c’est un point de vue particulier que l’on développe. Toute notre éducation sexuelle a toujours été le silence absolu, la honte, la peur. Ce n’est pas en disant qu’il y a une différence entre la pédérastie et la pédophilie et en tentant de l’expliquer, qu’on en fait la promotion.

J’ai été heureux d’avoir été pédéraste, ça m’a apporté les plus beaux moments de ma vie, je ne peux pas dire le contraire. J’ai adoré ça ; mais, par contre, pour d’autres ce fut l’enfer. Ils se sont suicidés. Ils étaient harcelés par les moralistes, des assassins légaux. Ils ne tuent pas, mais ils t’amènent à te tuer. C’est le message de mon ami Marc Lachance. Suis-je plus lâche parce que je ne me suis pas tué ?

D’ailleurs, dans beaucoup de me textes, je parle du problème de vivre quand tu es pédéraste, qu’est-ce que ça doit être quand tu es pédophile ? Nous vivons dans une société juge, une forme d’inquisition sociale vivante, qui préfère le délire religieux à la réalité humaine. C’est complètement fou de prétendre que raconter sa vie ça veuille dire une invitation pour que les autres vivent ainsi. Une autobiographie a toujours une part de fiction ne serait-ce que par les oublis. Ce n’est pas une invitation à vivre ainsi, c’est partager une expérience douloureuse ou extraordinaire, c’est essayer de permettre aux autres d’entendre la description de votre expérience, sans devoir la vivre. Vous pouvez ainsi en partie la comprendre.

C’est ça écrire à mon point de vue. On a essayé de me faire condamner en utilisant le même manège, lors de mon dernier procès, en se servant de mon livre L’homo-vicièr. Le juge ne s’est pas laissé berner et il a nettement statué qu’en aucun moment j’incite qui que ce soit à devenir pédéraste, encore moins pédophile. C’est un livre qui ne peut pas être identifié en dehors de la pure fiction-tentative d’humour. Je juge notre société à partir de mes connaissances, d’où je raconte une pseudo généalogie remontant jusqu’à Yahvé. .

Qu’on le veuille ou non, la littérature, tous les bons dictionnaires et la psychanalyse font une nette distinction entre les mots pédophile et pédéraste; sauf qu’ici, au Québec, on a la malhonnêteté intellectuelle assez forte pour tenter de faire croire qu’il n’y a pas de différence. Ils savent que le langage judiciaire (l’âge de consentement) n’a rien à voir avec le langage commun de la réalité physique et scientifique. L’âge de consentement ne fait qu’indiquer ce qu’on considère légal ou non. Un abus de pouvoir de l’État, à mon avis.

D’ailleurs, si Harper n’avait pas voulu porter l’âge de consentement à 16 ans, je n’aurais pas ressenti le besoin d’écrire ce que les « sans voix » voudraient dire contre ce règne de terreur.

J’ai aussi écrit cet essai, car je venais presque d’être tué et je me suis demandé ce que j’aimerais absolument dire avant de mourir. J’ai choisi la liberté sexuelle au détriment de l’indépendance du Québec, car je trouve que c’est ce qu’il y a d’essentiel pour les générations à venir. La vie sera tellement difficile qu’il faut éliminer les barrières religieuses pour assurer la survie de l’espèce humaine. Les religions ne doivent conserver que la spiritualité ou disparaître, car elles engendrent la haine plutôt que la compréhension.

Mon orientation sexuelle ou les pratiques sexuelles qui la déterminent sont deux choses totalement différentes. J’ai vécu des expériences pédérastes, d’autres avec des femmes et des hommes, laquelle fait que je suis hétéro, homo ou pédéraste ? Je ne me crois pas pervers parce que j’ai voulu tout essayer ; mais un libre penseur, un petit jouisseur, comme dans une certaine philosophie qui reposait sur la jouissance. Plutôt que de me consacrer «pécheur», j’ai appris à jouir de notre éphémérité et d’en remercier Dieu.

En ce sens, je me trouve plus religieux que bien des mangeux de balustre… J’ai parlé de pédérastie pour que l’on sache ce que c’est sans mensonge. Sans  délire religieux. Avec le parti pris d’un gars qui le fut et le sera toute sa vie. On ne change pas son orientation sexuelle. J’ai des désirs plutôt éclatés depuis que la sexualité n’a plus autant d’importance dans ma vie. On pourrait avoir au moins l’honnêteté intellectuelle de respecter cette réalité.

Ce n’est pas en infantilisant les jeunes garçons qu’on en fera des êtres responsables. Surprotéger, ce n’est pas créer des êtres autonomes, mais des automates. Ce n’est pas les protéger, mais c’est les empêcher d’être eux-mêmes et de se développer selon leur conscience personnelle et leurs expériences. Les enfants ne sont pas « les objets des adultes», ils ont droit à leur corps et à leurs propres expériences tant qu’elles sont non violentes, sans domination, responsables et pourquoi pas agréables ?

La morale bourgeoise.

La morale bourgeoise est à la base d’un véritable commerce qui est loin de viser le bien-être et le mieux-être des gens concernés.

Le mariage est un échange de pouvoir, de statut social, dans bien des pays alors que ce devrait être une union fondée sur l’amour pour donner naissance à des être qu’on chérira tout au long de notre vie.

Tant qu’on aborde la sexualité en dehors du mariage comme quelque chose de mauvais, de honteux et de mal, c’est bien évident qu’on cherche à éviter les expériences chez les jeunes.

Le monde judiciaire a créé des montagnes de mots ou de règles pour rendre la sexualité encore plus dégueulasse. Le judiciaire n’a jamais respecté l’âge de consentement, car pour épingler quelqu’un, on multiplie les lois, les fautes et les accusations. On coupe une même aventure en mille petits morceaux pour avoir le plus de chefs d’accusation possibles.

Comment voulez-vous qu’un jeune soit capable de juger sérieusement d’une situation alors qu’il est interrogé par la police ? Peut-il vraiment faire valoir, sans peur, ses choix et ses valeurs ? Ça ne le traumatise pas de voir la police jouer dans sa vie privée ? On a même détourné la raison pour laquelle on avait inscrit dans la Charte des droits de la personne, la discrimination selon l’âge, sous prétexte qu’il faut protéger les jeunes de leur imbécillité ou de l’ignorance confondue avec l’innocence.

On a multiplié les termes : attentat à la pudeur, incitation à la délinquance, agression sexuelle, grossière indécence, etc., juste pour contourner le droit des jeunes à choisir leurs expériences sexuelles.

Le système décide pour le jeune s’il aime ça ou si c’est bien pour lui. On considère encore les adolescents au mieux comme « la propriété des parents»

ou au pire comme des idiots, incapables de savoir ce qu’ils doivent décider. On est même rendu à 18 ans dès qu’il est question d’incitation. Pourtant, l’âge de consentement est de 16 ans ; ce qui prouve l’incohérence et l’hypocrisie du système judiciaire. Si on était moins hypocrite, on y mettrait un peu d’ordre et de cohérence.

Il en est ainsi parce que la répression est payante. Les gouvernements se sentent justifier d’y verser autant de subventions, sous prétexte qu’ils ont l’appui de la population d’où la nécessité de maintenir la paranoïa en multipliant les cas de pédophilie et ainsi faire croire que c’est un crime fréquent. C’est aussi pourquoi il faut élever l’âge de consentement. Pas de crimes, pas de subventions. Pas de subventions, pas d’emplois. Plus on place de mauvais mots, plus on peut écœurer les gens quand ils en entendent parler dans les médias et justifier des sentences plus salées pour maintenir encore plus la peur et les raisons d’investir. Faut bien rendre ça monstrueux pour continuer une domination des individus basée sur le tabou et l’aliénation … il faut avoir peur pour justifier la chasse aux sorcières modernes.

Sur le plan légal, je préconise qu’il n’y ait plus d’interrogation sur la vie des gens, mais une seule question : Est-ce que tout le monde concerné était consentant

? C’est oui ou non. Ce doit être clairement signifié dans le rapport entre les individus. Et, c’est la seule chose qui doit être établi.

Le reste sert le voyeurisme de nos médias qui commencent aussi à se prendre pour des curés. Dans ma proposition, un non ferme qui n’est pas respecté constitue automatiquement un viol, d’où la nécessité pour le jeune de connaître absolument la portée du oui ou du non et ne jamais utiliser le « peut-être» … Si  tu n’es PAS D’ACCORD, tu prends les moyens pour ne pas y participer, ne pas te retrouver dans une situation où tu es susceptible de te le faire offrir ; tout comme tu as le droit de consentir.

Être identifié et pointé comme pédophile au Québec, c’est exactement la même chose que de recevoir un ticket au suicide.

Identifié pédophile, c’est vivre le rejet total, absolu. On ne peut plus travailler à un emploi raisonnablement bien payé, ni faire de bénévolat. On ne peut qu’espérer, puisque tout le monde vous écarte pour ne pas passer pour des pareils, de crever au plus vite pour fuir cet enfer.

Pourtant, on apprend en psychologie qu’aimer et être aimé, c’est aussi important que de respirer. Tu peux tuer, quand tu sortiras de prison, tu auras droit à la liberté. Mais pour une caresse ou tout autre geste sexuel non violent, tu pourras à vie être sur une liste de prédateurs sexuels, une liste de gens qu’on a le droit et le devoir de haïr. Ce mépris est digne de la Gestapo ou de l’Inquisition, un  même délire d’ignorance et de prétendue supériorité.

Pourquoi un mouvement qui doit défendre les minorités, comme la Commission des droits de la personne, peut-il accepter un tel harcèlement à vie pour un crime sexuel non violent ? Comment un homme âgé peut-il encore constitué une menace ? La folie ne pousse pas qu’à tuer…

On ne fait aucune distinction entre un geste sexuel non violent et un viol. C’est un peu fort, n’est-ce pas ? La paranoïa de certains parents face à la sexualité justifie-t-elle une telle mise à mort à petit feu ? En quoi est-ce différent que de la torture morale et sociale ? C’est plus facile de faire haïr un pédéraste que de condamner  une  junte  militaire  qui  opprime  son  peuple   ou  un  président   qui déclare la guerre à un pays pour l’envahir et lui voler son pétrole. Dans le cas du pédéraste, il fait jouir sa victime ; alors que le président lui avec sa guerre fait tuer, mais les morts sont au moins demeurés chastes… le président a le droit de commander de tuer, lui, c’est le président ; c’est plus acceptable que s’il avait sucé un jeune qui risque d’avoir aimé ça…

Est-ce qu’un chauffard saoul qui a entraîné la mort d’un ado se voit refuser le droit d’être écrivain, sous prétexte qu’il n’a pas agi selon les règles ? Est-ce  qu’on lui enlève le droit de dire dans ses livres qu’il aime le vin et que le vin est bon ? C’est pourtant les règles que je vis au Québec réputé pour son sens de la démocratie et de la tolérance. Je ne me plains pas, je constate.

Que fait-on si on se découvre pédéraste ?

Dans mes livres, j’ai posé deux questions fondamentales en ce qui a trait à la sexualité : la répression sexuelle est-elle justifiée ? Qu’est-ce qu’on fait, si un jour, on se découvre pédéraste ou pédophile dans une société maladivement intolérante comme la nôtre concernant tout ce qui touche au sexe chez les mineurs ? Ou encore que notre fils l’est ?

Évidemment, si j’avais été en Iran ou tout autre pays fanatiquement religieux, je n’aurais pas eu besoin à me poser la question. Je serais mort. Cette religion se comporte en assassin pour faire croire qu’elle détient la vérité, mais en  ce faisant elle perd le sens de « la miséricorde d’Allah ».

 » On peut tuer un jeune dans une guerre ; on peut l’exécuter s’il est prisonnier de guerre, même si c’est un meurtre légal, on peut lui vendre de la  drogue, le  forcer à voler pour se nourrir ; le frapper pour qu’il obéisse ; on peut s’en servir comme enfant- soldat ; on peut le tuer en chauffant saoul ; le faire travailler avant d’avoir terminé l’école secondaire ; tout ça n’a pas d’importance, tant qu’il demeure chaste.

Si ce n’est pas de la folie, je me demande ce que c’est. Selon eux, la misère ne traumatise pas ; seule la jouissance, le sexe, y parvient. C’est cette société

d’hypocrites, cette folie, que je me suis efforcé de dénoncer à travers mes écrits et j’en suis très fier.

Malheureusement, on revient à la censure d’antan, les religions reprennent de la crédibilité alors qu’il n’a jamais été aussi évident qu’elles ne sont que des moyens efficaces de se  remplir  les  poches  en  maintenant  la  foi  des hommes dans des philosophies basées sur l’ignorance, et ce, même si on multiplie les diplômés d’université en théologie de toutes sortes. Le discours débile des religions sur la sexualité n’en demeure pas moins un viol de conscience collectif.

Quant à mes titres, il faudrait retirer les Évangiles, car il est écrit comme parole de Jésus dans l’Évangile  » Laissez venir à moi les petits enfants.  » Laissez venir à moi les petits gars raconte l’histoire d’un gars qui va en prison pour des actes sexuels. C’est un roman, même s’il se donne des airs d*autobiographie et qu’il est très près des faits vécus.

L’Homo-vicièr est un texte de fiction qui se veut drôle du début à la fin. Sa conclusion est à peu près la suivante : il faut aimer, aimer, ça change le monde. J’aurais dû écrire pour obéir à la philosophie de notre système : il faut voler, se droguer, tuer, faire la guerre et empocher les plus gros profits possibles. J’aurais ainsi prôné la morale qui prévaut dans notre société actuelle et qui s’affole dès qu’il est question de sexe. Une morale immorale.

D’ailleurs, quand j’ai été reconnu par l’UNEQ comme écrivain titulaire, donc professionnel, ces livres avaient déjà été publiés, mais à cette époque, on avait pris le temps de les lire avant de me condamner. On savait de quoi on parlait. On ne s’accrochait pas dans une phrase quelconque.

Quant au titre dans Sortir,  » Aimer les petits gars, féerie des adultes. », c’était un collectif. Ce livre a été écrit pour dénoncer les gens qui tuaient les homosexuels dans les parcs sous le silence affectueux de la police et la violence de celle-ci quand elle effectuait des descentes dans les clubs gais.

Mon texte visait à démontrer que c’est faux de prétendre que les jeunes ne participent jamais de bon coeur à des jeux sexuels et que vivre leur sexualité comme ils l’entendent est un droit.

J’ai écrit cela pour révéler ce qu’une « toute petite minorité pensait, mais qui  avait trop peur pour ouvrir la bouche ». Je me suis consacré porte-parole. Je voulais établir une distinction entre ce qui est violent et ce qui ne l’est pas. Un élément essentiel pour déterminer la dangerosité.

Ce titre, je ne l’ai même pas choisi ; je l’ai appris en lisant le livre ; mais au nom de la vérité, je l’accepterais encore, si j’en avais l’occasion. Le monde a droit à la Vérité, Je ne peux pas dire le contraire de ce que je pense. Je ne suis pas

encore assez tordu pour nier ce que je ressens. Ce livre avait aussi été publié quand je fus admis comme écrivain titulaire à l’UNEQ. Serait-ce que la tolérance se serait dégradée dans notre société plutôt que de s’affirmer en dehors des volontés religieuses ?

Il est malheureux que notre société ne se scandalise pas autant de la violence que du sexe. On s’en porterait sûrement mieux. Comment peut-on prétendre qu’un jeune qui vit la violence à toutes les secondes de sa vie à travers ses    jeux n’est pas influencé par elle et que dès qu’il voit un corps nu, il s’affaisse de malaises. Il faut être malade pour y croire.

Je trouve la violence de nos sociétés un mal beaucoup plus profond que la liberté sexuelle. D’ailleurs, selon Fourrier, la violence des individus est en rapport direct avec le degré de répression sexuelle de la société. Bonne chance!

La violence et les drogues sont plus néfastes que n’importe quelle expérience sexuelle consentie et vécue avec plaisir… mais ça paye. Le système économique ne peut pas survivre sans violence. La guerre permet d’investir dans la recherche et la reconstruction. Pas de guerre, pas assez de dépenses inutiles pour maintenir le système.

Si les religions prennent à nouveau le contrôle de la morale, le ciment social sera de plus en plus fanatique et meurtrier. Les droits de la personne n’existeront plus. Le système judiciaire est déjà contrôlé par la pègre et bientôt on y ajoutera les religions parce qu’on aura déformé le droit à sa religion. Qui détermine si ce que je crois est une religion ?

Je ne peux pas me mettre à mentir ou me taire pour donner raison à ceux qui vivent encore à l’époque où on croyait encore dans le péché de la chair. Où on croyait que le plaisir conduit à la folie.

Je crois qu’être trop scrupuleux ; c’est une forme de psychose. Une société égalitaire homme femme ne sera jamais possible tant qu’on évoluera dans la morale du Québec de mon enfance ; même si je viens d’une famille extraordinaire.

Si les féminounes et les réactionnaires de tout acabit veulent une société castrée, pas moi. Je préfère ma névrose à leur psychose. L’homme et la femme doivent être égaux, mais ils ne seront jamais pareil dans leur façon de la percevoir la sexualité, du moins, tant que l’Amitié n’aura pas repris la place qui lui revient. Pour l’homme, la sexualité est un fruit du paradis ; pour les féminounes et les religions, la sexualité est  la  pire  catastrophe  qui fut  donnée  à l’humanité.

Si les religions se mêlaient de spiritualité plutôt que de jouer aux gendarmes, comme elles devaient le faire à l’époque où les prétendus livres saints ont été

écrits, ce serait un actif très positif pour toute l’humanité ; car le message se résume à s’aimer, à être charitable. Le problème des religions, c’est qu’elles n’évoluent pas, qu’elles accordent plus d’importance aux rites qu’à la philosophie, la pensée de base. Elles divisent les hommes plutôt que de les unir. Elles continuent de voir la vie à travers le regard de frustrés ou de gens qui hallucinaient à force de faire des sacrifices.

Nier ses besoins, surtout sexuels, c’est garantir la folie à long terme. Les prophètes ont-ils vraiment été en contact avec un dieu ? Étaient-ils des schizophrènes ? Ils prétendaient avoir rencontré Dieu. Un extra-terrestre? Pour le croire, il faut une foi aveugle et souvent maladive, car le point de vue de dieu (une pure projection ou énergie pure) l’emporte sur la réalité humaine et jamais, que nous ne le voulions ou pas, nous ne serons des dieux ou des anges sur cette terre. Alors pourquoi nous comporter comme si nous voulions l’être ?

Qu’il y ait quelque chose après la mort, c’est possible,  mais  c’est  aussi  possible qu’il y ait seulement un vide absolu. Rien. Aucune pensée, aucune sensation. Le vide éternel. Une chose est certaine, nous vivons le moment présent, dans un espace et un temps, une réalité qui est bien présente. Le reste, l’avant et l’après, n’est que spéculation. La spiritualité tient de la foi alors que les religions sont des règles qu’on a inventé pour essayer de discipliner un peu les hommes.

Les religions sont loin de la pensée de base que l’on retrouve dans ces phrases sublimes de la religion catholique : « Aime ton prochain comme toi-même pour l’amour de Dieu », ou encore, « ne juge pas ton prochain » alors que chez les musulmans, le Coran insiste sur la «Miséricorde infini de Dieu».

On n’a pas besoin d’être de très grands théologiens pour voir que les religions ne respectent pas cette vérité fondamentale, je dirais même, la base de la foi. Ça donne quoi d’avoir un Être Supérieur, un Dieu, s’il ne nous indique pas le chemin de la perfection, de l’Amour absolu, de la charité et de l’idéal ?  Mais, les religions ça demeure des règles humaines, parfois même strictement commerciale (particulièrement les viandes juives ou musulmanes).

On peut se faire croire toutes sortes de choses, se mentir et se croire un exemple, tout en étant la charogne des charognes, parce que notre intention égoïste est travestie en vertu. (C’est dimanche, je dois filer un peu curé, mais c’est aussi une de mes réalités : j’adore réfléchir sur le sens de la vie).

Mon ex-médecin, à Montréal, était Juif. Un homme  extraordinaire  qui  m’appelait «ses cours de français obligatoires» et qui a fini par trouver les Québécois assez extraordinaires. Je lui disais enfin comprendre que presque toutes les guerres sont le fruit du fanatisme religieux. C’est surtout vrai pour la lutte entre Israël et la Palestine. Ce à quoi il me répondit que je ne suis pas très très vite, car ça m’a pris 60 ans pour comprendre une chose aussi évidente : les religions sont à la base de presque toutes les guerres. L’économie complète le tableau des raisons fondamentales.

La guerre entre Moscou et la Tchétchénie parle d’elle-même : le pétrole. Pour le faire oublier, on accorde une importance gigantesque à la sexualité, car tous les hommes doivent la régir pour eux-mêmes. Pendant qu’ils s’y occupent, ils n’ont pas le temps de se poser d’autres questions plus fondamentales.

Avec la mondialisation, tout est devenu affaire de commerce ou de profit. Comme je le disais, il y a 40 ans, dans l’Homo-vicièr, même «cruiser» est devenu un commerce.

Je n’ai jamais nié être pédéraste, mais j’ai jamais parler des autres expériences qui font que je pourrais tout aussi bien me prétendre gai ou hétérosexuel, tout simplement parce que ces orientations sexuelles sont connues, sont majoritaires. Qu’est-ce que ça donne de parler de ce que tout le monde connaît ?

J’espère que je ne serai jamais assez hypocrite pour nier que la pédérastie est l’orientation qui m’a apporté le maximum de joie et de peines. C’est normal. Quand tu es en amour, tu regardes l’autre vivre, tu ne vis pas pour lui. Ce qui lui arrive ne te laisse pas indifférent, mais tu n’es pas en position pour vraiment intervenir efficacement. La pédérastie est-elle un sujet interdit ? Une  seule chose a changé en moi : je n’espère plus que l’on essaie de comprendre mon point de vue, car, ça ferait perdre trop de subventions aux mouvements qui se nourrissent de la répression sexuelle pour s’enrichir.

Dans notre société, il n’y a qu’un dieu : la $$$. Je considère que demander que l’on réévalue la sexualité et  la  façon  de  l’approcher  en  fonction  de  la  science plutôt que des religions, c’est perdre mon temps. Les religions sont un des moyens les plus efficaces pour faire de l’argent. Puisque les revenus sont excellents, on ne changera pas de recette.

La vie sexuelle 8 (pp. 71à83)

août 9, 2020

La vie sexuelle des enfants

«L’idéologie collectiviste et la vie collective des adultes, jointes au maintien de la traditionnelle répression de la sexualité infantile, de l’hypocrisie sexuelle et de l’éducation familiale, conduisent nécessairement à la délinquance juvénile.» W. Reich, La révolution sexuelle.

Il est strictement évident que la répression sexuelle dans la vie des enfants non seulement entraîne de profonds traumatismes chez celui-ci, mais participe également dans la dévaluation de l’environnement social, lequel avec toute son hypocrisie devient une source plus que féconde de frustrations.

Les lois actuelles concernant l’attentat à la pudeur, la grossière indécence et l’incitation à la délinquance devraient être abolies et remplacées par une loi de « la contrainte », laquelle loi pourrait s’appliquer tout aussi bien pour les adultes. Il est évident qu’il faudrait bannir le terme « sexuel» dans la définition de la délinquance puisque, comme on tentera de le démontrer ce texte, contrairement à ce que la loi prétend la liberté sexuelle est le moyen le plus efficace de combattre la délinquance.

Par exemple, W. Reich, dans La lutte sexuelle des jeunes, affirme : « La répression sexuelle est une préparation directe à la frustration, au travail aliéné et à la famille monogamique. Le plaisir sexuel est réprimé parce qu’il est incompatible dans sa forme authentique, non aliénée avec les fondements même de l’aliénation. Le plaisir n’admet pas en effet la limitation, le renoncement, qu’exige le principe de réalité. »

« L’adaptation de la famille à une société d’oppression et d’agressivité provoquera nécessairement des réactions agressives de défense, de conformisme, de peur, d’insécurité, etc. et fournira à l’enfant un modèle au premier développement pulsionnel : l’introjection et l’identification apposeront un cachet indélébile à la formation du Surmoi et à la répression des instincts, avant même d’entrer en contact avec la grande société, l’enfant succombera à la triade névrotique qu’est la grande société. Tel est le sens de ce que Freud appelait le «destin familial

But

Selon W. Reich, ainsi que les membres des écoles d’antipsychiatrie, la terrible réalité capitaliste est la réalité de la frustration, de la négation du plaisir, de la suppression du plaisir. Une science -fiction intitulée 1984, de George Orwell, démontre très bien là où peut conduire une telle idéologie.

Reich poursuit : « Le but de la suppression de l’activité sexuelle est de produire un individu qui s’ajuste à l’ordre autoritaire et qui s’y soumettra en dépit de toutes les misères et de toutes les dégradations. D’abord, l’enfant doit s’adapter à la structure de cet État autoritaire en miniature, la famille, ce qui le rendra plus tard entièrement soumis au système autoritaire général. La suppression de l’activité sexuelle des enfants et des adolescents est le mécanisme de base qui produit les structures caractérielles adaptées à l’asservissement politique, idéologique, économique. En effet, la répression de la sexualité naturelle chez l’enfant, particulièrement de la génitalité, rend l’enfant appréhensif, timide, obéissant, craintif devant l’autorité, gentil, tranquille. Elle paralyse ses tendances rebelles parce que la rébellion est associée à l’angoisse. Elle provoque en inhibant la curiosité sexuelle de l’enfant, un obscurcissement général de son sens critique et de ses facultés mentales.».

Par ailleurs, A. S. Neil, dans Libres enfants de Summerhill, voit même un lien entre les problèmes sexuels des adultes et la répression : « La névrose sérieuse de l’homme débute avec les premières prohibitions génitales : ne touche pas. L’impuissance et la frigidité, l’anxiété plus tard dans la vie, datent du temps des mains attachées et des mains retirées, généralement avec une tape. Un enfant qui peut toucher ses parties génitales a toutes les chances de grandir avec une attitude sincère et saine envers la sexualité. Les activités entre petits enfants sont saines et naturelles. Les parents ne sont que des autruches qui se cachent la tête dans le sable s’ils ignorent que leurs enfants ont des activités sexuelles dans des coins retirés. Ces sortes de jeux clandestins et furtifs entretiennent une culpabilité qui se traduira par une désapprobation des activités sexuelles quand ces mêmes enfants seront devenus à leur tour parents. Permettre l’activité sexuelle ouvertement est la seule chose à faire. Il y aurait infiniment moins de crimes sexuels dans le monde si les activités  sexuelles étaient acceptées comme un phénomène normal.

«Ce que les parents moraux ne peuvent pas ou n’osent pas comprendre, c’est que tout crime sexuel ou anomalie sexuelle ne sont que le résultat direct de la désapprobation de la sexualité dans la prime enfance.»

Comme on le constate, pour le bien des enfants et de la société, il est extrêmement urgent de réviser les positions face à la sexualité des enfants dans le code pénal el les adultes et les enfants ne vivant pas dans un vase clos, il en va de même pour ce qui a trait à ses formes de relations aussi.

Si c’était comme hier.

Les études démontrant que la répression sexuelle fait partie intégrante de la lutte des classes sont de plus en plus nombreuses.

Une étude a particulièrement retenu mon attention et je la livre ici pour appuyer la thèse de Reich, selon laquelle la répression sexuelle sert à l’asservissement de la population par la bourgeoisie.

La thèse du Pr. Van Hussel, historien belge, est que le syndrome antisexuel qui caractérise nos sociétés judéo-chrétiennes n’est pas issu seulement des dogmes religieux, mais aussi de l’embourgeoisement de la société et des nouveaux rapports humains caractéristiques de la bourgeoisie. Toute nouvelle forme d’expérience sexuelle, si elle est authentique, ne peut être réalisée que grâce à des changements socio-économiques comme ceux qui ont porté la bourgeoisie au pouvoir. On ne pourra parler de liberté sexuelle tant qu’elle restera la prérogative d’une minorité privilégiée. Histoire de la liberté sexuelle, Jos Van Hussel, Éditions le Jour/Robert Laffont.

Le fond du problème.

Derrière le problème sexuel se cache donc le vrai fond du problème : la lutte des classes et surtout le respect intégral de l’individu.

La répression sexuelle de l’enfant, au Québec, c’est surtout un héritage religieux. Comment pouvoir passer sous silence toutes les petites et les grandes misères des gens pour écarteler un peu les murs de la prison morale ? Le masochisme a été érigé en système : il permet de mieux faire accepter toutes les injustices desquelles les francophones ont été victimes. Comme les enfants priaient dans les écoles de l’Ontario pour conserver l’amour des ethnies, la morale était au Québec le grand lavage du cerveau pour éliminer tout besoin de changement.

Au Québec, la peur de la sexualité (qui se rattache à la peur de la mort, de l’enfer) est ce que notre héritage catholique nous a laissé de plus vil. Aujourd’hui, c’est pratiquement une hantise a-culturelle. Combien tournent les yeux vers les États-Unis où la ferveur a fait naître un nouveau mouvement religieux (avec l’aide de la CIA ?) La nostalgie de l’ancien temps !

Pour justifier la lutte sexuelle, la droite québécoise s’est pourfendue à nous faire croire comme les religieux que nous sommes des êtres asexués. Surtout les enfants.  Il  faut  faire  l’amour  pour  avoir   des   enfants,   non   pour   jouir.   Les journaux à sensation jouent un rôle extrêmement dangereux et nocif pour le Québec : ils entretiennent à leur manière les messages jadis lancés par les curés en illustrant chaque jour une montée de la délinquance ou du crime … Ce qui justifie une répression policière plus forte. Ils rendent les crimes toujours un petit peu plus crapuleux ce qui justifie pleinement la police d’avoir plus de moyens de répression. Pour bien aiguiser les sentiments, on exploite le sort des enfants. On omet de dire que les pédophiles sont des cas exceptionnels.

Le mauvais sort fait aux enfants à cause de la pauvreté n’est-il pas, lui, monnaie courante ? Le chômage institutionnalisé par Ottawa au Québec, n’est-il pas la cause principale de la montée de la criminalité au Québec plus que la sexualité?

C’est pourtant là que devrait se manifester le vrai sens de la protection de la jeunesse : pas en l’empêchant de connaître les joies de la masturbation mutuelle, les délices du 34 1/2 (coït buccal à sens unique), etc. pour sauver une morale qui n’a conservé dans l’esprit de plusieurs que le sens d’une vaste fumisterie permettant à un groupe de parasites (juges, avocats) de maintenir le taux de criminalité à un degré rentable pour eux. Si la prison est la meilleure école du crime, certains juges sont des pédagogues hors pair.

L’Aide à la jeunesse devrait être un service qui garantisse qu’il n’y ait plus de jeunes qui crèvent de faim, qui se font battre chez eux, qui se font abuser en étant dans des maisons d’accueil temporaires alors qu’ils ont besoin de l’affection d’une famille, qu’ils aient droit à une vie privée (leur poste, leurs loisirs). Cette forme de justice ne regarde pas les policiers. Elle ne justifie plus les besoins des psychologues à entendre les histoires de fesses pour se dé frustrer comme les anciens curés et ensuite jouer aux putains offensées.

L’Aide à la jeunesse, c’est leur fournir tous les moyens pour assurer leur développement.

La répression des rapports pédérastes- enfants ne cessera qu’au moment où il sera entré dans nos mœurs que la façon de vivre notre sexualité est un droit fondamental de la naissance à la mort. À ce moment, les policiers devront  cesser de s’attaquer aux homosexuels ; des maisons de passe hétéro et homosexuelles seront légalisées, etc.

Il est évident qu’il faut des limites. Cette limite est le respect de l’autre : la non-violence, le consentement et la responsabilité.

Quand il appartiendra à l’enfant de décider s’il aime ça ou pas, le taux d’attentats contre les enfants diminuera certainement. Il y a une différence entre enculer    un enfant. le déchiqueter et jouir avec lui de relations sexuelles comme cela arrive communément entre deux personnes qui s’aiment, deux êtres qui se découvrent.

Il faudra apprendre à respecter les autres. Fini la répression par la peur, les rires et les sobriquets. Si la propriété est une chose dont il faut faire tant état, celle de son corps est certes encore de plus grande importance.

Dans nos écoles, faudra adopter une attitude plus libre dans l’enseignement et même dans les rapports avec les jeunes. Il faudra se rappeler quand on fera face au phénomène de la pédérastie que celle-ci respecte probablement plus l’enfant que les rapports engendrés par les gens dits normaux. Cela est vrai surtout en ce qui touche les questions comme l’égalité. La pédérastie est un réservoir de tendresse et d’amour tel qu’il peut faire peur à ceux qui en perdu la jouissance.

« Nous posons en principe que la relation pédagogique est essentiellement perverse, non parce qu’elle s’accompagnerait de rapports pédérastiques entre maîtres et élèves, mais précisément parce qu’elle les dénie et les exclut. Et ayant exclu la pédérastie, pour pouvoir se constituer comme telle sous la forme que nous lui connaissons aujourd’hui, la relation pédagogique ne saurait réintroduire la pédérastie cette fois que sous la forme qu’il est convenu d’appeler perversion. Perverse dans l’exclusion : l’intérêt porté à l’enfant sans qu’aucun désir l’accompagne est toujours suspect. Pourquoi s’être consacré à l’éducation de l’enfance ou, comme on dit, pourquoi cette «vocation » ? Derrière l’impassibilité du pédagogue point, soit l’équivoque d’une paternité substitutive — mais paternité se greffe encore, nous venons de le voir, sur l’homosexualité — soit une volonté de domination sur des êtres inférieurs et immatures — nous l’avons vu aussi : le coït anal symbolique de la domination. Mais l’homosexualité originaire ou coït anal symbolique ce n’est pas précisément désir, amour de l’enfant, pédérastie

L’Émile perverti, Robert Laffont, René Scherer, 1976.

Libération : révolution.

La libération sexuelle, est à mon avis, un élément essentiel dans la libération du Québec. Non seulement parce que dans ma poésie, je représente le Québec par un petit gars (pour moi, c’est le summum de l’amour) ; mais parce qu’il s’agit de construire un pays neuf, une nouvelle façon de vivre plus humaine, plus authentique.

Un tel changement est certainement difficile à admettre pour plusieurs. C’est choisir de cesser de vivre dans une société fermée, craintive, pour examiner la place que nous réserve notre nouvelle indépendance.

La révolution économique et politique ne sert à rien si elle n’est pas suivie d’une révolution culturelle, révolution qui s’impose d’elle-même puisque les données de base de notre comportement social s’en trouveront toutes changées. Il me semble hypocrite de ne pas parler de cet aspect essentiel des transformations qu’est appelé à vivre le Québec dans un nouveau statut politique, où il sera le seul maître de sa destinée.

Dans quel genre de société voulons-nous vivre ? Quel taux de tolérance, de respect d’autrui et de soi-même assumerons-nous ? Un Québécois homosexuel sera-t-il un Québécois minoritaire, exclus, pour préserver une morale que l’histoire nous présente comme maladive ? Serais-je encore privé de travail pour le reste de ma vie parce que je suis pédéraste ? N’accepterons-nous, comme en France, que les «homos mandarins» parce qu’on n’a pas la décence de reconnaître à tous le même droit et souvent la même utilité sociale ?

Dé judiciariser la protection de la jeunesse, c’est aussi enlever les nouveaux flics psychologues, trouver des moyens efficaces d’aider les délinquants à vivre heureux, et parfois, les rapports sexuels sont la seule preuve que le jeune «flo» a besoin pour commencer à s’accepter. Aider la jeunesse, c’est lui redonner le droit  de déterminer  elle-même son  bonheur,  ses  jouissances  et  ses  intérêts.

Fonder une société sur le bonheur de tous ses membres m’apparaît plus important que de créer une nouvelle frontière pour des motifs économiques. S’il faut obtenir justice dans le domaine économique au Québec, il faut aussi se rappeler qu’avant de mourir étouffés nous devons reprendre confiance en nous. Nous avons toujours été infériorisés.

Cette confiance ne peut pas exister tant que nous n’aurons pas acquis le pouvoir de nous diriger nous-mêmes sans avoir besoin d’une armée, de flics ou autres pour le faire. Cette infériorisation s’abreuvant surtout de la répression sexuelle chez les jeunes, il faut la soigner à la racine.

La question n’est pas de trouver de nouveaux moyens plus subtils de contrôler les gens, mais de découvrir, d’inventer de nouvelles normes de vie qui permettent davantage l’épanouissement individuel, et par conséquent, collectif.

La Charte des droits de la personne ne peut avoir de sens que dans le cadre d’un élargissement de la tolérance, d’une recherche véritable de la démocratie et dans la définition des droits au bonheur et à la liberté.

La vraie révolution est de veiller à ce que ces mots ne soient pas lettre morte, que ces définitions ne soient pas que l’accentuation de trois siècles de folies qui nous ont conduits on sait où en 1939.

Il faut aussi que les homosexuels cessent de rougir de ce qu’ils sont, qu’ils aient le courage de sortir des ghettos où la police va même leur taper dessus maintenant. Il faut à la rigueur que les pédérastes fassent savoir (même si c’est difficile puisque c’est toujours illégal) que la virginité des enfants c’est de la bouillie pour les chats, le rêve des asexués. Les jeunes se sentent. Ils aiment vivre leur sexualité. Ils recherchent les occasions pour le faire.

Pas plus bêtes que les autres, quand ils sont pris, ils mentent (s’ils ne répètent bêtement ce que les flics leur ont dit de dire) pour s’en sortir. Ce qu’on ne dit pas, c’est qu’habituellement un jeune qui a une expérience sexuelle est vite transformé : plus gai, plus sûr de lui. Pour avoir une expérience avec un adulte, il doit nécessairement avoir confiance dans cet adulte. Règle générale, une expérience amoureuse avec un petit gars, c’est une ré expérience du jeu. C’est une redécouverte de l’admiration. C’est redonner foi dans son corps et sa beauté. C’est partager des joies. C’est aimer … C’est rallumer la conscience d’être. C’est tuer la peur de l’adulte. C’est se donner espoir de pouvoir s’exprimer sans toujours être réprimandé.

À ce titre, la pédérastie dans une société aussi répressive que la nôtre, c’est presque une vocation.

Conclusion.

Avec l’adoption de la loi 88 par le gouvernement du Québec, garantissant le droit à l’orientation sexuelle, les mouvements homosexuels devront viser les gouvernements municipaux et fédéraux dans les luttes futures.

Le harcèlement de la police de Montréal relève du municipal ; les lois, touchant par exemple, l’indécence, nous viennent d’Ottawa. Reste la loi de la protection  de la jeunesse (son nom même indique son ton paternaliste) au provincial. L’avenir nous dira si les homosexuels seront solidaires des pédérastes. D’ailleurs, on ne devrait plus parler de pédérastes, mais d’AMOURAJEUX.

Si le gouvernement provincial a été ouvert en ce qui a trait à l’orientation sexuelle, tout ce que l’on peut pour le moins espérer, c’est qu’il éliminera les possibilités de chantage et de fascisme que pourraient éventuellement créer l’obligation de dénonciation pour sévices ; il y a une différence entre jouir et se faire casser un bras.

Si la droite québécoise veut faire respecter les principes de Paul VI, qui n’agirait pas comme il parle, c’est son droit ; mais qu’elle le fasse sans contrainte légale. La liberté du choix de sa morale, c’est aussi un droit de la personne. Tout peut être permis, sauf la violence et la domination.

29 Mai 2008

Le sexe et mes livres.

« Nous vivons dans une société de «paranoïa sexuelle où il est plus important de protéger les pénis que les cerveaux …», texte remis au ministre de la Sécurité publique du Québec, M. Serge Ménard, à Val-d’Or, en 1996.

Il fut un temps où on pouvait contester les lois parce qu’il y avait la Commission fédérale de révision du droit.

Le gouvernement pour se sauver quelques dollars a décidé d’éliminer cette commission et l’a remplacée par des centaines de millions de dollars volés, à travers la vie politique, et remis pour assurer la sécurité des riches.

Malheureusement, aujourd’hui, quand tu n’es pas d’accord avec certains articles de loi, tu n’as qu’à te taire et louer ce qu’on appelle la «démocrassie».

On envoie des gens mourir dans des guerres pour défendre notre hypocrisie ; mais on n’arrive pas à respecter ici le droit de conscience individuelle. J’ai envoyé des mémoires, des textes à cette commission. Il y a plus de 40 ans. Aujourd’hui, je constate que je devrais plutôt apprendre à crier : « Vive la mafia ! Vive la pègre ! Vive les féministes réactionnaires ! Les féminounes !

On a enfin trouvé l’unité … être dépravé par la chasteté des eunuques, car la frustration mène à la violence. Mieux vaut tuer que de jouir ! Mieux vaut des jeunes drogués, des malades mentaux par centaines sur nos trottoirs que des jeunes qui ont appris qu’ils ont un pénis qui sert à autre chose qu’à pisser.

Quand on attachera plus d’importance à la violence qu’à la chasteté, notre société aura fait un grand bout de chemin. Mettre fin aux obsessions religieuses délirantes sur la sexualité, c’est une urgence.

Effectivement, parfois dans l’ensemble de mon œuvre, je parle de sexe. J’espère être moins hypocrite et pervers que la société québécoise qui n’approuve que la censure et la condamnation du sexe comme si nous étions des anges alors que ses trottoirs se garnissent de plus en plus de jeunes rendus malades mentaux à cause des drogues, de la violence et de l’intolérance, sans parler du décrochage scolaire et de l’analphabétisme.

Je parle aussi des filles prises au piège, car cette belle société bienpensante protège, grâce à une prescription de deux ans, le proxénète. Je ne peux pas en découdre longtemps parce que je ne suis pas une fille, donc, j’ai une expérience tout à fait différente de leur sexualité. Pour elles, la sexualité est le mal. La femme est sale si elle pense au sexe, la tentation est une perversion, une caresse un viol alors que pour moi et la majorité des mâles, j’imagine, la sexualité est un cadeau du ciel … la porte vers le bonheur. La morale sexuelle des religions constitue, à mon avis, un viol de conscience et un irrespect absolu de la femme ; mais c’est cette aberration, ce délire religieux que l’on respecte, que l’on défend.

Il faut avoir été profondément intoxiqué par les religions pour vivre une morale bourgeoise qui renie le corps et ne carbure qu’au mot chasteté.

Une autre aberration de cette morale est que pour un attouchement sexuel sur un mineur, même s’il y a pas de violence et un consentement réciproque, le mâle adulte peut être poursuivi pour des faits vécus allant jusqu’à 30 ans auparavant dans sa vie, et après sa sortie de prison, être sous surveillance jusqu’à sa mort; sous prétexte de protéger les jeunes d’un danger qui n’en est pas un : jouir, ça fait pas tellement mal.

Pour une petite pipe ou un simple attouchement, il sera inscrit sur une liste à vie de prédateur sexuel. Un chauffard ivre qui tue un ado n’a pas le quart de cette punition, pourtant il a tué le jeune… Les religions nous enseignent que la chasteté est plus importante que la vie. Les saints martyrs le sont souvent pour avoir défendu leur virginité. C’est pourquoi les religions chassent encore les gais dans bien des pays du monde. Les religions n’évoluent pas.

L’homme mâle n’a pas de place dans une société dirigée de plus en plus par une dictature religio-féminoune. Personne n’est devenu asséché après s’être fait

caresser, masturber ou sucer, mais nos systèmes réagissent comme si on en mourait ou si ça nous rendait handicapé à vie.

Tant qu’il n’y a pas de violence, on a beau me dire que ça fait mal, toutes les expériences de ma vie me prouvent le contraire. Évidemment, quand il suffit de prétendre avoir subi des séquelles psychologiques pour exiger 100, 000$ pour la pipe qui nous a « garroché » dans les nuages de l’euphorie quelques années plus tôt alors qu’on était mineur, c’est un commerce assez payant pour valoir la peine d’y intégrer la pègre et la police.

Notre morale sexuelle est devenue l’objet d’une Gestapo ou une Inquisition moderne. La religion catholique a violé nos consciences durant des siècles en nous faisant croire dans le péché de la chair. Aujourd’hui, les réactionnaires et la droite prennent sa place très avantageusement. Mais je ne vois pas pourquoi, j’aurais à vivre leur hystérie paranoïaque. Je préfère ma folie a leur besoin de guerre pour éliminer les méchants … je ne force pas les gens à mourir de faim pour faire plus de profits. Est-ce un défaut ?

La pédérastie

Oui, j’ai parlé d’un phénomène qui existe depuis le début de l’humanité ; mais que nos esprits obtus ont toujours condamné : la pédérastie. On préfère l’hypocrisie, l’ignorance et l’intolérance, à essayer de comprendre.

Que faites-vous si vous découvrez que vous êtes pédéraste ? On ne le choisit pas et on n’y échappe pas. On prétend même qu’on l’est de la naissance à la mort. C’est une orientation sexuelle. Comment peux- tu vivre ta réalité sexuelle, sans être un danger, une menace pour les autres ?

Dans tous mes livres, ma préoccupation fut de poser la question et essayer de rétablir la vérité et l’importance réelle des faits et actes. Comment peut-on le dire sans être explicite ? Comment prouver que beaucoup de jeunes aiment  ça ? Que ça ne constitue aucun danger pour eux, sauf sur le plan de la morale bourgeoise.

Si on ne créait pas un tel drame autour d’une relation sexuelle adulte adolescents, il y aurait moins se séquelles. Des études américaines ont établi qu’à cinq ans, il est possible d’établir l’orientation sexuelle d’un individu par la réaction des pupilles de ses yeux. On constaterait aussi que les séquelles ne sont que les effets pervers de la censure qui nous submerge depuis des siècles et depuis notre enfance, sur un plan individuel.

Que ça fasse l’affaire des adultes ou non, c’est la vérité qui est importante et bien des jeunes aiment ça et y vivent une expérience positive ; car pour une fois, ils n’ont pas à rejeter leur corps. D’ailleurs, ce sont les adultes qui paniquent, oubliant que les jeunes ne perçoivent pas la sexualité comme eux. La sexualité ne peut pas être traumatisante quand elle fait partie d’un jeu. C’est pourquoi je parlais d’amourajoie. Pour les jeunes, la sexualité signifie encore plaisir.

J’ai pris le risque de raconter ma vie pour combattre les mensonges que notre bonne société propage quant à ce qui se passe dans un événement pédéraste. Je ne peux pas me tromper, je l’ai vécu. Je me suis basé sur mon expérience.  Ce n’est pas un savoir quelconque, celui de autres, mais une connaissance qui m’est propre.

J’ai essayé de créer une morale qui pourrait être acceptable, car elle respecte les jeunes contrairement aux lois qui les surprotègent, éliminent tout respect de leur développement sexuel, de leur rythme de développement et engendrent la mésestime de soi.

Selon notre conception actuelle qui vient des religions : Tout individu est sexué et se croit  » un pécheur inné » à cause de la vision religieuse et négative de la sexualité, surtout les femmes. Elles ont toujours été méprisées dans nos livres saints. (Lire : Pouvoirs de l’horreur, de Julia Kristeva).

On confond pureté et chasteté. On confond nudité et pornographie. On oublie toute la théorie du développement de la personnalité des jeunes expliquée dans les livres de Freud. On nie toutes les observations de Reich et d’A. S. Neil pour conserver une morale dépassée et condamnée par la science dans une société qui se prétend laïque.

On veut à travers la censure forcer les jeunes à vivre le même obscurantisme que nous, les adultes de la censure. On oublie que les surprotéger, les infantiliser, c’est aussi les détruire. Cette façon d’agir est beaucoup plus néfaste qu’une expérience sexuelle non violente et consentie.

On oublie le nombre de jeunes qui se suicident parce qu’ils ne peuvent pas envisager de se découvrir tels qu’ils sont. Avec ce qu’ils apprennent sur la sexualité, ils se prennent pour des monstres ce qui les amènent à se détester parce qu’ils ne comprennent pas leur développement sexuel, leurs tendances, surtout les garçons. D’ailleurs, ceux-ci ne ressentent pas la sexualité comme les filles, que ça plaise ou pas, c’est la vérité. La sexualité, pour une fille, c’est le mal alors que pour le garçon, c’est le plaisir, c’est positif, c’est viril. Qu’on fasse  toutes les lois du monde, éjaculer demeurera toujours un plaisir…la première fois est la plus fascinante.

Les séquelles dont on nous abreuve sont le fruit du scrupule, de la honte, du tabou d’être un humain, donc, d’être sexué. C’est ce qui arrive quand on vit dans un environnement trop religieux et trop scrupuleux. On se déteste d’avoir eu une relation ou posé un geste sexuel. On se croit sale quand ça arrive. Et, pourtant c’est la nature dans ce qu’elle a de plus beau. Comme le disaient les féministes quand elles signifiaient encore le progrès : « je suis le seul maître de mon corps et de mon esprit. »

Comment pouvoir vivre une telle liberté, si on nous a empêchés jusqu’au coup de minuit à 14 ans ou 16 ans de décider ce qui est bien ou mal pour nous

? Comment se créer une conscience personnelle, si on a toujours le regard inquisiteur de notre société dans nos pantalons ? Comment ne pas être affecté par une morale qui nous fait se détester parce qu’on est sexué ?

La protection de notre système conduit à la mésestime de soi et à la paranoïa. Ce n’est pas en interdisant que l’on crée des êtres responsables et autonomes. Quel que soit l’âge et le sexe, l’individu a droit à sa sexualité. Il appartient aux parents de voir à créer une perception juste de la sexualité et non au système judicaire. La liberté individuelle paye moins en $$ que la répression qui doit être subventionnée pour se donner des allures d’efficacité. Évidemment, pour être acceptable, la sexualité élimine dès le départ toute forme de violence ou de domination.

Une mission ?

Je me suis promis que jamais au Québec, l’ignorance entourant la sexualité ne permettra de rendre un autre garçon aussi malheureux que je le fus.

Si au début, mes écrits servaient à me déculpabiliser, à me justifier, j’en suis venu à préconiser le développement d’une conscience individuelle libre et responsable plutôt qu’une obéissance aveugle dans le délire religieux face à la sexualité.

J’ai voulu refléter la réalité des pédérastes qui ne  sont  pas  et  ne  seront  jamais des pédophiles, au sens scientifique. Pour que la pédérastie soit acceptable, j’ai posé comme conditions préalables : la non-violence et le consentement mutuel. J’ai ensuite ajouté la responsabilité à la suite de mon expérience comme papa et professeur. Aujourd’hui, puisque je n’ai pu à craindre de perdre mon emploi, j’ajouterais le plaisir.

Contrairement, aux répressifs, je fais confiance aux jeunes pour qu’ils décident par eux-mêmes si une relation leur est favorable, d’autant plus que les jeunes ont aujourd’hui des milliers de moyens pour dénoncer et se protéger, s’ils ont un problème. S’ils n’aiment pas ça, ils trouveront bien moyen d’éviter  les  occasions. Les adultes sont les seuls à paniquer encore devant la sexualité parce qu’on leur a lavé le cerveau quand ils étaient petits.

D’autre part, j’ai préconisé des cours de sexualité à la fin du primaire. Aucun cours ne devait être dispensé auparavant pour respecter le caractère individuel de la curiosité naturelle des enfants et leurs besoins d’informations. Les connaissances sexuelles des moins de 10 ans devraient être comblées par les parents, car selon la psychanalyse, les jeunes se posent des questions, mais ils doivent se sentir en toute sécurité, ce pourquoi ce doit être une responsabilité des parents.

Par ailleurs, à la fin du primaire, ils ont besoin, surtout si les parents n’ont pas rempli leur responsabilité de les informer convenablement, de cours généraux afin qu’ils connaissent leur corps, ses besoins, ses transformations, les dangers de maladies vénériennes et surtout apprendre à dire «oui ou non », «j’aime ou j’aime pas ». Leur apprendre à être autonome, leur apprendre qu’ils sont vraiment les maîtres absolus de leur sexualité, voilà l’essentiel.

Ainsi, en arrivant au secondaire, ils sauront à quoi s’en tenir et seront équipés pour vivre leur liberté. À cet âge, les parents perdent souvent contact avec leurs adolescents. C’est normal, même si ce n’est pas souhaitable. On ne peut y faire face qu’en étant attentif et ouvert.

En principe, je n’ai pas de problème avec l’âge de consentement surtout quand il était à 14 ans ; mais il ne respecte pas la réalité des garçons d’où je préfère qu’on l’abolisse et qu’on le remplace par l’apprentissage de la responsabilité et de la liberté à partir de l’arrivée au secondaire.

La liberté s’acquiert avec l’expérience. Le but premier de l’éducation est de créer des êtres autonomes. Tout le monde sait que l’âge ou le rythme de développement sexuel varient d’un individu à l’autre. Tout est question d’hormones, de pulsions. Est-il normal de toujours essayer d’ignorer sa petite nature, ce que l’on est en réalité. Nous ne sommes pas des anges que les religieux aiment ça ou pas.

C’est la raison pour laquelle je préconise, dans mes livres, que l’on abolisse l’âge de consentement pour permettre aux jeunes de se prendre en main et de vivre leur sexualité à leur rythme, selon leurs besoins, grâce à une bonne éducation familiale, puis scolaire. L’âge de consentement devient leur entrée au secondaire.

Au lieu d’agir par peur, ignorance, ils doivent eux-mêmes décider de leurs valeurs morales, à la suite de l’éducation familiale. C’est ça être autonome. Décider par soi-même.

C’est beau prétendre qu’un geste sexuel est immoral, mais il faudrait pouvoir le prouver, le justifier. D’où vient cet interdit, sur quoi repose-t-il ? Dieu, un être purement spirituel, immatériel, illimité pourrait-il nous expliquer comment se comporter dans notre réalité d’être mortel ? C’est carrément illogique et invraisemblable. Il s’agit d’une projection des religieux dans laquelle on interprète, dans nos limites de mortel, ce qu’un être infini pourrait penser.

La liberté sexuelle 7

août 8, 2020

La liberté sexuelle 7 (pp. 63à71

Aimer les petits gars dans Sortir (1978)

Eh oui, je suis bel et bien pédéraste. J’adore les petits gars entre 10 et 17 ans. Ce n’est pas que je sois au-dessus de la loi, mais j’ai décidé de l’outrepasser, ayant la ferme conviction qu’il est urgent que ce soit fait. Je ne veux pas brailler sur la répression. Je sais, comme tout le monde, que le premier FLQ des années 1963 a été vendu parce que la police a donné le choix à un pédéraste d’infiltrer le mouvement, de dénoncer ce qui s’y passait ou de faire un petit tour au pénitencier.

Ce ne fut pas mon cas, mais ma première fois en tôle : les libéraux voulaient me balayer de leur route. Ce fut à peu près pour les mêmes raisons la deuxième et troisième fois et ce sera probablement semblable la prochaine fois.

Il est difficile de vivre pédéraste et être politisé, sans avoir un brin de paranoïa ; mais ce petit handicap vaut la peine d’être enduré pour la joie que cette forme de vie nous apporte.

Ma préférence pour les petits gars date d’à peu près mes quatre ans. C’était à l’époque où, dans le foin, les plus vieux nous avaient fait découvrir que les jeunes filles ont des vagins et les petits gars de magnifiques petites graines, bien différentes selon les personnalités. Ce choix n’est certes pas dû à des raisonnements psychologiques bien importants. Je trouvais le trou féminin laid et j’étais plutôt de tempérament curieux quant à la «longueur» que chacun pouvait bien avoir, sans oublier la forme.

Ma période de latence dont parle M. Freud a été de très courte durée. Il y avait beaucoup trop de petits gars à l’école pour mettre fin à mes études expérimentales en anatomie. C’était particulièrement intéressant parce que : toujours défendu. J’étais comme la plupart des jeunes, pas plus vicieux, mais sûrement plus intéressé. Le vice n’existait pas. L’impureté, je ne connaissais pas cela. Ce fut d’ailleurs tout un drame quand j’en ai découvert l’existence. Moi, qui voulais être un saint.

Les belles fesses rondes, les petites queues, ce n’est pas d’hier que ça m’intéresse. Mais, l’amour, la passion, j’ai connu ça que vers 16 ans. Ma première flamme a été un petit Français de huit ou neuf ans. J’ai commencé à apprendre avec lui ce que veut dire fascination. Ce n’était pas ce qu’il avait entre les deux jambes qui m’intéressait, Je n’ai jamais pu y toucher vraiment. J’ai pu, par hasard, tout au plus, quelques années plus tard, constater quand ses frères l’ont déculotté devant moi, qu’il avait de vraies belles fesses. Il ne faut pas se faire d’illusion, je n’encule jamais un petit, j’ai peur de lui faire mal. Mais, des belles formes, je sais reconnaître cela. Je ne suis pas aveugle. Si je trouve un petit gars plus beau que presque tout ce qui peut exister, c’est aussi à cause des rondeurs des fesses, des lignes du corps. Ce petit me fascinait surtout à cause de sa voix, à cause de ses regards, de ses attentions. Si vous l’aviez entendu rire quand je le portais sur mes épaules, vous auriez risqué de vouloir, vous aussi, un jour, d’être pédéraste.

Notre amour, puisque ça dépassait nettement le copinage et était en toute forme harmonieux avec la nature, était aussi pur que l’air de la campagne et aussi exigeant que la survie. Fallait souvent se voir en cachette, ses parents n’étant pas très religieux, cette fréquentation était scandaleuse. Fallait marcher trois milles avant de se rencontrer. C’était déjà l’extase de voir ce petit corps dans toute sa splendeur courir au-devant de moi pour se jeter dans mes bras. « Embarque-moi sur tes épaules.». Il te disait ça avec un tel ton que jamais les symphonies de n’importe quel classique ne pourront l’égaler.

Patrice, c’était une flamme dans tous les sens du mot. Moi, l’enfant modèle, j’étais devenu le petit révolté : j’insultais mon grand-père pour défendre mon droit d’aimer. À cette époque, je n’aurais jamais appelé cela de l’amour. J’avais bien trop peur d’être un fifi … c’était de la passion. Cette flamme existe toujours en moi quand je rencontre un petit gars qui me plaît. C’est comme si je redevenais moi aussi un enfant. Je me sens en communication d’âme à âme. Tout est langage avec un enfant. Les yeux, la façon dont il s’adresse à toi, la chaleur de la voix, la rigueur de l’étreinte, la confiance, l’espièglerie.»

C’est ce qui rend la pédérastie difficile à décrire. Comment pouvoir expliquer le changement dans l’étincelle du regard lors d’une descente en traîneau, à des adultes surtout? Sauf le désir sexuel, en quoi cette relation est-elle différente de l’amour d’un père pour son fils. ?

Patrice, c’était la France dans une chanson, sa façon de dire son nom. C’était la grange de son père qu’il fallait nettoyer. Le petit ruisseau près de la grande route. La perdrix mourante sous la neige. La boxe à l’école ainsi que la lutte pour se faire respecter. Les filles qui me traitaient de tapette, jalouses que je m’occupe plus d’un petit gars plutôt que d’elles. Patrice, c’était la désobéissance à mon ardeur d’être saint. La pointe d’une épingle dans ma foi, mon premier doute quant à l’honnêteté de Dieu. Ce fut quelques années de ma jeunesse et la première fois de ma vie où j’ai senti le besoin de vivre toujours de la présence de sa fraîcheur. Patrice rayon de soleil.

S’il avait fallu que les parents de l’un ou de l’autre apprennent l’ardeur de ce désir de lui mettre la main dans ses poches et d’essayer enfin de savoir ce qui s’y trouvait, Patrice aurait subi les foudres de l’enfer comme moi. Heureusement, ça se passait entre nous. Dans le domaine, de l’intention. Pour lui, ça n’avait pas d’importance. Je me demande s’il se souvient seulement de ces tendances. Je n’avais pas déjà mis les mains dans son pantalon ou dans ces poches qu’il fallait courir ailleurs et ça court très mal la main dans la poche de l’autre. Nostalgie ! la neige, les bonshommes, le vent. Les mains gelées. Ces petites mains  si  difficiles à réchauffer quand elles rougissaient.

Eh oui, c’est presque platonique. D’ailleurs, avec les petits gars, c’est toujours presque platonique. La pédérastie, c’est probablement un point de rencontre de deux énergies qui filent dans le vide. La lumière jaillit dans des braises et allume un tronc d’arbre qui devient automatiquement l’arche de Noé. Il pleut partout des chocs électriques, sauf dans ce courant électromagnétique que viennent de créer ces deux êtres. Les neurones font la fête. Ça danse en saperlipopette là- dedans. C’est la guignolée. Des masques de clowns qui succèdent au rythme des euphories.

Malheureusement, ces tranchées entre les obus de la vie quotidienne sont rares et disparaissent vite comme elles sont venues. Les saints martyrs canadiens vous parleraient bien de la quéquettte du petit Jésus, entrevue dans les flammes, alors que les petits Indiens dansaient nus devant eux. De l’extase. Pas moi. Parfois, c’est une fête que tout le monde essaie de tuer dans l’œuf parce qu’on est jaloux que seulement ceux à qui la chose est défendue survivent et puissent trouver autant de joie de vivre.

Ça me rappelle. J’ai été encore une fois électrisé par un visage, nourri par la nature.

J’étais retourné à mon ancien métier, le journalisme, dans une vaste ville de la Côte Nord. C’était un enterrement de première classe; si loin et si peu rémunéré : 220 $ par semaine. L’espoir de reprendre la plume et surtout la curiosité de mettre fin à une expérience de regrets commencée  après  la  mort  de  mon père m’incitèrent à accepter.

Autant la ville me demeure hostile comme paysage, autant le fleuve m’éblouit.

J’avais presque le mal du pays quand un petit gars d’une douzaine d’années, installé sur le quai d’un bateau, attira mon attention. J’ai commencé par lui demander de poser sur le quai, puis nous avons pris différentes photographies à terre. Peu de temps après, nous étions plus loin sur la plage. Il  accepta de  poser cette fois sans chemise, faisant semblant de créer un château de sable. La tentation était trop forte, la mer voltait mes sensations. À l’affût de tous les gestes de ce petit corps, j’admirais la perfection d’une telle création.

C’est sans grand espoir que je lui ai demandé s’il acceptait de continuer de poser pour moi sur un immense rocher qui faisait pourtant à peine surface. Nous nous y sommes rendus, en pleine mer finalement, après avoir laissé nos bas et nos chaussures près d’une roche sur la plage. Nous avions à peine de l’eau aux genoux. Sur ce rocher, le petit accepta de poser en costume de bain.  Je  profitais des moments où il fallait changer de pose pour le caresser. Il était de plus en plus beau. De plus en plus sensuel. J’étais entièrement à son écoute. Les jeunes sont parfois fragiles et pour ne pas le blesser, il faut savoir discerner tous les sentiments exprimés. C’était un moule, un modèle parfait. Je sentais ses chairs s’enflammer quand je lui passais les doigts sur les cuisses et sur les jambes.

C’est à près d’infinies précautions que j’ai commencé à le tourner après avoir mis ma main là où je n’aurais jamais cru pouvoir me rendre. Quelle concentration pour saisir toutes les formes de ce maillot. Puis, il fallait partir, j’avais épuisé toutes les ressources de mon imagination et dépassé ce que j’espérais tirer de cette rencontre. Le petit me regarda et m’interrogea, découragé : « Je dois me rhabiller maintenant, complètement ?» Je n’étais pas certain de ce qu’il voulait dire, mais je crus le deviner à la façon dont il me regardait. Après réflexion, je lui ai avoué que oui, à moins … qu’il accepte « mais tu ne voudras jamais te laisser photographier nu». Une photo. Une petite période de suçage, une photo, des caresses. Au premier cliché, j’étais tellement excité, je tremblais comme une feuille. Il était exquis. Non circoncis. Une petite graine de trois-quatre pouces, avec un de ces ventres … fallait voir le paysage à travers ses cuisses : le golfe, le quai, la plage, le canot qui passe, les mouettes, la senteur marine.

Quand nous sommes revenus, le temps s’était tellement figé dans nos têtes que nous avions oublié la marée montante. Nous en avions à l’enfourchure et nos bottes flottaient à trois pieds du sable. C’est ce que j’appelle le paradis terrestre.

Malheureusement, nos relations en sont restées là. Il m’a quitté, gai comme un oiseau qui vient de retrouver son nid. Il m’agitait la main comme, le matin, il avait lancé sa ligne. Le soleil rougissait le golfe. Je venais de réapprendre à vivre. Ces tableaux sont essentiels pour écrire. Essentiels pour être heureux.

Il faut avoir joué aux fesses une fois avec un petit gars consentant pour comprendre combien est enchanteresse cette complicité ; combien c’est important pour lui. C’est comme lui révéler qu’il peut être beau, qu’il peut être aimé et que l’amour, ce n’est pas une définition livresque.

Puisque j’en ai plein la tête, je me contenterai d’une dernière anecdote, d’une expérience vécue dans une école libre en construction.

Deux des animateurs, deux femmes, n’acceptaient pas ma  pédérastie. Jalouses? Peureuses ? Je m’en fous. Une fois, j’aidais un petit bonhomme à descendre du toit. Il me plaisait beaucoup. Aussi, en le descendant, je prenais plaisir à mieux saisir les rondeurs. Une des animatrices m’a fait une scène parce que j’avais joui en le faisant. Ce devait être le genre de femme qui aime qu’on se masturbe avec une poignée de braquettes. Malheureusement, elles sont encore nombreuses à percevoir la pédérastie ainsi. Comme les bonhommes, eux, qui enseignent la vie à leur fils à coups de pied dans le cul, je t’assure que ce petit cul, ils le surprotègent quand ils apprennent que certains ont découvert que ça ne sert pas uniquement qu’à recevoir des coups.

Cette première confrontation passée, j’ai décidé d’en informer tout le monde. Comme ça, pas de problème à cause moi. Un des jeunes assistait à la rencontre. Le lendemain, je travaillais à la construction. J’avais quelque peu fumé. Je me sentais comme un petit vieux qui, à force d’être névrosé, ne peut plus se servir adéquatement de ses membres. J’examinais les jeunes, me les figurant comme étant les thérapeutes.

À ma grande surprise, mes quatre petits médecins paradaient complètement nus devant moi. Ils découvraient enfin un autre mode de communication. C’était de les voir essayer de m’éblouir. C’est inimaginable jusqu’à quel point ils peuvent sentir tout ce que tu ressens. Ils ont répété une ou deux fois l’expérience.

Inutile de dire que, quand j’ai été seul avec eux, dès le premier jeu, le plus friand et le plus curieux a trouvé moyen pour qu’il y ait séance de déshabillage. Manque de pot, il a été la première victime de son invention. Tout le monde y a passé. Même le plus vieux qui, disait-on, refuserait certainement de s’y prêter (si jamais, lui, il accepte, je croirai que ça peut fasciner les jeunes, avait dit sa mère). Il avait les yeux plus grands que la tête. Un du groupe décida même de jouer de la main.

Soudain, une voiture arriva. Le chien criait. J’avais peur, la panique, je me suis rhabillé, ainsi que tous les autres. J’étais furieux d’avoir réagi ainsi, mais je ne peux pas encore avoir confiance dans les adultes… la peur de la prison, ça te rend dingue, des fois. Quand même j’aurais dit ensuite toute la nuit qu’il n’y a  rien là, les jeunes savaient qu’on avait dépassé les permissivités habituelles juste à me voir réagir. Ils n’ont pas eu tort, j’ai été renvoyé du terrain. La liberté a la limite d’être hétérosexuelle, comme l’a toujours voulu la société. Sinon , préparez-vous au grand questionnaire : les enfants doivent se sentir écrasés, ils ont une haine naturelle des adultes; les enfants doivent garder une certaine crainte de ces expériences, ça doit les dégoûter… et c’est pour cela qu’habituellement le petit gars viendra me voir plus qu’une fois … mais j’oubliais ce n’est pas pour cela, c’est que j’adore les enfants, je leur témoigne cette volonté d’être un enfant comme eux avec de grands airs d’adulte … ce n’est pas pareil, les enfants n’ont pas besoin de paroles pour te dire : je t’aime. Et aucune prison ne peut t’empêcher de leur répondre : je vous adore.

La sexualité, une affaire plus que politique !

Il est urgent d’abolir les lois sur l’attentat à la pudeur, la grossière indécence, le détournement de mineurs, l’incitation à la délinquance et remplacer le tout par une seule loi : la loi de la « contrainte ».

La répression sexuelle est à la base des complexes d’infériorité et du fascisme (W. Reich, La psychologie de masse du fascisme) la racine de l’esclavage et de l’esprit réactionnaire. Elle est sciemment maintenue par les religions, la publicité et le système judiciaire pour entretenir cet état de haine de soi nécessaire à un asservissement psychologique permanent.

Il existe des rapports amoureux, voire sexuels, entre adulte enfant qui sont strictement nécessaires au développement global de l’enfant. Pour ce, la Cour, les cliniques psychiatriques et toutes ces instances répressives ne devraient jamais avoir droit de regard sur la morale, la sexualité de quiconque, à moins qu’il y ait eu contrainte physique et psychologique. La vie sexuelle des gens ne regarde que les personnes impliquées. C’est un droit fondamental à la vie privée de chaque individu.

Un affrontement se prépare entre le gouvernement fédéral et provincial concernant la jeunesse : le premier se veut plus contraignant alors que le second veut dé judiciariser, s’appuyer sur la réhabilitation.

Le gouvernement fédéral avait l’intention de présenter une législation en vertu de laquelle tout récidiviste ayant des rapports sexuels avec des enfants se verrait coller deux ans «indéfinis », sentence que même les prisonniers les plus endurcis n’ont que très rarement. Cette sentence signifie que tu es totalement à la merci du système carcéral en ce qui regarde ta libération. On peut demeurer en prison à perpétuité, sans même avoir un droit de rappel. Le gouvernement fédéral veut aussi rendre criminels les actes des enfants reconnus comme tels. Pourtant, s’il donne le droit à la police de prendre les empreintes d’un enfant, de le photographier pour les archives comme pour un adulte, le gouvernement est moins prompt à lui donner les droits équivalents. Si un jeune peut-être incarcéré en vertu du système judiciaire, il doit en même temps avoir le droit de diriger sa propre vie et même de voter. S’il est jugé apte à être adulte en termes criminels, il doit être aussi, ni moins, vieux dans tous les autres domaines.

Loin d’avancer, la cause des enfants régresse. Même dans la déjudiciarisation prônée par le provincial, le tribunal continue d’exister, on remplace les flics par des travailleurs sociaux puisque ainsi les aveux sont plus faciles à obtenir. Les enfants continuent d’être perçus comme des intrus dans un monde d’adultes. Des intrus fatigants et parfois même menaçants.

Je connais un petit gars qui ne veut pas aller à l’école : il sera placé dans une institution parce qu’il refuse de s’ennuyer dans le moule dans lequel on le force à vivre. J’en connais un autre qui a déjà goûté à sa première fin de semaine d’internement. Le cas était plus compliqué, du fait qu’il prenait aussi de  la drogue. Pourtant, entre une plainte contre le «pot» et l’interrogatoire du policier de la C.U.M, il y avait tout un monde. Près de chez lui réside un célibataire qui arrive d’une autre province, mais qui aime les enfants. Tout ce qui a surtout intéressé les enquêteurs, c’était de savoir si ce célibataire avait joué avec les bijoux de famille du petit. Décevant, celui-ci ne lui avait jamais poigné la graine.

Je me demande comment un adulte réagirait si, de plein droit, n’importe quel imbécile en costume de flic ou de travailleur social avait le droit de l’interroger sur sa vie privée, ses rapports sexuels avec les gens. Le respect de la vie privée devrait être le droit le plus élémentaire même pour les enfants… Quant à l’école, je ne comprends pas que la loi ne puisse pas être interprétée comme une incitation à respecter le droit de tous les enfants à bénéficier de l’éducation gratuite plutôt que comme une obligation dont la sentence peut aller jusqu’à être placé en institution. Le problème, c’est que les adultes ont tendance à régler les conflits avec les petits par la répression : il faut sauvegarder la morale et l’ordre bourgeois qu’elle défend.

Évidemment, il faut protéger la jeunesse. C’est pourquoi selon la dernière trouvaille des flics travailleurs sociaux psychologues un enfant qui a des rapports sexuels avec un adulte ou avec un autre enfant plus vieux est traumatisé. Les problèmes commencent pourtant avec la police et s’amplifient avec la cour, etc.

C’est un pas, on commence à dire la vérité, mais les limites sont vite atteintes : que faut-il faire si on a connaissance de telles relations entre mon fils et un voisin  ?  —  Appeler  la  police,  voyons,  pour  le  moment,  il  n’y  a  pas d’autres moyens … Le morceau est lâché. Qui protège-t-on ? Les lois ? La morale ? Ou l’enfant ? Pour tenir de tels propos, il faut être inconscient ou sadique.

À mon avis l’intervention de ces pseudo-scientifiques découle de l’importance que joue la morale dans l’établissement des structures qui ont toujours pour effet de garder le plus possible le peuple réactionnaire , le plus fasciste possible : ça permet de poursuivre le moulage de travailleurs dociles, étant bien culpabilisés. Cette structure est tellement bien ancrée dans nos mœurs qu’on se révolte alors qu’il est question de libération.

On pourra toujours dire que MM. Reich et Neil étaient contre l’homosexualité, c’est un fait, mais avaient-ils le choix ? N’étaient-ils pas déjà pointés comme des maniaques, débaucheurs d’enfants ? Comment auraient- ils pu poursuivre leurs expériences, s’ils avaient eu le malheur d’aller plus loin ? Plus tard, des psychiatres donneront raison à ceux qui prétendent que l’homosexualité est loin d’être une maladie :  c’est  un  état  de  vie,  comme  dit  M.  Bory. L’élargissement face à la conception de l’homosexualité ne peut pas encore atteindre les relations de l’adulte avec l’enfant, parce qu’encore aujourd’hui la répression homosexuelle est très forte, très raffinée, et surtout elle est soutenue par la majorité et même par certains homosexuels honteux qui s’en prennent aux pédérastes pour cracher leur dépit. On n’a pas commencer à établir la nuance entre un pédéraste normal, c’est-à-dire un homme qui adore les petits gars (comment pourrait-il leur faire mal) et un sadique qui, par frustration et impuissance, s’attaque à un enfant ? Entre une relation consentie et une situation violente.

Le pédéraste est peut-être plus dégoûté que la moyenne des autres gens par de tels attentats ; mais il cherchera à comprendre avant de se lancer dans des réflexions superficielles et stupides sur le taux de répression envisagé. Si un enfant n’est pas tué par un policier, il est quand même profondément traumatisé quand celui-ci met son nez dans sa vie sexuelle ; et pourtant ce policier n’est pas puni ; au contraire, il est grassement payé.

Le problème principal ; dans ce secteur, c’est une éducation pourrie face à la sexualité, une éducation castrante et anti-plaisir. Une éducation basée sur la peur qu’entretiennent les curés et les journaux à sensation. Ce n’est pas encore aux parents qu’on donne du Reich à lire pour leur faire comprendre : « à quoi servent les phobies de la répression sexuelle ? Pourquoi les a-t-on moulés dans cette haine du corps ? et à combien de rackets et de sadisme la répression sexuelle a-t-elle donné naissance ? » On oublie de parler de l’époque où les parents perçaient le prépuce du jeune homme avant d’y introduire des fils afin de s’assurer qu’il n’ait pas d’érections ou le goût de se masturber. Était-ce parce que la nature était déformée qu’on devait agir aussi follement pour répondre aux ordres des curés, médecins, psychologues pédagogues ?  Qui  sont  les  malades ? Ceux qui soignent en projetant leurs frustrations sexuelles sur les enfants — les enfants qui, étant trop jeunes pour comprendre les mécanismes de la nature, sont de simples victimes de la morale — ou ceux qui vient en fonction de l’amour, que ce soit accepté ou non ?

La liberté sexuelle 6

août 7, 2020

La prostitution individuelle légalisée…

Il va de soi que si l’on accepte le droit absolu à l’intégrité physique et morale des individus, la prostitution et la sollicitation, sans harcèlement, doivent être dé- judiciarisées. Par contre, personne n’est obligé de subir le racolage sur le trottoir, mais, pour cela, il y a déjà d’autres lois (la paix publique, etc.).

La légalisation sur la prostitution ne peut être acceptée que sur une base individuelle, tout en resserrant les règles quant au proxénétisme.

La prostitution doit être un choix de la personne, un geste absolument libre. Un travail ou un plaisir.

Par ailleurs, pour assurer la protection du public et des prostitués (ées) des endroits officiels, licenciés, spécialisés, devraient être offerts. Ces endroits devraient être officiels et identifiés comme tels. Il serait alors possible d’obtenir des garanties au niveau de la santé des prostituées (és) et s’assurer que ceux-ci

/celles-ci ne soient pas violentés (ées) dans l’exercice du plus vieux métier du monde. Ces maisons closes légalisées devraient offrir un service gratuit de médecins et de psychologues pour les prostitués (ées) et les clients qui le désirent.

Une maison de passe est un service public rendu à certains individus dans la société pour leur permettre de se dé frustrer, pour éliminer les situations de violence et combattre l’hypocrisie. Personne n’est obligé de s’y rendre alors pourquoi empêcher les autres de vivre comme ils l’entendent, s’il n’y a pas de violence ?

Même prostitué, un être humain demeure un être humain avec toute sa dignité. L’exemple vient de haut quand on se rappelle la réponse de Jésus aux détracteurs de Marie-Madeleine. La prostitution doit être un acte libre, consenti, non violent et non un geste honteux. Se prostituer est un travail aussi noble que toute autre façon de gagner sa vie.

Si la prostitution doit être légalisée, il en va tout autrement du proxénétisme. Il doit demeurer très hautement illégal puisque c’est une forme de domination pour ne pas dire d’esclavage. Contrairement aux lois actuelles, aucune prescription peut être considérée comme un droit individuel rattaché à l’intégrité physique de l’individu, le proxénétisme est carrément un crime contre la personne. Aucun individu ne doit être exploité physiquement par un autre. Tout réseau de prostitution dominé par un ou des individus est un crime abject. Que l’individu veule se vendre, soit ! Qu’il s’associe à d’autres pour être mieux protégé, soit encore ! Mais qu’un maître les oblige à la prostitution pour son profit, jamais!  C’est une offense à la liberté de l’homme.

D’autre part, le gouvernement devrait offrir des programmes spéciaux d’aide financière pour ceux/celles qui font de la prostitution pour arrondir les fins de mois afin qu’ils (elles) aient une alternative.

La prostitution doit être un choix personnel, individuel, et non un geste obligatoire pour assurer ta survie.

Par contre, il ne faut pas oublier que la prostitution peut engendrer un sérieux problème de valorisation et de stabilité affective, car il n’y a pas de continuité dans ces relations, parfois, il y a même un manque de respect.

La (le) prostitué est un individu qui a autant de valeur que n’importe quel autre individu. La prostitution n’est pas un travail plus dévalorisant qu’un autre. Sauf, que si on se livre à la prostitution, il faut être fondamentalement en accord avec cette décision.

La prostitution pédophile (avec des jeunes de moins de 10 ans) doit être interdite. Ce n’est pas une question morale, mais la nécessité de protéger leur rythme de développement et leur fragilité émotive. Ce n’est pas parce qu’il se passe quelque chose que l’enfant est automatiquement traumatisé, il peut même trouver ça plaisant. Mais, il ne faut pas prendre de risque. Il faut évaluer individuellement chaque situation.

La Direction de la protection de la jeunesse devrait offrir des services spécialisés pour venir en aide aux parents et surtout aux enfants qui ont été victimes d’abus afin qu’ils ne soient pas marqués par l’événement. Celui-ci doit être dédramatisé au maximum, le plus vite possible. Plus on y attache de l’importance, plus on lui donne de l’importance.

Quant au pédophile violent ou dominateur, il devrait suivre des traitements pour mieux comprendre son problème et apprendre à le contrôler. Il doit réaliser ce qu’un enfant peut subir de traumatismes s’il est forcé d’avoir des relations sexuelles non consenties. Cependant, il faut faire une distinction quant à la gravité du geste entre un attouchement et une pénétration. C’est l’aspect le plus important à considérer si l’on cherche le bien de l’enfant. Si le pédophile est violent, dans ce cas, il faut qu’il soit incarcéré tant qu’il représente un danger pour un enfant. L’important, dans ce cas, est de l’empêcher d’avoir un contact avec un enfant.

Si le jeune de 10 ans et plus doit avoir le droit absolu de dire oui ou non à une expérience sexuelle, il faut cependant mettre en garde les jeunes contre les dangers de la prostitution. La personne rencontrée peut être violente, voir même carrément dangereuse.

Le problème avec la prostitution, c’est que ce n’est pas nécessairement le vrai grand amour mutuel. Ce qui peut entraîner des problèmes émotifs sérieux. Connaître une expérience, vouloir savoir ce que c’est, chercher du plaisir, peut être une chose valorisante, mais si on a honte de ce que l’on fait, ce geste ne pourra jamais être positif et créateur, au contraire.

Accepter des caresses parce qu’on aime ça, ce n’est pas comme rechercher de l’argent ou de la drogue, en faisant le contraire de ses principes.

La prostitution est négative quand on accepte de faire quelque chose en échange d’autre chose contre ses convictions, ce qui engendre un irrespect de soi et une forme de culpabilisation. Il faut aussi insister sur le danger des drogues pour se déculpabiliser. On ne sera pas toujours drogué et on fera face un jour à son propre miroir. Il est extrêmement important dans la vie de s’aimer et d’être sincèrement fier de soi. Accepter une expérience en se droguant pour se masquer qu’on déteste ça, ça finira un jour ou l’autre par nous détruire.

Ce n’est peut-être pas important ce que les autres pensent de nous, mais ce que l’on pense de soi est essentiel pour son propre bonheur. Tous devraient le savoir. Ce n’est pas de la morale, mais une vérité psychologique qu’il faut connaître et éviter de faire semblant qu’on ne le sait pas. Par ailleurs, il est tout aussi essentiel d’apprendre à se pardonner. Personne n’est parfait. C’est une des plus importantes leçons à retenir de la vie.

Pour ce qui est du tourisme sexuel, tout citoyen du Québec à l’étranger devrait être soumis aux règles du pays visité. Chaque pays a son âge de consentement. Dans certains cas, le tourisme sexuel peut être bénéfique, s’il n’est pas entouré d’hypocrisie.

Le Québec n’a pas à jouer au gendarme de la morale à travers toute la planète. Cependant, les gens qui font du tourisme sexuel devraient réfléchir sur leurs responsabilités vis-à-vis des jeunes rencontrés. Plutôt que la prison, la personne prise en défaut devrait s’occuper financièrement du ou des jeunes impliqués jusqu’à 18 ans.

Pourquoi légaliser la sollicitation ? Pour que les choses soient claires et que personne ne doive vivre une expérience sexuelle non consentie, sous prétexte qu’elle ne savait pas à quoi s’attendre. Pour éliminer l’hypocrisie.

Si tu vas dans les endroits reconnus à cette fin, tu te mets dans une situation où tu pourras possiblement être sollicité, mais tu n’as que toi as blâmé.

LA NUDITÉ EST NI INDÉCENTE, NI PORNOPRAHIQUE : S’EN FORMALISER EST MALADIF.

Comme en Hollande, la pornographie pour des fins personnelles devrait être complètement légalisée. La nudité est ni indécente, ni pornographique. L’éliminer est une hantise religieuse et bourgeoise.

Être nu ne fait mal à personne. Si la nudité t’offense, tu n’as qu’à regarder ailleurs. Être scrupuleux est aussi déséquilibré qu’être trop exhibitionniste puisque c’est avoir honte de ton corps ou du fait que l’être humain est aussi constitué de chair.

Il est invraisemblable que de nos jours, la photo d’une personne (ou d’un groupe) nue soit considérée comme pornographique. Toute notre culture accepte depuis des siècles la beauté du nu. Il y a des nus dans toutes nos formes d’arts, heureusement. L’esthétisme a même été considéré comme une philosophie de vie centrée sur la beauté. Qu’y a-t-il de plus merveilleux qu’un paysage grandiose, sinon les formes, les lignes du corps parfait, la beauté d’un visage ou d’un sourire ?

Il faut décriminaliser la nudité. Éliminer la folie des policiers dénoncée dans des chroniques de Foglia. Un nu, même enfant, c’est beau. C’est pur. Ceux qui y voient du mal sont des malades.

Cela ne signifie pas que tout le monde doit se promener nu sur le trottoir. Il y aura, au moins, toujours les limites du bon -sens et la température… Le choix est individuel.

Par contre, certains endroits se prêtent bien à l’exercice de la nudité : les piscines, les plages, les gymnases, les arts, etc. Il suffit, pour respecter tout le monde, que les gens fréquentent ces endroits soient avertis au préalable de cette liberté. La nudité permet un bien-être corporel indéniable… il suffit d’avoir déjà nagé nu pour le savoir.

Il ne faut pas oublier que dans les gymnases grecs les sports étaient pratiqués en toute nudité et aucun spectateur n’est mort ou ne fut même blessé … c’est purement une question de mode, de beauté et d’éducation.

Il est inacceptable qu’il y ait aucune piscine au Québec qui permette de se baigner nu comme dans certains bains publics,  familiaux,  à Vancouver.  Qui     a fréquenté un club de nudisme sait très bien que c’est là où il y a le moins de voyeurisme. Les plus scrupuleux sont tous plus ou moins les plus cochons.

Les scrupules face à la nudité reposent sur rien d’autre que la honte de son corps, à cause des modes et de sa honte personnelle due à son éducation plutôt que sur le respect et la fierté de soi. Les avantages du nudisme sont indéniables. Il faut chercher un équilibre entre ceux qui y voient une question de santé et de bien-être et ceux qui se sentent offensés par la vue du moindre pouce de chair humaine.

Les parties du corps supposément sexualisées le sont devenues parce qu’elles ont été interdites ou sacralisées (une autre forme d’interdit). Si on interdisait de se montrer le bout du nez durant un siècle, un nez nu serait une offense contre la pudeur. Voilà comment¸ ça marche.

Si, des endroits publics acceptent la liberté de la nudité, ils doivent l’afficher pour permettre à chacun de choisir d’y aller ou pas. Pourquoi n’y aurait-il pas de clubs où les gens danseraient tous nus ?

Il en va tout autrement quant aux endroits privés comme chez -soi.

Tout être humain doit être libre de vivre vêtu ou nu dans la maison qu’il habite, sans oublier que les rideaux, ça existent. S’il faut proscrire l’exhibitionnisme à tout cran – – se flanquer nu dans la fenêtre du premier étage qui donne sur la rue Principale — il en va tout autrement de l’écorniflage du voisin à un deuxième étage qui se plaint de regarder un voisin du même palier, oubliant qu’il n’est pas obligé d’aller voir dans sa fenêtre pour voir ce qui se passe chez le voisin ou la voisine.

Les scrupules sont la peur de ne pas pouvoir dominer ses propres fantasmes ou désirs. C’est aussi très souvent de l’hypocrisie. Cachez ce sein que je ne saurais voir …

Il est ridicule de voir des fillettes porter des brassières alors qu’elles ont encore les seins plats comme des galettes ou forcer les enfants à se vêtir sur une plage, sous prétexte qu’elle est publique. C’est leur apprendre par l’imposition de normes adultes qu’il faut avoir honte de la nudité. Ceux qui se scandalisent de voir sur une plage un enfant nu sont des malades.

La meilleure politique demeure un sain équilibre afin de permettre à chacun de vivre selon sa propre pudeur. L’acceptation ou le refus de la nudité est une simple question d’éducation.

Pour ce qui est du matériel pornographique quel qu’il soit, tout individu devrait pouvoir en acquérir pour des fins personnelles. Les phantasmes n’ont pas à être contrôlés par l’État. La police n’a pas à décider ce que l’on regarde ou qu’on lit. D’autant plus que les soins apportés aux pédophiles dans les prisons consistent à se masturber en regardant du matériel pornographique, probablement ce que font librement ceux qui en regardent chez eux. Serait-ce que le regard des gardiens est le médicament miracle ? Le danger pour les autres naît de la frustration.

La pornographie peut jouer en ce sens un rôle curatif. Protéger les enfants?

Dans une émission de Mlle Michael Jean, à Radio Canada (une dame semble souffrir de cette obsession) la police de Val-d’Or montre des revues d’éducation sexuelle européenne en disant que c’est dégueulasse de montrer ça à des enfants. C’est à se demander qui est malade ?

Par contre, pour protéger les enfants d’une connaissance erronée de la sexualité, la pornographie devrait être interdite avant 10 ans. De plus, puisque ce matériel peut facilement entraîner des abus chez les enfants en les forçant d’y participer, le Québec devrait interdire toute production sur son territoire de matériel pornographique avec des jeunes.

Ramener une revue pornographique infantile d’un autre pays ou la regarder sur internet ne met personne en danger, ce qui est loin d’être aussi clair quand il est question d’en produire.

Montréal, juillet 1997
Sortir, Les éditions de l’Aurore, directeur Jean Basile, Montréal ,1978

Aimer  les  petits  gars  :  féérie  du  monde adulte

(Dans SORTIR, éditions de l’Aurore, 1978)

Aimer les petits gars, féerie du monde adulte.

En 1978, sous la direction de Jean Basile, les éditions de l’Aurore, publiaient un livre pour contester la répression policière à l’endroit des homosexuels. J’ai été invité à y participer, ce que j’ai accepté avec joie, car, à cette époque, j’étais encore très radical et missionnaire. Je croyais dans ma mission de poète.

J’ai même participé à des ateliers avec le psychologue Alain Bouchard où je parlais de ma pédérastie pour éliminer la peur que l’on avait des prédateurs sexuels, faisant une nuance entre ceux qui sont violents et souvent malades mentaux et ceux qui sont non violents et dont l’approche est dans la séduction. Un besoin de vérité…

On me reprochait alors de prêcher pour ma paroisse, de chercher à obtenir l’attention et me faire de l’argent à partir de mes dénonciations. En réalité, je me croyais investi du devoir de faire connaître la vérité. Depuis, j’ai appris qu’il n’y a pas de Vérité, mais des Vérités. Écrire sur ce sujet est devenu une recherche sur l’humain. Au lieu de me payer, écrire est devenu un moyen de me ruiner. Je dépense à peu près tout ce que je gagne, pour continuer à exister dans l’arène littéraire.

Je voulais, quoiqu’il arrive, dénoncer toute l’hypocrisie, tous les mensonges qui entourent la pédérastie. Particulièrement, la malhonnêteté intellectuelle qui élimine la différence fondamentale entre la pédérastie et la pédophilie. Celle qui nie l’existence d’une sexualité, une libido chez les jeunes.

À cette époque, disons que j’étais un pédéraste égoïste. Je voyais le problème à partir de ce que je vivais. Je me battais pour le droit de jouir de mon corps, d’en être maître, même si c’était le contraire de ce que le système nous prêchait. On était tellement scrupuleux qu’on n’osait même pas penser, parler, encore moins toucher. La sexualité n’avait qu’un but : procréer.

Tout était péché en dehors du mariage : une vraie démence. On avait mis sur pied un système de censure, sous prétexte de protéger les jeunes, qui existe encore aujourd’hui quoiqu’on prétende qu’il est aboli.

Me battre pour cette liberté, c’était presque une vocation, car je croyais que cette morale nous empêchait d’être heureux .qu’elle nous  mentait.  Aussi  stupide  que ça paraît, je croyais me battre pour le droit au bonheur. Je croyais, et je crois encore, que le Québec doit évoluer et se libérer de l’omerta qu’on nous a imposée afin de retrouver l’estime de soi.

Ma philosophie cadrait parfaitement avec le discours des féministes d’alors, qui voulait que tout individu est le seul maître de son corps et de son esprit.

Aujourd’hui, je mettrais certains bémols, à mon enthousiasme d’antan, d’abord à cause de mon expérience de la vie. Plus de dix ans sans rapport sexuel, ça éteint un peu la flamme. Tu te demandes si quelques minutes de plaisir justifient des années de malheur. Une vingtaine d’années, plusieurs mois de prison plus tard,    et    surtout,    une    vie    très    active ; ça    m’a    permis    d’être   encore plus conscient jusqu’à quel point le système nous ment quant à la pédérastie.

On a depuis quelques années crée une véritable industrie du chantage. La pédérastie est devenue un moyen de se faire de l’argent facilement. Elle est aussi un moyen politique que l’on utilise pour détruire la religion qui fait ombrage à  une  autre…  le  scandale   des   prêtres   catholiques parce   que   l’on confond spiritualité et règles morales.

Je constate un retour en force de la morale castré, mensongère, hypocrite, des religions. Elle nous arrive par la porte de derrière, grâce au discours des féministes réactionnaires sur l’hyper sexualisation (quoique c’est en partie un vrai problème).  Ces féminounes, à mon avis, sont un petit groupe politique qui sert  le fédéral, en divisant la société entre hommes et femmes. Il n’y a aucune différence sur les raisons de fonds invoquées contre la pédérastie et le port du voile : la pureté confondue avec la chasteté. .. la guerre du bien et du mal.

À cette époque (1978), on se servait de l’homosexualité pour créer une chasse aux sorcières contre tous ceux qui ne partageaient pas le dogme fédéraste. Si tu n’obéis pas aux règles de la sexualité, tu es déjà hors- norme et potentiellement dangereux pour ceux qui dominent, en l’occurrence le Canada.

Pour moi, à cette époque, l’indépendance du Québec, c’était la priorité des priorités. J’ai la conviction qu’elle se réalisera avec le temps et la prise de conscience de la population du Québec…. Quand les Québécois auront la conviction  que  l’indépendance  améliorera  leur  sort.  Plus   cette   réflexion sera profonde, plus elle sera inéluctable. Plus le Québec sera français, plus il sera homogène.

Aujourd’hui, mon approche est autre. Je ne préconise pas un plaisir que je veux m’offrir; je réfléchis sur la philosophie, le droit des individus à leur sexualité et comment une morale peut en découler sans brimer la vie privée. Ma réflexion est plus universelle, mais pas moins québécoise.

J’ai surtout écrit fin des années 1960 jusqu’à 1980, car je me croyais capable de devenir un jour un grand écrivain. Aujourd’hui, quand je me compare, je doute fortement de ce potentiel. À cette époque, je me prenais aussi pour un grand révolutionnaire, j’avais parfois des intuitions paranoïaques qui offraient à la vie un petit côté électrique… la vie était une libération…

Avoir enseigné 15 ans, avoir adopté deux garçons m’a forcé à réfléchir encore plus  profondément  sur  l’importance   de   la   liberté   sexuelle,   et   surtout,   j’ai découvert avec le temps, l’importance de la responsabilité. Jouer aux fesses n’est pas un geste anodin en soi parce qu’il implique toute une gamme d’émotions de la vie affective; mais on exagère sciemment son importance pour en augmenter la valeur commerciale. Les scandales entourant la sexualité sont très payants pour les médias.

Si on veut vraiment créer un pays démocratique, fondamentalement ouvert sur l’avenir, il faut avoir le courage et la détermination d’aller au fonds de la question. Pour ma part, les règles sur la vie sexuelle, principalement celles qu’on nous imprègne dans l’enfance et l’adolescence (la religion plutôt que la psychanalyse) sont un viol de conscience qui créent l’aliénation.

Être aliéné, ce n’est pas seulement être enchaîné, mais c’est aussi aimer ses chaînes. Être colonisé, c’est une chose ; être aliéné, c’est se prétendre heureux dans ce colonialisme.

L’aliénation est le contraire de l’autonomie, de la création d’une conscience personnelle. Et, c’est pourquoi, il y deux ou trois ans, après être passé à un doigt de la mort, j’ai recommencé à écrire de nouveau sur la pédérastie avec mon livre La pédérastie mise à nue.

À ce moment-là, ma question fondamentale était : si je mourrais qu’est-ce que j’aimerais que l’on retienne de mon engagement en faveur d’un Québec libre? Qu’est-ce qui pourrait aider à l’avènement d’un Québec libre ?

Je n’ai aucun poids me permettant de croire qu’on attache la moindre importance à ce que je pense politiquement. Cependant, je crois que jamais les Québécois ne décideront de créer un pays tant qu’ils ne seront pas non seulement conscients du colonialisme fédéraste, mais de tout ce que peut nous apporter l’indépendance.

Ce besoin, cette volonté d’être ce que nous sommes ne peux pas s’épanouir si on continue de s’auto mépriser ; j’ai décidé de reprendre la plume pour essayer de faire comprendre le cheminement inconscient de notre peuple vers sa libération.

J’ai identifié le besoin strictement fondamental de faire la nuance entre la spiritualité et les religions pour pouvoir créer une société foncièrement libre et tolérante. J’ai pris conscience que les religions sont des créateurs d’intolérance et de discrimination envers tous ceux qui ne partagent pas exactement nos convictions.

Que je le veuille ou non, mon amour de l’humanité est essentiellement en lien directe avec mon expérience pédéraste, même si aujourd’hui, je devrais pour être honnête avec moi-même, me demander si je suis encore pédéraste. Sauf regarder les sites pornos, me masturber, je ne vis plus de vie sexuelle. Je suis même rendu comme les curés à trouver que ce besoin contraignant, négatif parce qu’il m’éloigne d’une réflexion encore plus profonde et m’empêche d’écrire.

Je me ramasse dans une autre controverse, je suis banni de toutes les associations d’écrivains (qui en même temps pondent de grands textes sur le droit à l’expression).

Cette fois l’arme que l’on utilise, c’est de me dénoncer comme pédophile alors que je dénonce moi-même la pédophilie. On s’appuie sur le titre d’un de mes romans Laissez venir à moi les petits gars et le texte publié dans Sortir avec l’Aurore.

Cette dénonciation permet de s’assurer qu’aucun éditeur n’aura le courage de publier ce que j’écris maintenant, qu’on essaiera d’effacer la petite gloire que je bénéficiais avant, grâce à mon engagement politique. Que je le veuille ou non, mon approche de la question est toute autre qu’à l’époque de ce texte.

Aujourd’hui, je me rends compte que les règles de protection qu’on impose sous prétexte que les jeunes sont trop niais pour décider, sont en fait, un moyen de s’assurer que tout le monde soit le même troupeau de moutons. Refuser de discuter de ce sujet, de voir objectivement le problème, c’est nier aux jeunes le droit de se créer une conscience personnelle et d’avoir une vie privée bien à eux. C’est refuser la véritable démocratie.

Pendant que des jeunes se suicident parce qu’ils se découvrent gais, le gouvernement continue de subventionner les mouvements qui créent une paranoïa maladive autour de la sexualité. On enlève les cours dans les écoles sous prétexte que l’éducation sexuelle appartient aux parents alors que ceux-ci font une crise d’hystérie dès qu’ils entendent que les adolescents (es) ont une libido comme tous les êtres humains. Comme, quand j’étais jeune, la sexualité est redevenue tabou.

On se fiche bien que les jeunes soient noyés dans la violence, on prétend que ça ne les influence pas ; mais on lit tous les livres qu’on leur offre pour s’assurer

qu’il n’y ait pas d’allusions à la sexualité. Une telle castration n’a plus sa raison d’exister aujourd’hui dans un Québec moderne. Le scrupule maladif duquel nous sommes sortis nous marque encore trop profondément pour discuter librement et objectivement du sujet. Pourquoi l’Homme est-il sexué ? Les jeunes ont-ils une sexualité ? Les règles qui en découlent sont-elles justifiables ? En fait, on ne mentionne jamais que dans ma conception de la liberté sexuelle toute forme de violence est bannie.

Même si cela représente un certain danger — j’ai même découvert un blog sur lequel on affiche ma photo pour me dénoncer– j’ai décidé de reprendre ce sujet, là où je l’ai laissé, il y près de 30 ans déjà, et de dire ce que mon expérience m’a appris. Je n’invite personne à être pédéraste : je sais que c’est une vie de souffrance pour presque tous ceux qui le sont. Même si je suis heureux, je suis conscient d’être une exception. J’ai  aussi  compris,  je  crois, le  lien  fondamental entre la liberté sexuelle et la démocratie.

Que cette haine à mon endroit existe, ça me chagrine; mais ça ne me surprend pas. Les obscurantistes ont encore le pouvoir et l’argent pour propager la peur. Je suis très chanceux d’être au Québec, car dans certains autres pays, je me ferais tuer juste pour avoir osé aborder le sujet.

Donc, voici ce texte qui fait tant rougir l’Association des auteurs des Cantons de l’Est et l’UNEQ…. À remarquer que j’ai été reconnu écrivain titulaire (professionnel) avec ces mêmes textes qui permettent aujourd’hui de m’écarter.

La liberté sexuelle 5

août 5, 2020

La liberté sexuelle 5 (pp.43à52)

Dans une société évoluée, on doit accepter le mode de vie de chacun, à moins que celui-ci mette l’autre en danger ou ne respecte pas les autres.

Il peut y avoir la commune, les familles monoparentales, gaies, polygames, polyandres ou nucléaires. L’important n’est pas qui les compose, mais si elles

sont aptes à assurer le développement de chacune de ses composantes. Il appartient à chaque individu de décider dans quelle structure il sera le plus heureux.

S’il est vrai que dans la famille l’enfant est le centre, la raison d’être, il ne faut pas oublier que le bien-être des ou du parent est aussi un élément essentiel. L’enfant n’est pas un dieu, pur, innocent et sans reproche. Il peut être autant une «petite vermine» que n’importe quel adulte. Pour qu’une famille soit une réussite, elle doit être un lieu, une atmosphère où chacun puise la vitalité de son propre développement.

Pour qu’une famille remplisse sa vocation, il est essentiel que chaque membre ait sa part de responsabilités. La bonne entente est un élément indispensable au développement harmonieux et équilibré des enfants. En ce sens, il faut s’assurer que la vie de ceux qui tiennent lieu de parents le permet.

Notre société légale est à ce point viciée dans son souci d’exploitation économique que le travail des deux parents ne suffit plus souvent à offrir un régime de vie supportable à tous ses membres. L’exploitation éhontée de la masse par un régime économique dictatorial qui élimine les nationalités et uniformise les individus, connue sous le nom de «mondialisation des marchés» doit être immédiatement combattue.

Dans un premier temps, il faut assurer l’égalité de tous les individus quelle que soit le sexe et l’orientation sexuelle. La parité salariale (qu’il faudra étendre aux ados pour éviter leur exploitation) doit cesser d’être un rêve et devenir une réalité. La femme et les enfants doivent être égaux à l’homme adulte à tous les points de vue. On n’est pas d’abord un homme ou une femme, on est d’abord essentiellement un être humain. Cependant, il faut reconnaître que les liens se tissent plus facilement avec les gens de son propre sexe ou de sa propre génération. Après les féministes, faudra-t-il avoir les mâlistes ? Si l’homme et la femme sont égaux, pourquoi les femmes bénéficieraient-elles d’un programme particulier ?

D’autre part, il est aussi urgent que les gais aient les mêmes droits que les hétérosexuels et reconnaître qu’il n’y a pas d’âge pour définir son orientation sexuelle, ni pour commencer son apprentissage. La vie se charge de cette découverte fondamentale pour chaque individu.

Il faut que le statut d’une famille avec des parents gais soit le même que la famille nucléaire. Il faut réajuster les règles en matière d’adoption.

Comme il a été scientifiquement établi que l’orientation sexuelle est déjà pratiquement définitive dès l’âge de cinq ans, le tabou à l’effet qu’un couple gai ne peut pas aussi bien qu’une famille nucléaire élever des enfants est dépassé. L’important pour l’enfant, c’est l’amour et la sécurité. Un milieu propice au développement de « sa » personnalité.

Cela heurte les modes voulant que telle ou telle fonction soit celle d’un homme ou d’une femme. L’important, c’est d’être bien dans sa peau et non son orientation sexuelle.

Par ailleurs, la société à travers ses préjugés, peut nuire au développement de l’enfant en stigmatisant certains choix sociaux ou à partir de l’orientation  sexuelle. L’enfant peut, à cause des racontars, des campagnes de morale publique, surtout aux informations à la télévision, se sentir inconfortable dans sa famille. Cette honte ne peut que lui être préjudiciable. En d’autres termes, le jugement social peut-être encore plus dévastateur que le fait de vivre dans une situation plus ou moins exceptionnelle.

Être une commère devrait être un crime, si on respecte le droit à la vie privée. Les psychologues parlent souvent des sévices que subissent les jeunes, lors d’une relation sexuelle avec un adulte. C’est simplement parce que c’est plus payant pour eux de donner cette explication. Tous les maux nés d’avoir été abusé ne créent pas le besoin de dénoncer pour se calmer le pompon. C’est peut-être un soulagement mais c’est surtout un moyen de vengeance. On serait mieux d’insister sur le besoin de ne pas se culpabiliser outre mesure. Avoir un rapport sexuel, ce n’est pas la fin du monde et avec qui ne regarde  personne.

On semble oublier que la honte de son geste est comme si on se voyait dans un miroir dès qu’il y a une situation qui lui ressemble. En fait, si on ne culpabilisait pas outrageusement l’homosexualité ou les relations sexuelles adultes ados, si nos journaux n’en faisaient pas des crimes pire que de tuer, possiblement qu’un jour la personne finirait par comprendre par elle-même qu’il est possible de s’en libérer sans devoir absolument en parler, sans haine et sans honte, comme une autre expérience vécue par bien des gens. Plus la honte est grande, plus le traumatisme l’est.

Aussi,    faut-il    blâmer    autant    l’omerta    qui    a    toujours    accompagné    les connaissances sexuelles au Québec que cette relation. Souvent la honte vient de ce que les autres pensent de nous ou de la peur de ce qu’ils pourraient penser parce que nous en avons toujours fait une montagne. Le chantage contre l’Église catholique émanerait-il ou cacherait-il une nouvelle guerre de religions ? Les parents gais devraient bénéficier des mêmes droits et avantages sociaux que le couple hétérosexuel. Il en va simplement de l’honnêteté sociale et de l’égalité des individus dans la société.

L’homophobie est une discrimination au même titre que la discrimination raciale.

Nos législateurs et le système judicaire doivent cesser d’agir en hypocrites et respecter les lois qu’ils promulguent, sans toujours essayer de les contourner, en formulant de nouvelles restrictions à travers d’autres lois.

Si on accorde la non-discrimination quant à l’orientation sexuelle, il faut avoir la cohérence et l’intelligence de revoir toutes les lois en fonction de ce droit fondamental et de la réalité physique et psychologique des individus. Si l’on dit qu’à 14 ans, le jeune peut choisir et qu’il n’y a pas de crime dès qu’il y a consentement, il faut cesser de jouer autour de cette règle pour la contourner de toutes les manières en créant de nouvelles lois ou de nouvelles effractions.

Il est malheureux que les compressions budgétaires aient entraîné la disparition de la Commission de la réforme du droit, car souvent les lois sont incompatibles dans leur application aux droits accordés. Les lois doivent aussi évoluer en fonction des connaissances. Parfois même, les conséquences de leur application ne sont pas celles que l’on souhaitait. Il serait temps que l’on prenne conscience du problème.

Si le système judiciaire doit être indépendant de la politique, il doit l’être davantage de l’économique. On dirait que le système économique ne vise que l’exploitation des individus par des « bandits légaux » qui ne visent que leur profit. Le «système» doit exister pour assurer le bien-être de la société et non «pour exploiter légalement» tous ceux qui la composent. Il est inadmissible que les lois aient des dizaines d’années de retard sur la réalité et les découvertes scientifiques.

Actuellement, la majorité accepte que le jeune puisse et doit décider le plus jeune possible du milieu dans lequel il veut vivre.

L’Église situait l’âge de raison à sept ans. Ainsi, dès l’âge de sept ans, un enfant est capable de différencier entre le bien et le mal, quoique cela ne veuille pas dire qu’il puisse extrapoler les conséquences de ses gestes. Cela ne veut pas dire qu’il est libre, qu’il peut choisir entre le oui ou le non, sans contrainte. Il faut aussi tenir compte de l’inconscient pour déterminer la capacité d’agir librement. L’éducation joue un rôle essentiel dans le développement de la capacité de choisir ce qui est et sera pour le mieux.

L’influence n’a rien à voir avec la contrainte, car même à 55 ans, tu es encore sensible à ce que dit, pense, fait ton entourage. Que l’enfant ne peut pas décider parce qu’il est influençable, c’est de la merde. Mais qu’il ne peut pas extrapoler dans le futur l’impact que cela pourrait avoir dans sa vie, c’est un fait.

Donc, il faut le protéger contre ce qui plus tard pourrait créer son malheur ou sa destruction. Les suites seront d’autant plus importantes qu’il en ressentira l’approbation ou la condamnation par ses proches. Il faut l’éduquer pour lui permettre de choisir le plus vite possible en fonction de son avenir et de ses propres goûts, de sa propre personnalité.          

L’idéal en éducation, c’est de permettre le plus jeune possible à un individu d’être autonome, donc, de pouvoir faire des choix, d’être libre. Et, la liberté, c’est de pouvoir dire «oui» ou «non» à une relation sexuelle; pas de devoir absolument dire «non».

En sexualité, si l’on veut respecter l’individu, il faudra cesser de le juger selon son âge chronologique, mais plutôt tenir compte de son âge psychologique, lequel est différent selon chaque individu. Il existe des éléments, un rythme personnel dans le développement de chaque individu. La phase de développement dans laquelle il vit peut être établie par des professionnels. Cette vitesse individuelle constitue un droit à son intégrité. Et, ne pas la respecter, en fixant des normes mur à mur, c’est nier ce droit.

Il faut se rappeler qu’il n’y a pas si longtemps, Samuel de Champlain, fondateur de Québec, a épousé une jeune fille de 12 ans alors que le deuxième président des États-Unis, M. Jefferson, avait une épouse de 14 ans.

Une expérience est-elle automatiquement traumatisante parce qu’elle est précoce ou parce qu’elle correspond au développement, à la curiosité, à l’approbation de cette personne ? Qui autre que la personne qui se marie doit décider si c’est un âge ou un choix approprié ? C’est un choix de l’individu qui ne revient même pas aux parents. Un choix individuel que la société doit garantir à tous ses citoyens.

Ça n’a pas d’importance que je trouve ça personnellement beaucoup trop jeune ; l’importance est le consentement vraiment libre de la personne concernée ainsi que son bien-être.

Si on veut réellement protéger l’enfant, et non lui laver le cerveau au nom d’une morale d’adulte bourgeoise et religieuse, on examinera si la situation est bénéfique pour l’enfant et non si elle correspond aux normes. Si l’enfant a été perturbé, il doit pouvoir compter sur l’assistance de psychologues. Cependant, il ne faut pas oublier que souvent l’hystérie des parents, l’appel de la police et toutes ces mesures répressives stigmatisent encore plus le jeune, car il a l’impression que d’avoir joué aux fesses, c’est pire que s’il avait tué …

Si un jeune peut décider à 14 ans avec qui il veut vivre, si la fille peut décider si elle prend la pilule (donc de sa vie sexuelle), il doit assumer son orientation sexuelle et les parents et les lois doivent apprendre à respecter intégralement ce choix.

L’individu ne choisit pas son orientation sexuelle (ce qui l’attire sexuellement), mais la subit. L’orientation sexuelle est innée dans l’individu dès sa naissance. Le temps ne sert qu’à en prendre conscience. Le développement de la conscience de cette orientation est possiblement le fruit de la relation, entre la naissance et les cinq premières années de sa vie, avec les membres de sa famille. Cependant, pour plusieurs cette connaissance de soi ne s’opère qu’à travers les années.

L’appareil social doit être orienté non pas dans une vocation répressive et d’uniformisation, mais comme un appui dans la recherche d’un comportement social acceptable qui permet la réalisation individuelle. Il faut apprendre à vivre avec son orientation sexuelle, car on ne peut rien y changer … La liberté individuelle doit avoir pour unique frontière la non-violence, le consentement et le respect de la liberté de l’autre.

Si on accepte qu’à 14 ans, un ou une jeune doit pouvoir assumer sa sexualité, il faut que cela soit aussi vrai pour l’appareil judiciaire. Sans violence ou contrainte, la vie sexuelle des jeunes de 14 ans et plus comme celle des adultes ne regardent pas la police ou la DPEJ. Il faut aussi prendre note que ce n’est pas parce que ta fonction en est une d’autorité qu’une relation avec un ou une mineure est automatiquement soumise à cette notion d’autorité.

Le jeune doit être directement sous l’autorité de la personne qui se sert de sa situation pour abuser de son statut, pour pouvoir invoquer la notion de  » personne en fonction d’autorité ». Il peut exister un lien affectif, voire amoureux entre un jeune et un policier, par exemple, qui n’a rien à voir avec une situation d’autorité. Ce n’est pas parce que tu portes un uniforme que tu es nécessairement en état d’autorité sur un quelconque individu. Deuxième exemple, si tu n’enseignes pas (ou plus) à un élève avec qui tu as une relation affective, voire sexuelle, tu n’es pas dans une situation d’autorité, car ton poste ne te confère aucun privilège ou moyen dont tu pourrais te servir pour faire

«chanter» le jeune. Être en amour arrive aussi bien à des « gens en autorité» qu’à des jeunes. Dans ces derniers cas, on devrait plutôt se demander si cette réalité est nuisible au jeune plutôt que de jouer aux moralistes.

Par ailleurs, il faudra créer une éthique dans les relations adultes adolescents, car tu es en partie responsable de ceux que tu aimes. Et, ces relations doivent cesser de se vivre à la cachette et dans une atmosphère d’hypocrisie malsaine.

1- La sexualité, sans violence, ni contrainte, ne regarde pas la police.

Avec les lois sur le viol, le proxénétisme et les drogues, la police a tous les outils légaux nécessaires pour contrer les cas d’abus,  On peut éliminer presque  toutes les escouades de la moralité, car avec une politique de liberté sexuelle consentie, elles sont inutiles et dispendieuses. Un policier qui passe ses  journées à s’amuser sur internet, ça coûte inutilement cher, surtout si on sait que la chasse aux pédophiles sur internet, n’est qu’une excuse pour contrôler l’internet … tout comme on sait que la CIA se sert des mouvements religieux missionnaires, qui prétendent protéger les enfants dans les pays sous-

développés, pour des fins d’espionnage… L’État n’a pas à remplacer les  curés ou faire le travail de la CIA.

Cependant, il est évident que la sécurité de l’individu est aussi un droit.

Un viol, le proxénétisme, le commerce d’humains, l’esclavage demeureront toujours inacceptables et devront toujours être punis.  Un individu qui a blessé  ou tué un enfant pour le violer ou tout autre motif comme le commerce d’humains doit être incarcéré, car il est un danger public. Dans de tels cas, il ne devrait même pas exister de libération conditionnelle, car la victime potentielle ne peut pas se défendre. Il en va tout autrement dans une expérience de séduction. Les cadeaux font partie de toutes les relations humaines affectives et n’engagent pas nécessairement la personne qui les reçoit. C’est un facteur d’éducation. Avoir des policiers sur internet, c’est mal dépenser les subventions pour combattre le crime, car on ne le fait pas aux bons endroits, là, où il y a violence. On a plus besoin d’une escouade contre les crimes économiques et retrouver les personnes disparues qu’une police qui se livre à la chasse aux pédophiles en se faisait passer pour un jeune. Le leurre devrait être interdit.

Les crimes non violents tels les attouchements, les incitations doivent disparaître du code criminel, car ils prêtent à l’arbitraire. Qui peut objectivement juger de l’intention d’un autre ? Est-ce que dire que j’ai un beau pénis met une autre personne en danger, est-ce vraiment du harcèlement, de la pruderie ou de l’hypocrisie                                                                                                             ?

Toutes ces situations doivent être remplacées par le consentement ou le refus clairs de la personne. Le seul crime est d’insister, de récidiver, si l’autre a très clairement manifesté sa désapprobation. Et là, c’est un viol. Pas besoin de règle spéciale. Il faut faire mentir les paroles de Léo Ferré : le problème avec la morale, c’est que c’est toujours la morale des autres. La morale doit être une série de règles intérieures, personnalisées, visant le respect de soi et des autres. La base doit être la non-violence et le consentement. Les véritables vicieux sont les puritains qui voient du mal partout. Incapables d’aimer et être heureux, ils condamnent tout sans discernement.

Ce choix du «oui» ou du «non» de l’individu doit être absolu. Il respecte en tout toutes les notions de la Charte des droits de la personne : vie privée, intégrité physique, morale et psychologique, orientation sexuelle, etc.

Par ailleurs, il peut exister des zones grises quand il s’agit « d’agace-pissettes», ceux qui disent oui en voulant dire non ou vice-versa. Pour qu’il y ait crime, il faut qu’un geste soit posé contre la volonté clairement exprimée par l’autre et ce refus doit pouvoir être perçu tout aussi clairement par l’autre. En éliminant la notion d’incitation, les individus auront intérêt à clarifier leur position dès le début et voir à la faire respecter. Il y a une différence entre consentir lors

de la liaison et refuser par la suite parce qu’on s’en culpabilise. Il faut savoir nettement dire non quand c’est le temps.

L’importance d’une éducation précoce à ce droit du «oui» ou du «non» est manifeste.

C’est l’individu qui décide lui-même ce qui acceptable ou non pour lui, et, le plus vite est le mieux.

Au Manitoba, on parlait de la théorie du «j’aime» ou «j’aime pas». Si l’individu connaît la loi et ses droits, il saura très jeune qu’il faut être clair dans l’expression d’une acceptation ou d’un refus ; car il est le maître absolu de son corps et de son esprit. Il doit nécessairement donner une réponse ou un message très clair d’acceptation ou de refus, car qui dit rien consent. Il doit connaître tous les mécanismes mis à sa disposition pour le protéger, mais il doit savoir que ses droits ne sont pas des armes pour lui permettre de faire chanter quelqu’un d’autre ou de le manipuler. Si tu n’es pas d’accord avec le comportement sexuel d’une personne, tu ne retournes pas la voir … y retourner c’est consentir.

Il faut aussi cesser de voir la sexualité comme un tabou ou un sujet honteux. Moins, il en sera ainsi, plus les individus pourront en parler normalement, ouvertement. À ce chapitre, il faudra peut-être éduquer bien des parents. Tous les jeunes devraient avoir cette sensation que de parler de sexe, ce n’est pas plus grave, plus honteux que de parler de température. Rien n’est plus naturel que la sexualité. Cela est essentiel pour éliminer les possibilités qu’un jeune vive une expérience négative ou non souhaitée, imposée, et soit traumatisé pour le reste de sa vie parce qu’il ne peut pas se vider le coeur. C’est une approche préférable et moins pernicieuse que d’inciter à la délation dans ta majorité, plus de dix ans plus tard. D’ailleurs, il devrait y avoir prescription avec l’âge de 18 ans. Si la personne n’en parle pas à cet âge, rien ne justifie qu’elle décide 20 ans plus tard du besoin de le dire.

Parler d’une expérience douloureuse à ses parents, ce n’est pas une délation, c’est une libération. Malheureusement, aujourd’hui, on confond les deux. On veut entendre parler de sexe comme au confessionnal, en visant à dénicher un coupable. La chasse aux sorcières, c’est de l’obscurantisme. On parle de ces problèmes pour se déculpabiliser, pour éliminer ses blessures intérieures, non pas pour se venger ou faire chanter l’autre. Les psychologues devraient savoir qu’il y aura une période d’adaptation à cette libéralisation, mais la libéralisation demeure ce qu’il y a de mieux pour l’ensemble de la population.

Ainsi, une fois établie la liberté sexuelle, il faudrait pour un certain temps (le temps de pouvoir appliquer concrètement cette réforme, trois ou cinq ans tout au plus), pour établir une prescription quant à l’âge et à la catégorie de la délation. Pour cette période, que tu puisses te plaindre jusqu’à 18 ans est raisonnable.

Si tu dois attendre 15 ans et te faire révéler par un psychologue qu’une aventure sexuelle fut un problème, cela ne t’a certainement pas tellement traumatisé. Par ailleurs, il est aussi évident qu’il ne doit jamais y avoir de prescription pour les crimes impliquant de la violence. La violence doit être bannie de nos moeurs, c’est ça devenir civilisé.

Cependant, il faut absolument offrir une éducation sexuelle dans toutes les écoles ainsi que la propagation maximale d’informations sur les moyens qu’a un enfant pour se protéger (en parler à ses parents, à une personne en confiance). Puisque le jeune est libre de dire oui ou non, un oui imposé devient une forme de violence, car il n’y a pas de consentement. C’est donc contre la volonté exprimée.

Si les parents ont une approche calme et censée face à la sexualité, ils éviteront de devenir hystériques dès que les enfants parlent de sexualité et ceux-ci seront capables d’en parler, car ils seront en confiance et sauront que ça ne virera pas au drame s’ils osent parler.

Il serait aussi préférable que la personne puisse parler ouvertement de sa pédérastie, car ça permet à l’entourage d’être plus attentif. Ça devient même une protection supplémentaire pour le jeune.

La liberté sexuelle 4 (pp.32à 43)

août 5, 2020

La liberté sexuelle  4  (pp. 32 à 43)

En décrétant les délits sexuels non-violents et sans contrainte comme un crime contre l’humanité, on évacue complètement une réalité : les gestes posés ainsi le sont souvent dans un contexte où la personne qui les pose est en amour avec celle avec qui elle agit ainsi. «Aimez-vous les uns et les autres, mais ne vous touchez pas » comme si l’amour en dehors des normes usuelles est un crime contre l’humanité et qu’il ne faudrait pas être profondément malades (ou attaché aux intérêts économiques que l’on défend) pour décréter une telle aberration… Par contre, il est vrai de dire que tous les réseaux de proxénètes sont un crime contre l’humanité, car des humains en sont des esclaves.

On oublie les grandes leçons tirées des ateliers tenus à Montréal, dans les années 1980 sur les homosexualités et dans lesquels il y avait été établi :

  1. Il y a tout un monde de différence entre la pédophilie (relations sexuelles entre des jeunes de moins de 10 ans et des adultes), la pédérastie (relations sexuelles entre des garçons de 10 et plus et des adultes) et l’homosexualité (entre deux adultes de même sexe).
  • Que le pédéraste n’est pas violent et qu’il est follement amoureux de la beauté et de la jeunesse. Il lie une relation amoureuse avec le jeune, relation marquée par le respect mutuel, parce que le jeune y découvre un partenaire égal à lui, qui sait l’apprécier à sa juste valeur, qui veut que cela dure dans le temps ; ce qui très souvent n’est pas négatif pour le jeune, bien au contraire, il y trouve l’amour et l’admiration, l’estime de soi dont il a besoin pour faire face à la vie … Enfin, il est quelqu’un pour quelqu’un …
  • Qu’à cet âge (10 ans et plus), les jeunes peuvent éprouver une curiosité ou une attirance sexuelle et qu’ils ont déjà tous les moyens pour accepter ou refuser.
  • Que le psycho- drame qui entoure la découverte de cet amour encore
  • «inusité» engendre une répression qui est la première et la plus importante cause des séquelles que subira le jeune : on le force à porter plainte contre la personne qu’elle aime, on lui démontre qu’en y ayant participé c’est en soi un crime terrible, un geste honteux : l’appel de la police, l’intervention de la DPEJ le confirme bien.

La répression qui entoure ces révélations tient du besoin fondamental de s’assurer que la victime ne deviendra pas une personne qui percevra la sexualité, particulièrement l’expérience homosexuelle, comme quelque chose d’agréable, car le sexe ne doit être bon que pour les adultes. Les travailleurs (euses) social (es) n’insistent-ils pas sur le « je sais que c’est difficile d’en parler, mais il le faut », créant automatiquement une atmosphère de honte, de scandale et de « victime ». Devant une telle attitude, les jeunes n’ont que la possibilité d’affirmer qu’ils ont été forcés, pour ne pas passer pour des pareils, même s’ils retournent voir leur présumé agresseur (si on n’aime pas ça, on ne retourne pas voir notre prétendu agresseur)

Toute l’éducation reçut à l’école et à la maison porte également sur l’aspect négatif de la sexualité. C’est un sujet dont il faut avoir honte, même d’en parler. Il est rare que la sexualité soit présentée comme une énergie positive … Qu’est-ce qui est plus grand que l’amour et l’amitié ? Les Évangiles, à ce titre, sont un livre extrêmement subversif … Jésus ne parle-t-il pas lui-même de son disciple bien- aimé ?

  • Chez les jeunes prostitués, on découvrait leur souffrance de ne pas être aimé, de ne pas avoir une relation suivie.
  • On a découvert à travers la répression toute la négation d’une réalité à savoir que les jeunes ont aussi une sexualité et qu’ils ont droit de la vivre comme ils l’entendent. La libido est la force la plus importante, la plus créatrice, la plus positive chez tous les êtres humains. Le développement de la sexualité passe par différentes phases.

Les parents quant à eux croient avoir le droit et le devoir de choisir à la place des jeunes. Ils doivent transmettre la répression pour faire face à l’opinion des autres au lieu d’accompagner leurs enfants dans leur découverte d’eux-mêmes. Il est plus sécurisant d’embrasser la philosophie de la majorité, soit celle de la répression sexuelle, que d’apprendre à bien éduquer les jeunes sur le sujet, leur apprendre le droit de dire oui ou non et leur faire confiance. Les jeunes sont moins idiots qu’on le pense.

Depuis la révolution sexuelle des années 1970, puisque l’Église a perdu des plumes, l’état s’est arrogé la mission de prendre sa place. L’état, en s’appuyant sur les policiers et les mouvements en croisade contre les abus sexuels, devient dans cette optique celui qui remplace les curés en matière de morale répressive sexuelle alors que la sexualité n’est pas sale, vicieuse, dommageable, mais une force créatrice ; Ceux qui préconisent la liberté sexuelle devraient avoir le même droit d’exister et de parole que ceux qui endossent aveuglément la répression

La répression sexuelle.

L’histoire de la répression sexuelle (L’histoire de la répression sexuelle, Jos Van Hussel, éditions du Jour, Robert Laffont) nous apprend que celle-ci porte sur deux plans : a) la déification de la sexualité (la fertilité) b) sa négation à travers les religions (tout ce qui n’aboutit pas à une naissance est une déviation du but exclusif de la sexualité. et par conséquent, devient tentation, péché, enfer. Le plaisir étant le mal, il faut souffrir pour aller au ciel et faire plaisir à Dieu, un être pourtant strictement spirituel … La répression sexuelle nous vient des religions  et de la bourgeoisie : le peuple est sale et ignorant, d’où faut-il s’en séparer. Le lit a été créé à cette fin, pour combattre la promiscuité, etc.

Le meilleur moyen de contrôler le peuple, d’éviter les contacts entre les différentes couches sociales, est de détenir le pouvoir sur sa vie affective, de la réprimer. Si quelqu’un, à cause de sa nature, désobéit, il faut le rendre conscient de son état de pécheur, de sa honte. N’est-ce pas le rôle que l’Église a facilement accepté de jouer après la défaite des Patriotes, instituant un «colonialisme psychologique et affectif » qui marquera notre histoire pendant deux siècles (la philosophie de la conservation), soit jusqu’à la révolution tranquille ? Tout comme la religion, les classes sociales (le rang) servent à dominer le peuple : il ne faut pas fréquenter ceux d’un autre rang, d’une autre religion, l’étranger, c’est le mal … Montréal, c’est la ville du vice !

Auparavant, les religions servaient de police et de médecin. Les codes moraux n’existaient pas pour condamner, mais expliquaient comment agir pour assagir l’homme qui est plus facilement semblable à la bête qu’à son dieu. Il a fallu faire peur pour exercer le pouvoir.

En créant la répression sexuelle, il est facile de contrôler les gens en les culpabilisant. Qui n’a pas commis ce péché de la chair qui s’étend jusqu’aux mauvais désirs ? La répression sexuelle n’a pas toujours été sage. On pourrait même dire qu’elle est devenue dans bien des cas une forme d’exagération qui tenait plus de la folie que de l’intelligence. Par exemple, en Angleterre, sous le règne de la reine Victoria , la pudeur avait atteint un tel degré de folie que l’on pratiquait des petits trous dans le prépuce des garçonnets afin de les attacher durant la nuit, les empêchant ainsi d’avoir des érections au réveil… c’était trop douloureux. Tous les gars connaissent les fameux  » bandages de pisse » du matin, un phénomène plus que naturel. Une torture pour sauver une morale débile.

À cette même époque, on avait créé une véritable industrie pharmaceutique  dans le but d’éliminer ce geste sale que constituait une érection. On «potelait» les dames, selon les caprices des messieurs, créant ainsi les modes. Et que dire de la honte des menstruations : une maladie de femmes ? Qui sont les plus déviants : ces obsédés du scrupule ou ceux qui y échappaient ?

La pudeur vestimentaire quant à elle rappelle qu’elle ne fut pas de tous les temps homogène. Ce n’est que sur Victoria qu’il fallut se cacher des chevilles jusqu’au cou (parfois même inclusivement), la vision de la chair étant devenue une tentation, un appel du diable .

Qui décréta que de toucher au sein ou à un pénis est un péché ? C’était habituellement ceux qui en étaient le plus obsédés, ceux qui en étaient privés et qui décidèrent qu’il fallait en priver les autres pour ne pas être tentés. Chose certaine, la tradition crée le mal : les femmes musulmanes doivent se voiler. Si on avait décrété qu’il est mal de passer la main dans les cheveux ou de se toucher le nez, à cause de la morve, après des siècles de cette croyance stupide, inculquée dès la prime enfance (avant de pouvoir réfléchir), il serait  dans l’ordre des choses que l’on respecte cette règle , que l’on ne la questionne pas puisqu’elle est centenaire et encore plus parce qu’en le faisant tu risques d’y «goûter», d’être la bête à abattre. Le temps où on brûlait les homosexuels n’est pas si loin.

La répression sexuelle ne tient pas compte de la différence de perception de la sexualité qui existe non seulement entre les hommes et les femmes, mais qui diffère aussi selon le sexe et les âges de l’individu.

Les femmes ont une vision plus négative de la sexualité. Cela s’explique par plusieurs raisons, mais surtout à cause de l’ignorance entretenue à travers les siècles par les religions. Les menstruations apparaissent comme une malédiction et non comme un cycle vital. Chez le garçon, la sexualité n’a pas cette place, avant la pré puberté. Elle est quasi inexistante. On croyait même que la semence ne pouvait pas exister par elle-même et surtout qu’elle était en quantité limitée d’où combattait-on, entre autre, la masturbation. Le garçon devait assurer la survivance de la race. Mais, puisqu’il ne peut pas porter l’enfant, il est donc moins endoctriné par des conseils répressifs. Il est donc plus libre, plus fier de lui.

Pire, dans toutes les religions, la femme est un objet de luxure, une tentation, un appel au mal. On a confiné la femme dans son rôle de «porteuse», d’éducatrice des enfants et on a nié, l’homme macho en tête, son droit à son intégrité physique, à la carrière, à la différence. L’égalité des femmes, la remise en question de leur rôle est sûrement le joyau des luttes d’émancipation des mouvements féministes … les luttes pour l’égalité sont encore loin d’être terminées. On oublie souvent que le rôle donné aux femmes et aux hommes par les sociétés sont des conventions sociales qui reposent sur des impératifs économiques … l’histoire de la monogamie, de la polygamie et de la polyandrie en témoigne. La sexualité n’a pas la même implication pour la femme, car c’est elle qui donne naissance … la place des filles mères dans nos sociétés ont donné plus souvent lieu à la honte qu’au support qu’elles étaient en droit d’exiger. La raison était toute économique. Cela a-t-il vraiment changé ?

On nie également la différence dans la formation physique et psychologique entre garçons et filles. Alors que la jeune fille prendra conscience de son orientation sexuelle vers 16 ans, le garçon, lui, l’a déjà fait depuis ses 10 ans ou plus, soit depuis ses premières éjaculations. Cependant, même cela change rapidement. Les lois actuelles ne tiennent absolument pas compte de cette réalité. On préfère parler des limites d’âge (qui changent) alors que dans la vraie vie, on devrait plutôt parler de « phases de développement», lesquelles sont individuelles. Comment peut-on assurer le droit à l’orientation sexuelle si certaines expériences sexuelles mêmes non-violentes sont un crime, qu’il n’y a qu’une seule voie qui soit la bonne : répressive et hétérosexuelle pour ne pas dire monogame ?

L’approche que j’ai connue au Manitoba me paraît une des solutions. Le «oui»  ou le «non» ; le «j’aime» ou «j’aime pas». Les jeunes doivent apprendre qu’ils ont le droit absolu de dire oui ou non et que personne ne peut les forcer à une relation sexuelle qu’ils ne désirent pas. La décision leur appartient dans l’absolu. Ils doivent savoir qu’elle est l’implication et les responsabilités. Et, dans ce cas, l’éducation joue un rôle primordial. Il appartient au jeune de décider s’il est bien dans la relation qu’il vit avec l’autre. Sa décision n’est pas celle d’intervenants qui décident pour lui de la morale à suivre. Il n’y a pas qu’un rapport physique, la relation affective est parfois plus importante. Même jeune, dès que tu peux faire le choix, tu dois être libre. Prendre la décision pour eux, c’est les infantiliser et brimer leur choix ainsi que leur estime de soi. L’Église disait qu’à sept ans, on a l’âge de la raison, c’est-à-dire la capacité de savoir ce qui est bien ou mal. Par contre, la phase d’indifférence sexuelle, du moins chez le garçon, s’étend jusqu’à ce que son corps modifie la sécrétion des hormones qui marqueront sa puberté. C’est un phénomène universel, même s’il n’est pas vécu de la même façon, au même âge par tous les individus. Qui peut se dire responsable des intérêts créés par cette transformation physique ? Qui peut savoir si ces attractions seront dirigées vers le sexe opposé ? Il est évident que cette notion exclut la pédophilie (rapport sexuel avant 10 ans), car un rapport de domination inconscient peut effectivement exister dans ce type de relation : l’enfant est encore trop jeune pour décider de ses besoins et de ses désirs.

Le jeune doit être bien informé le plus vite possible par ses parents d’abord. Il doit savoir et comprendre qu’il peut mettre fin à toute relation qui lui semble préjudiciable et comment y mettre fin, s’il le désire. C’est à lui de choisir. S’il veut mettre fin à une relation qu’on lui impose, et que l’on s’y oppose, il y a une foule de gens qui doivent être prêts à entendre la dénoncer ; mais s’il y est bien, il lui appartient de décider de la poursuivre, sans avoir à subir le jugement moral des autres. C’est ce que l’on appelle respecter l’autre. Respecter son intelligence. Respecter sa capacité de vivre libre, c’est-à-dire capable de faire des choix entre le bien et le mal, selon ses propres intérêts. Le jeune est capable de discerner une relation où l’on profite de lui et une autre dans laquelle il retrouve de l’amour, qui lui permet de grandir. Chaque cas est particulier.

Cette approche permet de dédramatiser les situations et respecte davantage l’intégrité des jeunes, tout en protégeant les autres des abus de la manipulation et du chantage dont ces mêmes jeunes sont bien capables … les cas de fausses dénonciations sont moins rares qu’on le prétend à cause même de la façon dont sont opérées les enquêtes. On a clairement établi qu’un jeune peut très bien finir par croire ses mensonges d’où est-il important de créer un environnement sain.

Si les pédophiles sont malades, il est anormal que ces phénomènes soient judiciarisés, s’il n’y a pas de violence. On ne soigne pas un alcoolique strictement en le jetant en prison ; mais le système doit créer des solutions qui protègent les enfants. Aucune tolérance pour les situations de violence ou de domination psychologique réelle ou potentielle. Un enfant qui ne peut pas se défendre n’est pas libre d’où l’importance que l’on cesse de présenter la sexualité comme quelque chose de honteux, quelque chose dont on ne veut pas parler. Il est évident que la liberté sexuelle ne peut exister que dans une relation sans violence, sans domination psychologique, sans chantage. Cette égalité est rendue possible par le rapport de force entre les individus, donc, consentie mutuellement.

La remise en question de la sexualité exige un courage sans borne, car elle doit faire face à tous les préjugés, à toutes nos croyances religieuses et bourgeoises. Elle insécurise presque tout le monde en questionnant sans hypocrisie l’irrationnel, le bien-fondé de nos choix et de ceux qui nous précèdent. Si l’on veut créer une société démocratique, il faudra faire l’exercice. On doit savoir qu’elles étaient les motifs pour interdire ou privilégier certains aspects de la sexualité, principalement comment la vivre.

On doit décider si le Québec souverain sera une société répressive ou une société démocratique, libre et humaine. Si on en fait une société de droit, on doit s’assurer que ce droit respecte tous les droits, mais aussi toutes les responsabilités. On n’accorde pas des droits, en les retirant à une certaine catégorie de personnes, les jeunes compris. Il faudra avoir le courage d’affirmer que la religion est un droit individuel et non collectif. Que les pratiques religieuses doivent être conformes au taux de tolérance acceptée d’où l’interdiction sur notre territoire de pratiques qui contreviennent au droit fondamental de l’intégrité psychologique et physique, telle l’excision. On ne peut pas la pratiquer ici ou envoyer un enfant la subir en dehors. L’excision est encore pire que le tourisme sexuel. Il faut créer une société basée sur la liberté, le respect des autres et la responsabilité.

La répression sexuelle pour des crimes non violents présente un coût très élevé alors qu’on coupe dans l’éducation sexuelle dans les écoles. N’existe-t-il pas d’autres moyens pour en arriver au respect de tous les individus ? C’est une amorce de réflexion que j’ai poursuivi dans mon livre La pédérastie mise à nu. Ouvrir le débat me vaut d’être rejeté de toutes les institutions qui se prétendent démocratiques … mais c’est la vie. Rien ne changera la nature des choses, mais on peut modifier notre approche et notre compréhension.

Pour une politique de liberté sexuelle, non violente, consentie, responsable et agréable.

La constitution d’un Québec indépendant doit non seulement garantir le droit à la vie privée, l’orientation sexuelle, sans discrimination d’âge; mais définir ce droit à la liberté sexuelle.

L’application d’une politique de liberté sexuelle est fondée sur trois principes fondamentaux        :

  1. Tout individu a le droit absolu, dès qu’il a l’âge de raison, à son intégrité physique, psychologique et morale. Chaque individu est le maître absolu de son corps et de son esprit.
  • Les lois sur la sexualité doivent assurer la sécurité des enfants (10 ans et moins), tout en respectant leur droit à la connaissance.
  • Il est impossible de vivre une sexualité libre et responsable sans une éducation neutre, scientifique, sans hypocrisie ou sans morale bourgeoise, échappant ainsi au lavage de cerveaux des religions. Tout être humain naît dans l’égalité. Il n’y a pas d’hommes, pas de femmes, il n’y a que des HUMAINS.

L’intégrité de l’individu.

Tous les individus doivent être responsables de leur corps et de leur âme. Le bien le plus fondamental pour l’homme (en plus de l’amour, un besoin essentiel) est sans aucun doute la liberté. Tout individu a le droit de choisir entre ce qu’il considère comme le bien et le mal. La société doit tendre à créer un système démocratique le plus efficient et le plus raffiné possible ; c’est-à-dire avec le maximum de possibilités à l’égalité pour chacun de ses membres et le droit de se réaliser pleinement. Une société démocratique refuse d’exploiter ses citoyens et recherche, au contraire, le développement maximum de chacun de ceux-ci, sans discrimination. Le gouvernement est une équipe qui administre les biens de la collectivité et en assure un partage juste et équitable entre chacune de ses parties.

Sur le plan sexuel, à cause des religions et des caprices de la bourgeoisie hypocrite, la répression a toujours été la façon de régler le problème. Des siècles de grande noirceur se sont succédés, surtout quand il s’agit de la sexualité des enfants … sexualité que les adultes ont toujours niée jusqu’à Freud, car la reconnaître exige de la respecter et gruge dans le pouvoir d’absolu de «propriété» que se sont donnés les adultes ou les parents sur les enfants.

Pire, aujourd’hui, au nom de la morale judéo-chrétienne, la Direction de la protection de l’Enfance et de la Jeunesse s’arroge au nom de l’État le pouvoir absolu de décider, selon leur conception, ce qui est bien ou mal pour l’enfant-roi, version Jean-Jacques Rousseau. Un tel absolutisme ne ressemble-t-il pas étrangement au pouvoir de la Gestapo ? Comment peut-on justifier un tel  pouvoir des fonctionnaires en dehors d’une situation de violence. ? Qui peut prétendre qu’une caresse, même génitale, meurtrit l’individu ? On invente des histoires qui n’ont même plus de sens pour entretenir la peur, la paranoïa par rapport à la sexualité. Les règles qui nous dominent actuellement sont basées sur une ignorance crasse de la réalité humaine.

L’interdit sexuel est né de tabous et de véritables folies dues à l’ignorance des hommes quant au fonctionnement de leur propre corps. Par exemple, la masturbation a longtemps été perçue comme dangereuse, même pour le cerveau. À la même époque, saint Albert le grand  proclamait  que le sperme était en fait la matière grise de l’homme et qu’en se masturbant, il la perdait, ce qui le rendait sourd, idiot et stérile». (Masturbation et culpabilité, Claire Bouchard, Journal de Montréal, 20 juillet 1997 ainsi que L’histoire de la répression sexuelle, Jos Van Hussel, éditions du Jour, /Laffont). En Angleterre, pendant la période victorienne, on attachait, le soir, le prépuce des garçons pour les empêcher d’avoir une érection pendant leur sommeil ou à leur réveil. Comment peut-on, dans ce cas, maintenir des règles et des lois émanant de cet esprit fasciste ? Comment pourrait-on affirmer aujourd’hui que l’Inquisition qui avait pour rôle de maintenir le dogme religieux était autre chose qu’une infamie ? D’où proviennent les règles actuelles qui régissent la sexualité sinon des royautés et des papautés (de l’Inquisition) afin de maintenir le pouvoir de ceux-ci sur le peuple «ignorant» ?

La répression a servi à créer la discipline de la peur », comme s’il n’y existait pas des moyens plus efficaces, moins traumatisants pour obtenir le contrôle de soi afin de bien vivre en société. On semble ignorer que la répression engendre toujours une bombe à retardement contre nature sans cesse prête à nous sauter dans la face puisque la culpabilisation est un élément prépondérant dans l’instinct de mort. Toutes les personnes qui se sentent coupables se détestent. Comment peuvent-elles aimer les autres ? Pourquoi dictent-elles aux autres leur morale ?

Les règles de la sexualité, tout comme celles du mariage ont été établies pour gérer le comportement humain d’une façon raisonnable pour le plus grand nombre d’individus possibles. Même à travers les religions, c’est un véritable négoce axé sur le partage entre l’homme et la femme des responsabilités et des tâches dont, entre autres, la satisfaction sexuelle. Dans un couple où il n’y a plus d’amour, c’est une forme de prostitution légalisée, sacralisée. Le mariage a un caractère commercial évident quand on examine le phénomène de la dote ou encore les raisons d’exister de la polygamie ou de la polyandrie.

En réalité, sans le caractère religieux qu’on confère au mariage « personne ne peut séparer ce que Dieu a uni », rien n’est sacré dans le mariage. Cette sacralisation tend à légitimer le caractère inviolable, éternel de l’union, principalement en vue de procréer et de fournir aux rejetons la sécurité dont ils ont besoin pour devenir adultes. Il faut savoir qu’auparavant, les religions tenaient lieu de médecins, de policiers, ignorant souvent les vérités les plus élémentaires de la psychologie, d’où ils tenaient tant de pouvoirs dont ils abusaient volontiers. Il n’est donc pas étonnant que Dieu se mêle de gérer l’usage d’un corps qu’il n’aura jamais, à travers des prêtres qui inventent des histoires de façon à maintenir leur pouvoir, ce qui ne remet même pas l’existence de Dieu en cause. La femme étant objet de tentation qui assombrit la présence de Dieu dans leur esprit, les prêtres l’ont identifiée comme le mal et le danger le plus absolu.

La personnalité, l’individu n’avait aucune existence. Tout était la famille et plus particulièrement la communauté, car c’était la main-d’œuvre à bon marché, la chair à canon pour les rois et les papes. Il fallait tout leur sacrifier et les femmes se devaient d’être soumises à leur mari, même et surtout, dans le lit. Elles devaient être disponibles à leurs maris. Heureusement, les mouvements féministes authentiques ont mis fin à cet esclavage de la femme et leur a remis le droit à leur dignité. à leur intégrité et à leur destin. Les religions demeurent pourtant toutes très misogynes. Ce qui prouve que nos règles sont encore d’un autre âge. L’âge de la soumission et de l’ignorance.

Malheureusement, on a pas encore tout à fait reconnu que dans le mariage, ce n’est pas la licence (le sacrement du mariage) qui est importante, mais l’amour. Les règles de la sexualité ont été créées en fonction de l’esclavage féminin et non en fonction de l’amour entre deux êtres. Tout plaisir devait être banni. Pour la femme, faire l’amour c’était une obligation.  Il est temps qu’on s’en aperçoive  et qu’on cesse d’agir ainsi. Par contre, si la sexualité est propriété de chaque femme, elle l’est aussi de chaque individu. C’est invraisemblable que la majorité des mouvements de répression sexuelle qui s’affiche contre la pornographie (nudité) soit l’invention de femmes frustrées qui prétendent au bien de la société en interdisant aux jeunes de vivre leur sexualité comme ils l’entendent. Les règles du mariage avaient aussi pour but d’assurer la protection des êtres les plus fragiles dans la société en les éduquant.

Toutes nos lois sur la sexualité sont centenaires, sinon millénaires, plus souvent qu’autrement très «macho» d’où est-il important de les réviser puisque la vie, le système a changé. L’ignorance crasse n’a plus sa place. Aucune personne intelligente n’osera remettre en question le droit des gais à leur orientation sexuelle.

Tous les états modernes ou presque ont compris la nécessité de se laïciser et de se démocratiser. Ce n’est plus la dictature d’un dieu. Le peuple qui est  souverain, laissant ainsi toute la place possible à la liberté individuelle.

Il est important dans une constitution de définir avec précision l’équilibre entre le bien collectif et le bien individuel. Il en est de même pour les droits et les responsabilités.

Auparavant, l’ignorance et la répression sexuelle permettaient au souverain et à la bourgeoisie d’établir les règles de civilité du peuple qui en avait probablement besoin. Ce système servait deux fins particulières : 1- obtenir une force militaire (plus il y a d’hommes, plus l’armée est efficace) 2- obtenir une plus grande force de travail, grâce à la sublimation sexuelle, surtout chez les jeunes (La révolution sexuelle, W. Reich, collection 10-18 et La lutte sexuelle des jeunes, W. Reich, FM petite collection, Maspero, no 100).

Aujourd’hui, ces deux éléments sont dépassés, sinon inexistants. Il faut donc établir de nouvelles règles qui engendrent davantage l’autonomie de l’individu ainsi qu’une plus grande responsabilisation. Demain, la créativité sera la plus grande des richesses, non plus la force des bras. Il ne suffit plus d’obéir aveuglément ; mais savoir et comprendre pourquoi on obéit. La société démocratique idéale sera basée sur la réalisation de l’individu et le respect des autres, d’où l’importance de l’éducation.

La famille : base de notre société.

La famille était, est, et sera toujours, la cellule de base de notre société. C’est l’endroit où l’individu reçoit la sécurité matérielle et psychologique (l’amour inconditionnel) nécessaire à son développement, c’est-à-dire à la recherche de l’autonomie.

Quoiqu’on en pense, les enfants ne sont pas la propriété des parents, mais leur responsabilité, leur but, leur réalisation. Un couple qui décide d’avoir un enfant (même adopté) sacrifie souvent une partie de son propre bien-être pour assurer celui de l’enfant. C’est la «game», le fruit d’un choix quasi-irrévocable. La vocation, comme on disait autrefois. Mais, le but principal des parents est de conduire leurs enfants vers leur autonomie, vers la responsabilité sociale.

Rien n’a plus de prix qu’une famille parce qu’elle crée l’atmosphère affective, l’atmosphère du développement. C’est ce qu’oublient trop facilement nos gestapos « de fonctionnaires» qui s’imaginent juger des situations mieux que les parents ou les individus impliqués eux-mêmes. Au nom de leur code moral sexuel, sans tenir compte des liens affectifs, ils jugent immoraux les gestes à caractère génital entre deux individus qui n’ont pas atteint l’âge prescrit.

Pourtant, cette première rencontre entre l’individu et la société est fondamentale pour sa perception du monde à venir. La famille te montre tout quant à ton comportement avec les autres, y compris la sexualité.

Une éducation véridique est essentielle à un enfant, d’où bonne éducation ne veut pas dire répression sexuelle. C’est plutôt savoir se comprendre, se connaître, se contrôler et respecter les autres. La violence, souvent due à la boisson, est drôlement plus nocive dans le développement d’un enfant que la liberté sexuelle, mais on fait comme si on l’ignorait. On reste accroché à ce que l’on a appris. Le Québec se comporte comme s’il n’a jamais pu échapper aux enseignements religieux qui sont très largement remis en question par la science.

Par ailleurs, la famille d’aujourd’hui n’est pas toujours comme celle d’hier et c’est probablement mieux ainsi puisque les drames peuvent être évités avec la disparition des contraintes abusives de l’insolvabilité du mariage. Malgré ce progrès, dans une perspective d’avenir, il faut s’assurer que l’enfant cesse d’être un objet de marchandage et de chantage économique ou affectif, surtout dans les cas de divorce.

Chaque être sur terre est unique et important. Rien n’est plus important que la vie d’un être humain, rien ne peut justifier son élimination. Chacun ne vise qu’un but : être heureux durant le bref séjour de la vie.

La société doit fournir à travers la famille, le milieu, l’environnement qui permet d’atteindre cette atmosphère propice à la réalisation individuelle. Dans un monde idéal, chacun devrait pouvoir choisir sa famille, si sa famille ne convient pas à son développement personnel.

Plus une société est évoluée, moderne ; plus elle est capable de vivre la vraie démocratie, plus elle est capable d’offrir un niveau de vie acceptable pour tous, sans exception … Un niveau de vie décent veut dire là où le minimum vital est assuré pour chacun : un bon logement, la nourriture, le chauffage, l’instruction, la santé, les outils essentiels permettant de se créer un avenir acceptable, grâce à son travail.

Tout le monde devrait un jour avoir le droit de choisir sa famille et le pays dans lequel il désire vivre … une terre sans frontière, mais ça, c’est pour dans un siècle ou plus …

Pour y arriver, il faut revoir notre notion de la famille. La famille doit être définie comme un milieu apte à fournir l’amour et la sécurité nécessaire au développement de tous ses membres. Il n’y a pas qu’une structure acceptable. Le couple hétérosexuel n’est pas seul capable de remplir cette mission, bien au contraire. Un couple gai peut y arriver tout aussi bien.

Dans une société évoluée, on doit accepter le mode de vie de chacun, à moins que celui-ci mette l’autre en danger ou ne respecte pas les autres.

Il peut y avoir la commune, les familles monoparentales, gaies, polygames, polyandres ou nucléaires. L’important n’est pas qui les compose, mais si elles sont aptes à assurer le développement de chacune de ses composantes. Il appartient à chaque individu de décider dans quelle structure il sera le plus heureux.

S’il est vrai que dans la famille l’enfant est le centre, la raison d’être, il ne faut pas oublier que le bien-être des ou du parent est aussi un élément essentiel. L’enfant n’est pas un dieu, pur, innocent et sans reproche. Il peut être autant une «petite vermine» que n’importe quel adulte. Pour qu’une famille soit une réussite, elle doit être un lieu, une atmosphère où chacun puise la vitalité de son propre développement.

Pour qu’une famille remplisse sa vocation, il est essentiel que chaque membre ait sa part de responsabilités. La bonne entente est un élément indispensable au développement harmonieux et équilibré des enfants. En ce sens, il faut s’assurer que la vie de ceux qui tiennent lieu de parents le permet.

Notre société légale est à ce point viciée dans son souci d’exploitation économique que le travail des deux parents ne suffit plus souvent à offrir un régime de vie supportable à tous ses membres. L’exploitation éhontée de la masse par un régime économique dictatorial qui élimine les nationalités et uniformise les individus, connue sous le nom de «mondialisation des marchés» doit être immédiatement combattue.

La liberté sexuelle 3

août 4, 2020

La liberté sexuelle 3 (pp.21.32)

L’éducation sexuelle avant la fin du primaire doit être donnée par les parents.

De 0 à 11 ans, la sexualité est une pure découverte, un jeu, une curiosité. La sexualité occupe quelques moments disparates dans le cerceau des enfants. Jusqu’à l’adolescence, l’enfant apprend par imitation. La sexualité doit être enseignée de façon positive, car il est important de bien comprendre la beauté et le fonctionnement de son corps. Ce travail est celui des parents parce que ça oblige un lien de confiance.

Il est important que le sexe cesse d’être perçu comme quelque chose de laid, de honteux, de péché, car cette empreinte primaire jouera un rôle définitif dans la définition de sa réalité, de son identité sexuelle. Se percevoir négativement est la pierre angulaire de tous les troubles de la personnalité. Il faut cesser de confondre nudisme et pornographie. Le corps est une machine fabuleuse. Il faut s’aimer si on veut pouvoir aimer les autres. Dès l’enfance, on doit inculquer l’égalité homme femme et le respect des orientations sexuelles.

La sodomie et la pénétration (chez les filles) devraient être interdites avant l’âge de 16 ans.

Des cours sur la sexualité à la fin du primaire.

Par contre, à la fin du primaire, on devrait enseigner aux jeunes tout ce qui concerne les changements qu’ils subiront avec la puberté. On devrait sans gêne répondre à toutes les questions des jeunes. Il faut insister sur le droit de dire oui ou non à toute aventure sexuelle et sur le besoin du consentement mutuel. Les adultes qui sont mal à l’aise de répondre à ces questions devraient s’interroger sur leur équilibre émotif et leur perception d’eux-mêmes, car être gêné de la réalité, c’est un peu déséquilibré aussi…

Il faut aussi faire connaître les implications émotives qui sont rattachées à une première relation amoureuse. Plusieurs jeunes se suicident lors de leur premier amour, incapable de faire face à l’échec. Ce fut le cas d’un de mes garçons et le plus difficile moment que j’ai eu à vivre.

Ces cours doivent exister pour permettre aux jeunes de se situer clairement quant à leur orientation sexuelle. Plusieurs vivront des aventures de manière à mieux se connaître.

L’âge de consentement devrait être aboli et remplacé par l’entrée au secondaire.

La principale raison est que la vitesse de développement est différente pour chacun. Cet élément suffit pour éliminer toute possibilité de généraliser la situation sexuelle des individus. Par contre, l’enseignement sexuel ne doit pas être moralisateur, mais informatif.

Le jeune doit apprendre jusqu’à quel point il est essentiel pour lui de savoir ce qu’il aime ou n’aime pas. Il faut cesser de toujours présenter la sexualité comme un danger. C’est une réalité humaine extraordinaire.

Le consentement doit déterminer le droit.

Si on apporte cette modification, il est d’une extrême importance que le jeune comprenne toute la portée du consentement.

Dorénavant en cour, il ne sera plus question de parler du passé des personnes concernées, mais de prouver son consentement ou son refus. Il faut donc apprendre que la position prise lors d’aventures sexuelles doit être claire et finale. Tout doit reposer sur le consentement.

Il est évident que si tu vies une relation avec un individu et que tu retournes librement le voir, cela veut dire que tu es consentant.

Conclusion :

En maintenant des catégories sexuelles (homme, femme, gai, lesbienne, hétérosexuel, pédéraste, pédophile), la société alimente la haine de la sexualité et des individus dans leurs différences.

Cette situation alimente un esprit de péché, de honte, de sale envers  la sexualité, ce qui déséquilibre les jeunes à l’adolescence, et les amène à se mépriser en se découvrant différent des autres. Un poids que bien des jeunes ne peuvent pas supporter quand les autres s’en servent comme arme contre eux.

Ainsi, tant que la société nourrira ses catégorisations, elle sera responsable des nombreux suicides chez les jeunes,

Mémoire sur la liberté sexuelle

présenté par Jean Simoneau

à la Commission sur la vie privée.

« UN ENFANT SURPROTÉGÉ N’APPREND PAS À SURMONTER LES

INÉVITABLES BLESSURES DE LA VIE. », Boris Cyrulnik, neuropsychiatre, dans « Le bonheur, ça s’apprend ».

La liberté sexuelle est le droit individuel le plus sacré de la vie privée. Cependant, le gouvernement fédéral foule aux pieds la majorité des droits individuels des jeunes consacrés par la Charte des droits de la personne du Québec quand il s’agit de délits sexuels non violents. Pourquoi ? Parce que les jeunes ne peuvent pas s’en plaindre et ne votent pas. Ils n’ont donc aucun droit. La société, à cause de son développement à travers le temps, au lieu de percevoir la sexualité comme un plaisir, la voit comme un tel danger que le plaisir sexuel devient plus dangereux que la violence.

Au Québec comme ailleurs, la religion a conditionné les gens de telle manière à créer une obsession antisexuelle qui s’approche de la paranoïa.

En augmentant l’âge du consentement à 16 ans, les lois criminelles canadiennes ne respectent plus le droit des jeunes à leur intégrité physique. Un attouchement sexuel, même une proposition, est perçue comme un crime pire qu’un meurtre. On ne fait aucune distinction entre un jeu sexuel non violent et un viol.

On nie ainsi le droit aux jeunes à leur sexualité. On ne les protège plus d’un danger, car le sexe à moins d’être sadomasochiste ou de la sodomie, est un plaisir. On refuse de reconnaître que la libido existe dès la naissance et on préfère croire, comme dans le passé, que le sperme est le permis qui conduit à l’obtention d’une place de choix dans la bourgeoisie. On ignore que depuis que les humains existent, la sexualité a toujours été marquée chez les garçons par une initiation qui leur procurait le droit d’agir dorénavant comme des adultes. Du jour au lendemain, on répudie cette tradition. On voudrait que les garçons se comportent comme des filles dans leur peur et leur honte de la sexualité.

On considère l’adolescence comme une partie intégrante de l’enfance. Cela est physiquement inexact, car le jeune de dix ans ou plus commence à réagir à ses hormones lesquelles modifient non seulement son aspect physique, mais permet l’éveil à sa sexualité. Les enfants ont une sexualité, même si la très grande majorité des adultes refusent cette vérité.

Empêcher le jeune de vivre cette liberté peut profondément le traumatiser, même plus que les jeux sexuels en soi.

Sous prétexte de les protéger, le adultes incrustent ainsi dans l’esprit des jeunes que la sexualité est quelque chose de mauvais, de honteux, de laid, de vicieux ou de péché. Une telle attitude consacre dès l’enfance une forme de mésestime de soi, une empreinte primaire qui fera de nous des moutons. L’approche scientifique de la sexualité est en opposition avec celle des religions. La connaissance scientifique s’appuie sur la réalité humaine alors que les religions délirent à partir de l’irrationnel.

Le rejet ou la honte de la sexualité chez les jeunes est la principale cause de suicides chez ces derniers, car ils se sentent diminués, différents et l’omerta sur le sujet ne leur permet pas de pouvoir parler ouvertement de leur problème.

La répression sexuelle est un crime contre la vérité et l’intelligence. Rien ne justifie les scrupules sexuels. Cependant, tout taire permet aux maladies vénériennes de jouir de l’ignorance pour se répandre.

Aucun humain ne peut vivre sans sexualité. C’est la force profonde de la nature, la libido ou l’orgone. D’ailleurs, sans celle-ci nous n’existerions pas. Vu sous l’angle religieux et de la répression bourgeoise, le sexe n’est plus un plaisir, mais un danger. On agit avec les jeunes comme s’ils étaient des imbéciles, incapables de décider par eux-mêmes, s’ils aiment ou non les jeux sexuels avec des partenaires qui peuvent être même plus âgés qu’eux. L’interdit parental est tout simplement une projection de leur propre enfance.

La liberté sexuelle doit nécessairement être non violente, consentante, responsable et, pourquoi pas, le fun !

Cette situation existe parce que l’on considère que les adultes ont un droit de regard sur la vie sexuelle de leur progéniture. Les intervenants ne disent pas que la répression brise la formation de la personnalité parce que c’est payant pour eux. Ça fera éventuellement plus de gens à soigner.

Le système doit maintenir une peur collective de la sexualité pour semer les déséquilibres de la personnalité, grâce à la honte et la culpabilisation. Il faut absolument lire les livres de W. Reich La révolution sexuelle, La vie sexuelle des jeunes ainsi que L’histoire de la sexualité, en trois tomes, écrite par Alain Foucault pour comprendre la malhonnêteté du système en ce qui concerne la vie sexuelle des jeunes.

La répression est une arme de la religion et de la bourgeoisie pour maintenir son pouvoir sur tous.

Devenus une véritable psychose collective, les délits sexuels non-violents, sont aussi judiciarisés que les pires crimes violents, ce qui coûtent une fortune pour les provinces.

Comment peut-on prétendre protéger les jeunes garçons en mettant en prison de vieux prêtres qui ne peuvent même plus bander. Et, s’ils sucent à ce que je sache, ça n’a jamais fait tellement mal. Le scrupule est un état mental développé chez les individus depuis leur tendre enfance.

Dans le cas de la pédophilie, de plus en plus de psychologues parlent plutôt d’une orientation sexuelle que d’une maladie, car ils savent séparer la pédophilie de la pénétration ou de la sodomie. D’ailleurs la pédophilie se retrouve davantage chez les hétérosexuels que chez les gais.

Dans la répression de la liberté sexuelle des jeunes de 10 ans et plus, le droit des jeunes est bafoué pour maintenir une philosophie sexuelle qui a de racine que dans l’irrationnel. Cette répression est l’élément fondamental de l’expression du « colonialisme psychologique et culturel », utilisé par les religions et la bourgeoisie pour dominer les sociétés. Le joyau de l’empire britannique à l’époque victorienne, reposait sur cette idéologie qui décima la majorité des peuples autochtones. Aujourd’hui, on a inventé le sida en laboratoire pour ensuite accuser les gais d’en être les agents initiateurs. La répression sexuelle vise d’abord et avant tout l’homosexualité.

Pour respecter la Charte des droits de la personne qui doit devenir le fondement de la Constitution du Québec et offrir la meilleure protection aux jeunes, les lois fédérastes sur les délits sexuels non violents devraient toutes être abolies.

Par contre, si l’on doit dédramatiser tous ses délits pour le bien de l’enfant, il faut améliorer l’éducation sexuelle pour éliminer la culpabilité et la honte face à la sexualité et apprendre aux jeunes qu’ils ont le droit fondamental de dire oui ou non à toutes les formes de liaison avec les autres.

Il ne faut pas agir en aveugles, car il existe de fait des individus qui sont dangereux. Mais, de là à créer une société de paranoïaques, il y a toute une différence qu’on ne respecte pas.

Mémoire sur la liberté sexuelle

POUR EN FINIR AVEC L’HYPOCRISIE

La sexualité relève de la vie privée.

On reconnaît le sens démocratique d’un pays à la façon qu’il traite ses minorités. La répression sexuelle est un moyen de contrôler psychologiquement le peuple par la culpabilisation et la honte. La culture anglo protestante répressive s’est imposée au Québec, depuis la défaite des Patriotes, à travers deux cents ans de condamnation de la sexualité, en dehors du but de créer des enfants, niant ainsi toute la dimension affective et encore plus celle du plaisir.

La vie privée :

Deux définitions sont apportées par le Larousse grand format de 1995:

  1. Privé (e) :

1 – Qui est strictement personnel, intime. 2- Qui n’est pas ouvert à tout le public.

3- Qui appartient en propre à un ou plusieurs individus 4- Qui ne dépend pas directement de l’État.

  • Privé (e) :

Vie intime, familière, dans l’intimité hors de la présence de témoins inconnus.

La Charte des droits de la personne garantit les droits suivants :

intégrité physique et psychologique

égalité pour tous les individus liberté d’expression

liberté d’orientation sexuelle liberté à la vie privée

le droit à la réhabilitation

aucune ségrégation d’âge.

Pourtant, le gouvernement fédéral, maître du code criminel, viole actuellement (ainsi que les provinces) la loi fondamentale du pays, La Charte des droits de la personne, confond protection des enfants et imposition d’une morale sexuelle sans nuance. Ainsi, les personnes reconnues coupables de délits sexuels sans violence sont à toutes fins pratiques condamnées à mort, sans être exécutées. Non seulement elles perdent leur réputation, mais aussi le droit de vivre normalement pour le reste de leur vie.

Tout en reconnaissant qu’il faut protéger l’intégrité physique et psychologique des jeunes, aucun pays , digne de ce nom , qui se prétend démocrate et civilisé, ne peut mettre de côté la Charte des droits de la personne , en étudiant les solutions, même sous prétexte de protéger « la vertu » de ses enfants.

Le gouvernement fédéral en créant des délits d’attouchement, d’harcèlement et d’agression, sans les définir, les limiter avec précision, foule aux pieds plusieurs droits fondamentaux des individus visés par les délits sexuels non violents. Il s’agit des droits suivants : à la vie privée (leur sexualité entre autres) l’égalité (spécialement devant la loi) l’expression, il est interdit de parler de ce phénomène de façon positive, donc, de faire valoir un autre point de vue que celui de sa condamnation , le libre choix de l’orientation sexuelle ( homosexuelle ou hétérosexuelle) et la discrimination à cause de l’âge (niant la réalité de la vie sexuelle chez les jeunes).

Il ouvre la porte à toutes les formes de chantage, car l’accusé n’est plus innocent, comme dans toutes les autres causes (droit français au lieu de droit britannique), mais doit prouver qu’il n’est pas coupable.

L’Église en acceptant de payer au lieu de revoir sa conception du « péché de la chair » a rendu la dénonciation, la délation quelque chose de très payant, et par conséquent, de très tentant, sans égard à la destruction du tissu social et des réputations qu’elle engendre.

Pire encore, en incitant à la délation institutionnelle et judiciarisée, on apprend aux jeunes à se méfier de tous. Qu’un enfant en parle à ses parents ou une personne de confiance pour se protéger et faire en sorte que le problème soit résolu, s’il en est un, ne peut pas être considéré comme de la délation, mais une preuve de confiance. En affirmant que ces crimes sont surtout commis par des proches, la répression judiciaire s’attaque directement aux structures familiales, au tissu social, car on apprend aux jeunes à n’avoir confiance en personne et à avoir peur de tous les gestes affectueux.

De plus, quand on solutionne le problème de façon judiciaire, on n’hésite pas à briser des vies « pour tenir enfin un coupable ». Ainsi, très souvent la solution apportée cause plus de dommages affectifs même chez l’enfant qu’elle ne règle le problème. On crée des psychodrames avec tout ce qui entoure la sexualité et l’on accentue le syndrome du 911 : tout doit être réglé, le problèmes de famille y compris, par les juges et la police.

En laissant entendre que la situation est la pointe de l’iceberg, on dit aussi que cela est déjà ancré dans les mœurs de la population et que pour plusieurs un attouchement sexuel n’est pas la fin du monde comme on veut bien essayer de nous le faire croire. Personne n’est encore mort ou rendu stérile en s’étant fait toucher le pénis … aucun sein ne s’est asséché non plus … le seul problème est donc que ce geste a réveillé en nous toute la répression exercée contre la sexualité dans son milieu … d’où la honte et la culpabilisation.

Et, si tel est le cas, ne devrait-on pas commencer à se poser des questions sur le bien-fondé de la répression sexuelle. Avant de poursuivre dans la voie de la judiciarisation, il est urgent et impératif de se demander quelle sorte de société on créera en rendant coupable tous les gestes qui démontrent de l’affection. Ces gestes peuvent être jugés sexuels — un juge a donné cinq ans à un prof parce qu’il jugeait que la façon qu’il avait eu de lui mettre la main sur la cuisse d’une fillette était sexuelle — C’est de la folie pure, si on ne tient pas compte de la nuance fondamentale qu’apportait Freud entre la sexualité et la génitalité…

Quelle sorte de monde cette paranoïa collective engendra-t-elle ? Quelle place tiendra la violence sociale faute d’amour ? Pourquoi la tendresse serait-elle un crime pire que la violence ? D’autant plus que l’on sait que la répression engendre l’obsession.

Sous un autre aspect, dans le cas de délits sexuels sans -violence et sans contrainte, la presse s’est arrogé le droit et le devoir de corriger la situation, se substituant à la Cour et entraînant la perte irréversible du droit à la réputation et  à la réhabilitation. La presse confond le droit à l’information avec le droit à la curiosité maladive de savoir tout ce qui se passe dans le pantalon du voisin ; comme si, faute de pouvoir vivre sa propre sexualité, il faut se nourrir de celle des autres, même si cette curiosité brime le droit des individus concernés.

Le droit à l’information est absolu quand il s’agit d’informations qui permettent aux citoyens d’être éclairés sur un sujet pour lequel ils auront à prendre une décision, sur quelque chose qui les touche dans leur propre vie. Les informations concernant les procès pour lesquels les verdicts n’ont pas été rendus n’apportent rien aux citoyens pour les aider à faire des choix judicieux dans leur vie. Par contre, ces informations détruisent irréversiblement la réputation des personnes mises en accusation, mais qui n’ont pas encore été trouvées coupables. Sans compter qu’avec l’argent du public des mouvements

se spécialisent à traquer ceux qu’elles ont décidé qu’ils étaient des abuseurs. Leur hantise des abuseurs engendre une véritable hystérie collective dans laquelle la répression n’a plus aucune forme de rationnel.

Aucune loi n’est aussi infâme que celles du fédéral visant les délits sexuels non violents et sans contrainte. Même les mesures de guerre, quoique pour combattre la violence et occuper militairement le Québec furent dénoncées et abandonnées par le fédéral parce qu’elles violent la Charte des droits. Depuis le début de l’humanité quand on condamne quelqu’un à mort, on a le courage de le fusiller et d’agir très vite.

Cette situation est d’autant plus grave au Québec que l’on espère établir la Charte des droits de la personne comme les éléments de base de la Constitution d’un Québec souverain. Et, pour aucune considération, un Québec souverain ne doit souffrir d’exclus sur son territoire. Un Québec de droite ne serait pas mieux qu’un Canada fasciste.

Les lois fédérales en matière de délits sexuels ont été adoptées, pour plaire au lobby des « féministes, politically correct », avant la fermeture de la Commission fédérale de la réforme du droit. Si elles répondent à certains besoins et à certaines situations, il n’en reste pas moins qu’en écartant l’aspect gravité, contrainte et responsabilité dans les causes sexuelles impliquant des jeunes de 10 ans et plus, elles donnent à ces délits une dimension tellement grave que la répression crée plus de problèmes sociaux qu’elles n’en solutionnent. Les familles sont brisées. C’est la ruine, le suicide des accusés ou des jeunes. Les jeunes séparés de leur milieu et condamner à la vie en famille d’accueil. C’est la honte que la situation soit connue, etc.

Tout le monde sait que les séquelles psychologiques chez les jeunes de 10 ans et plus, ayant connus une relation avec un adulte, sont surtout dues à l’atmosphère contextuelle dans laquelle on réprime la situation.

En d’autres termes, le drame que l’on crée autour de l’aveu, l’emphase que l’on met sur la culpabilité d’avoir eu une relation sexuelle, la peur de ce que les autres vont en penser ou en dire, créent les séquelles . On oublie que si le jeune a le droit fondamental, selon la Charte des droits de la personne, de dire non, il a aussi le droit de dire oui, sans qu’on lui manque pour autant de respect.

Pire, les juges peuvent juger une situation d’après leurs propres valeurs, qui peuvent être très étroites et répressives, rendant ainsi tous leurs procès

« holistiques », c’est-à-dire qu’à cause de l’opinion publique, des valeurs du juge, l’accusé n’a aucune chance d’être libéré, même s’il est non coupable, car l’incriminer devient une véritable hantise. C’est l’Inquisition permanente.

Cette situation semble être acceptée de tous parce qu’un grand nombre de personnes se font beaucoup d’argent en ne la remettant pas en question…

Pour les avocats, c’est la vache à lait : si tu as de l’argent, tu peux t’en tirer, sinon c’est la prison … et, plus le procès est long, plus c’est payant … plus la personne occupe une bonne position sociale, plus elle est prête à payer pour recouvrer sa liberté …

Pour les policiers, il est plus facile et moins dangereux de courir les pédophiles non violents et non – organisés que de s’attaquer au crime organisé et à la vente de la drogue chez les jeunes. Comme je l’écrivais aux ministres de la Justice du Québec et du Canada : « Il est dommage que la défense des pénis et des seins soit plus importante que la défense des cerveaux. » De plus, le taux de performance dans ces cas permet de hausser les statistiques. La police peut ainsi redorer le blason du taux de solution de crimes commis. Ce qui justifie postes, salaires et surtout de nouvelles subventions …

Pour les psychologues, la répression sexuelle engendrant psychoses, névroses, hystérie collective, etc., le maintien du tabou est plus payant que de chercher des solutions qui soient le moindrement humaines. Il est plus payant de ramasser les sous de la répression que d’expliquer les phases et l’évolution de la sexualité, du comment s’accepter et se contrôler quand on est différent. C’est plus facile de cacher les séquelles de la culpabilisation et de la honte chez les victimes qui sont plus traumatisées par l’ignorance et la réaction du milieu que par les attouchements.

Pour les politiciens, le vote des femmes est si important que l’on croit qu’il serait suicidaire en termes de votes de désavouer l’abus de la répression. Il est moins exigeant de croire que toutes les relations sexuelles adultes enfants sont nécessairement mauvaises que de faire face à l’opinion publique et faire valoir un peu de rationnel dans le traitement du problème … Il en fut ainsi dans le cas de l’homosexualité où, il y a 20 ans à peine, on prétendait qu’un homosexuel était un perverti et un malade mental.

Quant à l’homosexuel, le respect de son orientation sexuelle est si fragile qu’il a peur de perdre tous les acquis si durement gagnés, qu’il préfère lui aussi condamner à son tour … Pourtant, l’homophobie demeure la raison principale du drame que vive les adolescents gais. On craint les délits sexuels chez les garçons parce qu’on a peur que le jeune change d’orientation sexuelle, qu’il devienne homosexuel , même s’il a été scientifiquement prouvé que l’orientation sexuelle est innée chez chaque individu et qu’elle ne se modifiera pas dans la vie, même si cet individu le voulait. C’est sa nature profonde, sa génétique… de la naissance à la mort.

On dirait aussi que tout ce qui touche actuellement la perception de la sexualité passe absolument par la lentille de l’expérience des « femmes battues » … leurs peurs sont devenues « la peur » de tous et leurs solutions, les solutions de tout le monde.

C’est comme si tout tournait autour de cette réalité. Dès qu’il est question de sexualité personne ne peut jouir sans souffrir, une caresse est un outrage qui fait aussi mal qu’un coup de poing … favorisant ainsi la peur et la condamnation de tout ce qui est près ou loin de la sexualité, même la nudité devient de la pornographie.

On oublie ainsi que l’histoire de la répression sexuelle est loin d’être une histoire de « sainteté », même si la majorité des gens refusent pour se sécuriser de remettre en question le bien-fondé même de la répression sexuelle, comme si la sexualité ne faisait pas partie de l’intégrité physique et psychologique de l’individu, un autre droit fondamental défendu par la Charte des droits. Droit que l’on refuse aux jeunes par ignorance des réalités de la vie sexuelle.

Ce phénomène est observé surtout en ce qui a trait au harcèlement. Il est maintenant presque dangereux de dire à une autre personne qu’elle nous plaît, que sa beauté nous ravit, d’où le regard insistant, même les histoires « salées » qui nous ont toujours fait rire sont devenues suspectes … il faut toujours se méfier, car les causes de harcèlement sexuel sont à la mode, mode abusive que bien des femmes intelligentes commencent heureusement à dénoncer.

Aussi, comment une agression sexuelle peut-elle exister s’il n’y a pas de violence ?

Le mot agression n’implique-t-il pas en soi le sens de violence ? Comment peut-on parler de         violence ou   de pouvoir     dans   une     relation vraiment      « amoureuse» ?

Il semble que l’affaire Dutroux, en Belgique, ait créé non seulement une psychose, mais une hystérie envers tout ce qui touche les rapports entre les jeunes et les adultes. Pourtant, le cas Dutroux est une exception, un geste qui révolte toutes personnes censées. Dutroux ne serait pas pédophile, mais travaillerait pour une organisation internationale de trafic humain. On peut affirmer sans trop de risque de se tromper que la majorité des pédophiles craignent de devenir un jour aussi sales que lui et ils sont sans doute aussi répugnés par les révélations de cette affaire que les personnes « dites normales».

Par contre, en n’apportant pas de nuances, le système judiciaire abuse de son pouvoir et bafoue la loi fondamentale de notre pays.

Ainsi, dans notre système, il n’y a aucune différence entre un attouchement, une caresse et un meurtre. Celui qui donne une caresse «jugée sexuelle» à un jeune peut-être encore plus sévèrement puni que s’il l’avait tué. Pourtant, tout le monde sait que le toucher est le sens qui joue le plus grand rôle pour pouvoir manifester son affection, le sens de la découverte. Tout le monde sait que le besoin le plus fondamental chez tous les individus est d’aimer et d’être aimé.

Ce n’est pas pour rien que le taux de suicide est aussi élevé chez les jeunes. Un jeune sur trois se suicide à cause de problèmes dus à son orientation sexuelle  ou à la peur de passer pour une tapette … On nie le droit de rechercher sa réalité sexuelle pour imposer une morale judéo-chrétienne, comme si de condamner la sexualité, la percevoir comme quelque chose de sale, de dangereux, de honteux et de répugnant était la seule façon «normale» de voir les choses. C’est d’ailleurs la seule morale qui est propagée à l’école. Le jeune qui découvre ses goûts pour la masturbation, pire pour son petit copain, à cause de l’omerta sur la sexualité, croira qu’il n’est qu’un salaud, un cochon ou un monstre. Un être anormal. 

La liberté sexuelle 2 (pp. 12-21)

août 3, 2020

La morale sexuelle a été construite à travers les siècles à partir de l’interprétation que l’on se faisait de la vie et surtout dans le but de transmettre par son sang la place occupée dans la société. Un phénomène qui se retrouve surtout dans la monarchie et la bourgeoisie.

La répression sexuelle est née vers le 17e siècle et fut une arme défensive contre les fléaux telle la peste. Un moyen de séparer le petit peuple des plus riches. Pour se protéger, on a créé toute une formule de vie, de règles. L’hygiène a pris des proportions obsessionnelles. On a cessé de tenir compte de la réalité humaine.

Le droit des jeunes à leur vie sexuelle est essentiel au respect d’un droit encore plus fondamental, soit celui de tout individu à avoir une conscience personnelle, ce qui implique le droit à la vie privée. Mais, pour les adultes, un jeune est encore trop stupide pour décider ce qui est bien ou mal pour lui. On oublie que le caractère, la personnalité, se construit par les bonnes et les mauvaises expériences à partir de l’enfance et non à minuit, à telle date, quand on vient d’avoir exactement 16 ans. Comme le disait Freud, chaque individu à une vitesse de développement de sa personnalité et de sa sexualité, ce qui justifie qu’il n’y a pas d’âge de consentement fixe. Chaque garçon évolue à son propre rythme.

Le droit à une conscience personnelle n’a jamais été respecté, car, dans notre évolution sociale, l’individualité n’a jamais été considérée comme une valeur positive.

Ainsi, chacun naît et doit obéir aveuglément à son destin, avoir une place déterminée parmi les autres ce qui constitue en soi sa raison de vivre. Ce destin n’inclut aucune possibilité de vivre différemment des autres. Pourtant, on est seul à la naissance, on vit presque toujours seul et on meurt seul.

C’est pourquoi on a si ardemment combattu l’homosexualité, car cette réalité n’était pas prévue dans le schéma social défini par les religions et les structures économiques. Tout devait passer par la famille nucléaire. On croyait qu’un couple, c’est un homme et une femme.

Toutes les religions savent que leur condamnation de la sexualité est un geste contre nature ; mais c’est en même temps, le moyen de maintenir leur domination sur les individus. L’interdit sexuel consacre une mésestime de soi à cause du plaisir que le corps peut procurer.

Tout individu est sexué et rendre le sexe mauvais, c’est créer un tel état de culpabilité permanente que l’individu cherchera pour le reste de sa vie à se faire pardonner pour s’y être adonné.

Aujourd’hui, on peut entrevoir le fait que chaque personne est une réalité en soi. Chaque orientation sexuelle a sa justification et ses règles de vie. Aucun individu ne peut être blâmé pour ses orientations sexuelles, celles-ci sont déjà là à la naissance. La seule nécessité est de s’assurer qu’elle se réalise en dehors de la violence et dans le respect de l’autre.

L’avenir de l’humanité repose sur un changement fondamental des rôles sociaux dans le futur.

Les rôles ne seront plus attachés à un sexe, mais à la capacité intellectuelle et émotive des individus. La vocation deviendra tout simplement le devoir de réaliser au maximum ses qualités et ses talents pour le bien de la société. L’avenir est à l’imagination, à la création, à la Connaissance.

L’homophobie prônée à travers une morale qui rejette la beauté de la sexualité laisse entrevoir un retour à l’Inquisition. D’ailleurs, la charia en est un exemple concret. Comment peut-on véhiculer des idées aussi absurdes que celles de la charia?

Il est impossible d’entrevoir la mise en pratique du droit à sa conscience personnelle tant que la vie de l’enfant est sculptée dans tous les moindres détails par ses parents. Nelly Arcand parlait de familles pédophiles, de parents obsédés par la sexualité de leurs enfants. Une obsession véhiculée et entretenue par les médias et les féminounes.

Si un adolescent est trop jeune pour décider de sa sexualité, pourquoi ne l’est-il pas pour choisir sa religion?

Est-ce que la mission des parents implique de transmettre leurs valeurs sans respecter celles de leur enfant, principalement sa liberté? Sans rechercher ce qui est meilleur pour lui? Y a-t-il une différence entre protéger son enfant et l’endoctriner?

L’orientation sexuelle, elle, ne peut pas changer. Tu nais gai et tu meurs gai. Un gai n’est pas un pédéraste, même si fondamentalement ils sont tous les deux accrochés au sexe mâle. La relation intergénérationnelle existe seulement dans la pédérastie. La différence est ce qui les allume et cela personne ne peut y changer quoi que ce soit. Jamais un hétéro ne pourra être gai. Cependant, depuis quelque temps, on s’aperçoit qu’il y a une orientation sexuelle que l’on dit bisexuelle.

Est-ce que ces catégorisations de l’humain ont une raison d’exister? Un humain, c’est un humain. On devrait sans doute arrêter de diviser les individus en catégories. Un hétéro cruise comme un gai.

La famille s’apparente à ce que les bouddhistes appellent le karma. La famille c’est notre cocon. La situation, la vie de famille forment le jeune et fournissent le lieu où se développe sa personnalité.

Jusqu’à cinq ans, le jeune apprend autant par les ordres, l’imitation que par sa compréhension du non-dit. Jusqu’à cet âge, le jeune est comme une éponge et n’est pas assez structuré pour choisir ce qui peut le mieux lui convenir. La perception de la réalité d’un enfant est complètement différente de celle de l’adulte. C’est le fun ou ça fait mal. Elle n’a rien de moral.

Entre cinq ans et l’apparition de l’éveil sexuel chez le garçon, c’est une période de latence. Les filles et le sexe n’intéressent pas les garçons. Pourtant quel gars n’a pas prétendu être en amour avec une fille juste pour répondre à l’image qu’il doit donner aux autres pour être bien dans sa peau? La majorité écrase ainsi tout droit à la différence.

La nécessité de sévir si un enfant s’écarte de ce qu’on exige de lui devient la « vocation » des parents. Leur rôle est d’élever leur enfant. Il est donc normal à ce point de vue qu’à cette période de la vie, les parents soient les principaux responsables de sa sécurité et de sa formation. Leur comportement est aussi ce qui déterminera les valeurs de l’enfant. Leur haine ou leur amour du sexe imprègnera les enfants pour le reste de leur vie.

Est-ce ainsi quand l’enfant fait son entrée à l’école secondaire? Quand l’enfant commence à découvrir son corps et les sentiments que procurent les hormones?

Le principal but de l’éducation est d’aider le jeune à devenir autonome. L’éducation féminine est portée à voir encore l’ado comme le tout petit qu’il faut protéger. Mais, n’y a-t-il pas une nuance entre protéger et surprotéger ?

Sur le plan sexuel, les humains sont encore des enfants au berceau, car on lave la cervelle de tous dès leur petite enfance. Nous devons tous emprunter le même cheminement fondamental : travailler, élever sa famille, mourir. On nous élève dans la peur. On est même rendu à faire croire qu’un plaisir peut être une douleur parce que l’Église a commencé à payer les enfants qui ont connu un jeu sexuel.

D’ailleurs, le vocabulaire entourant la sexualité, surtout en cour, est assez monstrueux pour nous en écœurer davantage. On divise les gestes de chaque aventure sexuelle pour les rendre encore plus ignobles. Un simple toucher devient aussi dangereux aussi monstrueux qu’une exécution.

Cette obsession est maintenant devenue le centre de la pensée des médias. Les médias remplacent nos curés. Ils sèment la paranoïa.

Les nouvelles de la cour demandent peu d’investissements et répondent à la soif de sensations comme au temps de Néron. Ce besoin de voir souffrir l’autre est carrément maladif.

« UN ENFANT SURPROTÉGÉ N’APPREND PAS À SURMONTER LES INÉVITABLES

BLESSURES DE LA VIE. », Boris Cyrulnik, neuropsychiatre, dans « Le bonheur, ça s’apprend ».

La liberté sexuelle est le droit individuel le plus sacré de la vie privée.

Cependant, le gouvernement fédéral foule aux pieds la majorité des droits individuels des jeunes consacrés par la Charte des droits de la personne du Québec quand il s’agit de délits sexuels non violents. Pourquoi? Parce que les jeunes ne peuvent pas s’en plaindre et ne votent pas. Ils n’ont donc aucun droit. Depuis quand une forme de masturbation est-elle souffrante? On ne fond pas si on est vu nu.

La société, à cause de son développement à travers le temps, au lieu de percevoir la sexualité comme un plaisir la voit maintenant comme un danger plus grand que la violence. Qui peut prétendre qu’une pipe, ça fait souffrir? Le symbolisme n’arrive qu’avec l’adolescence alors inventer des peurs irrationnelles pour justifier l’interdit, c’est mentir. Les séquelles ne peuvent pas être créées par des gestes de plaisir. Ce n’est pas pour rien qu’un psychologue qui avouerait que dans les sondages les jeunes sont moins scrupuleux qu’on le prône perdrait automatiquement son droit d’exercer. Beau respect de la vérité, n’est-ce pas?

Au Québec comme ailleurs, la religion a conditionné les gens de manière à créer une obsession contre la sexualité qui s’approche de la paranoïa.

En ayant augmenté l’âge du consentement à 16 ans, les lois criminelles canadiennes ne respectent plus le droit des jeunes à leur intégrité physique. Un attouchement sexuel, même une proposition, est perçu comme un crime pire qu’un meurtre. On ne fait aucune distinction entre un jeu sexuel non violent et un viol. On nie ainsi le droit des jeunes à leur sexualité. On ne les protège pas du danger émotif créé par notre projection, car le sexe à moins d’être sadomasochiste ou de la sodomie est un plaisir.

On refuse de reconnaître que la libido existe dès la naissance jusqu’à la mort et on préfère croire, comme dans le passé, que cette force, la plus grande chez les humains, est dangereuse pour les enfants.

Ainsi, un pédophile ou un pédéraste devrait être immédiatement condamné à la prison à perpétuité parce qu’il a eu le malheur de naître selon cette orientation sexuelle. On sait que la seule chose possible pour un pédophile est de se contrôler, de bannir toute forme de violence et respecter l’objet de ses désirs.

Depuis que les humains existent, la sexualité a toujours été marquée chez les garçons par une initiation qui leur procurait le droit d’agir dorénavant comme des adultes. Du jour au lendemain, on répudie cette tradition. On élimine le besoin du jeune à s’identifier à un mâle adulte. On voudrait que les garçons se comportent comme des filles dans leur peur et leur honte de la sexualité. Règle générale, le garçon est fier d’avoir un pénis.

Pour un jeune, la sexualité est une curiosité qui s’exerce d’abord dans des jeux entre mâles ou personnes du même sexe. Entre cinq et 10 ans, le sexe est habituellement absent de la pensée et des rêves. Le désir sexuel est un phénomène rattaché aux hormones. Il viendra avec l’adolescence.

Malgré ce savoir, on continue de considérer l’adolescence comme une partie intégrante de l’enfance. Cela est physiquement inexact, car le jeune de dix ans et plus commence à réagir à ses hormones lesquelles modifient non seulement son aspect physique, mais permet l’éveil à sa sexualité. En dénigrant sans cesse la sexualité, le jeune ne peut que croire que ses besoins sont mauvais, sales. En entendant tout ce qui se dit contre le sexe, il ne peut que penser qu’avoir une aventure est le crime des crimes.

Les enfants ont une sexualité, même si la très grande majorité des adultes refusent cette vérité.

Empêcher le jeune de vivre cette liberté peut profondément le traumatiser, même plus que les jeux sexuels en soi.

C’est cette démonisation-sacralisation de la sexualité détruit les jeunes, les motive à se suicider, car ils ne savent pas que ce qu’ils vivent est tout à fait normal. La pire mésestime de soi est inhérente au fait que l’on présente la sexualité chez les jeunes comme quelque chose de pervers, sale, honteux. Comment s’aimer quand on croit que se masturber fait de nous un cochon plutôt qu’être un geste naturel?

Sous prétexte de les protéger, les adultes incrustent ainsi dans l’esprit des jeunes que la sexualité est quelque chose de mauvais, de honteux, de laid, de vicieux ou de péché. Quelque chose qu’il faut dénoncer.

On leur refuse même le droit d’apprendre ce qu’est leur corps, les transformations et les nouveaux sentiments qui naissent avec la découverte de sa sexualité. En fait, ce sont plutôt ces scrupules qui sont des preuves de déséquilibre émotif. Ce sont ces scrupules qui sont responsables des suicides chez les jeunes.

Le scrupule est une attitude qui consacre dès l’enfance une forme de mésestime de soi, une empreinte primaire qui fera de nous des moutons. La répression sexuelle nous apprend à être dociles. En écoutant les autres, l’autorité, nous reconnaissons aux autres une meilleure connaissance de nos propres besoins.

Le rejet ou la honte de la sexualité chez les jeunes est la principale cause de suicides chez les adolescents, car ces derniers se sentent diminués, différents et l’omerta sur le sujet ne leur permet pas de parler ouvertement de leur problème. Ils s’imaginent qu’ils sont les seuls à vivre les changements que la nature opère en eux.

La répression sexuelle est un crime contre la vérité et l’intelligence. Rien, sauf la violence ou la domination, ne justifie les scrupules sexuels. Cependant, tout taire permet aux maladies vénériennes de jouir de l’ignorance pour se répandre.

Aucun humain ne peut vivre sans sexualité. C’est la force profonde de la nature, la libido, chez Freud ; l’orgone, chez Reich. D’ailleurs, sans celle-ci nous n’existerions pas. L’homme est le seul animal à pouvoir vivre sa sexualité librement. Un animal ne choisit pas le moment de son rut et la partenaire. Il ne fait qu’obéir à son instinct de reproduction. La sexualité crée l’amour, l’amitié. Elle nous rend socialement responsables.

Vu sous l’angle religieux et de la répression bourgeoise, le sexe n’est plus un plaisir, mais un danger. On agit avec les jeunes comme s’ils étaient des imbéciles, incapables de décider par eux-mêmes s’ils aiment ou non les jeux sexuels avec des partenaires qui peuvent être même plus âgés qu’eux.

La liberté sexuelle doit nécessairement être non violente, consentante, sans domination responsable et, pourquoi pas, le fun! La pédérastie doit être le jeu du partage de la découverte du plaisir. Elle doit être consentie, car autrement, elle peut effectivement entraîner une forme de culpabilisation.

La situation actuelle existe parce que l’on considère que les adultes ont un droit illimité de regard sur la vie sexuelle de leur progéniture.

Les intervenants ne disent pas que la répression brise la formation de la personnalité, parce que c’est payant pour eux. Ça fera éventuellement plus de gens à soigner. Les traumatismes viennent de la condamnation sociale de la sexualité. On interprète son plaisir comme un crime contre les autres. Si la société laissait son obsession de chasteté pour les jeunes, les jeux sexuels cesseraient d’être l’objet de honte et de culpabilité. Ils trouveraient enfin leur place réelle dans la vie. La vie émotive entourant nos relations avec les autres est mille fois plus importante et significative.

Le système doit maintenir une peur collective de la sexualité pour semer les déséquilibres de la personnalité individuelle, la soumission, grâce à la honte et la culpabilisation. Il faut absolument lire les livres de W. Reich La révolution sexuelle et La lutte sexuelle des jeunes (Maspero, 1972) ainsi que L’histoire de la sexualité, en trois tomes, écrite par Alain Foucault pour comprendre la malhonnêteté du système en ce qui concerne la vie sexuelle des jeunes.

Beaucoup plus de gens ont été tués à cause de l’Inquisition, de l’intolérance, de la morale judéo-chrétienne, de la censure que d’avoir joui.

La répression est une arme de la religion et de la bourgeoisie pour maintenir son pouvoir sur tous.

Devenus une véritable psychose collective, les délits sexuels non violents sont aussi judiciarisés que les pires crimes violents, ce qui coûte une fortune pour les provinces.

Comment peut-on prétendre protéger les jeunes garçons en mettant en prison de vieux prêtres qui ne peuvent même plus bander? Et, s’ils sucent à ce que je sache, ça n’a jamais fait tellement mal. Le scrupule est un état mental développé chez les individus depuis leur tendre enfance pour instaurer le pouvoir, l’autorité des religions et de la bourgeoisie.

Dans le cas de la pédophilie, de plus en plus de psychologues parlent plutôt d’une orientation sexuelle que d’une maladie, car ils savent séparer la pédophilie de la pénétration ou de la sodomie. D’ailleurs, la pédophilie se retrouve davantage chez les hétérosexuels que chez les gais où l’on doit plutôt parler de pédérastie. La pédérastie ignore les jeunes de moins de dix ans. À cet âge, quel plaisir peut apporter un jeune, sinon sur un plan strictement émotif, puisque celui de la génitalité n’existe pas? Pour le jeune, répondre à sa curiosité peut être un plaisir, si tout se déroule sous la forme d’un jeu.

Dans la répression de la liberté sexuelle des jeunes de 10 ans et plus, le droit des jeunes est bafoué pour maintenir une philosophie sexuelle qui est enracinée que dans l’irrationnel. Cette répression est l’élément fondamental de l’expression du « colonialisme psychologique et culturel », utilisé par les religions et la bourgeoisie pour dominer les sociétés…

Le joyau de l’Empire britannique à l’époque victorienne reposait sur cette idéologie qui décima la majorité des peuples autochtones, car ils avaient le malheur de vivre nus, ce qui faisait qu’ils ne pouvaient pas être des humains. Est-ce parce que la nudité expose la couleur de la peau? C’est la bêtise religieuse. Aujourd’hui, on a inventé le sida en laboratoire pour ensuite accuser les gais d’en être les agents initiateurs.

Pour respecter la Charte des droits de la personne qui doit devenir le fondement de la Constitution du Québec et offrir la meilleure protection aux jeunes, les lois fédérastes sur les délits sexuels non violents devraient toutes être abolies.

Par contre, si l’on doit dédramatiser tous ses délits pour le bien de l’enfant, il faut améliorer l’éducation sexuelle pour éliminer la culpabilité et la honte face à la sexualité et apprendre aux jeunes qu’ils ont le droit fondamental de dire oui ou non à toutes les formes de liaison avec les autres. En ce sens, il est essentiel que des cours de formation positifs sur la sexualité soient offerts à la fin du primaire, soit juste avant l’adolescence, pour que les jeunes apprennent à dire oui ou non aux relations humaines qui se présentent. Le consentement doit devenir la règle de base de toutes les relations sexuelles.

Il ne faut pas agir en aveugles, car il existe de fait des individus qui sont dangereux. Mais, de là à créer une société de paranoïaques, il y a toute une différence qu’on ne respecte pas.

Cependant, il faut aussi comprendre que les religions dominent grâce à la peur instaurée contre la sexualité. Leurs scrupules sont les principales raisons de l’existence de toutes les ségrégations, les violences, les guerres. On confond pureté (de l’ordre des intentions) et chasteté (de l’ordre du sexuel).

La répression sexuelle est plus néfaste pour l’homme que la liberté sexuelle sans violence.

Les pistes de solutions pour Simoneau.

Dans un premier temps, on doit exiger que tout rapport sexuel soit sans violence et sans domination physique ou autre. Tout repose sur le consentement, mais le consentement des personnes impliquées directement et non les préjugés sociaux.

Il faut apprendre qu’un « oui » ce n’est pas un « noui » et qu’un « non » est irréversible. Il faudrait en ce sens que les tribunaux ne posent qu’une question préalable à tout procès d’ordre sexuel : les personnes concernées étaient-elles consentantes? Est-ce que le « non » a été clairement formulé ?

S’il y avait consentement, il ne peut pas y avoir de plainte, à moins qu’il n’y ait eu violence durant le déroulement. Si c’est un non, cela suffit pour prononcer une sentence de culpabilité. C’est pourquoi j’ai inclus cette notion dans les éléments qui doivent absolument être enseignés à la fin du primaire. Consentir ou non, ce n’est pas une farce ou juste des mots, ça doit avoir des conséquences. Par contre, le consentement ne peut pas devenir un refus dans le temps parce que nos notions morales ont changé.

Cependant, les autorités doivent scrupuleusement respecter le droit des jeunes ayant l’âge de consentement. Il n’appartient pas à leurs parents de décider pour eux. Le temps de l’inquisition est chose du passé.

Il faut aussi reconnaître que la sexualité chez un enfant n’a absolument pas la même consonance que chez un adulte. À moins de vivre dans un milieu scrupuleux, la sexualité n’est qu’une forme de curiosité envers les autres et la vie en général. Le problème est plus souvent le comportement hystérique des adultes face à la sexualité. Les jeunes sont plus traumatisés par l’importance que l’on accorde aux relations sexuelles que par celles-ci lorsqu’elles sont vécues dans le plaisir et l’amour.

Il appartient au jeune de décider s’il aime ça ou pas.

C’est pour cette raison que j’ai changé le terme pédéraste par amourajeux. Les relations sexuelles chez les jeunes se présentent souvent sous forme de jeux d’où il est improbable que ceux-ci aient un caractère traumatisant comme on essaie de nous le faire croire maintenant.

S’il n’y avait pas de scrupules, il n’y aurait aucun traumatisme dans une relation égalitaire quel que soit l’âge. Les scrupules sont une forme de mépris de son propre corps ou une obéissance aveugle aux règles dictées par la majorité. On prétend protéger les jeunes d’un danger, mais de quel danger s’agit-il? Je n’ai jamais rencontré quelqu’un qui croit que les jeux sexuels sont traumatisants, au contraire, ce sont des plaisirs purs si on n’inclut pas les notions religieuses, lesquelles sont souvent le fruit d’une ignorance totale du fonctionnement humain.

Cependant, toutes formes de pénétration devraient être interdites avec 16 ans. Cela permet de respecter la notion d’égalité entre homme et femme. Aucune caresse n’est négative si elle est acceptée. Évidemment, dans le cas contraire, la caresse devient un geste interdit, parce que non consensuelle. Aujourd’hui, grâce à l’ADN, le père peut être retracé et mis face à ses obligations s’il y a procréation.

Tout le monde n’est pas obligé de croire dans la même morale sexuelle, surtout si on considère que notre perception de l’interdit sexuel est une perversion.

Il faut faire la différence entre un attouchement à travers les jeux et un viol. On accorde aux attouchements la même valeur qu’un meurtre. C’est carrément disproportionné. Il n’y a rien d’intelligent qui justifie la répression sexuelle pour les jeunes. D’ailleurs, en quoi par exemple quelqu’un peut-il être blessé quand on regarde de la pornographie? Voir ne fait pas fondre la personne regardée qui n’existe même pas en chair et en os sur le petit écran. La personne qui montre son corps sur internet ne saura jamais qui l’a vu. C’est donc une valeur carrément bourgeoise basée sur la peur de ne pas être aussi beau que l’autre.

Le problème avec la pornographie est qu’elle modifie les vrais accents de plaisir. C’est une déformation de la réalité. Souvent, pour un garçon, on montre des pénis tellement développés que le jeune se trouve anormal de ne pas pouvoir s’y identifier. Pire, on oublie que le sexe ne peut pas exister sans affection, sans amour et être positif. Toute relation sexuelle est accompagnée d’une réalité affective.

C’est d’ailleurs pour cela que je ne peux pas accepter la pédophilie. Certaines sociétés acceptent que les parents caressent génitalement un poupon, ce qui stimule le plaisir à un point tel qu’à l’adolescence ce plaisir peut devenir inconsciemment un antidote au suicide. Dans la pédophilie, une création féministe des années 1970, ce plaisir étant donné par des étrangers peut s’avérer négatif, créer une forme de peur ou de dégoût. Faute de connaître les conséquences, il est préférable de s’abstenir quoique l’important peut être déterminé par des psychologues à savoir comment le jeune, lui, a perçu cet événement. Rien en soi ne justifie la répression sexuelle. Cependant, la protection de l’enfant est aussi très importante. Un enfant élevé dans un entourage scrupuleux ne réagira pas de la même façon qu’un enfant élevé dans la liberté sexuelle. Dans le premier cas, les parents inscrivent une notion de mal à des rapports sexuels chez les jeunes.

La liberté sexuelle 1

août 2, 2020

Présentation.

Pourquoi  parler d’un tel sujet ?

Évidemment si je n’étais pas amourajeux, le sujet m’aurait sûrement nettement moins préoccupé. Tu viens au monde avec cette différence dans ce qui t’attire et tu n’as aucun choix : tu dois vivre avec. On ne choisit pas sa petite nature, mais on subit les préjugés sociaux qui en découlent.

J’ai découvert à l’adolescence mon amour des garçons et, malgré toutes les peurs répandues par la société, cet amour était plus fort que tout. L’orientation sexuelle n’est pas que d’aimer tel ou tel sexe, mais aussi quel groupe d’âge. J’étais fasciné par la beauté des garçons, dès lors j’étais gai, donc anormal.

Je me demande franchement si je ne serais pas devenu gai, attiré par des plus vieux, plus rapidement si la société ne nous avait pas entretenus dans la peur des adultes prédateurs. Ça fait aussi partie des questions que l’on doit se poser : Est-ce que le rapport de la société face au sexe entraîne une ambiance telle qu’il est impossible de vivre sans être ostracisé si l’on ne répond pas aux critères de la majorité? Cette peur ou haine du sexe et du corps est-elle une perversion sociale due aux religions? L’aliénation des féminounes n’est pas sans conséquence, car les femmes transmettent la culture à leurs enfants, donc, les peurs et les croyances. À remarquer que la révolution féministe à savoir l’égalité homme femme a été à mon avis la meilleure transformation sociale des derniers siècles.

La Commission des droits fait-elle la sourde oreille pour être politiquement plus près du pouvoir? Chose certaine, en étant légaliste elle ne remplit pas son mandat qui consiste à défendre l’individu contre les abus moraux de la majorité.

Notre société a été envahie par la conception religieuse de la sexualité. On refuse de voir que cette vision de la sexualité est basée sur l’ignorance crasse de la réalité humaine. Les religions à travers leur morale conservatrice tentent de modifier l’impossible, soit la petite nature des individus, permettant ainsi un monopole affectif qui ressemble à une forme de domination près de l’esclavage individuel. La société écrase les jeunes de sa morale plutôt que de les protéger.

W. Reich y voyait un moyen d’exploiter les consciences pour des fins économiques. Un jeune qui est traumatisé par ses appels sexuels cherchera par tous les moyens de se faire pardonner par ses pairs. La culpabilité engendre les scrupules.

Tu obéiras toujours à ta petite nature ou tu en paieras le prix. Ainsi, à cause de la peur de ce que les autres peuvent penser d’eux de nombreux adolescents se suicident parce qu’ils se découvrent différents des autres.

Pire, à mon époque, on apprenait la mort de jeunes garçons aux mains de prédateurs sexuels. J’avais une peur affreuse de devenir comme eux et de présenter un danger. J’ai donc couru les « psys » de toutes catégories et entrepris une cure en psychanalyse. Cela m’a amené à m’interroger sérieusement et à chercher la vérité. J’ai découvert ce qui deviendra ma vérité. Le sexe est une forme d’amour, comme disait Jésus de Marie-Madeleine.

Comment vivre la pédérastie positivement si on n’a plus socialement les valeurs de la Grèce antique? Comment vivre cette différence sans être un danger pour qui que ce soit? La frustration entraîne plus de violence que le plaisir sexuel. C’est de cela qu’il s’agit : pour des règles morales, on a oublié que le sexe est un plaisir, le plus grand des plaisirs. Et pour que le sexe soit un plaisir, il ne doit jamais être violent, ni une forme de domination ou d’exploitation. La sexualité est vide sans amour. Vivre sa sexualité doit être un geste de plein consentement.

J’ai commencé à écrire dans les journaux pour que l’on fasse la nuance entre les relations sexuelles violentes ou imposées et les relations sexuelles qui font l’affaire de tous les partenaires, malgré l’âge. Il y a une différence gigantesque entre un viol et un attouchement, mais notre prétendue justice ne la voit pas. La sexualité est devenue une véritable paranoïa dès que l’on aborde celle des jeunes. On nie la réalité voulant que les jeunes naissent déjà sexués. À moins d’être forcés, les jeunes trouvent autant de plaisir dans le sexe que les adultes.

À travers mes recherches, j’ai découvert que l’interdit sexuel est d’abord religieux, bourgeois, basé sur des fondements stupides. Sa compréhension est contradictoire avec la science. Notre morale implique une honte et une peur du nu au point d’être un déséquilibre beaucoup plus qu’une morale intelligente.

À vrai dire, cet interdit n’est que le fruit d’une psychose à l’endroit de la sexualité et plus principalement un rejet de la beauté corporelle. Qui enseigne la sexualité comme un miracle extraordinaire?

On devient fou si on voit un nu et on apprend aux jeunes à tuer sans cesse à travers les jeux vidéo. Pourquoi le nu traumatise-t-il alors que la violence n’a aucun effet? Poser la question c’est y répondre. Vivre contre la sexualité c’est vivre contre nature. Le pire, les chastes s’occupent toujours de la sexualité des autres. De quel droit? Pourquoi ne se mêlent-ils pas de leur affaire?

Sujet tabou par excellence on en est venu à préférer le meurtre d’un enfant à le voir succomber aux plaisirs de la chair. La pudeur est une honte excessive de ce que l’on est : des êtres humains bien en chair. Être scrupuleux n’est pas plus équilibré que d’être pervers, car on ne peut pas figurer la perversion sans l’être. On peut dire que de recevoir 50,000 $ pour s’être fait faire une pipe, ça vaut la peine de s’autoproclamer victime. Si tu retournes voir ton agresseur, c’est que tu aimes cette agression et se prétendre victime dans ce cas, c’est se mentir.

La vie privée repose sur la sexualité. Il est impossible de parler de démocratie, sans le droit de parole et avoir une conscience personnelle.

Le droit des jeunes à leur sexualité.

Chaque individu a droit à la vie privée et à une conscience personnelle.

Selon les découvertes scientifiques depuis Freud, on sait que presque tous les garçons vivent une période gaie (homosexuelle) avant de découvrir leur propre identité sexuelle. Ce passage semble être une prolongation ou une régression à la période de curiosité sexuelle que l’on vit avant cinq ans. Elle permet aux garçons d’assumer avec fierté leur virilité et de découvrir leur orientation sexuelle véritable. Puisque personne ne vit exactement le même trajet dans ce processus de définition, ce ne sont pas tous les garçons qui passent par cette étape. Certains ne la connaîtront jamais. C’est comme si inconsciemment, notre intérieur sait ce qu’il faut faire pour apprendre à connaître sa nature profonde.

Le suicide chez les jeunes.

Les contradictions véhiculées par les médias concernant la sexualité sont les principales causes des nombreux suicides chez les adolescents (es) et d’une bonne partie de l’intimidation chez les jeunes. Il faut mépriser ceux qui nous semblent gais. Cette haine de l’homosexualité est proportionnelle à la peur et à la haine que l’on entretient contre les pédophiles. Tu n’es pas né que tu dois avoir peur des pédophiles, une paranoïa entretenue pour justifier et contrôler la sexualité autant des adultes que des enfants.

La réalité de la vie confirme que la sexualité est un plaisir et l’une des plus grandes forces humaines alors que les média, la religion et les adultes la présentent toujours comme un crime, un objet injustifié de honte.

Les jeunes ne peuvent pas se situer dans de les contradictions qui s’affrontent à travers les messages des parents et la vision de leurs paires. Pourtant, tout individu a besoin de s’accepter et s’aimer pour vivre normalement heureux.

Comment croire dans cette force qui naît en nous à l’adolescence alors qu’à tous les bulletins de nouvelles on rapporte des cas que l’on appelle des abus sexuels? Comment croire que cette force, la sexualité, soit naturelle et bonne. Si un toucher est un tel crime pour les pédophiles, comment les jeunes peuvent-ils accepter des désirs sexuels sans les croire criminels? La réaction des adultes face à la sexualité est très claire : la sexualité est un danger pour les jeunes. Quel danger? Personne ne pourrait l’identifier, car il n’existe pas, sauf dans la tête des adultes. Les gestes sexuels procurent du plaisir, du moins, chez les garçons. L’inconfort vient de l’hystérie des adultes face à la sexualité des jeunes.

La culpabilité s’incruste bien inconsciemment chez les jeunes à travers la publicité faite pour combattre la sexualité à travers la peur de la pédophilie. Comment ne pas se percevoir anormal si on aime le sexe en dehors des règles alors que la société fait une telle lutte à la sexualité? Qui ne ressent pas cet appel vers l’autre?

Si les suicides se propagent quand on en parle, que dire de l’information continue qui nous décrit quotidiennement les relations sexuelles transgénérationnelles comme un crime? Comment un jeune qui n’entend que des choses négatives sur la sexualité peut-il échapper à cette honte d’être sexué puisqu’il lui est impossible d’échapper à l’éveil de la sexualité? Quand on aime le sexe enfant, on se fait vite traiter de pervers, de cochon, de toutes les épithètes reliées à une sexualité enfantine.

Le scrupule est la principale cause des séquelles psychologiques négatives et des suicides chez les jeunes, car ils se sentent terroriser par les désirs de leur corps et la condamnation sociale.

Le scrupule sexuel créé par les religions et entretenu par la bourgeoisie et les féminounes est aussi la principale racine de presque toutes les discriminations humaines. Sommes-nous si aliénés qu’on ne peut même pas s’en rendre compte?

L’approche religieuse.

Les religions ont été créées pour répondre à la peur de la mort. Ainsi, chaque individu est devenu prisonnier de l’ignorance humaine, ce qui permet une forme d’esclavage émotionnel. Avec la création des dieux, les individus ont souvent par pure projection inventé des règles. Ces règles servirent à créer une forme de domination des religieux sur tous, même des rois. L’aliénation consiste à embrasser ses chaînes.

Grâce à leur morale, les religions ont défini les rôles à l’intérieur de la famille et le rang occupé dans la société. Le sexe permet, s’il est masculin, d’occuper une place de choix. En définissant les règles du mariage, les religions ont aussi érigé les classes sociales. Ainsi, la sexualité est très intimement liée à l’économie : les dots, les rôles sociaux, les strates. W. Reich voit même un lien entre la répression sexuelle et le fascisme. Depuis Weber, on sait que le capitalisme est né de la sublimation sexuelle.

On est plus au temps de la monarchie où le sang désignait le statut social et encore moins à l’époque où l’on croyait que le sperme était une partie du cerveau que l’homme offrait à la femme pour créer un nouvel être. Pas étonnant que la tempérance fut si importante pour les Grecs anciens.

On sait aujourd’hui que le jeune garçon n’a pas à être initié ou sodomisé pour déposer la semence qui lui permettra à son tour de devenir père. Pourtant, on se comporte comme si nos connaissances n’avaient pas évolué et notre approche de la sexualité est encore déterminée par l’irrationnel religieux. On voit encore la sexualité comme un mal.

La connaissance scientifique du corps permet maintenant de mettre fin à ces rites et à envisager une approche différente et positive de la sexualité.

Chaque civilisation a créé sa morale pour éliminer les abus individuels et expliquer sa place dans l’univers. Chacune de ses explications, partant de préjugés, de faussetés, a créé un scrupule qui s’apparente au rejet de la réalité corporelle. Les scrupules sexuels sont un déni du corps, une honte, et pour certains, une vraie malédiction.

Être scrupuleux, c’est souvent se refuser soi-même, détester son corps ou être jaloux de celui des autres.

On sait que les dieux sont des peurs engendrées par les forces de la nature. La nécessité des sacrifices pour se faire pardonner par eux est maintenant vue comme un abus des religions, un moyen de s’enrichir. Ce fut d’ailleurs le centre de la lutte contre les indulgences qui donna naissance à plusieurs religions dites protestantes.

En maintenant une morale basée sur la peur et la culpabilité, l’approche actuelle de la sexualité incite de nombreux jeunes à se suicider parce que tout leur entourage leur enseigne à mépriser les désirs sexuels qui naissent en eux avec l’adolescence. Les jeunes sont incapables d’expliquer ces nouveaux désirs et notre morale les présente comme coupables et honteux alors que ce qu’ils vivent est tout à fait naturel.

Pourquoi est-on obligé de croire que le sexe est laid, honteux, péché? Qu’est-ce qui justifie une telle croyance? Rien. Que ça vienne du passé semble être une raison suffisante.

Ce point de vue repose sur l’ignorance de ceux qui ont voulu formuler les règles bourgeoises, religieuses sur l’art de vivre sa sexualité, il y a quelques centaines d’années. Les trois tomes sur l’histoire de la sexualité, d’Alain Foucault, sont un tableau qui nous permet de mieux comprendre la répression sexuelle  actuelle.

La répression sexuelle n’a pas échappé à la théorie de Darwin. Notre peur de la sexualité est de plus en plus paranoïaque au Québec. Est-ce à cause de la peur de la sexualité des femmes?

La sexualité est un plaisir.

La sexualité est un plaisir et un mécanisme qui a permis aux humains de survivre. Loin d’être un danger, bien assumer sa sexualité est le meilleur moyen de s’assurer le droit au bonheur et d’accepter sa réalité plutôt que de vivre dans les délires religieux de l’ange déchu.

La masturbation, par exemple, ne peut plus être interprétée comme l’assassinat d’un être potentiel comme le prétendaient les religieux. On sait que ce mensonge n’a rien de fondé. On se connaît mieux aujourd’hui. On sait que la masturbation a des effets extrêmement positifs contre le stress entre autres. On sait que celle-ci est tout à fait naturelle et universelle.

En maintenant, avec la morale judéo-chrétienne, les jeunes se perçoivent comme des pervers. Des cochons, comme on disait. Cette pensée est formée dès l’enfance lorsque les parents les disputent parce qu’ils se sont touchés. Cette règle les suivra toute leur vie.

Un remède sans violence à la surpopulation : être gai.

La surpopulation nous forcera à revoir notre conception de la sexualité. Les exigences économiques nous forceront à vivre en couple ou en groupe. On apprendra qu’il n’y a pas qu’une seule façon de vivre la sexualité et à faire la différence entre génitalité et sexualité ; entre amour-amitié-émotion.

Cependant, on fera ce que l’on voudra, l’orientation sexuelle ne se transforme pas pour répondre aux besoins de la société. Un hétérosexuel ne deviendra pas gai parce qu’il y a un problème de surpopulation. Ce n’est qu’une solution qu’on pourrait voir comme une boutade. On ne devient pas gai, on l’est ou on ne l’est pas.

Les gais ne peuvent pas vivre leur vie sexuelle comme les hétérosexuels, car il n’y aura jamais de procréation. C’est une responsabilité en moins qui modifie la raison d’être, la vocation des relations sexuelles. Une relation gaie ne doit pas tenir compte de la possibilité de devoir maintenir une relation pour préserver la sécurité de l’être qui naîtrait. Donc, c’est une relation basée strictement sur le plaisir et la création de relations amoureuses. Les caresses ne représentent aucun danger, mais un plaisir. Au pire, il y faut surveiller les maladies vénériennes.

Dans une relation hétérosexuelle, on peut difficilement écarter la possibilité d’une naissance, ce qui modifie les échanges quoiqu’avec la science, bientôt, les femmes pourront agir comme les gais. Les contraceptifs permettront un rééquilibrage des responsabilités. On réapprendra que le plaisir peut se limiter aux formes de caresses sans pénétration.

Libérés du danger de devoir s’occuper de leur progéniture, règle générale, les mâles sont moins paranoïaques que les femelles. C’est normal. Les femmes doivent souvent choisir entre leur carrière et la maternité.

Dans les couples, les mâles ont établi leur domination depuis presque les débuts de l’humanité. Le pouvoir mâle a été sacralisé à travers les livres saints alors que les pauvres femmes ont été condamnées au rôle de tentation, de péché, de désirs indécents. Les femmes ont été satanisées. (Pouvoirs de l’horreur, Julia Kristeva, éditions du Seuil, no 152). On oppose Marie, la mère, à Marie- Madeleine, la putain. La femme ne s’appartient pas. Elle est un produit social. Juste ce manque de respect pour l’égalité des sexes nous prouve que les fondements de notre morale reposent sur une fausse vision de la sexualité. En quoi un homme est-il supérieur à la femme? Ce sont les religions qui ont créé ce malentendu profondément injuste.

On n’a pas essayé de trouver une manière de vivre sa sexualité dans le respect des deux sexes, mais en assurant la suprématie des mâles sur les femmes, suprématie qui a été prônée à travers des livres qu’on prétend être la voix de Dieu lui-même. Notre perception de la sexualité répond aux besoins économiques de nos sociétés et non à notre réalité humaine.

Le mouvement féministe a ainsi été le plus grand mouvement révolutionnaire depuis Jésus-Christ, car il revendiquait que l’individu s’approprie son corps et son esprit.

Si les gens qui combattent l’avortement avaient appris à vivre plus chrétiennement envers les filles enceintes et leur enfant, celles-ci n’auraient pas eu à entrevoir de devoir se faire avorter pour avoir droit à un minimum de respect et de bonheur. L’intolérance a toujours été la marque des scrupuleux (es). C’est aussi l’intolérance des « purs » qui ont conduit à l’Inquisition. La morale est responsable de l’assassinat de milliers d’innocents.

Malheureusement, le système a récupéré le mouvement Peace and Love à travers la spiritualité et le New age. Quant aux féministes, elles ont été récupérées à travers les féminounes qui tiennent exactement le même langage qu’elles reprochaient aux prêtres pédophiles avant d’être pris la main dans le pantalon des jeunes garçons. Ce qui prouve que l’abstinence sexuelle est contre nature.

Avec les religions, le mâle est le sang, la transmission du bien, de la vie, l’être dominateur alors que la femme est Ève, la tentation, le mal, la soumise.

Avec les féminounes, les féministes ont cessé de chercher une amélioration intérieure personnelle, une liberté qui leur revient de droit et elles ont plutôt cherché le pouvoir dans la dénonciation sexuelle. Pour avoir accès à la prêtrise, elles ont décidé de briser l’Église catholique. Elles se sont servies du fait que plusieurs prêtres ont les doigts trop longs. Elles ont emprunté le discours de la confrontation. Une guerre qui faisait le bonheur des autres religions. La dénonciation est devenue garante de revenus faciles grâce à la haine entretenue contre la pédophilie. On a créé l’industrie des victimes… une forme de chantage payant.

Pour que cette arme soit efficace, il faut évidemment que le petit soit nécessairement une victime, même s’il en a joui. Pour que le plaisir devienne un traumatisme, il faut que les touchers et les caresses deviennent un mal, une souffrance. Puisque c’est complètement idiot, inconcevable sur un plan physique, on a inventé les traumatismes, les séquelles psychologiques. Ainsi, personne ne peut prouver que les séquelles ne sont pas le fruit d’une relation sexuelle, mais le résultat d’un excès de pudeur de la société. Il faut croire aveuglément, comme si la morale était les paroles de la Bible.

Chez les gais adultes, la vie à deux est un moyen d’échapper à sa solitude, d’avoir des revenus plus importants et surtout un geste, une vie d’amour ou d’amitié. On peut même envisager pour bientôt l’existence de familles gaies ou formées de personnes du même sexe, grâce à l’adoption. L’adoption servira à assurer qu’il y ait moins de misère chez les jeunes à travers le monde. La contraception permettra aussi à une famille nucléaire de décider du nombre d’enfants et du rôle de chacun dans le couple.

Pour le pédéraste, la principale recherche est une communication avec la jeunesse qui n’est possible qu’en partageant à égalité la vie de l’aimé. Donc, le retour à un état d’âme de pur plaisir ou la vie est un jeu. Ainsi, le sexe devient un jeu comme les autres. La jeunesse et la beauté passent bien avant le génital. C’est pourquoi un pédéraste peut partager la vie d’un jeune très longtemps, sans qu’il n’y ait de gestes sexuels ou de génitalité partagée, car, l’amitié pourrait être rompue si le jeune n’est pas prêt à vivre une telle expérience. Évidemment, ceux qui sont contre prétendront que c’est pour mieux posséder le jeune. Ils savent mieux que ceux qui le vivent ce qui se passe dans de telles relations. On agit selon le principe même de l’Inquisition : celui qui pose la question connaît mieux la réponse que celui qui y répond, même si c’est lui qui vit l’événement.

C’est aussi pourquoi bien des témoignages en cour servent seulement à établir une grande misère à la suite de relations sexuelles dans le but d’avoir une meilleure compensation.

Dans un couple pédéraste, le jeune est déjà un expert en manipulation. Il est le roi. Pour justifier nos règles, il faut absolument qu’il souffre, ce qui n’existe pas dans la réalité. Ceux qui s’inquiètent de leur sexe oublient que des milliers d’enfants sont exploités au travail ou comme enfants-soldats. La hantise sexuelle est propre à la bourgeoisie. C’est un moyen de se créer bonne conscience.

Dans nos sociétés, la principale source de nos misères est la guerre, la violence, les drogues et non le plaisir, le sexe.

Il est dommage que l’on n’emploie pas autant de moyens pour combattre la violence que l’on emploie pour combattre la sexualité, comme si la sexualité était un danger quelconque, sauf en ce qui concerne les maladies vénériennes ou la violence.

Notre société refuse d’établir des nuances essentielles. On mélange ainsi pédérastie et pédophilie.

La pédophilie est d’abord un phénomène hétérosexuel qui touche presque exclusivement les fillettes alors que la pédérastie est strictement un phénomène gai. Elle touche les garçons de plus de dix ans. Sa principale caractéristique est d’être intergénérationnelle.

La sodomie ou la pénétration sont les seuls gestes qui peuvent réellement blesser ou faire souffrir. La sodomie n’a pas de sexe et d’âge donc elle peut se manifester à travers toutes les orientations sexuelles. Elle est d’ailleurs la peur qui a toujours servi à justifier le besoin de protéger les enfants. Pourtant, la sodomie est souvent absente dans les gestes génitaux entre un pédéraste et son serin.

Pourquoi un jeu vidéo violent n’influence-t-il pas le joueur, lequel va pourtant mourir dès qu’il voit un corps nu? Comment peut-on continuer de parler de séquelles quand on vient d’apprendre la capacité extraordinaire de résilience du cerveau? Pour le très jeune, la sexualité n’est encore que curiosité.

À noter

août 1, 2020

Ce livre, La liberté sexuelle a été écrit dans les années 1970 et repris plus tard. Ce n’est pas une promotion de la pédérastie, mais une tentative de l’expliquer. La suite normale est venue avec mon dernier livre De la pudeur à la paranoïa . On pourrait résumer la conclusion en disant que la pire chose qui peut arriver, c’est de voir la sexualité à travers les scrupules religieux; mais en même temps, le besoin évident d’un cours sur la sexualité qui permettent aux jeunes de savoir plus tard comment se comporter puisque la liberté ne peut pas exister sans la responsabilité. Tout est question de violence ou non, de consentement ou non et même de plaisir ou pas. Il faut d’urgence un débat nationale sur l’éducation sexuelle et sur l’égalité absolue des sexes. Il faudrait cesser de catégoriser les individus et accepter que sans violence tout est possible. Un gai ne vit as sa sexualité comme un ou une hétérosexuel.

La liberté sexuelle

juillet 31, 2020

Le droit des jeunes à leur sexualité.

par

Jean Simoneau

Les éditions du temps

Illustration et conception de la page couverture : Jean Simoneau

Tous droits réservés :

© Copyright : Les Éditions du Temps 1211, rue Sherbrooke

Magog (Québec) J1X 2T2

Courrier électronique de l’éditeur : jeansimoneau@cgocable.ca

Distributeur officiel :

Les Éditions du Temps

Dépôt légal

Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 4e trimestre 2014 Bibliothèque et Archives Canada, 4e trimestre 2014

La liberté sexuelle

juillet 31, 2020

Poésie, roman, nouvelles littéraires, il est temps de présenter un essai. En fait, il s’agit du dernier que j’ai écrit et que personne ne veut retrouver en librairie. La liberté sexuelle commence par une réflexion sur la liberté sexuelle pour se terminer par un plaidoyer en faveur de cours de sexualité qui sont basés sur la science et non sur la morale religieuse.  C’est une chose que de vouloir approuver les interdits religieux, mais ces interdits reposent-ils sur une intelligence quelconque de la sexualité humaine ? Cette réflexion, cet essai, pose la question pourquoi.  Pourquoi Dieu nous interdirait-il le plaisir qu’il a lui-même créé pour s’assurer la survie de l’espèce humaine? La pudeur qui gruge notre société n’est-elle pas devenue une espèce de paranoïa.  Il est urgent de pouvoir se parler de la sexualité sans tabou, sans peur et d’une façon positive.  Il faut avoir l’intelligence de savoir que la sexualité ne se vit pas d’une seule manière selon que l’on est homme ou femme, hétorosexuel ou gai, très jeune ou très vieux.

Diogène 19

juillet 30, 2020

Virus commande des recherches.

Aussitôt informé, Virus décida d’organiser une recherche pour libérer Diogène. Il fit défiler un crieur dans les rues de la Cité pour inciter les athlètes qui aiment se battre, à joindre l’expédition.

Cette décision irrita Amfèpétéléplom, car elle n’aimait pas assez Diogène pour accepter que Virus fasse autant de dépenses. À son avis, Diogène était parfois beaucoup trop libre.

Amfèpétéléplom

Pourquoi veux-tu venir au secours d’un homme qui a l’indécence de se masturber en pleine ville ?

Virus

Décroche un peu. Diogène faisait ce geste pédagogique pour une raison très simple : prouver que ce qui peut être fait en privé peut aussi l’être en public.

Amfèpétéléplom

C’est un provocateur.

Virus

Pour ceux qui ne veulent rien comprendre et qui préfèrent l’hypocrisie. Il n’a jamais invité qui que ce soit à en faire autant. Diogène nous a, juste à travers ce geste, demandé pourquoi se scandaliser d’un geste habituellement privé, s’il est fait en public.

Personne n’est d’avis, ici, que les plaisirs sexuels sont mauvais. Au contraire, si un mari ne fait pas son devoir, il risque de compromettre la santé de son épouse, car elle sera privée de se débarrasser de ses excès d’humeurs. Elle perdra ainsi de sa féminité.

Amfèpétéléplom

Diogène est un excentrique. Tu ne vas tout de même pas risquer ta vie pour le rechercher.

Virus

Je n’irai pas. J’ai engagé le capitaine Iva Partout. Il sera responsable de fouiller la mer. Il a un an pour retrouver Diogène, sinon il abandonnera les recherches.

Je t’aime trop, ma lionne, pour te laisser seule ici. Je me dois à mes enfants, ma diète et à ma Cité. Et, je plains celui qui achètera Diogène.

Amfèpétéléplom

J’ai de la difficulté à comprendre. Tu n’aimais pas Diogène quand je suis venu vivre avec toi. Tu le trouvais trop entreprenant. Tu le fuyais parce qu’il essayait toujours de te cajoler les fesses.

Virus

C’est pour ça que je lui dois, au moins, d’essayer de le sauver. Diogène m’a appris à me tenir debout. Il m’a appris à dire non. Diogène m’a toujours secondé dans ma détermination à te marier. Si le devoir de l’amant est d’essayer de nous enjôler, celui de l’aimé est de savoir lui résister pour ne pas être une proie trop facile. Il ne suffit pas d’être beau, il faut mériter l’amour qui nous est offert.

Amfèpétéléplom

En refusant ?

Virus

Non, en résistant avant de dire oui.

Les petits sont malades.

Virus et Amfèpétéléplom sont demeurés au lit à se becqueter. Ils étaient comme deux jeunes enfants. Ils n’ont pas fait l’amour parce que c’était l’été, et pour un homme, il ne faut pas baisser les culottes durant cette période.

Question de chaleur ! Faire l’amour, ça nous met en nage, alors il faut savoir tenir le coup jusqu’à l’hiver. Sinon, perdre autant d’énergies peut même provoquer la mort. C’est du moins ce qu’on croyait à cette époque. Ce qui prouve bien que nos conceptions de la sexualité nous viennent de croyances complètement folles, propagées par les religions et l’ignorance de la réalité humaine.

Si plus de gens le savaient, on dénoncerait la stupidité de ce que l’on proclame comme la décence, qui est en réalité une maladive honte du corps.

Dans un des moments de répit, Amfèpétéléplom est allée jeter un coup d’œil sur ses deux petits. Elle se mit aussitôt à crier. Virus accourut.

Les deux petits étaient brûlants de fièvre. Virus courut immédiatement chercher des compresses d’eau froide et il envoya son esclave chercher Hippocrate.

Quand ce dernier vit les deux petits, il refusa d’intervenir.

Hippocrate

Les dieux sont en colère. La fille a mangé toutes les énergies de votre garçon. Il faudrait laisser la fièvre l’emporter pour que le garçon soit sauvé.

Virus

Il n’en est pas question. Les deux vont vivre.

Virus prépara les enfants et partit chez Périclès avec eux. Si la médecine de la Cité ne pouvait pas sauver ses enfants, il ne restait plus qu’à tenter l’invention d’Hermès. Ivoitou, le seul à savoir comment opérer l’invention d’Hermès, dut imposer ses conditions.

Ivoitou

Il est impossible d’aller si jeune dans le futur et revenir sans prendre le risque de la folie. On y voit des choses qu’on ne saurait même pas imaginer maintenant. Si vous voulez y envoyer vos enfants, c’est à vos risques. Seul, Yvoyage Seul, peut les amener avec lui et les ramener. Mais, je ne peux pas vous garantir que les enfants reviendront sains d’esprit.

Virus

Le pourcentage de réussite ?

Ivoitou

Je dirais 50-50.

Amfèpétéléplom

On court le risque ?

Virus
fit signe que oui.

Les enfants furent envoyés avec le voyageur intemporel et spatial. L’attente était infinie. Mais, c’était le seul moyen de leur sauver la vie.

Quand Yvoyage Seul revint, les deux petits étaient en pleine forme.

Yvoyage Seul

Quels merveilleux enfants ! Des jumeaux identiques ! Voilà ce que l’individu rencontré dans l’avenir m’a dit. Il les a préparés pour survivre aux maladies de l’enfance, sans mourir comme tant d’autres. Nous sommes allés à ce qu’ils appellent Ste-Justine, à Montréal. Probablement une nouvelle déesse très puissante, car il a fallu peu de temps pour que tout danger soit passé.

Virus

En mémoire de cette guérison, nous changeons leurs noms pour souligner l’événement. Nous appellerons notre petite merveille Justina. Quant au gars, que dirais-tu de Ti- Zeusse, puisque comme un dieu, il a parcouru des siècles ? Pensez-vous qu’il s’en rappellera ?

Yvoyage Seul

Je ne sais pas. Mais pour le moment, on ne pourrait pas demander mieux. Vos deux enfants sont en pleine santé.

Yvoyage Seul sortit une plaque, qui avait attiré son attention, dans son voyage au Québec, car elle indiquait une vérité éternelle : la répression face à la liberté d’expression.

Je suis Socrate

Je suis Raïf Badawi

Je suis Charlie

Je suis Jean Simoneau

Je suis la Liberté.

« Les idées arriveront toujours à percer le mur de l’ignorance et de la haine chez ceux qui recherchent la Vérité », de dire Yvoyage Seul.

FIN

Janvier 2009

Diogène 18

juillet 29, 2020

Ivoitou rassure Virus.

Virus était très anxieux de rencontrer Ivoitou. Il savait qu’il pouvait lire immédiatement l’avenir de ses enfants. Même s’il ne lui disait pas ce qui les attendait en détail, au moins, il saurait si leurs vies seront intéressantes, sages et tempérantes.

À son arrivée avec Aristote, Ivoitou fut d’abord bouleversé par le haut degré d’énergie qui se propageait dans la maison. Il afficha immédiatement un grand sourire et s’isola pour remercier Zeus d’être aussi privilégié.

Ivoitou

Je n’ai pas encore vu ton gamin et tout mon être est subjugué. Il sera appelé à jouer un rôle fondamental dans le futur.

Aristote et Ivoitou furent conduits à la chambre. Inutile de dire leur surprise quand ils constatèrent la présence d’un gars et d’une fille.

Aristote

Tu nous as caché que tu avais des jumeaux.

Virus

Je ne sais pas si je dois en être fier, mais je peux t’assurer que je les aime également tous les deux.

Ivoitou se pencha sur le lit. Il était très fébrile.

Ivoitou

Quel chanceux ! Tes enfants joueront un rôle déterminant dans l’avenir de notre civilisation. Leur action serait impossible s’ils n’étaient pas jumeaux. Ils créeront un monde parallèle à l’autorité d’une nation étrangère qui s’installera chez nous. Leurs fins seront cependant très violentes.

Virus

Des révolutionnaires ! Des patriotes ! Oh la la !

Ivoitou

La vraie révolution est de combattre la violence et le commerce des armes, elle n’aura pas assez de multiples millénaires pour s’opérer. Les humains ne sont pas très vites à comprendre ce qui entraînent leur malheur.

Virus remercia immédiatement les dieux, dissimulant ses larmes.

Amfèpétéléplom

Seront-ils heureux ?

Ivoitou

Ça dépend de ce que vous appelez heureux. Ils devront sûrement sans cesse se surveiller pour ne pas être tués, mais cela sera peut-être devenu une seconde nature. Mais, ils seront très contents de leur vie, lors de leur départ pour l’éternité.

Virus

Donc, le petit n’a pas été envahi par une âme féminine ?

Ivoitou

Dans des milliers d’années, on commencera à reconnaître une chose pourtant évidente : l’homme et la femme sont égaux. L’aspect extérieur est sans importance fondamentale. On saura qu’être efféminé n’a rien à voir avec le bien ou le mal.

On naît comme la nature nous a fait. Si on croit dans la puissance des dieux, on n’a pas à juger leur création.

Regarde ces petits ! Ils sont, de toute évidence, un gars et une fille. On ne saura que plus tard, si le fait d’avoir été jumeaux identiques aura eu une influence sur leur tempérament. Quand je suis allé au Québec, grâce à l’invention secrète, j’ai appris que le comportement était plutôt de nature à obéir à des hormones… une composition chimique qui détermine une bonne partie de notre agir. Quand hommes et femmes seront égaux, ce sera devenu un fait sans importance d’être d’un sexe ou de l’autre, car adulte, on pourra même choisir de changer de sexe.

Virus

Est-ce à dire que nos exercices pour façonner le caractère du petit sont inutiles ?

Ivoitou

Pas du tout, Diogène a encore besoin de perdre de la bedaine… Fais-le courir, il en a bien besoin.

Aristote dut les quitter, car Alexandre avait organisé un bal.

De la grande visite.

Virus et Amfèpétéléplom se cajolaient doucement, amoureusement, quand Nicomaque et trois Amazones firent irruption dans le salon. Les amoureux, désespérés de ne pas trouver une minute pour se consacrer à leur propre bonheur, ne le manifestèrent nullement. Ils savaient que les dieux exigent l’hospitalité. Un petit sacrifice qui n’en est pas un, car le couple était au ciel d’avoir enfin des nouvelles de leur île chérie.

Virus

Qu’est-ce que tu fais ici ? Ton père est-il averti de ton retour ? Il sera fou de joie de te revoir.

Nicomaque

J’y vais dès que je vous quitterai.

Aristote ne doit même pas se rappeler que j’existe. Je l’imagine à son bureau, à travailler comme d’habitude pour son Alexandre le Grand. Y paraît que ce dernier veut partir à la conquête du monde. Il va tous nous ruiner.

Virus

Au contraire, ton père s’ennuie affreusement de toi. Ça le préoccupe énormément de te savoir ailleurs, mais il est assez sage pour te laisser vivre ta vie.

Quant aux finances, ce n’est pas très dangereux. Les temples et leurs systèmes bancaires l’appuient. Ils lui fournissent toutes les sommes nécessaires.

Nicomaque

En retour de quelle faveur ?

Virus

Que le tiers des biens leur soit versé, après les conquêtes.

Nicomaque

Les religions peuvent bien être les entreprises les plus riches du monde !

Amfèpétéléplom

Comment ça se passe sur l’île ? Une des Amazones

Super. Nous avons commencé à apprécier la présence des petites queues. Finie l’époque où les mâles étaient automatiquement nos ennemis. L’Assistant est un époux dévoué à notre chef. Elle est enceinte.

Amfèpétéléplom

Nous aussi, nous avons du nouveau.

Elle amena les visiteurs voir les jumeaux. La joie était palpable. Les Amazones étaient stupéfaites par la beauté de la petite jumelle. Elles avisèrent Amfèpétéléplom que la petite pourrait se rendre vivre avec elles, n’importe quand. Elles suggérèrent que la petite soit nommée Cléo.

Quand elles eurent laissé la maison, la maman ne put cacher à Virus que sa crainte avait été que les Amazones exigent de l’amener, puisqu’elle avait été conçue sur l’île.

« Elles ont évolué à une vitesse grand V. » Dit-elle.

Nicomaque ne voulait pas aller visiter la ville avec les Amazones, mais se rendre auprès de sa famille. Il en profita pour raconter comment les Amazones sont aimantes, maintenant qu’elles ont appris à apprivoiser leurs hommes.

« D’ailleurs, elles vont en ville pour trouver et ramener chacune un mari. »

Amfèpétéléplom

(regardant Virus)

Elles ont vite appris à respecter les autres. As-tu remarqué ?

Virus

Effectivement. On se demande parfois qui sont les plus sauvages… les nobles qui s’imaginent être les descendants des dieux ou les gens ordinaires ?

Arrivée d’Aristote.

Nicomaque se préparait à se rendre chez son père, quand Aristote franchit le porche. Aristote était tellement fier et heureux de voir son fils, qu’il ne pouvait plus parler, pleurant après chaque baiser.

Virus

Que j’ai hâte de pouvoir moi aussi goûter ce bonheur !

Virus invita Amfèpétéléplom à aller marcher, question de leur offrir un peu d’intimité. Ils amenèrent les deux enfants qui grandissaient très vite.

À leur retour, ils apprirent que Nicomaque retournerait sur Lesbos afin d’échapper aux guerres.

Aristote

Je préfère le voir chez les Amazones, de savoir qu’il est heureux et qu’il cherche à élucider pourquoi cette nation a toujours refusé la présence d’hommes. Bientôt, je serai grand-père, et comme tu le sais, c’est le plus cadeau que la vie nous donne. Je me demande même si j’irai sur Lesbos. Un mois ou deux de vacances ne changeront pas l’avenir de notre Cité.

Virus

Non, mais la tienne. Tu as tout à fait raison. Pour les gens ordinaires, comme nous, la vraie vie, c’est la famille.

En disant cette grande vérité, Virus constata qu’à l’encontre de ce qu’ils avaient décidé, Amfèpétéléplom avait le petit garçon dans les bras.

Virus

Que fais-tu là ? N’avions-nous pas décidé que tu te tiendrais le plus loin possible du petit pour éviter qu’il ne se féminise.

Amfèpétéléplom

C’est vrai, mais nous n’avions pas vu Ivoitou. Ne l’as-tu pas entendu nous dire que notre fils ne sera jamais un efféminé ? Tu devrais t’enlever ce danger de la tête pour ne pas l’implanter dans l’âme de notre enfant. Pourquoi me priverais-je d’un tel bonheur pour obéir à des peurs irrationnelles ?

Aristote

Je ne veux pas me mêler de vos affaires, mais la femme doit toujours obéir à son époux. Je m’excuse, ça ne me regarde pas.

Virus

Je crois de plus en plus dans la formule selon laquelle l’homme et la femme ne font qu’un dans un couple, quand il y a de l’amour.

Virus s’approcha et enlaça son épouse, qui tenait encore le petit dans les bras. Il lui offrit tendrement un baiser.

Nicomaque

Tu as raison. La vie est tellement courte, qu’on n’a pas à perdre notre temps dans des guerres de pouvoir. Chaque sexe a ses qualités et ses défauts. Beauté et moi, nous nous complétons parfaitement. Je ne veux pas te vexer, père, mais je m’ennuie déjà affreusement d’elle. Tu verras, pendant ton séjour avec nous, que l’amour transforme chaque moment de notre quotidien. C’est plus qu’un partage de responsabilités et d’avantages économiques, chaque moment est pour nous l’occasion de goûter les qualités de l’autre, des moments de bonheur. Je ne peux vivre sans elle et c’est réciproque.

Amfèpétéléplom

Tiens, une femme que je connais pas.

Aristote n’en revenait tout simplement pas. Virus avait envoyé son serviteur chercher la mère de Nicomaque.

Les invités participèrent à un banquet digne d’un roi. De toute évidence, Aristote était le plus heureux des hommes. Il fut décidé qu’une chambre serait à la disposition de chaque couple.

Nicomaque

Et que commencent vos vacances ! Nous partirons demain pour Lesbos. Je suis certain que mes compagnes auront déniché leur prince charmant. Leur petit accent ne peut pas passer inaperçu.

Très tôt le matin, le petit groupe, Aristote y compris, se rendait au port pour le retour sur une île devenue moins dangereuse.

Virus s’implique.

À son retour, Aristote demanda à Virus de l’accompagner au temple, car il devait y rencontrer le gardien du portefeuille, Jéducash, afin d’obtenir les sous nécessaires pour permettre à Alexandre le Grand de partir à la conquête du monde.

Virus

Je croyais que les rois avaient tout l’argent.

Aristote

Quelle erreur ! Les rois ont les impôts. Ils ne sont pas pauvres, s’ils ne dépensent pas plus qu’ils en reçoivent, mais les richesses sont pratiquement toutes entre les mains des religions. Ce sont les seules capables de financer une guerre. Ce sont les seules qui sont assez riches pour établir un échange entre les devises des différents pays. La conquête de chaque lopin de terre est un bénéfice clair pour celui qui finance l’opération.

Penses-y une seconde. Chaque individu doit donner des cadeaux pour tout et rien. Donner une récompense ou acheter un moyen de se faire pardonner pour chaque action, ça finit par être payant. Penses-tu que les religions ont besoin de tout cet argent pour survivre ?

Virus

Ils construisent des temples. Ils nourrissent leurs membres religieux. Ils dépensent énormément. Ce sont les vrais communistes. Tout est à tous et personne n’a vraiment rien pour soi.

Aristote

Les religions ont les plus grands surplus d’argent. Les temples sont des dépenses inutiles, en ce sens, qu’ils marquent par leur beauté, leur richesse, la force de leur dieu ; mais ça ne change rien dans la situation économique de leurs fidèles.

Si t’arrive à faire croire dans quelque chose d’intangible, d’impalpable, tu es riche à jamais. T’auras toujours des naïfs, qui te seront fidèles et qui sont prêts à payer pour obtenir une faveur.

En créant les banques, les religions sont maîtresses de la valeur de tout objet. Elles te prêtent, mais te font payer un gros intérêt. Elles sont si riches qu’elles peuvent fixer le coût de n’importe quel métal.

Virus

Ce sont, donc, les vrais maîtres du monde !

Aristote

Effectivement ! Ceux qui détiennent le portefeuille peuvent diriger tout ce qui dépend d’eux. Ils peuvent avancer les argents à un roi qui en a besoin pour sa guerre. La guerre est très payante. Le vainqueur prend possession des biens du vaincu. Les religions fomentent les guerres par besoin de domination. Leur dieu doit être le plus fort.

Virus

Mais où prennent-ils leurs revenus ?

Aristote

Grâce à leurs enseignements, ils régissent le moindre geste de chaque individu, de la naissance à la mort. Ils savent précisément qui se croit bon et qui se prétend pécheur. Dans un cas comme dans l’autre, l’individu doit payer. S’il est bon, pour remercier les dieux ; s’il est mauvais, pour se faire pardonner. Chaque don est enregistré, ce qui permet de connaître les humeurs de chacun. Ces dons alimentent la banque du temple.

Chaque établissement est autonome, mais il doit verser une part à la banque centrale. Voilà pourquoi les religions sont si riches. Elles ont créé notre façon de penser, mais également, elles dirigent plus secrètement tout le système économique.

Virus

Voilà donc pourquoi il y a des religions différentes pour chaque pays. Chaque religion est un ordre économique.

Aristote

La force du pays repose sur sa valeur économique. La religion est « le lieu émotif » qui unit les individus à travers une façon de penser, une culture. Cette culture est la somme de l’expérience vécue par cette nation. C’est pourquoi chaque pays est un peu différent des autres. Cette différence se traduit dans la religion pour créer sa propre culture à travers ses valeurs.

La rencontre avec Jéducash fut de courte durée. Il fut entendu qu’Alexandre aura accès au trésor pour conquérir le monde. Une seule condition fut exigée : que tous les pays conquis apprennent le grec. Ainsi, grâce à la langue, la religion s’implanterait lentement chez les gens conquis et pourrait imposer ses dieux. Plus il y a d’adeptes, plus la religion est forte, solide et payante. Le prosélytisme sert à effectuer le nombre de membres.

Ivoitou

Certaines religions seront ouvertement des commerces. On décidera quelle viande il faut manger, par exemple. Les jeûnes seront un autre moyen pour faire croire aux humains qu’ils ont intrinsèquement besoin de se faire pardonner d’être ce qu’ils sont. Qui peut croire qu’il faut souffrir pour aller au ciel ? Le jour où on aura répondu à cette question, on se rendra compte que les religions sont pleines de contradictions.

Dieu est amour ; mais les religions prêchent le péché de la chair, comme si Dieu était un être tellement tordu, qu’il te donne un plaisir pour mieux spirituellement te torturer ensuite.

Diogène est kidnappé.

Un nouveau départ pour Lesbos aller-retour fut vite organisé. Virus consentit de prêter deux petits bateaux pour l’occasion. Plus on voyageait pour se rendre à Lesbos, plus la route était sécuritaire. On avait même trouvé un moyen d’éliminer presque le tiers du chemin à parcourir, grâce à un raccourci.

Il fut entendu que Nicomaque et Aristote

emprunteraient un des navires avec une des Amazones, car celle-ci avait un sens très aigu pour sentir d’avance les tempêtes et les obstacles. En revenant, Aristote pourrait ainsi offrir un laisser-passer à toutes les Amazones qui voudront connaître le continent. Certaines Amazones rêvaient d’aller y étudier et de ramener ce savoir. La sagesse d’un peuple se manifeste quand certains veulent gravir les plus hauts échelons du savoir.

Diogène, qui voulait savoir si son petit dard grimpait aussi vite la pente du désir, s’est installé avec les deux autres Amazones, qui attendraient bien sagement leurs nouveaux maris, lors de la prochaine expédition. Elles étaient aussi chargées d’amener des animaux domestiques. Les Amazones commençaient à croire que la vie sédentaire plutôt que la chasse quotidienne présentait beaucoup davantages. Depuis que plusieurs avaient donné naissance, les Amazones devaient redéfinir leur organisation sociale.

Le départ se fit tôt. Virus retourna à la maison, accompagné d’Amfèpétéléplom ainsi que ses deux petits. À sa surprise, il pouvait nettement percevoir l’hostilité de certains à son égard, sur le chemin du retour.

Virus

Je croyais que les gens avaient assez évolué pour ne plus tenir compte de notre situation matrimoniale. Comment veux-tu qu’un peuple évolue, si les gens se montrent fermés et intolérants ? Pourquoi faut-il qu’il y ait des gens qui s’intéressent à la sexualité des autres ? Ils n’ont rien à faire de plus intelligent ?

À son arrivée, ce fut la sieste familiale. L’après-midi, il travailla à l’élaboration d’un projet pour préciser ce qu’est une démocratie.

Virus savait qu’il ne suffit pas de voter pour être libre et responsable. Il faut aussi trouver, disait-il, moyen de semer en chacun, cette vertu que Périclès nommait le goût de la démocratie.

Virus écrivit son premier chapitre sur les droits de la personne. Il s’est vite rendu compte que la Cité était divisée en trois clans, au moins : les stoïciens, les pythagoriens et les philosophes. Comment peut-on réconcilier des gens qui pensent souvent le contraire les uns des autres ? Chacun croit détenir la vérité.

Au début de la soirée, une Amazone se présenta pour l’informer que l’autre groupe de voyageurs avait connu des problèmes.

Un bateau pirate avait attaqué le bateau sur lequel Diogène était installé. Voyant qu’il y avait des animaux, les pirates s’en sont appropriés et Diogène fut fait prisonnier. L’Amazone survivante s’était cachée dans l’eau, agrippée à une chaloupe, pendant que les pirates vidaient le bateau.

Virus savait que dans ces cas, les prisonniers sont amenés loin et vendus comme esclaves. Il venait de perdre son meilleur ami : Diogène. Ivoitou voyait se réaliser une de ses prédictions.

Diogène 17

juillet 28, 2020

Virus doute des enseignements.

Plus Virus regardait les enfants prendre du poids et de l’énergie, plus lui et Amfèpétéléplom doutaient des croyances populaires et même des philosophes du milieu.

Virus

Depuis que je te connais, on endure les foudres de l’ignorance. Cette fois, je crois que c’est encore pire. Pourquoi les dieux nous en veulent-ils autant ? Seraient-ils jaloux de notre bonheur et de notre amour ?

Amfèpétéléplom

(qui regarde les jumeaux)

Viens voir, on dirait qu’ils essaient de nous parler avec leur corps. Regarde comment leur visage change, quand on leur parle. Ils sourient, c’est certain. Ils savent déjà qui nous sommes. Peut-être que ce seront des génies ?

Virus

Qu’ils sont beaux ! Ils étaient juste un peu plus petits que la normale, lors de leur naissance. Maintenant, il n’y a aucune différence avec tous les autres bébés du monde. Ils sont même plus beaux.

Virus prit les enfants un à un et les examina de la tête aux pieds, sous le regard d’Amfèpétéléplom. Le couple constata qu’ils n’étaient en rien différents des autres enfants. Leur peau était même d’une couleur et d’une douceur enviable.

Virus et son épouse s’entendirent pour ne plus écouter et surtout, ne plus croire les racontars et les mises en garde voulant que d’avoir des jumeaux soit un signe de malédiction. Ils passèrent beaucoup de temps à trouver les ressemblances. Bizarrement, la petite fille ressemblait plus à Virus que le petit gars.

Sans le dire, Amfèpétéléplom se demanda si Virus n’avait pas rencontré, au bain, un petit gars de son goût. Une petite pointe de jalousie bien féminine. Le pédéraste n’a-t-il pas besoin de donner autant de plaisir à son petit gars qu’à son épouse ?

« Virus s’est peut-être rappelé cette aventure quand nous avons fait l’amour », se dit la mère devant le peu de ressemblance du garçon avec son père. Elle ne semblait pas s’apercevoir combien la fille ressemblait, elle, à Virus.

Amfèpétéléplom

Pensais-tu à moi quand nous avons fait l’aphrodia4.

Virus

C’est fou comme notre garçon te ressemble.

Une chose est certaine, nous n’avons rien à nous reprocher, nous avons scrupuleusement suivi notre régime. Notre diététique était très rigide.

Je te jure que j’ai effectué tous les exercices, mangé et bu, selon les recommandations. Je n’ai même eu aucune activité sexuelle, lorsque je prenais mes bains. Je n’ai pas non plus souffert de constipation. Alors pourquoi avons-nous des jumeaux ?

Amfèpétéléplom

(elle étreint Virus)

On nous trompe peut-être. Tu n’as pas tellement maigri à la suite du coït. Pourtant nos sages prétendent que le coït amaigrit, humecte et échauffe.

Virus

En aucun moment, je ne me suis senti refroidir non plus. Ces sages parlent peut-être à travers leur chapeau. Je n’ai pas eu l’impression de perdre une partie de mon cerveau ou de ma moelle épinière, quand j’ai éjaculé. Mais, il doit y avoir du vrai. Le sperme est épais, gluant et sent fort. Ce n’est pas du sang. Est-ce une énergie essentielle ? En être privé nous affaiblit-il ? Je pense qu’on exagère en disant que les émois qui accompagnent le geste de faire l’amour sont une forme de petite épilepsie.

Amfèpétéléplom

Le sperme, c’est peut-être l’écume du sang, comme le disent les autres. C’est vrai que nous avons eu très chaud, quand nous avons fait l’aphrodia. Peut-être que notre sang a tellement bouilli qu’il a formé une écume qui a été évacuée de nos corps ? Mais, je n’ai vu aucune différence dans ton comportement après. Je crois même que tu étais plus gaillard et plus gentil.

Virus

Personne ne dit que l’aphrodia est mal, au contraire, on dit qu’une activité sexuelle crée un renforcement d’existence et est même une procédure de rajeunissement. Sauf, qu’on prescrit des règles pour que tout se passe le mieux possible pour tout le monde. C’est une forme d’esthétisme. Il y va de la qualité de notre descendance.

Certains croient peut-être dans la tempérance sexuelle, juste pour épater la galerie. Combien attirent l’attention pour prouver leur tempérance et leur capacité de dominer leurs tentations ? Serait-ce que faute d’être performants, ils se qualifient de tempérants.

Amfèpétéléplom

Ces pauvres fous sont les seuls à se priver de plaisirs, juste pour jouer aux paons. Ce doit, au contraire, être un tonus, car, depuis j’ai remarqué que tu as le pénis comme du roc. Le plaisir nourrit peut-être son homme plutôt que l’affaiblir.

Virus

T’as parfaitement raison. J’ai hâte de voir ce que diront nos invités. Au fait, comment va-t-on appeler nos petits chérubins ?

Le doute persiste.

Même si tout dans la nature contredit les enseignements des religieux et des philosophes, Virus continuait à avoir peur. Un petit doute subsistait… tout d’un coup que… il était déjà un peu comme seront les Québécois. On nous a menti durant des siècles, mais il ne faut pas changer notre point de vue, au cas, où il y aurait un peu de vrai.

Virus se rendait tous les jours superviser le sommeil de ses jumeaux. Il était très attentif aux sourires et aux pleurs. Quant à Amfèpétéléplom, elle examinait chaque once de merde, pour éviter qu’une « méchante humeur » se glisse à l’intérieur des petites créatures. Chaque séance donnait naissance à des heures de contemplation et de discussion.

Amfèpétéléplom remarqua que la « poche5 » du petit était plus noire que le reste de sa peau. Était-ce un petit côté sauvage ? Peut-être que Virus a plus aimé son amie Label Blonde qu’il ne le disait ? Aurait-il gardé un petit signe distinctif dans sa mémoire ?

Virus riait à gorge déployée quand Amfèpétéléplom faisait tant d’efforts pour être féminoune.

Virus

T’as n’as pas à courir après les raisons d’être jalouse, ma belle, je t’aime plus que tout au monde. Je te laisse la liberté, laisse-moi vivre la mienne.

D’ailleurs, c’est dans l’ordre des choses que tu sois la seule à profiter de ma semence. Je t’ai épousée. Si je suis un homme digne de la Cité, je suis tempérant, l’une des quatre vertus d’un homme sage. Aussi, ma semence doit être réservée à mon épouse ? Suis-je assez peu sage pour ne pas

observer les mœurs de la Cité ?

Même si j’avais des concubines pour s’occuper de notre ménage, ou pire encore, des courtisanes pour s’occuper de mon plaisir, je te jure que je n’y toucherais pas et ne les convoiterais pas, de peur de mélanger et outrager ma descendance. Je ne suis pas assez fou pour me rendre indigent par manque de tempérance. Pourquoi es-tu devenue aussi jalouse ?

Amfèpétéléplom riait jaune à son tour. Elle expliqua que peut-être la venue des enfants l’avait rendue plus inquiète. Elle avait besoin, plus que jamais, de sentir les bras de son homme l’envelopper, la protéger contre des dangers imaginaires de la chair. Les gens sont tellement fous quand il s’agit de décider ce qui est bien ou mal.

Amfèpétéléplom

J’ai tellement peur pour nos enfants. C’est évident que les autres ne cesseront pas une seconde d’inventer toutes sortes d’histoires. Les gens sont si méchants, qu’ils ne laisseront pas passer l’occasion de créer des peurs, parce que nous avons des jumeaux. Serons-nous assez forts pour leur tenir tête ?

Virus

J’ai passé ma vie à combattre l’obscurantisme. Je t’ai prise sous mon aile, même si personne n’accepte qu’un citoyen soit en amour avec une ex-esclave. Rien ne nous  séparera.

Il fut décidé que la petite serait offerte dès ses six mois à la déesse Déméter, en premier, et Athéna, en second.

Amfèpétéléplom

Qu’elle est belle, ma petite moitié ! Dit la mère en la soulevant.

Virus

(Même s’il n’avait pas oublié Platon)

On pourrait la nommer Demis. C’est le début du nom de sa déesse protectrice. Elle est aussi la demie de son frère.

Amfèpétéléplom.

Ça ne fait pas un peu facile ? On pourrait aussi la nommer Cadeau, puisque c’est ce qu’elle est. Elle est tellement belle, on pourrait lui donner le nom de Diana. Une vraie petite princesse anglaise. (Mais Amfèpétéléplom ne connaissait pas l’Angleterre : erreur du créateur)

Virus

Pourquoi pas Vénus ?

Amfèpétéléplom obtempéra. Donc, la petite se nommera Vénus. Trop curieux pour attendre, Diogène se pointa pour voir la petite merveille. Inutile de dire quelle fut sa surprise. Il ne savait plus que penser. Il remarqua que les deux petits avaient les yeux pairs.

Diogène arriva à l’improviste. Il ne peut retenir son enthousiasme quand il aperçut les deux bébés.

Diogène

Quel chanceux ! Tu pourras connaître la différence entre les deux sexes.

Virus

Nous avons décidé pour le moment de ne faire aucune différence. Ce sont des bébés. Ils ont chacun leur charme.

Diogène

Tu ne crains pas que ton garçon ait une âme de femme ? Ce serait la pire chose qui puisse vous arriver. Tu connais la haine et le mépris que les gens ont pour les garçons efféminés.

Virus

Je ne crois pas que les âmes se soient trompées de corps à la fécondation. Si par malheur, c’était ce qui s’est produit, il faudra vivre avec. Il est encore trop tôt pour le savoir. Ne parle pas trop fort, ça pourrait rendre Amfèpétéléplom soucieuse.

Diogène

Pour le moment, il a un petit quelque chose qui ne laisse aucun doute quant à sa masculinité.

Diogène tripotait le petit, qui semblait adorer ça. Diogène ne savait pas que chez certains peuples, le massage des bébés est un moyen de combattre une vue négative de la vie et le suicide à l’adolescence. Le plaisir appelle le plaisir. Un moyen de se garantir d’être éternellement optimiste.

Traitement spécial pour le petit.

Rien ne peut échapper à l’oreille d’une femme quand il s’agit de ses petits.

Amfèpétéléplom

Diogène a peut-être raison. Que savons-nous du transfert d’une âme dans un corps ? Peut-être que Dionysos était là au moment de la livraison et qu’il était ivre mort. Tu sais, les amis nous entraînent dans le mal.

Virus

Ma pauvre petite chérie, une autre raison pour te faire du souci. Il n’y a qu’un moyen pour éviter cette tragédie. L’exemple. Je vais moi-même, seul, sans femme, m’occuper du petit. Ainsi, il n’apprendra pas comment se comporte une femme et devra nécessairement agir comme moi. Je ne suis pas le plus sage des hommes, mais je saurai lui indiquer la voie pour se conduire en homme.

Diogène

Je peux t’aider.

Virus

Je ne voudrais pas qu’il soit aussi sauté que toi, mais j’avoue que ton honnêteté, ta loyauté, ton authenticité valent bien toutes les séances de nos tempérants professionnels. Rien n’est plus hypocrite que celui qui fonde sa valeur sur sa maîtrise de soi devant les autres.

Diogène

S’il est qu’entouré que de mâles, il ne pourra certainement pas agir comme une femelle, de dire Diogène L’homme tempérant par excellence connaît les désirs, y succombe parfois, mais demeure maître de lui-même, la plupart du temps. Il succombe quand il le veut, pour mieux se rappeler, pourquoi il est tempérant.

Virus

Tout est toujours question de modération, de consentement et de connaissance.

Amfèpétéléplom

Je veux pouvoir le voir. C’est mon fils. C’est ma chair

(un langage bien connu et super exploité par les femmes).

Je préfère un enfant un peu vicieux à un ange que je ne verrai jamais.

Virus

Je te comprends, mais s’il est en contact avec toi, il pourrait, en t’imitant, développer son côté femme. Je vais faire son éducation. Le traîner toujours avec moi. Faire les exercices avec lui. Et, nous pourrions l’amener au repas de la fin de la journée. Ainsi, il connaîtra quand même sa mère et n’aura pas le temps d’apprendre les gestes féminins.

Diogène

Une très bonne idée. Je t’accompagnerai dans tes efforts pour en faire un vrai garçon.

La peur rend parfois contradictoire, c’était bien le cas des sentiments de Virus.

Virus trace un plan d’exercices.

Si Virus était d’accord pour réintégrer la Cité et ses règles, ce changement ne devait pas s’opérer au détriment des bébés. Par contre, il avait convenu avec son épouse qu’il était préférable de faire des sacrifices maintenant, plutôt que de pleurer plus tard.

Comme convenu, le petit ne verrait régulièrement à la maison, dans les premières années de sa vie, que la figure masculine de son père et de Diogène. Tous ceux qui auront contact avec le petit devront être des mâles et avoir une allure de mâle. Pas question qu’un efféminé s’approche et influence les gestes du petit. Virus s’occupera, avec Diogène, de lui faire comprendre l’importance de la tempérance ; mais Virus, sans le dire, aurait préféré que le philosophe « punk » soit ailleurs. Aussi, pour le décourager, Virus lui donna le travail de le changer de couche.

Chaque jour, Virus et Diogène s’affairaient, nus, près de l’enfant, à des exercices physiques, afin qu’il soit ainsi plongé dans la beauté des corps mâles, malgré les déficiences des modèles.

Pour rendre encore plus virile l’image envoyée au jeune, Virus exigea que lui et Diogène portent dorénavant la barbe. Aussi, passaient-ils de longues minutes à se laisser contempler par le jeune, qui s’agitait quand il les apercevait.

Virus

(s’adressant à Diogène)

Tu n’es pas le plus bel homme à regarder, surtout, depuis que tu fais de la bedaine.

Diogène

Ça lui permettra de faire la distinction entre le beau et le laid.

Virus

En tous cas, quand tu mettras tes barils, pas question de venir dans la chambre. Je ne veux pas qu’il te voie ainsi costumé. La mode est une faiblesse féminine.

Diogène

Je trouve que t’en mets un peu trop. S’il a à être efféminé, nous n’y pouvons rien. Regarde, le jeune Alcibia, les autres lui ont flanqué la raclée de sa vie et pourtant, il a toujours les poignets cassés. Est-ce possible qu’on ne puisse pas changer quand c’est notre orientation sexuelle ?

Virus

Si le monde était moins méchant, je ne serais pas préoccupé par son allure extérieure ; mais comme tu l’as constaté toi-même, s’il est efféminé, ce sera une vie d’enfer pour lui. Il sera la risée et la victime des sados qui s’imaginent être les seuls à être digne de vivre. Mieux vaut prévenir que de guérir.

Diogène

Guérir quoi ? En fait, ce n’est qu’une question de contrôle de soi. Tout le monde est d’avis que l’être aimé doit résister et ne pas être une proie trop facile, sinon c’est une putain. Il a le droit de goûter aux plaisirs de la chair, mais tout en donnant l’impression qu’il le fait seulement quand il le désire. Question de contrôle, man !

Virus

Et de consentement.

Diogène

La beauté de notre philosophie est de tout accepter, s’il n’y a pas de violence.

On ne peut pas avoir de plaisir en souffrant, mais le désir peut nous détruire si on ne sait pas se contrôler et prendre le temps de mériter les faveurs de l’autre. Combien d’hommes sont devenus esclaves des boissons ?

Virus avait hâte que le fiston commence à faire des pas, qu’il puisse participer aux exercices, mais chaque chose en son temps.

Virus

Pour le stimuler encore plus, je devrais l’appeler Virus plus. Virus plus. Ça implique le besoin de toujours en faire plus. C’est quand même mieux que Virus deux ou Junior.

Diogène

On a encore un peu de temps pour y penser. Ivoitou sera là demain. Peut-être qu’il connaîtra le prénom qui lui est destiné. Des jumeaux… il y a sûrement une raison.

4 Aphrodia= Faire l’amour.

5 – poche : terme québécois pour désigner le scrotum.

Diogène 16

juillet 27, 2020

La démocratie et les droits.

Virus fut invité chez Périclès pour participer à l’expérience du champ magnétique qui devait relier le Québec à la Grèce antique.

À sa surprise, rendu au Québec, Virus constata que le système dit démocratique n’avait rien de comparable avec les sociétés dans lesquelles il avait vécu. Tout était rendu beaucoup plus complexe. Une vraie mafia légale.

Il s’interrogea donc sur le sens de la démocratie et son contenu. Est-ce que voter est la démocratie ? La démocratie n’est-elle pas la vertu d’une institution qui permet à chaque individu d’avoir la possibilité de dire « son mot » dans la société dans laquelle il vit ? Comment un citoyen peut-il contribuer à créer une société meilleure, s’il ne peut pas vivre autrement que les autres ? Ce n’est sûrement pas en ayant seulement le droit de vote que l’on vit en démocratie. Par contre, comment un individu peut-il, à lui seul, faire triompher une réforme ? Comment arriver à la vendre et à la faire instaurer ? Il fallait être riche pour pouvoir faire jaillir ses idées au grand public.

La démocratie exige le respect des autres et la pluralité. Virus était certain qu’il ne peut pas y avoir de démocratie sans droit individuel. La démocratie exige l’égalité entre les êtres qui la composent. C’est la base de toute forme de respect. Même le pire des bandits a droit à ce respect fondamental d’« être un humain ».

Chez les Amazones, même si elles votaient toutes pour établir les règles de leur peuple, on ne pouvait pas parler d’une vraie démocratie, car les hommes y étaient exclus et tous les étrangers étaient tués, dès qu’ils mettaient les pieds dans l’île. Elles devaient, une fois une règle instaurée, toutes s’y plier, même si c’était contre leur gré. Le droit de la majorité est ainsi le seul existant. Pas de vie individuelle. D’autre part, c’était aussi ce qui se passait avec la Cité puisque les femmes n’avaient pas droit de participer à la vie politique et les esclaves étaient considérés comme du bétail, des muscles pour le travail.

Dans les deux cas, on ne tenait absolument pas compte des droits individuels et une vraie démocratie est un équilibre entre les droits de la majorité et ceux de la minorité, sans exclusion.

Dans une vraie démocratie, le bonheur de tous est aussi celui de chacun.

Virus constata aussi qu’au Québec, les pouvoirs étaient divisés et délégués à des représentants plutôt que d’avoir un vote pour chaque individu, sinon une fois tous les quatre ans. Il comprit vite qu’il était impossible d’avoir encore une société, où tous les citoyens pourraient s’occuper seulement de politique, comme à son époque.

Cette forme de vie était possible en Grèce antique, seulement parce que les femmes s’occupaient de la ferme et que les esclaves faisaient les travaux. Pourtant, même si les femmes étaient essentielles pour permettre de maintenir les revenus de leur époux, celles-ci n’avaient aucun droit.

La démocratie religieuse ou communiste, c’est la même chose. Tout appartient à tous, comme dans les monastères.

Déçu, Virus décida de retourner en Grèce et de se battre politiquement pour faire valoir sa définition de la démocratie. Il savait très bien que même s’il entreprenait une campagne pour changer les choses, ce serait absolument impossible. Il devait donc trouver un moyen de transmettre ses connaissances.

De retour, il décida de ne plus se servir du transporteur dans d’autres siècles, et, de plutôt se servir de sa propre réflexion sur le temps présent. Il en fit part à Périclès.

Cependant, il se disait heureux de participer aux discussions, puisqu’il avait pu aller voir dans le futur ce que serait la démocratie ou ce qu’il en resterait.

Virus

On dirait que les sociétés régressent plutôt que de s’améliorer. Pas étonnant qu’un jour, on sera soit rendu à devoir se battre pour empêcher la mort de la planète.

Virus crée un lycée.

Virus n’eut pas besoin de consulter Charlemagne pour

comprendre que l’éducation est le moteur de développement pour toutes les sociétés.

S’il voulait qu’un jour, la démocratie soit une valeur fondamentale qui anime toutes les institutions de la Cité, il devait s’arranger pour que cette idée se répande et se développe.

La démocratie ne peut exister que chez des êtres libres. La démocratie, c’est le respect de l’autre, de son droit à la différence, et surtout, reconnaître que l’état, c’est chaque citoyen. Il ne peut pas y avoir de véritable démocratie, s’il y a le moindrement de censure.

Virus décida de se servir de son patrimoine pour donner la chance à des jeunes de vivre une expérience de liberté chez lui.

Le meilleur moyen était de créer, comme Platon, une école de réflexion sur la Cité. Ainsi, les élèves pourront partager leur savoir. Aristote y serait le principal conférencier.

(Jean Vanier a écrit un livre extraordinaire « Le goût du bonheur » sur Aristote, aux Presses de la Renaissance)

Virus voulait rassembler les jeunes qui ne pensaient pas nécessairement comme lui, mais qui étaient terriblement curieux. Le savoir est une passion.

Il voulait des jeunes passionnés, dégourdis, pleins de questions, capables de devenir de bons politiciens et philosophes.

La seule condition d’admission : vouloir connaître et améliorer les choses. Comme Marc Lachance,3 il recrutait

dans la rue, les jeunes qui voulaient apprendre. En échange, ils étaient nourris et logés.

Ayant été profondément déçu de voir comment se comportaient les partis politiques, lors de sa visite au Québec, Virus crut préférable de créer des groupes de travail par sujets à maîtriser. Virus n’avait malheureusement pas connu les commissions parlementaires, là, où le travail sérieux doit être accompli au-dessus de la partisannerie politique.

Aussi, les jeunes se réuniraient, pour l’instant, dans un mouvement d’affirmation plutôt qu’à l’intérieur de partis politiques, incapables de voir le bien de la nation avant celui du parti.

L’expérience indiquerait le meilleur moyen de permettre aux idées innovatrices de faire leur chemin.

L’école libre de Virus pouvait recevoir 20 jeunes. Des jeunes abandonnés dans les rues d’Athènes. Il décida qu’il n’y aurait qu’une règle : pas de violence.

Il y aurait des maîtres à penser ou spécialistes, œuvrant dans différents domaines, qui demeureraient disponibles aux jeunes en permanence. Ainsi, si une question faisait surface, les jeunes n’avaient qu’à poser le problème pour obtenir la réponse des experts disponible pour les aider à avoir une idée complète de la situation. Tous les jeunes vivront dans une grange abandonnée, mais réaménagée. Pas question de surveillance. Il faut apprendre à faire confiance aux jeunes.

D’ailleurs, les règles de discipline seront fixées par les jeunes eux-mêmes.

Il y aura une assemblée hebdomadaire pour réexaminer le vécu du groupe et annoncer les découvertes de chacun. L’enseignement gravitera autour des discussions de groupe. C’était Summerhill avant la lettre.

Virus décida que les classes seraient ouvertes, autant pour les filles que pour les gars, même s’il savait que les moumounes se remettraient à nouveau à protester.

Virus voulait ainsi affirmer le droit de quiconque de choisir son orientation sexuelle et d’avoir une vie privée, même si tu n’es pas majeur.

On ne naît pas libre. La liberté s’apprend à travers ses expériences.

« La liberté est le plus précieux des biens, elle fait ses premiers pas avec la responsabilité. » Pensait Virus.

La disposition à l’intérieur de la grange serait décidée par les jeunes eux-mêmes.

Virus était en train de travailler, quand on vint le chercher puisqu’Amfèpétéléplom était sur le point d’accoucher. Pour une fois, il retrouva la vitesse qu’il avait eue à l’époque de Jetelapoigne.

Des jumeaux pour Virus.

Virus se rendit chez lui plus vite que la vitesse de l’éclair. Il dépassa celle de la lumière, ce qui le précipita temporairement dans une autre dimension : il arriva à la maison juste avant qu’Amfèpétéléplom accouche.

Zeus fut estomaqué par un tel coup de vent. Il pensait que seuls les dieux avaient le droit de désobéir aux lois de la nature. Sans dire un mot, il se faufila dans un corridor dimensionnel pour savoir ce qui pouvait bien être la cause d’une telle précipitation.

Revenu à une vitesse plus normale, le temps rattrapa Virus. En entrant dans le salon, la sage-femme lui présenta son nouveau-né. « Quel merveilleux petit garçon ! »

Après avoir vu la cédille du bébé, Virus le leva vers le ciel pour l’offrir à Zeus, qui, ému, souriait dans sa barbe.

Au même instant, Virus entendit les cris de l’enfant qui, pourtant, avait la bouche bien fermée.

Aie-je un garçon ventriloque ? Se demanda-t-il. Avec la nature, tout est possible.

Il remit le petit à la nourrice et se secoua les oreilles pour éliminer les distorsions de la vitesse. Mais, les pleurs se poursuivaient. Ils venaient d’un étage supérieur. Virus parcourut le trajet, de sa position à celui d’où venait le bruit, et, il découvrit une autre sage-femme avec un autre petit dans les bras.

Virus

Qui est-ce ?

La sage-femme

Votre deuxième enfant. On devait le faire disparaître pour ne pas vous choquer.

Virus

Quelle est cette histoire de fou ?

La sage-femme

C’est dans l’ordre des choses. Il ne faut pas avoir de jumeaux et encore moins quand un…

Virus

Ce sont peut-être nos règles sociales, mais elles viennent de la religion, et moi, je ne crois pas tout ce que les religions nous forcent à croire.

Sage-femme

Tous les pères veulent un garçon comme premier enfant. Ils s’imaginent qu’ainsi, ils auront une descendance. Ce bébé ne répond pas à cette restriction, c’est une fille.

Virus (en colère)

Que me racontez-vous là ? Qu’est-ce que ça change que ce soit un garçon ou une fille ? Est-ce que seulement les gars sont des humains ? Croyez-vous sérieusement que la différence de sexe rend un enfant inférieur à l’autre ? Qui est l’imbécile qui a inventé une telle différence ? Ce qui compte, c’est le cerveau et ce qu’il habite.

Virus amena la petite dans ses bras et le déposa près de son petit frère. Il compara les enfants et demanda qu’on lui montre une différence qui justifiait de préférer un sexe à un autre. Tous les deux mangent, tous les deux pleurent, tous les deux apprennent, tous les deux pissent et chient. Quelle vraie différence y a-t-il ?

Quand on voit un bon chien, est-ce qu’on fait d’abord une différence basée sur le sexe ? Un humain est un animal, exactement comme tous les autres animaux, du point de vue anatomique. Pourquoi prétend-on qu’un est meilleur, plus noble, plus important que l’autre ?

Virus saisit la petite et l’offrit aussi à Zeus qui pleurait de joie dans son coin.

Virus donna ensuite l’ordre aux deux dames de se rendre avec lui, voir Amfèpétéléplom. Elles étaient heureuses. Enfin un homme qui ne s’en laisse pas imposer par les folies religieuses.

Virus décida que l’on organiserait une grande soirée pour fêter cet événement. Il laissa l’organisation de la fête aux mains des jeunes du lycée. « Les jeunes adorent se sentir responsables », se dit-il.

Il envoya un messager, informer les garçons, demeurés sur l’île de Lesbos, de ces naissances ainsi qu’une invitation pour venir les voir.

Maintenant, il faut leur trouver des noms.

(Qui a des suggestions ?)

Des jumeaux : une malédiction ?

Virus et Amfèpétéléplom étaient extrêmement heureux d’avoir des jumeaux, mais ils se demandaient s’ils devaient y voir là une malédiction ou une bénédiction des dieux.

Est-ce que les enfants seront moins en santé puisqu’ils sont deux à la naissance ? Faudrait-il éliminer la fille pour avoir un garçon plus robuste ? Était-il trop tard pour réparer les dégâts ? Avaient-ils dû se partager l’énergie nécessaire pour venir au monde ? Telles étaient les questions qui créaient les règles de la société, car même si on ne croit pas aux folles données des religions en matière de morale sexuelle, on a toujours peur que les religions aient raison.

Virus se le demandait aussi, parce que le garçon pleurait plus que ceux qu’il connaissait et il était peut-être même un peu froid. D’autre part, il savait qu’il faut être sec, pour être un garçon fort et ne pas trop avoir d’humeurs comme les femmes. Le temps serait donc la seule réponse.

Virus et son épouse décidèrent de consulter la surveillante des naissances, pour s’assurer qu’ils avaient bien suivi toutes les règles pour une procréation saine. Il n’avait pas l’âge idéal, c’était l’évidence même ; mais autrement tout avait été réalisé parfaitement selon les règles.

Le rapport de cette surveillance notait que les parents étaient tous les deux trop jeunes. C’était peut-être pourquoi les bébés semblaient en pleine forme, profitant de la jeunesse des parents. Les spécialistes religieux disaient eux, au contraire, que les enfants nés de parents trop jeunes sont rachitiques et ont une faiblesse de l’âme, qui se révèle avec le temps.

Par contre, la conception eut lieu en hiver. On sait qu’il ne faut jamais faire l’amour durant l’été, toujours question de chaud et de froid. Il ne fallait pas trop faire bouillir le sang… Mais, ils l’avaient fait juste à la limite entre le printemps et l’été.

De plus, Virus et Amfèpétéléplom avaient, le soir de cette première, été en prière durant une heure, de façon à s’assurer qu’ils étaient tous les deux bien conscients de leur désir d’avoir un enfant. La sincérité de leurs prières ne pouvait qu’avoir été agréable aux dieux.

Le couple pensa qu’en ayant invoqué des dieux différents, chaque dieu avait apporté sa semence.

Amfèpétéléplom avait prié Athéna et Minerve, alors que Virus avait adressé ses prières à Zeus et Apollon. Est-ce qu’ils auraient, de part et d’autre, en même temps, répondu aux prières, en oubliant de se consulter ?

Virus commença les vérifications, en s’assurant que la chaleur de son corps et de sa tête n’avait pas diminué depuis cette nuit. Faire l’amour est une lutte très violente. La perte de chaleur qui s’opère lors de l’éjaculation avait été vite comblée ? Donc, Virus n’avait pas souffert de cet exercice.

D’autre part, Virus confirma qu’il ne sentait pas une perte plus grande de sa moelle épinière, depuis qu’il avait eu deux bébés. Donc, cela confirmait que cette double naissance n’avait pas exigé un surplus de sperme. Pour s’en assurer, la surveillante lui massa la colonne vertébrale. Elle confirma ne sentir aucun changement. Mais d’où venait que deux bébés naissent avec la même quantité de sperme ?

Quant à Amfèpétéléplom, elle se sentait très bien, elle aussi. Aucun de ses organes n’était indisposé, malgré la venue des enfants. Cependant, elle était trop faible pour se lever. Était-ce le prix à payer ?

Le couple décida d’attendre quelques mois avant de se faire une idée sur ce qui leur arrivait.

3 -Marc Lachance a initié des cirques pour les jeunes en difficulté en Éthiopie. Il fut dénoncé pour des raisons sexuelles et demanda que son suicide soit interprété comme un assassinat.

Diogène 15

juillet 26, 2020

Virus rencontre Jetelapoigne.

En entrant en ville, Virus s’est d’abord rendu au Café des Olympiques, question de rencontrer quelques coureurs et se rappeler le bon temps, où il était plus rapide que l’antilope.

À sa surprise, il n’y avait que de nouveaux athlètes, des jeunes de 16 à 18 ans, beaux comme des dieux.

Virus se rendit au vestiaire, question de se rincer un peu l’œil, car, parfois dans la vie, on a besoin aussi de beaux souvenirs pour retrouver un coin de soleil. Il faut profiter des bons moments pour compenser les mauvais.

Virus comprenait, en voyant d’aussi beaux garçons, que Zeus soit tombé amoureux d’un adolescent humain.

Cependant, pour lui, l’époque des baisers et des caresses avec des copains était révolue. Il était responsable d’Amfèpétéléplom. Elle n’aurait rien dit, parce qu’elle savait que ce n’est pas une petite aventure en passant qui détournerait Virus de ses obligations de père, mais Virus s’était créé cette frontière personnelle.

Virus.

Si tu fais un enfant, tu te dois de l’assister jusqu’à ce qu’il ait l’âge de s’occuper de lui-même.

Virus le croyait fermement. De toute façon, Virus avait aussi appris qu’il est toujours préférable de dire la vérité et être transparent.

Pourtant, l’acharnement d’Ypontife aurait dû lui apprendre que ce ne sont pas tous les humains qui ont l’intelligence d’Amfèpétéléplom et qui respectent la liberté individuelle des autres.

« La morale est comme le sexe, un élément essentiel à la vie privée. Tout est permis, s’il n’y a pas de haine ou de violence. S’il y a consentement mutuel. Un individu qui ne peut pas dire catégoriquement oui ou non est un caméléon. Ce n’est pas une question d’âge, mais de développement de jugement, d’autonomie. Un adolescent qui ne peut pas décider s’il aura une relation sexuelle ou pas, manque de maturité, car il n’a pas appris à prendre les décisions le concernant. C’est un sujet qui le regarde, lui, pas ses parents, ni ses amis. Rien n’est plus personnel que le sexe. » Pensait Virus.

Virus avait déjà toutes les valeurs nécessaires, pour embrasser un jour celles du christianisme, mais contrairement à St-Paul, il n’était pas un homosexuel frustré qui se reniait. Virus savait assumer ses ambivalences sexuelles.

Virus

Si les hommes étaient moins hypocrites, l’ambivalence sexuelle serait reconnue comme une réalité très généralisée. Cette hypocrisie a été l’enfer de tous ceux qui ont dû « se » vivre autrement que selon leur vraie nature, juste pour échapper à la saleté des mauvaises langues.

Virus était en extase devant un petit gladiateur, quand Jetelapoigne arriva sur les lieux.

Jetelapoigne fit comme s’il ne l’avait jamais vu. Il s’approcha du petit lutteur et lui dit, grâce à son interprète, qu’il avait de quoi le rendre très riche, s’il voulait bien lui appartenir pour une nuit.

Le jeune fit un grand sourire, ouvrit les bras et se branla le derrière. Une invitation évidente à passer aux actes. On se comprend très vite quand on est libre, pensa Virus. On n’a pas besoin de discours pour découvrir le désir de l’autre. Le langage verbal en dit parfois plus que les mots.

Quand Jetelapoigne repassa devant lui, étant moins pressé, n’ayant pas à s’assurer de ne pas vivre la prochaine nuit seul, il s’arrêta près de Virus. Il lui sourit à peine et continua sa route.

Virus n’était pas totalement fâché de cette attitude. Il savait qu’il était « passé date » pour Jetelapoigne et que Jetelapoigne devait chercher plus longtemps pour satisfaire ses besoins. Une nouvelle anxiété l’habitait. Jetelapoigne l’avait rendu riche. Mais, il se sentait un peu humilié de cette nouvelle attitude, puisqu’ils avaient déjà eu du bon temps ensemble. Virus se serait attendu à ce que Jetelapoigne s’intéresse un peu plus à lui. Cependant, Virus comprenait que la nouveauté est une partie intégrante de la beauté. Vu son âge, il n’était plus intéressant. Ce n’est pas qu’il aurait voulu se faire sucer une autre fois, mais il aurait voulu être reconnu et traité comme un être humain, revivre ensemble ce moment de vie paradisiaque, et ne pas être devenu un souvenir effacé, un objet.

En ce sens, la lutte féministe est la même que chez les gais. Une expérience sexuelle devrait nous unir pour assez longtemps. C’est un partage. « Un phantasme pour les jours de solitude », pensa Virus. Le sexe devient un rêve, une fleur s’il nous porte à aimer. Il est un simple plaisir, s’il ne crée pas de nouveaux sentiments.

L’attitude de Jetelapoigne signifiait carrément que celui-ci n’était plus intéressé à Virus. Ce n’avait été qu’une aventure. Virus comprit qu’il ne pouvait plus faire confiance à cette relation pour faire appel à Jetelapoigne, si de nouveau le besoin se faisait sentir. C’était un passé bien mort et enterré. Dommage !

Le meurtre de Jetelapoigne.

Virus, Diogène et Aristote durent continuer la visite de la Cité quelques jours plus tard, car Amfèpétéléplom avait eu besoin d’eux pour refaire un peu de ménage sur la ferme de Platon, appartenant dorénavant à Virus.

Les propriétaires devaient, comme tous les citoyens, s’occuper de politique, mais pour Virus, qui avait une très grande affection pour sa femme, celle-ci passait avant toutes

autres préoccupations. Durant trois jours, il fit aller son balai et lava des planchers. C’était, sans contredit, l’aïeul des hommes roses.

Qu’un homme aime son épouse, quelle autre bonne raison pour alarmer toutes les grandes-gueules dans les « spas de la Cité » !

Ce mal semblait se propager davantage, du fait que Périclès était aussi tombé en amour avec une femme qui n’avait pas la stature voulue par le régime politique. Ça ne faisait que renforcer les liens entre ces deux hommes qui vivaient en dehors des sentiers battus.

La grande question dans les conversions des médisances et calomnies était de savoir : est-ce que les femmes deviendront homophobes comme les Amazones ?

« Quand les femmes s’identifient à leur sexe, elles ignorent tout ce qui vient des hommes. Elles s’imaginent que tous les problèmes sont dus aux mâles. Elles ne savent pas faire la différence entre un mâle et un macho », disait- on dans bien des conversations. « C’est la racine du mouvement féminoune », dirait-on de nos jours. Les féminounes ne s’identifient qu’à leur vagin.

On se plaisait à rappeler que Virus avait contribué à l’évasion des Amazones. À cette époque, les bitches étaient des hommes politiques qui se servaient de leurs langues sales pour manipuler l’opinion des citoyens. C’étaient des journaux jaunes parlants.

Le trio de « grands marcheurs » était en route pour la ville, quand un jeune homme arriva à une telle vitesse, que le nuage de poussière qui le suivait n’avait pas encore le temps de retomber. Il haletait encore quand il commença à essayer de parler.

Le jeune homme

Pas croyable, « shouf shouf », Jete, « shouf shouf », Jetelapoigne, « shouf, shouf », est mort, « shouf, shouf ».

Juste à le voir ainsi à bout de souffle, Diogène tirait la langue et se frottait les oreilles. Ce qui ne l’empêcha pas de voir que ce petit avait une très belle gueule. Diogène aurait bien aspiré tous ces “shouf shouf”, si un bouche à bouche ne l’avait pas essoufflé davantage.

Diogène se tassa, pour être certain de ne pas manquer son coup, si jamais le jeune devait vraiment avoir besoin d’être ventilé. Diogène voulait être ce quelqu’un. Pas fou, le vieux. Il savait que dans la vie, il ne faut jamais manquer les occasions qui se présentent.

Diogène

Vas-tu accoucher ? Qui veux-tu poigner ?

Le jeune homme

Personne, “shouf. sho(il était un peu moins fatigué), je veux dire, “shouf, s », que Jetelapoigne est mort. Il a été, “sho”, assassiné par sa femme.

Diogène

Jetelapoigne a une femme ?

Aristote

Comme tout le monde !

La femme s’occupe d’administrer les finances et les biens, alors que l’homme les dépense avec ses amants, entre deux exercices politiques. Et, je te dis, y paraît, qu’ils coûtent chers « ses » petits amants.

Diogène

Qu’est-ce qui est arrivé ?

Le jeune homme se releva après s’être assis une minute.

Pendant ce temps, Virus dérougissait, puisque Périclès ne semblait pas savoir qu’il avait adoré la manière de Jetelapoigne de lui faire une pipe.

« Il était difficile à battre, pensa-t-il. Meilleur et moins dangereux qu’un aspirateur ou une trayeuse électrique », auraient pensé certains enfants de cultivateurs d’aujourd’hui.

Jeune homme

Jetelapoigne venait de rencontrer un petit gladiateur et comme d’habitude, une fois assouvis ses désirs, il commença à chercher un petit nouveau. Le petit gladiateur ne l’entendait pas ainsi. Il voulait profiter de la vie un peu plus longtemps. Il se rendit chez…

Aristote

Jetelapoigne ?

Le jeune homme

C’est ça que j’ai dit. Le petit gladiateur raconta à son épouse comment il avait été mis de côté et il demanda de recevoir de l’argent pour compenser son désarroi de devoir revivre dans la pauvreté. Il se serait fait fermer la porte au nez, avant que deux esclaves arrivent pour le tabasser.

Le soir, Jetelapoigne, à l’invitation de sa femme, a bu comme un trou. Il dormait, quand elle profita de son sommeil pour le précipiter dans l’éternité. Une vingtaine de coups de poignard. Je te jure que ça fait tout un papier pour le Journal d’Athènes, qui se régale de tout ce qui est sordide pour se faire une bonne passe.

Virus

Elle était jalouse, pas à peu près.

Diogène

Il ne faut pas avoir une femme dans sa vie quand on a de l’argent. Elle voudra tout pour elle seule.

Le jeune homme

Elle ne l’a pas tué par jalousie, mais parce qu’elle ne voulait pas lui verser d’argent. Ce n’était pas le premier qui essayait de profiter de la richesse de Jetelapoigne.

Virus comprit qu’il avait quand même été privilégié, puisque son aventure avec Jetelapoigne avait duré plus longtemps. Il avait eu la tempérance voulue pour ne pas succomber immédiatement, comme le veut la coutume. Il se rappela la fougue de l’extase de Jetelapoigne, de ses cadeaux pour l’amener à consentir. Virus ne regrettait rien, loin de là. Comme on disait déjà : « Quand t’as un bon pédéraste, sois assez intelligent pour ne pas le perdre. T’es un gars riche ».

Virus provoque une bataille.

À son arrivée au centre-ville, Virus décida de s’arrêter au bar « Le midi chaud ».

Diogène était bien d’accord, car il en profiterait pour aller « cruiser » dans les toilettes. Il avait mis son tonneau « jet », exprès pour ne pas être trop large et pouvoir se déplacer vite le pénis d’un bord ou de l’autre.

Virus commanda à boire et se permit de payer une petite bière à deux citoyens, installés au bar. Ceux-ci, bien heureux de sauver un peu d’argent, vinrent s’asseoir avec Virus, pendant que Diogène réalisait ses rêves.

Évidemment, la conversation tourna immédiatement sur le sort de Patronis, l’épouse de Jetelapoigne. Les deux hommes s’étaient entendus pour la dénoncer, au cours une séance politique spéciale qu’ils venaient de convoquer.

Optis

Il faut absolument qu’on s’en occupe. Si les femmes se mettent à pouvoir dicter nos fréquentations, nous serons pires que les esclaves. Il faudra avoir un petit serein en cachette.

Grossis

T’as parfaitement raison. L’argent que tu dépenses ne regarde pas ton épouse. C’est toi, le propriétaire ; celui qui a la responsabilité de la ferme. Tu dois bien nourrir tes esclaves et ton épouse. C’est normal, si tu veux que ta propriété prenne de la valeur, mais tu n’as aucun compte à rendre à celle qui administre tes biens, durant que tu te dévoues à la vie politique.

Le problème avec les femmes, c’est leur maudite jalousie. Ce n’est pas parce qu’elles ont un sexe intérieur qu’elles doivent exiger que seul ton pénis marital ait droit d’y pénétrer et que le pénis du mari soit privé des autres femmes, sous prétexte que ça peut les salir psychologiquement. La pudeur est une maladie qui loge entre les deux oreilles. La compétition, ça existe, même dans les échanges humains.

Virus

J’aimais bien Jetelapoigne, mais vous ne trouvez pas que c’est insupportable pour une femme, qu’à tout bout de champ, de jeunes serins frappent à sa porte pour obtenir une compensation financière pour avoir fait l’amour avec son mari ? C’est courir des risques, ouvrir la possibilité à tous les chantages.

Optis

Absolument pas ! Pourquoi faudrait-il tenir compte de l’avis de notre épouse, alors que nous sommes, au moins durant les 40 jours de la session politique, totalement absents de la maison ? Les femmes devraient être contentes qu’on leur laisse une partie de notre fortune pour améliorer leur vie.

Virus

Mais, l’homme ne devrait-il pas accorder un statut spécial à son épouse puisqu’elle lui rend un très grand service ?

Grossis

Ça existe déjà. L’épouse a prépondérance sur la prostituée, la concubine et les femmes esclaves. On ne peut pas avoir de descendance avec quelqu’un d’autre que notre épouse afin de protéger la qualité de la lignée.

Plus Virus parlait, plus Grossis le regardait et se demandait où il avait vu ce visage.

Quand Diogène arriva, la mémoire lui revint soudainement. Il se rappela d’avoir déjà vu ce bonhomme à tonneau… quand il manifestait devant chez…

Grossis

T’es le gars qui a épousé une jeune esclave ? Cette charogne qui essaie de détruire notre civilisation, en instaurant une nouvelle façon de voir le sexe.

Optis

Bien oui ! Regarde donc qui nous fait la morale. Le protecteur des femmes assassines, des étrangères.

Ils n’avaient pas terminé leur phrase, que Virus fut solidement frappé. Ils s’acharnèrent sur lui comme s’il était leur pire ennemi. Il y a des gens qui ne peuvent pas tolérer que d’autres aient une vérité qui ne soit pas la leur.

Pendant ce carnage, Diogène se sauva, abandonnant son tonneau comme une carapace.

Le serveur intervint et mit les deux attaquants à la porte. Le barman était un ancien lutteur olympien.

Diogène 14

juillet 26, 2020

Attaque-surprise.

Avec la découverte de la deuxième fléchette, Virus était maintenant certain de trouver la ou les propriétaires. Un bon nombre d’Amazones se servaient d’arcs. Qui possédait un lance-fléchette ? Il ne se rappelait pas avoir vu quelqu’un utilisant ce type d’arme. Sa rareté devenait donc un indice sérieux. Mais, l’enquête devait attendre au lendemain, Virus ayant d’abord des responsabilités paternelles.

Tout le monde dormait profondément, quand on entendit résonner les cris de Klaxon. Le chien jappait de plus en plus fort. Virus sortit immédiatement. Ce n’était pas l’habitude de Klaxon de se mettre à japper durant la nuit. S’agissait-il de la présence inhabituelle d’un animal ? Le soupçon fut très court. Virus aperçut immédiatement deux ou trois maisons en flammes. Il se précipita vers l’incendie, mais il se ravisa immédiatement.

« Si quelqu’un nous attaque, je dois d’abord protéger Amfèpétéléplom. » Se dit-il.

Virus n’avait pas tort. Il entendit au loin la lutte qui s’engageait entre les Amazones du village et celles qui attaquaient. Virus s’arrêta en passant, à la hutte où étaient couchés les hommes, pour s’assurer qu’ils ne soient pas pris par surprise.

À son arrivée dans sa hutte, une Amazone l’attendait.

« Nous sommes attaquées par une bande dirigée par Thénusse », dit-elle.

Virus comprit immédiatement d’où venait le danger. Thénusse était une prêtresse d’Athénus. Cette conformiste n’aimait pas l’arrivée de mâles dans l’île. Voilà pourquoi elle s’était attaquée à Label Blonde.

Le problème avec les religions c’est que, d’une part, elles refusent d’évoluer et, d’autre part, elles empêchent les autres de penser différemment d’elles. Crois ou meurs.

Même si le temps démontre que leur enseignement est faux ou idiot, les religions continuent de se croire la seule vérité à respecter.

Virus s’arma et constata vite qu’une trentaine d’Amazones avaient entouré la maison, de manière à le protéger. « On se croirait des chefs de bandes », pensa Virus.

Malgré l’intensité du combat, les amis de Virus remportèrent la victoire. Deux fanatiques furent prises prisonnières, alors que les autres se sauvèrent dans la brousse. L’alarme était sonnée. C’était bien une rébellion religieuse.

Les religions et l’économie sont les principales causes de la guerre depuis le début de l’humanité. Si Yvoitou avait été là, il aurait sûrement rappelé que l’on juge la valeur d’une institution à ses fruits.

Dès le lendemain, Virus tint un grand conseil. Il fut décidé que, pour sa sécurité, Amfèpétéléplom devait quitter l’île.

Quant aux gars, ils décidèrent de rester. La vie était trop belle pour l’abandonner. De plus en plus d’Amazones découvraient les plaisirs du lit avec un homme. La résistance à l’attaque de Thénusse prouvait que les Amazones démocrates avaient maintenant la force de résister aux assauts des intégristes.

Le plaisir est souvent plus fort que la peur.

Virus

Nous acceptons de vous laisser nos jeunes garçons, à la condition que soit établi un système de navigation et d’informations qui nous tiennent au courant de ce qui se passe sur l’île. Nous ne voulons pas interférer dans le genre de société que vous créerez, mais nous voulons nous assurer que les nôtres y seront bien traités. Si des Amazones préfèrent notre civilisation, nous serons leur porte d’entrée sur le continent.

Aussi, Virus et Diogène décidèrent d’accompagner Amfèpétéléplom. Cette fois, Klaxon était du voyage.

Ce petit héros aura dorénavant le rôle de sentinelle sur la ferme de Virus quand ils seront de retour.

Virus veut comprendre.

Virus voulait savoir deux choses avant de partir : est-ce qu’en laissant les gars sur l’île, ceux-ci étaient en danger ? Est-ce que l’organisation sociale des Amazones est meilleure que celle d’Athènes ? Quelle sorte de société devrait-on créer pour être heureux ?

Est-ce que l’armée de Thénusse était assez forte pour revenir, et cette fois prendre le contrôle ? La question fut posée à Fringale afin d’être discutée, lors de la réunion d’urgence des Amazones.

Comme prévu, toutes étaient là, sauf une vingtaine, soit les fidèles de la prêtresse Thénusse. Les Amazones décidèrent immédiatement d’un plan de protection. Par exemple, la hutte des mâles serait dorénavant située dans le centre du village. Il serait ainsi impossible que Thénusse et ses fidèles puissent la rejoindre durant la nuit pour y mettre le feu ou tuer les occupants.

Aussi, des chiens furent attachés à l’entrée du village pour qu’ils donnent l’alarme, comme l’avait fait Klaxon. Klaxon fut nommé la mascotte des Amazones et on organisa une danse spéciale en son honneur, danse qui se déroulerait immédiatement après la réunion, avant son départ avec Virus.

On nomma Fringale présidente, pour remplacer Label Blonde. Pour la première fois, les Amazones furent appelées à présenter leur candidature, si elles désiraient le poste. Aucune ne manifesta d’intérêt. Fringale en profita pour signaler le danger que représente toute forme de fanatisme. Pour éliminer ce problème, la religion fut bannie du village. « Celles qui veulent prier peuvent le faire. La foi est un droit privé, mais plus question qu’il y ait une religion structurée et imposée à tous. »

Toutes les Amazones approuvèrent ce changement. On décida également que dorénavant, aucun arrivant ne pourrait être tué. Il sera amené à la présidente, qui devra trancher, en réunissant un petit cabinet d’urgence de deux ou trois Amazones.

Pour ce qui est des mâles, il fut entendu que leur tâche serait partagée, de manière à servir le plus longtemps possible le même groupe de femmes. Des groupes de quatre furent établis sur une base d’une semaine. Il fut entendu que dorénavant, le mâle demeurerait avec ses femelles, pendant la durée octroyée au groupe. Le choix de celle qui irait coucher dans la hutte des mâles serait déterminé par les femmes. Les gars n’avaient rien contre la polygamie. On essaierait ce système durant une année. Trois guerrières auront pour tâche de faire le pont entre elles et Athènes et fournir ainsi les dernières nouvelles à Virus.

Les Amazones refusèrent de se lancer dans une lutte de vengeance. « Si les fidèles d’Athénus veulent oublier l’incident, ce sera la situation rêvée. Mais, si elles attaquent à nouveau, elles seront toutes tuées. Pas question de guerres, mais pas question de vivre dans la peur. »

Virus savait que d’accepter des mâles changeaient la vie de toute la communauté. Est-ce que cette manière d’organiser la vie sexuelle pouvait satisfaire chacune d’entre elles ? Seraient-elles, elles aussi, dans l’obligation d’accepter que certaines d’entre elles soient gaies ? Est-ce qu’elles pourraient échapper à la jalousie ou faudra-t-il établir une hiérarchie ? Virus n’avait pas le temps de s’y arrêter. C’était maintenant leur affaire.

Virus était fier de pouvoir enfin, comme un homme politique, réfléchir au bien global de la communauté.

La démocratie, selon Virus.

Virus s’intéressa immédiatement à la notion de démocratie. Il venait de vivre deux formes différentes de société. Laquelle était la mieux structurée pour rendre ses sujets heureux ?

Chacune avait ses défauts. Mais, dans chaque cas, le problème fondamental résidait dans la tradition qui fixait les rôles des individus. Ainsi, l’individu n’existe pas vraiment.

Virus voulait créer une société plus ouverte, plus démocratique. Plus égalitaire.

Comment chaque homme pourrait-il aller voter et exercer son devoir de citoyen, si la population était plus nombreuse ou si l’esclavage n’existait plus ?

La religion était, de toute évidence, le pire ennemi de la démocratie, car elle établit des hiérarchies dans les valeurs qui permettent à certains de mépriser les autres.

Virus était convaincu que la démocratie ne pouvait pas exister sans que l’on proclame et reconnaisse dans les faits, l’égalité des individus, ce qui impliquait automatiquement le droit à la différence. Par ailleurs, l’inégalité existe autant à cause de l’aristocratie et de la bourgeoisie que de la religion.

Dans un tel cas, même la Grèce Antique ne pouvait pas se targuer d’être démocrate. Par contre, elle était un embryon intéressant du fait que tous les hommes pouvaient et devaient participer à la vie politique.

Selon Virus, cette société ne représentait pas la démocratie, parce que les femmes n’avaient pas droit de vote et surtout, à cause de l’existence des esclaves.

Tout étranger était un esclave, même s’il pouvait acheter sa liberté. Il n’était pas considéré comme un citoyen comme les autres. Comment organiser une société qui respecte l’égalité absolue entre ses membres, si la répartition des pouvoirs équivaut à la répartition des tâches entre hommes et femmes ? Comment échapper au clivage préconisé dans toutes les religions entre les hommes et les femmes ? Les pensées religieuses incitent à la discrimination parce qu’on a inventé le péché, donnant des règles qui ne respectent pas la réalité individuelle. Comment être fier de soi, si en naissant on te fait croire que tu es déjà un pécheur ? Virus était persuadé qu’il était impossible de créer une société égalitaire, sans remettre en cause le rôle que l’on attribuait à chaque sexe. Pire, Virus s’opposait à la règle selon laquelle on devenait un homme à trente ans. Il se rappelait les luttes qu’il dut livrer, parce qu’il était en amour avec Amfèpétéléplom. Donc, pas de démocratie, d’égalité, sans que l’on accepte le droit à son orientation sexuelle. Pas de démocratie, si on fixe un âge pour avoir droit à aimer. Chacun étant différent, la démocratie exige le respect de cette différence, de cette individualité, tant que celle-ci respecte aussi celle des autres, d’où le consentement réciproque est essentiel.

Comment intégrer ces changements dans un programme politique ?

Virus déplorait encore plus la mort de Croisos quand il s’interrogeait à ce sujet. « Si mon frère était vivant, il m’aiderait. » Pensait-il.

Virus décida de rencontrer Périclès dès son arrivée dans ce que l’on nomme la civilisation…

L’égalité crée des remous.

Virus savait que cette idée d’égalité entre tous les humains, sans distinction de couleurs, de sexe et d’âge, était loin d’être acceptée par tous, car on trouvait de nombreux arguments pour la réfuter.

« On s’imagine qu’être égal signifie de ne pas être différent », se dit Virus, convaincu qu’en cela résidait la pire erreur.

Ce fut d’ailleurs le sujet de sa première discussion avec Aristote ; mais il dut d’abord, bien évidemment, expliquer pourquoi Nicomaque voulait absolument demeurer chez les Amazones.

Virus

Mon cher Aristote, ton fils est un très beau garçon. Ce n’est pas parce que ce sont des femmes qu’elles ne s’en aperçoivent pas. Disons qu’il ne souffre pas d’un manque d’émotions et de tendresse. Les Amazones viennent de découvrir la beauté des hommes, le plaisir de faire l’amour et elles cessent de craindre les mâles. Elles viennent de découvrir ce que c’est d’être une femme libre, en devenant une partenaire parfaitement égale.

Ce n’est pas en fustigeant la sexualité qui fait partie intégrante de toi, au nom des principes inventés par les religions, que tu connais la liberté. Bien au contraire, cette façon de voir les choses te privera pour le reste de ta vie de jouir de la liberté.

L’aliénation, c’est-à-dire lécher ses fers, est le contraire de la liberté. La vraie liberté exige la liberté de conscience.

Comme le disait Simoneau, le censuré du Québec, il ne peut pas y avoir de vie privée, si ce sont les autres qui décident pour toi du bien et du mal. La société serait plus juste, si elle combattait la violence et l’exploitation plutôt que les plaisirs sexuels.

Cette nouvelle optique créera certainement des remous importants dans la structure sociale des Amazones. Elles passent de la paranoïa à la liberté, c’est-à-dire au choix et à la responsabilité de ce choix.

Tu ne fonctionnes pas de la même façon quand tu as peur ou, qu’au contraire, tu as confiance en toi et dans les autres.

Nicomaque est moins souvent privé de sexe que nous. Quand tu es jeune, c’est un carburant plus recherché que la fortune. De plus, ton Nicomaque est persuadé de poursuivre ton œuvre d’éducation et de philosophe, en réalisant cette recherche. Il la vit.

Un jour, il pourra la distancier dans son esprit et ainsi mieux nous transmettre ses connaissances. C’est toujours mieux quand on ne se sert pas d’un tiers pour tout apprendre. Le savoir n’est pas la connaissance. On peut importer le savoir des autres, mais la connaissance exige d’être vécue.

Nicomaque veut vraiment comprendre comment ces guerrières ont pu survivre durant des décennies, sans un homme. C’est un anthropologue avant la lettre. Il est important pour lui de savoir si elles étaient aussi gaies que les bourgeois athéniens. Pourquoi aucune d’elles n’a remis en question le fait que dès la naissance, tous les mâles devaient être mutilés, rendus aveugles et les pieds coupés ? N’y en a-t- il pas eu une mère qui a aimé son enfant, même mâle ?

Aristote

La seule chose qui m’importe, c’est sa sécurité et son bonheur. Chaque individu a le droit fondamental de choisir ce qu’il fait de sa vie.

À partir de l’adolescence, il faut les laisser tranquilles et devenir des amis, plutôt que d’essayer de les contrôler. Leurs paires ont plus d’importance que les parents. C’est une règle générale de la nature. Si tu es un parent trop sévère, tu seras répudié par ton fils ou il sera écrasé, incapable d’évoluer et de prendre des décisions importantes ; mais si tu es trop libertin, tu ne feras qu’assister à son suicide progressif. Ce n’est pas facile d’être parents. C’est un amour qui te dévore, parce que tu veux tout pour ton enfant, en oubliant tes propres besoins. Il faut apprendre à leur faire confiance.

Virus

Malheureusement, la majorité des parents ne savent pas reconnaître que les jeunes ont besoin d’autonomie pour évoluer. Ils ne savent pas lâcher prise. Mais, c’est normal de s’inquiéter pour un enfant dont tu as la responsabilité depuis plus de dix ans. Je pourrai en parler plus profondément plus tard, quand je l’aurai vécu. C’est toujours plus facile de juger les situations, quand tu ne les vies pas toi-même.

Aristote

Dans la vie quotidienne, devant les problèmes, tu n’as pas vingt heures pour prendre une décision. Tu fais de ton mieux. Quand bien même tu séquestrerais ton jeune, il deviendra ce que sa personnalité aura fait de lui. Ton influence est très restreinte, au fur et à mesure qu’il vieillit. Aucun de tes enfants n’est pareil, aucun ne réagit de la même façon. Cela n’empêche pas les discussions sincères et les bons conseils.

Virus

Je compte sur vous pour faire accepter le principe d’égalité entre tous les humains, hommes, femmes, enfants. Je comprends que chacun a un rôle social différent, mais la différence n’enlève rien à l’égalité.

Aristote

Comment crois-tu parvenir à changer le point de vue de toute une société ? Il y a des règles qui nous viennent du passé et qu’on n’ose pas remettre en question, simplement pour notre propre sécurité émotive. Ce sont les lois dites « préjugées ». Des règles que l’on croit justes et que l’on ne veut pas toucher, parce qu’on a peur de changer pour le pire. Ce sont des règles que tout le monde accepte automatiquement, car elles semblent justifiées du seul fait d’exister. Ces normes sont souvent religieuses. Mais, dans les faits, aucune règle ne devrait exister sans qu’on la remette parfois en question. C’est ça, l’évolution.

Virus retourne à la mine.

De retour, Virus décida de se rendre dans la Cité, en compagnie d’Aristote et de Diogène, question de voir ce qui avait changé. Se remettre à jour lui permettrait de faire le point, de commencer sa grande réflexion sur ce que devrait être la Cité idéale. Le monde de demain.

Avant d’arriver à Athènes, Virus s’arrêta quelques minutes à la mine des marais. Il se rendit là où il avait rencontré Amfèpétéléplom, là, où ses frères avaient été assassinés. Ce qui avait été déterminant dans son amour pour la petite esclave. Là, il était devenu amoureux, en plus, d’être le protecteur.

Virus était tout bouleversé. Il constatait que tout humain n’est qu’un humain. Un animal de même espèce. Tous vont naître, mais tous vont mourir. N’est-il pas bizarre que personne ne se rappelle sa naissance et que personne ne revienne des enfers ?

Un hétéro, selon les règles bourgeoises, est plus humain qu’un gai ; car, il se croit plus normal. Il incarne la majorité. Pire, la mort de millions de gens ne nous affecte pas, parce que ces étrangers ne nous côtoient pas tous les jours.

Les bourgeois sont incapables d’accepter la différence, la confondant avec la valeur des individus.

Virus constata que l’égalité fondamentale entre les êtres passe par la façon d’être traité. Est-ce qu’un citoyen peut être forcé à vivre dans des conditions minimales, pour ne pas dire minables ? Pourquoi un esclave serait-il inférieur

par le simple fait d’être un étranger et d’être plus pauvre ? L’esclave est reconnu esclave, parce que l’autre, le propriétaire, se croit supérieur à lui. Il s’imagine que cet individu est un objet, une machine à son service.

Comment expliquer que les pays soient maintenant dirigés par des dictateurs fous et voleurs ? Pourquoi Ivoitou disait-il que dans le futur l’or n’aura que changer de couleurs ; mais que pour cet or, on détruira la terre ?

Diogène avait donc raison ; tout se joue autour de la propriété.

Les religieux voyaient les peuples nouvellement découverts comme des animaux inférieurs, parce qu’ils ne croyaient pas dans les mêmes dieux. Comme les capitalistes- investisseurs voient aujourd’hui les travailleurs et les syndicats comme des dépenses.

En offrant des conditions de vie minimales, en s’opposant à toute forme de communication entre les esclaves pour empêcher les regroupements, en ayant des soldats pour tuer les têtes fortes, l’individu est condamné à accepter de subir son sort. Seul, il n’a que deux solutions : se résigner ou se donner la mort pour cesser de souffrir. Pourquoi choisir de vivre quand on est considéré comme un rien ? Comment peut-on espérer la délivrance, quand tout est organisé pour nous maintenir dans notre faiblesse ?

Virus pensa que le confort est un élément relatif, mais extrêmement important dans la définition du bonheur individuel. On ne peut pas être heureux dans l’insécurité ou en étant toujours privé de tout. Le bonheur se forge à travers le temps, car la vie est une montagne russe. Il faut savoir supporter les malheurs pour connaître les joies.

Ce n’est pas tout le monde qui, comme les religieux, les

ascètes, s’imagine prendre de la valeur, en s’infligeant des sacrifices et en se persuadant qu’exister doit être une souffrance. Pourtant, toutes les religions partent de cette pensée débile. Pourtant, elles ont tout un enseignement positif qui pourrait créer un monde de paix et d’amour ; mais elles préfèrent s’en tenir aux péchés.

La force de la nature impose l’humilité, mais la peur nie ta valeur. Le plus petit des atomes, la plus petite particule est en soi une force de la nature. Dans un monde d’esclaves, tu n’es rien d’autre qu’une force de travail. Malgré les millénaires, il y aura toujours des riches qui exploiteront la force de ceux qui leur sont plus faibles.

Pourquoi un esclave tient-il à vivre ? Cette question commença à fasciner Virus. Pourquoi vivre, si la vie n’est pas agréable ? Pourquoi espérer ? Espérer n’est-il pas  une illusion ? Est-ce que la vie peut être qu’un enchaînement de malheurs ?

En se rendant sur le chantier, Virus croyait pouvoir rencontrer quelques travailleurs qu’il avait jadis connus. À sa surprise, il n’y en avait plus aucun. Virus s’informa et dut constater qu’ils étaient tous morts. La vie était trop dure pour être endurée. Leurs corps n’en pouvaient plus, le cœur a lâché.

L’esclavage est donc un meurtre déguisé. Quel dieu  peut être assez barbare pour permettre l’esclavage ?

Virus fut saisi du changement. Nous sommes vraiment un animal comme tous les autres. Certains ne connaîtront jamais le plaisir de vivre. Le plaisir n’est-il pas lié partiellement lié au confort ? Est-ce un monde juste ? Qu’est-ce que l’esclavage ? Le travail pour le profit d’un autre, est-il de l’esclavage, si le salaire ne correspond pas à l’effort exigé ? Devoir absolument travailler, est-ce de l’esclavage ? Le travail est-il la vision moderne de l’esclavage quand le salaire est celui du crève-faim ? La guerre à la prostitution ne tient-elle pas de la jalousie, car on en veut à ceux qui font plus d’argent en travaillant avec leur sexe qu’avec leur bras ?

Ivoitou

Tu commences à comprendre que la très grande majorité des hommes sont esclaves de la finance et de l’économie. Il viendra un temps où les riches, les multinationales, auront plus de pouvoir que les gouvernements. La société sera alors une immense mafia mondiale légale. Elle sera un marché à la recherche de profits, et non, une nation qui voit au bien général de sa communauté.

Virus devait aussi, de ce fait, constater que notre monde correspond à ce que l’on connait, grâce en grande partie à notre expérience.

La mine des marais n’avait plus de sens, maintenant, que ses amis étaient morts. Elle n’était qu’un outil au service des plus riches.

Diogène 13

juillet 24, 2020

Diogène en mange une bonne.

Virus était extrêmement satisfait de sa deuxième découverte, quoiqu’elle apportait plus de questions que de solutions.

Virus se rendit d’abord rencontrer sa petite Amfèpétéléplom. Depuis qu’il la savait enceinte, il se sentait de plus en plus amoureux. Les désirs de sa compagne étaient maintenant des ordres. Il prenait plaisir à écouter l’embryon s’agiter à l’intérieur de la maman. Moins taciturne, Virus trouvait moyen d’inventer des histoires de plus en plus hilarantes pour divertir sa tendre épouse.

Virus aurait davantage préféré comprendre tout le phénomène entourant la naissance de l’enfant, à solutionner un meurtre, qui ressemblait de plus en plus à une lutte de pouvoir ou une chicane de ménage qui a mal tourné.

Par contre, Amfèpétéléplom était de plus en plus exigeante et de plus en plus souvent de mauvaise humeur. Virus se l’expliquait par la mort de Label Blonde, mais lui aussi était affecté par cette disparition.

Devait-il annoncer sa découverte à Amfèpétéléplom ou la taire pour ne pas tourner le fer dans la plaie ? Y a des moments de même où les gars ne savent absolument pas sur quel pied danser. Il ne voulait pas accentuer sa peine en lui rappelant la mort de sa petite amie, mais en même temps, puisque dorénavant il était possible que cette tragédie mette la vie de sa douce moitié en danger ainsi que celle de l’enfant, Virus ne pouvait pas demeurer silencieux sur les faits.

Cette nouvelle troubla effectivement Amfèpétéléplom. Elle blêmit et se mit à se promener, laissant ainsi s’exprimer son anxiété.

Amfèpétéléplom

C’est peut-être trop tard pour craindre des représailles, mais si la mort de Label Blonde a la moindre allure d’un conflit politique, d’un meurtre pour renverser l’ordre établi, nous sommes en danger. Les Amazones sont des barbares, elles n’ont jamais supporté un mâle. Mais, elles ont tellement changé. Pourraient-elles revenir à leur nature profonde ?

Virus

Ça me semble assez invraisemblable. Le petit Bellanfan n’avait pas mis les pieds sur l’île, que déjà il était déculotté, léché et adoré. Si les plus vieilles n’arrivent pas à supporter le changement, les plus jeunes semblent sensibles à la beauté du petit.

Amfèpétéléplom

Tu as probablement raison, car le poste de chef de bande est plutôt sans importance chez les Amazones. Elle ne fait que présider le conseil. Les individus n’ont pas à lui obéir. Pourquoi tuerait-on pour exercer une fonction qui

n’a pas d’importance particulière ? C’est plus une charge qu’un honneur.

Un bruit se fit entendre et Virus aperçut Diogène en sang, porté par deux amazones.

Virus

Qu’est-ce qui t’arrive ?

Diogène

De vraies sauvages. J’ai juste passé la main sur les fesses d’une petite qui était très alléchante et qui me souriait sans cesse. J’ai cru qu’elle me trouvait de son goût. Elle s’est mise à me frapper avec un bâton en plein visage. Une vraie tigresse.

Tout en amenant Diogène pour être soigné, Virus s’informa s’il avait trouvé la flèche recherchée.

Diogène

Je n’ai pas eu le temps. Pourquoi ces femelles me frappent-elles, alors qu’elles ne cessent de caresser Bellanfan ?

Amfèpétéléplom (en riant)

Mais parce qu’il est beau, lui.

Découverte du lieu du meurtre.

Virus était furieux. Diogène n’apprendrait donc jamais à demander aux gens s’ils consentent de se faire jouer après leurs bijoux de famille, avant de les manipuler.

La discussion fut très tendue. Diogène ne semblait pas accepter qu’il soit normal que les deux consentent avant de se lancer dans les plaisirs sexuels. Si je les paye, pourquoi auraient-elles un mot à dire ? C’est un échange.

Virus

Je sais. C’est amusant de se faire masturber, quoique le 69 est encore mieux, mais si un des deux partenaires n’est pas d’accord, ce plaisir se transforme en outrage. La personne, qui ne veut pas, ne voit plus ça comme un moyen de se réjouir des beautés de la vie ; mais comme une offense. Ça la répugne probablement parce qu’elle considère l’autre comme un étranger ou son inférieur. Elle ne veut pas être salie. Les bijoux de famille féminins sont à l’intérieur et plusieurs se prennent pour des monastères. Elles sanctifient leur corps et s’imaginent que toute visite est une intrusion, un viol. Elles ne veulent pas mélanger ni leurs sueurs, ni leur sang, à celui de cet intrus. C’est normal, le sexe doit être accompagné autant d’amour que de plaisir pour être agréable et positif. Chez les bourgeois, le sexe ne sert qu’à la procréation. Tout le reste est considéré comme une saleté.

Ivoitou, qui se trouvait aussi dans l’appartement, ne put se retenir et en profita pour expliquer à Diogène ce qu’il percevait de l’avenir.

Ivoitou

Pauvre Diogène ! Les bourgeois se feront de plus en plus un devoir de se distinguer du peuple qu’il considère comme sale, insignifiant, en refusant tout lien sexuel avec une personne jugée inférieure. Pour les bourgeois, le sexe n’est pas un plaisir, mais un danger pour leur précieuse personne. Ils se font une telle opinion d’eux-mêmes, de leur supériorité intrinsèque, qu’ils ne peuvent pas partager leur corps par le toucher ou autrement avec quelqu’un qui n’est pas de leur rang, de leur sang.

La bourgeoisie est aussi coupable que la religion, quant à rendre la sexualité aussi malade, aussi répressive, car dans leur esprit tordu, la sexualité est bestiale et ne doit servir qu’à la procréation entre personnes de même qualité. Ils sont pourris parce qu’ils se croient supérieurs.

Diogène

Ils sont bien fous, ces maudits bourgeois ! Mais là, on ne parle pas de bourgeois, mais d’une petite Amazone, celle- là même qui ne laisse pas Bellanfan respirer une seconde. Elle le dévore littéralement des yeux. Tu devrais voir ses mouvements de langue, les plis de ses lèvres. Wa badou badou ! Elle le caresse et n’attend que la réciproque.

Virus

C’est normal. C’est le choix qui correspond à ses goûts. Les vieilles ne peuvent plus faire croire aux jeunes que tous les hommes sont un danger et que toute pénétration est ressentie comme un écartèlement. La pénétration peut aussi être une expérience agréable autant pour une fille que pour un gars. Attends, mon vieux, quand elles ouvriront les portes aux civilisations et apprendront l’art de vivre de la mode. Elles ne mettront aucun frein à leur jouissance.

Diogène

Soit ! Je retournerai bientôt à Athènes. Ici, il ne me reste plus un tonneau. Elles les ont tous échangés pour…

Virus

Quand on n’est pas beau, il ne nous reste que la richesse pour séduire quelqu’un. Le sexe est un vaste marché économique, dès que les femmes découvrent leur pouvoir de séduction. Toute décoration corporelle sera vendue à grands prix. Et que dire des parfums ?

Ivoitou

Les Amazones disparaitront, justement parce qu’elles auront eu le malheur de trouver les hommes beaux. Elles finiront par accepter d’être hétérosexuelles. Ce n’est pas qu’on leur imposera les hommes, mais leur connaissance du mâle aura changé. Elles n’auront plus peur. Elles auront appris à jouir et trouver ça bien. Voilà ce que ces expéditions auront créé… un rêve à consommer ! Une réalité à comprendre.

Diogène

Les femmes seront toujours un problème. Elles sont seules à se comprendre. Elles ne veulent pas être touchées, mais elles veulent toutes faire l’amour, et, elles se disent pourtant offensées, dès qu’on parle de choses à connotation sexuelle comme si ça leur salissait les oreilles. Elles ne savent jamais ce qu’elles veulent. Certaines remplacent les prédicateurs bornés, en prônant ce qu’ils ont toujours prêché.

Virus

Le plaisir de découvrir soi-même la vérité est plus normal que de se laisser emplir par des religions qui se servent de la sexualité pour dominer les âmes et leurs états affectifs.

Mais, Virus fit vite comprendre qu’il n’avait pas que cela à faire.

Il reprit le chemin de la forêt avec deux compagnes bien armées. Il retourna sur les lieux présumés l’endroit où avait été tuée Label Blonde. Il étudia toutes les traces et en trouva de nouvelles. Il suivit le parcours de celles-ci, et à sa grande surprise, elles menaient exactement là où la deuxième Amazone avait été tuée.

Il n’y avait pas de doute, les deux étaient mortes presque au même endroit, presque en même temps. La seconde s’était probablement, par hasard, trouvée au mauvais endroit. On a voulu l’éliminer pour qu’elle ne parle pas.

Virus conclut que si la deuxième avait été découverte, c’était simplement parce qu’on n’avait pas eu le temps de déplacer le corps et de le jeter aussi à l’eau, comme la première. Mais, pourquoi personne n’a signalé l’événement ?

Virus rencontre Bellanfan.

Virus était intrigué. Pourquoi les deux Amazones avaient-elles été assassinées au même endroit ? Il aurait bien poursuivi les recherches, mais il faisait nuit.

De retour au village, Virus décida de ne pas perdre son temps et de rendre visite au pavillon des hommes. Peut-être que l’un d’eux connaîtrait une Amazone jalouse ? La nouveauté de leur présence a peut-être provoqué des crises ? Les femmes et leur fidélité sont capables de tous les gestes mesquins pour protéger leur couple, comme si l’autre appartenait à son partenaire dans un couple.

Il ne fut guère surpris de constater que les trois gars couchaient dans le même lit. On ne refait pas la nature à l’âge adulte, pensa-t-il, mais quand il apprit que Diogène couchait au milieu, Virus se demanda pourquoi celui-ci se lamentait tant et toujours ?

Il y avait eu autant d’Amazones couchées à la place des deux jeunes garçons, la nuit, que de tonneaux apportés par Diogène. Celui-ci ne tremblait certainement pas des babines, juste pour siffler en dormant. Virus savait que la chasteté n’avait jamais étouffé Diogène. « La chasteté, c’est bon pour les malades », affirmait sans cesse Diogène.

Virus

Comme ça, notre Diogène national est devenu digne du mur des Lamentations. Je croyais que ta vie sexuelle était privée d’activités, mais je constate que tu ne perds pas tes énergies à courir après de nouvelles aventures. Tu n’as qu’à te tourner et…

L’Assistant

Diogène vaut deux couvertures. Il est tellement chaud qu’il ferait fondre les neiges du pôle Nord, s’il allait s’y coucher. Moi, qui suis très frileux, je remercie le ciel de m’avoir fourni une telle fournaise.

Bellanfan

C’est vrai qu’on n’a pas à se plaindre, nos plinthes dorsales sont toujours chauffées ; mais, sois sans crainte, nous conservons nos énergies pour remplir nos obligations. Nous couchons dos à Diogène.

Virus

Ce que vous faites dans votre lit ne regarde que vous ; tant que vous ne vous asséchez pas et que vous pouvez servir toutes les Amazones qui se présentent les fins de semaine. N’oubliez pas que nous retournerons à Athènes, dès que le nombre de naissances garantira la survie de l’espèce.

L’Assistant et Bellanfan

(en même temps)

Pas moi, je reste ici.

Ils se mirent à rire, découvrant que chacun était fort heureux de servir de réservoir de sperme.

Virus

Nous savons maintenant que Label Blonde et sa copine ont été tuées presque au même endroit, auriez-vous eu connaissance d’une chicane, d’un regard qui nous indiquerait là où chercher ?

Diogène

Elle se trouvait rarement seule. Et, Label Blonde était aimée de toutes. Je n’ai jamais remarqué qu’une autre ait manifesté le désir de prendre sa place comme chef. Règle générale, je dirais que les Amazones sont très heureuses et très affectueuses entre elles.

Bellanfan

Elles semblent toujours heureuses de nous rencontrer. J’aurais cru, étant donné leur réputation, qu’elles nous auraient exécutés bien avant de s’en prendre à quelqu’un de leur groupe.

Virus

Mais les deux victimes ne se sont quand même pas suicidées.

Diogène

Qu’en sais-tu ? Label Blonde n’a peut-être pas pu supporter votre départ ?

Virus

Elles sont deux, et à ce que je sache, Label Blonde n’avait d’amants que moi et Amfèpétéléplom. Peut-être qu’il n’y a pas de relations entre les deux meurtres ?

Bellanfan

Laplanche m’a dit, la semaine dernière, qu’un groupe d’Athénus voulait la recruter, mais elle ne m’en a pas dit davantage. Ces femmes se réunissent souvent en équipe pour aller chasser ou pêcher.

Voyant que les gars ne pouvaient pas lui offrir un indice qui lui permettrait de comprendre, Virus retourna près d’Amfèpétéléplom qui lui fit une scène, parce qu’elle était seule depuis trop longtemps.

Virus avait de plus en plus hâte qu’elle accouche, croyant que sa mauvaise humeur était liée à son état.

Tôt le matin, Virus repartit avec ses deux gardes et compagnes sur les lieux du crime. Il voulait passer le secteur au peigne fin.

Soudain, en ratissant l’endroit, il aperçut dans un arbre, bien dissimulé sur une branche, une nouvelle fléchette. Elle avait une petite courbe, ce qui ne pouvait que conduire à la propriétaire, car c’était définitivement un modèle unique.

Virus était content. Ne venait-il pas de découvrir une parente de l’arme du crime ? Que faisait-elle cachée dans un arbre, assez haut pour être à l’abri des regards ? Sa découverte était le pur fruit du hasard.

Virus crut immédiatement que l’étau se resserrait puisque les Amazones, avec des goûts artistiques militaires, étaient relativement peu nombreuses. La couleur de la fléchette était la même que celle retrouvée sur les lieux du crime. L’enquête avançait.

Diogène 12

juillet 23, 2020

Virus s’interroge sur les sexes.

Même s’il était encore assez jeune, Virus en avait assez vu pour se poser des questions sur les sociétés dites adultes.

Il connaissait déjà trois modèles très différents : celui de son enfance, d’Athènes et des Amazones. Et, chacun de ces mondes vivait ses réalités comme s’il était seul à exister.

Pourtant, tous ces mondes étaient identiques par leur incapacité à communiquer avec les autres. Tous ces mondes étaient un assemblage pour garantir la survie, grâce au regroupement des individus dans un seul patrimoine. Seuls les dieux étaient un peu universels, car personne ne pouvait vraiment imaginer leur monde autrement. La foudre, ça fait peur de la même façon chez tous les peuples. Qu’un dieu change de nom, ça n’avait pas d’importance, puisqu’il signifiait la même chose pour tous.

Aussi, Virus se demanda si on devient plus pourri ou plus idiot en vieillissant. La malhonnêteté, la calomnie, la jalousie et l’idiotie ne frappent-elles pas les plus riches avec l’âge ? Serait-ce que plus tu vieillis, plus t’as de tours dans ton casque ou plus tu sais te mentir sur ta « vraie réalité ?

Les adultes, dans chacune de ces sociétés, sont les seuls à se faire croire qu’ils sont indispensables dans la vie.

Vite orphelin, Virus dut comprendre dès l’enfance, la plus grande leçon de sa vie : l’importance de survivre. Jeune, il savait que la société était souvent pire qu’un enfer, parce que les bourgeois s’imaginent valoir mieux que les autres. Ils se parent du vide de leurs valeurs pour se faire croire qu’ils ont de la valeur. Mais, dans sa situation, il n’avait qu’un choix : profiter du moment. Il était plus important de manger que de philosopher.

Jeune, il avait des amis qui connaissaient le sens du mot loyauté. De plus, ils ne se croyaient pas assez purs pour juger les autres. Il leur devait-il d’avoir survécu. Dans ce monde, où il avait été élevé, ça n’avait pas d’importance d’être un gars, une fille, un hétéro ou un gai, un pédéraste ou une lesbienne. La seule chose importante était d’être un humain. Il avait réussi à s’en sortir, grâce à cette sagesse.

Chez les Amazones, la société n’acceptait pas les hommes, sous prétexte qu’ils étaient une bande de cochons, des animaux sans classe et sans tétons. Les Amazones craignaient les mâles adultes, parce qu’aucun, avant Virus, n’était venu sans le désir de les exterminer ou de les violer. Craignant d’être trop faibles, elles ne prenaient pas de risques. Elles tuaient en premier et conservaient les bébés mâles, aux fins de reproduction. Virus avait échappé à cette destinée, grâce à l’amour entre Amfèpétéléplom et Label Blonde. C’était donc une société féministe qui détestait les mâles pour se protéger.

À Athènes, c’était le contraire. Les femmes étaient inférieures. Cependant, elles dirigeaient les affaires, donc, les esclaves et les courtisanes, pendant que les hommes faisaient de la politique. Les femmes devaient se marier très jeunes. Avoir des enfants mâles était mieux vu, car ça fournissait des bras pour s’occuper de la ferme. Les gars ne pouvaient pas se marier avant 27 ans, car, les plus vieux croyaient les jeunes incapables de reproduction. Comme si le sperme s’améliorait en prenant de l’âge.

Dans d’autres sociétés, pour devenir capables de se reproduire, les jeunes devaient accepter que la semence des plus vieux leur soit livrée sous forme de sodomie.

Dans la pédérastie, les hommes recherchaient chez ces jeunes, la beauté perdue, l’éternelle jeunesse. La tendresse. La spontanéité. Le jeune est comme l’éclair, il allume ton âme par la richesse de son énergie.

C’était aussi, malheureusement, une société qui méprisait les femmes et les esclaves.

Pourtant, se disait Virus, un homme et une femme sont des animaux égaux, de la même race. Alors, pourquoi une telle ségrégation ? Une question religieuse ? Économique ? Ou les deux à la fois ?

Virus avait trouvé indiscutable la démonstration d’Yjase Bien sur l’égalité homme femme. Une femme vaut un homme, mais un homme vaut une femme. Ce sont tous les deux des animaux. Il n’y a que les bourgeois qui se prennent pour autre chose et se croient supérieurs. Par contre, Virus croyait que si les deux étaient égaux, ils étaient pourtant tous différents. « Chaque individu est unique », se disait-il.

Virus voulait développer cette idée avant de retourner à Athènes, car, il croyait de plus en plus qu’il est impossible de parler de démocratie sans égalité entre les individus.

La vie privée est encore plus importante que la vie sociale, car tu ne peux rien apporter à la société, si tu n’es pas bien dans ta peau.

La démocratie était-elle un leurre pour réprimer toute idée de révolution ? La démocratie était-elle plutôt une démocrassie ? Une forme d’oppression, d’autorité de la majorité sur les minorités ? Le pouvoir délégué est-il vraiment démocratique ? Qu’arrive-t-il si un individu n’est pas d’accord avec celui qu’il a choisi comme délégué pour voter en son nom ? A-t-on le droit d’avoir des valeurs différentes aux autres ? Est-ce que la Charte des droits, qu’il voulait créer, serait interprétée comme les livres saints, selon le bon vouloir de ceux qui imposent une morale qui leur convient ?

Un meurtre chez les amazones.

Virus croyait, comme tout le monde, que les femmes étaient plus sensibles, incapables de violence et dépourvues d’esprit de domination comme les mâles. Quelle erreur !

Amfèpétéléplom apprit une des premières que l’on avait retrouvé le corps de Précision dans la forêt. Morte. Une plaie béante dans le dos. On l’avait tuée. De toute évidence, elle n’avait pas été attaquée par un animal, puisque la flèche qui l’avait tuée trônait toujours dans le dos du cadavre. Amfèpétéléplom fut désignée pour se rendre sur les lieux et chercher des indices pouvant expliquer ce geste barbare.

Cela retarderait leur départ pour Athènes, mais les Amazones avaient déjà, sans se consulter, décidé d’attaquer Athènes, si on ne retrouvait pas le, la, les meurtriers.

C’était facile de décrire ainsi toutes les possibilités, car les Amazones connaissaient parfaitement les règles entourant l’article grammatical « le ». Elles connaissaient aussi le « je, me, moi, tu, eux ». Ces derniers sons, étant criés autrefois juste avant de passer à l’attaque, quand un groupe trop curieux se présentait sur leur île.

Cette enquête devait fournir la preuve qu’il ne s’agissait pas d’un débarquement de mâles à la recherche de femelles. Les idiots qui font la guerre s’imaginent souvent que le viol est une arme.

Amfèpétéléplom amena avec elle, Diogène, Virus et une bonne dizaine de guerrières. Si on les attaquait, on aurait les moyens de se défendre. S’il s’agissait d’un meurtre, on pourrait chercher les coupables sans danger.

Évidemment, on n’avait pas encore les moyens de NCSI ou CSI New York pour découvrir les coupables ; mais Virus examina soigneusement l’endroit. Il découvrit une nouvelle passion : le mystère.

Il devait de toute évidence se mettre à lire des romans policiers, à son retour dans la civilisation. C’était encore un genre littéraire à découvrir.

« Peut-être que je pourrais écrire  aussi  ma  biographie ? » Se demanda-t-il. Les grands auteurs aiment bien se promener d’un genre littéraire à l’autre, question de tester leurs neurones. L’imagination est une chose, l’intelligence en est une autre. Ceux qui possèdent les deux ne travaillent habituellement pas, car, dans la société, on préfère les gens qui ne réfléchissent pas.

Pourquoi avait-on tué Précision ? Est-ce que son meurtre était relié à la mort de Label Blonde ? Cette mort avait peut-être, précipitamment, été mise sur le dos d’une piqûre de méduses ? Label Blonde aurait-elle pu être blessée avant d’être jetée à l’eau ? Trop tard pour remarquer s’il y avait des taches de sang sur sa robe, elle était déjà enterrée.

Virus travailla à essayer de reconstituer la scène du crime, entraînant la mort de Précision.

Il se dirigea dans la direction où avait été tirée la flèche fatale. Il trouva une autre flèche qui était tombée par hasard sur le sol. On ne l’avait sans doute pas ramassée parce qu’on n’avait pas eu connaissance de sa chute ou on était trop excité pour comprendre que cette erreur pouvait trahir « le, la, les » responsables.

Virus chercha minutieusement un autre indice ; mais rien. Même pas d’empreinte dans la petite flaque de boue, sur le sentier. qui se rendait de la victime à la flèche trouvée.

« Un bon vingt pieds ! » Constata Diogène, qui suivait Virus, pas à pas.

On ne sait jamais ce qui peut nous arriver quand on est seul et Diogène ne voulait pas être kidnappé. Il croyait que sa beauté ou sa connaissance de la mode était un des enjeux de ce crime.

Tout le monde a le droit de se prendre pour un autre et croire que la vie tourne autour de sa petite personne. Ça m’arrive très souvent.

Fort de sa découverte, Virus déposa la flèche qui lui semblait l’arme du crime. Le problème : toutes les Amazones avaient de telles flèches. Cependant, toutes avaient une marque distinctive. Faudra-t-il visiter chacune des milliers d’Amazones pour découvrir la propriétaire ? Un travail titanesque. Mais, non pas impossible.

Virus, sous la direction d’Amfèpétéléplom, car aucune Amazone n’aurait admis que l’enquête soit sous la direction d’un homme, contourna le problème en exigeant, dans chaque camp, la tenue d’une réunion à laquelle toutes seront obligées d’assister. Il y avait une dizaine de camps, c’était donc une chose faisable.

Il suffirait ensuite de trouver quel groupe se distingue par une flèche avec un point noir en son milieu.

Virus fit analyser la flèche trouvée. Celle-ci contenait un poison très efficace.

L’enquête de Virus se poursuit.

Si Virus avait été Américain, il serait devenu immédiatement une grande vedette.

La télévision diffuse chaque jour des émissions qui nous rappellent « Allô et Photo Police ». Plus c’est scabreux, meilleur c’est, ce qui d’ailleurs explique pourquoi le peuple de Rome adorait les jeux… il éjaculait de joie quand un gladiateur mourait.

Virus avait compris ce phénomène, quand il s’est aperçu que les méduses elles aussi jouissaient quand on les mettait à mort. Ce doit être la friction entre l’intelligence et les émotions. Les gênes ? Les méduses étaient incapables de comprendre que leur vie aurait pu se continuer sans cette précipitation à réaliser la raison de leur existence : ensemencer les océans pour garantir la survie de l’espèce.

« Dans ce genre de société, se dit Virus, l’individu est sacrifié pour l’espèce ».

Les Amazones feraient-elles face à une guerre de pouvoir ? L’égalité transcende-t-elle l’appartenance à tel ou tel sexe ? Pourquoi une femme qui dirige un groupe préfère- t-elle être la patronne des hommes plutôt que de femmes, sous prétexte que les femmes se jalousent trop entre elles ?

Dans ce cas, Label Blonde aurait pu être tuée elle aussi. Pourquoi n’y avait-on pas pensé avant ? Simplement, parce que personne ne croyait que la pensée violente existait chez les Amazones, entre femmes. On croyait que Label Blonde était allée se baigner et elle n’était pas allée nager au bon endroit. Tout simplement. Avait-elle été empoisonnée par une de ces méduses que Virus avait aperçues ?

Pour Virus, homme femme sont une même espèce animale. Le couple hétéro doit exister seulement pour assurer la survie de l’espèce. Deux êtres du même sexe peuvent tout aussi bien vivre ensemble pour s’entraider, pour tuer la solitude ou payer les factures.

Pourquoi ne serait-ce pas aussi vrai dans une société où il n’y a que des femmes ? Il semblait évident qu’il ne s’agissait pas seulement du résultat d’une crise de jalousie puisque Précision ne connaissait même pas personnellement Label Blonde. Ces petites guerres étaient inexistantes. Il fallait donc trouver une autre raison.

Dans un autre ordre d’idée, est-ce que cela aurait pu être la jalousie, qui entoure le besoin d’être vedette ?

Ivoitou lui avait expliqué l’aspect jaunisme du journalisme. On employait parfois le meurtre comme un moyen de passer aux informations. Mais, les Amazones ne semblaient pas privilégier une quelconque idéologie, et surtout, elles n’avaient pas de journaux.

Si c’eut été le cas, cela aurait confirmé la théorie de Virus, voulant qu’il ne suffise pas d’être de gauche pour trouver plaisir à s’éventrer mutuellement. Ainsi, la lutte contre le pouvoir permet, en divisant la société, de vivre plus à droite.

L’extrême gauche et l’extrême droite sont de la même famille. Celle de l’intolérance. C’est bien connu.

Virus dans ses grandes réflexions aimait aussi se rappeler les grandes leçons d’Yvoitou.

Yvoitou

Facile de comprendre Rome. L’autre tue pour toi, ça t’excite et tu n’as pas de remords de conscience. C’est le même principe que celui de la majorité qui jouit à entendre les plus pauvres se lamenter. Ça permet aux bourgeois de se croire des animaux supérieurs à tous les autres, même ceux de leur espèce.

Au nom du commerce, on a le droit de tuer toutes les formes de vie pour assurer son confort. Tout ce qui compte, c’est combien ça rapporte. Le système est une mafia légale. La mafia opère selon les règles du marché. Le pire ennemi de la vie, c’est l’économie.

Invraisemblable, mais ces voyages dans sa mémoire aidèrent Virus à mieux se faire une idée des motifs du meurtre

Virus n’avait pas encore pris connaissance de tous ces grands principes de sociologie, quoique chaque idée lui précisait une tendance à venir.

La société est à l’image de ses individus, avait-il noté, en commençant sa recherche.

Si une marque distinguait chacune des tribus qui composaient le peuple Amazone, chaque tribu comptait au moins 100 personnes.

La moitié devait apprendre à varier le mode de vie, en ajoutant l’agriculture à la chasse dans leurs activités quotidiennes. Les Amazones commençaient-elles à vouloir vivre sédentaires ?

Il fut facile d’identifier le groupe d’où venait la flèche, mais comment trouver la propriétaire ? Il fallait un nouvel indice.

La dénonciation était encore vue avec raison comme la pire des infamies.

Virus remarqua que les flèches étaient faites de différentes plumes d’oiseaux, pour assurer leur agilité. Or, le mariage des couleurs pour chaque ensemble de plumes était particulier à chacune. Cette distinction devait marquer leur personnalité. De plus, les plumes provenant des basses- cours, par exemple, étaient différentes par la longueur. Pour éviter une trop grande perte de temps, on décida de mesurer aussi la longueur des flèches, éliminant celles qui étaient plus longues ou plus courtes que la flèche étalon.

Puisque la première marque d’identité venait de la tribu des « Pafines », il fallait maintenant prendre le temps de retrouver celle qui assemblait ses plumes, comme celle retrouvée dans le dos de Précision.

La variété des couleurs laissait soupçonner que cette Amazone devait être de tempérament artistique ou religieux. La disposition de celles-ci prouvait que c’était une femme passionnée, car, elle prenait soin de mettre en évidence une partie de l’os retenant les plumes. « Une passionnée à l’os », avait immédiatement remarqué Diogène.

Il aurait été mieux de se taire, puisque ça rappela à Virus un bon vieux principe d’efficacité : le travail d’équipe. Diogène fut chargé de vérifier les plumes de toutes les Amazones.

Virus ne croyait pas nécessaire d’avertir notre jouisseur que s’il essayait de chatouiller des Amazones avec les plumes, c’était à ses risques. Certaines détestent encore tellement les mâles, qu’il suffisait d’un sourire pour qu’elles se croient attaquées et lésées dans leurs droits.

Aussi, pendant que Diogène vérifierait les plumes de ces dames, Virus retournerait sur le bord de l’eau, vérifier si la mort de Label Blonde pouvait elle aussi être un meurtre. Virus partit accompagné de trois magnifiques Amazones.

Pour être certain de ne pas examiner le terrain au mauvais endroit, Virus amena avec lui une Amazone capable de déterminer, selon les pistes, l’endroit exact où Label Blonde avait plongé. Les Amazones sont comme les animaux, elles sont naturellement capables de lire des données que les hommes les plus modernes n’arrivent plus à lire. Elles ont l’œil et le nez.

On fixa les recherches sur environ trois kilomètres, ce qui ne laissait aucune possibilité d’erreur, puisque c’était la largeur de la baie. Pendant quelques jours, on arpenta le bord de l’eau pour s’assurer que l’on avait bien vu toutes les possibilités. On identifia l’endroit où elle avait plongé. Il ne pouvait y avoir aucun doute.

Bizarrement, on constata que les herbes étaient écrasées. Comment avait-elle pu écraser ces herbes en marchant ? De toute évidence, son corps avait été traîné jusqu’à l’eau. Elle y avait été jetée. Donc, elle ne pouvait pas être consciente, à ce moment-là.

Virus était bouleversé. Il croyait fermement que Label Blonde avait été piquée par une des méduses qui habitaient cette baie.

Pourquoi avoir tué la chef des Amazones ainsi qu’une des chasseresses ? Le pouvoir ? Un couple à trois ? La peur d’avoir été vue, en commettant le crime ?

Heureusement, Virus ne voulut pas se contenter d’avoir à s’en tenir aux premières constatations, qui semblaient fournir la preuve que Label Blonde ne s’était pas noyée, même si on l’avait jetée à l’eau. Elle s’en était probablement tirée parce qu’elle nageait comme un poisson.

Il n’existait qu’une possibilité : elle avait été atteinte par une flèche empoisonnée, on l’avait jetée à l’eau, la croyant morte. Sa robustesse fit qu’elle put revenir à la maison ; mais elle ne put avoir raison des effets à long terme du poison.

Il fallait plus de précision dans les détails obtenus pour confirmer cette hypothèse. Pour cela, il partagea le territoire, de manière à pouvoir exploiter la forêt qui donnait sur la baie.

Quelques heures plus tard, une des Amazones se mit à crier. Virus accourut et vit sur l’herbe, une minime tache de sang sur une fléchette. Des feuilles avaient servi à cacher cet endroit, mais le vent avait probablement nettoyé le site, laissant la fléchette à découvert.

Label Blonde avait donc été atteinte, mais ne s’en serait pas aperçue, pensant probablement qu’elle venait d’être piquée par un moustique. En se grattant, elle aurait fait tomber la fléchette.

L’équipe retourna au camp des Amazones.

Virus compara immédiatement les deux flèches. Elles venaient toutes les deux du clan des Pafines, mais elles appartenaient à deux personnes différentes.

Virus n’avait plus qu’à attendre le résultat des recherches faites par Diogène.

Diogène 11

juillet 22, 2020

Virus s’ennuie.

Virus avait très hâte de revoir sa petite Amfèpétéléplom. Il s’ennuyait. Comment se portait-elle ? Était-elle plus ou moins amoureuse de Label Blonde ? Comment celle-ci a-t- elle réagi quand elle a su que son amante était enceinte ? Était-elle devenue jalouse de l’enfant ? Ce n’était pas son genre, mais parfois les situations font ressortir des traits de caractère cachés jusque-là.

Virus ne pouvait pas s’expliquer pourquoi il acceptait aussi bien la présence de Label Blonde, mais pour lui, elle n’était pas un élément étranger, mais une partie intégrante de son amour pour les femmes. Il pensait que c’était dans sa nature d’avoir besoin de plus d’une personne pour l’accompagner dans la vie. D’ailleurs, la jalousie n’est-elle par une forme de sécheresse de l’âme, un égoïsme, sans le nom ?

Il aimait « le gars » dans Label Blonde et la « douceur féminine » dans Amfèpétéléplom. Cette dernière était d’ailleurs la flamme de toutes les flammes. Elle devinait chaque moment où il avait besoin d’être encouragé. Sans elle, il se sentait perdu. Seul, chaque seconde était une éternité.

Ce n’était pas encore l’époque où les lesbiennes voulaient avoir des enfants à tout prix, sans avoir à coucher avec un gars. Et, les homosexuels n’étaient pas encore un objet de luxe pour bourgeoises qui veulent prouver leur largesse d’esprit afin de trouver un paternel qui ne réclamera pas l’enfant.

Comme tous les hommes d’alors, Virus était loin de se douter qu’il avait quelque chose à voir dans cette naissance, sauf y laisser une partie de soi-même.

Il avait bien pris Amfèpétéléplom, par derrière, comme tous les autres mâles, étonné que ce soit moins serré qu’avec un petit gars. Mais, en plus de ce jeu de plaisirs, entre eux, il y avait un feu intérieur qu’il ne retrouvait avec aucune autre personne.

Ils avaient consulté, mais aucun spécialiste n’avait pu leur expliquer pourquoi ils vivaient une telle attirance l’un pour l’autre.

« Cette attraction, pensait Virus, doit être une suite du passage d’Amfèpétéléplom dans le temple d’Aphrodite. Un cadeau ! Elle a un aimant intérieur qui capte mes ondes ».

C’est d’ailleurs ce que les spécialistes avaient affirmé pour expliquer qu’il ne pouvait pas vivre sans elle. Il fallait évidemment offrir des sacrifices pour demeurer dans les bonnes grâces de la déesse. Évidemment, les religions trouvent toujours une raison d’exiger des dons.

Virus aperçut par la fenêtre un petit groupe de féminounes qui s’agitaient.

Virus

Toujours aussi folles, ces kâliss-là ! Si elles ne veulent pas d’un homme parce qu’elles en ont peur du sexe, elles n’ont qu’à se trouver une femme. Elles sont complètement folles de s’occuper ainsi de la sexualité des autres. Peut-être auraient-elles besoin de « térébenthine » au cul pour aller courir ailleurs ?

Mais, les féminounes n’étaient pas sa principale préoccupation. Il avait gagné son procès. Il fallait trouver un autre bateau pour se rendre le plus vite possible au chevet de sa petite. Et, une grève des bâtisseurs de bateaux venait d’être déclenchée. Virus se rendit donc dans le port voisin pour s’acheter un bateau et louer un équipage. Le départ fut rapide.

En chemin, les matelots commencèrent à vouloir s’emparer de l’embarcation. Virus était seul. Aurait-il la force de leur tenir tête ? Aussi, mit-il le cap sur l’île des sirènes. Près de l’endroit, tous ceux qui étaient hétéros se jetèrent à la mer, une mort certaine.

Seul, un petit mousse demeura sur le pont. Il était encore trop jeune pour écouter du « Classique » et il s’amusait plutôt à jouer ses propres airs sur une chaudière. Le bruit était si fort qu’il n’entendit jamais la voix de ces mauvaises femmes.

Le plaisir, marié à l’amour, transcende le danger.

Le reste du voyage fut extraordinaire. Le mousse se plaisait à lui donner des massages. Ils jouaient à la cachette et s’amusaient comme des enfants. Cette régression eut l’effet d’une résurrection.

« Les adultes sont constipés autant de corps que d’esprit. Ils prennent la vie trop au sérieux et meurent fatigués. » Se dit Virus.

Jouer ainsi revitalisa l’esprit de Virus.

Mais, Virus n’est pas Ulysse. Il n’y a pas eu à se battre contre de grosses bibittes. Les cyclopes ne se sont pas montrés. Il n’y a pas eu de guerres avec les titans. Poséidon dormait bien tranquillement, il ronflait même un peu.

Puisque le petit aimait courir nu et grimper partout où c’était possible, un descendant direct des singes, Virus nomma ce petit chimpanzé, Chita.

*

*      *

Je n’écris pas pour les adolescents. Qu’est-ce que ce message me demandant d’avoir plus d’actions ? Vous ne vous brûlez pas les doigts à m’envoyer des messages. On dirait qu’il n’y a jamais personne qui me lit. Pourtant, il y a toujours entre 500 et 800 visites par nuit. Pas un message. Le seul qui m’écrit me reproche de ne pas être comme les Américains qui vivent avec des bibittes partout où ils vont. Je n’ai pas besoin de monstres, mais le désir d’un lecteur est plus important que mes sentiments personnels. Ça faciliterait peut-être parfois les choses si on était moins exigeant. C’est à y penser. Merci, finalement, d’avoir partagé le problème d’accoucher tous les jours d’un élément nouveau. Croyez-vous qu’Amfèpétéléplom sera contente de voir Virus ou en a-t-elle assez de passer son temps à voyager ?

*

*      *

Les méduses… des animaux sans cerveau.

Virus se reposait et réfléchissait sur le pont du navire quand il aperçut soudain des champignons transparents et gélatineux, dans la baie. C’était justement là, où arrivait la rivière dans laquelle les Amazones jetaient les carcasses des mâles dont elles voulaient se débarrasser.

« Ce serait étonnant que ces cadavres donnent vie à des champignons », pensa-t-il.

N’ayant rien à jeter à la mer, il lança des poissons qui n’avaient pas encore été mangés. Les poissons disparurent immédiatement, pendant que les champignons proliféraient et accouraient vers les petites bêtes.

Intrigué, Virus recommença. Les poissons disparurent à nouveau dans un tumulte de plus en plus grand. Virus se dit que peut-être les poissons n’étaient pas complètement morts et reprenaient vie en retrouvant leur souffle, d’où ce bruit. Ce « splash » bizarre qui ressemblait à un sifflement de grosse baleine.

Ces cloches vivantes semblaient être capables d’avaler n’importe quoi. Elles étaient transparentes et semblaient pourtant savoir ce qu’elles faisaient et où elles allaient, même si on ne distinguait pas de tête ou d’œil.

« Ces animaux préhistoriques deviendront-ils plus gros un jour ? Seraient-ils des êtres extraterrestres, installés dans le fond des océans depuis le début de la vie sur terre ? Pourquoi n’ont-ils pas de cerveau ?

Ils ont un code génétique puisqu’ils laissent s’échapper au meilleur endroit tous les spermatozoïdes et les ovules qui se dissipent par milliards et vont attendre au fond des océans avant de naître.

Quand leur prolifération deviendra-t-elle un danger pour les humains ? » Se demanda Virus

Virus décida d’en prévenir les Amazones et s’éloigna en mer, même si cela signifiait, devoir effectuer un détour d’une journée. Il avait au moins échappé à ce qui lui semblait encore plus dangereux que les sirènes. Un animal capable de vider les océans de toutes formes de vie, s’ils se mettaient à agir en équipe.

La présence de ces animaux venant des fonds des océans n’avaient rien de rassurant, car ils n’ont aucun cerveau, mais ils sont capables de chasser. Ainsi, ces animaux ont une forme se sensibilité. Ils vivent. Ils semblent moins complexes que les êtres vivants et ils sont pourtant plus dangereux. Leur gélatine est donc dotée d’une connexion qui sert de cerveau et leur permet de se servir de poisons si forts, qu’on n’a même pas encore d’antidote.

Est-ce que les méduses pourraient éventuellement bouffer les autres animaux marins, même les humains ?

« Si ces êtres se multipliaient un jour, comme dans la baie, pourraient-ils éliminer toute forme de vie dans les mers et les océans, puisqu’elles bouffent aussi le plancton ? Ces méduses se nourrissent-elles des objets dus à la pollution ? Une vraie apocalypse ou une solution à la saleté des océans due à l’homme », conclut Virus.

Les Amazones apprennent à jouir.

À sa sortie du bateau, Virus remarqua un petit tintement qui semblait venir de la forêt. Les Amazones auraient-elles découvert la musique grecque ? « On dirait de la harpe »

Virus

Sacré Diogène, il doit avoir amené une harpe ou il a inventé un instrument qui lui ressemble. Ce doit être un autre de ces moyens pour se faire aimer ?

Ils n’eurent pas besoin de marcher longtemps en forêt avant d’être entourés par des femmes qui, loin de vouloir les tuer, les examinaient et discutaient entre elles, en rigolant.

Virus remarqua que deux d’entre elles portaient un tonneau.

« Diogène doit être mort pour qu’elles portent ces robes ou les a-t-il échangées ? Avec Diogène, tout est possible pour obtenir ce qu’il veut », pensa Virus.

Une des plus jeunes s’approcha du petit mousse et avant même qu’il eut le temps de comprendre ce qui se passait, il était nu comme un ver. Il devint très vite un cornet de crème glacée.

Au début le jeune se demandait si sa fin était déjà arrivée, mais quelques secondes plus tard, il découvrait les plaisirs du chatouillement dans le bas du ventre. « Comme c’est beau, le naturel ! » Pensa Virus.

La plus petite Amazone, ayant terminé son cérémonial de bienvenue, saisit le petit par la main et l’entraîna avec elle.

Virus, resté seul avec les plus vieilles, se demandait ce qui était pour lui arriver.

Il fut encerclé et amené au village. Elles ne semblaient pas plus dangereuses qu’auparavant. « Le sexe doit avoir remplacé la violence. » Opina Virus.

Dès son arrivée, Amfèpétéléplom fut alertée et elle se présenta comme si elle était devenue la chef des Amazones. Elle avait un beau petit bedon.

Quand elle aperçut Virus, elle lui sauta au cou et se mit à pleurer.

Virus

Où est passée Label Blonde ?

Amfèpétéléplom

J’étais resté à la maison parce que je devais terminer un travail urgent. Je ne savais pas qu’elle était partie seule, ce qui n’était pas dans ses habitudes.

On m’a raconté qu’elle est allée se baigner et qu’un mauvais sort fut, sans doute, jeté sur elle, car elle manqua de se noyer. Elle qui nageait si bien.

Mais, elle était si forte qu’elle réussit à revenir à la maison. Quelques heures plus tard, elle fut prise de fièvre et elle est décédée.

Virus se demanda immédiatement si elle n’avait pas été victime de ces maudites méduses qu’il avait rencontrées, lors de son arrivée près de l’île ; mais il trouvait, en même temps, que Label Blonde s’était baignée tellement loin de là, qu’elle ne pouvait pas en être la victime. À moins que ces bêtes sachent nager très rapidement ?

Quel choc pour Amfèpétéléplom d’apprendre l’existence de ces méduses dangereuses.

Elle ordonna que les Amazones soient réunies sur le terrain de course !

Virus eut alors le plaisir de revoir ses Appendices, ainsi que L’Assistant et Diogène, mais il se demandait où était passé son petit mousse. Il fit part de ses inquiétudes à Amfèpétéléplom

« Il ne faut pas qu’ils soient allés se baigner. Ils pourraient être en danger eux aussi », de dire Virus.

Aussitôt, on dépêcha trois Amazones à leur recherche.

Quelques heures plus tard, les jeunes revenaient, accompagnés des Amazones qui riaient de les voir se lécher à tour de rôle, en attendant l’arrivée de Virus.

Virus, en les voyant, se demanda si au début de l’humanité, la sexualité n’avait pas été découverte ainsi, par pur plaisir.

Il fit venir une des Appendices et relata la scène pour la garder en mémoire. « Ce pourrait être important quand je retournerai pour participer à la grande Commission de Périclès. »

Virus était bien décidé de comprendre pourquoi les Amazones étaient passées de tueuses à concubines. Était-ce la jeunesse de L’Assistant et du mousse qui expliquait ce changement de comportement ou la découverte du plaisir ? Diogène est aussi un très bon prof. Et la sexualité est basée sur la jouissance. Qui mieux que Diogène en connait les effets ? Pas de plaisir, pas de sperme, pas de bébés ! Toute une découverte, aidant à comprendre les règles de base d’une société. « Une société peut-elle se former sans que les membres aient du plaisir à vivre ensemble ? » Se demandait Virus.

Il décida de créer une chaire de recherches avant de quitter l’île. Mais avant, il devait savoir ce qui avait entraîné la mort de Label Blonde.

Les Amazones se réunirent comme l’avait demandé Amfèpétéléplom. Les gars furent conduits dans une hutte où ils durent attendre des heures.

La guerre reviendrait-elle le ciment de cette communauté ou les Amazones avaient-elles vraiment évolué ?

La vie des gars sur l’île en dépendait.

D’où viennent toutes ces méduses?

Depuis que Virus avait décidé de participer à la grande Commission de Périclès sur la vie et l’avenir de la planète, les questions ne cessaient de venir de partout. La vie est un phénomène tellement vaste que même le plus grand des esprits ne peut pas répondre à toutes les questions.

Touché par la venue des méduses, Virus commença à se demander si ces êtres n’étaient pas des extraterrestres qui avaient abouti dans le fond des océans, il y a des centaines de millions d’années. Sont-elles des astronautes, cachées dans les météorites et garder en vie, grâce aux volcans sous- marins ? Sont-elles responsables de l’arrivée de la vie sur terre ?

Virus n’avait pas encore l’équipement de plongée nécessaire pour aller voir. Il devait se contenter des explications religieuses… une parade de Poséidon pour devenir le maître suprême. Le dieu avait-il tenté que les mers, son domaine, envahissent les terres ?

Virus se sentait habité par une nouvelle responsabilité.

Il devait protéger Amfèpétéléplom et son enfant.

Virus ne se demandait pas seulement ce qui se passait avec les méduses ; mais aussi pourquoi la pollution créait des problèmes de reproduction ? La pollution est chimique. L’électricité est électromagnétique et l’homme est un ensemble des deux.

C’était donc une question fondamentale pour la survie des Amazones.

La pollution crée aussi une situation inquiétante pour le sperme. Plus la pollution est grande, moins le sperme est riche en spermatozoïdes. Ils meurent. Comment trouver le juste milieu entre la propreté excessive et la pollution pour sauver le sperme des mâles qui s’installent sur l’île ?

Dès les débuts des funérailles de Label Blonde, Amfèpétéléplom mit les points sur les « i ». Pas question qu’elle devienne la nouvelle chef. Elle avait décidé de suivre Virus sur le continent, car elle voulait, elle aussi, comprendre pourquoi les humains ne sont pas capables de s’entendre et vivre en paix entre eux et avec la nature.

Pourquoi les hommes ne peuvent-ils pas contrôler leurs émotions ? Pourquoi les hommes, seuls êtres vivants pouvant gérer leur nombre d’individus de façon à ne pas dépasser ce que la terre peut offrir pour survivre, ne sont pas assez intelligents pour réexaminer leur reproduction, leur sexualité ? Faut-il des catastrophes pour que l’homme réfléchisse ?

Virus était déjà un peu vert.

Virus préparait aussi une intervention dans laquelle il voulait démontrer que ça allait mal sur terre, à cause d’une institution fondée par les religieux : les banques.

Virus croyait qu’en mariant banques et commerce, la société donnait naissance à l’économie, le pire cancer pour les sentiments humains parce que la violence naît avec le besoin de toujours en avoir plus.

Diogène 10

juillet 21, 2020

Yjasebien prépare la défense.

Yjasebien n’avait jamais eu autant de support pour exercer son métier d’avocat, un métier  de  « grandes gueules » qui sert habituellement à condamner ou empêcher de condamner, selon le rang occupé à la couronne ou à la défense. Un emploi, payant, aussi parasitaire que la religion. Pas de merde, pas de crimes ; pas de causes, pas d’argent. C’est la raison pour laquelle les lois ont autant de zones grises : justifier les procès et ainsi empocher plus de profits.

Yjasebien décida de prendre son temps et prouver que les témoignages des deux témoins de la couronne n’avaient aucun sens. Par contre, pour donner la chance à Nicomaque de se rendre chez les Amazones, il voulut diviser la preuve en plusieurs parties et faire ressortir l’illogisme de prétendre qu’une Amazone n’est pas une femme. Et, qu’une femme n’est pas un être humain au même titre qu’un homme, donc, son égal.

Après avoir écouté, les amis de Virus, Yjasebien entreprit de faire ressortir la logique des choses et de prouver concrètement, irrévocablement, le ridicule de croire qu’une femme est d’une espèce différente d’un homme.

Il écouta également Ivoitou qui tentait de lui faire comprendre que le changement est une forme d’évolution. Ce qui lui donna la formule à employer durant la première partie du procès.

Yjasebien fit entrer en cour trois tables sur lesquelles étaient couchés des cadavres. Il demanda à l’assistant au procureur de la couronne, Myope, de répondre à ses questions.

Il lui fit identifier le sexe des trois cadavres en soulevant le bas de la nappe qui cachait les cadavres, sans soulever la partie qui permettait de voir leur visage : Un homme, une femme et une vieille femme qui avait dû se faire enlever un sein.

Sans difficulté, Myope, identifia l’homme et la femme, puis, au troisième cadavre, Yjasebien demanda s’il s’agissait bien d’une femme. Il insista sur un ton un peu dramatique. Après une réponse affirmative, Yjasebien fit découvrir la presqu’entièreté du corps, pour montrer que la dame n’avait pas de sein ; mais qu’il s’agissait bien quand même d’une femme. Un homme sans bras est un manchot, mais un manchot est-il encore un homme ? Donc, de dire Yjasebien, ce n’est pas le membre qui constitue l’espèce.

Myope dut admettre qu’une femme demeure une femme, même s’il lui manque un sein. La Couronne éberluée ne savait plus comment se sortir de ce piège. C’était l’évidence même.

Yjasebien insista par la suite sur le fait qu’une femme et un homme sont des animaux de la même espèce. Pour le prouver, il demanda à la Couronne d’amener une chienne qui soit un chat ou une vache qui soit une jument. La Couronne dut admettre son incapacité à répondre favorablement à cette demande.

« Ainsi, de dire Yjasebien, la femelle d’une espèce ne peut pas être celle d’une autre espèce. » La Couronne dut se contenter d’avouer que c’est une autre évidence !

Donc, si les Amazones avaient des corps de femmes, elles ne pouvaient qu’appartenir à l’espèce humaine dans le règne animal. Ce à quoi la Couronne dut souscrire.

Voilà pour la première partie.

Mais comment prouver que Grangalop mentait ? Il aurait fallu que les Amazones témoignent et elles ne pouvaient, au mieux, être là, que dans quelques semaines.

Yjasebien était assez brillant. Il décida de prouver, malgré tout, que Grangalop mentait.

Il s’informa pour connaître la composition de l’équipage de Grangalop. Il invita ensuite les matelots à venir témoigner. Il établit que Grangalop était parti seul avec L’Assistant, tous les membres de l’équipage étant demeurés dans le bateau.

« Comment peuvent-ils avoir été tués par les Amazones, puisqu’ils ne se sont pas rendus sur l’île et attendaient bien patiemment dans le bateau ? » Demanda Yjasebien.

Donc, Grangalop a menti sur le sort de son équipage. Y a-t-il un autre mensonge ou une autre exagération dans son témoignage ? Oui !

Pour soutenir sa thèse, Yjasebien fit organiser en cour une course entre Grangalop et Virus. « Si Grangalop dit vrai, soutint Yjasebien, il battra facilement Virus. »

La course établit sans aucun doute que Grangalop était une véritable tortue. Donc, un autre élément de son témoignage tombait à l’eau.

Pour asséner le coup fatal, Yjasebien dut demander une remise de cause. Il ne restait plus qu’à attendre l’arrivée des Amazones, d’en faire parler une, pour prouver que c’étaient non seulement des femmes, mais des femmes très intelligentes. Il voulait aussi démontrer qu’il est normal d’être fier de son propre sexe et ne pas accepter que d’autres le dévalorisent, encore moins, les menacer de disparition.

Cependant, le juge prétendit que le tribunal en avait assez entendu pour prendre une décision, décision qui vint très vite : acquitté puisque les Amazones n’étaient pas des animaux.

À la surprise d’Yjasebien, le juge ne retint rien du témoignage de Grangalop.

Le juge

(s’adressant à Virus)

Puisque ce sont des femmes étrangères, si vous voulez qu’elles demeurent ici avec vous, vous devez les acheter comme esclaves. Il vous en coûtera deux tortues, mais vous devrez confirmer la transition en payant une tortue supplémentaire au temple d’Apollon.

Même si Ypontife était de ce temple, c’était bien peu payer pour avoir une paix définitive. D’autant plus qu’Ypontife connaissait dorénavant une illumination permanente,

Grand party chez Virus.

Enfin dégagé de tous les soucis que lui coûtaient ces procès, Virus organisa un grand party. Il présenta une plainte contre les sycophantes qui venaient parader devant sa maison.

Fini le temps de la délation et du chantage !

Toutes les personnes consultées par Yjasebien étaient invitées, ainsi que les danseurs du bar gai « Chez Épicure », où il avait rencontré Platon.

Pour remercier Zeus d’y avoir rencontré Platon, Virus décida de prendre en charge les deux plus jeunes pais2 employés à cet endroit.

Virus

Écoute, mon Épicure, je t’achète tes deux petits serviteurs pour trois chouettes ou une tortue. Ils me feront deux bons échansons. Quoi de plus agréable que d’avoir deux beaux garçons pour te servir le vin ? Si Diogène était ici, son tonneau deviendrait vite un dard.

Les deux jeunes esclaves étaient des jumeaux adorables. Ils connaissaient Virus, puisque tous les ex-esclaves de la mine des marais ne finissaient pas de chanter ses louanges : lui un noble ou un dieu, on ne savait trop, qui avait décidé de vivre en esclave pour mieux les comprendre.

Les deux petits gars acceptèrent d’être libérés, à la condition de pouvoir fréquenter un lycée. Ce qui fit sourire Périclès, qui nota dans son grand carnet de changements à apporter « École pour jeunes esclaves ». L’éducation est dès

lors devenue la principale préoccupation de l’état.

Ainsi naquit ce magnifique projet qui transforma la vie de tant d’esclaves habités par l’espoir, car, tout esclave qui réussissait ses études retrouvait sa liberté à la fin des cours.

Virus se demandait pourquoi des parents pouvaient abandonner d’aussi beaux enfants. Pourquoi les vendre comme esclaves alors que tant de riches propriétaires se cherchent des serins ? Il se rappela sa rencontre avec Jetelapoigne. Sa vie fut transformée. Il n’avait pas changé d’orientation sexuelle, mais il avait expérimenté un plaisir qui le rendit très riche et lui prodigua énormément de plaisir. Rien ne l’avait fait autant tressaillir que la façon avec laquelle Jetelapoigne faisait une pipe.

Ce soir-là, Virus se saoula, car il s’ennuyait affreusement de sa petite Amfèpétéléplom.

Ses invités lui pardonnèrent facilement. Ils discutèrent de nombreuses heures des événements qu’ils venaient de vivre.

Aristote

Que ferons-nous des Amazones  quand  elles arriveront ? Elles ne pourront pas se marier. Elles sont maintenant trop vieilles. Il faudrait qu’elles se trouvent des hommes de plus de quarante ans pour respecter la différence de 20 ans qui doit exister entre l’homme et la femme.

Yjasebien

Peut-être qu’elles voudront retourner immédiatement chez elles. Quand tu as vécu toute ta vie sans sexe opposé, la vie en commun ne t’attire pas tellement avec un homme d’un certain âge. Quelle folie que d’exiger une différence d’âge entre deux personnes qui s’aiment. Il n’y avait pas de sénateurs conservateurs à Athènes pour inventer une règle aussi stupide, aussi dépravée. À cause de cette règle, les couples sont formés pour la dot ou par amour, mais la loi emprisonne encore ceux qui le font par amour.

Périclès

Elles pourraient nous enseigner l’histoire de leur peuple. La vie d’une société est une expérience. Pourquoi ont-elles rejeté la présence d’hommes ? Est-ce que la vie sous Hypsipyle, leur première reine, était bien différente que sous Label Blonde, qui semble mieux accepter notre civilisation ? Est-ce qu’elles changeront en cessant d’être seules ?

Aristote

J’espère que si. J’ai essayé de convaincre mon fils Nicomaque de ne pas y aller maintenant, mais tu sais comment sont les jeunes… impossible de lui faire entendre raison.

Périclès

Il tient de son père. On ne connait la liberté qu’en la vivant !

Aristote

C’est vrai, mais il est tellement jeune.

Périclès

Surprotéger ne sème pas la sagesse. Les enfants surprotégés font plutôt des gens qui ne peuvent pas penser par eux-mêmes. On prend toujours nos adolescents pour des enfants. Pourtant, selon certaines traditions religieuses, les filles sont mariées dès 12 ans, sous prétexte qu’elles sont déjà en âge de nous donner une descendance.

Yjasebien

Plusieurs meurent en accouchant. Pourquoi un gars, lui, doit-il attendre d’avoir 27 ans avant de pouvoir se marier ? C’est complètement ridicule.

C’est vrai qu’un garçon avec un autre garçon n’aura jamais à donner naissance. À part le plaisir, pas de danger. Pas de responsabilités. La fille, elle, risque de tomber enceinte et doit se marier à 12 ans. C’est beaucoup trop jeune. C’est elle qui sera prise avec la naissance et qui devra élever l’enfant. On n’a aucune compassion pour elle. Elle ne pourra jamais vivre son enfance et les plaisirs de l’adolescence. Tout ça parce que la société a décidé qu’il en était ainsi. C’est injuste.

Périclès

La femme est mariée jeune pour apprendre à administrer les biens de son mari. Par la suite, c’est au mari de la rendre heureuse

Yjasebien

Il y a plus de maris égoïstes que de maris responsables. Un homme qui fait un enfant devrait assumer son geste, surtout si c’est hors mariage. Je croyais avoir démontré que l’homme et la femme sont égaux de par leur espèce. J’ai manqué mon coup ou les hommes sont lents à comprendre.

Épicure

Le plaisir est essentiel en tout.

Périclès

Mais personne ne peut être heureux, s’il n’est pas satisfait de sa vie. Une vie bien réussie est une vie dont on est fier quand on est devenu vieux.

Épicure

Dans ce cas ; vive l’authenticité !

Une leçon de chiens.

Péritas, le chien d’Alexandre, s’amusait dans la cour avec Benji, la petite chienne de Virus.

Il lui renifla le derrière, Benji se tassa, se tourna, insultée. Elle fit sentir sa désapprobation. Elle montra même les dents.

Péritas revint lui passer le nez sur le nez. Les humains diraient qu’ils s’embrassaient, alors que les chiens ne savent même pas ce qu’est de s’embrasser. Il n’y a que les humains qui croient que s’embrasser est un stimulant sexuel.

Benji se mit à courir après une feuille qui tombait d’un arbre, regardant du coin de l’œil, si Péritas la remarquait.

Aristote

C’est bien une femme. Ça joue à la scrupuleuse, mais ça ferait n’importe quoi pour attirer l’attention d’un homme et être désirée. Ça ne veut pas baiser, mais ça se meurt de ne pas avoir son mâle. Ce sont des hypocrites qui passent leur temps à se maquiller pour plaire et qui se révoltent parce qu’elles sont regardées comme un objet. Les couples ont été créés pour que la femme puisse afficher son mâle comme son bibelot. Elles aiment les hommes parce qu’elles les trouvent beaux. Tout comme les pédérastes recherchent aussi la beauté des garçons.

Yjasebien

Ce sont des idées que tu te fais. Une chienne ne cherche pas à attirer l’attention, mais les hommes aiment bien projeter sur les animaux les mêmes sentiments qu’eux.

C’est également de cette manie que sont nés les dieux. On a fait croire que les hommes imitent les dieux ; mais en réalité, ce sont les hommes qui se projettent dans leurs dieux. Les riches s’imaginent avoir plus de chance d’être heureux après la mort, car ils peuvent mieux meubler leur tombeau. Les pauvres, eux, sont malheureux, car, il leur manque toujours quelque chose. Les riches les emploient pour mieux en tirer profit.

Chez un animal, la sexualité est un phénomène chimique, limité dans le temps, celui de la sécrétion qui allume son mâle. Le mâle répond à l’odeur. Chez l’humain, la sexualité est accompagnée du plaisir d’être touché, en plus, de croire dans l’amour. L’homme est le seul animal à pouvoir choisir son ou sa partenaire. Voilà la vraie liberté !

Les pauvres hommes des cavernes ne savaient même pas qu’ils avaient un mot à dire dans la procréation. Quel étonnement quand is ont compris le lien entre faire l’amour et l’accouchement.

La procréation, chez l’humain, c’est plus qu’un besoin passager ou un geste automatique répondant à une certaine odeur qui atteint le nez du mâle. Non, chez l’humain, le corps provoque des sentiments, de la tendresse. La conscience est une réalité qui dure dans le temps et l’espace. Le cerveau produit toutes sortes d’hormones, qu’il lit sous forme de sentiments. La chimie corporelle influence l’électrique, le spirituel.

De plus, l’homme a ajouté tous ses sens : le toucher, en particulier, comme organe sexuel. Tout le corps est sexuel et on interdit le génital, sans savoir pourquoi. L’homme est en feu dès qu’on le caresse. Ainsi, tout le corps est un lieu de grande félicité.

Ivoitou

La sexualité, comme mode de reproduction, n’est apparue qu’il y a 900 millions d’années alors que la vie existait sur terre depuis 3,5 milliards d’années.

Note scientifique : la sexualité renforce les capacités d’adaptation à l’environnement, la résistance aux maladies. Elle donne un coup d’accélération à l’évolution.

Au début, la vie se transmettait par la multiplication des cellules. Les cellules ont fini par se doter d’un système reproducteur qui tient compte du nombre incroyable de cellules qui les constituent. L’ARN est devenu de l’ADN. La reproduction ne pouvait plus exister chez un individu seul. La complexité pour engendrer le code donnant naissance à un individu était trop grande pour qu’il soit porté par un seul individu. L’ADN de la reproduction se divisa entre l’homme et la femme. Pourquoi ? Je ne sais pas. Je cherche encore.

L’histoire de l’évolution de la vie est très complexe et merveilleuse. La recherche ne fait que commencer dans ce domaine. Elle fera tout un bond avec l’arrivée d’un certain Darwin.

Yjasebien

Vous connaissez les raisons fondamentales qui ont entraîné le passage du matriarcat au patriarcat. Ce ne sont pas tous les hommes qui en ont même déjà entendu parler.

Aristote

Attendez ! Ce n’est pas une question de pomme ?

Yjasebien se mit à rire.

Aristote rencontrait les juifs qui arrivaient au pays, d’où connaissait-il cette histoire de paradis terrestre, mais lui, au moins, était assez intelligent pour savoir qu’Ève est un symbole. Une civilisation tient toujours à une religion. Normal. Au début, les religions servaient à expliquer les forces de la nature. Elles semblaient appuyer leur foi sur les dieux qu’elles avaient créé.

Yjasebien

Qu’est-ce qu’une pomme vient faire dans l’histoire de l’humanité ? C’est symbolique.

La faculté de symbolisation ne vient qu’après l’adolescence. Ça permet aux prêtres d’inventer n’importe quoi pour expliquer l’inexplicable. Ils ne comprennent pas ; mais ils agissent ensuite comme s’ils savaient tout.

On dit que n’ayant pas attaché assez d’importance au devoir de rendre hommage à Aphrodite, les Amazones furent sévèrement punies. Auparavant, les femmes dominaient. Comme la terre, elles transmettaient la vie. Leur vocation était la fécondité. Pour des raisons de senteur, les hommes les fuirent. Elles ont perdu leur puissance de domination, car l’absence des hommes provoqua chez elles un besoin irrésistible de fertilité, qui les rendit esclaves. Les femmes eurent besoin de plus en plus d’hommes, car elles et les mâles ne connaissaient pas le rôle des spermatozoïdes.

Les hommes ne savaient pas qu’ils avaient un mot à dire dans la procréation. Par contre, on croyait que le sperme était une nourriture essentielle pour nourrir le fœtus durant la grossesse. Ainsi, l’homme devint indispensable. Ça, c’est une des versions de ce renversement dans l’ordre social.

Aristote

C’est aussi une belle histoire, mais nous n’étions pas là pour la confirmer ou la réfuter. La foi est aveugle, ce qui la rend handicapée.

2 – pais= enfants-esclaves.

Diogène 9

juillet 20, 2020

Virus est bouleversé.

Virus n’avait pas encore emprunté la mer pour regagner Lesbos, qu’il apprit la mort de Croisos.

Ce fut un choc terrible, car même s’il ne partageait pas les mêmes opinions, Croisos lui était extrêmement cher.

Sans pouvoir y changer quoi que ce soit, Virus se sentit pris d’une profonde culpabilité. N’était-il pas responsable de la mort de Platon et de Croisos ? S’il avait été gai, comme tous les autres, tous ces problèmes ne seraient jamais survenus.

Par contre, sa petite bien-aimée, Amfèpétéléplom, ne voyait pas les choses comme lui.

Amfèpétéléplom

Tu n’as rien à te reprocher. Ce n’est pas ta faute si les gens réagissent comme des imbéciles, incapables de la moindre compassion envers les autres. De quoi se mêlent-ils ?

Qui a crié au secours pour justifier ces manifestations ? Personne. Il n’y a que moi qui avais le droit de le faire, car je suis la seule concernée.

De quoi ces manifestants se mêlent-ils ? Crois-tu vraiment dans le bien-fondé de la règle interdisant aux jeunes de vivre leur sexualité ? Pourquoi serais-tu obligé d’accepter quelque chose qui répugne à ton esprit ? Tu t’es toujours tenu debout. Pourquoi maintenant te trouverais-tu coupable ?

Croisos aurait pu et dû rentrer directement dans la maison, plutôt que de provoquer la foule. Ce n’est pas de ta faute si des fanatiques l’ont attaqué. Qui te dit que ce n’était pas plutôt des hommes jaloux de l’ascension rapide de Croisos dans le monde politique ? Qui es-tu pour prétendre savoir ce qui loge dans le fond du cœur de ces hommes ou devrais-je dire, de ces écœurants ?

Je suis tienne, dit Amfèpétéléplom. Si tu le veux, nous retournons à Lesbos et nous ne reviendrons jamais dans cette société d’arriérés. Nous pouvons aussi retourner habiter la ferme de Platon, c’est ta propriété. Nous nous battrons alors pour que l’on nous respecte.

Nous avons réussi le retour des Appendices, car elles n’ont pas à subir notre décision. Ton combat est mon combat et non le leur.

Virus était profondément touché, car il savait comment Amfèpétéléplom aimait aussi Label Blonde. Elle était prête à sacrifier cette amitié pour leur amour.

Virus n’en dormit pas de la nuit ; mais cette nouvelle l’avait encore moins touché que la révélation qu’elle venait de lui dire.

Amfèpétéléplom

(quelques minutes avant)

Une chose est certaine, je ne te quitterai plus. Je veux que tu sois là pour t’occuper de notre enfant.

Virus capotait. Père. Il était père. Une seconde, il se demanda si c’était vrai que deux parents trop jeunes donnent des enfants rachitiques, condamnés à mourir peu après leur naissance ou si c’était encore une croyance sociale débile, héritée des religions.

C’était la raison invoquée pour justifier l’interdit sexuel chez les plus jeunes. Pas de sexe, de fréquentations, de mariages avant 27 ans, pour ne pas avoir d’enfant rachitique ou malade.

Virus devait maintenant décider dans quelle société cet enfant serait le mieux, car si la religion rendait fanatique et stupide, la vie chez les Grecs était, culturellement parlant, quand même beaucoup plus riche que chez les Amazones.

Est-ce que cet enfant aimera plus la chasse que la poésie ? Comment le savoir quand ils sont encore aussi jeunes ? Pourquoi les adultes ne laisseraient-ils pas le droit aux jeunes de choisir leur destin dès qu’ils le peuvent ?

Dorénavant, sa vie devenait celle de sa famille. Son choix ne concernait plus que lui-même, mais l’avenir de sa femme et de son enfant en dépendait.

Chez les amazones ou à Athènes ?

Le matin, Virus qui déjeunait avec Amfèpétéléplom, n’avait pas remarqué la présence de Diogène, couché sur le sofa.

Virus

Je ne sais pas où notre enfant est le plus susceptible d’être le plus heureux : chez les Amazones ou sur la ferme ? Les manifestants continueront-ils à nous empoisonner la vie ?

Qu’arriverait-il chez les Amazones, si tu donnais naissance à un garçon ? Sera-t-il capable d’échapper à leur tradition et ne pas avoir les yeux crevés ? Serait-il condamné à être l’esclave de ces femmes pour le reste de sa vie ? Qu’arriverait-il si des hommes débarquaient maintenant sur l’île ? Les Amazones reviendraient-elles les guerrières qu’elles ont toujours été ou se laisseraient-elles anéantir ?

Leur changement est-il définitif ou serait-ce l’effet Label Blonde, temporaire, qui disparaîtra quand elle sera morte ?

Par contre, si nous restons sur la ferme, nous serons encore pris durant des années et des années en procès, parce qu’une bande de malades mentaux s’imaginent que les jeunes doivent demeurer chastes à tout prix.

Combien de bébés devront naître aussi bien développés physiquement que tous les autres enfants, même si les parents n’ont pas 27 ans, avant que la communauté reconnaisse que cette règle est fausse et même fortement stupide ?

Les religions sont des abominations dès que les hommes commencent à se prendre pour Dieu et parler en son nom. Ils ne font que projeter leur instinct de mâle et de pouvoir. Mais le pire, c’est la même chose dans une société matriarcale. Au lieu d’être des sexes qui se complètent, c’est une guerre de tâches, une course au pouvoir. Chaque individu a une raison d’exister, pourquoi faudrait-il être tous pareils ?

Amfèpétéléplom

C’est la même chose chez les Amazones, elles veulent vivre sans mâle. Malheureusement, elles doivent en garder en vie, si elles veulent avoir le sperme nécessaire pour se perpétuer. Voilà pourquoi elles les mutilent. Elles ont peur de leur force quand ils sont devenus adultes, ainsi, elles les empêchent de devenir dangereux. En leur coupant les pieds, elles s’assurent qu’ils ne pourront jamais être de bons guerriers.

Virus

Quand les femmes ont eu une société matriarcale, leur paranoïa face à la sexualité les a amenées à demander à être protégées par une espèce d’escouade de la moralité mâle, qui a profité de son pouvoir pour les renverser et créer une société patriarcale.

Les machos ont vite remplacé les chefs de famille qui étaient déjà devenus les maîtres. Les femmes n’ont pas vu le pouvoir leur échapper, car elles ont dû, pour être protégées, accepter les tâches qu’on leur fixait.

Si elles avaient reconnu les similitudes avec les mâles qui étaient plus près de leurs émotions et, donc des enfants, ce seraient encore elles qui dicteraient les règles. Elles n’ont pas fait confiance aux pédérastes. Elles ont voulu garder les enfants pour elles seules.

Amfèpétéléplom

Label Blonde a déjà brisé les règles en t’acceptant et en gardant L’Assistant. Je ne crois pas que l’histoire se répétera sur Lesbos. Pour que ça se produise, il faudrait que Label Blonde ait un instinct de domination et elle ne l’a pas. Elle a eu la présence d’esprit de vouloir jouir sexuellement, elle aussi. Elle a choisi la curiosité plutôt que la stabilité ; l’audace plutôt que la peur. Elle est féministe plutôt que féminoune.

Les féminounes sont des femmes en chaleur qui n’arrivent pas à avoir de sexe, frustrées, elles essaient d’empêcher tout le monde autour d’elles de jouir, parce qu’« elles », elles ne savent pas jouir. Elles peuvent tout au plus simuler l’orgasme, d’où elles détestent tout ce qui est sexuel. Pour elles, le sexe est le pire des dangers. Leur vie sensuelle et de tendresse se réalise dans le lesbianisme, la masturbation ou la chasteté.

Ce serait bien si elles n’étaient pas aussi hypocrites ; elles s’occuperaient de leur propre vie plutôt que d’essayer de diriger celles des autres.

Qui peut mieux qu’une femme, du bout de la langue, attiser un clitoris, aussi bien qu’une autre femme ? Tu connais les points forts de ton propre sexe mieux que tous les autres.

Virus

C’est aussi ce que disent les hommes pour justifier la pédérastie.

Pourtant, on semble oublier l’essentiel : l’attrait de l’un et de l’autre, l’amour, l’amitié, ce n’est pas le propre d’un seul sexe. Est-ce que la vie sexuelle d’un individu est si  importante ? Qui a créé une différence entre l’homme et la femme ? Ne sont-ils pas des animaux de la même espèce ? L’important n’est-il pas de vivre une vie heureuse ? Cela ne devrait-il pas être la priorité dans la vie, le bonheur ? Que tu sois du sexe que tu voudras, l’important, c’est qu’à ta mort, tu sois content de ce que tu as vécu. Même si tu connais des malheurs, ceux-ci peuvent servir à te faire mieux réaliser d’autres valeurs, d’autres bonheurs. Tout est dans ta façon de voir la vie…

Amfèpétéléplom

Nous devrions nous séparer, le temps de la gestation.

Si je suis seule, je n’aurai aucun problème à faire accepter l’enfant par Label Blonde, même si c’est un mâle.

Toi, tu pourrais durant ce temps régler les procès que notre union suscite. Il faut quelqu’un pour leur calmer les nerfs, puisqu’avec tout ce que Grangalop a raconté, les dirigeants pourraient être assez fous pour envoyer une armée afin d’éliminer les Amazones.

L’enfant né, on pourrait se rejoindre et décider de la société qui nous permettra le mieux de nous réaliser.

Diogène

Vous voulez changer l’histoire de l’humanité. Il y aura toujours des gais, des pédérastes, des féministes, des féminounes et des hétéros. Le monde est ainsi fait de par sa propre nature. Nous naissons tous avec une orientation sexuelle. Or, vous voulez que les discriminations disparaissent et que chacun vive sa réalité propre. S’il en était ainsi, le monde futur ne serait plus le même. Vous devez éliminer la violence et la remplacer par une meilleure distribution des responsabilités. Bonne chance !

Yvoitou (qui entrait)

Il n’y en a qu’un seul homme qui tentera de réaliser ce rêve et on le crucifiera.

Amfèpétéléplom partit, Virus se livre.

Dès que le bateau eut emporté Amfèpétéléplom et les trois Appendices, Virus se fit prisonnier d’Athènes.

Il savait qu’il lui faudrait renverser les propos de Grangalop, s’il voulait éviter que la Cité entre en guerre pour aller chercher l’Assistant, puisque Grangalop avait prétendu qu’il avait été fait prisonnier.

Il avait volontairement oublié de souligner les conditions enviables de cette situation. Grangalop ne pouvait pas comprendre la félicité de l’Assistant. Il aurait pu lui aussi avoir la possibilité de faire aussi souvent l’amour, mais il avait refusé.

Grangalop ne voulait pas se l’avouer, mais il ne rêvait que d’une chose : faire une pipe à L’Assistant, depuis qu’il l’avait vu nu.

« Quelle merveilleuse petite queue ! », pensait-il sans cesse, comme si c’était la seule chose qu’il eut retenue de son passage sur Lesbos. Retourner, le tenir dans ses bras, lui vider son petit membre, était devenu sa seule vocation, sa seule raison de vivre.

Grangalop se mit à rêver d’être nommé en charge d’une expédition pour aller sauver L’Assistant et ainsi pouvoir partager sa couche en toute reconnaissance.

– Je serai enfin le chevalier sauveur. Rêvait Grangalop.

Par contre, grande surprise, Diogène avait été amené pour assister Amfèpétéléplom afin d’enseigner le grec à toutes les Amazones. « Pour combattre, les idées stupides, rien de mieux que d’instruire les gens », avait-elle fait valoir.

Ce serait ne pas comprendre l’esprit punk de notre grand philosophe que d’oublier son attrait sexuel envers tout ce qui vit. Il fallut une demi-journée de plus pour embarquer toutes les sortes de « robes tonneaux ». Tout le monde sait que les femmes ne peuvent pas résister à la mode, et cette fois, celle- ci risquait d’aider Diogène. Il se voyait déjà multiplier sa petite Nicidia par centaines. Il se prenait pour le Grand Spermatozoïde universel dans une grande cérémonie de la Fécondité. Il faudrait de ce fait inventer une religion.

Ivoitou

Qu’à cela ne tienne, Raël y parviendra, pourquoi pas toi ?

La traversée fut particulièrement violente. On aurait dit que Poséidon était jaloux de Diogène. Le bateau fut d’abord ballotté de tous les côtés, pour que Diogène soit malade, puis à, au moins deux reprises, le dieu des mers essaya de l’envoyer promener dans le fond des océans. Heureusement, Diogène avait enfilé sa « robe tonneau à grandes accroches », c’est-à- dire qu’elle était retenue à six endroits différents sur le bord du bateau. Il aurait fallu que Diogène soit soudainement amaigri et éjecté hors de sa robe pour l’envoyer promener à la mer. Ça aurait été aussi la seule façon de le forcer à apprendre à nager ou couler, serait plus exact.

La seule chose dont Poséidon sut tirer bénéfice fut d’enlever un des coffres.

Quelques robes à donner en cadeaux. Il y avait aussi quelques colliers appartenant aux Amazones, qui furent donnés à des sirènes pour services rendus.

À son arrivée sur l’île, Diogène mit la « robe perroquet avec queue de paon », un régal pour l’œil qui s’éclate en couleurs.

Aussi, dès qu’il se fut engagé dans la forêt, une équipe d’Amazones se précipita sur lui, essayant de le dénuder, afin d’enfiler cette merveilleuse robe. Ce qui prouve que les femmes préfèrent la mode à la sexualité.

Heureusement, Diogène l’avait collée à son corps à trois endroits. Malgré leur vexation, les Amazones l’amenèrent à Label Blonde, qui prit immédiatement les commandes d’une nouvelle expédition pour protéger Amfèpétéléplom. Ce devait être ça, car Diogène n’était pas un militaire.

Ce fut une fin de semaine de festivités. Pour la première fois, Diogène sentait le poids du travail. « Je n’aurais jamais cru que l’adoration demandait autant d’efforts », dit-il à L’Assistant, qui était devenu maigre comme un coq.

– Ce n’est rien, attends la pleine lune ! Lui répondit L’Assistant.

Accusations contre Virus.

Virus reçut ses accusations alors qu’il était encore en cellule. Les autorités hésitaient à le libérer, en attendant son procès, puisqu’il avait aidé les Amazones à se sauver.

Les accusations étaient claires : « Virus Platon est accusé d’avoir aidé des animaux à se sauver de prison alors qu’ils représentaient un danger pour la population de la Cité. »

Cette fois, les amis ne tardèrent pas à intervenir. Dès l’après-midi. Périclès, Ivoitou, Yjasebien, Démocrite, Hippocrate et Aristote rendirent visite à l’ex-petit amant de Platon, devenu son fils, grâce à l’attention que le philosophe lui avait apportée.

Virus

Comment prouver que mes Appendices sont des femmes, puisqu’elles sont reparties pour Lesbos ?

Périclès

C’est mieux ainsi, même si ce sera plus difficile de prouver que les Amazones ne sont pas des animaux. Si elles avaient été ici, les gens auraient pu s’en prendre à elles. Le fanatisme peut conduire au meurtre.

Virus

Elles savent se défendre.

Périclès

Croisos le savait aussi.

Je ne doute pas de leur force, puisqu’aucun homme n’a pu conquérir leur île, mais tu sais, le monde est parfois complètement stupide. Il suffit qu’il y ait une tête forte dans le groupe pour que l’événement dégénère.

Ypontife est hors circuit, mais il y a toujours son petit

« Jemepense Ossibon ». Il est encore plus fou que son maître. Si on l’écoutait, on serait tous des prêtres. Pire, on reviendrait aux sacrifices humains. S’il y a un dieu, sa première loi est évidemment « tu ne tueras pas… même légalement ».

Les religieux interprètent et enseignent ce que les dieux ont dit, mais ne font pas ce qu’exigent leurs enseignements. Est-ce qu’un fou peut être un martyr ou est-ce qu’un homme qui accepte d’être un martyr est un fou ? J’opterais pour la deuxième interprétation.

Aristote

Regarde la cohorte de manifestants idiots qui s’agitent devant chez toi depuis des mois. De quoi se mêlent-ils ? Ils ne te connaissent même pas, encore moins les Amazones. Ils ne savent peut-être même pas qu’elles existent. Mais, ils manifestent au nom de leur religion. On leur a dit que c’était ainsi et ils n’ont pas l’intelligence de se demander si cela a du bon sens. C’est comme ceux et celles qui prétendent que le sexe est un crime.

Virus

Vous avez raison. Laissons-les établir leurs preuves et nous pourrons travailler ainsi en plus grande sécurité. Nous pourrons voir venir les coups. Au pire, est-ce que les Amazones pourraient revenir rapidement ?

Périclès

Il faut au moins deux semaines. Mais, si elles revenaient, elles ne pourraient pas s’installer chez nous. C’est trop dangereux. Il faudrait qu’elles demeurent chez l’un de vous, en secret.

Aristote

C’est possible. Elles peuvent s’installer chez moi.

Virus

Qui enverra-t-on les chercher ?

Aristote

Même si je n’aime pas tellement ça, mon fils Nicomaque veut absolument se rendre à Lesbos pour revenir avec la vérité. Il vient d’inventer un nouveau métier : le journalisme d’enquête. À son avis, ce serait une mission qui pourrait prouver le bien-fondé de ce métier. Par la suite, il veut partir à la recherche de l’Atlantide.

Virus

Comme Socrate. Il y a encore des gens pour qui la Vérité est plus importante que ce que les gens pensent d’eux.

Périclès

On verra. Peut-être que nos adversaires ont très peu de preuves. Si on a besoin d’elles et qu’elles reviennent à temps, ça nous aidera. Nous gagnerons et elles seront reconnues comme esclaves, car, elles sont des étrangères. Virus pourra les acheter.

Virus

Elles apprennent déjà notre langue et nos coutumes.

Sans le savoir, Virus venait de confirmer la politique étrangère d’Alexandre le Grand qui fit rayonner le grec partout.

Yjasebien

Une chose est certaine, on doit d’abord prouver que les femmes ne sont pas des animaux et que les Amazones sont des femmes. Il faudra aussi gagner du temps, si on devait être forcé d’attendre le retour de Nicomaque.

Aristote

On pourrait demander à Alexandre le Grand de nous prêter les services de quelques soldats afin d’accompagner mon fils et assurer sa sécurité. À seize ans, c’est une merveille de la nature, mais ça ne réfléchit pas toujours. Je me sentirais plus en sécurité.

Yjasebien

Les parents n’arrivent pas à se rendre compte que leurs adolescents ne sont plus des enfants. Il est essentiel de leur apprendre le sens de leurs responsabilités pour que leur vie future soit heureuse. Envoyer des soldats, c’est garantir leur perdition.

Ivoitou

Un jour, le Québec fixera l’âge du consentement à 14 ans. La bande de fascistes ou staliniens fédéraux de Harper la changera pour 16 ans. Seul Simoneau, un écrivain qui n’était pas lu, prétendra qu’à partir de la théorie de Freud, il faut plutôt fixer l’âge de consentement avec l’entrée au cours secondaire, de manière à ce que l’âge fixé ne soit pas un handicap pour les enfants plus précoces. Il dira aussi que de ne pas respecter la vitesse de développement sexuel des jeunes est contraire à la Charte des droits, car, on ne respecte pas leur intégrité.

Il faudra, selon lui, mettre en place des cours sur la sexualité, à la fin du primaire, pour que tous les jeunes soient armés de jugement. Après ces cours, les jeunes doivent connaître la différence entre le OUI et le NON. J’aime ou je n’aime pas. Ils doivent savoir que le silence peut tout aussi bien vouloir signifier un consentement qu’un refus. Il demandera, par ailleurs, que toute pénétration soit interdite avant 16 ans. Pour le reste, disait-il, s’il y a consentement, c’est un plaisir. Alors, pourquoi être emprisonné pour avoir eu du plaisir ? Pourquoi faut-il souffrir pour aller au ciel ?

Virus

Ça me semble inquiétant de laisser Nicomaque y aller seul. On ne sait pas si Label Blonde dirige toujours ou si les Amazones sont redevenues des guerrières.

Virus se rappelait que des assassinats avaient déjà été perpétrés pour renverser Label Blonde.

Il ne reste plus qu’à se préparer pour toutes les éventualités. De toute manière, personne ici, sauf les gardes, n’a déjà vu une Amazone.

Le jour du procès arriva. L’avocat de la Couronne était bien évidemment Lareine Sale. Une espèce d’ivrogne qui concevait le droit en fonction des années de prison. Par projection ou pour ses intérêts financiers, il détestait autant les accusés qu’il se haïssait lui-même.

Comme il fallait bien s’y attendre, Lareine Sale n’eut que deux témoins à faire entendre. Le gardien de prison affirma que les Amazones ressemblaient à des femmes, mais qu’elles n’en étaient pas, puisqu’elles n’avaient qu’un sein.

Quant à Grangalop, il prétendit que quatre membres de son équipage avaient perdu la vie quand des Amazones les avaient attaqués par surprise.

Grangalop

Je fus fait prisonnier ainsi que L’Assistant.

Il raconta ensuite en détail comment les mâles étaient exterminés. Il confia avoir eu peur pour sa vie.

Quant à l’Assistant, continua Grangalop, il fut sauvagement sexuellement mis à l’épreuve.

Grangalop

Je l’entendais souvent se lamenter. Il n’avait sans doute plus une goutte de sperme, son pénis saignait. Ces salopes l’avaient souvent mordu, ne sachant pas exécuter une bonne fellation. « Le pauvre ! », Dit Grangalop, en sanglotant.

Il aurait probablement voulu vivre le scénario décrit.

Selon Grangalop, il s’était enfui, grâce à sa force et sa capacité de coureur. « Heureusement, j’avais eu la bonne idée de dissimuler notre bateau plus loin au bord de la  mer. »

Satisfait, Yjasebien demanda quelques jours afin de pouvoir rassembler les témoins pour disculper son client.

Gêné par la présence de tous les hommes les plus brillants d’Athènes, le juge lui accorda deux semaines pour y arriver.

Diogène 8

juillet 19, 2020

Grangalop joue au héros.

Quand Grangalop sortit de la maison chez Platon, il se rendit immédiatement à la caserne enregistrer son retour.

Périclès se rendit lui-même à sa rencontre pour le féliciter d’avoir ramené Virus, ce qui permettrait peut-être la survie de Platon. « Au moins, se dit Périclès, nous avons tout fait ce qui était possible. »

Dans son rapport, Grangalop fit état de son statut de prisonnier. Il fit remarquer la mauvaise nourriture, la présence incessante des gardiennes, la mort affreuse des mâles, mutilés par pur plaisir et « sa » fidélité à son petit serin, Danielos.

Grangalop

Malgré l’effort de ces diaboliques créatures, j’ai su résister et demeurer fidèle à Danielos. Jamais je ne me serais pardonné de tromper mon petit ami. Il est toute ma vie.

Ça permettait à Grangalop d’avoir davantage les faveurs de Danielos, qui avait rencontré un certain Piratos, qui lui plaisait énormément. Devenir l’aimé d’un héros national prodiguait à Danielos une popularité sur laquelle il n’avait qu’à se laisser bercer pour lui ouvrir tous les cœurs en pâmoison. D’ailleurs, Piratos conscient du danger, ne lui avait jamais autant tourné autour.

Voyant que sa situation lui procurait une renommée de plus en plus grande, Grangalop rechercha toutes les occasions pour faire état de son récit héroïque.

Tous les autres soldats-messagers voulaient en savoir plus et ne perdaient pas une occasion de souligner le courage de leur confrère dans tous les milieux. Grangalop se mit à mettre de la crème sur le gâteau.

Il faisait maintenant état de grands combats qu’il avait dû mener avant d’être fait prisonnier. Il fit croire dans à la mort atroce de l’Assistant, torturé, scalpé, brûlé vif. Il affirma que certaines Amazones mangeaient leurs prisonniers. « Des cannibales, des animaux sans âme. », lançaient-ils avec fierté.

« Elles voulaient mon sexe, comme on rêve de gagner un trophée aux olympiques », ajoutait-il avec fierté. Grangalop oublia de leur dire que s’il n’avait pas succombé, c’est qu’il était gros et ne bandait pas. Mais, ça, personne n’était là pour le savoir.

Danielos était bien trop content d’être l’envie de tous pour confirmer que la libido de Grangalop était au point mort.

Grangalop répandait toutes les obscénités possibles sur les Amazones, prétendant ainsi prouver combien les sociétés matriarcales sont dépravées.

Le dimanche, on organisa une grande parade dans la Cité et une fête familiale pour rendre hommage à ce héros.

Personne n’avait l’intelligence de se demander pourquoi Virus était aussi bien portant et pourquoi Amfèpétéléplom était revenue. La rumeur, voulant qu’elle soit enceinte, se propagea comme un typhon. Mais, la grande question demeurait : que font trois Amazones chez Platon ?

La foule se rendit devant la résidence de Platon manifester contre la présence de personnages aussi dangereux dans le quartier.

« Nos enfants sont en danger », scandait-on.

Grangalop se prend pour un héros.

À force de mentir, de se présenter comme un héros qui a échappé aux Amazones, ces femmes buveuses de sang, ces homophobes innées, Grangalop fit naître un mouvement contre le matriarcat, voire contre toutes les femmes du pays.

Pour donner plus de poids à son message, il commença à se servir d’exemples locaux qui indiquaient jusqu’à quel point leurs épouses se laissaient conquérir par toutes ces idées féministes.

Il ne manquait pas une occasion de raconter comment une telle avait agi en pure jalousie et mesquinerie féministe.

« Des idées et des goûts de femme ! » Lançait sa voix désespérée. Il se mit même à interroger les femmes sur leur capacité d’élever les petits gars.

Grangalop

Les hommes porteront-ils bientôt la sacoche ? Serons- nous écartés de nos biens ? Regardez la recrudescence dans la construction de temples d’Athéna. Ça veut tout dire. Bientôt, les femmes nous déposséderont.

Grangalop se promenait à travers toute la Grèce, même à Sparte, pour nourrir le danger que représentaient les femmes.

Grangalop

Qui n’a pas eu de la difficulté au cours des derniers mois à laisser la maison afin de s’occuper de sa fonction principale : la politique ? Qui n’a pas subi les foudres de son épouse, à son retour sur “sa” ferme ? Que ferait-on si elles revendiquaient la propriété, car, ce sont elles qui les administrent déjà ?

Il en profitait à chaque occasion pour insister sur le danger que représentaient les femmes du pays. Qu’arriverait- il si elles cessaient d’administrer nos terres ? Pourraient-elles, sous l’impulsion de la pensée amazone, vouloir prendre le pouvoir ? Domineraient-elles, comme c’est naturel, à cause de l’Amazone qui dort en elles ?

Grangalop commença à avoir son petit groupe de fanatiques. Un incendie intérieur les dévorait : les femmes devaient être traitées au même titre que les esclaves. Lavage, bain, faire à manger devinrent l’équivalent féminin du slogan qui naîtra plusieurs siècles plus tard chez les travailleurs : boulot, métro, dodo.

Si Grangalop savait que sa mission n’avait pas de sens, ses disciples, eux, voyaient ça autrement. Ils trouvaient que les hommes étaient beaucoup peu pressés quant au besoin de modifier leur statut social.

Aussi, pour galvaniser davantage les esprits contre les Amazones, ceux-ci tuèrent en cachette une couple de vieux robineux et firent croire que ces meurtres étaient l’œuvre des Amazones, vivant chez Platon.

Il n’en fallait pas plus pour que des soldats fussent dépêchés chez Platon. Les trois Appendices de Virus furent arrêtées et conduites en prison.

Virus était en furie.

« Nous vivons dans une société complètement folle », disait-il, dans ses dépêches envoyées à Aristote et Périclès.

Les Amazones devant l’héliée.

Grangalop, qui aurait dû s’appeler “mauvaise langue”, n’aurait jamais cru que ses histoires provoqueraient un tel engouement. Le débat a vite porté sur trois éléments fortement émotifs et sociaux : les Amazones sont-elles des femmes ? Quelle est la place de la femme dans la société, et finalement, l’esclavage dans une société évoluée devrait-il être permis ?

Puisque les Amazones seraient traduites devant l’héliée, l’assemblée judiciaire d’Athènes, Périclès décida d’inclure le procès dans sa grande Commission de la réforme sociale. Ainsi, on n’aurait pas à doubler le travail, car, ce procès risquait de provoquer une discussion plus profonde qu’il n’aurait jamais su susciter, dans un contexte moins émotif.

Les groupes de support s’étaient déjà formés. Le plus grand était sans nul doute celui des hommes conservateurs, avec Grangalop, qui espéraient que l’hélée reconnaisse, l’authenticité de la parole de Dieu, proclamant la subordination des femmes et des esclaves à leur mari ou leur propriétaire.

Pour s’y opposer, un petit groupe de femmes en voie de devenir féministes, jouissait d’un appui inconscient de toutes les femmes. Elles étaient dirigées par une prêtresse, nommée « La mère de la virginité promise ».

Yjasebien fut, quant à lui, nommé avocat pour représenter les Amazones. Étant des étrangères, il fut aussi décidé qu’elles incarneraient le sort de toutes les esclaves.

Ce procès, qui se voulait être un débat de société fondamental, animait fortement toutes les discussions sociales dans tous les milieux.

Évidemment, plusieurs pensaient qu’on n’était pas obligé de recréer le monde, mais dans l’esprit des philosophes, il fallait profiter de l’occasion pour poser le problème en profondeur.

« Plus on visera une grande connaissance, plus il y aura de chance que le monde à venir repose sur des balises solides », pensaient-ils.

Si les philosophes étaient au ciel, Virus était en maudit.

« Comment les gens peuvent-ils être assez stupides pour croire que les Amazones ne sont pas des femmes ? C’est tellement évident qu’elles le sont ! »

Ce n’est pas si évident pour tout le monde. On sait que des centaines d’années plus tard, les Européens détruiront des tribus entières, en prétendant que les autochtones n’étaient pas des hommes parce qu’ils ne croyaient pas dans le petit Jésus. L’homme qui se prétend si intelligent a-t-il évolué depuis ce temps ? Rien de plus sûr ! La technique a évolué, mais certainement pas la partie émotive du cerveau humain.

Le choix des jurys et la mort de Platon.

Pour s’assurer d’une certaine forme de neutralité, l’héliée décida que le procès soit tenu devant jury. Douze hommes, douze femmes. Une exception, puisque Périclès tenait à ce qu’on réponde à la question : Quel genre de société voulons-nous créer dans l’avenir ?

Il fallait prendre le temps de vider le sujet. On poussa même un peu pour s’assurer que tous les aspects soient couverts à fond. Aucun doute ne devait subsister à cette profonde réflexion.

Le jury fut difficile à mettre en place. Tous les hommes voulaient manifester leur supériorité et asseoir leur argument sur le fait que tous les dieux raisonnables considéraient la femme comme une servante. Quant aux douze femmes, inutiles de dire qu’elles professaient déjà un credo féministe. Elles voulaient qu’enfin les hommes reconnaissent qu’elles sont leurs égales, leurs partenaires et non leurs servantes.

Le jury fut ainsi formé pour que tous les aspects soient sujets à discussion. Il fut établi que la première question serait de prouver que les trois Amazones sont bien des femmes.

Virus trouvait ce cirque tout à fait déplacé. Il ne comprenait pas que les hommes soient si peu compréhensifs envers les différences hommes femmes, tout en reconnaissant leur égalité. Il se demanda même s’il était seul à avoir connu l’amour.

Aussi, décida-t-il qu’au début, il laisserait Diogène et Yjasebien mener la stratégie de la défense des trois Amazones. Cependant, il exigea de pouvoir leur rendre visite avec Amfèpétéléplom tous les jours, pour que les Appendices ne croient pas qu’une société dans laquelle on retrouve des hommes, est automatiquement l’endroit par excellence de l’injustice et de la violence. Elles ne connaissaient pas la différence entre un homme et un macho.

Ce petit détail réglé, Virus s’installa près de Platon et tenta de le ramener à la vie.

Platon avait les yeux grands, ouverts, animés. Il reconnaissait sûrement son petit Virus, car Platon ne cessait de répéter : « Comme tu es beau, mon petit ! »

Virus pensait qu’il parlait de lui. Il prit le temps de replacer ses cheveux frisés et il se pencha sur le malade. « Je suis de retour. Ne me laisse pas tomber. » Platon se contenta d’un large sourire avant de rendre l’âme.

Virus se demandait s’il n’avait pas plutôt vu le petit Cupidon. Y paraît que les mourants, qui dépassent le corridor habituel, voient, après la lumière, un petit garçon au moment où la mort est confirmée. Dieu serait-il un petit gars ? Il n’en fallait pas plus pour que la pédérastie devienne une volonté divine.

Quelle souffrance ressentit Virus, quand il comprit que Platon venait d’y passer.

Le plan de Virus.

Platon mort, il n’y avait plus rien qui retenait Virus, à Athènes.

Virus n’espérait plus que l’esprit des gens de chez lui s’ouvre assez pour que ça vaille la peine d’essayer de leur faire comprendre ses sentiments et sa perception de la réalité.

« Ils préfèrent l’ignorance, ainsi, ils n’ont pas besoin de changer quoi que ce soit », pensait Virus.

Les aristocrates et les bourgeois ne veulent pas que l’on réfléchisse. « Penser, c’est dangereux pour leur pouvoir, surtout quand celui-ci est assis sur les mensonges religieux, mensonges qui sont de la schizophrénie pure », pensait-il.

Diogène

Quand t’es bouché durant des siècles, que tu es aliéné, il ne faut pas croire que c’est possible de changer du jour au lendemain. C’est trop vite.

Tu n’arriveras jamais seul, même si tu as raison, de vouloir changer les règles « Préjudices ». Les gens pensent que ces lois vont de soi. Qu’elles n’ont pas besoin d’être remises en question, car elles ont toujours été ainsi.

Elles sont nommées « Préjudices » parce que personne ne croit qu’il faut les changer. C’est impossible de s’y attaquer. Tu ne peux qu’avoir tort. Ces lois sont ancrées chez les individus dès leur enfance.

Quand les gens pensent trop longtemps la même chose, cette chose devient comme une vérité. Notre civilisation a été établie par les choix qui ont été faits au cours des siècles. Si la prémisse était fausse au début, comment pense-t-on qu’elle deviendra vraie avec le temps ? » Se disait Diogène.

Aristote, pour une fois, lui donna raison. Ils en parlèrent tout le long du trajet, lors des funérailles de Platon.

Aristote

Pour que les gens comprennent, ils doivent l’expérimenter. Pour connaître la pédérastie, il faut la vivre, mais tous les hommes ne sont pas pédérastes. Loin de là. Si on veut savoir ce que c’est, il serait donc normal d’écouter les pédérastes. C’est la même chose pour toi. On t’imagine un démon parce que tu es tombé en amour avec une petite fille. Que veux-tu, ici, il faut tomber en amour avec un garçon pour être normal. Le contexte crée la loi.

Si tu étais né dans un siècle, où la société est hétérosexuelle, tu n’aurais pas ces problèmes, car ce serait la règle générale. Le mode de vie accepté par la majorité est le malheur pour les autres qui débordent de la norme. Les minorités sont toujours vues d’un mauvais œil.

Puisqu’on en est encore à se demander si une Amazone est une femme, il faudra des décennies de bons arguments, seulement pour amener la discussion. Ils ont dans la tête que ce n’est pas le cas.

Que tu fasses n’importe quoi, ils ne changeront jamais d’avis. Ils croient qu’ils ont raison, car ils pensent tous la même chose. Comme tout le monde croit dans les dieux. On s’imagine que si tout le monde pense la même chose, c’est la preuve que c’est vrai.

C’est ainsi que tout le monde a cru que la terre était plate.

Diogène

La foi aveugle est une paralysie complète du cerveau.

Ivoitou

Tu n’as pas à t’en faire, mon petit. Tu ne croiras pas ce que je vais te dire présentement.

Un jour, au Québec, les féminounes essaieront de faire croire que la pédérastie n’existait pas en Grèce antique. Elles rejetteront le fait que les plus grands esprits sont issus de cette façon de vivre. L’amour qui existe entre le maître et son apprenti ou son serin. Elles nieront l’histoire, juste pour avoir raison. Juste parce que ces femmes veulent être les seules à pouvoir approcher la jeunesse. Elles sont incapables de comprendre que certains jeunes garçons connaissent un fort plaisir à être caressé par un homme.

Savoir qu’on a tort et essayer de continuer de faire croire en ses mensonges, c’est de la malhonnêteté intellectuelle. C’est le propre de la bourgeoisie. Une idéologie de têtes enflées et de salauds.

Au Québec, ce sera surtout une question de paranoïa féminine. Les féminounes seront d’ailleurs soutenues dans leur haine par les tribunaux et la pègre. C’est pour cette raison que les gens reconnus coupables de pédérastie seront battus par les prisonniers. Ça n’a rien d’étonnant puisque la prostitution doit être sous l’emprise de la pègre pour être payante. Si la prostitution était libre et un droit individuel, la pègre perdrait énormément de revenus. Par ailleurs, aucune société évoluée ne peut pas accepter le proxénétisme.

Si la prostitution individuelle était acceptée, on aurait plus à protéger les soi-disant victimes. La police et les mouvements de soutien n’auraient plus de subventions ; car, celles-ci sont justifiées par les cas résolus. Aucune victime, aucun besoin.

Tout devrait être permis sur un plan sexuel tant qu’il n’y a pas de violence ou de domination.

Le libre arbitre ne serait plus ainsi une grosse farce.

Mais cette liberté n’existera jamais, car il faut maintenir la condamnation et la peur pour justifier ces mises de fonds.

Cette nouvelle perspective amena Virus à organiser un plan d’évasion pour les trois Appendices. Il fut entendu que Diogène et Aristote retiendraient l’attention pendant que les autres se sauveraient avec les Appendices et regagneraient l’île de Lesbos.

D’autre part, Croisos accepta, même s’il en voulait à Virus, de s’occuper des manifestants chez Platon.

À son retour de la cérémonie d’adieu, après avoir un peu bu, Croisos décida de sortir et de haranguer cette foule d’esprits pervers, car on ne peut concevoir le mal que si on le fait.

« Voir le mal chez les autres, c’est de la projection. On voit la haine que l’on porte contre soi chez celui que l’on blâme », pensait Croisos

Croisos (en criant)

Juger les autres, c’est comme les voler. Calomnier, c’est tuer. Vos sales gueules manifestent sans même connaître ce dont elles parlent. Elles sont la honte de la Cité.

Croisos était bien conscient que si Ypontife n’avait pas persécuté Virus et Platon, jamais une telle situation ne serait survenue. Croisos commençait à croire que les esprits pervers sont du côté de ceux qui se prétendent purs. Les peureux sont souvent des scrupuleux qui ont perdu le contrôle de leurs dictats.

Au moment où il allait entrer dans la maison, des manifestants se séparèrent et s’attaquèrent à Croisos, par derrière. Ils le tuèrent avec une dague.

Croisos baignait dans son sang quand les soldats arrivèrent pour arrêter les Appendices, déjà en cavale, et les ramener à leur procès.

La chasteté était vengée, mais la charité et l’ouverture d’esprit mouraient avec Croisos.

Dorénavant, la ségrégation s’était installée dans la sexualité. Il y aura les bons et les méchants. Les prétendus bons seront toujours la majorité hétérosexuelle et les méchants seront ceux qui vivent une sexualité différente à celle de la majorité.

Les règles bourgeoises engendreront la création de clans et d’échanges économiques. Petit à petit, la famille nucléaire deviendra la seule norme acceptée.

Diogène 7

juillet 18, 2020

Platon est soigné.

Dès    que    Périclès    apprit     que    Platon     était dangereusement malade, il fit appel aux meilleurs médecins existants pour le sauver.

Ce grand homme de la Grèce antique ne voulait pas manquer son coup dans l’organisation de sa grande Commission d’enquête, qui devait déjouer le temps et l’espace, et permettre ainsi d’analyser ce qui peut arriver dans l’avenir à partir des données de son époque.

Périclès connaissait le vrai sens du mot politique, c’est- à-dire savoir se tenir au-dessus des intérêts particuliers ou de parti pour offrir la meilleure vie possible aux citoyens.

Hermès avait déjà créé la boucle électromagnétique, même s’il avait un peu triché. Ça avait d’abord engendré des problèmes, mais il travaillait depuis à la mettre au point.

Hermès ajouta un sélecteur, soit un instrument qui permet d’amener à la réalité, à l’instant même, tel ou tel individu plutôt que tel autre.

Il lui fallait expérimenter l’espace spatio-temporel utilisé dès que possible.

Au pire, on y découvrirait le dieu Ra, courant dans le couloir temporel. C’est connu que les rats adorent les corridors pour entrer d’urgence à la maison.

Périclès

Nous essaierons de sauver Platon à partir de nos connaissances, mais si on n’y arrive pas, on se servira du bouclier d’Hermès. De toute façon, il doit être prêt, depuis le temps qu’Hermès s’amuse à le sophistiquer.

Il faudra bien s’en servir un jour. Peut-être que les médecins de l’avenir auront raison de maladies dont on ne connaît pas même pas encore l’existence.

Dans un premier temps, aidé de Croisos et de Diogène,

Platon fut amené au temple d’Apollon, où le dieu Péan devait faire ses preuves.

Diogène

On perd notre temps, les dieux sont capables de s’occuper que d’eux-mêmes, comment voulez-vous qu’ils sauvent notre Platon national ?

Croisos

Ce n’est pas en restant là, à le regarder, qu’on le sauvera. On va tout essayer, qu’on y croie ou pas. L’important, c’est le résultat.

Dès son arrivée au temple, on prépara l’endroit pour donner une cure d’incubation au philosophe. Sept prêtres se couchèrent chacun leur tour sur Platon, espérant que la chaleur ferait éclater la maladie, de manière à pouvoir l’identifier, puis la soigner.

La maladie de Platon refusa de s’identifier. Même pas un tressaillement. Pas un râle.

On décida, par la suite de le plonger alternativement dans de l’eau très chaude, puis très froide. Même dans l’eau, Platon ne réagissait pas. Rien. Même pas un plissement supplémentaire ou une baloune.

Croisos

On devrait peut-être le tenir sous l’eau un peu plus longtemps. S’il est pour s’étouffer, il réagira bien avant. Il doit respirer sous l’eau, c’est sûr.

Périclès

Pas sûr. La semaine dernière, on amena six malades qui n’étaient pas en danger de mort ; mais après les avoir plongés trop longtemps, ils sont tous trépassés. Ils voyagent maintenant au fond des enfers ou ils attendent, près du Styx, pour leur balade en bateau.

Pendant que Platon se prenait pour un sous-marin, et, que tous ses moteurs étaient en repos, Croisos accepta de monter les marches du temple à genoux, ce qui devait inciter les dieux à la compassion.

Croisos en ressortit les genoux en sang et dut marcher avec des béquilles durant quelques jours.

La prière n’avait eu aucun effet. Platon était mou comme de la guenille, les yeux révulsés, et la face blanche. Seuls les poils sur son ventre s’agitaient comme des brins de foin sous le vent. Faute d’aller mieux, on décida de lui appliquer une cure thermale, basée sur les propriétés de la boue employée pour le traitement. Pas plus de succès. Tout le monde était au bord du désespoir.

Hippocrate se disait impuissant, car aucun organe ne semblait touché. Quant à Érasistrate, il émit l’hypothèse que Platon n’était pas paralysé parce qu’il s’était écrasé une couille, mais qu’il s’agissait plutôt de l’effet négatif du départ de Virus. Ça l’affectait tellement qu’il avait décidé de mourir. Un suicide affectif.

Croisos

Le petit baptême ! Lui, pis sa maudite orientation sexuelle.

Hippocrate

Les nerfs ! Chacun sa réalité. Que tu sois une femme ou un homme, ou les deux à la fois, ça change quoi ? Tu es ce que tu es, et, ceux qui ne veulent pas l’accepter sont des malades.

Croisos

Si être hétérosexuel était normal, nous, les gais, nous ne formerions pas 90 % de la gent masculine.

Périclès

Ce n’est pas le temps de discuter. Quand la Commission sera formée, nous aurons tout le temps d’essayer de comprendre le phénomène de l’orientation sexuelle et de voir ce qui est le plus normal.

Il y a peut-être plus que la démocratie qui importe aux peuples évolués. Le bonheur de ses citoyens, par exemple.

Puisque Platon ne bougeait pas d’un trait dans son voyage au-delà de nos compréhensions de la vie, Périclès décida de consulter Hermès.

Hermès s’occupe de Platon.

Impossible d’amener directement Platon au Québec, sans savoir d’abord ce qu’il faudra prévoir pour que le voyageur ne soit pas totalement perdu.

Hermès avait déjà inspiré le scénariste d’une émission de télévision et les résultats n’étaient pas concluants. D’ailleurs, ceux qui ont suivi cette série sont encore perdus comme le disait le titre de la série. Hermès avait son brevet pour les voyages dans le temps et l’espace, ce qui n’était pas le cas de ce scénariste.

Hermès, qui se sentait un peu fatigué de toujours être le messager, fit appel aux services d’un de ses étudiants en communication pour explorer ce nouvel univers. Ti-Loup fut nommé responsable du voyage. Quand Ti-Loup arriva

au Québec, quelque deux mille cinq cents ans plus tard, tout était différent, sauf le vin. « Athènes ressemble très peu à Québec, même si c’est une ville « jouquée » sur un cap », se dit Ti-Loup.

Pas de grec, peu de gais. On est tellement catholiques à Québec, qu’on se croirait en Arabie saoudite, tellement les bonnes mœurs y sont respectées. Mais, il y avait un parlement.

À voir les députés, durant la période des questions, le jeune pensa qu’il s’agissait d’une institution pour soigner les adultes demeurés enfants. Il n’insista pas, mais il se dit que ce n’était pas une mauvaise idée de ramasser tous les immatures dans une même institution. Il en prit note pour en faire profiter son maître Hippocrate.

Ajustant son appareil « infra-bruit-traduction », capable de décrypter la langue parlée, le voyageur crut qu’il était à Versailles, du temps de Louis XIV. Il ne pouvait pas savoir que le joual est un descendant de cette merveilleuse langue française, puisque même les fédérastes non constipés ne le savaient pas. Il rencontrait Jacques Parizeau que le lendemain. Par contre, il en apprit énormément sur le Québec, en assistant au Moulin à paroles de Lepage.

Devant ce spectacle, Ti-Loup était ravi de voir que les cours universitaires au Québec se donnent en plein air et pour des milliers de personnes en même temps. Il s’aperçut aussi que les idiots qu’il avait rencontrés au parlement n’étaient pas là. « Ils sont trop fous pour apprendre », pensa Ti-Loup.

Il dut cependant ajouter à son traductomètre, « la vibration spéciale », pour comprendre toutes nos expressions locales. Il avait parfois de la difficulté à saisir les nuances culturelles. Entre autres, pourquoi utilisait-on

autant le mot tabarnache, alors que les églises se vident ?

La turbulence donnait souvent des airs de forêt des dieux au corridor spatial quand on retournait pour y passer la nuit.

Ainsi, quand il se mit à lire Les derniers amours de Platon, un savant linguiste en profita pour dire qu’il s’agissait d’une erreur de grammaire. « Amour au pluriel, va voir pourquoi, est presque toujours une exception et devient féminin », de dire le spécialiste.

Simoneau dut lui expliquer que le sens du mot amour, dans ce titre, n’était pas la passion, mais Diogène, Virus et Croisos, les derniers « petits amours » de Platon. Une exception à l’exception, à cause du sens que lui donne l’auteur. Les amours dans ce cas ne sont pas des passions, des sentiments ou des histoires d’amour, mais ce sont des personnages appelés ainsi, étant tous des garçons, ils n’ont pas à se féminiser.

Ti-Loup enleva sa robe hellénique, pour ne pas être  remarqué. Il dut voler un portefeuille pour avoir de l’argent.

« Je n’aurai qu’à en imprimer plus, quand je reviendrai en Grèce », pensa-t-il, après qu’un citoyen âgé lui eut abondamment parlé de Réal Caouette.

Et là, s’accéléra une étude approfondie du Québec., en plus, de son histoire. Mission accomplie, Ti-Loup retourna chez Hermès et enregistra tout ce qu’il venait d’apprendre. Le voyage de Platon était maintenant possible.

On l’étendit sur une civière et Ti-Loup fut choisi pour retourner à Québec.

Pas facile de faire soigner quelqu’un et de le garder à la maison quand il est dans le coma. Ti-Loup servait de parent proche, responsable du vieillard. Le voyage en ambulance fut très rapide.

On décida, à l’arrivée à l’hôpital, dans un premier temps, de lui enlever les testicules. Elles avaient tellement grossi et noirci qu’on n’arrivait plus à discerner le moineau. Quand Ti-Loup a vu ça, il a cru que ça l’empêcherait de marcher. Quand on n’est pas médecin, on s’imagine toutes sortes d’explications.

Puis, on changea son alimentation. Au lieu de manger par la bouche, il dût avaler par le nez.

Ti-Loup trouvait que la médecine moderne ressemblait étrangement à une connaissance approfondie de la tuyauterie.

Mais, rien à faire, Platon était toujours dans le coma. Ti-Loup n’aurait jamais pu deviner que Platon avait déjà emprunté la route du retour.

Platon avait laissé le puit de lumière et s’était engagé dans le corridor vers la lumière initiale. Malgré les apparences, les médecins disaient qu’il était maintenant hors de danger.

Hermès et Ti-Loup ramenèrent le malade chez lui, avouant ne pas comprendre qu’après tous ces soins, il ne soit pas revenu plus neuf qu’un jeune.

On venait à peine de recoucher Platon dans son lit, que Virus franchissait le porche de la maison.

Un retour tumultueux.

Dès que Virus mit les pieds dans la maison et que Diogène le vit pour la première fois, en compagnie de ses trois amazones-mémoires, il tourna de l’œil, tant il les trouva belles.

Son tonneau était tout croche, parce qu’il n’avait pas prévu qu’il serait autant sollicité par l’attraction d’un corps étranger. Et, c’était toujours le même membre qui obéissait le premier aux lois de la nature.

En se rendant à la chambre de Platon, Diogène ne put s’en empêcher. Il posa délicatement la main sur l’arrière- train de Société. Il n’avait pas encore atteint la cible, qu’il se sentit soulever de terre. Cette fois, ce n’était pas l’extase. Il voyageait plus vite que le son. Société lui avait saisi le poignet et l’avait passé par-dessus elle. Diogène, au plancher, elle lui sauta dessus, le saisit à la gorge, cherchant sans aucun doute à l’étrangler.

Virus et les deux autres Amazones eurent bien de la difficulté à lui calmer les nerfs. On pouvait sentir dans le regard de Société toute sa haine pour les hommes comme Diogène.

Virus n’avait pas eu le temps de toutes les rééduquer complètement. Pour elles, un homme, c’est un danger, un viol potentiel. Ce n’est pas qu’elles étaient féminounes avant la lettre, mais elles ne connaissaient les hommes que sous cet aspect. Ce n’était pas de la paranoïa bourgeoise, comme aujourd’hui, mais une réalité.

Les hommes se comportaient comme de vrais cochons dès qu’ils voyaient une femme, surtout si elles avaient les seins nus. Tous les soldats qui arrivaient chez elles, tuaient, kidnappaient, violaient.

Pour leur sécurité, elles avaient dû les combattre pour éviter les invasions. Les Amazones avaient un sens profond, naturel, de la liberté, mais leur monde était essentiellement féminin. Toute féministe est, en partie ou en entier, lesbienne, que ce soit consciemment ou pas ; comme tous les hommes ont un petit fond gai.

C’est normal de préférer son sexe, mais on nous appris à en avoir honte.

Par contre, que certains n’aient pas appris à respecter le besoin absolu de consentement dans les questions de sexe était plutôt un problème de civilisation.

Dans leur jungle, c’étaient toujours les Amazones qui allaient à la chasse ou à la guerre. Elles n’avaient pas besoin d’hommes. Aucun homme n’avait d’ailleurs survécu à une visite sur cette île. Virus était le premier et il devait cet exploit à la beauté de sa petite Amfèpétéléplom. Si Label Blonde n’en était pas tombée amoureuse, Virus aurait été bon pour goûter aux mêmes traitements et être tué.

Virus (s’adressant à Diogène)

Qu’est-ce que tu fais innocent ? Tu ne sais pas que ce sont des Amazones ? Toutes, sans exception, deviennent complètement folles dès qu’on essaie de les toucher sans permission. Leur peur est proportionnelle à leur éducation.

Diogène

Elle pourrait se protéger sans essayer de nous tuer.

Virus

Les hommes ont ce qu’ils méritent. Ils ne sont pas capables de voir une belle femme sans essayer de lui sauter dessus. Je te croyais d’abord pédéraste.

Diogène

Je le suis, comme tout le monde, mais je suis un esprit ouvert, moi. J’ai ma petite amie depuis longtemps. Je ne crois pas dans toutes les imbécillités inventées par les religieux ou les philosophes. Je suis un rebelle.

Virus

Change tes manières, car, tu seras responsable de leur enseigner la langue.

Diogène

Laquelle ? Elles ont besoin de s’adoucir.

Mais, Diogène ne pouvait pas s’empêcher de rêver de devoir s’occuper de trois femmes à la fois. Finies les soirées désespérées, pensait-il, tout en frétillant de la langue. Chassez le naturel et il revient au galop.

Virus

Il t’appartient d’y arriver. J’étais là-bas le géniteur officiel. Elles doivent apprendre la douceur avant d’accepter les caresses.

La prochaine fois, tu te mettras un tonneau plus fleuri. Elles aiment la nature.

Diogène en salivait déjà. Mais, il savait que pour y parvenir, il devrait changer sa manière d’aborder une femme. Il n’était pas dans un club gai, où ce petit geste de la main s’abattant sur une fesse est perçu comme une manière d’exprimer sa fascination.

Pour calmer le jeu, Virus décida de montrer les chambres où elles habiteraient dorénavant. Il garda la plus belle pour lui et Amfèpétéléplom.

Il y eut un tumulte à l’extérieur. Virus se précipita à la fenêtre pour y voir Croisos arriver, suivi d’une bande de femmes avec leurs pancartes : « Le Diable est sur terre ».

En apercevant Virus, Croisos, en furie, refusa de lui donner l’accolade. Virus était frustré, car il était très ému et très content de revoir Croisos.

Virus

Qu’est-ce qui t’arrive, mon frère ? Tu n’es pas ravi de me voir ? Je ne t’ai pas manqué ?

Croisos

Jamais je ne te pardonnerai jamais d’avoir abandonné Platon et d’être parti au moment où cette bande de folles commençait à manifester leur imbécillité. Elles manifestent ainsi depuis des mois, depuis ton départ. Elles ne se sont même pas aperçues que je ne suis pas toi. J’espère que tu trouveras moyen de leur calmer les nerfs.

Croisos n’était nullement impressionné de voir les trois Amazones. Par contre, il fut très gentil avec la petite Amfèpétéléplom. Ils avaient connu des moments d’amitié très appréciés, alors qu’elle avait vécu chez Platon.

À la demande d’Amfèpétéléplom, les deux frères se réconcilièrent avant de rendre visite au malade.

Platon était peut-être mieux, mais il n’était pas encore sorti du coma.

Dès que Virus lui prit la main et lui souffla à l’oreille  :

« C’est moi, c’est Virus ! On m’a dit que tu veux me voir. » Platon ouvrit les yeux. Comme le médecin l’avait dit : « il doit subir un nouveau choc émotif positif pour cesser de vouloir mourir. »

Diogène 5

juillet 16, 2020

Virus transformé.

L’arrivée de Virus sur Lesbos l’a profondément transformé. Contrairement, à bien des hommes qui devaient se dépasser pour trouver la flamme de leur vie et s’assurer une descendance, Virus avait tout, sans se poser la moindre question.

Deux cents jolies petites soldats amazones attendaient le moment de passer du boulot de guerrière à celui de maman. De quoi rendre jaloux tous les martyrs d’Al-Qaïda ou de l’EI, car, elles, elles existaient en chair et en os, et non, à l’intérieur d’un délire religieux qui s’avérera probablement être une pure utopie après la mort.

Virus se disait souvent : un tien vaut mieux que des promesses de vie après la mort. Et, il remerciait le ciel de sa chance.

Virus fut d’abord étonné de la bonne entente qui existait sur cette île.

Les femmes, normalement jalouses, avaient un rapport d’une tendresse infinie l’une pour l’autre. Une rage, une peine, n’importe quoi de triste, et, une bonne samaritaine accourait pour soigner les malaises en utilisant ses caresses.

Les Amazones n’avaient pas toutes été contaminées par les religions ascètes qui nécessitent la présence d’un dieu pour faire régner la peur et transmettre ses ordres. Elles n’hallucinaient pas sous l’effet des sacrifices. Elles n’avaient pas la hantise de la chasteté, qui fait que tu t’occupes toujours de ce qui se passe dans le pantalon du voisin, faute de pouvoir calmer tes propres attentes secrètes, refoulées et conduisant à la haine.

Ces guerrières n’hésitaient pas à calmer leur envie de sexe, en se branlant le clitoris, quand nécessaire. Évidemment, il y a toujours un individu plus curieux, plus sensible au plaisir, il fut donc impossible de ne pas découvrir que le plus beau chiffre en mathématiques est le 69. Les Amazones vivaient leur nature profonde, grâce à la liberté et à la tendresse.

Contrairement, aux hommes d’Athènes, elles croyaient que l’on vit pour être heureux. La guerre n’existait que pour protéger leur territoire. Puisque la présence mâle nourrissait les jalousies, on décida que les hommes ne seraient que des pénis ne présentant aucun intérêt, sinon celui de procréer.

La culture avait une place prépondérante dans leurs occupations. Une Amazone était reconnue, pour la beauté de ses créations lyriques plutôt que pour la force de ses bras. Les femmes âgées avaient toutes une petite fille, dont elles étaient responsables. Par contre, ces jeunes filles devaient s’assurer que leur maîtresse ne manquerait jamais de rien, de la bouffe à la tendresse. Les maîtresses devaient tout leur apprendre, comme les pédérastes mâles du continent, mais chez elles, pas question de changer d’orientation sexuelle à un certain âge. Étaient mères, celles qui le demandaient. Tout devait se faire en fonction de la nature de chacune.

Il n’était pas rare de voir de vieilles guerrières se transformer en danseuses et ainsi avoir le privilège d’une petite cour particulière. La gloire est le suçon offert à celles qui ont du talent. Le harem diva. Un privilège accordé à celles que la vieillesse n’a pas encore flétries. C’étaient en général, celles dont l’esprit avait été particulièrement choyé. L’intelligence n’est pas donnée à tous, en parts égales, même si tous les humains, hommes et femmes, sont égaux du fait d’être un humain. Chacun sa force pour se différencier.

Le grand avantage des Amazones : elles ne se culpabilisaient pas. « Les erreurs sont normales dans le cheminement de tout individu », leur apprenait-on dès l’enfance, s’assurant ainsi que chacune se respectait assez pour savoir qu’on ne peut pas tout savoir en naissant. « Quand il y a une erreur, on a qu’à l’admettre et ne pas la reproduire, autant que faire se peut », leur apprenait-on dès l’enfance.

Tout enfant croit d’abord qu’il est le nombril du monde. C’est tout un choc d’apprendre qu’au contraire, il doit s’intégrer à la société pour valoir quelque chose. Il doit être désiré, accepté. Comment créer cette reconnaissance des autres ?

Quand on apprend à se donner aux autres, on sait ensuite, ce qu’est le vrai plaisir de vivre.

La vie des Amazones était totalement orientée vers le bonheur. Leur structure sociale était carrément communiste comme dans les abbayes. Tout est à tous. Pas de hiérarchie, car la hiérarchie crée des clans. L’autorité était le fruit de l’unanimité ou, du moins, une très forte majorité.

Les problèmes étaient d’abord résolus à l’intérieur du groupe. Si le sujet était fondamental et touchait trop de membres, on tenait un conseil des déléguées.

Elles pouvaient changer de déléguées à chaque réunion, selon les sujets abordés, pour toujours avoir la personne la plus compétente, apte à prendre la décision au nom des autres.

Quant à la chef, ce titre était attribué à celle qui présentait le plus de vertus et de modération, car elle était la juge des causes difficiles. Elle recevait tout simplement un peu plus de reconnaissance de ses comparses. Son titre devait démontrer sa capacité à la générosité.

Elles étaient assez intelligentes pour savoir que la vie fonctionne un peu comme une spirale. Plus les gens sont près de nous, plus ils font partie de nos existences. La vie de la communauté fonctionnait sur le même système qu’Athènes : la démocratie.

Quand on est juste 200 à 1,000, on peut facilement demander que tout le monde vote.

Aucune ne devait être ni trop riche, ni trop pauvre. On avait ainsi fixé un minimum et un maximum de biens pouvant appartenir à chaque individu. Si la richesse est bien partagée, se disait-on, il n’y a pas lieu d’avoir conflit sur conflit.

Virus avait pris les commandes d’une école de course, mais il était dorénavant passionné par la sociologie. Il passait de longues heures à réfléchir sur la vie des Amazones. Même s’il gagnait en sagesse, il fut complètement bouleversé quand il apprit que deux émissaires de Platon étaient maintenant dans le camp.

Était-ce pour offrir un sperme de plus grande qualité ? Était-ce pour le ramener de force dans leur société d’intransigeants ?

La vie en société avait toujours été pour lui, problèmes par-dessus problèmes. Il se mit à réfléchir sur sa vie jusqu’à ce moment.

Devait-il retourner chez Platon ou demeurer sur cette île où la vie ne demande qu’à être vécue dans le plaisir et où existe une réelle égalité entre chaque individu ? Devait-il se trouver coupable d’avoir aimé une fille ?

Virus épuisé de faire l’amour.

Même si les Amazones pouvaient choisir si elles désiraient la maternité ou la chasse aux caresses, Virus était le seul individu capable de leur permettre d’accéder à leur idéal maternel. Pas le choix, il devait se livrer à l’exercice.

Avec le temps, Virus s’est rendu compte que ce privilège ne procurait plus autant de petits plaisirs. Il ressentait de moins de frissons corporels, car aucune relation émotive ne s’établissait vraiment entre lui et les belles Amazones. Elles lui étaient amenées et il avait un certain temps à passer avec elles. Les derniers ébats lui semblaient même fatigants. Il avait la « zoune » éreintée, plutôt « slaque », et le temps demandé pour compléter l’ouvrage semblait lui arracher les reins. À chaque lendemain, il avait de la misère à marcher. « Trop, c’est trop. »

« On dirait que plus tu as ce que tu désires, plus ce désir cesse de t’obséder. Ça devient même, comme le travail, une routine fastidieuse. Les filles sont merveilleuses, mais il manque quelque chose quand nous faisons l’amour », avait-il avoué à Label Blonde.

La chef était très perspicace et douée de la faculté d’apprendre les langues en un éclair. Elle avait aussi demandé à connaître la « langue suprême » de la jouissance, qu’elle avait bien hâte de savourer, ayant dû se contenter de voir Amfèpétéléplom en bénéficier.

« Je n’avais jamais vu personne se tordre de plaisir ainsi. Je me demande pourquoi on n’y avait jamais pensé avant », avait-elle avoué.

Antérieurement, les mâles avaient été comme des érables qu’on entaillait au besoin.

Contrairement à toute attente, Virus préférait donner des cours de gymnastique à engrosser celles qui avaient choisi la maternité. Au moins, il se sentait mieux après ses cours.

Sa petite Amfèpétéléplom lui suffisait amplement pour soulager ses vrais désirs de mâle. Avec elle, c’était différent. Même si le rituel était toujours presque le même, Amfèpétéléplom arrivait facilement à lui faire perdre la tête. Un sourire, un regard, un petit geste un peu sensuel avaient plus de répercussions sur notre petit Virus que la file de d’Amazones qui lui étaient présentées toutes les fins de semaine. Virus dut lui-même demander qu’on baisse la cadence.

Virus aurait souhaité qu’on invente un rituel de fascination plutôt que de devoir se contenter d’éjaculer. Était-ce parce qu’en vieillissant, la tentation n’est plus la même ? Sans la réciprocité, la complicité, c’était comme s’il se masturbait. Un jeu extraordinaire quand t’es jeune ; mais qui devient monotone quand, avec l’âge, tu comprends que le travail d’équipe est plus excitant que de simplement vérifier tes capacités. Peut-être qu’en vieillissant, certains deviennent moins narcissiques ?

Virus se dit alors qu’il devait aussi étudier la psychologie.

Virus n’était pas assez hypocrite pour ne pas se souvenir des premiers temps de sa vie au paradis. Il attendait alors avec anxiété la venue des promises, mais pour suffire à la tâche sans y laisser sa santé, il avait dû demander d’être employé uniquement les fins de semaine. Virus craignait de souffrir d’un épuisement professionnel, s’il dépassait trop ses capacités.

Pourquoi les Amazones porteuses avaient-elles perdu autant de valeur à ses yeux ? Possiblement parce qu’après l’emploi, il était séparé d’elles et qu’ainsi, elles ne signifiaient plus rien. Aucun projet commun. Aucun amour. Virus considérait faire l’amour comme un travail trop répétitif.

Virus comprit du fait même que procréer est une chose, créer des liens, en est une autre. Procréer pour procréer, ça peut être plate en maudit. Et, tout le monde sait que pour aimer son travail, il faut trouver plaisir à l’accomplir. Il vivait la merveille de ces moments d’intimité qu’avec sa petite Amfèpétéléplom.

Virus avait toujours cru que le besoin de fidélité était l’apanage des femmes. Mais, noyé dans la facilité, il se mettait à rechercher une autre forme de satisfaction. Devenait-il un homme rose ?

Un besoin de responsabilité. Voilà, ce que lui apportait Amfèpétéléplom. De la tendresse et un besoin quotidien de partager la vie. En amour, un sourire suffit pour te transporter au paradis.

Amfèpétéléplom commença même à enseigner les langues aux Amazones chargées des soins aux étrangers. Le travail est une forme de valorisation personnelle. Aussi, quand elle rencontrait Virus, passaient-ils des heures à parler de la joie d’enseigner. Ils se racontaient leur vie antérieure et leurs rêves futurs.

Son attitude avait aussi amené Label Blonde à cesser de voir tous les étrangers comme un danger. « Le viol n’est pas la seule préoccupation des mâles », avait-elle conclu. Mais, la paranoïa fait penser le contraire. Quelle vie plate quand chaque visage peut se transformer en vampire ? Si les femmes sont élevées dans la peur du sexe, elles deviennent féminounes ; mais sans cette peur, elles réussissent aussi bien que n’importe quel mâle. Les Amazones féministes créaient de grandes femmes de lettres et d’esprit. Pour aimer les autres, il faut être capable de s’aimer.

D’une certaine manière, Label Blonde n’avait pas tort. Dès qu’un homme mettait les pieds sur l’île, il perdait la tête et se mettait à violer toutes celles qui l’approchaient.

« La nature de l’homme-mâle est ainsi faite. C’est une nécessité pour assurer la survie de l’espèce. Essayer d’éliminer cette réalité n’équivaut-il pas a carrément se battre contre la nature. Le mâle est-il capable de dépasser ce stade primitif ? » Se demandait Virus.

Virus avait assisté à ce changement fondamental de mentalité chez les Amazones, car elles ne voyaient plus maintenant les hommes comme des dangers de viol ambulants. Cette nouvelle assurance leur permettait de s’initier à de nouvelles occupations. Elles cherchaient de nouveaux plaisirs.

Virus n’était pas perçu comme le simple géniteur, mais comme celui qui courait le plus vite. Au lieu d’avoir peur de lui, les Amazones avaient commencé à admirer son beau petit corps, ce qui signifiait une surcharge de travail. Il était devenu un peu paranoïaque : un sourire lui faisait craindre une augmentation de la charge de travail, la fin de semaine suivante.

En ce sens, l’arrivée des Athéniens procurait à Virus un certain soulagement. Il avait noté dans son grand livre de données que la sexualité est intéressante quand elle n’est pas incessante. On dirait qu’une fois tes désirs assouvis, le sexe devient un emploi comme les autres. Peut-être Platon avait- il raison : le désir est une partie essentielle du plaisir, mais vaut-il mieux le laisser perdurer ?

Il se demandait ce qu’il devait faire ? Retourner à Athènes avec Amfèpétéléplom et risquer les foudres de Label Blonde ? Trouver une raison pour que les Amazones rejettent la présence des deux émissaires ? Partager avec eux son labeur de semence ?

Tout un problème de conscience. Il décida de ne pas précipiter sa décision et demanda à Label Blonde de rencontrer d’abord les deux étrangers, avant de passer trois jours en retraite fermée.

Athènes craque

Pendant que sur l’île de Lesbos, Virus constatait que les femmes ont plus de facilité à communiquer avec les femmes (comme les hommes entre eux), une bande de manifestants s’étaient installés en permanence devant chez Platon.

Les protestataires se promenaient avec des pancartes

sur lesquelles on pouvait lire : « Les femmes dans les cuisines », « À-bas le pervers hétéro » « Une femme = une esclave » « Dieu le veut ! Sauvons la morale ».

Aristote

Si Diogène était ici, ce philosophe, ancêtre des punks, leur tirerait la langue et se mettrait le doigt au derrière, juste pour les narguer. Diogène ne s’en laisserait pas imposer. Le connaissant comme je le connais, je suis certain qu’il se promènerait nu devant les fenêtres. En le voyant, bien des manifestants préféreraient être invités chez Platon plutôt que de manifester pour une prétendue vertu, car Diogène a de quoi les exciter.

Croisos (qui regardait par la fenêtre)

Quelle bande d’hypocrites ! Bande de jaloux ! Ils n’ont qu’à s’occuper de leur propre cul, plutôt que de venir perdre leur temps ici. Bandes de minables ! S’ils apprenaient à jouir, ils n’auraient pas besoin de se choquer après ceux qui le peuvent.

À son avis, en étant contre la liberté sexuelle, tous ces fanatiques étaient des dépravés qui ne reconnaissaient pas la loi naturelle, s’étant fait laver le cerveau par les religieux et les bourgeois.

Croisos

Ils manifestent et ils ne savent même pas que Virus n’est plus ici.

Il ouvrit la porte et leur cria :

Croisos

Bande de bornés ! Lavez-vous la cervelle, si vous en avez une. Constipés !

À la surprise générale, un autre groupe de manifestants (des femmes celles-là) encercla le premier groupe en scandant « On veut nos hommes. » Elles sortirent des plats et des rouleaux à pâte pour chasser le premier groupe. Quand elles se mirent à frapper, ce fut la pagaille.

Gagnantes, elles se mirent à scander à leur tour :

« Virus ! Virus ! Amfèpétéléplom ! » Croisos était estomaqué.

Croisos

Qu’est-ce ? Qu’est-ce ? Venez voir, les gars, les manifestants se déchirent devant notre fenêtre.

Effectivement, venait de naître une vague de fond. Pour la première fois, des femmes se faisaient entendre. « Mon corps et mon esprit n’appartiennent qu’à moi ». D’autres criaient : « Liberté de conscience »

Aristote

Je ne serais pas surpris qu’un jour des femmes créeront un mouvement qui acceptera la sexualité comme moyen d’émancipation. Certaines gagneront leur vie à faire l’amour et seront fières de leur choix.

Croisos sortit de la maison et leur cria :

Croisos

Virus est parti pour retrouver sa petite Amfèpétéléplom.

Vive la liberté !

Les manifestantes se jetèrent sur le sol, priant tous les dieux d’un coup, en appui à ce chevalier qui court à la rescousse de sa princesse.

Les femmes ont toujours aimé les idées romantiques. Et Croisos ajouta pour les féminounes :

Si vous avez besoin d’un homme, je vous enverrai Diogène. Il sera heureux d’être à votre service.

Diogène 4

juillet 15, 2020

L’arrivée de Grangalop.

À l’arrivée à l’île de Lesbos, le capitaine remercia d’abord Hermès de l’avoir conduit à bon port et Poséidon de lui avoir été favorable, car il avait soufflé une petite brise sur le bateau, tout au long du voyage. Un petit vent qui accompagnait le soleil plombant de tous ses feux, comme s’il chauffait pour réchauffer l’hiver.

L’équipage avait ainsi pu se faire bronzer nu, créant un tableau d’une beauté exceptionnelle qui fit frémir bien des sirènes, ignorantes qu’en principe, les femmes n’attirent pas les gais.

Certaines sirènes s’étaient, à cause de leur ignorance, vivement blessé aux cordes vocales. Elles avaient crié au- delà de leur capacité sonore, vexées de ne pas faire meilleure figure dans ce grand concert de tentative de fascination.

Évidemment, quelques matelots n’ont pas pu résister quand elles chantèrent All you need is love.

« Parfois, une petite expérience, ça ne fait pas mourir son homme », c’étaient dit certains matelots. Et tous les hommes, même gais, rêvent de devenir père un jour. Imagine the new life, it is a new world !

Heureusement, seulement deux matelots se jetèrent par- dessus bord. Les autres furent sauvés, car, on leur avait appris comment jouir, en procurant aux oreilles un chatouillement, apte à nous rendre indifférent à la musique extérieure.

Le capitaine Grangalop décida que tout l’équipage se rendrait près de Lesbos, mais qu’il irait seul jusqu’à l’île, dans une chaloupe, avec L’assistant.

Sa mission n’était pas de faire la chasse à ces femmes qui détestent les hommes, des féminounes préhistoriques, mais de persuader Virus de retourner auprès de Platon, avant que la mort ne l’ait saisi.

Grangalop

Nous irons seuls sur l’île, mais vous vous tiendrez prêts à intervenir. Peut-être est-il faux que ces Amazones aient un besoin urgent de géniteurs ? Peut-être font-elles encore les hommes prisonniers pour en faire des esclaves ? Situation, qui a créé d’ailleurs le concept d’esclave sexuel, un reliquat du matriarcat, d’où la difficulté des féminounes quelques siècles plus tard d’accepter le tourisme sexuel comme un moyen de permettre à certains de manger plus d’une fois par jour. La prostitution individuelle est pourtant un métier très noble, car elle chasse la frustration qui aboutit normalement à la haine de la femme et, par conséquent, à la violence.

La psychologie n’avait pas encore démontré que l’homme et la femme sont différents parce que leur vocation à travers les siècles les a rendus différents.

Les hommes ont des gênes qui créent le besoin de se reproduire. Quand tu es le seul spermatozoïde sur un million qui réussit, tu te crois capable d’étendre tes prouesses, d’où les hommes sont des conquérants.

Heureusement, la fébrilité n’est pas la même pour tout le monde. Les religions se sont épuisées à leur calmer les moteurs, en créant les dots, les mariages et les harems. Quand la tribu n’est pas assez grande, il faut bien chercher ailleurs.

Les femmes, quant à elles, ont besoin de sécurité et de bien-être, parce qu’elles s’occupent de leurs petits qu’elles identifient à elles-mêmes, parce qu’elles les ont portés. C’est d’ailleurs pourquoi elles détestent les pédophiles et les pédérastes. Elles n’acceptent pas que leurs petits leur préfèrent un mâle. Elles ne peuvent pas endurer la concurrence.

Si elles connaissaient mieux les hommes, elles sauraient que ces adversaires ne sont qu’une exception justifiant la règle. Elles pourraient ainsi ranger leur peur hystérique.

Le mystère.

Grangalop et L’Assistant n’avaient pas mis les pieds sur les terres de l’île de Lesbos qu’une douzaine d’Amazones les encerclaient et les projetaient par terre.

L’Assistant remarqua immédiatement les merveilleux petits seins de chacune, ainsi que l’absence de celui du côté droit qui, comme on le sait, était enlevé pour permettre à ces dames d’être plus habiles avec leur arc.

Les prisonniers furent conduits immédiatement dans une cabane, qui servait de toute évidence de prison.

Les Amazones avaient reçu l’ordre de ne plus tuer un étranger, tant que le danger de pénurie de sperme ne soit dissipé.

Il n’y avait dans la cabane, qu’un gros mâle, aveugle et estropié. Grangalop essaya de savoir ce qui lui était arrivé, craignant pour la première fois, ces guerrières.

Le gros ne semblait pas savoir parler, car en s’agitant, il ne sut que grommeler : « menoume, menoume, pas minouche » ; ce qui signifiait en prisonnier mâle : ce sont les geôlières et non leur chatte.

Effectivement, seule la chatte du village venait lui procurer un peu de tendresse, quand elle lui rendait visite. Elle aimait se frotter contre lui et dormir sur le coteau que créait sa bedaine, quand il était couché. Pour ce prisonnier, une chatte, c’est la douceur, la tendresse ; alors qu’une geôlière, c’est le coup de fouet, mais aussi le repas, il faut bien l’admettre.

Tous ses autres compagnons avaient déjà été liquidés.

Grangalop

Wow ! Wow !, s’exclama Grangalop. Est-ce que ce gros bonhomme est entretenu pour servir de repas ?

Et, sans s’en rendre compte, en lui regardant la cuisse, il ne sut retenir cette profonde réflexion : « C’est quand même tout un jambon. Est-ce qu’elles le feront fumer ? »

L’Assistant

À ce que sache, les Amazones ne sont pas carnivores. Elles préfèrent les pommes. Elles vivent des fruits abondants de leur île, qui serait un morceau perdu du paradis terrestre ; une espèce d’Atlantide féminine. Mais elles sont, comme certains hommes, assoiffées de pouvoir. Elles ne peuvent pas endurer un mâle. Ce seraient des descendantes de la dernière lignée des Êve, qui, avec le temps, se sont transformées en Esther. (Voir l’Homo-vicièr, un magnifique roman de Jean Simoneau)

L’Assistant était un passionné d’anthropologie. Il avait même tracé l’arbre généalogique de la grande chef, « Label Blonde ». Sans espérer, évidemment, pouvoir un jour l’en informer.

On l’avait choisi pour ce voyage, en raison de cette connaissance particulière des Amazones. Toutes les Amazones se ressemblent. Il était presque impossible de les distinguer l’une de l’autre, sauf par le nombril qui leur est particulier, selon le géniteur. C’était la marque familiale. On inventait, selon la longueur, dans la manière de l’exposer, avec des couleurs différentes. Chaque nombril était une œuvre d’art.

L’Assistant

Le matriarcat, tu sais, c’est comme le patriarcat, une culture de pouvoir. Dans chacune, le sexe dominant s’imagine que l’autre sexe est moins qu’un animal. Qui va servir l’autre ?

Les deux n’avaient pas encore échangé sur l’avenir de ces formes de sociétés dans l’avenir, que trois petites Amazones vinrent chercher le gros prisonnier.

Voyant qu’elles avaient de la difficulté à l’amener, même à le tenir debout (car il avait les pieds coupés), L’Assistant se précipita pour le pousser dans le dos, comme on fait pour une voiture qui ne démarre pas.

Grangalop

Qu’est-ce que tu fais là ? Tu ne vas quand même pas les aider à précipiter notre mort ?

L’Assistant

Peut-être qu’en me montrant gentil avec elles, elles nous épargneront.

Et, il leur adressa un sourire, qui fit vaciller la plus jeune. Elle n’avait pas encore totalement eu le cerveau lavé par les préceptes des femmes adultes. Cet apprentissage à la haine des hommes, conduisait à un diplôme, dispensé après trois mois de cours intensif de survie à la gent masculine.

Même si les Amazones ne sont pas habituellement carnivores, l’Assistant aperçut un immense tonneau, dans lequel se répandait lentement le sang du gros prisonnier.

L’Assistant

Boy, oh boy ! Je pense qu’elles viennent de recevoir une nouvelle recette de boudin.

Pour la première fois, L’Assistant sentit que, même s’il ne faisait pas le poids, il pourrait servir à autre chose qu’à la procréation.

Le message n’était pas encore envoyé complètement à Grangalop, qu’une petite, toute petite Amazone, entra. C’était la seule qui était maquillée.

L’Assistant

Joli maquillage ! Je n’en ai pas vu d’aussi beau depuis Athènes.

La petite demeura indifférente. Elle les examina, puis leur demanda : Qui êtes-vous ? Qu’êtes-vous venus faire  ici ?

Grangalop, surpris de l’entendre parler grec, expliqua la maladie soudaine de Platon et le départ du petit Virus, qui était venu sur cette île à la recherche de sa petite esclave tant adorée.

Amfèpétéléplom ne sut leur cacher qu’elle était la petite, tant chérie, venue voir s’ils accompagnaient Virus.

Heureux, L’Assistant demanda une guitare et se mit à chanter une chanson d’amour.

Réjouie et bouleversée, la petite courut avertir Label Blonde, pour qu’elle ne les fasse pas décapiter, et Virus, pour qu’il sache que son règne de mâle dominant était terminé, car il serait invité à quitter l’île.

Amfèpétéléplom aimait encore profondément Virus, même si elle était devenue officiellement la douce moitié de Label Blonde.

Nos deux prisonniers, quant à eux, demeuraient dans le mystère. Qu’allaient-ils devenir ?

Les femmes sont-elles humaines ?

Grangalop et L’assistant se demandaient bien ce qui se passait. Pourquoi une Amazone peut-elle parler grec ?

L’Assistant expliqua que les épouses à Athènes, même si elles viennent de l’extérieur, savent parler grec, car, elles gèrent le domaine, pendant que « Me Sieu » va faire de la politique. (Sur un ton dédaigneux) C’est peut-être une immigrante athénienne, se demanda L’Assistant.

Grangalop

Normal, l’homme est celui qui va à la guerre, quand le peuple le décide.

L’Assistant

Exact ! On doit apprendre de son passé. Nos sociétés évoluent exactement comme le corps, à force d’expériences. C’est ça, l’évolution. On part d’un point, on essaie de nouvelles choses et on regarde ce que ça donne, et alors, on décide d’aller plus loin ou de modifier ses choix. Ça peut se jouer sur des centaines d’années. C’est ainsi que l’on a convenu que les femmes protègent mieux les enfants que les hommes.

Grangalop

Les femmes sont trop faibles pour aller à la guerre, elles doivent servir à quelque chose…

L’Assistant

Admettez que vous avez peur depuis que nous sommes arrivés. N’importe quelle de ces femmes pourraient avoir raison de nous.

Grangalop

Les religieux nous disent que les femmes sont moins fortes et inférieures à l’homme. Dieu lui-même dit que la femme doit obéissance à l’homme. C’est pourtant clair.

L’Assistant

Exact, mais Athéna n’est pas un homme, à ce que je sache, et, c’est bien une déesse. Les religions nous ramènent toujours aux idées de base, qu’elles soient complètement idiotes ou géniales. La raison d’exister des religions est de créer des normes, des règles de vie et d’en récolter les effets. Sans règles, les humains sont les pires créatures qui ont été créées. Malheureusement, ils n’évoluent jamais. Ils sont sclérosés.

Grangalop

Les dieux savent ce qui est bon pour nous.

L’Assistant

Oui, mais la morale se structure aussi de plus en plus, en fonction des besoins économiques. Le Dieu des hommes est une invention pour rendre le pouvoir inaccessible.

Grangalop

Il ne faut jamais mettre les religions en doute. Elles ont toujours raison, même si ce qu’elles prêchent n’a pas de sens.

L’Assistant

Mon épouse est brillante. Elle m’a demandé si le petit gars qui nous accompagne toujours, nous les mâles, n’est pas un objet pour permettre à l’homme, que nous sommes, de s’admirer sans cesse et ainsi préserver son estime de soi ?

Le mâle serait-il capable d’accepter l’idée qu’une femme puisse être aussi importante que lui ? Pourquoi a-t- il toujours besoin de dominer ? Serait-ce un vestige de l’époque où, singe, il devait dominer la meute ?

J’ai d’abord cru que les femmes ne pourraient jamais comprendre les plaisirs de l’amour, mais quand elle commença à me chatouiller pour que je bande, j’ai compris qu’elle avait déjà une petite idée sur la question et qu’elle pouvait être aussi bonne qu’un garçon dans le lit. Elle avait même compris qu’un homme bande plus vite, s’il est bien sucé.

Certains hommes n’aiment pas sucer une femme parce que son organe est interne alors que certaines femmes n’aiment pas sucer un homme parce qu’elle pense qu’un organe extérieur est plus facilement sale.

Grangalop

Mais, à ce jeu, le petit serin sait mieux s’y prendre. Imagine un monde où les femmes pourraient remplir la même tâche qu’un homme. Ce serait le désastre. Tu leur attribues une intelligence qu’elles n’ont pas. Ce sont des guerrières, ces Amazones. Chez nous, c’est différent, nous avons formé nos épouses. Elles savent ce que nous leur apprenons et nous sommes là pour rectifier leurs erreurs.

L’Assistant

C’est vrai, mais aucun homme n’a pu s’installer sur leur île. Ce qui prouve que ces femmes savent se battre autant que nous. Les hommes, qu’elles gardent en esclavage, ne servent qu’à la reproduction. Ils sont tellement mutilés qu’ils ne peuvent servir à rien d’autre.

Pire, les hommes font aussi la guerre. Pourquoi seraient-ils mieux que ces Amazones ? Ils ont les mêmes buts : protéger leur territoire, ne pas se faire mener par le bout du nez par un autre qui se croit supérieur.

Grangalop

C’est normal qu’un homme fasse la guerre. Il doit civiliser les terres découvertes. Dans tout l’univers, c’est le mâle qui domine.

L’Assistant

C’est pour ça qu’il doit tuer les enfants et violer les femmes ? L’homme, en se croyant supérieur à la femme, ne fait que démontrer son incapacité à évoluer mentalement.

Grangalop

Est-ce pire qu’une femme qui désire castrer tous les hommes parce qu’elle n’a pas de pénis et qu’elle en veut ainsi à tout le monde ? Des féminounes prémodernes.

L’Assistant

L’homme et la femme sont de l’espèce animale. Rien de plus.

Grangalop

Oui, mais nous, les hommes, nous réfléchissons. Nous n’obéissons pas strictement à nos instincts comme les femmes. On a le contrôle de nos émotions. On n’a pas besoin de se maquiller pour reconnaître notre valeur.

L’Assistant

L’homme est le seul animal capable de tuer ses semblables pour augmenter ses avoirs. C’est plutôt, à mon sens, davantage un signe d’imbécillité que d’intelligence. Il est capable de créer de nouvelles techniques, mais il ne peut pas contrôler sa vie émotive. Pires qu’un homme, les institutions évoluent au rythme des tortues. Elles maintiennent les sociétés dans un carcan. Elles nous forcent à vivre dans l’ère des ténèbres. Plus un être est ignorant, plus il est docile.

Les deux prisonniers entendirent du bruit à l’extérieur. Les Amazones, qui regardaient par les trous, ricanaient et se disaient des choses qu’ils ne comprenaient pas. Elles étaient toutes très jeunes. Elles s’amusaient ferme, car ces prisonniers étaient bien différents de ceux qui venaient avant. Certaines les trouvaient même assez beaux. Le premier mouvement vers la compréhension entre un homme et une femme.

Le désir est à la source de l’amour…

Pourquoi ces jeunes Amazones trouvaient-elles les prisonniers alléchants, alors que les plus vieilles les auraient immédiatement déchiquetés ?

Sont-elles les ancêtres des féministes modernes, des femmes totalement libérées ; alors que les plus vieilles, détestant l’homme et le sexe, seraient celles des féminounes, prisonnières des religions ?

Diogène 3

juillet 14, 2020

Platon panique pour Virus.

Pendant que le petit Virus commençait à profiter de sa capacité à produire l’ADN nécessaire pour créer un nouvel humain, Platon apprenait que son petit chéri se soit embarqué pour rejoindre sa « petite Amfèpétéléplom ».

« Il faut être vraiment poigné pour vivre ainsi ses vices” , laissa échapper Croisos, en prévenant son protecteur.

La nouvelle eut l’effet d’une catastrophe mondiale chez Platon. Le vieux bouleversé se mit à courir les deux bras dans les airs, en pleurant, et en geignant, comme une pleureuse ou une victime, c’est de la même famille.

« Mon petit Virus, mon petit Virus, que va-t-il arriver à mon pauvre enfant ? Je l’ai pourtant mis en garde : si tu veux des problèmes, trouve-toi une femme. Ce n’est pas tout d’avoir une femme, il faut la sainte paix pour réfléchir. Il faut être libre. Virus ! Virus ! Pourquoi ne m’écoutes-tu jamais ? »

Platon était rendu dans un de ses « ah mon Dieu ! » quand il s’enfargea dans le tapis, comme s’il était de la gauche politique. Il se ramassa face contre terre, comme si Dieu voulait plus que des paroles. Une dent s’effrita. Et, par malheur, une enclume oubliée sur le plancher reçut, de tout son fardeau, le noble philosophe.

Platon lâcha un tel cri que les dieux de l’Olympe cherchèrent longtemps d’où venait ce gémissement, sans savoir que leur philosophe renommé venait de s’écraser une couille sur l’enclume, réussissant un plongeon digne des meilleurs athlètes d’Athènes.

Diogène faisait semblant de réfléchir pour mieux regarder Croisos prendre son bain, car, un œil croche demeura toujours croche. Mais dès l’accident, Croisos et Diogène se précipitèrent pour ramasser Platon, qui était déjà de toute évidence dans le char d’Hadès, en route vers le Styx.

Ils le portèrent sur son lit. Ils firent avertir tous les amis que cette fois, Platon semblait ne pas vouloir revenir pour connaître la fin de l’histoire.

Croisos

Le maudit Virus. Finalement, il aura tué son mécène. Lui et ses maudites femmes. Une femme, c’est la pire des prisons, c’est même pire que le pavot. Y aurait pas pu être normal comme tout le monde. Se contenter de jouer aux fesses avec ses petits camarades. Non, monsieur, cherche l’amour, pour présager les amours de Roméo et Juliette.

Croisos était en colère, mais il savait que le seul moyen de ramener Platon à la vie était la présence de son petit Virus. Aussi, envoya-t-il son fidèle ami Grangalop, pour retrouver ce jeune dénaturé.

Grangalop, surpris et surtout ravi du salaire de la mission, engagea un équipage pour se rendre à Lesbos, retrouver Virus et le ramener.

Virus s’installe.

Virus était fou de joie quand il aperçut Amfèpétéléplom. Il savait que dorénavant, il n’avait rien à craindre. La petite avait en effet discuté avec la chef amazone, Label Blonde. Elle avait réussi à lui faire comprendre que Virus pouvait sauver les Amazones, parce qu’il n’avait pas encore été contaminé par leur excès de pureté. « Pas d’excès de savon ! Il faut un géniteur », avait-elle fait valoir.

De plus, les mâles détenus jusqu’à ce jour étaient devenus obèses, à force de ne rien faire. Virus, au contraire, était tout petit, svelte comme un coq, fier de sa cour, et aussi chaud qu’un lapin.

Amfèpétéléplom avait même réussi à faire accepter qu’elle soit la première vierge à se sacrifier à cet homme, à condition que sa maîtresse, Label Blonde, assiste à la cérémonie.

Tel qu’entendu, les trois se retrouvèrent dans la même chambre. Amfèpétéléplom cria de joie plutôt que de douleur. Label Blonde ne comprenait plus rien. Pourquoi, jusqu’à ce jour, tout le monde se lamentait-il au sortir du lit alors que ces deux-là n’en finissaient plus de s’étreindre et de se caresser ?

« Ils aiment ça, ma foi dieu ! » Ne put retenir une vieille générale amazone, asséchée de l’intérieur, qui regardait en cachette, par la fenêtre.

Label Blonde était fascinée, mais en même temps, elle se sentait jalouse. « Serait-il venu pour la kidnapper, grâce au plaisir de faire l’amour ? Cela serait-il possible, si elle aime autant ça ? Peut-on devenir accro au plaisir ? » Se demandait-elle.

Aussi, durant les premiers jours, Label Blonde exigea que Virus soit attaché à un arbre. Et, elle demanda à sa petite Amfèpétéléplom de lui prouver qu’elle l’aimait.

Virus était, malgré tout, un petit gars charmant. Son sourire anéantissait tous les soupçons. De plus, il n’était pas fou. Il savait que s’il réussissait, il y avait beaucoup de travail agréable qui l’attendait. Aussi, chercha-t-il par tous les moyens de réchauffer le cœur de Label Blonde, mais celle-ci avait appris, depuis qu’elle était enfant, que faire l’amour est honteux, douloureux, quoique nécessaire. Pour elle, un homme avait moins de valeur qu’une noix de coco.

Les cavalières amazones étaient plus fortes que les mâles. La preuve : Elles avaient fait prisonniers tous les hommes qui avaient osé mettre le pied sur l’île.

De plus, la grande sorcière Ellèancrisse n’en finissait pas d’inventer des preuves que les hommes sont des êtres inutiles et pervers.

Elle se promenait en jean et en frappait un, de temps en temps, à l’improviste, question de prouver que les femmes sont plus fortes, plus résistantes que les hommes.

Label Blonde, obligée d’éteindre sa haine contre Virus pour le bien de sa communauté, finit par lui trouver un petit côté séduisant. Elle trouvait qu’il avait de belles fesses, toutes rondes. Des pains, quoi ! Ses yeux avaient un petit côté cochon ou espiègle, et puisque les filles lui mettaient des fleurs dans les cheveux, il sentait bon.

Sans s’en apercevoir, Label Blonde commençait à le désirer ; mais Amfèpétéléplom lui avait demandé d’attendre un peu pour ne rien risquer, puisqu’on avait besoin d’elle pour le bien de la communauté.

« Une chef enceinte risque de ne pas être une bonne guerrière », lui avait dit Amfèpétéléplom. Elle l’avait ainsi persuadé qu’elle devait temporairement sacrifier l’appel de ses sens.

Et, la petite profitait de sa naïveté, puisque Label Blonde était  en  amour  avec  elle,  pour  lui  rappeler  les  « sages paroles » de la sorcière, lesquelles restaient à vérifier ; même si elle intuitionnait que cette vieille folle n’y connaissait absolument rien. « Maigre comme un pic, elle aurait été vite défoncée », pensait Amfèpétéléplom.

Label Blonde était encore prisonnière des sornettes religieuses, même si elle avait tous les pouvoirs pour s’offrir Virus. Elle était consciente que ce sont justement ces peurs inventées contre les mâles, ces mensonges, qui lui permettaient de maintenir son pouvoir. Elle n’aurait qu’à changer la chanson le temps venu.

Virus, quant à lui, savait qu’il ne fallait pas la décevoir, s’il ne voulait pas mélanger ses os aux autres.

Platon est dans le coma.

Pendant que Virus découvrait que l’orientation sexuelle se passe entre les deux oreilles et que l’on ne vibre qu’à un certain diapason personnel, Platon était dans le coma.

Il ne pouvait pas rêver, car quand on perd connaissance, il ne se passe absolument rien. Tout est le vide parfait. C’est comme un trou dans la réalité. Le cerveau est absent. En sera-t-il ainsi quand on mourra ?

Diogène

Pourquoi aime-t-il autant Virus ? Ils ne couchent même pas ensemble ? Platon serait-il masochiste ?

Croisos

Parce que Virus en a une petite queue et on aime ce qui nous est semblable. Platon est gêné d’être si peu outillé, d’où son platonisme.

Aristote (accouru auprès de son vieux maître)

Quelle réflexion idiote ! Le rapport aux autres est une vibration, pas une question de grosseur ou de longueur de queue, comme le veut la pornographie.

On admire celui qui nous plaît. Le beau. L’intelligent. On recherche la présence de l’autre quand on l’aime, quand on se sent bien avec lui ou elle. On y prend plaisir. Certaines relations s’établissent aussi pour répondre seulement à nos intérêts. On commence tous, en amour, par s’aimer soi- même à travers l’autre.

Diogène

Platon m’a toujours désiré et je te garantis que je n’en ai pas une petite.

Aristote

(se tournant vers Diogène)

Tu ne comprendras jamais rien. Ce n’est pas se poigner le cul qui crée l’amour ou l’amitié. Certains gais font ça dans les clubs pour le fun, rien que le fun. Sans ignorer le plaisir, il faut admettre que ça peut sembler un peu primaire, mais il n’y a rien de mal là-dedans ; quoique jouir n’est pas un idéal difficile à atteindre. Après un certain temps, on veut essayer autre chose.

L’amitié, c’est plus. C’est la complicité. C’est la jouissance d’être ensemble. Le sexe n’est ni bon, ni mauvais en soi, mais il est moralement teinté par l’éducation que l’on a reçue.

L’amitié rend la présence de l’autre agréable.

Le plaisir lié au sexe sert à assurer la progéniture. Pas étonnant que la très grande majorité vit cet attrait qui nous vient de nos gênes. Il faut un million de spermatozoïdes et un ovaire pour créer un nouvel être. Pourquoi cette  recherche ou cette course folle ne se traduirait-elle pas dans la vie ? Mais, il est normal de ne pas sentir aussi fortement, comme la majorité, le besoin d’avoir un enfant. Tu peux même, être attiré par une autre personne de ton sexe, parce que ta nature est ainsi. Rejeter cette réalité, c’est vivre contre nature.

Ce n’est pas être gai, qui n’est pas naturel, c’est se refuser d’être ce que l’on est.

Pourquoi les femmes ont-elles autant besoin de se retrouver entre « filles » et, que ce même besoin chez un homme le fasse passer pour un « gai » ? Jalousie ?

Pourquoi les gais ont-ils besoin de se définir comme un couple et qu’un des deux soit obligé de jouer le rôle de la femme ? Pourquoi imiter la femme ? Ce sont deux hommes, donc, des gens qui vivent leur sexualité différemment.

Ce n’est pas parce que les femmes se sentent inférieures qu’elles ont plus de la difficulté à accepter la beauté de leur sexe, mais parce que les religions les ont toujours présentées comme le « péché », la « tentation », le « mal. » Cette optique débile des religions, selon laquelle l’homme domine la femme, a modelé les perceptions des deux sexes. Le milieu joue aussi un rôle primordial dans la perception de soi.

Le besoin féminin de plaire a été exploité négativement, surtout en ayant pour but une fonction économique : la mode.

La liberté est très restreinte en sexualité. Tu n’y peux rien, d’une manière ou d’une autre. Ce n’est pas consciemment toi qui choisis ce qui t’attire.

Cependant, c’est à toi d’ajuster tes besoins pour ne pas nuire ou les imposer à l’autre. Il y a tellement d’humains que tu ne peux pas rester seul, si tu cherches le moindrement. La seule chose qui compte dans la sexualité, c’est le consentement mutuel. C’est l’attrait l’un pour l’autre. Le plaisir.

Malheureusement, les moralistes se mettent le nez dans nos affaires, comme si c’étaient eux qui dirigent la vie privée de chacun. Le problème dans le sexe, c’est la jalousie et les gueules sales. As-tu remarqué que tous et toutes les moralistes parlent de la sexualité des autres. Pourquoi ne se mêlent-ils pas de leur affaire, de leur propre sexe ? Pourquoi seraient-ils les seuls à avoir raison quant à la morale sexuelle ?

Si t’es consentant et que ça correspond à ton orientation sexuelle, à tes goûts profonds, tu trouveras cela le fun. Sinon, cette relation sera négative. Elle ne te suffira pas et elle peut même t’auto humilier. Le sexe, c’est un partage d’énergies, de sueurs, de sensations. Il n’y a rien de rationnel là-dedans. Plus tu es attiré, plus tu le veux, plus c’est un plaisir quand tu passes à l’acte.

Aristote

Il faut protéger les jeunes.

Croisos

La différence d’âge ou de sexe n’a rien à voir là-dedans. On a assassiné Socrate sous prétexte de protéger la jeunesse. Pourquoi personne ne se demande de quoi les jeunes doivent vraiment être protégés, s’il n’y a pas de violence ?

Aristote

Ce qui est intéressant avec la sexualité, c’est que tu ne peux pas te mentir : ta petite nature sera toujours là pour s’exprimer. Et, si tu la combats, t’apprendras à t’haïr, tu te mépriseras et tu mépriseras automatiquement les autres, car tu te croiras sale et cochon.

Et tu projetteras ta situation sur les autres.

Ton besoin n’est pas nécessairement le même que celui de l’autre. De là, l’importance à apprendre à tajuster à l’autre. C’est ça, la communication.

Croisos

(en pensant à Platon)

Ne viens pas me dire que le plaisir, c’est de devenir les doigts croches de désirs, sans jamais apaiser ta faim, comme l’enseigne Platon.

Aristote

Ça dépend de chacun. Si tu es gai, tu ne trouveras pas autant de plaisir à faire l’amour à une femme, surtout si dans ta jeunesse, on t’a appris que c’est mal, laid, sale et que tu le crois. Si t’es gai, tu ne seras pas nécessairement pédéraste. Même chose pour un hétéro ou une femme vis-à-vis d’un mâle. Tu n’arriveras pas à jouir du corps de l’autre, s’il ne te plaît pas.

La relation sexuelle entre gais n’est pas la même qu’entre des hétéros, même si les gestes peuvent être les mêmes. L’attrait est différent, en ce sens, que l’attrait est directement lié à ton orientation sexuelle. C’est même ce qui la définit.

Les gais sont moins timorés. Normal, car les dangers d’enfantement ne sont pas là. Quoi que tu fasses, tu n’auras pas d’enfant issu de cette union. Ça change tout. Par ailleurs, ce n’est pas parce que tu as une aventure, quelle que soit ton orientation, qu’elle te fixera à jamais dans telle ou telle orientation sexuelle.

Malheureusement, pour plusieurs femmes, la sexualité est sale, parce que les religions nient la beauté de la sexualité. C’est plus difficile pour les femmes de pouvoir rejeter ces enseignements dégradants. On a qu’à songer aux sorcières pour comprendre la haine morale religieuse face au sexe féminin.

Par ailleurs, si tu n’as pas de préjugés, tu t’apercevras que ça n’a aucune importance que tu sois gai ou hétéro. Tout ce qui compte, c’est que l’autre te plaise, que tu sois bien dans tes choix et que ce soit compatible avec ce que l’autre désire. Dans ces conditions, c’est le plaisir d’être ensemble, de se compléter, qui est le plus important.

Par contre, l’amitié se vit plus souvent sans qu’il y ait la moindre relation sexuelle. Chacun allume l’autre pour d’autres raisons. J’aime bien Platon, c’est mon maître, mais jamais il ne m’a sexuellement plu et jamais cet élément n’a compté dans notre relation.

C’est très bien ainsi. Il y a un plaisir encore plus grand à enseigner, à écrire ou à créer, qu’à jouer aux fesses. La vie n’a aucun sens sans but, comme toute forme de communication. Enseigner, c’est une jouissance intellectuelle. C’est un plaisir indicible de voir grandir l’intelligence de tes élèves. En ce sens, le spirituel l’emporte sur le physique.

Croisos

Les plus évolués sont ouverts aux deux sexes ?

Aristote

Pas nécessairement. Tu peux être attiré par l’un ou l’autre sexe exclusivement et être tout aussi évolué. Il y a un partage intellectuel, en plus d’un échange émotif, dans une relation plus évoluée.

Tu ne peux pas aller contre ce que tu as appris depuis que tu es tout petit, à moins que tu aies déjà réalisé, enfant, que tu n’étais pas d’accord avec ce qu’on t’enseignait.

Platon bougea les doigts. Tous crurent au miracle et se précipitèrent près du lit. Plus rien. Platon ne ronflait même pas.

Pendant ce temps, sur son île, Virus apprenait qu’il est très difficile de plaire à toutes.

Diogène, qui songe à marier Platon, a oublié que le petit Virus connait une incommensurable peine d’amour. Mais, les trois se réconcilient en discutant d’amour.

juillet 13, 2020

C’était d’ailleurs la première fois que l’on voyait Platon, Diogène et Virus se bécoter ainsi. Mais là, s’arrêta la réconciliation.

Croisos entra, en criant « qu’il avait la nouvelle du siècle ». Il était surexcité. Ses grands bras fondirent sur Virus comme la foudre.

Croisos

Wow ! Man ! Wow ! Tu ne sauras jamais, mon petit Virus, ce qui se passe sur l’île de Lesbos où se trouve ta petite esclave Amfèpétéléplom.

Virus

Elle n’est plus une esclave. Je l’ai achetée et je l’ai même mariée. Je l’aime tellement que je lui accorde le droit de choisir la personne de qui elle est amoureuse. Parle ! Qu’est- ce que t’attends ?

Croisos saisit Virus et lui appliqua un long « french kiss », en disant qu’une telle nouvelle méritait bien cette récompense.

Croisos

Voici la chance de ta vie. L’occasion de reconquérir toutes les Amazones d’un coup. De te vider la pipe comme jamais, à moins que tu ne sois devenu stérile. La religion ne nous apprend-t-elle pas qu’il ne faut pas se tremper la plume dans l’encrier féminin avant 27 ans, parce que ça peut rendre éternellement stérile ?

Virus

Je ne lui ai jamais fait l’amour.

Croisos (ricanant)

C’est le temps pour toi, d’aller la reconquérir. Mais, cette fois, tu devras te servir de tes changements anatomiques.

Virus

Comment ça ? Tout le monde a peur de se rendre sur cette île. Personne ne veut mourir, encore moins, être l’estropié d’une femme.

Amfèpétéléplom est avec la plus jalouse et la plus robuste des Amazones. Penses-tu que je suis assez fou pour me mesurer à elle ? J’ai bien réfléchi et j’ai conclu que les femmes sont trop compliquées pour moi. Qu’elles le gardent, leur pouvoir, si c’est tout ce qu’elles veulent.

Diogène

Menteur ! Si tu pouvais, tu risquerais ta vie pour elle. Tu sais seulement que se rendre à Lesbos est un suicide et t’es assez intelligent pour savoir qu’aucune personne ne mérite un suicide.

Croisos

Tu te trompes, Virus. Les Amazones sont mal prises.

Elles risquent à jamais l’extinction.

Virus est de plus en plus intéressé, même s’il ne comprend rien encore. Mais, l’espoir allume les cerveaux.

Croisos

Tu sais que les Amazones sont obsédées par la peur des microbes. Cette rage les amena à tellement laver le bout des pénis et de tous les appareils mâles, avec un produit qui tue toute vie possible, que tous leurs esclaves sexuels sont devenus stériles.

Elles ne le savaient pas, mais en agissant ainsi, leur excès de propreté leur coûte la moindre de chance d’avoir une descendance.

Puisque tout le monde a peur des Amazones, aucun individu sain d’esprit n’ose s’y rendre et se proposer comme géniteur, au cas où ces guerrières décideraient de le faire disparaître plutôt que d’accepter un sauveur. C’est risqué, mais c’est une possibilité qui peut être raisonnable dans ton cas.

Ce serait ta belle action, mon petit frère. Devenir le seul sur l’ile à pouvoir perpétuer leur descendance. C’est encore mieux que de mourir martyr. Là, au moins, tu n’as pas à mourir pour avoir toutes les femmes que tu désires. Les martyrs, eux, ne sauront jamais si on leur a menti ou non. Tu dois tenter ta chance, une telle occasion, ça arrive seulement une fois dans une vie.

Virus était tellement content qu’il s’évanouit.

Diogène

Il est mieux de se calmer les nerfs, parce qu’il aura besoin de plus de rigidité que ça pour sauver les Amazones. Elles sont plusieurs centaines. Quelle vocation !

Virus n’était pas rétabli qu’il organisait son départ pour Lesbos.

Diogène, qui n’en manque jamais une, demanda d’être de la délégation. Il se mit « un tonneau Amazone », soit un sein en moins, ainsi qu’une perruque. Avec un peu de maquillage, on aurait dit Guilda.1

Les interrogations du départ.

Virus, contrairement à Diogène, ne savait pas exactement comment il devait se vêtir. Amfèpétéléplom l’aimait habituellement en petite tenue, mais que dirait la reine des Amazones de le voir arriver dans une telle attitude de séduction ? Tuerait-elle sa concubine pour garder son nouveau chevalier ? Lui ferait-elle couper les couilles pour vivre un ménage à trois ? Lui trancherait-elle la gorge pour protéger son amour avec Amfèpétéléplom ?

Avec les femmes, se dit Virus, on ne sait jamais à quoi s’en tenir, tout dépend du moment et de leurs émotions. Elles sont plus imprévisibles que la température prévue pour l’année suivante.

Par exemple, dans leur guerre contre Virus, lors des manifestations devant chez Platon, les plus féminounes demandèrent que son image soit taillée et exposée sur des poteaux à tous les coins de rue pour que toutes les jeunes

filles aient peur de ce monstre.

Cependant, dès que Virus s’était présenté en disant :

« Me voici ! » Voilà t’y pas que ces femmes voulaient le faire taire, le cacher, faire comme s’il n’avait jamais existé, au cas, où les autres filles le trouveraient de leur goût. Souvent, la délinquance attire l’attention et les fleurs. Surtout que Virus était assez joli. On mit en place un système de censure, de manière à ce qu’on ne fasse jamais mention de lui devant les plus jeunes femmes pour éviter les tentations ; mais surtout, ainsi, tout le monde pouvait tenter sa chance. Jamais autant de vieilles ne se sont autant poudrées.

Rien ne prouvait que cette nouvelle apportée par Croisos fût vraie.

Comment savoir si Amfèpétéléplom l’aimait encore alors qu’elle vit avec la reine des Amazones ? Est-elle prisonnière ou en amour ou est-ce seulement un refuge pour échapper à Ypontife ?

À l’époque, il n’y avait pas encore les nouvelles continues à la télévision pour façonner la pensée des gens, de manière, à ce que tous pensent comme le veut le système. Les religions permettaient des résurrections sans avoir à les montrer en direct. Il fallait juste, être au bon endroit, au bon moment.

Peut-être que cette information, voulant que la petite rêve encore de lui, était un piège pour manigancer une nouvelle légende ou même créer un mythe ? Un dieu serait- il en panne d’inspiration ? Une rumeur pour trouver des victimes ?

Que faire, si en se rendant sur Lesbos, on découvre que les Amazones ne veulent rien savoir des mâles comme avant ? Depuis le matriarcat, les femmes sont marquées par un vif désir de pouvoir. Elles se rappellent avec joie cette époque où elles n’avaient qu’à s’assurer que leurs hommes n’étaient pas convoités par la voisine. Elles n’avaient qu’à lire et chanter des berceuses pendant que les « butches » jouaient aux soldats.

« Le propre de la femme n’est-il pas d’être le vrai boss dans un couple et de se lamenter sur leur mal d’être une femme en politique ? » Se demandait Virus, qui n’avait pas encore beaucoup d’expérience, même s’il avait lu l’encyclopédie portant sur l’exagération de la manipulation féminine, proclamant toutes les femmes victimes du patriarcat. Une encyclopédie qui fait au moins dix tomes, juste pour la résumer.

Virus

Ce ne sera pas quand je serai devenu infirme que je devrai songer à me protéger. Au diable, la raison ! Amfèpétéléplom m’attend peut-être.

Le navire accidenté de Virus avait été vendu à Diogène, qui avait emprunté l’argent de Platon pour l’acquérir.

« Il ne sera pas réparé avant deux semaines », l’avait informé le capitaine.

Virus avait trop hâte de tenter sa chance. Il s’acheta un petit navire de pêche pour s’y rendre.

Pendant ce temps, Diogène cherchait à persuader son capitaine de faire le voyage au plus vite. Mais, il n’était pas question pour le capitaine de partir avant d’avoir réparé son petit navire. C’était bien évidemment un moyen de cacher sa peur des Amazones.

Capitaine

« Je vis en couple, je suis déjà esclave. Pas question que mon bateau devienne un harem amazone ! » Dit le capitaine, au moment de passer le contrat, en vue d’un futur voyage à Lesbos.

Diogène se contenta de rire du capitaine en disant qu’il était mieux d’être un esclave heureux que d’être un payeur de taxes aigri.

Inutile de dire que Diogène rêvait déjà d’être l’objet sexuel de cette meute de femmes en chaleur.

Diogène décida donc d’accompagner Virus, quelque que soit le moyen de transport. Son navire serait bien réparé quand il reviendrait et des capitaines, ça se trouve, si celui- ci continuait à hésiter et à remettre le départ, mais Virus était déjà parti pour Lesbos, sans l’attendre.

Virus débarque sur l’île.

Virus fit le voyage dans son petit bateau de pêche, sans trop de problèmes. Malgré, ou plutôt pour tuer la peur, il avait apporté quelques bonnes bouteilles de vin. Pour tuer le temps, il dansa le « chiachia » et une danse grecque désuète avec ses camarades et ils se racontèrent des histoires. Quand on ne sait pas si on va mourir, il n’y a qu’une chose à faire : la fête.

Ses trois compagnons enviaient Virus.

« Quelle chance, as-tu ! Tu pourras servir toute la bourgade en sperme. Si nos femmes étaient moins jalouses, nous deviendrions bénévoles. » Disaient ses compagnons, conversation de gars, quand ils ne parlent pas de sport ou du travail.

Le premier jour, tout se déroula dans le calme le plus absolu. Un peu de vent, trois-quatre sirènes qui chantaient faux, rien de bien spécial, sauf la nuit. Les nuages s’étaient, par hasard, transformés en dragon autour d’une pleine lune. Une illusion digne d’un bon joint. Mais, quand le dragon se mit à cracher du feu sur le satellite de la terre, Virus s’affola.

Que pouvait bien vouloir dire ce présage ? Se brûlera-t- il à l’ouvrage ? Sera-t-il au menu d’un de leurs festins ? Où mangeraient-ils amoureusement des guimauves autour d’un feu avec son amoureuse retrouvée ?

Après discussions, Virus annonça qu’il débarquerait seul sur l’île.

Virus

Ainsi, si l’histoire est fausse et que les Amazones n’ont pas besoin d’un mâle, je serai seul à devoir subir leur haine. Peut-être ma petite Amfèpétéléplom saura-t-elle intercéder pour moi, si je suis fait prisonnier ?

Virus, connaissant la peur des femmes pour les serpents, en avait caché une douzaine, ainsi que trois souris dans une petite besace.

« Si j’ai trop de difficulté, je les ferai sauter sur leurs tables. Peut-être que ma vitesse à la course les fera abandonner la poursuite ? Quoiqu’elles seraient, selon la légende, championnes dans la corde à Tarzan. »

Virus ne portait qu’un petit slip. Question d’être le plus léger possible. Sachant aussi que c’est plus excitant « d’essayer de voir » que de voir, il déchira le slip sur la fesse gauche pour créer une tentation.

Il pouvait ainsi courir toutes les chances : se sauver en courant ou épater.

Quand il arriva sur le bord de l’île, il vit un petit ruisseau. Il s’en approcha et aperçut des bulles de savon ; puis, trois poissons morts. « C’est donc vrai, les eaux sont devenues stériles à un point tel, que la vie ne peut plus survivre à cet excès de nettoyage. »

Virus décida de remonter le ruisseau jusqu’à ce qu’il arrive chez les Amazones. Que lui arrivera-t-il ? Se demandait-il, en priant Zeus de le protéger.

Virus est fait prisonnier.

Le petit Virus se dirigeait vers le centre de la forêt, en tournant en rond. La boussole n’avait pas encore été inventée. Et, même si je ne l’ai pas encore dit, je m’en excuse, il avait l’œil gauche un peu croche.

Mathématiquement, s’il avait continué de tourner en rond, à cause de son œil, il serait revenu au point de départ.

Virus marchait tranquillement, quand il reçut un coup derrière la tête qui le précipita le nez dans le gazon. Il sentit aussitôt dix piquants de talons hauts lui frotter le dos. Serait- ce que les Amazones participaient à la cérémonie « Enfiler son homme », se demanda Virus, excité par les vingt cuisses qui le tenaient au plancher. Il subissait le martyre dans l’euphorie de ce qu’il voyait. Les Amazones ne portaient pas de petites culottes.

La capitaine de cette meute de femmes guerrières se pencha et profita de l’occasion et de l’absence de ses chefs pour lui frotter et lui lécher la fesse, qu’on apercevait par la déchirure de son short. « Pas si mal », se dit-elle, pendant que Virus espérait que les autres s’essaieraient.

Puis, dans un cri à faire dresser tous les bigoudis sur les têtes, elle ordonna que le prisonnier soit conduit au camp. La hiérarchie des Amazones était établie en fonction de la force de la voix. Plus elle gueulait, plus elle prenait des gallons dans la hiérarchie militaire.

Loin d’être sauvagement dirigé vers sa destination, Virus était déjà traité comme un roi. Tout ce qui pouvait le salir était aussitôt léché par une des Amazones. Virus se serait bien jeté dans la boue, mais la terre était un peu sec, désertique même. Il y avait eu un feu de forêt quelques années plus tôt quand les Amazones avaient décidé de faire un feu de camp pour réciter de la poésie. Mais, la forêt était luxuriante tout autour de cette petite clairière.

Le camp principal ne pouvait pas être loin, car on entendait le gémissement des mâles que l’on égorgeait, puisqu’ils ne servaient plus. « Les fillettes s’occuperont des plus âgées », avait décidé La Poltronne, chef de ce camp.

Les règles avaient été clairement établies pour ce qui a trait au premier prisonnier : il devait demeurer propre pour qu’il n’ait pas à être lavé avec des savons. Pas question de le rendre impuissant.

« C’est donc vrai que les Amazones sont conscientes d’être menacées de disparaître à cause de leur obsession pour la propreté », se dit Virus.

Virus savait d’ores et déjà qu’il ne pouvait pas être en danger, puisqu’il était le seul mâle dont le sperme permettait la reproduction. Il en profiterait, comme tous les mâles qui se retrouveraient dans cette situation. Il se mit même à avoir un culte pour son petit pénis, surnommé Charlie, sachant que c’était la meilleure arme contre ces dangereuses Amazones. Charlie était devenu son nouveau dieu.

Un peu plus, et dans l’ivresse totale, il oubliait Amfèpétéléplom.

1 Le premier travesti du Québec artistique, du moins, la plus connue.

Diogène 1

juillet 12, 2020

Résumé des tomes précédents

Le titre de Les derniers amours de Platondevait être Platon, Virus et Diogènej’avais même trouvé des portraits des personnages. Virus était jeune et beau. Il y avait un buste de Platon et un tableau de Diogène dans son tonneau.

Tout a changé quand j.ai appris que l’on ne pouvait pas publier l’histoire au complet parce qu’elle était trop longue pour être acceptée par Edilivre, à Paris.

Ainsi, tout a été refait pour créer trois tomes. Les derniers amours de PlatonVirus : un hétéro chez les gais et finalement, Diogène ou La banque de sperme.

J’ai toujours essayé de respecter la base des philosophies de chaque personnage. Evidemment, je ne suis pas un expert, loin de là.  Je ne connais que ce que j’ai lu concernant chacun des personnages et la vie de la Grèce antique.

Ces livres ne sont que purs divertissements. Ce fut le cas pour l’auteur. Fidèle admirateur de Candide de Voltaire, de tous les auteurs « sautés », j’ai tenté d’y poser mon empreinte.  Cela manque certainement de profondeur, mais ça ne constitue pas moins un début de réflexion sur notre société avant mondialisation.

Après avoir eu une aventure avec Diogène, Platon amène Virus vivre avec lui. Pour apporter des changements, il achète un petit esclave, Croisos. La jalousie s’installe entre Virus et Croisos, considérés comme les fils adoptifs de Platon. Pour se venger, Virus décide d’aller travailler à la mine des marais où il tombe en amour avec Amfèpétéléplom, la sœur des trois petits esclaves assassinés. Le grand prêtre, Ypontife, essaie de punir Virus parce qu’il est en amour avec une fille et non avec un petit gars. Pour sauver sa vie, Amfèpétéléplom se réfugie chez les Amazones. Virus part chez les Amazones reconquérir sa petite flamme, Amfèpétéléplom, qu’on dit être tombée en amour avec la reine des Amazones.

Virus 20 (fin du 2è tome)

juillet 11, 2020

Pendant ce temps.           

Pendant ce temps, chez Périclès, Zeus et Hermès décidèrent de vérifier si la machine à modifier le temps et l’espace était au point. Pas question de commencer la Commission d’enquête sans cet appareil.         

Il suffit de créer la bonne longueur d’onde pour y parvenir. Rien de bien compliqué, sauf, qu’il faut s’assurer que la téléportation se fasse avec toutes les molécules. C’est d’ailleurs ainsi qu’une grande déesse se ramassa au Louvre sans bras. Une seconde en moins. La synchronisation n’était pas parfaite.        

Zeus en savait aussi quelque chose, quand Athéna naquit en lui sortant par la tête. Elle avait suivi les mauvaises indications parce que Zeus, pris d’hilarité, se tapait sur le ventre. Elle aurait dû naître avant ou après la tempête soulevée par les claques sur le ventre. Elle s’est glissée entre deux coups, mais dans la mauvaise direction…       

Pas folle, la petite.    

Pas question de faire la même erreur. Heureusement, puisque dès qu’elle fut en marche, on entendit des bruits semblables à de la « statique « .       

Zeus était furieux. Depuis quand un dieu officiel manque-t-il son coup? Que sont ces bruits? Hermès se mit aussitôt au travail et constata que sa petite désobéissance, en ajoutant le Château Frontenac, venait d’éclore en plein salon.   C’étaient les voix de milliers de gens qui ont vécu entre la Grèce antique et le Québec libre qui n’arrivaient pas à rejoindre l’image qui leur correspondait.          

On aurait dit qu’ils écoutaient une vidéo à vitesse maximum. Évidemment, on ne pouvait pas comprendre un mot de ce qui se disait, mais de temps en temps, on pouvait reconnaître l’hymne du nouveau pays du Québec :         

« Un nouveau jour… Viens, un nouveau jour va se lever… », mais c’était loin d’être la voix de Jacques Michel. On aurait plutôt cru entendre la complainte du phoque en Alaska en personne.   Puis, un bonhomme se manifesta. Il n’était pas encore tout à fait apparu qu’il grognait comme un cochon.   

                                        Zeus         

C’est qui, celui-là? 

À entendre le visiteur, rien n’était de son goût, sauf lui. Il savait tout, dirigeait tout. Il chialait contre tout. Il n’était d’aucun sexe en particulier. Un transgenre de la personnalité.      

Aussi, Hermès tenta de le renvoyer dans le cyberespace; mais rien à faire. Il avait trop de sodium dans sa composition osseuse pour y parvenir.         

Hermès ne savait pas combien de temps pourrait survivre cette grande gueule qu’il surnomma « Jetenmerde ». 

Hermès ne savait pas qu’il venait de créer un deuxième Adam génétique dont la spécificité est « chialer. » Une très sombre perspective quand on sait que la première est moraliste. Pas étonnant que le croisement donna naissance à la grande Inquisition, en passant par les Romains. Ce mélange de religion et d’économie donna la grande mafia mondiale, la mondialisation, que nous connaissons surtout depuis 2008.

Les institutions sont des êtres comme les humains, même si elles n’ont pas de corps. Elles peuvent être très vicieuses.

                                                                   106

Un couple bizarre.

Plus Virus riait de son idée saugrenue, voyant Platon en couple avec Platon, plus Diogène se demandait si ce dernier n’avait pas raison. Il n’avait jamais envisagé le mariage avec Platon, mais tout concordait pour favoriser la vie du couple Platon-Diogène.

Diogène se rappela la patience de Platon, le soir, où il était venu lui zigonner le bout de la verge. Platon était vraiment sympathique avec ses problèmes de conscience. Pas question d’être trop brusque. La douceur même, avant la fugue et la refugue. Il l’avait, le bonhomme!      

Ses hésitations le rendaient peut-être gauche, mais plus drôle. Par ailleurs, il savait siphonner son homme, une fois ses craintes vaincues et surtout s’il avait enlevé ses dentiers.           
 
Scrupuleux comme l’est Platon, Diogène ne risquait pas de devoir s’épuiser dans sa fonction féminine. Chambranlant comme Platon, il y avait de grandes chances que les mille positions se vivent en « désirs seulement ».   Pas d’engueulade possible à savoir s’il saurait le contenter. « Yé déjà plus froid qu’un frigidaire. », se dit Diogène.         

« Platon est tellement ancré dans son intellectualisme, qu’il ne chercherait certainement pas à s’épuiser dans les décompositions mathématiques du 69. À son âge, une pipe, une fois par six mois, c’est bien tout ce qu’il peut demander pour lui. Par contre, il ne faudrait pas que sa philosophie l’emporte sur les tentations. Diogène ne voulait pas se marier pour devoir commencer à tromper son mari. Lui, ses besoins sont plutôt une fois tous les deux heures. Non seulement Diogène est plus jeune, mais il passe plus de temps à l’attention.          

Par contre, fini le temps de courir dans les rues d’Athènes pour séduire un marchand et s’assurer des repas quotidiens. Vive la sécurité! Le mariage est avant tout un geste économique.    

Puis, plus vieux, Virus et Croisos pourraient s’occuper d’eux. Platon les a bien entretenus durant des années. Il n’y a pas que les musulmans qui croient que la jeunesse est là pour permettre aux vieux de vivre une fin de vie agréable.      

Platon n’était pas tellement beau, mais il avait une petite barbe de père Noël. Elle donnait un certain charme, mais pas assez pour permettre d’oublier sa grosse maudite bedaine et son vitiligo. Ses yeux mi- morts, mi- bleu du ciel, le rendaient moins attrayant. Mais, la vie de couple gai, ce n’est pas pour faire des enfants.   L’homme peut être laid, pas de danger d’avoir une descendance de laiderons.           

En fait, selon Diogène, la vie de couple gai est un moyen de tuer la solitude et de partager les finances. Là où le bât blesse : Diogène n’a pas un sou. Saurait-il exciter son partenaire platonique au point de lui faire oublier son indigence financière?

Diogène était en pleine réflexion, quand Virus lui fit remarquer que son tonneau n’avait plus assez de dentelles pour sécher ses larmes. Diogène se devait donc aller se changer, mais il était décidé, plus que jamais, de tenter sa chance auprès de Platon. “Faute d’avoir de la viande fraîche”, comme diraient les féminounes.

Diogène regardait passionnément Platon et se demandait s’il pouvait un jour le désirer. Il n’y a qu’un moyen de le savoir.


Diogène commença à entrouvrir la porte de chambre de Platon afin de le regarder dormir. Ses trois pets institutionnalisés dès l’appel du sommeil nuiraient-ils à sa capacité de dormir près d’un tonneau rempli de gaz? Diogène saurait-il aimer assez Platon pour abdiquer la nuit à ses tonneaux?                                                         

La précipitation.    

Zeus était loin d’être content de voir arriver Jetenmerde. Quelle sorte de citoyen était-ce? Un bleu du Canada?      

Aussi, fut-il décidé de l’enfermer dans une chambre adjacente, en attendant de solutionner le problème : pas question de le laisser jacasser comme une pie.           

                                              Zeus  

Rien de pire qu’un individu qui n’est jamais content de ce qui lui arrive dans la vie et qui croit que les autres sont, de toute évidence, responsables de tous ses malheurs.       

Hermès pensait que s’il était seul assez longtemps, il deviendrait peut-être : Jemenmerde au lieu de Jetenmerde. Au moins, il laisserait les autres en paix.    À moins qu’il devienne terroriste pour s’amuser.           

Hermès indiqua clairement à Zeus qu’il ne pourra pas se départir de cet emmerdeur, tant que les ondes ne seront pas assez calmes pour servir de tapis glissant vers l’infini. Et encore là, qu’on le veuille ou non, fallait-il que monsieur accepte la diète nécessaire pour pouvoir s’y engager.       

                                  Hermès          

Si un corps est trop pesant, il risque de demeurer coincé sous les lois de la gravité.    Une possibilité de refroidissement en passant par les anneaux de Saturne, mais il peut devenir aussi un des météorites qui gravitent autour du système solaire. Une grosse roche.

Hermès songeait déjà à une nouvelle méthode.        

Pour désintégrer une âme quant à sa valeur fondamentale, modifier son poids, il suffit de s’arranger pour qu’elle prenne un peu de pesanteur avec la colère ou qu’elle en perde, en tombant en amour. Question de perfection. La légèreté de l’âme joue un rôle primordial dans la vitesse du voyage. Si elle est trop pesante de haine, elle prendra des siècles à se réincarner. Si elle est très légère, elle peut être aspirée très vite par les forces du cosmos.       

Si sa conscience s’épaissit comme une soupe, dit Hermès, l’emmerdeur ne pourra plus être aussi prompt, aussi rapide et il se fatiguera tellement vite qu’il devra récupérer plus longtemps pour pouvoir agir et se réincarner. Cependant, en devenant beaucoup plus léger, il suffira de provoquer une rupture dans le système de la gravité pour le rendre agile comme un oiseau et être attiré par des forces plus vives à travers le cosmos. À lui de recommencer sa vie dans un autre système. Mais dans les deux cas, on en est débarrassé.       

Les deux dieux ne voulaient pas retarder Périclès, parce qu’il payait gros et bien. Les temples étaient pleins et quand la religion va bien, tout va pour le mieux pour ceux qui exploitent l’homme. . Plus il y a de dieux, pensait-on, plus le circuit touristique est payant. Un petit don, un petit sacrifice, une promesse à remplir, impossible pour les religions de ne pas être un commerce lucratif? On inventa le péché pour y ajouter la culpabilité et la peur de l’enfer. La peur est ce qui paye le plus. Ce sont deux éléments qui ont toujours rendu riches ceux qui les utilisaient. 

Les gens doivent tous se racheter à un moment ou à un autre. Plus ils croient ce qu’on leur a enseigné dès la naissance jusqu’à la mort, plus ils sont prêts à payer n’importe quel prix, même tuer les autres pour nettoyer, purifier la race humaine.  Évidemment, ce sont les seuls purs de la planète.   

Le problème du moment était plutôt de passer de la Grèce Antique au Québec libre. On s’occupera plus tard de Jetenmerde. Un petit maudit moraliste écarté…         

Les dieux décidèrent donc de créer un système plus simple de téléportation. Ainsi, de Grèce les hommes pouvaient se rendre directement au Québec. Ils pouvaient constater sur place les effets immédiats des transformations apportées dans les différentes règles à imposer à travers les prochains siècles. Ils savaient ainsi quels étaient les effets à long terme. Ce voyage pouvait aussi être effectué à l’inverse.      

L’important, c’était de revoir tout le système, de l’analyser et de constater ce qui doit être fait pour le bien de l’humanité.                           

Aussi, les invités devaient être des intelligences de grand niveau. Pas de petits égoïstes, de têtes enflées, mais seulement des gens qui pensent au bien de l’humanité. Des gens d’amour!   

Hermès changea les paramètres et invita Zeus et Périclès à tenter une première expérience. Périclès s’offrit pour tenter le premier voyage et de se rendre au Québec, un pays qui n’existait pas encore. Comme d’habitude, sa première préoccupation sera d’évaluer le degré de démocratie.           

Mais, Hermès était inquiet : se pourrait-il que la philosophie d’Athènes ait créé un autre monde comme celui des Jetenmerde? Ou serait-ce le monde des autres? Qui peut entrevoir ce à quoi un tel monde à venir peut ressembler? Et si c’était le Canada? Périclès assistera-t-il à la libération du Québec? Quelle époque fallait-il visiter pour assister à cet événement?   Seuls les dieux le savent et les Québécois seront les seuls à le décider.                                                                     

Diogène s’interroge sur son avenir.

Diogène reconnaissait maintenant qu’il perdait son temps avec Virus. Le petit était trop profondément attaché à sa petite Amfèpétéléplom pour être remplacé par un homme qui s’habille toujours de façon provocante et ne cultive pas les « qu’est-ce que les autres pensent de moi?»  
 
D’ailleurs, un jeune aime un vieux pour ce qu’il lui apporte en idées ou en plaisirs. Un portefeuille bien garni est un minimum requis pour être un pédéraste heureux.      

D’ailleurs ceux qui se prétendront des victimes devront prendre des années à mettre au point leur petite histoire de cul pour avoir un revenu plus intéressant quand de victime il passera à la dénonciation. De victime il deviendra agresseur et une victime agresseur n’est jamais satisfaite du mauvais sort qu’elle fait subir à son prétendu ex-bourreau. Il lui en faut toujours plus, quitte à même faire sauter la balance de la justice s’il le faut. La justice pour une victime c’est définitivement elle qui remporte le procès. Elle doit être la vérité reconnue, même dans le mensonge.    

Diogène était peut-être célèbre, mais pauvre comme la galle. Il n’avait plus la beauté de l’adolescence et ses bourrelets ne compensaient plus la longueur prestigieuse de son appareil à jouissance. Déjà, on sacralisait les grosses et longues bittes, de manière, à maintenir un certain complexe chez ceux de taille moyenne. On ne savait pas que cette tendance à ne diviniser qu’une certaine performance du corps créerait l’obligation de se vêtir. Se vêtir peut être un moyen de se garder au chaud, mais aussi un moyen de mépriser son corps.       Il faut cacher ce qui nous différencie.   
 
Par contre, son projet de vie venait de prendre un tournant : comment intéresser Platon? Que faire pour toujours lui faire plaisir? Il aimait bien l’agneau, mais Diogène ne savait pas cuisiner. Il aimait bien les petits mignons, mais Diogène était plutôt « passé date » ». Quel rêve pouvait-il inventer pour que Platon ne puisse plus s’en passer? Qu’est-ce qui pouvait le rendre attrayant?   
 
Le mariage gai n’existait pas encore. Ses fils seraient-ils intéressés de remplacer une femme à l’administration des biens de Platon par un philosophe vagabond?

S’il disait oui, pour Diogène c’est la stabilité, la sécurité, mais il devra aussi se contenter des chèvres pour assumer sa virilité.            

Que diraient Virus et Croisos? Ne craindraient-ils pas de perdre une partie de leur héritage? C’est vrai que c’est mieux que de tout perdre aux mains de l’état.   Mais, les lois changent, le don des héritages aussi.

Diogène, rendu un peu paranoïaque par la misère quotidienne, s’imaginait déjà un mariage sur le bord de l’océan et les deux petits de Platon qui le poussaient à l’eau. Il se voyait flotter dans son baril et kidnappé par Poséidon.           

Ou peut-être, au contraire, deviendrait-il la mère affectueuse des deux jeunes? Il pourrait se créer un certain vedettariat. Ses intentions étaient encore assez floues, mais il aimait cette idée de partager la vie avec « sa grosse bedaine platonique ». Il continua à dresser la liste des avantages et des inconvénients.           

Platon n’était-il pas déjà faible, peut-être même parfois Alzheimer? Il n’en avait plus pour des siècles.  Platon est tout de même un homme charmant, intelligent, même s’il est encore assez naïf pour croire dans les dieux. « Il a de l’argent, on pourrait aller se rincer l’oeil dans des clubs de danseurs nus ou les saunas? On pourrait peut-être se rendre passer quelques années à Marrakech? Platon pourrait prendre plaisir à me regarder. De toute façon, en vieillissant, c’est bien tout ce qu’il peut faire, surtout qu’il préfère la tentation à la réalisation. S’il n’est pas jaloux, je pourrais me couvrir de sa réputation.         
 
Pour Diogène, il n’y a que deux choses qui justifient de se chercher un partenaire : le sexe ou l’argent. Tout tourne autour de ces deux préoccupations. Quand tu es jeune, tu peux aussi rechercher la gloire de celui qui te choisit. Mais, ce n’était pas son cas et il ne pouvait pas compter sur la passion.         
 
Diogène savait que le vieux philosophe n’était pas tellement intéressé par le sexe. Cependant, il ne croyait pas encore dans la sottise voulant que le mal existe dans la sexualité.  Il n’avait pas de femme, donc, aucune raison de craindre d’être adultère. Le mariage est pour partager les biens, les tâches et s’occuper des enfants. Mais, dans un couple gai, les enfants ne sont pas nombreux. Le ménage peut être fait à deux. L’avantage : pas besoin d’aller courir pour réchauffer le matelas.         

Diogène était assez intelligent pour distinguer le mode de vie gai des obligations des hétéros. Les gais peuvent se permettre, sans conséquence néfaste, des gestes plus osés.   Malheureusement, quand le mariage s’implantera pour combler les besoins de sécurité, la jalousie sera aussi présente que chez les hétéros. Diogène savait que la culture et les lois sont là pour tracer un chemin afin d’être plus heureux, ne pas s’embarquer dans des problèmes insolubles. Les hommes développent la technique, mais font du sur-place quant à leur évolution psychique.   Les femmes sont encore plus dominées par les émotions que les hommes.   Diogène imagina que Platon devait être conquis grâce à la jalousie.    Il lui suffisait de se rapprocher de Virus jusqu’à rendre Platon jaloux.  Cette maladie permet de souffler les flammes oubliées et devenues désirs.  

Mais, en entrant dans la maison, Virus l’attendait de pied ferme. “Qu’est-ce que tu fais? À cause de toi, je dois combattre ma douleur. Je m’empêche de pleurer parce que je n’ai plus de Kleenex. »    

Diogène se demanda immédiatement si la vie de couple n’était pas l’enfer. Dans son baril, personne ne venait l’écoeurer. Aurait-il la patience de se plier à tous les caprices de Virus pour allumer la flamme de la jalousie chez Platon?                                                                       

Un surhomme n’a pas de sexe.

Dans sa première tentative d’attirer à nouveau l’attention de Platon, Diogène arriva à la maison habillé en « tonneau bleu océan ». Quand Platon l’aperçut, son rire résonna au point de faire trembler les murs des temples à cinq mille à la ronde.       

Tous les dieux et demi-dieux se demandaient ce qui se passait. Quelqu’un aurait-il franchi une des cinquante frontières de la dimension? C’était pire que d’atteindre le mur du son.   Était-ce un dieu qui pétait à répétition? Un impoli!      

« Absolument pas », constatèrent-ils très vite. Le calme revint comme il était parti.
Diogène se sauva dans les toilettes pour cacher sa honte. Il venait d’apprendre que si on est trop gros, on ne met pas une robe de bal. C’était pire qu’un tonneau de bal, car on pouvait suivre chaque bourrelet.   Pire, Diogène avait, malgré son âge, déjà les seins de petits vieux qui se sculptent dans la graisse avec la bedaine une espèce de trinité de la laideur.           

Dans un autre tonneau, Diogène pouvait ressembler plutôt à des Ste-Catherine. Célibataires, vieilles filles, reconnues pour être les femmes les plus plates jamais créées, ce qui explique qu’elles n’ont jamais poigné. Les hommes ont un faible irrésistible pour les seins, c’est bien connu.            

Diogène était vraiment frustré. Il savait qu’il n’était pas beau, mais de là à provoquer une telle hilarité, y a des limites. Il entra aux toilettes et pleura. 

Diogène se sentit un peu plus femme pour la première fois de sa vie. Il était devenu accroc des critiques des commentateurs sur la boulimie. Il se drapa, honteux, d’une grande serviette de plage lorsque Platon s’approcha et lui donna ne gifle sur une fesse.            

Plus femme que jamais, Diogène se mit à crier au scandale. Il appela Fidèlis pour retenir dorénavant la main de son maître. Que voulez-vous : plus on est complexé, moins on est à une contradiction près.   Diogène retourna aux toilettes.   

Qu’à cela ne tienne, il en ressortit dans un pantalon ciré qui lui laissait les fesses à découvert, mais Platon était tellement occupé à lire un message qu’il ne vit même pas Diogène pavaner. Platon était prisonnier de son texte sur la chasteté.

 Théorie de la chasteté.     
Pendant des siècles, on s’est demandé pourquoi les prêtres ont toujours préconisé la chasteté. Ils croyaient qu’un homme chaste est au-dessus de celui qui vit au niveau de la chair mortelle.    L’égalité est le pire ennemi du pouvoir.     

Sans la reconnaissance de l’égalité absolue entre les hommes et les femmes, sans la fierté de sa sexualité, il est impossible d’instaurer une vraie démocratie; car l’un ou l’autre sexe essaiera toujours de dominer. Le pouvoir est le pire ennemi de la démocratie.     
 
Ainsi, pour ce pouvoir, on peut dire adieu à la paix. Pour justifier la violence, il faut créer toutes sortes de discriminations, des guerres de nations et de religions. La déesse de la discorde n’a-t-elle pas lancé une pomme aux pieds des trois plus belles déesses en disant : que seule la plus belle pourrait la ramasser?    

Aussi, les prêtres en ont conclu qu’il leur faut être au-dessus des désirs charnels s’ils veulent atteindre la perfection et, par conséquent, l’éternité. Ils ont alors précédé Nietzsche en affirmant qu’il faut être asexué pour pouvoir devenir un surhomme, une sorte d’homme préférable aux dieux, car ils peuvent vivre dans la réalité. Et, ainsi naquirent le fascisme et ses tenants modernes : Bush, Steven Harper, etc.               Avec eux, le meurtre et le vol sont moins importants qu’un attouchement sexuel, car ils essaient depuis des siècles d’éliminer la réalité sexuelle : objet de leurs propres fantasmes. Dans leur projection, ils terrorisent ceux qui font montre de trop de liberté.    L’Inquisition, par exemple, ou la censure sont…          

Froissé, Diogène après avoir lu ce message, crut bon pour obtenir l’attention de Platon de s’asseoir dessus.

Malheureusement, il avait oublié de se sécher les fesses après se les être lavées, ce qui rendit ce message, qui aurait changé la face du monde, illisible.     

                                                

Conception de dieu.

Diogène n’en finissait plus de s’excuser auprès de Platon.    Heureusement, il avait lu le petit document et s’en souvenait par coeur. Aussi, en colligea-t-il une copie qu’il présenta à Platon avec deux belles roses. Platon était rouge de satisfaction. Il regardait Diogène avec des yeux doux. Il s’approcha pour l’embrasser quand Virus, assistant à la scène, piqua une de ses colères.          

                                Virus    

C’est quoi votre affaire? Depuis quelques jours, je n’existe même plus.   Évidemment, je ne suis d’aucun intérêt parce que je ne suis pas gai.   Monsieur Diogène joue à la femme pour attirer l’attention, et toi, Platon, tu ne penses qu’à cette maudite commission d’enquête.    

Qui souffre ici? Qui a perdu sa flamme? J’ai le droit d’être réconforté. Je suis l’enfant du groupe. Non?           

                                     Platon         

C’est vrai, mais cette commission existe pour te disculper. Elle a été créée pour te défendre, même si aujourd’hui, grâce à Périclès, on veut comprendre le sens de la vie des gens, la répercussion des règles dans le temps. C’est normal qu’on aille au fond de la question. Nous sommes des philosophes, après tout. Il faut comprendre. Il ne nous faut rien de moins que la Vérité           .

                                     Diogène     

Ces lois débiles qui interdisent la sexualité quand il n’y a pas de violence nous viennent directement des religions. Si on veut te défendre, il faut au moins savoir de quoi on parle. D’où nous viennent des règles aussi stupides?         Quel idiot peut croire que le sperme est une partie du cerveau, la base même de cet interdit.         

Les religions sont des inventions humaines qui se croient guidées par un ou des dieux. Ce sont des tables de lois, parce que les humains ne sont pas capables de décider par eux-mêmes de ce qui est bien et ce qui est mal. Les religions ont essayé de mettre un peu d’ordre.   Mais, leur fanatisme a dégénéré en recherche du pouvoir. Les jansénistes l’ont emporté.           

Pour avoir le pouvoir, il faut un dieu, mais on oublia qu’en parlant de Dieu, on parlait aussi d’amour, d’attraction, de chemin commun.           

Les premiers dieux furent ceux de la peur.   Il y a même des coins dans le monde où l’on prétendit qu’il n’y a qu’un  Dieu et qu’il s’était même révélé. C’était aussi un dieu reposant sur la peur. La peur est ce qu’il y a de plus payant à exploiter. Et, la peur se nourrit de l’ignorance.  

                                   Platon           

D’autres disent non à ces religions parce que ce n’est pas leur Dieu; mais en réalité, ils parlent du même dieu qui s’est manifesté à trois époques différentes.            

Dieu est la projection de l’intérieur humain, de son inconscient, de l’ensemble de sa connaissance.   C’est l’homme qui, dans son évolution, module la figure de Dieu. Une intuition. Une règle. Un but.          

Dieu, s’il existe, est tout simplement venu à trois étapes différentes pour savoir là où l’homme en est rendu, car la conscience est le but premier de sa propre existence. Dieu est la conscience.  

Pas de conscience, pas de dieu. Sans conscience, le monde est seulement un ensemble de forces de toutes natures, chaotiques, qui s’entrechoquent et créent des mondes instables. Ils naissent et disparaissent. Sans conscience, rien n’a de sens. Pour que la vie ait un sens, il faut nécessairement la conscience. 

Mais, avec la conscience, il y a aussi la mémoire. La vie est une force d’évolution vers la connaissance de tout ce qui existe de bien comme de mal, elle se sert de la matière pour se découvrir. L’homme existe dans et avec le temps. Il est en perpétuelle mutation, alors que Dieu, au contraire, est le tout, mais aussi l’instantané, l’immuable. Dieu est le tout, en tout, sans commencement, ni fin. L’ensemble de tout ce qui existe.            .

Ce qui nous paraît des siècles pour nous; pour Dieu, s’il existe, c’est le présent.

L’individu est l’ensemble de son existence et non un point quelconque dans l’espace et le temps de sa vie. Il n’est pas qu’une molécule, mais des millions de molécules qui façonneront son existence. L’homme est la conscience intégrée de ces millions de molécules qui le façonnent.

Il en est de même pour Dieu. Il est le point central, la tête du trou noir. La singularité. L’ensemble qui, en éclatant, formera les nouvelles galaxies.         

                                       Platon       

D’abord, ces trois religions révélées ne sont qu’une.   Ce fut d’abord le dieu des Juifs. Un arrogant. Un jaloux et surtout un boss. La conscience d’un seul peuple parmi tant d’autres et un dieu ignorant qui choisit d’offrir sa force à ceux qu’ils voulaient conduire. Le point de départ. Comprendre le monde à partir de sa réalité sociale. Dieu est d’abord un but, une direction, une règle.    
 
Les temps ont changé et les règles aussi, la deuxième image de Dieu fut celle du fils. De la tolérance absolue. De l’amour. Un éclairage nouveau sur celui qui précéda, mais qui en est pourtant le simple complément.   Le monde est plus grand que Dieu ne le pensait et il est ouvert à cette nouvelle règle : respecter la différence. La différence crée l’individualité.    

Pour Dieu, la première religion, à cause de son fanatisme, est devenue une source d’hypocrisie et de discrimination. Il tenta en vain d’éliminer la répression sexuelle, l’obéissance aveugle aux lois, à travers la vie du prophète Jésus, mais il échoua.        

Une nouvelle religion naquit, à côté des autres, absorbant une multitude d’autres pensées religieuses. Le christianisme domina, mais se divisa.         

Les Arabes avaient besoin d’un chef de bande, qui s’est proclamé prophète et qui domina les autres en se prétendant le dernier porte-parole de Dieu. Ce mélange de tout ce qui existait dans les religions d’alors sombra vite dans le fanatisme. On ne conserva que les premières raisons pour une religion d’exister et on insista sur son caractère répressif, à l’image de son fondateur, un guerrier.     
 
Finalement, Dieu découvrit qu’il fallait reconnaître les individus comme des êtres en soi et non seulement des mortels appelés à disparaître. Chacun est en soi son propre miroir divin. Il leur a envoyé l’Intelligence pour qu’ils puissent gérer la vie sur terre.   Et, tout cela dans le but de créer des gens autonomes, un « amour-âme » et une liberté.   La religion de l’Esprit.      
 
Cette nouvelle époque engendrera la création de la conscience personnelle;  mais les fascistes, les prêtres, les penseurs de la vieille école, ne le prenaient pas ainsi.    Ils voulaient être Dieu, rien de moins. Ils essayèrent de conquérir tous les pouvoirs de Dieu. Leur expérience fut souvent un désastre.                    

Pour devenir Dieu, ils condamnèrent leur sexualité et en firent une règle absolue. Tuer tout ce qui est émotif en soi. Pas étonnant qu’ils s’en prirent aux femmes.

                                      Diogène    

Les religions sont des institutions qui jalousent la divinité et qui n’acceptent pas que l’homme soit simplement un animal. Elles voudraient que l’on soit des surhommes et elles sont persuadées que pour y parvenir, il faut débarrasser les individus de leurs besoins sexuels. Un des besoins créés par Dieu pour assurer la survie de l’espèce. Un besoin qui prend une tout autre dimension quand on commence à y réfléchir en implantant l’amour.        

Comment ce besoin peut-il franchir le temps s’il n’est pas en soi un plaisir? Mais pourquoi l’homme devrait-il s’en tenir à la procréation? Le désir déborde cette restriction. L’amour comble un vide, donne une nouvelle dimension à la vie. Elle donne un sens. L’amour est un diapason, une vibration. Un élan vers une autre forme de vibration.         

                                        Aristote    

Vouloir être des surhommes et échapper à sa réalité, c’est la base même de l’interdit sexuel. C’est le moyen pour sortir de son état d’homme ou d’animal. C’est aussi un geste d’orgueil. Pourtant, la liberté sexuelle est ce qui différencie l’homme de la bête.   

Si l’homme était assez intelligent pour contrôler son nombre, de façon à ce que la terre soit la nourricière, il n’y aurait pas de problème. Mais, le fascisme voulant devenir maître essaiera de contrôler la sexualité et c’est ce qui perdra l’homme. Un jour, la terre ne pourra plus répondre aux besoins d’un aussi grand nombre d’hommes et elle prendra les moyens pour rétablir un équilibre. Comment obtenir sa stabilité? L’Homme est-il capable d’exister sans entraîner la destruction de la planète?     

                                           Virus     

Vous êtes fatigants avec vos grandes maudites réflexions. Y aurait pas moyen de vivre normalement?

Platon s’approcha du petit. Il le prit dans ses bras et l’embrassa tendrement…   

                                     Platon         

Tu as raison. C’est ça la vie. S’aimer. Mais, si tu savais comme c’est trippant de réfléchir et de créer. Tu es encore jeune.         

                                   Virus  

Toujours trop jeune.  Tu oublies que je pense aussi. 

Diogène s’approcha et les prit tous les deux dans ses bras.           

                                    Diogène      

C’est drôle, mais plus on s’aime, moins la sexualité a de l’importance. Pourtant, s’il n’y en a pas, tout s’effrite. Serait-ce que la sexualité est l’attraction matérielle entre deux âmes? Un support?  

                                      Virus


Si tu continues à me serrer ainsi, je n’aurai pas besoin de support pour lever de terre.                                     

Les amazones stériles.

 C’était bien la première fois que l’on voyait Platon, Diogène et Virus se bécoter ainsi. Mais là, s’arrêta la réconciliation. Croisos entra, en criant « qu’il avait la nouvelle du siècle ».   Il était surexcité. Ses grands bras fondirent sur Virus comme la foudre.       

                                     Croisos       

Wow ! Man! Wow! Tu ne sauras jamais, mon petit Virus, ce qui se passe sur l’île de Lesbos où se trouve ta petite esclave Amfèpétéléplom.          

                                   Virus 

Elle n’est plus une esclave. Je l’ai rachetée et je l’ai même mariée. Je l’aime tellement que je lui accorde le droit de choisir la personne de qui elle est amoureuse.

Parle!  Qu’est-ce que t’attends?  

Croisos saisit Virus et lui appliqua un long « french kiss », en disant qu’une telle nouvelle méritait bien cette récompense.
 
                              Croisos  

Voilà la chance de ta vie. L’occasion de reconquérir toutes les amazones d’un coup.    De te vider la pipe comme jamais, à moins que tu ne sois devenu stérile. La religion ne nous apprend-elle pas que de se tremper la plume dans l’encrier féminin avant 30 ans, c’est te rendre éternellement stérile?  

                                Virus

Je ne l’ai jamais touchée. 

                                  Croisos          

C’est le temps pour toi, d’aller la reconquérir. Mais, cette fois, tu devras te servir de tes changements anatomiques. 

                              Virus            

Comment ça? Tout le monde a peur de se rendre sur cette île. Personne ne veut mourir, encore moins, être l’esclave estropié d’une femme.     

Amfèpétéléplom est avec la plus jalouse et la plus robuste des amazones. Penses-tu que je suis assez fou pour me mesurer à elle? J’ai bien réfléchi et les femmes sont trop compliquées pour moi. Qu’elles le gardent, leur pouvoir. C’est tout ce qu’elles veulent.

                             Diogène 

Menteur! Si tu pouvais, tu risquerais ta vie pour elle. Tu sais seulement que se rendre à Lesbos est un suicide et t’es assez intelligent pour savoir qu’aucune femme ne mérite un suicide.

                             Croisos   

Tu te trompes. Les amazones sont malprises. Elles risquent à jamais l’extinction.         


Virus est de plus en plus intéressé, mais ne comprend encore rien.        

                                            Croisos

Tu sais que les amazones sont obsédées par la peur des microbes. Cette rage les amena à tellement laver le bout du pénis et tout appareil mâle avec un produit qui tue toute vie possible, que tous leurs esclaves sont devenus stériles.             

Elles ne le savaient pas.   C’est qu’en agissant ainsi, leur excès de propreté leur coûte la moindre de chance d’avoir une descendance. Puisque tout le monde a peur des amazones, personne n’ose s’y rendre et se proposer comme géniteur, au cas où ces guerrières décideraient de faire disparaître plutôt que d’accepter un sauveur. C’est risqué, mais possible.      

Ce serait ta belle action, mon petit frère. Devenir le seul sur l’ile à pouvoir perpétuer leur descendance. C’est encore mieux que devenir martyr. Tu dois tenter ta chance, ça se passe de ton vivant…           

Virus était tellement content qu’il s’évanouit.  

                                 Diogène         

Il est mieux de se calmer les nerfs, parce qu’il aura besoin de plus de rigidité que ça pour sauver les amazones. Elles sont plusieurs centaines.   Quelle vocation!        

Virus n’était pas rétabli qu’il organisait son départ pour Lesbos.    

Diogène, qui n’en manque jamais une, demanda d’être de la délégation. Il se mit « un tonneau amazone », soit un sein en moins, ainsi qu’une perruque. Avec un peu de maquillage, on aurait dit Guilda.                                                             


Les interrogations du départ.

Virus, contrairement à Diogène, ne savait pas exactement comment il devait se vêtir. Amfèpétéléplom l’aimait habituellement en petite tenue, mais que dirait la reine des amazones de le voir arriver dans une telle attitude de séduction? Tuerait-elle sa concubine pour garder son nouveau chevalier? Lui ferait-elle couper les couilles pour vivre dans un ménage à trois? Trancherait-elle la gorge de Virus pour protéger ses amours?           

Avec les femmes, se dit Virus, on ne sait jamais à quoi s’en tenir, tout dépend du moment et de leurs émotions. Elles sont plus imprévisibles que la température de l’année prochaine.

Par exemple, dans leur guerre contre Virus, lors des manifestations devant chez Platon, les plus féminounes demandèrent que son image soit taillée et exposée sur des poteaux à tous les coins de rue pour que toutes les jeunes filles aient peur de ce monstre.

Cependant, dès que Virus s’était présenté en disant    « Me voici! »  Voilà t’y pas que ces femmes voulaient le faire taire, le cacher, faire comme s’il n’avait jamais existé, au cas, où d’autres filles le trouveraient de leur goût. Souvent, un délinquant attire l’attention. Surtout que Virus était assez joli. On installa donc un système de censure de manière à ce qu’on ne fasse jamais mention de lui.           

Aussi, rien ne prouvait que cette nouvelle fût vraie. Comment savoir si Amfèpétéléplom l’aimait encore alors qu’elle est avec la reine des Amazones? Est-elle prisonnière ou est-ce un refuge pour échapper à Ypontife? À l’époque, il n’y avait pas encore les nouvelles à la télévision pour façonner la pensée des gens de manière à ce qu’ils pensent comme le veut le système. Les religions permettaient des résurrections sans avoir besoin des nouvelles en continu.

Peut-être que cette nouvelle, voulant que la petite rêve encore de lui, était un piège pour manigancer une nouvelle légende? Un dieu serait-il en panne d’inspiration? Une rumeur pour trouver des victimes?           

Que faire, si en se rendant sur Lesbos, on découvre que les amazones ne veulent rien savoir des mâles comme avant?   Depuis le matriarcat, les femmes sont marquées par un vif désir de pouvoir. Elles se rappellent avec joie cette époque où elles n’avaient qu’à s’assurer que leurs hommes n’étaient pas convoités par la voisine. Elles n’avaient qu’à lire et chanter des berceuses pendant que les « butchs » jouaient aux soldats.         

« Le propre de la femme n’est-il pas d’être le vrai boss dans un couple? Et de se lamenter sur leur mal d’être femme si elles sont en politique? »  Se demandait Virus, qui n’avait pas encore beaucoup d’expérience, même s’il avait lu l’encyclopédie sur la manipulation féminine. Cette encyclopédie fait au moins dix tomes, juste pour la résumer.

« Ce ne sera pas devenu infirme qu’il lui faudra songer à se protéger », pensait Virus.          

Pire, le navire de Virus avait été vendu à Diogène, qui avait emprunté l’argent de Platon. Il ne sera pas réparé avant deux semaines.

Virus avait trop hâte de tenter sa chance. Il s’acheta un petit navire de pêche pour s’y rendre pendant que Diogène cherchait à persuader son capitaine de faire le voyage. Pas question pour le capitaine de tenter sa chance. « Je vis en couple, je suis déjà esclave. Pas question de remplir mon bateau d’un harem amazone! » Dit le capitaine, au moment de passer le contrat.        
 
Diogène se contenta de rire de lui en disant qu’il était mieux d’être un esclave heureux que d’être un payeur de taxes. Inutile de dire que Diogène rêvait déjà d’être l’objet sexuel de cette meute de femmes en chaleur. Diogène décida donc d’accompagner Virus, quelque que soit le moyen de transport. Son navire serait bien réparé quand il reviendrait et des capitaines, ça se trouve.

Virus 19

juillet 10, 2020

Nouvelle civilisation.

Ivoitou s’est présenté avec beaucoup d’humilité devant Zeus. À sa grande surprise, Zeus , assis sur une pyramide, s’était transformé en Alexandre le Grand pour illustrer ses liens avec la civilisation égyptienne.             

                               Zeus      

Pas mal, hein! J’aurais pu tout aussi bien être une macédoine qu’une pyramide, si ton ami Diogène avait été là. Mais, avec l’humeur qu’il a présentement, j’aurais dû devenir une pyramide inversée, ce qui aurait pu nous confondre avec celle du Louvre, à Paris. Et, je ne voulais pas manquer notre rendez-vous. 

Avec tous ces auteurs à la Van Brown, Jean Simoneau, Bryan Perro, Robin Gravel qui déforment toutes les mythologies, on ne sait plus, nous les dieux, à quoi s’en tenir. Quel masque prendre? Harry Potter? Maria Goretti?         

                              Ivoitou    

Y a bien pire qu’eux. Il y en a même qui disent que vous n’existez tout simplement pas. Vous seriez une invention religieuse pour permettre aux religions de devenir richissimes, grâce à la peur.   Ils affirment que les religions entretiennent les émotions pour créer une chasteté hors nature ou une armée de frustrés.        

                              Zeus       

Aie-je l’air d’une béquille, venue directement de Ste-Anne de Beaupré ou du coeur du frère André? Je suis réel, moi. Je me manifeste tous les étés. Demande à Ypontife, s’il ne me voit pas depuis que je lui lèche les couilles.  Il est en perpétuelle adoration. Il la vit, lui, l’illumination   .

                             Ivoitou

Est-ce qu’il a le choix? Qu’importe! Il a oublié sa haine pour Virus et ça ne peut faire que notre joie la plus profonde. Merci de t’en être occupé. Tu devrais le faire à tous les frustrés (es) qui s’occupent de ce qui se passe dans le pantalon des autres. Un peu de jouissance leur ferait perdre de vue leur jalousie et leur perfidie.                                            

Suis-je ici seulement pour ça?    

                                     Zeus

En effet, j’ai reçu votre demande à l’effet de pouvoir examiner ce qui arrivera dans 3,000 ans, à partir des règles qui seront inventées par la Grande Commission.      

J’ai décidé de rendre la chose possible, en créant un immense champ magnétique dans votre ciel. Cependant, pour que ce soit possible, celui-ci devra partir d’Athènes. Vous devez me construire un nouveau temple qui sera relié à la croix du Mont-Royal, à Montréal.        

                                       Ivoitou       

Où ça?  

                                         Zeus
Le Québec n’existe pas encore dans ta conscience, mais dès que le travail sera accompli, tout ce que vous ferez dans la Cour de la Grande Commission sera perceptible pour des millénaires. Ainsi, vous verrez ce que vos réflexions auront pour résultats.    
La Grèce antique engendrera une nouvelle civilisation.    
.                                                                  

La colère d’Hermès?       

Hermès fut très intrigué quand il vint créer ce champ électromagnétique entre la Grèce Antique et le Québec.   Il se demandait si Zeus voulait concurrencer les Américains, en créant une espèce de série « Perdus 2 ».   Mais, Zeus n’avait pas une grande entrée à Hollywood ou Montréal.    

Hermès, qui devait s’épuiser à courir à pleine vapeur entre chaque destination, n’en revenait pas de sa découverte : déjà, au Québec, on voyait apparaître instantanément dans une petite boîte, des idées et des images. Le voyage se réalisait par la décomposition, cellule par cellule, comme dans les films sur les voyages interplanétaires des années 1960. Mais, seulement l’image voyageait vraiment.            

Vexé, le dieu des communications retourna chez Zeus afin de déposer une plainte officielle pour concurrence illégale. Zeus se mit à rire.           

                                      Zeus          

Pauvre petit! Tu n’as encore rien vu. Si t’avais été un siècle plus tard, tu aurais trouvé une station humaine sur la lune. Et sur la terre, de simples débris d’une planète, l’homme ayant disparu à cause de la pollution. L’économie l’a emporté sur le gros bon sens. Ce sera « le choix des humains » qui le déterminera bientôt.          

Je comprends que tu sois offusqué, mais je n’ai pas l’intention de créer une émission de télévision parallèle. C’est juste pour aider à introduire plus de démocratie. Les gens ne savent déjà pas pour qui voter. Et, je te jure que si je fais une entorse à la démocratie, Aristote ne manquera pas de me le faire avaler. Il est capable d’écrire un livre juste là-dessus. Et, mon image en souffrirait.      

                                Hermès

Est-ce qu’on a encore une image? Les hommes savent bien que la prière ne changera rien aux orages.           

                                     Zeus           

Retourne finir de construire ton champ magnétique, car selon mes promesses, celui-ci devra être fonctionnel dès que la Grande Commission commencera à siéger, à Athènes. 

                                     Hermès       

C’est ça, monsieur le roi des dieux se fiche que de simples petits mortels soient plus rapides que moi et diffusent partout dans le monde, alors que je construis une espèce de tunnel aérien pour dévier le temps. Juste pour leur mettre sur le nez leurs erreurs passées.     

                                   Zeus  

Et réajuster le tir. Ne l’oublie pas.           

On voit bien, de poursuivre Zeus, que ce n’est pas toi qui négocies avec les féminounes et les amazones qui voudraient que la modification du temps passe plutôt par la Suède. Elles ne veulent pas se contenter de l’égalité homme femme, elles voudraient maintenant stériliser tous les mâles de la planète. Elles monopolisent déjà le pouvoir culturel du Québec. Et, la censure règne de plus en plus à Ottawa, d’autant plus que le Bush canadien place tous ses valets au Conseil des Arts du Canada pour déterminer qui sera aidé. On dirait qu’il se croit maître de la musique avec sa harpe.   

Hermès quitta son patron en maudit, se disant qu’il trouverait bien un moyen de « fucker » la machine du temps. 

Il se mit donc à la lecture des livres de physique et tomba sur Einstein. 

Hermès n’avait plus rien à perdre, la vitesse maximum est celle de la lumière. Il n’avait qu’à apprendre à aller plus vite, ce qui déformerait encore davantage l’espace. Il mit aussitôt ce principe en pratique et s’arrangea pour que son champ passe derrière le Château Frontenac.   

Ainsi, puisque des gens venus de partout habitent cet édifice, durant les communications, ils seront des parasites qui apparaîtront sans raison et parfois même dans les données finales.       
 
Hermès était fier d’avoir recréé autrement l’Olympie et le jardin des dieux de façon permanente.   « Ça lui montrera! Au roi des dieux! », se dit-il, en riant de son invention…

                                                     


Hermès a des problèmes

Hermès était très fier d’avoir inventé un moyen capable de réunir tous les endroits sur terre, ainsi que tous les moments, sur un grand écran dans le nouveau temple de Zeus. Écran géant et son divin… que pouvait-on demander de mieux pour revoir le système et modifier les valeurs des derniers millénaires?              

Aussi, en ayant ajouté un point de repère dans l’antenne du château Frontenac, à Québec, il serait possible de lire l’âme de tous les voyageurs qui s’arrêtent à Québec. C’était une innovation qui permettrait d’échapper à la nationalité des participants et de garder un oeil sur l’ensemble de l’humanité. « On ne sait pas pourquoi, dit Hermès, toutes les civilisations s’imaginent être les meilleures.»       

Il vérifia par la suite, si Williams Burroughs pouvait lui servir de technicien, car depuis son périple dans les pays indigènes d’Amérique du Sud, cet auteur américain, était le seul à pouvoir voyager aussi facilement dans le temps. Il pouvait encore sans problème faire exploser les tickets pour les grands voyages hors du temps. Plus besoin de drogues pour naviguer à trois ou quatre niveaux de pensée.             

De plus, tous acceptèrent que Marguerite Yourcenar soit élue secrétaire permanente des rencontres. On affirma que personne n’avait une aussi belle écriture que l’auteure de l’Œuvre au noir.   Après les Mémoires d’Hadrien, qui pouvait mieux qu’elle parler du passé? Pour l’aider dans les rapports avec la réalité, on nomma une belle petite assistante : « Ifeelgood ». La beauté renforce toujours le goût du travail bien accompli.        

Quand on vérifia la dactylo devant prendre note des moindres sons, on constata que les énergies de Mme Yourcenar concordaient parfaitement à celles de la petite Émilie.   

Si Mahomet a pu se servir de cette voie pour parler à Allah, pourquoi Marguerite ne serait-elle pas « boostée » par les charmes sub énergétiques d’une petite partenaire? La dactylo pétillait comme un pop-corn, dès que Marguerite la regardait. « Les pouvoirs de l’amour » furent aussi immédiatement chantés par les anges, archanges et séraphins, sous la direction de Grégory Charles.           

Il fut cependant convenu qu’Ypontife n’aurait pas le droit d’assister aux réunions, à cause de son étroitesse d’esprit, même si on reconnaissait qu’il fut à l’origine des grands changements. S’il n’y avait pas eu cette espèce de scrupuleux, Virus n’aurait jamais dû être défendu et Périclès serait demeuré bien tranquille avec sa petite métèque, concentré à faire des petits. Qu’on le veuille ou non, tout est politique, même l’air que l’on respire.      

Cependant, en reconnaissance du mal accompli pour le bien de l’humanité, Zeus accepta de fabriquer pour Ypontife un sceau de glace perpétuelle et éternelle afin qu’il puisse se refroidir les testicules. On entendit très vite un « Hum » qui devint plus tard le mantra universel de bien des moines bouddhistes. Toute religion est le rapport entre la pensée et la sexualité…          

Mais rien n’est parfait. Hermès constata qu’au moment où on regardait défiler le temps, tout apparaissait distinctement sur le grand écran, mais dès qu’on voulait « zoomer », les problèmes commençaient.   Pas un seul iota ne semblait avoir le même comportement. Comment de si petits êtres pouvaient-ils modifier les choses à un point que l’infini semblait en dépendre, dès que le nombre de gestes dans la même direction était important?  

Hermès qui voulait que l’on puisse observer les moindres gestes, des plus petites particules, n’y arrivait pas. Il se décida à consulter Foucault, l’expert en prison française, qui lui réexpliqua que le principe de la prison est de pouvoir observer chaque geste et de se sentir sans cesse examiné par les autres. Aussi, le dieu décida-t-il que dorénavant, non seulement dieu verrait l’homme en tout temps, mais que l’homme observerait Dieu en même temps.     

Hermès songea aussitôt à créer un oeil immense, qu’il fixa dans le ciel comme une navette spatiale. Ça lui permit d’inventer le fil des nouvelles permanentes. Le LCN -RDI céleste permettra ainsi de dire aux gens ce qu’ils doivent penser.    

Mais, avec un tel système, il y avait, à intervalles réguliers, le passage à l’arrière de la planète terre et il était impossible d’observer la face cachée de la terre pendant ce déplacement.                      

Hermès dut consulter Philémon pour savoir comment réussir à installer deux soleils autour de la terre. Celui-ci lui indiqua qu’il y a différents niveaux de langage pour raconter les choses : le récit, le drame, le théâtre, le roman, le conte, la poésie, la science-fiction et l’essai, pour ceux qui aiment discuter.

La vérité, de dire Philémon naît de la signification que l’on apporte à sa lecture. Hermès comprit alors que la réalité est l’expression de ce que l’on voit et ressent intérieurement. Son rapport à l’autre. Sa perception de l’autre. Mais, le problème naissait du fait que l’on ne peut comprendre l’autre que dans la mesure où l’on a vécu ce que l’autre a vécu. Et encore, ressent-on vraiment la même chose, de la même manière?     

Aussi, le dieu des communications opta-t-il pour le langage populaire. Une seule voix, un seul oeil et un seul pigeon pour créer le narrateur du récit de la création.        

Philémon défendit la beauté des contes, surtout dans les bandes dessinées. Mais, la Bible rallia le plus de religieux. Et ainsi fut créée la Bible. Pas besoin de revoir le texte tous les cent ans, il suffirait de s’assurer que les successions des choses entraînent une évolution constante; mais la moins perceptible possible.    En inventant la sexualité-mal, on mettait la confession au centre de l’auto flagellation, comme mode de salut.       

Hermès n’avait pas compté sur le fait que les bénédictions de Zeus créeraient une zone de changement dans la distribution des grâces. Et, que de ce fait, les particules se mettraient à faire la vague.                                                                    

Virus paie ses dettes.     

À la grande surprise de tous, Virus remporta la course du 100 mètres. Ainsi, il pouvait déjà se débarrasser de toutes ses dettes et repartir avec la petite Amfèpétéléplom; mais il avait promis à Jetelapoigne de se laisser au préalable caresser pour le triple du prix. Une pipe rapporterait dix fois plus. Tout ça à la condition expresse que Jetelapoigne ne cherche jamais la récidive.          

Jetelapoigne en rêvait tous les jours. Il n’arrêtait pas de se baigner et de se parfumer pour le grand moment. Cependant, Jetelapoigne était bien conscient de son problème : il puait tellement de la bouche que les arbres mouraient en respirant son haleine.  

Virus soutenait que c’était quand même un bon « marché », puisque la séance ne devait durer que le temps de la course.    Inutile de dire que le petit Virus avait pédalé pour que ça ne dure pas trop longtemps.   

De plus, il avait négocié pour ne jamais être obligé de se laisser embrasser. Jetelapoigne devait se tenir deux pouces, au plus près, de la bouche du petit Virus. Aussi, juste avant, Ruménos devait verser du parfum dans le bas du visage de Virus, un moyen de ne pas demeurer traumatisé par l’odeur. En acceptant les caresses du vieux, Virus regagnait non seulement sa liberté, mais celle de ceux qu’il aimait.           

Avec tout cet argent, Virus pouvait dorénavant devenir propriétaire de son bateau et quitter Athènes avec sa petite bien-aimée.           

Il entreprit les démarches et trouva un marin qui non seulement lui cédait le navire, mais acceptait d’en être le capitaine. Il suffisait d’avoir un équipage de 10 marins pour répondre aux besoins.    

Virus s’est rendu sur le chantier du financier Paul des marais et obtint que les dix compagnons d’Amfèpétéléplom soient libérés. Il en fixa le prix et signa un engagement, affirmant que dès les courses terminées, il passerait à la mine prendre les petits mineurs libérés au prix fixé. Ceux-ci seraient ses marins. Aucun n’avait de l’expérience, mais le nouveau capitaine acceptait de leur octroyer une période d’apprentissage de deux semaines gratuitement.      

Dès la course terminée, Ruménos amena Jetelapoigne auprès de Virus. Le vieux se pencha sur le corps nu et entrepris de lui lécher la bedaine et les cuisses. Il n’avait pas encore eu le temps d’atteindre le petit zizi, qui malgré les efforts de Virus pour l’empêcher de prendre vie, était passé d’un pouce et demi à trois pouces, gesticulant comme un guerrier, ayant juste le bout de la tête sorti de son petit prépuce.       

Hypnotisé par le plaisir que le gros Jetelapoigne avait raffiné avec les années, Virus perdit la notion du temps et se laissa parcourir tous les échelons croissants de la jouissance. Heureusement, Ruménos avait compté les secondes. Ainsi, Jetelapoigne dut payer un tel prix que les amendes de Platon pouvaient être également honorées. Virus avait même droit à un tel montant supplémentaire que jamais plus l’argent ne serait un problème pour Platon.                                                          

Les adieux de Virus.        

Virus voulut absolument remercier Platon pour tout ce que celui-ci lui avait apporté dans la vie. Il offrit donc une importante somme d’argent pour le dédommager; mais à sa grande surprise, Platon refusa.           
 
                                  Virus   

Je sais que je ne fus jamais un bon fils, mais je vous aime à ma façon. Dès que nous aurons un enfant, nous le nommerons Platonnette, si c’est une fille, ou Platonet, si c’est un garçon.       

                                  Platon (ému aux larmes)        

J’étais persuadé que tu me détestais. J’ai senti ta haine et ton rejet le jour où tu brisas tout dans la chambre, le soir de ton initiation à trois.  Quand ton affection est revenue, je ne savais plus ce que je devais croire, sauf que je sentais dorénavant que tu m’aimais. J’espère seulement ne t’avoir jamais vexé.           

                                  Virus   

Vous n’êtes pas dedans. J’étais jaloux de Croisos. J’aurais voulu demeurer seul auprès de vous. Mais, vous avez eu raison, Croisos est un frère. Non seulement je ne vous déteste pas, mais vous êtes l’homme que j’aime le plus au monde. Jetelapoigne m’a fait découvrir une félicité que je n’avais jamais connue auparavant, car je ne vous ai pas laissé le temps de m’y introduire. Grâce à lui, je ne serai jamais plus dans la misère. Mais, l’amour, c’est vous. Jouir est une chose inutile, s’il n’y a pas d’amour.     

Vous m’avez pris avec vous au moment où personne ne voulait de moi. Je vous quitte, mais je vous reviendrai et, cette fois, ce sera moi qui m’occuperai de vous, grâce à l’aide de mes petits amis débarrassés de leur joug. 

Virus ne savait pas comment cela serait vrai. Il n’avait pas encore entrepris son voyage avec sa petite fleur, Amfèpétéléplom, que son navire eut un grave accident.        

Dans une de leurs répétitions, les jeunes ne furent pas assez rapides et le capitaine n’eut pas le temps de ramener le navire dans des eaux moins dangereuses. Les entrailles du navire s’ouvrirent comme une huître. Heureusement, les compagnons de Virus furent sauvés.      

Découragé, Virus décida d’acheter une ferme près d’Athènes, adjacente à celle de Platon.   

Il alla chercher sa petite au temple, mais pour son malheur, elle était tombée amoureuse de l’abbesse et ne voulait plus revenir dans le monde. Elle était même allée vivre chez les amazones!          

Virus avait le cœur brisé. Sa bien-aimée était devenue lesbienne et vivait déjà sur l’île de Lesbos.                                                        

Virus en dépression.

À son retour chez Platon, Virus s’enferma dans sa chambre pour mieux pleurer.
On n’est nulle part aussi bien que chez ses parents pour soigner une peine d’amour.
Il accepta d’être dérangé seulement pour faire part de ses décisions importantes, urgentes, concernant sa nouvelle ferme. 

Platon était tellement consterné qu’il passa deux jours, l’oreille collée à la porte de la chambre de Virus, l’entendant geindre comme une sirène d’ambulance. « Pauvre petit, il n’aura plus une goutte d’eau, s’il continue ainsi. », se dit Platon. Il se voyait déjà ramasser un petit corps si déshydraté, qu’il ne servirait qu’à Rantanplan pour se faire les dents sur des os asséchés.       

Mais que faire? Comment l’aider à supporter cette première peine d’amour? Tout le monde à l’impression que la vie ne saura jamais redevenir aussi belle dès qu’on expérimente une rupture.             

Le ciel devient noir. Les nuages sont toujours prêts à éclater. On est aspiré par le vide. Comment oser croire que l’amour est possible à la suite d’une telle épreuve? La vie est à jamais douleurs et souffrances, autant entrer dans les ordres. Mais, Virus se voyait mal en prière jour et nuit.      

Virus se promenait en petite tenue et se lamentait aux étoiles, qui l’écoutaient en silence. Même la lune s’était caché une grande partie du visage pour ne pas avoir l’air indiscrète. Parfois, on aurait dit cependant que le diable avait un petit ricanement, comme pour se venger du fait que Virus ait osé aimer une petite fille. Mais, quand on réussissait à bien entendre, on s’apercevait vite que c’était son matou en chaleur.        

Alerté, Diogène survint dans son « tonneau-mouchoir » et demanda à Platon de lui donner la permission de rejoindre Virus sur le champ. Diogène était d’autant plus efficace contre les peines d’amour, qu’il avait expérimenté toutes les faces sacrées des cœurs déçus. Il s’était maquillé en grosse larme pour l’occasion.         

Il laissa d’abord le petit se moucher dans ses dentelles. Amoureusement, Diogène flattait de temps en temps le dos de Virus, essayant parfois de descendre un  peu les doigts jusqu’au haut des fesses; mais Virus les remontait automatiquement dans un geste vif.   Avec grâce, Diogène portait la main sur une épaule et la massait, en attendant de recommencer la chute en ascenseur de ses doigts comme s’ils ne pouvaient pas échapper à la gravitation.         

Les caresses eurent raison de la grande peine de Virus, qui commença lentement à réagir aux bons soins de Diogène,  comme un petit chat blessé se laisse lécher par sa mère.    

Le silence rassurait Platon. Son cœur de père avait peine à survivre à cette nouvelle pression.                                                                           

Tentatives pour consoler Virus.          

Pour consoler un peu le petit qui se prenait de plus en plus pour la fonte accélérée des neiges de l’Antarctique en 2009, Diogène décida d’appeler dorénavant Virus, son petit « Viril ». Il pensait que cet appel à « sa réalité mâle », même si ça n’avait rien de vraiment grec, briserait son laisser-aller à partir de cette hémorragie de sentiments. C’est toujours le premier signe d’un homme rose en devenir.         

                                     Diogène     

Après une peine d’amour, on est à jamais des perdants, sauf si, on ne se rend pas compte que la première flamme ne vaut jamais la deuxième, la troisième et les autres. Chaque passion a sa mesure. Chaque épanchement du coeur a ses cicatrices. Chaque éblouissement a son coût. Un vrai budget. Chaque déesse a son art individuel pour envoûter son homme. L’homme véritable sait tenir tête aux sirènes, mais succombe à la beauté.    

Diogène n’avait pas encore atteint le « do » du crescendo de la descente aux enfers, que Virus se tourna et dans un geste dramatique et proclama, la voix un peu fêlée, à la Éric Lapointe :     

« Sans elle, ma vie n’a aucun sens. Autant mourir que de rester seul dans mon lit. Je pars la retrouver. Je ne peux l’abandonner entre les mains d’une autre et être privé de caresses.» L’amour masculin est souvent un geste de grand égoïsme.    

Au même moment, le chef des soirées de théâtre à l’occasion des Olympies, faisait son entrée chez Platon. Il fut tellement saisi par l’art de Virus d’envoyer promener sa carpe sur l’épaule, que déjà était né l’art des grandes tragédies grecques. Dorénavant, plus question d’accepter des scènes sans que les tripes s’effondrent sur le plancher. Seul, Shakespeare saura à travers les siècles changer les larmes de Virus en sang. Le dramaturge se fera le miroir des folies royales… Plus il y a de morts dans la littérature anglaise, plus elle est consommée… ce qui prouve son petit côté vampire…       

Diogène était aussi très impressionné, mais pas pour les mêmes raisons.          

Virus dit Viril avait de plus en plus de quoi entre les deux jambes pour justifier son nouveau nom. « Qu’est-ce que ça sera quand sa puberté sera finie? », se demandait Diogène, en observant l’effet de ses caresses.      

Si pour certains, la pré puberté commence exceptionnellement vers 10 ans et se termine tout aussi exceptionnellement vers 21 ans, Virus avait accéléré la cadence et défoncé toutes les prédictions.            

Rien pour éloigner Diogène, bien au contraire, car il prétendait s’amuser à faire exploser les virilités dans le cadre d’une recherche sur les condoms, même si ceux-ci n’étaient pas encore découverts. Quelle dimension procure le meilleur spectacle? Le plus de « Wow! Wow! Wow! » Diogène avait parfois des intuitions géniales.    

Pour le garder à la maison, Diogène lança :    

                             Diogène  

OK! Va, la retrouver, la petite pas fine. Amazone, elle te fera couper les pieds ou crever les yeux, pour qu’infirme, elle puisse t’avoir à jamais comme esclave.        
 
                          Virus (ahuri)

Si tu penses que je sacrifierai une seule partie de mon corps magnifique à ces assoiffées de sang, tu te trompes. Je reste ici.          
 
Diogène était bien content. Virus venait enfin de poser un premier geste intelligent. Découvrir le sens de la liberté. Même la plus grand des libertés n’est jamais totale.

               

Platon s’embourbe-t-il?  

Platon était fou de joie en apprenant que son Virus dit viril songeait à abandonner ses grands projets de chevalier pour reconquérir sa petite Amfèpétéléplom.          

« Les amazones tirent des flèches et manquent rarement leur objectif. », pensait Platon.  Il voyait le petit Virus empaillé et placé dans un salon de ces horribles féministes…        

Platon demanda aussitôt à son esclave, Fidèlis, d’attacher le cheval à l’écurie et de placer « Jeboîte » sur le bord de la porte, afin que Virus croie, d’une manière ou d’une autre, ne pas avoir la monture idéale pour partir au loin. Pour être certain qu’il y pense, Diogène fit mettre un grand portrait de Jolly Jumper, souriant. « Cheval en forme », pouvait-on lire au-dessus du portait.  

« Enfin, il redevient un peu plus raisonnable », semblaient se dire aussi les regards complices et satisfaits de nos deux philosophes.                  

« La terre compte par milliers les cœurs moribonds à la recherche d’un battement. », lança Platon, espérant que le message soit saisi au bond. 

Mais, Virus semblait perdu dans ses réflexions. Il regardait au loin par la fenêtre et laissait parfois s’échapper de longs soupirs de tristesse.        

Une larme tombait à toutes les trois minutes dans un pot que soutenait Diogène, pour faire semblant de s’occuper du mal à l’âme de Virus. Il pouvait ainsi dorloter le petit, sous prétexte de lui remonter le moral; mais Diogène savait où se trouve le moral et comment le remettre en forme. Juste une question de temps! Il se léchait les lèvres toutes les quinze secondes pour les garder d’attaque et être prêt à intervenir. « La douleur disparaît avec le plaisir.»       

Il ne pouvait pas aller trop vite, au cas où ses gestes seraient mal interprétés. Virus est-il gai? Il aimait ça avec Croisos, mais il le rejetait sans détour, dès qu’il tentait sa chance d’aller plus loin que ce que Virus voulait bien. Diogène savait que l’orientation sexuelle est une création sociale pour que le système économique fonctionne rondement. Chacun sa tâche.       

Diogène croyait sincèrement que Virus dit viril était défectueux. Il avait sûrement un neurone qui n’avait pas allumé pour tomber ainsi dans le piège des amours défendus.                  
« Virus dit viril (passage de l’adolescence à celui de jeune homme) n’a jamais penché en faveur de la poésie, d’où vient donc ce besoin d’être différent des autres, au point de tomber en amour et s’acheter une petite esclave? Un petit gars aurait aussi bien fait l’affaire, les problèmes en moins. Pourquoi choisir ce qui est interdit?   Est-ce un moyen pour attirer l’attention? Avant l’adolescence, il en avait besoin, mais depuis, il a de quoi tenir un amant occupé pour longtemps », se disait Diogène.

Diogène avait pourtant toujours côtoyé l’interdit, choisissant des prostituées de 29 ans et 360 jours, soit cinq jours avant l’âge permis. Question de désobéir et mettre un peu de piquant dans ses relations. Pendant cinq jours, il devait vivre dans la clandestinité. Une fois l’âge permis atteint, Diogène changeait de prostituée.          

Platon eut aussi l’idée d’amener Virus au club afin d’y dénicher un petit amant. « Ce qui compte en amour, c’est de trouver la personne qui te convient », pensait-il.   

Mais, le grand philosophe ne pouvait se contenter d’observer, il décida d’y aller de ses grandes réflexions sur la vie à la maison, croyant mieux convaincre sa cible que le célibat est la meilleure vocation pour un homme. Diogène s’associa à Platon pour que le discours soit plus efficace.         

                                           Platon   

C’est une très bonne décision, mon petit. On n’a pas besoin d’une femme dans la vie, pour être heureux. Il suffit d’avoir de bons amis et de temps en temps, de beaux petits pages.  Je n’ai jamais eu de femmes et je ne m’en porte que mieux. Les femmes sont incompréhensibles. Elles ne sont jamais satisfaites. Elles sont jalouses. Elles veulent tout mener en faisant semblant d’être dociles et aimantes. L’hypocrisie incarnée.      

Heureusement, on les a pour élever les enfants.  Elles ne servent à rien d’autre. On a aussi les esclaves pour s’occuper des tâches quotidiennes et ils sont bien plus fiables.       

                                       Diogène   

Parle pour toi! vieil arbre rabougri. Si tu pouvais encore bander, tu serais très heureux que nos mœurs tendent vers l’élargissement des harems. Un homme n’est jamais fidèle, il est fait pour être volage. Pourquoi se casser la tête avec des orientations sexuelles? Tuer la solitude, c’est le but fondamental de la vie à deux. Rien d’autre.          

                                            Platon  

Élever des enfants, pour avoir des descendants. C’est moins noble que d’avoir une
descendance dans l’esprit, la pensée, la création.    

                                           Diogène           

Si t’avais une femme, elle s’occuperait de te vêtir et tu serais plus élégant. Tu pourrais tenir de grands banquets et avoir une réputation enviable. Les femmes sont les émotions à l’état pur. Elles ne pensent qu’en fonction de ce que les autres pensent d’elles. Si t’avais une femme, t’aurais au moins un beau dessin sur ta grosse maudite bedaine.             

                                   Platon           

Accessoires !  Ce dont tu as l’air est dérisoire. Ce qui compte, c’est ce que tu as dans la tête.

                                  Diogène        

Ou dans…    

Le petit Virus se mit à rire. Il ne pouvait plus s’arrêter.             

                                           Virus     

 Quel couple vous auriez fait, toi et Platon. Et c’est ainsi que l’idée de Laurel et Hardy fut inscrite dans les pages du futur.

Virus 18

juillet 9, 2020

Virus confirme la proposition.

Platon se sentait mal à l’aise que son petit amant, devenu hétéro, accepte de jouer la « petite docile » de monsieur Jetelapoigne, juste pour lui remettre l’argent qu’il lui avait prêté.         

                                 Platon 

Tu sais, Virus, j’ai le plaisir d’essayer de t’aider. L’amitié n’existe pas seulement pour avoir quelqu’un dans son lit. Elle transcende tous ces petits instincts.                   

                              Diogène

Que je déteste cette fausse apologie de la vertu bourgeoise. Quand tu n’as rien à manger, tu te fous bien qu’un petit vieux te mange la bitte. Ça ne fait pas mal, au contraire.

                            Virus        

Ce n’est pas le temps de ces éternelles querelles. Je veux cet argent pour aller reprendre ma belle Amfèpétéléplom et nous organiser une vie sans problème. Je veux avoir un enfant.  
 
                         Diogène     

T’es capable?         

                           Croisos     

Un autre moyen pour te demander de prouver ce que t’avances, avec lui, bien sûr. J’ai hâte que Diogène invente le baril « diachylon » pour lui boucher la trappe.

Virus s’approche de Platon, le prit par le cou et s’assit sur ses cuisses.   

 

                          Virus

Je ne veux pas te faire de peine, mais j’ai accepté la proposition de Jetelapoigne. C’est très payant, assez pour nous permettre de trouver un pays où les gens seront moins étroits d’esprit.        
 
                          Diogène    

 Un pays sans bourgeois, ça existe?     
 
                          Virus          

Ce n’est qu’une petite aventure passagère. Un moyen de m’en sortir. T’es l’homme que j’aime le plus. Tu me respectes. Je ne te demande pas de comprendre. Je ne sais pas pourquoi j’aime autant cette gamine, mais elle est tout pour moi. Elle est ma préoccupation absolue, mon rayon de soleil.           

                               Platon   

Je sais. Je ne comprends pas, mais je ressens ton amour pour moi et il me suffit. Tu es libre d’aimer quelqu’un d’autre sans rien m’enlever.            

                             Virus       
Je le savais.

Virus se leva et quand il vint pour sortir, il demanda à Ruménos de l’accompagner. Il lui dit : « Tant que tu seras en ma compagnie, Jetelapoigne se sentira obligé de s’en tenir à ses promesses. »                                                                

Périclès chez Platon.

Ce fut tout un émoi quand Périclès a mis les pieds chez Platon. C’était quand même le « stratège », l’homme le plus important de la cité, le père de la démocratie.

Il avait amené un de ses fils, Paralos. Xanthippe, préférant aller à la pêche, s’était rendu au temple de Poséidon faire un petit sacrifice pour s’assurer de remplir son quota.        
 
Diogène se précipita à l’extérieur pour se cacher, puisqu’il se promenait nu dans la maison.    Il en profita pour se vêtir de son nouveau et plus beau baril : « (je fête jusqu’à être débile ». Périclès a un goût artistique sûr. Il sera certes ébloui par toutes les couleurs et les dessins. Diogène avait même ajouté un klaxon pour obtenir toute l’attention requise.   

Platon étonné fut pris de vertige. 

                                           Diogène

 « Tu vieillis, mon Platon », lança Diogène qui s’empressa de l’aider à se rendre à la table de discussion. 

Platon était plus pâle que son mur.       

Il écouta attentivement Périclès lui expliquer que la Commission d’enquête n’avait pas pour but d’aller mourir sur les tablettes. Nous tenterons de déterminer quelles valeurs et ce que nous devrions faire Athènes pour devenir la plus grande des civilisations au monde. 

                                     Périclès      

C’est bien évident qu’on ne pourra pas tout changer. Nous existons depuis des siècles, mais ce qui nous semble mauvais doit retenir notre attention aussi bien que le meilleur. Notre civilisation doit être la plus humaine et la meilleure.      

Pour ce faire, il y aura de nombreux commissaires et on fera venir des experts invités de partout pour confronter nos valeurs.     

                               Platon   

Tout ça pour mon petit Virus.       

                                Périclès

Pas tout à fait. J’ai aussi épousé Aspasie et je voudrais que mon fils soit reconnu comme Athénien. Aussi, on fera le tour de ce qui devrait nous guider durant quelques siècles encore.   


Aristote est nommé président. 

Périclès fit venir Aristote à son bureau.            

Les invitations à participer aux travaux de la Commission devaient être signées de sa main, car la Commission portera son nom.     On étudiera entre autres à quel âge on peut devenir amoureux.
                                     
                                     Périclès

Aristote est sans aucun doute le philosophe le plus connu de notre civilisation, après Platon. Avec lui, les travaux seront appliqués immédiatement dans nos vies. Il est à la fois un philosophe et le précepteur du plus grand roi de la Grèce antique. Le premier à affirmer que le monde extérieur est beau.         

Périclès voulait aussi que cet événement coïncide avec une grande fête surprise pour
Platon.   Une semaine d’hommages.    

                                Diogène          

Si vous formez une garde des plus beaux athlètes d’Athènes pour lui rendre hommage, je me propose comme béquille. Je l’accompagnerai dans sa mission.        

                              Croisos  

On sait pourquoi….

La cérémonie devait être tenue secrète et préparée à toute vitesse, avant sa mort qu’on sentait venir.           
    
Aussi, Aristote fut-il retenu comme président pour en accélérer la préparation.  

Périclès voulait inviter des prêtres de toutes les religions, des représentants de toutes les civilisations, de tous les systèmes politiques et économiques.

                                    Périclès

Il faut trouver ce qui devra être fait pour créer un monde idéal. Aristote est déjà très connu et son maître, Alexandre le Grand, a des entrées partout. Pour préserver l’effet-surprise, la Commission devra travailler dans le plus grand secret.

                                   Croisos (mort de rire)           

On pourrait cacher Diogène dans un placard. Il y aura peut-être un jour un Danny Turcotte pour l’en sortir?           

                                    Virus

Garder Diogène à la vue de tous, c’est bien trop dangereux.    On pourrait le prendre pour un paon et vouloir rapporter chez soi sa féérique queue. 

Tout le monde riait dans la maison. 

Croisos entra le paon qui se paradait sur le perron. Virus se prosterna devant lui. On aurait dit que le paon comprenait et étendait encore plus la queue.   

Périclès la trouvait si bonne qu’il faillit en perdre son dentier de caoutchouc…  

                                  Diogène (stoïque)

Je vais examiner les jeunes. Pas de problème, tant qu’il y aura autant de jeunes athlètes que je saurai en imaginer. Il y en aura un pour chaque pays?   Je suis à votre service.   Je suis d’une curiosité maladive en tout ce qui touche les moindres variations d’anatomie.            

Je pourrais être le scientifique qui les compare, les soupèse et les goûte pour créer le premier et le plus complet dictionnaire sur la nature mâle. 

Je pourrais même commencer mes observations sur les plus jeunes, essayer de déterminer le moment exact où ils passent de l’enfance à l’âge adulte. Grosseur des testicules, formes des pénis ou encore chercher celui qui a un cerveau chasseur?    

                                   Virus 

Je suis persuadé que Diogène a déjà une idée pour les faire évoluer plus vite. Avec lui, on pourrait surveiller nuit et jour afin de savoir qui a du poil au pubis ou sous les bras. Chez qui ça apparaît le premier.        

                                 Diogène         

Impossible. Tout individu a sa vitesse de développement, mais tous se retrouvent à la même ligne d’arrivée, vers le même âge. J’ai remarqué, mon petit Virus, qu’une petite tache noire commence à s’épandre sur ton bas-ventre… Et quelle moustache pour un gars de 16 ans!    

                                   Périclès        

On a d’autres sujets de réflexion plus importants : la démocratie, la violence, les droits individuels, les partis politiques et surtout la justice sociale. Comment survivre quand il y aura surpopulation? Nos aînés serviront-ils seulement à nourrir les banques?           

Selon Ivoitou, ce sera le chapitre le plus important, car dans l’avenir lointain, notre civilisation sera totalement différente. Il prétend même que les hommes et les femmes seront égaux. Qu’est-ce que ça implique, si c’est vraiment ce qui se produira? L’homme remplacera-t-il la femme au foyer?  

                                  Croisos          

On ne peut pas orienter nos travaux en fonction des visions d’un prêtre. Ce doit être plus sérieux. 

                                 Périclès

Nous ferons venir des spécialistes de tous les coins du monde pour scruter toutes les pensées, mais Ivoitou est le seul qui peut confondre l’avenir de notre civilisation avec celui d’un petit pays qui sera créé dans environ 2,500 années sur un continent qu’on ne connaît pas encore.         

                  Platon (venant d’entrer de sa sieste à l’extérieur, suivie de son petit bain).       

J’ai déjà parlé de l’Atlantide dans mes livres.  

                                 Périclès

Ce serait un autre pays. Une sorte d’alternative à un monde devenu totalement corrompu. Comme les Romains le seront.

Notre civilisation sera anéantie par ses systèmes économiques. La fourberie sera divinisée par un appareil où l’on verra instantanément tout ce qui se passe n’importe où. Y figurer une fois garantira une excellente carrière d’avocat.        

                                  Diogène

Voudrais-tu dire que l’avenir me donnera raison : il faudra consommer le moins possible et se contenter d’une petite habitation. Juste ce dont on a besoin.    

                              Croisos  

Je ne crois pas que l’avenir soit de vivre tous dans tes maudits petits barils et vivre ainsi de la charité sur les trottoirs de la cité.         
 

                              Ivoitou    

Les hommes seront des itinérants pour échapper à l’infamie des maîtres du monde. L’homme évoluera techniquement; mais il sera le pire ennemi de l’Homme. Pour être encore plus riche, il éliminera notre espèce.        

                               Diogène           

Ecce homo?

                               Ivoitou   

Cherche!   Il semble qu’il n’y en aura qu’un et on le crucifiera. La foi repose-t-elle sur le fanatisme? La vraie révolution serait-elle la non-violence? Gandhi aurait-il raison?                                                             

Ivoitou mélange les univers…


Aristote et Périclès, ayant décidé de tout remettre en question, voulaient quand même prendre le temps de rassembler des représentants de toutes les philosophies et de toutes les époques, mais en étant en dehors du système spatio-temporel, la chose n’était pas si simple.                        

Il n’était pas question de tenir la réunion dans le jardin des dieux. Ceux-ci pourraient en profiter pour modifier les débats en leur faveur. Ils sont spécialistes dans la création de filtres de toutes sortes. Surtout, pas question de se laisser encore une fois duper par les prêtres qui parlent au nom des dieux. Un moyen commode de se faire entretenir.     

                                             Aristote

Les dieux sont dans le ciel avec les étoiles, qu’ils y restent!   Ils ne peuvent pas vivre la vie d’un mortel. Ils ne connaissent ni la violence, ni la morale, ni les plaisirs du sexe. Ils ne sont que les projections des esprits échauffés par les drogues.         

Pire, ils ne sont pas des exemples à suivre, surtout si on regarde Zeus qui fornique avec n’importe quel homme ou femme qui lui plaît, sans avoir sa permission. Les dieux doivent respecter le libre arbitre, c’est la règle, et pourtant, ils l’oublient.  

« Dionysos n’est guère mieux puisqu’il est toujours saoul. », dit Aristote, en insistant sur le fait qu’en réfléchissant bien, les dieux ne sont rien d’autre qu’une invention religieuse, un appareil de domination comme l’argent. L’empire de l’avoir contre celui de l’être. Du paraître. Un chemin qui ne peut pas conduire au bonheur.       

Un seul moyen pour y parvenir : Ivoitou.          

Aussi, fut-il chargé de l’organisation spatio-temporelle de cette conférence unique. Comment mêler des morts à des vivants?   Ce n’est pas chose facile. Parfois, les ondes ne permettent pas une communication claire et audible.           

Ivoitou devait inventer la mémoire pour voyager dans le temps.    Il partit pour l’Égypte où, disait-on, les pharaons utilisaient une nouvelle découverte : l’écriture.    

Si c’était le cas, le monde ne pourrait plus oublier son présent. Tout présent devient le passé du futur. 


Il fallait donc inventer des règles qui, à partir du présent, traceraient le futur. Par exemple, si tu bois un poison, tu ne peux que mourir, si personne ne te donne d’antidote.         

Mélanger les niveaux de conscience ou d’existence des différents univers, ce n’est pas comme faire une tarte aux pommes, ça prend plus qu’un arbre de la connaissance du bien et du mal… et encore plus qu’un serpent.        

Ivoitou ne pouvait pas tout percevoir seul. Il fit donc appel au temple de Delphes ainsi qu’aux responsables de tous les circuits organisés pour prédire l’avenir. Ivoitou engagea également 664 scribes pour tenir les conversations par écrit.    

La grande rencontre devait donc être précédée d’une conférence entre les sorciers-sorcières-oracles de toutes sortes, afin d’ajuster le système mort-vivant aux mêmes longueurs d’onde. Une potion magique, un hallucinogène puissant? En fait, il fallait trouver la recette de l’instantané. C’était le travail d’Ivoitou.

Une chicane de famille.  

Le tas de visiteurs chez Platon finit par paraître.

Diogène se promenait souvent nu et laissait des traces de pas à la grandeur de la maison, parce qu’il ne s’essuyait jamais les pieds, où qu’il soit allé. Croisos était trop occupé pour avoir le temps de laver la vaisselle. Quant à Platon, il devait rester avec ses hôtes pour préparer la super enquête de Périclès.           

Le jardinier s’occupait bien de l’extérieur de la maison, comme le voulait son travail d’esclave; mais Platon n’avait personne pour s’occuper de la maison. Virus le faisait habituellement; mais ses pratiques pour les Olympiques le retenaient toute la journée.

Chaque jour, Jetelapoigne ajoutait des sous à sa banque. Selon Virus, plus il sera riche, au sortir d’Amfèpétéléplom de chez ses protectrices, plus il pourra partir pour une autre cité ou un autre pays, si jamais les gens continuaient de le pourchasser.          L’exil n’est jamais volontaire, mais il est parfois une question de vie ou de mort.         

À leur arrivée, Croisos ne crut pas nécessaire de s’atteler à la tâche. Il avait passé sa journée à lécher des enveloppes pour envoyer les invitations. Virus était mort de fatigue. Il avait couru un mille de plus qu’à l’habitude. Et sa douche avait été écourtée, car dix autres gladiateurs voulaient se décrotter.      
 
Inévitablement, les engueulades commencèrent. Les jeunes en vinrent presque au poing. Qui ferait quoi? Ils tournèrent leur irritation contre Diogène, qui décida d’aller se promener.          

Aristote assistait à la scène et se demandait comment on peut éviter de telles situations. Il songeait à la dernière crise de son fils Nicomaque qui voulait un nouveau char. Pourquoi vouloir sauver le monde quand on ne peut même pas empêcher les chicanes de famille? Et, l’aspirine n’existait pas encore.                                                                           

Le partage des tâches.   

Platon tenta de s’interposer dans la chicane entre Croisos et Virus, à savoir qui devrait s’occuper du ménage de la maison, mais il reçut un coup de serviette en plein visage.           

Voyant la situation dégénérer, Aristote essaya à son tour de trouver une solution, sans succès.         

                                       Croisos     

Au lieu de t’amouracher d’une petite fille, t’aurais été mieux d’aller à l’école comme tout le monde. Depuis que tu as succombé à ta folie, nous vivons de crise en crise. Qu’est-ce que tu veux?   Tuer Platon, grand égoïste!       

                                          Virus      

C’est qui l’égoïste? Tu ne penses qu’à l’héritage de Platon. T’occuperais, dès demain matin, la direction de son école, si tu le pouvais. Tu pourrais au moins attendre qu’il soit mort avant d’essayer de réaliser tes rêves de petit parvenu.           

                                          Croisos  

Petit parvenu toi-même. Je te ferai remarquer que Platon t’a amené ici pour le lit.   Tu n’étais même pas beau et tu n’avais aucun talent.  Tu quêtais dans les tavernes. Sans sa générosité, tu vivrais encore dans la rue à quêter.         

                                            Virus    

Toi aussi, tu viens de la rue. Tu n’es même pas bon au lit.   

                                           Croisos 

Parle pour toi. Tu dois aller avec une fille puisque tu ne peux même pas suffire à ton mâle. Jetelapoigne est obligé de vivre comme un ascète.    

                                       Virus

Et toi, c’est différent? Tu ne penses qu’à tes études. Ton avenir politique.           

                                        Croisos    

Toi, tu ne penses qu’à ta petite métèque. Platon est de plus en plus malade, mais tu t’en fiches. Je ne serais pas étonné que tu lui serves une potion qui accélère son grand voyage.
 
Virus ne put se retenir et il sauta à nouveau à la gorge de Croisos.          

                                        Croisos    

Je vais te faire ravaler tes paroles, sale vipère!           

De retour à la maison, Diogène et ses deux petits amants, ramassés sur les trottoirs, se précipitèrent pour calmer le jeu. Virus fut traîné jusque dans sa chambre.          

Platon se mit à étouffer. 

On laissa Virus dans la chambre et Diogène se précipita près du philosophe.  Il l’aida à se traîner jusque dans son lit.             

Diogène envoya un des petits chercher un médecin. Il y avait un chaman qui résidait près de la chaumière. Il ferait d’autant plus l’affaire, qu’il résidait à cet endroit depuis des années sans payer. Il devait bien ça à son bienfaiteur.     

Platon, hors de danger encore une fois, fit venir Croisos et Virus. Il leur annonça que dorénavant, les deux petits qui accompagnaient Diogène seraient embauchés pour faire le ménage. Le plus petit, le salon;  le plus grand la cuisine. Quant aux chambres à coucher, chacun des occupants en serait responsable.           

                                          Platon    

Un mot de plus et je vous déshérite.      

Le silence tomba. Les jeunes n’en revenaient pas. Ils venaient de faire sauter les plombs à leur maître, qu’ils croyaient incapable de colère.                                                                   

Leucippe rencontre Platon.      

À sa grande surprise, Platon reçut la visite de Leucippe et de Démocrite, deux anciens amis qu’il avait perdus de vue.        

Platon était dorénavant sous la surveillance des médecins personnels de Périclès
– on dira que les amis n’ont pas d’importance – .         

Après avoir été soigné, Platon se présenta au salon, aidé par « Jeletienbien », une jolie petite béquille blonde, souriante et d’une beauté étonnante.            

Démocrite sentit en lui quelques cellules faire des tours de piste à toute vitesse. Les chaleurs l’envahirent, mais il n’était pas là pour sentir s’ouvrir ses passions comme une fleur, l’été, quand le soleil apparaît, après une bonne pluie. Il ne put s’empêcher de souligner qu’il aimerait bien être à la place de Platon. « Faut-il être malade pour avoir droit à d’aussi beaux infirmiers?»          
 
Platon sourit et ajouta : « Non, mais il faut un peu d’argent. Je viens de me les procurer comme serviteurs pour éviter une chicane de famille.»          

                            Aristote     

Une erreur. Les jeunes doivent apprendre à s’entendre, sans qu’on achète la paix. Ils doivent devenir responsables et non des enfants pourris. L’autonomie, c’est aussi apprendre à partager, car, aucun individu ne peut vivre seul.              

Les deux atomistes se regardèrent, ne sachant pas très bien de quoi ils parlaient, puisqu’ils ne connaissaient ni Virus, ni Croisos.        

Le deuxième petit esclave, « Gentil », apporta quelques verres de vin, car une bonne discussion se faisait toujours autour d’un bon verre de vin, jusqu’à ce que les Anglaises remplacent cette tradition pour une tasse de thé l’après-midi. Une occasion propice au bitchage.                

Leucippe et Démocrite furent heureux d’expliquer à Platon qu’ils croyaient dans l’existence des atomes. « Le monde est fait de petites particules et de vide.» 

                                Démocrite        

Tout ce que nous voyons est créé par des millions de petites particules, des atomes. Elles se rattachent entre elles, car elles vivent une attraction pour certains éléments et de la répulsion pour d’autres. Leur mariage crée les différents éléments, ainsi que la grandeur, la forme et le mouvement. Le reste n’est que vide. Notre corps perçoit les couleurs et les odeurs.      

                              Leucippe           

Ainsi, la réalité est comme le dessus de la mer. Une somme d’énergie invraisemblable, d’apparence calme, éternelle, inerte, mais qui est habitée par des milliards de petits individus, des atomes. Le monde est matériel.           

                                Platon  

Jamais. La réalité n’est qu’une construction de notre esprit. Il n’y avait d’abord qu’une seule énergie. Elle a donné naissance à Zeus.  Les dieux sont ses enfants, qui ont donné naissance au ciel et à la terre.   Et ces dieux ont engendré d’autres dieux par la suite. Les dieux vivent à l’Olympe.     

                                          Aristote   

Ils ont été inventés par les hommes, au fur et à mesure que ça faisait leur affaire.       

                            Démocrite

Tu crois vraiment ce que tu viens d’avancer, toi, le grand Aristote?

Les deux atomistes constatant que Platon ne pouvait pas concevoir le monde en dehors de ce qu’il avait appris des religieux se retirèrent poliment.       
 
À l’extérieur, Leucippe résuma la pensée des deux visiteurs :        

« Il est peut-être très intelligent.  Il a peut-être inventé une grande philosophie, mais il est complétement bouché avec ses dieux et il est maintenant trop vieux pour être débouché. »

                                                    96

Organiser le temps : un problème.      

Ivoitou convoqua une assemblée spéciale de tous les voyants, diseurs de bonne aventure, prêtres de Delphes, alchimistes, sorciers, sorcières, dans le but de trouver un moyen d’insérer le 21e siècle dans la vie de la Grèce Antique.   

Il serait ainsi possible de juger du genre de société à créer pour assurer la prospérité de la cité et, surtout, le bonheur de chaque individu,puisqu’on aurait le début et la fin temporelle de la période analysée.     

Dans une vision nocturne, Zeus avait dit à Ivoitou que les savants avaient créé une machine invisible qui modifie l’espace-temps, de manière à ce que les époques et les gens se confondent.      

Un petit changement dans le puzzle de l’univers. Zeus n’était-il pas le roi des métamorphoses?

« Y a peut-être des petits Ganymède au Québec! », s’esclaffa Zeus, sans vouloir divulguer la raison profonde de son intérêt.   


                               Zeus, le roi des dieux (ironique)    

L’espace-temps est comme un coeur. Il se contracte et se décontracte. Le yin et le yang. Le balancier. Il pisse de partout et engendre partout à la fois, au fil des explosions, des trous noirs qui donnent naissance à d’autres mondes. Les étoiles sont comme les hommes, elles naissent pleines d’énergies et meurent gelées, matérialisées… question de temps! 

Chaque parcours des énergies est une veine ou artère qui s’active au sein d’une même spirale qui danse sur un tout petit parquet. Elles s’infiltrent partout et constituent notre univers. Immense ou petit? Tout dépend du point de vue, d’où tu regardes l’univers. Gros comme une tête d’épingle ou infini. C’est le même monde, mais vu d’un autre oeil.   Tout dépend seulement du point d’observation où tu te places. De la lentille que tu utilises.        

Ivoitou n’y voyait que du feu. À son avis, l’homme est comme la mouche. Sa vie n’est même pas une seconde dans l’éternité et pourtant, avec les religions, il se prend pour le nombril du monde. Quelle importance avait donc sa façon de voir l’univers, mais peut-être Zeus voulait-il lui faire comprendre que la divinité est un raccourci, puisque les dieux vivent dans les cieux.

Il fallait donc pour n’humilier personne, inviter le plus de dieux possible.           

Ivoitou envoya finalement une invitation spéciale à Hermès, le dieu de la communication, au cas où ce serait l’interprétation à tirer de son rêve. Mais il l’avertit toutefois que ce n’était pas une blague et qu’il devait respecter les règles de la Grande Commission, s’il voulait y participer.

Ainsi, pas de vol, pas de ruse, pas de mensonge, juste savoir transmettre les nouvelles. Il ajouta un discours sur la nécessité de l’objectivité pour être un bon journaliste.         

Cette notion, dans la carte d’invitation, fit sursauter Hermès, qui alla se plaindre à Zeus d’avoir été insulté par Ivoitou. Il travaillait comme chroniqueur depuis peu pour le Journal de Montréal céleste et il se prenait un peu pour un autre, Richard Martineau.           

                                Hermès (plaide devant Zeus)    

Je ne peux tout de même pas répondre de la justesse de la voix de mes oiseaux. Ils propagent les nouvelles. On attache trop d’importance aux intonations, que l’on confond avec les sentiments. Je ne peux pas tous les accorder les uns après les autres.

Cette grande réflexion entre le dit et le non-dit persuada Zeus de la nécessité de trouver un autre moyen que les chants grégoriens pour répandre la bonne nouvelle.         

                                               Zeus

« Si les gens ne comprennent pas le chant des oiseaux, ils comprendront encore bien moins la symphonie du pré-big-bang et la dilatation de mes cordes vocales».        

Ivoitou, le pauvre prêtre, eut presque une attaque cardiaque quand il fut convoqué par Zeus lui-même en personne.          

Ivoitou croyait que Zeus s’occupait toujours des « chenolles » d’Ypontife. Ce qui n’était pas faux. Il avait juste oublié qu’un dieu peut être à plusieurs endroits à la fois.

Virus 17

juillet 8, 2020

Diogène se fait draguer. 

Virus, Croisos et Diogène décidèrent de passer par la forêt des dieux pour retourner chez Platon.  

Diogène traînait toujours la patte ou plutôt son baril « tête d’éléphant », pour lui permettre de se laisser pendre la trompe, mais elle était trop longue et, à tout moment, il se pillait dessus ou elle s’accrochait dans une branche, ce qui retardait sa course.

                                    Croisos        

Tu pourrais enlever ton maudit baril. Même nu, tu ne nous intéresses pas. Elle est trop grosse, trop longue, perdue dans ses poils. Ça nous retarde et quelque chose me dit que Platon est en danger.           
 
                                       Virus         

Ça me surprendrait. Il est avec Aristote. Il est peut-être snob, mais personne n’osera lui marcher sur les pieds. Alexandre le Grand lui mange dans la main. 

                                   Diogène       

Qu’est-ce qu’ils attendent pour lever leur armée, pour aider leur ami contre Ypontife? Ce vieux sale, aux couilles métalliques.         

                                  Croisos          

Il y a des moyens plus efficaces et moins sanglants pour gagner une guerre. La diplomatie a toujours donné de meilleurs résultats. Il faudrait le forcer à respecter la vie privée des gens. Leur sexualité ne le regarde absolument pas. Il doit y avoir autre chose de plus intéressant dans la vie.     

                               Virus      

Entendez-vous? On dirait que des femmes chantent. Que font-elles dans le bois?        

                             Croisos   

Attention, ce doit être des sirènes !        

                                 Diogène (mort de rire)

Des sirènes dans le bois? T’es pas bien. Les sirènes vivent dans l’eau. Je serais surpris qu’il y ait une pisciculture de sirènes dans le bois. Allons voir quand même. Y paraît que les sirènes ne savent t’hypnotiser que par leurs chants.  Elles auraient une peau qui te projetterait dans la douceur la plus exquise quand elles t’enlacent.  

                                       Croisos     

T’es en train de devenir hétéro, ma foi dieu.


                                     Zeus

Quelqu’un m’a appelé?    

                                     Diogène     

Je n’aime que les poissons de sexe féminin qui ont une bouche de « carpe », tu sais, le poisson suceur.           

                                Zeus (transformé en carpe)      

Suis-je assez belle pour toi? Je te plais?          

                                 Diogène         

Tabarnak! Tu n’as pas rien que ça à faire? Un dieu qui joue les sirènes ou les carpes. Ça fait un mois qui pleut tout le temps. Tu ne pourrais pas voir à ce qu’il pleuve la nuit seulement et fasse soleil tout le long du jour.            

                                      Zeus           

Une bonne idée. Je vais y penser. En fait, je m’ennuie. Il n’y a personne qui veut me tenir compagnie. J’ai besoin d’amour.           

                                  Diogène        

Je comprends. On ne sait jamais à quoi s’attendre avec toi. C’est pour ça que t’es seul. Tu y mets un peu trop de passion.      

Mais, j’y pense, tu aimes vraiment ça avoir du sexe?   Je connais la personne qui correspond exactement à tes besoins.           

                                Zeus

Qui? Qui? Dis-le-moi vite. Vite!!!             

                                  Diogène                          

Je te verrais avec Ypontife. Il adore les dieux, c’est un de tes prêtres. Si tu t’en occupais un peu, ça nous donnerait peut-être le temps de l’empêcher de ruiner Platon et de tuer notre beau petit Virus, ici présent. Il est aussi beau que Ganymède, mais il est déjà en amour avec une petite fille. Alors, bas les pattes !           

Si tu veux l’avoir, il faudra que tu te serves de ta personnalité foudroyante. Il te faudra bien des volts pour ranimer son cerveau devenu stérile par la chasteté. Tu devras organiser tout un orage et faire descendre toute ta foudre sur les testicules de ton Ypontife adorateur. Il se mettra aveuglément aussitôt à ton service. La foudre doit être assez forte pour rendre la matière vivante et pensante.        

                              Zeus       

Wow! Tout un contrat. La dernière fois que j’ai essayé, j’ai créé les femmes et tu vois où ça nous a menés.  Que des crises de jalousie !     

                              Diogène

Voyons, pour toi, le ranimer c’est comme jouer à la pétanque. Tu vises le cochonnet.  

                                 Zeus    

Tu sais, avec le temps, je suis moins sûr de mes capacités. Parfois, je pense que je ne pense plus. Je ne fais plus autant de création qu’avant. J’ai le syndrome de la page blanche. Je dois faire appel à Dionysos pour oublier. Je vieillis.           

                                  Diogène        

Voyons donc! Si vous manquez votre coup, vous n’aurez qu’à venir me le dire dans quelques mois, dans la semaine des orages. On essaiera de trouver un petit tonnerre qui vous remontera le moral. (Sans le savoir, Diogène prophétisait la venue du Christ).  Mais, Zeus ne s’était pas encore transformé en oiseau. Une formalité !        

                                       Zeus          

Tape-la !        


Et Zeus se rendit immédiatement dans le temple où officiait Ypontife. Ce fut l’orage du siècle. Ypontife recevait la révélation.      

                                          Diogène

J’aimerais voir ça. Quel spectacle ! Me semble de voir Ypontife jouir comme il ne l’a jamais fait auparavant.   

                                 Croisos           

Ça va tenir Ypontife occupé pour un petit bout de temps.                                                            


Franchir le parc des dieux.


Ivoitou est arrivé à la course. Il riait comme on ne l’avait jamais entendu. Une hyène prise de fou rire. Un petit bruit agaçant, strident, mais enjoué. Quand il riait, ses épaules se dressaient vers l’arrière et ses lèvres épaisses tentaient de retenir les sifflements. On aurait dit qu’il cherchait à donner des petits becs du Jour de l’An.      
 
                                    Ivoitou          

Vous auriez dû voir comment Ypontife était en colère quand Platon est sorti de prison. On aurait dit que ce bonheur faisait son malheur. De grands nuages noirs le suivaient à chacun de ses pets, comme s’il avait été poussé par une force inconnue, mais maléfique. 
 
Puis, je ne sais trop pourquoi, il s’est mis à trembler de partout. On aurait dit qu’il venait d’être touché par la foudre. Il avait les yeux rouges et il criait comme s’il avait atteint l’orgasme.    

Après s’être évanoui, il a changé subitement. On dirait qu’il a découvert la beauté du monde. Il est en extase permanente. Il ne bouge plus.   Il ne parle plus. Il a l’air radieux comme si le plus grand des bonheurs l’habitait. Un sourire permanent. L’illumination. Aurait-il rencontré Zeus?    

                                    Diogène      

Ça veut dire que ses ordres passés ne seront jamais effacés. Mais, nous savons maintenant que l’on peut retourner chez Platon.         

                                   Virus 

Zeus ne l’a pas manqué. Il doit avoir la voix aiguë en maudit. Il aurait été mieux d’avoir les couilles en chair. 

Le groupe se mit aussitôt en marche. Une petite pluie se mit à tomber. Chacun fut subitement pris d’euphorie. Diogène abandonna son baril et se mit à danser le ballet. Il avait définitivement beaucoup engraissé, car il arrivait à peine à se plier comme un roseau. Disons que son élégance en avait beaucoup perdu. Que voulez-vous, les bedaines sont la honte de tous les aînés!       

Yvoitou avait, quant à lui, pris l’allure d’un casse-tête. On pouvait voir dans chaque pouce de son corps l’image d’un événement survenu ou à survenir.          

Croisos était radieux comme Apollon et chantait pour accompagner Diogène. Les sirènes accouraient, plutôt que d’essayer d’envoûter nos voyageurs. Leur désir était évident, mais elles étaient si hypnotisées par le spectacle musical, qu’elles les accompagnaient en frappant de la queue.          

Un danseur étranger fit son apparition. Il portait un gant et chantait merveilleusement. Il avait l’art du « thriller » dans les jambes.         

Seul, Virus était demeuré normal puisqu’il s’était fait un parapluie avec une immense feuille, dès que la pluie eut commencé à tomber.   Virus fut immédiatement frappé de curiosité et s’empressa de regarder de près les moments existants sur la peau d’Ivoitou.   À sa surprise, les morceaux changeaient dès qu’il tentait de voir; mais il comprit très vite que ces miroirs ne pouvaient refléter que le passé ou l’avenir de la personne qui regardait.    

Il se vit, seul dans un cachot. Il reconnut Amfèpétéléplom qui changeait les couches d’un bébé, alors que deux autres gamins et une petite fille couraient autour d’elle. Il voulut en voir plus, mais les effets de la pluie étaient déjà passés.     

Les sirènes se cachaient parce qu’elles perdaient leurs écailles, les oiseaux reprirent leur chanson, là où ils l’avaient abandonnée. Les serpents cherchaient les pommiers ayant entendu parler d’Ève. La forêt commença à se faire moins dense puisqu’on approchait de la maison de Platon. Elle cessait d’avoir l’air d’une cathédrale.      

Les retrouvailles furent si émouvantes que Diogène oublia d’aller se chercher un nouveau baril. Quand Aristote le vit, il lui demanda ce que serait dorénavant sa propriété. « Vas-tu habiter à l’intérieur de cette grosse bedaine? » demanda-t-il.

                                      Diogène    

La nudité est plus normale que la honte de son corps. Ma bedaine servira de tableau pour les enfants qui voudront peindre la beauté de nos montagnes.  

                                    Ivoitou (mort de rire)

Je comprends maintenant, en te voyant, pourquoi un jour on aura honte d’être nus. Mais j’avoue que le tatou que tu as sur la fesse gauche a de quoi ravir tous les amateurs d’art.              

                                    Virus (intrigué)         

Il n’y en a pas, sauf cette grosse verrue.          

                                Ivoitou  

Exact. Mais, elle change de forme quand il marche. C’est ainsi que naîtra le cinéma. Hollywood.    

                                Virus    

Le cinéma?                                                       

Platon s’affaiblit.   

 Pour le moment, il était possible de respirer un peu plus à l’aise, Amfèpétéléplom étant en sécurité chez Athéna.        
 
Par contre, un nouveau groupe de vieux, aigris et jaloux, manifestaient à l’extérieur pour dénoncer la chance de Virus, de profiter de la vie en bas âge. Certains portaient une pancarte « la loi, c’est la loi », « le diable est dans les bécosses », alors que d’autres disaient « trop jeune pour aimer! »     

Ivoitou pensa que quelqu’un avait volé sa potion pour lire l’avenir, puisque dans les années 1970, un petit orchestre de Coaticook, les Pyramides, chantera une chanson portant à peu près le même titre. L’envers du disque sera : « Le bohème ».          

L’âge pour aimer sera-t-il toujours un problème parce que les adultes ne se rappellent pas leur passé, du moment où ils sont devenus adultes? C’est probablement dû au fait que le cerveau des enfants est encore en pleine construction. Très jeune, on apprend par imitation. Tout est un jeu. Puis, à l’adolescence, tout change. C’est une tout autre réalité.      
Comment peut-on souffrir de traumatismes, quand une relation de type sexuelle est agréable? Puisqu’on sait maintenant que le cerveau peut s’auto guérir avec le temps, si le milieu le permet, ne serait-ce pas plutôt l’étroitesse d’esprit de ceux qui condamnent la sexualité qui est responsable de ces traumatismes? La vie sociale que l’on impose avec une morale contre nature. Le tandem culpabilité et honte, la mère du mépris de soi, est intemporelle.     
 
Que fait-on du droit des adolescents à la vie privée, à leur intégrité physique et morale? Évidemment, ce sont les adultes qui décident pour eux. Ils le font, non pas en fonction de leur bien psychique, mais de leurs notions de bien et de mal.   Les femmes ont tendance à les surprotéger, alors que les hommes les enverraient travailler, la couche aux fesses. On ne tient pas compte du fait qu’apprendre, à leur âge, se résume aux jeux. D’ailleurs, on essaie maintenant de faire des adultes avec des poupons. Quels seront ceux qui pourront échapper aux « burn-out » après 30 ans?          

Nous aurons une société de drogués au ritalin dès l’enfance… mais au moins, il n’y aura pas de sexe… on n’aura que des voleurs, des dirigeants prêts à détruire la planète entière pour améliorer leurs profits.        

Dans bien des civilisations, le mariage ne sera qu’un échange de pouvoir ou de dots.   Aucun droit au choix du partenaire. Pas d’amour. De l’argent et encore de l’argent.         

Certains sont déjà responsables à 14 ans, alors que d’autres auront 132 ans et ne le seront pas encore. Certains ne le seront jamais. Leur enlever le droit de choisir afin d’inventer leur vie, c’est criminel et non de la protection. Comment peux-tu être traumatisé si t’as du fun? La morale sexuelle doit être une morale de responsabilité, et non, un interdit débile basé sur rien d’intelligent, sur un radotage religieux.           

Le sens de la responsabilité exige celui de la liberté, car la liberté n’existe pas sans responsabilité.  

(Jean-Paul Sartre n’était pourtant pas encore de la discussion.)        

Platon commença à manifester de sérieux troubles de santé quand il se leva à la fin de sa sieste. Il chancelait et restituait.

Croisos dut intervenir pour l’amener jusqu’à la table, où les autres s’étaient réunis pour trouver une solution aux persécutions d’Ypontife. On ne savait pas si ce minable était toujours sous l’effet de Zeus. Aurait-il des testicules électrisés pour le reste de sa vie ou reviendrait-il semer sa peur?        

Aristote proposa que la discussion soit remise au lendemain.          

Platon en a profité pour faire part de son testament.   Il donnait sa ferme à ses deux fils, qui n’en étaient pas vraiment, Virus et Croisos. La paternité n’a pas besoin d’être physique pour être établie entre deux individus d’âge différent.                  

Diogène s’approcha et dans un geste très théâtral et demanda : « What’s about me?»

Platon se remémora la fameuse soirée où il avait fini par réaliser le désir qui le travaillait depuis des années. Diogène avait peut-être fait semblant de ne pas s’en apercevoir, mais il lui avait alors fait tout un cadeau. De ce fait, Platon décida qu’à sa mort, Diogène aurait droit à la moitié du troupeau, sans oublier qu’il devenait ainsi propriétaire de tous les tonneaux afin d’ouvrir son école de mode. Il légua aussi ses droits d’auteurs (qui n’étaient pas encore volé par la censure ou Copytectus à Virus. On ne sait jamais. Les écrivains ne sont reconnus qu’après leur mort.              
 
Un messager fit son apparition à la porte. Il venait livrer l’avis de comparaître de Virus. Virus était accusé d’avoir débauché une jeune fille.  Ça n’avait pas d’importance qu’il la protège comme si elle était son épouse, il était avec une ex-esclave, mineure.           

Il y avait aussi toute une liste d’obligations les unes plus folles que les autres, comme l’interdit de se retrouver en compagnie de toutes les petites filles du monde.        

Le groupe se mit aussitôt à étudier ces documents.                                                                

Demande de commission.

Platon fit remarquer à son ami et ex-élève Aristote que la vie politique d’Athènes était bien différente de ce qui se passait dans son clan.   Les lois de la cité sont votées par les citoyens, alors qu’avec Alexandre, il suffit de lui demander directement.       

Platon savait qu’Aristote accepterait d’amener Virus avec lui, mais le petit était beaucoup trop nationaliste pour aller vivre en dehors de sa ville. Virus passerait sa vie en prison plutôt que de trahir ses racines.        

                                              Platon

La ville est entre les mains du peuple. Il faut avoir de maudits bons arguments, si on veut expliquer aux 5,000 citoyens qui se pressent à l’assemblée du peuple pour voter, que Virus n’est pas un monstre. Ils doivent comprendre que Virus est simplement tombé en amour avec une jeune fille. Ce ne sera pas facile puisque depuis nos ancêtres, il faut attendre d’avoir 30 ans pour créer une famille. Comment expliquer que l’âge est un aspect secondaire, tant qu’il n’y a pas de violence ou de domination, mais de l’amour?       

                                 Diogène         

Quand tout un peuple croit la même chose, qu’il ait tort ou raison, c’est un préjugé si solidement ancré, qu’il faut un miracle pour les faire changer d’opinion.                         

                               Aristote  

Si c’est si difficile, il faut créer un comité entre nous. Débattre de la situation et apporter des solutions. Ce ne sera pas facile, ni rapide. Il faudrait absolument trouver moyen de gagner du temps.  


                                  Croisos          

On pourrait peut-être adresser une demande à Périclès. Il vit une situation qui ressemble beaucoup à celle de Virus. S’il ne comprend pas, personne ne le fera.  

Je peux travailler immédiatement à écrire la demande. Le temps que Périclès nous fasse parvenir une réponse, on aura peut-être réussi à écrire notre mémoire.      

                                     Platon         

Ce n’est pas bête. Si on obtient de Périclès un ordre voulant que d’ici à ce que le verdict final soit connu, Virus soit absolument libre et que l’on ne puisse pas le harceler, on sera à l’aise pour réfléchir et créer un mémoire sans faille.    

Aristote se porta volontaire pour apporter la demande. Périclès l’accepta. 

Cependant, plutôt que d’attendre, il décida de tenir une commission sur la question. « Ce sera une bonne occasion de revoir la valeur de nos institutions ».  Il était aussi fier que s’il avait eu lui-même l’idée. On pourra demander des témoins. Interroger l’avenir.                                                         


Virus court pour trouver de l’argent.


L’enfer, c’est les autres
. (Sartre)               
 
Sans savoir qu’un groupe de travail avait été créé pour défendre sa position, Virus décida qu’il lui appartenait de trouver une solution.      

Il n’était quand même pas pour se rendre s’offrir à Ypontife : les scrupuleux sont des jaloux qui se vengent de ne pas avoir été choisis, en rendant insupportable la vie de l’objet de leur désir. 

                                    Virus

Ypontife, tu n’as qu’à te branler, tu ne m’auras jamais. Garde ta trompe d’éléphant pour tes autres flammes.  Virus ignorait que Zeus s’était occupé de ses hormones… et comment!        

Voilà plus de deux semaines qu’Ypontife est paralysé devant l’image d’un petit Zeus, mangeant de ses éclairs, une petite princesse. À voir sa posture, il se prenait pour cette petite.     

Après maintes réflexions, Virus en vint à la conclusion que le meilleur moyen pour récupérer ce qu’il coûtait à Platon, était de se trouver un vieux riche qui saurait se montrer très généreux. Mais, où trouver ce vieux? Les citoyens d’Athènes étaient en pleines vacances de la construction.   Ils se ramassaient tous aux Olympiques ou dans les saunas.      
Devait-il se trouver un emploi? À cause de son âge, il pouvait tout au plus, être vendeur de hot dog ou préposé aux serviettes dans un bain sauna.   Comment un petit vendeur de hot dog, même Virus, pourrait-il attirer l’attention d’un vieux riche? Mission impossible. Quant aux serviettes, il suffit à Virus de penser, que certains se mouchent dedans ou s’essuient le bout de la queue avec, pour chercher un autre moyen de gagner sa vie.      

Il ne pouvait pas non plus composer assez vite un drame comme « J’ai tué ma mère », parce qu’heureusement pour lui il avait toujours vécu en l’absence d’une femme. Même sa mère avait été remplacée par un précepteur, avant que son père fasse faillite et qu’il doive se réfugier dans un club pour gagner sa pitance.    

Pour avoir un petit vieux, il faut d’abord lui plaire. De toute manière, les vieux en vacances préfèrent rire. Donc, ils iraient plutôt voir « Tel père, tel flic ».  Il n’y avait pas de silopour Lepage, donc pas de cinéma extérieur.   D’autant plus que les orages grondaient parfois très longtemps.       

Et, c’est pourquoi Virus s’inscrivit pour la course du 1,000 mètres chez les jeunes. Une fenêtre idéale.            

Tous les vieux se rendent pour voir les coureurs nus suer pour leur plaire. Il y en aurait bien un qui le remarquerait. Par contre, pas question d’avoir un tatouage sur la fesse pour clamer son appartenance à quiconque. Sans le dire, dans sa tête, Virus appartenait pour toujours à Platon.                                                                 


Ruménos crée des espoirs.


Platon pataugeait dans sa piscine spécialement aménagée pour soigner ses rhumatismes, quand Ruménos arriva en trombe, aussi exténué qu’un chien qui vient de finir une chasse royale.

                                     Platon         

Au nom de Zeus !   Qu’est-ce qui se passe pour que t’essaies de compétitionner avec Hermès? Qu’y a-t-il de si grave pour que la langue te démange ainsi? Tu risques de te donner une crise cardiaque.  

                                      Ruménos  

J’ai vu Virus. Il était nu dans l’arène de répétition. Il courait comme si on lui avait mis une once de térébenthine au derrière. Et encore plus, le vieux, Jetelapoigne était là pour le voir courir. Wow. Pour moi, ton petit Virus vient de trouver son homme. Il vient tous les jours voir courir le petit. Les millions te tomberont bientôt dessus. Ça sent l’amoureux à la recherche d’un petit amant. Ça ne te fait rien?   

Ruménos scrute les expressions de la figure de Platon à chaque mot qu’il prononce. Il veut saisir chacune de ces émotions. Les grandes langues aiment voir si leur bitchage fait parfaitement effet. Ruménos travaillait à la Semaine.             

                                      Platon        

Virus est libre de vivre sa vie comme il l’entend. Il est assez vieux pour décider ce qui est le mieux pour lui. Il est tellement beau qu’il ne peut que soulever les appétits. Les gens ne sont pas tous aveugles. Je préfère son amitié à tous les millions de Jetelapoigne. Vivre avec quelqu’un que l’on aime, c’est savourer chaque seconde avec lui. Les millions ne servent qu’à semer la débauche. 

                                    Ruménos    

Tout le monde sait que tu le soignes comme si c’était ton propre fils. Bien des gens vivant dans leur vraie famille ne sont pas aussi bien traités que ce petit sans-cœur, qui ne reconnaît pas ce que tu lui donnes.           

                                 Platon 

C’est à Virus de décider s’il veut se percevoir ou non comme mon fils. Une chose est certaine, je ne l’ai pas conçu, puisque les femmes n’existent pas dans ma vie. Mais, m’occuper à plein temps de lui me fait réaliser qu’il a vieilli ainsi que moi.        

Croisos qui entendait la conversation fit irruption.     

                                      Croisos      

Peux-tu prouver ce que t’avances?       

                                      Ruménos  

Bien mieux, je vous ai apporté son petit « slip » pour que vous n’ayez aucun doute.
Ruménos sentit la petite culotte. Essaie!   Tu verras, il sent les lavandes. Puisque vous êtes seul à en avoir, difficile de ne pas croire que c’est à lui. 

                                  Croisos          

Ça veut dire que si Virus est allé à la pêche, il est guéri. Il a enfin compris qu’il est non seulement illégal, mais dégradant d’aimer une jeune fille, même si on l’a achetée. Papa, tu devrais être parfaitement reconnaissant à Apollon de ramener notre petit Virus dans le droit chemin.       

                                       Platon

C’est son affaire. Périclès a bien fait reconnaître son fils comme citoyen, alors qu’il a eu l’enfant avec une concubine. Mais, c’est Périclès. Lui et Cimon sont indétrônables et au-dessus des lois. 

                                      Croisos      

C’est ce qu’il faut quand les lois sont idiotes.  

                                      Platon        

La loi, c’est la loi. Si elles sont idiotes, c’est au peuple d’en exiger le remplacement. La seule question est de savoir si les femmes ont une âme. Si c’est le cas, elles sont nos égales et toutes ces discriminations contre elles sont tout à fait injustifiées.        

                                     Ruménos   

Ce n’est pas nous qui pourrons y changer quoi que ce soit. Les gens croient dans l’infériorité de la femme depuis des siècles.          

Virus, qui arrivait, ne put s’empêcher de commenter :           
 
                                         Virus       
Ypontife et ses prêtres sont responsables de toutes ces erreurs. Que connaissent-ils d’une femme? Leur haine de la femme tient du fait que leur organe sexuel est intérieur et qu’ils ne savent pas à quoi il ressemble. Ils pensent que c’est un animal dévoreur de pénis.     

                                         Croisos   

Je te croyais guéri. 

                                     Platon         

Tout individu a son orientation sexuelle. Il peut y avoir des nuances dans ce qui nous attire, mais tant qu’il n’y a pas de violence et que les personnes concernées s’aiment bien, ça ne regarde personne.           

                               Virus      

Si tout le monde avait ton jugement, bien des gens seraient plus heureux. 

Virus 16

juillet 8, 2020

Ypontife poursuit sa charge.

Quand Ypontife fit à nouveau son apparition chez Platon avec une nouvelle accusation pour « irrévérence », il ne s’ att en dait pas de rencontrer Ivoitou.

Platon

C’est de l’acharnement. C’est honteux.

En fait, si je comprends bien, votre temple me reproche de ne pas avoir utilisé votre système bancaire.

Auriez-vous accepté de me prêter l’argent nécessaire, puisque c’est vous qui me poursuivez ?

Est-ce que, vous me chargerez un intérêt quand je vous remettrai le capital prêté. Pourtant, vous ne me donnez que le tiers de l’intérêt que vous exigez, si c’est moi qui vous prête de l’argent. Des crapules, voilà ce qu’il faut pour créer un système financier.

Savoir et connaissance.

A la grande surprise de tous, Virus fit son apparition. Il se joignit au groupe après avoir embrassé Platon. Il pleurait, ce qui rendait tout monde inconfortable.

Amfèpétéléplom demeura en retrait, derrière lui, à l’embrasure de la chambre. A voir le regard brûlant de désir de Diogène, il était évident qu’Amfèpétéléplom était belle, même si c’était une fille.

Virus (s’adressant à Platon)

Je te demande pardon. Je ne voulais pas te créer autant de problèmes; mais je n’y peux rien, j’aime Amfèpétéléplom. Elle est belle et douce. Elle sait me comprendre. Je ne pouvais pas la laisser mourir de faim et être abusée par Titus Paulus, ce sale exploiteur d’esclaves. Cet ignoble propulseur de guerres.

Amfèpétéléplom est ma tendresse. Et, la tendresse est aussi nécessaire pour se réaliser quel’air pour respirer. Aucun individu ne peut vivre seul et demeurer mentalement sain.

Platon

Je te comprends. Rien n’est plus important que l’amour. Tous les hommes sont égaux, peu importe leur âge, leur sexe ou leur couleur. Ils ont tous la même essence.

Vouloir que les jeunes échappent à leur destin, c’est de la surprotection. C’est leur enlever le droit à la découverte. Tu développes ta personnalité jusqu’à ta mort. Ta connaissance peut même apporter des changements dans ton comportement.

L’attrait l’un pour l’autre est une forme de vibration intérieure. Une attraction naturelle entre deux formes de vie qui s’attirent. Une chimie des sens. La sensation de se compléter. Les âmes s’attirent pour donner naissance à une autre pensée, un autre projet ou à un autre être. On ne naît pas dans le seul but de procréer comme des saumons qui ne peuvent même pas résister à leur instinct. Nous ne mourons pas après avoir fait l’amour.

Le sexe est un plaisir pour répondre à une nécessité : la survie de l’espèce. Il est ancré en nous. Libidos, libidos, des forces qui ne disparaissent pas. L’instinct de vie.

Croisos (s’adressant à Virus)

Je ne sais pas comment tu peux préférer une femme à un homme, mais je suis du même avis que Platon, c’est ton droit et surtout ton affaire. De quel droit peut-on te juger ?

J’aimerais pourtant savoir ce que j’ai fait de mal ou d’incorrect pour que tu te tournes contre nature. Aurais-tu préféré un autre homme? Un gars plus costaud, plus viril que moi? Je ne t’ai pas enculé parce que tu semblais détester ça. J’ai préféré m’en tenir aux plaisirs sexuels de l’adolescence. Tu semblais jouir de mes caresses. Aurais-je dû montrer plus d’audace? Tu aimais ça auparavant avec Platon. T’aie-je rendu jaloux?

Je ne suis pas assez beau pour toi? Je veux juste savoir si c’est à cause de moi que tu t’es détourné de nous. Je ne t’en veux pas, mais je ne veux plus me sentir coupable. Je ne veux pas croire que je suis responsable que tu sois devenu un hétéro, un être contre nature.

Virus

Je n’ai rien contre vous. Je ne te reproche rien, au contraire, j’apprécie ce que tu m’as fait connaître. Je suis simplement plus heureux avec elle. Que veux-tu que je te dise? Je me sens déjà prêt à vivre pour la rendre heureuse. Elle est mon ambition, ma raison de vivre. Nous sentons le besoin de nous compléter. Que les autres me jugent, je n’y peux rien.

Qui peut prouver que je suis contre nature ? En quoi ne suis-je pas ce que mon ADN a créé?

La violence est pire que n’importe quel geste à connotation sexuelle. Et, le rejet est le geste le plus violent quel’on peut avoir envers un individu. C’est pourtant ce que l’on fait à mon égard parce que je n’ai pas les mêmes amours que la majorité.

Si je dis que j’aime une jeune fille, les autres voient ça immédiatement comme un abus, comme si elle était trop niaise pour savoir ce qu’elle veut. Comme si elle n’était pas assez intelligente pour choisir ce qui est bien pour elle. Ce qu’elle aime ou n’aime pas. J’ai beau essayer d’expliquer notre amour dans tous les sens, ils sont tellement tordus que ce tout ce qui est bien pour eux est mal pour nous.

Ypontife (croyant pouvoir marquer un but)

Une fille ne peut pas être l’égale d’un homme. Les dieux l’affirment eux-mêmes. La révélation nous dit qu’une femme doit être soumise à son mari. N’est-ce pas Yvoitou?

Ivoitou

Pour un bout de temps, mais un jour, les rôles seront inversés. Les femmes domineront parce qu’elles seront plus nombreuses. Et, je te jure, elles feront payer aux hommes toutes les frustrations vraies et fausses qu’elles vivent ou ont vécues. La société sera dominée par Lesbos. Les hommes seront mentalement castrés. Leur pire péché sera d’avoir un pénis.

(Un dinosaure qui passait par là demanda à sa mère si Ivoitou parlait du psychiatre fou qui préconiserait la castration chimique pour éliminer les pédophiles.)

Diogène

Les crétins croient à la révélation. Les imbéciles ne se comptent plus. Ceux qui se pensent purs, qui sont incapables de voir le monde autrement qu’à travers ce qu’on leur a appris dans l’enfance, ceux qui se pensent la vertu incarnée, sont plus nombreux que ceux qui se demandent s’ils ont réussi leur vie.

Ils te jugent. Ils ne voient pas que leur vol, leur violence fait encore plus de mal que ton orientation sexuelle. Pour eux, la tendresse est de la pornographie. La guerre est une richesse. Ils détestent les jeunes parce qu’ils sont beaux et qu’eux sont devenus laids. Pour ne pas y être confrontés, ils inventent la pornographie. Elle existe, certes, quand il y a violence ou un manque de retenue. La pornographie n’a rien à voir avec la nudité.

Ils ne voient pas la poutre dans leur œil, mais seulement la brindille dans celui du voisin.

C’est dans l’ordre des choses. Ils s’imaginent être les seuls à avoir raison. Ils ne savent pas que l’individualité naît de la différence. La différence n’a rien à voir avec l’égalité. Tout être vivant est un ADN en devenir qui se réalisera en réactions, comme il le pourra, dans son milieu. En ce sens, tous les êtres vivants sont égaux. Ils sont de la même essence. Ils réalisent ce qu’ils sont. Leur seul devoir est de se réaliser au maximum.

Aristote

Les moralistes ont le savoir, mais n’ont pas la connaissance.

Le savoir, c’est ce que les autres te disent, c’est que tu apprends dans les livres. Tu as des données, bien des données, mais tu ne sais pas si elles sont vraies.

Il n’y a qu’un moyen de saisir la vérité, c’est de «connaître». Connaître, c’est vivre, c’est analyser son vécu. C’est une approche de l’intérieur. C’est l’expérience personnelle. C’est de percevoir ton essence fondamentale. C’est ce qui te permet de créer ta propre morale, pourvu qu’elle ne soit pas violente, dominatrice. Tu fais aux autres ce que tu voudrais qu’il te soit fait.

Le savoir est artificiel, technique. La connaissance, elle, c’est ce que ta conscience a digéré. C’est ton expérience de vie. Malheureusement, bien souvent, on meurt avant même d’avoir compris ce que la vie veut nous apprendre. Un individu est un être en devenir. À ta naissance, ton cerveau n’a pas les mêmes capacités que durant la vie adulte. La perception du monde est donc toute relative.

Platon

Je ne suis pas tout à fait d’accord. Je crois que seules les idées, la pensée, sont vraies. La réalité matérielle est ce qu’il y a de plus faux. C’est un mirage. Ton corps est ton corps parce que ta pensée en a décidé ainsi. Si cette idée, ce concept, n’existait pas, ton corps existerait-il quand même?

Aristote

Le voilà reparti. Démocrite t’a presque donné raison en disant que notre monde matériel est formé d’atomes; mais ça ne veut pas dire que la chaise qui représente une grande masse d’atomes n’existe pas en soi. Le cerveau doit en saisir le concept, l’identifier ; mais la chaise existe déjà comme entité.

Platon se lève, visiblement choqué. Il saisit une chaise et la soulève.

Platon

Non, non, non! La chaise est un amas d’atomes. Cet amas n’est pas une chaise en soi. Tout ça n’est pas vrai, à moins que mon esprit identifie cet amas comme une chaise. La chaise n’existe pas en soi. Elle est une pensée qui surgit dans la caverne dans laquelle notre esprit est prisonnier. Elle est une quantité d’atomes qui prennent la forme que mon cerveau veut bien lui donner. Si mon cerveau ne pense pas chaise, il n’y a pas de chaise.

Aristote

C’est ça, monsieur Platon, s’assied sur une banane parce que dorénavant son cerveau aura décidé qu’une chaise est une banane. Dommage pour la perception. Dommage pour le langage. Pourquoi une chaise est-elle une chaise pour tout le monde ? Est-ce une convention ou une réalité ? Le cerveau identifie et nomme. Il caractérise et définit ce qui sera ensuite identifié à partir de ce carnet cognitif.

Platon

Notre essence .

Virus

Vous ne pourriez pas vous engueuler une autre fois. Si je vous casse une chaise sur la tête, vous verrez bien que ce serait préférable que je vous frappe avec une pelure de banane.

La philosophie nage parfois dans les mêmes eaux que la religion.

Croisos

Virus a raison. Il y a des choses bien plus importantes à penser si on veut sauver notre petit bien-aimé.

Amfèpétéléplom (s’avance)

Vous avez raison. L’enfer, c’est ce que les autres vous font vivre comme tortures quand vous ne pensez pas comme eux. Dans le domaine de la connaissance, rien n’est acquis. On peut tout au plus partager nos découvertes.

Ypontife est expulsé.

Amfèpétéléplom s’avança et embrassa Platon sur le front. Elle lui fit un petit câlin. Elle était charmante.

Ypontife ne pouvait plus tenir sur place. Il s’élança et saisit la petite par un bras, en criant, hystérique :

Ypontife

Qu’est-ce qu’elle fait ici? Qui peut admettre une telle situation? C’est pire qu’un blasphème. Une fillette qui demeure dans une maison où il n’y a que des garçons.

Amfèpétéléplom

Ouche! Lâchez-moi, vous me faites mal!

Elle n’avait pas fini de prononcer ces mots que Virus, Croisos et Diogène, quoiqu’indisposé par la fausse tablette de sa « robe-bar», lui tombèrent dessus.

Ypontife avait beau être fort comme un ours, il ne pouvait pas se défendre contre autant de gens en même temps. Il se lamenta un peu, quand« l’armoire du bar»  de la robe de Diogène, se referma sur son pénis, surélevé par ses testicules d’acier. Ypontife voyait violet.

Il fut précipité à l’extérieur. Diogène profita de l’occasion pour lui mettre son pied au cul.

Diogène

Voilà, le borné !, cria-t-il triomphant .

Par ailleurs, dans la maison, redevenus calmes, on s’interrogea sur ce qui pouvait arriver à Amfèpétéléplom. Ypontife pouvait-il la faire tuer par ses soldats?

Craintifs, tous s’entendirent de la conduire au temple pour qu’elle soit sous la protection d’Athéna. C’était le seul endroit où Ypontife ne pouvait pas intervenir.

De retour à la maison, ils virent qu’effectivement, Ypontife avait envoyé ses soldats. Platon persuada Virus et Diogène de se rendre seul à la maison.

Platon

Ils ne peuvent pas me tuer, Ypontife sait qu’Aristote est à la maison. Un tel geste provoquerait inévitablement un scandale, ce que la cité n’accepterait certainement pas de cautionner.

Virus, Croisas et Diogène se cachèrent dans le bois divin, en attendant que les événements soient un peu moins dangereux.

Platon est arrêté.

Platon décida de se rendre chez lui, malgré les soldats. Il n’était pas encore entré que deux grosses pièces de viande lui mettaient la main au collet. Platon apprit, avant tout le monde, les secrets de l’apesanteur. Il flottait littéralement.

Heureusement qu’il n’avait pas la queue de cheval de Raël, sinon il aurait été utilisé pour le lancer du javelot ou comme expérience d’OVNI. Aussi bizarre que ça puisse paraître, il lui sembla entendre« V’la le bon vent», un autre livre de Jean Ferguson qui explique le principe de la lévitation. Ferguson avait écrit sur les pets. « Petit vent entre deux montagnes». Il pouvait bien expliquer comment flotter, après tout, c’était lui, Ferguson, le spécialiste des soucoupes volantes.

Dès son arrivée en prison, deux membres influents du parti de la majorité, Les ouverts, lui rendirent visite. Ils s’assurèrent que Platon soit bien traité pendant qu’ils obtiendraient les papiers nécessaires à sa libération.

À cette époque, on ne couillonnait pas encore ses camarades au sein d’un même parti politique. Solidaritas était une devise. Solidaritas mè pa bonasse, la complétait.

Aristote arriva presque aussitôt. Il avait décidé de s’adresser directement au peuple, car il croyait, comme Platon, que cet interdit était sexiste et stupide.

« Un humain n’est ni homme, ni femme; ni bébé, ni vieillard, ni blanc, ni noir, mais un humain. Le plaisir n’est pas la douleur, quels que soient l’âge, le sexe, la race.

Tout individu a droit à son intégrité. Empêcher quelqu’un de vivre selon sa nature est donc un accroc à ses droits fondamentaux.

La connaissance se fonde sur l’expérience. Comment l’acquérir si on ne la vit pas? »

Selon Aristote, la connaissance exige la liberté, donc, la possibilité de choix. Impossible d’apprendre à choisir ce qui est mieux pour soi, sans l’existence d’une vie privée réelle. La liberté exige la responsabilité. Celle-ci ne peut pas s’inventer, elle doit être vécue. Comment le faire, si on te refuse le droit d’être un être de sentiment?

Si on veut réfléchir sur un sujet qui échappe aux autres, il ne faut pas craindre d’être enfermé, dès qu’on en parle. Ce n’est pas parce qu’on réfléchit et qu’on écrit ce que l’on pense que cette réflexion est imposée aux autres. Elle ouvre simplement la voie à de nouvelles discussions.

La censure, au contraire, ferme l’esprit. L’excès de pudeur est la pire des impudeurs.

A son avis, l’ayant constaté lui-même, Virus ne pouvait pas être un danger pour la petite Amfèpétéléplom. Il n’était pas violent. Il était même inconscient que désobéir à un préjugé, c’est ensemencer des problèmes.

La majorité des gens ne peuvent pas échapper aux idées préconçues, particulièrement, si elles viennent des religions, et surtout, si elles touchent la sexualité. Il faudra des siècles pour échapper à leurs mensonges, car les religions ont la force nécessaire pour « obliger la foi». Lui avait rappelé Yvoitou.

Aristote devait livrer son message à 15 heures, heure normale d’Athènes ; mais il se mit à pleuvoir comme durant l’été au Québec, empêchant le peuple de se regrouper pour une petite séance de démocratie.

Il en fut quitte pour un bain sauna et un bon massage.

Aristote savait, qu’au moment où la belle température pointera le nez, tous les hommes de la ville seront présents pour les délibérations.

Déjà, à cette époque, la majorité avait compris la nécessité de se rendre voter. Même que s’abstenir était considéré comme une faute grave. C’était le travail de l’homme, de réfléchir au bien de la cité. Heureusement, les candidats étaient de grande envergure, ce qui facilitait la motivation. Les idées sont peut-être comme l’énergie, plus faibles et corrompues avec le temps ?

Certains rêvaient déjà de créer un parti libéral, un regroupement d’hommes d’affaires, incapables de penser à autre chose qu’à l’argent. Les conservateurs, eux, étaient tous membres du temple dirigé par Ypontife. Une bonne partie de ceux-ci dirigeaient l’armée. Le fascisme était déjà un produit religieux.

Depuis Socrate, on a bien essayé de reconstituer cet esprit civique démocratique, mais ça ne fonctionnait pas. Les élus pensaient de plus en plus à vide ou en fonction des faveurs. Les fonctionnaires, eux, commençaient déjà à créer toutes sortes de règlements pour se tenir occupés.

Les citoyens intelligents savent qu’il ne faut pas penser autrement que la majorité ; quoiqu’un pays n’évolue pas, si tout le monde pense pareil. C’est la civilisation  de l’identique.

Selon les philosophes, la démocratie est le triomphe  de la  majorité.   Les   droits  sont  là,   eux,   pour   protéger   les minorités, et encore plus les minoritaires. On a beau dire, peu de gens respectent cette réalité. Ce n’est pas assez payant.

Aristote retourna voir son bon ami Platon en prison. On lui avait remis les dossiers permettant une autre libération conditionnelle temporaire. Ils sortirent tous les deux, en sifflant.

Ypontife grimpa dans les rideaux, jurant qu’un moment donné, il épinglerait ces maudits philosophes qui risquaient de modifier l’avenir.

Virus 15

juillet 7, 2020

Dieu existe-t-il?

À cause d’un petit Virus qui vivait sa sexualité autrement que les autres, nos trois philosophes pavèrent la voie à plusieurs façons totalement différentes de percevoir la vie.

Le tout fut résumé par Virus dans un petit pamphlet qui se lit comme suit :

  • Ceux qui croient en Dieu et qui obéissent aveuglément à ce qu’ils prétendent être des « révélations de Dieu. »
  • Ceux qui croient que nous sommes simplement un processus sélectif de la transmission de la vie. Nous vivons et mourons, point à la lig ne. Nous sommes comme tous les autres animaux, une espèce au sein de la nature, qui se crée par l’évolution et qui, un jour, se dissoudra dans le grand ensemble cosmique. Notre soleil étant app elé à se refroidir et à disparaî tre.
  • Ceux qui croient que nous sommes Dieu, une parcelle consciente de son identité. Ils s’imaginent que nous sommes éternels, grâce à notre âme. L’âme existe-t-elle? Qui est-elle? Est-elle différente de l’intellect et de la conscience ?
  • Ceux qui comme Diogène ne croient en rien. Nous sommes un animal, temporel comme les autres. Tout a toujours existé et existera toujours : un éternel recommencement.

Aristote (en lisant les notes de Virus)

Wow ! Je n’aurais jamais pensé que Virus a des interrogations aussi profondes. Il relut le petit dossier en notant ce qu’il en pensait.

Toutes ces conceptions dictent notre façon d’agir dans la vie. Elles incarnent notre motivation, nos raisons d’agir de telle ou telle façon : nos intentions.

Ce que nous croyons oriente nos relations aux autres et nos actions . Mais, ces mêmes actions sont-elles strictement une réaction aux forces en présence ou des gestes délibérés ? Sommes-nous prisonniers de notre réalité chimique? La pensée est-elle un phénomène énergétique du même type quel’électricité ? Peut-on être libre tout en étant religieux ?

Yvoitou

Personne ne peut dire avec certitude ce que nous sommes, d’où on vient, où on va… Nous ne connaissons même pas notre ADN. Nos actions obéissent-elles à la sécrétion d’hormones ou pouvons-nous exercer un certain contrôle? Sommes-nous libres? Pourquoi existe+on? Qu’est-ce qui nous différencie des autres animaux ?

Le langage n’est-il pas l’expression d’une plus grande capacité de communication et de conscience ? La liberté n’est-elle pas davantage une preuve de notre capacité  à choisir et créer notre individualité ? La liberté, le  libre arbitre, n’est-ce pas ce qui caractérise particulièrement l’homme?

D’ailleurs, qu’est-ce que la vie? Une énergie qui se perçoit temporairement ? Une force  dans  la  soupe cosmique? Une mutation consciente pour aboutir perdue à nouveau dans l’ensemble d’énergies des  milliards  de  fois plus importantes que nous? Une loi ? Une structure?

Les dieux existent-ils? Sont-ils autre chose qu’une invention religieuse pour fournir une explication à notre existence ? Serons-nous conscients après la mort? L’âme est-elle un champ électromagnétique?

Platon

Cette question ne se pose même pas. Les idées existent en soi. Elles sont notre seule réalité.

Diogène

J’ai cherché Zeus depuis le début de ma vie et je ne l’ai pas encore rencontré. S’il existe, il n’est pas d’un grand intérêt pour nous. Même si on priait durant des semaines pour empêcher la pluie de tomber durant les jours des Olympie, ça ne changerait absolument rien.

La nature est notre dieu. Nous en sommes une partie constituante au même titre que le serpent ou le vent. Nous sommes le résultat d’un hasard intelligent. Un chien qui fait l’amour avec un chat n’aura jamais de chiot. Tout est programmé, selon les lois de la nature.

L’homosexualité est  aussi  naturelle que l’hétérosexualité.

L’homosexualité ne commence pas à un certain âge, elle est là depuis la naissance comme la pédérastie. Tu ne choisis pas celui qui t’attire, pas plus que son âge.

Platon

Dieu est une structure. Notre réalité n’existe pas. Leucippe et Démocrite prétendent même que nous sommes formés par de minuscules atomes. Je  pense,  au  contraire, que la réalité ce sont les énergies, les pensées. Ce qui fait que l’on est un homme est la pensée immatérielle, éternelle, créatrice, alors que le corps est condamné à la mort, étant matériel.

Notre réalité n’est qu’une illusion. Nous ne sommes pas ce que nous percevons. Notre corps change avec l’âge, et pourtant, nous sommes toujours la même personne.

Aristote

On ne peut pas avoir de pensées, si nous n’avons pas de cerveau, donc, la pensée est une forme d’énergie matérielle. Le cerveau nous donne tout simplement la capacité d’en être conscient. Sur un plan matériel, on n’est pas encore né que l’on est condamné à la mort. Nous sommes de minuscules poussières, comparativement à la totalité des forces, et moins qu’un instant dans l’éternité. Rêvons-nous la vie?

Diogène

Les dieux ont été inventés par les religieux pour expliquer les phénomènes de la nature. Zeus est l’éclair. La foudre. La force brute. Chaque dieu et chaque déesse représentent une constellation : des figures imaginées en regardant le ciel.

Les dieux sont donc la projection de l’inconscient humain. En inventant des dieux pour expliquer des forces qui nous dominent, les religieux ont trouvé le bon moyen pour se faire vivre richement, sans rien faire, et dominer les hommes qui sont encore prisonniers des émotions : la peur, la haine, la joie. Pour calmer ces forces, pour avoir leur pitié, il faut toujours leur remettre des sacrifices ou ce qui permettra d’en faire.

Les dieux sont le produit de l’ignorance.

Ivoitou

Oui, les Romains changeront leurs noms, mais ils conserveront nos dieux. Les religions se nourrissent de la peur de la mort, de l’in connu . Pour arranger les choses, on déclassera les dieux en mythes.

lvoitou

La vérité sera l’objet d’une guerre entre les religions et la science. Personne n’aura jamais de certitude quant à ce que nous sommes, d’où nous venons et où nous allons. Rien ne se perd et rien ne se crée dans ce monde infini et éternel. Une réalité beaucoup trop grande pour des petits cerveaux comme nous.

Nos philosophes discutaient de plus belle de l’existence de Dieu quand Croisos fit son apparition.

Il se dirigea d’abord vers Platon, qu’il embrassa très affectueusement, avant de lui faire un long câlin.

Croisos

C’est l’homme de ma vie. Quelle chance j’ai eue qu’il me remarque ! Où est Virus ?

Platon

Tu es la beauté même, comment ne pas s’y arrêter ? De plus, tu es aussi intelligent que beau. Un homme cesse de vivre quand il n’a plus un petit gars comme toi à aimer. Tu es la couleur de mon âme. L’aura parfaite. Tu es la symphonie de l’univers.

(Platon ne connaissait pas encore la théorie des cordes, mais il savait que le bonheur est aussi une sensation.)

Diogène (s’adressant à Croisos)

Platon est un maître extraordinaire, mais tu aurais besoin d’une âme un peu moins scrupuleuse pour te procurer toutes les joies d’une éducation complète.

Mes petits coups de langue multiplieraient ta connaissance du plaisir global.

Nous ne sommes pas tous des moutons comme Platon, qui passent leur vie à se demander s’il est préférable de désirer ou jouir du moment présent. Nous savons que ce moment d’hésitation détruira le désir et le transformera en une autre culpabilité.

Nous savons que nos peaux procurent mille et une sensations comme la laine peut nous empêcher de sentir et connaître le froid.

Platon doit avoir la langue acide pour se poser de telles questions ? Qui refuse les chatouilles ? Qui est le plus heureux : celui qui lèche ou celui qui est léché ? C’est la seule question pour décider de son statut d’aimant ou d’aimé. Heureusement, il y a beaucoup de gens rebelles  qui défoncent la résistance au plaisir.

Ivoitou

Tu seras un de ceux qui y parviendront. Tu te connais bien… tes défauts te permettront d’être un professeur idéal pour les enfants rebelles. Ça te sauvera la vie. Ton ouverture

d’esprit, que plusieurs confondent avec l’indécence, te permettra d’atteindre l’âme de ces petits qui n’acceptent pas la société qui les entoure.

Tu seras d’ailleurs, le premier à combattre les drogues dures comme moyen d’échapper à soi-même. Tu seras capable de fixer des limites au plaisir, de façon à ce que celui-ci ne soit pas ce qui te détruira.

Le plaisir anime la libido, tout en étant son but ; mais il en faut toujours plus, même si ça  peut  te  détruire. L’équilibre sera toujours le meille ur. Le juste milieu est la voie du milieu, comme disait Bouddha.

Platon

Et toi, mon cher petit Croisos, en le prenant par le cou et lui rendant ses petits becs, crois-tu dans les dieux?

Croisos

Ce sont des mots, des noms, pour tenter d’expliquer notre existence. Tout au début, il n’y avait qu’un dieu, une essence, à la fois le tout, l’univers et l’éternité. Dieu était comme la surface d’un océan calme. Seul, à s’ennuyer. Son visage était sans ride. Nos mondes n’existaient pas encore. C’était comme regarder un terrain avant de s’approcher et de constater qu’il est une fourmilière.

Les océans renferment des milliards d’êtres vivants. Sous ses apparences, on ne perçoit aucun mouvement, mais les entités qui les habitent, qui sont sa réalité, se transforment.

Toutes les forces sont animées par le principe même de l’attraction. Ces transformations intérieures des énergies provoquèrent l’apparition du ciel et de la terre.

Diogène

Dieu est donc androgyne. Il se reproduit par lui-même.

Croisos

Dieu est l’attraction. Une force. Une règle. Une loi. Qui dit attraction, dit son contraire, la répulsion. Les extrêmes. Les forces s’attirent ou se rejettent. Comme un ovule accepte un spermatozoïde sur des millions. Ça se produit à la grandeur de l’univers, mais à l’intérieur d’un tout, d’une même essence. La vie n’est que ce qui se passe à l’intérieur de ce tout.

Dieu est l’équilibre, la surface que l’on perçoit. Il est l’essence dans laquelle naissent ces forces dans la diversité de leur composition. Dieu est une équation mathématique. Tout est cause et effet.

Aristote

Comme les cellules donnent un être en se multipliant. La vie est le chemin à parcourir entre deux transformations.

Croisos

Mais, c’est toujours à l’intérieur de cette même essence que tout se passe.

Ivoitou

Voudrais-tu dire quel’explosion d’un trou noir serait à l’origine des galaxies? Le Big bang de celle-ci? Comme l’explosion d’une soupe surchauffée fait exploser sa surface?

Croisos

De quoi parles-tu? Le ciel et la terre sont engendrés par le Tout-Puissant. Il est l’univers dans sa globalité. Notre système en est la manifestation intérieure. Ces enfants.

Nous ne sommes que l’œil d’un télescope qui contemple l’immensité. Nous avons créé des entités auxquelles nous avons donné des noms pour expliquer notre existence.

Platon

Nous ne sommes que le pâle reflet de ces forces divines.

Aristote

Je ne crois pas.

Ivoitou

Ce qui est stupéfiant, c’est que dans 2,500 années, on créera un autre langage pour nommer cette même réalité. On verra l’univers comme une symphonie. La vie est une forme de vibration.

Platon

Nos représentations mentales ont ainsi, sans le savoir, la même consonance que le langage scientifique. La symphonie est le souffle qui anima la matière.

Yvoitou

Peut-être, mais à l’époque des révélations, on saura déjà que les dieux n’existent pas. Tout le monde se ralliera à l’idée d’un dieu unique.

Ivoitou

Effectivement, bientôt on commencera à prétendre qu’il n’y a qu’un dieu. Un dieu, un pouvoir, un empire, une civilisation. Il remplacera les nôtres. Une autre façon de voir le monde.

lvoitou

Une seule religion, c’est plus payant que plusieurs. La mondialisation, n’est-ce pas ?

Diogène raconte son enfance.

Aristote et Platon percevaient la différence qui les animait.

Platon croyait dans l’existence spirituelle, la pensée, comme la seule réalité ; alors qu’Aristote était plus terre à terre. À son avis, la connaissance de l’homme, de l’individu, était encore plus importante que celle des dieux, car ils ne croyaient pas en eux. « L’homme est sur terre pour être heureux et être heureux, c’est se réaliser au maximum », pensait Aristote.

Croisas, quant à lui, tentait de comprendre, mais il se demandait en même temps, pourquoi on se pose de telles questions. « Il faut avoir du temps à perdre», pensait-il.

Pour lui, on n’avait qu’à croire et attendre après la mort, qui viendra bien assez vite, pour savoir qui a raison.

L’auteur (il pense lui aussi)

Quoi qu’il en soit, la science a prouvé depuis que ceux qui croient en Dieu sont moins stressés, donc, moins susceptibles d’être malades. Tout comme la masturbation, en tuant le stress, sert à prévenir le cancer de la prostate, si elle est assez fréquente.

Il faudrait se souvenir de nos vies pour savoir s’il y a eu quelque chose, avant et après la vie. Et, quand on naît, on ne se souvient de rien et quand on meurt, on ne fait plus partie de la réalité matérielle. Comment savoir ?

Pourquoi se raconter tant d’histoires ? La seule vérité: on meurt tous, veut ou veut pas. Au lieu de chercher à devenir éternels, il serait préférable d’apprendre à vivre intensément chaque instant de notre vie.

Platon

Nous avons toutes les réponses en nous. Socrate a eu le courage de ce qu’il affirmait. Il savait que sa vérité lui vaudrait la mort, mais il a maintenu son enseignement, même s’il dut en mourir. Socrate aimait la vérité. C’était son idéal.

Il aimait aussi la vie, mais voir des gens aussi peu respectueux de la vérité le confortait dans son idée qu’ils ne le méritaient pas. Il est mort pour affirmer la primauté de la Vérité.

Diogène

Qu’il y ait un dieu ou pas, ça ne change rien dans la vie. Il est une force, une énergie tellement grande, qu’on ne peut même pas l’imaginer. Que l’univers soit lui, j’en conviens, mais que peut-il pour nous ?

L’existence de Dieu est évidente, mais peut-on le connaître? Sommes-nous assez intelligents pour le percevoir à travers le spirituel ?

L’important, c’est de s’en sortir. Les humains sont pires que des piranhas. Ils te bouffent dès que tu es différent des autres. Ils n’ont aucun respect pour ce que tu es. Ils établissent leur ordre social sur la réputation, leurs règles, mais ils passent leur temps à juger les autres, à les exploiter.

Ils se nourrissent des bavardages.

Vivre et laisser vivre, ils ne connaissent pas ça. Pas étonnant que la violence soit aussi omniprésente. Une chose est certaine, si Dieu est la peur, mieux vaut ne pas le connaître. Si Dieu est amour, nous en sommes une partie intégrante et le sens de la vie est alors de développer notre amour pour autrui.

Aristote

On ne commence pas tous par faire de la fausse monnaie, dès qu’on a une couche aux fesses.

Diogène

Monsieur Aristote pense qu’à huit ans, on sait qu’on fabrique de la fausse monnaie? J’aidais mon père. Ce qu’il faisait n’avait pas d’importance, mais en l’aidant, je lui faisais plaisir. Je lui étais enfin précieux. Tu n’as jamais voulu plaire à ton père ?

Moi, mon père je l’adorais. Il ne voulait pas que je meure en prison comme lui, c’est pourquoi il a manigancé un subterfuge pour me sauver, pour sauver son petit gars. Il a fait croire à un geôlier que j’étais le seul à savoir où nous avions caché ce que nous avait rapporté notre fausse monnaie. Il a accepté de m’accompagner pour que je lui montre et nous nous sommes rendus dans une forêt que je connaissais bien. Là, je me suis mis à courir et j’ai couru durant des heures. Le geôlier a tué mon père pour conserver son emploi.

Pourquoi haïrais-je mon père ? Je lui dois la vie. Ce sont les autres adultes qui furent des salauds,  en  m’enfermant avec lui. Ce sont eux qui sont assez fous pour croire qu’on naît démon ou saint. En quoi la fausse monnaie est-elle une fraude pire que les intérêts des banquiers ? Les banques sont des instruments du pouvoir religieux:.

On sait, toi, tu as dormi dans tes ouates jusqu’à l’âge adulte. Monsieur Aristote n’a pas eu besoin de voler pour manger. Et monsieur Aristote se pense bien au-dessus des autres parce qu’il n’a jamais eu à se défendre pour survivre. Monsieur Aristote n’a jamais eu, en cellule, à se couvrir le zizi de la main, parce qu’il a peur qu’un rat le mange. Il s’imagine que c’est un objet superflu. Monsieur Aristote se fiche de son identité , de sa spécificité. Il croit que c’est un don des dieux. Mais, les dieux ne lui ont rien donné. Il a eu juste la chance d’avoir un père bien placé en naissant et de connaître Alexandre le Grand.

Croisos

Je ne comprends pas que des adultes aient condamné un enfant pour avoir aidé son père.

Diogène

Les purs, comme Monsieur Aristote, pensent qu’on naît bon ou mauvais. Ils s’imaginent que les dieux ont choisi pour nous notre destin. C’est facile, quand tu as plus que tu ne peux en désirer, de s’imaginer qu’on est un héros, en refusant ies dons.

Moi, je n’en refuse pas, je bois à  tous les plaisirs, mais j’ai dû apprendre à me contenter de ce que j’ai. J’ai dû apprendre à voler pour manger.  J’ai  aussi  appris  que derrière leur hypocrisie, tous les hommes aiment se faire sucer. Ce n’est pas plus indécent de le faire pour manger que de se laisser mourir de faim parce qu’une petite bande de profiteurs dominent un pays et possèdent presque tout.

Penses-tu que le gars qui te charge cinq  fois le prix de  la valeur réelle d’un produit est un voleur ? Non, dans notre civilisation, c’est un marchand. Le propriétaire  de la  mine qui exploite les enfants au travail est-il un salaud? Mais non, il apporte des revenus à la Cité. Il peut tuer, car  il rapporte  de l’argent, du pouvoir. Que les prêtres droguent des enfants pour les mener en sacrifices, à leur dieu, c’est  tellement mieux qu’un petit malfaiteur ! Ils oubieront ces sacrifices humains, mais se rappelleront malgré le nombre des années que tel prêtre à masturber tel garçon. Ça deviendra une vrai mafia légale que ce besoin de se venger du passé.

Croisos

Comment as-tu survécu après la forêt?

Diogène

J’ai trouvé un sénateur qui avait besoin de bras. Je me suis offert et j’ai travaillé à en devenir fou, sans compter les raclées qu’il me donnait. J’étais un esclave.

Croisos

Il t’avait acheté?

Diogène

On n’a pas à être acheté pour être un esclave. Un esclave est toute personne qui n’a pas le choix de travailler et de choisir son emploi.

lvoitou

On dirait le monde industriel avant la lettre, avant que l’on reconnaisse l’égalité homme femme pour avoir un plus grand choix de main d’œuvre. Plus les couples travailleront, plus le coût de la vie sera élevé. Plus ils devront travailler. Ainsi, tous devront toujours travailler pour de moins en moins bons salaires. On appellera cet esclavage : le système néo-libéral capitaliste.

Croisos

Où est Virus ?

Platon

Dans sa chambre. Amfèpétéléplom ne veut pas qu’ils viennent nous trouver. Elle est jalouse et elle a peur qu’il se retrouve parmi les hommes. Elle croit qu’il pourrait l’abandon ner ou rechanger d’orientation sexuelle.

Croisos

Pauvre enfant ! Il est non seulement prisonnier de nos préjugés, mais des griffes de sa bien-aimée. Il doit être masochiste.

Platon.

C’est son choix, on doit le respecter.

Virus 14

juillet 6, 2020

Platon va à la banque.

Le fait d’avoir déjà payé une amende, parce que Virus était en amour avec une petite fille, une situation contre nature à l’échelle de la cité, devait, selon Platon, mettre fin à la voracité d’Ypontife.

Platon ne pouvait pas financièrement se permettre de payer encore des amendes pour se sauver, parce qu’il aimait son petit Virus et ne partageait pas le point de vue de ce vieux religieux castré aux couilles d’acier et à la bite rouillée.

Le problème, se dit Platon, est que certains religieux s’imaginent être les seuls à détenir une vérité, une révélation, qui apparaît souvent comme les voix entendues par les schizophrènes. Ils ne permettent à personne de vivre leur vie autrement qu’eux; car, vivre autrement, condamne ces religieux à devoir se regarder dans un miroir et admettre que leurs édits sont contre nature.

C’est la liberté qui fait de l’homme, un homme. Plus un individu est développé intellectuellement, spirituellement, plus il est libre et responsable.

La vie est un processus qui se poursuit à travers les modifications. La vie est le changement, la réalisation d’un plan contenu dans son ADN, une énergie qui se confond volontiers avec la libido.

Quant à la mort, de méditer Platon, c’est l’écrasement du support corporel. La mort est l’incapacité de se régénérer. La mort est le manque d’énergie pour maintenir l’équilibre, dû à un certain degré de libération de l’énergie.

Plus Platon pensait à la mort, plus il se sentait affaiblir.

Platon, tremblotant, appuyait sa réflexion sur le fait que la mort constitue à première vue une perte de chaleur. Le feu de la vie. Le mort devient toujours froid, donc, le corps expulse son énergie.

Il y a aussi la perte de l’eau,  puisque le corps s’assèche  et devient poussière. Deux éléments essentiels à la vie.

Platon pensait que cette expulsion de l’énergie survient à cause d’un trop gros choc, un accident ou la perte del’eau, du sang, si on est tué dans une bataille. Par contre, il imputait la mort due à la vieillesse, à la perte d’énergies, donc, à l’absence de vitalité.

Platon croyait à une vie spirituelle, celle des pensées. C’est une forme d’énergie supérieure et plus réelle que la matière elle-même. « Notre monde n’est-il pas fait d’atomes? Donc, la réalité n’est pas ce que l’on perçoit. Elle est faite de pensées. » Se disait le philosophe.

Selon Platon, la morale est le contrôle absolu des religions sur la conscience des autres. Évidemment, celle-ci s’occupe principalement du problème des religieux qui doivent vivre en hypocrites pour nier leur sexualité, car, sauf s’il y a violence, domination (jalousie) ou intimidation, la sexualité est le moyen par excellence pour atteindre une pleine estime de soi.

Mais, la sexualité n’est qu’un infime élément dans la réalité humaine. L’important, c’est ce que nous réalisons. Notre devoir est de nous réaliser pleinement.

En inventant le péché de la chair, les religions ont mis sur pied celui de la dualité: la chair et l’esprit. Un débat philosophique qui durera des millénaires parce que personne ne peut prouver ce qu’il croit.

On cessa de vivre pour être heureux et on se mit à rêver d’un paradis terrestre, puis, d’une après-mort, parce que c’était plus facile de faire croire ce qu’on voulait: personne n’en est jamais revenu.

Pour les philosophes, les réflexions sur ces sujets étaient encore plus importantes que la vie quotidienne. Ils cherchaient la Vérité.

Platon se remit vite de son malaise et dut se résoudre à rencontrer Ipaque. Ce banquier, précurseur des générations de voleurs qui suivirent, accepta un petit prêt à la condition que Platon ajoute une paire de bœufs par année comme intérêt.

Platon était révolté : tout intérêt est un vol. Qui a inventé ce besoin d’accumuler les richesses ?

Platon ne comprenait pas le sens de cette démarche puisqu’en mourant tu n’apportes rien avec toi. Quelle folie que de s’attacher ainsi aux biens matériels!

N’était-ce pas une nouvelle façon de dominer les autres?

Platon retourna chez lui, bouleversé par ce peu d’intelligence : vouloir accumuler pour avoir plus de pouvoir.

Amfèpétéléplom arrêtée à son tour.

Pendant que Platon était parti à la banque, deux mercenaires se présentèrent chez lui afin d’arrêter Amfèpétéléplom et l’amener au temple d’Athéna pour y subir un test de virginité.

Au temple, on la déshabilla complètement et on la coucha sur une table. Cependant, une dame d’un certain âge l’accompagnait et tentait de la rassurer.

Si le test était une obligation imposée par Ypontife, les prêtresses, elles, n’avaient pas l’intention de traumatiser la petite, bien au contraire.

Si elle était vierge, elle serait dorénavant sous la protection du temple d’Athéna, quoiqu’en dise Ypontife. C’était la règle et elle s’appliquerait, même si Amfèpétéléplom était jeune et une ex-esclave.

Quand la prêtresse mère arriva, Ypontife insista pour y assister. La prêtresse devinait la perversité d’Ypontife, derrière ses grandes croisades pour la chasteté. Elle savait que la plupart de ces scrupuleux agissent ainsi pour dissimuler leur propre instinct pervers.

Celle-ci accepta, non sans manifester sa façon de voir les choses:

La prêtresse

Vieux cochon, vous voulez absolument vous rincer l’œil ! Vous n’avez pas assez de vos petits protégés?

  • Il ne sait peut-être pas la différence entre un gars et une fille, dit l’autre prêtresse.

La vieille prêtresse écarta les lèvres et vérifia l’hymen. Elle permit ainsi à Ypontife de constater que les deux tourtereaux n’avaient pas encore consommé leur union.

La prêtresse

La petite nous appartient maintenant, puisqu’elle est vierge et n’est plus une esclave, dit-elle à Ypontife.

Connaissant votre malhonnêteté intellectuelle, je ne veux courir aucun risque, je veux que la petite revienne tous les mois passer le même test afin de la protéger de vos manigances. Malheur à vous, si elle se plaint de mauvais traitements de votre part quand elle reviendra.

Malgré les menaces, Ypontife la fit reconduire dans une cellule dans son temple. Amfèpétéléplom savait sûrement que l’on ne pouvait pas l’amener chez Ypontife, mais elle ne dit rien.

Ypontife décida de vérifier lui-même de l’authenticité du plaisir connu avec une femme.

Il lui fit couvrir le visage pour qu’elle ne le reconnaisse pas et fit faire des sons de joie par un novice, afin de donner, à la jeune fille, l’impression que c’était lui qui agissait.

Ypontife n’avait jamais vu, encore moins touché à une fille. Il se sentait assez en sécurité pour s’essayer.

Il en profita pour savourer les mamelons. Il s’aperçut que les chatouiller avec la langue semblait procurer un certain plaisir à la jeune fille. Il laissa couler sa langue jusqu’au pubis. Il sentit celui-ci, puis introduisit la langue à l’intérieur de la jeune fille. Il fut très surpris d’y découvrir un bouton, le clitoris, qu’il se mit à masser avec le bout de la langue. Cette fois, elle était vraiment excitée.

Il savait qu’ainsi, il ne laisserait pas de marque. Mais, il dut s’en tenir à ces gestes puisque ses couilles en métal serraient tellement que ça lui enlevait tout le plaisir que l’on retrouve habituellement chez un homme. Il ne se sentait nullement excité, quoiqu’il ait enfin calmé une vieille curiosité.

Sachant qu’il n’avait pas droit de l’amener chez lui, Ypontife menaça ensuite Amfèpétéléplom de s’attaquer à Virus et le faire condamner à la peine de mort, si elle osait dire un mot sur ce petit détour. Il était très déçu, surtout qu’il avait dû s’en tenir à la faire jouir du bout de la langue.

« Mes petits amants sont plus expressifs», se dit-il. Ypontife ne savait pas qu’une femme est toujours plus lente à s’embraser. Évidemment, ce sera encore mille fois pire quand, pendant des siècles, les religieux auront tellement méprisé les femmes qui, sans savoir pourquoi, sinon la peur d’être salie intérieurement, détesteront le sexe. Il faut dire adieu à l’inhibition, avant de pouvoir se laisser aller.

Ypontife était plus que jamais persuadé qu’une femme ne saurait faire jouir un homme. Il était fier. Son expérience confirmait ce qu’il croyait: une femme ne sert qu’à donner des enfants et servir son maître.

Une pensée qui fut reprise par ceux qui écrivirent les livres relatant les prétendues révélations de Dieu.

Amfèpétéléplom aimait trop Virus pour dénoncer Ypontife. Elle savait que ce vieux salaud était capable de concrétiser ses menaces. Mais, ça ne pouvait pas aller plus loin, car maintenant les prêtresses pouvaient intervenir. Elle ne vivait pas sur l’île de Lesbos, mais toutes les prêtresses cultivaient ce qui deviendra plusieurs siècles plus tard : le féminisme.

C’est ainsi, à partir de l’expérience d’Ypontife que l’excision naquit dans l’esprit ravagé des prêtres de ce temple. Ypontife, croyant que la femme représentait le mal, il songea qu’il fallait la priver de plaisir, pour que les hommes soient capables de retrouver seulement « le septième ciel » entre eux.

Ypontife se gargarisa durant des heures, au cas où.

Malheureusement pour lui, il ne put mettre en pratique ses idées perverses. Il ne vit jamais se réaliser son désir de priver les femmes de plaisir. Il a fallu attendre beaucoup plus tard pour qu’une autre religion soit assez folle pour considérer l’excision comme un rituel de pureté.

Cependant, Ypontife réussit  à persuader  les autres que la surveillance de la sexualité permettrait de justifier toutes les enquêtes politiques, sous prétexte de sauver les bonnes mœurs décrétées par le pouvoir.

Sans vouloir se l’avouer, Ypontife avait aimé  les seins de la petite.

Platon en beau tabarnache.

Platon fut d’abord surpris de constater que le banquier était un digne représentant du temple d’Apollon. Sa colère était évidente quand ce dernier lui parla des intérêts, mais il a su ne pas manifester cette colère.

Platon a quitté son banquier, révolté que des individus profitent de leur avoir pour voler littéralement les autres, en exigeant ce qu’ils appellent des intérêts. Un petit profit, ça va, mais les banquiers sont trop escrocs pour se satisfaire de peu. Ils veulent dominer la terre. Ils ruinent les gens, en faisant semblant de les aider.

Platon (s’adressant à Ypontife)

Plus t’as d’arge nt et de pouvoir, plus t’en veux. Le système n’est qu’un moyen de légaliser le vol au détriment des plus pauvres.

Non seulement les pauvres doivent emprunter, mais ils doivent en remettre plus qu’ils en ont reçu. Cette répartition des richesses est une honte. La finance est un moyen de frauder ceux qui ne savent pas se défendre. Les riches engagent même des universités pour améliorer leurs méthodes de vols légalisés.

Les pauvres sont la nourriture des riches.

Si Platon était horrifié par le manque d’hum ani sme du système financier, qui ne faisait que commencer à s’organiser, sa colère aurait été sans borne s’il avait appris qu’Amfèpétéléplom avait été littéralement enlevée par Ypontife pour vérifier si elle était toujours vierge.

Platon

Ces banquiers sont vraiment une bande de salauds. Ils n’ont aucune âme. Tout ce qui compte, c’est d’être plus riche et avoir plus de pouvoir. Ils se servent de la religion pour être encore plus riches. La religion engendre l’étroitesse d’esprit.

lvoitou

Les religions, oui, mais ce n’est pas le cas de la spiritualité. Une grosse nuance à faire.

Diogène

Ivoitou, arrête de toujours essayer de voir ce qu’il y a dans mon tonneau. Ce n’est pas une lampe magique ou une boule de cristal. C’est un harpon à frotter. Si c’est ce que tu veux, ce pourrait être intéressant. Continue. J’ai une grosse tentation …

Aristote

Tu ne trouves pas qu’il y a des choses plus importantes que ton maudit baril et tes bandages imprévus ?

Diogène

Si on vivait comme moi, en essayant de se contenter de ce que l’on a, on n’aurait pas de vols, on n’aurait pas de jaloux. Je suis un chien. Je me contente de mon baril et de mon écuelle.

Aristote

C’est ce que t’appelles la liberté ?

Diogène

La liberté, c’est d’être indépendant des autres. C’est se suffire à soi-même. Pouvoir survivre par soi-même. Avoir sa propre morale.

Aristote

Justement, tu dois compter sur l’assistance, la générosité des autres pour pourvoir à tes besoins fondamentaux. Ce n’est pas ça, la liberté. La liberté, c’est un choix à exercer.

Platon

Pour cela, il faudrait d’abord exister. Si les dieux décident de ce qui se passe dans notre vie, que pouvons faire contre eux?

Diogène

Les dieux sont une invention humaine.

Virus 13

juillet 5, 2020

Virus est arrêté.

Platon rappela que Socrate est mort, ayant osé, remettre en cause l’intervention des dieux dans la vie quotidienne. Ses enseignements, selon les stoïciens, corrompaient la jeunesse. Une raison que les moralistes utiliseront durant des siècles pour éviter toute forme de contestation de leur morale.

Platon

J’ai peur que le système agisse de même avec Virus.

Les autorités sont championnes à faire croire que les plus vulnérables, les plus jeunes, ont besoin d’être protégés, d’où faut-il absolument les priver de tous leurs droits naturels.

Aristote

La libido, notre petite nature, peut être tellement forte que la cité pourrait se retrouver avec de nombreux petits Socrate. Pour éviter ces problèmes, mieux vaut tout interdire.

Platon

Mais, le cas de Virus n’était-il pas particulier? Pourquoi a-t-il voulu aller travailler dans une mine avec des esclaves? Pourquoi est-il tombé en amour avec une fille alors que Croisos lui donnait tous les plaisirs rêvés par un jeune qui veut découvrir son corps ? Pourquoi cet intérêt soudain pour la gent féminine ?

Aristote

La philosophie ou la recherche de la Vérité et de la Sagesse n’est pas innée . Elle se vit tout au long de son voyage sur terre. Et, on meurt sans savoir si on avait raison. Socrate croyait dans la Vérité.

Platon l’admirait pour ce courage, mais n’osait pas aller aussi loin dans sa réflexion. La vie, même s’il commençait à ne plus oser toucher son petit amant, par respect pour ses choix, était trop belle pour vouloir mourir.

Platon essaya donc de sauver sa peau et de justifier son compromis, en essayant de faire croire à nouveau qu’il y a plus de plaisir à vouloir, à désirer un bel éphèbe qu’à le caresser.

Platonisme quand tu nous tiens, tu meurs les doigts croches!

Diogène se moquait de toutes ces hypocrisies.

Il faut, selon lui, faire avec les circonstances, en exigeant le moins possible, comme un rat, animal préférable à un chien, car ce dernier est dépendant de son maître. « La mémoire est parfois aussi amusante que le geste posé avant, mais encore faut-il l’avoir posé.», se plaisait-il de rappeler.

Pourtant, Diogène n’était pas la meilleure des mémoires vives.« Un loup n’avait que la peau et les os, tant les chiens faisaient bonne garde.», c’est tout ce qu’il avait réussi à retenir à la suite de ses leçons de mémorisation, après un mois d’effort, étant trop distrait par la beauté qui s’agitait autour de ses barils.

Platon dut écrire la fable au moins vingt fois, parce que Diogène la perdait sans cesse. C’est ainsi, grâce à un des manuscrits perdus, qu’elle fut retrouvée par un certain Jean de Lafontaine. Par contre, celui-ci sut la populariser.

Pour Diogène, la question était simple. Qu’est-ce que ça vaut d’être roi, si le seul plaisir est de se masturber dans le noir, à la cachette, en rêvant à son petit page ?

Quant à Aristote, il prétendait qu’on ne connait la vérité qu’en la vivant. Donc, il ne blâmait pas Virus, se contentant de se demander où tout cela conduirait ce bel enfant.

Diogène avait une maîtresse. Aristote, lui, avait une épouse et un fils, Nicomaque, pourquoi cela devenait-il acceptable qu’à 27 ans?

Est-ce vrai qu’en étant plus jeune, le sperme ne sera pas assez développé pour engendrer un enfant en santé ?

Qui a raison ? Seuls le temps et l’expérience peuvent apporter une réponse.

Diogène

Quand il est question de sexe, on aborde le sujet émotivement et presque tout le monde devient fou, comme si cet aspect de la vie était ce qu’il y a de plus important.

En aimant une petite fille au lieu de s’offrir les fesses à un petit vieux qui s’occupe aussi de son développement et de son éducation, Virus commet le crime des crimes. Il remet en cause les structures imposées par les plus riches qui se cachent derrière la démocratie, puisque la grande majorité des gens ne savent pas lire et obéissent à la lettre aux religieux qui prétendent détenir la vérité de la bouche de Zeus lui-même. Quand tu travailles sans cesse, tu n’as pas le temps de te demander si on te manipule.

Aristote

Cet amour illicite proclame intrinsèquement l’égalité des humains, ce qui ne fait pas l’affaire de ceux qui désirent les exploiter.

Ypontife arriva avec deux soldats pour arrêter Virus, accusé d’avoir laissé ses doigts mouler les seins naissants d’Amfèpétéléplom.

Ypontife expliqua à Platon que si tous les petits d’Athènes se mettaient dans la tête de vivre ainsi, il n’y aurait plus de petits pour participer aux Olympiques. Qu’est-ce qui pourrait alors attirer les touristes?

Virus fut amené en prison.

L’ostracisme.

En prison, Virus entreprit l’écriture de son premier essai.

Tu peux tuer, voler, frauder, écorcher toutes les réputations, rien n’est aussi grave  qu’un  attouchement sexuel, même sil est non violent, sans domination ou intimidation. Même s’il y a consentement et plaisir mutuel.

On essaie de faire croire que la sexualité est une bonne chose, tout en la condamnant par la rumeur publique.

Agir ainsi, à deux visages ou à deux vitesses de discours, permet d’investir plus de subventions dans le discours moraliste et, de cette façon, maintenir artificiellement la morale religieuse. Cela favorise aussi le chantage. La guerre moderne des religions est d’entretenir la peur et de la combattre en même tem ps. Ainsi, on crée une insécurité très payante qui permet de conserver le pouvoir .

« Plus les gens sont confus, plus ils nous consulteront », pensait Ypontife, qui voyait déjà les avantages de tout savoir avec la confession . Mais, il était un peu trop précoce. Il a fallu attendre le christianisme pour atteindre cette étape de l’auto flagellation.

Les gens en général, de poursuivre Virus, ne réfléchissent pas longtemps sur la pertinence de ce qui leur est interdit, surtout si on pense que ç’a toujours été ainsi. C’est comme ça, voilà tout.

La sexualité est un besoin naturel, modelé par ton genre homme ou femme. Ton sexe construira l’image que tu as de toi, au plus profond de ton inconscient .

Ne sait-on pas que c’est normal d’essayer de se comprendre , de se découvrir, de se comparer, quand on est jeune ? Que beaucoup de jeunes aiment se retrouver avec des gens plus âgés ? Alors, pourquoi l’interdire ? Pourquoi abolir les cours sur la sexualité , une connaissance essentielle pour éviter bien des problèmes ? Se rend-on compte des contradictions dans le discours que l’on prêche?

Pourquoi enseigne-t-on dans les écoles le devoir de dénoncer, dénoncer, dénoncer du viol au simple attouchement, comme s’il n’y avait aucune différence?

L’interdit sexuel est essentiellement basé sur la honte d’être sexué. Freud parlera du besoin de castration avec la féminisation de la société.

(Virus avait parfois des petits éclairs de lucidité parce qu’il était relié par télépathie à Ivoitou, qui le guidait.)

La peur du sexe est, tout particulièrement à la base de l’éducation de toutes bonnes jeunes filles, une éducation religieuse selon laquelle la femme est inférieure à l’homme. La femme est le mal, l’objet sexuel convoité. De fait, on a peur qu’elle soit enceinte sans être mariée. Cette situation constitue un jugement sans appel, la condamnant à toutes les misères ainsi que son enfant. La morale des purs est sans com passion .

Selon les pudiques, la victime ne s’en remettra jamais, qu’elle ait aimé ça ou pas.

Qui n’aime pas se faire caresser? Peut-on vraiment parler de victimes quand il n’y a que du plaisir? Mais, selon les moralistes, ce plaisir créerait un traumatisme perpétuel . Qui est assez fou pour croire une telle baliverne ? On prétend que le plaisir rendra la femme folle de désirs et qu’elle perpétrera évidemment ce crime ad vitam aeternam. Qui est touché touchera ! Névrose automatique garantie !

Si elle n’a pas aimé ça, elle doit vivre dans la honte pour le reste de sa vie, se sentir coupable d’avoir été victime. Elle doit se confesser publiquement pour passer du statut de la victime à celui de héros: la personne qui apprend à affronter seule ses démons. Psychose automatique garantie !

Il faut aussi avoir peur des autres, ces violeurs potentiels qui ne pensent qu’à ça. Paranoïa automatique garantie!

Pire, on pratique l’excision et on croit encore bien agir en le faisant. C’est même un rite religieux. Où est l’intégrité  de la personne dans de telles mœurs ?

Ypontife avait compris la nécessité de maintenir la croyance populaire et d’avoir des communautés dignes d’être haïes. Le mal vient du dehors, des impies. En jouant ainsi sur plusieurs tableaux, inévitablement, les gens auront un besoin absolu de religion.

Ainsi, pour avoir plus de dons dans les temples, on camoufla les désirs naturels, tout en les permettant. Pour combattre le sexe, on inventa le sport. C’est ainsi que sont nés les jeux de la « tague » et la « cachette». Ils furent tellement populaires que certains songèrent même d’en faire une discipline aux Jeux olympiques. Mais, pour garder le piquant, on les a interdits à ceux qui ont plus de 16 ans. On remplaça, chez les vieux, ces jeux par le jogging pour combattre les tendances à avoir une grosse bedaine en vieillissant.

Virus fut, dans cet esprit, accusé d’avoir touché un sein de sa petite Amfèpétéléplom parce qu’il n’avait pas encore l’âge de partager son lit avec une demoiselle. Certains prétendaient qu’un tel geste pourrait empêcher ces petits seins de s’arrondir et nourrir plus tard une famille.

Quoi qu’il en soit, Virus était le plus vieux des deux, c’était donc à lui de dire non. Et le libre arbitre a foutu le camp, battu à pleines coutures par la morale populaire. Dans le libre arbitre, on peut dire non, mais on a aussi le droit de dire oui.

Dès son arrivée en prison, les prisonniers inventèrent un sobriquet à Virus: Imefabandé. Tous les prisonniers salivaient, se demandant dans quel secteur, les gardiens étaient pour l’envoyer . Ils rêvaient à des nuits étoilées, éclairées par la lune, dormant en caressant la peau de ce magnifique éphèbe.

Un toucher, c’est le mal suprême. Aucune punition n’est assez sévère, même si rien ne justifie autant de haine. Ça permet aussi aux autorités de faire croire qu’elles travaillent au Bien de la population, qu’elles combattent le Mal.

Les « grands gueules » devaient  alimenter  cette paranoïa, en privilégiant les nouvelles à sensation.

Ainsi, quatre grands-gueules furent dépêchées dans Athènes pour informer les gens qu’un misérable maniaque venait d’être arrêté. Il était accusé du crime le plus odieux, celui qui risque de donner le goût du perpétuel : « recommençons vite».

Elles expliquaient la dangerosité de Virus et le besoin de le punir sévèrement en donnant un exemple facile à comprendre.

Tu peux frauder des vieux à la retraite pour 10 millions de dollars, tu feras le tiers de ton temps – la croix est vite portée -, les remords fondent avec le temps. La prison ne remettra pas l’argent volé.

Mais si tu ne suis pas une thérapie pour avoir laissé ta main frôler un petit sein, durant quelques minutes, non seulement, tu dois faire tout ton temps, mais tu es mis sur une liste de danger potentiel pire que la bombe atomique jusqu’à la fin de tes jours. Le goût du plaisir risque de revenir. Aussi, faut-il pouvoir continuer à dénoncer, malgré le temps écoulé en prison.

L’insécurité de la dénonciation rendra la vie insupportable parce que c’est un crime qui ne s’éteint jamais : tu peux être accusé d’une aventure qui s’est déroulée trente à quarante ans plus tôt.

Que tu le veuilles ou non, tu es à la merci des plaintes, et si tu as déjà été accusé, un procès signifie automatiquement la prison, les raclées potentielles, si ça se sait. Finalement, tu finis par te dire que tu es mieux mort, mais encore faut-il avoir le courage de se suicider. Même si la vie devient une cochonnerie comme le whisky: plus t’es saoul, plus t’en veux encore.

Certains avaient cru échapper à leur destin, à la Gestapo morale, en changeant de pays, mais on se mit à les poursuivre partout. Impossible d’échapper aux scrupuleux.

La tare sexuelle est si profonde qu’elle est aussi intraitable qu’un cancer du cerveau.

On ne pouvait pas accuser Virus d’être pédophile, cette conception est née seulement au Québec, vers 19706, grâce à la peur du sexe qu’entretenaient les féminounes. Un bal mené par l’ancienne gouverneure générale du Canada alors qu’elle était à Radio-Canada. Ce fut aussi la dénonciatrice du FLQ. Une belle salope!

Par pur sadisme, les gardiens décidèrent d’enfermer Virus seul dans un cachot. Pourquoi partager ? À Athènes, il n’y avait pas encore de libérations conditionnelles automatiques. On pouvait attendre très longtemps pour qu’un juge entende la cause. Certains mouraient même oubliés en prison.

Virus craignait pour sa petite chérie. On l’accuserait peut-être, elle aussi, de profanation du corps à un âge indu, comme le voulaient tous les Ypontife de ce monde, qui font semblant de ne pas savoir que la libido se confond avec les premiers coups de poing du bébé à l’intérieur de la maman.

Aussi, Virus fut-il ravi de recevoir la visite de son tonneau préféré : Diogène.

Ce dernier n’apportait que de bonnes nouvelles. Platon et Aristote avaient obtenu un procès rapide et confidentiel. Pas de grands gueules, ce fléau humain, au procès.

Mieux, Amfèpétéléplom ne serait pas poursuivie et Platon s’en occuperait jusqu’à la libération de son petit Virus. Une libération que l’on vint vite lui annoncé. Tout indiquait qu’Aristote n’était pas étranger à ce changement.

Comme des milliers d’autres, Virus était très fier de préférer la présence des plus vieux, une attirance qui l’avait toujours bien servi.

Virus et Diogène arrivèrent à la maison, tout sourire. Pour la première fois, ils riaient tellement ensemble que Diogène oublia ses tentations habituelles.

Inutile de préciser que Virus courut immédiatement retrouver sa petite Amfèpétéléplom. L’étreinte n’avait plus le petit côté enfantin que Platon avait décelé jusque-là.

Cette séparation les avait donc rapprochés. Virus se fit même plus discret. Il amena sa petite vierge dans sa chambre, où il put enfin lécher ses larmes et inventer mille caresses. Une des raisons d’exister de la tendresse n’est-elle pas de soigner les âmes en détresse ?

Platon demanda à Croisos d’amener les animaux, payés en guise d’amendes, au temple dirigé par Ypontife.

« Dès ton retour, nous nous paierons un petit gueuleton. Il n’y a pas que l’enfant prodigue qui a droit à sa pizza. T’auras droit, toi aussi, à un morceau supplémentaire pour la commission. »

Aristote fit venir un serviteur pour le dépêcher auprès d’Alexandre et lui demander une couple de bonnes bouteilles de vin. « La liberté, ça s’arrose. » Mais, la liberté peut aussi s’éteindre comme un incendie arrosé trop rapidement.

Ypontife, ayant été informé que Virus était déjà libre décida de se venger.

Pendant qu’Aristote flattait Péritas, le chien favori d’Alexandre, dont il avait la garde ; Ypontife et deux mercenaires firent irruption.

Ypontife expliqua à Platon qu’il était accusé d’avoir hébergé et soutenu un homme accusé d’atteinte aux bonnes mœurs de la cité. Il lui remit le mandat d’accusation et partit, comme il était venu, rouge de colère.

6 – La pédophilie fut créée parce qu’on disait que la pédérastie existait seulement chez les hommes. Les femmes voulaient un terme inclusif. Ainsi, il n’y aurait plus de nuance entre une caresse et un viol.

Virus 12

juillet 4, 2020

Le sectarisme : racine de toutes les discriminations.

Croisas comprenait enfin, grâce à la réaction de la majorité envers Virus, pourquoi toutes les formes de sectarismes sont les racines de toutes les ségrégations. Juste devoir se dire féministes, gais, alcooliques ou autres, c’est se placer dans un moule pour permettre aux autres de te juger, de t’aimer ou te condamner.

Ivoitou

Créer des ennemis permet à la majorité de se défouler. D’ailleurs, les Romains le comprendront plus vite que nous et sans même avoir de média.

Le défoulement médiatique permet une plus grande tolérance envers ceux qui dirigent la société et une condamnation automatique de tous ceux qui désobéissent. Le système, c’est la mafia légale au pouvoir.

Croisas n’arrivait pas à saisir pourquoi ces situations existaient.

Croisos

Ça n’a pas de sens ce que tu dis, Ivoitou.

Comment pourrait-on à travers les siècles en arriver à penser le contraire de ce que nous croyons aujourd’hui ? Si les femmes sont montrées comme le mal ambulant dans tous les livres saints, comment pourrait-on les percevoir autrement ? Ce serait admettre que les dieux nous ont menti ou qu’on les a faussement interprétés? Ce serait admettre que l’on a inventé le mal.

Il faudrait abandonner les religions ou du moins, les transformer, si on désire retrouver une certaine spiritualité qui conçoit l’égalité entre les humains. On devra repenser notre approche de la sexualité, si on veut tuer les différences qui justifient cette manière de percevoir l’homme et la femme.

Diogène

C’est peut-être aussi parce que les religions sont des commerces fondés sur des croyances, dont on ne peut pas justifier ou prouver la véracité, mais qui animent nos vies ?

lvoitou

Leur morale sert à orienter la consommation : tu ne manges pas de porc chez les uns, tu manges du poisson le vendredi chez les autres. Tu tues de telles façons pour éviter que le consommateur ait le choix des coupes quand il achète de la viande, pour obéir aux dieux qui n’ont jamais mangé de viande.

Les rites et les modes servent à distinguer les uns des autres. Les purs et les impies, cette division créera des règles nouvelles et de fil en aiguille, on oubliera de réfléchir sur ce que l’on est et on croira que le plus important est ce que l’on a. « Hors de l’Église, point de salut ! »

Un certain Montesquieu fera croire que la magnifique la Grèce antique a perdu son empire à cause de l’homosexualité. Il ne comprendra pas le rôle que l’amour gai jouait dans la vie militaire et dans la distribution du savoir dans la vie civile.

Au lieu de comprendre les aspects négatifs des guerres, le prix à payer, on croira que le pouvoir est un bien . On choisira le pouvoir comme une fin, un but de la vie, plutôt que l’amitié .

Avec le temps, on sera même assez fou pour faire croire que l’homosexualité est une maladie mentale. C’est ainsi que se transmettront les valeurs. L’homme se cherche encore. Les psys de toutes les sortes ont besoin de maladies pour s’assurer un bon salaire. Leur clan refusera qu’ils disent la vérité. C’est ce que l’histoi re nous apprend.

La Vérité n’a pas d’importance. Quand on meurt, il n’y a peut-être, et c’est même plus logique, absolument rien après la mort. Tout simplement un petit trou dans le tissu social : le souvenir de ceux qui t’ont connu. Plusieurs sont oubliés, peu de temps après leur mort.

Diogène

J’avais raison.

Croisos

Qui peut prétendre que l’amour d’un homme pour son petit apprenti ne soit pas la plus  belle  et la  plus pure façon de vivre? Aristote ne dit-il pas qu’il faut l’égalité entre les amants pour que l’amitié soit possible ? Ce n’est pas une question de sexe ou d’âge, mais de vibration. L’attrait de l’un pour l’autre est d’abord physique.

Ivoitou

Platon et Aristote ont raison : nous vivons pour être heureux. Et, le bonheur exige que nous soyons au  moins deux pour nous compléter. La solitude est le début de la stérilité. L’existence de l’autre nous force à nous dépasser. Seul, on se contente de pleurer sur son sort et on devient aveugle à la beauté de ce qui nous entoure. Mais, l’amitié  peut être sans sexe. La sexualité n’en est qu’une version plus corporelle. Une étape vers l’essentiel. La soupe à l’entrée du repas, du festin.

Aristote

Platon est plus spirituel que moi. Je ne crois pas que le corps est séparé de l’esprit. Je ne crois pas dans leur dualité. Rien ne nous prouve que l’esprit puisse exister sans le corps. Personne ne l’a vécu.

Ivoitou

Tu as raison, car, un jour on découvrira que le corps est un support essentiel à la vie. Le corps permet de se souvenir, c’est la mémoire des siècles, c’est aussi l’intelligence, grâce au développement du cerveau.

S’il y a des hommes et des femmes, c’est que la procréation est non seulement la combinaison de deux ADN, mais aussi de leurs différenciations qui, à travers les siècles, donnera naissance à des êtres différents .

Ce droit au choix à travers notre sexualité est essentielle au développement de la culture. La vraie différence entre un humain et un autre animal, c’est sa possibilité de choisir son partenaire sexuel, ainsi que le moment de s’accoupler. Tous les animaux communiquent entre eux, même si ce n’est pas le langage humain. Mais, aucun animal ne peut échapper à sa période de rut. L’animal ne tombe pas en amour. Il procrée strictement pour assurer la survie de l’espèce. C’est ce qui nous distingue des animaux : nos émotions. C’est ce qui modifiera notre vie en société. Notre rapport à l’amitié et à l’amour.

Tous les autres animaux obéissent instinctivement au besoin de se rep roduire. C’est une force qui peut même les amener à s’entretuer. C’est la force, la libido, qui confère le rang que tu occupes dans la meute ; mais chez l’homme, tu peux choisir ta femelle ou ton homme. Ta connaissance peut te permettre de compenser un corps chétif. Tu sais qu’un jour, il pourra y avoir surpopulation et que le meilleur moyen d’y échapper est de laisser la nature s’exprimer.

L’homosexualité est une forme de sélection naturelle.

C’est vrai, mais les grands changements viendront tout simplement parce que notre planète compte de nombreuses civilisations et celles-ci ont évolué différemment, selon la connaissance   et  l’interprétation  de  la  nature.  Nos dieux existent pour expliquer ce que nous ne comprenons pas. Ils nous dirigent, car leur pouvoir existe en fonction de notre ignorance.

Le problème est que chacun croit qu’il a raison. Les atomes sont aussi réels que la réalité que nous percevons avec nos sens. Même notre corps change entièrement au cours de notre vie. Qui sommes-nous alors? Un moment de transformation d’un état à un autre. Que sommes-nous après notre mort ?

Un jour, notre conception de la société sera glorifiée par ceux qui nous auront vaincus, mais leur aristocratie et leurs dieux seront si violents qu’ils s’entretueront. La mère tuera le fils, le fils assassinera son père, un empereur fera brûler sa ville.

La décadence, c’est la violence. Mais, la violence c’est payant. C’est souvent le pouvoir.

C’est ce monde ignoble que les intellectuels de l’Europe choisiront comme modèle pour l’avenir. Plus les hommes évolueront, plus ils seront un danger pour les autres espèces et pour eux-mêmes. Ils auront choisi la violence plutôt que l’amitié.

Plus l’homme se développera techniquement, plus il s’enfoncera dans une morale d’hypocrites et d’agresseurs, car ils inventeront le mal et passeront plus de temps et d’énergie à combattre la sexualité qu’à s’appliquer à faire le bien.

Le monde sera dominé par l’argent. Des peuples entiers seront affamés, d’autres seront décimés, sous prétexte qu’il faut aimer Dieu.

Dans un monde évolué, les hommes et les femmes, ainsi que les enfants, seront égaux en droits, car on aura compris que chaque individu est un humain. On en viendra un jour à garantir un minimum vital à chacun et on fixera un maximum de richesses pour chacun. La vie vraie cherche l’équilibre. Un jour, elle s’imposera, ou l’homme s’entre­ déchirera jusqu’à disparaître totalement.

Le mal, c’est l’orgueil, c’est la voracité de l’argent et du pouvoir.

Le mal, c’est un manque d’amour, la violence, le mensonge et la censure.

Le mal, c’est un manque de respect.

Une manif anti hétéro.

Virus pensait avoir atteint le fond du baril quand le soir venu, une centaine de vieux et de vieilles, torche à la main, commencèrent à défiler devant la maison de Platon, en scandant et en agitant leur chemise: « L’amour n’est pas pour les jeunes ! ».

Un groupe de vieilles folles s’agitaient, quant à elles, en ajoutant aux cris de la foule : « Y a les gosses trop petites ! Laisse-les grossir avant de les vider. »

Puis, elles déchiraient un peu leur vêtement, question d’officialiser leur opposition à cet outrage moral. À ce rythme, si la manifestation se poursuivait longtemps, les manifestants avaient toutes les chances de se retrouver en bobettes.

Évidemment, ces adultes, qui étaient manifestement périmés, manifestaient contre le droit d’un jeune d’avoir sa propre vie sexuelle, comme l’enseignait si bien Ypontife.

Ce dernier, craignant que ça vire au grabuge, se faisait représenter par son cinquième petit serin « Ti-Pontife», le frère cadet de Ti-Zizi, héros de Valdabie, un roman de !’écrivain québécois Micmac, Jean Ferguson.

On entendait également les manifestantes, vieilles et obèses, crier à répétition : « Laisse cette pauvre petite ! » Elles se jetaient alors par terre, criant comme des perdues, juste pour signifier quelle misère devait vivre « la petite » qui, selon elles, devait endurer le vice de ce maudit petit Virus, qu’elles confondaient avec le H2 N36. Une maladie inventée par la pharmacologie, appelée « Vous serez malades pareil », Cette fausse maladie, pour être soignée, garantissait la vente de milliers de foies de taureaux. Un profit extraordinaire, même plus payant que les Jeux olympiques. Car, on devait payer les « coureurs» qui en faisaient la livraison au mille parcouru. Plus la course était longue, plus cher était le foie.

Virus était ulcéré par la venue de ces gens qui n’avaient aucun lien avec sa petite Amfèpétéléplom adorée.

« Ils viennent se mêler de mes affaires personnelles, de ma vie privée. Qu’ils s’occupent de leurs affaires! Qu’est-ce qu’ils connaissent de ma bien-aimée? Qui sont-ils pour décider qu’elle est malheureuse à cause moi ? » Se disait Virus.

« Les vieux préfèrent que les jeunes ne soient pas instruits sur les réalités de la vie, car ils peuvent ainsi mieux les dominer », laissait entendre un communiqué de l’organisme « Travaille, tu ne penseras pas au sexe », qui exploitaient les jeunes, en les faisant travailler plus de 10 heures par jour.

Ypontife craignait le réveil des jeunes, qui pourraient avoir lu « Simoneau », dans la bibliothèque d’Yvoitou. Ce philosophe socratien sera enfermé par l’armée judiciaire canadienne, à la demande des féminounes ; car, il ne croyait pas que le sexe est mal, Dieu l’ayant créé. Et, le but de la vie, disait-il, est de contempler et adorer Dieu, pour son œuvre magnifique pour l’éternité et non vivre de sacrifices pour satisfaire la bêtise humaine.

Virus avait perdu son emploi, mangé une raclée, n’était-ce pas suffisant pour avoir osé contredire le jeu des rôles sociaux de son Athènes tout aussi adorée que sa petite

« Amfèpétéléplom » ?

Son but était dorénavant de prendre la responsabilité d’offrir une vie décente à sa petite flamme.

Qu’est-ce que ces vieux « gramm-o-phones » avaient à venir parader devant chez Platon pour inciter les gens à le détester? N’avait-il pas le droit d’aimer sa petite ex-compagne de travail ? N’était-elle pas mieux avec lui, qu’esclave à la mine?

Un eunuque sortit des manifestants et se mit à haranguer la foule.

L’eunuque

Quelle honte ! Quel dévergondé que ce Virus ! Pourquoi n’a-t-il pas assez de morale pour respecter la tradition de nos pères, de nos grands-pères et de nos arrières-arrières-arrières-grands-pères ?

Avant de faire des enfants, il faut avoir au moins cinq pouces et selon toute vraisemblance, il en aurait encore que trois pouces et demi. Cette pauvre petite fille sera perturbée, quand elle réalisera que son serpentin est encore beaucoup trop fragile pour créer un enfant fort. Qui devra s’occuper de sa progéniture ? Encore une taxe pour la Cité. Que la foudre de Zeus s’abatte sur cette maison!

De gros nuages couvrirent le ciel et une décharge électrique atterrit droit dans la couche arrière de l’eunuque. Il avait vraiment le feu au cul.

Apeurés par ce signe de Zeus, les manifestants retournèrent dans leurs fermes, racontant que le dieu des dieux venait de se payer un eunuque.

Depuis ce temps, les sodomites ne peuvent plus se vanter que leur passion est sans danger. Pour s’assurer que les « derrières » ne soient pas des forêts en flammes, Ypontife ordonna que tout sodomite prenne  dorénavant  une cuillerée de« petite vache» avant de faire l’amour.

Virus 11

juillet 3, 2020

Platon et Virus à la mine.

Platon et Virus sont allés ensemble pour rencontrer le chef du personnel de la mine des marais. Ils espéraient que le prestige du grand philosophe leur mette un peu de plomb dans la tête et qu’au moins, Virus puisse retourner au travail.

Virus aura un jour, comme tout le monde, besoin d’un revenu pour s’émanciper lui aussi, c’est-à-dire s’acheter une ferme. Comme la très grande majorité des hommes à Athènes, avoir une ferme permet d’avoir les ressources nécessaires pour être indépendants et s’occuper de la raison fondamentale de vivre de tout homme : la politique.

On ne savait pas encore, à cette époque, que les politiciens deviendraient un jour des hommes de paille, des gens à acheter, des hypocrites, de faux libéraux d’esprit et des conservateurs constipés, fédéralistes par surcroît.

En fait, qui saurait qu’Amfèpétéléplom a changé de statut social ? Elle saurait sûrement le dissimuler pour ne pas scandaliser les autres ou les amener à rêver de liberté elles aussi.

Qu’est-ce que ça changeait qu’Amfèpétéléplom soit une femme libre plutôt qu’une esclave ? Qui va remarquer ce changement de statut ? Ça ne se voit pas dans sa soupe.

Si elle retournait à la mine, elle continuerait à manger le gruau donné aux employés de jour. Elle ferait les mêmes heures de travail.

En la renvoyant ainsi que Virus, ne force-t-on pas les autres à se poser des questions et comprendre qu’il y a une différence entre les femmes libres et les femmes esclaves ?

Ils avaient beau faire valoir que la petite pouvait fournir le même travail qu’avant d’avoir été acheté; Leboss è loi ne voulait rien savoir. Même libre, selon lui, une femme est un être inférieur. Virus quant à lui n’avait pas respecté les règles, on trouvait donc normal qu’il soit puni lui aussi.

Leboss è loi

Je n’y peux rien. Si elle venait travailler ici, ça pourrait éventuellement donner aux autres l’idée de devenir des femmes libres à leur tour. Imaginez, si les femmes décidaient de se réunir pour revendiquer des conditions spéciales de travail pour les femmes. S’il fallait qu’elles soient perçues comme l’égal de l’homme, comment pourrait-on justifier qu’elles n’aient pas droit, comme les hommes, à trois repas par jour au lieu d’un ? Qui paierait pour ce changement ?

On ne sait pas où ça s’arrêterait. Faudrait-il créer des arrêts de travail spéciaux pour qu’elles se recoiffent ou qu’elles se liment les ongles? Faudrait-il leur demander de se découvrir le visage pour les identifier ?

Même les religions sont assez sages pour ne pas demander qu’on cesse de travailler pour prier. Ce serait de la folie. La religion est là pour se servir de l’économie pour être plus riche, pas pour empêcher de faire plus d’argent avec les bondieuseries. D’ailleurs, toutes les religions ne cessent de nous répéter que les femmes sont l’équivalent du serpent, de la tentation, du péché. Comment pourrait-on expliquer, du jour au lendemain, qu’elles soient devenues égales à l’homme ? Ce serait contraire à ce que disent toutes les religions. Qui pourrait nous prendre au sérieux?

Ça prend des milliers d’années pour faire évoluer une cité. Les valeurs sont maintenues par l’ensemble du système. Où trouvez-vous une femme ayant un statut particulier ?

Qu’est-ce qui se passerait quand elles commenceraient à bitcher? Ce serait une guerre intenable. Les jalousies deviendraient légions et nous n’aurions plus aucune autorité.

Qui sait jusqu’où ça pourrait nous mener. Dans notre société, les rôles sont nettement définis.

Une esclave vit dans la grange ou un endroit de fortune. Elle a pour mission d’aider l’épouse dans ses travaux ménagers. Une femme libre doit s’occuper de la ferme, de sa gouvernance et surtout donner des descendants. Les hommes, eux, ont pour devoir de faire de la politique.

Votre grand ami Aristote a prouvé la nécessité de l’amitié entre un homme et un petit gars, pour former celui­ ci, lui apprendre tout ce que son maître sait, lui ouvrir les premières portes dans sa vie civile ; mais dans sa sagesse ne dit-il pas que les femmes ne peuvent pas connaître cette amitié parce qu’elles sont inférieures?

Virus

Quels imbéciles ont dit que les femmes sont inférieures à l’homme?

Platon

Il faudrait définir ce qu’est « être inférieur». On peut être égal, sans nier les différences. Est-ce que le garçon est inférieur à son maître ? Absolument pas. Leur amitié en fait des égaux automatiquement, puisque le maître rêve le bien de son serin pour se réaliser lui-même et le serin s’efforce d’être le projet, la réalisation de son maître. Ils sont unis vers un même but: le bonheur. Rien n’est plus grand que cette amitié. Elle doit prendre fin seulement lorsque l’individu est en âge de procréer, car celui-ci doit surveiller le développement de ses fils, même si les femmes en ont la garde. Je ne vois aucune raison d’y changer quoi que ce soit.

Leboss è loi

Vous voyez, c’est la vie. La gloire n’apporte pas le pouvoir. Le pouvoir se détermine par l’étendue de sa fortune.

Virus

Et c’est pourquoi nos systèmes politiques sont de plus en plus corrompus.

Diogène manifeste.

Diogène décida de passer aux actes et d’appuyer Virus concrètement.

Il se  rendit  à  la  mine  des  marais  avec  son tonneau «Dynamite» puisque la mèche sortait à l’avant. Il avait écrit sur le tonneau : << À bas l’esclavage ! Vive les femmes libres ! » Diogène était accompagné de la célèbre prostituée : « Aiper Sondentier ».

Pour rendre la manifestation intéressante, cette fois, ceux qui voulaient participer à la marche et s’opposer à la stupidité de la catégorisation des individus que ce soit par le sexe, le statut social ou toutes autres formes de mesquinerie, avaient droit de boire à la mèche de Diogène ou de participer à des ébats personnels avec Aiper Sondentier durant une dizaine de minutes. Ceux qui payaient pour mettre sur pied un comité d’organisation pour venir à la défense de Virus avaient droit aux deux.

Les anciens Grecs étaient comme les Québécois d’aujourd’hui: des gens de party. La devise nationale était: apprendre l’alphabet entre deux verres de vin rouge et un peu de blanc entre les deux.

Un nombre incroyable de manifestants suivaient déjà les nouveaux leaders, quand Ypontife leur fit face avec ses deux cents mercenaires .

Ce fut un massacre. Les manifestants, en sang, couraient dans toutes les directions pour échapper à cette première inquisition.

D’ailleurs, Ypontife qui dirigeait la répression sonna les nouvelles attaques en criant : « Que les dieux soient avec nous, à bas les impies », une formule qui ne fut reprise par nul autre que Mahomet. « Allah ! Allah ! Allah» servait de refrain aux chants guerriers, question d’impliquer Dieu dans les sottises humaines.

Diogène décida, malgré le massacre, de faire face à la musique, avec à ses côtés, sa merveilleuse Aiper Sondentier. Inutile de dire que les mercenaires prirent plaisir à les tabasser, à un point tel que la belle demoiselle rendit l’âme. Quand elle arriva au ciel, Saint-Pierre se  trompa  de nom et l’inscrivit dans le grand livre des mortes sous le nom d’ Âme volatile, avec la note: passe go ». Pour la première fois, il y avait une rumeur au ciel, voulant que la religion de la vengeance soit redevenue la religion de l’amour.

Diogène dut se replier dans son tonneau pour ne pas subir le même sort. Il écrivit immédiatement une lettre ouverte au Conseil de la Cité pour dénoncer ce geste fasciste; mais Ypontife avait prévu le coup et soudoya l’imprimeur qui, au contraire, écrivit un long poème pour vanter les qualités de chef d’Ypontife.

La missive était écrite à la main, ce qui donna immédiatement l’idée à Titus Paulus des marais de contrôler dorénavant l’information.

Jélavérité Courte, un témoin cité, prétendit que la prostituée avait incité les manifestants à la violence, en hâtant le pas et en chantant « les bourgeois, c’est comme les cochons.»

« Elle avançait avec des rictus qui indiquaient carrément ses intentions belliqueuses », disait le poème chanté.

Jélavérité Courte appuya ses dires et son argumentation sur la menace que représentent les femmes libres.

« Qu’arrivera-t-il le jour où elles cesseront de s’occuper de la gérance de nos fermes? Qui s’occupera de nos rejetons? Elles veulent la paix, qu’elles restent donc à la maison. »

Un discours idiot, pourrait-on penser dans nos sociétés d’aujourd’hui, mais qui résumait très bien le rôle que l’on avait assigné aux femmes dans les sociétés primitives religieuses.

Les citoyens rassemblés croyaient tout ce que le religieux écrivait. Pour couper dans la dépense, Ypontife avait engagé un groupe d’élèves du secondaire pour rédiger un résumé des procès. Selon Ypontife, rappeler quotidiennement au peuple qu’il y a des vicieux parmi eux, créerait une paranoïa qui faciliterait la mainmise sur la vie personnelle. Plus t’as peur, plus tu te méfies de ceux qui t’entourent.

Ypontife fit acte de présence à la suite de la lecture du poème. Les citoyens voulaient le toucher, tellement  ils étaient fiers de ce nouvel assassin légal. Ce Néron antique demanda qu’on érige un bûcher pour se  débarrasser  des restes de la sorcière Aiper Sondentier. Et c’est ainsi que la religion devint synonyme de bûcher.

On décida d’alterner entre les femmes qui refusaient de se plier à leur mépris et les livres qui risquaient de remettre en question leurs mensonges . Sans le savoir, Ypontife préparait psychologiquement l’invasion romaine. La violence venait de faire son entrée dans la société des grandes amitiés.

Virus est attaqué.

Virus retournait chez Platon quand il fut attaqué par un groupe d’irréductibles machos-gais qui n’acceptaient pas qu’un jeune garçon aime une jeune fille, car ça risquait d’engendrer le désir de reconnaître l’égalité entre l’homme et la femme.

Non seulement Virus était contre nature, en aimant une fille, mais son âge posait problème pour procréer. Ce n’était pas parce qu’il était incapable de copuler, d’éjaculer et de faire un gamin ; mais parce qu’on croyait alors que des parents trop jeunes ne pouvaient donner naissance qu’à des enfants rachitiques, qui seront par la suite une charge publique.

L’interdit sexuel chez les jeunes existait déjà et n’était pas plus intelligent que ce qui se passe aujourd’hui. Les motivations de cet interdit étaient alors, comme aujourd’hui, fondées sur l’ignorance de la réalité humaine.

Comme le disaient les religieux, Virus était à l’âge de découvrir les plaisirs de la masturbation plutôt qu’affronter les responsabilités de la paternité. On savait qu’un gars commence plus jeune à ressentir les plaisirs de la chair qu’une fille ; mais la société croyait plus normal qu’il partage ces plaisirs avec un aîné qui prenait en même temps sur ses épaules de l’aider à se réaliser comme adulte. Pour éviter les tentations, les religions ont commencé à dévaloriser tellement la sexualité chez les filles, que celles-ci la perçurent comme une chose mal, sale, décadente.

Les machos-gais déshabillèrent Virus et le fouettèrent jusqu’au sang. On se serait cru en Arabie Saoudite. Deux ou trois roches furent aussi tirées, laissant présager la venue des talibans. La lapidation est l’acte par excellence des gens qui se croient moralement supérieurs aux autres, incapables de reconnaître que cette forme de jugement est en soi un geste de barbarie et d’une grande hypocrisie.

Virus arriva chez Platon en titubant. Il perdit connaissance en arrivant dans le salon. Platon accourut et le soigna avec le plus d’affection possible. Platon pleurait comme un veau, car Virus était pour lui plus important qu’un fils de ses propres chairs.

L’amitié naît à travers les sentiments, après avoir été un désir charnel ou un attrait de caractère. Elle se développe à travers les rêves et les idéaux qui naissent de ce nouveau couple. L’amitié fait que l’adulte et l’enfant ne font plus qu’un dans la recherche de leur réalisation intellectuelle et morale.

Platon en était rendu à appuyer concrètement son ex­ petit serin, même s’il ne croyait pas, tout comme Aristote, que l’amitié est possible entre les deux sexes.

Platon

Virus préfère une fille. Anormal ou pas, c’est son choix, je le respecte et je l’aide.

Platon était prêt à tout pour protéger son petit Virus.

Diogène, qui n’était pas tellement dans un meilleur état physique, l’attendait pour lui raconter le massacre organisé par Ypontife. Il lui lut le poème qu’il avait écrit, ainsi que les plaidoiries de Jélavérité Courte contre ce nouvel amour contre nature.

Diogène

Les moralistes sont vraiment des fascistes. Je ne serais pas surpris qu’un jour on crucifie ceux qui ne pensent pas comme eux. Pourquoi faut-il que nous devions tous être pareils, alors que notre individualité est basée sur notre différence? Le but de l’éducation n’est-il pas de créer des êtres autonomes ? Des gens qui, par leur réflexion, en arrivent à une conscience personnelle ?

Même Ignatieff, dans son livre La révolution des droits, reconnaît que les gens qui sont condamnés par tous, comme les pédophiles, ont le droit de ne pas obéir à la loi pour se défendre, car c’est tout ce qui leur reste. Qu’en est-il des jeunes qui n’ont pas encore, selon les adultes, l’âge de s’épanouir sexuellement et de créer leur propre morale ? Que fait-on de leurs droits ? Aristote ne croit-il pas que l’autonomie se forme qu’à partir de nos expériences?

Croisos s’en mêle.

Après avoir raconté son expérience à Platon et Virus, Diogène n’attendit pas d’être guéri pour ressentir à nouveau ses pulsions. Il s’approcha de Virus et très délicatement, en passant le doigt sur un endroit ensanglanté, il se mit à le plaindre.

Virus réagissait comme s’il était entre les mains de sa maman. Il se laissait toucher sans dire un mot, alors que de grosses larmes coulaient sur ses joues.

Évidemment, avec Diogène, le désir passe vite à la vitesse passion. Il profita de l’indifférence de Virus pour commencer à lécher quelques plaies, se dirigeant à la vitesse d’une soucoupe volante, vers l’ultime plaisir qui s’éveillait dans le bas-ventre de Virus, malgré la souffrance des plaies, concentrées surtout sur le reste du corps.

Pas chanceux, il venait à peine d’étirer la langue pour retrouver le membre de la virilité de Virus que  Platon entraîna son fiston vers le bain pour mieux s’assurer que ses plaies soient propres et désinfectées. Diogène demeura figé comme une statue de plâtre, perturbé par le départ du corps qui devait lui réchauffer le bout de la langue, fatiguée de rechercher ce membre tant désiré.

Encore une fois, cette merveille lui échappa. Platon enveloppa Virus d’une serviette, au sortir de l’eau et l’aida à se rendre à sa chambre, où Amfèpétéléplom l’attendait en larmes, comme il se doit chez une fille sensible.

Quand Platon quitta la chambre, Virus était déjà noyé sous les étreintes de sa petite amie.

C’est, à ce moment, qu’Ivoitou arriva, accompagné d’Aristote et de Croisas. Ce dernier  était  visiblement perturbé par les événements. Il se calma quand Platon lui dit que Virus se portait bien et était entre bonnes mains.

Croisas pleurait. Il expliqua à Platon qu’il sentait avoir

failli à sa tâche, puisque malgré ses pipes, Virus avait mal tourné et s’était amouraché de cette petite esclave.« Qu’aie­ je mal fait? Se demandait-il. Peut-être qu’il aurait préféré la sodomie? Mais, il en doutait, car, la sodomie loin d’être une caresse est souvent une douleur. C’est ma faute, j’en suis convaincu. Je n’aurais jamais dû hésiter et démontrer plus de passion. Qui pourrait résister au plaisir?

Platon

Ben non !, lui dit Platon, en le prenant dans ses bras. Virus vit son destin. Comment expliquer qu’il préfère une fille? Je ne le sais pas. Peut-être cache-t-il une dépression nerveuse? Une tare héréditaire? Tu sais qu’il n’a jamais été très enthousiaste dans le lit. Peut-être a-t-il été traumatisé par la mort des petits frères de sa mignonne à la mine et qu’il se croit responsable de sa détresse? Il se prend peut-être pour un sauveur.

Virus a toujours été différent. C’est son droit, même si je ne partage pas ses valeurs. Qui nous dit qu’il a tort ?

Ivoitou, quant à lui, fut horrifié quand il vit la gueule croche de Diogène. Il s’approcha et se mit candidement à lui flatter la tête. Diogène ronronnait comme un chat. Il leva le derrière, espérant qu’Ivoitou touche à tout.

Ivoitou

Incroyable. Dans plusieurs siècles, les rôles seront inversés. Les gais seront vus comme inférieurs aux femmes. On passera même une période où l’on fera croire qu’être gai est une maladie mentale. Puis, l’économie jugeant que les gais sont riches et peuvent nourrir plusieurs portefeuilles, on révisera leur statut et on orientera les répressions contre les pédophiles puisqu’on ne sera pas assez honnête pour les distinguer des pédérastes d’aujourd’hui. L’ignorance ne disparaîtra pas dans la prochaine décennie.

Croisos n’en revenait tout simplement pas.

Croisos

Comment pourra-t-on croire, même dans des millénaires, que la femme a réellement une valeur autre que celle de mère ? Aucune religion ne valorise les femmes. Tous les livres saints affirment la déchéance féminine. Comment pourraient-elles un jour passer du statut de tentation, de mal, à celui d’égale à l’homme ? Quelle civilisation pourra être assez folle pour leur accorder le droit de vote ? Même les dieux sont supérieurs aux déesses.

Ivoitou

Pourtant, c’est ce que je vois dans ma balle de cristal.

Croisos se fichait pas mal de toutes ces distinctions. A son avis, on aime ceux qu’on aime. La folie, c’est d’y voir le mal.

Croisos

On est tous des hermaphrodites. Malheureusement, pour nous, notre statut d’androgyne a cessé d’évoluer, de se développer, ce qui fait que nous sommes d’un sexe ou de l’autre, tout en ayant l’âme d’un androgyne. Nous sommes des êtres imparfaits, donc, mortels. Le sexe n’existe que pour assurer la progéniture. L’amitié, elle, est sentiment. C’est l’aspect spirituel de la sexualité. Et, la tendresse est sa voix, son expression. Diviser le corps de l’esprit, c’est un non­ sens, car la nature implique les deux composantes.

Je dois aider Virus, même si je ne partage pas son point de vue. On n’a pas le droit de persécuter une personne à cause de ses préférences sexuelles, tant qu’il n’y a pas de violence, de domination ou d’intimidation. Mon amour pour Virus est pur, parce que je veux son bonheur et quelque chose me dit qu’il en est de même pour Amfèpétéléplom.

Il y a quelque chose de supérieur au sexe, il y a l’amitié. Interdire les relations entre deux individus, quel que soit le sexe ou l’âge, c’est tuer l’amitié. C’est éliminer la chose la plus noble qui soit. Et, quant à moi, l’amitié peut inclure aussi des rapports charnels.

Aristote

Tu as parfaitement raison, le jeune. Comment peut-on acquérir de l’expérience, savoir ce que l’on doit choisir , si on n’en fait jamais l’expérience?

lvoitou

T’as raison, un jour, on reconnaîtra cette réalité.

Croisos

Le jour où l’on aura la sagesse d’admettre que l’homme est un animal.

Virus 10

juillet 2, 2020

Les troubles commencent.

Dès qu’Amfèpétéléplom s’est présentée au travail à la mine des marais, un patron est venu l’avertir qu’elle ne pouvait plus occuper son poste et qu’elle était transférée au triage. Un endroit beaucoup plus dangereux où des accidents souvent mortels survenaient souvent.

Évidemment, Virus fut immédiatement averti par des compagnons et décida d’aller plaider la cause de sa petite amie.

Patron

De quoi te mêles-tu ? Tu l’as achetée, c’est vrai, mais en ce faisant, tu lui enlèves le titre d’esclave et, comme tu le sais, aucune femme libre n’a le droit d’être employée à certaines tâches de la mine. C’est contre les règles.

Une femme mariée doit s’occuper de sa famille et de la gestion de la ferme de son mari. Sa priorité doit être de procréer et d’élever les enfants . Ça permettra à l’homme de s’occuper de politique. C’est la règle. Voilà tout.

Virus

Mais, c’est complètement débile. En quoi n’est-elle plus capable de fournir le même travail qu’avant? Qu’elle soit esclave ou libre, elle peut laver l’or. Elle le faisait avant.

Patron

Je le sais. Sache que je n’ai rien contre ta petite amie; mais la cité en a décidé ainsi. Les lois, c’est fait pour tout le monde. La loi, c’est la loi.

Virus

Je suis tout à fait d’accord quand la loi a un certain bon sens. Quand elle est le fruit d’étroitesse d’esprit,  je ne vois  pas pourquoi on obéirait aveuglément. Qu’est-ce que le sexe et le statut social peuvent bien changer dans sa capacité de faire un travail ?

Patron

Ce n’est pas moi qui fais les lois. Si tu n’es pas content, tu n’as qu’à te rendre en ville et plaider pour que cette loi soit abolie.

Bonne chance ! Ça fait des siècles que tout le monde est d’accord avec cette règle. Tu crois vraiment que tu peux y changer quelque chose ?

Ce n’est pas à la société à s’adapter à un individu, mais l’individu qui doit s’adapter à la société.

Virus

On vit en démocratie. Les individus ne forment pas un troupeau bêlant qui ne peut pas décider de son sort.

Patron

Oui, justement ! Puisque tout le monde a le droit de vote et que ceux-ci se prennent à plus de 5,000 votants, je me demande comment tu peux arriver à modifier quoi que ce soit.

C’est inscrit dans nos mœurs. Personne n’acceptera de changer ce que les dieux ont soumis comme règle de vie.

Virus

La vie n’est pas réglée exactement comme ceci ou cela pour chaque individu. Les dieux ne sont pas des humains ; pourquoi pourraient-ils nous dire ce qui est mieux pour nous ?

Si on ne peut pas vivre, selon ce que l’on est, aussi bien dire que la liberté est un esclavage. Être libre, c’est  de pouvoir exercer un choix. C’est  de pouvoir  dire aussi bien oui que non.

Patron

Si tout le monde est heureux avec ce genre de règles pourquoi les changerait-on pour quelques individus? Les exceptions conduisent à l’anarchie. Comment peut-on être démocratique, si chacun peut vivre comme il l’entend?

Virus

Ça changerait quoi pour les autres que ma mignonne travaille à la mine comme avant ?

Patron

Ça changerait nos contrats. Comment le roi achètera-t­ il des produits chez nous, s’il sait que nous ne respectons pas les lois de la cité ? Il n’est pas assez fou pour risquer une révolte juste pour te faire plaisir. Pour qui te prends-tu pour vouloir vivre au-dessus de la loi?

Virus

Je ne veux pas vivre au-dessus des lois. Je ne veux pas devoir me plier à celles qui n’ont pas de sens. En quoi le travail d’Amfèpétéléplom nuit-il aux autres? N’a-t-elle pas elle aussi le droit de gagner correctement sa vie ?

Patron

Taurais dû y penser avant. Maintenant, tu dois vivre en fonction de tes décisions. Ici, seules les esclaves ont droit au travail qu’elle faisait. Un point, c’est tout !

Si tu n’es pas content, vous n’avez qu’à nous quitter.

Bon débarras, si c’est ce que tu décides.

Virus et Amfèpétéléplom durent quitter le chantier. Ils se dirigèrent chez Platon, où les nuages annonçaient un orage digne de Zeus lui-même en personne.

Virus en tabarnache !

Virus est entré à la maison en tabarnache. Dès qu’il aperçut Ypontife, il se précipita vers lui. Il le prit par le collet, mais ne le frappa point.

Il savait qu’un geste violent contre Ypontife pouvait lui valoir la mort. Platon lui avait raconté la mort de Socrate.

Platon

(Virus le réentend dans sa tête)

Socrate est un grand homme puisqu’il est mort, par orgueil, pour la Vérité. Il a tenu tête aux stoïciens. Ces stoïciens sont des branleurs de mots, comme les moralistes et les féminounes. Ils font semblant de tout connaître. Ils changent les mots pour changer la réalité. Ce sont des professionnels en« miroirs déformants». Le règne du mal et du mépris. Ils rendent coupables ceux qui sont bien dans leur peau. La morale est une forme de jalousie. Celle de ceux qui ne peuvent pas croire qu’on puisse être heureux dans sa différence. Aussi, l’accusa-t-on de corrompre la jeunesse.

Virus (s’adressant à Ypontife)

Vieux tabarnache de sale ! C’est à cause de vos maudits péchés, si le monde est aussi méchant. Vous devriez avoir honte, bande de constipés.

Le mal ne peut exister que pour ceux qui peuvent le concevoir. C’est pourquoi on dit que les enfants sont innocents, ils ne peuvent pas concevoir le mal. Le mal, c’est la haine, le mépris des autres, quel qu’en soit le degré ou sa façon de s’exprimer. Le mal, c’est la médisance et la calomnie, ça n’a rien à voir avec la sexualité. La chasteté n’est pas la pureté.

Pourquoi vos catégories de gens : hommes – femmes ; gentils – impies ; gais – hétéros ; game – agace ; blancs ou colorés? C’est le moyen le plus efficace, après l’ignorance, à être employé pour diviser les humains. Diviser, c’est régner. Ces catégories se retrouvent toutes dans notre perception de l’humanité à partir de nos expériences passées.

Les catégories sexuelles n’existent pas. Elles ont été inventées parce qu’elles permettent de se justifier et de faire valoir ses valeurs comme étant les seules acceptables.

Qu’on le veuille ou non : un homme, c’est un humain ; une femme, c’est aussi un humain. Ni plus valable, ni moins valable, l’un que l’autre. Sauf qu’à cause de vous, la femme a toujours été perçue comme la pécheresse, d’où a-t-elle peur de sa sexualité et qu’elle essaie maintenant de nous faire croire qu’on devrait aussi en avoir peur pour redevenir pur.

En créant le mal à partir de la sexualité, on crée la division, il fallait juste y penser. Et, comme les stoïciens savent très bien le faire, ils ont créé l’opposé absolu pour donner un sens au premier: le bien et le mal; l’amour et la haine ; la matière et l’esprit ; le vice et l’idéal. Les deux extrêmes. C’est la base de toutes les discriminations humaines. C’est le résultat de l’ignorance.

Une ignorance devenue, grâce à la censure, la civilisation, l’emboîtement, la tradition.

La tradition, comme vous dites, c’est le refus d’évoluer, parce que l’évolution entraîne la peur de perdre le contrôle. Le refus de connaître, parce que connaître, c’est angoissant. La vérité n’est pas toujours ce que l’on pense et ce que l’on voit.

La base de nos amours et de notre sexualité est la vie émotive.

Croisos

Comme tu as raison! Nous aussi, les jeunes, on a droit à notre sexualité. C’est aussi le plaisir, la découverte de ses sens. C’est le moyen utilisé pour se découvrir et découvrir l’autre. La communication par le non verbal. La sexualité fait partie de notre intégrité physique et psychique.

Vous n’avez pas le droit de décider pour nous de notre orientation sexuelle, sous prétexte de nous défendre d’un mal inventé par vos conventions sociales.

Un jeune qui vit une expérience sexuelle ne souffre pas. Il peut en souffrir que si les adultes lui font croire qu’il a fait quelque chose de mal. Les féminounes pensent qu’un jeune garçon souffre parce qu’il fait l’amour avec un  adulte. Elles ne peuvent pas échapper à leurs propres expériences sexuelles, mais elles ont tort, le sexe est le plaisir.

Le plaisir est naturel et nécessaire pour qu’un individu soit attiré par un autre. Sa personnalité la plus profonde, la plus inconsciente, sa libido , le guidera vers la personne qui lui apportera ce qu’il recherche, sans souvent même savoir pourquoi exactement; car son ADN, ses gênes, ont une mémoire historique et sont le fruit de milliers d’années d’essais. C’est ça l’orientation sexuelle.

Ta façon de vivre ta sexualité, c’est ta façon d’être en communication avec les autres. C’est ce qui constitue ta différence, ta personnalité. C’est la chose la plus importante pour être libre. C’est ce qui fera que tu t’aimeras ou que tu te détesteras. C’est ça, la liberté.

Vous ne nous donnez pas le droit de choisir à partir de nos expériences, simplement parce que ça vous permet de décider pour nous, de nous enfermer dans le moule. Vous voulez nous contrôler. Vous prétendez nous protéger, mais vous nous interdisez des aspects de la vie qui ne présentent aucun danger. En quoi la nudité, par exemple, est-elle un danger ? Qui a déjà fondu en étant regardé ?

Il n’y a aucun mal dans la sexualité. C’est ce qu’il y a de plus normal chez un être humain. Les attraits qui animent notre sexualité constituent notre différence.

Et, comme le dit si bien Socra te, notre différence est ce qui a le plus besoin d’être protégé. Il en est ainsi pour que nous ne soyons pas tous attirés par le même type de personnes. Une expérience de milliers d’années à travers la transmission de la vie. Et vous voulez tuer cette évolution, en la qualifiant de mal.

Virus (fulminant)

Les jeunes n’ont pas d’argent, donc, ils n’ont donc pas de pouvoir. C’est comme s’ils n’existaient pas. Les adultes décident pour nous ce qui est bien ou mal.

La vie, c’est apprendre à être autonome. C’est apprendre à avoir des responsabilités. Et, vous nous tenez prisonniers de vos jugements. Comme sil’amour et le plaisir ne commençaient qu’à un certain âge.

Bande d’imposteurs puisque vous prétendez parler au nom d’un dieu ! Bande de dictateurs puisque vous nous imposez vos valeurs, votre façon de lire la vie !

Si Amfèpétéléplom a un enfant, je suis capable de m’occuper d’elle et de l’enfant. Et, je m’en occuperai.

Qu’est-ce que ça peut bien vous faire qu’un jeune ait des relations sexuelles? Sera-t-il blessé parce qu’il est caressé?

La sexualité est à la base de la liberté, le chemin de l’amour. Ta libido, c’est ce qui te façonne comme individu. La façon de la vivre, c’est ta différence. Alors, pourquoi l’étouffer au nom d’un mal qui n’existe même pas ?

La sexualité est aussi la forme première de la communication. Si les gens sont libres dans leur enfance, ils auront appris à vivre dans le plaisir et ils ne seront pas disposés à s’en priver.

Pire, la liberté est ce qui permet la démocratie ; mais vous vous en fichez, tout ce que vous voulez, c’est avoir des sacrifices pour vous emplir les poches aux dépens de ceux qui travaillent. Parasites !

Pis, ça ne donne rien ! Vous ne pouvez pas réfléchir par vous-mêmes. On vous a dit que les choses sont comme ça, et voilà tout. Vous êtes incapable d’autonomie. Bande de moutons bêlants. Un jour, vous vous ferez tondre.

Pendant que Virus se vidait le cœ ur. Diogène est entré avec sa petite amie prostituée. Il s’approcha de Virus.

Diogène

Maudit que t’es beau quand tu es en colère!

Il saisit Virus par un bras et l’amena à l’autre extrémité de la pièce. Il riait comme un perdu.

Diogène

Viens. Je vais te caresser, ça va te calmer.

Virus

Je t’ai déjà dit de me ficher la paix. Si tu veux faire quelque chose de positif, viens m’aider à persuader l’assemblée du peuple que l’on est sexué, même si on est jeune. Il n’y a rien de mal à avoir des relations sexuelles quand on est jeune, car on ne peut pas avoir d’enfant. On éjacule que plus tard, donc, notre cerveau n’est pas touché.

Si on veut une morale sexuelle, qu’on l’enseigne, mais surtout qu’on dise la vérité. Quel’on parle de responsabilités et non de mal.

Diogène

Laisse tomber ! La foule est toujours quelques années plus jeune que ceux qui la composent. Une foule, ça ne réfléchit pas, ça suit celui qui gueule le plus. Tu veux une preuve ?

Déshabille-toi et viens avec moi. Nous serons trois à être nus dans la rue. Les gens ont peur de la nudité en dehors des jeux. La cité sera dans tous ses émois, je te le jure.

Virus

Ça ne me tente pas de me promener nu.

Diogène

Comme tu voudras. Moi, je le fais. Diogène ne parlait pas pour parler.

Il partit seul à l’entrée de la cité, se déshabilla complètement et prit une lanterne avant de s’avancer dans les rues, en criant :

Je cherche un homme ! Ecce homo!

Rien n’est plus sourd qu’un sourd qui veut être sourd.

Virus était encore trop jeune pour assumer qu’il y a sur terre des gens qui seront bouchés toute leur vie et qui ne feront jamais le moindre effort pour comprendre les autres. Ypontife et sa clique étaient de ceux-là. Ils croyaient justement posséder la Vérité, pouvoir interpréter la volonté des dieux, même si ça n’avait aucun sens.

L’oracle (citant une phrase de Simoneau)

En dehors de la procréation et de la responsabilité qu’elle implique, le sexe est tendresse, jeu, plaisir. (Jean Simoneau)

Malheureusement, cette sage méditation n’a pas été retenue sur les tablettes de Moïse. Si c’eut été le cas, il y aurait eu moins de frustrés en ce bas monde. Et, on cesserait de juger le comportement des autres.

Ypontife croyait que la règle doit s’appliquer sans tenir compte des situations. Il ne comprenait pas que Virus ait pu être touché par la misère de sa petite compagne dans les mines. Qu’est-ce que Virus allait faire dans une mine quand il avait Platon pour s’occuper de lui? Que trouvait-il de plus dans cette petite esclave, cet être répugnant de saleté ? Se demandait Ypontife.

Le fanatisme tient de la foi. Ypontife s’acharnait pour que l’on trouve cette foi aveugle dans la cité bien aimée.

Comment pouvait-il, avec ses couilles d’acier, comprendre l’appel de la nature de Virus? Il n’arrivait même pas à les entendre se frapper ensemble quand il courait parce qu’il était, en plus, un peu sourd.

Ypontife s’était déplacé chez Platon exprès pour lui rappeler que son fils n’observait pas les règles.

À sa surprise, Platon prit la défense de Virus et le présenta même comme la victime d’une morale sans cœur.

Platon

Vous condamnez Virus parce qu’il vit un amour que vous n’admettez pas. Est-ce de la violence quand on l’ostracise à ce point ? Qui est violent ? Se taire ne serait-il pas du masochisme pur? Se taire, c’est consentir. Est-il préférable de laisser s’installer une injustice sociale aussi flagrante?

Qui peut consentir qu’une majorité écrase tous ceux qui ne font pas son affaire ?

Ypontife pensait exprimer le point de vue des dieux. Il défendait un système devenu viscéralement corrompu et violent. Tuer n’est rien. Aimer est un crime .

Quant à Virus, il croyait que l’on ne peut plus survivre dans un tel monde, car il est normal de crier sa colère quand on se croit victime d’injustice.

Qui est le plus violent? Celui qui t’empêche de gagner ta vie durant dix ans pour des raisons sexuelles ou celui qui dénonce cet abus de pouvoir, ce geste purement abject?

Comment ne pouvait-il pas être en tabarnache puisqu’il venait de perdre son emploi ? Il risquait de ne plus jamais pouvoir en avoir un autre. Est-ce violent que d’essayer de faire comprendre son point de vue ?

Le seul problème : il aimait  une  jeune  fille  dans une société qui refuse le droit aux jeunes d’aimer. Tous étaient, d’une certaine manière, castrés jusqu’au mariage. Les prêtres du temps ont vite sauté sur la suggestion des ascètes et ont même créé une loi contre nature, interdisant le mariage chez les gars de moins de 27 ans. Les dieux permettent-ils toutes ces divagations ? Leur mettre sous le nez est-il violent ?

Virus aurait pu s’en tenir aux lèvres de Croisas, à la tendresse de Platon, mais malheur pour lui, Amfèpétéléplom lui était tombée dans l’œil. Il aurait pu se trouver un vieux Cicéron, lui tâter un peu le bâton de vieillesse et ainsi s’assurer une place confortable dans une ces institutions de la Cité ; mais il a désobéi à la règle, il a aimé une jeune fille. C’est là, son crime, son seul crime. Qui a le droit de désobéir à des lois stupides ?

Virus n’avait pas immédiatement compris que sa décision équivalait au prononcé d’une peine d’ostracisme.

L’ostracisme, c’est de ne pas pouvoir travailler ou participer à la vie communautaire, à Athènes, durant 10 ans. Il ne pouvait même pas faire de bénévolat.

Il faut être un peu fou pour accepter de se tenir debout devant une société qui s’arroge le droit de décider pour toi de ce qui est bien ou mal, surtout si tu es contre la violence.

Virus n’aurait jamais pensé que les humains sont, à ce point, mesquins. Il croyait vraiment qu’il trouverait vite un emploi. Aimer, ne rend pas inapte au travail, surtout en temps de crise économique.

Quelques semaines plus tard, il devait se rendre à l’évidence : quand il est question de liberté, on oublie vite que les minorités ont aussi le droit de croire autre chose que ce que la majorité ou le pouvoir prétend l’unique vérité. Et ce, sans nécessairement avoir tort.

Virus 9

juillet 1, 2020

Platon essaie de comprendre les femmes.

Platon

On pourrait parler un peu de mon petit Virus. Pourquoi s’intéresse-t-il aux femmes? C’est bien difficile pour un gars qui n’a jamais vécu en couple de comprendre les femmes et leurs multiples paradoxes.

Même si Platon était pour l’égalité des hommes et des femmes, il n’arrivait pas à saisir exactement ce que les femmes entendent, elles, par égalité, qu’elles semblent confondre avec le mot parité comme si elles étaient sans cesse jalouses des hommes.

Platon

Qu’on le veuille ou non, les femmes, même si elles sont égales, sont totalement différentes de l’homme. Elles n’ont pas du tout la même expérience de vie. Ce qui explique certainement cette différence de perception.

À Sparte, pendant que l’on interdisait les rencontres entre hommes, dans les tavernes, les femmes multipliaient les soupers de femmes dans les restaurants. L’égalité joue en faveur des femmes, mais elles exigent toujours un« intérêt » sur l’égalité. C’est le prix à payer. Elles exigent l’égalité, mais elles veulent toujours avoir raison. Seulement différer d’opinions avec elles correspond à un manque de respect. Heureusement, que ce n’est pas ainsi à Athènes.

Platon s’inquiétait vivement que son petit Virus décide de sortir de la normalité plus que jamais et de se comporter en hétérosexuel, sans respecter les exigences de l’âge pour se marier.

« L’amour n’a pas d’âge», prétend Virus. Juste penser ainsi, c’est déjà te mettre la société à dos.

Croisos

On sait que la raison du plus fort est toujours la meilleure, alors pourquoi ne pas aimer ses petits compagnons comme tout le monde ? Pourquoi vouloir vivre autrement que les autres ?

A Sparte, les restaurants sont vite devenus les tavernes modernes pour femmes. Une question de pouvoir. Elles parlent de choses que l’homme ne comprend pas : leurs grippes, leurs seins, la beauté perdue ou à améliorer, selon le poids.

A force de profiter des largesses de la nature, on en vient à se demander qui sont les enfants gâtés. Pourquoi chercher à être beau serait-il un péché? C’est quand même mieux que la peur de son sexe ou la paranoïa face à l’étranger !

Dans le cas d’un homme, chercher ce retranchement avec ceux du même sexe, ça devient de la discrimination. Pourquoi est-ce que les femmes appellent ça pour elles l’égalité des sexes? Serait-ce que les hommes, parlant moins longtemps de leur corps et leur santé, n’ont pas autant besoin de lieux spéciaux pour le faire ?

Avant la rencontre féministe se faisait surtout dans les bains. C’était, selon leurs dires, le seul endroit où elles pouvaient être nues sans rendre les hommes fous.

Platon

La réputation du mâle hétéro repose sur son incapacité à se retenir quand il voit une belle femme.

lvoiloin

Comme un certain Freud l’affirmera plus tard, certaines femmes ne peuvent pas accepter de ne pas avoir un pénis. Elles confondent leur intérieur à une basilique. D’autres s’imaginent que leur clitoris est aussi performant qu’une belle queue. On peut difficilement parler d’égalité en longueur, sauf qu’on ne sait pas qui l’emporte en intensité de jouissance. La jalousie est pire que l’orgueil.

Platon

À vrai dire, n’ayant jamais eu de clitoris, je peux difficilement dire qui a raison. Une chose est pourtant certaine : un hétéro ne peut pas se passer du sexe féminin. Les femmes sont leur raison de vivre.

Croisos

Contrairement aux autres animaux, les mâles humains sont presque toujours en rut. La descendance est importante pour la survie de l’espèce, mais à cette vitesse, un jour, on souffrira de surpopulation.

Tite Tite sortit de la chambre en pleurs, alors que Virus essayait de lui faire comprendre qu’il ne voulait rien d’autre que la protéger en allant travailler à la mine, en attendant de trouver une autre solution.

Virus était prêt à mourir pour sauver son amour. Juste choisir une aussi jeune fille dans un monde pédéraste, c’était courir au minimum à l’exil.

La folie de l’intransigeance de la majorité envers les minorités existe depuis et pour toujours. La loi du plus fort dominera toujours, même si Diogène prêchera que le droit des individus doit l’emporter sur celui des majorités ou des droits collectifs.

Mais, à la grande surprise de tous, le point de la présente mésentente dans le couple était cependant tout autre.

Pauvre Virus ! Tite Tite tenait par-dessus tout à ce qu’il porte des bas de couleurs pour aller travailler. Virus, au contraire, se sentait plus confortable avec des bas blancs. Une imbécillité ! Mais, pour les femmes, c’est bien important.

Diogène (témoin de la scène)

Va donc voir pourquoi les femmes sont aussi pointilleuses sur de telles niaiseries.

On a plus de chances, en sondant tous les secrets de l’univers, à trouver une explication que d’essayer de comprendre les caprices féminins.

Virus trouve une solution.

Virus était toujours inquiet quand TiteTite allait travailler. Qui sera son contremaître ? Comment se comportera-t-il avec elle ? Virus savait que le patron avait tous les droits sur ses esclaves. Comment vivre sans anxiété ? Pire, il avait peur de lui-même, connaissant son absence de maîtrise quand il est en colère. Que ferait-il si elle était maltraitée?

Il s’arrangeait toujours pour travailler près d’elle, prêt à intervenir  au moindre problème,  car, son statut de citoyen lui donnait le pouvoir d’intervenir et de dénoncer celui qui la maltraiterait. Même s’il n’y avait pas de syndicat, l’opinion publique exigeait que les esclaves soient bien traités, étant donné le besoin de main-d’œuvre. Tout citoyen pouvait dénoncer quiconque agissait mal. Virus profitait donc d’être citoyen.

Virus crut avoir trouvé la solution. Il retourna à la maison et demanda à Platon de lui parler seul à seul. Il expliqua à son maître comment il pensait sauver Tite Tite de Jesuitonboss, le contremaître responsable de la mort de ses frères. Elle avait jadis une petite particule de noblesse, ce qui pouvait lui valoir des privilèges.

Virus

Vous me prêtez dix oboles et je l’achète. Ce soir, nous irons chez Zeus offrir mes remerciements et officialiser que Tite Tite, est mon esclave.

Platon savait qu’accepter pourrait signifier des tonnes d’ennuis, car la petite devrait dorénavant vivre chez lui. Une jeune femme chez lui en permanence, qu’est-ce qu’on dira? C’est bien évident que tous les responsables religieux exigeraient de lui faire trancher la tête. Mais Platon aimait tellement Virus qu’il ne pouvait pas s’interposer dans le choix de son orientation sexuelle, ni le forcer à partir de la maison parce qu’il est trop jeune pour avoir une épouse.

Quels que soient les problèmes, Platon décida d’y faire face et il obtempéra pour la solution de Virus, à la condition qu’elle ne soit pas en même temps dans les pièces de la maison où se trouveront les mâles.

Qu’il sache que Virus n’obéit à aucune loi, c’était son problème : mais si d’autres l’apprenaient, cela pourrait signifier la perte du domaine et l’expulsion de la ville.

Platon se savait aimé par tous les grands de ce monde, mais il savait que pour t’aider à fuir un scandale, tes meilleurs amis n’existent plus.

Virus organise un grand party.

Pour fêter sa nouvelle responsabilité, si on peut dire, Virus organisa un grand party chez Platon.

Tout le monde était invité, sauf Ypontife, car celui-ci était prêtre chez Apollon, et non, chez Zeus.

La concurrence était une raison suffisante pour l’écarter. Dans cette compétition entre les dieux, l’opulence des temples marquait le rang du dieu ou de la déesse honorée.

Tous les temples avaient leurs sacrifices d’expiation, de remerciements, ou autres, ce qui leur permettait de vivre grassement. Les religions étaient les commerces les plus payants, grâce à la foi.

Inviter Ypontife, c’était risquer de voir le party tourner en escarmouche religieuse. Les prêtres déçus oublient très vite les commandements de l’amour du prochain.

La soirée commença par la présentation de sa petite protégée, mais à la surprise de Platon, Virus l’avait inscrite sous un nouveau nom : Amfèpétéléplom. En changeant de nom, la petite pouvait maintenant échapper à toutes les règles applicables à une esclave. Dorénavant, elle avait officiellement le statut d’épouse, puisque Virus avait la bénédiction de son temple et payé pour que soit officialisé ce mariage.

Avec un nom pareil, personne n’avait à se demander pourquoi un aussi beau petit gars avait des goûts aussi contre nature.

Amfèpétéléplom se présenta avec un voile. Elle n’était pas musulmane, mais elle avait peur que le patron de Virus la reconnaisse et qu’elle ait ensuite de la difficulté à continuer à travailler à la mine, parce qu’elle devait, comme épouse, habiter la maison paternelle.

Avoir les cheveux libres, à la mine, c’était accepté pour une esclave ; mais jamais pour une femme libre. Titus Paulus des marais était beaucoup trop conservateur pour accepter une telle révolution. S’il péchait, ce ne saurait pas su, car l’esclave n’avait aucun droit, sauf obéir.

De toute manière, les gens ne se mariaient pas parce qu’ils s’aimaient; mais bien pour la dot.

Le mariage était une transaction financière comme dans bien des sociétés chez qui la femme n’est rien.

La prospérité résidait bien plus dans la grosseur du troupeau que dans la beauté de ses femmes ou de ses amants. D’ailleurs, à 27 ans, on ostracisait tous les homosexuels qui osaient prendre la place de la femme. Le passif était aussi haï que le pire des truands.

La beauté n’avait d’importance que dans les relations pédérastes, car elle affichait le bon goût du vieil homme. L’objet premier de la pédérastie, aujourd’hui, amourajoie, était la beauté du garçon. Il ne s’agissait pas seulement de la beauté physique, mais aussi du caractère, des vertus vécues par le jeune à la recherche de son mentor pour parfaire sa personnalité. C’était vraiment une  communication profonde et instantanée entre les atomes de chacun, formant le couple pédéraste.

On préférait aussi avoir un gars dans la famille parce qu’un gars peut mieux aider aux travaux. De plus, il n’y avait aucun problème pour la succession.

Diogène portait son baril « bien collé », à cette occasion. Il espérait ainsi profiter au maximum des invités, en leur montrant tous ses atouts . Il passa d’ ailleurs une grande partie du temps au gymnase de l’Académie où les petits amis d’Amfèpétéléplom s’exerçaient à la lutte, nus, bien évidemment. Les jeunes n’avaient pas encore appris à avoir honte de leur corps. Diogène en bavait comme un chien devant le squelette d’un dinosaure.

Les menaces d’Ypontife.

La nouvelle que Virus avait sauvé une petite esclave, qu’il en était non seulement devenu le propriétaire, mais le mari, grâce au temple de Zeus, ne tarda pas à se rendre aux oreilles d’Ypontife, en prière dans le temple d’Apollon.

Une véritable tornade se déplaça immédiatement vers la maison de Platon.

A son arrivée, le grand prêtre enleva à nouveau sa tunique pour marquer sa colère; mais cette fois, il s’était fait poser des testicules artificiels en cuivre pour éviter les sarcasmes.

Ypontife (s’adressant à Platon)

Dis-moi que c’est faux. Comment peux-tu accepter qu’un de tes petits amants te manque assez de respect pour préférer une petite fille ?

Platon

Pourquoi Virus me manque-t-il de respect? Il m’a demandé ma bénédiction et je lui ai accordée. C’est normal. Un père qui aime ses enfants ne choisit pas pour eux leur orientation sexuelle. Virus aime Amfèpétéléplom à la folie. Si je le respecte, je veux qu’il soit libre. Ni moi, ni la cité n’avons le droit de lui imposer notre manière de voir et de vivre.

Ypontife

Ce n’est pas la règle. Un petit gars doit aider son père jusqu’à 27 ans et ne pas prendre épouse avant cet âge. Jeune, il a des obligations envers sa famille d’abord. S’il a d’autres talents, il doit trouver le maître qui lui permettra de se développer au maximum. La pédérastie sert justement à former le jeune garçon, selon ses propres talents.

Platon

Mais, il y aussi l’amour. Que faites-vous de cette force qui nous anime depuis toujours? Que faites-vous du changement profond qui se produit en lui et qui l’amènera vers la personne qu’il aimera le plus ? Les sentiments font partie de la réalité humaine.

Ypontife

Quelle horreur ! C’est à la cité, puis à sa famille, qu’un jeune doit obéissance. Qui est ce garçon pour qu’il puisse choisir s’il préfère une fille ou un autre garçon ? Il est bien trop jeune. Tout est question d’obéissance à l’Autorité.

Platon

Si un garçon ne peut pas choisir son orientation sexuelle vers 10 ans, soit avec l’arrivée de la préadolescence, sous prétexte qu’il n’en est pas encore capable; pourquoi serait-il assez mûr pour pouvoir choisir le dieu qu’il servira le reste de sa vie ?

Pourquoi les religions les forcent-il à participer à des rites à partir de l’enfance ? En quoi cette éducation religieuse est-elle différente d’un lavage de cerveau puisque jusqu’à 10 ans environ, le jeune apprend et agit en imitant ses parents? Comment peut-il être autonome, si les adultes décident tout pour lui ?

Ypontife

Il faut le protéger.

Platon

De qui? Prétendre qu’être sexué est le mal, n’est-ce pas un moyen pour les religions de créer une empreinte indélébile chez l’enfant pour qu’il soit toujours le serviteur du dieu de ses parents ? En prenant cette voie, les religions ne respectent pas les individus.

Et comme le disait Socrate, les droits individuels doivent prévaloir sur les droits collectifs. Pourtant, l’État s’arroge le droit de décider du bien ou du mal, sous prétexte de protéger les enfants. On enlève ainsi le droit du jeune à sa propre vie, on choisit pour lui, on lui impose une manière de penser. C’est de l’esclavage mental et moral. Cela contrevient à la Charte des droits.

Quand on accuse un adulte d’une relation inappropriée plus de 20 ans plus tard, comme on le fait dans de nombreux procès, essaie-ton vraiment de protéger les enfants? N’est­ ce pas plutôt un acte de vengeance pour imposer une morale ? D’où le besoin absolu de la censure pour que personne ne se rende compte de la stupidité de l’argument de la protection.

Virus 8

juin 30, 2020

Diogène sème la pagaille.

Ypontife déchira sa chemise: une longue robe en soie.

Diogène y vit immédiatement une nouvelle mode « le tonneau-tissu en longueur».

Les témoins oublièrent vite la focalisation obsessionnelle de Diogène sur la mode quand ils se sont rendu compte qu’Ypontife s’était fait couper les couilles.

Platon

Mais, qu’est-ce qui vous est arrivé? Vous avez la voix bien trop grave pour être un eunuque, êtes-vous vraiment un homme?

Ypontife

Minute!

Ypontife, pour prouver sa virilité, se la tâta quelques secondes. Et son grand mollusque se retroussa vite la tête. Le bout du gland s’entrouvrit, tant il avait besoin d’air.

Diogène demanda la permission de vérifier s’il s’agissait d’un membre authentique. Ce fut la première auscultation médicale du genre. Les yeux tournés à l’envers, Diogène se contenta de dire : « Il faudra venir et approfondir la recherche dans mes appartements privés. »

Effectivement Ypontife, bâti comme il l’était, aurait pu endommager bien des trous-de-cul.

Heureusement, son rang l’obligeait à l’abstinence. Et comme ceux qui sont privés de plaisir, il essayait d’empêcher les autres d’en avoir. Il étendit la règle, dès qu’il devint supérieur à son tour.

Fini le droit d’accepter la tentation. Il apporta une modification dans les normes monastiques : plus de baise, même avec les novices. Et, avec la jalousie, s’installèrent les rêves nocturnes qui furent interprétés comme des visions diaboliques. Le diable était né. Car, le mal peut seulement prendre racine chez ceux qui voient du mal partout.

Malgré tout, Ypontife se contentait de quelques pipes annuelles afin de demeurer heureux, car, sans sexe, un humain est un être dégénéré.

On ne peut pas se passer de tendresse et d’affection et, qu’on le veuille ou non, ça ne se manifeste pas seulement en buvant une bière ou en se faisant couper les cheveux. Il faut…

Aristote

Pourquoi en êtes-vous arrivé là ? Le sexe est une nécessité vitale. C’est une des merveilles de la création. Qui peut créer une machine capable de se reproduire ? C’est mépriser Dieu que de mépriser sa création. Lucifer a commis le premier acte de rébellion en refusant de reconnaître la création de l’homme, n’est-ce pas?

Ypontife

C’est une vieille histoire.

Je travaillais avec le grand supeneur suprême du sanctuaire de Delphes, dans un petit village. J’avais peut-être onze ans. J’ai aperçu la plus magnifique des sirènes. Et, à cet âge, on commence à entendre l’appel de la nature, quoiqu’en pensent les idiots qui croient que la sexualité naît à minuit, le jour où tu as 16 ans. Mon supérieur religieux s’en est aperçu. Il en fut jaloux. Il fit croire qu’en ayant été circoncis trop tard, les spermatozoïdes avaient eu le temps de sécher en moi et de créer une infection à l’intérieur de mon scrotum. (Au Québec, on appellera cette partie du corps, d’un bien plus beau nom : « la poche ». Évidemment, les âmes faibles crient au « vulgaire », une façon hypocrite de ne pas en parler, car aucun jeune ne sait ce qu’est le scrotum).

Il affirma que pour me sauver la vie, il fallait me débarrasser de ce contenu diabolique.

Coupable d’avoir menti, il commença à croire que tous les autres jeunes devraient être castrés dès leur entrée au sanctuaire, mais les autres prêtres s’y opposèrent.

Il fit en sorte que l’on me coupe les couilles pour me rappeler que la femme est la source par excellence du péché. Pas de couilles, pas de tentations, pensait-il, maladivement.

Ce pauvre con ne savait pas qu’on a des rêves pour se débarrasser, nous les gars, du trop-plein de création. Alors, une fois par semaine, il venait vérifier si mon sac était bien vide. Je dois avouer qu’il mangeait bien. J’arrivais à jouir, malgré mon infirmité. En fait, je fus un petit juif avant le temps, mais on n’avait pas arraché la bonne partie.

Aristote

Qui était ce malade? Existe-t-il encore ?

Ypontife

Il est mort, mais il reviendra dans une autre vie. Il sera psychiatre.

On l’appellera le Dr Mailloxe, Cailloux ou Mailloux, quelque chose du genre. Il sera tellement hanté par ses vies antérieures qu’il voudra faire couper les couilles à tous les pédophiles du Québec. Plus fou que ça, tu meurs.

Vous ne me croirez pas, mais dans cette société de dégénérés, fidèle aux Romains, la pédérastie sera interdite. On prétendra même que c’est anormal.

Les féminounes 5 feront interdire les textes osés, comme les curés leur avaient imposé cette censure auparavant. La stupidité se transmet. Le scrupule est une maladie dégénérescente à travers les siècles. On l’est un peu plus à chaque génération.

Diogène

Y a seulement les religieux pour inventer des conneries du genre. Quel pays pourrait être assez arriéré pour avoir peur ainsi de la sexualité ?

Yvoitou

Ce sera l’œuvre du temps, mon cher Diogène. Avec le temps, les hommes inventeront de nouvelles religions et les récits bibliques seront déformés. Ainsi, pendant des milliers d’années, on préférera la guerre à l’amour. Les droits d’identité et d’authenticité ne viendront que dans plusieurs milliers d’années.

La connaissance de soi est très lente chez l’homme. Il faudra d’abord abolir l’esclavage et reconnaître l’égalité homme femme. En fait, briser tous les tabous inventés par les religions. Quand l’individu sera le seul à décider de sa sexualité, on n’aura pas à prêcher la tolérance des différentes orientations. Chaque individu décidera lui-même de ce qu’il aime ou n’aime pas en matière de sexe. Il sera assez intelligent pour savoir que la sexualité est une reconnaissance de ce que l’on est profondément.

Platon

Qu’est-ce qu’on peut faire maintenant que vous nous avez dit ça?

Diogène

Je pense que je vais retourner dans la rue, car j’ai bien des petites pipes à tailler, mais ne craignez rien, je ne ferai jamais souffrir un de mes petits. Ils ne souffrent pas, ils jouissent. Je ne suis pas assez pervers pour imposer mes désirs. Je veux que le jeune continue de m’aimer après. S’il aime ça, il en redemandera.

Aristote

La perversité, c’est d’interdire le plaisir, sauf s’il y a violence, domination et intimidation. Le plaisir ne peut exister que dans la liberté et la complicité. Interdire le plaisir introduit la frustration qui, elle, appelle à la violence.

Ypontife

Vous oubliez le pire : la cupidité. C’est la cupidité qui est à la base de la formation des classes sociales.

L’œil de l’avenir

Pour venir en aide à Ypontife, son collègue Yvoiloin se présenta à la porte, accompagné par son grand ami Ifaclair. On prétendait que ce dernier était un des gars les plus lucides du pays, même si son orientation politique tendait vers la gauche.

Ifaclair pouvait démasquer facilement le petit côté toujours caché dans l’ombre.

Platon commençait à trouver que ça faisait beaucoup trop de visiteurs; mais il savait qu’on peut devoir expier durant des décennies le péché d’avoir manqué d’hospitalité. Plutôt que de courir le risque, autant ouvrir les bras.

Après tout, Yvoiloin avait la réputation d’être celui qui franchit tous les murs du temps. Il avait déjà compris que l’évolution humaine compte autant de périodes de grande liberté que de régressions.

« Plus la peur est profonde ; plus l’ignorance brille », répétait sans cesse Yvoiloin.

Selon Yvoiloin, le cerveau humain ne change pratiquement pas, à moins d’y être forcé.

<< L’homme deviendra maître de la  technique,  dit-il, mais sa psychologie demeurera infantile pendant des siècles, tant qu’on croira aveuglément dans les religions.

Les religions, c’est la peur. Les religions sont la cause première de toutes les guerres, car elles exercent leur pouvoir avec l’aristocratie et l’oligarchie. La foi est aveugle. Et les religions sont insatiables de pouvoir. Les religions combattent la nature humaine réelle et profonde, en rejetant le droit à une sexualité individuelle. »

Aristote

Vous arrivez bien, nous essayons justement de voir ce que le futur nous réserve. Est-il vrai que l’orientation sexuelle deviendra un atout majeur dans l’organisation future des sociétés?

Yvoiloin

Définitivement. Un jour, on reconnaîtra, ayant compris l’évolution de l’homme, l’égalité entre tous les individus.

Cette reconnaissance transformera les religions, qui devront cesser de se mettre le nez dans les sous-vêtements de tout un chacun. Ils devront reconnaître leur ignorance dans le domaine sexuel et se contenter de prier.

On reconnaîtra que la liberté sexuelle est l’élément fondamental de la liberté et de la vie privée de tout individu. Et, pour cette raison, essayer d’intervenir sur l’orientation sexuelle d’un individu deviendra un crime.

Non seulement l’individu pourra dès son enfance apprendre à reconnaître sa nature profonde, mais cette égalité reconnue comme un principe fondamental fera en sorte qu’il n’y aura plus de ségrégation entre un homme et une femme, entre un blanc et un type de couleur, entre un jeune et un vieillard. J’aime ou je n’aime pas sera la règle d’or. Le droit fondamental de tout individu reposera sur la responsabilité de ses actes. Ainsi, le respect de l’autre sera une vertu fondamentale et juridiquement obligatoire.

On comprendra qu’aucun individu ne peut s’identifier à partir de la sexualité sans être catégorisé, ce que les gens du futur refuseront. Être féministe ou gai est une forme de discrimination, tout comme être hétéro, parce qu’il s’agit d’une catégorisation. La sexualité est un moyen pour se réaliser et non pas un instrument d’identification.

La vie sexuelle est plus vaste qu’une simple expérience. Il ne peut y avoir d’amour sans tendresse et affection. Aimer exige de connaître l’autre, de l’accepter comme il est, sans vouloir le changer. Aimer, c’est une forme d’admiration. C’est d’être parfaitement bien ensemble.

Platon

« Connais-toi toi-même», comme disait Socrate. Une connaissance qui prouve que tous les individus sont fondamentalement égaux, même si certains sont plus intelligents que d’autres.

Nous fonctionnons tous de la même façon, cependant, nous ne réagissons pas tous de la même manière. Nous sommes tous des individus uniques et différents. Cette règle nous amène à voir qu’il y a l’égalité; mais que l’égalité existe dans la différence. Aucun individu n’est exactement une copie conforme de l’autre. Fort heureusement!

Yvoiloin

Le plus grand changement s’opérera quand les états décideront que la liberté sexuelle est un droit fondamental, un droit autant pour les jeunes que pour les vieux ; mais ce droit exige la non-violence, l’absence de domination ou d’intimidation et le consentement mutuel.

Le meilleur moyen pour savoir si un geste sexuel est libre est de se demander s’il a apporté du plaisir.

La bigoterie est une forme de discrimination qui animera les communautés, tant que l’homme sera aveugle.

Ypontife

Il faut faire attention et ne pas tout rejeter. La prière n’a jamais fait de mal à personne, bien au contraire.

Les religions sont capables de grandes choses quand elles sont vécues sans intransigeance et avec sincérité. Quand elles prêchent l’amour et la charité, elles sont sublimes. Quand elles s’occupent de leurs affaires, soit du rapport de l’homme avec Dieu, elles jouent un rôle absolument positif.

Ifaclair

La religion permet une certaine mainmise sur l’inconscient. Ce qui compte fondamentalement dans nos

actions, c’est l’intention. La sincérité et la vérité sont essentielles à l’évolution.

La transmission du savoir.

Pour la première fois, on se demanda pourquoi on transmet la peur et la guerre plutôt que la simplicité et l’amour.

Aristote

La valeur d’une civilisation repose sur la transmission de son savoir et de ses valeurs. Il y a bien évidemment l’arme préférée de tous : la foi et la religion.

L’avantage avec les religions, c’est qu’on peut enseigner n’importe quoi sans avoir à le prouver. Il faut croire aveuglément parce qu’aucune autre façon de voir la vie ne s’offre à nous. Elle repose sur ce qui a été dit avant et accepté comme la vérité et la meilleure explication de notre existence sur cette terre.

La religion est en compétition avec la science parce qu’elle refuse de reconnaître ses erreurs. Plutôt que de se remettre en question, elle préfère éliminer ceux qui ne partagent pas son point de vue.

Les religions sont sclérosées. Elles n’évoluent pas, parce que le changement remet leur domination en cause. La meilleure preuve est la résistance à la féminisation. Pourquoi, selon les religions, une femme est-elle inférieure à l’homme ? Pourquoi les mouvements féministes s’inclinent-ils devant les religions, alors que l’égalité entre les êtres humains devrait être la pierre angulaire des nouvelles générations? Les femmes ont-elles peur ou ont­ elles honte de ne pas être un homme ?

« Il n’y a pas d’hommes, il n’y a pas de femmes, il n’y a que des humains» avait écrit Jean Simoneau, quand il se croyait poète.

Les religions ont essayé de saper toute l’estime que les femmes ont pour leur sexe.

Ifaclair

De toute manière, elles seront un jour numériquement majoritaires et laissez-moi vous dire que l’égalité n’existera pas davantage, car elles voudront se venger des mâles.

Les féminounes seront les as de la censure.

Aristote

La force de l’aliénation est la base même de la censure. L’autocensure est la pire des censures. Elle ne demande aucun effort aux autorités pour s’appliquer. Elle règne en roi sur chaque individu.

Une telle censure ne peut être inscrite dans l’esprit qu’étant très jeune, parce qu’alors on est un parfait carbone de la pensée de ses parents. Voilà pourquoi on veut absolument enseigner la religion aux enfants ; même s’ils n’ont pas encore le développement intellectuel pour prendre une décision.

Toutes les religions sont basées sur le lavage de cerveau durant l’enfance et la haine du sexe.

Les conventions sociales permettent ensuite de rendre les règles religieuses intouchables. Elles les polissent. Elles donnent un air de« C’est ainsi parce que c’est ainsi. Tout le monde le fait, fais-le donc.»

Platon

Il n’y a pas que la religion. On peut physiquement donner naissance à un autre être ; mais on le peut aussi sur un plan spirituel.

Être amourajeux, c’est choisir l’aspect amoureux d’une relation. Non seulement j’aime le jeune, pour ce qu’il est présentement, mais je m’occupe aussi de ce qu’il doit devenir. Je le forme . Je veux son bien le plus absolu.

Ypontife

Définitivement, mais cet amour, n’a pas à se manifester physiquement. C’est plutôt émotif, intellectuel.

Diogène

Mais aussi, physique. Il ne faut pas avoir peur de la réalité. Sans violence, sans domination, rien ne peut être interdit. Rien n’est mal dans la sexualité. Le mal en sexualité est une pure invention religieuse. Ça n’existe que dans les esprits tordus.

Cette notion a été appuyée ensuite par les bourgeois qui veulent se montrer supérieurs aux pauvres et aux esclaves.

La morale sexuelle permet de maintenir les clans et les classes sociales. Elles justifient le racisme, toutes les discriminations, ainsi que le jugement des autres. Elle est la source de tous les orgueils. « Moi, je ne suis pas un tel pécheur.»

Platon

Ainsi, l’orientation sexuelle est un faux problème. On peut être tout à fait vertueux en étant tout aussi bien gai, amourajeux, transsexuel, hétérosexuel, bisexuel. Le choix ne nous appartient pas vraiment. On naît avec notre orientation sexuelle, sans avoir un mot à dire. Tout est dans la qualité de notre relation au monde, dans sa manière de vivre son orientation sexuelle.

Yvoitou

L’orientation sexuelle vient de nos gênes, sur lesquels on n’a absolument aucun choix. Ils sont ce que l’on est vraiment, fondamentalement.

Platon

L’important, ce n’est pas qui on  aime ; mais  comment  on aime ? La liberté est une forme exigeante de responsabilité. Plus un homme est conscient, plus  il  est  libre. Plus il doit comprendre ce que produiront ses gestes.

Diogène

On ne peut quand même pas passer notre vie à se demander si le geste qu’on va poser aura une répercussion positive dans l’avenir.

Platon

C’est bien évident, mais le geste que nous posons aujourd’hui crée le karma des gens à venir. Si nous transmettons la paix comme une valeur fondamentale, les lois seront édictées de manière à garantir que la paix règnera sur les prochaines générations.

L’idéal est une direction à suivre, un but à atteindre. C’est quand même un des aspects positifs des religions. Vouloir s’améliorer.

lvoitou

Malheureusement, les religions ont une telle obsession du sexe ; que tout en dehors du sexe est oublié. Cette obsession permet de ne pas voir les cochonneries que nous font vivre ceux qui nous dirigent.

C’est justement là qu’est le problème. L’histoire de l’humanité sera presque celle des guerres de religion.

5 – Féministes obsédées par la sexualité des femmes et des enfants. Nelly Arcand parlait de famille pédophile.

Virus 7

juin 29, 2020

Virus entre à la maison.

C’est dans cette atmosphère païenne que Virus entra à son tour, en toute hâte, chez Platon.

Malheureusement, pour lui, la maison était pleine de visiteurs.

Il chercha à dissimuler sa petite amie pour se rendre à sa chambre sans être trop remarqué.

Mais, le vice ne peut pas passer inaperçu, l’oracle sentit le mal et ne put s’empêcher de crier :

Oracle

« Le petit Christ de vicieux. Il est avec une femme ».

Drôle de hasard, Platon recevait aussi le grand prêtre des grands prêtres, Ypontife. Inutile de dire que le grand prêtre se retrouva immédiatement aux aguets.

Ypontife (envisageant Platon)

Comment les dirigeants d’une nation peuvent-ils garantir l’ordre, si leurs jeunes ne respectent pas la règle de base de cette société : un homme, c’est un homme ; on vit entre hommes, sauf pour la procréation.

Oracle

Ce désordre n’est-il pas déjà le signe qu’un jour les Romains domineront la Grèce, laissant les femmes s’abreuver du pouvoir. L’Empire romain ne sera-t-il pas l’époque où les mères tueront les fils?

Sentant la présence d’une femme, Ypontife n’en finissait pas de renifler.

On aurait dit qu’un nuage électrique lui  entourait  la  tête. Un flot de rage éclaboussait chacune de ses paroles. La haine déboulait de sa bouche avec grand fracas. Il avait les yeux sortis de la tête. Ils « flashaient » comme des lumières d’arbr e de Noël ou de stroboscope.

L’ayatollah s’en prit à Virus et son amie Tite Tite, puisqu’en Grèce, il était anormal qu’un gars aime une fille à cet âge.

Ypontife savait que ce présage« Virus – Tite Tite » était signe d’un renversement des valeurs. C’était, selon lui, la fin de la gloire de sa nation.

Alexandre le Grand porterait-il la mort de la Grèce sur ses épaules ou serait-ce ce petit poison qui s’attaquait à la jeunesse: l’amour des femmes?

Cet amour était devenu une pandémie. Le devin croyait qu’un tel phénomène ne peut pas survenir sans que la terre change totalement sa loi principale : « Le pareil attire  le pareil ». Pourquoi les atomes nous forceraient-ils  à  croire que « le semblable attire la différence » ?

Si nous sommes les électrons et les protons, se disait Ypontife, qui venait d’entendre une présentation sur les atomes, qui est le noyau? Un homme ou une femme? Ou les deux, selon sa nature? Un homme peut-il avoir un corps de femme? Un homme peut-il devenir aussi capricieux qu’une femme ?

Chose certaine, l’homme peut être aussi jaloux que la femme, car, certains sont assez fous pour tuer par jalousie. Il n’y a pas que la schizophrénie qui soit de la folie.

En fait, les Grecs d’alors étaient juste un peu moins fous qu’aujourd’hui, depuis que nos gouvernements empêchent les jeunes d’être eux-mêmes et de vivre leur sexualité, sous prétexte de les protéger.

Pour les adultes, les jeunes sont innocents. Innocents peut-être, mais ils ressentent, comme tous, les appels de la nature. Malheureusement, les religieux ont décidé qu’il faut dompter la nature, mais un jour, la nature reprendra bien ses droits. Qui sont les véritables innocents ? Serait-ce les idiots qui propagent leur ignorance ?

Au moins, l’amoura joie 4  était normale à cette époque.

Chez les garçons, elle servait d’école de vie. Plus le vieil amant était riche, distingué, en plein pouvoir, plus le jeune était chanceux d’avoir été choisi par lui. Un jeune qui voulait connaître un métier, devenir un artiste, être un lutteur de renom, n’avait qu’à savoir intéresser un vieux qui avait déjà une grande renommée dans le domaine convoité. S’il devenait son serin, il avait la garantie d’obtenir toutes les leçons requises pour dépasser son maître. Le savoir était l’héritage. Comme disait Platon : le pédéraste est un créateur d’âmes. Il module l’avenir.

Quant aux filles, puisque la mère était la régente de la maison, elles avaient quotidiennement l’exemple de quelqu’un de dévoué et capable de répondre à toutes les questions. Malheureusement, l’égalité entre les hommes et

les femmes n’existait pas encore. On en était toujours à l’esclavage. Il faut se rendre à Nantes, en France, pour voir comment l’esclavage était jadis important. Aujourd’hui, l’esclavage est aboli, mais les camps de réfugiés replacent la misère au centre de la vie de millions d’individus. Est-ce mieux?

De toute façon, dans la Grèce Antique, on n’aimait pas les femmes, elles servaient seulement à garantir une descendance et à administrer la maison pendant que l’homme s’occupait des choses sérieuses: la guerre, la politique, l’argent.

Même qu’un jour, les femmes en eurent assez de la guerre parce qu’elles étaient fatiguées du veuvage, elles forcèrent alors leurs hommes à déserter les armées. Pas de sexe, sans la paix. Et, ce fut le début de la fin del’empire grec.

Ypontife n’avait pas besoin de cocaïne, il sentait le danger.

Ypontife (parlant à Platon)

Vous n’avez pas honte. Qu’est-ce qu’un gars qui n’a pas encore 27 ans fait avec une petite métèque, une Perse, peut­ être? Une esclave pour sûr ! Quelle honte !

Ypontife (se tournant vers Virus)

À ton âge, Minus, on aime ses pareils, on aime les gars, les gars seulement, des g.g.g.gaa.a.a.r.r.r.s.s.s. Les femmes ne sont pas faites pour les petits gars, même pour toi, Minus. Serait-ce que le péché s’attaque maintenant aux enfants?

Virus

Virus. Virus, pas Minus.

De quoi vous mêlez-vous ? Ce qui se passe entre moi et Tite Tite ne vous regarde pas. Ce n’est pas parce que vous vous pensez branché avec les dieux que vous pouvez nous dire comment vivre.

J’ai le droit d’aimer une fille ! Les humains sont égaux, malgré leurs différences. Tite Tite est la flamme de ma vie. Nous nous adorons. Qu’est-ce que ça change pour vous?

Je travaille, moi, je gagne honorablement ma pitance. Je ne suis pas un religieux. Je ne me fais pas vivre par les autres. Ma liberté, je la gagne et je l’assume. Je suis un travailleur de la mine des marais et j’en suis fier. Regardez ces mains, elles ne sont pas inutiles.

Tite Tite a perdu ses frères à la mine dans un accident organisé par le patron. Elle est seule au monde ; maintenant , elle peut compter que sur moi. Je vais vivre avec elle. Tous les deux, nous nous achèterons notre lopin de terre et nous serons heureux parce qu’on ne devra rien à personne . On pourvoira seuls à nos besoins.

Ypontife

Quelle honte ! Quel sacrilège ! Vous vous exposez au péché de la chair.

Diogène

Qu’est-ce que vous racontez? Les péchés de la chair, ça n’existe pas. C’est une invention religieuse pour établir une mésestime de soi chez tous les êtres humains. C’est un moyen de forcer les gens à se croire pécheurs.

C’est payant pour les religions d’amener tout le monde à devoir se racheter pour échapper à la culpabilité d’être humain. Ma mère m’a dit que les religieux seraient mieux de s’en tenir à la lecture de leurs textes sacrés plutôt que de les interpréter et y joindre toutes leurs phobies, pour ne pas dire leur folie.

Tite Tite (qui se sentait libérée)

Croyez-vous réellement qu’un enfant puisse naître dans un état de péché ?

Ypontife

Silence ! Les femmes sont responsables du mal sur terre. Elles le portent dans leur sang. Elles n’ont rien à dire.

Diogène

C’est faux. C’est une des bêtises enseignées par les religions. Je suis gai, mais je respecte les femmes. J’ai même ma part d’amour avec elle.

Platon

Tite Tite a raison. C’est de la démence de croire qu’un enfant puisse avant de naître commettre un péché. Un enfant imite les adultes. Un enfant ne peut pas connaître le mal. Il lui apparaît à travers la vie. Pour le petit, la sexualité est strictement une différence physique qu’il ne comprend pas, d’où sa curiosité. C’est ainsi jusque vers six ans. De six ans à environ dix ans, c’est l’indifféren ce totale envers le sexe.

Ce sont les adultes qui sont assez pervers pour croire qu’il faut leur cacher la vérité. Ce sont les adultes qui ont commencé à prétendre que la vérité a quelque chose de vulgaire.

Virus

Les adultes sont simplement trop hypocrites pour se rappeler comment ils se sont découvert les uns, les autres. Pour un enfant, le sexe n’est que curiosité, un jeu comme les autres, un sujet interdit par les adultes. Ils ne savent pas et ne comprennent pas pourquoi c’est si important chez les adu ltes. Les adultes y attachent une telle importance, qu’à leurs yeux d’enfants, ce doit être affreusement grave.

Les jeunes ne peuvent percevoir la sexualité qu’à travers des jeux d’imitation, de curiosité. Il en est ainsi, strictement parce qu’ils ne sont pas encore envahis par les hormones, la testostérone ou tout ce qui influence les adultes. Même leur cerveau n’est pas encore assez développé pour comprendre comment les enfants sont créés et viennent au monde. Un jeune pense que le pénis ne sert qu’à uriner, comment pourrait-il en être autrement?

Même sur le plan intellectuel, la symbolisation n’est possible qu’après douze ans et souvent plus. Les jeunes ne perçoivent pas le monde comme les adultes. Est-ce qu’ils sont plus débiles pour autant? Non, ils comprendront quand ils seront assez vieux pour en avoir besoin. Quand ils seront capables d’assumer les responsabilités qui vont de pair avec l’éveil de la sexualité. Quand leur corps changera et pourra se donner une vocation d’adu lte : apporter du plaisir et procréer.

Les plus évolués sont ceux qui demeurent sur une ferme parce qu’ils voient ce qui se passe chez les animaux.

Diogène exulte dans le salon. Il rit, il danse et applaudit.

Diogène

En voilà un, enfin, qui n’a pas froid aux yeux et qui n’obéit pas aveuglément aux règles stupides de la majorité. Viens que je t’embrasse, ma belle crotte!

Virus

Tu peux garder ta salive pour toi.

Diogène

Tu as raison, mon garçon, on ne commence pas à aimer seulement quand on a 27 ans. On ne choisit pas qui nous attire. On n’aime pas n’importe qui. T’aie-je déjà chanté la pomme, mon amour ?

Moi, je m’amusais avec mes petits compagnons à six ans. J’ai tout essayé. Nous aimions bien nous sucer, nous masturber, nous caresser, mais c’était un jeu comme un autre, juste pour connaître une sensation nouvelle.

Notre sport favori était de nous caresser et d’enfiler notre petit drapeau bien bandé sous le scrotum de l’autre. Celui-ci serrait les cuisses pendant qu’on se promenait d’avant-arrière.

A vrai dire, c’est quand je fus un peu plus vieux, quand j’ai pu éjaculer pour la première fois, que je fus transporté au ciel. Quel délice ! Ça tortille dans le ventre, ça étourdit. Le choc est magnifique. Pas de danger d’avoir un enfant. Pas de danger de te la ramasser plein de merde. Juste le plaisir de venir. La femme, c’était celui qui se serrait le mieux les cuisses.

Donnez-moi une raison pourquoi, ces expériences seraient vilaines ou perverses. Ce sont ceux qui y voient du mal qui sont pervers.

En tout cas, quand j’étais jeune, j’adorais me comparer. Puis, j’ai vu un vieux monsieur embrasser une de ses petites esclaves et j’ai voulu savoir ce que ça faisait. C’est ainsi que j’ai découvert que l’homme intelligent est un chercheur né. C’est ainsi que j’ai décidé d’essayer les deux sexes. Et, aujourd’hui, je n’en suis que plus heureux.

L’oracle

Profites-en. Quand tu seras esclave, j’espère que tu te rappelleras que je t’avais averti.

Diogène ne comprenait rien à ce charabia de voyant, mais il sentit un coup dans le ventre, juste un petit signe, indiquant que le moment où les hommes comprendraient les femmes arriverait pour vrai un de ces jours. Ce qui fut d’ailleurs le cas, mais des siècles plus tard.

Virus en tabarnouche contre Ypontife !

Virus était très fier que ses trois meilleurs amis tiennent tête aux religieux. Il ne comprenait vraiment pas l’intérêt de ces hommes pour leur sexualité. Qu’est-ce que ça changeait dans sa vie que Virus aime une petite fille? Qu’est-ce qu’ils connaissent, les religieux, de la vie ordinaire ? En quoi sont­ ils mieux que les autres pour interpréter les règles, venant des dieux?

Virus ne connaissait pas encore l’hypocrisie des religieux qui prêchent l’abstinence sexuelle, mais entretiennent des «bonnes». Parfois même, des temples entiers ont l’obligation de répondre à leurs caprices.

Évidemment, ce ne sont pas tous les prêtres, qui développent un goût pour l’hétérosexualité, mais c’est une possibilité qui s’est avéré souvent une réalité.

Un religieux peut-il ignorer le bâton qui  lui  pousse entre les cuisses quand il se sent excité ? Serait-ce, là, le véritable appel de la nature ? Ne serait-il pas normal qu’un individu connaisse toutes les formes de rapports entre les humains avant de choisir ceux qui lui permettront  de mieux se réaliser ?

En d’autres termes, un individu normal peut-il à prime abord être potentiellement de toutes les orientations sexuelles ? L’orientation sexuelle est ce par qui tu es attiré. Ces tendances existeraient-elles dans le cadre du développement de chacun ?

Ypontife était bleu-noir de rage. Il avait dépassé le rouge depuis très longtemps. C’est d’ailleurs, en le regardant, que Pythagore, un grand mathématicien, songea pour la première fois à la pertinence de créer un spectre.

« Ainsi, songea-t-il, il sera possible de mieux comprendre les humeurs ». Il ne savait pas encore que le spectre servirait aussi à l’étude des étoiles.

Ypontife ne voulait pas abandonner la partie aussi facilement. Il se tourna vers Platon et le traita de père dégénéré.

Ypontife

Comment un grand philosophe, comme toi, peut-il admettre que son jeune protégé tourne le dos aux petits gars et prenne le risque d’une paternité prématurée, en tombant en amour avec une Ève, pire avec une étrangère ?

Comment un si charmant petit bonhomme peut-il s’attacher à une petite esclave après avoir appris à jouir avec Croisos?

Ypontife ne le disait pas, mais il aurait voulu que Virus soit son amant.

4 – amourajoie : pédérastie.

Virus 6

juin 28, 2020

Yvoitou

Ce sera ainsi, du moins, tant que les couples gais ne pourront pas prendre en charge la vie d’un enfant comme les hétéros. Chez les gais, seuls le plaisir, l’amour ont de l’importance ; mais il s’y a attachement sentimental, leur situation ne diffère en rien d’un couple marié hétéro.

Diogène n’avait pas complété sa harangue que Nicédia, la prostituée préférée de Diogène, lui manifesta sa présence, en frappant à la fenêtre.

Diogène se déplaça vers elle, lui faisant signe d’attendre encore un peu.

Croisas assistait à la scène, éberlué, se demandant s’il ne venait pas de perdre son professeur.

Aristote

C’est qui celle-là ?

Virus

C’est la prostituée de Diogène. Ils sont très souvent ensemble depuis plus d’un an. Nicédia prétend qu’elle aime Diogène à la folie.

Aristote

Je crois, dit-il en riant, que je vais lancer une entreprise de tissage.

Platon

Pourquoi?

Aristote

Si les fils de Diogène aiment aussi la mode que leur père, ce ne seront pas les barils qui manqueront.

Diogène étonne.

Platon et Aristote étaient surpris de l’arrivée de Nicédia.

Ils croyaient que Diogène n’avait jamais rencontré une femme de sa vie. Selon eux, il était carrément pervers, quoique strictement amourajeux2•

Platon

Le choix profond de son orientation sexuelle peut donc se réaliser à travers les expériences que nous vivons avant d’atteindre sa permanence.

Aristote

Est-ce à dire que l’on peut tout aussi bien être gai et hétérosexuel tout à la fois ?

Évidemment, nos philosophes ne savaient pas que l’on peut être« bi » et encore moins transgenre, amourajeux ou pédophile’.

On naît comme est et on ne le choisit pas. Il faut juste apprendre à vivre avec sa nature profonde, sans représenter un danger pour les autres.

Cependant, Platon et Aristote étaient au courant, comme tout le monde, de la tumultueuse aventure entre Diogène et son amant, deux à trois fois plus âgé que lui, Jean Passemontour.

Cet aristocrate multimillionnaire avait acheté une

collection de barils pour être original. C’est avec fierté qu’il mettait en vedette la griffe de Diogène pour prouver que ces objets exclusifs avaient été portés par le Maître. Ce mécène était la principale source de revenus de Diogène.

Encouragé par ce riche, qui croyait dans son talent, Diogène se lançait dans la nouveauté.

Après avoir changé les couleurs des barils, Diogène s’était attaqué aux dessins ; puis, à des petits détails dont une poignée dans le dos pour se faire aider à monter les marches. Il avait aussi aménagé une petite porte pour remplacer la fermeture éclair.

Et, pour inciter les jeunes visiteurs à souscrire à ses désirs, il avait alors écrit: « Au toucher, je m’allonge. Mastiqué, j’écume de plaisir».

Diogène prétendait qu’ainsi personne ne pouvait confondre son message.

Il se promenait parfois dans les rues d’Athènes en criant:

Diogène

Je cherche quelqu’un pour m’aider à me l’allonger. Récompense : un baril gratuit de vin, avec en sus, mon expérience à épuiser celui qui compétitionne avec moi.

Diogène aimait les gens complètement fous. À son avis, la folie se combine parfaitement avec imagination, changements, rires et délires. Par contre, leur présence acérait parfois la jalousie dans ses relations avec son vieux Jean Passemontour, qui devait se contenter d’assister au spectacle des jeunes qui l’entouraient.

Pour avoir droit de participer à la fête, il fallait que chaque candidat prouve qu’il puisse éjaculer dans la minute et recommencer l’heure suivante, pour poursuivre la noce quotidienne que Diogène inventait. Ce rituel de création pâmait son mécène.

Les participants étaient ainsi des privilégiés qui devaient n’avoir qu’une chose dans la tête: jouir et rejouir. Le Marquis de Sade est un novice, qui ressuscita ces vieilles traditions quelques siècles plus tard, au moment d’une renaissance hétéro.

Ce goût de la fête s’est perpétué jusqu’à nos jours, mais la tradition est surtout vivante dans les partouzes gaies.

Le pauvre vieux Passemontour ne pouvant plus répondre aux exigences devait se contenter de regarder et de rêver. Par contre, quand Diogène avait besoin d’un nouveau baril, il invitait son vieux, seul, dans un coin perdu, pour mériter sa récompense.

Malheureusement, un jour, les performances de Passemontour furent telles qu’elles lui coûtèrent la vie.

Ce vieux riche ne pouvait plus investir dans des jeux à risque. L’effort fut trop grand ou les lèvres de Diogène trop tendres, il cracha de joie et ses fusibles sautèrent.

Diogène dit qu’il est mort, le sourire aux lèvres, après avoir crié plus fort qu’une tempête « enfin j’ai vain-eu ».

Il resta attaché à son arbre, là, où des passants le retrouvèrent, nu, l’appareil au garde à vous. Ce qui fut considéré comme un exploit par tous les vieux de la cité.

Il n’avait pas attendu en vain, car la récompense avait largement dépassé ses capacités. Il avait enfourché une fusée plutôt que les transports en commun pour rejoindre sa place dans l’éternité.

Selon Diogène, cet exemple prouvait qu’il faut soigner le plaisir de vivre jusqu’à la toute fin.

Virus retourne à la mine.

Virus retourna à la mine des marais avec l’intention de consoler la sœur de ses petits amis.

Quand il arriva, il retrouva celle-ci à son travail. Il dut donc attendre le temps alloué au repas pour pouvoir enfin l’approcher.

Il avait amené deux repas pour s’assurer que sa petite protégée ait au moins de quoi se mettre sous la dent.

Comme prévu, dès qu’il fut en sa compagnie, la petite se mit à pleurer et s’effondra dans ses bras.

Jamais Virus ne s’était senti aussi important. Il fit bien attention de ne pas profiter de la situation, mais il était évident que l’amour grandissait avec chaque larme versée. Il se contenta de lui passer la main dans les cheveux et de lui sécher les yeux.

Virus décida d’obtenir que la petite soit libérée pour le reste de la journée et puisse l’accompagner à la maison. Il ne pouvait pas la laisser dans une telle détresse.

Virus ne savait pas que Platon avait autant de visiteurs et encore moins que le sexe et l’amour fussent les sujets de discussion entre Aristote et Diogène.

Évidemment, les patrons avaient prévu devoir vivre des moments difficiles puisque les petits morts étaient des amis du serin d’un des personnages les plus importants dans la société. Ils ne voulaient surtout pas que soit révélé que les accidents sont souvent organisés pour hâter le changement de travailleurs, en provoquant même parfois leur décès.

Ils n’attachaient aucune importance à la  vie  des esclaves, mais ils savaient que ce n’était pas le cas pour tous.

« Certaines âmes faibles considéraient les esclaves comme du vrai monde ». Pensait-on dans la direction.

Titus Paulus des marais s’était même présenté au bureau de la direction pour s’assurer que tous les vœux exprimés par Virus soient exaucés.

Titus Paulus croyait qu’il fallait très vite faire oublier l’accident pour ainsi éviter qu’Alexandre soit informé.

À la veille de nouvelles guerres, donc, de la possibilité d’augmenter le nombre de ses esclaves, ce n’était pas le temps de se mettre à dos le souverain.

Aussi, à sa surprise, Virus obtint facilement d’amener la petite avec lui. « Elle peut prendre tout le temps nécessaire pour oublier le malheur qui s’abat sur elle», lui affirma le directeur de la mine.

Ce comportement surprit Virus, car il était loin d’avoir l’âge exigée pour se marier et il était très mal vu qu’un citoyen devienne amoureux d’une étrangère, encore plus, d’une petite esclave.

Les patrons ne voulaient pas en ajouter. Il pouvait faire ce qu’il voulait, de toute manière, les règles en fonction du mariage et du sexe, étaient on ne peut plus claires. Les religieux avaient veillé au grain.

Virus pensa que cette situation devait être l’effet de la rencontre de Platon avec le représentant du gouvernement. Il était cependant surpris que les nouvelles se soient répandues aussi rapidement.

Les maladies inventées.

En Grèce antique, l’art du plaisir de la chair était accompagné par mille prescriptions puisque la religion avait déjà passé un cadenas à la sexualité.

On avait réussi à faire croire que faire l’amour devait être accompagné de rites, sinon, on risquait de compromettre sa descendance.

On ne faisait pas l’amour comme on le voulait et quand on le voulait, d’où l’amour des petits gars présentait un avantage indéniable sur celui des femmes.

Plus son petit amant était joli, plus il correspondait à tes vertus, plus le jeune était adulé et jalousé. La parade des serins était une véritable course de paons, qui fut tuée par un excès de tempérance.

La pédérastie permettait aux hommes de jouir sans danger, quand bon leur semblait, plutôt que devoir attendre que toutes les planètes et toutes les lunes se soient alignées. Cette liberté avait cependant une grande restriction. Il fallait  faire     jouir    son     petit     protégé,     sans     jouir personnellement, pour ne pas gaspiller son sperme.

Ce doit, d’ailleurs, être la raison fondamentale pour expliquer que la pédérastie était fondée sur un hommage perpétuel à la beauté de la jeunesse plutôt qu’à la jouissance. Jouir de voir jouir l’autre était le summum du sacrifice sublimé, mais l’ultime objectif. La beauté du garçon était le centre de l’émerveillement.

Du côté hétérosexuel, il fallait faire l’amour à telle époque, alors que le soleil était couché, afin que le sang ne devienne pas trop chaud.

Certains, selon leurs dieux favoris, croyaient que le sperme était l’écume du sang qui bouillait à cause des chaleurs des corps quand on faisait l’amour. Aussi, fallait-il participer à des cérémonies et des incantations pour que cet acte produise un enfant digne des dieux. On confondait aussi l’orgasme avec une crise d’épilepsie.

D’autres croyaient que le sperme était un morceau du cerveau ou de la moelle épinière, d’où fallait-il contrôler ses éjaculations.

On n’était pas encore en l’an 2000 (et plus), mais certains avaient trouvé moyen d’inventer des maladies.

« La peur de la peur des maladies » était la pire. On craignait même des maladies qui n’existeront jamais.

Un moyen comme un autre de charrier les individus dans les montagnes russes des émotions.

La rigidité de l’esprit ou être borné n’a pas attendu l’arrivée des ayatollahs de toutes sortes. Elle était déjà répandue par les prêtres dans les temples.

Par contre, la majorité des petits Grecs, eux, se disaient :

« quant à devoir mourir un jour, autant vivre dans la joie et la reconnaissance ». Ainsi, ils ressemblaient à tous les ados, de tous les peuples et de toutes les couleurs.

Ils dansaient nus, organisaient des concours à savoir qui pisse le plus loin, qui a la plus abondante éjaculation, qui a les plus belles fesses ou l’érection la plus durable.

L’adolescence a toujours été une phase de découvertes  du corps. Ce n’est pas étonnant qu’elle soit aussi populaire chez les jeunes et qu’elle devienne si décriée par les plus vieux puisque les corps, en vieillissant, perdent en beauté et en puissance. La liberté était le mode de vie de la jeunesse.

La religion, elle, croyait avoir réussi à tuer toutes les tentations, en aménageant des lois qui empêchaient de vivre en dehors des sentiers battus.

Souvent épargnés de la malhonnêteté naturelle de la jalousie des aînés, les jeunes encore vierges, se disaient qu’ils avaient contourné les Moires.

L’avenir, étant défini par la Pythie, elle faisait souvent pitié, une vraie peau de chagrin !

Heureusement, à cette époque, on n’avait pas encore la télévision ; mais parfois le bouche à oreille se prolongeait pour créer le « chant des commères». Pire que celui des sirènes, une seule de leurs phrases suffisait à t’envoyer au bûcher. Ce qui prouve que l’Inquisition catholique n’a rien inventé.

Les maladies, très instables, impitoyables, voraces, créaient néanmoins plus de fièvre que de décès.

Pas étonnant que la présence de Dionysos fut longtemps prise pour un mal de tête. On prétendait aussi que ce mal était parfois la faute de Déméter: ne s’était-elle pas endormie dans la tête de Zeus ?

Comme on le sait, il suffit à un dieu de penser à telle chose pour que cette chose arrive. Combien de fois Zeus ne s’est-il pas métamorphosé pour jouer au docteur? Il eut une descendance presque aussi illimitée qu’Abraham. On pourrait aussi le comparer à Mahomet qui a eu beaucoup plus de femmes que le Coran le permettra, la norme étant fixée à quatre. Est-ce que Mahomet est pour autant un vieux cochon? Oui, mais il ne faut pas le dire de peur d’être décapité.

Après deux ou trois bières, un bon verre de gin, la vie reprenait le dessus sur les maladies. Au pire, il fallait avoir recours aux « mouches de moutarde ».

La solution était plus ou moins appropriée, selon la saison des mouches. Les mouches vivent surtout en forêt, mais parfois, cette maladie volante envahissait l’Europe, surtout quand le vent venait d’Égypte et que Moïse faisait des siennes. « Un nuage est si vite écarté dans un aussi grand ciel », disaient les ambassadeurs navrés que la mer ait une aussi grande influence sur les vents.

Heureusement, les centres de recherches des pharmacies n’existaient pas encore. Donc, on ne pouvait pas mettre de nouvelles maladies sur le marché afin de vendre plus de vaccins pour les combattre.

La peur était déjà l’industrie la plus florissante.

Évidemment, sur le bord de la mer, c’était Poséidon qui, avec sa mauvaise haleine, propageait des petits rhumes, selon les brises du matin ou du soir ; mais quand il décidait d’envahir un territoire, c’était la fin de tout, car il y avait tout de suite une odeur de poissons pourris. Cette odeur faisait tellement lever le cœur que la population mourait de faim, malgré la nourriture abondante .

Dans les terres, c’était parfois encore pire. On prétendait qu’un descendant du Minotaure n’arrêtait pas de faire ses besoins, car il était atteint de diarrhée. Ce bœuf divin sentait l’équivalent de dix porcheries québécoises, mais il n’y avait encore personne pour mener une manifestation. Qui en connait l’odeur sait que personne ne peut échapper à ce compte à l’asphyxie.

Par contre, les gens de cette époque n’étaient pas aussi paranoïaques qu’aujourd’hui.

Au moins, ils pouvaient avoir des relations sexuelles sans attraper le sida, maladie créée par les corps de recherches occidentaux pour éliminer les petits Vietnamiens.

Alexandre le Grand faisait des guerres, mais sa CIA et ses laboratoires militaires ne faisaient pas encore de recherches pour trouver une drogue qui permet de tuer sans remords de conscience.

Les Grecs n’avaient pas inventé le cancer. Aussi, ils ne pouvaient pas accuser la cigarette, mille fois moins nocive que les automobiles et leur pétrole, d’être responsable de tous les cancers des poumons.

On n’avait pas besoin de prôner de se masturber pour échapper au cancer de la prostate puisque les gars ne pouvaient pas se marier avant vingt-sept ans. Les garçons n’avaient pas besoin de professeurs. La nature s’assurait d’être à l’honneur.

2 – pédéraste qui aime seulement les garçons pré-adolescents ou adolescents.

3 -pédophile: amour des enfants de moins de lüans. Ce peut être un gars ou une fille.

Virus 5

juin 27, 2020

Le discours n’intéressait nullement Croisos et Diogène, à ce moment-là. Ils étaient assoiffés d’une vie plus palpitante que de jaser dans le « salon » des structures politiques de la planète.

Croisos s’approcha de Diogène, en lui souriant:

Diogène

Comment vas-tu, mon minou?

Il prit Croisos dans ses bras et le serra légèrement.

Croisos sourit. Il embrassa Diogène sur le front.

Croisos

La vie planétaire ne m’intéresse pas tellement, ce soir, mais je sais que tu peux me procurer quelques minutes de plaisir intense. Viens-tu dans ma chambre? Je suis persuadé que le monde me paraîtra moins méchant.

Diogène

Tu m’étonnes. Tu me rejetais hier encore. Que se passe­ t-il? Ta petite fléchette a-t-elle besoin d’attention? Elle compte sur Monsieur moi-même pour en assurer sa rigidité? Ah! Comme j’ai déjà soif de toi. Que je suis heureux de ce changement de ton ! Qu’est-ce qui me vaut cet honneur ? La douceur de mes mains ou la finesse de mes lèvres ?

Croisos

Rien de spécial. C’est un moment opportun pour vidanger les excès de vie. J’ai trop de petits anges agités qui foncent vers la sortie. Et, je voudrais que tu m’expliques un texte que je ne comprends pas.

Diogène

Il me semblait aussi. Quand quelqu’un a besoin d’un autre, il oublie vite ce qui les éloigne. Ce n’est pas de l’amour. C’est profiter. D’ailleurs, je ne crois pas que tu aies un grand intérêt pour ce qui se cache dans mon baril. Mais, qu’importe, en ta compagnie, je ferais n’importe quoi. Je t’aime.

Aristote (qui a entendu Diogène dire le mot amour)

De l’amour! Qu’est-ce que Monsieur Diogène prétend connaître en amour ?

Diogène insulté.

Diogène était furieux d’entendre Aristote lui dire qu’il ne connaissait rien en amour. Il prétendait que ces propos sont strictement méprisants, car tout individu a des sentiments et les autres n’ont pas à les juger.

Même Croisas, malgré sa faible répugnance passagère pour le gars à baril, prit sa défense.

Croisos

L’amour est une force naturelle d’attraction-répulsion. Tout le monde est un moment donné attiré par quelqu’un d’extérieur à lui. La personne elle-même ne peut pas toujours expliquer pourquoi telle ou telle autre personne l’attire. C’est une réalité, c’est tout.

Ce peut-être un sourire, l’odeur ou la couleur des cheveux, la grosseur des seins, du pénis, la forme du corps, la vitalité de l’individu, sa richesse intellectuelle. Tout est possible.

Tout est normal, s’il n’y a pas de violence, de domination, d’imposition. S’il n’y a pas de viol.

Aimer, ce n’est pas seulement bander. Ce n’est même pas le petit jet électrique que l’on ressent quand quelqu’un nous passe la main entre les jambes. Une main enveloppante. Par contre, un geste inapproprié, c’est imposer un geste à une autre personne qui a clairement exprimé qu’elle ne veut pas le recevoir. C’est de ne pas respecter le refus de l’autre.

L’amour est d’abord une attraction positive par rapport à un autre. Cette attraction peut-être plus ou moins forte. Elle surgit en nous, selon notre force intérieure que l’on nomme la libido. Cette même force intérieure sculptera notre personnalité. La réduire, la réprimer, c’est un viol contre soi.

Un viol, c’est violemment ne pas respecter l’autonomie de l’autre.

L’interdit religieux concernant la sexualité est en soi un viol de conscience, car tu dois accepter le point de vue religieux comme une vérité.

C’est à croire qu’il n’y a qu’une façon de percevoir la sexualité, une seule pensée, qu’elle soit vraie ou pas, ça n’a pas d’importance. Tous doivent y croire. Les règles religieuses sont basées sur l’uniformité.

La nature humaine se reproduit depuis des millénaires. Sommes-nous responsables des changements qu’elle a introduits dans nos gênes ? Ne pas avoir de sentiments, ne pas aimer le sexe, c’est contre nature.

L’amour, c’est l’attraction. La répulsion est ce qu’on a nommé la haine. L’amour se joue dans des milliers de gammes différentes et s’exprime dans autant de manifestations.

Platon manifesta son approbation et ajouta :

Platon

L’amour fait partie de tout individu, ne serait-ce que sous la forme de libido ou de sentiments, mais je crois qu’elle est encore plus. Elle exige un projet, une forme de création physique ou spirituelle. L’amour conduit ceux qui s’aiment à créer quelque chose de différent. Un projet, un but, un plaisir qui naît d’être ensemble. Une chimie automatique.

Yvoitou

La structure même de notre ADN nous pousse à vouloir entrer en communication avec les autres. Évidemment, ces sentiments peuvent être différents les uns des autres.

Diogène (qui n’oublie pas son adversaire)

T’as raison, mais quel têteux, ce Monsieur Aristote ! Ce n’est pas parce qu’il parle de l’amour dans ses livres qu’il connait tout sur le sujet, ce vieux maudit aristocrate bourgeois. Il n’y a pas que les hétérosexuels qui soient capables d’aimer.

Je n’ai peut-être pas un petit fils nommé Nicomaque à présenter, mais ça ne veut pas dire que je n’ai jamais aimé personne. Ce n’est pas parce que tu as un enfant, que ça veut

dire que tu l’aimes ou que t’aimes la femme avec laquelle tu l’as conçu. On peut aimer, sans donner naissance à un enfant et vice versa.

L’amourajoie est un amour-passion. Elle est irrationnelle et aussi pure que toutes les autres formes d’amour, si elle est basée sur le respect mutuel.

N’importe quel homme peut bander et éjaculer, ça ne veut pas dire qu’il est en amo ur. C’est simplement obéir à la fonction de reproduction. C’est simplement être un mâle.

Il en va autrement de la femme, car elle a naturellement plus la certitude que son enfant est une partie d’elle-même. Il ne peut pas y avoir de doute.

Aristote

Même la mère n’est pas la propriétaire de sa progéniture. Le but de la famille est de permettre à l’individu de développer son autonomie.

Diogène

Les religieux n’ont jamais compris les femmes . Ils avaient peur de l’organe sexuel féminin . Leur ignorance ne les a pourtant pas empêchés de définir la morale de tout un chacun.

Quand bien même je ferais l’amour toute la journée avec Croisos, je n’aurai jamais d’enfant. Ça ne veut pas dire que je n’aime pas Croisos. Notre amour peut être aussi solide entre lui et moi qu’entre n’importe quel hétéro. Enfanter  est une  des raisons d’être en amour, mais ce n’est pas la seule. Élever un enfant ne demande pas qu’il y ait une différence de sexe chez les parents. Il n’y a que le degré d’amour qui compte.

Crois-tu que j’étais très content de laisser mon père en prison ? Que connais-tu de Luxios, mon premier petit amant?

Aristote

Tout le monde aime son père et sa mère, tout comme ses frères et sœurs, c’est un niveau d’amour universel; mais ce n’est pas un amour d’amoureux. C’est tout à fait différent.

Diogène

Ah oui?

Aristote

Sûrement. Tu ne fais pas l’amour à ton père ou à ta mère.

Diogène

Rien ne l’empêche.

Platon

Il y a la loi naturelle. La reproduction, entre personnes trop rapprochées, consanguines, peut produire des êtres difformes. Ce n’est pas une réalité morale, mais un fait évident sur le plan strictement physique.

Aristote

Voilà ! C’est ce que je dis dans mes livres. Il y a des barrières, des limites, des différences. Il y a plusieurs niveaux d’amour.

Diogène

La morale trouve souvent assise sur des mensonges, des ignorances, des préjugés.

Yvoitou

On se croirait dans la forêt divine, car, vous employez des termes et des connaissances qui ne seront découvertes que dans plusieurs siècles d’ici.

Diogène

C’est bien pour cela que les religions sont devenues aussi mensongères : elles ont refusé d’évoluer. Même la connaissance a une histoire.

Diogène répond aux questions.

Aristote et Platon insistèrent sur le fait qu’il y a, même dans la nature, des barrières qui interdisent les gestes de procréation sans réfléchir : la consanguinité, la protection contre les maladies vénériennes transmises sexuellement, l’hygiène, et on pourrait dire également l’état psychologique des gens concernés.

Personne ne peut parler d’amour, s’il n’y a pas consentement mutuel.

Aristote

On ne fait pas l’amour si on ne peut pas y découvrir de plaisir. Est-ce qu’éprouver du plaisir peut êtr un crime? C’est d’un illogisme parfait.

Pourtant, les religieux prétendent que le sexe peut être un péché. Il faut avoir l’esprit tordu pour croire qu’un plaisir partagé peut être une agression .

Qui parle toujours d’abus sexuels ? Les personnes qui jugent les autres, qui décident pour les autres. Elles auraient intérêt à s’occuper de leur propre sexe et, de lui seulement, laissant aux autres le droit de vivre leur vie comme ils l’entendent. Vivre et laisser vivre.

Dénoncer n’a rien de valorisant, si tu le fais, tu es parfaitement égoïste. Tu crois devenir la coqueluche des pudiques.

Platon

À mon avis, le plaisir n’est rien, s’il ne débouche pas sur une amitié. Le sexe sans amour répond strictement à un instinct, même si ce besoin est essentiel pour la survie de l’espèce. C’est ce que tout animal fait.

Ce qui est particulier à l’homme, c’est qu’il peut choisir le moment et, plus fondamental, l’amoureux peut choisir sa dulcinée ou son amant. Plus la vie évolue, plus la liberté est extrême. Plus il y a de population, moins on a besoin de faire l’amour pour assurer la survie de l’espèce.

Au contraire, plus on est, plus on consomme. On oublie que la terre a ses limites. Ce déséquilibre finira par mettre l’espèce humaine en danger.

Croisos

Vivre comme si la sexualité n’existe pas, c’est schizophrénique.

Tout homme a des impulsions sexuelles. Les religions qui préconisent l’abstinence ne savent pas de ce dont elles parlent. Elles prêchent contre la création, donc, contre l’intelligence du Créateur. Toujours réprimer sa sexualité ne peut conduire qu’à une attitude de haine envers soi-même et les autres. La culpabilité conduit à l’esclavage moral. C’est le début de la mésestime de soi.

Diogène

Il y a des tonnes de moyens que l’on peut employer pour vivre sexuellement dans la joie, sans pénétration, que ce soit pour un homme ou pour une femme.

Aristote

Diogène y connaît ça, lui ? Quels moyens préconises- tu, à part la masturbation ? Demanda-t-il, entre deux rire s. As-tu, au moins, déjà vu une femme?

Diogène

Il est possible de se masturber, de se sucer, de se caresser , même entre personnes de sexes différents ou identiques . On n’est pas obligé à la pénétration pour connaître le plaisir. La pénétration peut même blesser.

La tendresse et la sensualité ont une importance capitale en amour.

Les caresses sont un des moyens les plus sûrs pour faire éclore une grande amitié, en plus du plaisir, et elles sont toujours sans danger.

Mais, les hommes qui ont inventé les règles morales, ne savaient pas que les femmes ont un clitoris, un petit, tout petit pénis intérieur, qui leur apporte souvent plus de plaisir que la pénétration. Un homme peut très bien faire jouir une femme avec sa langue ou son doigt. Pourquoi penses-tu que dans certains pays on pratique l’excision ? On veut empêcher la femme de jouir.

Il faut être malade, profondément dément, pour considérer que jouir est un péché. Pourtant, c’est le discours des religions. Ceux qui ont pensé la morale sexuelle étaient des ignorants. Une ignorance qui survit depuis des siècles. Une ignorance qui conduit à la violence. Une violence qui est un mépris innommable envers les femmes.

Aristote

Ce n’est sûrement pas en te masturbant dans les rues ou en venant fou à chaque fois que tu vois un beau petit gars que tu vis le summum des plaisirs de la chair.

Diogène

Tout est question de goût. Pour certains, une petite masturbation suffit pour leur redonner le sourire. D’autres ont besoin de la fellation et de crier comme si la foudre venait de leur tomber dessus pour avoir l’impression de jouir. L’important, c’est que le geste soit pur plaisir. C’est l’aspect instinctif.

Un animal en rut est prêt à tuer pour faire l’amour. Ce n’est pas la partenaire qui l’intéresse particulièrement, mais le besoin créé, selon la nature, à tel moment dans leur vie. Plus un être est libre, plus il peut choisir.

Le choix possible du partenaire est aussi important pour distinguer l’homme de la bête que le langage.

L’animal n’a pas le choix, il répond à la senteur qui le rend fou. L’homme, lui, peut jouir, poursuivre la relation ou la laisser tomber.

La sexualité est la première et la plus fondamentale des libertés. Elle est le fondement même de la vie privée.

C’est drôle de dire, en même temps, du même coup, que tes tendances sexuelles sont héréditaires et que de pouvoir les vivre est la base, le fondement même de la liberté individuelle, de la vie privée.

Yvoitou

La liberté est la transcendance de la génétique, c’est le pouvoir d’orienter et de dominer ses sentiments. C’est de devenir un être responsable.

Comme le dira, un jour, Léo Ferr é : « ton sexe, c’est ton style » ou si tu veux, ta personnalité.

Uniformiser la sexualité, c’est annihiler la contestation.

C’est tuer toute forme d’autonomie individuelle.

Voilà pourquoi on invente tous les jours de nouvelles lois sur le sexe. On ne veut pas d’un monde libre. On doit tous être des pécheurs. Des repentants . Des humains culpabilisés de n’être que des humains. Un animal. Et pour que la peur domine, elle doit prendre racine dès la jeunesse. L’empreinte primaire. Voilà pourquoi on ne veut pas laisser les jeunes vivre librement leur sexualité. Qu’on leur démontre sans cesse que la sexualité est une saleté, une agression .

Quelle connerie de prétendre que Dieu est amour et qu’il condamne la chair. C’est le mépriser.

Diogène

Vous avez certainement remarqué qu’un chien va identifier l’autre en lui sentant le derrière. Ce n’est ni bien, ni mal, ça n’a rien de moral. C’est strictement la nature. Alors, ceux qui essaient de nous imposer leurs règles morales sexuelles sont dans la merde. Ils ont honte de leur corps. Ils n’ont rien compris à la nature humaine. Ils nient le droit d’être différent. Mais, c’est extrêmement payant.

Platon et Aristote croyaient avoir ainsi répondu à toutes les questions sur la sexualité ; mais Diogène ne voulait pas en rester là. Pour lui, la sexualité dépassait ce simple besoin de reproduction. Il existe aussi, selon lui, un grand besoin de se réaliser dans l’amour.

Pourquoi quand une femme embrasse un enfant, magnifie-t-on son instinct maternel et que ce même geste posé par un homme devient de la<< pédophilie, le pire crime de l’univers»? C’est-on jamais demandé quelle différence réelle il y a entre ces deux gestes ?

Des sociétés ont prouvé que de caresser un bébé, c’est le meilleur moyen de créer un être qui sera positif. On préfère créer l’absence, la douleur émotive à l’amour. Et, on se prétend sage.

Ainsi, dès notre naissance nous sommes sexués, comme tous les autres animaux, puisque nous en sommes un, nous aussi. Nous sommes envahis par l’instinct de conservation. L’espèce a besoin de cet<< attrait», si elle veut se reproduire et ainsi franchir les murs du temps.

Mais, à mon avis, un autre facteur, qui nous amène à copuler, c’est que l’individu recherche son« immortalité » à travers son enfant. Tout le monde croit que son bébé est une partie de lui-même; ce qui est en partie vrai, mais qui est tout aussi totalement faux. L’enfant qui naît de l’union du spermatozoïde et de l’ovaire est totalement indépendant du père et de la mère, dès sa conception.

La pire erreur que les parents font est de croire que d’enfanter nous permet de devenir « propriétaire  »  de l’enfant, parce que les parents sont responsables de celui-ci jusqu’à ce qu’il puisse survivre seul à ses besoins.

Aristote

Ils ne sont pas propriétaires, mais ils sont responsables. On ne fait pas l’amour, pour avoir un enfant, comme si c’était un jeu. La tâche de parents est une responsabilité à plein temps. C’est une autre raison pour laquelle on ne peut pas faire l’amour sans s’aimer. La vie continue, après le plaisir, et si on ne s’aime pas, elle risque d’être mauditement longue.

Diogène

Une réalité d’hétéro. Les gais n’ont pas à se demander s’ils peuvent avoir un enfant et comment s’occuper de lui. Toute procréation est impossible, mais l’amour est toujours là.

Virus 4

juin 26, 2020

La chicane poigne avec Diogène.

Aristote n’était pas encore entré dans le salon que Diogène l’apostropha de plus belle au sujet d’une nouvelle loi, dont venait de disposer le parlement du peuple : la propreté.

Diogène

J’aimerais bien savoir, Monsieur Aristote, pourquoi on interdit dorénavant de cracher dans la rue.

Aristote

L’hygiène, mon vieux, l’hygiène.

Diogène

Et les égouts à ciel ouvert, eux. Ils sont hygiéniques, j’imagine.

Pourquoi le gouvernement ne prend-il pas l’argent dépensé dans le régime militaire pour améliorer l’état des égouts et des rues? L’argent du peuple doit servir à améliorer les services. On devrait cesser de payer des impôts, si on s’en sert pour des fins militaires.

Dans certaines rues, on a l’impression de prendre des tours de bateaux sur les étrons. On a des centaines d’oboles pour organiser un party pour Alexandre le Grand, mais pas une tortue pour avoir des balayeurs qui nettoient nos rues.

Aristote

Peut-être que tu devrais t’arranger pour que le fond de tes barils ne frotte pas au plancher ou que t’apprennes à les soulever. Mais, ce doit être trop fatigant pour toi ? Tous les efforts te sont insupportables.

Diogène

C’est faux. Il faut même avoir de plus longs barils, car  on a maintenant des imbéciles qui essayent de nous les dérober. Plus ils sont longs, plus ils sont difficiles à voler.

Aristote

Ton « baril tutu » doit déjà être disparu.

Penses-tu aux étrons laissés sur place, venant de sous ton baril, quand tu changes d’endroit?

Tu penses qu’on ne le sait pas que tu ne te promènes pas avec ton sac. Tu es loin d’être un petit Fido qui va faire sa crotte dans un parc érigé à cette fin.

Monsieur Diogène est tellement propre qu’il se lave une fois par mois. Tu peux bien critiquer la propreté de nos rues.

Dans ton cas, mon Diogène, il ne faudrait pas seulement t’acheter une pelle pour ramasser ta merde. Il faudrait aussi inventer une usine pour changer l’air ambiant, parce que partout où tu passes, le monde manque de mourir étouffé. Gros salaud !

Platon

Les nerfs vous deux. Y a des choses plus importantes que votre merde.

Diogène

Il faut bien leur parler dans la face à ces maudits aristocrates.

Virus et Croisos s’approchèrent, saisirent Diogène par les bras et l’amenèrent à l’extérieur.

Yvoitou

Un écologiste avant le temps! Un jour, nos sociétés seront tellement régentées qu’il faudra demander la permission pour poser le moindre geste. Pas moyen de changer sa toilette sans avoir un permis.

Les fonctionnaires doivent créer des règles s’ils veulent avoir une raison d’exister. Aussi, plus il y a de règles, plus il y a d’amendes à ramasser.

Sans faire de bruit, Diogène s’introduit à nouveau dans la maison.

Les riches ne comprennent pas les pauvres …

Diogène était sonné d’entendre Aristote parler de sa propreté, car, à son avis, il existe une propreté intérieure beaucoup plus fondamentale chez les humains : l’honnêteté, la fierté et la solidarité.

Diogène

Je ne suis peut-être pas aussi propre que toi, Monsieur Aristote, mais moi, je n’exploite pas une centaine de pauvres pour nettoyer ma salle de bal, le lendemain d’une réception.

Évidemment, vous, les riches, vous vous imaginez que les autres humains ne sont pas dignes de vous approcher. Vous avez peur d’attraper leurs bibittes, mais vous avez l’âme noire, plus sale que les tuyaux de poêle.

Pour de l’or, vous n’hésitez pas un instant à voler des pays entiers, à fomenter des guerres, à forcer des populations à crever de faim ou de soif pendant que vous habitez vos palaces. Vous embauchez même des enfants comme soldats, et, vous nous faites la morale, alors que vous n’en avez aucune !

Les gens du peuple ne sont pas violents, eux, ils ne font pas de guerres, ils ne volent personne. Ils sont contre la violence. Comment peut-on être méchant quand on est contre la violence ? Pourquoi ne dit-on pas aux pauvres travailleurs que, sans eux, les riches crèveraientlittéralement de faim? Un plombier est aussi important qu’un religieux.

Virus

Un pompier n’est pas un parasite comme un religieux.

Aristote

Beaucoup de religieux font du bénévolat, juste par amour. Tout n’est pas mal.

Croisos

Diogène a raison. Les riches font des lois qui ne les touchent  pas vraiment.

C’est quoi, pour eux, de payer une amende quand ils peuvent fournir tout ce dont le gouvernement a besoin ? Qu’est-ce que ça leur fait d’augmenter les coûts des services puisqu’ils ont les poches bourrées d’argent? Pour le riche, ce n’est rien ; mais pour le pauvre, cette faible augmentation à payer, c’est exactement le priver du seul loisir qu’il pourrait avoir. Il faut de l’argent à la minute même, pas des crédits d’impôt à venir.

Pourquoi un homme devrait-il travailler, durant toute sa vie? Qu’est-ce qui justifie qu’un tel soit un esclave, et non, un homme libre ?

Le système fait que tu ne peux pas survivre seul, mais il s’arrange pour que tu doives travailler de la naissance à la mort , permettant à ceux qui sont plus riches de s’en mettre encore plus dans les poches.

Virus

Je le pense aussi. Quand on travaille, les patrons veulent nous payer le moins possible et si nous nous réunissons à revendiquer davantage, ils trouveront tous les moyens pour briser cette solidarité . C’est normal, parce qu’ils veulent payer le moins possible pour faire le plus de profits possibles. On n’a pas besoin d’être des génies pour comprendre ça.

Les différences entre Aristote et Diogène.

Platon savait qu’une rencontre entre Aristote et Diogène ne pouvait pas être de tout repos, mais il n’avait pas prévu que Virus et Croisos, ses deux petits amants, feraient partie du décor.

Platon était un peu gêné de voir ses enfants prendre parti pour Diogène, le chien, le sans-morale, contre son ami, le génial Aristote.

Par contre, le philosophe savait inconsciemment qu’un jour, on passerait de la lutte des classes à la lutte des droits. Que Virus travaille à la mine des marais rendait les choses inévitables.

Virus était assez intelligent pour comprendre ce qui s’y passait.

Il savait que règle générale, les patrons essaient d’étrangler les travailleurs, si ce n’est pas par des salaires minables, comme c’était le cas à la mine pour les affranchis, c’était par un travail à temps partiel pour ne pas offrir de permanence, ce qui permettait de ne jamais devoir augmenter les salaires.

Virus

Tu n’es pas content, on te change d’équipe de travail, d’où l’intérêt des contrats à court terme. Une astuce des patrons pour profiter des gens et éviter la possibilité de voir naître un syndicat.

Comme le concevaient tous ceux qui prenaient part à la discussion: il n’y aura jamais d’entente entre le patron et l’employé, parce qu’ils cherchent à répondre à des intérêts différents, voire opposés, sauf si tu crées une coopérative, une notion qui n’existait pas encore.

Virus savait que ces luttes de pouvoir finissaient par payer autant les patrons que les syndicats.

Diogène

Dans le seul but d’augmenter les profits des plus riches, toute crise économique a pour but de diminuer les dépenses, en forçant les travailleurs à accepter des salaires moindres. Le système tient tous les individus à la gorge, car chacun doit survivre et surtout, faire survivre sa famille.

Les révolutionnaires qui crèvent de faim ne sont pas très efficaces, ni très fidèles.

L’hommerie ! Un mal inévitable ?

Loin des préoccupations de Virus, Aristote était obsédé par le désir d’Alexandre de conquérir le monde.

Si Alexandre veut agrandir encore son empire, Aristote croit, lui, que l’avenir d’Athènes tient plutôt dans le raffermissement du pays dans les limites géographiques de la péninsule et les services offerts aux citoyens.

Aristote

La première chose dont doit se doter un gouvernement, c’est une constitution et des institutions capables de la faire respecter. Les droits et les libertés des individus et des sociétés ainsi que leurs obligations doivent être clairement définis . L’armée et la police doivent être incorruptibles et assurer la défense de la population, et non, celle d’un roi, d’un tyran ou d’une oligarchie. Le parlement est la voix du peuple. Il doit être absolument souverain et démocratique.

Le gros problème avec les institutions commerciales est que le profit passe avant le bien-être des humains. « Une aberration », affirma Aristote. Ce qui fut vite appuyé par Platon.

Platon

À mon avis, les structures nationales sont plus importantes que celles d’un empire qui sert à enrichir les marchés, le commerce, l’économie. Une mafia sans âme, ni humanisme.

L’économie est de l’ordre des moyens et non une fin en soi. L’économie peut créer une certaine justice sociale, si elle répartit les avoirs.

La souveraineté des pays est plus essentielle que l’économie et ses marchés.

Pourquoi importer des denrées que l’on peut produire localement, à de meilleurs prix et meilleure qualité ?

Avec les marchés, ce sont toujours les mêmes multinationales qui en profitent, qui créent des monopoles et exploitent la rareté de leurs produits aux dépens de la population. Si ça ne paye pas assez à un endroit, elles changent d’endroit pour toujours pouvoir exploiter les travailleurs au maximum. Ce sont toujours les mêmes qui profitent des conquêtes et du marché mondial.

Les banques créent la fluidité des argents. On veut prendre un gouvernement à la gorge, le faire taire, on fait appel aux banques qui, elles, déterminent le pouvoir financier du pays, selon son ouverture à lui prêter l’argent.

L’argent, toujours l’argent. On ne se lance pas en guerre contre les autres pour demeurer esclaves, mais pour profiter de la richesse du pays conquis. Voler un espace économique, c’est aussi un viol. La concurrence déloyale, c’est déjà un geste de guerre .

La guerre justifie que tu deviennes un salaud, car elle est un phénomène né de la stupidité, de l’absence de conscience de certains humains.

La guerre est en soi un geste immoral auquel même les religions souscrivent, car elles prétendent que leur dieu est tout-puissant et qu’il leur confère son pouvoir. Quel  orgueil ! Chaque système a son dieu.

Diogène

Les dieux sont bien dans leurs cieux.

Malheureusement, ce sont toujours les plus riches, les obsédés du pouvoir, qui dirigent. Où il y a de l’homme, il y a de l’hommerie.

Aristote

Alexandre prétend que le meilleur moyen d’être le maître absolu, c’est de dominer le système monétaire du pays conquis. Il doit pouvoir imposer son argent aux autres peuples comme mesure étalon pour ne pas se ruiner, en les assiégeant.

Virus (qui pense toujours à son problème personnel)

Comment Alexandre y arrivera-t-il, s’il ne peut même pas imposer ses règles à un seul multimilliardaire ? Titus Paulus le mène déjà par le bout du nez.

Je ne lui demande pas qu’il dépense un sou pour aider les travailleurs de son propre pays, je veux seulement qu’il établisse des normes pour empêcher que d’autres jeunes esclaves soient tués.

Ce n’est qu’une question d’humanité. Peut-être faudrait­ il que je m’adresse aux temples. Ils ont probablement plus de cœur qu’Alexandre.

Virus ne savait pas encore que chaque temple avait déjà créé un semblant de système bancaire et que la religion était déjà assez riche pour effectuer tous les changements de devises voulus, et ce, à travers le monde. Les religions cherchaient déjà à dominer partout, en nourrissant les banques. Comment Virus pouvait-il savoir que la religion est l’institution économique fondamentale par excellence ?

Aristote

Tu as raison Virus, la morale devrait s’intéresser à ce problème, mais elle est obsédée par le sexe. Un moyen de distraction. L’homme n’a pas évolué émotivement.

Yvoitou

La morale est un moyen de dominer les individus, en s’appropriant leur cons cience . C’est ce qui arrivera dans quelques siècles. Mais, il faut faire une différence entre la religion et la spiritualité.

Les religions sont des rêves de pouvoir, des moyens de contrôler les individus. Les religions ne sont que des rites et des règles. Les rites servent à dénombrer les fidèles afin de devenir un pouvoir politique. L’uniformité de la morale est au centre des mesures sociales qui en découleront. Les religions nourriront toujours les discriminations. Les règles servent à créer une culpabilité qui doit être rachetée par la plus grande générosité possible.

Diogène

Les hommes devraient vivre pour s’aimer et  être heureux, pas pour s’entretuer . Pourquoi  ne  pouvons-nous pas nous contenter de ce que nous avons ? Pourquoi ne savons-nous pas partager? Pourquoi la cité regorge-t-elle d’itinérants ? Où est la justice sociale ?

Platon

Diogène a raison. Plus les systèmes prennent de l’âge plus ils sont pourris. L’antidote le plus efficace est la transparence et le renouveau.

Plus le territoire que tu dois gouverner est immense, moins tu peux savoir avec exactitude ce qui s’y passe. Plus

ton territoire est grand et occupé, plus il y a de bandits.

Tous les systèmes sont bons au départ et fondés sur la vertu et l’amélioration, mais tous les systèmes sont vite récupérés et corrompus par ceux qui les dirigent. Question de pouvoir et de richesse.

Diogène

On attache trop d’attention au sexe et pas assez à l’honnêteté. La chasteté n’a rien à voir avec la pureté.

Un vol crée plus de mal qu’une bonne fellation ; mais on punit davantage l’acte sexuel, fruit de l’obsession des religions qui voient la sexualité comme un danger.

Yvoitou

Un jour, on reconnaîtra que les femmes sont égales aux hommes, quoique parfaitement différentes. Juste cette réalité bouleversera les sociétés qui devront apprendre que chaque individu est un trésor en soi.

Diogène

L’individu qui est habitué à vivre dans la richesse n’apportera aucune réforme qui le replongera dans une plus grande pauvreté. Les pays riches n’ont aucun intérêt pour les pays en voie de développement, sinon pour y trouver des richesses naturelles à exploiter ou de nouveaux consommateurs. Il faut cesser d’être hypocrites.

Le bien du peuple ne coïncide pas avec celui des multinationales, car elles sont là pour faire le plus de profits possible. Elles doivent rapporter le plus de profits aux investisseurs. C’est la loi de l’investissement.

La richesse est une très bonne chose, tant qu’elle est partagée équitablement. Tous les pays ont besoin de leaders, de créateurs.

Platon

Notre langue est notre unité. Il ne faut pas oublier que la culture est l’âme d’un peuple. La culture, c’est le but que l’on se fixe ensemble. C’est le besoin de s’entraider, de se faire rire, de créer son esprit, sa vision de la vie. On reconnaît une nation à son esprit. Il y a les pacifiques et les assassins.

Virus 3

juin 25, 2020

Les riches mènent.

« Maître par-ci, maître par-là», le fonctionnaire à la sécurité du travail n’en finissait plus de « maîtrer ».

Un peu plus et Platon se serait cru assez bon pour grimper sur les autels et devenir un deus secta philosophorum ad vitam aeternam, titre donné aux philosophes consultés par le roi. Une fonction qui payait bien, surtout si le temps vous donnait raison.

Si le philosophe avait été en état de se moquer, il lui aurait offert un autographe ; mais Platon était plutôt furieux parce que son petit Virus avait été témoin d’une situation inacceptable. Et, il était bien décidé à ne pas se laisser encenser afin de ne pas être attendri par le représentant de l’état.

Platon n’eut pas le temps de dire un mot que Diogène pénétra dans la maison et s’installa dans un coin, de manière à ne pas perdre un mot de la discussion. Il avait mis son tonneau « brique» pour inciter les gens à comprendre que  ça ne sert à rien de se faire des projets. Il avait écrit dans le haut de sa robe en lin: « D’une seconde à l’autre, la Moire tire la corde et la rompt ».

Diogène éternua trois fois. Quel présage cela signifiait-il?

Pour s’assurer que le message venu des cieux lui soit favorable, Diogène cracha trois fois dans son tonneau, faute d’avoir un manteau.

Platon

Tu serais bien mieux de t’acheter un mouchoir.

Et, se tournant vers le fonctionnaire, il montra un peu d’impatience pour signifier qu’il était le seul maître dans la maison.

Platon

La situation est grave. Vous avez le dossier ? Trois petits métèques sont décédés à la suite d’un bris à la mine Titus Paulus des marais. Certains prétendent que la direction est responsable de cet accident. On dit même que les services secrets de la mine des marais seraient à l’origine de cet accident. Si c’est le cas, ce n’est pas un accident, mais un meurtre.

Fonctionnaire

Vous conviendrez, Maître Platon, que ce n’est pas si grave. Ce ne sont que de petits métèques, après tout. Nous avons des milliers d’esclaves pour les remplacer. Un étranger de parti, dix pour le remplacer. Vous savez, les guerres nous approvisionnent amplement en esclaves. Il ne manquera jamais de« main-d’œuvre à bon marché».

Platon (furieux)

Quoi? La mort d’êtres humains n’a pas d’importance!

Fonctionnaire

Les esclaves ne sont pas complètement des humains. Il faut bien des bras pour faire avancer l’économie.

Platon

Il faut aussi nos jeunes gens pour créer nos armées. Il faut des armées pour enrichir les rois et toutes les sangsues  de la cour.

Fonctionnaire

C’est normal. Les rois sont des demi-dieux.  Les sénateurs étudient …

Platon

En quoi la vie d’un sénateur est-elle plus importante que celle d’un de ces petits métèques?

Fonctionnaire

Le sénateur est un citoyen. Il est l’incarnation de notre démocratie. Vous semblez ne pas totalement respecter la hiérarchie. Que vous le vouliez ou non, les choses sont ainsi depuis toujours.

Platon

Que pouvons-nous faire pour éviter  qu’un  tel accident ne se répète ? Quelles mesures de sécurité envisagez-vous ?

Fonctionnaire

C’est une entreprise privée. Nous n’avons rien à dire. Titus Paulus des marais est le seul responsable. Vous devrez vous adresser à lui si vous voulez obtenir des changements ; mais je vous préviens, si vous apportez des mesures nouvelles, vous devez d’abord vous assurer que ça ne coûtera pas une obole de plus ; même au mieux, parler plutôt d’en sauver. Titus Paulus est réceptif à tout ce qui peut diminuer les dépenses et augmenter les revenus.

Platon

Depuis quand les états sont-ils au service des riches, sous prétexte que ceux-ci apportent la richesse ? Ce sont nos taxes qui font vivre tous ces ignobles profiteurs.

Combien de subventions Alexandre a-t-il données à ce Titus Paulus sous prétexte d’accélérer la production afin d’avoir plus d’équipements pour ses armées?

Fonctionnaire

C’est ainsi : il faut de la richesse pour créer de la richesse.

Platon

C’est dommage pour ces enfants décédés.

Fonctionnaire

Ils sont peut-être plus heureux ainsi. Morts, ils souffrent moins. Vous savez le travail dans une mine est assez pénible. On n’y peut rien.

Platon savait qu’il ne pourrait jamais avoir raison du système. Il comprenait plus que jamais que celui-ci est comme une pyramide inversée. Les ordres viennent d’en haut et le peuple, en bas, nourrit le portefeuille des riches qui dominent.

Platon se dit que, faute de pouvoir faire mieux, il devait permettre à un certain nombre de profiter de sa capacité à réparer la situation dans une moindre mesure.

Platon

J’aimerais affranchir cinq petits esclaves, pouvez-vous organiser les papiers ?

Fonctionnaire

Avec plaisir. Quand voulez-vous que les jeunes s’installent chez vous?

Diogène

Immédiatement ! Immédiatement !

Platon ne savait pas encore dans quoi il s’embarquait, mais une chose était certaine : chez lui, les enfants seront heureux et en sécurité. Ce sera cinq malheureux de moins.

L’amourajoie repose sur le respect et le devoir de rendre son petit serin le plus heureux du monde.

Virus en beau fusil.

Dès que le fonctionnaire eut franchi le porche, Virus et Croisas firent leur apparition. Virus était dans tous ses états .

Virus

T’as bien entendu! L’état ne peut rien pour aider les travailleurs de l’entreprise privée. L’état refuse de protéger sa main-d’œuvre. Tant qu’à y être, il aurait pu affirmer que l’état n’est pas responsable de ceux qui travaillent pour lui.

Pourtant, cette mine est là pour approvisionner le roi Alexandre, en argent. Pas de mine, pas de tortues, encore moins d’oboles. Il faut des sous pour faire la guerre. Serait­ ce que le roi ne peut rien dire concernant les lois du travail parce qu’il a besoin ou peur de ce Titus Paulus ?

S’il ne peut pas remettre ce sale patron à sa place, comment pourra-t-il être assez riche pour garder une armée capable de maintenir sous son joug les pays conquis? Une fois la guerre gagnée, il faut s’imposer.

Croisos

Ne t’en fais pas, Alexandre aura toujours l’argent dont il aura besoin, car ce sont les temples qui le lui fournissent.

Dans notre système, plus tu es riche, plus tu as de pouvoir. On se fiche que le peuple crève de faim, alors encore plus quand il est question d’esclaves afin que ceux qui dirigent soient encore plus puissants. Et, pour cela, le pays doit avoir la meilleure armée.

Les guerres servent les intérêts de petits groupes bien spécifiques, comme les vendeurs et les fabricants d’armes. Titus Paulus travaille dans ce domaine, en fournissant les matières premières, il tient Alexandre prisonnier.

Les trafiquants d’armes sont les plus forts et les mieux organisés. Ils peuvent acheter n’importe qui. Il ne faut aucune morale pour être en guerre. Il leur suffit de faire croire qu’une guerre a pour but de défendre sa foi ou sa sécurité, pour que tous boivent ce discours sans réfléchir.

La force réelle est de ne pas avoir peur. C’est bien pour ça que les religions disent qu’il faut avoir une foi aveugle. Obéir les yeux fermés.

Platon

Il faudrait amener le sujet à l’assemblée du peuple. Je connais un citoyen qui serait un excellent guide et un orateur parfait. Nous pourrions l’appuyer. Nous devons créer une majorité derrière notre projet de modifier les lois pour protéger les esclaves. Nous devons être le plus limpide possible.

Diogène se rapprocha de Croisos. Il tenta de lui passer une main sur les fesses, mais il fut pris d’éternuements.

Croisos (impatient)

Ce n’est pas le temps. J’aime me faire tripoter, mais pas maintenant . Tu devrais te rendre au temple payer un hommage, si tu ne veux pas que ton présage tourne contre toi. Tu pourrais être transformé en hippopotame ou te ramasser avec une queue de chien ou pire avec une queue en tire-bouchon. T’aurais l’air fin, non ?

Diogène

Je n’ai pas peur, j’ai craché trois fois pour tuer le sortilège.

Platon

Quel présage? Des éternuements ? Je ne crois pas à ces conneries.

Virus

Ça n’a pas d’importance que Diogène soit pris avec un petit sortilège. Pour le moment, je veux la sainte paix, car nous avons un problème bien plus grave à régler.

Croisos

Je me demande jusqu’à quel point Platon a vraiment décidé  d’acheter  cinq pais1•   On  ne  peut  tout  de même  pas acheter tous les pais de la terre.

Virus

De chaque guerre, il en arrive des centaines. Le roi croit pouvoir ainsi fournir Titus Paulus en cheap labor. Des briseurs de grève ! Mais ces pauvres ne le savent même pas,

ils doivent survivre.

Croisos

En acheter cinq ne sert à rien. Il faudrait devenir millionnaire pour les acheter tous.

Virus

En effet, ce n’est pas la solution. Le problème n’est pas là. Platon fait de son mieux.

Comment peut-on forcer la mine à respecter ses employés, même si ce sont des esclaves ? On ne peut même pas penser à faire la grève. Les dirigeants savent très bien que nous n’avons pas les moyens de cesser de travailler. Ils peuvent nous remplacer en bloc. Ils en profitent.

Croisos

L’idéal serait que vous, les travailleurs affranchis, vous vous regroupiez et exigiez de meilleures conditions. Vous êtes moins nombreux, mais vous êtes les seuls compétents.

Virus

Il faudrait nationaliser la mine. Une fois nationalisée, le gouvernement pourrait ensuite y faire prévaloir ses lois et empocher les profits.

Ce serait l’idéal de s’unir ainsi, mais chacun défend sa propre vie. Les citoyens qui travaillent à la mine en tant qu’affranchis sont comme les esclaves, ils n’ont pas le choix. Ils n’ont pas de ferme, ils doivent donc trouver de l’argent pour acheter ce dont ils ont besoin pour se nourrir ainsi que leur famille . Le troc ne suffit pas. Tous les membres de la famille doivent travailler, sinon on n’arrive pas à joindre les deux bouts. Le coût de la vie augmente plus vite que les augmentations de salaires.

La discussion se poursuivait de plus belle quand Aristote fit son entrée. Il était accompagné par un sage dont le toupet faisait penser à Tintin.

Yvoitou

C’est exactement ce que nous réserve l’avenir dans un système que l’on appellera le néolibéralisme. Les riches deviendront plus riches et les pauvres, plus pauvres. Les multinationales dicteront quoi faire aux gouvernements.

Aristote

Je vous présente Yvoitou . C’est le seul à voir l’avenir comme si c’était aujourd’hui. C’est le plus performant.

Nous devons trouver moyen de faire comprendre à Alexandre que la mondialisation est le début de la fin de notre cité. Nous n’avons pas les richesses nécessaires pour supporter des guerres qui n’en finissent pas et qui se déroulent à l’autre bout du monde.

Pour trouver l’argent, il faudrait semer des temples comme on sème le blé.

Yvoitou

Un jour, l’Arabie saoudite fera exactement cela pour promouvoir sa religion fanatique. Les règles de cette dernière seront en soi un retour à l’ère des cavernes, ou pire encore, à la barbarie à son meilleur.

Croisos

C’est déjà assez écœurant que les religions soient à l’origine des banques.

Quand     je   pense    que    ce    sont    les    dieux    qui subventionnent les guerres d’Alexandre, le cœur me lève.

Platon

Nous n’y pourrons rien tant que nous ne créerons pas notre propre république.

Croisos

Une république diriger par un gouvernement, pour et par le peuple, et non dominée par les riches qui imposent leurs intérêts au détriment des plus pauvres.

Virus

Tabarnak ! On ne parlera plus de mes petits amis maintenant.

Maudite politique ! Pourquoi Platon reçoit-il ces deux bourgeois?

1 – pais = un enfant esclave.

Virus 2

juin 24, 2020

Virus est  le tome 2 dans la trilogie Les derniers Amours de Platon. Ce tome est intitulé :

              Virus. Un hétéro chez les gais.

Le retour de Virus à la maison

Platon et Croisas s’installaient au portique de la maison, dès 16 heures, attendant tous les deux, avec impatience, que leur amant mutuel, Virus, fasse son entrée. Quel chanceux, ce Virus ! Être la flamme de deux hommes qui ne soient pas jaloux l’un de l’autre. Ses deux amants  se            voyaient        dorénavant        plutôt    comme  le complément l’un de l’autre dans le but précis, exclusif, de réaliser le bonheur de Virus.

Platon, du haut de ses 80 ans, attendait davantage dans l’inquiétude. Le propre des vieux est souvent d’appréhender le pire. Il craignait que Virus soit abusé par ses patrons, se blesse ou soit blessé, dans une des nombreuses rixes à la mine.

Ces attaques sauvages des patrons étaient organisées pour s’assurer qu’il ne se tisse aucun lien entre travailleurs, car la camaraderie aurait pu donner une certaine force et mettre en danger la domination absolue des patrons.

Titus Paulus des marais, le grand patron, voyait des complots dans toutes les amitiés qui se créaient automatiquement entre travailleurs qui partagent les mêmes dangers. Aussi, maniait-il la carotte et le bâton.

Les patrons immédiats servaient d’espions pour la direction. Ils devaient avertir leurs supérieurs dès que quelque chose leur semblait louche. Et ces derniers ne manquaient pas d’imagination quand ils voulaient se débarrasser d’un esclave, un peu trop turbulent ou paresseux.

Pour les patrons, un ouvrier est une machine qui coûte toujours trop cher.

Tout devait apporter des bénéfices au grand patron : la mort quotidienne de quelques esclaves n’avait aucune importance. Il y en avait des centaines d’autres qui pouvaient être achetés et ajoutés immédiatement en remplacement.

Malgré sa sagesse, Platon n’était pas encore assez évolué, dans sa prise de conscience de l’humain, pour dénoncer l’existence de sous-hommes. Il savait que l’ordre établi acceptait l’esclavage et vouloir le contester était choisir de mourir très rapidement.

D’ailleurs, Titus Paulus des marais comptait sur les guerres d’Alexandre pour augmenter son cheptel d’esclaves et le nombre de mines dont il serait le nouveau propriétaire.

« Faire fructifier les riches, c’est assurer le succès de l’empire», disait-il devant les élus.

On n’avait pas prévu que les riches se comporteraient de plus en plus en chacals. Et, qu’on le veuille ou pas, les richesses de la planète ne sont pas inépuisables.

Malgré son sens de la démocratie, Platon, comme tous les Grecs, acceptait que l’on isole socialement des catégories d’individus, spécialement les métèques, les étrangers. Ceux­ ci formaient d’ailleurs le plus grand nombre de gens sans identité, les esclaves.

Les esclaves n’étaient pas payés. Ils étaient souvent mal nourris et les journées de travail n’étaient jamais assez longues pour satisfaire les propriétaires. Malgré tout, les hommes étaient beaucoup plus mal traités que les femmes. Dans ce monde d’esclaves, la tâche des femmes étrangères était habituellement de s’occuper de l’entretien de la maison. Elles devaient décharger l’épouse des tâches secondaires pour que madame se consacre spécifiquement à la gouverne économique des fermes.

Par ailleurs, les concubines, quant à elles, jouaient un rôle plus important auprès des épouses, en aidant dans l’éducation des enfants, mais comme les prostituées, elles ne pouvaient pas en principe avoir de relation sexuelle avec leur maître, afin de protéger la qualité du sang et la lignée. Cette fonction était réservée uniquement à l’épouse.

Cependant, pour payer moins de salaires, la mine des marais n’hésitait pas à engager quelques esclaves féminines. Elles étaient habituellement affectées au lavage des pépites.

– Pourquoi ne pas encourager les femmes à se dépasser au travail et avoir en même temps un bassin de personnel moins coûteux et plus grand à exploiter ? Se disait Titus Paulus des marais.

Le féminisme de l’époque était encore celui de l’aliénation de la gent féminine. La fonction la plus payante étant la virginité.

Si Titus Paulus des marais était prêt à engager les femmes qui se présentaient pour travailler à la mine, les hommes voyaient ça tout à fait différemment. Ils croyaient que les femmes devaient vivre entre femmes.

Pour elles, pour leur protection, les femmes n’allaient pas à la guerre. De plus, elles ne se préoccupaient pas de politique, car la vie politique tournait presque  toujours autour des besoins de l’armée et des guerres à entreprendre. Les femmes avaient assez de soucis avec la vie économique de la ferme de leur mari pour ne pas chercher à prendre les commandes. D’ailleurs, elles étaient mariées très très jeunes pour que l’époux leur apprenne à bien administrer ses avoirs présents et futurs. Malheureusement, le choix de l’épouse faisait encore partie de la tâche paternelle et les femmes n’avaient rien à dire quant à leur sort.

Les guerres étaient populaires parce qu’elles permettaient aux plus riches de s’abattre sur les pays conquis comme des corbeaux et se ravitailler en esclaves. Plus les riches étaient près du roi, plus ils avaient de chances que celui-ci leur lègue une partie du pays conquis pour exploiter ces richesses. Le lobbyisme n’existe pas seulement depuis quelques années. Ce lobbyisme était une situation utile pour les riches, car c’étaient les autres qui se battaient et, eux, qui en profitaient.

La guerre est toujours une lutte entre gens riches aux dépens des pauvres populations civiles.

Tout, sauf la vie des femmes, intéressait Platon.

Quant à Croisos, il attendait Virus dans l’excitation et la joie. Croisos savait que dès l’arrivée de Virus, il s’appliquerait à laver son petit amant pouce par pouce et lui donner un massage. Il verrait aussi à s’informer à savoir quels mets il faudrait préparer pour souper. Virus, ayant travaillé toute la journée, avait droit de choisir son menu. Ce à quoi convenait également Platon qui assistait à ces séances de lavage et de relaxation.

Ces retrouvailles étaient aussi de véritables séances d’information puisque Virus prenait plaisir à raconter tous les événements de la journée.

Platon était horrifié de constater le peu d’humanisme et de condescendance des patrons envers les esclaves.

« Pourquoi ces hommes qui constituent la force de l’entreprise ne peuvent-ils pas se réunir pour obtenir un minimum d’avantages? » Se demandait Platon. Par contre, Platon savait qu’il était inutile d’amener le sujet lors des réunions politiques puisque les Grecs croyaient qu’ils étaient supérieurs à tous les autres, grâce à leurs richesses.

Diogène, qui se prenait pour un chien, vivait cette pauvreté, mais parce qu’il le voulait bien. Il aurait pu obtenir les grâces d’Alexandre qui n’aurait pas demandé mieux, car, il était follement amoureux de ce petit philosophe délinquant. Celui qui impose toujours l’ordre aime parfois le désordre.

Diogène se présentait presque tous les soirs chez Platon. Il n’entrait pas, mais regardait par la fenêtre. Tout ce qui l’intéressait était de voir Croisos et Virus dans toute leur nudité. Platon ne s’irritait pas de la situation, car disait -il, personne n’a fondu quand on l’a regardé. Seuls les gens qui ont honte de leur corps insistent sur une prétendue vertu qui consiste à se cacher le sexe. Pourquoi le sexe, pourquoi pas le nez ? Il peut être aussi très excitant. Cléopâtre en est la preuve vivante.

Ce qui devait arriver se produisit. Trois jeunes esclaves furent tués dans un accident. Parmi les victimes, il y avait les deux frères d’une petite esclavage que Virus avait remarquée.

Virus tournait de l’œil chaque fois qu’elle s’approchait de lui. Le cœur lui débattait à vitesse grand V. Il n’avait jamais été saisi par une telle fougue, que l’on appellera plus tard, le coup de foudre.

Virus l’aimait à la folie. Tous les jours, il allait dîner avec elle et ses deux frères. Il ne pouvait pas demeurer indifférent à ce qui se produisait, surtout qu’à son avis, cet accident avait été arrangé par le« gars des vues».

« Qu’arrivera-t-il à cette charmante demoiselle ? », se demandait Virus.

Immédiatement après l’accident, les espions de la mine exigèrent des contremaîtres de regrouper tous les esclaves de ce service afin de les haranguer.

Quand ils furent tous réunis, le représentant de la mine s’adressa à eux.

Représentant

Non seulement vous ne travaillez pas assez vite, mais en plus, vous êtes imprudents. Voyez ce que votre indiscipline a provoqué : trois morts.

Nous ne pouvons laisser passer un tel événement. Que diront les responsables de la sécurité au travail du gouvernement ?

Par conséquent, pour remettre de l’ordre, reprendre le temps perdu, dorénavant, jusqu’à une date indéterminée, vous travaillerez une heure de plus par jour. Cette semaine, on ne vous remettra qu’une paire de pantalons plutôt que deux. Il faut bien faire face aux dépenses causées par cet accident.

Nous ne voulons entendre aucune plainte. C’est vous qui travaillez mal, c’est vous qui créez ainsi des dangers pour vous et vos confrères de travail.

Virus savait que c’était faux. Comment pouvait-on accepter que des humains, même esclaves, puissent être tués pour augmenter la production ? Selon Virus, tout individu est égal à l’autre, quel que soit son statut, même esclave. C’est ce que Platon lui avait enseigné et qu’il trouvait parfaitement raisonnable.

Les dirigeants remirent les esclaves au travail à coups de fouet. Virus était assez intelligent pour savoir que seul, il ne pouvait rien.

Sa haine de l’injustice était à son comble, tout comme son impuissance.

Virus aurait bien voulu les attaquer, mais il était encore trop petit et trop seul pour agir. De plus, Virus ne pouvait pas être affecté à des tâches dangereuses parce qu’il n’était pas un esclave. Il y avait là un fossé qui l’empêchait d’être en communication avec les autres travailleurs.

Pire encore, tout le personnel de direction fut vite avisé qu’il était le petit amant de Platon, donc, qu’il était mieux de le tenir à l’écart, étant donné le pouvoir de son maître.

Malgré son jeune âge, Virus comprit que ces espions étaient les véritables assassins. Ils avaient volontairement provoqué l’accident pour justifier ce changement d’horaire et cette retenue vestimentaire dans ce secteur de la mine.

Virus voyait pour la première fois le vrai visage de l’exploitation et l’emploi de la légalité pour mieux dissimuler la vérité et plumer les moins bien nantis.

Virus

Ces salauds se sabotent eux-mêmes pour dépenser moins et ainsi faire plus de profits. Quelle bande de salauds !

Pour les patrons, seuls les revenus comptent. L’économie avant tout. Les esclaves existent pour travailler. C’est la vérité qui lui arrivait en plein visage.

À la maison, Virus fulminait en racontant l’accident.

Croisos et Platon étaient surexcités de voir leur cher petit chéri aussi en colère.

Virus leur expliqua en détail ce qui venait de se passer, cachant cependant, pour le moment , son intérêt pour la petite esclave.

Platon, attentif, fit immédiatement venir un des représentants de l’organisation de la sécurité au travail du gouvernement.

Platon demanda à Virus de bien vouloir s’enfermer dans sa chambre durant les délibérations sur cet accident. Il ne voulait surtout pas que le petit soit mêlé à cette histoire d’une façon ou d’une autre.

Platon

Je ne veux pas que tu sois victime de représailles parce que tu m’en as informé, c’est clair, n’est-ce pas, Virus? J’ai assez de détails pour conduire l’enquête. Croisos  te lavera seul ce soir.

Platon lui passa la main dans les cheveux et le serra contre lui.

  • Une chance qu’il travaillait au tamisage et non à sortir les roches extraites, se répétait Platon. Le vieux philosophe pleurait par anticipation.

Étant donné sa réputation d’ami d’Alexandre et d’Aristote, le ministère délégua immédiatement le plus haut fonctionnaire. Ce n’était pas le temps que le roi Alexandre soit informé que certains de ses patrons dans les mines provoquent des accidents pour justifier des changements d’horaire ou de paye.

Grâce à l’esclavage, manquer à la sécurité pour accélérer les travaux ou mal les effectuer, pour justifier ensuite des reprises, était monnaie courante sur ces chantiers sans syndicat. Même à cette époque, on avait inventé les dépassements de coûts pour justifier des travaux supplémentaires et un extra pour enrichir davantage l’entrepreneur. Le vol légal était monnaie courante. Dès son arrivée, Platon raconta cet accident au fonctionnaire, tout en refusant de divulguer de qui il tenait ses informations

Bonne fête nationale !

juin 24, 2020

Vive le Québec libre !

Virus 1 (tome 2 de Les amours de Platon)

juin 23, 2020

Résumé du tome 1 : Platon réussit à séduire Diogène, ce qui l’amena chez Épicure et lui permit de rencontrer Virus. Amoureux, Platon changea son amourajoie envers Virus en paternité. Trop occupé dans la forêt des dieux ou à discuter de mondialisation avec Aristote, qui a peur qu’Alexandre se lance dans des guerres, Platon s’éloigne de Virus et décide d’aller acheter un petit esclave. Au début, Virus est profondément jaloux de Croisos, le nouveau venu; mais ils devinrent amants. Malgré ce changement, Virus décide d’aller travailler à la mine des marais pour se définir et obéir à sa nature profonde.

Les derniers amours de Platon 20

juin 22, 2020

L’amour rend malade.

Platon était tellement choyé qu’il regrettait de prendre de la santé. Être malade, quand tu es si bien soigné, c’est presque prendre des vacances. Platon en profitait, sans même se demander s’il exagérait.

  • Chacun son tour, pensait-il.

Même son jardinier passait tous les jours afin de vérifier par lui-même si son maître prenait du mieux.

Le jardinier

Vous verrez, je vous ai préparé un endroit de repos juste au-dessus de la falaise. Quel spectacle ! Zeus lui- même vient parfois s’y reposer. Je l’ai entendu gémir entre les cris des petits oiseaux.

Platon savait bien qu’aucun dieu ne vient aussi près des humains, mais pour ne pas embarrasser son fidèle serviteur, il faisait toujours semblant d’être impressionné de voir que même les dieux trouvaient qu’ils avaient un endroit de choix où se reposer. Platon aimait bien rigoler. Aussi, ajoutait-il pour ses enfants, le jardinier parti :

  • Zeus doit s’être trouvé une nouvelle flamme. Il est assez prime en amour, merci. Heureusement, je ne suis pas assez beau pour qu’il me viole. Je n’aimerais pas tellement recevoir sa foudre au cul.

Son serviteur, l’entendit, devint blanc comme un drap jaunit, verdit, puis rougit.

  • Une palette complète pour peindre ce merveilleux endroit, se dit Platon. Le scrupule a des avantages. Il permet de changer la mine des gens. Je crois que si je peignais chaque couleur qui marque la marche de la gêne dans sa figure, j’aurais le masque parfait de la honte.

Mais, le moment préféré de Platon demeurait celui de la douche.

Les petits l’aidaient à se laver. Ils se déshabillaient tous et entraient sous la douche. Platon aimait se faire frotter. Et, les petits jouaient parfois à faire des courses de vitesse avec les serviettes savonneuses sur son corps. Chaque course aboutissait à son pénis. Va donc voir pourquoi !

Par contre, Platon ne pouvait jouer au sourd, les petits s’amusaient ferme aussi, à se moquer de la rondeur de sa bedaine. Il s’aperçut même qu’ils riaient parfois de sa façon de marcher, le dos un peu courbé par l’arrière.

Croisos

Est-ce pour mieux arrondir la bedaine, la faire mieux ressortir, que tu marches ainsi ?

Il imitait Platon, même s’il avait le ventre plat. Croisos et Virus riaient alors comme des enfants.

Ça rappelait à Platon que la plus belle chose qu’il ait faite dans sa vie fut d’affranchir et adopter ces deux petites pestes. Que d’amour ! Que de bonheur !

Virus

  • Non, c’est pour mieux dissimuler qu’elle ne lève plus.

Bien évidemment, Platon demanda triomphalement aux jeunes de constater qu’ils avaient tort. Platon était fier de constater que son petit « Charlie » avait pris de l’expansion. L’excitation ?

La douche se terminait par un échange de beaux gestes.

Platon en profita pour se relancer dans son activité favorite : les pipes. Les jeunes reconnaissaient volontiers qu’il avait un va-et-vient qui dépassait tous les petits tours de langue usuels sur le bout du gland. Platon était à n’en pas douter l’expert des experts.

Chaque douche accélérait sa guérison. Le bonheur est le meilleur remède contre le stress… les émotions négatives créent souvent des maladies incurables. Et, la pire de ces émotions est sans doute la solitude ou un manque d’estime de soi.

Malgré sa maladie, Platon inscrit Croisos dans un cours d’éloquence. Platon trouvait qu’il avait une belle voix.

Platon

Et surtout, tu as la répartie rapide et juste. Tu commences là, mais si tu préfères autre chose, c’est toi qui décides. On n’étudie pas, quand on n’aime pas ce que l’on étudie.

Platon le voyait déjà devenir Cicéron, comme lui avait prédit l’oracle. Seul problème, Platon ne savait pas qui était Cicéron.

Si Platon avait su identifier les désirs de Croisos, il sentait que son petit Virus, lui, n’était pas complètement heureux. Aussi, essaya-t-il au cours d’un repas de lui tirer les vers du nez.

Platon

Je ne te sens pas satisfait ? M’en veux-tu parce que je paye des cours à ton frère ? Serais-tu jaloux, par hasard ?

Virus

Ce n’est pas le problème, quoique tu aies presque raison. Je suis jaloux de la liberté que tu donnes à Croisos, Croisos, le pur, le parfait, il peut choisir son avenir, alors qu’à moi, tu refuses ce que je veux le plus au monde. Tu ne me fais pas confiance.

Platon était abasourdi. Il ne comprenait pas. Il n’avait jamais privé Virus de quoi que ce soit, il était même esclave de ses moindres caprices.

Platon l’avait inscrit dans une dizaine  de  clubs sportifs ; mais c’était toujours la même chose : il laissait l’équipe en plan, sous toutes sortes de prétextes. Platon trouvait Virus difficile à combler, même difficile à comprendre.

Virus

C’est simple, je voudrais travailler à la mine des marais.

Platon

Ça n’a pas de sens. Tu n’es pas un esclave. Il y en a des milliers qui y travaillent et qui en meurent. Tu ne veux tout de même pas que je te perde. Je t’aime bien trop pour te laisser choisir ton malheur.

Virus

C’est ça, choisis ma vie. Je veux travailler physiquement. Ça ne me dit rien de m’user le cul sur un banc d’école. Je veux connaître ma force, mes faiblesses. Je veux me salir les mains.

Croisos

Tu dois admettre que c’est très différent de la majorité des petits maudits bourgeois qui ne veulent rien faire, sinon se faire gâter par des parents condescendants.

Platon

Je veux ton bonheur !

Virus

Si c’est ce que tu veux, laisse-moi faire. Si je ne suis pas bien à la mine, je reviendrai. Je suis assez grand pour savoir ce qui m’intéresse.

Croisos

Au pire, Virus établira les plans pour extraire l’or.

Virus

Même pas, je veux travailler de mes mains.

Platon

On ne peut pas s’interposer à des projets d’une telle  vaillance. Je te le permets, sauf si tu me promets que tu abandonneras le travail à la mine s’il ne te convient pas. Je t’attendrai chaque jour, inquiet, mais si c’est le prix de ton bonheur, je suis prêt à le payer.

Virus

Sache que tous les métiers sont honorables, sauf ceux des sangsues et des parasites. Je ne veux pas être prêtre ou avocat.

Platon disait oui à reculons et se demandait s’il ne venait pas de perdre l’amour de sa vie.

Fin du premier tome

Le prochain tome : Virus : un hétéro chez les gais.

Les derniers amours de Platon 19

juin 21, 2020

Aristote

Les religieux rendent pire la stupidité des classes sociales en donnant aux rois un pouvoir qu’ils n’ont pas. Les rois mourront comme tous les autres. Mais, en offrant aux rois ce pouvoir, ça leur permet de l’exercer et le partager aussi. L’aristocratie et l’oligarchie sont des saletés. Des parasites.

Diogène (s’adressant à Aristote)

Monsieur, monte sur ses grands chevaux ! C’est moi le baveux, habituellement.

Vous devriez vous en tenir à votre rôle d’aristocrate. Le nez pincé et la gueule en cul-de-poule vous vont très bien. Vous pouvez discourir tant que vous voulez, vous n’aurez jamais assez de couilles pour quitter Alexandre.

Aristote

C’est vous qui venez me faire la leçon ? Vous pensez que vous avez l’air plus intelligent quand vous vous masturbez devant tout le monde ? Il y a des affaires que l’on fait en privé. Comment pouvez-vous respecter les autres, si vous ne vous respectez pas vous-mêmes ?

Diogène

C’est bon pour les hypocrites ! La masturbation, ça déstresse. Ça de bons côtés… ça déconstipe les esprits trop bornés.

Aristote

Au moins, les hypocrites respectent les autres, eux.

Diogène

Quel con ! Si les gens ne veulent pas me voir, ils n’ont qu’à regarder ailleurs.

Platon

Wow ! Wow ! Vous n’êtes pas ici pour vous chicaner. Ici, c’est une maison où l’on adore réfléchir et respecter la libre pensée, pas un endroit pour se crier des bêtises.

C’est vrai que l’avenir du pays est important pour les citoyens du pays en entier ; mais les premiers pas dans le monde d’un petit gars sont aussi importants que cet avenir, car, c’est lui avec les autres, qui construiront l’avenir.

Si Virus apprend à vivre heureux dans sa peau, il sera attentif aux besoins des autres, car il est impossible que tout le monde vive en ascètes, ce serait faire du masochisme le but ultime de la vie. Il faut de tout pour faire un monde.

Tout individu a le droit, tant qu’il n’est pas violent, qu’il n’impose pas ses idées, de penser et de vivre comme il l’entend, même et surtout, sa sexualité.

Pour chaque individu, l’être le plus important, c’est lui.

Qu’on le veuille ou non, c’est la nature même des choses.

Diogène

On n’a pas besoin d’habiter un palais. Un tonneau peut suffire. Qui veut partager mon habitat ? Je suis heureux de recevoir quiconque veut bien m’accompagner.

Platon

Tu sais bien que ta manière de vivre ne sera jamais populaire.

Oracle

Erreur. Les itinérants seront extrêmement nombreux vers le début du XXIe siècle. Ils dérangeront même.

Virus veut travailler.

Platon et Aristote sont passés à table, dès que Virus et Croisos entrèrent dans la maison. Un ouragan, des éclats de rire. Le bonheur retrouvé. La bande de Dionysos était même moins joyeuse que nos deux jeunes amoureux.

Avec leur apparition, la vie reprenait ses droits. Ils embrassèrent Platon sur le front, avant de prendre place. Ils formaient un beau couple.

Platon fit remarquer que l’atmosphère était enfin plus détendue. Diogène salivait devant la beauté des deux derniers arrivés, ce qui semblait indisposer Aristote, qui ne put s’empêcher de lui lancer « Vieux cochon ! ».

Diogène se mit à quatre pattes et s’avança renifler entre les cuisses d’Aristote. Aristote se contenta de chasser l’intrus en lui assénant un léger coup de pied dans le ventre. Diogène ne répliqua pas, il savait qu’il n’était pas assez fort pour faire face à Aristote.

Diogène

Tu as brisé le bord de mon baril, prépare-toi à me payer les dommages.

Aristote

Tu peux toujours rêver, jamais tu n’auras un sou de moi. Tu voudrais qu’en plus de t’entretenir, j’enrichisse les parasites de ton espèce. Jamais. L’industrie du chantage n’est pas encore à la mode. Les arènes remplissent bien ce besoin de diversion. Pendant que le peuple s’amuse avec ces détails, ses dirigeants le volent. L’armée est payée pour protéger Alexandre, mais qui fait vivre les veuves au retour de ses batailles ? Un monde pourri.

Platon n’écoutait pas. Il était ravi de voir que ses deux jeunes avaient réussi à s’entendre. Leur amitié resplendissait. Il savait que dorénavant, il avait deux fils adoptifs plutôt qu’un. Il était bien conscient que sa vie, avec eux, parce qu’il voulait jouer au père, était dorénavant purement affective.

Platon

Avec Croisos, je ne manquerai jamais de tendresse. Le sexe, c’est pour les jeunes, pas pour les vieux comme moi. Mais, s’il…

Platon demanda à Croisos de s’occuper le plus tôt possible de son entrée au lycée. Platon adorait ce genre de responsabilités. À son avis, l’éducation était l’élément prépondérant et essentiel au développement de la Grèce.

Platon

Aider les autres, voilà le vrai sens de la vie.

Platon s’était même demandé si le fait de se sentir utile à un autre être humain dans la vie quotidienne n’était pas un plus grand stimulus que de se rendre au forum donner des conférences.

Platon

Qu’est-ce que ça donne d’écrire ou d’être un grand orateur ? Je n’ai pas besoin de ce prestige. Je mourrai bientôt. Oublié ou non, quelle différence ça fera, si je ne suis pas là pour le vivre ?

Diogène (s’adressant à Croisos)

C’est merveilleux ! Ce que réalisa ta langue.

Croisos rougit, mais ne sembla nullement vexé.

Croisos

  • Est-ce une demande de services ?

Platon

Le temps n’est pas aux échanges de services. Que veux-tu manger, Diogène ?

Diogène

Croisos, bien évidemment.

Puis, avec un grand air dédaigneux, Diogène rappela qu’il était un chien, ce qui ne manqua pas de faire intervenir l’Oracle, qui annonça qu’un jour, un certain Léo Ferré, lui aussi, dira qu’il est un chien.

Diogène

Ça n’a pas d’importance ce que feront les gens de demain, je suis le premier à y avoir pensé. Je dirais même, à le vivre. Malheureusement, je n’aurai pas de droit d’auteur jusqu’à cette époque.

Virus

De toute façon, tu ne saurais que faire de tout cet argent. T’as bien assez de barils pour vêtir tous les pauvres du quartier.

Parlant d’argent, Virus se tourne vers Platon.

Virus

J’ai une grande nouvelle à t’annoncer. Je me suis engagé dans la mine d’or de Paulus des marais. J’aurai une tortue par mois.

Aristote

C’est bien peu. Ce Paulus est vraiment un exploiteur. Ce travail vaut au moins trois oboles par mois. Et, tu n’as même pas l’âge nécessaire pour aller sous terre. Que crois- tu pouvoir faire ?

Platon (décontenancé)

Aristote a raison, c’est de l’abus. Je ne vois pas pourquoi tu irais travailler alors que tu as tout ce que tu veux ici. Tu n’es pas bien avec moi et Croisos ?

Platon ne voulait pas raviver ce qu’il avait cru être de la jalousie ; mais Croisos semblait être devenu un nouvel argument pour faire prendre conscience à Virus de sa vie de petit privilégié, comme celle, d’ailleurs, de tous les amourajeux.

Virus

Je veux savoir ce que je peux faire. Je ne suis pas un mollusque, ni une mauviette. Si je gagne assez d’argent, je pourrai me louer un appartement avec Croisos.

Platon blanchit. Il savait qu’il ne pouvait pas empêcher le petit de faire ce qu’il veut.

Platon

C’est ta vie.

Aristote

Ce tabarnache de Paulus des marais n’est jamais content. Il emploie plus de 4,000 esclaves dans sa maudite mine. Il y en a qui crèvent toutes les semaines et il cherche maintenant à embaucher les jeunes du pays. Il n’a aucun respect de…

Diogène

C’est un riche. Que veux-tu ? Quand tu es si riche, tu sais exploiter les autres. As-tu déjà vu un étrier devenir millionnaire ? Pour être riche, il faut nécessairement être un voleur. Moi, on ne peut pas me voler, je n’ai que des barils.

Virus

On ne vole pas tes barils, mais on vole le fer qui les entoure. Je suis certain que le forgeron Ygosse Bin arrive à le racheter à bon prix. Tu as peut-être une part de la lame du couteau de Xéros le doubleur, sans même le savoir.

Tous, sauf Diogène, la trouvèrent d’une logique implacable. Ils riaient à qui mieux mieux, pendant que Diogène faisait la baboune.

Aristote

C’est justement lui, ce maudit Paulus des marais, qui tourne autour d’Alexandre pour le persuader de se rendre en Perse et de dominer les pays étrangers. Il lui fait miroiter la fortune et la gloire et mon Alexandre l’écoute comme si c’était la Pythie.

Ces maudits lobbyistes sont plus forts que moi et le bon sens. Ils font semblant d’appuyer le roi, mais ils profitent de ses guerres pour s’enrichir. Ils ont leurs pilleurs professionnels, qui n’attendent que ça. Ils ont aussi le front de faire augmenter le prix des matériaux, en prétendant que le volume de minerais ne permet pas de répondre aux besoins du marché. Créer la rareté pour en fixer les prix. C’est une forme intelligente de vol.

Oracle

Dans quelques siècles, à cause du pétrole, on réanimera une vieille religion qui croira que grâce à sa richesse elle peut reconquérir le monde.

Toute vie sera en danger sur la planète. Les crises économiques rendront les maîtres de la terre de plus en plus fous.

Les crises économiques sont souvent les signes avant- coureurs des guerres. La loi du plus fort existera toujours, car plus tu es croche, plus tu es puissant.

On finira par manquer de pétrole pour vrai, alors on se cognera sur la gueule.

Platon

Nous en discuterons demain, je me sens mal, ce soir.

Le choc fut très brutal quand Platon s’aplatit sur le plancher. Les invités se précipitèrent à son secours. On craignait pour sa vie.

Platon à l’agonie, mais…

On apporta Platon sur son lit. Il suait à grosses gouttes. Les deux jeunes étaient atterrés. Que leur arriverait-il si Platon mourait ? On prend souvent conscience de la valeur de ceux qui nous entourent qu’au moment de leur mort.

Les jeunes s’en voulaient de ne pas avoir plus fait attention pour annoncer à Platon leur désir de vivre ensemble.

  • On l’a peut-être tué, en tombant en amour. Il est peut-être jaloux, pensa Croisos.

Croisos était trop concentré pour s’apercevoir que Diogène en profitait pour lui passer la main sur les fesses.

Virus était blanc comme un drap, il s’approcha de Platon en pleurant et lui promit de ne plus le quitter si cela pouvait lui sauver la vie.

  • Je n’irai pas travailler, si tu ne le veux pas.

Il saisit la main de Platon et la serra. Une larme coula sur les joues du vieux philosophe.

Même si c’était encore récent, Virus n’avait jamais connu un tel père. Depuis qu’il l’avait rencontré, il n’avait jamais manqué de rien. Au contraire.

Malgré ses sautes d’humeur, Virus appréciait ce que Platon faisait pour lui. Qui aurait accepté de rendre la liberté à deux esclaves, seulement pour pouvoir les considérer comme ses fils ?

Platon sourit et lui dit simplement :

  • Tu dois faire ce qui te plaît. Tu es assez grand pour en décider. J’aimerais seulement que tu restes un peu à la maison pour t’occuper de moi. Juste le temps que je guérisse. Sache que toi et Croisos devenez maîtres des lieux si je meurs. Je vous laisse tout.

Platon n’était pas un aristocrate, mais il vivait très bien, comme tous les bourgeois de l’époque. Il ne participait plus aux grandes réunions démocratiques parce que la foule le fatiguait. Comment tenir le coup avec cinq mille personnes entassées pour un seul vote ? Par contre, c’était un excellent moyen pour rencontrer les veilles connaissances.

Platon était très fier de l’esprit démocratique de son peuple, des gens de sa ville. Rien n’était accepté sans que la majorité l’ait accepté.

Le silence venait de s’établir quand le vieux jardinier arriva avec un médecin. Quelques minutes plus tard, celui- ci pouvait confirmer sans l’ombre d’un doute que la vie de Platon n’était plus en danger.

Rassurés, Virus et Croisos, après avoir demandé aux invités de revenir le lendemain se déshabillèrent et se couchèrent un de chaque côté de Platon. Cette fois, ce serait lui qui profiterait de la souplesse de leurs doigts et de la chaleur de leur langue.

Nul philosophe ne fut jamais aussi comblé. Et si c’était ça, le ciel ?

Les derniers amours de Platon 18

juin 20, 2020

Les financiers : des rats d’égout.

Quand Croisos arriva, Diogène devint presque fou. Il regardait les autres, fixait Croisos et se masturbait, comme il le faisait souvent au centre-ville.

  • Wow ! Wow ! Comme il est beau », criait-il. Je vais mourir, c’est trop, c’est trop.

De toute évidence, Platon et Aristote ne partageaient pas ce manque de retenue. Que quelqu’un t’excite, soit ; mais devenir aussi fou, jamais.

Platon et Aristote n’avaient pas à se le dire pour se comprendre, les regards suffisaient.

Virus, alerté par ces cris, sortit de sa chambre, voulant savoir ce qui se passait. Il y retourna aussi vite, après avoir jeté un œil sur Diogène qui se masturbait toujours.

Virus (dégoûté)

Ça ne va pas, le tonneau ? Lui cria-t-il.

Platon (ravi).

Au moins, Virus sait reconnaître ce qui n’a pas de bon sens.

Aristote essaya de ramener la conversation sur la vie politique du pays. Pour lui, c’était déjà un état d’urgence. Alexandre était sur le point de déclarer le départ de son armée et cette décision était loin de lui plaire. Pourquoi vouloir entrer en guerre avec tout le monde ? Pourquoi les paysages d’ici ne suffisent-ils pas à notre bonheur ? Qu’arriverait-il s’il y avait un soulèvement pendant qu’Alexandre sera au loin ?

La politique attirait moins l’attention de Platon que l’attitude de son petit Virus.

Platon crut comprendre ce qui se passait dans la tête de ce petit être frêle, rendu fou par la jalousie.

Aussi, demanda-t-il à Croisos d’aller trouver Virus. Il espérait que l’âge n’étant plus un handicap, Virus tombe en amour avec Croisos.

Platon (s’adressant à Croisos)

Virus est dorénavant ton maître. Fais tout ce qu’il aime, ne lui refuse rien, mais s’il est violent avec toi, avertis-moi. Jamais, je n’admettrai qu’un maître maltraite son esclave. Je veux que tu sois heureux avec nous.

Ayant entendu qu’ailleurs en Europe on amène parfois le petit gars chez la prostituée pour l’initier ; Platon considérait qu’il était temps d’offrir le même service, à la maison, au petit Virus.

Peut-être que Virus n’avait pas encore découvert son identité sexuelle et que pour lui, ses ébats avec Platon n’étaient que des expériences sans suite ? Des moments de plaisir sans amour ? N’était-il pas devenu la propriété de Platon ?

De toute façon, sa paternité avait mis fin aux relations sexuelles, entre lui et le petit Virus, depuis déjà un bon bout de temps.

Platon s’assit de façon à être face à face avec Aristote, mais aussi, et surtout, de manière à pouvoir voir ce qui se déroulait dans la chambre, entre Virus et Croisos.

Croisos n’avait pas besoin de dessin, il comprenait déjà que Platon lui demandait que Virus devienne son amant.

Aussi, entra-t-il dans la chambre, bien déterminé à se faire aimer, du moins accepter, par son nouveau maître.

Croisos s’est approché du petit. Il était à sa tête, à genoux, aussi nu que la nature l’avait pourvu.

Croisos massa délicatement la tête de Virus. Le jeune Virus étendu nu sur son lit, couché sur le ventre, semblait goûter chaque seconde. Il avait les yeux fermés, donc, il ne voyait pas le poteau de Croisos prendre de l’ampleur et faire des belles.

Platon n’avait jusque-là jamais remarqué que Virus avait d’aussi belles fesses.

Il était étonné que Virus accepte aussi facilement, sans manifester la moindre protestation.

N’avait-il pas méprisé et voulu chasser Croisos auparavant ? Une simple crise de jalousie ? Peut-être que Virus n’était pas encore psychologiquement prêt pour une telle aventure à trois ? Il était peut-être gêné de ne pas être aussi pourvu que les autres autour de lui ?

  • Tant que les hormones ne s’emparent pas de notre corps, le sexe nous laisse totalement indifférents. Pour certains, tant qu’ils n’ont pas goûté à ces délices, le sexe les répugne. Pensait Platon.

L’adolescence est un passage obligé, renchérissait Platon, mais que les religions avaient commencé à introduire la censure.

Les religions déforment la réalité, ayant introduit la perversité, dans un processus naturel.

Certains gladiateurs aux Jeux du pays commençaient d’ailleurs à se voiler le pubis, sous prétexte qu’ils n’étaient pas aussi bien constitués que les modèles, servant en peinture et sculpture. « La gêne de son corps est une mésestime de soi qui engendre une forme de paranoïa », pensait Platon.

Oracle

Une maladie qui empirera en Occident avec la répression sexuelle et la conception que les femmes se font du sexe. Elles seront prisonnières de la pensée des religieux et croiront que cette haine du corps correspond à leur libération. Les nouvelles religions comme l’Islam auront une vision du sexe qui rappellera celle des sorcières de Salem.

  • La censure est une maladie mentale pour bourgeois attardé, consistant à être gêné d’être sexué, lança l’oracle.

Cette folie, basée sur la honte de son corps et les enseignements reçus dans sa jeunesse, commençait à s’implanter aussi à Athènes. Une situation idiote, selon la majorité des spectateurs aux olympiques.

Selon eux, la beauté d’un corps nu n’est pas discutable. Ce n’est pas parce que tu as une petite queue que tu es moins beau que l’autre. C’est une question de proportion. Elle doit être parfaite, comme le réussit si bien la nature.

Un trop long machin, c’est une infirmité, même  si plus tard, le porno déifiera les gros et longs organes. D’ailleurs, les féminounes n’avaient pas encore assez de pouvoir pour amener les autorités à s’en prendre à la pédérastie. Et de ce fait, avoir une petite queue était le maximum de la beauté, car cette situation est le propre de la jeunesse.

Aristote (élevant la voix)

Le pire problème de notre société, ce sont les maudites banques. Ils savent, ces rats, qu’ils peuvent tenir n’importe qui, à la gorge. Ce sont elles qui décident si une industrie vit ou meurt. Ce sont, elles, qui volent tous les individus, en exigeant des intérêts déraisonnables. Nos dirigeants ne peuvent rien contre elles. Qui oserait parler et être ruiné?

Les financiers ont un droit de vie ou de mort. C’est inacceptable. Ce sont des parasites qui vivent de l’exploitation de la majorité. Quand les banques refusent des prêts ou des subventions à l’industrie qui en a besoin, ils éliminent simplement une industrie du marché. Ils créent du chômage et de la pauvreté.

Aristote

C’est démentiel de tuer des individus pour des raisons économiques. Les riches existent dans toutes les formes de sociétés et dans toutes les descendances. Il y a des riches dans tous les pays.

Il faut leur imposer des règles à suivre. Pourquoi n’y aurait-il pas un salaire maximum mondial comme il y a un salaire minimum ? Qu’est-ce que ça donne d’en avoir plus, que tu ne peux en dépenser ? Pourquoi un travailleur d’un autre pays serait-il moins payé pour le même emploi que celui d’ici ?

Platon remarqua que Croisos avait commencé à masser le corps de Virus. Le petit semblait se délecter de la dextérité de son esclave.

Platon remarqua le sourire et la satisfaction de Virus.

Il aurait bien aimé être à sa place.

L’oracle continuait son cours sur l’histoire des bêtises humaines et ne semblait pas s’apercevoir que les autres étaient surtout intéressés par quelque chose d’autre.

La stupidité humaine sera toujours de plus en plus meurtrière. L’homme est la bête la plus dangereuse pour la planète. La richesse est pire que la luxure. L’homme se dégrade avec le temps, il n’évolue pas, sauf, sur le plan technique.

Cette maladie de devenir de plus en plus riche, de ne donner presque rien à ceux qui te prêtent de l’argent ; mais d’exiger des intérêts de fous à ceux qui t’en empruntent, sera à la base d’un cancer mondial : le capitalisme sauvage. Le communisme sera pourtant pire, car les dirigeants n’hésiteront pas à tuer pour le pouvoir. Un jour, l’argent sera la cause de toutes les calamités.

Platon se pencha un peu, de façon à voir Croisos passer lentement la langue sur le bas du dos et les fesses d’un petit Virus, qui semblait de plus en plus excité.

Platon se rappela alors cette merveilleuse sensation. Il ferma les yeux et crut sentir à nouveau l’électricité qui le pénétra dans un tel cas.

Elle chemine sur ton corps comme une vague en pleine tempête. Tout est ardent et rapide.

Virus sursautait quand l’intensité se faisait plus grande. Il se recroquevillait, mais se laissait vite rattraper par le courant qui parcourait son corps.

Platon

  • Comme ce doit être divin. Croisos sait  vraiment bien comment s’y prendre.

Aristote

Tu vois, dit-il à Platon. Il faut agir maintenant, sinon l’avenir sera de plus en plus intolérable. Ceux qui  dominent les finances n’ont aucun cœur. Ils ne pensent qu’à s’enrichir de plus en plus. Ils veulent le pouvoir.

Virus s’était tourné sur le dos. Croisos continuait à passer la langue, cette fois sur les cuisses intérieures, sur le scrotum et puis il enfila dans la bouche le petit pénis de Virus. Il était non seulement peu volumineux, mais assez court. Il n’était pas circoncis. Platon l’évalua à environ trois pouces, mais il semblait plus raide qu’une tige de métal. Seulement quelques poils s’élevaient dans le paysage comme une forêt de la Côte-Nord du Québec.

Le va-et-vient de la tête de Croisos prenait de plus en plus de rapidité tandis que ses doigts massaient le bas du ventre. Parfois, Croisos lui soulevait les fesses. Il se plaça au pied du lit pour mieux poursuivre le travail entrepris. Il était à genoux entre les jambes qui pendaient le bord du lit. Croisos se servait du bord du lit pour donner plus d’élan au corps de Virus.

Platon crut entendre Virus commencer à gémir. Il sait s’y prendre, ce petit Croisos, pensa Platon.

Aristote

Il faut mettre un frein à ce besoin de tout détruire pour mieux tout posséder. Il faut que cessent ces tueries, ces vols et ces viols. Des millions de gens sont malheureux à cause de ce manque de justice sociale.

Virus semblait rendu au ciel, mais il n’arrivait pas, de toute évidence. à éjaculer. Platon forçait pour et avec lui. Mais sa contribution était absolument inutile. Croisos massa Virus davantage aux hanches et au bas ventre, tout en essayant d’être encore plus rapide. Il se précipitait tellement, que parfois l’organe lui échappait de la bouche. Tout était à recommencer. Mais c’était de toute évidence si plaisant.

Puis, Virus cambra les cuisses et les jambes. Il se ferma les yeux, grimaça et gémit. Platon savait que le travail était fait. Dorénavant, Virus connaissait le plaisir qu’apporte la virilité.

Croisos semblait tout à fait satisfait. Lui et Virus se souriaient. Virus lui saisit un bras et se rejeta la tête sur son oreiller. Il était émerveillé.

Aristote (s’adressant à Platon)

Maître, vous ne m’écoutez pas. Il y va de la vie de notre pays. Si nous exigeons plus d’efforts aux gens qui se sentent déjà opprimés, nous risquons de voir notre société éclater. Ce sera très beau d’avoir possédé un empire, si cela nous amène à tout perdre. Pourquoi autant d’orgueil ? Pour faire plaisir à une classe qui s’enrichira encore de tous ces crimes ?

Virus sortit de sa chambre alors que Croisos se dirigeait vers l’extérieur de la maison. Il attendait vraisemblablement Virus. Ils iraient enfin lutter un peu ensemble ou courir dans les champs. Virus avait dorénavant un compagnon de jeu. Virus, sans dire un mot, s’approcha de Platon, le prit par le cou, l’embrassa au front et lui dit :

  • Je te remercie, c’est de ce dont j’avais vraiment le plus besoin.

Platon regarda Aristote et songea au visage de Socrate quand il avait vécu avec lui sa première expérience sexuelle. Mais Croisos lui semblait un bien meilleur amant. Platon se rappela son enfance quand une petite goutte s’était projetée du pénis de Socrate dans sa bouche. Elle avait un petit goût bizarre et il était un garçon absolument heureux.

L’égoïsme est naturel.

Aristote était presque découragé de ne jamais pouvoir discuter de l’avenir de la nation parce que « ce petit maudit Virus » avait pris d’assaut le cerveau du plus grand penseur de son pays.

Aristote

On ne pourrait pas parler de choses sérieuses ? Virus vient d’éjaculer pour la première fois, So what ! Quelle importance cela a-t-il pour la Grèce ? Tous les petits gars du monde éjaculeront une première fois. Il n’y a pas que le sexe dans la vie. Je ne passe pas mes journées à me demander où mon fils Nicomaque en est rendu dans sa sexualité. C’est son affaire. Sa vie privée. Je n’ai pas droit en tant que parent de choisir pour lui, comment il la vit.

Oracle

Nelly Arcand parlera des familles pédophiles, c’est-à- dire celles où les parents sont obsédés par la sexualité de leur fils ou leur fille.

Platon

Tu as parfaitement raison. Je devrais me mêler de ce qui me regarde.

Aristote

Dans ce cas, on pourrait passer à autre chose.

Platon

Ça n’a aucune importance pour la Grèce, c’est vrai, mais Virus est le centre de ma vie et il en sera ainsi jusqu’à mort. Il est mon bonheur et ma souffrance. Je m’intéresse à ce qui lui arrive à tous les niveaux. Je ne lui dis pas ce qu’il doit faire, mais je l’observe pour le conseiller, si le besoin se fait sentir.

Il est jeune, il ne peut pas tout connaître de la vie. Et, je l’aime très profondément. Je ne veux pas qu’il souffre inutilement.

Quand je pense à ma semaine, je me demande ce que je peux faire pour lui faire plaisir. Je souffre qu’il soit parfois agressif avec moi. C’est normal. On vit pour soi et avec ceux qui nous entourent.

J’adore Virus parce qu’il me montre à chaque instant ce qu’est la beauté, l’amour, le plaisir et la douleur. Je suis persuadé que c’est la même chose entre toi et Nicomaque.

La seule différence : Nicomaque est ton sang, moi, Virus est un petit gars que j’ai rencontré dans un club et dont je suis totalement tombé amoureux. Virus me permet de voir le monde différemment. Je l’aime tellement que j’essaie de comprendre ce qui nous différencie et ce qui nous rend pareils. C’est une nouvelle branche de recherches dans ma philosophie. L’amourajoie.

Aristote

La quoi ?

Platon

L’Amourajoie ou si tu veux, la sexualité chez les jeunes garçons. L’amour entre un mâle adulte et un petit gars. La pédérastie. Un amour qui se confond au jeu. Une situation d’amour profond. Je dirais, de fascination, presque d’hypnose.

La sexualité est chez les jeunes une force de vie ou de mort. Pourtant, ils ne la vivent pas comme nous, les adultes. Ils ne sont pas encore capables de symbolisation. Donc, ils la perçoivent différemment.

Pour eux, la sexualité est encore strictement un jeu, un jeu d’amour. Une imitation de ce qu’ils perçoivent des adultes. C’est pourquoi j’ai appelé cela de l’amourajoie et ceux qui le vivent sont des amourajeux.

Oracle

Les boys lovers, comme on dira en anglais, seront persécutés par les bandits qui mènent la société. L’amour est toujours un problème pour ceux qui  choisissent l’argent et le pouvoir comme dieu. L’amour dérange.

Pendant qu’on chassera les amants, les voleurs légalisés pilleront la planète. Cette chasse aux amourajeux sera un moyen de détourner l’attention des vols et des meurtres commis par l’économie, tout particulièrement, les finances.

Diogène

Une autre connerie !

L’oracle

Tu ne verras pas ça, tu mourras avant, mais « Avec le temps », comme dira Léo Ferré, la censure l’emportera.

On chassera ceux qui sont aujourd’hui connus sous le vocable de pédérastes ou pédophiles, car on n’aura pas l’intelligence de voir la différence. On pensera que « notre » plus grand et plus bel amour est hors-nature.

La stupidité et l’ignorance s’installeront dans les mœurs. Ce sera encore une fois, surtout l’œuvre des religions et cette fois, on y ajoutera le discours des féminounes, ces féministes de droite qui posent toujours en victimes et se pensent toujours oppressées par l’homme parce qu’en-dehors de leur paranoïa quant au sexe, rien n’existe.

Platon

J’essaie de voir quelle sorte de monde pourrait naître de l’autonomie individuelle.

Si chaque individu a des droits, il a aussi des responsabilités. Lesquelles ? Une chose est certaine, plus les gens seront autonomes, plus la démocratie se portera bien. Or, la censure et le secret tueront la démocratie.

Plutôt que d’être de plus en plus libres, les hommes seront de plus en plus emprisonnés dans des morales de plus en plus malades. Ils seront prisonniers des fanatiques de toutes espèces.

La liberté d’un individu vient du fait qu’il est unique, même s’il est pareil à tous les autres individus. C’est un phénomène absolument excitant. La beauté est autant dans la différence que dans les similitudes. Pourquoi un individu se pense-t-il supérieur aux autres ? Il n’est qu’un animal. Le merveilleux, c’est la vie. Et, qu’on le veuille ou non, on est tous limités. La vie a le sens qu’on veut bien lui donner.

Notre « monde individuel » se fiche de ce qui se passe à des milliers de milles de chez nous, parce qu’on n’y peut rien.

La réalité d’un individu est celle qui est délimitée par sa conscience. Que puis-je pour un individu qui vit dans un pays que je ne connais pas ? Qu’est-ce que son existence change pour moi ? Rien. Il naît et il meurt des millions d’individus sans même que je ne les connaisse. Même si je voulais, mes connaissances seront toujours très infimes par rapport à la réalité.

Voilà pourquoi Virus est si important. Je le connais et je peux quotidiennement entrer en communication avec lui. Plus je le connais, plus je l’aime. La connaissance est le meilleur outil contre les préjugés et les discriminations.

Il faut apprendre qu’on est loin d’être seul à avoir raison. L’important, c’est ce qui nous touche. L’important, c’est de prendre plaisir à découvrir l’autre.

Aristote

L’égoïsme nous écarte de nos responsabilités et de notre bonheur.

Platon

Il ne faut pas se prendre pour un autre. Si c’est vrai que la solidarité est essentielle au développement d’une communauté, elle l’est encore plus pour une nation. La responsabilité sociale ne peut qu’exister pour moi, comme individu, que dans le territoire sur lequel je peux modifier les choses, dans mon pays.

La mondialisation est une forme éhontée de pillage, car on se sert de la « production des uns » pour exploiter la « consommation des autres ». Les multinationales sont évidemment, les plus riches.

Pourquoi cherche-t-on à s’installer ailleurs ? Juste pour avoir le droit d’exploiter les plus faibles. Une multinationale ne s’installera jamais là où elle doit payer un salaire raisonnable. Elle va, où elle peut produire au moindre coût. Les producteurs ont perdu toute conscience. Pour eux, seuls les profits ont de l’importance.

Aristote

Dès qu’un Nouveau Monde est découvert, il devient ton monde, car tu en connais son existence. Les échanges qui se font entre ce Nouveau Monde et ce que tu utilises dans le quotidien se rejoignent. Leur richesse t’apporte la possibilité de vivre de plus en plus confortablement.

Platon

Justement. On me fait payer davantage pour les produits qui viennent de loin. Non seulement je paye plus cher, mais ceux qui les produisent exploitent ces peuples. Ils les dépossèdent de leurs richesses après en avoir pris militairement possession. C’est la loi du plus fort comme dans les tribus de singes dans la jungle.

Le colonialisme est donc une forme de vol accepté dans notre morale parce que l’on se croit supérieur aux autres. On s’imagine que l’on est le seul animal capable de penser, donc, digne de respect. On s’imagine que tous les autres modèles sociaux sont inférieurs aux nôtres, parce qu’on les croit carrément dans l’erreur.

Toute notre pensée vient de l’aristocratie. Un mensonge qui fait qu’un roi est un dieu, qu’un individu de sa descendance est naturellement supérieur aux travailleurs et aux paysans. On croit que c’est celui qui doit gouverner parce qu’on ne croit pas encore dans l’autonomie individuelle. Pourtant, l’autonomie individuelle est la pierre sur laquelle repose toute notion de démocratie.

Les derniers amours de Platon 17

juin 19, 2020

Diogène

Suppose que non. Si j’avais dit non, que penses-tu qui serait arrivé ? Il serait allé en voir un autre, un autre peut- être plus dangereux, moins respectueux de ses désirs. Quelqu’un qui l’aurait peut-être enculé, violé. Je peux t’assurer que je n’ai pas abusé, mais j’ai joui de la situation. J’espère que j’ai réussi à lui en faire profiter pleinement. Rien de ce que nous avons fait ne le marquera, à moins que tu te mettes à faire un drame.

Là, tu le mets dans une situation inconfortable. Tu le méprises puisque tu ne lui fais pas assez confiance pour qu’il décide lui-même ce qu’il veut. Il aime ou il n’aime pas. Ce n’est pas ton affaire. C’est un choix qui lui appartient et à lui seul.

Platon

Mais, il est si jeune!

Diogène

Quel con ! Tu sais parfaitement qu’un jeune ne voit pas la sexualité comme un adulte. Pourquoi les adultes doivent-ils toujours projeter leurs sentiments, leurs émotions sur les plus jeunes ? Tout est totalement différent. Ils n’ont même pas la capacité d’interpréter des symboles, encore moins de les intégrer dans leur vie. Pour eux, c’est amusant ou pas. Rien d’autre.

Ce sont les aînés qui créent la morale, probablement parce qu’ils ne savent plus justifier leur propre façon d’avoir vécu leur sexualité. Les religieux ont créé une civilisation de frustrés et de castrés.

De toute façon, Virus est assez vieux pour décider par lui-même. C’est vrai que tu le vois encore comme un enfant dépendant de toi.

Platon

Il n’y a pas que le sexe. Il y a l’amour. Comment un jeune peut-il le comprendre ?

Diogène

Par l’expérience. Il n’y a que l’expérience qui peut te dire ce qui est bien ou mal pour toi. Tu fuis instinctivement la violence et pourtant nos sociétés sont dirigées par des gens violents, des égoïstes, des têtes enflées, des voleurs, des tueurs.

Faire la guerre pour avoir ce que l’autre possède, comment appelles-tu ça, sinon du vol, du meurtre et du viol, car on force les gens conquis à penser comme nous ? Le viol n’est pas seulement sexuel. Le viol, c’est aussi imposer une morale qui n’a pas de sens, qui ne respecte  pas la vraie nature humaine.

Nos dirigeants se fichent que les gens meurent, pour eux, l’important, c’est d’être plus riches. Qu’est-ce qui justifie qu’un individu meurt pour son roi ? On ne meurt pas quand on éjacule, on jouit ! Que tu aies l’âge que tu voudras, c’est une vérité universelle.

Virus fit son apparition au même moment. Il se contenta de regarder Platon, droit dans les yeux, avec un air de défi. Il prit Diogène par la main.

Virus

Viens ! Nous avons des choses à faire. Et, il entraîna Diogène dans sa chambre.

Platon se permit de rire, car il venait de comprendre que son petit Virus voulait seulement le provoquer, en agissant ainsi avec Diogène.

Il fit venir son serviteur, à qui il confia la tâche de ramener Croisos.

Si Virus peut aller avec un autre, je le peux, moi aussi.

On verra plus tard pour la fraternité.

Le retour de Croisos

Platon serait bien allé frapper à la porte de Virus, mais c’eut été un manque de respect à son égard, puisque le petit venait de manifester clairement que la présence de Diogène n’était pas le fruit d’une séance de fascination exercée par Diogène, pour se faire agiter « le tuyau », mais bel et bien un choix de Virus.

Platon était un peu jaloux, même s’il ne voulait pas l’admettre.

« Virus ne m’appartient pas », se répétait-il pour ne pas entrer dans la chambre et casser le tonneau sur la tête de Diogène.

  • Lui et sa maudite mode, se disait-il intérieurement. Il se pense bien supérieur à nous, mais ce n’est qu’un repris de justice. Mon argent, moi, je l’ai gagnée.

Virus est adolescent. Il est maintenant assez âgé pour décider ce qu’il veut. Il sait ce qu’il veut et ce qui lui plaît.

De toute évidence, Diogène ne lui fera jamais mal.

Une expérience de plus, voilà tout, se dit Platon.

Platon savait que la fascination n’a rien de dangereux, à moins de tomber entre les mains d’un psychopathe.

« Ce n’est quand même pas pire que les religions, qui dès le berceau, s’en prennent à la liberté de penser. Les religions apprennent à se mépriser en se croyant pécheur plutôt que d’apprendre à vivre avec amour, avec tout son environnement, en se disant que vivre et laisser vivre est la plus belle formule de vie », songea Platon

Personne n’a, un jour, ressenti de douleurs, en exploitant les plaisirs sexuels, sauf les jeunes vierges qui se font pénétrer, malgré eux. Ils ont honte et subissent la douleur sans pouvoir dénoncer ceux qui les ont violés parce que l’on n’a pas mis sur pied un système qui les protège. Au contraire, la société leur rend la vie encore plus difficile puisqu’on pense qu’ils se sont attiré les problèmes.

« À son âge, Virus, lui aussi, commence à jouir de sa virilité naissante », se dit Platon.

Sa décision, de permettre à Croisos de revenir s’occuper de lui, était aussi une preuve d’autonomie de Platon envers Virus.

Si Virus peut choisir son amant et ses compagnons, pourquoi son père ne le pourrait-il pas ? Il n’est plus un enfant.

D’autre part, Platon n’était pas du genre à changer de partenaire tous les quinze jours. Cette mode le répugnait même ; car il croyait fermement dans l’amitié profonde, un sentiment qui dépasse les sexes, les races et les préjugés religieux.

« Le cul pour le cul, sans amitié ou amour, c’est bon pour les inconscients », pensait Platon.

« Les plaisirs sexuels sont des gestes de rapprochement, la preuve d’un désir profond, pas seulement un instinct qui domine l’individu par plaisir égoïste. C’est une voie vers sa réalisation. Un besoin de créer une œuvre qui soit le fruit de sa propre vie. C’est le partage, l’anti solitude » croyait aussi le philosophe.

Aristote

Est-ce qu’on pourra, un jour, parler de cette maudite mondialisation ?

Platon

Je ne suis pas impliqué dans ce processus. Je ne suis ni soldat, ni banquier, ni commerçant.

Dans ma vie, le plus important de tout, c’est mon petit Virus et mon bonheur personnel. Tu comprends ça ? Je suis déjà très content de ce qui m’appartient. Je n’ai besoin de rien de plus.

Aristote

Oui, mais tu dois te rendre compte que les gestes politiques modifient la vie de tous les citoyens. La vie d’un individu ne peut avoir un sens sans son « agir en société ». La motivation est fondamentale pour juger ses actes. Sans le rapport aux autres, la vie ne veut rien dire.

Aucune personne ne peut être heureuse dans la solitude absolue, quoi qu’en disent les ermites. Je ne suis pas masochiste. La souffrance ne crée rien de positif. Elle sert seulement à affermir la vie intérieure de certains individus qui ont besoin de souffrir pour savoir ce qu’est le bonheur.

Mais, que je le veuille ou non, Alexandre, mon roi, veut trouver encore plus d’argent pour moderniser son armée parce qu’il veut aller voir ce qui existe au loin. Il se croit un autre Ulysse et se prend pour Achille. C’est presque impossible de faire comprendre le bon sens à de telles gens.

Et toi, tu paieras plus d’impôts pour lui permettre de réaliser ses caprices. Pourquoi devrais-tu te priver de biens que t’aurais pu autrement t’acheter juste pour lui permettre d’affirmer qu’il est un grand roi ? Pourquoi a-t-il besoin de se prendre pour un autre, à ce point ?

Il prétend qu’ainsi la Macédoine sera plus riche et plus prospère. Mais, j’en doute ! Pour créer autant d’armes, il faut de nouvelles mines. Pour avoir de nouvelles mines, il faut conquérir des endroits où il y a abondance de fer. Où tout cela s’arrêtera-t-il ?

Les dieux sont-ils disposés à nous laisser détruire tout l’environnement juste pour exercer un pouvoir qui détruit plus qu’il engendre de biens ?

Après avoir conquis un peuple, il faut le soumettre. Ça n’en finit plus.

Platon

Je suis tout à fait d’accord avec toi ; mais c’est presque inévitable puisqu’on met le pouvoir entre les mains de dirigeants assoiffés de sang et d’orgueil.

Même les dieux prétendent devoir être honorés avec de l’or. Ils se prennent un peu pour d’autres, eux aussi. Ou est-ce seulement les prêtres qui nous mentent ? Pourquoi peuvent-ils mieux interpréter la parole des dieux ? Ils consomment des drogues pour être plus perspicaces, mais ces délires sont-ils vraiment une visite chez les dieux et les morts ? Pourquoi un homme aurait-il besoin de devenir un dieu ? Combien d’hommes ont échappé à la mort ? Aucun. Pourquoi prétendre le contraire ?

Aristote

Les rois prétendent tenir leur pouvoir du fait d’être les descendants directs des dieux. Qui peut prouver que c’est vrai ? Qui peut affirmer que notre connaissance n’est pas basée sur des hallucinations ? La religion explique très bien pourquoi nous existons et pourquoi tant d’événements dépassent notre entendement. Personne ne peut prétendre que la vie appartient à la matière. Il faut une autre force, une force divine ?

Platon

Il est évident que la vie est une énergie différente de celle de la matière. La pensée est d’un autre ordre, mais ça ne prouve en rien la présence des dieux. Au contraire, plus on comprend la nature, plus on s’aperçoit que tout est une suite logique. Un âne ne pourra jamais donner naissance à un veau.

Oracle

Tu as raison. Mais, un jour, on démontrera que la matière est simplement une énergie en voie de refroidissement, donc, en perte de vitesse et de vitalité. Ces transformations sont les signes extérieurs de la vie. Mais, pourquoi en sommes-nous conscients ? Qu’est-ce que la conscience ?

Aristote

Leucippe a peut-être raison en affirmant que la réalité se situe dans l’infiniment petit. Si notre corps change si souvent cellule après cellule, sommes-nous, à la fin de notre vie, le même homme qu’au début ? Alors, ne sommes-nous pas quelque chose de plus que notre corps ? Ça me semble une preuve irréfutable que l’individu est plus qu’un corps. Ce principe qui le définit, qu’est-ce que c’est ?

Platon

Et, le ciel étoilé ne prouve-t-il pas l’existence de l’infiniment grand ? Les dieux forment-ils vraiment des constellations ?

Aristote

C’est un moyen pratique de diviniser une force que l’on ne comprend pas et que l’on estime bien au-dessus de nos forces.

L’oracle

Vous n’avez pas fini d’en voir. Viendra bientôt une autre puissance, un peuple guerrier qui, tout en nous conquérant, s’hellénisera au maximum. Il ira même jusqu’à nous voler nos dieux et leur donner un autre nom.

Beaucoup plus tard, d’autres nieront complétement l’existence des dieux. Ces hommes ne vivront pas tous seulement pour les richesses matérielles, mais ils créeront leur propre dieu. On en viendra un jour à croire dans un dieu unique.

L’empire qui domine est celui qui impose ses dieux. Les dieux ne sont que des peurs pour justifier la loi et l’ordre. Leur prétendue vie sert d’exemples aux hommes, car peu arrivent à dépasser le stade de l’imitation. Il faut être plus évolué pour créer une nouvelle réalité.

Aristote.

Si on se contentait d’être un petit pays, créé par des villes qui ont l’avantage de pouvoir respecter  la démocratie, c’est-à-dire de permettre à chaque individu d’avoir une opinion et de l’exprimer, peut-être que nous n’aurions pas à organiser des guerres, des conquêtes, des morts et des morts à n’en plus finir.

On n’a pas besoin de guerres pour régulariser le poids de la population. On a qu’à vivre notre homosexualité. Deux hommes ensemble, tout comme deux femmes ensemble, ne font pas d’enfant, mais se complètent à un autre niveau. Pourquoi cet idéal ne peut-il pas servir de base à une nouvelle société, plus égalitaire, plus juste ? Les femmes appelées à la fécondation ne sont pas menacées de disparaître. Elles sont là pour nous offrir une descendance. Aucun homme ne peut s’en passer ; mais il faut reconnaître que les gens de même sexe se comprennent mieux entre eux.

Platon

Le couple d’individus, vivant ensemble, offre la possibilité de devenir un être entier, sans avoir de besoins ou d’exigences supplémentaires.

Diogène (qui venait d’apparaître)

Les femmes sont nos égales. Pas de femmes, pas d’enfants. Leur présence est aussi indispensable que la nôtre. Elles sont nos égales, même si elles sont différentes.

Platon

Chacun a son rôle. La carrière n’a pas à être déterminée par le sexe. La carrière est simplement un but à atteindre pour se réaliser individuellement.

Diogène n’avait pas fini de parler quand Croisos entra dans la maison. Diogène figea sur place.

Diogène

Quelle beauté !

Platon lui fit vite comprendre que Croisos n’était pas matière à échange. Il appela Virus pour lui faire part de ses intentions.

Le pauvre Aristote était encore seul avec la politique.

Les hommes intelligents ont bien plus de préoccupations quotidiennes que le souci d’aller dominer les autres. Plus on voit gros, plus on a besoin de la force pour imposer ses idées.

Et c’est ainsi, à partir de cette empreinte primaire, que nos sociétés se sont développées dans la violence. Plutôt que de s’améliorer moralement, nos civilisations ont dépéri.

L’argent est devenu Dieu, l’égoïsme se confond à la fraternité.

Les derniers amours de Platon 16

juin 18, 2020

Mais, son ami avait raison d’un certain point de vue. Virus agissait comme s’il était Zeus en personne. Il croyait que Platon lui devait tout. C’était plutôt Virus qui profitait d’être aveuglément aimé.

Aristote ne semblait même pas s’apercevoir du malaise de son ex-professeur.

Aristote

Je voudrais absolument que vous présidiez un  colloque que nous organiserons dans deux semaines sur le problème de la mondialisation.

Virus et Diogène.

Malgré sa peine, Platon était prêt à aider, une fois de plus, la Grèce à ne pas courir à sa perte.

Les petits pays, qui vivent la démocratie et savent répondre aux besoins essentiels de leurs citoyens, sont plus riches que les empires. Les empires n’enrichissent que ceux qui sont déjà très riches. Et, les riches se fichent bien des pauvres. Seul, leur petit nombril compte.

Platon savait d’instinct que la mondialisation est une dangereuse fièvre de riches, une forme d’éclatement du cerveau qui se prend pour une réserve d’énergies. Leur soif est si grande qu’elle pourrait assécher les océans. Les portefeuilles des états pilleurs sont des éponges. Faute d’être, les riches compensent par l’avoir. Comme les dinosaures, ils sont appelés à disparaître, asséchés par les changements climatiques.

Il savait aussi que toutes les religions voudraient un jour être universelles, car chacune prétend détenir seule la vérité. Un empire, une religion. Un tel orgueil conduit nécessairement au mépris des autres.

Voilà pourquoi, Platon considérait la foi aveugle comme étant le pire des dangers de l’humanité. La foi qui ne se remet pas est question est une forme de schizophrénie. C’est la voie royale pour la maladie mentale, particulièrement, l’hystérie.

« Il ne faut pas s’aimer beaucoup pour ne pas chercher à comprendre ce que l’on est, d’où on vient et où on va », pensait Platon.

Platon n’eut pas le temps de répondre à Aristote que le petit Virus est entré dans la maison avec nul autre que son nouvel amant, Diogène.

Diogène, nu dans son baril-losange, tenait sur son épaule le fragile petit Virus, complètement nu, plus saoul que Dionysos lui-même.

Platon sursauta, se demandant s’il devait réagir et comment. D’une part, son âme de père lui disait qu’il devrait le punir pour être dans une si fâcheuse situation. L’ordre exige parfois un peu de sévérité. Qui aime bien châtie bien, c’est connu.

Par ailleurs, Platon savait qu’une punition n’est profitable que si elle n’est pas excessive. Ainsi, le puni se reconnaît à travers son erreur et comprend que la punition ne vise que son bien. Punir peut, parfois, être le mal nécessaire pour éliminer un danger et redresser une situation, tout comme cette punition peut être le fondement de la révolte.

La boisson est le moyen par excellence, avec les drogues, pour devenir des petits voyous, des irresponsables et des gens violents. Ce peut être aussi un moyen pour oublier, une façon hypocrite de se suicider. On ne s’enlise pas dans la boisson et la drogue seulement pour connaître de nouveaux plaisirs, car cette phase est vite dépassée et remplacée par l’esclavage à la drogue.

D’autre part, son esprit démocratique lui disait que Virus ne lui appartenait pas et que lui seul peut décider du comment il doit agir et user de son corps. La sexualité est ce qu’il y a de plus privé dans la vie de tous les individus. Malheureusement, les prudes essaient toujours de se mêler de la sexualité des autres pour compenser leur manque d’amour envers la beauté du plaisir.

Platon ne voulait pas manquer de vertu et devenir jaloux à son tour. Il savait que quelle que soit l’âge, tout individu à des droits et spécialement, le droit à la vie privée. Les parents sont les premiers policiers créés par le système pour s’assurer que les jeunes ne soient pas trop rebelles. Platon le savait parfaitement et ne voulait pas tomber dans ce piège social.

Diogène

J’ai rencontré ton fils. Je n’aurais jamais cru que tu aies un aussi bel enfant sous ton toit.

Aristote

Tu n’as pas honte de l’avoir ainsi saoulé ?

Diogène

Je n’ai jamais fait ça. Le petit est venu à côté de moi, rond, absolument rond, pleurnichant et disant qu’il avait perdu son meilleur ami. Il prétend que « Platon » l’a trompé avec un certain Croisos. Croisos, c’était ton amant d’occasion au marché, je crois. Pourquoi l’as-tu choisi pour l’amener chez toi, pour toi ?

Platon (stupéfait)

Croisos est un esclave que j’ai acheté pour me masser et me tenir compagnie parce qu’à la retraite, être seul, c’est la mort accélérée, la misère au bout de la route.

Un enfant, c’est un soleil permanent, malgré les inquiétudes. Comme un chien, il ne te crie pas de bêtises quand il te voit. Il est toujours content de ta présence.

Je n’aurais jamais cru que Virus serait jaloux et je n’ai jamais, encore moins, voulu faire de la peine au petit. Je m’étais dit que nous partagerions Croisos afin d’avoir une chose de plus en commun. Croisos est la beauté même. La tendresse incarnée. Le savoir en devenir. Il pouvait être bénéfique autant à Virus qu’à moi.

Diogène (fixant Virus)

  • Est-ce vrai ?

Virus

  • Ça n’a pas d’importance. Croisos m’a volé mon ératès10.

Platon

C’est faux. Je l’ai choisi pour nous. Il m’a littéralement séduit par sa beauté. Quant à toi, je ne t’ai jamais autant acheté de cadeaux et tu ne me laisses même plus te caresser les cheveux. Nous ne marchons plus ensemble durant des

heures comme avant. Tu ne veux même plus venir au  lycée. Que deviendras-tu ? Je t’aime, moi. Je veux que tu sois un homme vénéré et vénérable.

Diogène

Je vais le mettre au lit et je reviens. Je me sens trahi de ne pas avoir su avant que ce bel enfant, que j’ai dans les bras, existât, quand je suis venu te voir.

Platon

Ce bel enfant dormait. Je ne vois pas pourquoi, au nom de quel principe d’hospitalité, je l’aurais sorti du lit pour toi.

Platon n’avait pas fini de parler que Diogène se mit à flatter les cuisses et les fesses du petit, qui avait de la difficulté à marcher tant il était saoul. Ils entrèrent dans la chambre. Puis, ce fut le silence. Un silence qui perdurait comme l’éternité.

Intrigués, Platon et Aristote se rendirent sur le porche de la chambre de Virus et ne purent s’empêcher de rire.  Les deux s’étaient endormis comme des marmottes : Diogène s’était écrasé sur le lit. Il avait le baril remonté jusque sur la tête, le « flag » complètement découvert. Virus était couché sur le plancher, le moineau pendant.

Aristote (regardant Virus)

Comme il est beau ! C’est une des merveilles du monde.

Platon

La beauté est essentielle à l’amour. Toute personne amoureuse trouve son amant beau, même s’il est une horreur à regarder.

Aristote

La beauté est un paramètre individuel. Le destin. Tu es toujours beau pour au moins une âme sœur. Malheureusement, ce ne sont pas tous les individus qui la découvrent.

Ils retournèrent à la table pour essayer de pouvoir enfin tenir une conversation.

Paulus des marais.

Aristote ne perdit pas une seconde. Il expliqua à son ex-maître Platon qu’il craignait vraiment pour l’avenir de la Grèce.

L’oracle

Aristote a raison d’avoir peur. La mondialisation est un moyen de remettre tous les pouvoirs entre les mains d’un nombre restreint d’individus, surtout dans les domaines financiers et des énergies de pointe. Une mafia mondiale qui se nourrit principalement du blanchiment d’argent. Elle inventera la bourse pour être une meilleure voleuse. Les multinationales essaieront même de dominer les pays et leurs gouvernements.

Les arnaques ne se compteront plus. Quand tu es plus fort que le pays qui te reçoit, tu te fais subventionner pour t’installer, puis tu pars, sans remettre l’argent que les citoyens ont donné pour se garantir du travail.

Quand ces individus ont le monopole, ils font la pluie et le beau temps. Ils fixent les prix et définissent les marchés. Ils achètent les industries moribondes pour mieux les revendre, plus tard, à grands profits. Ce lavage  de linge sale en famille est ce que l’on appelle une crise. Les crises sont des moyens de se débarrasser du bois mort et permettre aux plus riches de créer de nouveaux fours pour couler de l’or.

Ainsi, ces monopoles pour encaisser encore plus de profits exigent la fermeture de certaines succursales. Pour les empêcher de fermer leurs portes, les gouvernements doivent payer pour maintenir les emplois. C’est l’avantage de pouvoir opérer dans plusieurs pays puisque les nations n’ont plus le pouvoir de les arrêter. C’est la force de la mondialisation. Une pyramide. L’argent n’a pas de race, ni d’odeur. D’ailleurs, avec les journaux et les religions, ils manipulent les opinions du public.

Pour avoir plus de pouvoir, ces bandits n’hésitent pas  à provoquer des guerres. D’ailleurs, les guerres sont un moyen de s’enrichir facilement. Paulus des marais veut que ses ennemis soient affaiblis pour racheter leurs avoirs.

Aristote

J’ai toutes les raisons de croire qu’Alexandre se lancera dans d’interminables guerres qui ruineront le pays.

Paulus des marais tente d’influencer le roi en ce sens. Il possède tous les marais riches en or noir et jaune de notre pays. Il aimerait éliminer tous ses concurrents, surtout dans les autres pays. Plus son monopole est établi, plus il peut faire fluctuer la valeur des marchés et fructifier la valeur de ses portefeuilles. Il nomme son empire en dehors de la Grèce, le Power du corps à corps. Puisqu’il ne peut pas lui-même mener le combat, il essaie de persuader Alexandre de le faire pour lui. Des luttes entre grandes puissances. De l’or à n’en plus savoir quoi faire.

Les rois sont fous, ils se prennent pour des dieux. Ils sont téméraires et surtout, pour eux, un être humain ça ne veut rien dire. C’est moins important qu’une once d’or. Pas difficile de les mettre dans ta poche quand t’es docteur en manipulation.

Paulus des marais est docteur ès lobbies, c’est-à-dire un homme qui n’a pas peur de donner de grands sacs d’or en cadeaux pour obtenir une faveur spéciale. Il est venu au palais. Il organise la chute de la Grèce inc. En faveur de la Rome inc. « Le marché de Rome est plus prometteur », dit-il.

D’ailleurs, Paulus a ses bureaux qui donnent directement sur Grèce inc. Fini l’indépendance de la caisse. La fédération peut maintenant s’approprier de tout. Les villes n’ont qu’à fournir les taxes demandées, même si ce sont elles qui fournissent les services. La fédération est un moyen de voler les villes.

L’an dernier, Paulus a invité tous les grands de ce monde à venir passer leurs vacances sur son bateau de luxe, juste question de créer des liens, d’obtenir une oreille attentive. Jamais Alexandre n’eut droit à autant de vins et de petits éphèbes. Permettre aux autres de jouir est  un immense pouvoir. De plus, ce richissime homme d’affaires a rencontré Alexandre, hier soir. Il parlait de Perse et d’Inde.

Je pensais que Paulus voulait obtenir une licence spéciale pour engager 5,000 autres esclaves pour travailler aux mines d’or de ses marais ; mais il s’intéresse surtout de la certitude de pouvoir bénéficier des résultats de ces guerres économiques organisées à travers le monde.

Paulus des marais n’est pas que le riche propriétaire des marais situés à un mille d’ici, juste en dehors de la ville. Ce vieux multimilliardaire veut engager cinq mille nouveaux esclaves pour essayer de retirer encore plus d’or des marais. Une vraie Thérèsa Gold mines. Sauf, que cette fois, l’or y est vraiment en abondance et non seulement une promesse de la divine Providence.

Platon en colère.

Diogène n’était pas sorti de la chambre de Virus que Platon l’apostropha.

Platon

Tu devrais avoir honte de profiter de l’ivresse d’un jeune pour en faire ton amant d’un soir. Qu’est-ce qui te dit que le jeune aime ça ? Pourquoi lui ?

Diogène

Serais-tu devenu si vieux et impuissant que tu ne sais plus identifier la démarche des jeunes à la recherche d’un vieux ? Il y a des gestes qui ne mentent pas. Je ne suis pas le problème… c’est toi.

Virus ne t’appartient pas. Ce n’est pas ta propriété, ni ton esclave. De quoi te mêles-tu ? Laisse-le vivre sa vie. Vivre et laisser vivre ! En lui interdisant de vivre sa sexualité comme il l’entend, tu le prives du droit le plus fondamental pour tous les individus : sa vie privée. Il est le seul maître de son corps et de son esprit. Il a le droit de faire ce qui lui plaît.

Platon

C’est mon fils.

Diogène

C’est toi qui le dis. Qu’en pense Virus ?

Platon

Il n’a rien à dire. Nos papiers sont en règle et de par la loi, Virus m’appartient. Je l’ai affranchi et je l’ai adopté. J’en suis responsable.

Diogène

Même si t’avais été le géniteur, crois-tu que l’enfant est la propriété de ses parents ? En devenant parent, tu l’as choisi et tu t’es rendu responsable de lui. Tu l’as choisi pour te faire plaisir. Pour te faire croire qu’un jour, t’auras un descendant. Pour te faire croire que tu as réussi ta vie.

Virus s’appartient et lui seul est le propriétaire de lui- même. Tu nais seul, tu vis seul et tu meurs seul. Par contre, personne n’est heureux seul.

Platon

L’enfant n’est pas notre propriété, à nous les parents, mais c’est nous qui offrons notre vie pour leur assurer la sécurité et le bonheur. C’est nous qui payons pour les nourrir, les faire instruire, les guérir quand ils sont malades. As-tu déjà souffert pour un enfant que tu aimais ? As-tu déjà eu peur de ce qui peut lui arriver ? On a souvent beaucoup plus peur pour notre enfant que pour nous- mêmes. On veut qu’aucun mal ne lui arrive. C’est normal, ça ! Ce soutien ne vaut rien ? On n’a rien à dire sur le développement de notre enfant ? Paye, mais ferme ta gueule !

Diogène

Pourquoi souffrir quand on peut se procurer le plaisir sans plus de frais ? Je ne lui ai rien demandé à ton Virus. C’est lui qui m’a tourné autour, me montrant gentiment ses atouts. Je ne suis pas de bois, j’ai succombé à ses charmes, même s’il n’est pas la beauté même.

Platon

Oui, mais c’est à toi de dire non.

Diogène

Pourquoi dirais-je non ? C’est amusant, une visite au paradis. Il n’y a rien de mal à faire l’amour. Je ne le bats pas. Je ne le force pas à aller se faire tuer à la guerre, moi. Je ne le fais pas travailler durant des heures à l’école ou dans une mine. Qui l’exploite le plus, à ton avis ? Ceux qui ont rédigé les lois pour avoir de la main-d’œuvre à bon marché, de bons soldats, ou moi, qui lui permet de jouir, de vivre l’extase ?

Tu sais parfaitement comme moi que les interdits sexuels ne sont basés que sur les hallucinations de religieux qui ont de la difficulté à accepter leur corps et qui s’imaginent que le paradis est automatiquement rattaché à la disparition de la matière. Ils hallucinent parce qu’ils s’exposent à des sacrifices qui débordent leur capacité d’endurance. Quand tu souffres trop, t’entends des voix ou tu voies des choses.

Ce sont ces gens hors nature qui décident de ce qui est le bien ou le mal. Ils n’ont qu’à se masturber et leurs désirs cesseront d’être des apparitions du diable. Ils auraient plus de plaisir à se joindre au diable qu’à jouir seul, remarque bien. Le diable a tout une queue !

Platon

Ce n’est pas de ce que je te parle. Je le préfère dans ton lit que sur un champ de bataille. Je ne suis pas fou. Je te parle de sa liberté. Saoul, a-t-il vraiment voulu te charmer ?

10- Sugar daddy

Les derniers amours de Platon 15

juin 17, 2020

Platon

Pourquoi faut-il croire que l’autre est ta propriété, dès que tu es en couple ?

Pourquoi faut-il automatiquement écarter la possibilité de vivre des expériences amoureuses en dehors de cette vie de couple ?

C’est normal chez les hétérosexuels. La femme, ayant un organe intérieur, ne peut pas endurer que son mari partage son corps avec une autre. Elle a l’impression d’être salie, si elle sait que son conjoint a vécu une aventure sexuelle. Ce n’est pas pareil pour un gars, même s’il se fait sucer, il n’a qu’à se la laver pour que rien ne subsiste de son aventure.

Tout ce que je veux, c’est ton bonheur. Je te jure que Croisos ne prendra pas ta place. Je te le jure. Je t’adore, tu le sais.

Virus

Je le sais. Je ne veux pas te perdre. Je t’aime aussi, mais je veux être ton favori, pour toujours. Oublie ce que je t’ai dit de méchant, ce n’était pas vrai. Mais, je ne veux pas te partager.

Il n’avait pas besoin de le dire, Platon savait que Virus l’adorait autant que lui l’adorait. L’amour existe, si c’est un partage.

Platon

Veux-tu venir coucher avec nous, ce soir ?

Virus

Bien évidemment !

Virus prit Platon par le cou et l’embrassa dans un grand geste de réconciliation.

Platon était fier d’avoir retrouvé la paix et fit part de l’aventure à Croisos qui, content de se retrouver avec son nouveau maître, était ravi de partager les ébats nuptiaux avec le fils aussi.

Le soir venu, les trois se retrouvèrent nus dans le grand lit d’eau, tant affectionné par Virus. Croisos était partagé, servant de repas à Platon et offrant sa tendresse à Virus. La joie était à son comble quand Virus tira le joint qui empêchait l’eau du matelas de s’échapper.

Dans le temps de le dire, Platon et Croisos se retrouvèrent prisonniers dans le lit conjugal alors que Virus brisait les meubles de la chambre.

Platon faisait face pour la première fois de sa vie à une vraie crise de jalousie. Il ne savait pas comment réagir. Il ne pouvait pas expulser Virus, son enfant adoré, et il ne voulait pas non plus, devoir se séparer de Croisos, l’image parfaite du paradis.

Le départ de Croisos.

Déchiré entre retrouver les plaisirs du lit et l’amour de son petit Virus, Platon trancha qu’il était préférable de renvoyer Croisos afin de préserver sa relation avec Virus.

Platon (en réflexion très profonde)

Le véritable amour vaut plus que le plaisir, même sexuel. Je ferai comme d’habitude, je me satisferai, en me masturbant, si le besoin devient trop virulent. Heureusement, à mon âge, il est plus parsemé. À mon âge, on peut être des semaines ou des mois sans pouvoir éjaculer, parfois même bander.

Platon regrettait de ne pas vivre à l’époque où, grâce à l’internet comme dans la forêt des dieux, il pourrait entrer en contact avec une foule d’hommes qui ne demandent pas mieux que de partager leurs fantasmes, pour soulager leurs besoins sexuels. Par contre, s’il n’existait pas encore  de sites pornographiques pour s’exciter, l’imagination était plus vive qu’aujourd’hui.

Platon était assez sage et intelligent pour comprendre que la sexualité est un besoin sain et naturel chez tous les individus. Mais, ce besoin ne doit jamais obnubiler tes responsabilités.

La morale, qui nous vient des religions, de leur  ignorance ou leur rejet de la nature humaine, ainsi que de la bourgeoisie, lui apparaissait comme le comble de l’hypocrisie et de la perversité. « Pour voir du mal, dans le sexe, il faut être profondément pervers », pensait Platon.

Les religions s’intéressent surtout à leur pouvoir et leur richesse. Elles savent que la privation d’un  besoin aussi essentiel que le sexe permet l’éclosion de toutes les lâchetés, de tous les vices et de toutes les discriminations entre individus. « Qui a le droit de dire à quelqu’un d’autre, comment il devrait vivre sa sexualité, sauf pour faire respecter le besoin  essentiel  d’éliminer  toute violence », se disait Platon.

Platon savait aussi que la masturbation est très souvent la seule solution quand tu décides de ne pas faire  le premier pas et attendre que l’autre veuille satisfaire sa curiosité et son besoin d’affection. La période pour respecter la tempérance, lui semblait souvent beaucoup trop longue, d’autant plus, que ce geste de bonnes mœurs répondait seulement à satisfaire les grandes langues.

Platon se rappela le plaisir immense éprouvé, quand pour la première fois, Socrate leva sa robe, afin de savoir si elle était de laine ou de coton. Il avait prévu le coup et ne s’était pas mis de sous-vêtement. Et après, on dira que le jeune initié est une victime. Les jeunes sont assez intelligents pour s’apercevoir qu’ils sont convoités par un plus vieux. Ils devraient savoir qu’il leur appartient de décider s’ils doivent dire oui ou non. Le sexe est affaire strictement privée. Ça ne regarde personne, sauf ceux qui sont directement impliqués.

Platon avait été sidéré d’apprendre, lors d’une rencontre avec les dieux, qu’un jour, on verrait la pédérastie comme un crime.

Il savait d’expérience que les premières relations sexuelles amourajeuses sont souvent une réponse à une question du plus jeune, qui aimerait voir la différence de pénis existante entre un jeune et un plus vieux. Le jeune aime ce jeu ou consent souvent, tant qu’il n’est pas pris par les parents, qui deviennent fous comme des balais en l’apprenant, comme si cela était un crime abominable.

Depuis quand, un plaisir peut-il traumatiser ? Il était évident que la réaction des adultes est la principale cause de ce traumatisme. « Les parents pensent plutôt à l’écart moral, et à ce que les autres vont penser d’eux, qu’au bien de l’enfant, se dit Platon. Bizarre que dans ce cas, on ne s’intéresse pas davantage au bien-être du jeune plutôt qu’à la faute dite morale. C’est peut-être parce que les parents se reconnaissent coupables de ne pas avoir réussi l’éducation de leur fils qu’ils perdent ainsi la tête, quand cela arrive ».

Heureusement, ce n’est pas encore le cas chez nous, se dit Platon.

Croisos était en larmes dès qu’il apprit le choix de son nouveau maître. Mais, ayant déjà lui aussi, imposé le départ d’un autre garçon par jalousie, il comprenait que ses efforts auraient été vains pour convaincre Platon de le choisir, lui.

Virus était devenu comme un cancer dans l’esprit de Platon. Il occupait tout l’espace. Quant à Croisos, il savait qu’il serait vite rangé par Platon dans le rayon des erreurs de jugement. D’un bonheur éphémère.

Avec la paternité, rien ne peut égaler le plaisir de se croire responsable de l’évolution d’un autre individu, son enfant, la chair de sa chair. La paternité est en germe dans toutes les gênes mâles.

Croisos comprenait Virus qui, finalement, défendait sa situation privilégiée. La rumeur publique ne disait-elle pas :

« Quand un plus vieux te prend sous son aile, tu dois protéger ton territoire pour garantir ses faveurs. Mieux vaut en profiter que de le crier sur les toits et se le faire voler ».

Croisos enviait Virus, mais il était venu après lui et, par conséquent, malgré toutes les flèches d’Éros, Virus possédait l’âme de Platon. « L’amour est partie intégrante du don de sa personne pour une autre. » C’était évident que Platon avait déjà franchi cette étape avec Virus. Donc, c’était déjà une voie de non-retour.

Platon se tenait à la porte quand Croisos en franchit le porche. Il pleurait, mais il savait qu’il n’avait pas le choix. Platon avait le cœur en sang, mais il ne voulait pas perdre son petit Virus. Virus était sa vie quotidienne. Il pensait sans cesse à ce petit, se demandant ce qu’il pourrait lui apporter de plus pour le rendre encore plus heureux et autonome.

Platon était pourtant déboussolé par la réaction de Virus. Pourquoi cette jalousie subite puisqu’il avait toujours été très attentif à ses besoins ? Il avait choisi Croisos pour avoir ce que Virus ne semblait plus souhaiter vouloir lui apporter. C’était peut-être un petit geste égoïste, mais qui ne l’est pas un peu ? De plus, Platon avait essayé de respecter ce qu’il connaissait des goûts de Virus quand  il choisit Croisos. Il voulait le partager avec lui.

Platon n’avait pas pris cette décision difficile par plaisir, mais pour son petit amant, devenu son fils.

Virus s’était campé dans sa chambre et surveillait le moindre geste de Platon. Dès que Croisos eut franchi le porche, il sortit et se précipita au cou de Platon.

Virus (en feu)

  • Comme je t’aime !

Platon demeura impassible et se contenta de le serrer dans ses bras. Il tenta, du mieux qu’il le pouvait, de dissimuler ses larmes.

Virus était satisfait. Il était maintenant le seul propriétaire de son maître.

Aristote s’inquiète de la mondialisation.

Au début de l’après-midi, Platon reçut la visite de son élève, le « suprême, l’intelligent, Aristote ».

Il était accompagné d’un oracle, un certain Encétro, interprète du futur et de la parole des dieux de l’Olympe, car aucun membre de l’aristocratie ne se permettait de penser sans consulter le temple.

Un doute, une dénonciation et c’était le bûcher. Oublier de faire un sacrifice, un don, c’était la punition, parfois même le châtiment.

Les religions ont toujours été des organes de répression, tout en promettant le bonheur céleste pour ceux qui obéissent aveuglément. « Facile de promettre le bonheur ou la punition après la mort, personne ne pourra jamais vérifier si c’est vrai, » croyait Platon.

Seul Zeus préférait jouer aux fesses à se livrer à des batailles de femmes en chaleurs pour animer les campagnes de marketing divines, en vue d’augmenter les revenus des temples, grâce aux dons.

Il suffisait de choquer les dieux pour que ton destin soit invivable. Il fallait les couvrir de cadeaux, car ils s’attaquaient à tous les peuples qui ne payaient pas assez. Tu étais châtié, si ton action nuisait aux amours de l’une ou l’autre divinité. Malheur à ceux qui étaient victimes de la jalousie d’une déesse ! Bonheur à celui qui arrivait à tenter Zeus ! Ganymède était un si beau jeune garçon que le roi des dieux le kidnappa. Alors ceux qui prétendent que Dieu n’est pas bi n’ont qu’à aller se rhabiller.

Les explications d’Encétro sur le rôle des religions auprès des rois ne pouvaient pas être plus claires. Le roi doit son pouvoir aux religieux.

L’homme doit disparaître, si Dieu le veut.

Remettre à Dieu un tel pouvoir, depuis le début de l’humanité jusqu’à son extinction permet aux riches de ne pas respecter leurs responsabilités envers les humains puisque les dieux sont, à leur place, les écœurants, dignes de tous les châtiments. Et, qui peut s’attaquer à un dieu ?

Les religieux prétendaient aussi qu’ils étaient seuls à savoir ce qui arrive après la mort. Ils avaient ainsi le monopole de la vérité. Tous ceux qui les contredisaient étaient tués et évidemment, personne n’est revenu pour les contredire.

Tout le monde pensait que la religion avait raison : les atomes n’existent pas, la terre est le centre de l’univers et l’homme est le maître de la création.

Ceux qui ne croyaient pas les religieux étaient vus comme des sauvages, donc des animaux. Pas d’âmes qui vivent, sans la foi aveugle. La religion agissait comme une forme d’idiotie précoce.

La guerre existe parce qu’elle permet de piller, de violer au nom de la pureté ou de la propriété. Elle permet de s’approprier la fortune des autres par la violence. Ceux qui ont une morale appellent ça un vol, doublé d’un viol », ajouta le visionnaire.

C’est bien avant la folie de l’Inquisition, des talibans, des islamistes ou de l’athéisme communiste que les religions avaient pris le pouvoir sur la majorité. Toutes ces folies religieuses ont en commun leur interprétation et le rejet de la sexualité ainsi qu’un besoin irrationnel de pouvoir. « Ça leur permet de combattre les autres, tout en ayant la même mission : purifier l’homme, expliqua Encétro.

Les religieux veulent contrôler les autres pour se sentir plus importants, un orgueil démesuré puisque l’homme est une énergie infiniment petite.

Les vices inventés permettent à chaque religion de maintenir son pouvoir sur les humains.

Plus les rois étaient forts, plus les religions l’étaient et pouvaient être répressives, car, le roi lui-même craignait la mort. Les rois étaient des bibelots religieux. Ils ne faisaient rien sans demander conseil aux prêtres. Et, les prêtres inventaient des règles qui permettaient de dominer spirituellement le roi. » Expliqua Encétro.

« Les religions veulent dominer parce qu’elles savent que le pouvoir est synonyme de richesses. Les religions sont des parasites. » Insista l’oracle.

Platon

Ainsi, toutes les religions deviendront plus riches que n’importe quelle puissance industrielle ?

Encétro

Les religions sont synonymes de peur et les hommes, même les plus braves, n’oseront pas les affronter.

Les religions sont comme les banques, les instituts sacrés de la mafia légale qui marquera la mondialisation. Plutôt que d’être ruinés, les chefs provoqueront la guerre et tueront presque toute l’humanité. Ils auront des empires pétroliers et se seront créé une nouvelle religion basée sur le fanatisme.

Aristote, quant à lui, était très préoccupé et voulait une petite entrevue avec son ex-maître Platon afin qu’il l’aide à convaincre Alexandre le Grand de ne pas se lancer dans des guerres de conquête. L’oracle ne disait-il pas que la mondialisation est la diabolisation de la vie.

Encétro

Arès sera maître du jeu sur la planète, si vous ne lui calmez pas les nerfs immédiatement.

Aristote décida aussitôt de prendre les grands moyens pour empêcher Alexandre de réaliser son rêve. Il fallait le convaincre de rester chez lui.

SMALL IS BEAUTIFUL !

Tous les pédérastes du monde savent ça. Jouer est le vrai sens de la vie et seuls les enfants ont encore le goût de jouer. Les adultes, en vieillissant, enflent toujours de partout, surtout de la tête.

Platon avait pris sa retraite, la semaine précédente. Il était bien plus préoccupé par l’attitude de Virus que par le sort de la Grèce.

Platon était d’autant plus inquiet que Virus eût quitté tôt la maison, sans lui donner son petit bec habituel et sans même lui dire un mot.

Platon passa l’avant-midi à se promener autour de la maison dans l’espoir d’apercevoir son Virus.

Depuis Croisos, Virus n’était pas le même. La jalousie transforme l’être humain en chacal. Platon était traité par lui, comme s’il était un moins que rien.

Quant à Platon, son inquiétude s’était vite transformée en problèmes d’estomac. Son amour était devenu un gros virus qui se prenait déjà pour un cancer.

Que pouvait-il faire pour se réconcilier avec lui ? Il avait beau lui acheter tous les cadeaux du monde, Virus ne se montrait pas intéressé, mais plutôt offensé.

Platon ne pouvait même plus lui caresser les cheveux. Virus se sauvait le matin le plus vite possible de la maison.

Un ami de Platon lui avait conseillé de jeter Virus à la porte, mais Platon ne pouvait pas penser ainsi. Il l’aimait beaucoup trop. Ce petit ne pouvait pas mériter d’être puni. Il devait agir ainsi par immaturité.

Les derniers amours de Platon 14

juin 16, 2020

Ces petits cadeaux pour assurer l’avenir débouchèrent vite sur un nouveau commerce : les indulgences. Il s’agit des bonnes actions mises dans la banque du jugement dernier.

Le capitalisme n’est pas né hier, il a commencé par le troc ; mais quand les échanges prirent trop de proportions, on s’est aperçu qu’il était temps de créer la monnaie. Diogène s’était-il pris pour Réal Caouette, en devenant faux-monnayeur ?

Platon avait vite des hauts le cœur, quand on lui faisait voir l’histoire de l’humanité, d’autant plus, qu’il s’apercevait que les hommes ne changent pas, sauf, qu’il y a de plus en plus de parasites économiques.

Les plus riches étaient, de toute évidence, les prêtres des différents temples. Platon était parmi les rares à faire le lien entre les religions et le système économique. Plus un dieu est riche, plus il est puissant.

Le comportement de Virus le déroutait.

Virus semblait préférer que Platon se rende dans la forêt des dieux. Il ne se laissait plus caresser et fuyait Platon quand celui-ci revenait à la maison. Platon se  sentait de plus en plus seul, mais il n’osait pas blâmer son petit Virus.

Ainsi, pour améliorer la vie de son amoureux, Platon décida qu’il était préférable de se trouver quelqu’un pour s’occuper de lui et de sa vieillesse, de plus en plus envahissante, dans son corps déformé par l’âge.

En allant chercher un petit esclave, « Virus ne pourrait pas ainsi se sentir coupable de profiter de sa relation avec lui, sans avoir à entretenir une liaison sexuelle qu’il ne voulait plus. » Pensait Platon.

Platon avait une honte affreuse de son immense bedaine. Il se sentait incapable de demander à Virus un brin d’affection, car, cela devenait identique à lui demander de se sacrifier.

« On aime ce qui est beau », pensait Platon.

Gai, Platon ne se sentait pas obligé à une fidélité absolue envers Virus. Il savait que leur union n’avait pas à protéger l’avenir d’un enfant qui naîtrait d’eux. Virus n’était pas épouse, même s’il était son amant.

Et, dans de telles conditions, ce n’est pas parce que tu fais l’amour avec un autre que tu triches qui que ce soit, surtout si les deux ne sont pas jaloux. Tu n’as qu’à te laver le pénis et il n’y restera plus de marque physique de cet écart. Évidemment, se faire pénétrer peut soulever la question d’hygiène ou d’intimité, mais dans la relation  avec Virus, il n’y avait jamais de pénétration.

Tant que Virus serait un garçon et non un homme marié, donc, ayant atteint vingt-sept ans, la sexualité était perçue comme étant un plaisir absolu et inoffensif. Par contre, faire l’amour provoquait une telle chaleur corporelle que l’on avait créé un rituel religieux pour s’assurer de ne pas subir de maléfices.

D’ailleurs, si les jeunes garçons étaient les grands favoris, c’est que l’on savait qu’il ne pouvait pas éjaculer. Ainsi, ils n’avaient pas à souffrir de la perte du sperme que l’on confondait alors au cerveau ou la moelle épinière, selon une école de pensée. L’autre, croyant que le sperme était dû à un excès de haleur du sang n’était pas plus intelligente, mais tout aussi religieuse.

Le petit chanceux ne pouvait que jouir des caresses et des cadeaux qu’il recevait pour ses faveurs. En plus, avoir été choisi, améliorait son statut social. Plus le pédéraste était important, plus son serin bénéficiait d’une bonne éducation, donc, dans l’avenir, d’un poste social de prestige.

Évidemment, les scrupuleux, qui croient ce que les religions enseignent, y verraient là, le mal absolu.

Sur le plan sentimental, Platon croyait qu’en revenant avec un jeune esclave, il pourrait offrir à Virus l’occasion de jouir d’un nouveau compagnon. Platon se faisait donc un devoir de choisir un jeune qui plairait autant à Virus qu’à lui.

Il se rendit donc à Athènes pour trouver un petit adolescent qui voudrait bien vivre avec lui. Son petit échanson7 lui plaisait énormément, mais il ne pouvait tout de même pas servir le maître et préparer le jardin en même temps. Pire, il n’était plus imberbe. Il profitait très souvent de sa liberté pour aller faire la fête dans une discothèque du village voisin.

Platon était trop vieux pour se faire réveiller en pleine nuit, même si c’était pour se laisser caresser par Virus. Il préférait dormir dans la grange et ainsi avoir l’impression d’être un peu plus en forme le lendemain matin, quitte à faire appel aux services de son échanson, durant l’après- midi, pour avoir son massage.

Platon ne voulait pas nécessairement d’un petit métèque, un petit étranger tout frisé.

Platon (dans ses réflexions)

Je ne veux pas d’un petit des marais, je veux un petit citadin.

Platon rêvait d’un adolescent à qui il apprendrait

l’harmonie parfaite du corps et de l’âme. La pédérastie dans son meilleur. L’amour de la beauté et de la jeunesse réunie.

Platon, le professeur, savait aussi que le jeune devrait pouvoir lire parce que le soir, il n’y parvenait plus seul. Il aurait fallu faire brûler la maison en entier, pour avoir assez de lumière.

« Peut-être devrais-je, penser aussi à soigner mes rhumatismes. Un petit massage, ça ne fait pas de mal. Tant qu’à se faire masser, autant avoir un beau petit masseur, » rêvait Platon.

Un petit Perse ou un petit Indien ? C’était, ce jour-là, le sommet de la grande promotion « ado en vente libre ».

Platon se demandait ce qui plairait le plus à son petit Virus, mais le but premier demeurait de répondre d’abord à ses propres besoins.

Les esclaves étaient très bien entretenus chez lui, même si cela demandait bien des dépenses.

Même si Virus n’exerçait plus autant de fascination, Platon voulait le garder comme fils adoptif. Un statut qui n’avait rien de différent de celui d’esclave, sauf qu’à sa mort, le petit Virus sera riche du jour au lendemain. Quand tu as 82 ans, l’héritage demeure une préoccupation. Platon se disait que quoiqu’il arrive, Virus était maintenant à l’abri de tous les problèmes, en ce qui concerne son avenir. Juste être le fils de Platon ouvrait toutes les portes actuelles et futures à son petit bien-aimé.

Platon se sentait aussi amoureux de Virus qu’auparavant, même si les deux étaient plus distants l’un de l’autre, mais il pensait qu’il était temps à son âge de se payer un peu de luxe, pourvu que ça ne prive Virus de rien, bien au contraire. Celui-ci étant la beauté même, Virus pourrait aussi connaître beaucoup de plaisir à partager ses moments de vie sexuelle avec le petit nouveau. Le changement est aussi une forme de beauté dans la vie.

Rendu à la foire aux esclaves, Platon tâta quelques belles paires de fesses. Il fit semblant de vérifier la grosseur des pénis, en les ajustant dans sa bouche ; mais aucun ne répondait réellement à ses goûts. Ce qui ne l’empêcha pas de vouloir les essayer souvent.

Ce petit stratagème lui permettait de réaliser, même s’il ne les achetait pas, tous les plaisirs rattachés à la capacité de pouvoir se choisir le corps de son rêve. Un privilège.

Seul Zeus pouvait se transformer pour ne pas subir un « non » ferme d’un partenaire souhaité. Être refusé, c’est humiliant.

Platon quitta le marché public rassasié. « Que de beaux petits ventres », pensa-t-il. Il était de plus en plus gêné de devoir, dorénavant avec l’âge, porter une bedaine de femme enceinte, prête à accoucher. « Ce n’est pas très esthétique pour un homme, même s’il est âgé. » Ajoutait Platon à sa réflexion.

Il se rendait au centre-ville, quand il aperçut un jeune éphèbe, d’une beauté angélique, qui s’amusait à tirer des roches dans l’eau d’une fontaine.

« On pratique le tir du disque comme on le peut, se dit-il. Il est peut-être trop pauvre pour se rendre dans un club de gymnastique ? Qui peut refuser le bonheur de trouver un protecteur ? »

C’était l’occasion idéale.

Platon n’y vit que du feu. Son Hector devint vite mentalement un Hectare. Même si comparativement à un Diogène, il avait l’air d’un enfant.

Platon essaya de s’approcher du gamin, en lui décochant quelques sourires et deux ou trois clins d’œil bien sentis ; mais le jeune demeurait absolument insensible à ces charmes.

Platon (de plus en plus énervé par la beauté de ce petit)

  • Tu participes aux Olympiques ? Le jeune demeurait indifférent.
    • Tu as beaucoup de force dans le poignet, ajouta Platon ; mais toujours rien. Même pas un regard. « Ce doit être un petit Narcisse. Il n’est pas encore conscient de sa force d’attraction », pensa Platon.

Platon avait enfin trouvé chaussure à ses pieds ou si l’on veut, le corps qui se moulerait parfaitement au sien. Le cœur lui battait aussi fort que les pas d’une armée. Il lui fallait user d’astuces. Non seulement ce jeune éphèbe était beau comme un dieu, mais il avait le corps idéal, comme se le devait tout petit garçon, repéré par un pédéraste vertueux.

Il ne céderait définitivement pas, immédiatement, à la tentation comme le veut la vertu de tempérance. Platon devait inventer une nouvelle méthode de séduction.

Il se rendit donc dans un magasin de musique où il acheta un barbiton, soit une lyre à sept cordes. Comme tout bon érastès8, il présenta d’abord son instrument au jeune éromène9, avant d’essayer de visiter du bout des

doigts la cathédrale de bonheur qui se mit au diapason des paroles du charmeur. La petite bosse sous le vêtement se profilait juste assez pour rendre Platon complètement fou.

Le manège employé par le vieux Platon prouvait qu’il en avait vu d’autres. Ça semblait porter profit. C’était d’ailleurs ainsi, selon les mœurs les plus louables, qu’il fallait agir.

L’hésitation le rendait encore plus respectueux du désir de l’éromène, qui ne devait pas cesser, trop tôt, à résister, pour garder du panache.

Le vieux Platon se mit à chanter, mais quelques notes fausses lui firent craindre que sa flamme vacille trop dans le vent.

Platon avait le bout de la barbe soulevée par le vent quand il entreprit les premières notes d’un cha-cha-cha.

Platon avançait la main, le petit reculait d’un pas. Platon allait vers la gauche, le petit virevoltait. Il y avait de la passion dans chacun de leur geste. Ils marchaient même au rythme d’un tango. L’amour les transformait. Ah Oye ! Oye ! Oye !

Éros qui passait par là aperçut Platon et lui envoya quelques flèches dans son gros nombril. Il l’avait confondu avec une cible. Le pauvre petit dieu venait juste de prendre quelques verres de bière et Éros ne put ainsi atteindre le petit Croisos. C’était le nom du petit trésor.

Pour se rendre encore plus désirable, Croisos est allé danser sous les jets de la piscine.

Platon fulminait de tentation, devant le petit pénis de trois pouces qui s’agitait avec élégance, sous des vêtements, devenus transparents grâce à l’eau de la fontaine.

Le vieillard s’approcha lentement, lui manifesta du bout des doigts son intérêt.

Le jeune semblait demeurer parfaitement insensible, mais il ouvrait les cuisses pour laisser passer la lumière et mettre ainsi ses charmes en évidence.

Et dire qu’on prétend que les vieux ne savent pas exactement toujours quoi faire.

Si la danse n’en était pas venue à bout, le cas aurait été désespéré.

Croisos sentait la bonne affaire lui échapper, s’il ne manifestait pas plus d’intérêt ; donc, il fit semblant de tomber, ce qui força Platon à le prendre dans ses bras.

Éros, en virevoltant, laissa échapper une de ses flèches qui s’arrêta nette dans le cœur de Croisos, devenu amoureux fou.

Plus il jouait de la musique, plus il était bon lanceur de disque, plus il était façonné par l’admiration que Platon lui vouait.

Platon lui demanda de le suivre, comme Jésus le fera plus tard avec ses disciples et, grâce au ciel ou dans ce que vous voudrez, les liens du mariage étaient déjà tous tissés.

Platon s’informa pour connaître le propriétaire de ce merveilleux garçon. Puisque c’était un petit esclave, il l’acheta.

Platon l’amena avec lui au paradis.

Virus est jaloux

Platon n’était pas entré chez lui avec Croisos que Virus commença à lui faire la tête. Il s’enfuit dans un livre et agit comme s’il était seul.

Platon, qui pensait bien connaître son garçon, crut que Virus lui en voulait d’être en retard pour souper. Aussi, dès qu’il fut sorti de table, il se rendit à la chambre de Virus pour se faire pardonner.

Platon commença par s’excuser, disant en riant à son petit Virus, que les petits du marché étaient beaucoup trop appétissants et que sa fixation l’avait retenu trop longtemps.

Platon

Avec l’âge, il faut regarder plus longtemps pour être encore tenté. Ton petit estomac n’a souffert que quelques minutes. Tu me pardonnes ?

Virus, loin de rire, se précipita sur son lit, afin de mieux marquer sa colère. Il se mit la tête sous la taie d’oreiller.

Platon

Je regrette d’être en retard. Je ne croyais pas que ça avait autant d’importance pour toi qu’on mange exactement toujours à la même heure. T’ai-je ainsi empêché d’aller pratiquer ta lutte ? Tu m’as dit hier soir que tu ne sortirais pas ce soir. Tu voulais admirer le ciel avec moi.

Virus

Avec toi, justement. Mais, tu t’en fais pour rien. Je ne t’aime plus.

Platon (sachant très bien que ce n’était pas vrai)

Voyons, je sais que tu m’aimes toujours. Pourquoi me boudes-tu ?

Virus

Tu ramènes un gars pour meubler ton lit. Ce sera sûrement celui qui te massera. Et, tu voudrais que je sois content ? Même si je ne t’aimais plus, ça ne veut pas dire que tu peux sauter dans les bras du premier venu.

Platon prit immédiatement note de l’emploi du conditionnel.

Platon (comprenant enfin qu’il s’agit d’une crise de jalousie)

Je ne te comprends pas. Voilà belle lurette que tu ne me masses plus et que tu as ta propre chambre. Je ne te considère plus comme mon amant, mais comme mon fils. Je ne peux plus avoir des relations aussi intimes avec mon propre fils.

Virus

Mais nous savons tous les deux que je ne suis pas ton fils, mais ton amant. Comment peux-tu te leurrer toi- même à ce point ?

Platon

Qui ou quoi peut nous empêcher d’être un ménage à trois ? Croisos est un noble qui a été fait esclave. Il est très gentil. Tu verras. Il ne t’enlèvera rien, bien au contraire. Il connaît la musique, la danse et les étoiles. Il pourra t’aider dans tes devoirs. En me rendant heureux, je serai encore plus gentil avec toi. La joie est un nuage qui unit ceux qui s’aiment. Il y a tellement de belles choses que nous partageons.

Croisos pourra être ton frère. Il est du même âge que Diogène.

Virus

Garde-le pour toi, ton Croisos ! Moi aussi, je veux des esclaves. Moi aussi, j’ai le droit de me faire dorloter.

Platon

Moi aussi. Moi aussi ! Tu n’as que ces mots à la bouche. Est-ce que je te prive de quoi que ce soit ? Que m’as-tu demandé que je t’aie refusé ? Il me semble que tu n’as aucune raison de te plaindre ou d’être jaloux. Tous les soirs, je passe des heures à tes côtés à réviser tes leçons. Je t’ai enseigné tout ce que je connais. Que puis-je faire de plus ? Ne me dis pas que tu aimerais que je te fasse la « tendresse ». Tu ne t’ennuies quand même pas du bout de ma langue sur ton corps ? Tu m’écartes la main dès que je la pose sur une de tes cuisses. Je ne te caresse plus parce que je sens que tu préfères que je m’en abstienne. Je ne veux rien faire qui te déplaise. Je t’aime. Je t’aime à la folie.

Virus

T’es vieux et t’es moche. Tu oublies que je t’ai apporté le plaisir de retrouver ta virilité. Ce n’est pas parce que j’étais un enfant de la rue que je ne t’ai pas ébloui. Je n’étais peut-être pas Apollon, mais je t’ai plu. Avoue. Notre liaison n’est pas qu’une aventure passagère. Donc, je ne te dois rien, mais tu me dois de t’avoir redonné la vie.

Platon crut entendre les mêmes engueulades que chez les couples gais venus lui demander conseil durant ses cours.

Platon

Pourquoi faut-il croire que l’autre est ta propriété, dès que tu es en couple ?

Pourquoi faut-il automatiquement écarter la possibilité de vivre des expériences amoureuses en dehors de cette vie de couple ?

C’est normal chez les hétérosexuels. La femme, ayant un organe intérieur, ne peut pas endurer que son mari partage son corps avec une autre. Elle a l’impression d’être salie, si elle sait que son conjoint a vécu une aventure sexuelle. Ce n’est pas pareil pour un gars, même s’il se fait sucer, il n’a qu’à se la laver pour que rien ne subsiste de son aventure.

Tout ce que je veux, c’est ton bonheur. Je te jure que Croisos ne prendra pas ta place. Je te le jure. Je t’adore, tu le sais.

Virus

Je le sais. Je ne veux pas te perdre. Je t’aime aussi, mais je veux être ton favori, pour toujours. Oublie ce que je t’ai dit de méchant, ce n’était pas vrai. Mais, je ne veux pas te partager.

Il n’avait pas besoin de le dire, Platon savait que Virus l’adorait autant que lui l’adorait. L’amour existe, si c’est un partage.

Platon

Veux-tu venir coucher avec nous, ce soir ?

Virus

Bien évidemment !

7 – Serviteur

8 – érastes : celui qui fait le cadeau.

9 – éromène : celui qui reçoit le cadeau.

Les derniers amours de Platon 13

juin 15, 2020

Les cinq plaies du système.

Platon était à nouveau, confortablement assis avec l’Oracle de Delphes, dans la forêt des dieux. Celui-ci se transforme pour mettre de la couleur dans la discussion. Cela qui permet à Platon de mieux visualiser le monde passé ou futur.

L’oracle

Seul le présent existe vraiment. Tu ne dois pas virer fou quand je te montrerai l’avenir.

Malgré l’avertissement, le grand sage Platon resta pantois quand il essaya l’internet pour la première fois. Comment une si petite machine pouvait-elle avoir autant de précision ?

Platon

Est-ce qu’on peut voir des nus avec cette machine ?

L’oracle

Autant que l’on peut souhaiter. Cependant, le système judiciaire inventera des interdits au sujet de ce qu’il  appellera la pornographie juvénile.

Cette notion élastique permettra ainsi de contrôler en sourdine tout ce qui s’écrit ou se voit. Ce sera aussi un moyen d’éliminer la vie privée.

On commencera à faire croire que l’on veut protéger la jeunesse ; mais ça deviendra vite un moyen de régenter la sexualité adulte.

On s’en servira pour anéantir la liberté d’expression, en ostracisant tous les gens que l’on prétendra « pédophiles ». À elle seule, l’accusation de pédophilie sera pire qu’une exécution. Les commérages empêcheront même les gens de demeurer amis avec une personne soupçonnée de pédophilie. La peur de la pédophilie sera une forme d’hystérie collective pire que ce décrivait le livre 1984, quand on décidait d’éliminer toutes traces d’un individu.

On deviendra assez fou pour emprisonner un gars qui aura acheté une poupée sexy en Chine.

Les règles sexuelles permettront à mettre à exécution la folie des religions en ce qui concerne le sexe.

Leucippe

Ça n’a rien de bien intéressant à côté de la physique. Les atomes. Nous ne sommes qu’une soupe aux pois géante. Le monde matériel est fait de ces petits cristaux, plus petits que ce que notre œil peut voir. Il faudra des milliers d’années avant que certains reconnaissent cette vérité. Nous ne sommes que différentes énergies devenues froides. Des énergies en perte de vitesse. Des énergies condamnées à disparaître ou à être récupérées par d’autres systèmes. Nous serons avalés par d’autres univers.

Galilée

Par le trou noir dans la Voie lactée ? Il faudra combien de siècles ?

Platon n’était pas un savant mathématicien. Il dut  faire appel à Pythagore pour vérifier les calculs. Mais, Pythagore comprit mal la question, ce qui explique peut- être sa réaction.

Pythagore

Nous possédons, sans le savoir, une mémoire collective, mais je suis trop occupé à calculer mon théorème pour te répondre.

Platon (reprit)

Je veux seulement savoir si la philosophie marquera positivement la marche du monde.

En réponse, Pythagore demanda à Platon de consulter Wikipédia. Ce qu’il fit.

Wikipédia

Les sociétés évoluent comme les individus. Elles sont enfantées par les cultures. Plus elles sont ignorantes, plus elles sont religieuses, plus elles sont sauvages. L’histoire de l’homme est souvent basée sur la régression.

L’Histoire est un cycle éternel comme Prométhée, condamné à rouler sans cesse sa bosse.

L’homme retourne souvent à l’ère des cavernes à cause de ses religions. Il lui suffit d’avoir peur. La crainte rend fou. Freud appelait ça, la régression.

Si tu veux devenir riche, crée ta religion. Il y aura toujours des gens assez crédules pour te croire. Les gens  aiment se croire pécheurs. Ils ne savent pas en quoi ils ont péché, mais la contrition leur permet de se revaloriser, car ils se promettent de faire mieux que dans leur passé. Ils mettent presque toujours le mal sur le dos de la sexualité. Puisque nous sommes tous des êtres sexués, c’est très facile de se croire mauvais parce qu’on est sexué. Il suffit d’un désir pour être déjà un pécheur. Et, personne ne peut passer une vie sans connaître un appel de la nature.

Platon

Les gens sont assez fous pour croire dans le mal quand il s’agit de sexe ?

Wikipédia

Si l’homme était intelligent, il ne réélirait pas des tatas qui maintiennent une économie de guerre.

Je reprends. Chaque individu est le fruit de son ADN. Il est presque en tout point identique à celui de ses géniteurs. La sélection est naturelle, un phénomène en grande partie chimique.

L’oracle

Veux-tu dire que la vie dépend uniquement des résultats d’une course entre des spermatozoïdes et le choix d’un ovule ?

Wikipédia

La seule vraie différence entre les êtres est leur  cerveau. Nous sommes tous psychiquement et physiquement pareils, mais nous ne développons pas tous nos qualités et nos défauts de la même façon.

Il faut s’adapter pour survivre. Souvent, nos actions dépendent strictement de l’action de notre cerveau. Notre perception est tellement grande que l’on crée ce que les psychologues appelleront l’inconscient.

À l’adolescence, le garçon voit sa vie être modifiée par la testostérone. Il ne sait pas pourquoi, c’est un sujet tabou, mais il se met à éjaculer. On essaie dans les religions d’y voir du mal. C’est normal, car on confond le sperme avec une partie du cerveau ou de la moelle épinière. C’est pourquoi on prétend que l’orgasme est une petite épilepsie. Il faudra des siècles avant que cette interprétation religieuse soit vue comme une pure absurdité. Et ce n’est pas la seule que nous livrent les religions.

L’attraction amoureuse est souvent une question de senteurs, de formes, de regards. On appelle ça la séduction, sauf qu’un homme n’a pas à s’ouvrir la queue comme un paon… même si plusieurs rêvent de se faire allonger le pénis.

C’est fou de voir tous ces gens qui n’acceptent pas leur corps comme il est. Ce sera la raison la plus profonde pour laquelle les humains rejetteront le corps et accepteront que le sexe puisse être le mal, alors qu’il est le plus grand des plaisirs.

On vivra toujours les peurs folles inventées les religions.

Notre réalité dépend de notre cerveau. Il est unique comme notre environnement. De là, notre propre réalité. L’homme naît seul, vit seul et meurt seul, mais il réagit à son environnement.

La réalité sociale est différente pour chacun et elle nous échappe ; car, ce n’est pas nous qui choisissons notre milieu de naissance, ceux que nous côtoyons, mais c’est, je dirais, la seule chose dont nous soyons, malgré tout, en partie responsables. C’est nous qui réagissons.

Avec l’âge, nous sommes responsables de ce que nous faisons de nous. Plus nous nous connaissons vite, plus vite nous sommes autonomes. C’est pourquoi Socrate nous a appris. « Connais-toi toi-même ! »

Ce savoir transforme notre agir. C’est pourquoi la censure existera toujours à cause des religions, mais ce sera surtout le propre des féminounes du Québec. Même l’UNEQ, en quelque sorte le syndicat des écrivains du Québec, bannira Simoneau parce qu’il se bat pour la liberté sexuelle absolue, pourvu qu’il n’y ait pas de violence ou de domination dans les relations, mais un consentement mutuel clair. Incroyable que ce mouvement et la Commission des droits de la personne ne fassent pas respecter la liberté d’expression. C’est leur raison d’exister.

Socrate (en retard)

On m’appelle ?

Wikipédia

Non, c’est à mon tour de parler.

Wikipédia

(qui oubliait que Platon ne peut pas avoir la connaissance de l’internet et du futur)

Le problème avec les féminounes, c’est qu’elles retardent l’évolution des garçons avec leur paranoïa féminine face à la sexualité.

Pauvres femmes, on leur dit, depuis leur tendre enfance, de faire attention aux hommes, ces cochons. Pour se protéger, elles voudraient que les gars se comportent comme des filles. Elles ne comprennent pas pourquoi, pour elles, le sexe est le mal, la saleté, la perversion, alors que pour les gars, le sexe est un besoin, un plaisir innommable. Et, les gais ne sont pas capables d’imaginer un couple, sans imiter un couple hétérosexuel. Comme si le rapport entre deux hommes, leurs intérêts, leurs valeurs sont les mêmes que dans un couple hétérosexuel.

Vive l’égalité ! Si on a l’intelligence de concevoir et accepter les différences entre l’homme et la femme.

Dès qu’il y a avait l’apparition d’un enfant, dans un couple non marié, ce fut toujours la femme qui en a payé chèrement le prix. D’abord, par sa réputation, puis en lui rendant la vie impossible. Si les femmes sont paranoïaques aujourd’hui, c’est à cause des mâles, des religieux en particulier. Les femmes seront égales à l’homme, le jour où elles seront aussi fières de leur vagin que l’homme l’est de son pénis.

Chez les gais, le sexe anal deviendra plus important parce que ce sera le plus payant, à cause des sites pornographiques, mais en même temps, ce sera la pire dégradation de la beauté dans la sexualité. Le sexe deviendra un simple plaisir parce qu’on l’aura vidé de l’essentiel, l’amour.

Certains disent que la vie est le fruit du hasard, d’autres qu’on la doit à Dieu ; mais en réalité, ce n’est que le mariage d’un spermatozoïde et d’un ovule. Un hasard intelligent. Une telle énergie est attirée ou repoussée par une telle autre. Les règles de l’attraction existent depuis toujours. Attraction-répulsion. Bouffer. Seuls, les plus forts survivent à cette grande course. Il suffirait d’en connaître  la recette pour savoir de quel bébé il s’agira.

Comment s’effectue le choix, c’est un processus qui nous dépasse encore ? Votre mythologie voyait trois vieilles, les Moires, qui tissaient la vie des gens à la naissance, durant la vie et à la mort. C’est une belle figure imaginaire. Elles font partie de la religion. La religion est une illusion. Un essai d’explication. Rien d’autre.

Platon

Ainsi, si j’ai bien compris, le choix s’exerce entre des milliers de spermatozoïdes et un seul ovule.

Wikipédia

Oui ! C’est pourquoi les distinctions fondamentales entre l’enfant et les parents sont très rares. Les changements sont mineurs comme l’orientation sexuelle, le sexe, la couleur des cheveux.

Les vrais changements ne se produisent qu’après de longs siècles d’essai et répondent aux nécessités de la survie. Tout animal évolue de façon à s’adapter à son extérieur.

Ainsi, d’une certaine façon, on peut dire que l’homme est prédestiné, dans le sens, qu’il n’a pas un mot à dire, quant à ce qui le compose. Il est en quelque sorte une feuille de l’arbre, un grain de sable dans l’univers.

Platon

Tu ne m’as pas encore dit si la philosophie servira à améliorer le sort de l’homme.

L’oracle

Les hommes se sont eux-mêmes condamnés à la destruction. Ils ont donné naissance à cinq grands fléaux ou cancers sociaux : le complexe militaro-industriel ; la pharmaceutique et l’assurance ; le pétrole et l’industrie automobile, le monde financier et, finalement, les multinationales qui ont formé le marché de la bourse pour mieux exploiter les travailleurs.

Qu’on le veuille ou non, il y aura toujours des classes sociales. Même que certaines religions auront créé des castes. Le tout forme ce qu’on appelle le système. Un moyen légal et moral de tuer, de voler ou de violer la vie des gens. La mondialisation est une nouvelle façon, en utilisant d’autres mots, pour faire revivre ou plutôt continuer l’esclavage. L’individu au service de la finance.

Marx

Je vous l’avais bien dit. Le communisme…

Oracle

Le communisme aurait été un bon système s’il ne s’était pas mis à tuer et voler les membres de son propre peuple. Au lieu d’être exploités par les étrangers, dans le système communiste, ils sont exploités par leurs propres frères.

On a poussé la paranoïa jusqu’à la folie, soit jusqu’à ce qu’un enfant dénonce ses propres parents. Comme les féminounes du Québec voudront qu’on le fasse pour les pédophiles. Comme si les gens décidaient de naître ainsi. La haine est aveugle.

Simoneau

(interpelé par l’emploi du mot féminounes)

Les féminounes veulent que l’on dénonce tout acte sexuel. Une bande de malades qui reçoivent l’argent des contribuables, grâce à l’argent versé par les  gouvernements. Ce sont elles, avec les gouvernements, qui tuent la culture, car, elles entretiennent la censure.

Elles sont dégénérées, arriérées. Ce ne sont pas des

femmes, fières d’être des femmes ; mais des peurs ambulantes. Elles ont peur de la sexualité. Le discours des curés s’est fait chair en elles. Il faut revenir au vrai féminisme. Les féminounes s’imaginent que tous les hommes sont des Barbes…

Henri VIII (qui a entendu Barbe-Bleue)

Rome a toujours eu une position carrément débile concernant la sexualité. Ils inventent les saints presque toujours à partir de leur chasteté contre nature. On dirait que la vie est moins importante que la chasteté.

Un docteur (non identifié)

Tout le monde sait que ça peut être dangereux pour ta santé si tu n’évacues pas le trop-plein de spermatozoïdes. Ou tes rêves s’en chargent ou tu dois le faire toi-même. La masturbation combat le stress et par conséquent, le cancer des testicules ou de la prostate. Il suffit de lire un peu pour comprendre que les positions religieuses reposent sur l’ignorance crasse. Elles constituent un danger.

Ces vieux séniles du Vatican ou autres religions professent toutes les mêmes stupidités. Ils peuvent bien combattre le condom, à leur âge, ils n’éjaculent probablement plus. Que se rappellent-ils de leur adolescence ? Ils seraient mieux de laisser parler la science plutôt que de continuer à nuire au combat contre le sida.

Ces malades de la chasteté sont responsables en grande partie du fait que les maladies sexuelles se répandent à un tel rythme. Quand comprendront-ils que leur abstinence sexuelle est carrément stupide ? Que la peur de parler de sexualité est le moyen le plus certain de créer des déviants de toutes les sortes. Quel encouragement à l’hypocrisie !

L’abstinence pouvait sembler une voie sublime lorsque l’on ne connaissait rien, mais aujourd’hui, on sait que c’est complètement idiot. Il n’y a rien de sublime à être chaste. Et, si c’est par peur, c’est une forme de paranoïa et non de sainteté.

Simoneau

Mais, cette folie furieuse se propage même dans des pays prétendument éduqués. On se sert des sentiments et de l’éducation pour laver les cerveaux dès la tendre enfance. Pendant qu’on fait peur aux gens avec la sexualité, on peut continuer à voler des milliards à la classe moyenne.

Oracle

Est-il déjà trop tard ? Les menteurs ont tous les pouvoirs.

Simoneau

Le cinquième pouvoir fait maintenant partie de la grande tricherie. Faites des arnaques ! Prétendez que les fraudes du système sont des crises financières ! Nous savons que vous êtes des bandits, des assassins en collet. Mais, vous avez le système judiciaire dans vos sacoches. La brutalité est à votre service !

L’oracle

Les nerfs, le petit Moineau ! Tu ne pourras jamais changer quoi que ce soit. Tu n’as pas un sou, alors que les vrais bandits sont bien organisés et milliardaires.

Simoneau (gêné d’être aussi impuissant)

C’est vrai, mais ce n’est pas une raison d’arrêter de vouloir arrêter d’essayer d’améliorer les choses. Si on mettait de côté la folle interprétation de la sexualité, on pourrait s’attaquer au vrai problème de la violence et de l’inégalité entre les hommes et les femmes.

Il est invraisemblable que l’égalité homme femme ne se soit pas encore réalisée. Le mouvement féministe, et non féminoune, est la plus grande révolution sociale. Si on avait l’égalité homme femme, certaines religions devraient revoir leur façon de penser ou disparaître.

Fatigué, Platon retourna chez lui sans avoir la réponse à sa question.

Platon s’achète un petit esclave.

Comme il fallait s’y attendre, quelques années plus tard, les sentiments entre Virus et Platon avaient changé. La passion avait cédé la place à l’amour.

Platon passait des heures dans la forêt à discuter du sort de l’humanité ou voguait à ses occupations quotidiennes : enseigner et préparer le jardin.

Virus se plaignait de ne pas voir Platon assez souvent.

Virus, lui, aimait de plus en plus se faire masser par un voisin qui lui rendait souvent visite, et surtout, visionner des scènes pornographiques imaginaires, grâce aux fines herbes qui poussaient près de sa demeure. Un petit film intérieur appelait une petite masturbation.

Virus savait que c’est tout à fait naturel que d’être invité au festin de la concupiscence quad tu es jeune. Le contraire crée des frustrés qui essaient d’imposer leur morale aux autres.

À vrai dire, la chasteté de Platon commençait à lui tomber sur les nerfs.

Il aurait bien aimé se faire sucer de temps en temps, mais Platon était absent quand le désir pointait du nez.

Virus (frustré)

  • Si t’étais là, je n’aurais pas besoin de me faire plaisir seul, tu pourrais m’aider à entretenir ma virilité, avait dit Virus, un soir, qu’il souffrait encore plus de l’absence quotidienne de Platon.

Platon l’avait alors accompagné dans le plaisir ; mais le lendemain, matin, quand il voulut cajoler son petit Virus, celui-ci se couvrit immédiatement, laissant présumer que ce n’était qu’un désir passager.

Platon se rendait plus souvent dans la forêt des dieux, sans se douter qu’il s’écartait ainsi de plus en plus de son petit Virus.

Virus devenait plus insensible aux charmes de Platon ; alors que Platon croyait que Virus préférait son abstinence. Les                 bonnes              intentions            sont     souvent      causes   de confusion, surtout lorsque l’on pense pour l’autre et que l’on s’imagine tout comprendre.

Platon n’interdisait pas à Virus de perdre son temps, mais il aurait préféré le voir prendre des marches, question de combattre l’obésité. Platon constatait que Virus prenait dangereusement du poids. Platon savait aussi que le travail permet au cerveau d’être plus sain et plus actif.

Malgré ses défauts, Platon pardonnait tout à son petit Virus.

« Plantons des légumes », ce sera mieux pour notre esprit, disait le vieux sage. Il faudra ensuite les vendre au marché. La marche est bonne pour la santé.

Mais, Virus n’était pas impressionné par les « marchez » qu’il entendait. Il préférait « mâcher ».

L’agriculture était presque tout dans la Grèce antique. Avoir une ferme était un signe de richesse pour la très grande partie de la population.

La ferme, le « Ranch à Platon », n’était pas comme celle de bien des aristocrates, c’est-à-dire qu’elle était plus que sa résidence secondaire, c’était un îlot de paix. Et, à  son âge, pour Platon, le jardinage et le chant des oiseaux étaient une forme de passe-temps, comme aujourd’hui pour bien des retraités.

Les visites chez les dieux le fatiguaient de plus en plus, surtout que les dieux immortels se faisaient souvent un devoir de le promener à travers le temps, question de lui révéler qu’il y aura toujours des guerres dues à l’avidité de quelques-uns. Par contre, Platon aimait bien la philosophie de Zeus.

Zeus

Les hommes intelligents se contentent de ce qu’ils ont pour être heureux. Ce sont les vrais philosophes. Vivre et laisser vivre, s’occuper, s’accepter et profiter de chaque instant. Malheureusement, la richesse se concentre ordinairement entre les mains des plus ignobles, ceux qui dominent le système.

La peur du futur laissait présager qu’un jour les gens vivraient en fonction de l’après-mort. En faisant croire au grand voyage dans les enfers, et plus tard, à la résurrection, les religions pouvaient inventer des normes pour avoir accès au nectar et à l’ambroisie de l’immortalité.

Les derniers amours de Platon 12

juin 14, 2020

Platon

  • Beau système ! Le sang a moins d’importance que l’argent ! « S’empressa d’ajouter Platon.

Celui-ci chercha, dès lors, un remède. Et, pour le trouver ; rien de mieux que de retourner dans la forêt des dieux.

Il fit des sandwichs à Virus pour qu’il ait quelque chose à manger durant son absence et se rendit consulter les grands penseurs de la forêt.

L’homme est un singe dangereux.

Platon avait à peine franchi les premiers pas à l’intérieur de la forêt qu’un sanglier et un léopard l’attaquèrent.

Platon dut se réfugier dans un arbre pour échapper à leurs attaques.

Platon

Qu’est-ce qui vous prend ? N’est-il pas dit que l’homme est le maître des animaux ? Demanda Platon à ses deux adversaires, qui semblaient représenter des centaines d’autres animaux insatisfaits du grand singe marchant et parlant.

Le sanglier

L’homme est une honte de l’évolution. Il est incapable de maîtriser sa cupidité et de se servir positivement de son cerveau.

Le léopard

L’homme est censé avoir développé son cerveau plutôt que des habiletés à courir, mais il agit comme s’il n’avait aucunement conscience des répercussions dans sa manière de se comporter avec la nature. C’est un prédateur sans scrupule. Il veut tout pour lui, sans égard aux autres. Quelle sale bête ! Il n’est pas la seule espèce qui a le droit d’exister sur cette terre.

Platon

J’admets que certains hommes, ceux qui ont beaucoup d’argent, les sans-fonds, les braconniers, se fichent du bien de la planète, mais ce sont une minorité de gens. La majorité des hommes dénoncent l’exploitation des richesses naturelles par des compagnies vampires ainsi que le déboisement.

Le sanglier

Une chance, on serait tous déjà disparus s’ils agissaient tous comme cette bande d’inconscients. L’homme n’est-il pas censé avoir créé un système politique pour gérer ses besoins et faire respecter la nature ? Pourquoi les gouvernements sont-ils incapables de protéger l’eau et les forêts ?

Platon

Les hommes prennent ce dont ils ont besoin dans les forêts, s’ils veulent se construire des habitations ou avoir leurs journaux.

Le léopard (qui ne savait pas à quelle époque il apparaissait)

Les hommes n’ont pas besoin d’aussi grandes maisons et ils peuvent se servir d’internet pour lire leurs journaux. Les animaux ont aussi droit à leurs demeures et leur nourriture.

Les forêts et l’eau sont exploitées par de grosses compagnies qui ne respectent pas la vie. Qu’attendent-ils pour restreindre leur carnage ? Peut-être leur faudrait-il une âme à la place d’un portefeuille ? Plutôt que d’espérer d’avoir encore, et toujours plus d’argent, les hommes, pour leur propre survie, devraient apprendre à consommer le moins possible et ainsi redonner une chance à la planète de se refaire une santé.

Platon

Je suis bien d’accord, mais que voulez-vous que je fasse ?

Le léopard

Il faut que les gouvernements soient assez forts et intelligents pour mettre fin à ce carnage. Peut-être qu’aucune compagnie ne devrait avoir le droit de s’implanter dans un autre pays que le sien ? Peut-être qu’un pays devait être un espace qui assure à ceux qui l’occupent de pouvoir vivre, sans danger que des étrangers viennent tout détruire parce qu’ils ont l’argent nécessaire pour le faire. Un pays devrait être un territoire qui peut nourrir sa population. Les échanges avec les autres pays ne devraient exister qu’en ce qui concerne les biens essentiels qu’ils ne peuvent pas eux-mêmes fournir.

Le sanglier

Peut-être que les pays auraient intérêt à protéger davantage leurs richesses naturelles. Le système sert à enrichir qu’un petit nombre aux dépens de la majorité. Quand la planète sera un désert, il sera trop tard.

Le léopard

La planète n’est plus capable d’en endurer davantage. Les hommes sont des fous. Ils sont incapables de se contrôler. Plus ils sont violents, plus ils font de guerres, plus ils détruisent.

Platon

J’en prends bonne note. Si vous voulez que je puisse intervenir, il faut maintenant me laisser en paix. J’allais justement réfléchir sur ce problème qui, à mon sens, exige une réponse immédiate. Dans un siècle, il sera trop tard. La vie aura disparu de la surface de la Terre.

Des règlements pour les riches.

Platon n’était pas descendu complètement de son arbre que Zeus lui apparut.

Zeus

Qu’est-ce que tu fais encore ici, dans la forêt des dieux, tu n’es pas encore immortel à ce que je sache ?

Platon

L’immortalité n’existe pas. Nous, les humains, nous sommes des êtres finis, matériels. Quant à notre énergie de

base, notre âme, on n’en connaît pas la valeur réelle. Pour être immortel, il faudrait continuer d’être conscient après la mort, ce qui est loin d’être certain.

Pour qu’il y ait immortalité, il faudrait qu’il n’y ait aucune fin et, comme tu sais, personne ne peut concevoir un monde sans fin. Par contre, personne ne peut prouver que c’est impossible. Une seule chose est certaine : la matière n’est pas immortelle dans sa forme actuelle. Si la matière a toujours existé sous différentes formes d’énergies, il n’y a jamais eu de commencement. Notre monde est juste le fruit d’une suite de changements. S’il en est ainsi, il n’aura jamais de fin, mais il ne sera jamais pareil.

Une chose est certaine, on ne sera plus là dans quelques siècles. Des milliards d’humains sont déjà disparus, sans qu’on en entende à nouveau parler. La majorité des gens passent inaperçus. Ils meurent et on les oublie. Donc, l’immortalité n’est qu’un leurre. Elle peut exister que dans les livres pour des gens exemplaires ou pour se rappeler les trous-de-cul. On appelle ça l’histoire ou le dictionnaire. Tout ce qui nous rappelle le passé.

Si l’immortalité existe, elle a une dimension temporelle infinie telle qu’aucune créature ne peut l’imaginer. Les inventions des religions, pour nous faire croire qu’on ressuscite ou que l’on vit après la mort, ne reposent sur rien de concret. La vie nous prouve le contraire. Personne n’est jamais revenu des enfers.

Par contre, l’énergie électromagnétique de notre « âme », si elle existe, elle, ne peut pas être détruite.

Les conceptions religieuses ne sont que des vues de l’esprit, le rêve de gens qui sont un peu plus schizophrènes ou paranoïaques que les autres. Ils s’imaginent voir ou entendre des voix… et ils parlent de révélation. (Rires)

Jeanne d’Arc

Je suis contente que quelqu’un d’autre entende des voix. Je commençais à me poser des questions sur mon état mental.

Platon (fait comme s’il n’avait rien entendu et poursuit sa réflexion)

Dans des milliards d’années d’ici, l’homme sera peut- être devenu un ange, c’est-à-dire une âme sans corps ; capable d’exister en soi, sans avoir besoin d’un support matériel. Un phénomène électromagnétique ou nucléaire dans toute sa pureté. Ou il sera disparu depuis très longtemps ainsi que le système solaire.

La grande question est de savoir si l’âme existe à cause du corps ou si elle est indépendante.

Toi, mon Zeus, t’es juste une création de l’imagination. Une prise de conscience pour expliquer l’inexplicable. Et, on parle encore de toi. Donc, tu existes toujours, sans jamais avoir existé.

Zeus

Pas vrai, je tonne. Je suis des éclairs. J’ai mes histoires, mes légendes. Je fais l’amour aux déesses ou aux beaux jeunes hommes, à l’éphèbe qui m’intéresse. Les éphèbes sont pour les dieux. Ils nous font exploser de l’intérieur.

Platon

Oui, mais ton existence est simplement des énergies

que l’on a personnifiées. On leur a donné ton nom. Toi, tu n’existes pas. Tu es né de la peur et du besoin humain de comprendre. Tu n’existes pas pour vrai. Tu verras, quand les hommes seront plus développés, tu disparaîtras.

L’oracle de Delphes

Il a raison, le petit, avant même un millénaire, tu n’existeras plus pour la majorité des hommes. Tu seras devenu Jupiter.

Ce n’est pas possible.

Zeus (silence)

L’oracle

Les empires ont tous leurs dieux. Tu devrais te réjouir de ne pas avoir totalement disparu et d’avoir été tout simplement bouffé par le pouvoir de Rome. Jupiter, ton moi successeur, sera moins chanceux que toi. Il disparaîtra devant Yahvé, qui se fera bouffer à son tour, par Jésus. Et Mahomet devra prendre les armes pour avoir une place. Il s’autoproclamera un prophète. Mais, un homme qui a tué comme lui, pour satisfaire ses passions, peut-il vraiment être un prophète ?

L’oracle

Quelques siècles plus tard, il n’y aura plus de dieux. Chaque individu sera devenu son dieu. Moi, moi, moi, serons la seule réalité.

Les réformistes anglicans ou musulmans auront aussi perdu leur crédibilité quand on se rendra compte qu’ils ont empiré les choses plutôt que de les améliorer. Ils ont voulu copier et améliorer le christianisme et ils n’ont su garder que ce qu’ils avaient de plus débile.

Inventé la charia : rien de plus clair pour indiquer la soif de pouvoir. As-tu déjà vu quelque chose de plus débile ?

La dictature religieuse repose sur l’interdit du sexe et de la nudité. Une maladie mentale, car ce rejet du corps n’est pas la réalité humaine. Pourquoi le corps n’est-il pas plutôt objet de vénération ? C’est une machine extraordinaire.

Platon

On a commencé à interdire la nudité avec la prétention d’avoir atteint la perfection. Auparavant, la nudité était le symbole de l’évolution. Les barbares ont commencé à se couvrir parce qu’ils ne pouvaient endurer d’être confrontés à la beauté des adonis.

Zeus

L’homme aura toujours besoin d’idéal. Le jour, où il n’y aura plus de religion pour lui dire qu’il est pécheur, peut-être que l’homme comprendra que l’idéal est son propre bonheur au service du bonheur de tous les autres humains.

L’homme est un être politique, comme le dit Aristote. Pourquoi vivre ? Pourquoi toujours tout remettre à une réalité que personne ne connaît : l’après-mort ?

La vie, c’est être en amour. La vie, c’est d’être satisfait de soi, être bien dans sa peau. Malheureusement, certains vivent dans la douleur de la culpabilité, une situation qui n’a pas de sens. On n’a pas besoin d’être crucifié pour être martyr.

Jésus (il apparut, se sentant interpelé)

On vit pour réaliser ce que l’on est. Même Socrate le disait. Le meilleur moyen, c’est de découvrir ses capacités et de les mettre au service des autres.

On peut même critiquer le monde pour le forcer à être encore plus beau, plus juste. Je fus un aussi grand révolutionnaire que Che Guevara, dans mon temps.

En 2009, on aura encore plus besoin de révolutionnaires parce que l’économie aura pris le dessus. Qui dit économie, dits usuriers, voleurs. Il y a un grand  ménage à faire. La mondialisation est le billet pour des abus à l’échelle de la planète. Le diable…

Lucifer (Il s’est vite reconnu)

Les nerfs ! Les nerfs ! Quand vas-tu cesser de jouer dans mes plates-bandes ? Chasser les voleurs du temple, ce n’est pas la fin du monde. Je suis l’archange qui doit améliorer la création. C’est ma raison d’exister. J’astique et j’astique jusqu’à éliminer toutes les imperfections. L’avenir dépend de moi.

Jésus

Wow ! Madame Blanche ville, j’ai aussi droit à ma part de ménage. Si t’avais accepté de t’incliner devant l’homme, on n’en serait pas encore dans une guerre éternelle entre le bien et le mal. Espèce de tête enflée !

Platon

Il ne faudrait pas tous se présenter dans le texte, dès qu’il y a un aspect qui vous touche. L’écrivain qui décrit la scène va devenir fou. Pauvre Simoneau !

Satan

C’est vrai qu’il est déjà assez fou de même.

Jésus

C’est un gros cochon, tu veux dire. Il ne pense qu’au sexe.

Platon

Je ne veux pas voir toutes les entités qui ont déjà existé ou à venir. Je veux juste comprendre pourquoi plus le monde s’élargit, plus le système est gros, plus il se mondialise, plus c’est un monde de bandits.

Pourquoi ceux qui dirigent sont-ils aussi insatiables ? Ne peuvent-ils pas comprendre que l’harmonie exige que chaque note ait sa place dans la grande partition ?

Pourquoi les gens mettent-ils au pouvoir des Hitler, Staline, George Bush, Stéphane Harper, Stéphane Dion ou Poutine ? Ce sont tous des assassins, en préconisant la guerre.

Poutine (insulté)

On ne peut pas tous être des Alexandre le Grand ou des Socrate. Heureusement, chacun a sa place.

Jésus

Pourquoi les dirigeants des pays, des empires doivent- ils dominer plutôt que de partager ? Est-ce la faute du système s’il est aussi corrompu ou c’est parce que ces salauds savent mieux se glisser là où ça paye, alors que les autres se contentent de ce qu’ils ont ?

Plus le monde est entre les mains d’un de ces Dracula, plus la souffrance se répandra sur terre. Ils veulent tout pour eux, et eux seuls. Ils ne se surestiment pas. On leur laisse le pouvoir. C’est ça la mondialisation. Profiter du nombre.

Karl Marx

(qui ne pouvait plus se tenir à l’écart) Une question de luttes des classes.

Un inconnu (sorti dont ne sait d’où)

Wow ! Tu ne viendras pas me dire que le communisme est la réponse après nous avoir donné des assassins comme Staline et Pol Pot. Un régime ou une religion qui se maintient au pouvoir par la violence est un régime de tyrans. Ce n’est sûrement pas la solution.

Jacques Parizeau

(la solution, l’indépendance du Québec.)

Il faut avoir des pays indépendants capables de gérer ce qui se passe chez eux. La solution est entre le capitalisme et le communisme. Il faudrait trouver un moyen de fixer un maximum de revenu comme on a un salaire minimum partout sur terre. Il faut éliminer les institutions planétaires, sauf l’ONU, si elle a de vrais pouvoirs. Les droits de l’homme doivent l’emporter sur la vengeance.

Platon

Small is beautiful. Aucun pays n’a besoin d’armées. Les contribuables devraient cesser de voter pour ceux qui présentent des dépenses en armements.

Dionysos (sentant que l’atmosphère était à la fête)

Encore un verre ?

Platon

Mieux vaut boire et avoir du plaisir qu’être un banquier. Ce sont les vrais maîtres du monde, mais peut- être que leur règne achève.

Hitler

(pour qui le mot banque a une résonnance particulière) Il n’y aura plus de juifs ?

Platon

D’où sort-il celui-là ? Dionysos

De la folie. Il croyait que les juifs étranglent le monde en contrôlant la finance. Il en a brûlé des millions. Quoi qu’il en soit, tuer juste un humain, c’est déjà inacceptable.

Platon

Il est temps que je me réveille. Les essences font trop d’effets.

Et, Platon quitta l’Afghanistan, une partie de cette forêt des dieux. À la suite d’une plainte secrète au jardinier de l’univers, les champs de pavot furent remplacés par des champs de lavande. La mafia céleste perdit encore des milliards de revenus

Les derniers amours de Platon 11

juin 13, 2020

Le retour à la maison.

Surpris par l’arrivée de leurs pères, Nicomaque et Virus n’eurent guère le temps de dissimuler leur entrain dans leur séance de masturbation mutuelle. L’exploration semblait leur apporter beaucoup de plaisirs.

Platon et Aristote se demandaient cependant ce qui était si drôle.

Mais, ils firent comme s’ils n’avaient rien vu. Ils se rappelèrent quelques bons moments vécus dans leur enfance. Ils savaient que ces jeux de comparaison du pénis arrivent chez presque tous les garçons normaux ; car, la morale des féminounes du Québec n’existait pas encore.

Chez les philosophes de cette époque, on n’avait pas encore marié la bourgeoisie et la religion. La pudeur était vue plutôt comme une espèce de gêne, un malaise dû à une éducation pudibonde.

Ce mariage religion-bourgeoisie donna naissance avec le temps à une morale pudique et idiote consacrée pour homogénéiser la pensée populaire. En semant le péché de la chair, personne ne peut échapper à l’œil du voisin et il est impossible de vivre une certaine différence. Si on ne peut pas te dégrader à cause de tes idées, on peut t’ostraciser, en te dénonçant pour des raisons sexuelles. Le pouvoir du chantage deviendra un des plus payants départements de la mafia.

Les deux pères se dirigèrent immédiatement au salon.

Nos philosophes n’avaient pas à consulter Épicure. Il savait déjà que ce genre de jeux entre garçons permet de mieux se mesurer aux autres et obtenir une meilleure estime de soi, tout en se procurant bien du plaisir. C’est une façon d’établir qu’on est normalement constitué. Ces rituels permettent aussi de créer une relation qui aboutit souvent à des amitiés à vie.

Platon et Aristote étaient assez conscients pour respecter la vie privée, intime, de leurs garçons. Est-ce la même chose entre jeunes filles ? Ni l’un ni l’autre ne le savait. Ils ne se posaient même pas la question.

Comment ces philosophes auraient-ils pu croire que ce sport national de la jeunesse puisse un jour être dénoncé, sous prétexte de protéger les gamins d’un danger effrayant : avoir du plaisir ? Ça ne pouvait même pas effleurer le plus petit racoin de leur intelligence.

Ils savaient que la culpabilisation existe, qu’entre les deux oreilles, pour obéir à une morale religieuse carrément stupide puisqu’elle est basée sur une ignorance crasse de la nature humaine. Comment obéir à sa nature peut-il être négatif pour les gamins ? La chasteté absolue, qu’importe l’âge, est pure folie !

Ce n’était pas ce qui intéressait le plus nos deux grands philosophes.

Platon

Ce que je trouve le plus exigeant dans la paternité, c’est d’être à la fois le père et la mère. Je prépare moi-même les repas et j’aide Virus dans ses devoirs, tous les soirs. Je l’accompagne souvent aux jeux.

Par contre, ça nous permet d’être très près l’un de l’autre. Il y a une affection qui se dégage de nos échanges qui valent tous les voyages de découvertes sur cette planète. Virus est un enfant adorable ! À mon âge, c’est une bénédiction des dieux de l’avoir rencontré. Je crois que, sans lui, la vie ne vaudrait pas la peine d’être vécue.

Aristote Couchez-vous ensemble ?

Platon

Le début de notre relation était strictement amant- amant. Il m’a même appris certains petits trucs. Puis, avec le temps, nous nous sommes soudés ensemble. Plus je m’en occupe, moins il est mon amant, et plus, il est mon fils.

Je crois qu’être père, c’est de découvrir une responsabilité et une projection de ce que l’on veut que soit notre descendance. Être père n’est pas que le partage de la jouissance ; mais l’arrivée de la responsabilité. Amant, tu ne penses qu’au plaisir à apporter à l’autre ; mais père tu sens la responsabilité d’enseigner l’art de vivre et d’être heureux. Tu dois parfois sévir, ce qui ne se fera jamais dans une relation amourajeuse.

Mon seul plaisir sexuel avec lui, depuis un certain temps, est de l’aider à se laver. Je le vois et je le touche discrètement, à moins qu’il me demande d’en faire plus. Ça me suffit. Je n’ai pas besoin de chercher quelqu’un d’autre. On dirait que le sexe n’est plus la source première de tous mes désirs. Je sacrifierais le sexe à l’affection, si Virus me disait qu’il ne veut plus rien savoir. Je ne le toucherais plus, de peur de mal influencer la prise de conscience de son orientation sexuelle.

L’orientation sexuelle est un droit individuel strictement indiscutable. Ton orientation sexuelle n’est pas un choix, mais un état d’être.

Tu peux être hétérosexuel, homosexuel, pédéraste ou pédophile, ce n’est pas toi qui le décides. Tu es né, ce que tu es, et tu dois apprendre à vivre avec, en société, d’où l’importance capitale du consentement.

Malheureusement, il y aura toujours des scrupuleux qui essaieront de propager leur inertie mentale, en forçant les autres à ne pas avoir de plaisir avec le sexe. La débilité de la dénonciation est la plus horrible des débilités, à moins que ce soit toi la victime.

Aristote

Si je comprends bien, tu en es amoureux ?

Platon

Absolument ! À la folie ! La vie est vide sans lui.

Aristote

Malheureusement, je n’ai pas beaucoup de temps à consacrer à Nicomaque. Alexandre est beaucoup trop exigeant. Un véritable enfant gâté. On dirait qu’il a sans cesse besoin de se prouver qu’il est roi. Je ne peux pas m’absenter comme je le veux.

Les deux garçons arrivèrent en courant. Ils étaient très enjoués. La masturbation les avait transformés, enveloppés dans une gaieté contagieuse.

Virus vint faire un câlin à Platon.

Puis, les jeunes racontèrent avoir joué longuement aux cartes avant d’aller visiter la ville.

Virus

Tu ne peux pas savoir qui on a vu.

Platon

Non, je ne vois pas.

Aristote

Serait-ce le même champion de lutte que dimanche dernier ? Il devait faire un spectacle au centre-ville et tirer, avec ses dents, un éléphant sur un tapis.

Platon

Il est sûrement l’homme le plus fort sur terre ?

Virus

Qu’est-ce que tu racontes ? Les dieux de la forêt m’ont parlé des hommes forts du Québec. Nous avons vu Hercule, mais eux, ils auront Louis Cyr et le grand Antonio. Wow! Tu devrais voir ces gars-là. De vrais bulldozers !

Nicomaque (en riant aux éclats)

Le grand Antonio est aussi gros que l’arbre que l’on aperçoit dehors, mais il a une toute petite quéquette.

Platon

C’est donc ce souvenir qui vous fait tant rire ?

Virus

C’est vrai ! La mienne est déjà plus longue que la sienne. Il en a une grosse rabougrie. Eurk ! Pas très joli.

Platon (comme illuminé d’un coup)

Si vous savez ça, c’est que vous avez essayé de nous suivre dans le bois ? Tu sais que c’est défendu. Ce peut être très, très dangereux. Si ton ami n’était pas là, je te punirais sévèrement. On ne joue pas avec sa vie. Il faut reconnaître le danger et le fuir.

Virus

Voyons ! Nous nous sommes rendus qu’à l’entrée. Oui, on n’a presque pas pénétré, juste un petit peu, même très peu. C’est alors que nous parlions d’hommes forts que ces gens sont apparus. On n’a pas eu peur.

Nicomaque

On était assez prêt pour courir immédiatement à l’extérieur, s’il était arrivé quelque chose. C’est vrai ! N’est- ce pas Virus ? Le bois est interdit aux adultes, mais rien ne parle des garçons.

Aristote

Je suis d’accord avec Platon. La prudence est une qualité.

Virus Qu’est-ce qu’on mange ?

Platon

C’est bien un garçon, ça ne pense qu’à jouer et à manger. Mais, tu ne nous as pas dit ce que tu as vu en ville.

Virus (s’adressant à Platon)

C’est le gars qui était couché ici, hier soir ; mais cette fois, son tonneau était un triangle.

Il dormait quand un chevalier est arrivé. Il s’est placé devant lui et lui a demandé où tu habites. Notre homme- triangle s’est contenté de lui demander de se tasser, car, il lui cachait le soleil. Le chevalier était en maudit. Il a aussitôt déguerpi. Il n’avait sûrement pas déjà lu Philémon, car dans ce monde, il y a toujours deux soleils.

Nicomaque

C’était le roi Alexandre. J’ai reconnu son cheval.

Aristote

Qu’est-ce qu’Alexandre vient faire ici ? Qu’est-ce qu’il me veut ? Il me cherche, bien évidemment !

Platon

Les jeunes l’ont probablement vu dans la forêt. Je ne crois pas qu’Alexandre perdrait son temps à rendre visite à Diogène.

Aristote

Ça commence à être mélangeant. Je pense que je ne retournerai plus dans cette forêt. J’irai plutôt voir la Pythie.

On entendit un bruit d’enfer. Tous se retournèrent vers la porte, alors que le roi Alexandre entrait. Il s’adressa immédiatement à Aristote.

Alexandre

Viens ! J’ai besoin de toi. Je n’ai pas de bateau et je ne trouve plus le chemin pour aller aux Indes. Sors tes cartes.

Descartes

(qui se reposait sur le bord de la forêt magique l’entendit)

Pas un autre. Je viens juste d’échapper à mon sort dans l’Homo-vicièr, de Simoneau.

Platon et la crise

Platon pressentit que de grandes guerres finiraient par détruire son pays. Il décida donc de préparer un mémoire sur la question pour le remettre à Aristote.

La mondialisation est une structure permanente pour garder les pauvres en état d’esclavage.

Après l’esclavage aux divinités, un jour, les hommes passeront à l’esclavage de la finance et de l’économie.

Les dieux se disputent ensemble afin d’établir leur royaume et déterminer leur rang. Qui sera l’empereur ? N’en est-il pas ainsi avec les mortels ?

La mondialisation, même si elle n’englobe pas encore toute la terre permet aux riches, et aux riches seulement, de continuer à s’enrichir. Qui a assez d’argent pour investir à l’étranger ? Qui a les moyens techniques de le faire ? Ceux qui sont déjà riches. Les multinationales, les religions et les banques. Poser la question, c’est y répondre.

Quand les banques refusent de prêter pour permettre à la vie, à l’argent, au sang, de circuler, il arrive ce qui arrive dans le corps humain : un infarctus. Une crise. Qu’arrive-t-il si le sang n’est pas compatible pour les transfusions ? Une autre crise.

Avec la mondialisation, les « bras à peu de frais » ne manqueront jamais. Qui peut survivre sans travailler puisqu’il faut de l’argent pour se nourrir ? On ne peut pas produire seul, tout ce dont on a besoin. Par conséquent, il faut travailler pour survivre. Qui en profite vraiment ? Ceux qui dirigent les entreprises pour lesquelles les gens ordinaires sont obligés de travailler, car elles sont les seules à pouvoir payer des salaires. C’est simple : tu es dépendant ou tu es maître. Le travail n’a de sens que s’il te permet de survivre avec ce qu’il rapporte.

Par ailleurs, les parasites que sont les systèmes bancaires, religieux et judiciaires se multiplient avec les conquêtes. Qui pourra les nourrir tous ? Les états ? Les impôts ?

On a beau multiplier les infractions, les désobéissances ne permettent pas au système judiciaire de faire ses frais. Il faut donc que le peuple investisse, comme dans l’armée, pour faire respecter les lois. Un poids de plus sur le dos des travailleurs qui payent de l’impôt. Atlas est devenu Sisyphe.

Quant aux dieux, on ne peut croire en tous. Il faut en éliminer. Mais, malheureusement, la foi dans les dieux est comme la morale sexuelle. Elle est basée strictement sur l’irrationalité. Les gens croiront toujours plus les prêtres que la science, malheureusement, pour eux.

Plus tu offres de salaires médiocres, moins tu dois dépenser pour produire ; mais si les consommateurs ne sont plus capables de se procurer les produits de consommation, la demande est moins grande et par conséquent, les profits s’amincissent.

Le système capitaliste est pris dans cette contradiction. Il étouffe d’une manière ou d’une autre parce que la richesse se retrouve trop concentrée dans les mêmes mains d’un petit nombre.

Quand tu dois voler pour te nourrir, est-ce que voler un riche, qui refuse de partager ses excès d’avoir, est toujours un vol ?

Plus le système sera volumineux, moins il pourra y échapper, car les riches ne voudront jamais comprendre la nécessité absolue de partager la richesse. Les nouvelles guerres seront-elles des révoltes ? Un jour, les humains comprendront. Ils ne voudront plus accepter leur sort comme leur commandent les prescriptions religieuses. La misère est une fatalité humaine et non le sort que les dieux nous imposent.

Plus la population sera grande, moins le grenier de la terre sera capable de répondre aux besoins, car les richesses ne sont pas inépuisables.

La loi du marché est d’exiger un plus grand prix selon la rareté. Ce manque ne deviendra-t-il pas tel qu’il faudra prendre les grands moyens pour s’assurer d’avoir  l’essentiel ? On réinvestira dans l’armée et la police pour protéger les riches. Si vous cherchez un emploi, vous savez où chercher.

Plutôt que de s’échanger les produits, les rois, Alexandre le Grand y compris, préfèrent coloniser les nouveaux espaces.

Ainsi, l’empire sera plus riche ; mais on oublie qu’en étant trop gros, le royaume ne suffira plus à répondre aux besoins de l’armée. Pire, les armées trouveront leur force dans le nombre de soldats et dans l’intelligence des commandants. Il est bien évident qu’un jour, la cité manquera de soldats.

À la première occasion, Platon fit part de ses réflexions à Aristote.

Aristote

Plus l’empire s’agrandira, moins le peuple s’enrichira ; car, les marchands s’accapareront de tous les produits pour mieux s’enrichir.

La guerre ne fera qu’introduire le cycle des dépressions. Plus de pays à reconstruire, donc plus de travail pour tous. Il faudra une nouvelle guerre pour employer tous ceux qui n’ont plus de travail.

Les derniers amours de Platon 10

juin 12, 2020

Première rencontre dans la forêt.

La forêt, nommée « le pavot des dieux », était inabordable aux hommes ordinaires, mais elle était accessible à certains grands esprits, s’ils avaient un QI de plus de 180 et une âme pure.

Pas besoin d’ajouter que les dieux savaient faire la différence entre la pureté et la chasteté. La pureté n’a rien à voir avec le sexe, c’est une affaire de cœur et d’intentions. La chasteté, c’est plutôt une affaire de scrupule. Et, plus tu es scrupuleux, plus tu es borné. Les scrupules étaient par nature les frontières de cette forêt. Si tu y pénétrais, tes scrupules te transperçaient le cerveau, créant une sorte de tête heureuse, complètement folle, comme on dit au Québec.

Cette forêt était enveloppée d’une énergie trop riche pour permettre aux cerveaux humains ordinaires de la pénétrer sans griller.

Son pouvoir permettait de croiser les mondes inconnus, grâce à la très grande intensité d’énergies dégagées par les plantes divines.

Pour y survivre, il fallait pouvoir absorber cette richesse naturelle, être au bon diapason énergétique, car sinon, le délire ressenti ressemblait aux grincements d’une radio mal ajustée.

Nos deux philosophes Platon et Aristote avaient l’esprit assez ouvert pour pouvoir y absorber les enseignements. Ils conservaient leur « maîtrise » sur les idées nouvelles et ils étaient maîtres de leur rythme d’absorption. En d’autres termes, on ne leur faisait pas avaler n’importe quoi.

Ils étaient moins critiques que Diogène, car ils étaient plus sophistiqués et embourgeoisés. Aristote était même  un aristocrate officiel, enseignant chez le roi Alexandre le Grand.

Diogène, quant à lui, était issu d’un scandale qui lui avait valu d’être banni de son pays d’origine. Ce fut le premier faux-monnayeur connu, avant André Gide. Cependant, son authenticité le rendait pur.

Marx aurait pu déceler dans cette trilogie une représentation exacte des différentes classes sociales, mais il n’existait pas encore, sauf, s’il était nommé dans cette forêt enchantée, où l’avenir se marie au passé et à l’avenir.

Selon la règle de la forêt, Platon et Aristote, après une couple de visites supplémentaires, obtiendront leur « doctorat ». Ils pourront alors être consultés par les dieux eux-mêmes, à travers la brume des temps. Ils deviendront des « oracles de la forêt ».

Nos philosophes savaient ce qu’il en coûte de se prendre pour un autre. « Même un savant peut créer le rire, en inventant un produit ou une idée trop avancée. », disaient-ils.

Quand une découverte est trop grande pour être comprise, l’explication dégénère alors en phobies. C’est ainsi que de simples exploits royaux exagérés, déformés par le temps, sont devenus des mythes, et puis des religions.

Plus les gens sont crédules, plus les miracles se multiplient. Plus, la foi s’épaissit.

La connaissance, à cette époque, se transmettait de bouche à oreille, d’où l’impossibilité que les histoires d’aujourd’hui soient les mêmes que celles d’hier. Pourtant, des milliers d’années plus tard, la majorité des hommes continueront à croire dans ces récits, à travers les livres religieux que l’on dira inspirés par Dieu lui-même. C’est ce qui explique que les religions existent encore.

L’homme est d’une naïveté sans borne.

Plus la caste religieuse fumait une drogue forte, plus les exploits inventés, étaient grandioses. Certaines religions rassemblaient des foules pour faire des sacrifices humains et ainsi maintenir la peur. La folie religieuse provoque souvent des gestes sanguinaires.

Une religion qui a besoin de tuer pour faire passer ses idées ne mérite pas d’exister, elle doit être remise en question et ça presse ; mais les humains ne semblent pas l’avoir encore compris.

La foi est le poison du bon sens.

En principe, la religion doit apprendre à aimer et non à profiter de son statut. La religion est là pour créer un idéal de vertus. Elle doit nous inviter à réfléchir sur notre vie, nos actions et notre rapport aux autres. Mais, en créant la morale, les religions sont devenues la cause de toutes les ségrégations.

Le côté diabolique des religions vient des hommes qui, dans leur orgueil, interprètent la parole divine. Ils s’imaginent, par projection, que le sexe est mal parce que les religieux, dans leur frustration, ne savent échapper à leur peur de céder au plaisir.

La connaissance n’exclut pas les erreurs, mais elle exige qu’elles soient repérées et corrigées. C’est le problème des religions. Elles sont figées dans le temps, celui de l’ignorance.

« Si la base est fausse, tu ne peux pas échapper à la corruption totale de ta théorie. C’est ce qui arriva d’ailleurs à toutes les religions. Elles ne sauront pas reconnaître quand leur philosophie n’a pas de sens, parce que les prémisses sont erronées. » Fit remarquer Platon.

« Par exemple, de poursuivre Platon, personne n’est revenu de chez les morts pour justifier ce que les religions nous enseignent. Aussi, peuvent-elles, toutes, entretenir la peur et ainsi modifier nos actions et notre comportement. Un pouvoir psychique presque absolu, l’empreinte de l’enfance, l’esclavage moral.

Si on ne se souvient pas de son passé en naissant, est- ce à dire qu’il en sera de même à notre mort. Le retour au vide absolu. »

Aristote

La peur modifie les structures génétiques. Achille en paya le prix, car il fut tué par une flèche au talon, le seul endroit qui ne fut pas touché par l’eau qui devait le rendre immortel.

Platon

C’est d’ailleurs parce que tout se définit à l’enfance que la base de l’hédonisme est la recherche du plaisir par investissement de la libido sur certaines parties du corps en particulier. Le plaisir est au centre du développement normal de l’enfant.

Aristote

L’ignorance physique de l’homme, surtout de la femme, donne naissance à la morale sexuelle religieuse. Puisqu’elle repose sur des absurdités, la morale sexuelle est la raison de nombreux suicides, car elle refuse que certains reconnaissent leur véritable nature profonde.

Épicure a raison. Le plaisir ne conduit pas nécessairement au mal. Le mal est l’abus d’une bonne ou une mauvaise chose. Diogène peut aussi en témoigner.

Étant nommés dans la conversation, Épicure et Diogène surgirent dans la forêt divine.

C’était la loi de la forêt : tout personnage nommé apparait pour se défendre ou approuver ce que l’on dit de lui. Quelques siècles plus tard, un certain Claude Jutra aurait apprécié cette règle. Il fut impitoyablement banni de la culture cinématographique québécoise, à la suite d’une dénonciation anonyme parce qu’il était un pédophile, selon un témoin vulnérable du cerveau. Ce lynchage fut organisé par les féminounes québécoises. Du vrai 1984. Une inquisition maladive, au nom de la protection de la jeunesse, comme à l’époque où on avait accusé Socrate.

Les dieux, eux, pouvaient ou non apparaître, s’ils étaient nommés ou si la conversation leur plaisait.

Épicure

Le plaisir et la souffrance, durant notre petite enfance, nous suivront toute notre vie. Voilà pourquoi, durant que se forme notre personnalité, il est essentiel de privilégier l’estime de soi et la recherche de l’autonomie. Ce n’est pas le temps de te faire craindre l’enfer parce que tu veux découvrir ta sexualité à partir de la préadolescence. C’est un processus normal chez tous les individus. Ta libido déterminera ta personnalité et doit franchir diverses étapes avant de se stabiliser. C’est ce qui déterminera si on sera des gens optimistes, de bons vivants, des pessimistes, des peureux incapables de désobéir.

Diogène

Il faut apprendre à avoir une attitude de maître et non d’esclave.

Hermès

(qui aimait épater la galerie, apparut sans être appelé)

T’en fais pas, tu deviendras maître de deux jeunes garçons, fils d’un roi. Ce roi t’achètera comme esclave parce que tu prétendras chercher « un homme qui a besoin d’un maître ».

Tu seras tellement bon professeur pour ces enfants, dont personne ne pouvait venir à bout, que le roi te rendra ta liberté. Peut-être que pour contrer le décrochage scolaire, il faut des professeurs qui soient moins conventionnels ?

Même les révoltés peuvent servir à améliorer le monde. Il suffit qu’on les mette en état de responsabilité ou d’autorité pour que leur attitude change.

Platon et Aristote, ayant changé de discussions, Épicure, Diogène et Hermès disparurent comme ils étaient apparus.

Le commun des mortels craignait la mort, s’il pénétrait dans cette forêt.

En fait, ceux qui n’étaient pas mentalement préparés et qui se rendaient dans cette forêt n’en ressortaient jamais.

Ils s’y perdaient. Étaient-ils trop enchantés pour échapper à cet élixir mental ? Étaient-ils paralysés par les sirènes des bois ou était-ce les couleurs des arbres qui les envoûtaient ainsi ?

Alimentés par la peur de cette forêt, les gens se contentaient de contempler de loin sa verdeur.

Ce n’était pas une drogue comme les autres, même si le nom de la forêt pouvait porter à confusion. Les gens qui se promenaient à l’intérieur de cette forêt connaissaient un accroissement de lucidité, à cause des émanations naturelles des herbes qui y poussaient. Un mélange fabriqué spécialement pour Zeus, disait-on.

Donc, seuls ses invités ou des humains privilégiés pouvaient trouver profit à y pénétrer.

Platon et Aristote étaient parmi les privilégiés de leur époque. Ils s’y rendaient fréquemment pour discuter et entrer en contact avec les esprits éclairés du passé et de l’avenir.

Les gens ordinaires croyaient que cette forêt était l’endroit où les dieux allaient marcher pour réfléchir. On aurait dit les forêts de l’île de Vancouver. La beauté appelait et guidait la méditation.

Certains autres prétendaient que la forêt était défendue par une armée d’amazones. Y avait-il vraiment des amazones qui éliminaient ceux qui s’y perdaient ? Peut-être parce que plusieurs avaient disparu.

Platon (regardant Aristote)

Toi, tu dois connaître les amazones puisque tu écoutes Alexandre parler de ses conquêtes.

Aristote

On dit que ces femmes soldates s’attaquent aux intrus pour les faire prisonniers et se servir de leur sperme pour assurer leur avenir. Les nourrissons mâles boiraient le reste du sperme comme du lait de chèvre afin d’assurer la procréation. Les plus vieux sont gardés pour permettre aux jeunes de passer de l’enfance à l’âge adulte. Ils donnent ainsi à la communauté l’assurance que les plus jeunes ne seront pas stériles. En les enculant, ils portent le don du sperme à l’intérieur des plus jeunes, leur donnant le pouvoir d’éjaculer et de transmettre la vie.

C’était la grande vérité de ces dames. Elles ne sont pas les seules à penser ainsi. Mais, il y avait aussi, selon les rumeurs, des sirènes qui s’empareraient des intrus ?

Platon et Aristote se promenaient à nouveau en silence quand ils aperçurent trois individus qui discutaient fort. Ils reconnurent immédiatement les esprits de Bouddha, Épicure et Diogène.

Aristote fit remarquer qu’à eux trois, ils représentaient toutes les voies de la morale ancienne. Il ne manquait qu’un savant moderne, un neurologue, un Darwin ou un Teilhard de Chardin, pour expliquer et compléter le décor des possibilités qu’offre la vie ainsi que la façon de rechercher le bonheur et l’autonomie individuelle.

Ce principe n’existait pas encore à cette époque, tout comme la responsabilité, car tous ces grands esprits, sauf Diogène, croyaient encore que l’homme est soumis à un dieu, et que les rois en sont les représentants sur terre.

La liberté de pensée est incompatible avec la foi aveugle.

Ainsi, pour eux, tout homme a un destin tracé avant même de naître. Avait-il l’intuition de la génétique ? Le choix du spermatozoïde par l’ovaire est-il un hasard intelligent, qui obéit à des règles de la nature ou le choix d’un dieu créateur ?

L’existence de Dieu n’était pas au programme de la discussion, car chacun peut en avoir une perception et une formulation différentes. Tous étaient cependant d’accord pour dire qu’il existe une force supérieure, une orientation et une fin, donc, dans ce sens, un dieu ou un hasard intelligent.

Le but ultime de l’existence de l’univers est-il la conscience absolue ? Est-ce ce qui se produira avec les trous noirs : un réservoir d’énergies dans un maximum de matière et un minimum d’espace ?

Ces grands esprits discutaient à savoir ce qui peut nous réaliser pleinement comme humain. Pour y arriver, faut-il rejeter le corps ou le percevoir comme un simple instrument pour accéder à la réalité ? La conscience et la vie existeraient-elles sans la matière, sans le corps ?

Le corps est une amélioration à travers les siècles de la matière, alors que l’esprit est une force magnéto-électrique. La vie en serait-elle le mariage ? L’ascétisme est-il préférable à l’hédonisme ?

Bouddha

Je croyais, comme les ascètes, que l’homme doit ignorer le corps pour consacrer tout à l’esprit, mais c’est  une erreur.

Pas de corps, pas d’esprit. La matière est une forme dégénérée d’énergie, au bout de ses transformations. Elle ne peut qu’être récupérée par d’autres énergies. Elle sert de bouffe. L’énergie vitale peut exister sans la matière, mais elle a absolument besoin de ce support temporel pour pouvoir être consciente. La conscience est le miroir de tout ce que l’inconscient a emmagasiné.

J’ai souffert. Je me suis privé de tout, mais j’ai compris que ce ne sont pas les sacrifices qui nous conduisent à la vérité et au détachement total, capable de nous conduire au nirvana.

Souffrir est une seule façade de nos perceptions. La souffrance pure mène à la folie.

On peut tout aussi bien ressentir la vie à travers le plaisir. Malheureusement, les religions nous empêchent de percer cette connaissance.

La souffrance, à travers les sacrifices, est une façon de traiter son corps, mais non un moyen pour ouvrir son esprit.

À force de souffrir, nous finissons par croire que nous sommes parfaits ou presque et, ainsi avec la douleur, le masochisme devient notre forme de bonheur. Les hallucinations se créent.

Les ascètes, pour se persuader qu’ils avaient raison, considéraient tous ceux qui ne se sacrifiaient pas comme eux, comme des impies, des sales, des pécheurs. Pourtant, dans toutes les religions, des religieux se tapent leurs servantes ou l’enfant de chœur. Ce qui prouve hors de tout doute que l’abstinence sexuelle est contre nature.

Combattre la sexualité, c’est combattre l’amour.

C’est normal de t’en prendre aux autres pour justifier ta douleur.

La souffrance devient ton dieu, ta raison d’exister. La souffrance est si forte que tu oublies la raison même de son existence. La souffrance ne peut que modifier la réalité.  Elle engendre des hallucinations. S’y complaire est une forme de délire schizophrénique.

La souffrance te permet d’échapper à la réalité, mais tu es l’adepte par excellence de la paranoïa. Ceux qui ne partagent pas ton point de vue sont des ennemis puisqu’ils sont des tentations. Ta libido te force à désirer des  relations sexuelles et ton entêtement t’oblige, pour te donner raison, à ne pas y souscrire.

Si ton corps n’évacue pas le trop-plein de sperme par le toucher ou le rêve, celui-ci devient un danger. Cela devrait suffire pour faire taire tous ces malades de l’abstinence.

Il existe aussi le chemin du plaisir ou de la joie pour nous conduire au bonheur, ajouta Bouddha. Mais le dégagement absolu de soi est nécessaire pour atteindre le nirvana, le vide qui n’est pas vide.

Avec la mort, tu es un esprit qui vit en dehors de la matière comme simple énergie, perdue dans le grand tout de l’Énergie.

Cette voie du plaisir est aussi dangereuse que la souffrance parce qu’ayant du plaisir, on peut croire qu’on a atteint ce qui peut être le mieux.

Platon

Il faut donc vivre les deux pour mieux les cerner.

Pourquoi veut-on absolument croire que l’homme est immortel ? Ne devrait-on pas agir comme si la mort marquait la fin, rien après la mort. Tu descends aux enfers et c’est tout, pour toujours. Hercule n’est-il pas mort ?

Aristote

L’homme est limité. Il lui est donc impossible de connaître l’absolu. Il est créé par l’espace et le temps. Il peut imaginer des réalités, mais l’imagination peut aussi devenir un délire. La folie est une forme de divagation religieuse.

Diogène

La vie est un hasard. Personne ne choisit ses parents et le milieu où il naît.

À cinq ans, tu as déjà la personnalité que tu auras pour le reste de ta vie, à moins qu’un événement ne vienne profondément te traumatiser. Même tes désirs sexuels sont le fruit de ton cerveau, de la production de testostérone et autres sécrétions. Les garçons ont treize fois plus de testostérones que les filles, voilà pourquoi ils sont plus vite éveillés aux besoins sexuels de leur corps. C’est chimique autant que psychologique. Même le désir est un produit chimique du cerveau. L’homme est un singe. Rien de plus.

Je suis très heureux de plaire autant à une femme qu’à un garçon. L’un n’exclut pas l’autre. Ils font appel à des motivations différentes. Le garçon par sa beauté me permet de demeurer l’âme jeune de retrouver la lucidité du jeu, tandis que la femme peut me permettre la paternité. Une responsabilité extraordinaire qui devrait s’étendre aussi à la pédérastie. Pourquoi faut-il être un couple pour élever un enfant ? Pourquoi un enfant ne serait-il pas élevé par celui ou celle qui l’aime passionnément ?

Les humains ne sont pas encore assez évolués, assez libres, pour accepter que leur partenaire ne soit pas leur propriété. On parle d’égalité homme femme et on n’a pas encore fait la nuance entre égalité et différence. Un homme est une femme et vice-versa ; mais les deux ont une façon différente de saisir les choses et d’agir.

L’histoire ne nous a pas déformés de la même manière. Elle ne nous a pas mis face aux mêmes obligations.

Bouddha

Le sexe n’a pas l’importance qu’on lui donne dans la vie quotidienne. Le sexe n’est ni bon, ni mauvais, si on n’en abuse pas. Malheureusement, par ignorance, on a cru l’homme supérieur aux animaux, mais comme eux, ils obéissent à leurs instincts.

Diogène

Au début de l’humanité, nos sociétés étaient matriarcales. Cependant, par jalousie, les femmes se mirent à avoir peur, parce qu’elles voulaient l’exclusivité de l’amour de leurs enfants. Elles ont ainsi demandé la protection à certains hommes qui, sous prétexte de les protéger, ont commencé à les dominer.

Le protecteur est devenu chef de bande, mais aussi l’exploiteur des femmes, car il a pris conscience de la supériorité de sa force physique.

Si les femmes avaient partagé leur amour pour les enfants, elles ne se seraient pas senties en danger et elles auraient encore le pouvoir, mais elles l’ont laissé aux plus forts. Athéna et Arès se régalent depuis d’imposer la violence comme moyen de conquérir le pouvoir. Et, les hommes ne peuvent limiter leur orgueil.

Bouddha

Le monde a besoin d’amour et non de violence. Le comprendra-t-on un jour avant que l’homme ait disparu de la planète ? S’il n’apprend pas à partager, il s’éliminera lui-même. Il est trop vorace. Il oublie qu’il n’est pas seul.

Aristote

Mais, ceux qui détiennent le pouvoir ne veulent pas partager ses fruits. Ils s’imaginent que les autres ne sont rien et leur doivent tout. Le monde est entre les mains d’une poignée de gens, de rois, de religieux ou de commerçants. Ils se croient supérieurs à tous. Pourquoi partager ? Ils peuvent faire tuer n’importe qui. Il leur suffit d’être en colère pour déclarer des guerres qui coûteront la vie à des milliers de soldats, sans compter les innocents.

Platon

Et cet ordre est en réalité un désordre. Le seul moyen de retrouver une certaine justice sociale est de créer une société démocratique. Une société transparente, sans censure et préoccupée par le bonheur des humains.

Diogène

Tu rêves en couleurs ! Pour avoir un monde juste, il faudrait tuer le système. Cette mafia légale du pouvoir. Il faudrait établir une vraie démocratie, éliminer les guerres, les mises à mort et les armements. Éliminer les drogues, éliminer l’argent et les religions. Tu crois que le monde est prêt ?

Ils votent pour remettre le pouvoir aux mains de bandits, de menteurs ou de partis politiques. Ils choisissent eux-mêmes ceux qui vont abuser d’eux.

Quand une religion peut te faire croire ce qu’elle veut ; personne n’osera se lever et exiger la Vérité. La loi de ces usurpateurs-dictateurs est capable de tuer pour se protéger comme le font les dieux. Ceux qui les portent au pouvoir leur en donnent le droit.

La liberté individuelle est un leurre dans nos sociétés actuelles parce que presque tous acceptent que d’autres pensent pour eux. La violence est-elle Dieu ou Dieu est-il miséricorde ? Si Dieu existe, il est bon, il ne peut pas souscrire à la violence et à l’injustice sociale. S’il est un mirage, c’est l’arme mentale émotive pour cultiver l’aliénation.

La discussion fut interrompue par l’arrivée d’un petit chien qui appartenait à Diogène et qui courrait à perdre haleine après un petit faon imaginaire.

Nos philosophes quittèrent le bois, question d’aller voir ce qui se passait avec leurs fils.

Les derniers amours de Platon 9

juin 11, 2020

Diogène fait des siennes.

Diogène était insulté.

Comment quelqu’un, qui a sollicité son entrejambe, pouvait-il maintenant le dédaigner ?

Il rendait visite à ce vieux moribond de Platon dans l’espoir de se faire sucer encore une fois. « Ça change de la masturbation. Et, c’est tellement meilleur ! » Se disait Diogène.

À son âge, Diogène avait encore besoin d’excitations fortes. Cette fois-ci, il demanderait d’avance à Platon d’enlever ses dentiers, car ça rend la prestation encore plus enlevante. « Une expérience de plus à faire. « Pensait Diogène.

Diogène croyait que l’intelligence est de tout essayer, sauf ce qui nous met en danger.

À cette époque, la sexualité n’était pas encore régie par la police et les féminounes, comme au Québec, devenu maladivement scrupuleux à cause de son passé catholique.

  • Platon est un gars bien bizarre, se dit Diogène. Il croit dans la philosophie des pensées, c’est-à-dire que chaque chose est une pensée, avant de devenir une réalité dans notre monde concret artificiel. Pourtant, c’est lui qui commença à mettre en doute l’existence des dieux.

« Un jour, se dit Diogène, le peuple comprendra que les rois ont, avec les prêtres, inventé les mythes, de façon à avoir des histoires qui les mettent en valeurs. Une simple question de pouvoir. Plus les gens sont crédules, plus ils sont esclaves des religions.

Puisque Platon sait que nous sommes tous condamnés à mourir, pourquoi n’en profite-t-il pas un peu ? Il est peut-être trop bourgeois, mais c’est loin d’être un con. Peut-être qu’on ne peut pas oublier sa provenance quand on aime le luxe ? Le scrupule est une invention bourgeoise.

Il manque de couilles, poursuit Diogène, dans son monologue intérieur. Il rôde autour de nous comme un loup affamé, mais n’ose jamais nous proposer de partager sa couche. Peut-être est-il tombé dans le piège de l’hypocrisie perfide des bourgeois qui confondent leur mépris des autres avec la pudeur ? Selon eux, tous les autres sont des porteurs de microbes. Quoi qu’il en soit, je ne partirai pas d’ici sans avoir obtenu gain de cause. Je le veux, je l’aurai. »

Diogène était donc décidé à tout pour se faire manger. Il prit son bâton et son écuelle et se rendit dans la chambre de Platon.

Le vieux sage ronflait. Les murs en tremblaient. Pythagore aurait même pu affirmer qu’avec de telles vibrations, les fondations de la maison étaient en danger.

Diogène saisit le bas de la robe que portait Platon et la souleva du bout de son bâton. Comme de raison, Platon n’avait pas de bobettes. Diogène saisit un plumeau, qui servait à nettoyer les meubles, et le remua lentement sur les fesses de Platon qui ne tarda pas à réagir.

Ce fut comme un faible rugissement, accompagné d’un sourire. Quand on est vieux, les sons prennent plus de temps à se former, c’est un peu comme un langage d’adolescents.

Diogène s’approcha et leva la robe jusqu’au-dessus des fesses et recommença les flatteries. Platon s’éveilla et se tourna sur le dos.

Diogène ne voulait pas d’un oiseau fatigué, voire mourant. Aussi, a-t-il posé une main sur la cuisse de Platon. Il se mit à la tapoter jusqu’à ce que Platon se réveille vraiment.

  • Qu’y a-t-il ? Que me veux-tu ? Demanda Platon.
  • Tu devrais le savoir. Je veux la même chose que l’autre nuit. Si je t’ai excité durant tant d’années, tu ne peux maintenant me faire croire que je te suis devenu complètement indifférent parce que je t’ai laissé faire un soir.
    • À cette époque, de dire Platon, j’étais attiré par toi, mais aujourd’hui, j’ai découvert que l’amour procure une plus grande satisfaction. Ce n’est pas que du plaisir. C’est comme reconnaître la beauté de l’autre ; lui, donner une importance illimitée et vouloir tout inventer pour le rendre heureux. C’est aussi un partage, un échange.
    • Si tu dois être responsable de moi alors, nourris- moi, affirma Diogène, en présentant son écuelle.
    • Si je te nourris, tu ne seras plus libre. Tu devras m’obéir.
    • Je ne suis pas ton fils.
    • Justement, de dire Platon, si tu l’étais, tu ne serais pas ici à me demander de m’occuper de toi. Comme dit Aristote, il y a toute une différence entre l’amour paternel et l’amour d’un amant. L’amour paternel a de la durée et de la responsabilité. Je ne te dois rien.
    • Nacédia, ma prostituée, ne m’appartient pas, affirma Diogène. Et pourtant, je la baise dès que j’en ai envie.
    • Ce n’est pas pareil, c’est une femme.
    • Bien au contraire, les femmes sont égales aux hommes, répondit Diogène. La supériorité de l’homme est encore une invention de la cité. Tous les humains sont égaux, c’est ça, la réalité. Mais, les hommes ont peur de cette égalité.
  • Les femmes ne rêvent qu’au pouvoir, répondit Platon. Pour elles, l’égalité c’est de tout contrôler par- derrière, hypocritement, comme les reines. Les reines mènent tout, sans le laisser voir. Tu vois bien que ce que tu dis sur l’égalité des femmes n’a pas de sens. C’est prétendre que la reine est égale au roi. Comment mon roi pourrait-il être égal à la reine ou à ses sujets ? Demanda Platon.
  • De quel droit, un roi est-il mon roi ? Les dieux n’existent pas. Ils ont été inventés pour protéger le pouvoir des rois et leur descendance. Ceux-ci nous imposent leurs dieux par la force de l’armée ou de la police, c’est la même chose. Les rois sont des voleurs, des parasites qui se font vivre par les paysans et les travailleurs.

Sans le savoir, Diogène avait instinctivement une connaissance de la théorie de la lutte des classes de Karl Marx.

Mais, tu ne partages pas la vie avec Nacédia. Rétorqua Platon. Le quotidien change tout. L’amour, c’est d’être bien avec quelqu’un. Faire l’amour, c’est comme la cerise sur le sundae. Un échange de tendresse. Un échange bien limité, mais qui n’en demeure pas moins divin.

  • Je ne cherche pas l’amour, je cherche à jouir. Alors, vas-y exécute ! Dis Diogène, en remontant son baril.

Platon ne voulait rien savoir.

  • Les plaisirs de l’esprit sont supérieurs à ceux du corps. Je t’en prie, laisse-moi avec le souvenir de t’avoir désiré si longtemps et de pouvoir me rappeler l’ivresse de ces tentations. Pria Platon.
  • Laisse-moi le plaisir d’une expérience vécue en toute bonne foi et sans dentiers. Ce doit être très différent que de se laisser tripoter, en faisant semblant de ne pas le savoir. Rétorqua Diogène.

Platon se leva, jeta Diogène sur le lit et lui rendit l’hommage qui lui était dû puisqu’il avait encore un bon souvenir de l’expérience passée.

Une fois terminé, Diogène l’embrassa et lui dit qu’il partait en voyage.

Cette fois, Diogène n’avait pas tellement apprécié le manque de fougue du vieux philosophe.

  • Platon, c’est vraiment une perte de temps, se dit Diogène. Il est presque nul au lit et ses idées sont presque toutes dépassées.

N’empêche que l’histoire ne le verra pas du même œil. Platon marqua un des très grands courants de pensée de la Grèce Antique.

La Sainte-Trinité des philosophes grecques comptait aussi Aristote, qui arriva pour dîner.

Il était très excité, car quatre jours plus tôt, Alexandre le Grand, en boisson, avait tué son ami Clitos.

– Alexandre fut trois jours sans boire de boisson pour noyer sa peine, dit Aristote. Pauvre Alexandre ! Il aurait bien voulu être digne de sa divinité, mais sa colère en faisait parfois un démon.

Hier comme aujourd’hui.

Hier comme aujourd’hui, on retrouvait chez les hommes les mêmes vices, et parfois, certaines vertus.

Les dieux calquaient les hommes qui ne cessaient de s’entre-déchirer, soit par jalousie ou par orgueil. Utiliser la force pour se faire valoir fut depuis toujours le moyen par excellence pour obtenir plus de puissance et de territoires, même si ça devient hautement stupide quand tu es mortel.

C’est ainsi que sont nés les empires.

Certains rois essayaient comme les dieux d’évoluer, de se valoriser par la richesse intérieure ; d’autres pensaient que plus ils possédaient de richesses, plus ils avaient de la valeur. En quoi est-ce différent d’aujourd’hui ?

Dans les cieux, même les infanticides justifiaient le besoin de sécurité des plus forts. Cronos mangeait ses enfants, mais n’avait-il pas lui-même castré son père Ouranos ? Les dieux devaient se marier entre frères et sœurs. C’était assez difficile pour eux de faire la morale aux hommes à qui on arrivait quand même à faire croire dans la divinité.

Seul, le roi des dieux, Zeus, prenait tous les moyens pour s’accoupler et avoir du plaisir. Le sexe avait sa raison d’être : le bonheur et la beauté.

Même si Zeus ne connaissait pas la censure, il avait quand même beaucoup de respect pour celles et ceux qui l’attiraient. Il se métamorphosait, selon ce qui leur plaisait le plus. Il savait séduire.

Il était peut-être le plus grand parce qu’il avait  compris que la vie est là pour s’amuser et non pour se priver de bonheur. Il regardait et soupirait de désirs. Tout ce qui bouge l’attirait. Il avait de l’espace en masse pour loger tous ses enfants, car, l’univers lui appartenait. Donc, il n’avait pas de souci à se faire quant à ce qu’il adviendrait des petits bâtards. Au pire, ils finiraient tous dans des constellations.

Zeus savait déjà apprécier la beauté. Donc, il inventa l’homosexualité.

Contrairement à Platon, Zeus n’hésitait pas à prendre tous les moyens pour assouvir ses passions. Il allait chercher ce qu’il voulait et il pouvait compter sur Hermès pour lui faciliter ses conquêtes.

Zeus le cachait à son épouse jalouse parce qu’elle créait intrigues et punitions à en faire rougir les enfers.

Épicure avait compris le message du divin Zeus et le transmettait avec joie. Contrairement à Diogène, il ne cherchait pas à survivre et ainsi justifier son mal d’être dans la société par une nouvelle façon d’interpréter la vie. La pauvreté ne l’intéressait pas.

Quant à Diogène, il savait déjà ce que c’est d’avoir vécu en prison, d’avoir été expulsé de son pays.

Pour justifier sa pauvreté, puisqu’il était intelligent, il fit croire qu’il faut s’habituer d’avoir besoin du moins possible pour survivre. « Plus tu es dépouillé, plus tu es grand. », disait-il. Une philosophie qui anime encore les jeunes sur les trottoirs de Montréal.

À l’époque, nos trois philosophes essayaient de comprendre l’existence humaine. Ils souhaitaient pour l’avenir un peu plus d’ordre, en proclamant la démocratie. Heureusement, ils étaient plus sages que les dieux.

Platon et Aristote discutaient de la valeur des dieux, comme aujourd’hui, on peut se demander comment les humains peuvent croire dans l’infaillibilité des chefs religieux qui prétendent ne jamais se tromper.

La foi est irrationnelle. Plus les gens sont naïfs, plus ils sont faciles à dominer. La morale touche chacun, mais permet aux plus forts de garder le fort.

Aristote était croyant, c’était normal, puisque l’humanité était encore à ses balbutiements quant à savoir d’où elle vient, pourquoi elle est là et encore plus, où elle s’en va.

Les religions d’alors avaient cependant, au moins, l’avantage d’essayer de répondre à certaines questions, d’expliquer les phénomènes qu’on ne comprenait pas. Tous les malheurs un peu extraordinaires venaient de différents dieux. Les dieux étaient en réalité la projection de l’homme dans l’infini et chaque coin du monde avait ses propres dieux.

Alexandre savait qu’il existait d’autres points de vue que celui des Grecs. Il avait l’esprit ouvert et voulait les connaître tous.

Évidemment, il était de bonne guerre pour les personnes instruites de croire que les divinités des autres étaient fausses.

D’ailleurs, peu après, la guerre céleste fut emportée  par Rome aux dépens de la Grèce. Les dieux grecs furent avalés par ceux de Rome et durent changer de noms. Ce qui fut la pire des catastrophes humaines. Ce fut, comme aujourd’hui, une époque où il fallait repenser la société au complet ainsi que ses valeurs. Le capitalisme sauvage n’a pas d’âme et de respect pour les humains, comme les nouveaux maîtres romains.

Du club au sauna !

Platon était ravi de revoir son élève préféré, car, Aristote était, comme son maître, le plus brillant esprit qui existait en Grèce. Une vérité incontestable, si on ne tenait pas compte des sciences qui, elles aussi, devenaient une explication de plus en plus plausible de la marche de la vie.

Aristote remit un petit papier à Platon afin de lui faire part des dernières constatations de la science.

« La matière émerge des énergies illimitées qui se transforment au fur et à mesure qu’elles se dégradent en se refroidissant. Certaines de ces énergies se sont tellement condensées qu’elles ont implosé. Notre monde repose sur ce Big Bang. La vie se joue entre le chaud et le froid.

Ces énergies de base ne sont-elles pas l’équivalent exact de “l’esprit” des dieux ? La force, la puissance, l’étendue. La connaissance est-elle autre chose qu’une onde électromagnétique, décodée par un ordinateur, nommé cerveau ? La conscience est-elle autre chose que le miroir de ce que nous sommes ?

L’énergie peut-elle percevoir l’énergie ? Peut-il exister des mondes créés par d’autres formes d’énergies ? Les percevons-nous toutes ? La vie est-elle une forme d’énergie en soi ? Notre âme est-elle une petite lumière qui subsiste le temps de se nommer ?

D’ailleurs, sur le mont Nébo, Yahvé-Dieu ne dit-il pas qu’il est « JE SUIS » ? Ce dieu des autres, dont nous a parlé Alexandre, serait-il notre Zeus en voyage ? »

Un questionnement où seuls les philosophes trouvaient du plaisir.

Aristote avait amené son fils, Nicomaque, qui jouait déjà avec Virus. Les deux petits s’étaient vite liés d’amitié. Ce qui évidemment provoqua de grandes réflexions chez nos deux philosophes.

« Les jeunes ne sont pas arrêtés par les conventions et les barrières sociales, ils laissent ça aux adultes. L’hypocrisie et les astuces pour se mettre en valeur n’existent pas encore à cet âge, mais ça viendra très vite. Bizarrement, la jalousie naîtra avec l’amour. Enfant, il  suffit d’avoir du plaisir ensemble pour que s’installe l’amitié. » Constataient Aristote et Platon.

Amateurs de déguisements et de théâtre, Nicomaque et Virus enfilaient les personnages les uns après les autres. Ils luttaient nus, question de jauger leur force respective, et se lançaient souvent dans des courses qui devaient les épuiser. Les jeunes aiment la vie parce que leur vie est un jeu.

« La vie des adultes, renchérirent les deux philosophes, n’est que complications parce qu’on a inventé un système d’esclavage — la trinité d’un dieu en trois personnes — la foi (la cécité de la religion), le roi (armée, politique et économie) et la morale (système judiciaire) — système qui permet aux plus riches de s’enrichir au détriment des plus pauvres. Ces trois personnes que l’on croit indépendantes l’une de l’autre ne forment pourtant qu’un même système. C’est une espèce de spirale ascendante : la richesse des individus qui passe du bas vers le haut alors qu’au contraire, l’autorité (les ordres et les politiques) se propage du haut vers le bas. La pyramide inversée. Ainsi, les rois sont les plus riches.

Plus t’es fort, plus t’es riche. Plus tu as de guerriers, plus tu peux imposer l’avenir aux autres. Plus tu as d’argent, plus tu peux avoir de soldats. Plus tu es le maître unique d’un produit essentiel, plus tu es maître du marché. Et, la roue tourne comme la vie… Cronos qui mange ses enfants…

On oublie de partager, de manière à ce que le plus pauvre puisse aussi jouir de la vie. Une société évoluée est une société qui permet, même aux plus pauvres des pauvres, de vivre heureux, car le bonheur est tributaire de la connaissance et non de ce que l’on possède. Chaque individu est responsable de son bonheur, tant qu’il a la santé pour s’en occuper. La justice sociale ne peut pas exister sans les droits de l’homme et ceux de la vie privée. Si la vie privée n’est pas respectée, on ne peut pas croire dans la démocratie. Le but de chaque individu est de devenir autonome et heureux. »

Déjà, nos deux grands philosophes étaient sur la  même longueur d’onde.

Les pères des deux petits les laissaient libres de s’amuser comme il leur convenait, sachant que rien, sauf la violence, ne peut altérer leur personnalité. La nudité est la beauté. Le jeu est la plus belle des expressions de son être.

Après un excellent repas, Platon et Aristote décidèrent de faire une sieste, d’offrir un petit sacrifice aux dieux qui les protègent, avant d’aller prendre l’air.

Aristote

Nous sommes à la croisée des chemins. Le monde est en train de changer. On pensait que notre peuple était seul sur terre, mais avec les voyages d’Ulysse et les conquêtes d’Alexandre, on doit tenir pour acquis qu’il y a d’autres civilisations.

Platon

Effectivement. Mais, as-tu remarqué que les cultures de chaque peuple sont associées à leurs dieux. Est-ce que l’homme, où qu’il soit sur terre, a une perception identique aux autres ? Pourquoi les dieux varient-ils selon les peuples découverts, mais finissent tous, par enseigner les mêmes valeurs ?

Aristote

Les dieux sont formés par l’histoire des peuples. Ils sont inventés par les religieux pour servir de modèles à la masse. Tu ne crois tout de même pas que nos dieux vivent réellement dans le ciel ?

Platon

Bin non, les aventures de nos dieux sont écrites par les religieux, des gens qui entretiennent l’obscurité et le mystère afin de préserver le pouvoir des rois qu’ils servent.

Aristote

Ainsi, ce ne sont pas les dieux qui incarnent d’abord la vie ; mais l’imagination que provoquent les événements réels qui surviennent sur terre et qui constituent la suite des événements. Pour que le monde obéisse, les rois doivent avoir une force qui soit invincible, éternelle. Cette force doit se perpétuer, d’où les institutions essaient d’engendrer une permanence à partir des actions qui, l’expérience le démontre, consolident leur emprise sur leurs sujets.

Platon

Crois-tu que les hommes accepteront toujours de se faire dicter ce qu’ils doivent penser parce que l’autorité peut ainsi s’asseoir sur ses lauriers et refuser tout changement ? Le changement apporte toujours son lot d’incertitude.

Aristote et Platon entrèrent dans la forêt de pavot. À partir des émanations de la terre, tout homme qui se voulait attentif pouvait entrer en communication avec d’autres esprits qui hantaient la forêt divine, parfois même depuis des millénaires plus tôt ou à venir beaucoup plus tard.

Les derniers amours de Platon 8

juin 10, 2020

Platon fit aussitôt appel à Hermès pour transmettre un message à Épicure. Il dicta évidemment le texte, en empruntant les termes la déesse de la discorde.

  • Tabarnache ! Tu m’as menti. Tes cinq petits démons devaient m’être assignés et tu les as fournis à Diogène, qui se prenait pour une Vénus. Le malheur des autres fait-il aussi partie de ton culte du plaisir ? Serais-tu devenu sadomasochiste ? J’exige réparation.

Virus sentait bien tourner le vent. Il se dévêtit le plus rapidement possible et s’offrit pour déjeuner, mais Platon demeurait imperturbable. Il ne pensait qu’à se venger. Il voulait bien donner une leçon de modestie à ce petit maudit Diogène que lui préféraient toujours les angelots.

Virus se pendit à la robe de Platon, espérant que le maître se rende compte que sa beauté est bien supérieure, quoique différente, de celle de Diogène.

  • Diogène a peut-être un gros membre, mais il louche un peu d’un œil, pensait Virus.

Malheureusement pour Virus, cela n’avait rien de déplaisant, au contraire, ça lui donnait, aux yeux de Platon, un petit air encore plus coquin.

Virus courut se parfumer, espérant que Platon comprenne grâce à un autre sens, qu’il était bien supérieur à la senteur d’un fond de tonneau. Rien.

Platon n’avait que faire de ce petit qui lui pendait au cou. Il voulait trouver un moyen de faire comprendre à Diogène qu’il n’est pas un trophée, qu’il n’est pas un dieu ; mais que, LUI, le grand philosophe, en avait fait sa muse.

Platon tourna raide, faisant revoler Virus. Heureusement, Virus ne fut pas blessé, grâce au tapis sur lequel il était tombé. Platon était aveuglé par la rage.

Platon n’entendait rien, sinon ses larmes qui tombaient sur le plancher. Il se crut plus mal en point que Prométhée. Il se prenait le foie et criait de rage.

Virus s’était relevé et exécutait une danse spéciale quand il s’aperçut que son Platon avait les doigts croches.

  • Maître, avez-vous mal aux doigts ?
    • Non, mon gars, ce sont les tentations. J’ai de la difficulté à saisir quand l’autre aimera mes doigts sur son corps. Alors, ils crochissent et j’hésite encore plus.
    • Moi, je suis là, tenez.

Virus prit Platon dans ses bras, mais le vieillard demeurait indifférent. Virus s’emporta.

  • Je ne suis ni Alexandre, ni Diogène ; mais ma peau vaut son pesant d’or. On n’a pas besoin de parcourir le grand et vaste monde pour me conquérir. Je suis aussi fidèle que la mort.
    • Tiens ! Tiens ! En voilà une idée, s’exclama Platon.
    • Ce Diogène qui se croit si supérieur à tout, qui s’imagine que personne ne peut le toucher, je lui ferai rencontrer Alexandre qui ne saura certainement pas résister à sa beauté.

Platon communiqua immédiatement avec Aristote pour lui dire qu’un plus grand philosophe qu’eux habitait maintenant la Grèce.

  • Ne le dis surtout pas à Alexandre, il pourrait venir le rencontrer et ça nuirait à notre réputation.

Platon avait totalement raison : Aristote courut avertir

Alexandre de l’existence de ce nouveau sphinx, sans savoir qu’Alexandre pétait déjà des plombs quand il entendait le nom de Diogène.

Il lui fut vite ordonné d’organiser une rencontre officielle.

Alexandre croyait pouvoir prendre sa revanche, en se présentant cette fois, devant Diogène, dans la réalité de sa grandeur.

Virus est jaloux

Virus était loin d’être content d’avoir été mis de côté par Platon. Il savait qu’il n’était pas le plus beau, le plus intelligent ; mais sa disponibilité était totale. Platon n’avait pas besoin de se ruiner en cadeaux pour obtenir ses  faveurs ; mais le grand maître, aux doigts crochus, ne s’en était même pas aperçu. Tout ce qu’il voulait, lui, c’était sa vengeance contre Diogène.

  • Si Diogène m’avait préféré aux petits minets, pensa Platon, j’aurais toutes les chances du monde de  devenir son amant préféré. S’il m’a ouvert son baril, l’autre nuit, s’il m’a souri après que je lui fisse partager les plaisirs de la grande pompe, il n’est sûrement pas totalement indifférent.

Virus aimait se faire caresser par ses paires, mais il savait qu’il devait encore acquérir de l’expérience dans l’art de faire jouir quelqu’un. La performance va de pair avec l’expérience.

« Chaque pression, au bon moment, au bon endroit, fait toute la différence, pensait Virus. Seule, la recherche nous permet de découvrir celle qui produit le plus d’effet. Il faut des années de pratique pour découvrir la bonne vitesse du « va-et-vient », la rondeur des lèvres à utiliser, pour maximiser le plaisir. Bref, faire jouir est un art. » Même Épicure, surtout pas lui, ne contesterait une telle vérité.

Virus voulait devenir le meilleur pour l’offrir à Platon, mais celui-ci ne pensait qu’à Diogène. Le petit décida de suivre des cours chez Épicure.

Si Platon n’avait pas vu Diogène s’enfoncer la tête sous la jupe des petits cupidons, il aurait pu penser que ce  n’était qu’un jeu. Mais, Diogène prolongeait trop la longueur des visites pour que ce ne soit qu’un petit coup de langue en passant.

Platon décida de faire appel à son ami Aristote pour obtenir conseil sur les moyens à employer pour se venger, mais en ne disant surtout pas à Aristote, à qui s’adressait cette vengeance.

Il passa les prochaines heures à peaufiner son message. Même Hermès ou Apollon n’arrivaient pas à le décider d’employer telle ou telle expression. Platon voulait le texte parfait. Ainsi, Aristote comprendrait immédiatement l’importance de ce nouvel amour. Connaissant sa curiosité, Platon était déjà presque certain que son brillant élève, Aristote, viendrait immédiatement le voir en personne.

Par contre, Platon savait aussi qu’il ne pourrait pas lui rendre visite avant le lendemain matin, car, qui dit politique, dit « tétage d’oreille ». Les gens ont le temps de crever de faim avant que n’arrivent les secours. La démocratie a de grandes qualités, mais elle multiplie les attentes.

Sa lettre terminée, Platon décida d’aller se reposer un peu. Quand il passa près du sofa, il aperçut Virus, couché sur le ventre, une fesse bien en vue. Comme d’habitude,

Platon vint pour la caresser, mais le petit s’est aussitôt couvert. Platon resta figé.

C’était la première fois de sa vie, qu’un petit, à part Diogène, se refusait à lui. Il était évident que Virus ne dormait pas et l’avait vu venir vers lui.

De prime abord, Platon fut choqué par une telle attitude ; car la présence de ce petit amenait bien des frais : il fallait tuer une autre volaille, payer des domestiques pour préparer le lit, etc. Par contre, Virus, vivant dorénavant avec lui, Platon devait pour la première fois se demander ce que l’autre pense. Platon était mal à l’aise.

Il s’assit près de la tête de Virus et lui cajola le cou et la chevelure. Virus fit semblant de vouloir se dissimuler sous l’oreiller, mais il aimait trop le geste pour s’en soustraire complètement.

Petit à petit, Platon eut accès au corps entier ; mais il ne put s’empêcher de demander à son jeune protégé ce qui le poussait à le repousser de cette façon.

Virus ne pouvant pas l’expliquer, il se contenta de lui répliquer :

  • Tu es mon maître. « Mon ». Tu n’as pas besoin de personne d’autre. Je saurai répondre à tous tes désirs. Te faire plaisir me suffira, dit le jeune Virus. Je suis des cours chez Épicure, pour mieux te servir.

Il n’en fallait pas plus. Virus pénétra le vieillard de sa fléchette, une preuve de tendresse qui lia encore plus les deux nouveaux amants.

Platon, quant à lui, comprit qu’à son âge, il était peut- être préférable de choisir la stabilité, car, des amants, il n’y en aura sûrement plus tellement qui s’offriront, comme Virus.

Quant à Diogène, il le savait si sauvage, que d’une manière ou d’une autre, leur union serait de très courte durée.

Quand le sexe est mort !

Platon remarqua très vite que le petit Virus l’affectionnait vraiment.

C’était nouveau dans sa réflexion sur la sexualité : l’amour se vit-il vraiment qu’à deux ? L’affection et la tendresse sont-elles des composantes vitales ?

Platon était plongé pour une première fois dans une atmosphère de tendresse. C’était nouveau que le sexe devienne la cerise sur le sundae de la relation plutôt que le centre.

Platon ne s’était jamais autant senti aimé par un autre. L’amour existe-t-il vraiment au-delà du plaisir ? Est-ce que l’amour, c’est se percevoir dans le miroir « de l’autre » ? Se laisser porter par le plaisir des caresses ? Avec l’amour, le simple pétillement des yeux, en se voyant, devient un plaisir. Aimer, c’est romantique, mais est-ce un but réel dans la vie ?

Avec Virus, Platon n’avait plus à hésiter. Il comprenait enfin que l’amour doit être au centre de toute vie sexuelle, car sans lui, le plaisir n’a pas grand intérêt. L’amourette se décompose vite dans le vent du temps.

Auparavant, dans sa jeunesse, quand Platon découvrait un petit qui lui plaisait, la suite était tracée d’avance. Il rêvait dès lors d’un petit coup de filet pour savoir si l’appel à la jouissance était partagé, puis il passait quelques heures à consommer le plaisir. Ensuite, il vivait des jours à revivre en mémoire ce petit moment de bonheur parfait. Ce désir mourrait avec la venue d’un autre garçon.

C’était, avant la venue de Virus, lors d’une vie de désirs souvent inassouvis. Les hésitations, quant à elles, étaient venues avec l’âge.

Auparavant, c’était assez vide comme relation humaine ; mais Virus, lui, s’était ancré dans la vie quotidienne de Platon.

Platon prenait de plus en plus plaisir à se croire le père d’un petit Virus qui n’avait pas de famille.

Platon aimait de plus en plus Virus. Et, le petit agissait de façon à devenir quelqu’un d’essentiel dans sa vie.

Platon prenait la vie plus au sérieux et se croyait plus important à cause de Virus.

Platon avait de plus en plus une raison de vivre, au fur et à mesure que Virus prenait sa place.

Platon prenait très au sérieux que le petit Virus ne soit privé de rien. Il commença même à pourvoir à son éducation. Virus était très doué. Plus Platon s’en occupait, plus l’affection grandissait entre les deux.

Platon se demanda immédiatement s’il n’avait pas manqué de profondeur dans ses réflexions antérieures. Le plaisir physique du sexe serait-il moins important que les sentiments ? Que la tendresse ? Que les sourires créés par l’apparition de l’autre ? Que de rire ensemble ?

L’amour est peut-être juste jouir de la présence de l’autre ! Chose certaine, l’amour cherche le bonheur de l’autre, son plein épanouissement. L’amour n’a rien d’égoïste. Mais, est-il possible d’être en amour ou de vivre une profonde amitié, sans sexe ?

Platon décida que Virus devait d’abord manifester le désir d’être caressé, avant d’agir. Il s’était aperçu que celui- ci lui échappait, se dérobait, quand il venait jouer à la maison avec des camarades. Avait-il honte d’être caressé devant ses compagnons ? Peut-être que Virus, sans le savoir, préférait ses petits amis ?

Platon se demanda même pour qui il se prenait. Qu’est- ce qui lui permettait de prétendre être le favori du petit ? Ils étaient heureux ensemble, mais est-ce ça, l’amour ? La camaraderie engendre-t-elle automatiquement l’amitié ? L’amitié est-elle possible qu’entre personnes du même sexe ? Quelle différence existe-t-il, sauf les relations sexuelles, entre l’amitié et l’amour ?

Platon se demanda si c’était son âge ou sa peur de la solitude qui provoquait chez lui tant d’impatience quand le petit Virus s’absentait pour aller jouer avec ses camarades.

C’était le cas de le dire, Platon avait Virus dans la peau.

Tout tournait maintenant autour de ce petit gamin, entré dans sa vie, comme pour lui permettre d’oublier Diogène. Et, petit à petit, Platon se fichait de Diogène. Il ne pensait qu’à Virus. Que pourrait-il lui apporter pour lui garantir une belle vie ?

Il cessa d’écrire, le soir, préférant marcher avec Virus. Il changea le menu pour l’adapter davantage aux besoins d’un jeune garçon. Il cessa de s’interroger sur l’éternité pour ne penser qu’à ce qu’il pourrait bien inventer pour  faire plaisir à son petit Virus.

L’amour s’installait, et pourtant, plus il prenait place, moins y avait-il de contacts sexuels entre eux.

Virus venait le trouver, de plus en plus souvent, dans son lit. Nu, il se collait contre Platon, signe qu’il avait besoin de chaleur humaine. Virus et Platon s’échangeaient leur chaleur mutuelle. Une chaleur qui n’avait plus besoin de sexe pour s’exprimer. Le bonheur était la présence de l’autre.

Platon était plus émotif, plus sensible aux besoins de son amant. Il cherchait de plus en plus comment lui enseigner à raisonner la vie et il se demandait, par conséquent, de plus en plus, quel était le vrai sens de la vie. Il se sentait vieillir et la vie paraissait de plus en plus courte.

Puis, un soir, Platon eut une missive d’Aristote.

  • J’arrive demain.

Platon était ravi. Il pourrait enfin en discuter avec un autre philosophe qui a longuement réfléchi sur le sujet de l’amour. Mais, se demandait-il, en amour, la réflexion vaut-elle l’expérience ?

Trois systèmes de pensée.

Vers cinq heures du matin, Platon entendit un drôle de bruit à sa porte. Qu’est-ce que ça pouvait bien être ? Un bandit qui essaie de s’introduire dans sa somptueuse demeure, un voyageur qui a perdu son chemin, un oiseau qui s’est précipité dans une fenêtre du salon ou un dieu qui cherche une cachette ?

Chose certaine, pensa Platon, Aristote est trop bien élevé pour se présenter à cette heure du matin. De toute  façon, il ne pourrait pas quitter la cour d’Alexandre, en pleine nuit. Donc, qui est-ce ?

Platon se précipita voir ce qui troublait ainsi son sommeil.

C’était Diogène qui avait mis sa robe « tutu » pour l’occasion. Avec un tel tonneau, il suffisait d’en écarter un peu le fond pour avoir accès directement à sa pompe.

  • Je serai encore ta tentation, statua Diogène. Je suis venu jouir de ton hospitalité et crier comme le chien, que je suis, pour avoir vite un bon repas.

Et Diogène se mit à aboyer.

(Diogène pressentait-il qu’un jour Léo Ferré  chanterait aussi : je suis un chien ; mais il n’espérait pas faire une carrière de chanteur. Il était seulement le premier philosophe anarchiste.)

Moins fort, répliqua Platon, qui ne pensait qu’à préserver le sommeil de son petit Virus.

Sans plus tarder, Diogène fonça vers un mur et urina, en levant la patte.

  • Ne te gêne surtout pas, dit Platon.

Diogène pensa que cette réflexion venait du grand maître parce que celui-ci avait encore quelques scrupules.

  • Je ne te plais plus ? J’aurais peut-être dû venir te voir nu ?

Diogène était pour la liberté sexuelle totale, mais il jouait, parfois encore, le jeu des prudes-snobs, en portant un vêtement-tonneau différent, selon la personne visitée ou simplement visée.

Il avait développé ce petit côté coquet, durant ses  cours avec Antisthène, quoiqu’il ne croyait pas que les gens de classe inférieure résisteraient à son charme naturel.

Diogène n’a jamais prévu qu’un jour les hommes pourraient préférer les petites queues aux grosses. « C’est comme la bière, disait-on dans les tavernes, les petites permettent de se saouler moins rapidement et être conscient plus longtemps du plaisir de rencontrer Dionysos. »

Diogène savait que Platon hésiterait à le séduire et qu’il agirait comme une auto qui n’arrive pas à démarrer.

Platon hésiterait avant de visiter son nouveau vêtement ; c’était certain ; mais de là à ce que Platon ne remarque même pas le changement de tonneau, jamais.

Cette indifférence de Platon glaça Diogène sur place. Celui-ci pensa que sa nouvelle coiffure lui donnait une allure de gorgone, ce qui refroidissait le grand maître.

  • La prochaine fois, pensa Diogène, je me ferai « spyker ».

Platon semblait si pressé de retourner au lit que Diogène s’imagina qu’un beau garçon lui tenait compagnie.

  • Ne me dis pas que tu me trahis déjà !

Platon demeura de marbre, même s’il était flatté que Diogène soit jaloux.

Cette réaction permit aussi à Platon de comprendre très vite que Diogène avait aimé sa soirée en sa compagnie et en redemandait, mais la tentation était visiblement morte avec l’arrivée de Virus.

Platon savait que le plaisir de la chair, sans l’amour, est un voyage terne.

Diogène qui l’avait rendu malade à se refuser n’opérait plus, sur lui, le même attrait. Ce n’était pas parce que Platon avait goûté à ce qu’il voulait savoir quant aux proportions mythiques de l’organe du philosophe stoïcien ; mais parce que Virus avait introduit la nécessité du « quotidien » dans le développement des sentiments. Il ne suffisait plus à Platon de passer une main dans l’entrejambe de l’autre pour se croire en amour.

Platon commençait à départager l’amour de la passion.

Aussi, Platon offrit-il simplement à Diogène de s’étendre sur un sofa pour récupérer les quelques heures de sommeil qu’il avait perdues à cause des jeunes qui s’étaient amusés à semer des clous dans son tonneau à l’entrée de la ville.

Plutôt que de se coucher immédiatement, Diogène racontait qu’il devrait trouver un gros chien à trois têtes pour se protéger, comme on protège le Tartare. Platon se contenta de lui répondre :

  • C’est à toi de vivre comme les autres, si tu ne veux pas te faire persécuter. Tu devrais savoir qu’en te masturbant au centre-ville, à la vue de tous, même si je n’ai rien contre, ça ne peut qu’amener quelques âmes frileuses  à immanquablement manifester leur désaccord.
    • Il faut combattre l’étroitesse d’esprit par des gestes concrets, rétorqua Diogène. Pourquoi s’en prendre à mon baril ? Je ne vais pas tirer des pierres dans les fenêtres de leur maison parce qu’ils ne vont pas à l’école et ne connaissent rien. Je suis ravi de leur liberté de jeunesse. Quant à ma liberté, elle n’a rien de plus choquant que la monnaie. La monnaie appelle aux armes, par sa simple existence, elle pousse à perpétrer des meurtres.

C’est le contraire avec la nudité. Elle nous place face à la beauté. La nudité des lutteurs devrait pouvoir exister en dehors des arènes ? Pourquoi les humains sont-ils assez fous pour se vêtir même quand il fait chaud ? C’est une tare, un manque d’intelligence.

  • C’est le propre des bourgeois, d’affirmer Platon. Ils ne veulent pas que les autres s’aperçoivent qu’ils sont devenus difformes avec l’âge. Ainsi, en empêchant les enfants d’être nus, ils créent la règle de devoir toujours se vêtir. Mais cette pudeur est en réalité un moyen pour les empêcher d’avoir honte de leurs difformités quand ils seront devenus plus âgés.
  • Belle gang d’hypocrites, de dire Diogène. Toute forme de censure est une dégénérescence de l’intelligence. La censure naît de la jalousie des dieux, de leur orgueil.
  • Peut-être, répliqua Platon. Mais, si tu permets, moi, je vais me coucher, j’ai du travail demain.

Ses esclaves étant absents, Platon devait faire le petit déjeuner de Virus.

Platon remarqua que Diogène s’était placé de manière à mettre le fond de son tutu en évidence et ainsi provoquer une petite tentation ; mais il passa sans s’arrêter.

Diogène était en maudit. Il baissa son tonneau et se masturba.

Les derniers amours de Platon 7

juin 9, 2020

Platon fait une première crise cardiaque…

Épicure n’arrivait vraiment pas à trouver quel bel adolescent avait pu transformer ainsi Platon.

Pourquoi, lui, un membre de la Sainte Famille des orthodoxes était-il devenu en une nuit un émule inconditionnel du plaisir ? Platon aurait-il enfin été frappé par un coup de foudre ? Platon se prenait-il dorénavant pour Saint-Paul ? Aurait-il trouvé moyen de s’amuser, malgré son problème d’éjaculation précoce ?

Les grandes questions que se posait Épicure furent détournées par la présence d’un quasi-prophète, aussi étranger qu’étrange, qui lui parlait sûrement d’une religion à venir puisqu’Épicure ne comprenait pas de ce dont il voulait parler.

Son discours était surprenant. Il disait que les lois de la charia sont tellement vieillottes qu’elles ne collent pas aux révélations de la science actuelle. « Il faut être débile, pour croire de telles conneries », disait l’étrange étranger.

Platon et Épicure se regardèrent interrogatifs.

L’étranger continua en affirmant : « C’est d’ailleurs pourquoi les islamistes courront les universités. Ils voudront se persuader que leur perception, d’être membre d’une religion morbide et dépassée, n’est pas fondée. Ce qui entraînera une vague de dépressions sans précédent. Ils réaliseront qu’on ne vit plus dans le désert pour faire la guerre aux impies et qu’on a maintenant des frigidaires pour ne pas s’empoisonner en mangeant du cochon ».

Épicure n’y comprit rien. Il vivait quand même quelques siècles plus tôt et il ne savait pas lire dans les tripes de corbeaux morts. Il connaissait encore moins Mahomet, qui arrivera sur terre que bien plus tard.

Les savants de la Grèce antique de cette époque étaient très forts. Ils avaient découvert les atomes. Ils savaient d’instinct que la sexualité dépend de nos gênes et de nos hormones. Donc, l’individu est attiré par des forces qu’on ne connaît pas, d’où il n’y a-t-il rien de mal à se donner du plaisir, tant qu’il n’y a pas de violence et qu’existe un consentement mutuel.

Mais, de toute évidence, ça n’avait rien à voir avec le fait de manger ou non du cochon. De quoi parlait donc cet étranger bizarre ?

  • Il y en a même qui trouveront scandaleux de croire que la terre tourne autour du soleil, poursuivit le visionnaire écarté. Les écrits n’ont pas évolué depuis… les scrupuleux non plus… La rage de la foi est féroce. Que ce soit Mahomet, le pape ou la reine d’Angleterre, ils sont tous dépassés depuis belle lurette. On sait que « leur pouvoir » est un abus systématique, que l’on a appelé « économie ». Une forme de viol légalisé de l’intelligence à travers les siècles. C’était aussi un passeport que les dieux s’offraient pour savourer des sacrifices. Des voleurs du temple, quoi !

Un croyant inconditionnel prêt à mourir pour ses croyances est un malade mental, un schizophrène ou un paranoïaque. Tout individu doit rechercher l’autonomie, l’estime de soi, et non se sacrifier pour des enseignements dont on ne peut même pas vérifier le bien-fondé. Accepter de se voir abaisser au rôle de pécheur parce qu’on se permet de vivre dans la joie et la confiance en soi, c’est contre nature. Le fondement même des interdits sexuels est le mépris de soi. Et, croire qu’un serpent fut à l’origine du péché, prouve que certaines gens sont capables de croire n’importe quelle imbécilité.

Épicure était fatigué d’entendre cette voix du futur et lui appliqua un solide coup de pied dans le trou du futur.

Platon, plus civilisé, donna immédiatement quelques sous au visionnaire pour qu’il retourne boire.

Pour Épicure, la vraie question du moment était : qui  a fait tourner la tête de Platon ?

Épicure savait qu’il y a un plaisir évident à « cruiser », mais ne pouvait pas voir quel personnage était assez beau pour amener Platon à agir, surtout une personne ayant un nom qui commence par Dio. Il finit par donner sa langue au chat, mais Platon la refusa.

  • Comme ça, mon Platon, le soleil a enfin envahi ta caverne ! Lança Épicure.
    • Quelle merveille que ce Dio ! Répliqua Platon.
    • Tu me dis son nom et j’ordonne à cinq de mes petits lycéens de t’offrir le même paradis que ce fameux Dio. Ne me fais plus languir.
    • Diogène, parbleu ! Diogène !
    • Ah ben, tabarnak, répliqua Épicure, tu t’es fait enculer par ce mollusque, pris dans son baril. Tu n’as pas honte, une personnalité, comme toi ? C’est une tête enflée. Il s’imagine tout savoir. Il se prend pour un devin. C’est un cochon qui essaie de profiter de l’État. Il n’a rien, même pas de caleçon. Et toi, tu te laisses séduire par cet animal.
  • Je te demande bien pardon, ce petit Diogène, est un libre penseur. Tu diras ce que tu voudras, lui, au moins, il a construit ses tonneaux. Toi, avec ta grande gueule, tu fais payer les parents pour t’offrir leurs petits. Qui est le plus profiteur ? Tu vis des subventions de l’État, tu jouis à expérimenter ta philosophie et tu reproches à un être libre de vouloir demeurer libre. Je ne te reconnais pas, Monsieur Liberté !

Épicure se sentit faiblir et dut se piquer pour se revigorer un peu, mais cet élan de passion dans la réponse fit s’écrouler Platon.

Épicure, même s’il avait reçu le soufflet, se précipita sur Platon, pour lui donner le bouche-à-bouche.

Platon ne bougeait pas. Épicure était certain de l’avoir terrassé avec ses calomnies ; mais Platon tout sourire, s’assit sur le gazon et conclut :

  • Tu embrasses très mal.

Platon s’enlise…

Épicure fut toujours bon joueur.

  • Tu m’as dit par qui tu fus séduit ; maintenant, je te dois de te présenter mes cinq petits minets. Ils sont très jeunes, mais bâtis comme Zeus. Comme lui, ils ne se fatiguent jamais de forniquer. Ils ont tous les avantages de la vie, sauf, la responsabilité. Ils ont la fougue de la jeunesse, la force d’Arès ; la beauté de Ganymède. Ils sont membres de mon école, donc, ils aiment jouir, affirma Épicure.

Ils savent déjà que l’éternité, c’est la seconde que l’on vit, étant la seule dont on est conscient. La mémoire est déjà un acte du passé. La vie est un regard qui flotte à travers les sentiments créés par l’amour, cette force qui nous pousse de transformation en transformation depuis le début des temps.

Mes petits amours sont de véritables Cronos, ajouta Épicure. Ils sont les plus beaux adonis que je connaisse. Ils n’ont pas besoin, comme moi, de rêver être Zeus pour pouvoir changer de forme et séduire quiconque leur plaît. À mon âge, je ne tente plus personne. Comme toi, j’imagine. Mon sexe tombe ! Le plaisir de la vie se restreint à un bon livre de lecture, en présence de Dionysos. Je ferais tout au plus un bon amant des Moires qui filent la vie des humains. Nous ne sommes pas Zeus pour échapper à la mort.

  • Oui, Zeus est le dieu des dieux. Il a tous les privilèges, dit Platon. Parfois, par contre, je me demande si son histoire n’est pas un peu bidon.
    • Attention que les dieux nous rappellent à l’ordre ! S’écria Épicure.

Platon ne savait pas encore qu’il serait le premier à voir la vie des dieux comme une fiction, précédant Évhémériste qui, lui, expliquera que la mythologie est l’histoire des rois et leurs exploits, présentés sous forme de dieux. La mythologie créa ensuite les religions.

Tout le monde croyait encore que les dieux existaient, comme eux, qu’ils étaient le côté obscur des forces qui s’agitaient dans l’univers. Ils dansaient dans le ciel et vivaient comme nous de leurs amours et leur jalousie. Zeus trompait Gaïa qui, comme toutes les femmes, piquait sa crise de jalousie. Chaque crise créait un monstre.

Les hommes ont toujours été de grands naïfs qui aiment se laisser bercer par des contes pour rêver de pouvoir. Pas étonnant que les humains croient que les dieux rayonnent dans les cieux, dit Platon.

  • Jupiter a-t-il précédé l’existence de Gaïa ? Les dieux seraient-ils des éclats du soleil ? Se demandait encore Platon, habitué à réfléchir à haute voix.
  • Hey paquet ! Tu n’es pas un Inca, mais un Grec. Reviens sur terre, lui lança Épicure, sans hésitation. Mais, il se demanda très vite qui étaient les Incas. Si Zeus peut vouloir toutes les femmes qui lui tombent dans l’œil, même mère ou sœur, tout le monde le peut, rajouta Épicure.
  • Moi, je suis amourajeux, alors je lui laisse les femmes. Répondit Platon.
  • T’as bien raison. Ainsi, tu ne te feras pas mener par ta passion pour Diogène.
  • Ce n’est pas pareil, Diogène a un petit quelque chose de spécial.
  • On m’avait dit que c’était un taureau. Une vierge  peut-être ? Demanda Épicure.
  • Je ne connais pas son signe astrologique, mais je peux t’affirmer qu’il est aussi puissant que le Verseau. Un vrai fleuve quand ça vient ! Les inondations de la Beauce ne sont que des rumeurs comparées aux éjaculations de Diogène.
  • Les hommes n’ont pas les mêmes règles. Verrais-tu ça, si les hommes pouvaient changer d’orientation sexuelle à volonté ? Seul, Zeus peut changer de forme pour séduire un humain. Regarde ce qui est arrivé à Pasiphaé. Ses rugissements en faisant l’amour, ont donné naissance au Minotaure. Puis, Diogène me suffit, ajouta Platon.
  • Voyons donc ! Il ne s’est jamais laissé approcher, sous prétexte de protéger sa propriété, son maudit baril.
    • Oui, mais l’espace entre lui et le baril est international. Il peut être visité comme les cieux par des mains étrangères. Il suffit qu’il accepte.
    • Tu ne veux pas de mes petits amours ? Demanda Épicure.
    • J’hésite. Diogène est peut-être jaloux ? Je ne voudrais pas, non plus, me détester parce que je lui ai manqué de fidélité, avoua Platon avec gêne.
    • Bin, voyons donc. Il ne se rappelle probablement même pas de toi. Je te donne jusqu’à la semaine prochaine pour revendiquer ta récompense. Tous les soirs, tu peux les retrouver, au Sélect. J’y suis toujours. On t’y attend.
    • Je crois que je vais inventer, à la place, l’amour platonique, dit Platon.
    • C’est ça, innocent ! Prive-toi des plaisirs de la vie. C’est complètement idiot, de lancer Épicure, vexé de voir Platon hésiter entre le plaisir futur et un passé qui sera sûrement vite oublié.

Platon se rend au club.

Même si Platon était frileux dans ses intentions envers les cinq minets, il décida quand même de se rendre au club.

Au mieux, il verrait les gamins. Au pire, ils lui feraient oublier Diogène.

Selon Épicure, ces petites tentations étaient encore plus belles qu’un lever de soleil. La rumeur disait qu’Éros lui-même s’était dissimulé dans le corps d’un de ces petits danseurs. Ils étaient tellement beaux que Zeus se lamentait sur l’Olympe de ne pouvoir descendre profiter d’eux. Gaïa, comme toutes les épouses, veillait au grain et le dieu des dieux devait s’enfermer dans les toilettes pour se masturber, en rêvant à ces beautés. Chaque fois, le ciel pétait de rage.

  • Sont-ils blonds ou noirs ? Se demandait Platon. Cheveu frisé ou raide ? Comment les reconnaîtrait-il parmi les cinq cents danseurs ? C’était peut-être là, l’arnaque d’Épicure : devoir trouver ces cinq petites beautés parmi tant de gens ?
  • J’aurais dû en profiter immédiatement, se dit le roi de l’hésitation. Ça m’apprendra à ne pas savoir ce que je veux.

Platon en avait l’eau à la bouche. Évidemment, il tenta de dissimuler son intérêt. Cinq tentations valent-elles un péché ? Qu’est-ce qui aurait pu trahir le grand philosophe, sinon un tremblement de la langue, dès qu’il passait en revue un des minets en imagination ?

Platon tremblait juste à pressentir la tendresse qui l’envahirait. Il sentait couler ses mains sur le corps de ces petits anges qui pointeraient au ciel leur petit chalumeau : invitation particulière pour une partie de sucre divine. Ils lècheraient sûrement la palette, avant de boire l’eau d’érable ou laisser fondre la tire dans sa bouche.

Que la passion est belle quand on ferme les yeux et qu’on ouvre l’imagination !

Platon entra presque de reculons dans le Sélect. Il ne voulait pas être reconnu parce qu’il n’avait pas encore opéré son « coming out ». Sans le savoir, il provoqua bien des regards, car malgré ses 80 ans, il avait une belle paire de fesses. Quelques-uns, le nez en l’air, hypocritement, lui frôlèrent le derrière avec une main perdue.

  • Pas si mal », Pensa Platon. J’aurais dû venir ici avant… peut-être que je me serais dégêné plus vite. Mais, ça ne vaut pas les bosquets, se rappelant Diogène, étendu dans son baril.

Platon se rendit au bar s’acheter un verre de vin et commença comme les autres à regarder discrètement la marchandise exposée. Parfois, il se laissait aller, lui aussi, à tâter la réalité.

Puis, il s’avança près de la piste de danse. Il était littéralement envoûté par la musique d’Athéna. « All you need is love », chantait-elle. Une si belle chanson que l’écho la rendit aux hommes, avec les Beatles, plusieurs siècles plus tard.

Platon se déhanchait déjà quand il aperçut Diogène, qui portait son tonneau-fusée et qui sautait devant les cinq petits. Quelle horreur ! Platon venait de comprendre que si l’on est trop niaiseux pour faire les premiers pas, il ne faut pas être surpris d’être précédé par quelqu’un de plus vite, et surtout, de plus beau.

Il tourna sur ses pas. Il se dirigeait vers la sortie quand il fut abordé par un jeune à lunettes, qui l’envoûta comme un cobra. Le Satan de Platon venait de naître. La tentation n’a pas toujours les mêmes beautés à proposer. Ce petit se présenta à Platon comme un excellent moyen d’oublier son humiliation.

Diogène ainsi que les petits danseurs venaient de disparaître des phantasmes de Platon.

C’était évident que ce petit ange le suppliait des yeux de ne pas le laisser moisir sur le plancher.

Platon eut pitié de lui et se rendit dans les toilettes partager avec lui les plaisirs de la pompe mutuelle. Malgré son air diablotin, le petit s’avéra aussi digne que tout professionnel.

Platon décida de l’amener vivre avec lui afin de pouvoir écrire son Banquet.

  • Tu te nommes ?
  • Virus, pour te servir.

Dans sa tête, Platon remercia le ciel de lui prodiguer à nouveau un amour-passion, grâce à ce petit miracle de la sortie, qui acceptait de se rendre chez lui. Que peut-on demander de mieux ?

L’amour platonique.

Le petit Virus, qui l’avait séduit la veille, à la sortie du club, ne voulut rien savoir quant à retourner dans sa famille parce qu’il n’en avait pas. Il se croyait déjà l’esclave de Platon, le petit chasseur d’Orion.

Il s’offrait dans toutes ses grâces, n’espérant rien de moins, que de percer le cœur de ce vieillard, qui semblait soudainement avoir perdu le goût de la vie.

Platon demeurait insensible à ses charmes et se promenait dans le salon comme s’il était prêt à pondre un nouveau livre. Il ressemblait à s’y méprendre au penseur de Rodin quand il prenait quelques secondes de repos.

La vie, sans avoir le sexe excité par la beauté, conduit, dit-on, nécessairement au désespoir, car elle rappelle à l’homme qu’il est mortel. S’il n’est plus aiguisé par la beauté, c’est qu’il sera bientôt un outil à jeter aux déchets.

Virus tenta de ramener le vieux philosophe dans les chemins de la vie. Mais Platon, lui, faisait la nique. Une forme d’amour que l’on appelle depuis l’amour platonique. Cet amour consiste à demeurer de pierre devant les attraits qui, habituellement, font revivre le petit Hector de chaque individu, comme un dieu triomphant.

  • Avec toi, écrivit Virus pour Platon, sous la dictée d’Apollon, on boit et on s’amuse. On court les robes courtes et, comme les dieux, on enfile notre aiguillette entre les monts du postérieur. On se prend pour Zeus, on peut même se croire bâti comme un bœuf blanc, pour mieux séduire. Dionysos accompagne chacun de nos pas. Tu es la douceur noire dans mon âme égarée. Ma Séléné. Je me vêts de ton ombre durant la nuit. Tu es mon Éros, le matin venu.

Mais, Platon ne le voyait plus avec le même « œil de cyclope », un produit fourni avec le billet d’entrée au club, pour s’assurer que personne ne quitte les lieux en désespoir de cause et, du même coup, que chacun ait dans l’œil un partenaire avant le départ. (Au coût des billets, le proprio se devait bien de faire un effort spécial.) Virus semblait plus laid que la veille et Platon se remémorait la scène où Diogène éclatait au-dessus de sa robe dans le club. À chaque rebondissement, Platon se croyait condamné à la jalousie, car les cinq petits qui l’entouraient s’étaient bien graissé les mains pour laisser le corps de Diogène leur filer entre les doigts. Ces gestes prirent un tel sens que Platon pressentit la création des massages suédois

Les derniers amours de Platon (6)

juin 8, 2020

Platon passe à l’action.

Platon n’était pas aussi bête que sa grande théorie, voulant que la séduction soit plus amusante que le jeu lui- même.

Avant de devenir scrupuleux, donc, un peu frileux des neurones, Platon avait expérimenté de nombreuses méthodes pour pâmer ses petits élus.

Il savait détecter ceux qui aiment jouir, de ceux qui n’aimeront pas ça, parce qu’ils ont peur que ça se sache et de passer pour des cochons.

Les scrupuleux sont prisonniers de ce que les autres pensent d’eux. Ils sont incapables de créer une morale personnelle et obéissent aveuglément aux religions les plus tordues.

Pour séduite Diogène, le savoir de Platon devait donc compenser la laideur et la vieillesse qui l’affligeaient déjà. La vie est aussi belle qu’elle est courte.

Diogène était peut-être, cette dernière tentation que le ciel lui présentait et qui lui donnera le viagra nécessaire pour avoir envie d’aller trouver les petits anges nus ? Les dieux, eux, savent que la vie tient au fil du désir, et surtout du plaisir, et, que la jouissance exige un corps pour vibrer.

Platon savait juger ce que ces jeunes amants  désiraient. Il savait que, souvent, derrière une indifférence feinte, vivait une envie folle de se faire cajoler.

La tendresse est un cadeau réservé à ceux qui savent l’apprécier, un nectar divin, même préférable à l’ambroisie.

Cette hypocrisie juvénile tient du jeu de cache-cache humain, inventé avec le commerce et la civilisation et qu’on a surnommé l’éducation morale. Elle tient dans la peur des enfants qui imitent les adultes. « Regardez, mais ne touchez pas ». Pour les plus scrupuleux, c’est même

« passez-vous-en, tout le temps ». L’enfant n’a ni curiosité, ni sexualité, selon l’ignorance des parents.

C’est pourquoi l’homme, comme Platon, est de moins en moins libre, alors qu’en principe ce devrait être le contraire.

Tous les hommes religieux sont des aliénés parce qu’ils ont peur de la sexualité. La connaissance permet de se dégager de l’incertitude.

Contrairement au proverbe : « On n’y peut rien », il faut toujours essayer de changer ce qui nous déplait. C’est la loi du bonheur.

Ainsi, Platon avait emmagasiné une grande connaissance des petits gars. Il devait passer de la théorie à la pratique pour donner une valeur scientifique à ses élucubrations.

Il savait, juste à entendre le bruit de la respiration, que Diogène ne dormait pas, mais feignait s’être endormi pour mieux savoir ce qui se passe.

Platon pouvait, pour une fois, mettre avec justesse, en application sa grande théorie du chasseur qui retient son souffle pour mieux saisir l’autre : le dormeur conscient.

Il ne fallait pas bouger, ne pas faire de bruit, être absolument attentif, regarder fixement, visualiser le geste attendu de l’autre, vivre une forme de télépathie. Compter, s’il le faut, jusqu’à ce que la respiration signifie : « envoye, vas-y ! » Le bandage étant le dernier signe à prouver que l’endormi ne dort pas, mais jouit, en attendant de pouvoir faire semblant de se réveiller.

Diogène fut pris au piège. Il ne comprenait pas pourquoi cet idiot de Platon ne visitait pas plus vite le fond de son baril. Est-il assez niaiseux pour ne pas exécuter le plus profond de ses désirs ? C’était très excitant pour lui, puisque plus il était reluqué, plus Diogène se prenait pour un nouveau Ganymède.

Platon aurait-il le courage de briser ses hésitations ?

Diogène le voyait dans sa tête, les doigts croches de tentation, il releva le bas de son tonneau, mais rien. Pas un geste, pas un mot, comme si Platon s’était aussi endormi. Est-ce une nouvelle forme de contemplation par le fixe ? Se demanda Diogène.

Avec les philosophes, tout est possible. « Est-ce plutôt, moi, qui me suis figuré être désiré par ce vieillard ? Serais- je moins beau, moins tentant, que je le crois ? » Se demanda aussi Diogène.

Diogène vivait sa première crise de foi et d’espérance. Mais, il voulait toujours connaître les découvertes de Platon sur l’amour. Et pour cela, il devait en être l’objet.

Platon se concentra sur le besoin pour Diogène de bouger. N’importe quel geste lui indiquerait qu’il est vraiment en contact télépathique avec Diogène. Il était rendu à 302 et Diogène n’avait pas encore bougé. Pour savoir la vérité, il lui fallait donc chercher une réponse dans ses observations sur ce baril soufflant.

Impatient, sans savoir ce qui se passait, Diogène se tourna face à Platon. Il passa de la position d’appui du côté droit à celui du côté gauche, mais en feignant rester profondément endormi.

Diogène, pouvait ainsi, tout en gardant les yeux mi- fermés, essayer de voir ce que pouvait bien faire ce grand nono qui hésitait de passer à l’action.

C’était une réponse définitive pour Platon : Diogène meurt de désir. Il savait qu’il se tournait maintenant pour savoir ce qui se passait exactement. Le silence de Platon faisait son chemin.

Comme prévu, pour ne pas découvrir son jeu,  Diogène se retourna à nouveau, mais en soulevant un peu le derrière, le pointant vers Platon, de façon à ce que celui- ci soit tenté de s’approcher.

Diogène pensait alors : « Voyons, stupide, tu peux m’offrir une meilleure position. Je ne peux pas en donner plus que j’ai. »

Après quelques minutes de fixation absolue, Platon s’approcha contre le tonneau. Il ouvrit sa braguette, mais il se rendit vite compte que l’espace entre les fesses de Diogène et le cadre de son tonneau était déjà bien au-delà du chemin que son petit moineau pouvait voler. Il lui manquait un bon deux pouces. Ça confirmait sa peur.

Loin de se décourager ou de frapper le tonneau pour casser les planches qui lui rappelaient qu’il avait un tout petit zizi, Platon, en véritable homme de sciences, changea sa méthode.

  • Si Diogène me veut vraiment, se dit-il, il trouvera bien une nouvelle position qui me sera plus favorable.

Il se tassa un peu à nouveau, juste assez pour permettre à Diogène de croire que Platon avait abandonné la partie.

Intrigué, Diogène se recoucha sur le ventre, en écartant les jambes. Platon comprit immédiatement que l’espace ainsi dégagé au niveau des cuisses lui permettait une première exploration. La première flatterie. Ainsi, Diogène venait de lui offrir son billet d’entrée.

Platon tendit le bras jusqu’à ce qu’une de ces mains soit capable de s’écraser près de la cible. Platon songeait déjà aux grandes difficultés que l’homme éprouverait un jour à guider l’atterrissage d’un vaisseau spatial sur une planète étrangère, surtout si le terrain est montagneux. Il attendit. Aucune réaction. Il compta jusqu’à 72, rien, puis, écouta le souffle de Diogène. C’était bien le souffle coupé de l’impatience.

Platon savait qu’il avait le champ libre. Diogène n’attendait que la suite des événements. Il était même surpris que le temps pris, pour en arriver là, lui confère un plaisir aussi magique.

Platon déplia un premier doigt, puis un deuxième, toujours rien. Diogène ne bougeait pas. « S’il ne sursaute pas, c’est qu’il le sait et qu’il me laisse faire », en conclut Platon.

Seule, l’expérience pouvait le guider ainsi. Il pouvait dorénavant allègrement flatter la zone analysée. Platon pensait exploser tellement ses nerfs étaient tendus. Quelle merveille que d’approcher du but ! Diogène voulait déjà en ressentir davantage. Il frissonnait de joie.

Diogène voulut montrer son contentement, sans manifester qu’il était bel et bien réveillé. Il avança sa jambe gauche vers l’extérieur, ce qui donnait plus d’espace à visiter. Il sentait chaque mouvement qui vrillait la tendresse dans ses chairs.

Platon, dorénavant, visitait allégrement les deux cuisses comme il s’y attendait.

Platon savait qu’il était temps pour lui de changer de position. Il alla s’étendre entre les jambes écartées de Diogène. Et, s’assura d’abord, du bout des doigts, que Diogène était bel et bien consentant. Il laissa couler le bout de ses doigts partout, où cela était possible.

Sans surprise, Diogène se tourna de bord. Ce n’était qu’une question de temps avant de vérifier si la « Batte man » de Diogène était bien à l’attention. Une preuve irréfutable qu’il ne dort pas.

Du bois mort ou un gars endormi, ça ne présente pas grand intérêt.

Si Diogène n’aimait pas la manœuvre, il lui suffirait de feindre de se réveiller pour mettre fin à la méthode employée. Selon celle « du dieu qui se réveille », Diogène pouvait passer carrément à des jeux sexuels volontaires et conscients ou quitter Platon avec mépris.

Le sexe est intéressant s’il prend l’allure d’un jeu et s’il est réalisé de plein consentement. Il faut absolument éviter que ce soit un viol, car si l’un des deux n’aime pas ce qui se passe, ça risque de créer plus de problèmes que de jouissances. Comment trouver du plaisir sans un partage parfait ?

Fort de la vibration que lui apportaient ces glissades des doigts sur la peau, Diogène avait peine à retenir ses réactions.

C’était un nouveau signe pour le roi de la philosophie. Platon échangea ses doigts pour sa langue. Jamais langue ne fut aussi électrisante. Diogène avait beau vouloir prétendre qu’il dormait, il se tordait de plaisir. Il se tourna. Quelle joie quand Platon se mit à jouer de la flûte !

L’explosion fut telle qu’on essaya par la suite de créer des feux d’artifice qui fussent aussi envoûtants. Diogène avait les yeux fermés, mais les couleurs des plaisirs ressentis donnaient bien piètre figure aux petits nuages de vapeurs de n’importe quelle drogue.

Diogène ne put s’empêcher de porter les mains sur la tête de Platon.

L’exercice terminé, Diogène se contenta de dire un petit « merci », à travers ses sourires.

  • C’est bon, mais sut-ce été mieux, si t’avais enlevé tes dentiers, dit Diogène.

Diogène descendit son petit tonneau, le replaça et s’éloigna.

Platon réalisa qu’il avait oublié son âge, mais il était, malgré tout, bien fier de lui ; car, Diogène, selon sa réputation, n’était pas du genre à aimer jouir, préférant faire jouir les autres.

Ainsi, Platon pouvait confirmer sa théorie à savoir qu’il y a plus de plaisir à faire jouir, qu’à jouir soi-même.

Platon et Épicure

Ne me dites pas que Platon et Épicure n’ont pas vécu à la même époque, dans les mêmes lieux, avec les mêmes serins. Ça n’a aucune importance. Le temps est très extensible, grâce au jardin des dieux chez Platon, ce qui modifie aussi l’espace.

Ainsi, dans le menu spatio-temporel, certain aime autant les moineaux que les hirondelles. Les moineaux mangent aussi les petites graines. Les aigles mangent les moutons ; les crocodiles dévorent les espions. Il y a toutes sortes de goût dans la nature. Tout dépend de la grandeur de la bouche et de l’effet recherché. Le cycle normal de la digestion déterminera qui sera mangé. Chose certaine, les plus forts ne crèveront jamais de faim. Mais, la bouche peut aussi servir à propulser le nectar d’un jeune loup. Quel plaisir de le voir jouir !

L’esprit d’une époque n’a pas besoin de s’incarner dans des corps précis, mais dans des façons de voir ou de sentir la vie, à un moment donné. Ce parfum se répandra et formera l’atmosphère des années à venir. Les bouddhistes parlent de karma, les chrétiens de destin. Les moires filaient la destinée. Les athées, eux, croient que tout est hasard, l’effet action – réaction.

La forêt magique, près de la demeure de Platon, permettait toutes ces confusions temporelles quand le vent se levait. On appelle ça : le Flower Power de l’époque, ou si l’on veut, l’atmosphère sociale. C’est grâce, et dans cette  atmosphère, que Platon vécut avec Épicure.

Sans le savoir, Platon venait de planter Alexandre, son pire rival, puisque Diogène était fou de musique.

Qui était le chanteur favori de Diogène ? Personne ne pourrait le dire avec certitude, mais on a prétendu longtemps que c’était le prince Alexandre le Grand. Il chantait comme une sirène. Et, Diogène devait se défendre contre cette attraction, qui comprenait aussi la grandeur, l’enflure de tête et la surconsommation.

Diogène pensait malgré tout qu’il vaut mieux vivre dans un tonneau qui nous appartient que dans un château hypothéqué. « Les banques sont les pires vampires. Elles créent les guerres fomentées par les religions. Pour elles, l’argent a plus de valeur qu’un être humain », se disait Diogène.

Diogène avait appris très jeune le pouvoir de ces institutions ventouses. Ce qui le tenait loin d’Alexandre, malgré son admiration pour sa voix. La voix d’un mort, empruntée par Platon pour séduire la personne adorée ne pouvait qu’être un effet temporaire. La mémoire  ne pouvait pas toujours prendre la place de la réalité.

Platon se remémorait les instants de plaisir avec Diogène, quand il croisa Épicure.

Juste à voir le sourire que Platon arborait, Épicure savait qu’il venait de retomber dans la potion magique de l’amourajoie.

Il était évident qu’un jeune ne lui était pas seulement tombé dans l’œil, mais l’avait fait exploser de plaisir.

Qui avait pu faire déroger ce grand philosophe de sa pensée magique ? Ce devait être un dieu de l’Olympe. Était-ce Apollon ? Sûrement pas, Athéna ! Encore moins, une amazone !

Seul Platon savait que la nuit avec Diogène avait été un miracle. Même que ses nerfs arthritiques avaient réussi à rebander. Son cerveau avait été assez excité pour laisser réagir la passion dans ses doigts. Et même, son vieux pénis avait laissé tomber quelques gouttes de sperme égaré.

Un événement qui était tellement resplendissant que Socrate lui-même se tournait dans sa tombe, en grattant les parois, cherchant à goûter à nouveau aux plaisirs de la vie. Il comprenait trop tard que dans l’au-delà, les perceptions de l’esprit sont douteuses. Qui crée la conscience ? A-t-elle absolument besoin du support du corps pour se  manifester ? Une cellule contient-elle l’histoire  de l’univers ? La conscience est-elle un phénomène physique ou spirituel ? La mort est-elle le vide ? Pauvre Socrate !

Socrate savait maintenant, grâce à la télépathie qu’il entretenait avec son élève biographe, qu’il est préférable d’avoir du plaisir à celui de rêver d’en avoir. L’effet n’est pas tout à fait le même. Les gloussements n’ont plus.

Il était évident que Platon venait de le constater. Il sifflait en marchant. Il flottait littéralement dans le vent. On aurait dit Hermès réincarné pour nous apprendre un grand secret : « la vie, c’est la libido ». Toute la personnalité se structure avec la force de sa libido. Contrôler la libido  est le pouvoir absolu sur un individu.

Les religieux l’avaient déjà vite compris. Ils ont voulu dominer la nature, en se prétendant les interprètes de Dieu. Ils ont ainsi maudit le corps pour créer une contradiction intérieure chez tous les humains et pouvoir ainsi devenir le précieux secours des âmes en peine.

On nomma ça la dualité du corps et de l’âme. C’est à ce malheur, cette fausse division, à laquelle venait d’échapper Platon.

Platon était en nage, marchait la tête haute, le corps rajeuni. En l’apercevant, Épicure se demanda forcément qui avait pu écorcher ainsi le grand prophète de la sublimation, l’arrière-arrière-grand-père du capitalisme.

Même la tendresse rayonnait à travers ses rides et appelait au perpétuel renouvellement.

Platon avait redécouvert la jeunesse, même s’il savait que ça ne durerait pas longtemps, soit le temps qu’il s’en souvienne !

Épicure vint avec plaisir à la rencontre de ce grand chanteur de pomme qui avait enfin découvert la vérité : la vie se vit dans le plaisir et non, dans le désir du plaisir. Et encore moins dans la peur des plaisirs de la chair.

  • Quel est ce bel éphèbe qui t’a fait autant d’effet ? Demanda Épicure.

Platon se dandinait de plus en plus, rayonnant devant Épicure. Il restait muet. Les yeux renversés, contemplant on ne sait quelle image de son magnéto intérieur.

  • T’avais raison, dit-il à Épicure. La vie est le moment présent. Il faut en profiter.

Platon bavait de désirs nouveaux. Une chance qu’Épicure, future réincarnation du Marquis de Sade, avait un lycée. Il pouvait ainsi détourner la tentation vers la réalisation.

Platon demeurait la bouche ouverte, ce qui n’était pas son habitude, car il craignait les mouches depuis qu’il avait lu sur les nuages en Égypte. Platon ne connaissait pas les sauterelles et à cette époque, et, on ne pouvait pas voir encore le film « Les dix commandements ».

Platon entama une grande charade. C’est di. dio. dio. diodio…

Épicure n’avait aucune idée.

  • Tu veux dire Dionysos ?
  • Voyons, espèce de tarla ! Je n’étais pas saoul de vin et je ne suis pas devin.

Platon, sans en en être conscient, fit sa première prédiction, même si rien ne justifiait ce message, qui se donnait l’allure d’un acte manqué :

  • Personne ne succédera à Alexandre, lui, qui est tant préoccupé par sa descendance ?
  • Personne ? Demanda Épicure, éberlué.
  • Oui, personne, même pas sa famille.
  • Pourquoi me dis-tu ça ?
  • Je n’en ai aucune idée, de répliquer Platon, aussi étonné que Socrate d’avoir laissé échapper ce présage.
    • Ça ne me dit pas, qui t’a orné d’un tel soleil dans la figure, ajouta Épicure.
    • Cherche un peu, lança Platon.

Les derniers amours de Platon 5

juin 7, 2020

Platon prépare sa campagne de séduction.

Après avoir écarté Alexandre le Grand des cérémonies funèbres en commémoration de la mort de Socrate, il ne restait plus qu’à éloigner Aristote pour que Platon puisse se retrouver seul avec Diogène. Un prérequis à l’intimité nécessaire pour opérer un bon, un beau et un authentique « partage ».

Platon ne prétendait pas être assez attirant pour jouir des caresses de Diogène, mais peut-être celui-ci aurait-il la chance de lui enseigner un nouveau jeu d’adolescent : la flûte de Pan. Un solo en ré mineur qui combat tous les dégoûts. La musique est si belle qu’elle déforme la réalité en paysages attrayants.

  • Malgré son allure de petit baveux, Diogène est un petit gars très gêné. Inoculé de cette gêne, il ne porterait pas de tonneau. Y a seulement les imbéciles qui prennent la nudité pour de la pornographie. Et, de nos jours, les idiots ne manquent pas. Les religions ont fait un bon travail de lavage de cerveau. Il y a plein de ces bornés dans nos parlements. On les appelle habituellement les conservateurs ou les républicains, selon les pays, pensait Platon.

« Une fois, seul, pensa Platon, il suffira de gagner assez de temps pour que mes doigts lui moulent le bataclan. Diogène aimera tellement ça, que l’éternité deviendra synonyme de viagra permanent. »

Platon était convaincu que son charme s’exercerait sous la lumière de la pleine lune et saurait devenir un rêve érotique. Après tout, le soleil a bien donné naissance à l’Étranger, de Camus.

Il convoqua Éros et lui dit :

  • Écoute petit, j’ai besoin de tes flèches. Si tu me les accordes, je consacrerai toutes les Saint-Valentins à rappeler au monde ton efficacité en amour.
  • C’est parfait, dit Éros, mais tu dois me démontrer avant ta capacité de conquête. Un Éros, qui tire n’importe où, n’est pas un dieu. Si tu séduis Diogène, je saurai dorénavant quels trucs utiliser contre les rébarbatifs. Je t’en serai reconnaissant pour l’éternité.

L’entente fut vite conclue.

Platon ayant les flèches nécessaires, il ne manquait plus que le pouvoir de séduire sans être remarqué, car le platonisme n’aurait pas existé, si Platon avait pu jouer aux fesses sans hésiter.

  • Je vais et je viens entre tes reins, se mit-il à chanter, ce qui provoqua Orphée, sorti des enfers, en se demandant qui pouvait beugler ainsi.

Surpris, Platon hésitait à inviter Orphée à l’accompagner dans sa scène de déduction. Ce poète pouvait-il être aussi inspiré par un homme ?

Platon en doutait, mais il mit tellement de ferveur, qu’Orphée accepta. Platon lui avait fait valoir que de toute manière, c’était Platon qui devait profiter de sa scène de séduction et non celui qui chantait. Ainsi, Orphée n’avait pas à renoncer à sa réalité profonde d’hétérosexuel.

« C’était simplement comme chanter à un mariage. »

Par contre, pour entendre Orphée, il faut avoir l’oreille juste, ce qui n’était pas nécessairement le cas de Diogène qui avait déjà une grande propension à la cacophonie de la musique punk.

Désespéré de ne pouvoir trouver les mots justes pour le faire tomber dans les pommes, Platon pria Zeus de consulter le petit René Simard, afin de pouvoir de choisir à travers les siècles, les poèmes qui sauraient envahir l’âme de Diogène.

Zeus gagea immédiatement que jamais la poésie n’aurait raison du philosophe Diogène.

  • Diogène est un pur jouisseur, il ne se fera certes pas charmer par le chant et encore moins par un vieillard, se dit Zeus.

La grande approche…

Évidemment, Platon était le conférencier de marque, lors de cette cérémonie en mémoire de Socrate.

Qui, plus que lui, pouvait se rappeler Socrate, puisqu’il s’était fait connaître en enseignant les leçons de  son  maître ? Cette transmission du savoir avait fait de lui un des premiers spécialistes des grandes biographies. Un titre qu’il délaissa en faveur d’Aristote.

À cette époque, on n’enregistrait pas encore les conférences, sauf, que quelques-uns prenaient des notes en vue de leurs examens. Et ainsi, se propageait le savoir.

Chaque philosophe avait son école. Certains philosophes doutaient même de leur existence (les ancêtres de Berkeley) tandis que d’autres ne juraient que par le plaisir immédiat. Que de belles expériences pour découvrir la vérité !

Platon fut vite dépassé en popularité par son ami Aristote, puisqu’Aristote avait attiré l’attention d’Alexandre le Grand en déjà publiant son Éthique à Nicomaque.

Aristote fut un bon fonctionnaire et surtout un grand précurseur de Darwin. Son étude sur les animaux connaissait un grand succès. Elle l’avait même conduit jusqu’à Dieu, ce qui par la bande, remettait en cause l’existence des dieux.

Même si Platon était reconnu, célèbre même, il commençait déjà à être moins souvent cité que son élève, Aristote. L’âgisme existe même dans les idées. Ce qui rendait un peu Platon jaloux.

Heureusement, à la date de cette cérémonie souvenir, Aristote donnait déjà une conférence.

Pas d’Aristote, une chance de plus pour Platon d’approcher Diogène, ce beau et jeune philosophe, ce rebelle anarchiste avant Léo Ferré.

Platon ne rêvait pas en couleurs. Jamais Diogène n’accepterait de vivre en couple avec lui. « Il est bien trop indépendant ». Diogène savait, sans l’essayer, que le mariage entraîne une foule d’inconvénients, dont la perte de son droit à la vie privée et la liberté d’agir sans se faire engueuler. Les femmes ne sont jamais contentes, même dans les couples gais.

Platon eut raison. Diogène resta indifférent à ce qu’il raconta. Il n’avait que d’yeux que pour les petits lutteurs, nus, qui se préparaient pour les jeux, accompagnement obligatoire de toutes les célébrations funèbres ! Il faut oublier la mort, en montrant tout ce qui rend la vie attrayante.

Diogène aurait bien voulu faire des « zooms » sur ce qui l’intéressait le plus, d’autant plus qu’on avait choisi de très jeunes lutteurs, pour faire plaisir à Platon, mais la caméra n’avait pas encore été inventée.

Diogène savait que ça viendrait, car l’évolution est toujours commandée par les désirs inassouvis. Cependant, chaque idée naît en son temps. Elle doit être l’incarnation du frottement avec les autres idées. L’homme est matière en devenir, la pensée aussi.

Cette réalité poussa Diogène à réfléchir davantage durant quelques minutes sur notre univers.

Il connaissait l’avenir d’instinct. Il savait que les atomistes avaient raison, comme le futur le prouvera si bien. Rien ne se perd, rien ne se crée, dira plus tard, un certain Einstein, établissant ainsi un ordre de grandeur dans la relativité de la perfection.

« Avec le monde de l’infiniment petit, pensait Platon, les plus modestes peuvent même faire basculer les plus gros. C’est la règle de l’espoir. La théorie des quantas et des cordes. La seule façon de permettre à Bouddha de nous parler de réincarnation.

Le seul équilibre qui existe, c’est la totalité, car elle ne peut pas se transformer de l’extérieur, mais gare, elle peut se modifier de l’intérieur. C’est ce qui est arrivé dans notre monde quand l’univers donna naissance aux galaxies. Le Big bang fut l’explosion qui créa notre monde. Qui, un jour, aurait cru que le bruit d’une musique céleste modifierait l’univers ? Qui aurait pu croire que l’infiniment petit, plus petit même que les spermatozoïdes, dérangerait la formation de l’univers, en bougeant de la queue et en créant ainsi un bruit, dont la vague provoqua le Big bang ? Qui aurait cru que les étoiles deviendraient des constellations habitées par les dieux ? Ou serait-ce que le Big bang fut un pet de Zeus ? Zeus avait le pet aussi facile, lors de ses conquêtes sexuelles.

Zeus n’arrêtait pas d’assouvir sa grande décharge. Quitte à se métamorphoser, il violait toutes les déesses qu’il trouvait belles. Un vrai dieu cochon. Il s’est même retrouvé gai, en tombant en amour avec Ganymède. Est-ce possible d’être aussi pervers comme diraient les féminounes

pâmées du Québec ? Ça prouve parfaitement que les gens scrupuleux sont aussi des pervers puisque les humains doivent imiter leur dieu. Alors qu’attendons-nous pour nous Zeusisser ? Réfléchissait Platon.

Pourquoi les Grecs étaient-ils aussi savants ? Personne ne sait ni pourquoi, ni comment, mais les Grecs, eux, connaissaient les atomes, la médecine. C’était la civilisation du grand savoir, la seule qui portait autant d’intérêt à l’amourajoie. On aimait la beauté, l’âme, la jeunesse, la justice, l’amour, même si Aristote l’avait déchiqueté en catégories.

La jouissance avait encore un sens. On parlait politique, comme on se parle aujourd’hui, d’une émission de télévision.

« Tout le monde chez Athéna » était le rendez-vous hebdomadaire des grands. Une civilisation grandiose, mais qui avait oublié le pouvoir des femmes. Et, les femmes ne peuvent pas endurer une situation dans laquelle elles ne dominent pas. Elles entreprirent d’empêcher leurs hommes d’aller se faire tuer à la guerre. « La paix ou l’abstinence » fut leur premier cri de révolte féministe.

Platon pensait que la situation porterait Diogène à lui être un peu plus ouvert envers lui, car, il était, tout de même, la vedette du moment, dans tous les salons.

Il était loin de se douter que son Diogène ruminait l’histoire du monde et de la science, pendant que le maître s’adressait à la foule. Selon Platon, Diogène ne pouvait que se laisser charmer par l’étalement de ses connaissances.

Après son discours, Platon se dirigea vers l’arbre le plus près de l’arène afin d’y attirer Diogène. Il y plaça son sac de couchage, une couverture et deux oreillers,

s’assurant de l’espace requis pour que Diogène puisse s’asseoir à ses côtés. Il ne restait plus qu’à l’attirer.

Derrière le chêne, Orphée entonna ses premiers chants d’amour. Leur beauté charmait tous les spectateurs qui essayaient de se placer dans la direction d’où venaient d’aussi belles chansons.

Pas plus fou qu’un autre, Diogène s’avança. Il fit semblant de ne pas apercevoir Platon, tout en souhaitant être invité à prendre place dans le seul espace libre, près de Platon, afin de mieux voir ces petits lutteurs et entendre cette voix divine.

Évidemment, il ne se laissa pas prier quand Platon l’invita.

Diogène avait mis ton tonneau, baril baril, pour l’occasion.

Platon savait que s’il avait mis les tonneaux oiseau ou papillon, les ailes l’auraient empêché de s’approcher assez pour visiter l’intérieur du baril. Avec Diogène, on ne savait jamais quel tonneau il allait porter. Un coup de chance, pensa Platon.

Les lutteurs s’exécutèrent pendant des  heures. Diogène était littéralement hypnotisé. Platon devait se contenter de le regarder. Il devait demeurer contemplatif, tout en se demandant, s’il pouvait retenir Diogène après ces combats.

Platon souhaitait que Diogène souffre déjà d’éjaculation précoce, malgré son jeune âge. Tout le monde a le droit d’espérer, non ? Ça empêcherait Diogène de vouloir partir à la conquête d’un de ces petits dieux personnels, car tous ceux qu’on aime deviennent nos dieux. Et, la chasse est sans intérêts si tu es déjà vidé de tes énergies.

Heureusement, leur emplacement ne permettait pas aux petits lutteurs de constater qu’ils s’exécutaient devant deux grands de renommée internationale. Ils auraient voulu s’approcher et Diogène serait sûrement sorti de son tonneau pour lutter avec eux et leur faire connaître sa prise d’amour favorite : le léchage de peau avec la langue. Aucun petit soldat ne résistait à un tel traitement. La chatouille était divine.

Platon avait appris cette technique, mais ne l’avait pas pratiquée, n’ayant pas osé imiter un de ses admirateurs. Platon perdait ainsi toutes les occasions, mais il savait que le désir est plus important que la réalisation. La réalisation, c’est le ciel, mais ça ne dure pas. Ça amollit vite… tout tombe sous forme de pluie. De toute façon, à son âge, il ne pouvait plus que désirer. Il avait le puits stérile. Les noix usées.

Platon fit appel à Dionysos. En trois petites secondes de rêve, sa commande était passée. Éros s’approcha vite et offrit une coupe de vin à Diogène. Les yeux virés à l’envers, un effet direct de la beauté d’Éros, Diogène ingurgita le précieux liquide et s’endormit.

La foule déserta le lieu dès que la lutte fut terminée. Ainsi, quand Diogène se réveilla, il se contenta d’étendre la couverture qui se trouvait près de lui, avant de se rendormir.

C’était toute une chance pour Platon. Il pourrait enfin toucher le « Batteman » de son compagnon et peut-être l’exciterait-il assez pour lui faire oublier sa vieillesse ? L’amourajoie ne demeure-t-elle pas un hymne à la beauté et à la jeunesse, quand tu n’es pas prisonnier de la vision dépravée de la sexualité laissée par les religions ou les féminounes ?

Les derniers amours de Platon 4

juin 6, 2020

La jalousie d’Alexandre.

Malgré toutes ses luttes et sa bravoure légendaire, Alexandre le Grand souffrait d’un certain malaise intérieur. Ses soldats parlaient plus de Diogène que de lui. Ça le mortifiait de plus en plus. Il sentait son estime personnelle devenir peau de chagrin. Ça créait comme un poids dans sa grandeur. Et quand t’es grand, il y en a pour plus longtemps à tomber. Demandez-le à Newton qui remercie Dieu, tous les jours, que la pomme qui lui tomba sur la tête fut très petite et plus qu’à moitié pourrie.

Pour l’oublier, Alexandre s’arrêtait sous les chênes et méditait sur la malédiction des chaînes. Un roi est-il un esclave de ses sujets ou les sujets sont-ils les esclaves de leur roi ? Alexandre venait le premier de poser le problème de la poule et de l’œuf.

Comment un gars, caché dans un baril, nu comme un ver, peut-il être plus populaire que lui, le grand soldat, le maître des armes ? Même Attila défrisait quand il entendait son nom. Diogène devait sûrement avoir un autre secret. Était-ce les mathématiques ou la philosophie ?

Alexandre décida de mener une expédition incognito dans le pays des îles afin de connaître la vérité. Ce fut son premier « coming out ». En le faisant en Grèce, loin de ses soldats, il ne pouvait pas soulever leurs rires, s’il se déshabillait. Eh oui ! Alexandre avait une toute petite quéquette, toute ratatinée du bout. Rien pour créer un  culte du pénis royal. Cette petite gêne faisait que parfois il mastiquait et prononçait mal certains mots, ce qui lui créait de nouveaux problèmes, car il écrivait aux sons.

Alexandre fut d’abord très surpris que les gens ne souffrent pas tous d’embonpoint en Grèce, car Alexandre croyait qu’il s’agissait d’un pays où la bonne chair était au rendez-vous. Il pensait que la Grèce c’était la Graisse. Le français a toujours tellement été précis que même son orthographe change la face de la terre.

À son arrivée en Grèce, Alexandre apprit immédiatement que seul Platon jouissait d’autant de renommée que Diogène.

C’étaient deux approches différentes de la jeunesse. Des modes d’agir qui avaient été sculptées par des siècles de pratique concrète. Diogène allait droit au but : il parcourait les gymnases où les jeunes dieux de la lutte s’exhibaient nus, alors que Platon se tenait près des cours d’école, incapable de décider qui de ceux-ci feraient l’objet de ses tendres amours. Il prêchait la vertu pour passer inaperçu.

Depuis Platon, on sait que la tempérance rend l’individu mentalement stérile et vicieux. Les grands vertueux ont toujours un vice caché.

Pour savoir la vérité, avant de se présenter à Diogène, Alexandre envoya son meilleur espion : « I know better than you », un parent d’Iznogoud.

La grande chatouille

Alexandre était presque désespéré d’apprendre comment lui, le grand, le maître incontesté du monde, pouvait se sentir tout petit à côté d’un philosophe qui habite à l’intérieur d’un tonneau.

La valeur d’un homme réside-t-elle dans ses exploits militaires ou dans la valeur de sa propriété ? Qu’est-ce qui nous rend fiers et heureux quand on meurt ? Qu’est-ce que les gens ont pensé de nous ? Quels souvenirs leur mémoire du passé garde-t-elle de nous ? Sommes-nous heureux d’avoir vécu ?

C’est une question fondamentale, que l’on croie ou non à la vie après la mort. Si tu crois qu’il n’y a rien, le vide absolu, même pas la conscience de ce vide, un vide vide, tu n’as que l’instant présent qui compte. Mais, si tu crois que l’éternité est formée des souvenirs que tu as semés dans la tête des gens, c’est différent. Tu dois dépasser tout ce qui se fait, pour survivre quelques siècles, et enfin atterrir dans le Petit Robert des noms propres. Et, évidemment, il y aussi, les naïfs, ceux qui croient ce que les religions enseignent sur l’après-mort.

  • Est-il indispensable de conquérir le monde pour avoir l’impression d’avoir réussi quelque chose  dans  sa  vie ? Se demandait Alexandre.
  • Diogène avait un tonneau et en public, il sourirait toujours, lui. Il n’avait pas à se demander qui essaierait de le tuer.

La popularité nous garantit-elle de passer dans l’éternité ? Nous permet-elle de nous promener dans les rues sans devoir porter un masque ? Suffit-elle à nous nourrir de satisfaction ou a-t-on l’impression d’être un zombie ? Un acteur permanent de sa propre personnalité ?

Alexandre se sentait dépressif quand de telles questions jaillissaient en lui. Il était même un peu maniaco-dépressif. Parfois, il enviait les truites dans les eaux du ruisseau, près de son camp. Des soldats l’avaient même vu nager dans trois pouces d’eau, se prenant pour un poisson qui avalait un ver de terre. Il en fut très malade. Notre pauvre Alexandre venait tout juste de faire connaissance avec l’opium.

Puis, de nouveau en forme, le lendemain, Alexandre chevauchait le champ de bataille comme s’il était un astronaute qui regarde la terre à partir d’un hublot… peu d’espace dans sa tête était occupé par la modestie.

Une seule chose changeait dans sa vie : à chaque victoire, il devait ajouter une nouvelle épouse pour agrandir son territoire. Une politique d’unification des territoires, mais qui, avec la jalousie, ajoutait aussi un meurtrier potentiel.

  • Plus les couches sont grandes et variées, plus ta propriété l’est aussi, pensait Alexandre.

Alexandre avait appris, grâce à son second espion, Nez fourré partout, que Diogène jouissait d’une popularité de plus en plus considérable depuis qu’il changeait constamment de tonneau comme habitat naturel.

Les gens venaient même d’Eurasie pour contempler ses nouveaux tonneaux. Sans le vouloir, Diogène venait de lancer la mode de se promener sur la rue Principale. C’était bien avant que les tonneaux inspirent le design des chars pour pavoiser.

Alexandre convoqua ses généraux pour trouver un moyen de déposséder Diogène de son tonneau « jupe fleurie », car sa réputation faisait ombrage à la sienne.

Alexandre savait que pour devenir dieu, il faut d’abord être un mythe, et, ne passe pas à la mythologie qui veut.

Un petit futé suggéra à Alexandre d’organiser une grande fête qui exigerait la tenue d’un concours de grande chatouille.

Qui pourrait se faire chatouiller le plus longtemps sans éclater de rire ?

Avec un tel concours, Diogène devrait nécessairement quitter son tonneau. Là, les gens pourraient voir tous les défauts de son corps, dont son manque de bronzage sur les fesses.

Alexandre envoya son diplomate favori, Personne n’y résiste, auprès de Diogène. Il était convaincu que très bientôt, le punk Diogène perdrait son tonneau et de ce fait, sa réputation. Mais, Personne n’y résiste avait oublié de camoufler sa proximité avec Alexandre, d’où fut-il retenu à chaque auberge où il mettait le pied. Aussitôt averti, évidemment, on voulait se servir de lui pour entrer en communication avec Alexandre.

Alexandre dut se contenter quelques décennies plus tard d’apprendre que son diplomate était encore en route pour rencontrer Diogène qui portait maintenant le « tonneau-baleine » pour mieux avaler les jeunes bancs de petits poissons qui s’agitaient devant lui.

Ainsi, pendant qu’Alexandre découvrait les castes et le harem dans les Indes, Diogène en était déjà à la recherche d’une nouvelle forme de couple à Athènes.

« La fellation ne constitue pas nécessairement les bases permanentes d’une union », avait-il constaté. Comment remplacer le sommet des plaisirs par la nécessité de combattre la solitude en vieillissant ? Sans le savoir, Diogène venait de lancer l’idée de vivre en couple.

Pendant qu’Alexandre ruminait sur le concubinage, Diogène, lui, en avait déjà assez des règles de la tempérance, selon lesquelles le petit mignon devait refuser le plus longtemps possible pour avoir bonne réputation.

« C’est un jeu d’élasticité de trop dans les relations amoureuses », affirmait-il, partout où il passait.

Bouddha a immédiatement joui, dans les cieux, quand il entendit Diogène, car ce désir correspondait à ses recherches sur la bonne tension à utiliser dans le tir à l’arc.

Platon désire Diogène.

Platon désirait de plus en plus Diogène, mais il ne savait pas ce qu’il devait inventer pour enfin l’avoir dans ses bras. Voir est une chose, toucher en est une autre, pensait Platon.

Platon n’en dormait plus et l’arrivée d’Alexandre n’arrangeait rien.

Diogène était jeune, d’une grande beauté, et surtout, il était inaccessible à tous les amourajeux5 de son époque.

Platon ne pouvait plus lutter à cause de son âge. Il devait se contenter de rêver. Et, tous les amourajeux du monde, nécessairement gais, rêvent de rencontrer un petit dieu qui les projette dans les vapeurs exquises de la grande tendresse.

Platon connaissait de plus en plus la séduction, à la base de l’amourajoie. Il savait qu’il ne suffit pas de beaux cadeaux pour séduire son amant, mais qu’il faut ajouter une grande connivence dans le plaisir d’être ensemble. Un amour, une passion animent toujours l’amourajoie.

Platon se voyait déjà dans le tonneau de Diogène, roulant sa bosse, plus habile qu’un pâtissier, plus compétent qu’un serrurier, ouvrant Diogène au plaisir de la séduction et de l’expérience.

Platon n’ignorait pas que plus on vieillit, moins on pogne. Question de dégénérescence de la beauté.

Il lui fallait donc inventer une nouvelle astuce d’autant plus, que plus il vieillissait, moins il avait d’audace.

La dernière fois, il avait passé au moins un mois à contempler un beau petit grec sur le bord de la plage. Tout

ce qu’il avait réussi, c’est de lui serrer l’entrejambe, en faisant semblant d’être aveugle et de vouloir attraper un cerf-volant. Ce geste lui valut un bras cassé et il dut se faire poser un nouveau dentier ; car le petit avait des amis jaloux. Pire, le petit n’avait même pas remarqué la douceur de la main légère qui l’avait à peine touché, comme un regard, pendant quelques secondes.

Pourtant, il n’existait pas encore de féminounes pour ravager les esprits et prétendre qu’être « stoolest un geste qui ne s’est pas dégueulasse en soi. On gagnait, alors, plus d’être un héros, qu’à jouer la victime pour avoir une plus grande compensation. La mafia du chantage n’avait pas encore atteint le sommet que connaîtront les petits Américains envers l’Église catholique… une nouvelle guerre de religion entre les catholiques et les protestants, sous le masque de la pudeur.

C’est ainsi que l’on sut que la tempérance continuait à faire des ravages. Certains qualifiaient le geste d’inapproprié alors que d’autres parlaient d’une passion mal dissimulée.

Platon prenait un temps fou à se décider, mais quand il passait à l’action, ses doigts devenaient plus agiles que tous les seigneurs de la couture. Il savait s’introduire, là où aucun autre n’aurait le privilège de pénétrer.

Quelle tempête intérieure ce fut, lorsque pour la première fois, ses doigts sentirent les soubresauts d’un petit pénis qui découvrait les joies d’être cajolé !

Platon faisait de plus en plus une obsession de voir et toucher Diogène. Réminiscence qui lui permettait de combattre son Alzheimer.

Tout le monde savait que Diogène ne se laissait jamais toucher, sauf pour lutter. Il se gardait ce privilège pour exciter ses petits partenaires.

Aussi, Platon profita-t-il de la tenue d’une grande fête, visant à se rappeler la mort de Socrate, pour se donner une raison d’approcher son idole. Il fit inviter Diogène à la cérémonie.

Pour s’assurer que le bel Alexandre ne soit pas présent et constitue un concurrent redoutable, Platon fit envoyer une lettre à Alexandre, l’invitant au mont Olympe.

  • Alexandre se croira appelé des dieux. Ainsi, il ne viendra pas à la commémoration de la mort du grand maître Socrate.

Débarrassé d’Alexandre, Platon aura plus de chance d’approcher Diogène. Alors, il lui racontera pour la mille  et unième fois comment se tordait Socrate après avoir avalé son poison.

Alexandre était trop occupé à faire la guerre pour agrandir son territoire et, du même coup, l’étendue de sa réputation, pour comprendre cette astuce de vieil amourajeux. Platon nomma cette arnaque : le faux-bond. Ce n’est pas d’aujourd’hui que la philosophie est une astuce.

Et c’est ainsi, avec une ruse parmi tant d’autres, que Platon put s’approcher de Diogène, espérant cette fois  jouir d’un toucher là où ça compte, au lieu d’un simple coup d’œil.

5 – amourajeux : pédéraste.

6 – stool = dénonciateur.

Les derniers amours de Platon 3

juin 5, 2020

L’appel d’Alexandre


Alexandre le Grand tenait un grand banquet quand il entendit parler, officiellement, pour la première fois de Diogène. Il fit comme s’il n’en avait jamais entendu parler et déclara à ses hôtes :

– Pourquoi un gars, bandant dans un baril, peut-il être plus heureux qu’un grand chef guerrier à la conquête du monde? Que puis-je demander de plus à la vie?

Mais, Alexandre savait qu’il devait voyager en compagnie de garde du corps, puisque chacun enviait sa gloire et sa prospérité. 

– Y a des gens pour faire la guerre et d’autres pour jouer aux fesses. Comme il y a des dieux pour tous les goûts dans la nature, pensa-t-il de suite.  

Alexandre n’avait pas encore entendu parler de Yahvé, ni du petit Jésus. Il découvrait les barbares dans ses invasions, et non, le dieu unique qui imposera la monogamie.    

Cette peur de toujours avoir un finfin qui te poignarde ou t’empoisonne, donna naissance à une tradition qui s’implanta pourtant de façon permanente qu’avec les Empereurs romains. Ils appelaient ça « mettre du piquant dans la vie ».  

– Ça prouve que l’histoire avec un grand H est rattachée à ce qui vient de se passer en y ajoutant une petite touche personnelle, dira Néron, en regardant brûler Rome.         

Ce courant continu des flots du temps fut appelé la civilisation occidentale ou le pouvoir dans la bêtise et la violence.      

Quoiqu’il en fût, Alexandre décida d’inviter Diogène à un grand souper afin d’élargir sa réputation.

Diogène refusa, sans explication. Alexandre était vexé. Comment lui, le Grand, Alexandre, pouvait-il accepter de se faire envoyer promener par un voyou qui habite dans un baril?

Il dépêcha six soldats qui revinrent avec le sourire. Diogène les avait engraissés, car il aimait bien lutter avec des jeunes enduits de graisses. Son baril le protégeait des coups. N’était-il pas le spécialiste du léchage de graisse et le maître incontesté de la pipe olympique? De quoi ravir tous les soldats du monde.

Alexandre fumait de rage. C’est ainsi que des livres d’experts ont pu, quelques siècles plus tard, faire valoir le besoin de fumer le calumet de paix dans les négociations ardues. Ça dégage les poumons et permet une meilleure digestion.       

Si la force n’avait pas raison de Diogène, il fallait employer la persuasion.

Alexandre dépêcha le meilleur prédicateur qu’il avait rencontré.

Celui-ci fut déconcerté de ne pouvoir faire sortir Diogène de son baril. Mais, c’était un petit futé. Confus, oui, mais rusé. Quand Diogène l’aperçut, rôdant autour de sa demeure, il lui demanda immédiatement :

– Confus, Sir? Vous cherchez le propriétaire? La porte d’entrée? Il s’était réfugié dans une prononciation à l’anglaise.      

— Confucius, cius pas Sir, c’est un cius, avec un accent comme ça. Les sons sont comme les mots des chansons, vous comprenez?         

Confu-cius ou sir, Diogène s’en fichait éperdument. Il n’avait jamais entendu une langue aussi mélodique.

 Dio, pour les intimes, se croyait déjà au ciel et défonça le baril de son harpon comme jamais.

Confucius, qui connaissait le langage verbal et mathématique, lui fit valoir la beauté du 69. Diogène tourna de l’oeil. Puis, ses cheveux se plantèrent au garde-à-vous sur sa petite tête.   
 
– Cogne. Fou, cria notre négociateur.

Il ferma les yeux et eut une vision : il était en compagnie du premier punk de la planète. Il offrit donc une fleur à son nouveau maître. La révolution sera toujours un « flower powère » comme disent les Français.

Confucius-sir retourna auprès d’Alexandre et lui glissa à l’oreille que le secret de Diogène était la colle. 

Diogène avait tellement exploité le « compostage » qu’il était parfois pris dans son caca. Ce qui, de toute évidence, l’empêchait d’entreprendre de longs voyages.  Trop orgueilleux, il refusait de quitter son baril afin que les gens n’apprennent pas son secret.

Alexandre était ravi de savoir qu’on ne lui avait pas désobéi. Il décida immédiatement de se rendre personnellement rencontrer Diogène et de lui faire cadeau d’un ciseau à fer. La liberté, ça se gagne. Diogène devra, quant à lui, fournir l’enclume et le marteau.

Pour ne pas se tailler le membre, il dut apprendre les proportions, d’où Diogène s’adonna aux mathématiques et à la géométrie. Après, on dira que l’Orient n’a rien apporté à l’Occident. 

Ainsi naquit une grande Amitié entre les dictateurs et les rebelles. Ce fut la première récupération du système. 

Les derniers amours de Platon 2

juin 5, 2020

Pour se défrustrer de la désobéissance des philosophes, les religions durent établir une autre  sorte  de  pouvoir  : celui de l’argent. Le Vatican fut-il vraiment la première banque centrale ou était-ce les temples grecs qui n’en finissaient pas d’inventer de  nouveaux  dieux  comme aujourd ‘hui les politiciens inventent  de  nouvelles  taxes ? Ce serait la raison fondamentale pour laquelle  il  y  eut autant de dieux grecs ; chacun ayant  son  tribut,  sous prétexte de son nouvel att ribut. Les  peurs  furent  toujours ce qu’il y a de plus payant.

Platon enseigna presque toute sa vie qu’il est préférable de désirer son amant plutôt que de le caresser. Ainsi, la sublimation s’établit à travers les siècles. Contrairement aux artistes qui se comparent le pinceau, les financiers sublimèrent leurs désirs et créèrent le système capitaliste. On arrivait ainsi à contourner le problème existentiel de tout individu avide de dollars : on délaissa le pénis et on commença à s’intéresser à savoir lequel a la plus grosse poche.

Platon était bouleversé par ses premières

manifestations à la « Perdus ». Il avait parfois une mémoire diffuse. Il voyageait plus vite en imagination que le désir ne le portait. Pourtant, il n’était pas mort pour avoir de telles hallucinations.

Il se promenait simplement dans le bois derrière chez lui. Une forêt  qui  avait  son  secret.  Les vapeurs  qui   s’y

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échappaient permettaient de transcender les siècles et d’entrer en contact avec tout ce qui a déjà existé, en réalité ou en rêve, dès que la chose était nommée. C’était une  forêt réservée aux dieux et quelques êtres privilégiés par leur quotient intellectuel.

Diogène était devenu, depuis ce concours, la nouvelle obsession de Platon. C’était encore pire depuis que Platon soupçonnait Alexandre le Grand de renifler dans ses plates-bandes. Pourquoi un roi pouvait-il bien désirer un philosophe ?

Les historiens-lecteurs se demandent depuis si c’est parce que Platon peut parfois remonter dans le temps, grâce au jardin des dieux, que l’auteur est arrivé à faire vivre Platon, Épicure, Diogène et Alexandre le Grand à la même époque . Eh bien, non !

Le temps connait des distorsions depuis que la terre est éclairée à l’électricité. Il faut vérifier deux fois les dates avant d’y faire confiance; mais peut-être serait-ce une manifestation des pouvoirs de la création ? Le calendrier maya est-il devenu désuet parce qu’on se savait plus compter ou parce que le créateur a manqué de souffle ?

Sarkozy fut président de la France, ce qui prouve que rien n’est impossible. Il suffit d’être du côté de Paul Desmarais, le milliardaire québécois, pour accéder au pouvoir.

L’appel d’Alexandre

Les derniers amours de Platon ( tome1).

juin 4, 2020

Jean Simoneau

Les “derniers petits amours” de Platon

Tome 1  Carnets – roman

 Les éditions du temps. québec

Pendant que Zeus, le plus puisant des dieux, se  la coulait douce,  sexuellement  parlant,  c’était  un  peu différent chez les humains.

C’est vrai qu’au début de l’univers, Zeus était assez seul comme divinité. On pourrait même dire  qu’il était tout seul, en exil pour échapper à Chronos, son père.

Zeus fut profondément traumatisé par son père, car il savait qu’il y a une maudite différence entre « se faire manger » et être dévoré vivant.

Tout au long de sa vie, n’en déplaise aux féminounes’ du Québec, Zeus, ce dieu d’entre les dieux, fut un esprit qui avait les mains pas mal baladeuses. L’escouade des féminounes aurait eu une multitude de raisons de dénoncer, à cœur de journée, les manières de ce dieu; mais Zeus ne s’en faisait pas avec les commérages.

Il avait même inventé le corps humain, en chair et en os, de façon à ce qu’il sache jouir, ce qui fut le cas, plus particulièrement chez les hommes. Mais à cette époque, chez les déesses, la jalousie féminine créait sur le besoin de

dénoncer. Ce qui compliquait parfois la vie de Zeus, ce dieu facilement amoureux pour ne pas dire facilement passionné.

Sur terre, la vie humaine fut intéressante jusqu’à ce que les religieux commencent à propager la peur de la mort et du sexe. Ainsi, avec les religions, le plaisir du sexe devint un crime. La mort cessa d’être un terminus pour tous et se transforma en une gare de triage pour le ciel et l’enfer.

« Si tu touches à ton zizi, tu pourriras de l’intérieur. Si quelqu’un touche à ton petit moineau, tu mourras traumatisé au point où Dieu évitera de t’envoyer au ciel pour ne pas contaminer l’atmosphère. Si es vu nu, tu deviendras statue de sel. Tu mourras. Tu iras en enfer, brûler dans les flammes éternelles. Belle perspective ! Mieux vaut, dans ce cas, ne rien faire, laisser les scrupules t’envahir, pour t’assurer le salut éternel.

Ce fut la rectitude politique des siècles à venir. Sans le savoir, le sexe devint pudeur. Le corps humain se sacralisa, le sexe masculin se démonisa et la femme se prit de plus en plus pour un saint ciboire. Péché mortel pour celui qui s’y trempe le moineau ou y échappe une goutte de sperme. »

Aucune religion n’échappa à cette nouvelle maladie des émotions. Et, cette nouvelle morale s’implanta à travers les siècles.

On apprit à avoir honte même à détester son corps, particulièrement chez les femmes, où le corps devint plus précieux que l’or pour valoriser la conquête des mâles. Les femmes furent les seuls êtres à devoir combattre la grande contradiction entre leurs appétits de plaisir à la Marie Madeleine et le besoin social d’être une vierge Marie, pour permettre aux mâles de les dominer individuellement.

La peur de la chair existait seulement chez les humains parce qu’aucune des entités angéliques n’avait de corps. Ils savaient, eux, que le péché de la chair, nommé perversion, est une création des esprits tordus. Le péché de la  chair, étant une invention, pour culpabiliser les individus et dominer leur vie privée.

Cependant, il y a toujours quelqu’un pour soulever de nouvelles questions. On appelle ça des philosophes. Des douteux permanents. La majorité est soit agnostique ou carrément athée.

Il faut dire que le travail philosophique était fortement valorisé à l’époque de la Grèce antique . À Athènes, on laissait les philosophes vivre publiquement leur vérité, sans rien remettre en question. Après tout, c’étaient eux qui réfléchissaient et définissaient l’éthique.

Les philosophes, comme Socrate, par exemple, se demandaient entre autres quel est le rapport entre le feu du buisson ardent et celui de la tentation? Lequel  donne  les plus belles flammes? Quel est le sexe de Dieu?  Zeus est-il un transgenre puisqu’il se  transforme  même  en  taureau pour séduire? Voilà quelques questions parmi  les milliers que soulevaient les philosophes .

Certains crurent dans la religion pendant un certain temps, donc, ils ne purent pas échapper à la peur des enfers, ce qui les paralysa de l’intérieur, et parfois même, physiquement. Ce fut en partie le cas de Platon qui paralysa plus particulièrement des doigts.

Pour se poser des questions à lui-même, personne ne rayonnait autant que Platon.

Il s’intéressa, entre autres, à la différence entre naître fille ou garçon. Ce sont d’ailleurs les derniers amours de Platon qui l’ont forcé à se poser autant de questions .

Platon était un philosophe de la Grèce antique pour qui, naturellement, comme pour tous les philosophes intelligents, le plus grand et le plus bel  amour  était  la pédérastie2 que l’on confond aujourd’hui, par ignorance, et pour faire plaisir aux féminounes du Québec, avec la pédophilie3• Ces pauvres ignorantes ne semblent pas comprendre la différence des désirs et des impulsions qui t’agitent quand tu es bébé, adolescent ou vieillard. C’est sûrement parce que les femmes n’ont pas les mêmes hormones que les hommes. Il est encore plus surprenant qu’elles ne sachent pas faire la différence entre un coup de poing et une caresse. Les féminounes n’acceptent pas l’amourajoie4, simplement parce qu’elles pensent que ce n’est applicable qu’aux garçons ou parce qu’elles projettent sur les enfants leur expérience navrante de leur peur de la sexualité.

Heureusement, toutes les femmes ne sont pas féminounes. Les femmes créeront même un jour le féminisme qui sera la plus grande révolution sociale dans l’histoire de l’humanité.

Les féministes évolueront et ne régresseront pas comme les féminounes. Elles croient, elles, que ton corps t’appartient et à toi seul. Mais, c’était malheureusement encore, à l’époque de Platon, la période où les femmes se divisaient en trois catégories : les esclaves, les concubines­ courtisanes et les épouses. Seules les épouses avaient le droit de procréer. Leur seule valeur était d’ailleurs d’être le

récipient sexuel de leur époux, les gardiennes de la qualité de la descendance. C’est aussi, elles, qui administraient la ferme de leur mari.

À l’époque de Platon, pour un garçon, être choisi par un aîné mâle, c’était t’assurer une place de choix dans la société. C’était embrasser les valeurs du vieux sage qui te prenait sous son aile et dans son lit. Cependant, autant le philosophe que son petit amant devaient vivre la vertu de tempérance. C’est-à-dire qu’il fallait que le jeune choisi dise oui, mais montre un peu de résistance. Une résistance, qui s’affaiblissait de plus en plus, selon la qualité des cadeaux reçus.

Aujourd’hui, on serait plutôt porté à parler de Sugar Daddy, puisque les Français aiment bien tuer leur langue , en y insérant des mots anglais.

Platon, un disciple de Socrate, eut l’hésitation si facile, qu’il n’osait plus toucher ses amants, même durant ses banquets . Il ne voulait pas, comme son maître Socrate, être forcé à boire de la ciguë et s’empoisonner. Même à cette époque, la religion justifiait déjà les imbécillités et les mensonges sociaux de l’interdit sexuel, sous prétexte de défendre les jeunes garçons. L’hypocrisie de la tempérance se propagea au point de créer une nouvelle littérature sur les sentiments des bourgeois. « You can do it, as soon as no body knows it. »

Ainsi , à cause des religions, les croyants vivaient en fonction du passé, en pleine régression, alors  que  l’on devrait vivre pour un avenir  qu’on  essaie  d’aménager  en vue d’un plus grand bonheur.

Platon fut un prophète de la lutte au sida. Selon lui, il fallait vivre la vie comme on visite un musée. On regarde , on veut toucher, on a peur qu’on nous voie, on ne touche pas, mais la curiosité aidant, on recommence jusqu’à ce qu’on se soit rassasié ou fatigué de ses désirs et de ses dépendances. Brûler sans se consumer.

Sans le savoir, ce grand philosophe créait ainsi une nouvelle façon d’aimer. Le désir l’emporte sur la caresse. La pipe est rayée du dictionnaire des plaisirs et l’esprit se noie dans la fumée du désir. Pourtant, Platon ne consommait pas d’opium.

« Look but don’t touch » devint le mot d’ordre de cette philosophie de scrupuleux qui préféraient la violence de la frustration aux plaisirs divins du sexe. Cette nouvelle drogue servit aussi à créer de nouveaux freins, ceux de la volonté. Que l’on a appelé« avoir du caractère ».

Seuls, les religieux furent assez fous pour prétendre que l’on peut dominer sa petite nature.  Et  pour  notre malheur, ils furent portés au pouvoir de la morale universelle.

Chaque religion a sa haine de la chair. Plus cette haine est virulente, plus elle sert un système économique dictatorial. On a qu’à faire le rapport entre le pétrole et la charia pour comprendre les liens économiques des dirigeants religieux.

L’esprit tordu prit la place de la fierté et engendra petit à petit le désir de la chasteté. On inventa la pudeur pour cacher ses bourrelets ou tous les défauts physiques inimaginables. La peur des peurs devint de se comparer à l’autre.

Cette forme d’esprit tordu ne répondait pas cependant à la question fondamentale que se posait Platon : comment construire une cité d’amour? Un sujet qui obsédait tout citoyen de qualité.

Dans sa théorie, Platon n’avait jamais prévu que le désir soit une force aussi foudroyante. Mais, il la connut, à son tour, quand il rencontra Diogène . Tout amour repose d’abord sur la beauté physique de l’être aimé, du moins dans l’amourajoie.

  • Wow les moteurs ! Cria Platon quand il entrevit Diogène.

Platon fut, dès lors, obsédé par la beauté de la demeure charnelle de Diogène, un nouveau philosophe caché dans le fond d’un baril.

  • Il est plus important d’être que d’avoir, disait Diogène.

Tout ce que Platon crut percevoir de Diogène fut sa nudité dans son baril. Il avait, sans contredit, ce punk des siècles passés, plus d’avoirs que d’être. Une « batte » géante avant même l’invention du baseball.

La nudité est un pouvoir absolu. Tout le monde le sait. C’est d’ailleur s, pour cette raison , que pour la première fois en politique, Platon implanta la  nécessité  de  la  transparence . Platon rêvait que les philosophes soient aussi nus que les athlètes, lors des Jeux olympiques locaux;  mais la tempérance était devenue un tel acte d’orgueil, qu ‘elle avait accouché d’une nouvelle mode. « Qui sera le plus bel arc-en- ciel ? » remplaça « Qui fera le plus beau modèle? ».

D’ailleur s, certains gladiateurs commençaient à se montrer un peu froids devant la nécessité de se battre nus. Ils étaient un peu gênés d’être moins esthétiques que les modèles employés par les artistes. Les féminounes s’en prendront, quant à elles, aux bourrelets qui naissent avec l’âge pour discréditer tout ce qui conduit à la nudité. Ce qui prouve que l’histoire est un cercle vicieux.

Platon dut utiliser un regard de plongée afin de vérifier la dimension de la vie propulsée par l’orgone dans le membre de Diogène. Il fut troublé. Revoir pour mieux toucher cette érection devint son obsession.

Platon ne connaissait pas encore les hippies, mais déjà à cause de Diogène, il se promenait en prétendant dans ses conférences sur les voyages astraux que la vie future ne vaut pas le « bouge ici maintenant».

Cette nouvelle tentation, nommée Diogène, fit aussi dire à Platon que les autres sont ton enfer.

Cette idée fut reprise par Jean-Paul Sartre quelques siècles plus tard. Ce qui prouve hors de tout doute raisonnable que les philosophes sont des tricheurs. Ils ne lisent que leur théorie. Cependant, ils sont encore moins menteurs que les religieux qui, eux, prétendent savoir mieux que Dieu, ce que Dieu lui-même a dit.

La création fut un simple regard.

Le regard de Platon à l’intérieur du baril de Diogène fut sans le savoir à l’origine de notre système économique. Tous savent que la frustration sexuelle a donné naissance au capitalisme. Et, Platon engendra un tel niveau de frustration qu’il créa toute une philosophie autour de la sienne.

Diogène avait de quoi éberluer les plus grands de ce monde. Quand il bandait, son pems s’enfonçait pratiquement dans le bois du baril. Cette douleur l’empêchait parfois d’enlever le baril qui lui servait de vêtement. Diogène était ainsi souvent consigné à demeure. On prétendit longtemps que Diogène fut peut-être considéré comme l’inventeur de la pêche au harpon.

Quoi qu’il en soit, Diogène inventa la notion de propriété à partir de son baril et, du même coup, il jeta les bases du système communiste.

La dictature prolétarienne se résumait dans son cas au vocable:

  • Pas besoin d’être roi pour en mener large. Puisque  tu es du peuple, le peuple, c’est toi. T’es donc le roi des rois. Si ton baril appartient au peuple et tu es le peuple, donc, la propriété du peuple est ta propriété.

Ce n’est pas pour rien que peu de  politiciens atteignent vite le fond du baril. Ils n’ont rien pour se tenir en équilibre. Ou ils sont trop gros et ils n’entrent pas ou ils sont si délicats qu’ils ressortent directement par la champ/ure. On appelle ça l’effet passe-partout.

Le baril collait tellement bien à sa peau que  Diogène s’en inspira pour créer le premier Vatican.

« L’état dans l’état, c’est moi», affichait-il en italien, au-dessus de son baril ; mais Diogène avait aussi une grande connaissance des bienfaits du tourisme . Il ajouta un deuxième message : « Pour les miracles, mettez la main à l’intérieur. »

Et, Diogène entreprit ainsi le premier  branle-bas  de combat quand il créa  dans  la  lutte  la  prise  du  « collé  collan t ». Il était scout, toujours prêt, sauf dans sa vieillesse, car le viagra n’était pas encore né.

Ce fut à la suite de ses exploits que se tinrent des millions de gageures entre tous les mâles de la terre. « La mienne est plus longue que la tienne . Touche un peu pour voir; la dimension est proportionnelle à l’excitation. »

Sa réputation fut si grande qu’elle atteignit Alexandre le Grand. Voulant toujours être le meilleur, un concours fut   aussitôt   engagé   dans   l’incognito   le   plus  absolu.

Alexandre se déguisa en mendiant pour l’occasion afin que personne ne sache qu’un roi s’abaissât à rencontrer un philosophe. Il participa ainsi au concours organisé par Diogène à savoir qui pisse le plus loin.

Diogène pissa plus loin que le roi Alexandre le Grand , ce qui lui rabattit le caquet et lui enseigna que souvent  tu n’es rien en dehors de ton royaume.

Alexandre contesta le résultat alléguant que la pissette de Diogène était tellement longue, comparée à la sienne , toute petite, qu’il partait désavantagé. C’est d’ailleurs ainsi qu’Alexandre inventa la théorie en économie de la nécessité d’un bon capital et une bonne valeur  ajoutée pour avoir de bons intérêts. Mais, pour ne pas avoir à s’identi fier, pour gagner son protêt, le roi Alexandre regagna ses terres.

Même Alexandre le Grand dut reconnaître qu’il était encore un gamin comparé à un Diogène bandé devant la beauté d’un petit gymnaste qu’il caressait , en utilisant des huiles.

Le monde de Diogène tenait dans son baril. Il ne pouvait pas recevoir de visiteur, car ça restreignait trop son espace. Platon, incognito lui aussi, avait participé au même concours et avait connu les mêmes résultats que le bon roi Alexandre.

Platon, vexé, de se voir humilié par une plus longue queue que la sienne, savait que dorénavant, il ferait rire de lui s’il l’exposait à la vue des autres en dehors de sa caverne. Donc, il la déguisa immédiatement afin qu’au soleil on ne s’aperçoive pas de sa petite taille. Il se servit de l’effet du soleil sur les différentes couleurs utilisées comme huiles, pour y parvenir. On dit que les caméléons auraient emprunté leur capacité à changer de couleurs aux découvertes de Platon qui s’en servait comme cobayes.

Platon vexé, comme tous les intellectuels, inventa une théorie   pour   excuser   sa   médiocrité.    Il   enseigna  le «  platonisme »   et   la   règle   d’or   de   sa   philosophie fut

« Frémissez, mais ne touchez pas »…

1 – féminounes: féministes rétrogrades du Québec, plongées et obsédées dans leur combat contre le sexe. Elles voient le sexe comme un viol, et non, un plaisir. Elle souffre de narcissisme identitaire et victimaire.

2 – Pédérastie : Amour des  adultes  pour  les  adolescents,  nommé aujourd ‘hui’ amourajoie.

3 – Pédophilie: Amour d’un adulte pour les enfants qui n’ont pas encore atteint l’âge de consentement.

4 – Amourajoie : terme employé pour désigner la pédérastie

Les derniers amours de Platon.

juin 3, 2020

Les derniers amours de Platon comprennent trois tomes. Le premier a été écrit sans avoir l’intention d’y présenter un roman. Les carnets (blogs) sur Radioactif se succédaient et j’ajoutais de temps en temps une suite à l’histoire de Platon.
En fait j’étudiais, à travers mes lectures sur la pédérastie en Grèce ancienne, les façons de vivre des pédérastes de l’époque. Tout une surprise d’apprendre que l’on confondait sperme et cerveau ce qui rendait le besoin d’éjaculer le moins souvent possible comme une grande vertu.
Mais, avec le temps, ces textes sur Platon, qui n’ont rien à voir avec la réalité historique, devinrent pour moi une source de plaisirs et d’imagination.
Puis, dans le deuxième tome, Virus ou un hétéro chez les gais, tout a pris l’allure d’un récit qui, tout en tenant compte de ce que pensaient les anciens pédérastes de l’époque de Platon. Ce carnet devenait une histoire en soi. Le rejet de Virus correspondait au rejet que je vivais dans le monde littéraire du Québec parce que j’avais osé affirmer que je suis pédéraste.
L’interaction entre les personnages et l’étude de leur philosophie distincte se mit à dicter la suite des événements.
Quant au tome 3, Diogène ou la banque de sperme, ce fut une réflexion à savoir si notre société est aussi bonne que ceux qui voient la vie autrement, d’où l’arrivée des deux mondes. Faut-il être nationaliste ou mondialiste?
Écrire ces quelque 600 pages, inventées quotidiennement, fut mes derniers efforts d’imagination. Le tome premier me semble plus faible, mais il fallait bien un commencement.
L’opération Malaise m’a simplement replongé dans l’obsession sexuelle avec le privilège d’être assez vieux pour ne plus vouloir rien savoir de la vie en société. Il faut bien essayer de se revaloriser d’une façon ou d’une autre. Pour moi, la vie est devenue plaire à ceux qui croient que je suis très beau et qui veulent en savoir plus entre autres sur la longueur de ma barbe. Eux, ne me rejettent pas.
Heureusement, mon ami actuel me rappelle que la vie vraie, c’est aussi être présent pour ceux qui t’endurent.
Aussi incroyable que ce soit, le coronavirus a réussi à me faire regretter d’avoir osé me demander si l’humanité valait la peine d’exister. Les deux mètres nous forcent de constater que la vie sans sentiment, sans sexe, ne vaut rien. L’amour est bien la seule valeur qui vaut la peine d’être vécue. Quant à la liberté, elle nous rappelle que l’homme s’est pris pour le centre de l’univers jusqu’à ce qu’il se rende compte qu’il est une réalité infiniment petite dans cet immense univers.

amours dans ce cas-ci signifient les garçons et non la passion d’où je déroge à la règle.

Re-jean

juin 2, 2020

                           Réjean

                                               récit de

                                          Jean Simoneau

Réjean est un petit texte, une lettre d’amour poétique, publié par les Auteurs réunis, sous la direction de M. Antoine Naaman, en 1970. Il a aussi été lu aux Ateliers des inédits, à Radio Canada, par M. Ronald France, en 1969.

                                                         ************

Tu veux savoir avant de partir. Tu veux voir le monde comme il est. Mon pauvre petit prince !  Tu verras, ce n’est pas ce que tu penses.

Tu viens au monde en chialant et en crissant contre ceux qui t’ont conçu.  Tu meurs en rugissant parce que tu n’es pas habitué à vivre dans un fumier qui n’est rien d’autre qu’un opium.

Je me rappelle.  Je suis arrivé sur terre comme un dieu. Je me promenais dans les bois.  Ils sont si jolis … avec leurs petits sentiers, tu comprends presque la vie : une ligne de fer blanc, sur laquelle tu joues à l’acrobate.

Tu t’amuses pendant des années entre deux fessées. Et pis, il ne faut pas t’en faire ; personne ne s’intéresse à toi pour autre chose.  Mais quand même, t’es jeune et t’as un avantage sur les adultes : t’es libre.

Ah oui ! je me rappelle cette enfance. Elle était belle, elle était grande. Il n’y avait qu’un dieu : moi !  J’étais dieu parce que dieu est en nous et nous sommes en dieu.  Cela me suffisait comme explication.

Y avait aussi, je me rappelle, le petit bois.  Il n’était pas tellement loin.  Pourtant, il me semblait à des milles de chez nous.  Nous y allions pour jouer aux fesses dans l’herbe … c’était ce qu’il y avait de plus agréable.  C’était mieux, en tous cas, que de s’user le cul à l’école à écouter toutes sortes d’imbécillités :  » un plus un font    deux  » … comme si un plus un ne pouvait pas faire trois.

Ça fait deux parce que ça fait l’affaire de tout le monde, ou plutôt tout le monde s’en fout.  On dit  » un plus un font deux » pour paraître intelligent, avoir de la culture. Ça parait bien. T’es un grand homme quand tu sais tout cela, mais pourtant, bout de bon dieu y en a pas un maudit qui peut dire qu’est-ce qu’un un et deux fois moins ce qu’est un deux.

Ça n’a pas grande importance.  J’avais ma folie.  J’étais libre et je voulais vivre , ma liberté.

Mes parents, eux, étaient suspendus entre deux billets de banque.  C’étaient des gens d’affaires ; y avaient pris des actions dans une mine d’or.  Y en avait des centaines comme eux.  Ainsi, une fois par année, tout le monde se ramassait près du lac pour se divertir, se rencontrer, fraterniser.  Et moi, tout petit, je regardais les poissons qui nageaient sur le dos pour me faire rire.  Ils étaient morts.  Morts, les imbéciles !  Quelques fous les avaient sortis de l’eau et après leur avoir arraché la moitié du poumon, les avaient rejetés à l’eau.  Ils étaient morts de leur belle mort.  Il s’était fait tuer pour avoir voulu profiter de la vie.  C’est ça, les vers pour un poisson.  C’est beau à regarder, mais il ne faut pas y toucher.

Tu verras d’ailleurs dans la vie, tout est beau à regarder,  mais il ne faut jamais s’en mêler.  Ça brûle, la vie.  C’est comme une grange remplie de foin.  Ça sèche et pis soudain, ça passe au feu.  C’est malheureux, s’il y a des vaches … elles crèvent d’être attachées … même qu’elles sont comme les adultes : si tu les libères, elles se remaudissent aussitôt dans le feu, parce qu’on leur a appris à coups de banc à rester dans la grange pour se faire traire.  Qu’elles aient le feu au « pi » ou qu’elles l’aient au cul, elles resteront bien sagement là.  Elles crèveront en se lamentant, sans même songer qu’il pourrait peut-être y avoir une porte de sortie.  Elles oublieront ce qu’elles aiment : cette porte qui les conduit au pré.  

Il faut brouter.  Ça c’est la vie d’une vache.  C’est aussi la vie d’homme.  Brouter, c’est aimer.  Aimer, c’est faire ce qui est agréable.  Aujourd’hui, les hommes ne broutent plus, ils n’ont plus le temps … ils n’ont que le temps de se faire traire.

Tu verras.  Le monde, mon petit, c’est une éclipse totale.  Si tu restes dans le champ quand il fait noir, tu t’égares. T’es perdu, il n’y a pas de rémission.  Le salut, autant pour les hommes que pour les vaches, c’est de demeurer dans le troupeau.  Quoiqu’en vérité tu n’aies qu’un issu : crever dans le champ ou crever à l’abattoir.

Moi, j’étais le genre de vache prédestinée à mourir dans le champ.

La vie, la vraie vie, c’est dormir. N’avoir connaissance de rien et ne rien vouloir savoir non plus. Ça c’est la vie.  Apprendre que tu nais dans une série de règles qui n’ont qu’un but : t’exploiter … Et te venger en t’endormant … trois ou quatre bonnes pilules et du t’endors … trois ou quatre bonnes piqûres et tu rêves … toutes sortes de rêves … rêver, c’est jouir sans avoir à en payer le prix de la soumission.

Il y a des arbres avec des corps de femmes.  Des femmes avec des hanches d’hommes … il y a des pays où il n’y a que des enfants … des enfants qui parlent rarement , qui ne posent que des questions , qui ne font que sourire et faire pipi. À qui tirera le plus loin. Pour les enfants, la vie est un jeu.  Ils sont plus raisonnables que les adultes.

Tu rêves d’un monde qui n’est pas pesant.  Qui ne soit pas sur tes épaules pour t’écraser et te foutre le nez et la bouche dans l’eau de façon à t’étouffer.  Tu rêves d’un monde où l’on ne se caresse même plus, parce qu’il fait parfois plus de mal de se caresser que de se batailler ouvertement.  Un monde où la tendresse est de se frotter la bedaine en riant…

Oh oui, mon petit prince.  Ne te laisse jamais posséder par ce verbe passif : aimer.  C’est un LSD de cauchemar : ou tu t’amuses comme un fou ou tu te suicides à trop en sucer. 

Je me rappelle : j’ai aimé moi aussi une seule fois et pis non, c’est pas vrai, j’ai aimé bien des fois … mais je n’ai jamais été aimé … et puis je m’en moque !  Je suis masochiste et ça rend service d’aimer quelqu’un qui ne t’aime pas, ça nous aide à nous suicider plus vite.

Tu fais un effort pour lui faire plaisir, tu te fends en quatre pour essayer d’être ce qu’il voulait que tu sois, mais tu n’y arrives jamais parce que tu es toujours ce que tu es.  Alors tu t’arranges pour travailler, tu t’arranges pour te foutre en l’air au plus coupant.  Tu ne dis pas un mot parce que tu pourrais réaliser que t’essaies de te suicider. C’est ça l’affaire.  Tu te mens parce que tu t’imagines que c’est sublime que d’aimer et pourtant, c’est la pire lâcheté qu’un homme puise faire.  Aimer, c’est croire que l’autre est autre chose que l’image dans le miroir de la réalité.

Aimer, c’est pas réaliste.  C’est pas t’endormir parce que tu as compris que la vie n’a ni rime, ni but, ni bon sens, c’est fuir … c’est s’engourdir dans un pseudo bonheur.

Ah oui, j’ai aimé ! C’est ce que je voulais.  Je voulais connaître l’amour.  Aimer, c’est mourir.  C’est se suicider.  C’est se prendre les entrailles et les flanquer dans les mains d’un autre sans même se demander si ces entrailles n’empestent pas ceux qui les reçoivent.  C’est écoeurant, l’amour.  Ça fait vachement mal.  C’est un commerce.

Je me rappellerai toujours. J’étais sorti sur la galerie.  J’avais pourtant pas d’affaires là , sur cette satanée galerie.  Il était là.  Il n’avait pas raison d’être là.  Je l’ai vu et ça suffit …

Je l’ai désiré, et je n’y ai pas porté plus d’attention … qu’est-ce que cela m’aurait donné de le regarder plus longtemps ? Je ne le reverrais plus.  Comble de malheur, il habitait sans que je le sache la même planète que moi.  Il avait la même table et, comme moi, il mangeait avec une fourchette.

Merde ! de merde !  il a fallu que je le regarde.  Je me suis hypnotisé.  J’ai dormi à sa volonté.  Il m’a promené. Il m’a fait courber.  Il a ri de moi et je lui donnais tout.  C’était, à ce que l’on m’avait dit : donner sa peau pour quelqu’un.

Je l’ai donnée et tout ce qu’il a su en faire, c’est la mâchouiller.  Je faisais une belle gomme baloune.  Et pis d’un coup, j’en ai eu assez ; je me suis dit que l’amour c’est de la folie … et j’ai décidé d’être fou jusqu’au bout,

Je le savais maintenant : l’amour et la passion, c’est deux choses.  La passion, c’est égoïste mais c’est ce qui conduit directement à la potence.

Maintenant, je suis comme avant.  Je suis comme les autres ou tout comme.  Je suis écoeuré.  Il y a peut-être une différence.  Je veux mourir.

Je veux mourir, mais je suis trop lâche pour en finir.  Alors je continue d’aimer … c’est la même chose.

Les nuages volent dans le ciel et puis, tout d’un coup, ils disparaissent et tout le monde est bien heureux parce que le soleil réapparaît.  Une semaine plus tard, tout le monde chiale parce que le foin brûle et que les vaches n’auront pas leur repas.

C’est drôle la vie.  C’est ma rivière qui cache toutes sortes de trucs pour nous noyer.  Je me rendais partout où il allait ou plutôt je voulais qu’il soit partout où j’allais.  J’avais besoin de lui, comme trois fois par jour on a besoin de manger.

Je voulais le posséder probablement parce que lui me possédait.  Il avait su me fasciner.  Moi, je n’avais réussi qu’à l’écoeurer parce que j’ai eu le malheur d’apprendre à être « vicieux ».  Lui, on l’avait battu pour lui apprendre, à ne pas l’être.  C’était toute la différence.

Il aurait probablement voulu lui aussi être comme moi : se donner sans demander si cela avait un sens, un lendemain.  Il n’osait pas … il avait peur.  Moi, je le voulais et je souffrais de ne pas le posséder.  Je souffrais de le voir se moquer de moi.  Il savait, lui, qu’il me fascinait, et ça le payait de m’ensorceler sans que j’en profite.

Je faisais tout pour le séduire.  Plus je travaillais à me maîtriser pour me le mériter, plus il se moquait de moi.

Et j’ai décidé de l’acheter.  J’ai décidé de tout briser : il me conduisait à la folie.  C’est alors , alors seulement que j’aurais pu le prendre, l’avoir à moi comme je l’avais souhaité.  Je ne l’ai même pas fait.  Je ne l’ai pas fait pour lui … pour qu’il ne se sente pas une marchandise.  Les hommes ont assez de se sentir achetés pour survivre.  J’ai tourné les talons, et le coeur gros je me suis dit  » je l’aime », – et j’ai compris.

Je suis prêt à mourir pour aimer.  Le seul problème est que je ne sais pas comment mourir.  Je ne sais pas ce que je devrai faire une fois mort pour aimer.

Probablement, je continuerai comme avant à chercher des hirondelles dans un désert d’Amérique du Sud.  Pour aimer, j’aurai appris à être fou.  C’est ma faute, j’aime les routes sans issue …

Je continuerai comme avant de vouloir construire un pays alors que je ne suis pas maçon.

Il me l’a appris, cet ange, il m’a donné la soif de mourir pour les autres sans avoir une seconde d’espoir.  Et ainsi des deux composantes fondamentales de l’amour – un besoin de retour à l’inertie et le principe du plaisir – je n’aurai connu que la première.  Je n’y suis pour rien. Je n’ai jamais su auparavant que l’amour est au-delà de ces deux structures fondamentales et contradictoires, réunies dans une même boisson. L’amour, c’est un cocktail.  Un cocktail molotov.

Je vivrai l’amour … même si toute la nature est contre moi.  Même si pour moi, il est impossible.  J’aimerai parce que je veux aimer.

J’ai ce désir me construire un petit living-room où tous les hommes se rencontreront et n’auront plus à parler.  Ils n’auront plus qu’à se regarder et se faire ainsi l’amour.  Je voulais aimer, je voulais construire … je voulais une Amitié.

                                        LE BÂTISSEUR

J’ai ri des sauterelles qui sautent comme des crapauds.  Je me suis moqué de la pluie qui coulait sur les sapins, mais je suis demeuré béat devant un papillon qui mourait entre les dents d’une araignée.

Comment comprendre pourquoi il faut autant de précaution pour se construire un cocon, vagabonder et mourir dans une toile ?

Tout cela est absurde …

Une vie sans raison, un débat inutile où les règles sont figées.

Je me rappelle encore mon enfance.  Je me souviens : j’avais très peu de mémoire.  J’étais jaloux.  Tout le monde pouvait apprendre par coeur des fables, et je me contentais de lire des grands livres sur les étoiles.  Les étoiles sont si jolies.  Je les aimais et je voulais les connaître.  Je lisais tout ce que je trouvais qui parlait
d’étoiles et de planètes.  J’arrivais ainsi toujours à la  » queue » en classe.  Orgueilleux, je ne me pardonnais jamais d’être aussi faible.

C’était déjà le premier pas. J’étudiais une grammaire qui me semblait inutile pour devenir un homme.  Je considérais que connaître son univers est beaucoup plus important.

J’étais rachitique dans tous les sens du mot.  Je ne soulevais pas une pesée de dix livres et je ne réussissais pas à comprendre une seule ligne du petit catéchisme qu’on nous obligeait d’apprendre par coeur.  Je ratais tout ce qui était facile aux autres.

J’ai donc décidé de rêver.  Quand on est impuissant, il ne reste plus qu’à rêver et qu’à se sentir en dehors de tout ce qui nous entoure. Je n’étais pourtant pas vieux, je n’avais que six ans.  Et ainsi, quelques années plus tard, à l’avènement de la télévision, tous les hommes s’aimeraient un jour.

Je voulais sauver le monde probablement parce que j’avais besoin de me sauver.  Je n’étais pourtant qu’un imbécile et pour ne pas le croire, je me suis cru génial.  J’ai décidé cela tout seul et je me suis convaincu à force de me le répéter. Tous ceux qui furent des génies avaient été incompris. Étant incompris, il me semblait naturel que je fusse un génie.

J’ai vite déchanté.  Entre le rêve et la réalité, il y a un mur.  Ce mur, je l’ai – toujours obsédant – dans la tête.  Je voudrais être quelqu’un, et je suis un raté.  Je voulais être tout, et je ne suis rien.

J’ai pourtant essayé.  J’ai emprunté toute mon énergie à construire un monde nouveau.  J’ai voulu donner l’essentiel. Or, on s’est moqué de moi.  Alors, je suis devenu blasé. 

Je faisais des efforts soutenus pour découvrir quelque chose.  Il me semblait si important de savoir pourquoi le temps, pourquoi la vie, pourquoi l’argent, et tout le monde me trouvait absurde de me poser ces questions-là.  Tout le monde fuit ces questions parce que, dit-on, il n’y a pas de réponse.  Comme s’il était possible qu’il existe un problème sans solution !

J’aurais voulu parler, mais sans cesse on me faisait taire.  Je faisais perdre le temps précieux des autres que l’on estimait sérieux, eux, parce qu’ils étaient dans le moule.  Ils apprenaient à devenir esclaves d’un diplôme, puis d’un emploi, à devenir même esclaves du mariage parce que dans l’ordre ordinaire des choses, il faut pour réussir sa vie se marier.  Il faut aimer seulement les femmes … Quelle stupidité !

Et alors, je t’ai rencontré. Ça ne veut rien dire pour les autres que tu aies des cheveux d’ébène et des yeux de jais.  Pour eux, cela n’a pas d’importance que tu es un joli sourire.  Ils se fichent que tu te dandines comme un serpent timide.  Ils se fichent que je me sois endormi avec toi dans la tête et que je me sois ramassé simple vagabond parce que, pour te plaire et aussi pour t’oublier un peu, j’ai construit une ville.  

J’ai commencé avec des plans déjà tout faits parce qu’après tout on ne peut pas tout inventer, et j’ai essayé de la bâtir dans l’argile. Ça aurait été notre ville.

C’est idiot que d’avoir besoin de construire une ville parce qu’à l’autre bout de la terre, il y a un petit prince que l’on n’oublie pas et qui t’obsède.  Un petit prince qui ne nous regarde pas et qui ne nous écoute pas, parce qu’il ne s’intéresse qu’à son domaine.  Il est curieux, il est surtout fou de vouloir construire une ville pour un petit prince qui ne s’intéresse qu’aux comètes.

Mais j’avais besoin de construire cette ville. Il me la fallait, pour oublier que le petit prince ne voulait rien savoir de moi et que moi je l’adorais.  J’avais besoin tout à coup de sentir, comme dans mon enfance, que je n’étais pas fou.  J’avais besoin de parler, de dire quelque chose à quelqu’un et je ne voulais pas le dire à personne d’autre qu’à ce petit prince.  Mais le petit prince ne voulait rien entendre.

Alors je me suis obstiné à me taire et à construire ma ville.  Je me suis foutu que le terrain soit de glaise séchée par les années et ainsi devenue par le temps un sable qui ne peut servir à rien.  Et je me suis obstiné ; j’ai construit ma ville !  Je l’ai construite dans le sable.  Pour lui.  Il n’y avait que lui, et je ne voulais rien savoir d’autre.

J’ai érigé cette ville en y mettant toutes mes forces.  Je l’ai modelée pour qu’elle soit un jour un royaume.  Je l’ai pétrie en tirant pendant des années des chaudières de sable.  J’étais fier comme un roi.  Je l’avais, ma ville.  Elle poussait entre mes doigts.  Elle était jolie.  Je croyais avoir trouvé une raison de vivre, et je travaillais à l’entretenir.

Durant ce temps, le petit prince continuait à rire de moi.  Je construisais ma ville, et lui me détruisait.

Et soudain, le vent a soufflé.  Il a renversé ma ville.  Et avec elle, je me suis effondré.  J’ai réalisé encore que je ne suis qu’un rêve qui s’obstine à rêver.

Je m’étais fait un cocon.  J’y avais engagé ma vie ; dès mon premier souffle, je me suis précipité dans la toile d’araignée pour être dévoré.

Qu’en reste-t-il ? Décadence, impuissance.  Mais je rêve au moment où j’habiterai la prison de mon petit prince.

Je veux être fou. Je n’ai même plus besoin, pour une fois, de faire un effort pour être ce que je désire être.  Cette fois, je suis fou.   Je l’adore.  Je vis à travers une passion.

Je danse sur des carreaux de glace qui fondent dans le froid.  Je mime, dans des parfums de rose , des menuets symboliques que seuls les damnés exécutent avec tant de grâce.  Cependant, je ne suis pas vedette et je m’en fous.

C’est doux de savoir une chose.  C’est consolant d’être certain d’un fait.  C’est gai, que de se faire croire d’être ce que l’on veut être.  Mais les hommes aujourd’hui n’ont plus rien à réussir … tout a été fait , tout a été dit et tout est un immense désert.  La folie a sa lucidité, elle te fait te découvrir tel que tu es : un atome en perdition, en conflit avec une pléiade d’autres atomes étrangers.  Elle te fait découvrir que tu n’as aucun pouvoir et aucune dimension.  

Mais cela n’a pas d’importance pour les autres.  Je ne peux pas dire : j’ai connu une fois une femme, elle avait les seins comme les Rocheuses, les cuisses aussi douces qu’un manteau de castor et une bouche qui aurait pu retenir comme un aimant des tonnes et des tonnes de ferrailles.  Si je pouvais dire ça de toi, tout le monde lirait ce que je dirais de toi.  Tout le monde dévorerait ce que j’écris de toi, parce que tout le monde serait jaloux de ne pas avoir un tel royaume où passer la nuit.

Malheureusement, je ne peux pas parler de tout cela.  Je ne peux même pas parler de ta puberté et de ton pénis, parce que tout ce que j’ai aimé de toi c’est ton sourire et on allure de serpent.  Le reste n’a pas d’importance.  Je les voulais sans vouloir les posséder parce que j’avais peur que ton refus soit sincère.  Et je ne voulais pas te briser.  On ne brise pas une poupée, mon petit prince.  L’important …

J’avais un serpent qui saurait mordre et me précipiter hors de ma voûte.  Mais pour les hommes, cela n’est pas important.  Est important pour eux ce qui leur fait envie, sinon le monde n’a pas de sens.  Vivre, c’est se découvrir. Et pour se découvrir, il faut parfois, hélas, construire des villes fantômes.

Cependant, pour arriver à se payer tout ce que l’on veut, il faudrait pouvoir un jour briser la coquille dans laquelle nous sommes prisonniers.

Tu vois, la vie c’est un grand cirque.  Il y a les dompteurs d’animaux et les vraies vedettes, les animaux.  Cependant, les dompteurs passent toujours pour les vedettes parce qu’ils savent reconnaître qu’ils sont vedettes.

Il en est un peu de même dans la vie.  Tu es, comme tout le monde, pris comme Sisyphe, mais rien ne t’empêche de choisir ta roche à monter sur le sommet.  Tu peux, apprendre à être un animal bien dressé, comme tu peux être un tigre.  En somme, ça ne change pas grand chose.  Tu fais plus de grimaces.  Tu t’imagines plus dangereux, mais celui qui mène c’est celui qui te donne à manger ou qui t’assomme de coups de fouet.  Tu lèves bien la patte pour lui faire peur. Ça fait rire les gens qui te regardent, mais tu ne demeures pas moins dans la cage qui est tienne.  La cage 36 ou la cage 1098 … peu importe !

Une cage à mouffettes ou une cage à lions pourvu qu’elle attire l’attention de ceux qui voudront payer pour voir la gueule des locataires, c’est réellement ce qui compte.  Que les locataires soient d’accord ou non.

Si je l’ai façonnée ma ville, pour toi !  C’était une ville de sable.  Elle est maintenant détruite et je suis mort avec elle.  Ces ruines sont mes ruines, et demain matin, je devrai recommencer à construire une autre ville.  Je le ferai parce que j’ai besoin de construire une autre ville.  Je le ferai parce que j’ai besoin de construire quelque chose, même si cette chose étrange ne survivra jamais.

Elle est comme les étoiles.  Elle m’éclaire maintenant qu’elle est morte.  Elle est une lumière qui jaillit dans le ciel pour un autre enfant qui savourera sa présence quand il en découvrira les ruines.

Le monde évolue avec effort.  Gravissant lentement une pente trop ardue pour être aimée. Il grimpe sur sa faiblesse et se construit ainsi des siècles qui éclaircissent les autres dans la pénombre du présent.

Nous sommes toujours dans le noir quand on vit.  La lumière ne se fait qu’au moment où nous mourrons, parce qu’alors ce sont d’autres qui découvrent dans nos vêtements , nos villes et notre chanson, griffonnés sur du papier.

Cette ville, c’était toi … tel que je t’ai vu la première fois.  Elle était le portrait de ton corps qui m’a endormi pour toujours dans le désir de le posséder.  Tu étais moi.  Je t’aimais pour cela.  C’est ça être conscient.  Savoir que l’Autre est Soi.

Je l’ai rêvée, comme je t’ai connu.  À grands coups d’efforts.  J’ai maîtrisé mes doigts qui auraient voulu s’écraser dans cette glaise. Il y avait si peu d’eau … Si j’avais mordu à pleines dents dans le mur que je dressais pour protéger mes demeures, cette ville n’aurait pas été élevée, elle n’aurait pas eu la chance d’exister un moment avant d’être emportée par le vent … elle se serait immédiatement asséchée.

Il y avait un grand parc au centre de ma ville.  Il était gai et sans mensonge.  Il était décoré par les hirondelles et les rossignols qui venaient y chanter.  L’herbe y était faite pour être toujours verte, toujours fraîche.  C’était un parc spécialement aménagé pour y courir pieds nus, innocemment, sans crainte, sauvagement.  C’était un parc qui sentait tes cheveux et ton corps.

J’avais aussi, dans ma ville, érigé trois tours.  Elles étaient secrètes, intouchables, invulnérables.  Elles étaient, comme toi, muettes.

Dire que cette ville a commencé par un simple échange de lettres après que nous eussions lutter durant quelques minutes ou , faisant semblant de vouloir me protéger contre tes bras,  je m’approchais de tes joues, de ta bouche, et je collais mes lèvres à ton corps … Je respirais tes soupirs et ton plaisir faussement dissimulé.  J’étais heureux.  C’était l’ancienne brise de ma montagne où j’aimais tant dormir … dans les fraises … Je me suis servi de tes yeux pour illuminer ma ville.  Ils brillaient comme Capella et Sirius … et je les buvais comme une drogue.  C’étaient les réverbères de ma ville.  La lumière de nos deux âmes.

J’ai construit ma ville, pierre par pierre, pour me rappeler ton petit corps que je serrais dans mes bras en luttant ; pour me rappeler tes gestes qui me refusaient l’accès à sa chapelle.  Faute de ton corps, j’ai construit une ville pour me le rappeler.

Cette ville, c’était notre pacte où tu acceptais d’être le centre de ma vie.  Tu m’avais donné ta parole que tu n’écarterais jamais de moi le sourire de tes yeux et le satiné de ta peau.  Nous devions nous aimer, nous accueillir l’un et l’autre tels que nous étions.

Notre ville, c’était notre bonheur … L’amour exige toujours un symbole, un monument.  Notre ville a été détruite et le pacte, rompu.

C’est ainsi, la vie est une série d’efforts qui aboutit toujours aux mêmes résultats : la désillusion, le désenchantement, parfois au bonheur… Mais qu’importe, si les liens de la passion se taisent.  Le souvenir subsiste toujours.

                                       La révolution

J’avais ta voix, j’avais tes yeux, j’avais quelque chose pour me forcer à agir.

J’avais ton corps à reconstruire dans un monde plus grand ou plutôt j’avais un monde à mouler comme ton corps : jeune, innocent, beau et vrai.

Je devais pour cela être révolutionnaire.  Pour t’aimer, je devais franchir les murs, je devais déborder les cadres et je devais à chaque jour subir le risque de me retrouver en prison.  Cela n’avait pas d’importance.  Je t’aimais, et je voulais que le monde le sache.  Pour t’aimer, je devais briser les règles du jeu actuel.  Pour créer le monde à ton image, je devais le fondre à nouveau.

J’y ai mis tout mon coeur.  Je le voulais heureux dans ce monde. J’ai entrepris un travail à la grandeur d’une montagne.

Je ne connaissais pas les montagnes, j’en avais vu seulement deux quand j’étais jeune.  L’une était située dans la forêt, à l’autre bout tout à fait.  Il fallait, pour y parvenir, marcher longtemps dans une fourrure d’arbres.  Il fallait emprunter tant de sillons que souvent nous nous trompions, mais grâce à un vieil arbre mort qui sortait du décor, nous pouvions toujours nous retrouver.  Nous inventions des dangers de loups et d’ours.

Il n’y avait pas de loups dans notre région, il n’y avait pas de poules, donc rien pour les attirer.  Quant aux ours, il y en avait peut-être ; du moins avions-nous vu des traces.

C’était comme les Indiens : nous en voyons partout, parce qu’à la télé il y avait toujours des films sur leurs exploits.  C’était la grande mode … Il fallait donc avoir des Indiens … Notre pays ne peut pas se priver de peurs, s’il n’a pas de phobies, il en invente … pour gagner son ciel, il faut avoir peur.

Après avoir parcouru des milles, nous arrivions au pied de notre montagne.  Elle était belle, elle était élancée.  En escaladant le sommet, il fallait s’agripper à quelques arbres; mais tout en haut, l’air était tendre.  L’herbe était toujours un peu humide.  Elle était ainsi toujours vivante. Et je l’aimais, ma montagne.  Pour la conquérir, il fallait faire tant d’efforts.

Notre montagne, c’était ce que nous avions de plus beau, de plus grand, de plus inaccessible.  Sauf les étoiles.

Je l’aimais ma montagne.  Je la trouvais unique.  C’était, j’en suis certain, la plus élevée et la plus belle des montagnes au monde.  Nous l’aimions, je pense, parce que pour la découvrir nous devions nous battre contre la forêt, nous devions vaincre notre peur.  Nous l’aimions probablement parce qu’elle était notre secret.

Mais un jour le curé de la paroisse (un très chic type !) décida de dérouler un peu le tapis du monde sous nos yeux.  Il nous a conduits sur une montagne, une vraie montagne.  Je l’ai aimée, cette montagne : elle était encore plus éloignée et des centaines de fois plus majestueuse que « notre » montagne…

Il y a quelques années, je suis retourné à notre première montagne.  J’ai été très déçu d’avoir cru si longtemps dans sa hauteur et son inaccessibilité.  Elle nous avait menti.  C’était pas de sa faute, nous ne connaissions rien d’autre ; alors nous avions cru que c’était la plus belle.  Elle n’avait pas, comme l’autre, sous ses pieds des lacs et des villes qui étaient si éloignées qu’il nous fallait des lunettes d’approche pour les voir.

Mais elle avait une chose unique au monde : elle ne me faisait pas souffrir comme l’autre.  La deuxième montagne était très belle, mais ceux qui étaient là parvenaient tous à voir le terrain d’aviation avec des lunettes … sauf moi.  Je n’avais pas d’assez bons yeux.  Ainsi , la première demeure la plus belle sans doute, parce qu’elle est la seule qui me permit de l’englober.  Cependant , je lui tiens rancune d’être comme moi.

Ça été comme ma révolution.  J’avais toujours été faible, alors que j’aurais voulu pouvoir comme les autres avoir quelque chose qui m’aurait permis de faire ma               « marque » , comme on dit.  Comme si l’éternité était fait des marques du passage de chacun dans le vide à travers le trait.  Comme si nous étions des comètes.

J’aurais voulu créer quelque chose pour me prouver que je ne suis pas une nouille.  Et j’ai voulu changer le monde pour pouvoir t’embrasser quand ça m’aurait plu , pouvoir te montrer partout et pouvoir dire : « Regardez, c’est mon petit ami.  Je vis pour lui. « 

Le monde n’a rien voulu savoir de ma révolution.  Il n’a pas à aimer un petit prince.  Et ainsi, j’ai encore une fois été vaincu.  Je suis nouille et je me déteste.  Je voudrais, comme tout le monde, me contenter de ce que je suis, mais c’est dur d’accepter de n’être que ce que l’on est et non ce que l’on voudrait être.  Ce qui est encore plus écoeurant, c’est de réaliser qu’on n’a même pas le potentiel pour le devenir. On doit se contenter d’y avoir rêvé.

Ils ont de la chance les lapins, ils ne penseront jamais à devenir des renards.  Ils ont de la chance les marins, ils ne chercheront jamais à être fermiers.  Moi, j’ai un coteau que crois une montagne … J’ai un privilège, c’est de voir, surtout maintenant, toute l’inutilité de la vie, toute son absurdité.  Toute mon inutilité.  Et je t’avais, ou plutôt tu me possédais.  C’était alors ce qui était le plus vrai et le plus intelligent à tirer de la vie.  T’appartenir. Ça c’était vrai.

Tout le monde naît. Tout le monde meurt.  Personne ne sait s’il y a quelque chose après … et même il y a plus de chance qu’il n’y ait rien !  Et l’on se laisse embarquer dans le moule. On rêve à des anges asexués et on s’imagine que l’homme est un être dégénéra parce qu’il a appris que le bonheur ne peut pas exister sans plaisirs.

Je rigolais aussi parce que parfois, on me targuait d’être un révolutionnaire.  C’est faux.  Je travaille moi aussi pour te choyer, t’acheter des cadeaux.  Ainsi, je ne suis plus un révolutionnaire, mais un lâche … car je gueule contre une société et j’essaie en même temps d’en tirer tous les avantages.  Si j’étais révolutionnaire, je flanquerais tout ça par la fenêtre et nous partirions n’importe où, sans se demander comment nous survivrions.  Ce serait une vraie révolution.  Actuellement, je ne suis qu’un bourgeois gueulard.

J’ai travesti le monde à ce que je ressentais.  J’ai voulu créer une société de l’amour, où ton visage aurait eu un sens, où ta bouche aurait été une rivière capable d’inonder une vallée comme celle de mon enfance, où ta présence aurait été une résurrection perpétuelle.

Mais il y a des paysages qui demeurent inviolables.  Mon amour, toi, tu es un de ces paysages.  Le monde choisit d’avance les tableaux qui seront acceptés ou rejetés.  Tu es un des ces tableaux que l’on rejette sans même savoir ce qu’il peut contenir de sublime.  Mais, pour moi, tu es le plus précieux de tous les tableaux.

Petit prince, ne fais pas comme moi, ne cherche jamais à aimer.  Aimer, c’est mourir.  Il faut le comprendre.  C’est pourquoi il est urgent de vivre. Le moment, la seconde, le tableau dans notre tête.  Vivre, c’est jouir. 

Je continuerai, je sais, de rêver.

J’avais d’avance dans tout mon être fixé ta figure.  Je ne pouvais faire autrement que de t’aimer, car toute ma vie, j’ai cherché à aimer et je ne voulais aimer que toi. Tu étais ma raison de vivre, mon but dans l’éternité … 

La terre se marie-t-elle avec la lune ?  La lune naît-elle de la terre ?  Pourtant, presque personne n’aime la lune.  Elle est austère.  Elle nous regarde et nous juge sans cesse.  Quant à moi, elle est belle et semble la sagesse, mais elle n’a pas de vie ; elle ne perpétue rien, elle ne marque qu’un pas.  Je l’aime, la lune.  Elle est comme une certaine étoile que rien ne tarira.  Celle que je recherche entre toutes.  Celle que j’ai choisie.  Et pourtant ni la lune ni cette étoile, je ne les aurai jamais ente les mains … elles glisseront toujours. C’est le jeu.  J’aurai seulement ses empreintes dans mes gênes.  Le pouvoir d’imaginer.

Aussi, aie-je conjugué le verbe aimer alors que les vagues me répondaient par le verbe « franchir ».  Aimer, c’est franchir un peu de l’espace-temps avec quelqu’un, d’âme à âme.

Il y a sur terre, entre les hommes, un mur infranchissable : le mot.

Mon petit prince, c’est le dernier des messages que je t’adresserai.  Ce n’est pas un message parce que personne n’a de message à transmettre, mais c’est une histoire, une histoire comme il s’en raconte à tous les jours.  Des histoires qui demeurent collées dans leur logis et qui ne signifient rien pour les autres, ceux qui ne les ont pas vécues.

Il était une fois un gamin de seize ans qui tomba amoureux d’une étoile. Chaque soir, il se rendait sur le plus haut plateau de son village pour prier son amante.  Il ne cessait de l’admirer.  Plus rien n’existait en dehors de cette étoile.  Les bois étaient muets, les rivières étaient opaques, les oiseaux mouraient dans leurs nids; la mort faisait son chemin.  Et l’enfant suivait cette étoile qui lui arrachait toute raison.

L’hiver est arrivé et, comme à l’été, le petit bonhomme a continué à suivre son étoile. Il est monté un jour sur le coteau pour mieux l’admirer.  Ce fut son dernier voyage.  On ne le vit point redescendre.  Et, à sa découverte, le soleil dansait sur le givre qui logeait sur son cadavre, lui donnant l’éclat de mille étoiles tombées sur terre.

Tout était fini.  L’enfant n’existait plus … Seule une légende.  Une recherche dont l’objet devint le sujet. Il était dorénavant cette étoile qu’il cherchait à travers l’univers.

Tout s’est consumé.  Il n’en demeure que poussière qui jaillira dans le cosmos pour semer de nouveaux mondes où l’amour sera banni, où tout sera amitié. 

Et depuis ce temps, le soir, les étoiles murmurent : « Petit Prince, je t’adore … « 

Imprimé pour la nuit de poésie, le 27 mars 1970.

Communiqué de presse.

juin 1, 2020

                         Communiqué de presse

Mon livre « Dieu et le sexe[1] » a été écrit dans le but très précis de trouver une solution préventive pour éliminer la violence dans les relations sexuelles, soit avoir des cours sur la sexualité basés sur la science et non sur les religions.

La répression sexuelle fut responsable de centaines de suicides chez les jeunes quand j’ai commencé à aborder le sujet dans ma poésie, fin des années 1960.

De plus, j’ai commencé à donner des conférences dans les années 1980 pour que cesse la haine religieuse de l’homosexualité puisque notre façon de voir la sexualité nous vient des religions.

Les jeunes se tuaient quand ils découvraient leur homosexualité parce qu’ils étaient souvent bannis de leur famille ou harcelés publiquement et certains tuaient leurs victimes parce qu’Ils avaient peur de la haine sociale, si on apprenait leurs gestes.

Cette haine de la différence était un cadeau des religions, même si elles confondaient le sperme et le cerveau, ce qui prouve qu’elles n’y comprenaient pas grand-chose. Imaginez quand elles définissaient les femmes.

De fait, le péché originel est originaire de St-Augustin.

Comme certaines sectes religieuses primitives, il prétendait que la chair est impure, d’où la notion de péché originel, entre 300-400 ans après Jésus-Christ. Créer le péché, c’est créer la culpabilité. La honte d’être ce que l’on est, soit un être matériel.

La culpabilité est l’arme la plus fantastique inventée pour diriger les individus. Le péché est depuis toujours un pouvoir aux mains des religieux. Pas besoin d’armée. La censure personnelle dicte l’agir.

La haine des homosexuels prétendait que les gais étaient tous des pédophiles en puissance, ce qui n’est absolument pas vrai.

On a alors commencé à confondre orientation sexuelle avec l’âge. Les féminounes (et non féministes) ont inventé le terme pédophilie pour faire peur aux parents et aux enfants. On a même nié l’existence de la pédérastie en Grèce antique. Quant aux homosexuels, ils ont su se libérer en mettant la crainte du sexe sur le dos des pédophiles, soit environ un pour cent de la population. En acceptant le mariage gai, on acceptait que les homosexuels puissent être vus comme tout le monde. La peur diminuait.

Ce livre[2] n’a pas été envoyé sur le marché parce que la Couronne me menaçait de me poursuivre. Elle prétendait qu’on pouvait reconnaître mon accusateur dans l’histoire de Malaise quoiqu’il ait été prouvé hors de tout doute raisonnable que mon cas n’avait rien à voir avec celui des poursuites dans le cadre de l’enquête Malaise.

 À la différence des sexologues (cent piastres de l’heure et la bénédiction des universités) qui apprennent dans des livres la réalité sexuelle, je me base sur mon expérience de vie pour définir une balise qui respecte pour  vrai l’intégrité des jeunes, selon la Charte des droits de la personne, tout en tenant compte de la réalité[3].

Tout individu est sexué et l’orientation sexuelle existe bel et bien chez les jeunes. « Pas de violence, consentement clair, cours de sexualité pour préparer les jeunes à faire face à la vie », voilà ce que préconisent mes écrits que l’on cherche à interdire parce que j’ajoute que le sexe consenti est un plaisir et non une forme de violence.

Richard Martineau et Jonathan Trudeau ont organisé une entrevue piège puisque le but évident était de me montrer comme une espèce d’abruti. J’avais trois minutes, sans préparation, pour répondre à une foule d’informations plus ou moins erronées. On aurait dit des chiens enragés quand ils m’ont interviewé. Ils ont mis l’entrevue sur Google pour monter leur grande sagesse. On fait disparaître ce que j’écris On s’est promis, semble-t-il, que la seule chose dont les gens se rappelaient de moi quand je mourrai sera que j’étais un salaud.

Depuis, Edilivre, à Paris, a mis fin à son contrat d’éditeur pour quatre de mes romans par crainte, semble-t-il du scandale. Mais, les livres publiés à Paris sont de purs romans, donc des histoires inventées. C’est aussi très loin d’être un succès en librairie.

 « J’ai toujours essayé de respecter la loi, ce qui ne m’empêche pas de voir les changements apportés sous l’ère de Stéphane Harper comme un retour à la justice de la vengeance. Vive la liberté d’expression ! Vive la liberté de conscience! 

Comme disait M. Trudeau père, il ne faut pas respecter une loi qui va contre notre conscience; mais vous pouvez dormir en paix, je ne suis pas dangereux quoique radical.  Cependant, juste dans les trois derniers mois, selon le Journal de Montréal, des prédateurs ont tué leurs victimes parce qu’ils avaient peur de la réaction populaire.

Dans mon esprit, un jeune qui se tue ou est tué, en est un de trop.

Si le meurtrier est la morale puritaine, il faut la combattre, même si la Constitution canadienne,  les religions et le système judiciaire en sont les défenseurs[4]

La violence est ce qu’il faut combattre, pas le plaisir.

Il a été établi, comme je le dis, que l’orientation sexuelle[5] est génétique et que les sentiments ont plus à voir avec les hormones qu’avec un choix moral que l’on retrouve dans presque  toutes les religions.

De la pudeur à la paranoïa est un livre qui inclut Dieu et le sexe et La loi c’est la loi, soit un essai, c’est-à-dire une argumentation pour introduire un sujet de discussions. Il traite du fait particulier de la sexualité vue sous mon angle. Je suis un amourajeux, devenu de toute prépondérance un vieux gai.

Le livre n’est pas sur le marché à cause de la censure. La censure peut être aussi la non–distribution et par conséquent la non-vente.

J’en ai tiré mes conclusions, je n’ai pas des millions de subventions pour faire connaître mon point de vue. J’ai la « place » d’un humain dans l’univers.


[1]Dieu et le sexe ainsi que La loi, c’est la loi, tant que ça fait leur affaire ont été publiés sous le titre de De la pudeur à la paranoïa.

[2] Dieu et le sexe

[3] – Que je sois ou non, un maudit cochon,  ne change rien puisque j’ai aussi le droit d’expliquer mon point de vue. C’est justement ça un essai littéraire.

[4] Ce live a été remis à la Commission Laurent.

[5] Orientation sexuelle : elle se joue avant la naissance. Revue Science et Vie, no 1230.

Les puces (5)

mai 31, 2020

PHILIPPE (à haute voix)

Philippe tente toujours, sans succès, d’enfiler les sous-vêtements à Gaston qui, en étant trop mou, lui rend la tâche impossible. Il a beau levé une jambe, passer celle-ci dans le trou du sous-vêtement, il n’arrive pas à lever l’autre pour ne pas être empêcher l’enfilade à cause de la patte de table qui sépare les deux jambes. Philippe est trop excité pour réussir.

Tout à coup, Gaston lui demande ce qui est arrivé.

PHILIPPE

Ce n’est pas grave. T’as eu une crise d’épilepsie, je crois. Repose-toi. J’ai appelé du secours.

GASTON

Fallait pas!   Fallait pas! Aide-moi, je vais me rendre dans ta chambre.

Philippe aide Gaston à se relever. Il le conduit dans son lit.

23— Intérieur — Chambre de Philippe — nuit – 23

Philippe regarde Gaston, étendu nu sur les couvertures. Il prend une nouvelle couverture dans la garde-robe et l’étend sur Gaston.

Soudain, on sonne. Il court. Les secouristes s’occupent de Gaston.

SECOURISTE (s’adressant à Gaston)

Voulez-vous venir à l’hôpital? Quand avez-vous fait votre dernière crise? Avez- vous des médicaments?

GASTON

Laissez- moi tranquille! Je suis bien. J’ai tout ce qu’il me faut pour me remettre.

Il demande à Philippe d’aller chercher ses médicaments sur le bureau, près de l’ordinateur. Gaston avale quelques pilules.

Les secouristes quittent la chambre, faisant signe à Philippe de les suivre.

24 — Intérieur — Corridor — nuit — 24

SECOURISTE

Laissez-le se reposer. Il n’y a aucun danger.

PHILIPPE

Il ne va pas mourir?

SECOURISTE (amusé)

Bien non! On ne meurt pas d’une petite crise d’épilepsie. Vous lui avez

donné ses médicaments. Demain, il sera déjà en pleine forme…

25— Intérieur – à la maison – chambre de Philippe – 25

Philippe s’assoit sur le bord du lit. Il regarde Gaston, tout ému. Il s’endort tellement qu’il décide de se glisser près de Gaston dans le lit.

GASTON

Je t’ai finalement eu…

PHILIPPE

Peut-être. Mais une relation sexuelle ne nous rend pas amoureux. Aimer, c’est autre chose que d’avoir du sexe pour du sexe.

GASTON

C’est vrai, mais je sens que nous serons à jamais amoureux l’un de l’autre.

PHILIPPE

Si à chaque fois, que nous nous touchons, tu fais une crise; nous sommes condamnés à la chasteté.

GASTON

Quel prétentieux? Tu ne crois tout de même pas que cette crise a un rapport

avec le fait que je t’ai sucé. Tu m’excites, je te veux, mais ça ne me rend pas malade. Je n’ai pas fait cette crise parce que j’étais excité ; mais à cause de l’odeur d’eau de javel dans le passage.

26— Intérieur — Maison — Chambre de Philippe — la nuit – 26

Malgré la fatigue, Philippe caresse Gaston, tendrement, comme un massage. Il ne peut s’empêcher de se demander intérieurement :

PHILIPPE (Voix hors champ)

Gaston est-il vraiment de la police? Un infiltré? Ça n’a aucun sens. Il ne le faut pas. Juste au moment où je redécouvre l’amour, mon bien-aimé serait mon pire ennemi. Je dois lui faire confiance. Il a sûrement une explication. Nous risquons notre vie ensemble. Nous avons accepté de former notre cellule parce que tout nous attire l’un vers l’autre. Et tant qu’à mourir, autant le faire ensemble, dans les bras l’un de l’autre.

Philippe s’endort et est réveillé peu de temps après. Quand il se réveille, Gaston est collé sur lui. Il a trop chaud, donc, Philippe s’en éloigne.

GASTON

Pourquoi te tasses-tu? Je suis un bébé qui a besoin de chaleur. Je suis l’ourson dans le froid sibérien. Je vais mourir de froid.

Effectivement, Philippe sent Gaston frissonner, mais comme il a trop chaud, il refuse de se laisser coller.

PHILIPPE

Laisse-moi un peu respirer…

Philippe se tasse vers le mur. Gaston se tourne et commence à frapper Philippe dans le dos avec ses poings. Philippe ne sait pas comment réagir. Il encaisse les coups alors que Gaston biboye.

GASTON (biboyant : parlant en dormant)

Maudit qu’il fait froid dans cette tranchée. Il faut mieux me vêtir. J’ai froid et ce poêle qui me refuse sa chaleur. La vie disparaît.

Gaston le martèle de coups. Philippe ne sait plus comment réagir. Gaston agit comme s’il dormait, mais sans dormir.

PHILIPPE (voix hors champ)

Qu’est-ce qui lui prend? Serait-il devenu fou? Pourtant, il ne s’est pas frappé la tête en tombant. L’épilepsie ne rend pas fou d’habitude.

Finalement, Philippe se lève et se rend à la toilette où il chuchote à voix haute. Il se met à paranoïer.

27— Intérieur—maison—salle de  bains-  Chambre  de  Philippe-  la  nuit– 27

PHILIPPE

S’il est vrai que les plans de la GRC sont de me tuer en prison, ils ont peut-être désigné Gaston pour m’exécuter avant.

Voyons donc! C’est purement paranoïaque. Le petit m’aime vraiment. Ça se voit, ça se sent. Ce n’est pas parce que tu es jeune que tu ne te sens pas, que tu ne

peux pas tomber amoureux.

C’est vrai que les services secrets ont essayé de me tuer deux fois auparavant, mais je ne suis pas assez important pour qu’il prenne autant de risques. Infiltré ou non, il y aurait une enquête. C’est impossible. Et, Gaston ne peut pas être un traitre. Il m’aime trop pour ça.

Je suis aussi bien de retourner me coucher si je ne veux pas devenir fou.

De retour, dans son lit. Gaston recommence à le caresser. Philippe s’abandonne. Il n’a pas trop chaud et il se tasse de nouveau.

Gaston recommence à le frapper. Puis, il tire toutes les couvertures de son bord.

Philippe essaie de les tirer à son tour. Gaston commence à le frapper à coups de pied. Il n’y a plus de doute, Gaston ne dort pas, il est conscient de ce qu’il fait. Gaston y va maintenant de coups de plus en plus forts.

Philippe prend peur et décide de passer à l’attaque, avant de se faire trop sonner.

Il saute sur Gaston et lui assène quelques bons coups de poing au visage. Gaston a le visage en sang.

Philippe essaie de l’immobiliser sur le lit, en le tenant par les poignets, mais Gaston est très solide.

Philippe sent qu’il est déjà épuisé alors que Gaston à la vue du sang devient fou furieux. Philippe tient toujours Gaston par les poignets alors que le torse de celui- ci a glissé entre le lit et le mur.

Gaston sort du lit et Philippe essaie de le calmer, de le raisonner.

PHILIPPE

Arrête-moi ça! Qu’est-ce qui te prend?

Gaston est face à lui. Tenant ses bobettes d’une main, car elles sont trop larges, elles lui descendent souvent sur les jambes et il les remonte au fur et à mesure.

GASTON (l’air furieux)

Ah! Mon tabarnak! Regarde, je saigne. Pourquoi tu m’as fait ça? Tu vas me le payer.

Il tire ses bobettes devant lui. Il est nu devant Philippe, le visage déformé par la rage, les poings serrés et les yeux exprimant nettement la folie…

PHILIPPE

C’est quoi ton problème? T’as un contrat? Tu veux me tuer… ? Tu veux mon lit? Tu veux l’appartement à toi seul? Pourquoi me fesses-tu? Je ne t’ai rien fait.

Gaston ne semble pas comprendre ce qui se passe. Il est cependant de plus en plus hors de lui-même. Il agite les poings, faisant signe à Philippe de s’approcher.

GASTON

Viens, mon crisse, viens!

PHILIPPE

Calme-toi! Je ne veux pas me battre avec toi. Si t’aimer, c’est s’assurer de manger la raclée, je pense que tu t’es trompé de gars. Je ne suis pas masochiste.

GASTON

T’as peur, en mon tabarnak!

Philippe sent un point brulant à la poitrine.

28— Intérieur — Maison — Cuisine — tôt le matin – 28

Philippe sort de la chambre et se rend dans la cuisine. Gaston suit Philippe, les poings ronds, jusqu’à la cuisine. Philippe essaie de téléphoner, mais Gaston lui arrache le téléphone. Philippe se dirige de l’autre côté de la cuisine, près de la porte de l’extérieur ; mais il ne peut pas s’enfuir, car il est en bobettes.

Philippe observe Gaston et se dit qu’au moins il est loin des couteaux déposés sur l’armoire. Philippe est de plus en plus certain que finalement Gaston veut le tuer. Il essaie de négocier…

PHILIPPE

OK!   Tu veux l’appartement à toi tout seul, je m’en irai donc.

GASTON

C’est ça, crisse ton camp tout de suite!

PHILIPPE

J’ai payé le mois, je vais partir dès qu’il sera terminé.

Gaston se calme un peu. Il cesse de serrer les poings. Il semble ne pas trop comprendre ce qui se passe. Il s’effondre en larmes sur le plancher. Il regarde Philippe comme s’il appelait au secours. Philippe de plus en plus amoureux ne peut pas résister. Il s’approche de Gaston lentement et essaie de le consoler, persuadé qu’il se passe quelque chose qui lui échappe.

Philippe amène Gaston dans sa chambre et le laisse se reposer. Dès que Gaston s’est endormi, Philippe en profite pour retourner dans sa chambre où il enfile un jean.

Gaston arrive dans le cadre de porte de sa chambre. Il a l’air éberlué. Il se tient la main sur la joue comme s’il avait un mal de dents.

GASTON

Qu’est-ce qui arrive?    Pourquoi suis-je en sang?

PHILIPPE

Je ne le sais pas. Tu as commencé à me frapper et j’ai dû me défendre. Que veux-tu, j’étais champion de boxe quand j’avais de ton âge.

Philippe sort de la chambre et revient avec une serviette. Philippe fait des compresses sur les blessures de Gaston qui a déjà un œil au beurre noir et une lèvre fendue. Philippe est bien navré de la situation. Il met beaucoup de zèle à soigner Gaston.

Philippe réexamine Gaston. Il a l’air bouleversé. Philippe s’aperçoit soudain, en avalant, qu’il a sans doute été blessé lui aussi; car sa salive goutte le sang. Il vérifie en passant un doigt dans sa bouche. Il en ressort tout rouge.

Philippe et Gaston ont retrouvé leur calme.

GASTON

Il faudrait dormir. Je vais chercher mes pilules.

En arrivant à son bureau, Gaston se rend compte que Philippe lui a donné, par mégarde, quand il a fait sa crise d’épilepsie, les cachets de drogue qu’il avait laissés sur son bureau.

Gaston et Philippe se recouchent, mais cette fois, Philippe se laisse caresser. Gaston s’endort, la tête au creux de l’épaule de Philippe.

Philippe profite du sommeil de Gaston pour quitter la chambre.

Philippe ne sait plus que penser. Même s’il est de plus en plus amoureux, il ne veut quand même pas trahir son pays, en tentant la chance. Le mouvement de résistance ne pouvait pas être trahi grâce à un agent infiltré. Il profite donc du sommeil de Gaston pour téléphoner à son agent de liaison dans l’organisation terroriste.

29— Intérieur — Maison — Cuisine — 29

Philippe est au téléphone. Il parle à voix basse.

PHILIPPE

C’est Philippe. Y a un petit problème ici. Gaston a fait une crise d’épilepsie. Je sais que ce n’est pas la première fois et que l’on m’en avait informé. Là, n’est pas le problème. On s’est battu

AGENT DE LIAISON

Battu?   Pourquoi?

PHILIPPE

Pourquoi? Quoi? On s’est battu parce qu’il voulait prendre toutes les couvertures et tout le lit tant qu’à y être.

AGENT DE LIAISON

T’as voulu en profiter, mon cochon. C’est ce qui arrive quand on veut violer quelqu’un et que l’autre n’est pas d’accord…

PHILIPPE

Mais non, tabarnak! Je n’ai pas essayé de le violer. Je sais qu’il n’a que seize ans, qu’il est beau comme un cœur, mais…

AGENT DE LIAISON

T’aurais pas pu te retenir.

PHILIPPE

T’es bien un hétéro. Tu ne peux pas concevoir que d’autres peuvent penser autrement que toi. Vas-tu me laisser parler pour que je puisse enfin t’expliquer  ce qui arrive pendant qu’il dort?

AGENT DE LIAISON

Vas-y, mais la vérité.

PHILIPPE

Enfin! Ce n’est pas trop tôt… Ma vie privée, ça ne regarde que moi. On s’est entendu là-dessus…

AGENT DE LIAISON (ricanant)

Il baise bien ou tu as dû lui donner des leçons ?

PHILIPPE

S’il baise bien? C’est divin, mais on en est encore qu’à la soupe; ce n’est pas le problème. L’avenir du pays passe bien avant les joies de l’alcôve…

Quand Gaston a fait sa crise, j’ai essayé de lui enfiler ses sous-vêtements, il avait mis son pantalon sur le bord de la chaise dans sa chambre.

Quand je suis allé pour chercher du linge pour le vêtir avant de faire venir de l’aide, son portefeuille est tombé ainsi qu’un badge.

AGENT DE LIAISON

Un badge? Un badge de police?

PHILIPPE

Un badge de la GRC.  C’est  peut-être pour ça qu’il  m’a attaqué dans le  lit     Je

n’aime  pas  coucher  avec  un  flic  quel  que  soit  son  âge  et  sa  beauté    J’ai

pourtant encore de la difficulté à le concevoir comme un infiltré. C’est impossible, pourtant, le maudit badge est là? Y a peut-être une autre explication. Je ne pouvais pas partir au cœur de la nuit en bobettes…

AGENT DE LIAISON

T’essaies de m’en passer une bonne. Les affaires de cul ce n’est pas ce qu’il y a de plus important, mais ça ne peut pas compromettre nos objectifs. Si vous ne vous faites pas confiance, il faut changer l’équipe.

PHILIPPE

Tu penses que je te mens? L’alcôve n’a rien à faire là-dedans. Il a l’air régulier, d’être un petit anarchiste, mais…

Philippe est de plus en plus anxieux. Il regarde parfois le corridor, situé près de la cuisine, pour s’assurer que Gaston n’arrive pas à l’improviste ou l’entende…

AGENT DE LIAISON

Que proposes-tu?

Philippe hésite. Il ne voudrait pas se séparer de Gaston, mais dans les circonstances, le devoir l’exige presque…

PHILIPPE

Trouve- moi une autre piaule. Ça urge! Je vais me préparer en attendant. J’apporterai que mon linge et de menues affaires. On verra comment réagir plus tard, quand on comprendra ce qui s’est passé. Je te rappelle dès que je suis prêt à partir.

AGENT DE LIAISON

On fera une enquête. Si le jeune est un infiltré, tu connais la règle.

PHILIPPE (se sent mal)

Assurez-vous bien que c’est le cas, avant de le buter. Il ne faut pas se tromper. Des choses comme ça, ça peut jeter toute l’organisation à terre.

AGENT DE LIAISON

Tu l’aimes?

PHILIPPE (les larmes à l’œil)

De plus en plus…

Philippe se hâte de préparer ses affaires dans la cuisine et le salon avant de se rendre dans sa chambre. Il a beau se faire discret, un livre tombe d’une caisse.

Gaston se réveille et se rend aussitôt au miroir situé sur le bureau pour constater l’état de ses lèvres enflées et son œil au beurre noir. Il se rend près de Philippe.

GASTON

Kâliss! Tu ne m’as pas manqué! La complicité, on en reparlera.

PHILIPPE

Je ne pensais pas qu’un jour on se taperait dessus, surtout qu’on risque notre vie en se retrouvant ensemble.

GASTON

Tu paranoïes. T’es pas assez important pour qu’on nous recherche. C’est quoi ton affaire? Essaie d’arrêter d’avoir aussi peur. Pourquoi m’as-tu fait ça?

PHILIPPE

Tu m’agressais. Je ne pouvais rien faire d’autre que me défendre. De toute façon, c’est fini. Je change de cellule.

GASTON

Tu quoi?

PHILIPPE

Je déménage (presque en gueulant). J’ai assez d’ennemis, sans avoir un camarade qui me buche dessus.

Philippe sort avec une autre caisse qu’il va porter dans la cuisine. Gaston le suit, même s’il est nu, qu’il n’y a pas de rideaux et c’est le jour.

GASTON

C’est ça! Mets-moi tout sur le dos. Ce doit être moi qui t’ai arrangé la face de même. Tu ne l’emporteras pas comme ça. Tu ne partiras pas d’ici. J’ai besoin de toi. Tu es mon mentor. J’ai besoin de toi pour avancer dans mes connaissances littéraires. C’est ça la solidarité. Tu l’as toujours dit : la cause passe avant tout.

Gaston comprend soudain.

GASTON

Où as-tu pris les médicaments quand j’ai fait ma crise?

PHILIPPE

Ça n’a pas d’importance. Sur ton bureau, pourquoi?

GASTON

C’est de la drogue très forte. On m’a donné ces cachets hier et je les ai mis sur le bureau pour ne pas oublier de les jeter à la toilette. Tu m’as drogué au bout en voulant me soigner. Voilà pourquoi je ne me rappelle de rien.

PHILIPPE

Tout s’explique… ou presque.

GASTON (décontenancé)

Qu’est-ce qui te prend? Je croyais vivre le paradis avec toi. Je travaillais avec celui qui fut toujours mon modèle, le seul que je croyais capable de m’aider à évoluer dans ma littérature et il veut me quitter. On se tape sur la gueule. Maudite drogue! Je n’aurais pas dû apporter ces pilules ici pour les jeter. Pardonne-moi!

PHILIPPE

C’est dommage, en effet! Je ne faisais que commencer à t’aimer. Mais la vie est remplie d’imprévus. Je t’assure que celui-là, je ne l’ai pas vu venir.

On entend aux mêmes instants le carillon de la porte avant de l’appartement retentir. Philippe se rend répondre, mais invective d’abord Gaston.

PHILIPPE (autoritaire, puis très sarcastique)

Rentre au moins dans ta chambre… va te cacher le cul.

As-tu idée de qui peut bien venir sonner à notre porte à cette heure-là? Peut- être tes amis flics.

Philippe ouvre la porte, il blanchit. Ce sont effectivement deux policiers. Ils lui tendent une photo et lui demandent s’il connaît ce visage.

Philippe reconnaît Gaston. Une rumeur de vengeance lui monte à la tête.

PHILIPPE

Moins que vous, messieurs…

Gaston vient voir, t’as une visite de famille.

Gaston arrive en enfilant son pantalon. Il blêmit. Il ne sait plus comment réagir. Ce n’est pas le temps d’avoir des problèmes avec la police… surtout pas la journée de l’attentat programmé…

GASTON

C’est quoi la farce?

LE POLICIER (regardant son coéquipier)

C’est bien celui qu’on a vu sur le vidéo.  T’étais bien au Chien qui rit, hier soir?

GASTON (incertain, regard interrogatif)

Ouais!   Ouais!   Pourquoi?

Gaston ahuri secoue les épaules. Il regarde les policiers, en essayant de dissimuler le visage pour ne pas devoir expliquer ses blessures. Il fait signe à Philippe qu’il ne comprend pas.

DEUXIÈME POLICIER

Peut-on visiter l’appartement?

GASTON

Qu’est-ce qui vous prend?   Vous avez un mandat?

DEUXIÈME POLICIER

Ne te fatigue pas. On sait que la loi, ce n’est pas votre fort. Tous les jeunes font semblant de la connaître…

PREMIER POLICIER (plus baveux)

Ne fais pas le malin! C’est ton père, ce gars-là?

GASTON

C’est mon amant, voyons, c’est évident!

DEUXIÈME POLICIER

Vos histoires de tapettes, on n’en veut rien savoir. On est normal, nous autres.

PHILIPPE (visiblement vexé et furieux)

La normalité quand elle signifie la majorité ne fournit pas l’intelligence. Qu’est-ce que vous nous voulez?

Philippe prend son portefeuille et tend sa carte professionnelle. L’expression des policiers change aussitôt, car cette carte indique qu’il est avocat.

Gaston regarde la scène, étonné, car il sait, lui, que Philippe était enseignant.

PREMIER POLICIER (s’adressant à Philippe)

Hier soir, votre jeune a volé un manteau. Du moins, on a la preuve sur vidéo que c’est lui qui l’a pris. Ce ne serait pas si grave, si ça n’avait pas été le manteau d’un sergent de la GRC en mission.

GASTON

Je n’ai rien volé. J’étais un peu saoul, je l’admets et il faisait très noir, mais je n’ai rien pris qui ne m’appartenait pas. Une minute, je vais aller voir. Me serais-je trompé?

PHILIPPE (il rit)

Un sergent de la montée… faut le faire!

DEUXIÈME POLICIER

Ce n’est pas si drôle que ça…    Si c’est vous qui avez le manteau, on oublie tout. Avez-vous regardé le nom sur les papiers dans les poches?

PHILIPPE

Pourquoi on aurait regardé? On ne s’est même pas aperçu qu’il s’était trompé de manteau.

DEUXIÈME POLICIER

Vous ne le saviez pas?

PHILIPPE

Pas du tout.

GASTON

Si j’ai bien compris,  si c’est  le  bon manteau,    je vous redonne le badge et le portefeuille intacts et  on a  la paix.                                           Mais, comment vais-je récupérer le mien?

PREMIER POLICIER

Ça, c’est ton problème…

PHILIPPE

Vous ne l’arrêtez pas et vous ne l’amenez pas.

PREMIER POLICIER

Pourquoi? Vous coopérez! Le bureau nous a demandé d’être très discret et de ne pas faire de problème, même si ça avait été un vol, tant que le voleur aura oublié le nom qu’il aurait pu lire sur les papiers.

PHILIPPE

Assez spécial, merci!

LE DEUXIÈME POLICIER

C’est le nom d’un policier qui a infiltré le mouvement terroriste. Personne ne doit…

LE PREMIER POLICIER (il frappe le premier sur le bras de

l’autre.)

Ta gueule! C’est un secret d’État…

PHILIPPE

Intéressant.

Il se tourne vers la chambre et crie à Gaston.

PHILIPPE

Ne regarde surtout pas le nom du gars. C’est important. (Il tousse) C’est même une condition pour avoir la paix. Fait ça vite, ils attendent après toi.

Gaston revient. Il tend le manteau aux policiers avec un sourire en coin. Les policiers sont radieux et bien contents de voir qu’il s’agit bien du bon manteau. Il s’assure que le badge soit dans une des poches.

PHILIPPE

Tu n’as pas regardé, j’espère. Il ne fallait pas…

GASTON

Regarder quoi?

DEUXIÈME POLICIER (souriant)

Tout est là. On s’excuse de vous avoir dérangé. Bonne journée! Philippe prend de l’assurance. La cache n’est pas brûlée.

GASTON

Ce sera pour la prochaine fois…

Il se dandine en faisant un bye aux policiers.

Ceux-ci se dirigent vers l’extérieur, heureux que cette récupération fût aussi facile.

Dès que les policiers sont partis, Philippe et Gaston s’effondrent sur le sofa, situé tout près, dans le bord du salon.

PHILIPPE

As-tu le nom du gars? C’est important. Ce serait celui du policier qui a infiltré le mouvement.

GASTON

Oui. C’est un certain Stan Lafortune.

Philippe se précipite au téléphone et raconte l’aventure à l’agent de liaison, faisant bien attention de ne pas faire allusion aux peurs qu’il avait eues auparavant. Il lui spécifie le nom de l’informateur, tout en soulignant qu’on n’aurait jamais pu faire mieux, même si on l’avait prévu.

Le téléphone terminé, Philippe saisit Gaston et l’embrasse passionnément. Il le regarde ensuite les yeux pleins d’eau.

PHILIPPE

Petit Christ! T’aurais pu te faire tuer pour ça. Dans le fond, je suis loin de te haïr. Je ne pars plus. Je t’aime trop. Nous avons plein de choses à vivre ensemble. Un nouveau livre à écrire.

GASTON

Nous l’appellerons : MON PAYS : MA LIBERTÉ

Les puces (4)

mai 30, 2020

PHILIPPE

C’est un souvenir de mon fils qui s’est suicidé et il n’y a pas un maudit qui va y toucher.

GASTON

T’aurais pu le dire avant. Mais, je tiens à t’avertir… la décoration dans la maison (en haussant la voix) c’est MON AFFAIRE.

PHILIPPE

T’as rien et tu vas décider OÙ (il insiste) TU (il insiste encore plus) vas mettre nos affaires et lesquelles en plus, j’imagine… Pour qui te prends-tu? Le roi?

GASTON

Non! Le colocataire qui a aussi ses droits. Tu passes ton temps à me dominer… j’en ai assez.

Philippe est sidéré. Il a de la difficulté à retenir sa colère. Il replace les chaises autour de la table avec fracas. Il s’avance vers Gaston comme pour le confronter.

PHILIPPE (avec mépris)

Moi, te dominer? T’es malade! Je ne domine même pas la situation. Quant à toi, c’est vrai que tu n’as presque rien à dominer. Tu n’as rien qui t’appartient.

GASTON

J’ai signé le bail. C’est moi le locataire principal. Si tu n’es pas content, crisse ton camp! D’ailleurs, puisqu’on a payé moitié-moitié, on va l’appliquer tout de suite.

Gaston se rue vers les armoires. Il y déplace tout. Mettant ses affaires d’un bord et celles de Philippe de l’autre. De son côté, les tablettes sont pratiquement vides alors qu’il doit mettre sur la table les choses de Philippe qui n’entrent plus dans leur « espace réservé ». Elle est vite remplie.

GASTON

Je ne veux plus que tu touches à MES (insistant) AFFAIRES. PHILIPPE

Je ne l’ai jamais fait.

GASTON

Qu’importe! À partir de maintenant, chacun pour soi!

PHILIPPE

OK! OK! Je reprends tout ce que je t’ai passé. Le lit. Le bureau pour ton ordinateur, la lampe sur la table de cuisine. Bonne chance! Maudit niaiseux.

GASTON

On sait bien, t’as presque tout. Tu peux tout reprendre. J’aime autant ne rien te devoir.

Gaston se dirige vers sa chambre, le temps de reprendre un autre ton, sans perdre la face.

GASTON

Bon. Disons qu’on oublie ça. C’est fou le moitié-moitié. Je te permets de mélanger mes choses aux tiennes à condition cependant que ça fasse plus d’espace à tous les deux.

PHILIPPE

Tu deviens raisonnable. Si on doit vivre ensemble, on doit essayer de se rendre la vie agréable au lieu de toujours se chicaner.

GASTON

C’est l’évidence même. Mais, je ne serais pas ici, si tu ne m’y avais pas obligé.

PHILIPPE

Obligé? Je ne t’ai jamais obligé à quoi que ce soit. Tu m’as écrit un poème d’amour, me menaçant de te suicider, si je te rejetais moi aussi. T’étais tellement en détresse que j’ai décidé de me sacrifier pour te sauver la vie. J’ai tout laissé pour toi.

GASTON

Ce n’est pas ça du tout. On m’a informé que tu paniquais, tu trouvais que la police cernait trop notre mouvement révolutionnaire. On a eu peur que tu fasses tout manquer à cause de ta maudite panique. Je suis ici pour t’appuyer parce que tu es trop lâche pour faire face à la musique. Tu te sauves de toi-même comme si tu étais le seul à avoir été repéré. Tu n’avais qu’à ne pas attirer l’attention avec tes affaires de cul, si tu ne voulais pas être dérangé.

PHILIPPE

Je peux me passer de ton aide. Je n’ai pas plus peur que les autres membres  de la cellule. Ils s’imaginent peut-être que je suis le seul à vivre une vie sexuelle en dehors du mouvement. J’ai déménagé parce qu’on m’a affirmé qu’on ferait une équipe du tonnerre ensemble…

GASTON

Ce n’est pas ce que l’on m’a dit. On dit que tu déménages tout le temps parce que t’es trop parano pour demeurer plus d’un an à la même place.

PHILIPPE

Je ne me sauve pas. Je demeure où je peux, selon les besoins. Si j’ai terminé ma mission, il faut bien que je déménage. C’est vrai que je n’ai pas la vie facile, ces temps-ci. Le suicide de son enfant unique, ça gruge en maudit  un  caractère. Tu devrais comprendre.

GASTON

Ce n’est pas une raison pour me mépriser.

À ces mots, Philippe regrette de s’être laissé emporter et d’avoir agi comme s’il

n’affectionnait pas particulièrement Gaston.

Pendant une seconde, il se demande si cette rencontre ne servait pas à essayer inconsciemment d’oublier son fils.

Il essaie donc, lui aussi, de changer de ton. Il s’approche de Gaston et vient pour lui passer la main dans les cheveux, mais il se retient et arrête son geste.

PHILIPPE

C’est absolument faux, ce que tu dis là. Si j’avais le moindre mépris pour toi, je ne serais pas ici. Je t’aime à ma façon. Tu as peut-être un caractère de fou; mais je trouve que tu as un talent tout aussi fou. Il faut donc te laisser t’exprimer… même à travers les bêtises d’un gars de ton âge.

Gaston est flatté. Il se rapproche de Philippe, visiblement pour en entendre davantage.

GASTON

Tu es le premier qui me dit que j’ai du talent. Venant de toi, ce n’est pas rien…

PHILIPPE

Je le crois vraiment, mais je ne veux pas que tu t’enfles la tête davantage, elle est déjà assez grosse comme ça.

Philippe lui caresse la joue et Gaston a enfin un sourire.

GASTON

Tu me mens peut-être, mais je te crois parce que je sais que j’ai un talent fou.

PHILIPPE

C’est malheureux que l’on s’engueule tout le temps. Peut-être est-ce ma faute? On ne change pas à mon âge. Puis, j’ai de la difficulté à m’endurer moi-même ces temps-ci.

GASTON

Laisse donc un peu ton passé. Pense à nous. Au merveilleux hasard qui fait que nous soyons ensemble. Tu es un merveilleux poète et moi aussi. Mais, tu ne connais rien en théâtre et même si je suis beaucoup plus jeune que toi, je peux t’être mauditement utile.

PHILIPPE

T’as raison. Mais, ce n’est pas facile d’oublier quelqu’un qu’on a autant aimé. La mort de mon fils me tue.

Philippe se tourne pour ne pas laisser voir qu’il pleure. Gaston le prend dans ses bras et l’embrasse sur les joues. Philippe s’abandonne aux caresses.

Philippe se rend à l’armoire et sort un plat, puis, au frigidaire, où il prend deux

« steaks ».

PHILIPPE

Je fais à souper. On le mérite bien. On a assez travaillé.

Philippe verse une tasse de riz et une tasse d’eau dans un plat. Il prend un poêle.

PHILIPPE

Comment veux-tu ton steak?

GASTON

Laisse faire, je n’en veux pas. Je vais me faire mon souper moi-même.

PHILIPPE

Je ne comprends pas. Un steak ce n’est pas assez bon pour toi? Je te l’offre de bon cœur.

GASTON

Je ne peux rien prendre de toi. Je dois protéger mon indépendance. Tout ce que je veux de toi, tu ne veux pas me le donner.

PHILIPPE

Encore cette maudite histoire d’amour. T’es fatigant avec ça. Ce n’est pas parce qu’on se ferait l’amour qu’on s’aimerait. Je ne sais pas dans quel maudit livre t’as pris ça.

Si je suis avec toi, c’est parce que tu as du talent. Pas autre chose. Parce qu’on rêve tous les deux de créer un nouveau pays. C’est comme ça. Je te vois comme un petit Mozart assassiné par l’establishment et l’argent. Au Québec, on déteste les radicaux. Ils sont trop lucides. Tu es un danger venu du futur.

GASTON

Moi, un agent? Tu peux bien manger de la merde… Je n’ai rien à faire avec la police. La police a défoncé chez moi aussi parce que j’écris. Elle cherchait aussi mes textes. Le Québec est actuellement un état policier.

PHILIPPE (insistant)

Je n’ai pas dit agent, j’ai dit « argent ». Si je pensais que tu es un agent double, je ne vivrais pas avec toi une seule seconde.

Gaston se lève. Il prend une assiette et y dépose deux tranches de pain qu’il graisse généreusement de beurre de peanuts.

PHILIPPE (Philippe ahuri, mange Gaston des yeux)

Tu ne me feras quand même pas ce coup là. Comment veux-tu que je mange en paix du steak quand tu t’offres du beurre de peanuts?

GASTON (provocateur)

Monsieur veut avoir bonne conscience. Il ne peut pas tolérer le vrai visage de la pauvreté. Eh oui! C’est ainsi. Monsieur ne  paye plus de vin, depuis qu’il me  tient. Je suis devenu un poids. Un esclave.

PHILIPPE

Ah bon! Monsieur Gaston veut du vin maintenant. Le steak ne lui suffit plus. Et, évidemment, c’est moi qui paye.

Philippe sort machinalement son portefeuille. Il n’a que 20 $.

PHILIPPE

Tu vois bien que je n’ai pas les moyens de garrocher l’argent par les fenêtres.

GASTON

L’autre soir, t’étais pourtant assez riche pour payer la bière à André.

PHILIPPE

Ce n’est pas pareil.   Je voulais le récompenser parce qu’il venait de nous trouver un appartement.

GASTON

Un trou, tu veux dire. Un nid de puces.

PHILIPPE

Tu prétendais pourtant l’aimer. C’est toi qui as plaidé pour qu’on s’installe ici.

GASTON

Ne change pas de sujet. Avec André, pas problème. Tu lui achèterais le ciel et l’enfer. Penses-tu que je n’ai pas vu lui faire les yeux doux?

PHILIPPE

En plus d’être obsédé, Monsieur est jaloux.

Philippe, fatigué de cette nouvelle discussion inutile, lui fait une grimace, mais tend le 20 $ à Gaston

PHILIPPE

Rien au-dessus de 15 $, j’ai besoin du reste pour manger demain à la cafétéria. J’ai deux cours. Je ne peux pas y assister le ventre creux.

Gaston sourit. Il prend victorieusement l’argent, son manteau et son petit foulard et s’élance vers la porte.

PHILIPPE (désabusé)

Tu pourrais au moins laisser ton petit maudit foulard ici. Tu n’es pas obligé d’avoir l’air fou.

GASTON

C’est tout ce que j’ai, et je m’habille comme je veux.

PHILIPPE

Attends un peu!

15— Maison — Chambre de Philippe — Vers 18 h 30-        15

Gaston quitte l’appartement.

Philippe se rend à son garde-robe. Il examine quelques habits, des manteaux, des pantalons et en met quelques-uns de côté pour Gaston.

À son retour, Gaston crie : « Philippe! Philippe! », puis se rend dans la chambre de celui-ci.

PHILIPPE

Essaie ça!

Philippe lui présente un habit assorti d’une veste. Gaston, visiblement heureux, lui remet le 5.50 $ et enfile l’habit, mais les pantalons sont deux fois trop grands à la ceinture.

GASTON

Ce n’est pas grave. Je vais mettre la veste et le manteau.

PHILIPPE

Ça n’a pas de sens. Ça ne se fait pas. C’est un tout. Sans ça, ça l’air fou.

GASTON

Si moi, j’aime ça, ça pas d’importance.

Gaston saisit le manteau d’automne. Il l’enfile avec fierté.

GASTON

Un vrai manteau de la gauche.

Philippe sourit. Il est visiblement joyeux de voir Gaston heureux. Philippe retourne à la cuisine où il met une dernière main au riz et fait cuire les steaks pendant que Gaston est de bonne humeur. Ce dernier place deux chandelles et fait brûler de l’encens.

Gaston tout sourire, la veste et le manteau sur le dos, avec une cravate, mais une paire de jeans.

GASTON (excité)

Il ne faut pas manger tout de suite, il faut d’abord fêter notre union…

Philippe sursaute au mot union. Il regarde Gaston, vient pour l’engueuler, mais le sourire ce celui-ci est si radieux qu’il n’en est pas capable.

GASTON

Tu récites le poème qui te représente le mieux et nous trinquerons au pouvoir des mots.

Philippe prend son manuscrit de L’amourajeux et cherche son poème. On entend alors la chanson « Le mouton noir », de Plume Latraverse, à la radio. Terminé, Gaston baisse le son du poste de radio.

Philippe récite ensuite « À droite toute »…

Quand il a terminé, Gaston applaudit à tout rompre, mais Philippe lui fait signe de garder le silence quand on entend en sourdine « Cette blessure »,  de  Léo Ferré.

Philippe s’approche et lève un peu le son…

GASTON

Maudit que j’aurais aimé avoir écrit ce texte. C’est bien toi : deux passions : la beauté des petits gars et la liberté de notre nouveau pays, la République du Québec.

PHILIPPE

Une seule et même passion. La jeunesse et le pays.

Philippe et Gaston trinquent.

Ils soupent en silence avec avidité. On y entend « Québec, mort ou vivant », de Pauline Julien. Puis, c’est un classique, le Boléro, de Maurice Ravel.

GASTON

Les 70, c’était le bon temps. T’as pu connaître tous les grands de notre littérature. Parle-moi un peu de Miron et Langevin. Tu les as connus, toi.

PHILIPPE

C’étaient des monuments. Godin, le sourire, l’œil taquin ; Miron, l’intelligence, la parole et ce cher Gilbert Langevin, la lucidité incarnée, l’engagement contre la misère des petits. Les vrais piliers de notre culture.

GASTON

Ce qui est écœurant, c’est qu’à cause de mon âge, je ne les aurai jamais rencontrés.

PHILIPPE

Tu ne seras pas le seul. Très peu de jeunes les connaissent. Au Québec, on n’a pas encore compris que la culture, c’est le pays.

Philippe devient soudainement triste.

Gaston se lève et tire du sac une deuxième bouteille de vin.

GASTON

Surprise!   J’en ai aussi payé une. Fêtons d’être ensemble.

PHILIPPE

Je suis d’accord; mais je veux que tu saches que je suis dû pour Haïti. Je suis écœuré d’être ici, dans un pays de féminounes.

GASTON

Je te vois en Haïti, rôtir au soleil avec ton problème de peau. Tu serais pire qu’un Bar-B-Q.

Philippe se met à rire comme un fou.

PHILIPPE

Enfin libre! Plus de dictature féminoune, plus de fédérastes…

GASTON

Fuck  les femmes!  Vive le célibat et l’amour gai…    Comme ça t’as vraiment eu une aventure avec un jeune quand tu t’es fait prendre? Je ne comprends pas pourquoi maintenant tu ne veux plus rien savoir. Était-il plus beau que moi?                               Je ne suis pas si vieux que ça, je ne suis pas encore passé date pour un pédéraste.

PHILIPPE

T’as rien compris. L’amour, ça ne se commande pas. Il a eu peur que je le trompe et il a voulu se venger…

GASTON

Oublie ça. Je suis là maintenant. Ce n’est pas le temps d’être triste. Chantons un peu, ça te fera oublier un peu.

Philippe et Gaston finissent la bouteille de vin en chantant « Chevaliers de la Table ronde ».

18— Intérieur — Maison — salon – 18

Après avoir chanté, ils se rendent au salon où ils écoutent de la musique particulièrement du Léo Ferré.

On entend Ferré : « Le problème avec la morale, c’est que c’est toujours la morale des autres.»

Philippe prend le livre Tribunal d’honneur. On entend le Concerto no 1, de Tchaïkovski, pendant qu’il lit.

Gaston s’approche et pose sa tête sur son épaule. Il regarde Philippe amoureusement.

Philippe sourit à Gaston et enlève lentement la main de Gaston qui se glisse vers son entrecuisse.

Puis, on entend Bob Marley dire : « Don’t worry, be happy »

Philippe pleure, car c’était la chanson favorite de son fils ainsi que le message qu’il avait laissé lorsqu’il s’est suicidé quelque trois ans plus tôt.

Gaston essaie, impuissant, de consoler Philippe. Il le prend dans ses bras, mais Philippe s’en défait avant de se rendre dans sa chambre. Gaston l’entend pleurer et dire :

PHILIPPE

Maudite vie! Je serais mieux mort. Pourquoi? Pourquoi t’es-tu enlevé la vie?

19— Intérieur —   Maison — Chambre de Gaston —  Nuit.     19

Gaston arrête la musique et s’en va dans sa chambre. Il s’étend sur son matelas dans le centre de sa chambre. Il fixe le plafond.

GASTON

Philippe!   Philippe?   Dors-tu?

PHILIPPE (voix hors champ)

Pas encore. Mais, si tu peux te taire, ce ne sera pas long…

GASTON

Ce n’est pas juste. Moi, je couche par terre et toi t’as un beau lit douillet.

PHILIPPE

Veux-tu te fermer, pis dormir! (il lève la voix)

20— Intérieur — Chambre de Gaston — Chambre de Philippe – nuit — 20

Gaston se lève. Il est nu. Il se rend dans la chambre de Philippe au pied de son lit. Il appelle Philippe, empruntant une voix braillarde.

GASTON

Philippe! Je peux juste venir coucher à côté de toi? J’ai trop mal au dos sur ce

matelas-là. Si je ne peux plus dormir et que je tombe malade, ce sera de ta faute. T’auras tué un écrivain (avec une voix encore plus insistante).

PHILIPPE

Arrête de jouer au bébé!

GASTON

J’ai mal au dos (avec une voix de plus en plus braillarde)

PHILIPPE (impatient)

OK, d’abord! Mais, tu restes de ton bord. Tu ne me touches pas.

Gaston est  heureux.  Il  se  rend  près  de  la  fenêtre  et  l’ouvre  toute  grande. Il s’enfile ensuite  auprès  de  Philippe,  tenant  bien  ses  distances,  au  début.  Il regarde la fenêtre, espérant que le froid fera le reste. Il sourit.

Effectivement, Philippe finit par se coller sur  lui.  Gaston commence du  bout  des doigts à le caresser sur la  poitrine,  sans  que  Philippe  s’y  oppose.  Gaston le caresse avec insistance jusqu’à ce que Philippe se tourne et lui rende la pareille. Philippe, à son tour, effleure le dos de Gaston du bout des doigts.

Gaston essaie sans succès d’embrasser Philippe. Gaston est surexcité. Il met toutes ses énergies. Il prend la main de Philippe et la place sur son sexe.

Puis, Gaston se penche et suce Philippe. Philippe se laisse faire. Il caresse la chevelure de Gaston, de plus en plus excité. Gaston constate que Philippe garde toujours les yeux fermés quoiqu’un large sourire trahisse sa profonde satisfaction. Philippe, après voir éjaculé, repousse la tête de Gaston. Il se relève et fume une cigarette.

PHILIPPE

Ça fait si longtemps, je ne me rappelais pas que c’était aussi divin.

GASTON

Je savais que t’étais pour aimer ça. Tu n’avais qu’à te laisser aller. Pourquoi as- tu toujours gardé les yeux fermés?

PHILIPPE

Pour mieux goûter tout, même si je ne veux pas y prendre goût. C’est plus important de l’écrire, de le chanter; mais comme tu dis pour ce faire, il faut d’abord le vivre…

GASTON

C’est tellement plus agréable de vivre que de le chanter…

PHILIPPE

Si je veux continuer ma carrière d’enseignant, je n’ai pas le choix. Je dois me plier aux normes et vivre en hypocrite.

GASTON

Pas du tout. J’ai l’âge de consentement. Nous avons le droit. Le système est assez fou qu’il veut maintenant établir un nombre d’années maximum entre les deux amants pour s’assurer que les vieux ne touchent pas aux plus jeunes. Quelle Gestapo! Ils font semblant de vouloir nous protéger, mais tout ce qui les intéresse c’est de nous dominer, de diriger jusqu’à notre sexualité, la source même de notre personnalité. Il n’y a pas d’âge qui soit mieux l’une que l’autre. De quoi se mêle-t-on? Bandes de fascistes!

PHILIPPE

Merci de la leçon. Je vais prendre un coke dans la cuisine. Ce fut tout simplement divin…

Philippe embrasse Gaston pour le remercier.

21— Intérieur — Chambre de Philippe — Corridor — Cuisine — nuit – 21

Philippe éteint sa cigarette et se dirige vers la cuisine, après avoir enfilé des boxers.

Gaston le suit, il est toujours nu.

Dans la cuisine, Philippe verse deux verres de coke alors que Gaston s’appuie sur le bord du poêle.

Soudain, Gaston râle, il lève la tête. Il a les yeux révulsés.

PHILIPPE (en plaisantant)

Arrête-moi ça. Je sais que je t’ai excité, mais pas au point de faire une crise d’épilepsie.

Gaston s’écroule sur le plancher au pied du poêle. La bave commence à lui sortir de la bouche. Il sautille de partout.

Philippe tourne Gaston sur le côté et lui relève légèrement la tête vers l’arrière. Il court ensuite dans la chambre de Gaston. Il ne voit aucun médicament, mais un petit sachet portant encore les marques de ce qui semble être de la drogue.

22— Intérieur — maison — chambre de Gaston – nuit — 22

Philippe cherche un sous-vêtement pour Gaston. Il soulève le pantalon étendu

sur la chaise. Les poches sont vides. Puis, il empoigne le manteau qu’il tient à l’envers. Un portefeuille tombe sur le plancher ainsi qu’un badge de policier.

Philippe est secoué. Il se penche et ramasse le badge. Il le  regarde  longuement. C’est bien un badge de la GRC.

PHILIPPE

Ce ne peut pas être vrai! Il ne peut pas être un policier. Pourtant, c’est l’évidence même.

Philippe est furieux. Il replace le badge d’un geste fou dans les poches du manteau. Il est de plus en plus nerveux. Il est si stupéfié qu’il commence à se frapper la tête sur le cadre de la porte de chambre, en répétant.:

PHILIPPE

Ah! Le sale! Le sale! J’aurais dû me méfier davantage. C’était trop beau. Un jeune qui était tombé amoureux de moi. Je n’a urais jamais dû le laisser me toucher. Je suis bien puni maintenant.

Il frappe à coups de poing dans le cadre de porte. Des larmes coulent sur ses joues.

23— Intérieur — Maison — Cuisine — nuit – 23

Philippe revient dans la cuisine. Il est surexcité à l’idée que son jeune ami puisse être un policier qui aurait infiltré la cellule dans laquelle il fait partie intégrante. Il ne sait plus exactement comment se comporter. Doit-il se sauver de Gaston ou le laisser crever? Il ne sait plus que faire. Il appelle finalement le 911.

Il essaie inutilement de lui enfiler des sous-vêtements ; mais Gaston est trop mou. Il le tourne aussitôt sur le dos. Quand Philippe arrive à lui glisser des sous- vêtements dans chaque jambe, il ne peut pas les monter assez, car Gaston a

une jambe prise chaque bord de la patte de table. Il regarde Gaston nu, le sexe pendant.

PHILIPPE (à haute voix)

Je ne peux pas le laisser ainsi. Les secours vont arriver et ils peuvent se servir de ça contre moi.

Il se lève prend le téléphone et compose 911.

PHILIPPE (à haute voix)

Je vais leur dire de ne pas venir, qu’il va maintenant beaucoup mieux.

Philippe tourne en rond, le téléphone à la main, le numéro partiellement composé.

PHILIPPE (à haute voix)

Je ne peux pas le laisser de même. Flic pas flic; cochon pas cochon; c’est un être humain, kâliss! Je ne peux pas le laisser mourir…

Philippe   raccroche    bruyamment   le    téléphone,   marquant   sa   contradiction intérieure.

Les puces (3)

mai 29, 2020

PHILIPPE

Est-ce qu’il t’arrive d’être de bonne humeur?

Gaston se relève, il examine la cuisine déjà surchargée de meubles. Il essaie la micro-onde, question de voir s’il fonctionne bien. Allume tous les ronds du poêle et ouvre le frigidaire qui est affreusement sale.

PHILIPPE

On a qu’à laver. Ce n’est pas pire que les puces dans la salle de bains. Il faudra frotter. On est aussi bien de s’y habituer. Je n’ai jamais vu un logement aussi sale.

GASTON

Ce n’est pas grave. De toute façon, tu n’as rien d’autre à faire .

PHILIPPE (touché)

Me prends-tu pour ta mère ou ton père? T’as besoin d’aller chercher ailleurs si tu veux te faire torcher.

GASTON

Les nerfs! Les nerfs! Je n’ai pas dit que je ne t’aiderai pas…

PHILIPPE

Tu pourrais commencer par fermer les ronds du poêle avant qu’on passe au feu. Tu vois bien que tout fonctionne merveilleusement bien.

GASTON

Je voulais juste savoir. Je ne veux pas payer 50 $ par mois pour des cochonneries.

PHILIPPE

25 $. On paie moitié-moitié. C’est un marché conclu parce qu’on aurait dit que t’avais peur que je me sauve avec les meubles avant de payer la facture.

GASTON

On ne sait jamais. Je ne te connais pas tellement finalement. Ce n’est pas parce qu’on dit que t’es un des dirigeants de la révolution que ça veut dire que tu ne me volerais pas.

PHILIPPE

On voit que tu ne connais pas grand-chose à la révolution. Entre nous, c’est la solidarité absolue. Tu peux être tout ce que tu voudras, tant que tu respectes les objectifs de la révolution.

GASTON (se montrant aimable)

C’est mieux ainsi. Tu ne pourras pas me laisser tomber aussi facilement. J’ai le bail et la moitié des meubles de la cuisine que nous avons achetés en signant le bail.

PHILIPPE

La confiance règne à ce je vois! Viens prendre ton café avant qu’il ne soit froid…

GASTON

Je ne bois que du thé. Merci quand même.

Philippe étonné regarde la cafetière, prête pour au moins deux tasses chaque.

PHILIPPE

Ce café-là coûte 10 $ le 550 grammes.

GASTON

Pis?

PHILIPPE

Dommage pour toi, il est excellent.

Question de détendre un peu l’atmosphère et ne pas trop regretter de s’être installé avec Gaston, Philippe sort une bouteille de vin et une vidéo québécoise.

PHILIPPE

Ça te dit de prendre un bon petit verre de vin en regardant ce film. Gaston lit le titre de DVD, sourit et s’exclame.

GASTON

Ça fait des mois que je rêve de voir ce film. Y paraît que c’est drôle à mourir.

Ils s’installent dans le salon sur le seul sofa dans la place. Philippe est touché d’entendre rire Gaston. Il est si ému qu’il ne se rend même pas compte que Gaston lui plaît autant qu’il peut le haïr quand Gaston se met à jouer à l’enfant gâté.

Gaston a les yeux tellement électrisants que Philippe le trouve de plus en plus séduisant.

« Je ne dois pas m’attacher. Je dois demeurer libre. », se dit Philippe.

Après quelques verres de vin, Gaston est plus euphorique. Philippe en profite pour le questionner.

PHILIPPE

Qu’est-ce qui s’est passé entre toi et ton père?

Gaston (subitement maussade)

Ça ne te regarde pas. Je le hais, c’est tout. Pour lui, je n’existe pas. Je suis un perverti parce que je suis gai. Il m’a fichu à la porte.

Philippe (comprenant mieux les réactions de Gaston)

Je m’excuse, je ne voulais pas tourner le fer dans la plaie.

Gaston

Ce n’est pas grave quand tu me traites comme un nul, je te sens comme mon père.

Gaston se met à pleurer. Philippe le prend dans ses bras et l’embrasse sur la tête.

7— Intérieur — Maison — Chambre de Gaston — vers 16 h 30 — 7

Après avoir rangé son ordinateur près du mur, Gaston éparpille tous les livres et papiers, contenus dans ses cinq boîtes, sur le plancher. Gaston est à quatre pattes et les examine.

Voyant cela, Philippe, obsédé par la propreté, ne peut pas se contenir. Il revoit les puces dans la toilette et se demande si ces petites bibittes ne se sont pas installées ailleurs.

PHILIPPE

Tu ne trouves pas que c’est assez en désordre sans y ajouter le tien. Il serait préférable de laver le plancher et le désinfecter. Ainsi, tu ne seras pas victime des puces de la maison.

GASTON (surpris)

Je suis dans ma chambre. Je fais ce que je veux. Ça ne regarde personne, pas plus toi qu’un autre. D’ailleurs, c’est toi qui devrais avoir honte… On paie cet appartement moitié-moitié et tu occupes toute la place. Je suis envahi

Gaston se relève. Il s’avance vers Philippe, en faisant bien attention de ne pas piler sur ses papiers.

GASTON (vindicatif et presque sanglotant)

J’ai nulle part où respirer! Égoïste! Tu te fous de moi complètement… Tout ce que tu veux, c’est mon argent pour t’installer. Moi, je ne suis qu’un meuble.

Philippe est complètement décontenancé par cette sortie imprévue. Il pensait que ses caresses avaient replacé Gaston au rang qu’il occupe dans sa vie et que Gaston en était maintenant conscient.

PHILIPPE

Tu sais très bien que ce n’est pas vrai. Je prends plus de place, tout simplement parce que j’ai plus de meubles que toi.  Le riche ici,  c’est  moi.  Je  n’y peux  rien. J’ai toujours travaillé et économisé le plus d’argent possible. Ce n’est pas moi qui ai choisi cet appartement. J’en aurais pris un bien plus grand.

Philippe laisse Gaston à ses affaires et va plutôt placer ses choses dans sa

chambre.

9— Intérieur — Maison — Chambre de Philippe. — vers 17 heures – 9

Gaston se pointe dans la porte de la chambre de Philippe et observe les meubles.

GASTON

Tu n’as pas besoin de deux bureaux et d’un si grand lit. On peut coucher tous les deux là-dedans.

PHILIPPE

C’est vrai que ça pourrait être une solution. Ta chambre pourrait être notre bureau de travail. Ce n’est pas parce qu’on couche dans  le  même lit  qu’on  doit. De toute façon, c’est notre vie. On a droit à notre vie privée autant que n’importe quel riche. On n’est pas obligé de se toucher, même si on vit ensemble.

GASTON

T’es donc bien scrupuleux pour un gars qui écrit qu’il faut s’émanciper de la haine et des peurs religieuses. Ce n’est pas tout de le dire, il faut le vivre, sinon on est comme tous les autres, des aliénés.

PHILIPPE

Pis non! On a dit chacun sa chambre. Alors, si on se chicane, ce qui n’arrive jamais, jamais, on aura un endroit à nous pourrons nous retrouver.

Si tu veux, j’ai un petit matelas et deux « foams », ils sont très confortables. Je peux te les passer. Il suffira de laver le plancher pour s’assurer qu’il n’y a pas plein de puces. Je tiens à vivre dans une maison propre… avec mon…

GASTON

Ton intimité, je présume. N’aie pas peur de le dire. Moi, je suis le gueux dans cette demeure. Je n’ai pas de lit, mais ça, tu t’en fiches. Ta petite personne d’abord, n’est-ce pas? Tu gardes le bon lit pour toi et tu m’offres les restants. Tu devrais les jeter, nous n’avons pas assez de place pour les garder. L’important, c’est que Monsieur soit confortable.

PHILIPPE (exaspéré, enragé)

Ce n’est quand même pas de ma faute si tu n’as pas de lit. Si j’avais su, jamais je ne serais venu rester avec toi. Une vraie maison de fous. Tu n’es jamais content. Veux-tu mes bobettes aussi, tant qu’à y être?

GASTON

T’es écœurant!  Je n’ai rien  et tu t’acharnes contre  moi. Qu’est-ce que je t’ai   fait de mal?

Tu tiens tellement à tes choses que tu ne  me vois  même pas. Tu te fiches    que moi, je t’aime à la folie. C’est ça quand on est devenu bourgeois : les choses ont plus d’importance que les gens. On sait bien quand on est une vedette littéraire, les petits poètes qui commencent n’ont aucune importance.

PHILIPPE

C’est ça, c’est de ma faute maintenant si je fus publié, moi. Eh bien sache! si ça peut te faire plaisir, que les éditeurs me refusent maintenant. Je dérange trop. Ils ont peur et veulent tout censurer. Ils se colonisent. Il ne faut jamais parler du plus bel amour de la race humaine : l’amour des garçons.

Les éditeurs comme nos dirigeants ne comprennent pas combien il est important

de se respecter soi-même, de s’accepter et de s’affirmer, si l’on veut changer la société pour qu’elle soit un jour plus humaine. Ce que tu écris et ce que tu vis, ce sont deux choses différentes. L’écriture suit souvent le vécu, car le vécu est la source d’inspiration autant que l’imagination. Il faut le vivre avant de l’écrire.

Bientôt, on prétendra que l’amour pédéraste de la Grèce antique n’a jamais existé. Nous vivons dans un monde où seule l’hétérosexualité a vraiment sa place. Un monde qui nie la réalité humaine pour contrôler les individus et par le fait même tout diriger dans la société. Il n’y aura plus d’hommes bientôt…

Par contre, ce n’est pas parce que je suis pédéraste que je suis obligé d’être à genoux devant tous les jeunes qui me croisent. On ne peut pas tomber en amour avec tout un chacun. Il y a une différence fondamentale entre une petite aventure pour faire retomber le trop-plein et être en amour. T’es jeune, mais tu devrais déjà avoir expérimenté la différence.

GASTON

Je suis d’accord! Plus le temps passe, plus nos sociétés se comportent comme au temps des Inquisitions en s’attaquant aux pédérastes, mais cette peur n’est pas une raison pour que tu me rejettes. T’es devenu trop parano. Tu es devenu niaiseux. J’ai 14 ans, donc, l’âge de consentement. Si je le désire, tu as le droit de coucher avec moi.

PHILIPPE

Bientôt, on voudra interdire tout rapport intergénérationnel. Ils ont peur que l’homosexualité l’emporte sur l’hétérosexualité… Quels idiots! En mélangeant la pédophilie et la pédérastie, le système arrive à maintenir la peur chez tous les parents et tous les enfants. On croit que ce que les médias veulent bien nous faire croire. La police invente toujours des scénarios, soit en se servant de la notion d’autorité ou des excuses du genre pour t’envoyer quand même en dedans. On vit dans une société qui est le germe d’un monde fasciste à outrance.

GASTON

T’as raison. On nous dit : rêver! rêver petits, mais surtout tenez-vous loin. C’est exactement ce que tu fais.

PHILIPPE

Pour ce que t’en sais… La pédérastie platonique, c’est de l’hypocrisie. Il faut être malade pour vivre de ses frustrations. La beauté, une branlette; la beauté; une autre branlette.

Tu ne peux plus regarder personne sans qu’elle pense que tu la harcèles. Le regard doit faire fondre les individus. Le monde est rendu malade. Bientôt on va interdire de regarder les autres et la masturbation à la cachette. Quand ça arrivera, je me suiciderai.

GASTON

Tu devrais arrêter d’avoir aussi peur et t’apercevoir que je suis là. La pédérastie ce n’est pas qu’une belle théorie.

PHILIPPE

Il n’en est pas question. Point final. J’ai trop peur. Ainsi, tu ne pourras pas te vanter que je t’ai violé et me déculotter de tous mes biens dans le temps de le dire. Chacun sa chambre!

Philippe prend les « mousses » dans la garde-robe et les donne à Gaston. Gaston les apporte dans sa chambre, puis revient.

PHILIPPE (en voyant Gaston)

On pourrait peut-être mettre les deux ordinateurs dans le salon. Ça te ferait plus d’espace ainsi qu’à moi.

Gaston semble réfléchir. Il se gratte la tête et retourne dans sa chambre. Il crie finalement.

GASTON

Faudrait pas que tu penses que je veux profiter de toi. Je ne veux pas lire tes textes et je ne veux surtout pas que tu touches aux miens. Comme ça, je serai certain de ne pas subir ton influence. Si les ordinateurs sont au même endroit, il n’y a rien qui m’assure que toi tu ne liras pas mes textes et voler mes idées.

PHILIPPE

Y a un problème que tu ignores. Non seulement ma chambre est pleine et je ne pourrais pas y installer mon ordinateur, mais je ne veux plus écrire. Ainsi, tu n’auras pas à être jaloux de mon succès.

GASTON

On avait dit « les ordinateurs dans chacune de nos chambres ». Ce n’est pas ma faute si t’as trop d’affaires. Tu n’as qu’à m’en donner.

PHILIPPE

Je sais. Ce n’est pas toi qui as le plus besoin d’espace, même si ta chambre est petite… Tu n’as que tes ustensiles et tes livres. Ça te suffit, voilà tout; mais je ne suis pas obligé d’être aussi nu que toi pour être aussi zen.

Viens m’aider. On va laver le corridor. Ce sera facile le plancher est en bois.

10— Intérieur — Maison — Corridor — 17.30 —      10

Philippe et Gaston s’appliquent à nettoyer le corridor. Le passage est assez étroit, mais très long. Il passe devant les chambres.

Philippe et Gaston se lancent parfois de l’eau et rient de leur mésaventure.

GASTON

On aura au moins appris à laver des planchers, si on ne s’entraide pas comme écrivain. On saura mieux effacer les taches.

Philippe constate que Gaston frotte toujours à la même place.

PHILIPPE

Tu pourrais frotter ailleurs de temps en temps. À ce rythme-là, on va être encore là, l’an prochain.

GASTON

Ceux qui ont peinturé le plafond n’ont pas fait attention. Y a des taches de peinture blanches partout. Je n’aime pas ça, ce n’est pas beau.

PHILIPPE (s’impatiente)

Je m’en sacre des taches blanches. Le temps n’est pas à l’esthétisme, mais à ce

qui est pratique… Éliminer la possibilité de puces. Nettoyer pour rendre l’appartement viable. On verra ensuite si on peut l’améliorer. Ce soir, je ne veux pas commencer à devoir me gratter…

GASTON

Fais ce que tu voudras. Je fais ce que je veux. Je ne peux pas vivre dans ce qui est laid…

PHILIPPE

Moi, je ne peux vivre dans ce qui est malpropre…

GASTON

Petit bourgeois!

PHILIPPE

Il faut bien venir de la rue pour jouer au snob!

Philippe multiplie sa vitesse pour compenser les lenteurs de Gaston. Même si Gaston frotte toujours aux mêmes places à la laine d’acier, les taches persistent. Il frotte, regarde, puis recommence.

GASTON

Ça ne part même pas…

Philippe passe vite le corridor à la moppe.

Gaston découragé se relève et va s’asseoir dans la cuisine.

11— Intérieur – maison – salon — 19 heures – 11

Philippe lave le salon et crie à Gaston de venir l’aider à entrer les meubles par la fenêtre.

Le sofa prend tout un mur. Même s’ils sont dans les coins, la causeuse et la chaise de salon prennent plus d’espace que prévu. Quant au meuble de la chaîne stéréo, il occupe le reste de la place. Il y a même une table et une lampe qu’ils n’arrivent pas à entrer par la fenêtre, faute d’espace.

GASTON

Tabarnak! On n’a même pas de place pour nos ordinateurs.

PHILIPPE

Il ne reste plus qu’une solution : on les met dans ta chambre. Avec les mousses au centre, on pourra placer les ordinateurs tout autour…

GASTON

Pas question! Je veux vivre moi aussi. J’ai besoin d’espace pour marcher et

travailler la nuit.

PHILIPPE

Tu feras comme tout le monde, tu travailleras de jour. De toute façon, je t’ai averti avant. Durant la nuit, je veux dormir. Ce fut la seule condition posée pour venir habiter avec toi.

GASTON

Moi aussi, je t’ai averti que je travaille la nuit. La lune m’inspire.

PHILIPPE

Tu travailleras sur la table dans la cuisine, en attendant de savoir écrire à l’ordi. Dans ta chambre, t’as pas de bureau pour écrire.

GASTON

Je ne me suis pas loué un grand appartement pour être obligé de travailler dans une cuisine.

PHILIPPE

Grand appartement, mon œil! Tu vois bien qu’on a pu d’espace.

GASTON

Tu n’as qu’à jeter les meubles dont on ne sert pas tous les deux. Je ne pensais pas que tu étais aussi bourgeois.

PHILIPPE

Moi, bourgeois? Je vis maintenant sur l’Assistance sociale. Ne viens pas jouer  au petit Christ de go-gauchiste qui essaie de culpabiliser tous ceux qui réussissent et qui sont incapables de faire un effort pour gagner leur vie. Ça ne prend pas avec moi. Quand tu veux, t’es un hostie de petit mongol. Il y a une demi-heure, tu étais prêt à coucher dans mon lit, dans ma chambre. Maintenant, tu joues au génie qui a besoin de sa solitude pour pondre. Je n’ai jamais vu un gars incarné autant deux extrêmes à la fois.

GASTON

Énerve-toi pas! Prends ça cool! Moi, une rue, un parc, un banc me suffisent. Je n’ai pas besoin de drap santé pour m’y frotter le zizi et provoquer des rêves.

PHILIPPE

Si t’es si bien que ça dans la rue, retournes-y. J’assumerai seul le coût du loyer. Je suis amplement capable.

GASTON

C’est ça, les grands révolutionnaires… Ça révolutionne tout tant que ça ne les dérange pas.

C’est bon! On va mettre les ordinateurs dans ma chambre. Pas parce que ça me plaît, ni pour faire plaisir à Monsieur, mais parce qu’il faut bien qu’il y en ait un de

raisonnable…

PHILIPPE

OK! Et, je te passe mon bureau pour y mettre ton ordinateur. Je te ferai même une place dans mes filières. Je te passe les deux du bas. Comme ça, n’y aura pas de raison que tu laisses traîner tes cochonneries.

GASTON

Ce ne sont pas des cochonneries. C’est mon travail d’écrivain. Tu pourrais au moins me respecter dans mon professionnalisme.

PHILIPPE

Pardon! Tu sais que j’apprécie tes créations. Je voulais parler de tes brouillons. Tu les gardes tous comme si tu voulais fournir à toi seul toutes les archives du Québec.

Gaston lit quelques poèmes que Philippe écoute religieusement, applaudissant entre chacun. Gaston est visiblement fier comme un paon.

12— Intérieur — Maison — Chambre de Gaston– environ 19 h 30 – 12

Les deux ordinateurs sont placés le long des murs. Une fois la chambre installée, Gaston constate que c’est plus qu’acceptable puisqu’on peut voyager assez librement autour de la mousse synthétique qui sert de matelas…

Gaston court autour de celui-ci comme un gamin.

GASTON

J’ai maintenant mon ranch…

Gaston fait semblant de se servir d’un lasso. Il s’approche de Philippe et l’entoure de ses bras.

GASTON (murmure à Philippe)

Je t’aime bien, tu sais. Plus que tu te l’imagines. Un peu chialeur, mais tellement compréhensif.

Philippe se sent inconfortable, gêné, mais il enlace Gaston à son tour. Un large sourire prouve qu’il a retrouvé un peu de bonheur.

PHILIPPE (presque amoureusement)

Je te tiens, mon petit poulain!

Gaston est ravi. Il se sent enfin désiré par un homme. Il aura un père. Il tente d’embrasser Philippe qui tourne la tête.

GASTON

Ce n’est pas grave. Tu fais des progrès. C’est la première fois que tu me sers dans tes bras.

Comme si Philippe en prenait soudainement conscience, il laisse Gaston et se dirige vers la cuisine. Soudainement, il revient sur ses pas et crie :

PHILIPPE

Faudrait pas que tu te fasses des idées. Je me suis oublié, c’est tout. J’ai tellement besoin de tendresse moi aussi…

Il entre dans la chambre. Gaston lui saute sur le dos.

GASTON

Envoye! Envoye! Joly Jumper! T’as ton Lucky Lucke !

Philippe court partout avec Gaston accroché au dos.

Quand ils passent près du matelas, au centre de la chambre de Gaston, Gaston saute sur celui-ci et court s’asseoir à son ordinateur.

GASTON

Tu vas m’apprendre à m’en servir?

Philippe, quant à lui, s’allonge sur le dos sur le matelas. Il regarde Gaston avec un grand sourire et des yeux devenus subitement follement amoureux.

PHILIPPE

Sûrement! Je t’apprendrai tout ce que tu veux. Finalement, l’appartement, ça va être bien… même si c’est encore un peu petit. Quand on sera un peu plus riche, nous nous en prendrons un plus grand. On ne peut pas changer maintenant, on devrait payer deux loyers à la fois.

GASTON

Oui, mais s’y serai probablement seul. Tu ne m’aimes pas assez pour qu’on vive en couple.

Gaston ferme l’ordinateur, se lève et vient s’allonger près de Philippe. Il caresse la joue de Philippe. Lui donne un petit bec, mais se relève d’un bond.

GASTON

.

Merde! J’ai oublié mes pilules. Laisse-moi tranquille un peu, j’aimerais dormir. Tous ces malentendus me tuent.

Philippe surpris quitte la chambre, penaud. Il se rend à la cuisine, tout en allumant une cigarette.

13— Intérieur — Maison — cuisine — vers 18 h 15– 13

Philippe s’assoit et s’aperçoit soudainement que le buste de son robot C-3 PO, de la Guerre des Étoiles, a disparu. Il cherche sous la table, sur les tablettes et le retrouve enfin dans l’armoire de l’évier.

Philippe, visiblement offusqué, le replace à nouveau sur le frigidaire et se rend devant la chambre de Gaston. Il se plante devant la porte pour respecter

l’espace de son colocataire.

PHILIPPE

Gaston! Gaston! Ne fais pas semblant de dormir. Je vois tes yeux, hypocrites. Pourquoi as-tu enlevé le buste sur le frigidaire?

GASTON

Y me plaît pas!    Yé laid!

PHILIPPE

Maudit! J’aimerais bien savoir pour qui tu te prends pour juger de mes goûts. Je l’ai remis là où il était et il va rester là.

GASTON

Y en est pas question. Je vis ici moi aussi. Et, je ne me ferai pas imposer la laideur.

14 — Intérieur — Maison — Cuisine — trois minutes plus tard — 14

Gaston sort de sa chambre et vient trouver Philippe dans la cuisine          .

Il entre dans la cuisine, prend le buste sur le frigidaire et le replace sous l’évier. Philippe lui arrache des mains, s’arrête, avant de le frapper, quoique le geste est clair.

Les puces (2)

mai 29, 2020

PHILIPPE

Pourquoi t’as des trous dans tes jeans, si ce n’est pas pour obéir à la mode?

Gaston

J’aurais pensé que toi au moins tu serais capable d’assumer ce que tu prétends être dans tes écrits. Mais t’es aussi sale que les autres qui se prennent pour des vedettes. Pour toi, que je t’aime, ce n’est qu’un jeu. 1984. C’est notre réalité à nous les jeunes parce que les vieux bornés ont décidé de notre vie, ont fixé leurs règles, sans jamais nous consulter. La vie, c’est rien que de la merde! Les humains sont tous des maudits hypocrites.

Philippe s’approche de Gaston et tente de lui passer la main dans les cheveux pour le calmer un peu.

PHILIPPE (tendrement)

On serait aussi bien de tout abdiquer, si la vie était comme tu dis. Si c’est vrai que tout le monde est pourri.

Gaston se tasse pour ne pas se laisser caresser la tête.

GASTON

Ne me touche pas! Je ne suis pas ton fils. Il n’y a qu’un moyen de s’en sortir : sauver sa peau. Ne penser qu’à soi. Ce ne sera pas mieux demain, ce sera pire. La solidarité, ça n’existe que dans les livres. Les victoriennes sont au pouvoir et nous apprennent à s’entre-stooler. Le problème du Québec, c’est qu’il ne sait pas encore s’il est un gars ou une fille… mais il a bien l’air d’une fille, il aime se faire fourrer.

PHILIPPE

T’as pas l’air de savoir ce que tu dis. T’es même vulgaire. Dire que j’ai laissé ma maison pour m’installer avec toi.

Gaston hausse les épaules. Il se promène de plus en plus vite. Il s’arrête quelques secondes devant les portes de chambres, cherchant visiblement quelque chose. Il s’arrête derrière Philippe qui ramasse maintenant les miettes de miroir dans un porte-poussière.

GASTON

Où vais-je m’installer?

PHILIPPE

Ce n’est pas si pire. Tu charries. Viens voir. Il y a moyen de s’arranger.

Philippe et Gaston entreprennent la visite des lieux. Ils examinent tout pièce par pièce, tout en demeurant dans le corridor. Ils constatent que cet appartement est finalement très petit pour deux locataires.

PHILIPPE

Il n’y a pas que les toilettes qui sont affreusement sales, il faudra tout laver avant de s’installer. La salle de bain était bourrée de puces. Je ne peux pas endurer une telle saleté. Je lave depuis ce matin très tôt. Je croyais que tu viendrais m’aider puisque tu vivras ici toi aussi.

GASTON

Je ne t’ai pas obligé à vivre avec moi.    À part les puces, je peux tout endurer .

PHILIPPE

Je vais prendre la chambre la plus près de la cuisine. C’est la plus grande.

GASTON

Pourquoi aurais-tu la plus grande? C’est moi qui ai signé le bail.

PHILIPPE

Tu ne voulais pas que je signe. Tu voulais de nouvelles responsabilités. Vrai ou faux? Il me semble qu’en ayant le plus de meubles, c’est juste normal que j’aie la plus grande chambre.

GASTON

Justement! Moi, je ne suis rien…

PHILIPPE

T’es malade! Tu sais très bien que je te considère comme un très bon poète, même si tu es très jeune.

GASTON

Parce qu’étant très jeune, on a moins de talent. Évidemment, les vieux…

PHILIPPE

On a plus vécu, donc, nos textes sont plus profonds.

GASTON

Vous avez été tellement censurés que vous ne pouvez plus rien créer d’original. Vous êtes pris dans vos règles d’antan. Vous êtes prisonniers de votre maudite tradition. Le petit Jésus vous tient par les couilles. Non, ce serait trop agréable pour vous…

PHILIPPE

Ne sois pas ridicule! Même si je te connais très peu, je trouve que ton manuscrit est très fort pour un gars de ton âge. Je n’ai pas d’intérêt à te mentir.

GASTON

Ne perds pas ton temps. Je sais que tu me prends pour un nul.

PHILIPPE

Pas du tout. Je t’ai laissé signer le bail pour que tu te sentes responsable.

GASTON

Tu n’as pas signé le bail parce que tu veux pouvoir ficher le camp dès que je te casserai les pieds. Ça ne change rien dans ma vie. J’ai toujours été un rejet. Une fois de plus, je n’en mourrai pas. Mais, cette fois, c’est différent. Je t’aime, je t’adore. T’es mon héros.

PHILIPPE

Ne me recommence pas ça. Ça été clair. Je suis à la branlette depuis dix ans parce qu’on ne peut plus faire confiance aux jeunes qui essaient de nous faire

chanter dès qu’ils commencent à consommer de la drogue. Non seulement les jeunes coûtent une fortune à entretenir, mais dans dix ou vingt ans, ils nous feront encore chanter pour nous vider les poches grâce à un système mis en place par les autorités de concert avec la pègre qui arrive à faire croire que le plaisir blesse. Tant que le chantage sera un commerce lucratif, je préfère avoir confiance à mes doigts. Je peux endurer encore un peu à vivre ma solitude. Je me nourris d’esthétique.

La beauté est devenue interdite. Je ne serais pas surpris que les fous du judiciaire deviennent plus malades que les SS. S’ils savaient qu’ils ne peuvent rien contre nous, ils nous crèveraient les yeux pour qu’on ne voie plus un petit gars. Ils ne comprennent pas qu’on peut jouir à contempler le Beau.

T’es bien beau. T’es même mauditement de mon goût, mais je ne veux pas perdre le reste ma vie à moisir en prison parce que nos sociétés sont incapables d’évoluer.

T’as même un autre avantage, t’es bourré de talent. Je suis certain que nous nous aiderons tous les deux à devenir de plus grands créateurs.

Par contre, je suis avec toi pour la poésie et la poésie seulement. Mets-le-toi dans la tête.

GASTON

Hypocrite! Tu sais que j’ai l’âge de consentement. Tu savais dès que l’on s’est vu que je suis gai. Je suis jeune, mais gai quand même. Ça ne commence pas à 16 ans. On est ce qu’on est bien avant.

PHILIPPE

Pense ce que tu veux. Pour moi, c’est comme ça. Même si je voyais un jeune crever sur le trottoir, je ne courrais pas le risque de l’aider, car on ne sait jamais quand et comment il s’y prendra pour nous ruiner comme leur apprend le système de débiles qui nous gouverne.

Psychose pas psychose, je préfère me masturber.

Mais, je n’ai jamais laissé tomber personne, surtout si elle a du talent. Comme toi! Tu manques un peu d’assurance, c’est bien normal à ton âge. Moi, je n’avais même pas encore soupçonné la vocation de poète en moi à 19 ans.

GASTON

Je n’ai pas 19 ans, j’en ai 15 comme Rimbaud.

PHILIPPE

Raison de plus pour que je ne m’entiche pas de toi Tu perds ton temps. Je me demande si on ne fait pas une erreur en s’installant ensemble. Il y a des gens comme ça. Ils peuvent être d’excellents amis, mais ils ne peuvent pas vivre une seconde sous le même toit sans se chamailler sans cesse. Les pareils s’éloignent.

De toute façon, nous sommes condamnés à la solidarité. Tu n’as pas les moyens financiers de vivre sans moi et si tu laisses l’appartement je suis pris à payer la location durant les prochains mois, car je devrai assumer ce coût même si tu as signé le bail. Je suis le seul à voir l’argent pour le payer. Tu le sais comme moi. Donc, en attendant, Rimbaud va venir m’aider à la cuisine. On a un maudit problème. Nous avons trois fois trop de meubles. C’est trop petit ici.

5—      Intérieur           Maison — cuisine — matin            5

Philippe et Gaston se dirigent à la cuisine. Ils placent les meubles, mais la sécheuse est de trop. Ils la sortent à l’extérieur en attendant de trouver une solution définitive.

Gaston lève son bord beaucoup trop haut et essaie d’aller le plus vite possible.

Philippe manque de trébucher… Il a le bout le plus difficile à manœuvrer.

PHILIPPE (durant les manœuvres).

Ne pousse pas si fort!    Ne lève pas si haut!    Tabarnak!  Veux-tu me tuer? Tu ne sais pas travailler?

Gaston le fusille des yeux. Il marmonne…

GASTON

Yé comme mon père, ce t’hostie-là, je vais le tuer. Je vais le tuer.

6— Int — Maison — Cuisine — Midi      6

Philippe  prépare  un  café.  Il  s’assoit  ensuite  près  de  Gaston  à  la  table.      Il lui tâte les muscles du bras, question d’être plus amical et d’oublier l’échec des communications durant le travail.

PHILIPPE

Y a du muscle là-dedans!

GASTON

Ne me touche pas Christ. Je n’ai pas envie de faire rire de moi, ce matin. Alors, fiche-moi la paix.

Les puces (théâtre) 1

mai 28, 2020

Les puces

Les éditions du temps.

Conception de la page couverture : Jean Simoneau

Dactylographie du texte :

Jean Simoneau

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Courrier électronique de l’éditeur : jeansimoneau@cgocable.ca

Site internet de l’éditeur :

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Distributeur officiel :

Les Éditions du Temps

Dépôt légal

Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 4e trimestre 2014 Bibliothèque et Archives Canada, 4e trimestre 2014

Les puces.

(Théâtre)

Le texte fut préparé pour un cours de scénarisation à l’UQAM, en vue de réaliser un film qui doit se dérouler dans un seul lieu, avec le minimum de personnages. Un huis-clos.

                                                   _                           

Un poète  d’une  cinquantaine  d’années,  Philippe,  rencontre  Gaston,  un  jeune poète qui tombe en amour avec lui. Il est persuadé qu’en vivant avec son aîné, il parviendra à avoir autant de talent et ainsi publier plus rapidement ses écrits.

Les refus répétés de Philippe d’accepter Gaston comme colocataire découragent Gaston et l’amènent à se mépriser lui-même davantage.

Gaston parvient à la longue à faire accepter cette cohabitation avec Philippe.

C’est oublier la différence qui existe entre les plus âgés et les plus jeunes. Ils décident de vivre ensemble, mais cette rencontre fait naître alternativement l’amour et la haine à cause d’une jalousie intergénérationnelle.

Philippe est-il le révolutionnaire pourchassé par le système qu’il croit et prétend être? Son petit ami Gaston arrivera-t-il à se faire aimer, malgré son caractère de chien?

1— Int. Maison — cuisine — Matin 1

PHILIPPE, malgré  ses  cinquante  ans,  travaille  comme  un  fou   à  nettoyer   le nouvel appartement qu’il occupera avec Gaston. Il place des meubles qui débordent de partout quand Gaston, un jeune poète de 16 ans, qui a même l’air plus jeune que son âge, arrive avec son baluchon, son ordinateur, son système de son, son téléphone et ses cinq caisses de livres.

2— Int.     Maison — cuisine — matin 2

GASTON dépose les cinq caisses de livres dans une chambre, installe sa chaîne stéréo et se rend dans la cuisine.

3— Int. Maison — cuisine — matin 3

Gaston place ses affaires dans les armoires : une tasse, une fourchette, un couteau, une cuillère, du riz, du beurre de peanuts et de la mayonnaise. Il écoute Léo Ferré, dans « Poètes, vos papiers », qui résonne en sourdine dans la cuisine.

Philippe le regarde amusé.

PHILIPPE (moqueur)

Ça t’a pris l’avant-midi pour ramasser tous ces meubles. Une chance qu’il n’y en avait pas trop, sinon j’imagine qu’on aurait dû pendre la crémaillère le printemps prochain…

Pendant que tu perdais ton temps à faire ton pseudo ménage, je frottais comme un fou. C’est une vraie porcherie, ici. Il y a de merde de chat partout. Celle qui vivait ici avant nous était une vraie cochonne ou une irresponsable.

Juste à faire le ménage, j’en ai mal à la tête.

Gaston le regarde, faisant semblant de rire. Il répète ce qu’il entend en gesticulant et en se moquant de Philippe. Il se casse les poignets comme une grande et se promène sur le bout des orteils comme s’il dansait un ballet, tout en disant :

GASTON

J’imagine qu’on aurait pu pendre la crémaillère le printemps prochain.

Gaston s’arrête devant Philippe, bat des paupières et lui fait les yeux doux… Gaston prend Philippe par le cou.

PHILIPPE

Moque-toi de moi tant que tu voudras. Mais, détrompe-toi, je ne suis pas intéressé à toi… sexuellement, j’entends. Tu es beaucoup trop jeune.

Philippe enlève gentiment les bras de Gaston et il va s’asseoir à la table, sirotant un café.

GASTON

T’es pédéraste, non?

Le Jean Genêt du Québec… Voyons donc, Langevin ne les connaissait pas pour te surnommer ainsi. Ta vie, ce serait plutôt « La mort de Jonathan » ou encore plus précisément « Les amitiés particulières », en moins bon, évidemment… Toi, le marginal des marginaux, fuck you!

Gaston se tourne, relève le derrière. Puis, se retourne et se place la main entre les deux jambes… l’agitant comme s’il se cajolait.

PHILIPPE

Ce n’est pas parce que je suis pédéraste que je dois nécessairement être amoureux de toi. Je ne saute pas au cou de tous les garçons.

GASTON

Avoue que c’est tout ce qui t’intéresse de moi. Je suis comme les autres garçons dans ta vie. Les vieux sont tous des vicieux, c’est bien connu. Il faut bien qu’ils prennent ce qui se présente. Ils n’ont plus rien à offrir en contrepartie.

Philippe demeure indifférent. Il se prend un livre et commence à lire.

Gaston est visiblement choqué par cette attitude. Il range ses affaires, en déplaçant tout simplement les objets avec fracas.

GASTON

C’est malheureux que l’on soit encore aussi aliéné. Ça permet de croire que les enfants sont des anges et les anges, tout le monde le sait, n’ont pas de sexe. Christ de monde d’hypocrites!  Ce n’est pas tout d’écrire, il faut vivre… Aime- moi comme je t’aime!

Philippe encaisse les sarcasmes en lui faisant la moue et en lui tirant la langue. Il essaie de produire des grimaces qui soient drôles.

PHILIPPE

Je te l’ai dit t’es trop jeune. Je suis pédéraste, pas pédophile.

PHILIPPE (en haussant la voix)

J’ai plus que 10 ans, tu ne viendras pas me dire, toi un écrivain, que tu ne sais pas qu’un pédophile ne s’intéresse qu’à des enfants qui ont moins de 10 ans. T’es un perverti sexuel introverti. La vérité choque.

Gaston bouscule une chaise pour manifester sa colère de ne pas être plus désiré.

4— Int.   Maison. Cuisine-corridor — Matin     4

Philippe regrette d’avoir été aussi dur avec Gaston. Il essaie de se faire pardonner. Il se lève d’un coup et court après Gaston. Rien comme le jeu pour se faire pardonner. Philippe attrape Gaston, le chatouille et lui frappe doucement les fesses. Gaston crie comme si on le tuait, même si très visiblement, ils s’amusent tous les deux.

GASTON

Lâche-moi!    Lâche-moi!    Je    ne    veux     pas     que     tu     me     touches! Si tu m’aimais vraiment tu m’aurais au moins embrassé pour ne souhaiter la bienvenue. Pour toi, je ne suis visiblement qu’un autre colocataire.

PHILIPPE

J’étais occupé. J’ai aussi d’autres préoccupations. J’ai une cause, moi. Il faut savoir sacrifier le plaisir pour sa cause.

Gaston rit. Il se relève et il se promène dans le corridor. Il agite les bras comme s’il était une poule et avait des ailes. Il crie :

GASTON

Cose!     Cose! Quoik! Quoik!   Quoik!

Philippe est visiblement blessé. Personne ne peut et ne doit ridiculiser le courage de se battre pour son pays.

Quant à Gaston, il réagit comme si cette remarque l’humiliait encore plus, comme s’il prenait conscience qu’il est le deuxième dans  le cerveau de Philippe.

Gaston se promène et frappe du pied dans les boîtes que Philippe a laissé dans le corridor.  Il jette de petits  objets  par  terre comme si la place n’était  pas  déjà assez sale.

PHILIPPE

La cause, c’est la liberté, une vie agréable pour tous. Pas juste des besoins égoïstes. Si on l’emporte, il n’y aura plus de guerre nulle part… plus de misère pour les plus démunis. Ce n’est pas une farce… Ce n’est surtout pas risible. !

Philippe est sur le point d’éclater. Il suit Gaston, ramassant au fur et à mesure ce que Gaston jette par terre.

PHILIPPE

Quand on est libre, on assume ses limites et ses responsabilités… On n’est pas seul sur terre…

GASTON

Je vois ça… justement… T’aurais au moins pu penser qu’on sera deux dans ce petit maudit appartement. Non seulement tu ne me fais aucun câlin en arrivant pour montrer que tu es heureux de vivre avec moi, mais tu prends tout l’espace. J’existe moi aussi.

PHILIPPE

Je n’ai apporté que le minimum vital. Ce n’est pas parce que je déménage souvent que je dois abandonner tout ce que j’ai. On a pris cet appartement parce que tu n’es pas assez riche pour m’aider à en prendre un plus grand.

GASTON

Minimum? T’appelles ça un minimum, toi? On n’a même plus place pour aller chier… les toilettes sont envahies par tes lotions…

Gaston se promène dans le corridor, s’amusant à jeter d’autres boîtes par terre, après avoir regardé à l’intérieur. Gaston est visiblement en colère. Il s’avance devant un miroir qu’il fracasse d’un coup de pied.

GASTON

Les miroirs, c’est bourgeois. Ça me fait chier!

Philippe, retenant sa colère, se penche et ramasse quelques gros morceaux qu’il dépose dans une poubelle qu’il va chercher dans la cuisine.

PHILIPPE

Ce n’est pas la faute de mon miroir, si t’as encore l’air d’un itinérant et le comportement d’un adolescent frustré. Je comprends que tu aies de la misère à accepter ton image. Si t’avais été mon fils, je t’aurais appris à respecter les choses.

GASTON

T’es pas assez intelligent pour comprendre. T’es pas un anarchiste, toi, ça se voit! T’admires ta sainte face. Pas moi! Je ne suis pas un hostie de bourgeois.

Même si le miroir est en mille miettes, Gaston frappe dans les plus gros morceaux de verre qui sont encore debout contre le mur.

GASTON

Je suis écœuré de votre hostie d’éducation. J’aurai l’air de que je voudrai, au moins, moi je suis libre. Je ne suis pas un esclave de la mode.

Le temps des cauchemars.

mai 27, 2020

Le hasard et le sexe : Daniel.

 Pour adulte seulement.

     C’était le plus beau petit garçon que j’avais aperçu dans ma courte vie.  Il était si beau, dans son petit corps de 14 ans environ, que je décidai de le suivre et le «cruiser».  Mon éducation dans ce domaine était toute à faire et ne rien ne vaut que d’apprendre sur le tas.  Au début, je me sentais mal à l’aise.  Je le dévorais des yeux et il me souriait.  J’avais peur que ce soit encore un jeune paranoïaque qui pense que toute sa personnalité va s’effondrer ou qu’on va automatiquement leur voler leurs bijoux de famille dès qu’on les regarde avec insistance.  Il s’en aperçut et décida, pour mieux s’en persuader de changer de tramway, question de voir si ce n’était qu’un accident de parcours ou si je le suivrais.  Il tourna la tête pour s’assurer que je le suivais . Il m’arrive souvent de fixer les gens sans m’en rendre compte, simplement parce que je pense à autre chose et que je n’ai aucune présence à la réalité extérieure.  J’ai même déjà manqué avoir des accidents d’autos quand je chauffais à cause de ces moments de grande concentration .  C’était un petit manège qui me donnait des frissons.  M’engueulerait-il ?  Essayerait-il d’avertir un  policier ? Au contraire, il semblait y prendre plaisir. 
    Je le regardais sans arrêter , je voulais imprégner sa beauté dans mes souvenirs, le portrait de son visage et de son petit corps, si délicieux, si joliment proportionné.  Avec chacune des cellules d’une telle beauté, je pouvais vivre des mois de phantasmes.  Un vrai poême. Un hymne à la beauté juste d’exister.  Il me souriait de plus en plus. Il n’y avait plus de doute, on se voulait et on savait tous les deux ce que l’on recherchait.  Il suffisait dorénavant de pousser l’audace jusqu’à la concrétisation de nos désirs.
     Il se mit à me regarder à la hauteur de la ceinture ?  Était-ce un message ?  Je fis de même, en y ajoutant, la main qui me grattait le paquet.  Il le fit aussi.  J’avais la certitude que ce n’était pas mon imagination.  Le hasard ? Qu’un moyen de le savoir.  Je pris mon portefeuille et lui montrer l’argent.  Il me fit signe que oui.  À mon tour, je lui fis signe qu’on débarquerait  à la prochaine station. Il s’approcha de la porte.      
    C’était un chérubin !  Sa peau un peu brunie, très peu, semblait si douce que je voulais la toucher — j’ai toujours eu regards et touchers très rapides , question de perspicacité — Une mèche blonde coulait au-dessus de ses yeux , et adorablement, il s’amusait à en détourner le cours, la remontant un peu sur son front du revers de la main.  Il était adorable.  Une passion , un désir céleste.  Et moi, qui ne peut pas retenir mes élans vers ce qui me semble  si féérique, si beau, j’engageai la conversation.  Je n’avais plus peur.  Tout était clair.
      Nous avons quitté le métro à la station Peel. Et, nous sommes entrés immédiatement au restaurant Bankoof, qui n’existe plus aujourd’hui, pour compléter notre connaissance de l’autre.  Je savais , dès lors , que je ne me rendrais certainement pas travailler à temps, mais je m’en floutais :  j’étais avec le plus beau petit gars du monde.  Daniel m’invita à le suivre.  Dans les toilettes, il me montra ce que ses pantalons dissimulaient si bien.  Sa petite bite était plus que charmante.  Ses deux pouces et demi se gonflèrent rapidement, atteignant quatre pouces, raide comme une barre de fer  et un petit prépuce qui couvrait une majeure partie du gland.  Je le tâtai.  Tout mon corps tremblotait d’excitation.  Je la portai à ma bouche, puis, une idée, un  éclair ,  je lui demandai  s’il voulait venir chez moi où je vivais seul en appartement.  Quel bonheur !  Il accepta immédiatement, sans la moindre objection.  Tout au long du trajet, il eut un silence de désert, mais une fusilla de regards et d’échange de sourires. ( À suivre  question de tondre le gazon entre deux pluies.  Il pleut, donc, on continue ce récit) .         
        Rendu chez moi, Daniel se dévêtit complètement et se jeta sur mon lit.  Il était adorable.  Je frissonnais de désirs, mais en même temps je savourais cette première dans ma vie de voir un  jeune garçon étendu sur le dos, flambant nu et souriant d’invitations. Le 34 et demi suivit immédiatement.  Il était ravi de la fugue que j’y mettais.  Cependant, j’ai remarqué qu’il semblait dédaigner quand je le caressais, me ramenant toujours à le sucer avec frénésie.  C’était ce qu’il qu’’il aimait définitivement le mieux.           
— Daniel, t’es divin.  J’aime tant tes cheveux et ta bouche.  Aimes-tu les garçons, toi aussi ?
— Non, je suis indifférent.  Je préfère les filles.  Et toi ?
— C’est évident,  il me semble.        
   Je souris.  Même si c’était péché mortel, même s’il avait été Satan en personne, je l’aurais quand même sucé.  Je le regardais.  Je savourais ma première chance de voir un aussi beau garçon , nu, étendu sur mon lit, les jambes légèrement écartées.  En posant ma main, sur sa cuisse, je frémis à nouveau.  C’était trop beau pour être vrai. Tellement beau , que je ne savais pas quoi dire.  C’était l’extase. De temps en temps, je lui passais l’autre main dans les cheveux, sur sa main ou son bras.  Je me sentais affreusement gauche. 
  Habituellement, je n’aime pas embrasser.  Peut-être parce que petit  j’y voyais là le pire des péchés et que sans le savoir j’étais encore victime de ce lavage de conscience.  Mais lui, sans trop savoir pourquoi, j’en avais envie.  J’y prenais plaisir; mais quand je l’embrassais, il grimaçait et bougeait le bout du nez.
— Pourquoi grimaces-tu ainsi ?  Tu as dédain de moi ?
— Non, mais tu es le premier gars qui m’embrasse et ça me fait tout drôle.
   Pour me faire excuser, je commençai à voyager ma langue sur tout son corps. Ça le chatouillait et l’excitait.  Il aimait cette petite sensation de décharge électrique quand la langue se faufile dans les endroits plus sensibles.  Il me saisit la tête et me demanda de lui faire à nouveau un 34 et demi.  Je m’exécutai immédiatement, m’organisant cette fois, de faire le mouvement plus rapidement, en lui pressant les fesses dans mes mains et leur imprégnant un mouvement de va et vient plus rapide. Daniel était fou de jouir ainsi. Ce que nous firent trois fois, au cours des heures passées ensemble.

(Parlant de manger, je dois aller dîner et puis, peut-être, couper le gazon, à bientôt.  Voilà, c’est fait. J’ai pu couper mon gazon, aller prendre une marche avec Benji, aller m’acheter un pain « baguette » pour aller avec mon Brie, me reposer un peu et j’ai maintenant une petite demi- heure, avant d’aller voir mes émissions de télévision.  J’en profite pour boire un peu de vin , car je suis seul. Mon frère est parti chez sa fille, garder son petit-fils… Je ne bois pas quand il est là, une entente quand je me suis amené chez lui : jamais de boisson à la maison… un compromis .  Mais seul , je me le permets et il le sait ). 
   J’essayai d’engager la conversation.  Je voulais être en parfaite communion avec lui. Je le percevais déjà comme un cadeau du ciel , un signe que je n’étais pas si méchant , simplement parce que j’aime les garçons.  Ce n’est pas parce que j’aimais tâter des petits moineaux que je faisais un mal irréparable,  C’était peut-être une curiosité un peu maladive, mais elle n’avait rien de dangereux, bien au contraire. Je n’ai jamais vu un garçon qui n’aimait pas ça, même ceux qui ont été forcés à me dénoncer.        
— T’es bon en classe ?   
— J’ai passé de justesse. Je n’aime pas l’école.      
   Sa réponse me déplut, une première déception.  Je voulais aimer un garçon très intelligent, plus intelligent que les autres, mais il était si joli que j’étais prêt à lui pardonner.  Je n’aurai qu’à l’intéresser à son avenir. 
    Je l’embrassai de nouveau, ce que je ne faisais jamais, mais avec lui, on dirait que toutes mes passions s’ouvraient comme une fleur.  Il grimaça et remua le bout du nez.        
— Je t’écœure ?    
— Non , c’est la première fois qu’un gars m’embrasse et ça me fait tout drôle.
—  Je suis peut-être un peu trop vieux pour toi ?  Tu le regrettes peut-être …
— T’es complètement fou.  J’aime bien ça au contraire.  Je ne te trouve pas assez vicieux.      
— T’es tellement beau … Je voudrais, vois-tu, aimer quelqu’un pour toujours. Pas une aventure d’un jour.  Pas comme on aime d’habitude.  Je veux te voir souvent , te passer la main dans les cheveux — j’aime tant te passer la main dans les cheveux — et t’embrasser aussi souvent que j’en ai envie.  Pas de bestialité, genre enculage ou du moins, pas plus que juste essayer.  Je te montrerai la poésie. Je te ferai connaître mes qualités. Nous sortirons souvent ensemble.  C’est malheureux que pour l’école on ait pas les mêmes goûts.  J’aurais pu t’aider à suivre des cours, aller aux concerts, au théâtre, au cinéma avec toi … Je cherche un ami.     
— J’aime le cinéma.       
–Voilà quelque chose de positif.  Nous irons ensemble.  N’aie pas peur, je vais tout payer.   
   Et, alors , avec ses quatorze ans, il me parla de ses parents séparés, de la bicyclette espérée ( et que je lui achetais déjà) de sa future deuxième mère, de sa vocation prochaine d’aviateur.  Je le regardais. Je buvais chaque parole comme les vérités de l’Évangile.  J’étais un peu nerveux, comme délivré d’une longue nuit qui aurait enfermé tout mon être jusqu’à ce jour.  C’était bon !  J’étais enfin libre ! Je ressentais pour la première fois ce bien-être quasi-divin, d’être ce que je suis vraiment, sans fard.  J’étais ébahi de pouvoir communiquer avec un petit gars. J’avais rêvé ce moment depuis des années. Ça me semblait tenir du miracle.  J’étais délivré et c’est avec ivresse que pour la première fois de ma vie, je disais à quelqu’un le portrait que je me faisais de moi.  Je voulais tellement son bien que je le mis en garde contre ce besoin sexuel qui me dévorait et je lui racontai que j’avais déjà fait de la prison pour quelque chose de semblable.  Je l’aimais tant , je ne pouvais pas lui faire de mal.  Je devais être absolument franc.  Ainsi, il connut le gars tirailler par ses désirs et la sainte peur du péché.  Je lui raconté mes peines et mon désir de devenir un jour quel qu’un .  Il m’écoutait sourire aux lèvres et les yeux éblouissants.  Je goûtais de tout mon corps, ce petit être fragile et souvent malheureux.         
   Tout était devenu miraculeusement facile à exprimer , de sortir enfin tout ce que j’emmagasinais d’horreur intérieure depuis le début de mon adolescence.  J’ai discuté avec Daniel de ma peur que ce geste ne le marque négativement plus tard, comme les saintes nitouches essayaient de le faire croire.  Comment croire des gens qui nous ont toujours menti avec leur chasteté , leur contrôle de sa sexualité ?    À chaque mot, Daniel semblait plus près de moi, plus intime.  Il me demanda s’il pourrait amener sa blonde quand il reviendrait me revoir.  J’acceptai bien évidemment, car , dans ma tête, je ne devais jamais changer l’orientation sexuelle d’un jeune que j’aimerais , quitte si cela était possible de changer moi-même pour être certain que j’aimais je ne ferais le moindre mal à un petit avec qui je vivais une aventure sexuelle.  Je lui donnais tout ce qu’il m’était possible d’offrir.  Et je cueillais des images : ses yeux, son sourire, sa mèche de cheveux blonds sur son front et son merveilleux petit corps nu, étendu sur mon lit.    
      J’ai tellement goûté ces minutes ! J’en ai oublié le travail risquant d’être encore une fois chômeur et encore une fois aux prises avec des problèmes financiers… les finances seront mon pire cauchemar toute ma vie, quoique je ne fus jamais  
privé de l’essentiel.  Je ne fais que dix pour cent de ce qui me tente.  Ça coûte trop cher voyager et je suis trop vieux pour repartir sur le pouce.
    Tout à coup , il décida de se rhabiller et de s’en aller.  C’était si soudain, comme s’il venait de recevoir un ordre.  Il était las, disait-il. Il me promit un retour très prochain et cette fois c’est lui qui m’embrassa avec passion.  Il me fixa et me dit :      
— Merci !  Grâce à toi, ma vie d’enfer vient d’être transformée en quelques heures de paradis.          
     Il me ré embrassa, mais cette fois comme d’habitude, il branla le nez et sortit.
   C’est alors, en repensant aux premières minutes dans le lit, que je l’ai surnommé :  » Mon petit passif « .      
     Malheureusement, il ne revînt jamais,  Je l’ai cherché partout.  J’ai téléphoné à tous les … des pages jaunes, rien, impossible de le retrouver.  J’ai même raconté notre aventure dans des poèmes.  Je me disais que si j’étais arrêté , on devrait le faire venir pour témoigner contre moi et qu’ainsi, je pourrais le revoir.  Daniel fut à l’origine de ce qui me semble aujourd’hui le sens de ma vie : écrire enfin la vérité sur ce qui se passe entre un adulte et un petit gars, démentir à jamais que ces relations sont violentes ou que les jeunes aient un jour à en souffrir.  Si plus tard, un jeune subit des séquelles,  c’est que nous vivons dans une société de censure, d’hypocrisie et de médisances. 

Mon chemin fut d’apprendre la vie à travers l’expérience et non les mensonges des curés ou des féministes arriérées que l’on a aujourd’hui quand elles se préoccupent de sexualité.            

Montréal, 1971   

Le temps des cauchemars.

mai 26, 2020

Patrice

Une famille française immigra dans le village voisin de mon patelin, situé en Allemagne, peu de temps avant la guerre. Je voulais la connaître. J’espérais bien rencontrer ces Français pour, peut-être, me faire de vrais amis.

J’arrivais de voyage et la façon française de penser, tout orientée vers la liberté, m’avait fasciné, lors de mon séjour en France.

« Nous avons sûrement, pensais-je, des choses communes, des mondes à découvrir et à partager. »

Rejeté dans mon milieu, puisque je ne parlais pas que de vaches et de camions, il était normal que je cherche chez les proscrits quelqu’un qui me comprenne.

Chez nous, à cette époque, tout étranger était isolé, rejeté.

J’avais seize ans. Je me saoulais déjà, parfois, pour oublier l’absence d’amour dans ma vie.

Chez moi, se toucher, se manifester de l’affection, c’était un crime. Les religions ont toujours rendu les gens débiles quand il s’agit de sexe, puisque leur morale est foncièrement contre-nature. Elles nient l’existence de désirs sexuels chez les jeunes. Pire, les religieux ont trahi l’esprit des Évangiles en inventant le péché de la chair. L’attitude de Jésus face à Marie-Madeleine en est la preuve « Va, et ne pèche plus. Ton amour t’a sauvé », avait-il dit. L’obsession sexuelle des religieux eut pour effet que la violence était moins criminelle que les plaisirs sexuels. Cette folie commençait même à être reprise par le système judiciaire.

Comme bien de mes camarades, je devais changer d’école et me rendre dans un village voisin puisque nous étions devenus trop âgés pour l’école de notre patelin.

Pour me rendre à cette nouvelle école, je devais voyager, matin et soir, en compagnie de garçons et fillettes de mon âge, qui ne m’aimaient guère.

À leur avis, j’étais affreusement dissipé et polisson. En réalité, j’étais aigri. Je connaissais tous les règlements scolaires et je m’amusais à les déjouer.

À mon arrivée à l’école Saint-Antoine, je grimpai les marches de l’école en mâchant de la gomme, même si je savais que cela était défendu. Une institutrice de l’établissement, madame Rossy, me gronda, me faisant remarquer que les habitants de ce village, eux, savaient vivre, contrairement à ceux de mon village.

  — Allez au diable! Après tout, vous n’êtes pas ma titulaire. Vous n’avez aucun droit sur moi.

  — Petit insolent!

L’institutrice s’en retourna vexée : j’avais raison. Mais, il était évident qu’elle chercherait à obtenir sa vengeance.

J’ai commencé les cours avec enthousiasme : mon institutrice avait à peine plus de vingt ans. Elle était très jolie. Je la désirais. Ma petite surdité, pour une fois, me permettrait de profiter de la situation. Je l’invoquai pour justifier de devoir m’asseoir tout près d’elle. Tout au long de mes cours, je l’observais en cobra. Je mangeais chacun de ses gestes, je buvais la musique de sa voix. Elle me fascinait et elle le savait.

Cependant, dès la première récréation, je sentis un amoncellement de nuages carbonisés entre les gens de mon village et ceux de Kleinburg, notre village hôte.

Il était évident que les morveux, comme on avait surnommé les jeunes de Kleinburg, voulaient déclencher une bataille de clan pour prouver à tous ces nouveaux arrivants leur supériorité sur eux.

J’étais passionné par la tentative quand, l’un de ceux que je croyais des leurs, commença à recevoir une correction qui ne me semblait pas au programme.

Tout à côté, il y avait un petit groupe de jeunes qui se lamentaient, voyant ce qu’un des leurs subissait. Je reconnus immédiatement les accents de la langue française. L’enfant battu devait être aussi de la famille.

Dans le groupe de partisans, je remarquai un tout petit bonhomme : joli, blond, le visage rond. Il me rappelait exactement l’enfant que j’aurais voulu être si j’avais choisi mon visage. Je buvais d’une âme complice son petit air de pitié.

Le match se termina sous les rires et les applaudissements des jeunes de Kleinburg. Dans l’autre groupe, le petit blond pleurait comme une Madeleine, mais il n’en était pas moins beau. Je buvais d’une âme complice son petit air d’ange, abandonné sur terre.

Le vainqueur s’avança devant la famille éplorée et leur cria en allemand :

  — Maudits Français! Si l’un de vous se croit plus fort, plus malin que moi, qu’il vienne, je le tue. Ici, c’est moi le champion, c’est moi le maître de l’école! Qu’on se le dise!

Les deux clans durent applaudir et lui manifester son admiration. J’avais le coeur en feu.

Je rompis les rangs et j’hurlai :

  — Si je te casse la gueule, écoeurant, tu les laisseras tranquilles?

Mon intervention, à n’en pas douter, provoquait bien des émois : n’étais-je pas moi aussi un de ces maudits étrangers?

Le fier-à-bras s’avança, me toisa, se mit à rire.

  — Pourquoi pas? Tu penses me faire peur?

  — Jure que si je te bats, tu ne les toucheras plus jamais.

  — Juré! Ça te suffit? Viens maintenant, je vais t’apprendre à te mêler de tes affaires, petit con!

Les spectateurs se mirent à rire de bon coeur. On se moqua de moi. J’étais petit et laid. Je donnais corps aux sarcasmes. « Enfin! Une guerre des chefs », pensait-on.

Après tout, dans une école, au début de l’année, n’est-il pas normal que chaque clan, chaque aspirant à diriger, fasse ses preuves pour dominer le reste de l’année?

Le combat commença. J’y mis tant d’énergie qu’au bout de quelques minutes à peine, mon adversaire avait le visage en sang et me suppliait d’arrêter de frapper. J’étais un excellent boxeur. Profitant de sa faiblesse, je m’enroulai à lui, en le tenant par derrière, et je le précipitai par terre. 

En un rien de temps, j’ai défait sa ceinture, baissé ses culottes et son short, puis je le forçai à se relever. Il pleurait et essayait de se cacher, mais je le ramenai les bras derrière lui et le fit piloter sur lui-même pour que chacun puisse voir son petit moineau. Je saisis ensuite son sexe et je dis sur un ton de défi :

  — Il n’est pas très développé, votre chef!

Les spectateurs ahuris et ébahis ricanèrent. Je lâchai prise. Il se sauva en remontant péniblement son pantalon d’une main, essuyant le sang qui coulait de son nez, de l’autre.

Je sortais triomphant de cette première épreuve. J’appris par la suite, que sans le savoir, j’avais flanqué une raclée à mon propre cousin. Cela n’avait pas d’importance, je me rapprochais du petit qui avait su attirer mon attention par sa beauté.


  — Avant de toucher à l’un d’eux, criai-je à la foule fébrile, il faudra me marcher sur le corps!

La semaine s’écoula sans autre incident, sinon que l’on discutait ferme chez l’ennemi pour trouver un moyen de me remettre à ma place. Il était inadmissible pour eux qu’un étranger devienne le coq de l’école.

Aux récréations, je discutais avec le plus vieux des Français, tout en regardant sans cesse du coin de l’œil, son frère cadet.

* * * * *

Patrice était plus jeune que moi. Je le trouvais de plus en plus beau. J’en étais déjà follement amoureux. J’aurais aimé devenir son frère ou son père juste pour jouir constamment de sa compagnie.

Le lendemain, les autres avaient inventé un jeu de cheval et chevalier. Il ne se pratiquait pas chez moi, dans mon village. J’en profitai pour demander à Patrice d’embarquer sur mes épaules et de devenir mon chevalier. Ses rires me ravissaient. J’avais l’âme emplie de joie. Le timbre de sa voix et son accent français achevèrent ma conquête.

Je lui aurais donné le monde si je l’avais pu. J’étais entièrement conquis. Il était mon chevalier depuis le moment où je l’avais aperçu. Le soir, et tout au long de la journée, je devais combattre l’image de sa figure qui bondissait dans ma tête quand j’essayais de me concentrer sur mes études. Je l’adorais. Notre amitié explosait dans ces jeux. Il provoquait en moi des désirs d’une sensualité, d’une volupté que je n’avais jamais connue jusqu’alors. Non seulement sa beauté me possédait, mais sa gaîté me fascinait.

Patrice m’obsédait. Je lui écrivis ces deux poèmes :

Mon bel enfant, mon bel amour

Carillon dans ma vie terne

Sur mes épaules la vie chevauche

Gaieté promise par ta présence

Fraîcheur ultime de ta beauté.

et :

J’ai ton corps qui se tend

Tes vertèbres qui se gonflent

J’ai l’haleine d’un gamin

Un oui- oui éternel.

Entre les dents et sous les doigts

J’ai un rien qui s’emballe

Le coeur chavire

La tête explose

Je serai libre avec toi

Bel enfant pâmé sous ma langue.

Je rougis en relisant ce dernier poème et en remarquant qu’il était presque pornographique. La situation ne correspondait pas à ce désir libéré en moi. Je déchirai les deux textes. Je ne voulais pas salir cette belle amitié, comme si les désirs charnels étaient mauvais. Le lavage de cerveau religieux, est réalisé durant l’enfance, pour que la victime ne puisse en rien contredire à ce qu’on lui apprend, d’autant plus que les adultes y prêtent une importance démesurée, ce qui apporte aux scrupules une raison de plus d’exister.

Cet interdit avait quand même eut prise sur mon petit cerveau. Comme tous les jeunes, je croyais aussi que l’amour charnel est condamnable. N’était-ce pas le credo des adultes? Un rejet de notre réalité d’être sexué.

Un samedi, je commençai ce qui devait par la suite devenir une habitude : me rendre chez les Français où l’on participait à toutes sortes de jeux. Pour faire plaisir à Patrice et à son frère aîné, j’ai accepté de visiter ce qui, pour eux, était la plus belle forêt de la région. Je découvrais le langage des couleurs, le silence des extases.

Patrice, ayant aimé l’expérience de chevalier, me demandait souvent de la répéter. J’aimais comment il prononçait mon nom. Son regard quand il me demandait quelque chose. Patrice avait déjà pris plus de place dans mon petit cerveau que mes lectures nocturnes concernant les astres. Je n’avais plus besoin de chercher à tenir compagnie à la lune dans mes rêveries ou à me laisser séduire par la Voie lactée, Patrice comblait tous mes besoins.

Une amitié sincère et pure nous enfermait dans un monde bien à nous. Il me fallait sans cesse découvrir quelque chose de nouveau pour nous rapprocher davantage et créer entre nous un lien purement exclusif.

Mes visites aussi fréquentes que possible dans sa famille avaient une ombre : son père. Selon les racontars, celui-ci critiquait sans cesse la religion, ce qui scandalisait mes parents.

Les tirades de son père avaient peut-être moins d’importance dans mon esprit que ma jalousie à son égard: il était maître de Patrice. Moi aussi, j’aurais voulu travailler pour le vêtir, lui donner à manger, en être responsable, pour l’avoir toujours avec moi.

Mes parents ne voyaient pas cette nouvelle amitié du même oeil. J’étais Allemand et luthérien, lui, Français et Juif. J’avais 16 ans, il était un peu plus jeune que moi. En secret, on craignait que je le préfère aux filles. Quelle honte que d’avoir un enfant homosexuel!

Au Premier de l’an, mon grand-père s’approcha de moi. Il avait les larmes aux yeux. Il me supplia d’abandonner ces visites chez des damnés. J’aurais voulu serrer mon grand-père contre moi, ne pas dissimuler mes larmes et lui dire :


  — C’est au-delà de mes forces. Si jamais Dieu est bon, il ne peut pas condamner Patrice d’être Juif, car je n’y voyais là que la seule raison de le rejeter.

J’admirais mon grand-père pour son ardeur au travail. Cette demande creusait un fossé de plus en plus profond entre lui et moi : pour lui, le travail était la vertu par excellence, après tout ne fallait-il pas mériter son ciel? Moi, je me sentais pur, il me semblait plus important d’aimer que de diviser les gens grâce à la religion. Le plus grand des principes, ne devait-il pas être « Aime ton prochain comme toi-même pour l’amour de Dieu » Avec ou sans sexe, l’amour est la plus haute forme de pureté.

Ma famille commença à me traiter comme une bête noire, un enfant qui tourne mal. Entre Dieu et Patrice, je préférais Patrice.

* * * * *

Ma fascination pour ce petit gars ne passa pas inaperçue à l’école. Les filles se froissaient de mes relations illicites. Elles étaient tellement jalouses qu’elles commencèrent à me traiter de pédé et Dieu sait si ce terme me répugnait. Cette hargne venait surtout de Solange, une jeune fille qui voulait m’envoûter et me posséder. Elle pensait, en me méprisant, attirer mon attention. Trop de haine conduit à l’amour.

Solange ne ménageait rien pour me vexer. En entrant en classe, elle me demandait sans cesse comment se portaient mes amours avec Patrice qu’elle appelait ton petit circoncis. Elle me criait des sobriquets et s’attardait à ridiculiser Patrice :

  — Tu pourrais au moins prendre une fille de ton âge plutôt que ce petit minable, disait-elle.

Tout le monde la trouvait bien drôle.

Je ne pouvais accepter son mépris. Dans mon milieu, la chair était proscrite. La hantise de la beauté de Patrice s’accentuait avec les méchancetés de Solange et faisait surgir en moi un désir de plus en plus charnel. Parfois, je doutais de la pureté de mes relations, car je lui aurais volontiers visité l’entrejambe.

Je me culpabilisais pour ce crime inexistant, s’il y a crime à s’aimer entre garçons et se le manifester par des gestes sexuels. Mais, ce tabou implanté par notre éducation depuis la tendre enfance, ravageait tous les cerveaux, comme si nous, les jeunes, n’avions pas le droit de vivre nos désirs, même sexuels.

Le soir, je m’enfermais dans ma chambre. Je pleurais. Je m’imposais des sacrifices pour me prouver la mauvaise foi de Solange, la laideur de sa jalousie. Mes visites à Patrice anéantissaient mes scrupules. Puis, je redoutais de moi. Je me divisais. Rien ne changeait. J’aimais cet amour et mes sacrifices n’avaient aucun sens : pourquoi me déculpabiliser d’un mal qui n’existe pas? Patrice n’était pas le mal, c’était l’amour, la passion.

Tout un chacun s’acharnait à rompre cette amitié au nom de la religion. Les commères de la région se gorgeaient des horreurs religieuses commises par le père de Patrice et blâmaient ma famille de me laisser fréquenter d’aussi mauvaises gens.

Cette situation me révoltait. J’étais un vrai tigre en classe. Je criais à Solange des « va te faire f… », gros comme le bras. Chaque jour, entre nous, la guerre franchissait un pas de plus. 

Au cours d’un après-midi, Solange vint barbouiller mon manteau avec la brosse du tableau. Je fus pris de colère. Je saisis la brosse et je lui tirai par la tête. Elle ne parvint pas au but et atterrit à quelques pouces de la tête de mon institutrice! J’étais humilié. Je l’aimais mon institutrice. Elle me retenait en punition aux récréations pour me confier ses peines d’amour. Mes excuses suffirent à clore l’incident. Cependant, tous les autres élèves écoutaient maintenant Solange déblatérer à mon sujet. « J’étais une tapette qui faisait semblant d’être normal.»

La situation alla de mal en pis. Je me querellai avec un camarade au sujet de Patrice et madame Rossy profita de cette occasion malencontreuse pour me gourmander.

Je l’ai reluquée. Elle a explosé. Elle m’a giflé. Je la saisis par les épaules, la poussai sur la rampe au-dessus de l’escalier en lui criant :

  — Veux-tu descendre sur la tête? Frappe-moi encore!

Tout était fini. D’un moment à l’autre, j’allais être flanqué à la porte de l’école.

 Alors que j’étais en punition seul dans un coin, Solange se présenta, s’approcha et, d’un coup, me mit la main sur le pénis.

  — Tu peux le garder pour toi et ton petit Patrice!

Elle se rendit vite compte que ce geste me fit aussitôt bander.

  — Dommage! J’en trouverai un autre. Pas si mal, finalement!

Sidéré, je me laissais tâter avec plaisir. « Est-ce que le plaisir appartient à un sexe en particulier ? »Pensais-je.

                    *****

Plus tard, mon institutrice expliqua à mon père les causes de mon renvoi.

Ce dernier, ivre de colère, saisit un fouet et me roua de coups. Je l’ai laissé faire. Il avait raison de me battre : j’étais celui de la maison qui créait le plus de problèmes. Si je n’avais pas cru mériter cette première raclée de ma vie, je me serais défendu, malgré la force de mon père.

Mes cicatrices eurent raison de ma titulaire. On me réaccepta à l’école. Évidemment, on accusait mes relations françaises d’être certainement animées par le diable.

J’avais promis d’être plus sage, de ne plus tenir compte de la présence de Solange. Malgré ma promesse, j’ai continué de fréquenter Patrice. Mes amours furent seulement plus discrètes et plus charnelles.

* * * * *

À l’été, un événement transforma ma vie : je fus engagé dans un journal, à titre d’apprenti journaliste, à la suite d’un concours de journalisme que j’avais remporté à l’école. Ayant été accepté à l’université, le propriétaire du quotidien m’avait promis de financer mes études. Même si ma famille était assez riche, elle ne pouvait pas fournir des études supérieures à tous. Nous étions trop nombreux. J’étais comblé! Cependant, il me fallait quitter mon patelin et ça m’éloignait de Patrice. 

 « Dorénavant, je ne pourrai le voir que les fins de semaine, mais je serai plus riche. Je pourrai lui acheter tout ce qu’il désire », pensais-je.

Malheureusement, un mois plus tard, la famille de Patrice quitta le pays sans avertir et sans laisser d’adresse.

Je suis entré au journal comme dans un cénacle. Plus rien de commun n’existait entre ma vie passée et cette nouvelle vie.

Auparavant, je devais me taire, m’écarter pour ne pas déranger les adultes, m’étouffer pour ne pas être ridiculisé à cause de mes goûts : au journal, je devais apprendre à foncer, à produire et à m’imposer.

Je me sentais inférieur à mes confrères. Je n’avais aucune confiance en moi. J’écoutais les discours sur la littérature ou la philosophie et je ne comprenais rien. La poésie disait bien mes états d’âme :

Les forêts sont sans vie

Les rivières sans poisson

Un oiseau vole seul

Dans un ciel sans nuage

Les ailes brûlées

Sous un soleil torride.

Le monde politique à mes yeux si beau, si parfait, m’ouvrait ses portes. Hélas! Je découvrais avec répugnance un vaste tas d’immondices. On m’avait menti sur la réalité de la société.

Dans un journal, pour ne pas mourir de chagrin ou d’anxiété, il faut concevoir l’homme comme un objet dont les malheurs continus permettent la vente de plus d’exemplaires. La mort, la vie, l’amour n’existent pas : le journal reflète la réalité crue des événements. Il n’y a pas place à la sensiblerie ou au romantisme. Plus le cas est sadique, plus il sera intéressant. Ce n’était pas comme je l’avais toujours cru : un troisième pouvoir au service du peuple ou d’un idéal, c’était plutôt un commerce. Un vulgaire jeu de pouvoir. Le journal faisait partie intégrante des structures de la société capitaliste.

J’ai vite perdu mes illusions et simultanément le mirage de mes possibilités. Pour mener à bien un projet, il faut une coopération qui existe rarement. Les défauts d’une société hautement matérialiste m’accaparaient, mais je les buvais sans réagir.

La déshumanisation était de mode. Pour qu’un article soit bon, il fallait du sang et du sexe, que la misère soit grande. Plus il y avait de morts, plus l’affaire était sexuelle, plus le texte était bon. Tout ce qui pouvait être intellectuel ou viser à diriger la transformation, d’un monde en mutation vers un avenir plus libre, plus épanoui, était complètement banni.

Si l’on conservait un semblant de responsabilité, c’était pour empêcher le lecteur de comprendre et pourvoir ainsi continuer à exploiter son imbécillité sociale. Le lecteur était perçu comme un consommateur ignorant et insignifiant, rien d’autre. La foule dans l’arène romaine.

Son développement n’avait pas d’importance. Les tabous étaient protégés et les dirigeants pouvaient ainsi facilement continuer à les exploiter et les manipuler. Ils savaient que les opposants à la philosophie du journal finiraient par se ranger avec eux, n’ayant pas d’autre alternative.

Le plus grand problème des pays matérialistes résidait dans cette folie collective de l’assimilation, de la conformité. Les normes ne permettaient pas de penser différemment de la majorité. C’était la grande aliénation. Le pouvoir venait d’en haut et se protégeait de toute critique.

La vie était ainsi une vaste chambre d’apesanteur où n’importe quel but aurait suffi à combler le vide. Certains le comprirent vite.

J’étais l’un de ceux-là. En quittant Patrice, j’avais tué en moi tout sentiment. Depuis, je m’étais habitué comme journaliste à considérer les hommes comme des consommateurs sans importance, des inférieurs à exploiter. J’avais appris à mépriser l’homme. La sexualité a une tendresse qui permet d’être attiré par un autre et j’avais tué cette faculté pour ne pas souffrir de l’absence de mon petit Patrice adoré.

* * * * *

J’ai trouvé l’occasion rêvée de me parfaire et de me réaliser en m’enrôlant dans le parti nazi.

J’aimais  Hitler : il créait une Allemagne digne de nous. Vaste. Puissante. Capable de résister aux banques qui essayaient de nous étrangler. C’était du moins ce que l’on nous faisait croire.

Avec lui, notre divinité et notre désir d’une race supérieure s’affermissaient.

Si, au début, je trouvais le mouvement un peu fanatique, celui-ci en revanche me permettait de dissimuler mon complexe d’infériorité.

Si je travaillais à me perfectionner en vue du plus grand bien de ma société, certains autres avaient compris ma folie : compenser l’amour déçu. Pour oublier l’aventure avec Patrice, je devais éliminer en moi toute forme de sensibilité. Tuer ma mémoire. Devenir un vrai fonctionnaire. Obéir sans réfléchir.

Le parti se servait de moi. J’étais un jouet docile entre ses mains. C’était un rôle noble. On m’appointa à mille missions jugées impossibles. J’échouais en partie, mais j’avais l’impression que chaque échec me grandissait.

Malgré ma renommée grandissante, je ne voyais vraiment pas comment j’arriverais ainsi à poser ma marque. Je devins plus paranoïaque. Cela m’aidait à ne pas voir mes vraies faiblesses.

Je me suis ainsi créé une nouvelle personnalité. Une personnalité qui devait gagner toujours.

Je forgeais mon caractère. J’encaissais mes défaites, mais les autorités ne pouvaient pas s’attendre à un autre résultat, car c’était inéluctable.

Des défaites partielles pavaient la voie à une transformation profonde, très profonde de mon être intérieur.

Cependant, mes demi-succès les étonnaient. Ils arrivaient difficilement à croire que je parvenais presque toujours à réaliser presque parfaitement la mission que l’on m’avait confiée. C’était presque au-dessus de l’entendement. Moi, par contre, je me révoltais contre ma mollesse. Je me promettais de me venger, d’un jour détenir le pouvoir absolu. Je notai dans mon journal personnel :

Je crie dans le désert

Homme… liberté!

Les cités sont des braises

Et souffle le vent de mer…

Ô quels spectacles seront

Ces feux de forêt!

Je m’enfonçais. Je me laissais aller puisque le succès ne venait pas assez vite.

J’ai commencé à boire. L’alcool devenait une compensation à ma déshumanisation. Le mot amour était dorénavant banni de mon langage. C’était mon ennemi.

J’ai découvert ma vocation dans cette lâcheté. Mon rôle dans le parti me fut assigné selon ma valeur : fabriquer les plans pour robotiser la population. Un peuple qui pense est un peuple dangereux.

Les méthodes pour y parvenir étaient multiples. Et, malgré mon très jeune âge, j’étais admiré en haut lieu.

Il fallait trouver un coupable à nos maux nationaux d’où fut lancée l’idée de répandre la haine entre les protestants et les Juifs.

Mes credo devaient être destructeurs : le désespoir se mariait à la misère, la sécheresse de l’idéal donnait place à la finance et l’exploitation de l’égoïsme. Mes plans de déshumanisation furent vite mis en pratique dans des régions pilotes.

Afin d’arriver à des résultats rapides, il fallait accélérer la haine des Juifs. Créer un danger de taille. Que cette haine soit nourrie par des préjugés allait de soi.

Nous nous sommes simultanément servis des données de toutes nos expériences pour engendrer la violence. Nous avons eu recours aux religions pour endormir les gens.

« En tuant Éros, on annihile l’esprit créateur », devint le mot d’ordre. Tout le monde devait devenir identique. Haïr son corps, c’est déjà reconnaître sa petitesse. On faisait ensuite appel à la perfection à atteindre pour mieux faire ressortir notre culpabilité alimentée par notre haine de tout éveil sexuel, sachant que personne ne peut ainsi échapper à la culpabilité.. La folie de la pureté était devenue une recherche personnelle pour améliorer la race.

Une violente crise économique devait soutenir cette première stratégie. Elle jetterait la population dans le désarroi au point d’espérer un sauveur quel qu’il soit. Les hommes pour éviter tout effort acceptent facilement de s’inventer des dieux.

Cependant, pour faire taire l’ennemi, il fallait bien laisser miroiter cette grande farce qu’est la démocratie puisque la démocratie n’est possible que si le peuple est éduqué et capable de comprendre tous les enjeux. Notre force était bien, au contraire, de lui faire comprendre tout ce que l’on voulait. Il fallait donc concentrer la presse, la dominer, la forcer à toujours dire la même chose, tout en faisant semblant de diverger d’opinion. Créer la peur de tous ceux qui nous entourent. Voir des Juifs partout et les rendre responsables de toutes nos inepties. Ces divergences ne devaient toucher que des domaines très secondaires et incapables de créer des mouvements de panique ou de conscience trop profonds.

Je ne savais pas où toute cette affaire pouvait conduire. Pourtant, un jour ou l’autre, la violence éclaterait et déchirerait le pays. Alors, nous serons les maîtres comme nous nous y étions préparés. Notre violence dominera.

Pour activer davantage la haine des Juifs, nous avons décidé de les confondre mentalement à tout ce qui touche à l’argent. Un bon moyen de les rendre encore plus responsables de la misère des autres. On inventa le pire des préjugés : Tout le monde sait que les Juifs dirigent la finance et positionnent tous les pays sur l’échiquier de la politique. Qui possède la richesse possède le monde. Les Juifs étaient ainsi responsables de tous les problèmes sociaux évidemment.

J’écoutais les dirigeants gaver simultanément la population de sentiments ultramontains, ultranationalistes, afin de dissimuler les véritables enjeux économiques. J’étais sans cesse surpris de la naïveté avec laquelle le peuple buvait tout ce qu’on voulait leur faire croire. Dieu est une brique d’or.

Au journal, il était impossible de critiquer les idées politiques d’Hitler ou si nous pouvions le faire, c’était pour améliorer la stratégie et non pour réellement critiquer cette autorité. Il était impossible dans ce scénario de faire exploser la vérité. Tous les médias étaient contrôlés. Sous prétexte de se défendre contre l’anarchie, on écartait la possibilité d’avoir une pensée pluraliste. C’était déjà la dictature idéologique.

Mon ascension au sein du pouvoir établi ne calmait pas mes besoins.

Le soir, je m’évadais au club où j’allais contempler la déchéance humaine. Je constatais que la culpabilité est une force atomique du pouvoir. Je me fis plus discret.

Il était trop tard pour défendre les libertés individuelles. De toute façon, j’étais avalé. J’étais mort à mes besoins d’amour les plus fondamentaux, ceux qui définissent ta réalité.

Invité par un supérieur, je me rendis à un club. Nous nous dirigeâmes vers un salon particulier. Nous y avons visualisé une scène dans laquelle on maltraitait les femmes.

  — C’est du sang dont nous avons besoin maintenant. Nous avons trouvé en vous l’existence de grandes qualités, de dire mon supérieur. Je suis ravi de voir que la souffrance des autres ne vous atteint pas. Vous êtes rendu à un très rare degré de spiritualité.

– L’autorité est celle qui peut définir la liberté des autres, dis-je, avec un sourire ironique.  

– Il faut faire croire que ce sont eux la source de tous nos problèmes et que leur puissance économique, cachée sous le masque religieux, est un perpétuel danger pour nous. Il faut prétendre qu’ils contrôlent le monde et nous écrasent.

Si nous voulons notre liberté, nous devons exterminer tout ce qui est Juif. Incendier leur refuge, brûler notre inconscient collectif pour donner le goût de vengeance au peuple.

Pour nourrir ce goût, il faut avant tout exterminer un groupe de gens que tous haïssent : les homosexuels. Leur extermination sera capable d’engendrer une telle soif de pureté qu’elle nous permettra ensuite de nous attaquer à tout ce que nous définirons comme vermines ou ennemis. Il faut réapprendre les grandes leçons de l’inquisition : Que de tuer soit un geste de purification.

J’acquiesçai à sa proposition. Je flattai même sa logique. Nos rencontres se multiplièrent.

Ce n’était pas mon travail de juger les valeurs philosophiques de mes chefs. J’étais militant pour oublier le seul amour de ma vie : Patrice. Je jalousais la sécheresse désertique de l’âme des dirigeants.

Je ne savais pas où cette lutte en moi s’arrêterait. Je la savais insatiable.

Après de nombreuses séances, l’officier me proposa de travailler à l’extermination du peuple Juif, la source de tous nos malheurs. C’était, disait-il, une mission d’extrême importance qui devait être menée par une main de fer. Anéantir le pouvoir des banques et des fortunes.

J’acceptai, même si je ne me sentais pas à la hauteur de la mission. J’aurais voulu refuser cette fonction, mais j’eus peur de déplaire et payer de ma vie cette lâcheté. J’avais anéanti en moi l’idée qu’un être humain est valable, non par sa race, mais sa dignité d’homme.

Je n’avais pas le choix. Si je refusais de voir souffrir ces femmes et ces enfants, je reconnaissais ma faiblesse et j’acceptais de perdre toute forme d’avenir. Dans une guerre, la vie n’a pas d’importance. Il faut savoir oublier l’individu pour ne songer qu’à la collectivité.

J’ai marché contre ce qui me restait de sentiments. « À force de me mentir, je finirai bien par croire en mes mensonges. »

J’ai donc accepté qu’une race, la mienne, puisse être supérieure à toutes les autres. Il a suffi de six mois d’activités pour me rendre assez fou pour ne plus en douter. Voir des enfants s’évanouir de peur et entendre les lamentations des femmes m’avaient convaincu qu’un peuple n’est digne de vivre que s’il sait mourir dignement.

J’étais devenu un des fonctionnaires les plus respectés. Je me sentais important. Je travaillais à la réalisation d’un des principaux objectifs du parti.

Toujours glorifié par mes collègues, j’ai vite oublié le jour où je cherchais un sens à ma vie. Je ne remettais plus ma situation en question. J’étais devenu quelqu’un, j’avais toujours ressenti ce besoin. J’étais un purificateur de la terre.

* * * * *

Je ne m’étais pas aventuré devant une baraque depuis longtemps. J’avais affermi en moi la mort de tout sentiment, de toutes émotions. Je décidai d’aller voir si mes ordres étaient bien exécutés.

Dans la cour, j’ai aperçu un soldat frappant un jeune homme qu’il amenait à la mort. J’ai d’abord sursauté. J’ai crié au soldat de cesser de le molester. J’avais le coeur qui battait comme un tambour en chamade. Je n’y comprenais rien. D’où me venait cet élan d’humanité? Cet instinct indompté?

Je saisis le jeune homme par les cheveux pour déceler son visage. C’était Patrice.

Je le reconnus immédiatement. Il n’y avait aucun doute possible.

Toute mon enfance m’a envahi d’un coup. Je le revoyais sur mes épaules et j’entendais sa voix. Cette voix qui m’avait tant fasciné. C’était comme un coup de couteau dans ma tête. Je l’écoutais à nouveau me parler des bois, des animaux et des oiseaux qu’il adorait et qu’il m’avait appris à aimer. J’étais alors sur la voie du contemplatif, sur le point de trouver la création extraordinaire. Mais la haine sociale m’en avait écarté. Il ne fallait pas aimer un gars plus jeune que soi.

En le voyant, je comprenais enfin mon vertige. Je savais maintenant ce dont j’avais besoin pour me réhabiliter. J’avais soif d’amitié. Sans elle, je n’étais rien. Je n’étais qu’une machine à tuer.

Travailler pour son pays est peut-être une noble tâche, mais qui aime-t-on? Quel est son nom? Comment est son corps? Quelles sont ses histoires à échanger? Gouverner, c’est beau, mais c’est l’enfer. C’est la solitude. Tout le monde peut vouloir te tuer pour te remplacer. Le pouvoir est le siège de Dieu. Plusieurs devinrent fous juste à s’y asseoir, grisés par l’orgueil. C’est presque l’histoire de l’humanité.

Je n’avais qu’à demander au soldat de le libérer et il se conformerait à mes ordres.

  — Soldat!

  — Oui, mon commandant!

J’ai regardé Patrice à nouveau. J’ai vu en lui tous les Juifs assassinés. Mais j’ai aussi compris qu’en le libérant, je me condamnais à redevenir compatissant.

  — Amenez-le vite! Ordonnai-je.

Je me suis retourné. Je ne reculais plus devant mon devoir. Et je me suis dit : « Enfin! Je suis un surhomme : j’ai réussi à tuer toute trace d’amour en moi. »

Je n’étais même plus conscient que c’est ainsi, en écrasant son authenticité à coup de faussetés, qu’on crée un monstre.

* * * * *

Le temps des cauchemars.

mai 24, 2020

L’arnaque ou le piège de la GRC.

                         Prix Naji Naaman (Liban) .2010

L’ordre, donné à la Gendarmerie Royale du Canada et aux services secrets de l’information du Canada, venait de haut, du bureau du premier ministre du Canada lui-même : il fallait retrouver tous les ex-felquistes et s’assurer qu’aucun ne remplisse de fonction sociale importante ou milite pour la cause de l’indépendance du Québec. Si c’était le cas, il fallait sans faute trouver moyen de les inculper dans un quelconque crime, fût-il imaginaire         .

Le but de cette opération était de prouver comme en 1970 que le Parti Québécois, un parti politique démocratique favorable à l’indépendance du Québec, comptait des membres qui ont déjà cru dans l’emploi de la violence pour le triomphe de leur idéal. On voulait pouvoir resservir l’accusation d’être un parti politique sali par le terrorisme de certains de ses membres.  

L’opération était née pour deux raisons : la réception récente d’un communiqué du Front de Libération du Québec, en Abitibi, en réponse à la provocation raciste des radicaux anglophones de Montréal, communiqué probablement inventé par la GRC elle-même, et la possibilité de renforcer leurs accusations de fascisme contre le milieu nationaliste francophone.        

Le fédéral voulait prouver à tous les pays du monde que le Canada est un pays tellement démocratique qu’il permet aux sécessionnistes de s’exprimer à l’intérieur même de ses institutions, mais en même temps, il devait provoquer les radicaux sécessionnistes de façon à justifier l’emploi de l’armée contre ces derniers dans l’éventualité où un référendum entérinerait la décision du Québec de devenir un pays. Faute de felquistes, puisque ce mouvement est mort dans les années 1970, la GRC devait en inventer un.       

À Val-d’Or, Charles Denis était la cible idéale : il était soupçonné d’être un ex-felquiste, sûrement un sympathisant, et il s’acharnait (même s’il était contesté à l’intérieur des associations patriotiques, sous prétexte qu’il était trop radical) à travailler à l’avènement de l’indépendance du Québec. Il avait même fait parvenir une lettre au premier ministre du Canada, affirmant que de déclarer illégale la sécession du Québec, c’était une incitation à la violence. Pour lui, ce procédé fédéral revenait à appeler les Québécois à devoir prendre les armes, si jamais ils persistaient dans leur rêve. Mais, cela ne suffisait pas. Comment et pourquoi l’incriminer? Il fallait de toute évidence et rapidement le « frimer », comme on dit dans le jargon policier.       

Ce n’était pas facile bien que Charles eut deux handicaps fondamentaux pour s’intégrer à la société : c’était un vrai radical de la liberté, de la non-violence et un libre-penseur. En d’autres termes, un peace and love authentique qui rêvait d’un pays dont la devise pourrait être : Vivre et laisser vivre sans violence.    

Sa conception de la vie tenait à son penchant naturel à l’anarchie…   « Si Dieu, pensait-il, a créé l’homme libre, s’il a puni Lucifer qui contestait ce droit, c’est qu’il refuse que la morale soit dictée par les autres en son nom.   Donc, la liberté est le besoin de plus fondamental de l’homme, un élément tout aussi indispensable qu’aimer et être aimé. »        

Pour Charles. L’anarchie n’était pas le chaos, mais plutôt d’avoir atteint un degré de responsabilisation tel qu’un individu n’a plus besoin de lois pour lui dire comment agir. « La vraie liberté est celle qui se veut responsable de la réalisation du bonheur de l’espèce humaine, en se réalisant soi-même au maximum au profit de l’homme. » Il était viscéralement contre le capitalisme sauvage, car dans ce système, on ne craint pas de tuer hommes, femmes, enfants pour le profit. Quand on a de l’argent et le pouvoir comme seules raisons de vivre, on n’hésite pas à fomenter des guerres pour aboutir à ses fins. Bien des pays d’Afrique en étaient un exemple cuisant.      

Charles était aussi amoureux de la vie, confiant dans l’évolution humaine, il était convaincu qu’il fallait toujours combattre la violence, la pauvreté et le pouvoir abusif. En somme, un poète engagé, devenu un homme d’affaires généreux.   

Pour gagner sa pitance, Charles avait créé une firme d’import — export très prospère, ce qui lui permettait à l’occasion de venir en aide à des familles dans le besoin. Il savait que les systèmes communistes et capitalistes sont finalement la même idéologie, issus des mêmes créatures qui rêvent d’un gouvernement planétaire, d’où toutes ces formes de mondialisation inventées pour rendre l’homme de plus en plus pauvre et esclave de la finance internationale. L’uniformisation.

Il savait aussi qu’en tant qu’individu, même le plus instruit, il ne pouvait rien faire, car la lutte à l’exploitation de l’homme par l’homme ne sera possible que dans un contexte de solidarité mondiale quand l’Homme sera plus important que les profits. Quand tous les pauvres de la planète refuseront de consommer au-delà des besoins de la survie, que la guerre qui permet au système économique de survivre sera impossible, faute de combattant.     

Un autre élément sans doute important pour le système était que depuis trois ans, Charles vivait avec Stéphane, un jeune anarchiste de 19 ans.

Les policiers pensèrent d’abord (ils n’auraient jamais pu faire autrement, ayant toujours par déformation l’esprit tordu) qu’il serait possible de prendre Charles Denis dans une histoire de mœurs. Pour les policiers comme pour les travailleuses sociales de la Direction de la protection de l’Enfance et de la Jeunesse cette nouvelle Gestapo de la morale conventionnelle, il était impossible pour un adulte de vivre avec un adolescent, sans que ce dernier ne soit exploité sexuellement comme si le jeune ne sait pas ce qu’il aime ou non. Leur point de vue est tellement vicieux que toute générosité est suspecte, voire criminelle. Ces nouveaux curés s’imaginent que tous les enfants en contact avec un adulte sont potentiellement en danger. Des malades. L’Inquisition a pensé ainsi durant des siècles.

Cette avenue semblait prometteuse, car quand il s’agit de crime à caractère sexuel, le système est tellement fasciste qu’il ne respecte même pas ses propres règles de droit. Ainsi, tu peux tuer et être présumé innocent, mais dans le cas d’une relation entre un jeune et un adulte, l’accusé est présumé coupable en partant. Dans ce cas, à cause des préjugés sociaux, de l’âge mental de la masse quand il s’agit d’émotions, même la Charte des droits peur être transgressée : plus de droits à l’orientation sexuelle, plus de droits à la vie privée, même plus de droits de dénoncer cette situation ou d’en parler favorablement en tant que pédéraste, d’où l’abolition de la libre expression. Pédéraste, tu es condamné à être pourchassé, à ne pas avoir droit à ta réhabilitation, si tu crois cela nécessaire, en d’autres mots, tu es condamné à la mort sans que l’on ait le courage de t’abattre. 

La police et la Gestapo que constitue la DPJE sont devenues les curés de l’Inquisition moderne, au nom de la protection des enfants. Une surprotection qui ne voit qu’un côté de la médaille.        

Les procès sont « holistiques », c’est-à-dire que les préjugés sont tels que même si tu es innocent, tu es condamné parce que la pensée populaire ne croit que la version de la prétendue victime. On oublie les dangers qu’engendreront socialement et en violence cette surprotection… surprotégé un enfant difficile, c’est le meilleur moyen de le corrompre. C’est en fait rendre l’amour illégal pour un certain groupe d’exclus qui condamnent avec autant, sinon plus de véhémence, toutes formes de violence faite aux enfants, mais qui ne croient pas que l’affection et la tendresse représentent un danger. Même si ça signifie des attouchements sexuels… l’amour ne peut être que positif.     

Comment peut-on encore aujourd’hui accepter, excepté là où il y a violence, que la police puisse encore de nos jours, intervenir dans les affaires de mœurs? Quelles économies ce seraient que de démanteler toutes les escouades de la moralité, de cesser de subventionner tous les mouvements fascistes féminins comme Assaut sexuel secoure au lieu de couper dans les services essentiels, telles l’éducation et la santé ou encore la recherche des personnes disparues.

Faute de motif pour intervenir vraiment contre Charles Denis, la police se servit d’un indicateur pour tâter le terrain, en invitant Stéphane à boire. La soirée ne laissait aucun doute : Stéphane ne dénoncerait jamais Charles, car il était viscéralement hétérosexuel et il ne croyait pas, comme on amène tous les jeunes à le croire, qu’une expérience gaie fait de toi automatiquement un gai. « Charles ne m’a jamais touché. Et ce qu’il fait ne me regarde pas. Mais, je sais qu’il est gai. », avait-il affirmé.    

Stéphane maintint tout au long des discussions de la soirée que s’il n’avait pas connu Charles, il serait sûrement encore en prison et encore plus sûrement mort. En l’endurant, tout en essayant de l’amener dans une meilleure voie, Charles lui avait permis de comprendre l’artiste qui sommeillait en lui, à reprendre confiance dans ses forces et tenter d’oublier ce qui reste toujours des erreurs de jeunesse.

Par ailleurs, l’indicateur de police apprit que Charles acceptait parfois de fumer du pot avec Stéphane et ses amis. C’était le seul moyen d’accuser Charles Denis. Son péché mignon… aimer les plus jeunes.    

Le samedi, le même indicateur, un certain Paulo Choquette, fixa rendez-vous avec Stéphane et Charles. Ils devaient toute la soirée prendre bière sur bière. Et, essayer de fournir un élément de plus pour préparer son arnaque.       

À la fin, Paulo avait su gagner autant la confiance de Charles que de Stéphane. Il leur fit part de ses problèmes à ranger ses meubles en entreposage pour quelques jours, le temps de trouver un nouvel appartement. Évidemment, Charles, toujours prêt à aider les autres, l’invita à les placer chez lui. Même s’il partait pour les Indes, Stéphane pourrait lui indiquer où les placer.

Deux jours plus tard, la police se pointait chez Charles Denis, saisissait des tableaux, des films et surtout les meubles de Paulo, bourrés de cocaïne.         

Stéphane fut traumatisé par cette perquisition et cette saisie. La surprise était d’autant plus grande qu’il faisait alors l’amour, dans sa chambre, avec Micheline, une situation miraculeuse survenant à un moment où il en sentait un très profond besoin, comme chez bien des adolescents. « Se vider le paquet, ça éclaircit les idées.»

Même s’il brava les policiers, Stéphane en avait une peur bleue. Il savait que ceux-ci sont capables de tout pour obtenir des aveux. Plus jeune, Stéphane avait été battu par les policiers qui lui disaient ensuite d’aller se faire consoler par son vieux en se faisant manger la bitte par lui? Les policiers étaient convaincus que Charles avait pris Stéphane comme amant.       

Stéphane avertit aussitôt Monique, la petite amie de Charles, de cette intrusion policière et des accusations qu’on portait contre lui. 

Monique en saisit Charles et lui demanda de revenir vite des Indes pour se défendre. À son arrivée, Monique était tellement convaincue que Charles était coupable « la police ayant, disait-elle, trouvé de la cocaïne dans ses meubles » qu’elle lui suggéra de plaider coupable. Évidemment, Charles s’y refusa. Il était innocent et il ne se condamnerait pas lui-même au nom de je ne sais quel masochisme.

Charles se rendit au poste de police en compagnie de son avocat. Comme il était entendu, il ne dit absolument rien, ce qui est bien frustrant quand t’es innocent et que tu dois payer une fortune pour garder ta liberté.    

Le policier l’avisa qu’il devait analyser la preuve avant de décider avec le procureur s’il y aurait des poursuites. Pour Charles , cela signifiait que la police et le procureur analyseraient s’il y avait moyen de faire plus d’argent avec cette cause… Charles savait que le système judiciaire est si profondément pourri que souvent les causes sont étirées pour permettre aux juges et aux avocats de se faire plus d’argent.

Le temps passa. Aucun signe de vie. Charles en conclut que tout était entré dans l’ordre. Lors d’un souper avec son avocat, celui-ci lui dit qu’aux yeux de la police, seuls Paolo ainsi que Stéphane pouvaient l’inculper dans cette histoire de drogue… Il n’y avait aucune autre preuve.   

S’il est vrai que Charles avait déjà à l’occasion fumé son joint avec Stéphane, il était tout aussi vrai que jamais il n’avait ni même songé, ni même fait le commerce de drogues, en se servant de son commerce comme couverture, ce dont on l’accusait… Pour lui, le commerce de drogues équivalait à l’assassinat pur et simple des jeunes « le meurtre des cerveaux »    . 

À Val-d’Or, la police fermait les yeux sur ce trafic écœurant, d’où, avec l’homophobie de cette région, la croissance de la schizophrénie et de suicide chez les jeunes. On prétendait même que la guerre des gangs – Punks, Yo et Skinheads – avait été résolue, alors qu’un policier fournissait aux indésirés toute la drogue qu’ils voulaient de manière à ce qu’ils s’éclatent tellement qu’ils en crèvent ou se suicident. C’est une façon facile de s’en laver les mains… une façon moins dangereuse pour les autorités… et qui fournit de bien plus belles statistiques. 

Charles était loin de penser que cette affirmation voulant que Stéphane était le seul témoin incriminant le troublerait à ce point. 

Ce dernier s’était passablement réhabilité depuis trois ans. Car, comme certains adolescents, il avait tâté à la petite criminalité par défi bien plus que par goût. Plus de vols, plus de bagarres, car il avait été de douze à seize ans, un adolescent à problèmes, toujours ou presque aux prises avec la justice. Mais il avait compris la folie de ses comportements et il avait radicalement changé. Il s’était même mis à la poésie, une poésie anarchiste, mais d’un style tout à fait original. Il s’était aussi mis à travailler le bois et il faisait de belles choses qui se vendaient assez bien, même s’il n’arrivait pas encore à en vivre. Sa vie d’artiste était bien engagée. Charles se fichait bien que Stéphane ait encore besoin de lui financièrement. Il savait qu’au Québec les écrivains et les artistes crèvent de faim, à moins d’être du petit groupe de privilégiés qui raflent toujours les bourses… les mâles adorés des féministes. Il aimait profondément et sincèrement Stéphane, admirant les efforts qu’il faisait pour se réinsérer dans la société.

Un samedi après-midi, Stéphane fut invité chez un ami à une partouze.    

Stéphane se contenta de boire de la bière alors que les autres profitaient de la dernière livraison de PCP. Ils en mirent dans la boisson de Stéphane par jeu ou par malice. À la fin de l’après-midi, Stéphane perdit complètement la carte.      

Manipulé par la drogue que l’on avait jetée dans son verre, on se mit à parler bizarrement du FLQ, si bien que Stéphane se mit à paranoïer et croire que Charles était, comme le prétendaient certains, un traître à l’indépendance du Québec puisqu’il était un ancien felquiste. On sait que d’ici le prochain référendum sur l’indépendance du Québec, il faut être de la GRC ou du moins complice du gouvernement fédéral pour essayer de faire renaître le FLQ de ses cendres. Sans violence, le fédéral ne peut pas militairement occuper le territoire québécois sans démasquer son esprit fasciste à la face du monde entier. Puisqu’on parlait faussement de Charles comme felquiste actif, celui-ci devenait automatiquement un ennemi du Québec. Ça n’avait pas de sens puisqu’au moment où Charles avait connu le FLQ, c’était des patriotes qui se battaient pour le Québec.

Stéphane, complètement givré, se précipita au restaurant Del, où Charles s’était rendu souper avec Monique. Stéphane était décidé à lui faire la peau. Une fois à l’intérieur du restaurant, Stéphane se précipita vers la table de Charles, armé d’un couteau. Des usagers conscients du danger le saisirent. Stéphane criait à Charles, ahuri : « Viens, mon Christ, je vais te la faire la peau. Sale traite! Tu es un Anglais. Je vais te tuer. ! » Charles n’y comprenait rien, tant qu’il ne sut que Stéphane avait été drogué.      

Évidemment, la police fut mandatée sur les lieux. Stéphane, en pleine crise, essaya de se défendre et frappa accidentellement un policier. Stéphane fut amené au poste et les policiers exigèrent que Charles s’y rende aussi afin de déposer une plainte de tentative de meurtre. Ce à quoi se refusa Charles par amitié pour Stéphane.    

Stéphane fut enfermé dans une cellule. À son arrivée au poste, Charles entendait les cris de son jeune protégé ainsi que le bruit qu’il faisait en se jetant sur les barreaux de la porte de sa cellule.        

Charles savait que les drogues dures affectaient la santé mentale de Stéphane pour l’avoir vu dans cet état juste avant qu’il décide d’en finir avec toute cette vie de jeune délinquant. Cette fois-là justement, il était presque mort d’une overdose qui avait engendré un début de crise cardiaque.        

Charles paniqua devant le refus des policiers de conduire Stéphane à l’hôpital. Il lui était intolérable de penser que Stéphane puisse se tuer dans un excès de démence causée par la drogue. Charles  retourna chez lui en pleurant. Que faire devant la stupidité d’un système qui se fiche que n’importe qui se tue pourvu que les preuves recherchées soient obtenues. 

Devant la détresse et la souffrance de Charles, Monique décida d’intervenir auprès des services de santé pour lesquels elle travaillait. Elle obtint le transfert de Stéphane à l’hôpital. Mais, toujours drogué, le jeune homme déguerpit deux heures après son entrée. Allait-il recommencer ses menaces? Quelque temps plus tard, il téléphona chez Charles. Il le menaçait de nouveau et lui demandait de se présenter au poste de police avec une bonne somme d’argent et des aveux de culpabilité. Charles en fut abasourdi. Il décida d’entrer en communication avec Bernadette, la mère de Stéphane, dans l’espoir de trouver là un certain secours.    

Avant même que Bernadette n’arrive chez lui, Stéphane se pointa chez Charles. Il lui annonça qu’il quittait l’appartement qu’il partageait avec lui, sous prétexte qu’il ne voulait pas être assassiné par Charles. Le jeune homme prit soin de prendre tous les couteaux et il quitta l’endroit, les yeux injectés de sang. « Ainsi tu ne pourras pas me tuer »., lança-t-il à l’adresse de son protecteur.

— Mais qui t’a mis des histoires de fou pareilles dans la tête » objecta Charles, complètement abattu.        

— Les femmes le disent. Tu es un dangereux criminel. Tu veux séduire toutes les femmes pour ensuite pouvoir tuer tous les garçons et prendre le contrôle de l’univers. Tu es l’antéchrist!    

Stéphane n’avait pas quitté la maison que Bernadette fit son apparition. La discussion porta longtemps sur l’état de santé mentale de Stéphane. Il était aussi allé chez sa mère auparavant pour la menacer puisque selon lui, elle appuyait Charles dans son plan pour l’assassiner. Charles savait que Stéphane, drogué, avait essayé de violer sa mère, mais il avait été trop lâche pour en avertir la police. Il croyait qu’une intervention de celle-ci créerait un danger supplémentaire pour Bernadette. Avait-il raison ou était-il vraiment devenu un lâche?     

Plusieurs heures plus tard, Stéphane fut retrouvé en piteux état. Une fois l’effet de la drogue dissipé, redevenu lucide, il avait tenté de se suicider tant il avait honte de ce qu’il avait dit à Charles et de s’être attaqué à sa mère.

Voyant la situation, Charles et Bernadette entreprirent des démarches en vue de forcer Stéphane à se faire soigner. Mais en vain. Ils avaient beau essayer de faire comprendre aux autorités judiciaires qu’ils ne voulaient pas le faire enfermer dans une institution pour une longue période, mais l’aider et lui sauver la vie. Surtout l’aider avant qu’il ne soit trop tard. Mais les médecins considérèrent Stéphane comme sain d’esprit.         

— Comment peut-il être sain d’esprit, objecta Bernadette, quand lors de sa visite chez moi, il prétendait que l’armée avait envahi la ville, que les Martiens étaient débarqués?

Ils en vinrent à se demander si ce n’était pas le corps médical qui était atteint de folie puisqu’il prétendait que Stéphane avait un discours parfaitement cohérent. Ou peut-être bien que les médecins eux-mêmes tremblaient dans le complot pour se débarrasser de Charles? Cette idée était tellement grosse, invraisemblable…

Charles et Bernadette étaient révoltés d’entendre les infirmières affirmer qu’elles ne pouvaient rien faire tant que Stéphane n’aurait pas tuer Charles ou quelqu’un d’autre ou qu’il se soit suicidé. Elles prétendaient aussi qu’à cause de la drogue et de la violence, il s’agissait d’un cas relevant de la police et non de l’hôpital alors que de son côté, la police prétendait qu’elle ne pouvait rien sans avoir de plainte formelle pour tentative de meurtre. Charles savait très bien que porter une plainte équivalait à tuer Stéphane, ce qu’il refusait de toute son âme, quitte à être accusé de n’importe quoi.

— Faut-il être malade pour attendre de tels événements avant d’intervenir? S’offusqua Charles. La prévention, ils ne connaissent pas ça?        

Pour Charles, les services de santé mentale étaient encore plus perturbés que Stéphane pouvait l’être. Il était évident que Stéphane se sentait pris au piège : il se croyait harcelé et menacé de mort par la police, s’il ne dénonçait pas Charles, et, d’autre part, il croyait que Charles voulait le tuer puisqu’il était le seul à pouvoir l’accuser et le condamner. Par respect pour Stéphane et comprenant son dilemme intérieur, Charles permit à Stéphane de rencontrer les policiers chez lui. « Du moins, pensait-il, il n’aura plus cette peur et ne tentera plus de se tuer… tant pis si je dois faire de la prison. »       

Le harcèlement policier, l’agent double Paulo Choquette, tout concordait à une seule thèse : le complot politique. Ne fallait-il pas être plus sale que la saleté pour accepter de risquer la vie d’un jeune homme afin de l’épingler, lui? Charles savait qu’il n’y avait aucun lien entre lui et le communiqué du FLQ, mais il savait que le système est bien capable de l’inventer.       

Quelques jours plus tard, Stéphane vint lui demander de réintégrer l’appartement. Charles accepta puisqu’il savait que Stéphane n’était pas responsable de ses actes et de ses gestes.

Dès lors, les rapports avec Monique changèrent. Elle était plus distante. Elle voulait vivre sa vie. Cela intriguait Charles. « Peut-être a-t-elle peur du scandale? C’est dans le malheur que tu reconnais tes vrais amis. »      

Charles n’était pas homme à lui en vouloir : on n’impose pas sa peine aux autres. Il accepta à regret la décision de Monique. Cette séparation le blessa plus qu’il ne l’avait prévu. Il était offensé de l’acharnement qu’on mettait pour le détruire, lui qui avait toujours essayé de venir en aide aux autres. Il souffrait de l’absence de Monique.

Un matin, Charles se rendit prendre son éternel café au restaurant. Il était seul dans sa section. Deux personnes discutaient de l’autre côté du mi- mur. Il reconnut la voix de l’agent double, Paulo, et à sa grande surprise, celle de Monique.

— Non, disait-elle, je ne regrette pas d’avoir coopéré avec toi. Tu es celui que j’aime le plus sur terre. Pour t’aider, je ferais n’importe quoi. J’irai témoigner contre Charles, s’il le faut. Il n’a que ce qu’il mérite… Je dirai en cour reconnaître le canapé comme étant celui de Charles.       

— Il risque des années de prison pour un crime qu’il n’a pas commis. J’ai placé la cocaïne dans les meubles.    

— Ça ne change rien! Maintenant, je t’ai découvert.     

— Tu le condamnes par amour pour moi?

— Oui et non. Mais, c’est surtout parce que je ne lui pardonnerai jamais comme femme de m’avoir humilié. Et, on le sait, la recherche du pouvoir et de la vengeance de certaines femmes est insatiable.   

— Humiliée?       

— Certainement! Il aime Stéphane plus que moi. Maintenant, il doit payer pour son choix. . 

mai 23, 2020

Nous vaincrons


Jeune journaliste, amoureux de la poésie, Gabriel Deshaies était loin de se douter que ces deux passions l’amèneraient à vivre les années les plus difficiles de sa vie.

Comme journaliste, Gabriel était sévèrement jugé par ses amis poètes, car on ne le trouvait pas assez radical. S’il était favorable à l’indépendance du Québec, il ne demeurait pas moins opposé à la violence. Et, un incident, survenu quelques années auparavant, avait entretenu une certaine méfiance de ses amis à son égard.     

En effet, Gabriel s’était fortement fait rabrouer par ses amis quand il avait refusé d’écrire que Gaston Gouin, un jeune poète qu’il admirait profondément, avait disait-on, craché au visage du premier ministre du Québec, monsieur Jean-Jacques Bertrand, parce que celui-ci s’agenouillait devant la minorité anglophone.        

Pour Gabriel, c’était une question de principe : les événements ne s’étaient peut-être pas passés exactement comme ses amis les racontaient. Il n’avait pas vu ce geste, donc, il ne pouvait pas en parler.   Pour lui, la vérité absolue était fondamentale dans le métier de journaliste, et il refusa de changer sa version des faits, sans avoir de nouvelles preuves. 

Ses amis avaient certainement raison, mais il n’en avait pas été témoin, car il était à l’intérieur de l’hôtel où se rendait le premier ministre, près de l’endroit où s’était déroulé l’incident, au cours d’une manifestation. Il n’avait vu que la scène où le ministre Gosselin avait reçu un solide coup de pied au cul. Il refusait de risquer de se tromper en y ajoutant l’épisode Gouin et d’être manipulé par qui que ce soit.        

Jusqu’alors, l’honnêteté était pour lui, plus importante que l’amitié. La vérité faisait partie de l’engagement journalistique et révolutionnaire.    

Par contre, au fil des ans, Gabriel se politisa et se radicalisa sensiblement. 

Les événements politiques nourrirent sa prise de conscience et le rapprochèrent un peu plus chaque jour de ses amis, qu’il soupçonnait parfois d’être du FLQ.   

Le FLQ était un mouvement terroriste de gauche qui se battait pour la classe ouvrière et l’indépendance du Québec.     

Les mesures d’Ottawa qui ruinaient les cultivateurs de l’Estrie, l’accélération de la fermeture des usines de textile, la pollution et le chantage des usines de pâtes et de papiers, les subventions aux entreprises multinationales qui saccageaient nos richesses naturelles, les événements de Murry Hill où il avait été frappé par un policier pour qu’il censure ses textes concernant les beuveries des policiers en grève, au Centre Paul-Sauvé, les nombreuses manifestations pour la cause de la langue française, où il était de plus en plus évident que le Canada anglais cherchait avec le temps, à assimiler les francophones en passant par le bilinguisme qu’il impose aux Québécois, alors que les minorités francophones hors Québec doivent livrer des combats de titans pour obtenir des miettes, contribuèrent aussi à accélérer sa politisation. Il demeurait un farouche adversaire de la violence quoiqu’il partageait de plus en plus les objectifs politiques du FLQ.     

Sa poésie changea. Ses thèmes quittèrent les amours et les fleurs bleues pour dénoncer davantage la répression sous toutes ses formes ainsi que les saloperies des gouvernements. 

Il s’attacha particulièrement à Marc Letellier, poète mystérieux, Réjean Nault, le poète de la musicalité et Nancy Bouliane. Quoique mariée, celle-ci souhaitait l’initier aussi bien aux joies du cannabis qu’à celles de l’amour.

Gabriel demeurait autant chez Rénald Jutras, un peintre qui faisait partie du groupe, que chez lui. Ainsi, en plus de se passionner pour tout ce qui est écriture, Gabriel s’ouvrit à toutes les formes d’art, même à la peinture dans laquelle il était un véritable pied.      

Au journal, les patrons comme les lecteurs l’identifièrent de plus en plus aux radicaux. Il était de toutes les luttes et d’une plume tranchante, acerbe même. Certains amis disaient en rigolant : « Tu n’as pas à poser de bombes, ta plume crache plus qu’une mitraillette. »     

Ces transformations le rapprochèrent de ses amis et  la poésie devint une raison de vivre aussi importante que le journalisme. Pour lui, la poésie c’était la vie, la foi dans un autre ordre social, dans un monde de liberté autant sexuelle, littéraire que politique.    

Un autre événement inattendu vint intensifier sa perception voulant que le Canada, ce soi-disant pays démocratique, était presque aussi fasciste que le Chili, de Pinochet.  

Gaston Gouin, le jeune poète qui avait craché au visage du premier ministre quelques années auparavant, succomba à la suite d’un accident de motocyclette. Plusieurs de ses amis prétendirent que son accident était dû à une balle qui aurait été tirée par un occupant d’un véhicule qui le suivait, occupant qui n’aurait été rien de moins qu’un policier de la GRC.

À l’occasion de ses funérailles, Gabriel rencontra pour la première fois de sa vie celui que l’on prétendait le chef du FLQ, Pierre Vallières, un journaliste longuement emprisonné. L’amitié entre les deux journalistes fut presque immédiate, quoique Vallières trouvait Gabriel trop peu radical. Il lui semblait que sa théorie de combattre le système de l’intérieur était finalement l’aveu d’une certaine bourgeoisie. Cependant, sa position privilégiée de journaliste en faisait un allié fiable et dévoué à la cause.         

Gabriel accepta, pour venger son ami et par convictions politiques, de faire parvenir à Vallières une copie de tous les dossiers que refuserait de publier son journal, presque officiellement vendu aux libéraux.       

Gabriel pensa que, si la GRC était prête à tuer, une fois, pour sauvegarder l’emprise fédérale canadienne, elle serait à nouveau prête si la situation l’exigeait. Le jeu devenait dangereux.   

Le journal affecta Gabriel à la couverture des élections provinciales. Il devait fournir un compte-rendu des visites des politiciens, et essayer de les amener à se compromettre, face aux différents projets de développement de la région, mis de l’avant en grande partie par Gabriel au cours de ses entrevues, pour sortir la population du marasme économique dans laquelle elle s’enlisait.     

La décision d’Ottawa d’installer le nouvel aéroport international à Mirabel au lieu de Drummondville confirmait, à son avis, les saloperies d’Ottawa. En réaction, il s’inscrit au Parti Québécois, qui préconisait aussi, mais par des moyens pacifiques et démocratiques, l’indépendance du Québec.     

Il décida même, dans un geste frondeur et juvénile, de porter le bouton de ce parti à l’occasion de la visite de Pierre Laporte, ministre du Travail et vice-premier ministre du Québec.      

Cette situation n’alla pas sans créer de remous. Des partisans libéraux l’insultèrent et Laporte prit plaisir à tenter de le ridiculiser.

Gabriel, exaspéré, lança au ministre : « Au Québec, tu peux fièrement être tout ce que tu veux, même pédéraste. La seule chose honteuse, c’est d’être fédéraste!

Ce jeu de mots fit même sourires certains partisans de Laporte, qui dirent : « Il sait se défendre, le jeune.»       

Tout au long de la visite du ministre Laporte, Gabriel fut scandalisé de son double discours. Alors qu’en public, il prétendait que le FLQ faisait fuir tous les investissements; dans les réunions du parti libéral, il affirmait que le FLQ était sans importance du point de vue des retombées économiques, et ajoutait même, pour prouver le non-sérieux de ce groupe terroriste, que personnellement il n’en avait absolument pas peur. Ses farces sur le FLQ, poseur de bombettes, faisaient rire ses partisans. Gabriel apprit plus tard que le gouvernement fédéral ainsi que de l’Ontario subventionnaient les industries québécoises qui voulaient déménager en Ontario. Donc, ce n’était pas le FLQ qui nuisait au développement économique du Québec, mais les politiques fédérales. Ce n’était pas encore connu.       

Après une des conférences, Gabriel dut emprunter l’automobile de Laporte pour retourner au journal. Il se retrouva nez à nez avec le politicien.        

Il profita de son tête-à-tête pour lui demander pourquoi il mentait toujours aux gens, en essayant de leur faire croire dans une crise économique éventuelle créée par les bombes du FLQ ainsi que dans un exode de plus en plus grave des entreprises. Pourquoi tentait-il sans cesse de faire identifier le Parti Québécois au FLQ alors qu’il savait très bien que le Parti Québécois n’avait aucun lien avec les terroristes, beaucoup plus marxistes? Pourquoi?   Sinon, pour discréditer ce parti aux yeux de la population.       

Laporte lui répliqua que la vérité n’était pas importante.

“Les gens, dit-il, sont trop idiots, donc, il faut se servir d’images fortes si on veut faire passer le message.»  

Gabriel fut totalement scandalisé par ces réponses. Comment pouvait-on être assez malhonnête pour prioriser les intérêts du parti à la vérité?      

La campagne électorale prit fin avec la victoire de Bourassa.  

Gabriel, déçu à nouveau par l’aveuglement politique des Québécois, se pencha sur la situation explosive de la Domtar. Évidemment, le journal était loin de publier toutes les informations et affichait un parti pris au profit des patrons. Les ‘big boss’ profitaient non seulement des manchettes, mais les informations du syndicat, aptes à conscientiser les travailleurs, étaient sabrées.        

Gabriel monta un dossier qu’il fit parvenir à Vallières dans l’espoir de le voir publier dans une revue ou un autre journal. Il s’agissait, pour lui, de permettre à la population de jouir autant que possible d’une information complète et véridique. Il posta le dossier, sans se questionner davantage, même s’il risquait son emploi. Il avait ainsi la conscience en paix… il avait tout fait pour diffuser la vérité… il avait fait tout ce qu’il lui était possible de faire pour être un journaliste honnête. Gabriel tenait fanatiquement à cette honnêteté. Il refusait la partialité de son employeur.        

Le lendemain, James Richard Cross fut enlevé. L’enlèvement du diplomate britannique était annoncé dans tous les médias.

Gabriel fut surpris par ce geste politique. Il n’aurait jamais cru le FLQ capable d’une telle action d’éclat.       

Il fut aussi très excité par l’ampleur accordée à l’événement. Il se mit à lire tous les journaux, même les petits journaux de deuxième et de troisième ordre. Il parcourut ceux qui expliquaient comment fonctionnaient généralement les cellules et l’organisation terroriste. Devait-il y croire? Il n’en savait rien; mais les articles étaient fort intéressants.        

Puisque des manifestations s’organisaient dans le monde ouvrier pour appuyer les revendications du FLQ, Gabriel crut dans son invincibilité. Il était littéralement hypnotisé par sa force.        

Toujours franc et frondeur, Gabriel ne cacha à personne son admiration pour le FLQ.

Cette situation ne laissa pas ses patrons indifférents. Ils commencèrent à lui tendre des pièges afin probablement de peser ses connaissances quant au FLQ, et surtout dans l’espoir de lui faire peur afin qu’il dissimule ses sympathies, car il était un excellent journaliste. Gabriel rejeta ce paternalisme.       

Le chef de pupitre le fit demander à son bureau et lui souligna qu’il devrait craindre les conséquences de ses affinités possibles avec les terroristes. Gabriel se demanda où ses patrons avaient pu développer de telles hallucinations. 

Forcées par les événements, les autorités politiques laissèrent Radio -Canada lire un communiqué du FLQ. Gabriel, qui n’avait jamais songé à appartenir de facto au FLQ, en envoyant les nouvelles censurées pour être publiées ailleurs. Il fut ravi que ses patrons le croient assez brave pour participer à un tel mouvement. La rébellion était plus dans sa nature que de demeurer indifférent.        

« Dans son communiqué, le FLQ parle de la Domtar et ce mot est écrit “Domptar”. Tu es le seul journaliste connu qui fasse cette erreur », lui fit-on remarquer. Tu es le seul à ajouter un t.    

Gabriel ne se rappelait pas si, effectivement, on parlait de la Domtar dans le communiqué diffusé. En plus, ce pouvait être un autre document, car plusieurs documents du FLQ n’étaient pas publiés et échouaient entre les mains de la police. Cela pouvait être aussi un piège afin de vérifier encore une fois ses connaissances.     

Il ne voulut pas nier et badina sur le fait qu’il n’y a pas qu’une seule personne au Québec qui écrive en faisant des fautes d’orthographe. 

Peureux de nature, Gabriel sentit que les jeux étaient pipés. Connaissait-on déjà l’existence de son dossier sur la Domtar d’East Angus? Aurait-on intercepté celui-ci puisque Vallières était déjà arrêté? La police lisait-elle déjà ses lettres? « Qu’importe! conclut-il. Ils ne peuvent tout de même pas m’arrêter parce que j’ai fait parvenir un dossier de presse à un confrère.»      

Il n’en entendit plus parler. Cependant, cette semaine-là, en se rendant à l’hôpital pour répondre à un appel de la Croix-Rouge, la camionnette dans laquelle il prenait place avec des amis, fut heurtée dans le côté droit par une automobile. Si ce n’eut été de Régis qui lui parla quelques secondes avec l’accident, Gabriel aurait certainement été tué, car il avait la tête dans cette direction. Il était étendu sur le plancher de la camionnette, quelques secondes avant, la tête reposant sur le bord, exactement là où ils furent frappés. Heureusement, il s’était relevé juste à temps pour comprendre ce qu’on venait de lui dire.     

Il l’échappa belle. Une grosse prune au front. Un examen à l’hôpital, avant de retourner à la maison. Juste le temps de saisir intuitivement que madame Gosselin, qu’il adorait, était décédée, car elle lui avait promis de venir lui dire si Dieu existe dès qu’elle mourrait. À l’hôpital, il avait vu sa vie se dérouler dans sa tête en quelques secondes, le temps d’avoir peur d’être gai et de se pardonner. Ainsi, elle avait tenu promesse. Il y a quelque chose après la mort. Ses intuitions quant à Mme Gosselin furent vite confirmées par un appel téléphonique. C’était bien ça, elle venait de mourir.      

Gabriel fit vite abstraction de cet événement paranormal, accaparé davantage par le développement des événements politiques nationaux.        

Le FLQ apparaissait plus que jamais inébranlable aux yeux du jeune journaliste.

C’est avec stupeur qu’il apprit l’enlèvement de Pierre Laporte, Gabriel était littéralement émerveillé. Le FLQ, pensa-t-il doit être extrêmement puissant pour échapper à la police de cette façon.        

Gabriel suivit les actualités avec encore plus d’intérêt et se prépara à participer au récital de poésie qui était organisé à Valcourt, lieu bien connu à cause de J.  A. Bombardier.       

Quand vint le temps de partir, on se rendit chez Marc Letellier, revenu récemment d’Afrique, et qui devait aussi participer à cette soirée de poésie.

Dès que la voiture fut arrêtée, le plus jeune de la famille courut avec sa sœur nous avertir de filer, car la police était dans la maison. « Foutez le camp, dit François, la police est à l’intérieur. Elle fouille partout. Elle vide les tiroirs, les boîtes et jette tout sur le plancher.»

« Même la farine! », ajouta sa soeur, scandalisée de l’attitude ignoble avec laquelle les policiers les traitaient.    

Régis appuya aussitôt sur le gaz. Gabriel crut que Marc devait être mêlé au FLQ. N’était-il pas très politisé? Marc gravissait un nouvel échelon dans l’admiration que Gabriel lui vouait.  

À Valcourt, à la fin de ses poèmes, Gabriel dénonça cette intervention sauvage de la police qui fouillait et brutalisait les gens. « Démocrassie, mon cul!, lança-t-il. Vive le Québec libre! Vive la révolution! Vive le FLQ! »  Gabriel venait, pour la première fois dans un événement public, de proclamer à haute voix ce que lui dictait son cœur.       

Gabriel termina la soirée autour d’un café chez Nancy. Elle en profita pour lui indiquer à nouveau tout l’amour qui la consumait, non plus pour son mari, mais pour un petit journaliste trop bête et trop gêné pour comprendre.   

Ils fumèrent ensemble un peu de pot pour la première fois. Tout se transforma en rires, en ri-rires, en éclats de rire.   

Cette relation de plus en plus fascinante avec Nancy ne pouvait les conduire bien loin, car Nancy avait deux jeunes enfants et un mari. Ce dernier acceptait qu’elle ait des relations extraconjugales, pourvu que la famille ne soit privée de rien. On dira après que la philosophie du Peace and Love n’a rien apporté de bon…        
        
Gabriel savait qu’il faudrait un jour limiter cette expérience pour le bien des enfants.

L’amour lui fit oublier, un certain temps, ce qui se passait au Québec.       

Les médias de masse annoncèrent les mesures de guerre. Du jour au lendemain, rétroactivement, Gabriel devenait un criminel, car cette loi fasciste déclarait que toute personne agissant activement ou manifestant de la sympathie pour le FLQ était automatiquement hors la loi. Il n’en fallait pas plus pour que tout le monde dénonce le voisin qu’il n’aimait pas, ou tous ceux que l’on croyait indépendantistes… Après, on citera le Canada comme exemple de démocratie… Quelle démocrassie!        

Mais, ce n’était vraiment plus sa principale préoccupation. Nancy occupait tout son univers. 

Marc fut à nouveau arrêté ainsi que trois étudiants marxistes de l’université. Ils furent transportés dans des prisons à Montréal. Pour Gabriel, ces arrestations n’étaient point justifiées puisque le FLQ ne s’était jamais dangereusement manifesté à Sherbrooke … quelques bombes seulement… Par ailleurs, il crut ses prisonniers en danger de mort. Tuer, c’est ce qui caractérise les fascistes.        

— S’ils ont pu tuer Gouin, ils en tueront probablement d’autres, pensa-t-il.        

Il craignait surtout pour Marc, qui était devenu un ami inséparable. 

Prisonnier des événements, il s’efforça aussitôt d’entrer en contact avec un groupe d’étudiants plus radicaux afin d’organiser la résistance. À son avis, il fallait diffuser les noms des personnes arrêtées pour que la police et l’armée ne puissent pas les faire disparaître.     

L’omniprésence de l’armée amena le président du journal à lui dire, sur un ton des plus ironiques, alors qu’ils mangeaient ensemble au restaurant, entre deux fusils mitrailleurs : « Tu parles moins fort maintenant. Serait-ce que tu es moins brave, depuis que les fusils sont sortis? »     

Gabriel se contenta de sourire, sachant pertinemment bien que le premier tract, qu’il avait écrit, serait distribué dans la ville au cours de la soirée. Il quitta son patron et retrouva le groupe de jeunes qui distribuaient ses textes à  l’université et au cégep. Il fuma et s’installa à l’arrière de la moto qui devait le conduire au cégep pour la livraison de tracts. Comme si le danger n’était pas suffisant, lui et son jeune camarade foncèrent sur la ligne blanche entre les autos, au risque de se tuer. L’ivresse du danger était ainsi plus éblouissante.   

Quand Gabriel décida d’écrire d’autres pamphlets, il lui apparut clairement que son choix était fait. Dorénavant, rien ne serait plus pareil. Qu’il le veuille ou non, il était devenu felquiste d’âme.

Le temps des cauchemars

mai 23, 2020

Les écrits, les soirées de poésie furent les moyens qu’il envisagea pour lutter contre la répression du fédéral. À son avis, même si l’on pouvait se faire tuer, il fallait risquer sa peau, refuser de se taire et de continuer à informer la population. Si la police ne peut pas tuer l’amour légalisé ou non, elle ne peut sûrement pas faire taire des gens prêts à mourir pour sauver leurs amis et leur pays.        

Il fut convenu que le dimanche suivant d’autres pamphlets devaient être imprimés. Les textes étaient déjà écrits. Le groupe se donna rendez-vous chez Nancy. Pascal avait déniché la machine à imprimer; car il était dorénavant impossible d’employer celle des institutions scolaires, la surveillance se resserrait trop.  

Le dimanche matin, ce fut la consternation : la police avait perquisitionné et saisi la machine à imprimer. Comment en avait-elle été informée? Seul le petit groupe qui venait de se former était au courant de l’opération Imprimerie. Il fallait nécessairement qu’un membre du groupe soit en contact avec la police. La méfiance s’installa.       

Gabriel demeura d’abord au-dessus de tout soupçon, quoique parfois certains laissaient entendre qu’il n’avait pas toujours été radical et indépendantiste. 

C’était vrai. Il avait essayé, plus jeune et mal informé qu’il était, de justifier la position de la police, le samedi de la matraque;  il avait été président des jeunesses libérales de Limoilou, à Québec,  jusqu’à ce qu’il démissionne de ce poste, tout en demeurant dans le parti, lorsque René Lévesque claqua les portes au nom de la souveraineté-association. Il avait retrouvé son poste de journaliste, qu’il avait quitté par honnêteté quelques années auparavant, grâce à l’intervention d’un député libéral. Tout de son passé, pouvait le condamner, car ses positions politiques étaient quand même nouvelles. Alors qu’à 25 ans, il inventait des scénarios pour sauver le Canada, dix ans plus tard, il écrivait des pamphlets avec autant de sincérité pour détruire ce marché canadien qui ne respectait pas sa langue et ses aspirations culturelles. La vie s’occupait de le changer.

Gabriel se rappela l’incident du crachat et trouva tout à fait légitime, quoique parfaitement stupide, que certains du groupe puissent le soupçonner.   

Il en rencontra quelques-uns qui l’interrogèrent, un revolver rivé à la tempe, pour s’assurer qu’il n’était pas le traître. C’était peut-être une méthode un peu radicale, mais elle était très efficace et tout à fait justifiable. La révolution, c’est la guerre. Comment ne pas craindre pour sa vie dans de telles conditions? 

Cette soirée fut très longue, très pénible, très angoissante, car Gabriel ne connaissait aucun de ses juges. Étaient-ils fanatiques? Ses explications sur son passé suffiraient-elles à les persuader de sa bonne foi? N’étaient-ils pas un peu trop jeunes pour comprendre des revirements idéologiques aussi fondamentaux? L’expérience change les opinions…       

Il en sortit blanchi de tous soupçons. Gabriel préférait cela. De toute façon, il était normal de le soupçonner comme les autres, puisque le groupe venait de se former et presque personne, sauf Nancy et lui, ne se connaissait. Le groupe s’était formé à cause des circonstances et non par un mûrissement ensemble. Ainsi, tout était clair à son sujet. On ne pourrait pas revenir sur son passé.        

Le traître ne fut malheureusement jamais découvert               

Les soirées de poésie se multiplièrent. Elles devinrent pour Gabriel une occasion de plus pour dénoncer ce système de répression.           

Le dimanche, le chef de pupitre lui demanda, alors qu’il devait être en congé, d’entrer l’après-midi pour couvrir un événement spécial. Gabriel accepta sans trop d’empressement.  

Sur le chemin du retour, car il dut se rendre à une cérémonie qui se déroulait à l’extérieur de la ville de Sherbrooke, le photographe Royal Roy manifesta beaucoup de joie et s’empressa de dire à Gabriel :     

— Tes amis felquistes ont été arrêtés, il y a quelques heures à East Angus.

e cœur du journaliste faillit exploser. Ces paroles valsèrent dans sa tête, il crut défaillir. East Angus. Son dossier traitait de la Domtar d’East Angus. Se pouvait-il que ce dossier, envoyé avant même que les événements d’octobre ne surviennent, puisse avoir été à l’origine de l’arrestation des felquistes?  

Il s’informa de la provenance de cette nouvelle. Le photographe, tout content d’avoir heurté la cible, affirma qu’il s’agissait d’une source policière. Certains journalistes sont très près de la police pour obtenir le maximum d’information, il était donc possible qu’il ait été informé à cause de ses contacts.     

— La nouvelle sera bientôt annoncée dans les médias, dit-il fier de lui apprendre une primeur.        

Gabriel fondit presque en larmes : son ignorance venait de tuer le FLQ.    

Le silence noya le reste du voyage.   

À son entrée à la salle de rédaction, le chef du pupitre lui lança :     

— T’as moins d’amis maintenant. Peut-être iras-tu rejoindre Marc Letellier?       

Gabriel ne savait comment réagir. Était-ce la vérité? Était-ce un piège? Il décida instinctivement de jouer le tout pour le tout afin de sauver Marc.     

— Marc! Voyons donc!   Ce n’est qu’un pauvre petit distributeur de journaux. Votre système ne doit pas être très fort et très brave pour devoir emprisonner les camelots de la révolution!     

Naturellement, Marc ne croyait aucun mot de ce qu’il disait. En plus de son amitié, à son avis, Marc avait bien plus de chance d’être felquiste que lui. Mais, songea-t-il, si l’on me croit, je serai le suspect et on le relâchera. Gabriel pensa aussi qu’il serait beaucoup plus difficile de le faire disparaître, étant journaliste, que Marc, un étudiant et poète encore inconnu.      

Il ridiculisa le rôle de Marc dans le cercle des radicaux, espérant qu’on lui fiche la paix. Il était prêt à prendre le chemin des cellules au risque de se faire éliminer pour sauver son ami.     

Il parla avec assurance, même si le cœur semblait vouloir arrêter à tous les instants. Puis, sans même comprendre d’où venait cette curiosité bien journalistique, il demanda :   

— Combien étaient-ils? C’était tout ce qu’il pouvait demander, car il ne connaissait, sauf Vallières, rien, ni aucun membre du FLQ.                

— ils étaient seize, répondit le chef de pupitre qui semblait embarrassé par la question.

Gabriel répliqua cinglant :      

— C’est impossible, vous me montez un coup : on ne peut jamais être plus de quatre dans une cellule. C’était ce qu’il avait lu dans un des petits journaux pour au moins avoir une idée du comment ça fonctionnait. Gabriel savait par contre que ce petit journal n’était peut-être pas crédible.     

Il s’installa à son bureau, pondit rapidement son article et le remit au chef de pupitre.

Cela devrait être un piège, car, grâce au service de communication, la police pouvait, à partir des ateliers, entendre tout ce qui se disait dans la salle de rédaction. Il se préparait à partir quand il vit un inconnu descendre l’escalier, venant de l’atelier. À l’extérieur, un autre inconnu attendait mystérieusement et se mit en branle dès que Gabriel se dirigea vers son appartement. Gabriel était convaincu qu’il s’agissait de policiers.        

Dans son appartement, il fouilla dans toutes ses affaires et s’empressa de faire disparaître les quelques exemplaires d’un petit journal qu’on lui avait remis en disant qu’il était publié par le FLQ. Il était tellement certain d’être arrêté qu’il ne se déshabilla pas et se jeta sur le lit, tremblant de peur. Il s’endormit.        

Surpris de voir l’aube, sans avoir reçu des visiteurs, Gabriel fut complètement dérouté. Pourquoi donc ne s’était-il rien produit? Aurait-il rêvé avoir été filé? Il était pourtant convaincu de la présence des autos-patrouilles, qui l’avaient suivi pas à pas.   

Quand il téléphona au bureau, il entendit un  » clic » inhabituel. Sa ligne était certainement tapée. Sa fabulation avait donc parfaitement réussi. Il décida d’en mettre encore plus et fit parvenir une lettre compromettante, pour lui, au président du Parti Québécois. Ainsi, si elle était trouvée, il n’y aurait plus aucun doute quant à sa participation au FLQ et l’on croirait Marc vraiment peu dangereux. Il espérait, en s’accusant ainsi, sauver la vie de son meilleur ami.      

Ce qu’il n’aurait jamais cru possible arriva. Gabriel se mit à avoir autant peur du FLQ que de la police parce qu’il savait qu’il n’en était pas un membre, mais qu’il agissait comme si. Comment pourrait-il éviter d’être liquidé, si jamais le vrai FLQ apprenait qu’un petit journaliste joue dans ses plates-bandes? S’il était possible de faire croire à la police qu’il est un terroriste, le FLQ, lui, ne trouverait peut-être pas drôle cette fausse identification. Gabriel se sentait dorénavant traqué, condamné d’une manière ou d’une autre.   Il venait de se mettre les pieds dans les plats.        

Dès que le jour se leva, Gabriel courut au dépanneur acheter le journal. Il n’y avait aucune indication d’arrestation, bien au contraire, les felquistes se jouaient de la police. D’une certaine façon, Gabriel aimait mieux cela, car il n’avait plus qu’à jouer son nouveau rôle. Mais la chose n’était pas aussi facile : il ne connaissait rien du FLQ.   

La journée se déroula sans incident. Cependant, son confrère-journaliste qui s’occupait de couvrir la police demanda à lui parler seul à seul.  

— Tu devrais te méfier. La police m’a interrogé à ton sujet. On m’a demandé si tu peux être dangereux. Je leur ai dit qu’ils n’avaient rien à craindre, car juste à voir une goutte de sang, tu t’évanouis. 

Gabriel était reconnaissant. Cet avertissement confirmait que la police le suivait déjà de près. Ses peurs n’étaient pas que le fruit de son imagination.
Le soir, au PUB, un club où il se rendait souvent, il avertit ses amis de son expérience, de sa peur, voire sa certitude d’être surveillé par la police.     

On décida que dorénavant les contacts ne se feraient qu’au moment où l’on se sentirait en toute sécurité. Il fut convenu aussi que dorénavant, seul, Paul le rencontrerait, si nécessaire, dans des restaurants toujours différents. Avant de se parler, si Gabriel était convaincu que personne ne l’épiait, il ferait jouer « Let is be », des Beatles, « pour que la révolution suive son chemin ». C’était très poétique, mais un peu enfantin. Ce fut aussi très efficace, car rien ne transpira jamais de ces rencontres clandestines.     

Gabriel décida de se servir de la situation pour donner plus de poids aux actions qui se déroulaient. Quand il se rendait au PUB avec ses amis et qu’il se sentait espionné, il élevait la voix et créait toutes sortes de scénarios les uns plus invraisemblables que les autres, allant aussi bien du kidnapping de Robert Bourassa à la phobie de violer des sœurs vierges.   

Il modifia son langage. « Se battre démocratiquement contre le gouvernement », céda le pas à « tuer un membre du gouvernement », publier les bêtises du système devint « les faire sauter ». Jamais Gabriel ne fit poser autant de bombes et tuer autant de gens alors qu’il savait que tout ça n’était que du théâtre pour faire croire aux policiers que le Québec était sous le point de sauter de partout.   Il répétait sans cesse la même chanson, surtout, toutes les fois qu’il se croyait écouté par un policier déguisé en vrai monde. Ce masque, d’une telle violence, ne le laissait pas indifférent. Plus il parlait violemment, plus il se méprisait, car, il s’écartait de sa réalité. Lui, qui avait combattu l’hypocrisie toute sa vie, voila qu’il s’en servait pour des fins politiques.       

Un bon matin, il apprit dans le journal qu’un ou deux cocktails Molotov avaient été lancés dans le manège militaire. Si cela prouvait l’existence de felquistes authentiques dans la ville, cet attentat remettait nettement en question l’appartenance de Marc au FLQ, car il était en prison. Le soir même, alors qu’il avait pris place dans une auto, un bolide se lança sur eux. La voiture s’immobilisa dans le côté droit encore une fois. Heureusement, personne ne fut blessé. Pour Gabriel, il n’y avait aucun doute, on avait tenté de les tuer.    

Fort de cet attentat, Gabriel n’osa jamais parler de ses craintes concernant le FLQ à ses nouveaux camarades. Il avait des problèmes à se comprendre lui-même. Que penserait-on de lui si on apprenait qu’il est loin d’être un brave, mais un pisseux? Cela suffirait-il pour qu’il soit interrogé de nouveau? Malgré sa sincérité, il n’était pas question d’engendrer un nouvel interrogatoire. Avoir eu si peur, une fois, était suffisant pour le reste de sa vie…     

Il décida donc, même s’il s’y sentait très inconfortable, de continuer à jouer au felquiste pour détourner l’attention des autorités de son ami Marc.   « De toute façon, pensait-il, si je ne sais rien, je ne peux pas rien apprendre à la police, même si elle me suit ou écoute mes appels téléphoniques. »  Ce fut son raisonnement final. Quant au FLQ, il le persuaderait bien qu’il n’a jamais agi de mauvaise foi et qu’il n’a jamais mis personne en danger, sauf lui. Par contre, il craignait, malgré lui, que toutes ces élucubrations puissent être mal vues du FLQ. Le FLQ n’aimerait peut-être pas la conception qu’il se faisait des choses. En fait, il se mêlait de quelque chose qui ne le regardait pas. Est-ce que je pourrais lui nuire sans m’en rendre compte?         

Gabriel croyait le FLQ tellement puissant qu’il se mit à en avoir plus peur que de la police.   

La mort de Laporte fut comme un coup de poing en plein visage. S’il était prêt à mourir pour une cause, améliorer le sort des plus démunis, il ne pouvait accepter que le FLQ tue qui que ce soit, même la pire des ordures.  Il ne pouvait pas se sentir complice d’un meurtre fut-il politique, sans ressentir une profonde culpabilité. Il n’y avait rien, même s’il se donnait tous les airs d’un homme violent. Ce qui jusque-là avait été un jeu prenait des allures sérieuses et de réelles. Est-ce qu’au moment où, on l’interrogeait sur la vie de Cross et Laporte, dans un autobus, comme dans les films de Costa Gavras, était une vraie consultation? Quand jouait-on, et quand était-ce vrai? Il ne le savait pas.        

La situation, étant ce qu’elle était, il ne pouvait plus reculer. Il ne pouvait plus parler de non-violence, après voir fait verbalement sauter tout le pays et avoir approuvé l’exécution des prisonniers dans des cas extrêmes. Vouloir la mort, c’est comme la provoquer? Le film devenait réalité. Les bombes éclataient par centaines quand il se croyait écouté par une oreille canine…             

Son langage violent le rendait de plus en plus prisonnier d’un personnage qu’il ne voulait pas être et qu’il se devait de jouer pour ne pas exterminer tout ce qu’il avait fait pour sauver Marc.    

Ses remords étaient si profonds qu’il se rendit chez Nancy, la seule à qui il pouvait manifester cette peur, qui prenait de plus en plus l’allure de panique.    

Il se confia partiellement à son amie, très honteux de ne pas tenir le coup. Il se serait cru plus capable, plus résistant. Il trouvait les felquistes de plus en plus admirables.         

Pour se calmer, ils fumèrent ensemble. Nancy lui fit comprendre qu’il n’était certainement pas un felquiste, mais un sympathisant par la force des choses, comme des milliers de Québécois. Elle le rassura quant à la beauté des gestes qu’il avait posés pour sauver son ami. « Une telle amitié, dit-elle, vaut plus que le pouvoir. Si le FLQ se bat pour le peuple, crois-tu qu’il serait assez idiot pour t’exterminer parce que tu as voulu sauver un gars que tu croyais un des Penses-tu qu’ils ne savent pas que tu dois être mort de peur? » Elle était persuadée qu’il se culpabilisait pour rien. Elle le trouva même très naïf, pour un journaliste, de se creuser ainsi la conscience.      

Elle décida de le reconduire chez lui. Ils s’arrêtèrent devant l’appartement de Gabriel où  le haschisch ne tarda pas à éveiller bien des passions.       

— Mon Père, dit-elle, imitant une sœur vierge et très pudique, j’ai un grave péché à vous confesser.   

— Oui, répondit Gabriel, perdu dans son rôle de confesseur. Dites, ma sœur. Dites vite.       

— Mon Père, je vous aime. J’aimerais tellement vous toucher.        

— Mais, faites, ma sœur!        

Et ainsi, la mort de Laporte fut-elle oubliée ce soir-là. Les bas-culottes tombèrent, ils déménagèrent sur le siège arrière et on ne tarda pas à entendre par la suite les : « Oh mon Père! Oui, oui, c’est bon! C’est bon! C’est super bon! Continuez, continuez! »      

Le lendemain, l’arrivée au journal ne fut pas aussi triomphale.

Gabriel se crut accusé de meurtre par tous les regards. Il se sentit fort mal à l’aise, tellement troublé qu’il dut répondre aux accusations non formulées, mais non moins bien senties.

— De toute façon, il l’avait bien mérité.     

Ces paroles sonnèrent faux dans sa bouche, mais il devait manifester sa solidarité pour ne pas gâcher tous ses efforts pour passer pour un felquiste; mais le cœur n’y était pas.     

Il apprit dès cette fin de semaine-là que son petit manège avait mieux réussi qu’il ne l’aurait cru.        

Lorsqu’il rendit visite à ses parents, sa mère et son père l’accueillirent en larmes et en reproches.        

— Le frère de Georges, notre député du comté, est venu au magasin et il prétend que tu as les mains tachées du sang de Pierre Laporte. Aurais-tu participé, de près ou de loin, à ce meurtre injustifié?   

Gabriel nia toute participation. Il pouvait le faire d’autant plus sincèrement que c’était la plus stricte vérité. Tout en ne dissimulant pas les changements dans sa façon de s’exprimer, dans ce nouveau radicalisme verbal, il essaya de rassurer ses parents. Il reconnut le danger de penser et parler ainsi, mais il insista sur le devoir de tout journaliste honnête de faire connaître la vérité, au prix de sa vie s’il le faut. Gabriel pensait honnêtement que le fédéral est la pire des mafias.        

Cette intervention politique amena Gabriel à craindre, non seulement pour lui, mais pour sa famille et ses amis. Rénald ne venait-il pas lui aussi de subir une perquisition dans laquelle on avait saisi deux fusils de chasse? Et, le beau-frère de celui-ci, qui vendait des billets de tirage d’un tableau pour nous, avait été congédié parce qu’on pensait qu’il appuyait le FLQ. Les autorités étaient prêtes à toutes les saloperies pour préserver leur autorité.      

Que l’on s’attaque à ses proches troubla beaucoup plus Gabriel. Ainsi, ces salauds prenaient-ils sa famille en otage! « Tu peux risquer ta vie,  mais tu n’as surtout pas le droit de risquer celle des autres. », pensa-t-il.       

Mais comment réagir à cette nouvelle menace? Il était complètement dépassé, paralysé, et affreusement impuissant. Il savait dorénavant la force et le poids du système politico judiciaire;  il comprenait que le système ne recule devant rien pour se protéger ou écraser ceux qui lui barrent le chemin, c’est-à-dire menacent ses intérêts économiques. Il pensa même que si l’on fait une nuance entre la petite et la grande pègre, c’est simplement parce que la grande pègre détient le pouvoir, non seulement dans les gouvernements, mais aussi et surtout, dans le système judiciaire.       

Gabriel n’était pas seulement hanté par la peur de faire un mauvais geste, de dire une parole qui pourrait nuire au FLQ, mais par la culpabilité, car toutes ses explications ne parvenaient pas à faire taire sa conscience : s’il approuvait les objectifs, il demeurait plus que jamais opposé aux moyens d’y parvenir. En d’autres termes, il était beaucoup plus péquiste que felquiste. Il savait par quoi il voulait remplacer la société. D’ailleurs, les libéraux jouaient déjà à mêler FLQ et PQ,  juste pour mélanger les gens et avoir plus de sympathie de leur part. Cette forme de malhonnêteté est bien celle des libéraux.         

Il écouta toutes les conversations, lut tous les textes. Il s’imprégna de son rôle, même s’il s’y sentait de plus en plus inconfortable, gauche et nerveux.         

Plus il lut, plus il devint hanté par ses peurs. Était-ce les effets de la marijuana qu’il consommait quotidiennement ou une rébellion de son inconscient, viscéralement opposé à toutes formes de mensonges et d’hypocrisie? Lui qui, habituellement, aimait tout ce qui était humour, trouvait moyen d’y voir des menaces et des messages politiques. Il ne vivait plus, il paranoïait.

Marc fut relâché plus tôt, car il souffrait d’une malaria attrapée en Afrique.

Gabriel était ravi. Il pouvait enfin revivre normalement puisque son ami était libéré.

Le contact s’établit rapidement. Pour protéger Marc, Gabriel accepta avec joie de partager un appartement avec lui.    

Dès le lendemain, il avait déménagé.

Il ne fallut pas seulement s’habituer à l’impression d’être constamment surveillé par la police, mais aussi à celle de voir des felquistes partout. Si Marc était felquiste, il était tout à fait normal qu’il fréquente des felquistes. Cependant puisque rien ne les identifie, Gabriel les reconnut dans tous ceux qui connaissaient Marc. Comme si la prison lui avait donné « sa carte de membre perpétuelle dans le FLQ. »    

Gabriel comme tous les journalistes, rêva d’une entrevue exclusive avec les terroristes qui détenaient toujours James Cross… Même ce désir devint suspect. Qu’arriverait-il s’il était suivi? … Il pourrait peut-être les faire repérer ?  Ses moindres gestes devinrent obsédants. Devait-il faire ceci ou non, avait-il dit des conneries ou non? Il payait pour ne pas connaître le personnage qu’il devait incarner.    

Cette phobie marquait presque tous les milieux qu’il fréquentait : on parlait des moyens sophistiqués d’espionnage de la CIA américaine que l’on croyait associée à l’armée canadienne et la police. On disait que la CIA était omniprésente, écoutait dans les maisons et pouvait même lire dans les esprits. Gabriel, entre-deux joints, ne voulait plus penser pour ne pas avouer quoique ce soit à ses ennemis.         

Pourtant, il jouait plus que jamais au felquiste. Il aimait ce rôle excitant de pouvoir. À force de le jouer, il s’était même créé une seconde nature, une nature dont il n’arrivait plus à se débarrasser. Mais, il se prenait dans son projet jeu. Les événements l’avaient forcé à une solidarité plus forte que la peur de la mort.  

Il voulut se tranquilliser un peu les nerfs et se décharger la conscience en exprimant à Marc ses scrupules quant à la mort de Laporte. La réponse fut sèche et cinglante, sans réplique possible :        

— Tu ferais mieux de garder tes commentaires pour toi.        

Cela n’était pas de nature à aider Gabriel… Plus il fumait, plus il avait peur. Peur de se tromper, de dénoncer quelqu’un sans le faire exprès.    

Un samedi soir, comme entendu, il apporta du mari et du hasch à un de ses amis de Montréal puisqu’il était possible d’en acheter du meilleur et à meilleur prix à Sherbrooke. 

Il prit l’autobus pour se rendre chez Gérald. Ce voyage de plaisance vira vite au cauchemar. Il soupçonna deux hommes, assis derrière lui, d’être des policiers. Il essaya d’entendre leur conversation, mais il ne put saisir que : « Espérons qu’ils ne sont pas tout comme lui, car on n’est pas sorti du bois.»         

Gabriel ne manifesta aucun signe de nervosité, même s’il se croyait piégé. De cette expérience, il avait au moins appris à pouvoir dissimuler ses sentiments.     

Il ne crevait pas de peur pour lui, mais craignait d’être suivi… au cas où son ami serait mêlé aux événements.        

Quand il arriva au terminus de Montréal, les deux hommes le suivaient toujours. Il s’engagea dans le métro, ils étaient toujours là. Ce furent les courses, les changements précipités de véhicules, l’obsession d’échapper à ses poursuivants. Les deux bonshommes tenaient le coup, mais il réussit quand même. Quand il fut certain d’avoir réussi, il se rendit chez Gérald. 

Il arriva chez Gérald tellement tendu et exténué qu’il fondît en larmes. Les nerfs le lâchaient. Gérald le rassura, mais lui lança :     

— Pourquoi as-tu parlé de pot dans ta lettre? Ne m’as-tu pas dit que toutes tes lettres peuvent être interceptées? Voulais-tu nous faire prendre?       

Gabriel interpréta cette remarque comme un soupçon… il ne serait donc jamais capable de faire les choses correctement. Pourquoi fallait-il qu’il soit toujours aussi con? Il regrettait son manque de réflexion. Une imprévoyance impardonnable.

Quand il fuma avec Gérald et ses amis, sa paranoïa n’avait jamais atteint un tel sommet. Il se crut au cœur d’une cellule prête à lui faire payer son inconscience. Peut-être que le FLQ ne tolère aucune erreur comme la mafia?        

Gabriel ne connaissait pas ce qu’était un « mauvais voyage » Nancy s’était toujours occupé de rendre ses expériences agréables.      

Il interpréta très négativement les sensations plus fortes qu’il éprouvait pour la première fois.   Il crut qu’on ne lui faisait plus confiance et que l’on avait décidé de l’éliminer en dissimulant un poison dans sa « dose ». Il attendit patiemment, déçu d’être tué pour une erreur faite sans même le vouloir. Cette peur prit des proportions alarmantes. Chaque fois que Gabriel fuma, sa crainte de mourir refit surface. C’était sans cesse l’angoisse d’avoir commis une erreur et d’être éliminé, angoisse qui se transformait en joie sans limites avec l’apparition de la musique.

Après quelques secondes qui parurent une éternité, Gabriel vécut l’hallucinationde sa vie. Jamais il n’avait eu autant de plaisir… car il avait simplement acheté du hasch, coupé à l’opium.       

Son ignorance quant à l’espionnage l’amena à craindre les méthodes de la CIA.   Non seulement, il crut que son téléphone était tapé, qu’il était suivi par des policiers, mais il s’imagina qu’avec leurs moyens modernes, les services américains pouvaient lire dans les pensées. 

Convaincu d’être la cible des policiers, du FLQ et de la CIA, il en vint à ne plus pouvoir penser ou rêver de peur qu’une idée serve d’indication à la police. Il ne voulait même plus dormir, craignant qu’inconsciemment il ait appris quelque chose qu’il ne fallait pas, en lisant les journaux, et qu’il ne divulgue ce secret dans un de ses rêves.        

Sa vie devint vite un véritable enfer. Cette phobie d’être tué, une véritable folie.

Incapable de tenir plus longtemps, sans chavirer complètement, il décida de s’en ouvrir à Marc.         

Il lui confia ses peurs et sa certitude de l’avoir sauvé de la mort. Il lui dépeignit le piège dans lequel il se sentait prisonnier.  

Marc éclata de rire.        

— Mon pauvre Gabriel, je connais Vallières comme toi, comme des centaines d’autres personnes. Je l’ai rencontré une fois dans ma vie. Je n’ai jamais été mêlé au FLQ, pas plus que Gérald d’ailleurs. Nous avons été fichés à cause de la manifestation au cours de laquelle Gaston a craché au visage de Jean-Jacques Bertrand. C’est tout. Les dossiers policiers existent toujours, même si notre système judiciaire prétend le contraire et on les ressuscite quand ça brasse. Comment as-tu pu croire autre chose? Je ne t’ai jamais rien dit qui aurait pu t’inciter à croire que j’étais felquiste.        

Gabriel fut totalement renversé.        

Les paroles de Marc l’anéantirent. Comment avait-il pu se laisser entraîner dans un tel scénario? Personne ne l’avait poussé, il n’avait qu’obéi à ses sentiments et à ses peurs        

— Tu dois me trouver complètement fou? demanda Gabriel à son ami qui essayait visiblement à lui remonter le moral.    

— Non! Faire quelque chose pour ses amis n’est jamais perdu. C’est ce qui construit la vie des gens et des pays.  

Gabriel se sentit déjà moins loufoque, mais Marc ajouta :      

— Tu ne seras donc jamais rien d’autre qu’un Don Quichotte .

Les semaines qui suivirent furent celles de la honte. Gabriel ne sortait plus. Il cessa de manger. Une véritable dépression. Ce fut comme si toute la tension des semaines précédentes éclatait d’un coup. Il crut qu’il ne pourrait jamais plus être journaliste…   « Je suis bien trop naïf », pensait-il.  Même Nancy n’arriva pas à lui faire comprendre que tout ce qu’il avait fait était beau, louable sur le plan de l’amitié.

Pourtant, un soir, en écoutant Un gars bien ordinaire, de Charlebois, Gabriel comprit que c’était mieux ainsi, car il retrouvera, Avec le temps, et Léo Ferré, sa tranquillité et un imaginaire renouvelé.   La musique transforme les vapeurs de la peur en petits paradis…     

Il apprit, dans l’indifférence, le départ pour Cuba des terroristes qui détenaient toujours James Richard Cross. Il réalisa qu’une page d’histoire était tournée. Une histoire qui ne se complétera que plus tard quand la majorité des Québécois croiront en eux.    

En attendant, son histoire donna naissance à sa première bande dessinée.    

Le temps des cauchemars.

mai 22, 2020

Le chantage

Au docteur Gay-Lemaître

La distraction, Paul connaissait ça. Pour lui, c’était une deuxième nature.  

Une fois, par exemple, il s’était rendu, en voiture, avec son épouse, au Château Frontenac, assister à un congrès sur les nouvelles méthodes de reproduction des plantes de toutes sortes. Il revint chez lui en autobus, oubliant à Québec, son épouse et sa voiture.    

Il était pratiquement devenu une légende du parfait distrait auprès de ses amis, au bureau d’agronomie où il travaillait.   

Ainsi, un samedi matin, alors qu’il se concentrait à son travail, Paul reçut un coup de téléphone étrange. Un homme dont il ne connaissait pas la voix demandait à parler à Pauline, son épouse, en visite chez sa mère depuis une semaine.

“Qui cela peut-il bien être?”, se demanda Paul, qui ne reconnaissait pas la voix. Tout le monde sait qu’elle est chez Irène et qu’elle revient… »     

Paul était traumatisé de ne pas déjà être à la gare pour y recevoir Pauline. Il avait promis d’aller la chercher au terminus, ce midi. Il en avait été convenu ainsi, se rappela-t-il. Il bénissait cet étranger, ce hasard qui venait lui rappeler l’existence de sa femme qu’il adorait pourtant…

Paul fonça au terminus de la petite localité pour y cueillir son épouse. Évidemment, elle n’y était pas puisqu’elle revenait bien jeudi midi, mais jeudi de la semaine prochaine.      

Paul serpenta la gare, s’acheta un journal, le lut au complet. Toujours pas d’épouse.   Il décida de l’appeler chez sa belle-mère pour connaître la raison de cet étrange retard, car Pauline avait la réputation d’avoir la précision d’une horloge.

Le téléphone était sans cesse occupé. Paul piaffait d’impatience, car il venait tout juste de se rappeler qu’il avait laissé le plat d’eau qu’il faisait bouillir sur la cuisinière chez lui. La peur d’un incendie le tenaillait.     

Il s’empressa de recomposer le numéro de téléphone, quand un garçon d’une douzaine d’années lui demanda un dollar.  

— S’il te plaît, monsieur, je n’ai pas mangé depuis deux jours.        

Paul sortit un dollar et le donna au garçon qui lui semblait plutôt mal pris. Il lui tendit aussi le fromage qu’il s’était apporté. Il réussit enfin à avoir la communication et apprit sa méprise. Habitué à ses bévues, il se mit à rire.

Il riait comme un fou quand il aperçut à nouveau le petit bonhomme, près des téléphones.

— Où est le morceau de fromage que je t’ai donné? Tu l’as déjà mangé ? 

— Non, j’ai pensé que vous voudriez bien venir avec moi au restaurant. Je suis seul. Et, c’est « plate » en maudit.      

Paul remarqua alors que cet enfant portait des vêtements trempés et un pantalon tout déchiré sur une cuisse.

— Tu n’as pas de parents ?     

— Bien sûr que j’en ai. Mon père devait venir me chercher hier soir et il ne s’est pas présenté. Il doit être encore saoul. Quand il se met à boire, ça peut durer des jours et s’il me voit, il ne cherche qu’à me battre.     

— Oui, mais ta mère?   

L’enfant hésita avant de lui dire qu’elle était morte.       

Pris de pitié, Paul amena l’enfant au restaurant. Profitant de sa présence, le petit Sylvain se gava jusqu’à en être malade.  

— Que feras-tu maintenant? Tu ne peux tout de même pas passer la journée ici. Veux-tu que je t’amène chez ton père?  

— Oh non! Je t’en supplie, ne fais pas ça. Amène-moi avec toi. T’as l’air gentil. Je ferai tout ce que tu voudras. Amène-moi. Je te jure, tu ne le regretteras pas. Allez! Juste deux ou trois jours. Le temps que mon père se dessaoule. Je suis certain que s’il me voit maintenant, il va me battre au sang. 

L’idée d’amener ce jeune chez lui, durant quelques jours, alors qu’il avait énormément de travail à compléter, ne lui souriait pas du tout, mais pas du tout. Par contre, Sylvain était tellement attachant… pourquoi courir le risque de le laisser entre les mains d’un monstre, même si c’est son père? C’est de la misère assurée…

« Il pourrait sans doute m’aider », pensa le bon samaritain. Paul avait trop de respect pour les enfants pour ne pas intervenir afin d’empêcher cette injustice.

— C’est d’accord. Tu m’aideras à replanter mes fleurs et je te paierai. Disons le salaire minimum. Quand le temps viendra, que tu seras certain que ton père ne sera plus ivre, je te ramènerai au terminus pour qu’il puisse venir te chercher…     

Sylvain était fou de joie. Juste voir sa figure rayonnante valait bien quelques petits sacrifices. « De plus, je serai moins seul durant l’absence de Pauline… », pensa Paul.        

  

Dès leur arrivée à la maison, Paul se précipita vers la cuisinière. Heureusement, dans sa distraction, il avait oublié d’allumer le rond du poêle.
— Paul, est-ce que je peux me reposer, avant de t’aider? Je suis tellement fatigué, demanda le jeune garçon.       

Paul se sentit un peu niaiseux et coupable de ne pas y avoir pensé plus vite. Il jeta un oeil sur le gamin et s’aperçut que non seulement son pantalon était déchiré, mais Sylvain était affreusement sale.  

— C’est une très bonne idée. Mais, tu dois prendre un bain auparavant.   

Paul se rendit à la salle de bains et fit couler l’eau.        

Le bain n’était pas encore rempli que Sylvain s’amena. Sans forme de scrupule, plutôt même en posant un peu, il se dévêtit devant Paul, surtout préoccupé à vérifier la chaleur de l’eau. Paul fut étonné. On aurait dit que Sylvain voulait attirer l’attention. Paul pensa qu’il était trop scrupuleux… comme son éducation l’avait si bien modelé.    

— Qu’as-tu à la cuisse? demanda Paul, ahuri de voir une si longue cicatrice et le sang séché tout autour.       

— Ce n’est rien. Je me suis blessé en sautant une clôture.       

Paul ne le crut pas et Sylvain s’en aperçut. 

—… En me sauvant pour échapper aux coups de mon père. 

Paul était fier de secourir une si jeune victime.    

Paul prit des médicaments et commença à soigner la cuisse de Sylvain essayant de ne pas trop montrer qu’il voyait bien que le garçon bandait. Paul eut l’impression que le petit non seulement aimait se faire soigner. Il s’empressa de chasser cette idée, se disant que de telles cochonneries ne peuvent germer que dans la tête des adultes.        

— N’empêche que de toute évidence, Sylvain adore ça, pensa Paul. Il était surpris des tentatives de Sylvain pour lui faire dévier les mains ailleurs que sur la cuisse. 

« Ce sont des idées que je me fais. Il ne s’en aperçoit même pas. C’est probablement parce que ça chauffe trop qu’il me pousse ainsi la main », crut Paul. 

Paul n’était pas sitôt sorti de la salle de bains, pour permettre au petit de se laver, que Sylvain trouva une nouvelle excuse afin de le ramener près de lui.

— Je ne peux pas me laver seul. Ma blessure me fait trop mal et si je m’assois dans l’eau, il n’y aura plus d’onguent.      

Paul comprit sa méprise. Il aurait dû nettoyer, puis attendre que le garçon ait pris son bain, avant de fixer les pansements.

Impatient de commencer à travailler, Paul se rendit près de Sylvain qui lui saisit la main et la déposa sur son sexe qui s’amusait à faire sursauter sur son ventre, à travers des éclats de rire. 

Cette fois, il était impossible de nier l’évidence. Paul comprenait mal ce désir sexuel, d’autant plus qu’il avait toujours cru les enfants « innocents». 

— Crosse-moi ou mange-moi, ce serait même encore mieux! 

Paul enleva la main, ne pouvant plus douter des intentions de son jeune protégé. Il s’éloigna, un peu en colère.      

— Ne t’en va pas. C’était une farce. Tu n’aimes pas ça rire? Il n’y a rien de mal là. Je ne recommencerai plus. Souris!, répliqua Sylvain, devant la réaction de Paul.  

Paul céda à nouveau. Même s’il ne voulait pas se l’avouer, Paul était hypnotisé par la beauté de Sylvain, par la douceur de sa peau, la senteur de ses cheveux et l’envoûtement de son rire. Il était peut-être diabolique, mais quel beau démon?

Il lui lava le dos, et prétextant avoir oublié de l’eau sur le feu pour retourner à la cuisine, Paul s’éloigna.    

— Le reste, tu peux très bien le faire tout seul.    

Paul s’était mis à la lecture d’un journal quand Sylvain fit son apparition dans la cuisine, toujours nu comme un ver.         

Paul fut surpris que Sylvain soit encore bandé. Un exploit qu’il ne pouvait plus réussir depuis des années.         

« Ce doit être le pouvoir de la jeunesse. », se dit-il.      
— Prends-moi dans tes bras pour m’apporter dans mon lit. J’aurais tellement aimé que mon père m’amène dans ses bras. 

— Quel caprice!, s’exclama Paul. T’es vraiment un vrai bébé pourri gâté. 

Mais il s’y plia, sans trop comprendre pourquoi. Il se sentait incapable de refuser quoique ce soit à cet enfant.  

Paul fut troublé par le contact de la chair nue dans ses bras. Ce devait être son éternel désir d’avoir un enfant qui lui procurait cette jouissance.

« Ça coûte vraiment si peu cher de rendre un enfant heureux », se dit-il, pendant que Sylvain le prenait par le cou et l’embrassait.      

Paul en avait le cœur à l’envers. « Ce jeune manque affreusement d’affection», pensa-t-il.

« Pourquoi des parents mettent-ils au monde des enfants, s’ils ne peuvent pas leur manifester de l’amour? Serait-ce que le monde est rendu assez fou pour qu’un baiser et une caresse soient interprétés comme des gestes sexuels, voire incestueux? »

Il se rappela tous les efforts que lui et Pauline avaient faits pour engendrer un de ces petits êtres qui font aussi bien votre bonheur que votre enfer. Toutes les démarches infructueuses pour adopter un enfant… les coûts exorbitants pour créer le bonheur d’un enfant qui autrement ne connaîtra que la misère. 

Paul portait Sylvain, non seulement avec fierté, mais comme si c’eut été le plus précieux cadeau de la nature. Même si Sylvain était agaçant avec ses désirs sexuels, Paul adorait déjà, cet enfant.        

Sylvain s’étendit sur le lit. Tout sourire, il porta la main à son sexe. Frondeur, il avait étendu la main sur sa bourse, pendant qu’avec le bout des doigts, il massait le bas de son petit sexe, toujours raide comme de l’acier. Même si Paul était profondément bouleversé par la beauté angélique de Sylvain, sa morale n’approuvait nullement cette masturbation. Pourquoi? Comme tout le monde, il ne le savait pas, mais il acceptait sans réfléchir cet interdit. « C’est mal, voilà tout, même si c’est stupide, c’est mal. Ç’a toujours été ainsi. »  La religion probablement…

« Il doit bien avoir un défaut… », pensa-t-il.                 

Il se hâta de quitter la chambre, mais il n’avait pas commencé à travailler que Sylvain était revenu le retrouver en bobettes, comme si rien ne s’était passé. Il s’assied et regarda Paul s’affairer dans ses livres. Puis, il embrassa Paul et s’en retourna dans sa chambre. On aurait dit qu’il avait perdu une bataille.      

Les trois jours en présence de Sylvain furent trois jours de paradis. Sylvain avait mis ses tentatives de séduction de côté et jamais Paul n’avait autant ri, autant joué, autant raconté d’histoires. Paul n’avait jamais été aussi heureux parce que, grâce à ce petit gars, il revivait, à travers lui, sa propre enfance. Paul était fasciné par la possibilité de retrouver sa «réalité profonde de gamin», à travers le besoin de faire plaisir à Sylvain. Il s’est même livré à des jeux de cache-cache, se rappelant la première fois qu’il avait embrassé Nicole, dans une garde-robe et toute la fierté qu’il en avait ressentie.    

Peu de travail était accompli, mais la vie avait enfin un sens. Paul finit par adorer Sylvain autant que Sylvain l’adorait. C’était l’amour fougueux, sans le lit. Une relation bien différente de celle qu’il entretenait avec Pauline. Sa vie de couple avec Pauline était tout ce qu’il y a de plus convenable, mais qui ne procurait définitivement pas le piquant, la joie de vivre qu’il ressentait présentement avec Sylvain. Une amitié presque une adoration.        

— Une telle relation est-elle éphémère? Serais-je devenu gai? se demanda-t-il.  

Paul et Sylvain étaient pleinement parfaitement heureux comme quand deux jeunes garçons s’amusent ensemble. « Le jeu crée le bien-être. La fiction d’un couple hors-norme, qui n’a rien à voir avec la réalité hétérosexuelle vécue de nos jours. Les deux quand ils sont mêlés inventent la transcendance, comme si l’imagination dans le réalisme du jeu permettait d’oublier les inconvénients de la vie. Est-ce la même joie qu’un père qui se voit dans le miroir de l’âme de son petit gars? », se demanda Paul.        

Paul décida de proposer à Pauline d’adopter cet enfant, si sa famille l’acceptait, car il n’était pas orphelin de toute évidence. Est-ce que son père accepterait? En échange de boissons peut-être? Les alcooliques vendraient leur mère pour avoir de la boisson…     

Malheureusement, le temps était venu de retourner à la gare chercher Pauline et probablement de se séparer à jamais du petit. Sylvain avait rejoint son père au téléphone et iI avertit Paul que son père avait retrouvé ses sens…

Paul et Sylvain avaient le cœur gros. Il s’était créé un lien tellement riche entre eux qu’ils croyaient que même leur séparation inévitable n’arriverait jamais. Rien ne pourrait, quoiqu’il arrive, leur faire oublier ces trois jours de parfait bonheur. C’est, du moins, ce que pensait Paul.   

Pour bien alimenter ces derniers moments, Paul décida de ramener Sylvain au même restaurant qu’à leur première rencontre. Désir un peu romantique… bien partagé.

Paul donna cent dollars à Sylvain pour les travaux accomplis durant son séjour avec lui, à la maison. C’était sûrement bien au-delà de ce que méritait Sylvain, mais c’était une façon de le récompenser pour la joie qu’il lui avait fait connaître.  

— Avec cela, tu pourras prendre l’autobus pour retourner chez toi, dit-il, en souriant, avant de commander un repas à chacun.        

Ils mangeaient encore quand un policier se présenta à leur table.      

Sans même sembler remarquer la présence de Paul, le policier, une photo à la main, demanda à Sylvain s’il était bien « ce garçon-là ». Sylvain répondit par l’affirmative. C’était évident.      

Paul assistait à la scène, se disant que toute cette affaire finissait bien, car Sylvain, accompagné d’un policier, n’aurait pas à craindre les coups de son père, lors de son retour.    

À la demande du policier, Paul quitta la table et se rendit à l’auto-patrouille où il prit place sur le siège arrière, pendant qu’un autre policier venait chercher Sylvain pour le ramener à la maison.        

L’officier demanda à Sylvain, avant de partir, s’il était en compagnie de Paul. La confirmation n’était pas encore obtenue que le policier demanda à l’enfant depuis quand ils étaient ensemble, depuis quand ils se connaissaient, si Paul l’avait séquestré, touché, agressé.        

Le questionnaire s’adressa immédiatement après à Paul qui était intimidé. Il sentait une forme d’accusation dans le ton de la voix du policier. Il se sentait accusé d’une perversion qu’il n’avait pas. Il ne ferait pas de mal à une mouche, encore moins à un enfant, quoiqu’une relation sexuelle chez les garçons apporte le bonheur et non l’inverse. Paul savait qu’il n’avait rien fait de mal, ce qui le rendait encore plus mal à l’aise. Où voulait-on en venir?
L’officier en conclut qu’il s’agissait bien d’un cas d’enlèvement, de séquestration, ou du moins, d’assistance à une fugue. Il mit Paul en état d’arrestation parce qu’au mieux il avait aidé un délinquant à fuir son foyer… mais il y voyait déjà un cas d’agression sexuelle… un réflexe normal de policier…        

Paul sursauta de surprise et de colère.        

— Mais que dites-vous là? répliqua-t-il, comme s’il n’avait pas compris ce qu’on lui disait ou plutôt comme s’il n’en croyait pas ses oreilles.     

— La ferme! Mon hostie de tapette! 

Paul était vraiment insulté. Il n’avait jamais eu la moindre tendance gaie.  

— Monsieur l’agent, c’est une monstrueuse erreur.       

— Aie toué, mon tabarnak, je ne t’ai pas sonné, kâliss de christ! Quand je voudrai une pipe, hostie, je t’appellerai…   

Paul était décontenancé par la vulgarité du policier. Est-il possible que de tels porcs représentent la loi?   

Le policier le força à l’accompagner au poste de police où il fut interrogé durant des heures.  

Paul répéta inlassablement l’histoire inhabituelle de cette rencontre, mais il ne put expliquer pourquoi il n’avait pas appelé la police. Cela ne lui avait pas paru nécessaire. Point.   Le jeune était en pleine sécurité avec lui, il n’était pas battu par son père… et sans le dire, il pensa : et Sylvain était assez heureux et en sécurité pour justifier cette décision.       

Paul demanda la permission d’appeler son épouse.       

Il tenta, malgré sa nervosité, de se rappeler le numéro de téléphone de sa belle-mère pour la rejoindre. Inutile. Sa mémoire énervée n’arrivait plus à fonctionner.

Les policiers interprétèrent ce fait comme un nouveau moyen de dissimuler son homosexualité. Qui oublie ainsi le numéro de téléphone permettant de rejoindre son conjoint?  

Paul était vraiment excédé par l’obsession des policiers à vouloir lui faire avouer qu’il avait entraîné Sylvain dans une aventure sexuelle.       

« Pourquoi ne s’occupe-t-il pas à soigner leur propre phantasme qui empêche un adulte de fréquenter un jeune sans y imaginer une relation sexuelle, de la violence, de l’abus? Pourquoi défendre une morale aussi malade et répressive? » 

Après quelques nouvelles tentatives de téléphone infructueuses pour joindre Pauline, les policiers conclurent que Paul tentait de leur monter un bateau.   

Paul avait hâte que finisse cette sinistre farce. Mais, plus le temps passait, plus il sentait que les policiers voulaient lui faire admettre à tout prix un crime qu’il n’avait pas commis.      

Paul était consterné. Les policiers mettaient plus d’ardeur à lui faire avouer qu’il avait eu des relations sexuelles avec Sylvain qu’à trouver le côté positif de cette rencontre. Cela n’aurait pas été pire, s’il l’avait tué. C’est comme ça qu’on le remerciait d’avoir empêché un enfant d’être battu par son père. Un peu de sexe, c’est plus traumatisant que de se faire battre? Il faut vraiment être rendu débile pour penser ainsi.         

De plus en plus irrité par l’obsession des policiers, Paul prit conscience pour la première fois de la dimension maladive qu’ont les autorités à protéger la sexualité des enfants. Une paranoïa.     

Il se rappela une conversation avec un ami missionnaire, le Père Conrad, qui l’avait jadis bien scandalisé, car celui-ci, en lui avouant son amour pour les petits gars, prétendait que la morale sexuelle est non seulement une préoccupation bourgeoise, mais encore pire : une bibitte religieuse. Une invention pour profiter de la mauvaise estime de soi pour manipuler les consciences. Un mal qu’on t’enfonce dans la conscience alors même que t’es trop jeune pour porter ton propre jugement. Une peur pire qu’une allergie ou un cancer.  

— « Il est anormal, soutenait le Père Conrad, qu’alors que des enfants meurent de faim dans un pays sous-développé, les organismes d’aide humanitaire ne pensent qu’à combattre la prostitution. Une obsession de religieux frustrés. C’est d’autant plus fou que ce phénomène a pris une telle ampleur qu’avec, et seulement, l’avènement de la prostitution mâle… Pourtant, s’il est une prostitution qui ne porte en soi, outre les maladies vénériennes, aucun danger, c’est bien celle de la prostitution mâle. Un garçon, ça bande, ça jouit, ça éjacule et ça débande. Ce n’est dégradant puisqu’il apprend à admirer la beauté de son corps et à en jouir pour survivre. Tu sais, te faire sucer, ça ne fait pas mal. Bien au contraire, c’est extrêmement jouissant. Se faire admirer autant par un mâle que par une femelle, c’est aussi valorisant. C’est possiblement la seule tendresse que connaissent ces enfants, victimes de la misère économique. Il n’y a que les féminounes qui soient assez folles pour prétendre que se faire “cruiser”, c’est une forme de harcèlement. Avoir l’esprit obtus, ça se cultive. Voir du mal partout, c’est un signe de déséquilibre. C’est une paranoïa.  

— La prostitution, ce n’est pas pire que les femmes qui se cherchent un mari pour se faire vivre par lui toute leur vie par lui. Un modèle est accepté, l’autre pas. C’est simplement un peu moins hypocrite. Qui a sacralisé le mariage? L’important, c’est l’amour.     

— Leur innocence? Quelle foutaise! Ce sont souvent les jeunes qui provoquent. Quels jeunes ne se crossent pas? C’est le sport favori de l’adolescence. Ils ne perçoivent pas du tout la sexualité comme les adultes.   Pourquoi faut-il non seulement cacher cette réalité, mais exiger que ce soit nécessairement un plaisir solitaire? Ces relations permettent d’assouvir une curiosité très saine, mais les adultes craignent que les jeunes aiment trop ça et que ces expériences les amènent à vivre gais. Si les jeunes ont droit à leur sexualité, pourquoi n’ont-ils pas droit aux expériences sexuelles qui leur permettront de choisir leur orientation sexuelle en toute connaissance de cause? Belle hypocrisie! Morale de Tartuffe!        

Paul, férocement opposé à toute forme de prostitution, s’était efforcé de faire valoir que ce milieu est malsain pour les jeunes, que ces relations ne pouvaient rien leur apporter de bon.             

— “Le sexe, c’est sacré. Ça ne doit servir qu’à la procréation.”, croyait-il vraiment. 

— Qui en a décidé ainsi? Pourquoi? Tout dépend de la manière à savoir comment c’est vécu, lui avait répliqué son meilleur ami. Il peut y avoir beaucoup d’amour. Dans ce dernier cas, c’est un miracle, une merveille pour les deux amants. C’est un crime de les priver d’un tel bonheur. C’est leur choix… l’âge n’a rien à voir là-dedans, sauf s’ils sont trop jeunes pour réagir selon leur désir.   Personne ne peut être d’accord avec la pédophilie. Penses-tu vraiment que je puisse faire du mal à un jeune que j’adore? Penses-tu qu’il ne peut qu’y avoir, dans cette relation où je lui donne le meilleur de moi, qu’un aspect négatif? Penses-tu qu’un jeune y est contraint, s’il revient te voir? Il aime ça… point final! Évidemment, s’il est confronté à cette situation, il dira qu’il a été forcé, car il n’est pas fou, il sait que tout le monde autour de lui croit que c’est un crime honteux. Ne leur demandez pas pourquoi, ils ne le savent pas. Ils l’ont appris ainsi et ne se sont jamais demandé si ça avait une forme de sens ou de logique. La pression sociale lui fera oublier qu’il a aimé ça.     

L’obsession de la prostitution ou de la sexualité juvénile d’aujourd’hui c’est la peur que l’homosexualité se répande, malgré l’opposition de toutes les religions. On a peur que si les jeunes goûtent à ces plaisirs, ils ne sachent pas comment s’en passer et que plus tard, avec les femmes, ils ne soient plus capables de bander parce qu’elles ne les exciteront plus autant que leurs anciens amants. Une peur que les femmes entretiennent non seulement parce qu’elles se sentent menacées, mais surtout par jalousie parce que bon nombre d’homosexuels se recrutent parmi les beaux mâles. La pédérastie, l’amourajoie, particulièrement est d’ordre esthétique. On oublie souvent presque toujours même l’aspect émotif de ces relations au masculin. »      

Et ce vieux missionnaire qui aimait bien les petits gars avait ajouté :

— C’est très frustrant pour un travailleur social de constater que tu peux obtenir un salaire dix fois plus élevé que lui à travers la prostitution individuelle… Pour croire que c’est plus noble de travailler avec ses muscles pour gagner son argent, il ne faut jamais avoir eu faim…     

Paul se rappela combien il avait été choqué par ces propos. Il avait même songé très sérieusement de refuser le droit de visite à son vieil ami. Il avait presque cessé de le fréquenter, espaçant ses visites à un tel point que le Père Conrad lui avait demandé s’il désirait ne plus le revoir, tout en lui soulignant que sa réaction, son étroitesse d’esprit le peinaient.

— « Je t’aurais cru plus humain » s’était-il contenté de laisser tomber.        

Pourtant, Paul n’avait rien à se reprocher. Il avait même ignoré les avances de Sylvain. Pourquoi tout ce scénario?  

Avec la visite de son avocat, Paul ne tarda pas à l’apprendre.

Sylvain avait, au contraire, prétendu que Paul l’avait payé cent dollars pour ses services sexuels. Sa parole suffisait pour envoyer Paul en prison durant des mois. D’ailleurs, le tribunal venait de lui refuser la liberté, en attendant de comparaître.

Paul était furieux et agacé; c’est le moins que l’on puisse dire, car ce témoignage menaçait son foyer et sa carrière. Pauline pourrait-elle passer par-dessus, le croire? Les femmes ont tendance à tout exagérer dès qu’il est question de sexe. Elles sont jalouses, possessives et envieuses par nature. Ce qui explique les lamentations quotidiennes des féminounes. Heureusement, certaines sont encore capables de faire la part des choses… Pauline était-elle l’une d’elles? Paul le croyait, mais… la pression…      

La nuit fut infernale. Paul était divisé par la haine qu’il ressentait d’avoir été accusé faussement et l’amour qu’il avait très profondément ressenti pour Sylvain. Paul crut fermement que Sylvain avait inventé ces accusations pour se débarrasser des policiers et de la DPEJ. Ils l’avaient certainement harcelé comme lui pour obtenir une accusation coûte que coûte. C’est bon pour les statistiques et justifier que le gouvernement injecte plus d’argent dans la sécurité, la protection des enfants. La police est bien meilleure pour s’en prendre aux simples citoyens fautifs que pour arrêter les vrais criminels. C’est plus payant.                        

La violence est pourtant plus condamnable.        

Paul s’interrogeait sur les motifs qui incitaient Sylvain à mentir. « Il ne m’a pas demandé de rançon. Il n’a jamais parlé de chantage, ce qui aurait pu se faire dès le deuxième jour. L’Église catholique, pour avoir la paix, paie maintenant des millions pour les prétendues victimes. La chasteté est un racket. Qui a déjà passé une nuit sans sommeil pour éjaculer en se faisant tâter le zizi connaît le sens du mot plaisir    À moins d’être follement scrupuleux, ça ne tient pas debout. Mais, c’est payant pour les psychologues de le faire croire. Les prétendues victimes deviennent riches, il leur suffit de faire croire qu’elles ont des séquelles permanentes. Il faut vraiment être naïf pour gober de telles chansons. Comment un jeune qui se fait toucher au pénis peut-il devenir pour autant invalide dans un lit pour le reste de sa vie? On lui a certainement mis dans la tête. Son père doit-être complice? Le jeune ne peut pas avoir pensé ça à lui seul? C’est une méchanceté d’adulte. Qui abandonnerait un aussi beau et si charmant garçon? Paul n’avait pas d’enfant, mais il était sûr qu’il n’aurait jamais agi contre l’intérêt de son fils. Il ne battrait jamais ou n’essaierait même pas de faire peur à un enfant. Toute cette hystérie autour du sexe lui sautait à la figure.          

— J’aurais peut-être dû le laisser crever de faim? 

Paul songea aussitôt à son ami, le Père Conrad et à la façon dont il l’avait condamné, sans essayer de comprendre. Quel aveuglement!  

Le matin, il se présenta en Cour où Sylvain raconta s’être fait sucer. Il ne voulait pas, mais il avait trop peur pour dire non. Il était seul avec un adulte dans cette maison où l’avait attiré Sylvain en lui faisant croire qu’il avait de beaux animaux. Une invitation qu’il avait acceptée pour voir et flatter les bêtes, sans se soucier ou craindre ce qui arriva. Sylvain était livide. Il était impossible de sembler plus effrayé. On entendit les « On  » de l’assistance dès qu’il affirma que Paul lui avait donné cent dollars pour ne jamais en parler.

Paul était estomaqué. Il s’avançait pour s’adresser au juge quand il s’affaissa.

Un policier accourut.    

Paul vit le visage du policier se pencher sur lui. Même s’il était silencieux, il pouvait entendre les pensées qui lui venaient à l’esprit.              

— Une hostie de tapette de moins. Il est mort, l’écoeurant.     

Le policier confirma au juge la mort de l’accusé. 

Paul se sentit libérer de son corps. Sa connaissance n’avait plus de limite terrestre. Il vit le père de Sylvain s’approcher de son cadavre, puis Sylvain arriva, livide.

Paul pensa que dans le fonds, il ne s’était pas trompé : Sylvain l’aimait bien.  Il regrettait même son témoignage. Ce qui expliquait son teint.       

Sylvain s’approcha de son père et lui dit :  

— Tu m’avais promis cinq cents dollars si j’arrivais à le faire condamner. Quand me payeras-tu? J’ai hâte d’avoir mon trois roues. Tu en es débarrassé, c’est ce que tu voulais ?   

Paul prit peu de temps à comprendre ce qui se passait quand il vit Pauline arriver à son tour au-dessus de son cadavre, toute excitée. Elle prit la main du père de Sylvain et lui chuchota à l’oreille :     

— On peut maintenant se marier, il n’est plus un obstacle!

Le temps des cauchemars.

mai 21, 2020

                  La Thérèsa et les limites du jeu

À mon arrivée à Las Vegas, je m’étais bien promis de ne pas jouer un sou pendant mon séjour dans cette capitale du jeu. J’avais deux bonnes raisons : je n’ai jamais eu de chance au jeu. Et surtout, la Bible dit :     

                 « Pratiquer le jeu est comme l’inconduite pour le sot ».         

De plus, j’avais juste assez d’argent pour retourner chez moi. 

Je m’étais retrouvé à Las Vegas par hasard, par malchance, comme d’habitude. En effet, l’autobus qui nous menait à Los Angeles était tombé en panne. En attendant de le remplacer, la compagnie avait décidé d’héberger les passagers à ses frais, au Circus Circus. Ce remplacement aurait dû se faire le lendemain, mais il fut retardé par la grève des autobus Greyhound. Il n’y avait aucun autre choix. Je devais prendre mon mal en patience.    

Comme j’étais témoin de Jéhovah, je fus scandalisé de voir comment le Circus Circus incitait au jeu. N’était-il pas écrit dans la Bible :         

               « Ne vous tournez pas vers le jeu, ne le consultez pas.»

Pas moyen de rendre à ma chambre sans passer par des salles où des machines à sous se succédaient les unes aux autres. Le bruit des dollars et des trente sous qui tombaient de ces machines me semblait diabolique. « Le chant de la sirène », pensais-je.    

Je résistai, et sans m’arrêter, je me rendis à ma chambre. J’étais rassuré, car je pouvais compter sur ma détermination.

Je profitai de ce moment pour réviser les questions que je poserais à mon ingénieur de Los Angeles, monsieur Victor Tholburn, qui avait travaillé à la Thérèsa quelque temps avant sa fermeture. La Thérèsa était une petite mine d’or du nord de l’Ontario. Elle avait ceci de particulier : elle était l’enfant chérie du clergé catholique du Québec qui tentait d’éloigner les bonnes âmes de la ville, lieu propice aux vices et aux péchés. On voulait créer un village entièrement catholique et français en plein territoire des Red necks…

Je devais être très perspicace, car le témoignage de Victor Tholburn déterminerait si j’avais lieu de croire que la Thérèsa fut une fraude ou si c’était simplement une mauvaise aventure qui aboutit à la fermeture de la mine.          

La question était loin d’être réglée. En effet, même si la majeure partie des sommes investies avait servi à l’installation des équipements miniers et au creusage des puits et des galeries souterraines, il n’en reste pas moins que les dirigeants avaient trompé les investisseurs, en les impliquant dans une aventure dont les chances de réussite étaient plus qu’improbables.   

Les témoins que j’ai rencontrés avaient parfois des propos contradictoires. Ceux qui ont côtoyé Alphonse Caouette, le président de la mine, prétendaient qu’il n’a rien soutiré de la Thérèsa, car il est mort « le derrière sur la paille », occupant dans les dernières années de sa vie à un simple emploi de pompiste et de conducteur d’autobus scolaire. En revanche, ceux qui voyaient une fraude dans la Thérèsa affirmaient que Caouette a subi plusieurs procès pour détournements de fonds. Mais comme il était le protégé par quelques grands manitous de Toronto, tous les documents compromettants à ce sujet avaient disparu.  

En ressassant ces témoignages, je ne pouvais pas encore croire que notre système judiciaire soit pourri à ce point. Je savais pourtant qu’il n’y a qu’une seule vraie justice, celle de Jéhovah. Le doute planait dans mon esprit, mais cela ne suffisait pas pour entériner l’hypothèse de la fraude.         

Les heures passaient. Il fallait que je mange, car si l’esprit peut se nourrir d’hypothèses, le ventre, lui, a besoin de nourriture. L’estomac dans les talons, je me rendis donc à la salle à manger, où l’on offrait un buffet tellement varié qu’il aurait inspiré la jalousie de n’importe quel Éthiopien.        

Je me faufilai entre les machines à sous, constatant qu’il était bien possible de jouer sans dépenser une fortune : il suffisait de jouer qu’une pièce de cinq sous à la fois. La tentation était grande. Le bruit des sous qui tombaient me fascinait, mais je résistai héroïquement à ce nouvel assaut des forces sataniques, me souvenant très bien des paroles de Daniel, au verset six du chapitre 20.          

              « Et la personne qui se retournera vers le jeu pour se prostituer, je dirigerai ma Face contre cette personne-là et je la retrancherai du milieu de mon peuple. »        


Quand je fus installé à ma table, je remarquai un homme qui ressemblait beaucoup au président de la mine, Alphonse Caouette. La ressemblance me troublait. J’avais connu Caouette alors que j’étais très jeune. Il venait à la maison quand il devait participer à des réunions des sociétaires de la mine. Même s’il était un homme d’affaires prestigieux, il ne m’avait pas tellement impressionné. Le fait qu’il portait toujours un bel habit et qu’il riait beaucoup m’avait frappé davantage. Ce sont ces choses qui impressionnent les enfants. Sa femme quant à elle m’avait littéralement fasciné. J’adorais me glisser près d’elle pour lui parler. J’aimais sa douceur, sa bonté, son intérêt pour ma petite personne. Je l’adorais… elle était si aimable…        

De voir cet homme qui ressemblait à Caouette était certainement une coïncidence, tout comme cette recherche sur la Thérèsa, recherche qui m’avait intéressé, car j’y voyais la possibilité d’écrire un scénario de film. Peu importait que l’exploitation de la mine ait été ou non une entreprise frauduleuse. Pour moi, c’était « une mine d’amitié » et c’est tout ce que je retenais.      

Je pensai par ailleurs que le hasard se chargerait bien de me rappeler que j’avais un but et que je ne devais pas me laisser distraire par toutes ces machines à sous. 

Je regardai et observai cet homme. Il discutait avec un autre homme, assis à droite. Vêtu d’un costume de général, ce dernier semblait heureux, passionné, mais fatigué. Ma curiosité m’incitait à me rendre à leur table, mais je m’abstins, car il me semblait impoli de les déranger, tant ils étaient emballés par leur discussion.  

Après le repas, je retournai à ma chambre, intrigué par ces deux personnages. Sans m’en rendre compte, je m’arrêtai près d’une femme que la chance gâtait. En effet, à toutes les fois qu’elle déposait un dollar dans la machine à sous, celle-ci en recrachait une vingtaine.   Pendant un moment, je la regardai jouer, captivé par le bruit sourd des dollars qui tombaient. Puis, je mis la main dans ma poche pour sortir une pièce. Je la déposai et je tirai la manette avec anxiété. Pas une cerise n’apparut à l’écran de la machine à sous. Humilié d’avoir succombé à ce désir, je retournai à ma chambre, me demandant comment j’en étais arrivé là. Je m’interrogeais sur ce qui m’avait poussé à jouer. Je me disais que si cette femme avait autant de chance, je n’avais qu’à la remplacer pour avoir la même veine. C’était un jugement primaire, mais logique.     

Le lendemain, à la même heure, je me rendis dîner. Je vis à nouveau les deux personnages qui m’avaient intrigué la veille. Ils discutaient aussi sérieusement, comme s’ils avaient laissé hier la conversation en plan.    

Je tendis l’oreille, mais j’étais trop éloigné pour entendre quoi que ce soit. Quand je quittai ma table pour retourner à ma chambre, je passai près de mes deux bonshommes. À mon grand étonnement, je reconnus la voix du Caouette de mon enfance ainsi que les bagues qu’il portait alors. Comme ces bagues n’avaient rien de spécial, je me demandai pourquoi j’avais retenu ce détail. Pendant que je me questionnais, le mystérieux Caouette montrait à son camarade une pierre dans laquelle on pouvait reconnaître de beaux filons d’or. « Le hasard? Sans doute », pensais-je.        

Embarrassé à l’idée qu’un fantôme puisse manger dans la même salle que moi, je me précipitai en direction de ma chambre. La vieille dame se trouvait à la même machine et ramassait autant d’argent que la veille. La tentation du jeu était forte, mais j’étais déterminé à ne pas flancher. En ralentissant le pas, je faillis cependant à ma promesse, en me disant qu’hier c’était hier. Je me réjouissais donc à la pensée de gagner. Tout en restant alerte, je tirai alors un dollar de ma poche et actionnai la manette. Sitôt fait, la machine à sous laissa tomber vingt dollars. Je n’en croyais pas mes yeux. C’était la première fois de ma vie que je gagnais. La chance me souriait enfin. J’aurais pourtant dû tempérer mon enthousiasme, me souvenant du conseil du Deutéronome :

            « Qu’on ne trouve chez toi personne qui fasse passer le métier de joueur ou de devin avant ma volonté, car quiconque fait cela est en abomination pour Jéhovah. »       

Énervé, je saisis le banc qui se trouvait à ma droite. Je m’installai confortablement et lus les instructions de la machine à sous. C’était simple : si je mettais trois dollars, je pouvais gagner bien davantage. Sans attendre, je déposai les vingt dollars que je venais de gagner dans la machine. Inutile. Je perdis tout mon avoir et je dus débourser un dollar de plus pour tenter ma chance une dernière fois.       

Ce soir-là, je me couchai très tôt, encore sous le choc. « J’aurais dû arrêter de jouer dès mon premier gain », me dis-je, frustré. J’avais été roulé et maintenant, par ma faute, j’étais lavé. » 

En me levant le lendemain matin, je vérifiai ma fortune. Comme il ne me restait pas grand-chose, je décidai de passer le plus clair de mon temps dans ma chambre à préparer mon entrevue avec Victor Tholburn. 

Quand je sortis pour aller déjeuner, je voulus revoir le sosie de Caouette. Je me rendis donc à la salle à manger, en évitant de regarder les machines à sous qui n’arrêtaient pas de cracher des dollars. En entrant dans la salle, je remarquai la présence de mes deux bonshommes qui étaient toujours à la même table. Je me dirigeai vers eux et m’installai à une table voisine. Je constatai alors que leur discussion avait repris là où ils l’avaient laissée. Montrant un filon d’or, Caouette disait :        

— Écoutez, mon général, si vous aviez été à ma place, n’auriez-vous pas cru comme moi à la fortune en voyant des filons pareils?

Même si une partie de la réponse m’échappa, j’étais abasourdi par les propos du général qui ajouta :       

— L’or a été la cause principale de ma déchéance. Pensez-vous que je me laisserais entraîner de nouveau dans une folie pareille? La vie, mon cher, c’est la terre : l’arbre qui tombe, qui cède aux semences.   

Aussi emballé que son interlocuteur, le sosie de Caouette répliqua :

— Vieille chanson de la colonisation. C’est dépassé. Aujourd’hui, il faut chercher à dominer, à réussir économiquement. J’y suis presque arrivé. J’aurais pu sauver mon peuple si l’exploitation de la mine avait réussi.  

Alors que les deux hommes élevaient la voix avec passion, leur regard se tourna vers moi. Je rougis, car ils m’avaient surpris à les épier. Aussi, je crus bon de céder ma place à un couple de personnes âgées qui cherchaient désespérément une place où s’asseoir.      

Dans la salle de jeu, la vieille dame empochait toujours les dollars qui tombaient dans la boîte de métal, à intervalle régulier. Elle était toujours installée à la même machine à sous. En la regardant jouer, j’avais de la peine à contenir mon désir, car si j’avais aussi gagné vingt dollars, je pouvais, comme elle, en gagner des centaines.    

Quand la dame partit, je tirai deux dollars de ma poche. Je les engouffrai aussitôt dans la machine, mais en vain. Rien ne tomba. Je pensai alors qu’il était normal de ne pas gagner à tous les coups. Je me consolai en me disant que la vieille dame mettait parfois de l’argent dans la machine sans avoir de succès. La rafle doit se produire après un certain nombre d’insuccès pour que le casino se fasse de l’argent et donne quand même l’impression qu’on gagne à jouer.           

Je sortis deux autres dollars. Le bruit des pièces qui tintaient en tombant me calma. Même si je ne ramassai que dix dollars, j’avais eu raison de patienter. 

Persuadé qu’il était possible de m’enrichir encore davantage, je jouai six autres dollars. Je voulais en jouer trois à la fois pour doubler ma mise. Malheureusement, je perdis tout ce que j’avais joué. Une constatation du livre de la Sagesse se mit à me marteler l’esprit :        

       « Une autre fois disparut l’illusion; il tenait pour pire ce qu’il venait de subir »


L’âme dans les talons, je regagnai ma chambre. Je pensais alors aux actionnaires de la mine Thérèsa, qui avaient tout vendu et tout perdu. « Quel désarroi ont dû ressentir les actionnaires quand ils ont appris la fermeture de la mine », me dis-je. « Quelle colère a dû aussi les habiter! Il suffit de manquer d’argent pour se rendre compte que l’argent est synonyme de liberté. Sans argent, tu ne peux voyager, tu ne peux t’amuser, tu ne peux penser à t’en sortir, car même un témoin de Jéhovah aime ces sortes de choses. C’est avec de l’argent que l’on fait de l’argent. »                 

Je pensais au bonheur que j’avais ressenti quand je reçus une bourse du Conseil des Arts du Canada pour mener à bien mon enquête sur la Thérèsa Gold Mines. Je m’étais senti riche le temps de planifier mes déplacements. En effet, j’ai dû abandonner l’idée d’avoir un chauffeur. Maggie en fut très désappointée. Je devais terminer mon enquête sur le pouce n’ayant pas les moyens de voyager autrement. Même si je fus entraîné à parcourir des routes où les bons samaritains se font rares, même si je devins la proie des mouches noires et même si j’avançais au hasard de rencontres, je voulais percer le mystère de la Thérèsa, comme j’avais jadis trouvé le T de Ste-Thérèse dans le ciel de nuit.    

Que de questions ont soulevées les témoignages que j’ai recueillis en cours de recherche! Ce sont ces témoignages qui m’avaient poussé à l’autre bout du continent pour vérifier si Alphonse Caouette n’était pas aussi prospère que certains le prétendaient. Je voulais savoir s’il avait consciemment menti aux actionnaires, en leur promettant une richesse qui n’existait pas vraiment. Est-il sincère ou profiteur?      

Comme j’avais de la peine à digérer ma malchance, je me souvins du soir où un actionnaire m’avait confié que le fils des Caouette, Marcel, s’était enrichi avec la vente des équipements de la mine. Ce témoignage m’avait empêché de dormir. Il avait également diminué l’admiration qui avait bercé mon enfance quand les Caouette venaient au Québec. Ma rencontre avec Marcel Caouette, en Floride, m’avait prouvé que son père n’était pas aussi riche qu’on le disait. Au moment de la construction du moulin, Caouette savait que la Thérèsa ne ferait pas ses frais. Il avait continué dans l’espoir de découvrir un gisement qui puisse faire sa fortune et celle de tous les actionnaires… comme à Val-d’Or.    

À l’heure du repas, je retournai à ma table habituelle. Je revis le fantôme de Caouette qui conversait fermement avec son compagnon. Ils discutaient de la nécessité dans la vie de réaliser un grand rêve. 

Si ces deux hommes étaient bien les personnages auxquels je pensais, ils étaient tous les deux confrontés à une triste réalité : celle d’avoir tout perdu, alors qu’il voulait tout gagner. Ils avaient tenté leur chance, comme moi qui songeai : « Dans la vie, faut-il échouer pour se rappeler qu’on a déjà gagné? Faut-il échouer pour inciter les autres à tenter leur chance? »  

À la table, Caouette essayait de convaincre son adversaire et son ami. Il disait que la vie est un coup de dés. Il disait aussi qu’il était fier d’avoir persisté en dépit du discrédit qu’il inspirait :

— Au moins, je suis allé jusqu’au bout!    

Sans remettre en question les propos du prospecteur, le général rétorqua : 

— Tout serait possible si la société n’était pas là pour juger tout ce que l’on fait. S’il n’y avait pas eu tous ces ragots voulant qu’on ait trouvé de l’or sur mes terres, je serais encore riche et puissant. Qu’a donc ce métal pour ensorceler tout le monde? Il ne sert à rien, si ce n’est à maintenir au pouvoir quelques-uns qui détruiront la planète si on ne se réveille pas à temps.  

L’arrivée d’un groupe d’enfants me fit perdre le reste de la conversation. Je me levai, bien décidé cette fois à gagner le gros lot qui faisait la joie de la vieille dame à la machine.    

J’allai encaisser un chèque de trois cents dollars à la banque de l’hôtel. Je retournai ensuite jouer. Mais comme je ne gagnais pas, je jurai que c’était la dernière fois, car à ce rythme je n’aurais plus d’argent pour prendre l’avion de Los Angeles à Montréal. Cette inclination au mal devenait de la folie pure.  

Même si je savais que ma passion pouvait me perdre, je fus pris le soir même par la folle envie de précéder la vieille dame à la machine à sous. Mon raisonnement était des plus simples : si elle gagnait avant moi, il fallait la devancer pour récolter sa chance.       

Sans plus tarder, j’allai donc encaisser mon dernier chèque de voyage. Puis, je vins m’installer en face de la machine à sous. Comme d’habitude, il me fallut quelques minutes pour tout perdre.        

J’étais désespéré. Je m’en voulais d’avoir été aussi naïf. J’y voyais la punition de Jéhovah. Je ne savais pas pourquoi j’avais succombé à la tentation. Je maudissais le moment où j’avais gagné mon premier vingt dollars. Je m’étais laissé duper. J’avais risqué le peu qui me restait. À cause de ma soif, de mon étourderie, je me retrouvais dans de sérieuses difficultés : je n’avais plus un sou pour aller à Los Angeles et effectuer l’entrevue qui devait faire toute la lumière sur la Thérèsa Gold Mines. Une fraude, un excès de foi, l’ignorance aveugle du terrain et des mines? Pour y répondre, il aurait fallu connaître les intentions de Caouette et du clergé qui lui poussait dans le dos…  

J’avais pourtant parié pour améliorer mon sort, ma condition. J’étais fatigué de calculer mes moindres gestes, mes moindres dépenser. J’en avais marre de surveiller mon budget pour payer les dettes que créait cette enquête. J’en avais plein le dos de ne pas jouir de la vie comme tant d’autres. Toujours à cause de ce maudit argent. Si j’avais gagné, j’aurais pu acheter une voiture, des vêtements pour les enfants et donner une somme d’argent à mon Église. J’aurais aussi pu prendre de vraies vacances pour aller visiter mes frères-témoins de Jéhovah, vivant dans des lieux de rêve. Car, la foi est plus payante que les mines ou le jeu.       

En jouant, j’espérais gagner. Mais la malchance avait eu raison de moi. « Pourquoi en était-il ainsi? », me dis-je. « Jéhovah m’en veut-il à ce point? »  En me posant ces questions, j’étais révolté à l’idée que Jéhovah s’acharnait contre moi qui pourtant étais son disciple. Je pleurai et j’enrageai. J’aurais dû me douter que j’étais dans le péché et que j’allais contre les préceptes de la Bible. Je ne pouvais en aucun cas en vouloir à Jéhovah. On regrette toujours ses actions quand on les imagine punies par Dieu, quand elles tournent à la catastrophe. Si j’avais gagné, j’aurais cru que c’était une bénédiction. Le résultat détermine le jugement que l’on s’en fait. Au même moment, la vieille dame arriva. Elle déposa un dollar dans la machine à sous et en gagna plusieurs dizaines.              

Furieux, je me dirigeai vers la salle à manger. Mes deux personnages n’étaient pas à leur place habituelle. J’aurais tout fait pour les revoir. Comme j’allais partir, ils arrivèrent. En avançant vers moi, ils se présentèrent enfin.           

— Bonjour, jeune homme. Je suis Alphonse Caouette. Lui, c’est le général Sutter, le héros de L’Or, de Blaise Cendars. Un de vos romans favoris à ce que je sache. Nous aimerions savoir pourquoi vous avez franchi notre dimension. Pourquoi vous épiez nous? Que faites-vous dans notre monde?               

Je ne savais que répondre. Rêvais-je?   Car comment un mort et un personnage de roman, L’or, pouvaient-ils se trouver là, bien en vie, à ma table, au Circus Circus? J’étais plein de curiosité et d’intérêt pour les deux personnages même si je savais que j’étais en faute. Le Deutéronome ne précise-t-il pas :   

       « Qu’on ne trouve pas chez toi d’évocateur de spectres et de consulteur des morts : cela est une abomination. »     

Alors que je me pinçais les joues, Caouette reprit la parole :   

— Vous n’êtes peut-être pas responsable. C’était votre destinée. Certains événements sont le fruit du hasard. Certains autres sont ce que vous appelez de la malchance. Si j’avais eu par exemple la chance de découvrir un gisement d’or, ma vie et celle de tous ceux qui croyaient en moi auraient été différentes. Malheureusement, le gisement que je cherchais a été découvert au Colorado plutôt qu’en Ontario. C’est ce qui a perdu mon ami, le général. Une petite erreur dans la transmission des données géographiques… à travers les siècles.              

Le général Sutter enchaîna. Il pesait chacune de ses paroles et me regardait droit dans les yeux.        

— Nous aimerions que vous cessiez de vous occuper de nous. Voyez-vous, Alphonse et moi n’avons rien à nous reprocher. Nous n’avons rien amassé pour nous. Nous avons cru trop aveuglément à notre chance. Nous étions des héros qui avons été réduits par le hasard à des dimensions plus modestes, celles de minus dans la vie quotidienne. Si toutes les mauvaises langues qui nous méprisent venaient comme vous, perdre un peu d’argent, peut-être comprendraient-elles mieux les limites du jeu? Nous avons joué et nous avons perdu!          

Même si je me défendais bien de les attaquer, mon éducation de témoin de Jéhovah remontait à la surface. Je rétorquai aussitôt de façon à relancer la discussion :        

— Et vous en avez fait souffrir des gens… 

— Bien malgré nous. C’est exact. Nous n’avons pas su nous arrêter au bon moment. Nous étions convaincus d’avoir la combinaison chanceuse. Nous en étions même trop convaincus.

— Mais vous avez menti aux gens!  

— Je n’avais pas le choix. Si j’avais dit que la mine n’était plus rentable, je n’aurais jamais pu creuser le puits et je n’aurais jamais su s’il y avait des gisements d’or.        

— Les gens auraient su au moins à quoi s’en tenir. Ils n’auraient pas pris autant de risques. Ceux qui vous suivaient auraient su que ce n’était qu’un coup de dés.

— Jeune homme, ayez la gentillesse de nous laisser poursuivre notre réflexion, sans nous troubler avec vos commentaires. La vraie vie n’est pas faite que de hasard. Elle est façonnée au gré des événements, lesquels en engendrent d’autres. On ne peut contourner la raison, la cause de l’effet. Mon ami et moi cherchons à savoir si le pouvoir est un jeu qui en vaut la peine. Le pouvoir, voilà la question  .

Je restai figé pendant que mes deux bonshommes se dirigeaient vers la sortie. J’étais impuissant à comprendre un tel raisonnement. Quand ils disparurent dans l’embrasure de la porte, j’entendis résonner deux rires francs et gras. Je pensai alors que je n’avais pas de leçon à leur donner, puisque j’avais moi-même perdu au jeu et que je n’avais pas respecté mon statut de croyant. 

Je retournai dans ma chambre prendre un café, étonné d’avoir franchi le mur des dimensions, d’avoir rencontré le fantôme de Caouette, de la Thérèsa, en quelque sorte un de mes antihéros et le personnage principal de L’or, de Blaise Cendars. Quel voyage littéraire!   

Quand je saisis mon sachet de sucre, je m’aperçus pour la première fois qu’il était bizarre. Pas de nom de compagnie. La transparence.

Je me rappelai avoir pris de tels sachets de sucre dans un restaurant sur une table où s’était regroupé un groupe de punks. Je goûtai au produit… C’était évident. Je savais que les sectes comme les Témoins de Jéhovah travaillent en étroite collaboration avec la GRC ou la CIA. Ce sont un peu des chiens renifleurs pour les drogues, particulièrement les sachets de cocaïne.   

Fauché, je décidai de prendre l’autobus jusqu’à Denver. De là, je fis du pouce pour revenir chez moi. Même s’il fut très long, ce voyage me fut bénéfique et j’en profitai pour parler de Jéhovah et citer la Bible. J’espérais ainsi me faire pardonner par le Tout-Puissant et peut-être convaincre un de mes bons samaritains à devenir témoins de la Lumière… même si la mienne était plutôt éteinte. Non seulement je redécouvris les Rocheuses, mais je remontai la route vers l’or. Un pèlerinage.        

En sillonnant cette route et en découvrant les derniers gisements de l’Ouest, je ne cessai de penser à mes apparitions. Je ne savais pas encore si j’allais en parler, car bien des gens me croiraient fou, mais elles avaient changé ma vie.

Quand j’arrivai au Québec, le soir tombait sur la ville. J’eus alors la chance de monter avec Maggie, mon ex-chauffeur. Elle me dit qu’elle s’était mariée avec le premier témoin que nous avions rencontré pour comprendre et relater la vie de la Thérèsa. Leur alliance, Maggie et Bruno, avaient engendré un petit, Robert, si petit, qu’il était le premier bébé prématuré qu’on avait sauvé aussi jeune au Québec. 

Silencieux, je regardai le ciel merveilleux du mois d’août à travers la vitre de la voiture. J’aperçus le « T » de sainte Thérèse. En soupirant, je murmurai : « Cela ne prouve qu’une chose : Sainte-Thérèse est meilleure en amour qu’en finance!    

Le temps des cauchemars.

mai 20, 2020

La psychose

 
« Si quelqu’un vous touche, vous devez le dénoncer. C’est votre droit. C’est votre devoir, car s’il vous touche, il touchera certainement quelqu’un d’autre.»      

Cette phrase martelait obsessionnellement l’esprit de Sophie. Les nuits de Sophie étaient réduites à biboyer (parler en rêvant), à cauchemarder puisque jusqu’à ce jour, elle avait reçu avec plaisir et amour, les caresses de sa tante Céline, caresses qui s’étaient faites plus persistantes, plus intimes au fur et à mesure qu’elle vieillissait, qu’elle y prenait goût.         

Maintenant, pour des raisons morales, évoquées par sa professeure de morale, on lui demandait de trahir cette histoire d’amour entre elle et sa tante; de trahir des gestes dont elle n’avait jamais parlé parce qu’elle savait qu’ils seraient condamnés, pointés du doigt, décrits comme le crime le plus abject de l’humanité alors qu’au contraire, au plus profond d’elle-même, Sophie adorait ces courtes passions découvertes avec sa tante. Sophie n’avait jusque-là jamais résisté aux caresses, car, lui semblait-il, ces caresses étaient bonnes à recevoir et ne faisaient de mal à personne.      

Au contraire, la foudre qui embrasait les yeux de Céline quand elles se rencontraient lui procurait à, eux seuls, une raison de vivre.      

Pour Céline, Sophie n’était pas trop grosse, au contraire, c’était la beauté même, malgré, faut-il l’avouer, l’évidence de ses bourrelets. Avec Céline, Sophie était le centre de toutes les attentions, de toutes les affections, l’assouvissement de tous les désirs. Sa raison de vivre. Avec Céline, Sophie pouvait parler de tout, être toujours un « être » que l’on écoute, non plus, une propriété que l’on moule à son image. C’était la liberté, une telle liberté que, même l’erreur constituait un pas dans l’apprentissage de la vie. Céline, c’était la mer, la tendresse.

De jeune fille heureuse, fière d’elle, depuis ce cours de morale, Sophie glissait dans la peau de la jeune fille timide, malheureuse, timorée, parce que la morale des autres laissait perfidement s’infiltrer en elle le sentiment le plus important pour imposer son pouvoir définitif : la culpabilité. Elle passait lentement du plaisir aux remords.     

Sophie ne comprenait pas encore que les religions ont inventé le péché de la chair en sachant bien qu’en interdisant un besoin essentiel, on inculquait l’arme la plus puissante pour dominer les autres : la culpabilité. Tant qu’une personne se sent coupable, elle est à la merci de son juge. 

Sophie hésitait à en parler à sa professeure de morale, madame Durosier. C’était un secret si intime! Mais, la pression qu’exerçait sur elle l’obligation morale de dénoncer l’autre la pénétrait. « Et, si c’était vraiment mal? Si sa tante était vraiment mauvaise, comme le prétendait indirectement sans le savoir sa professeure de morale? »        

Le doute s’infiltrait dans chacun des pores de sa peau. Ces gestes que l’on prétendait contre nature lui dévoraient l’esprit. Était-elle elle-même si méchante que sa passion l’aveuglait? Sa certitude qu’il s’agissait d’une belle tendresse se muait en accusation. Elle doutait de plus en plus de sa normalité. Comment pouvait-elle aimer quelque chose d’aussi horrible, sans être foncièrement viciée? Est- ce normal, simplement naturel, une sentence génétique? Naît-on gaie? Pourquoi cela m’arrive-t-il à moi? Je n’ai pas choisi cette orientation sexuelle. Une maladie? Ou bien une perversion? Un état d’être permanent? Normal? Divin ou diabolique?      

Sophie aurait aimé être comme Céline et se connaître assez pour s’accepter comme elle était. 

Elle l’entendait encore lui expliquer sa façon de voir quand elle lui manifesta pour la première fois de timides scrupules face au lesbianisme :  

« J’ai souffert toute ma vie avant de te connaître parce qu’avant toi je n’ai jamais su ce qu’est l’amour -passion; être assez attirée par un autre être humain pour accepter de défier la morale unidimensionnelle de tous les systèmes politico-religieux. Être assez passionnée pour oublier l’éducation — lavage de cerveau que j’ai reçue afin de pouvoir sans culpabilité avoir le droit de te caresser, de t’aimer. Hé oui! Tu es ma première et seule grande passion.  Celle qui m’a fait découvrir et accepter que je suis attirée par la beauté des filles de ton âge et d’en assumer la responsabilité. Je suis née ainsi, je suis viscéralement ainsi et ma vie a été jusqu’ici gâchée par l’imposition d’une morale stupide et antinaturelle. Mon amour pour toi, c’est “ma petite nature”, une force herculéenne. C’est ma plus profonde identité. »      

« Pourquoi paniques-tu? C’est normal à l’adolescence de se poser de telles questions parce qu’à cette époque de notre vie nous vivons presque tous des expériences gaies. Cela ne veut pas dire que nous le sommes. C’est une partie intégrante de notre développement : la découverte de soi, la comparaison aux autres, la cristallisation de son identification sexuelle, de ce qui nous attire vraiment. Tu ne choisis même pas ceux qui t’attirent.   

Si tu es hétérosexuelle, rien, sauf un événement traumatisant, un événement violent, ne te changera. Tu reviendras toujours à ta “petite nature”, à ton identité profonde. À vrai dire, les systèmes religieux et la bourgeoisie ont divisé les gens en catégories pour régner en maîtres absolus. On a mis les femmes d’un bord, les hommes de l’autre; maintenant, on essaie de créer de nouvelles catégories en séparant les adultes des enfants.         

Ils ont poussé leurs phobies : la haine de la chair et la peur de se corrompre au contact des autres, jusque dans les moindres caresses. C’est “ta petite nature”, ton héritage génétique, qui choisit pour toi, qui choisit par qui et par quoi tu seras attirée, tu seras envoûtée. L’anormalité ce n’est pas de ne pas être comme les autres, c’est de refuser ce que l’on est, de vouloir se changer à tout prix, de se rendre malade à se culpabiliser de ne pas être ce que les autres veulent que l’on est.     

Les psychiatres ne peuvent pas l’avouer, car ils perdraient la moitié de leur clientèle. Le pire, la vraie haine, ce sont les parents qui refusent que leurs enfants aient une sexualité différente d’eux. C’est d’empêcher le droit à un individu de chercher son identité en expérimentant différentes formes de sexualité. C’est de pousser ceux qui s’écartent de la majorité à une telle déchéance, une telle haine d’eux-mêmes qu’ils se détruisent, se suicident. Tout cela sous prétexte qu’il n’est pas un adulte.        

Tout le monde devrait vivre sa vie et laisser vivre les autres, pourvu que l’on n’utilise jamais la violence pour obtenir ses fins. Ta liberté s’estompe au moment où tu empiètes sur celle de l’autre. Ne crains rien, Sophie, si tu es hétérosexuelle, tu l’es pour la vie. Et, c’est très bien ainsi. Il faut cesser de se retrouver seules et se caresser si cela est contre ta nature profonde. Je ne voudrais pas créer des doutes ou des malaises en toi. »  

Sophie était encore trop fragile pour vivre avec une telle certitude. Comme toutes les adolescentes, elle ne se connaissait pas assez pour cela.   Mais, elle savait qu’elle voulait recommencer.      

Depuis ce cours de morale, elle se sentait dévorée par un mal dont la seule assise était son ignorance. Sa vie était devenue un enfer. Elle craignait le mot « souillée » parce qu’elle ne comprenait pas que des caresses qui lui procuraient de tels moments de bonheur puissent être aussi viles? Pourquoi est-ce si extraordinaire quand elles arrivent selon les règles et si dépravées dès qu’elles ne servent pas à donner naissance à un enfant dans le cadre d’un mariage ou d’une union hétérosexuelle?   

Le péché était la chair. Et, la chair à son âge, disait-on, devait être domptée, annihilée. Cependant, au plus profond d’elle-même, Sophie ne parvenait pas à comprendre pourquoi nous avons un corps apte à la jouissance, si les caresses sont des gestes maléfiques.

Elle n’avait plus la force de décider par elle-même si ces expériences étaient enrichissantes ou destructrices. Hantée par les remords provoqués par le rejet évident de son entourage de ces démonstrations d’affection entre femme et fillette, Sophie décida de s’en ouvrir à sa professeure, persuadée qu’elle, plus âgée, plus expérimentée, pourrait l’éclairer sur sa vie et ainsi retrouver la paix qu’elle avait perdue le jour où elle avait crû d’une façon abrupte, dans son cours de morale, que le mot « victime » lui collait à la peau.  

Sophie rencontra donc madame Durosier. Ce fut un soulagement de parler de ce qui la troublait. Enfin! Elle partageait ses doutes. Ce n’est pas que Sophie doutait de la sincérité de Céline, mais de ses propres sentiments, elle voulait entendre le jugement, l’avis d’une troisième personne. Une personne neutre.  

Au début, madame Durosier se fit toute condescendante. Elle buvait chaque mot de la petite comme si cette confession fut un baume sur sa propre vie. Le sourire s’éteignit au fut et à mesure que Sophie entrait dans des détails plus intimes. Pourquoi de 12 à 15 ans cette relation fut-elle une fleur dans sa vie? Pourquoi maintenant, juste à cause d’un cours de morale qui la frappa plus que les autres, cette fleur se muta-t-elle en poison? Pourquoi sa vie était-elle devenue un cauchemar? D’où venait toute cette culpabilité puisque jamais ni ses parents, ni personne n’avait abordé clairement le sujet avec elle sauf… Céline qui semblait préoccuper des effets sur elle de ses caresses, comme si elle avait voulu s’assurer que cette relation particulière soit toujours bénéfique, du moins positive.        

Céline semblait convaincue que ces caresses ne pouvaient que créer le bien-être de Sophie.     

Elle semblait si certaine que Sophie se demanda s’il était possible que, sans s’en rendre compte, les cours de morale, les conversations dans lesquelles les adultes condamnent sans cesse la sexualité, toute son éducation, toute cette culpabilité accumulée, l’aient pénétrée, sculptée, sans jamais s’en rendre compte. 

Se pouvait-il que toute cette répression inconsciente surgisse avec la prise de conscience de l’adolescence? Sournoisement. Au gré de quelques mots. Des mots déclencheurs de cette peur, de cette honte de la sexualité en véritable explosion de dégoût de soi? Sournoisement. Un vrai lavage de cerveau progressiste, mais perpétuel, pour inculquer une seule forme de morale chez tous, la morale judéo-chrétienne? La morale de la haine de la chair, du rejet de son karma.      

La pudeur que l’on prétend une vertu n’est-elle pas une façon hypocrite d’exprimer la honte face à son corps, sa nudité? Un rejet, un malaise, une honte de sa différence. La conscience du mal est-elle autre chose que la manifestation des traumatismes subis par les interdits depuis sa plus tendre enfance? L’homosexualité et le lesbianisme ne sont-ils pas génétiques? Pourquoi l’attrait pour la personne belle et plus jeune ne le serait-il pas lui aussi? N’existe-t-il pas pour aussi longtemps que l’on se rappelle?   

Madame Durosier affirma, sûre d’elle, que chaque personne a une conscience et conséquemment, au plus profond de soi une connaissance du bien et du mal.  

— C’est peut-être vrai, rétorqua Sophie, mais qui décide de ce qui est bien ou mal? Est-ce la perception que l’on a du jugement des autres qui sculptent notre propre jugement?      

Sophie avait la certitude d’être enfin entendue, de faire face à quelqu’un qui probablement comme elle s’était déjà posé les mêmes questions. Cela la rassura et l’amena à poursuivre son récit, sans se rendre compte que madame Durosier avait déjà jugé de la situation et même prononcé, sans retour possible en arrière, sans rémission, la condamnation de Céline , la pécheresse.   

Alors que Sophie croyait que son interlocutrice cherchait comme elle la vérité, celle-ci avait déjà pris une position irréversible, indiscutable… Céline est une salope!  

— Pauvre enfant! Est-ce possible d’avoir enduré tout cela?    

Sophie était persuadée que sa professeure parlait de ses doutes et de ses questions, pour comprendre avec elle, particulièrement, ce qui provoquait l’incompréhension de ses pairs qui condamnaient de toute évidence, sans nuances, ses plaisirs illicites entre femmes. Est-ce que des femmes y prenaient un plaisir vrai? Était-ce un problème d’identification, une recherche effrénée du plaisir ou sa véritable orientation sexuelle qui surgissait avec cette situation? Sophie se demandait si elle était lesbienne, voilà tout. Elle voulait une réponse claire.        
 
Si elle aimait se faire caresser par Céline, pourtant Sophie avait toujours eu, à n’en pas douter, une attirance pour les garçons. Peut-on devenir lesbienne à la suite d’une expérience avec une femme? Sophie croyait que cela était impossible, à moins que cette expérience ne fût traumatisante à cause de la violence ou encore que cette expérience soit très difficile à supporter parce qu’elle contredit sévèrement son éducation. Elle appuyait son opinion sur l’intérêt qu’elle portait pour un de ses voisins. Céline s’était même aperçue de cette flamme naissante pour Maxime et lui avait dit : « Bientôt, tu ne voudras plus rien savoir de mes caresses. Tu les chercheras ailleurs. Je ne suis pas jalouse. C’est très bien ainsi. J’espère seulement que tu garderas une petite place pour notre amitié, que je serai toujours ta confidente. »  

Et, Céline avait même cherché à rapprocher les deux tourtereaux, même si elle savait qu’elle y perdrait sa place.  

Céline avait une vision bien originale des rapports entre les humains. Pour elle, ce n’était pas important d’aimer un homme ou une femme, un enfant ou un adulte. L’important, c’était d’aimer vraiment.   « On ne choisit pas ceux qui nous attirent, disait-elle. On y répond ou non, c’est tout. »        

L’intérêt de sa professeure pour chaque mot qu’elle prononçait l’amena à pousser la confidence encore plus loin, à parler plus librement de ce qui se passait entre sa tante et elle quand sa mère était absente. Sophie croyait que sa professeure la comprenait. Quelle ne fut pas sa surprise de l’entendre dire :    

— Ma pauvre enfant! Il faut absolument te tirer des griffes de ce monstre. Comment une adulte peut-elle être assez basse pour s’attaquer à une enfant?

Sophie ne comprenait plus rien. Elle n’avait jamais, à son sens, parlé en mal de Céline, cette femme qu’elle aimait le plus au monde. Il était clair pour elle que sa tante ne l’avait jamais entraînée dans cette forme de relation. Sophie avait toujours accepté, toujours voulu, surtout aimé cette forme de relation privilégiée. Elle voulait juste savoir si elle était lesbienne. Son interrogation n’était pas une délation, mais l’aboutissement d’une longue réflexion sur son amitié avec Céline.         

Au début, toutes les deux aimaient tout simplement être ensemble. Une grande affinité les attirait mutuellement. Puis, par curiosité, peut-être aussi par affection, elle avait voulu toucher les seins de sa tante, posant toutes sortes de questions quant à ce qui lui arriverait à elle, spécialement, à savoir si ses seins grossiraient. Elle avait cru que Céline avait écarté sa main par pudeur. Elle lui avait montré sa poitrine et avait posé la main de Céline sur sa propre poitrine. . Elle avait aimé la chaleur qui se dégageait, voilà pourquoi avait-elle replacé la main de sa tante sur elle quand celle-ci l’enleva comme si elle faisait quelque chose de mal…         

Avec le temps, Sophie avait découvert combien être caressée peut apaiser, redonner un sens positif à la vie quand on est touché par des peines intenses ou un mal intérieur. Dans la joie, quand tout va bien, les caresses multiplient le bien-être. Qu’ont les caresses de différent des massages, sinon l’amour?       

Céline n’était définitivement pas un monstre, elle était même très réticente à se laisser caresser. En faisant de Céline un monstre, son institutrice prouvait qu’elle n’avait définitivement rien compris.        

Madame Durosier perdait définitivement les pédales. Comme toutes les féminounes, elle passait probablement ses journées à chercher un cas d’agression sexuelle pour combler le vide de sa propre vie. Ce « mal des femmes traumatisées » la travaillait comme toutes les celles qui voient en chaque homme un violeur ou un batteur de femmes… Il lui fallait une agression et elle devait jouir puisqu’elle en avait une, selon sa conception de l’amour.          

Professeure ou pas, incapable de comprendre, elle condamnait consciemment ou non tout ce qui touche à la sexualité… paroles, gestes, symboles… et plus encore, surtout si cette découverte se passe, selon son interprétation, contre nature.      

Elle était un exemple parfait de ce qu’est un robot mentalement bloqué par ses peurs : puisque tout est mal ou sale, de la menstruation à faire l’amour, en passant par la nudité, elle ne se rendait pas compte qu’elle s’était fait laver le cerveau par ses peurs vraies ou fantasmagoriques depuis sa petite enfance, ce qui la rendait incapable d’accepter que Sophie ait pu vivre un iota de positif dans cette relation sexuelle. Qu’un enfant puisse aimer cela ne pouvait même pas effleurer son esprit, car pour elle, tout ce qui touche de près ou de loin à la sexualité est source de déplaisir. De plus, comme la très grande majorité des gens, malgré toutes les découvertes scientifiques prouvant le contraire, elle croyait que les enfants n’ont pas de vie sexuelle.     

Elle était donc trop désaxée pour comprendre Sophie. Elle voulait la protéger d’un mal qui était le sien : sa peur maladive du sexe. Une psychose généralisée ou une paranoïa chez ceux qui luttent pour l’ordre moral des enfants. Prenant leurs peurs pour celles de l’humanité. Mme Durosier savait que les femmes représentent un pouvoir politique plus considérable et qu’elles ont automatiquement plus en plus de poids, de pouvoir.    

— Il faut prévenir ta mère immédiatement. Il faut que ça cesse immédiatement. Tu es d’accord?         
 
C’était si soudain, si inattendu que Sophie acquiesçât d’un signe de la tête, se demandant bien où ça l’amènerait. Sophie craignait la réaction de sa mère. La croirait-elle lesbienne? Si c’était le cas, serait-elle rejetée par sa famille? Que penserait Pauline, sa mère, la soeur de Céline? Y verrait-elle là hypocrisie et abus de confiance? Que deviendraient les relations harmonieuses entre les deux soeurs? Serait-ce l’éclatement de son foyer? Comment Pauline parviendrait-elle à subvenir seule à leurs besoins? Pour la première fois, Sophie sentait l’étendue du désastre qu’engendre une telle dénonciation. Elle aurait préféré s’être tue, mais c’était trop tard.      

Cette confession dite pour se soulager, ramener un peu de paix intérieure en obtenant des réponses à ses questions, prenait déjà des allures dramatiques. Sophie dormit encore moins bien qu’à l’habitude.  

Quelques jours passèrent sans que Sylvie réentende parler de sa visite. Tout oublier aurait été trop beau, mais madame Durosier lui fit remettre une note par la secrétaire de l’école, l’invitant à la rencontrer le lendemain, fin d’après-midi, avec sa mère.

Grâce à une prise d’air, située dans le bas de la porte,  qui laissait couler chaque mot, Sophie surprit, au moment où elle se présenta au local assigné, une conversation qui la concernait au plus haut point. C’était de toute évidence Mme Durosier et une inconnue.       

— C’est inimaginable, disait Mme Durosier, j’ai parlé de Sophie à Assaut sexuel Secours et l’administration refuse pour l’instant de porter plainte. On prétend que c’est probablement impossible. Cela ne se produit pas entre femmes et fillettes. C’est Sophie qui divague sûrement.        

— Elle refuse probablement parce qu’en enregistrant de tels cas où des femmes adultes qui initient de jeunes garçons ou jeunes filles, cela modifierait les statistiques.   Les statistiques, c’est ce qui aujourd’hui justifie l’existence, la pertinence, la réussite de nos emplois. Mauvaises statistiques, pas de subventions. C’est important en maudit. Si tous les cas de femmes qui initient des jeunes étaient exacts, on se rendrait vite compte que le nombre est plutôt imposant. Il n’y a pas que les garçons qui rêvent. On ignore les plaintes pour créer un portrait de la situation qui laisse croire que seuls les hommes s’attaquent sexuellement aux plus jeunes. Vous savez, dans ce mouvement, plusieurs dirigeantes sont d’ex-femmes battues qui ne voient plus le monde qu’à travers leurs anciennes peurs ou des lesbiennes qui refusent de se reconnaître comme telles. 

C’est plus facile de haïr les hommes et de tout leur mettre sur le dos. Cela leur donne encore plus de pouvoir quand il y a des procès en divorce où l’on doit décider de la garde des enfants et des pensions alimentaires. Les juges ont ainsi nettement, dès le départ, un préjugé favorable aux femmes. Et, on parle d’égalité…       

— Wow! Wow! Un homme qui bat une femme, c’est un salaud. Jamais ce ne sera acceptable.        

— C’est vrai, j’en conviens parfaitement. Le malheur, devrais-je dire, c’est que les normes en matière sexuelle ont toujours été fixées par des gens qui n’assumaient pas leur sexualité d’une façon normale et positive. Ce fut d’abord les prêtres pour qui le rejet de la matière est un dogme pour préparer l’au-delà, vision bien schizophrénique de la vie, selon Freud. Les normes sexuelles ont toujours été fixées à partir de cette vision de péché, de rejet, de culpabilité. Puis, maintenant, ce sont les mouvements réactionnaires, des assoiffées de pouvoir, qui détestent jusqu’au mot sexe.          

Comment vivre une saine sexualité quand ceux et celles qui régissent les normes du code moral sont des gens qui ont une vision déformée, voire maladive, de la sexualité? Le fascisme naît de la répression sexuelle, car d’une part, les répressifs nient la valeur et la beauté du « corps matériel » et d’autre part, les autres intéressés, les bourgeois, souffrent d’un complexe qui leur fait croire qu’ils sont supérieurs aux autres, qu’ils se salissent en étant en contact avec le peuple pour qui la vie vraie est autre chose que pouvoir et argent.         

Dès l’enfance, on t’apprend à avoir honte de ton corps, à ne jamais te toucher, encore moins de toucher à un autre… comme si un enfant ne trouve aucun intérêt à se comparer à l’autre. On te traumatise si tu vies autrement. Tu es un cochon!   C’est comme si pour un enfant une caresse devenait un geste douloureux, traumatisant. C’est comme si un enfant ne savait pas que l’amour est intimement lié aux caresses. Pourquoi toucher un sein ou un pénis serait-il un acte plus répréhensible que de passer la main dans les cheveux? Une convention sociale, voilà tout. Pourquoi la vision de la Grèce Antique ne serait-elle pas aussi « normale » que la vision judéo-chrétienne ou musulmane?     

Avoir honte d’être nu, c’est avoir honte de soi, c’est rejeter la valeur, la beauté du corps. Croire que le plaisir est mal. Être scrupuleux ce n’est pas être pudique, c’est aussi malade que de vouloir être nu à moins vingt sous zéro, sous prétexte d’être libre. Ce n’est plus du respect, c’est de la honte. Être pudique, ce n’est pas se couvrir le corps, avoir honte de montrer un peu de peau. Être pudique, ce n’est pas de passer son temps habillé, caché. Bien évidemment toujours vouloir être nu est de l’exhibitionnisme. Il y a une limite pratique, on n’a pas besoin d’être un génie pour saisir qu’elle indique qu’il y a des moments et des endroits pour être nus, d’autres pour être habillés. Pourquoi ne peut-on pas se baigner nu, c’est pourtant plus agréable et plus normal? Mais, aujourd’hui, on rejette la nudité, on la confond avec la pornographie. Quelle ignorance!       

Le temps des cauchemars.

mai 20, 2020

La psychose 2

La honte de son corps nu, c’est croire que le plaisir est mal. Que la beauté n’est que tentation et péché. Que la jouissance est le chemin de l’enfer, comme si Dieu nous avait créés pur esprit.   Dieu est certainement assez intelligent, qu’il n’aurait pas engendré le plaisir et la jouissance rattachés à l’acte sexuel et à l’affection du toucher, s’il n’avait pas voulu que l’homme l’explore. Tu nais avec ta libido et il est maladif, contre nature d’en nier l’existence et la grandeur. Il est évident qu’il faut apprendre à se contrôler. Personne ne le nie. C’est ça l’équilibre.

— Par le long réquisitoire que vous venez de faire, j’espère que vous n’avez pas la prétention de vouloir affirmer qu’un enfant possède sa propre sexualité et qu’il doit, dans un cheminement normal, chercher à la découvrir?      

— Absolument! Il ne faut pas créer de drame là où il n’y en pas. La masturbation chez les jeunes, par exemple, est le moyen par excellence de se dé frustrer, d’éliminer les tensions, de se raccrocher à la vie dans les moments difficiles. Il est normal si la Charte des droits de la personne garantit le droit à l’orientation sexuelle que les jeunes puissent vivre leurs expériences. Il n’y a pas que la chasteté et la peur des parents dans la vie. Même si cette peur est normale si elle n’est pas exagérée.        

— Oui. Entre les jeunes seulement.  

— Pourquoi? Si on leur accorde le droit à l’orientation sexuelle, pourquoi les jeunes seraient-ils les seuls à avoir ce droit, de façon limitée? Parce que le pénis de l’homme est plus développé que celui d’un enfant? Que la peau de l’enfant est plus agréable à caresser que celle de l’adulte? Dans la Grèce Antique, l’homme s’occupait de l’éducation globale de son amant, de son protégé, sexualité incluse. On savait qu’un jeune ne pouvait pas éjaculer et qu’ainsi le danger de mettre un enfant au monde n’existe pas. 

Les jeunes étaient plus heureux, car les rapports amoureux pouvaient durer dans le temps et sans honte. Ils pouvaient être authentiques. Ce ne devait pas être comme aujourd’hui qu’un simple échange physique. On nie la sexualité de l’enfant. On oublie que le choix d’une orientation ne se fait pas d’un coup lorsque l’on devient adulte, mais à partir de la prépuberté. On encourage l’hypocrisie quand on interdit l’amour entre adultes-adolescents.        

— Mais ils sont innocents à cet âge…        

— Innocents, peut-être, mais pas niaiseux. On a toujours confondu la pureté et la chasteté. La pureté est dans le domaine des intentions, du don, de la gratuité, alors que la chasteté, elle, touche la sexualité. De nos jours, avec les moyens de communication, les jeunes sont vite informés. Ils ne se posent pas longtemps la question à savoir ce que tu ressens quand tu fais l’amour ou tu te fais sucer. Ils savent ce qu’est le summum du plaisir et de la joie très tôt dans leur vie. Puis, n’ayant pas toute la culpabilité qui entourait de notre temps tout ce qui était sexuel, ils retiennent en mémoire bien plus l’élément plaisir que celui des traumatismes nés avec la peur.     

Il faut pour les jeunes des cours de sexualité réalistes, vrais, objectifs, dégagés de morale sexuelle judéo-chrétienne, musulmane ou autre. Ils doivent comme pour la spiritualité connaître toutes les avenues pour choisir celle qui leur assurera le plus facilement le bonheur, la réalisation de leur personnalité; car le seul sens logique de la vie, c’est d’être heureux. 

En réalité, l’éducation sexuelle dans l’enfance, ça regarde les parents, même si ce ne sont pas eux qui doivent en gérer les expériences. L’éducation sexuelle doit être libre et responsable. Il revient au jeune de chercher ensuite « sa vérité », la forme de sexualité qui maximisera ses chances d’être heureux dans la vie, sa passion… C’est un droit fondamental individuel. Bien avant 12 ans, tu vis une sexualité qui t’est propre, fonction de ta libido, de tes expériences. Sauf qu’avant cet âge, le danger de traumatisme est plus grand puisque le jeune peut se sentir obligé ou humilié, selon son éducation, alors qu’il doit assumer une entière liberté. Oui ou non. J’aime ou je n’aime pas. …         

La liberté, c’est aussi quelque chose que t’apprends. Tu ne nais pas autonome, tu dois le devenir. Donc, on devrait responsabiliser le jeune face à son orientation sexuelle. L’âge chronologique n’est pas un indicatif, car chaque jeune mûrit à son propre rythme et doit décider seul s’il veut vivre une expérience ou non. Il ne faut pas le surprotéger, car surprotéger, c’est violer le développement de sa conscience. Fixer l’âge de consentement avec l’entrée au secondaire, à la suite de cours sur la sexualité à la fin du primaire, c’est s’assurer que le jeune est libre dans le choix de ses expériences. Avant, il vit normalement une période latence, c’est-à-dire une période où l’intérêt pour le sexe est quasi absent.        

Plus jeune, s’il n’y a pas de violence, de contrainte, il est préférable de ne pas faire un plat pour ce qui entoure les gestes sexuels. Il suffit pour le jeune d’avoir les réponses vraies aux questions qu’il se pose. Ce qui est plus dangereux, c’est une réaction exagérée du milieu, car alors c’est évident que la vie sexuelle devient un acte d’accusation. Une psychose latente. C’est probablement aussi pour cela, pour se garder une clientèle que les psys de toutes sortes préfèrent une approche répressive, religieuse. Si tu es trop libre sexuellement, que cela t’obsède, tu es probablement névrosé; mais si tu es écrasé par la culpabilité, la honte de toi, tu vies dans la peur de l’enfer, tu es victime d’une psychose ou de paranoïa.   Si tu joues le jeu de la répression comme les psys le font, tu es sûr d’avoir des clients des deux catégories… et avec un peu de chance ces peurs deviendront vite de l’hystérie collective… Là, ça paie… Sans compter que les crimes dits sexuels sont une manne très abondante, surtout si on inclut les crimes sexuels sans violence. L’accusé est très facile à plumer à cause des préjugés, de la désapprobation sociale généralisée, l’intérêt de l’appareil judiciaire. C’est très payant de maintenir des lois répressives, mais il faut entretenir la peur. Ça crée des procès à n’en plus finir… L’industrie du chantage.   

— Mais… on dirait que vous encouragez la débauche! 

— Non, seule la violence est un crime! J’encourage le choix fondamental que Dieu nous a donné en nous créant, choix qui d’ailleurs a été contesté par Satan qui refusait à l’homme sa dignité, sa sexualité, sa liberté. Le premier péché a été celui de Lucifer qui a refusé à l’homme sa dignité, bien qu’il soit un être matériel et fini, et surtout, un être libre. Le choix individuel. Le droit individuel et exclusif de l’homme de gérer sa propre vie. Le premier et vrai péché fut de ne pas reconnaître la grandeur de la liberté que Dieu accordait à sa création. Un péché d’orgueil. La marque du péché ne fut pas de s’apercevoir qu’Adam et Ève étaient nus au sortir du paradis terrestre comme on nous l’enseigne.     

— Ici peut-être que les enfants comprennent plus jeunes, mais beaucoup de jeunes ne sont pas libres quand il s’agit de tourisme sexuel.    

— C’est évident, au lieu de promouvoir la découverte des autres, de les aimer, on a créé un commerce qui appartient souvent à la pègre locale. Le tourisme sexuel n’est possible que dans les pays qui ne permettent pas aux gens de manger ou de vivre dignement. Il n’y a pas de liberté quand l’adulte domine les jeunes, même avec le dollar. En Occident, cependant, avec la connaissance que les enfants ont maintenant de leur droit, ce sont souvent les jeunes qui dominent les adultes. La dénonciation devient souvent un moyen de manipulation ou de chantage. C’est pourquoi toutes les lois sur le viol, sur le proxénétisme doivent être non seulement maintenues, mais fortement plus sévères, tout en libéralisant absolument le droit individuel à la prostitution.         

On doit décriminaliser la prostitution individuelle et avoir un contrôle sur la protection des prostituées des proxénètes ou de ceux qui servent d’eux, les producteurs de pornographie. Les travailleurs du sexe doivent être protégés de l’exploitation commerciale. Il faut s’entendre, seule la violence, la dégradation, l’irrespect du corps sont pornographiques. La nudité est un art. Le respect de son intimité et les limites qui en découlent regardent l’individu et l’individu seulement.   Tout individu est le maître absolu de son corps et de son esprit.     

Si un individu accepte librement d’être nu dans des scènes amoureuses, c’est son affaire. Mais, il doit être libre de ce choix. La prostitution n’est pas plus dégradante que de travailler du coco pour une industrie qui abuse d’une population. Le sens de la pornographie n’est pas le même pour tous. Personne n’est obligé de regarder une revue ou un vidéo pornographique. Si tu ne veux pas le voir, tu n’as qu’à ne pas l’acheter. Si tu ne veux pas que tes enfants en regardent sur internet, tu n’as qu’à t’assurer d’avoir un bon système de protection et de contrôle parental. Plutôt que de tout interdire comme d’habitude, les autorités doivent exiger plus de performance dans les systèmes de surveillance parentale. Il appartient aux parents d’élever leurs enfants, pas à la police. La répression est une industrie comme l’exploitation du sexe et de la drogue par la pègre ou la mafia. Elle ne sert pas visiblement pas les intérêts des enfants.

Faire l’amour n’a rien de pornographique. Ce matériel peut exister pourvu que ceux qui travaillent à le réaliser soient absolument libres de le faire. Ce qui compte, c’est d’interdire toute forme d’exploitation, de violence et d’esclavage. Quel que soit le geste d’amour, rien n’est dégradant, tant qu’il s’agit d’amour et d’affection. En amour, il faut nécessairement un consentement mutuel, aucune contrainte physique ou aucun chantage psychologique. L’âge n’a aucune importance dans la mesure où la personne impliquée sait ce qu’elle fait et est libre de le faire.       

Quant à la personne qui regarde du matériel pornographique, elle a droit à ces phantasmes. C’est un droit individuel intimement lié au droit à l’orientation sexuelle. Tu as le droit d’être excité. Tu as le droit de choisir ce qui t’excite. Tu ne peux pas le transformer, c’est ce qu’on appelle « la petite nature », la libido, l’énergie la plus forte dans l’univers, la plus concentrée. Tout est normal, tant et aussi longtemps que cette libido ne t’empêche pas de vivre responsable dans la société, qu’elle ne piétine pas la liberté de l’autre.   

Il ya beaucoup d’intérêts économiques en jeu quand il est question de sexualité ou de drogues. C’est ce qui se vend le mieux. Il faut s’abstenir d’enrichir la pègre ou les exploiteurs. L’important, c’est de permettre à chacun d’exercer son droit de choisir, d’être en amour avec qui il veut, car l’amour, c’est la plus grande force créatrice de l’univers…       

— Je n’y avais jamais pensé de ce point de vue, rétorqua madame Durosier, ajoutant que ce n’est pas une raison de laisser cette pauvre fille se faire violer. 

— Sans doute, mais est-ce le cas? Le veut-elle? Vous savez les enfants mentent ou fabulent facilement. Et, même si cela était vrai, l’important n’est-il pas de comprendre où est le véritable bien de Sophie? Elle est assez vieille pour choisir son orientation sexuelle. Aime-t-elle cela ou le désapprouve-t-elle? Ce peut être une expérience tout à fait circonstancielle, très limitée dans le temps. Tous les adolescents ou adolescentes sont potentiellement gais, mais seulement 25 % le deviendront. Ce n’est pas parce qu’ils vivent une expérience gaie qu’ils le deviendront, mais seulement si c’est déjà inscrit dans leur nature profonde. C’est un stade important dans leur vie. Ils doivent l’assumer. Comprendre leur identité profonde.   Les forcer à penser comme nous, c’est violer leur conscience.   

Sophie sentit ses jambes fléchir. Ainsi, on la soupçonnait d’être lesbienne. Toute la honte de cette situation l’écrasa d’un coup.    Elle savait qu’elle n’était pas lesbienne. Maxime avait beaucoup trop d’importance dans sa vie pour qu’il en soit autrement. Elle l’aimait avec fugue et passion. Ce n’était pas parce qu’elle aimait Céline qu’elle n’aimait pas autant Maxime. Sophie voulait une réponse pour pouvoir identifier exactement ce qu’elle est et ainsi pouvoir s’accepter.   

La jeune fille prit courage et frappa à la porte, un peu anxieuse de découvrir qui discutait avec tant d’à-propos avec sa professeure.        

Elle ne fut pas surprise de reconnaître une psycho éducatrice qui travaillait parfois à l’école. Mme Chassé avait une façon assez ouverte, plus humaine, et bien particulière de voir les jeunes. Probablement, qu’elle les connaissait et les comprenait mieux que Mme Durosier qui n’exerçait sa profession qu’en transmettant ce qu’on lui disait, sans jamais ne rien remettre quoique ce soit en question.    

Peu après l’arrivée de Mme Chassé, Pauline fit son entrée. Sophie était rassurée de voir sa mère car, elle espérait qu’elle comprendrait. Son regard le garantissait dès son arrivée…        

Madame Durosier leur fit savoir que l’on attendait une autre personne, une représentante de la Direction de la protection de l’enfance et de la jeunesse, de la DPEJ. À peine avait-elle été annoncée que Mme Hélène Dubois fit son entrée.

Tout le monde était là. La réunion pouvait commencer.

— Vous savez tous de quoi il s’agit : Sophie est victime d’agressions sexuelles de la part de sa tante Céline. Il faut la protéger. L’urgence d’agir est évidente. 

Sophie regarda sa mère étonnée. Pauline, malgré sa nervosité, ne bronchait pas. Elle écoutait sans manifester ses sentiments. Sophie scruta sa mère des yeux et crut comprendre que Pauline ne partageait pas le point de vue de madame Durosier.      

— Pardon, s’opposa Pauline, comme mère de Sophie, je pense aussi avoir un mot à dire. Je ne suis pas d’accord que vous parliez de Céline comme d’une dégénérée. Elle a certes ses problèmes. Elle est lesbienne, mais c’est son droit. Quant aux accusations que vous prétendez tenir de Sophie, j’en doute, quoique ce soit possible. Sophie n’a jamais manifesté le moindre malaise à vivre avec Céline, tout au contraire. Sophie a réappris à sourire, à s’aimer et à être heureuse depuis que Céline vit avec nous. Pourquoi si soudainement serait-elle victime d’assauts? Qu’en dis-tu ma fille?

Sophie se sentit troublée pour la première fois. Elle revenait le centre du problème, ce qui était normal. Mais cette fois, toute la situation avait bien changé : ses aveux étaient devenus un piège. Elle voulait être rassurée et elle était devenue, bien malgré elle, parce qu’on l’avait entraînée à croire que c’était pour son bien, une délatrice. Une « stool », le défaut le plus détesté par tous ceux qui ont encore du jugement et se respectent. Elle était coincée entre son amour illimité pour Céline et la peur de sa propre image, de la déchéance imaginée par les puristes. Évidemment, personne ne lui disait qu’elle pouvait refuser de continuer dans ce rôle qui l’écoeurait de plus en plus. Personne n’était là pour lui dire qu’elle a droit à son orientation sexuelle.       

— C’est vrai, maman, que nous nous caressons depuis bien longtemps, moi et tante Céline, quand tu n’es pas là; mais ce n’est pas Céline qui m’y force… J’ai juste voulu essayer et j’ai vraiment aimé cela. J’ai eu peur que ce soit mal comme tout le monde le dit. Aussi, j’en ai parlé à ma prof, seulement pour tirer les choses au clair et me soulager la conscience. Je t’en aurais bien glissé un mot, mais à cause de ton travail, je ne pouvais jamais te parler quand ça me le disait. Ce n’est pas facile d’ouvrir une conversation sur ce sujet. C’est délicat. On ne sait jamais comment les autres réagiront. D’ailleurs, ces temps-ci, tu travailles tout le temps. Je ne voulais pas créer de problème. Si j’avais su, j’aurais gardé cela pour moi. Je n’ai pas besoin d’être protégée.  Je veux juste savoir si je suis normale. Suis-je gaie?        

Sophie éclata en sanglots.       

Pauline s’approcha, prit Sophie dans ses bras et la consola.    

— Voyons ma chouette, il ne faut pas en faire un drame. Tu ne sais pas tout de Céline. Viens! Nous n’avons plus rien à faire ici.    

Pauline saisit la main de Sophie qui avait pu enfin se ressaisir.        

Pauline et Sophie allaient partir quand madame Dubois hurla :       

— Minute! Minute! La petite a bien dit que sa tante l’a touchée. C’est illégal et ça ne peut pas en rester là pour le bien de l’enfant.       

Sophie, très énervée, lança :    

— C’était avant que je rencontre Maxime. Les choses ne sont plus les mêmes… Je sais plus maintenant ce que je suis. Je ne regrette pas d’avoir eu des échanges avec Céline. On a juste à oublier ça. Ma mère m’aidera à voir clair en moi.

— Cela n’a pas d’importance! C’est arrivé, c’est tout! Si ta tante te caresse, elle en caresse d’autres. Il faut te protéger contre toi-même. Tu ne sembles pas réaliser la gravité de la situation. Tu es encore trop jeune pour comprendre. 

— Comprendre quoi?   

Cette fois, Pauline ne se fit pas prendre au piège.

— Pis, si elles aiment ça, qu’est-ce que ça vous fait, vous? Êtes-vous jalouse? 
Sophie, si tu me dis que tu étais consentante, je l’accepte. Ça ne nous regarde pas. T’es assez vieille pour prendre tes décisions. Il faudra clarifier les choses avec Céline.        

Madame Dubois était sous le choc, mais tellement sûre de son pouvoir qu’elle rétorqua aussitôt :        

— Quoi que vous disiez, ça ne changera rien : maintenant, nous savons et les choses ne sont plus les mêmes. 

— Parce que vous avez le monopole de la vérité?        

— Parce que les lois sont là. Nous avons étudié le « cas » et nous avons décidé que Sophie sera immédiatement placée en famille d’accueil. Elle y sera conduite ce soir.    

— Vous n’avez pas le droit!, s’exclama Pauline. La DPEJ n’a qu’un rôle consultatif et tout le système, à ce que je sache, vise à éviter les placements inutiles.

— La DPEJ a tous les droits. Sophie sera placée en famille d’accueil et, vous, vous porterez une plainte contre Céline.    

— Vous êtes malade! Comment pouvez-vous prétendre défendre les intérêts de Sophie en la retirant de la famille qu’elle aime tant? Et, seule, je n’arriverai jamais à subvenir à nos besoins. L’appartement coûte beaucoup trop cher. Vous ne vous rendez pas compte de la situation dans laquelle vous nous placez.      

— C’est votre problème. Vous n’avez pas le choix.      

— Peut-être pas ma mère, mais moi, si!, rétorqua Sophie. J’ai l’âge de consentement. J’ai le droit légal de décider chez qui je vivrai. Je suis très bien chez moi et il n’est pas question de les laisser…        

— Vous n’avez pas le choix, car il s’agit d’un acte criminel. Les faits se sont passés avant que vous ayez l’âge requis.  

— La Charte des droits m’accorde ce choix, affirma Sophie.  

— Pour une fille de ton âge, tu m’as l’air d’être au courant de pas mal de choses, mais tu oublies qu’un juge peut en décider autrement. Il peut déclarer que tu étais trop jeune pour choisir. Quant à ta mère, si elle ne porte pas plainte, je la ferai tout simplement déclarer        « Mère indigne ». Elle perdra tous les droits sur toi et tous les avantages sociaux.      

— Que vous êtes sale!, cria Sophie. Et, vous êtes une travailleuse sociale… vous prétendez me protéger… Comment pouvez-vous croire que détruire une famille, ça peut être le bien de ses membres? Qui êtes-vous pour juger de notre bien et de notre bonheur? Vous le savez mieux que nous, les premières concernées? Qui vous donne le droit de nous détruire pour correspondre exactement aux normes établies dans votre manuel? Vous êtes « le » véritable monstre, dans toute cette histoire, pas Céline.        

— Peu importe. Je ne suis pas là pour discuter, mais régler le problème…

   Au même instant, quelqu’un frappa à la porte. Un policier fit irruption.

— Bonjour, monsieur l’agent! dit la Dubois. Voici un double mandat du juge Demers. Vous devez mener la petite à la première adresse et ensuite vous rendre à la deuxième adresse pour y arrêter madame Céline Labonté.

Le policier lut le mandat et pria Sophie de le suivre.
Sophie était en larmes, hystérique.   

— Maman, tu ne peux pas les laisser faire, tu ne peux pas leur permettre!… Si on me place, je me tuerai. Demande pardon à Céline pour moi. Je ne savais pas que notre société était aussi folle..         .

Pauline pleurait elle aussi pendant que la Dubois dévorait son pouvoir, croyant avoir résolu la situation pour le bien de tous, même si elle n’avait rien compris. Certaines situations relèvent de l’émotion plus que des règles millénaires.  

Le policier saisit Sophie par le bras et l’entraîna à l’extérieur malgré ses cris.       

— Maintenant, si vous voulez avoir une chance de revoir votre fille, vous allez signer cette plainte contre votre sœur. Si vous ne le faites pas, je vous accuserai d’être mère indigne et vous ne pourrez revoir Sophie qu’au moment où Céline ne sera plus un danger, c’est-à-dire quand elle sera en prison. Si vous ne le faites pas, ça ne changera rien, la DPEJ le fera pour vous. Et, on regardera la possibilité de vous accuser aussi de complicité avec Céline.

Pauline était à demi folle. Elle ne savait plus comment réagir. Elle ne songea qu’à revoir Sophie et signa le document qu’on la forçait de signer. Elle avait le cœur déchiré et semblait vivre une réalité plus horrible qu’un cauchemar.        

— C’est mieux ainsi! Vous devenez raisonnable. Dès que Céline sera en prison, Sophie pourra retourner chez vous.      

-Vous êtes monstrueuse! Vous abusez de votre pouvoir pour imposer votre façon de percevoir le monde. Croyez-vous que Sophie sera plus heureuse en étant séparée de moi et de Céline? Elle aime sa tante. Vous ne pouvez pas comprendre?   Vous vous foutez de ce qu’elle vit, de sa douleur, pourvu que votre maudite notion de morale que vous voulez nous imposer l’emporte. Vous l’avez entendu se lamenter et vous essayez de me faire croire que vous agissez pour le bien de Sophie. Vous vous fichez du mal que vous faites, pourvu que vous appliquiez les normes et les solutions que vous avez apprises dans vos cours de travailleuse sociale. La vie émotive c’est aussi important que vos lois de retardées. Si Sophie se tue, je vous le ferai payer cher! 

Sophie était au désespoir. Elle voulait en effet se tuer, tant elle se sentait coupable d’avoir engendré tous ces problèmes, d’être responsable de l’arrestation de Céline, de la faillite éventuelle de sa mère, incapable de payer seule la maison. 

Le système fait plus de mal pour résoudre les histoires de mœurs qu’il n’offre de solutions. On agit comme si on n’avait pas de cœur. Comment pouvait-elle avoir provoqué toute cette haine, elle, qui aimait tant sa tante? Pouvait-elle prévoir que l’on manipulerait ainsi ses confidences? Pourquoi le système a-t-il tant besoin de coupables de crimes mineurs? Pourquoi ne s’occupe-t-on pas de vrais crimes, les crimes violents, les vols, les personnes disparues, la vente de drogue dans les écoles? Pourquoi est-il plus important de protéger les petits seins et les pénis que les cerveaux? Une maladie religieuse héréditaire au Québec? Pourquoi le monde n’apprend-il pas à se mêler de ses affaires quand il s’agit d’une belle histoire d’amour?

Sophie pleura toute la nuit. Le matin, elle ne put manger et obtint finalement à la fin de l’avant-midi la permission de téléphoner à sa mère. La responsable de la maison l’avisa qu’elle devait rencontrer Pauline à la fin de la journée pour se rendre chez elle chercher du linge de rechange.   « Dire que je voulais de l’aide et maintenant je me retrouve prisonnière, dépouillée. »        

Sophie rencontra Pauline vers la fin de la journée comme prévu. Elles partirent ensemble en auto pour aller à la maison. Au début, ce fut le silence total. Toutes les deux pleuraient chacune de leur bord. Deux femmes broyées par la douleur. Pauline rompit le silence, coupa chaque mot d’un vif regard vers Sophie.       

— Cet avant-midi, je suis allé porter 2,000 $ de caution pour permettre à Céline de recouvrer sa liberté, en attendant son procès. Elle devrait être à la maison quand nous y arriverons. Elle subira son procès dans deux mois. Elle est accusée de t’avoir touchée. Céline m’a demandé de te jurer qu’elle ne t’en veut pas. Qu’elle t’aime toujours à la folie.                

Le silence s’installa de nouveau, coupé cette fois, par les reniflements de Sophie qui pleurait à plein poumon.     

Arrivée à la maison, Sophie se précipita à l’intérieur, anxieuse de retrouver Céline, de lui expliquer son geste et si possible de se faire pardonner. Il n’y avait personne dans le salon, mais dans la cuisine,  une lettre avait été déposée sur la table. Sophie crut que Céline avait décidé de quitter la famille. C’est entre les larmes qu’elle lut la missive :

« Ma petite biche,

Ne t’en fais pas. Je te comprends et je te pardonne. Tu ne pouvais pas connaître la méchanceté et l’acharnement de ceux et celles qui régissent la vie des autres du haut de leur fonction, sans égard aux sentiments. Tu es avec Pauline, les personnes que j’ai le plus aimées. Merci de m’avoir permis de connaître les seules choses qui méritent d’être vécues : l’affection et l’amour.  

Je conserve le souvenir éternel de l’affection que nous avions l’une pour l’autre. Grosses bises! Don’t worry, be happy !  Tu le mérites.     

                         Ta tantouse, Céline »       

Après avoir lu cette courte lettre, Sophie se réfugia dans les toilettes pour pleurer en paix.     

Un cri.   Pauline le reçut comme un coup de poing en pleine figure. Elle se précipita juste à temps pour retenir Sophie qui s’effondrait, frappée par une peine immense et par l’horreur de la scène.        

Céline gisait nue dans le bain. Elle s’était tranché la gorge.     

Pauline étreignit sa fille et les deux à travers leurs larmes regardaient le corps inerte de Céline.          

C’est à ce moment que les yeux de Sophie s’arrêtèrent sur d’anciennes cicatrices au niveau du pubis de Céline. Effrayée et tremblante, Sophie se tourna vers sa mère et demanda perplexe :

— D’où viennent toutes ces cicatrices?      

Pauline, hésitante, répondit entre deux sanglots.  

-C’est son opération…   Je t’avais dit que tu ne savais pas tout de la vie de Céline. Nous avons cru bon de ne jamais te le dire… Céline, c’était en fait, ton oncle Mario.
 

Le temps des cauchemars

mai 19, 2020

           Le si facile métier d’écrivain  (1)    

Pierre Dupuis n’avait plus que 3.98 $ pour passer le mois. Heureusement le loyer était payé. Ils sont très élevés merci. L’électricité et le téléphone avaient mangé le reste de son chèque mensuel. Il y avait quelques oeufs et trois « chiens chauds » au frigidaire.

Il devait inventer des moyens de survivance. Travailler? Il avait trois brevets d’enseignement, mais la société avait une pénurie d’enfants et un surplus de professeurs. Planter un jardin? La saison était trop avancée. Il faut bien un mois pour tirer une récolte et, en attendant les radis, il risquait fort de crever de faim. Acheter un billet de loto? Cela pouvait être à coup sûr une dépense plutôt qu’une entrée d’argent.  

La survie s’avérait impossible quand Pierre Dupuis apprit d’un ami l’existence d’un concours littéraire de nouvelles à Radio Québec (autrefois Radio Canada). Cela rapportait peu, mais le jury sélectionnait bientôt les vainqueurs. Juste le temps qu’il fallait pour survivre. « Voilà ma chance », pensa-t-il.   

Excité par une pareille occasion, Pierre courut chez lui, saisit du papier et demeura inerte devant sa dactylo. Il avait beau se creuser les méninges, rien ne venait. Son imagination se serait-elle tarie avec les efforts faits pour survivre le mois précédent?   

À quoi cela servait-il d’être maître en littérature française si on ne peut pas écrire une nouvelle littéraire?    

Il ferma les yeux, scruta, étira, força chaque rayon de sa mémoire. Rien. Pas un seul souvenir ne lui semblait digne de devenir un sujet de nouvelle. Il s’épuisait à chercher cette petite action insignifiante qui prend l’allure d’une obsession et finit par hanter, posséder entièrement son personnage.         

L’auteur après ces trois heures d’un terrible effort se résigna. Il fallait chercher autrement, ailleurs que dans sa mémoire défaillante.      

La nouvelle étant basée généralement sur un fait divers, il résolut de chercher dans les journaux une source qui lui apporterait enfin un sujet sur lequel aiguiser sa plume. Il fit le tour de sa chambre. Pas un journal. S’en acheter couperait son budget sans garantir que la lumière jaillirait. Il décida de sortir et de fouiller les poubelles de la rue. Sa course fut hautement récompensée. Il rapporta deux ÉCHOS, deux exemplaires différents de LA PRESSE, quinze du JOURNAL DE MONTRÉAL et un du DEVOIR.    

De retour chez lui, il s’imposa dix heures de lecture intense. Il était bien savant. Il connaissait tous les arguments pour ou contre le libre-échange avec les États-Unis, les stupidités du LIVRE BEIGE de Claude Ryan, et les rêves économiques de la compagnie PROVIGO. Il pouvait même, en plus de connaître les opinions des éditorialistes, disséquer leur style. Cela ne lui apporta aucune idée quant à l’événement qui lui garantirait la palme du concours. Qui peut vraiment s’intéresser à l’actualité réchauffée? La preuve : qui n’a pas éteint son téléviseur pour ne pas entendre parler de Chantale Daigle et des féministes?    

L’impatience l’emportait. Que vaut une éducation qui nous montre tant de structures, de styles, d’idées qu’elle nous constipe l’imagination? Mais, peut-être était-il aussi responsable de son vide littéraire que l’école?     

Il se souvint avec honte de ses premières bouffées d’Acapulco Gold qui lui avaient indiqué les chemins de l’hilarité. Il avait ce jour-là écrit un poème tellement génial que tous les étudiants se l’arrachaient pour rire à leur tour. Le lendemain, en relisant le chef-d’œuvre de sa vie, il n’avait trouvé que des grossièretés, des indécences à faire rougir les plus osés. Lui, qui d’habitude était la gêne ambulante. 

Son génie lui avait valu d’être écarté de l’enseignement, même si les commissions scolaires avaient besoin de gardiennes d’enfants, travail qu’on a nommé être suppléant. Cette expérience pénible ne l’avait pas empêché d’essayer le                    « Colombien » pour avoir une culture plus internationale! Cette fois, Pierre se rappela comment il avait réussi, juste en se laissant aller, à créer une peinture qu’aurait jalousée Michel-Ange, mais qui, le lendemain se révéla un Dali, le génie, en moins. La drogue est illusion même dans la créativité. Elle nuit plus qu’elle n’aide à créer.    

Valait mieux laisser mourir le passé. Il risquait d’être accusateur. De toute façon, on a toujours quelqu’un à blâmer quand on ne réussit pas. Il trouverait bien sa victime en temps et lieu, quoique déjà le système d’éducation public semble la victime de luxe la plus appropriée puisque les parents gobaient facilement toutes les critiques qui lui étaient adressées. Les nouveaux curés se nomment maintenant les experts.  

Il reprit sa quête en fixant cette fois son attention sur les crimes. Toutes les passions qui tiraillaient l’âme y passèrent. Ces tueries l’énervaient. Plutôt que de l’exalter, tout ce sang le submergeait de peur. Il eut beaucoup de peine à échapper aux monstres qui le hantèrent toute la nuit. Il sursauta dans son lit, « biboya » (biboyer : parler en rêvant selon Rouhed), nagea dans ses sueurs. Jamais, il n’eut tant peur. Ces lectures l’avaient tellement impressionné que le matin, il hésita à se verser un café. Qui l’assurait qu’un ouvrier de l’autre bout du monde ne l’avait pas empoisonné pour se venger des riches qui perdent leur matinée à boire, en digérant les dernières actualités?          

Il opta pour une pomme qu’il éplucha avec attention,  qu’il coupa en petits dés pour s’assurer qu’aucune lame de rasoir n’y avait été placée par pur sadisme.

Même les bruits du vent à sa fenêtre entrouverte devinrent suspects. Un bandit cherche-t-il à forcer l’entrée? À s’introduire par la fenêtre? Un fantôme, peut-être!

Il songea à déménager pour échapper à ses poursuivants. Il rêva de s’installer à la campagne où la population est moins dense, mais il rejeta l’idée, craignant que cette solitude ne fasse de lui une cible de choix. Les criminels ne préfèrent-ils pas les endroits isolés?

Ah! Si au moins, comme au temps de Stendhal, il y avait des meurtres intéressants, passionnels, dans les églises. Aujourd’hui, les journaux ne racontent que des crimes ordinaires : le père qui viole sa fille, le fils qui tue le père pour l’empêcher d’endurer un cancer; le petit gars qui reçoit une médaille pour avoir tué le pédéraste, amourajeux, qui lui a acheté une maison de campagne; la petite fille brûlée à la chandelle par sa gardienne. Rien d’intéressant après la bêtise d’Hollywood. Où sont Mandrin ou le FLQ pour rêver de justice ?  On vole pour manger. Quelle décadence!          

Cette phobie de la violence, cette menace toujours incessante ne tarderont pas bientôt à être remplacées par un autre : la faim.     

Notre écorcheur de phrases souffrit d’un vilain mal de tête. La famine gonflait son ventre. Il voyait rouge. Devait-il abandonner? Il résista. Courageusement. Dès lors, Pierre craignit immédiatement de penser et surtout de bouger. « Dans des moments pareils, se dit-il, il faut économiser ses énergies.»   

Mais, à la peur de ne pas survivre à ses lectures s’ajouta celle de l’heure de tombée. Pour participer au concours, il fallait remettre le texte dans les soixante-douze heures.      

La tête lui fendait.

Immobile devant l’horloge, osant à peine respirer, Pierre lut un titre qui le suffoqua :

« Ruiné d’avoir gagné le gros lot.»  Il avala le texte avec avidité : un homme qui avait les numéros chanceux gagnants de la loto défonça toutes ses cartes de crédit en achats de tous genres. Juste avant de recevoir son chèque, il apprit que ses numéros étaient bien ceux qui avaient été choisis, mais pour le tirage de la semaine précédente. Par conséquent, ils étaient invalides.       

Quelle désolation pour ce pauvre mécanicien des mots! Quelle joie inespérée pour notre écrivain! Il tenait enfin su sujet en or. Il pouvait y avoir une courte introduction et l’immanquable fin en queue de poisson, indispensable caractéristique de la nouvelle…     

Notre Maupassant moderne , assailli à nouveau par sa migraine, décida qu’il fallait manger pour pouvoir pondre son oeuvre. Il se dépêcha d’avaler une beurrée d’arachides. Les douleurs persistèrent, il en enfila une deuxième avec les trois derniers « chiens chauds » à la suite. Il n’avait plus de pain, mais les idées explosaient dans sa tête. Il fallait écrire. 

Comme Ulysse, il parcourut tous les rayons de magasin qu’aurait pu emprunter le héros souffre-douleur de ses écrits afin de bien sentir tout ce qu’il avait pu vivre. Quand on a grand appétit, il est facile de trouver comment dépenser son argent. Les idées se bousculaient, se piétinaient. Dupuis était fatigué, épuisé de tant de richesses. En quelques mots, il avait présenté l’action, en deux autres, il avait vidé les cartes de crédit. Essoufflé, Pierre dut s’arrêter pour ne pas dépasser les quinze pages demandées.        

Après avoir fait les deux cents pas, avoir usé tout son prélart, notre génie relut son texte. L’erreur lui sauta aux yeux!        

O grand désespoir! Il s’était tellement identifié à son héros qu’il avait utilisé le présent de l’indicatif tout au long de son manuscrit. Quelle tarte!        

Il revoyait son professeur de composition littéraire, John Simonez, perdu dans ses explications sans fin, leur annoncer que dans le cas d’une nouvelle, il faut toujours employer le passé simple pour marquer l’action et l’imparfait de l’indicatif pour la narration ou la description. Sauf évidemment, dans les dialogues où le présent de l’indicatif règne en maître…      

Quelle bêtise! Quelle langue! Qui avait décidé de cette règle stupide? Ah! Le maudit français… Il ne suffit pas de se crever à trouver tous les accords des verbes, encore faut-il porter attention à la concordance des temps et se rappeler que chaque genre littéraire a ses caprices « verbaux ».  

Impatienté, Dupuis reprit le texte. Les verbes abandonnèrent le présent,  se couvrirent de terminaisons qui sonnent parfois joliment drôles. Travail qui lui demanda une bonne heure.

Exténué d’ajouter des âmes, des îtes et des irent, Pierre dut se coucher quelques minutes pour ne pas s’écrouler.      

Dès son réveil, il revit son texte. Tout était parfait, sauf… qu’une question le tiraillait. La répétition des gestes constitue-t-elle une obsession? Les meubles, le repas peuvent-ils occuper tout l’univers d’un personnage? Ionesco y avait bien pensé, mais c’était pour le théâtre…

Le doute s’insinua en lui. Et vlan! Il s’éteignit chez Kresge entre un frigidaire et un habit vert. Le nouvel élément ne différait pas assez de l’ancien pour créer une situation nouvelle. Il venait donc de faire un bien mauvais investissement. Son introduction dans un français classique et une forme parfaite demeurait sans suite. Cette fausse-couche venait de lui coûter six heures de labeur. Dupuis avait tellement hésité dans le choix de ses achats, pour demeurer vraisemblable comme l’exige la nouvelle qu’il avait relu tout un cours de comptabilité. Quelle misère! Il s’était même permis d’écouter « The price is right » pour confronter ses prévisions à celles des concurrents. Ses estimations étaient toujours justes, mais il lui fallait tout recommencer.     

Faute de rebondissement! Pris de panique, Pierre décida d’avoir recours au découpage. Titres, textes, s’allongèrent sur le plancher. Il était impossible de marcher dans le logement sans écraser un événement.

Si le ticket de Burroughs explosa pour la gloire de la littérature américaine, à Val-d’Or, ce procédé ne marchait pas. Les textes avaient perdu le nord… Il lut : « Les mots glissaient\sur le commerce de l’automobile\brûlant dans une ambassade russe\au fond d’un bois, près du Belvédère\tatouage planté au milieu de la poitrine\qu’avait semé les adeptes de Khomeiny maître du pétrole…»  

Et encore : « Une femme/couchée sur l’indice des prix à la consommation/roule à 175 kilomètre-heure \dans le box des accusés/coupable de s’être amourachée/de son chien pékinois/quand elle fut arrêtée pour excès de vitesse…»        

C’était inintelligible. « Premier astronaute\descendu du ciel au fond des mers/il s’apitoyait sur le sort irréversible d’une Cadillac ancienne/électrisant/la foule dans un jeu de passe interdit par la religion du pays/qui exigeait des hommes de se couper la verge dans l’océan pour saigner comme les femmes/ » et « l’imbécile Crétin/domine le camp de vison/quand son fou Roux/prépare la danse des Canards/référendum oblige/l’imbécillité frappe et se transmet chez les libéraux.»   

Le découragement envahit la cervelle enflammée par les morts. Pierre compta son argent qui sonnait sur la table avec les secondes de sa montre. Il s’imagina déjà agonisant, victime d’une société inapte à nourrir ses génies littéraires. C’était le désert culturel. Tataouette!         

Dupuis s’arrêta d’un coup à ce mot qui le fascinait. Ces sons glissaient, martelant son crâne. Il regarda le mot, pesa sa valeur phonétique, interrogea sa qualité évocatrice, le psychanalysa. Cette musicalité, pensa-t-il, saurait certainement allumer sa bougie créatrice. Il essaya pendant plus d’une heure mille associations de mots. Tataouette refaisait surface à tout instant, éteignait chaque effort pour maîtriser le langage. Il se laissa aller jusqu’au bout de son exploration, aussi loin que le porta le mot. Tataouette! Tatawouie! Tatafun!     

Un rire nerveux s’empara de lui, il venait de saisir, de déceler la valeur poétique des mots et le secret de leur pouvoir. Tatafun. C’était bien le miroir de la situation : un « tata » en mal de  » fun ». Ce n’était pas génial, mais amusant. 

Puis, s’opéra un autre miracle. St Jean Vianney venait à la rescousse. Il imagina un homme qui se rend chaque matin au restaurant, situé sur le bout d’une falaise collée au fleuve. Préoccupé par le murmure d’une secousse sismique, il tenta en vain d’attirer l’attention sur ce bruit étrange, ignorant que près de là des travaux de dynamitage se poursuivaient.    

Il hurla de joie. Sauta. Courut dans son appartement. Embrassa le portrait de son épouse, décédée trois ans plus tôt, la croyant responsable de cet éclair de génie. « Je tiens mon histoire! », hurla-t-il. Il ouvrit sa fenêtre pour répandre la gaieté. Il se jeta à nouveau sur sa machine à écrire. Rayonnant.

Les lettres sonnaient drues. La maison s’emplit de la musique du compositeur qui sait où il va, ce qu’il a à dire. Les phrases coulaient, roulaient. Quel plaisir d’écrire! Quelle fascination de voir tomber les mots exacts, vivants! Quelle harmonie quand les paragraphes se succèdent au gré des événements nouveaux, qu’ils s’amplifient à chaque espace noirci sur la feuille!   

Le plaisir dura peu de temps. L’histoire terminée ne couvrait que quatre pages. Cette nouvelle de forme parfaite ne souffrait pas d’être allongée d’une ligne. Les détails auraient été superflus, auraient tué la tension, l’intrigue. Vidé, exténué, Pierre pleura de rage.      

Il s’en prit à Radio- Québec. Quelle idée d’exiger un texte aussi long!       

Les administrateurs doivent vouloir encore deux nouvelles au prix d’une. La radio, c’est comme l’électricité, cela devrait rapporter de bons dividendes, mais plus on paie, moins on a de service : tout profite aux Américains. Les auteurs, même dans le domaine musical, cherchent à s’enrichir en nous anglicisant, sous prétexte que le marché est plus grand dans le Sud.  

Deux brèves nouvelles du même auteur ne valent-elles pas un texte plus long? Ce doit être encore un réalisateur bolchevique!     

Il songea à contester les règles du jeu. Il se façonna une pancarte « Deux idées valent mieux qu’une ». Prêt à franchir la porte, le cadran le rappela à l’ordre. Il ne pouvait pas perdre son temps inutilement à déambuler sur le trottoir. Quelle farce! S’il ne voulait pas participer au concours, il en était bien libre. Il aurait fait rire de lui. Monsieur Courte Imagination. Sa perspicacité venait de le sauver.   

Pierre se calma avec peine. Il était humilié. Exaspéré. Vidé.   

Pour se changer les idées, il se réfugia au parc. Les sapins frissonnaient. Il se prit d’affection pour un écureuil qui venait, à tout hasard, vérifier s’il n’y aurait pas une cacahouète, près du banc. Pierre fut étonné de la hardiesse de cette bête aussi pressée par le temps qu’il l’était, lui. Quelle ténacité à renifler tous les gazons, à bondir d’un arbre à l’autre? Quelle agilité! Il l’admirait de le voir aussi prévoyant, car l’hiver ne tarderait plus.

Il philosopha sur le sens de la vie. « Il est plus facile à un animal de survivre qu’à un homme», conclut-il. Nonchalamment, ses pas l’entraînèrent au centre-ville. Le luxe s’étalait dans les vitrines, lui rappelant son indigence. Sans trop s’en rendre compte, il pénétra dans la Taverne des Sports, jeta un rapide coup d’œil. Des gens attablés discutaient bruyamment. D’autres s’ennuyaient visiblement. Seul, dans son coin, il délira sur son sort, répondit au serveur qu’il attendait quelqu’un, remarqua, presque intéressé, une femme se refaire une coiffure dans la vitrine. « Pourquoi la vie s’acharnait-elle contre lui? N’avait-il pas fait tous les efforts humainement possibles pour réussir? » Une bière arriva à sa table, devant lui… Où était cet ami qu’il ne connaissait pas? Probablement parti, trop vite pour recevoir un merci. Il but goulûment cette bière comme pour échapper à mourir de soif et se remonter le moral. Chaque gorgée brûlait une raison d’espérer.

Il entra chez lui découragé. Il prit une douche et se coucha. Après tout, ses rêves étaient encore plus faciles à supporter que la réalité. Les cauchemars se succédèrent. Pendu, un de ses livres le traitait de raté. Il était poursuivi par des mots obsédés, genre féminounes, qui se prétendaient violés , après avoir été écorchés par lui.     

Le téléphone le tira de cette impasse.

Le directeur d’une école lui offrait un poste dans une classe de huitième année immersion, à Sault Ste Marie, en Ontario. Il devait cependant passer une entrevue.

Qu’irait-il faire dans ce pays étranger où on ne parle que l’anglais et qui se prétend « sien », en écrasant les Français? S’il était unilingue anglais avant le référendum sur l’Indépendance du Québec, pourquoi deviendrait-il bilingue maintenant que les liens sont coupés? Pourquoi jouer aux hypocrites en faisant croire que le français hors Québec est autre chose que du folklore? 

Pierre revint à sa nouvelle. Des centaines de fois, il avait songé à travailler à l’extérieur du Québec, mais chaque fois, il s’était dit que sa culture valait mieux qu’un bon salaire. La prostitution, ce n’était pas son domaine et il ne croyait plus à la possibilité que nos voisins nous respectent après nous avoir si longtemps humiliés.    

Il se remit au travail. Les plans se multiplièrent. Ils s’étalaient dans chaque espace vide. Un bon scénariste aurait pu nourrir une chaîne de télévision pour un an avec toutes ces idées. Pierre n’était jamais satisfait. Souvent, ses aventures naissaient d’un dessin qu’il griffonnait pour mieux se concentrer. La citation d’un auteur aimé donnait naissance à des péripéties rocambolesques, palpitantes. « Plus proche vraiment du roman policier que de la nouvelle », trancha-t-il. Les textes remplissaient déjà un cahier, mais rien ne permettait de répondre aux exigences littéraires qu’il s’était fixées. C’était trop descriptif ou trop poétique. Les dialogues intérieurs, riches en émotivité, manquaient d’action. Les personnages étaient flous. Le suspense trop faible.      

Pierre douta de son talent. Il décida que ce concours serait le dernier. Tant d’efforts pour aboutir à la poubelle! Avec les milliers d’écrivains qui meublent les bibliothèques, il n’était qu’un simple inconnu dans cet univers. Il ne trouvait pas sa place. Il fallait innover, mais en quoi?  

Il en vint à en avoir contre tout l’univers. Cette société dégénérée où tout est argent, l’excédait. Quelle vie! Travailler pour nourrir les maisons de finance. Travailler pour se faire gruger plus du tiers en impôts. Travailler pour perpétuer ces semaines à se demander comment boucler le budget. Travailler pour qu’à chaque augmentation de salaire d’un dollar, le coût de la vie grimpe de deux. Travailler pour faire vivre la mafia gouvernementale légale et cautionnée par nos votes. Travailler ou passer sa vie sur le bien-être social après avoir perdu sa jeunesse à étudier, car on ne peut même plus dire « qui s’instruit s’enrichit…».        

Dupuis aurait voulu démantibuler cette machine folle. Comment? Il était demeuré veuf pour être libre et il était aussi prisonnier que les autres. Plus ces idées tournaient, plus la colère montait.        

« Monde de fou! » s’exclama-t-il, en frappant sur les meubles. S’il en avait eu le pouvoir, il aurait fait sauter cette planète insensée. Il se jeta sur le sofa et laissa fermenter sa haine. L’heure de tombée approchait. Le tic-tac de son cadran le repoussa à ses papiers.       

Trois heures. Le téléphone retentit de nouveau. C’était encore l’école ontarienne à la recherche de missionnaires. Dupuis se rappela comment, pendant la crise économique de 1980 à 1985, Ottawa et Toronto subventionnèrent les industries et les sièges sociaux pour les déménager du Québec à la province de l’Ontario et faire croire que le référendum ou le vote péquiste avait un effet négatif sur l’avenir. Serait-il complice d’un autre chantage, déguisé cette fois, sur le plan culturel ?  Au diable! Ils se sont servis de l’immigration pour nous noyer et ils se servent maintenant d’emplois alléchants pour nous attirer à l’extérieur et nous assimiler à petit feu, en essayant encore de nous déraciner. « Up yours ! »        

Il valait mieux oublier cette distraction et s’engouffrer dans un travail de création. Il revit chaque papier. Ausculta chaque phrase. Rien. Le vide total. Pierre se crut le pire des abrutis. Il détesta jusqu’à sa coupe de cheveux. Devant un miroir, comme un avocat, il se mit à nu. Il s’accusa de tous les défauts, écrasa chacune de ses qualités. Il était vraiment le dernier des renégats, des crétins. Un incapable. Un impuissant. Il se fit des grimaces, se menaça, mains ne trouva aucun moyen de se pardonner, de se faire pitié  

Il ouvrit son frigidaire. Trois œufs! Il s’arrêta, se questionna. Devait-il manger? N’était-il pas mieux d’en finir en se laissant mourir de faim? Il pourrait dans une lettre expliquer ce qui l’avait poussé à poser ce geste. Peut-être que sa mort réussirait là où il avait échoué : faire comprendre la difficulté de vivre en marginal. Il opta pour manger, après tout, il n’était pas certain qu’un journaliste s’emparerait de l’affaire. Un mort à la seconde, son sacrifice risquait de passer inaperçu. Aujourd’hui, même la mort ne consacre plus les artistes. Il mangea les trois oeufs à coque, péta pour Steve (une veille tradition interne) et se dépêcha de hanter les rues de Val-d’Or, espérant un miracle quelconque.      

Il déambula quelques heures. Il scruta les trottoirs. Il trouva même « une cenne de chance ». Il n’en doutait plus : sa déchéance était complète. Trois échelles se retrouvèrent sur sa route et, comble de malheur, une vieille dame lui offrit un chat noir, petit, tout de même! Il était complètement abattu. Jamais il ne s’en sortirait…

Il saisit une veille Presse, édition du dimanche qui traînait sur un banc. Il lut l’horoscope. « La chance vous pourchasse. Vous recevrez une somme d’argent inespérée. Ayez confiance en vous! Vos efforts seront récompensés. »  Il se sentit revivre. Jamais son horoscope ne l’avait trompé. Il ne douta plus une minute. Il remporterait le prix de la nouvelle littéraire. Il retourna chez lui à toute vitesse. Il s’installa à sa table de travail, mais rien ne venait. Et, il en était à une journée de l’heure de tombée. Les doutes le saisirent à nouveau.    

Le téléphone sonna encore. Pas de chance. Ce n’était qu’Hélène.    « Chaque fois que j’ai besoin de me concentrer, elle téléphone. J’aurais dû débrancher. Elle en a toujours pour une heure à me raconter ses peines. Ma dernière soirée est à l’eau. Je ne finirai jamais à temps », de dit Pierre.          

Hélène était plus troublée qu’à l’habitude. Elle pleurait. Elle raconta en utilisant mille détails la disparition de sa fillette Marie-Ange.

Pierre hésita. Il faut écouter les gens perdus dans une aussi profonde douleur.    

Il est plus important d’être un ami que de triompher sur la place publique, décida-t-il.

— As-tu averti la Police?        

— Non! Je l’avais oublié. Je suis énervée. Je te laisse. Je te donnerai des nouvelles.

   Sauvé! Pierre respira. Il ébaucha un texte qui lui sembla aussitôt insignifiant. Le téléphone retentit à nouveau. « Je ne peux pas avoir plus d’une heure de liberté, nom de Dieu en bobettes… ! »    

— Oui?     

— C’est encore moi. C’est Hélène. (Comme s’il ne l’avait pas reconnue!)  J’ai retrouvé Marie- Ange. Elle était couchée au grenier. Je ne sais pas pourquoi elle est montée là. Je me le demande encore.       

Le monologue dura plus d’une heure. Hélène répéta le même disque toutes les dix minutes. Pierre écouta patiemment, plaçant le début d’un commentaire quand il le pouvait. Enfin, il put regagner ses essais. Hélène avait raccroché après mille mercis, car elle s’était rendu compte que la porte du grenier était béante en allant lui téléphoner.

Pierre s’écrasa sur son sofa. Ce tourbillon de mots l’avait étourdi. Il songeait à cette aventure quand il sursauta. « La voilà, ma nouvelle! »      

Le temps des cauchemars

mai 19, 2020

Le si facile métier d’écrivain (2)

« Une femme court au magasin acheter un litre de lait. Une voisine la retient. Un lit à vendre. La conversation s’allonge. Elle retourne chez elle juste à temps pour sauver son souper. Belle introduction. Rien de plus vraisemblable : deux femmes qui parlent, le commérage… Puis, c’est l’élément déclencheur : la petite affaire qui vient tout bouleverser, qui précipite une situation anodine en véritable cauchemar, pleine d’inattendus… La mère s’aperçoit que sa petite fille a disparu… Elle cherche partout où elle peut imaginer la retrouver. Sans résultat. Elle panique. Elle court de maison en maison, pas d’enfant. Les voisins alertés, toute la rue se lancent à la recherche de la gamine. La mère, bouleversée, appelle la police. Battue générale dans la ville. Nuit de tempête et de froid. Des amis gardent la maman à coucher. S.O.S. à la radio. Les émissions se succèdent. Toutes les hypothèses sont lancées. Évidemment, on craint un inconnu, il y a toujours un inconnu pour attaquer un enfant dans les histoires des femmes… où était-ce cet enfant qui marchait vers le lac, découragé, à la recherche d’un suicide qui lui donne de l’importance? La mère court d’un studio de télévision à l’autre. Une photo doit être montrée partout. La femme se rend à la maison chercher la photo, la plus grande, pour une autre chaîne de télévision plus capricieuse. La porte du grenier est entrouverte. Elle monte. L’enfant dort à poings fermés dans son ancien berceau. Caprice d’enfant! Le pouce entre les dents.»

Vite! À la course! Il se remit au travail. Il ne lui restait plus qu’à photocopier le texte en quatre copies. Pas d’argent. Tout était bel et bien fini. Une idée! Il fouilla dans les paperasses, sortit des papiers carbones. Il écrivit sans arrêter. Plus il se hâtait, plus les fautes pleuvaient. Il transpirait à grosses gouttes. Chaque seconde comptait.

Encore le téléphone. Pierre sauta dessus. « Un téléphone, c’est toujours un instrument de supplice… », Songea-t-il. Il regarda son cadran, rongé d’anxiété. Et il tira le fil.           

Il termina son texte de peine et de misère. Affolé, devant la Caisse populaire, il s’aperçut qu’il avait oublié la moitié de son chef- d’œuvre sur la table. Il revint à son point de départ. Il courut, tomba dans les escaliers, se releva, arriva juste au moment où l’on fermait les portes de l’édifice où logeait Radio Québec.   

Incapable de se retenir plus longtemps, il laissa échapper un « Grouillez-vous! ». Il essuya le regard d’une secrétaire capable de le tuer. Il entra enfin au bureau indiqué. Juste à temps. Épuisé. Essoufflé. Il remit son enveloppe et s’écrasa sur le plancher. Il reprit connaissance. Les secrétaires le regardaient ahuries, lui reprochant de retarder leur départ. Qu’importe c’était mission accomplie.        

À la sortie, ses yeux se transformèrent. Il reprit sa politesse. Il rayonnait, se pavanait. Gonflé d’orgueil, il marchait sans se soucier de sa destination. Il était devenu un auteur. Il s’offusqua qu’on ne le remarque pas davantage et pensa qu’il fallait peut-être attendre les résultats du concours avant de connaître sa gloire.       

Il revint à la maison à pied.    

Tout était beau. La circulation dans laquelle les autos se tamponnaient presque l’émerveilla. Quelle poésie! Il souriait aux conducteurs qui avaient mines impatientes. Il salua le soleil qui disparaissait. Tout était merveilleux. Il était enfin quelqu’un. Maintenant, l’humanité ne saurait plus se passer de lui.     

À la porte de son logement, il rencontra Mathieu qui l’avait instruit du concours. Exubérant, il lui tapota les épaules, multiplia les        « Mon ami, mon frère ». Il n’avait pas été aussi heureux depuis très longtemps. Par humilité, il attendit quelques minutes avant de se vanter de son travail fortement inspiré par le siècle. « Il révolutionnera certainement la littérature », affirma-t-il.    

La joie fit presque oublier à Mathieu pourquoi il s’était rendu chez Pierre.

— Au fait, dit Mathieu, j’ai oublié de te rendre les 200 $ que tu m’avais prêtés. Les voici.    

Pierre les refusa tant son bonheur était grand et son habitude d’aider les autres pouvait renaître. Son succès futur lui faisait oublier jusqu’à sa faim.       

Il grimpa chez lui ranger ses précieux documents. Il les classa. C’était pour les Archives nationales, pour les chercheurs de demain. Il conserva les manuscrits, ceux finalement qui contenaient bien peu de ratures : « L’humanité saura reconnaître ainsi son assurance ». Les autres feuilles prirent le chemin de la poubelle comme des preuves à éliminer.    

Le bulletin de participation du concours s’échappa d’un groupe de feuilles inutiles et il glissa sur le plancher. Pierre se pencha, le ramassa avec préciosité, l’embrassa.   

C’est alors que le titre lui creva les yeux. Il en demeura abasourdi, sidéré. Il le répéta, troublé, pesant chaque syllabe. Sa surprise était de taille. Il relut les lettres une à une. Elles semblaient grossir pour le narguer :

                 « QUATRIÈME CONCOURS DE POÉSIE » 

Ce texte a été publié dans le livre les « Nouvelles du nord », aux Éditions d’ici et d’ailleurs, sous la direction de Jean Ferguson, à Val-d’Or. Il a été inclus dans les nouvelles devant donner le livre Le temps des cauchemars, qui ne fut jamais publié, ni accepté par un éditeur. Donc, je l’ai inclus dans les textes refusés des Éditions du Temps.  

Le temps des cauchemars (1)

mai 18, 2020

Page couverture : La Tuan Vihn  Illustrations : Gabriel Deshaies

Illustration et conception de la page couverture :
                       La Tuan Vihn
Illustrations :
                       Gabriel Deshaies

Dactylographie du texte :
                      Jean  Simoneau

Tous droits réservés :

© Copyright : Les Éditions du Temps

1211, rue Sherbrooke

Magog (Québec)

J1X 2T2

Courrier électronique de l’éditeur :

jeansimoneau@cgocable.ca

Distributeur officiel :

Les Éditions du Temps

Dépôt légal

Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 4e trimestre 2014

Bibliothèque et Archives Canada, 4e trimestre 2014

Introduction

Le temps des cauchemars


Un genre littéraire qui m’a toujours énormément plu : la nouvelle littéraire. À mon époque, on me demandait de très longs textes d’une vingtaine de pages minimum pour être publiés.

Par contre, je sais depuis, l’ayant enseignée, que la nouvelle littéraire peut être très courte et c’est ce que je préfère. Cependant, elle a une structure qui lui est tout à fait particulière comme le récit et le conte.        

Nous avons publié un livre de nouvelles littéraires auquel avaient participé mes élèves. On a alors écrit que les élèves ont éclipsé leur professeur, grâce à leur fraîcheur.   Loin d’être une offense, c’est un excellent compliment. Ça veut dire que j’étais un bon professeur.

Même s’ils ont été présentés à d’autres éditeurs québécois, ces textes ont été publiés seulement à Val-d’Or alors que mon grand ami, Jean Ferguson, avait la maison d’édition D’ici et d’ailleurs.            

Il y eut aussi : Les nouvelles du Nord 1 et 2 et Gens d’ici.   

Le Temps des cauchemars compte sept nouvelles littéraires : Le si facile métier d’écrivain (dont je me servais d’ailleurs pour enseigner la nouvelle littéraire à mes élèves); La psychose; Les limites du jeu; Le chantage; Nous vaincrons, Patrice et l’arnaque.

Seul, Le chantage a été publié séparément par Les éditions du Savoir, par le Regroupement des écrivains d’Abitibi-Témiscamingue, le REAT.  Depuis, La psychose a été publiée dans le collectif Les apparences trompeuses par les éditions de L’Arc-en-ciel littéraire, sous le titre de Sophie veut savoir. Ce dernier texte est bien meilleur que l’original.       

C’est avec plaisir que je vous présente ces textes. Comme vous ne les connaissez pas, je me permets d’apporter de légers changements, puisque maintenant j’ai le temps de les réviser.

La page couverture a été peinte par un vietnamien La Tuan Vinh alors que les illustrations intérieures ont été créées par un jeune peintre qui demeura plusieurs années avec moi : Gabriel Deshaies.

La nouvelle littéraire est le genre littéraire qui me plaît le plus. Pour obéir aux demandes de Jean Ferguson, mon éditeur en Abitibi, à Val-d’Or, les textes devaient avoir au moins 20 pages. Aujourd’hui, je préfère des nouvelles littéraires beaucoup plus courtes.

Le jeune espion (19).

mai 17, 2020

La vie avait repris son cours normal. Jean-François passait maintenant plusieurs heures au secrétariat afin de transcrire les rapports des ingénieurs pour M. Dubois. Et, les résultats n’avaient jamais rien de bien reluisant.

Il était absorbé par son travail, quand il ressentit l’impression que quelqu’un l’épiait.

Quand il vit d’où venait cette impression, il tressaillit. Le Père Labonté était là, tout sourire, le dévorant des yeux.

  • Bonjour, Jean-François ! Je constate que le Nord t’a encore embelli.

Jean-François rougit. Il était un peu mal à l’aise, car il était peu habitué aux compliments. Il n’avait jamais ressenti un tel sentiment l’envahir. Il était fier de revoir ce prêtre, qui l’avait tant touché.

  • As-tu des nouvelles de ton ami ? Tu sais, celui que tu voulais tant revoir.
    • Raymond ?
    • C’est ça, je crois.
    • Nous nous écrivons encore. Il reviendra habiter par chez nous en septembre.
    • Tu dois avoir hâte de le revoir ?
    • Je vous crois.

L’abbé s’excusa de le déranger dans son travail.

  • Je peux m’installer dans le coin, près de ton bureau, pour y lire mon bréviaire ? Je me ferai très discret.

Jean-François accepta, dissimulant mal son plaisir, car il se sentait désiré, même si l’abbé Labonté ne dévoilait pas ses intentions réelles. Il surprit à quelques reprises, le regard de l’abbé, qui ne cessait de l’admirer. Jean-François se demandait si cet homme ne faisait que le désirer ou s’il pouvait espérer en être aimé.

À la fin de la journée, l’abbé lui demanda de l’accompagner, afin de visiter le petit village. Jean-François accepta avec plaisir.

La randonnée fut toute de silence, sinon pour les présentations et les commentaires de Jean-François. La visite terminée, l’abbé lui sourit en ajoutant :

  • Je constate que ta voix est aussi belle que ton visage.

Quelles merveilles ! Que de charme !

Jean-François était aux oiseaux. Enfin quelqu’un qui proclamait un vif intérêt à son égard. Il avait tant désiré ce jour.

Le prêtre se tut, visiblement troublé d’avoir laissé échapper une telle confession de ses sentiments.

Jean-François s’habitua à ce regard amoureux posé sur lui, car l’abbé Labonté passait ses journées près de son bureau, à l’observer discrètement. Il le suivait partout, sans dire un mot, le buvant du regard.

Le soir, chez les Dubois, Jean-François se hâta d’enlever sa chemise et de franchir le corridor, pour se rendre lentement aux toilettes. Il savait qu’il passerait devant la porte ouverte de l’abbé, qui le regarderait, les yeux de plus en plus enflammés. Jean-François était excité, ravi, d’allumer une telle passion.

Malheureusement, contrairement à toutes attentes, l’abbé Labonté était au fond un homme très prude, extrêmement timide et réservé. Véritable volcan intérieur, rien ne transperçait à l’extérieur, sauf cet appel à la passion, que ses yeux ne savaient pas dissimuler.

Jean-François aurait couru dans sa chambre, se serait totalement offert, mais il n’osait pas. Il craignait de se faire des idées. Tout ce qu’il trouva de mieux : laisser sa porte ouverte, espérant que l’autre ait plus de courage que lui.

Un matin où le soleil était plus fort, Jean-François se réveilla à cause de cette clarté. Il était allongé sur le dos, torse nu. Il entrouvrit les yeux et aperçut l’abbé Labonté, dans le cadre de la porte, qui l’admirait sans bouger, retenant geste et souffle.

Jean-François continua de faire semblant de dormir, redressa les jambes en les écartant, entrebâillant ainsi l’échancrure de son pyjama, laissant entrevoir son sexe, qu’il sentait de plus en plus dur.

Le geste surprit le visiteur nocturne. Jean-François entendit un très profond soupir. Quelques secondes plus tard, ce furent des pas. Le prêtre regagnait sa chambre.

Jean-François crut l’entendre sangloter.

Jean-François demeura éveillé, espérant en vain que l’abbé resurgisse dans le cadre de la porte.

Jean-François ne comprenait pas pourquoi. Il ne s’agissait pas cette fois de manœuvres pour avoir des informations sexuelles, mais d’un attrait irrésistible et un désir infini de se retrouver dans les bras de l’abbé Labonté. Son corps se crispait, juste à imaginer les doigts de celui-ci sur sa peau.

Cet amour était-il devenu possible, du fait d’avoir été visité dans le train par une main experte, qui lui insuffla le désir de répéter sans peur cette aventure.

Le matin au déjeuner, l’abbé Labonté annonça son départ immédiat. Regardant Jean-François, il chuchota de façon à n’être entendu que de lui :

  • Il y a des forces contre lesquelles on ne peut pas combattre. Il est alors préférable de se retirer, plutôt que d’y succomber.

Avant de partir, l’abbé Labonté se rendit au bureau de Jean-François. Il lui mit les mains sur les épaules et le serra contre lui. Il le repoussa, le regarda dans les yeux et lui dit :

  • Tu es mon éternelle et sublime tentation, mon diablotin d’amour. Je dois partir, car tu es plus fort, plus tentant que mon amour pour Dieu. Pardonne-moi ! Je n’ai jamais pu t’oublier, depuis la première fois que tu as mis les pieds dans mon bureau.

Jean-François aurait voulu crier de douleur et de rage. Lui, qui enfin vivait le bonheur de se sentir désiré, perdait tout à cause d’un pauvre geste provocateur, malhabile. Comment retenir un homme qui se contrôle aussi parfaitement ou qui est si parfaitement masochiste?

Jean-François regretta de ne pas s’être levé et ne pas être accouru dans la chambre de cet homme, qui lui faisait tourner la tête.

Il n’eut pas le temps de réagir, que déjà l’abbé Labonté avait franchi la porte.

Jean-François en était malade. Il courut à la maison des Dubois, où il s’enferma dans sa chambre pour la journée, sanglotant de rage, de perdre l’occasion de connaître la joie immense d’un amour partagé. Cependant, il jubilait de savoir enfin que l’abbé Labonté l’aimait vraiment. La tempérance de l’abbé Labonté n’était pas parvenue à cacher sa passion envers lui.

M. Dubois vint à sa rescousse. Le croyant malade, il fut de toutes les attentions. Cette affection permit à Jean- François de retourner le lendemain au travail.

Le moulin, fabriqué d’équipements de seconde main, brisait souvent. Comme toujours, les résultats étaient très décevants. L’argent manqua à nouveau, engendrant de nouvelles frustrations. Mais, ayant pris l’habitude de cette situation, on savait que ce n’était pas une catastrophe, puisqu’un jour ou l’autre, Mgr Savoie finirait par passer.

On n’avait pas prévu que la Providence puisse aussi être très mesquine.

Le samedi après-midi, tous les hommes disponibles furent conscrits pour se rendre à Hearst, combattre un incendie qui rongeait la cathédrale. Détruite de fond en comble, on s’aperçut, quand vint le temps de la reconstruire, que l’évêché n’avait plus un sou dans ses coffres.

Certains mineurs voyaient là le signe annonciateur d’une plus grande privation puisque, pensaient-ils, dorénavant la mine devrait à son tour secourir le diocèse, alors que d’autres prétendaient, au contraire, que c’était la Maria qui avait fait vivre le diocèse, donc, qu’elle serait encore plus pauvre… ce qui revenait au même.

Les temps furent en effet de plus en plus difficiles. Les souscripteurs américains, pris de panique, alertèrent le cardinal de Boston, qui obtint très rapidement de Rome, une enquête exhaustive sur les finances du diocèse.

Les membres des clubs tremblèrent pour leurs investissements et réclamèrent presto, une assemblée spéciale. Ils forcèrent M. Dubois à en convoquer une le plus tôt possible, à la Maria, à la place de la traditionnelle assemblée annuelle, à l’occasion de la fête de Marie.

C’était la catastrophe. Le diocèse ne pouvait plus surseoir aux besoins de la mine. Le vase communicant était brisé. Les rumeurs se faisaient de moins en moins rassurantes et aucune paye ne fut versée jusqu’à la tenue de la réunion spéciale, à laquelle tous les clubs avaient envoyé une forte délégation.

À la cantine, les prêtres s’étaient installés, comme d’habitude, à une table d’honneur. L’abbé Dion fut le premier orateur à adresser la parole. Jouant la carte de la Providence qui saurait trouver une solution, il jugea mal la tension chez les actionnaires, pour la plupart menacés de faillite.

En plein discours, un membre de la délégation de Sherbrooke ne put surmonter sa panique et engueula vertement le pauvre abbé Dion, ahuri, qui essayait de calmer les esprits. L’homme, hors de lui, lui reprochait d’essayer de détourner les fonds de la Maria à son avantage. Il avança d’un coup et assena une solide paire de gifles à l’orateur, avant de s’effondrer en larmes, honteux d’avoir osé lever la main sur un prêtre. Il se mit à genoux et réclama son pardon, mais l’abbé Dion, surpris, ne sut manifester que de l’indifférence à son égard.

Le lendemain, la réunion commença sous haut voltage. Les actionnaires essayèrent de savoir en vain pourquoi les argents de la Maria s’étaient envolés en fumée. À l’extérieur, un groupe de mineurs se promenaient, pancartes à la main, réclamant ce qui leur était dû.

À l’intérieur, la révolte était évidente. Le Dr Demers avait mandaté son neveu pour lire sa lettre de démission, qui était des plus accablantes, accusant M. Dubois de berner les gens en parlant de Providence, plutôt que de donner des chiffres précis, réalistes et explicites.

Les actionnaires emportés dans la tempête votèrent la destitution et le remplacement d’Adrien Dubois à la direction de la mine, par Osias Leduc, un mineur en qui les contestataires avaient confiance.

Soudain, un groupe d’autochtones fit irruption dans la salle, flanqué de quelques policiers. Ils venaient réclamer leurs droits de partager les bénéfices. Ce fut le brouhaha complet. La séance fut levée, faute de pouvoir y imposer un minimum d’ordre.

Adrien demeura seul sur l’estrade, pleurant comme un enfant.

Cet insuccès eut ses conséquences. Le découragement gagna plus de la moitié des mineurs, qui décidèrent de quitter la barque. Chacun essayait, en partant, de trouver un outil de prix à apporter, question de récupérer en partie les sommes qui lui étaient dues.

Excédé, fatigué par l’accumulation des nuits blanches, une fin d’après-midi, M. Dubois fit irruption au secrétariat,  où Dagenais et Jean-François travaillaient encore. Il s’était armé d’un marteau et il en menaçait Dagenais.

– Viens en bas avec moi, viens me montrer où tu as caché mon or.

Dagenais comprit qu’il ne pourrait pas le calmer sans descendre visiter les galeries. Il dit à Jean-François « Si dans deux heures, je ne suis pas de retour, avertis Osias Leduc de venir à ma recherche. »

Dagenais et Dubois revinrent au bureau près d’une heure plus tard. Dubois s’éffondra dans un coin du bureau, avec le regard d’un drogué ou d’un fou, hurlant :

« Nous sommes ruinés ! Nous sommes ruinés ! La Vierge nous a abandonnés. Elle a besoin de changer d’avis, sinon nous pousserons sa statue avec un bélier mécanique à la rivière. Ça lui apprendra de ne pas se conduire en salope. »

Jean-François était consterné.

Cette même nuit, il fut réveillé par Dagenais.

– Viens, petit ! Prends toutes tes affaires,  nous partons. J’ai promis à ton père de te ramener sain et sauf à la maison, si les événements tournaient mal.

Jean-François se sauva donc comme un voleur avec Dagenais et son épouse. Il avait cependant obtenu la permission de laisser une note aux Dubois, qu’il aimait beaucoup et qui avaient toujours été extra envers lui. Jean- François ne voulait pas passer pour un salaud.

« Merci de la merveilleuse expérience que fut pour moi de travailler pour vous. Vous avez été adorables. Je vous quitte à contrecœur, espérant le mieux pour vous et votre merveilleuse épouse, qui fut pour moi une vraie mère. Soyez assurés que je vous aime beaucoup. Vu le climat à la Maria, papa ne me sent plus en sécurité ici. Il me réclame à la maison. Je vous embrasse. »

*

*     *

L’arrivée de Jean-François fut toute une surprise pour sa famille. Il fut reçu dans la joie et les acclamations de ses frères.

Le reste de l’été fut consacré aux mêmes activités que les autres enfants du village et à aider son père au magasin. Jean-François était devenu un véritable héros. Il avait effectivement sauvé sa famille du désastre. Il était rendu loin du petit garçon qui croyait que le diable hante le centre de la Terre. Il avait mûri.

Si la vie familiale lui procurait toutes les joies, les retrouvailles de Raymond le peinèrent très profondément.

De retour depuis plus d’un mois, Raymond s’était amouraché d’une fille très possessive. Il ne pouvait le voir que très rarement, et chaque fois, il avait l’impression qu’ils n’avaient plus rien à se dire.

Jean-François se demanda très souvent s’il en serait ainsi, s’il revoyait l’abbé Labonté. Quant à lui, il n’y avait plus de doute, il en était amoureux et souhaitait le revoir un jour.

*

*     *

Fin d’août, M. Dubois décida qu’il était temps de s’occuper du retour de Jean-François au juvénat. Ils se rendirent donc tous les deux rencontrer le nouveau directeur de l’établissement. La rencontre fut très cordiale, mais remplie de surprises.

  • Vous savez sans doute, M. Dubois, que notre institution vient de subir une perte financière sans précédent. Les conséquences du drame de la Maria furent énormes. À la suite de l’enquête de Rome, Mgr Savoie et l’évêque de Hearst furent remplacés. Ils eurent vingt- quatre heures pour quitter la région. Monseigneur l’évêque est retourné dans son Acadie natale, tandis que Mgr Savoie est aumônier chez les sœurs des Saints-Sacrifices, près de Québec. Quel scandale ! Des hommes qui ont consacré toutes leurs énergies au service des autres, en être réduit à servir, là, où ils sont le plus éprouvés. Vous savez, même le premier évêque de Hearst, Mgr Charbonneau, a aussi été éclaboussé et il a été envoyé en exil sur l’île de Vancouver.
  • Je crois que la Maria fut une erreur, mais toutes les personnes impliquées avaient un but noble. Elles étaient honnêtes et de bonne foi, rétorqua le père de Jean- François.
    • C’est facile à dire pour vous. Vous avez été le seul à échapper au désastre.
    • Peut-être, mais tous les membres des clubs auraient pu avoir la même chance. Je les ai toujours tenus au courant de ce qui s’y passait, grâce à mon Jean-François. Personne ne voulait croire à la catastrophe. Tous pensaient que Jean-François se faisait monter la tête par Dagenais. Tout le monde croyait toutes ces folles histoires de complot communiste.

Qu’importe ! Je suis ici pour inscrire Jean-François. Votre prédécesseur nous avait promis que tout serait fait pour assurer le succès académique de Jean-François, à son retour. Il avait même promis un cours individuel spécial, s’il le fallait. Et, si la Maria a échoué, ce n’est tout de même pas de sa faute.

  • Ç’a bien changé, ici aussi. Notre directeur a été déplacé, ayant exposé notre institution à la ruine. Nous vivons présentement une situation financière trop serrée pour assumer des cours spéciaux. D’ailleurs, je crains de devoir vous annoncer une très mauvaise nouvelle : les inscriptions sont terminées et nous affichons complet. Nous n’avons malheureusement pas une seule place de libre.

Cependant, puisque nous avons une certaine obligation envers Jean-François, je vous promets d’intervenir auprès du sénateur Desgagnés, à la direction du journal régional, afin qu’il accepte Jean-François comme, comment dirais-je, apprenti journaliste. Si tout ce que l’on m’a raconté à son sujet est exact, il deviendra un as de l’information.

Les Bégin étaient sur le point de quitter le bureau, quand Jean-François se ressaisit et osa demander ce qui le torturait le plus, à savoir ce qui était arrivé à l’abbé Labonté.

  • Le pauvre, répondit le nouveau directeur. Il fut victime de rumeurs sales et fausses à son endroit, de la part d’un jeune que nous avons chassé du juvénat. Il a fait une sérieuse dépression nerveuse. Elle avait commencé à se manifester, avant même que le juvénat ait reçu les plaintes, soit dès son retour de la Maria, comme s’il avait senti venir la tempête. Il travaille maintenant, je crois, comme aumônier spécial dans une quelconque pension ouverte au public, mais où se réfugient nos plus vieux prêtres. Un endroit bien tenu et très paisible. Il recouvre sa santé et reprendra éventuellement, peut-être, son poste ici.

Jean-François était peiné d’apprendre d’aussi mauvaises nouvelles. Il se demanda sérieusement quelle était sa part dans cette fameuse dépression, qui avait débuté à son retour de la Maria. Jean-François ne put s’empêcher de penser que cela devait être le fruit de leur rencontre à la Maria.

Les Bégin quittèrent le juvénat, n’ayant plus qu’à attendre l’appel du sénateur.

Ils se dirigèrent sur la rue Wellington, où ils rencontrèrent un abbé Dion totalement défait. Ils apprirent que celui-ci fut complètement dépouillé de sa station de radio, de sa Belle chanson et même de son beau violon, pour lui apprendre la modestie. Les mauvaises langues lui prêtaient aussi des aventures sexuelles avec des amies intimes, afin de mieux écraser sa réputation. Le sexe a toujours été l’arme préférée des langues sales. Il souffrait de plus d’un début de cancer au cerveau.

La rencontre, très amicale, témoigna de la sympathie qu’éprouvaient les Bégin pour ce grand homme de la chanson francophone québécoise.

Et M. Dubois ? S’informa M. Bégin.

La Maria a cessé ses opérations quelques semaines après le mariage à la cantine d’un des plus fervents mineurs, Noël Boyer. Il y a travaillé jusqu’à la toute dernière minute, sans salaire. Osias Leduc a échoué comme les autres et n’a pas pu déceler une once de malhonnêteté dans la gérance de la Maria.

Aux dernières nouvelles, M. Dubois s’est engagé comme pompiste. Quant à Adrien, il s’est recyclé dans les assurances, alors que sa femme et sa belle-sœur ont ouvert un salon de coiffure. En travaillant comme ils l’ont toujours fait, ils arrivent à s’en sortir. Les affaires seraient même bonnes. Ils ne roulent pas sur l’or, mais ce ne serait pas si mal.

Éloi Bolduc, vous savez, un des patrons de la Maria, s’est lancé dans une aventure de gaz naturel. La politique ne serait pas étrangère à cela.

D’ailleurs, le Dr Demers, devenu député libéral, veille au grain et a exigé une enquête nationale sur tout ce qui touche le gaz naturel.

M. Bégin offrit le repas à l’abbé Dion, dorénavant vicaire d’une des plus pauvres paroisses de Sherbrooke. Le repas fut très chaleureux et enjoué. M. Bégin ne s’excusa pas de l’avoir traité de têteux, mais lui dit qu’il l’avait fait.

« Tout le monde salive quand le repas est servi et qu’il est appétissant. » M. Bégin comprenait que l’abbé Dion avait agi ainsi par amour pour son œuvre. « Que voulez-vous, vous portiez le dentier des autres. » L’abbé Dion la trouva bien drôle. Ils se quittèrent en se promettant qu’il passerait l’été suivant dans la famille Bégin, où le piano l’attendait encore.

À peine une semaine suivant sa visite au juvénat, Jean- François se vit offrir un poste d’apprenti journaliste.

Il devait donc s’installer à Sherbrooke. Son père opta pour la location d’une chambre.

On lui indiqua un endroit situé près du journal, et tenu par l’archevêché. « Le jeune y sera en pleine sécurité », lui affirma Pierre-Paul Lortie, un très sympathique chef de pupitre. « Il pourra même y manger, car on y offre aussi la pension à un prix extrêmement modique.»

Jean-François passa une semaine extraordinaire. Le journalisme est vraiment le plus beau métier du monde. Il était ravi de ses nouvelles fonctions. Il apprit cependant que la qualité de son français laissait à désirer. Il était le roi des fautes.

Le samedi soir, il entra dans sa chambre, exténué. Il était à réciter ses prières, quand il entendit un bruit étrange dans la chambre d’à côté, comme si quelqu’un venait de tomber par terre.

Inquiet, Jean-François sonda la porte qui communiquait de sa chambre avec celle du voisin. À sa grande surprise, elle n’était pas verrouillée, sans doute un oubli des responsables de l’établissement.

Jean-François l’ouvrit.

C’était l’abbé Labonté, qui avait échappé quelque chose sur le plancher.

Les deux voisins restèrent littéralement sidérés quand ils s’aperçurent.

Cette fois, Jean-François ne retint pas l’élan de son cœur et il se précipita dans les bras de l’homme dont il rêvait depuis des semaines. Jamais Jean-François n’avait échangé un tel baiser. D’un commun accord, ils décidèrent de passer la nuit ensemble. Une nuit folle d’amour et de caresses. Enfin, la vraie vie l’emportait sur la stupidité des scrupules. L’abbé Labonté comprenait maintenant que Dieu ne peut pas condamner les gestes sexuels posés avec amour.

Au lever, l’abbé Labonté, après avoir embrassé Jean- François, lui fit part d’une proposition bien étonnante.

– Si tu le veux, personne ne saura jamais que nos chambres communiquent ensemble. Dans ma vie, j’ai béni des centaines de mariages. Après ma messe, si tu le veux, je bénirai en secret notre propre mariage. Nous vivrons secrètement pour toujours ensemble et, j’espère, de plus en plus amoureux. Je suis certain que Dieu nous le permet. Notre rencontre a été provoquée par la Providence.

Et, c’est ainsi, au pied de l’autel, après la messe de cet abbé transfiguré, alors que tout le monde s’était dispersé, que l’abbé Labonté et Jean-François se répondirent, mutuellement heureux et sans hésitation.

  • Oui ! Je le veux !

Ce que Dieu a uni, aucun homme ne pourra jamais le séparer, fut la première promesse de ce premier couple gai de la République du Québec.

La liberté est plus forte que la peur.

Montréal,
juin 1997

Le jeune espion (17).

mai 17, 2020

À sa grande surprise, M. Bégin lui annonça qu’il rentrerait bientôt à la maison.

  • Ça devient trop dangereux ici. Ils sont tous en train de devenir fous avec leur or et leurs rêves de millionnaires. Cette réflexion de M. Bégin étonna Jean-François qui, dans ses carnets, ne parlait qu’en bien de la Maria.
  • Je pensais que j’avais une mission capitale ici… ?
  • T’as raison. Mais, je ne suis qu’un petit méné dans toute cette histoire. M. Dubois m’a convaincu à mon tour de la nécessité pour l’entreprise de revendre mes actions afin qu’elle puisse les offrir à un riche Américain.

Je suis celui qui s’approche le plus du montant global de ce qui manque pour avoir la totalité des actions nécessaires à la réalisation de cette importante transaction. En achetant mes parts, le nouvel actionnaire sera assez riche pour permettre de nouveaux investissements qui permettront à la mine de prendre son élan. M. Dubois pourra affirmer sans mentir qu’il ne vend plus à n’importe qui et à n’importe quel prix. Le rachat de mes parts, qui étaient en réalité de l’argent prêté, permettra une transaction qui sera beaucoup plus importante par la suite.

M. Dubois m’a cependant promis qu’au moment voulu, il trouvera moyen pour compenser ce sacrifice. Avec ce que tu dis de lui, je peux lui faire confiance.

M. Dubois sait que jamais je ne trahirai les membres du club. Voilà pourquoi il m’a fait comprendre que tous les actionnaires profiteront de mon sacrifice pour relancer l’entreprise, qui a un besoin urgent de liquidité. Même M. Pomerleau est enchanté de ma décision. La transaction sera bâclée avant mon départ.

Par contre, je sais maintenant que l’abbé Dion est un beau têteux. Il veut égoïstement profiter des investissements pour le compte de son œuvre à lui. Nous sommes donc venus pour aviser M. Dubois qu’une telle prise de position ferait éclater le club. Nous avons  pu, grâce à toi, éviter cet éclatement. Il aurait été néfaste à la Maria.

Nous avons aussi décidé que M. Dubois fera bientôt la tournée des associations locales les plus importantes : Sherbrooke, Drummondville, St-Hyacinthe et Granby. Il pourra ainsi expliquer la situation de la mine. Puisqu’il vient d’être nommé l’homme d’affaires du mois dans La Presse, il se rendra aussi à Montréal pour une entrevue. Tu l’accompagneras probablement.

Quant à moi, je ne fais pas une maladie de devenir riche à la seconde près. Ma richesse, c’est vous, mes enfants. Et, le seul héritage important, est de vous donner une éducation de qualité. Aussi, tu retourneras au juvénat dès septembre afin de reprendre le temps perdu. Je suis certain que la direction te voue déjà une reconnaissance quasi éternelle. Le juvénat a investi une petite fortune dans la Maria.

Jean-François jubilait de joie.

  • Tu te demandes toujours pourquoi ta mission a été aussi importante, de lui dire son père. Eh bien, si la Maria réussit, ce sera grâce à nous deux. Tu m’as fourni les informations me permettant de faire confiance à M. Dubois. Je n’ai plus d’investissements pour le moment, mais quand la Maria deviendra rentable, M. Dubois trouvera un moyen pour que je sois récompensé de l’avoir sauvée. Espérons que je ne vous aurai pas privé trop longtemps du plaisir d’être riche. Peut-être est-ce mieux ainsi. Par contre, si ça tournait mal, je serais grâce à toi, le
  • seul à ne rien perdre.

L’argent offre la liberté, mais elle rend mesquin. On peut en arriver à tuer pour le pouvoir et l’argent. Il y a bien sûr la petite pègre, celle qui s’entretue  dans  un  monde clos ; mais, la plus dangereuse, c’est la mafia légale. C’est le pouvoir démocratique que l’on fait dévier en dictature bénévole, sous prétexte de devoir devenir encore plus riche. La recherche pure de la domination.

Cette mafia a tous les pouvoirs : les religions, les politiciens, les juges et surtout, les banques et la bourse. Elle peut éliminer qui elle veut sur la planète et quand elle le veut. Elle agit au nom du bien public, formé de gens trop crétins, croit-on, pour décider évidemment d’eux-mêmes ce qui est le mieux pour eux. La mafia légale crée le bien et le mal, donc, ce en quoi on doit croire et obéir.

Je pense, continua M. Bégin, que la Maria commence  à attirer sérieusement sa part de requins. En ce sens, je ne pleurerai pas très longtemps d’avoir abandonné mes parts en faisant confiance à M. Dubois.

Par contre, la Maria a été pour moi et pour toi aussi, j’espère, une source de méditation et d’inspiration quant à la beauté du rêve devenu possible, réalisable, de créer un peuple libre qui a le sens de la solidarité, de la charité envers les autres et la soif d’une justice égale pour tous.

La Maria, c’est un exemple à suivre. Même si elle devait tourner mal, comme c’est possible, selon certains de tes rapports, nous saurons que nous pouvons réussir de grandes choses, si nous nous tenons tous ensemble. Si le bien de tous passe avant celui des individus, surtout ceux qui détiennent le pouvoir, nous réussirons à vivre comme un peuple.

Si la Maria échoue, je te devrai d’avoir été le seul à s’en sortir, sans me faire plumer. Je serai le seul à ne pas avoir tout perdu. J’avais hypothéqué le magasin et les maisons de tes grands-parents. J’ai tout investi dans la Maria. Tout m’a été rendu. Si la Maria réussit, nous serons riches quand même, car on considérera mon sacrifice comme un investissement.

Au pire, nous aurons juste assez d’argent pour bien vivre, mais nous serons heureux, puisque nous nous aimons tous. J’ai hâte que tu reviennes, tu me manques plus que tu ne peux te l’imaginer. Je veux aussi que tu saches que je suis extrêmement fier de toi.

Étant donné le sérieux de la leçon, Jean-François se demanda si son père s’adressait bien à lui ou à M. Pomerleau, qui se trouvait pas loin.

Le soir précédent le départ de son père, Jean-François se rendit manger à la salle communautaire. Il fut très surpris de n’y trouver personne, mais en approchant des guichets de la cafétéria, il aperçut soudain une dizaine de personnes, dont monsieur et madame Dubois, son père, les institutrices, Dagenais et M. Fortin. Ils faisaient leur apparition, un gros gâteau de fête à la main. Jean-François était ébahi. Jamais il n’aurait cru être fêté pour son anniversaire, à la Maria.

Jean-François fut bien peiné de voir partir son père. Il aurait espéré descendre avec lui, même s’il aimait sa vie à la Maria. Au moins, cette fois, il était de plus en plus clair que son père l’aimait bien, même s’il n’osait pas encore lui manifester son affection.

*

*     *

Peu de temps après, Jean-François entreprenait la tournée du président avec M. Dubois. Tout était orchestré pour avoir le plus de visibilité possible. Tout était plus facile, du fait que les actionnaires étaient pauvres. Ils investissaient leurs économies, d’autres hypothéquaient leur maison, leur ferme, une partie de leur pension de vieillesse.

Le président arrivait en Cadillac, vêtu en riche homme d’affaires, portant des bagues précieuses, le sourire et la poignée de main faciles, avec dans sa poche, deux ou trois petits spécimens de roches jaunies d’or. Il était accompagné de son épouse, élégante, charmante, discrète et d’un petit protégé, le fils d’un actionnaire, afin que tous les jeunes aspirent à vivre un jour, un tel privilège.

Dans une autre auto prenaient place Adrien, le fils du président, devenu le directeur général de la mine, Dagenais, l’ingénieur en chef, et Mgr Savoie, représentant le clergé, responsable de réaliser le rêve canadien-français de la reconquête du Canada.

Mgr Savoie était l’artisan du projet Aurora, un rêve de l’Ontario français, car on voulait créer un nouveau pays qui s’étendrait du Nord-Ontario jusqu’à Montréal, comprenant évidemment la Laurentie. Montréal en était exclu, parce que les Anglais y étaient les maîtres absolus, grâce à leur argent, et surtout que les grandes villes sont des lieux de perdition.

Mgr Savoie, en tant que chancelier diocésain, ne détenait pas seulement le titre ronflant de « Monsignor ». Il était le seul permanent de l’évêché. Il avait souvent plus de pouvoir que l’évêque lui-même. Tout lui passait entre les mains. Il était bien placé pour être le pont entre les nationalistes du Québec, particulièrement avec les membres de l’Ordre de Jacques-Cartier, que l’on surnommait la Patente, et les francophones de l’Ontario.

Le club de la Maria était en grande partie financé par la Patente, qui cherchait l’émancipation des Canadiens français. Ils avaient la bénédiction cachée du gouvernement du Québec, puisque quelques ministres de Duplessis y détenaient des parts. Cependant, Duplessis y mettait des réserves, puisque ce projet débordait les frontières de son territoire. Mais, ce que le clergé voulait, Duplessis le voulait aussi.

La tournée que l’on croyait devoir être difficile à cause de toutes les rumeurs qui circulaient, s’annonça vite, au contraire, très prometteuse. Des dizaines de nouveaux actionnaires potentiels arrachaient leur chemise pour obtenir quelques secondes avec ce président, si riche, qu’il prétendait ne plus vouloir accepter de nouveaux prêts pour le démarrage de l’entreprise.

M. Dubois engouffrait pourtant l’argent, qui sortait cette fois des coffres de gens moins riches que les institutions, mais plus peureux. La Divine Providence elle- même servait de caution à la rentabilité de la mine. On aurait dit que le fait d’offrir aux gens la certitude de devenir riches leur faisait perdre leur retenue.

Dagenais, flanqué d’Adrien, pour l’empêcher d’en dire trop long sur ses doutes, faisait un travail remarquable. Il ne cachait pas que la Maria n’était pas encore une mine, mais un prospect plus que prometteur. Ainsi, Dagenais ne mentait pas, mais il ne disait pas toute la vérité sur les nuances, quant aux chances de réussir, comme il l’aurait certes fait, s’il avait été seul avec les actionnaires potentiels. Quant à Mgr Savoie, il symbolisait la garantie divine de la réussite.

Le voyage était fait de rencontres individuelles, secrètes, interminables, jusqu’à souvent tôt le matin, mais surtout d’activités collectives, organisées par les différents clubs de la Maria.

Partie de sucre à Compton, assemblée à Barnston, présentation d’une courte pièce de théâtre racontant l’histoire de la Maria, à Lennoxville. Des centaines de convives se pressaient toutes les fois. Des dizaines de prêtres, qu’un des soi-disant communistes avait surnommés « les pingouins », formaient quant à eux, la table d’honneur.

C’était maintenant officiel, Dieu lui-même assurait le succès de la Maria. Pendant que les représentants du clergé s’occupaient de donner Dieu en garantie, M. Dubois dénonçait les communistes qui s’étaient infiltrés dans l’organisation, semant le doute et les faussetés. M. Dubois les invitait à quitter les clubs et la mine au plus vite, pour ne pas retarder l’heure de gloire.

Il était cependant inévitable que des tensions intérieures se manifestent, malgré toutes les attentes. Ainsi, à Drummondville, un groupe de femmes firent leur apparition à l’assemblée, transportant une statue de la Vierge, priant pour qu’elle chasse les communistes de la salle de réunion, soit tous ceux qui s’opposaient aux affirmations de M. Dubois.

C’était simple. Il suffisait de poser trop de questions ou de critiquer le moindrement, pour être identifié aux communistes. Et, puisque tout le monde voulait devenir riche, il était de beaucoup préférable de se taire.

Dès le début de la période des questions, un vieil actionnaire se présenta au micro réservé au public. Il se questionnait bien légitimement sur ce qu’il entendait.

Inutile de dire qu’il fut immédiatement rabroué par M. Dubois. Ce dernier lui demanda combien il avait investi dans la Maria. Il invita ensuite Adrien de lui apporter les 500 $ dont le pauvre homme avait fait état et il les remit au dénonciateur inquiet.

– Nous n’avons pas besoin de gens comme vous qui sèment le désordre et le doute. Je vous remets immédiatement, ici, devant tout le monde, vos 500 $ investis et je vous prie de quitter immédiatement la salle. S’il y en a d’autres qui ne sont pas contents, qu’ils se montrent, ils subiront le même sort.

Évidemment, personne n’osa bouger.

Le pauvre homme ne s’attendait pas à une telle hostilité. Il essaya en vain de faire comprendre qu’il voulait simplement être rassuré. La foule le haranguait. Il quitta la place en pleurs, persuadé qu’il venait de se condamner à une pauvreté éternelle.

La leçon avait bien porté. Tout le monde avait maintenant peur d’exprimer ses craintes et encore plus de critiquer un mouvement béni de Dieu.

Ceux qui doutaient, craignaient maintenant l’hystérie de l’argent et le pouvoir de Dubois.

– C’est un géant de la grande-gueule, disait-on, ajoutant que malheureusement ce furent toujours les grandes gueules qui ont dirigé et trahi les pays.

À la fin de la tournée des principaux centres, si Dagenais était frustré, Adrien, lui, était estomaqué par l’ampleur et la ferveur des clubs de la Maria.

Un soir, il ne put plus se retenir et fondit en larmes, ressentant pour la première fois, ce que signifiait le danger pour tous ces pauvres gens, que la Maria soit un jour un échec.

Adrien

  • Nous avons suscité beaucoup trop d’espoir, dit-il à son père. Que ferons-nous si nous échouons ? Tous ces pauvres gens croiront que nous les avons volés.

Dubois

  • Nous n’échouerons pas, mon fils. La Vierge est avec nous, fut la réponse cinglante, définitive et indiscutable de M. Dubois, un peu secoué, puisque l’événement se passait dans le salon chez Bégin, où l’on venait tout juste de rencontrer quelques actionnaires potentiels.

Avant de quitter ses amis pour entreprendre le « clou » de la tournée, M. Dubois s’assura que M Bégin n’avait pas été trop frustré d’avoir sacrifié ses parts pour des intérêts américains plus riches. Il lui confirma que ce geste lui permettait de conserver la même hiérarchie dans l’organisation, et surtout, dans le club.

– Voyons, monsieur Dubois, lui répliqua le père de Jean-François, il faut faire un peu plus confiance à la divine Providence. L’avenir seulement nous dira si cela aura été bénéfique pour la Maria. Seule notre amitié est importante. Je suis heureux, très fier, tout en étant un peu peiné, je ne vous le cache pas, d’avoir posé ce geste pour grandir notre entreprise. Je veux bien être riche comme tout le monde, mais l’amitié que je reçois des membres du club de la Maria est bien plus précieuse que toutes les richesses matérielles.

M. Bégin fit l’accolade à Jean-François pour la première fois de sa vie, quand l’heure du départ fut arrivée. Jean-François était fou de joie. Comme son père avait évolué dans ses relations avec lui ! Enfin, il cessait d’être de marbre. Il cessait de se demander ce que les autres en penseraient et faisait ce que lui dictait son cœur.

Soulagé et ravi de voir les relations père-fils des Bégin, M. Dubois invita M. Bégin à partager une accolade avec lui, en guise de solidarité et d’un peu plus d’égalité.

« C’est fou, dit-il, ce que nous avons peur de nous embrasser entre hommes, nous, les canadiens-français. Il faudra que ça change un jour. »

De retour à la Maria, les sourires se multiplièrent avec les payes, mais une poignée d’irréductibles tentaient, à la cachette, de prévenir les visiteurs-investisseurs du danger. La direction, forte de ses expériences, laissa le vieux Stanislas crier sur tous les toits, que la mine fermerait. Elle avait déjà une explication à offrir pour étouffer ces écarts : le pauvre vieux a perdu la tête et la Maria par charité, par respect pour le travail qu’il a déjà fourni, le tolère et l’entretient, espérant que les visiteurs comprendront ce geste de charité chrétienne.

*

*     *

Le jeune espion (16)

mai 16, 2020

Jean-François fut un des premiers à apprendre que les élections fédérales avaient pris une allure de scandale. Il attendait les urnes pour les ramener au bureau central. On comptait les votes, quand on cria : on a un vote communiste. La conspiration contre la mine et M. Dubois venait de confirmer son visage. La vérité éclatait au grand jour. Pourtant, ce n’est que bien plus tard qu’on apprit ce qui s’était réellement passé.

Baptiste Bernier, qui venait tout juste d’avoir ses dix- huit ans, sema l’effroi quand il décida de voter communiste pour rire un peu.

Inutile de dire qu’un tel vote ne pouvait pas demeurer sans conséquence. Les partisans de M. Dubois tenaient enfin une explication pour tous les déboires de la Maria : la preuve d’un vaste complot communiste. Ainsi, tous les sceptiques furent-ils dorénavant considérés comme des communistes camouflés ou potentiels. Tous les mineurs avaient voté. Ceux qui étaient trop loin avaient été amenés à la salle communautaire en Bombardier.

Le différend entre les deux groupes s’amplifia et prit une proportion quasi maladive. Cette fois, il n’était plus seulement question d’argent, mais de religion. L’apparition d’un facteur aussi irrationnel et émotif dans la bagarre creuse des haines profondes et inguérissables. Cette mine créée pour établir un lieu privilégié de l’application quotidienne de l’amour évangélique devenait l’exemple parfait de ce qu’est l’enfer : la dénonciation, la calomnie et la haine.

Quant à Jean-François, il s’en tirait très bien. Puisqu’il était le petit protégé de M. Dubois, qu’il accompagnait souvent à la messe, les dévots le crurent de leur bord, mais, se tenant toujours avec Pierrot Fournier, identifié aux communistes, quand il descendait au village, il fut considéré comme un esprit assez libre pour ne pas s’en laisser mettre plein la vue par les Dubois. De plus, ses déboires avec le confesseur avaient fait le tour du village. Selon la rumeur, Jean-François était le seul individu capable de faire changer d’avis M. Dubois. C’était peut-être parce qu’il parlait très peu et qu’au fond, M. Dubois admirait le travail que Jean-François abattait pour son âge. Sa discrétion et sa bonne humeur charmaient aussi le grand patron, qui l’avait surnommé : ses yeux et ses oreilles.

M. Dubois ignorait que Jean-François faisait toujours parvenir un double de ses rapports et de ses observations à son père, en plus de lettres plus personnelles. Ces lettres, banales en-soi, permirent à M. Bégin de comprendre l’étendue de la dispute. À son avis, il devenait de plus en plus clair que ce beau rêve volerait en éclats. La faiblesse des Canadiens français a toujours été de s’envier et de se diviser. Ils avaient encore le défaut de tous les peuples colonisés, qui n’ont pas encore atteint assez de cohésion sociale pour réaliser qu’il est impossible de survivre comme peuple sans se rallier à un projet national commun. L’hiver n’en finissait plus d’hiverner, empêchant M. Dubois de se rendre au Québec ramasser les fonds nécessaires pour payer à nouveau les mineurs. Les retards se faisaient de plus en plus fréquents et de plus en plus longs, nourrissant ainsi l’insatisfaction des communistes.

Même s’ils n’étaient pas des experts, ceux-ci critiquaient ouvertement la façon d’opérer de ces nouveaux contremaîtres. À leur avis, il était absolument absurde de creuser d’immenses tunnels pour récupérer tous les filons d’or qui étaient découverts. « Ça coûte une fortune pour ne récolter que de la roche », disait-on, appuyant ainsi les critiques de Dagenais. L’ingénieur était de plus en plus sceptique quant aux chances de réussir, puisque plus le temps passait, plus il était évident que la réserve d’or était erratique. Quand on suivait une veine, celle-ci cessait d’exister, contre toute attente. Pire, plus on creusait profondément, moins il y avait d’or.

Convaincu que son ingénieur le trahissait, Dubois engagea deux nouveaux ingénieurs pour le surveiller. Mais, ceux-ci n’étaient pas tellement plus confiants que Dagenais, sachant que tout pouvait arriver dans une telle situation. Selon Dagenais, l’or dans cette région avait été propulsé par des volcans. La larve avait ainsi été drainée à des centaines de milles à la ronde. Où était le dépôt principal ? Là était toute la question.

– Ce peut être à la Maria, quoique ce soit le même phénomène qui a nourri la région du nord de l’Abitibi. Rien ne nous dit que le cœur n’a pas aussi été emporté par la larve jusque-là. On n’en sait rien, sauf que nous sommes dans le royaume de l’or, disait Dagenais.

Jean-François comprenait mal la tournure des événements. La guerre des croyants et des communistes le chagrinait. La base même de leur religion n’était-elle pas d’aimer les autres comme soi-même pour l’amour  de  Dieu ? Comment des chrétiens en étaient-ils venus à se haïr ? À son avis, c’était bien innocent de voir des adultes jouer des coups de cochon aux autres pour se punir mutuellement : sucre dans l’essence, briser des clôtures ou du matériel. N’était-il pas préférable de s’entendre, comme lui, avec tout le monde ?

*

*     *

La mort de son père avait rapproché Pierrot de Jean- François, comme si l’amitié était le seul moyen de transcender la douleur de la mort. Jean-François se prêtait de bonne grâce à ce rôle de support moral. De bon copain, les relations passèrent à l’ami indispensable. Chaque jour, après souper, Jean-François se rendait à la salle communautaire jouer quelques joutes de ping-pong ou de cartes avec Pierrot, avant de se rendre passer une heure ou deux chez les Fournier.

Pierrot n’était pas particulièrement beau, mais il avait des yeux extraordinairement intelligents et un petit sourire moqueur absolument adorable. Pierrot avait surtout bon caractère. Même si la mort de son père le terrassait littéralement, il avait gardé le goût de l’aventure et de la création. Jean-François ne s’ennuyait jamais avec lui.

Contrairement à Jean-François, Pierrot n’arrêtait jamais de parler. Il aimait particulièrement apprendre des histoires et les raconter, juste pour le plaisir d’entendre les autres en rire. Il aimait expérimenter. Pierrot permettait ainsi à son copain de conserver et même de renforcer son sens de la curiosité.

Jean-François se demandait souvent quelle était la différence entre une telle amitié et sa passion pour le petit Maurice, qu’il n’arrivait pas à oublier. Était-ce juste le désir sexuel ?

À la longue, sans s’en rendre compte, Pierrot était devenu essentiel à son bonheur. Il n’avait jamais à craindre d’être exploité et il savait que l’affection était tout ce que Pierrot espérait obtenir de lui. Ils n’avaient plus besoin de se faire des dessins, ils savaient à la seconde même ce que l’autre ressentait, ce qu’il désirait. Ils vivaient au même diapason.

Cette prise de conscience amena Jean-François à se demander si l’amour est autre chose que l’amitié. Est-il possible d’aimer sans être attiré physiquement ? Est-ce que l’attrait qu’il avait ressenti pour l’abbé Labonté était de l’amour ou de l’amitié ? Est-ce que dans l’amour, tout désir sexuel non partagé par les deux amants tue la relation ? Le désir sexuel peut-il tuer l’amitié s’il est à sens unique ?

La seule différence entre l’amour et l’amitié n’est-elle pas l’orientation sexuelle des amants et la limite que cette différence crée ? Le résultat des caresses n’est pas le même quand il s’agit d’une relation homme femme, car il entraîne la naissance d’un enfant. Cette naissance n’est-elle pas en soi une nouvelle obligation ? L’amour hétéro vise à engendrer un nouvel être ; l’amitié cherche plutôt à créer une complicité dans le plaisir. L’amitié ne risque-t-elle pas de se transformer en amour, dès qu’il s’agit de relations hétérosexuelles ?

Les adultes lui semblaient bien séniles, avec toutes leurs catégories pour diviser la sexualité et ainsi mieux dominer les moindres recoins de la vie privée de tout individu. Il ne comprenait pas pourquoi tous ces interdits, ces nuances et ces préjugés. Dieu ne peut pas être contre le sexe, car il l’a créé.

Jean-François était persuadé plus que jamais que l’amour est la seule chose importante dans la vie. Le reste n’est que détail. Aimer un homme, une femme, un enfant, c’est la même chose vécue différemment. Les rapports sexuels sont des rites bien secondaires, la cerise sur le sundae, pour mieux se connaître, ressentir l’autre, se fondre à lui. Cependant, Jean-François savait déjà que l’amour ne sait pas tolérer la violence et la domination.

Jean-François se prenait parfois à désirer Pierrot physiquement, mais il refusait d’écouter son désir.

Il avait peur qu’une telle expérience tue leur amitié. Il pressentait que Pierrot n’y consentirait jamais, puisqu’il était déjà fortement attiré par les filles. Cela le peinait de voir son amour ainsi restreint, mais il savait que rien ne pouvait changer. La nature, c’est la nature. Tu es ce que tu es et rien n’y changera jamais quoi que ce soit de fondamental. Un hétéro sera toujours un hétéro, même s’il se permet parfois de sauter la clôture.

Pierrot prenait de plus en plus de place dans le cœur de Jean-François, quand il apprit que sa famille avait décidé de déménager au début de l’été.

  • Nous déménagerons dès que notre maison sera vendue à la mine, lui avait annoncé Pierrot, tout en lui faisant promettre de se revoir quand même.

Pour Jean-François, c’était une répétition de son amitié pour Raymond, rendue impossible par un déménagement.

Cette nouvelle le transperça. Un départ, c’est toujours une mort douce. Il passa plusieurs nuits à pleurer.

L’hiver ne finissait plus d’hiverner, mais le printemps finit quand même par se pointer.

La route devint une véritable rivière de boue. Les plus audacieux devaient revenir de Princetown à pied, de la boue jusqu’aux cuisses. Cette saison était aussi moins captivante pour Jean-François, qui souffrait de voir venir l’été et le départ de Pierrot.

Ce départ s’annonçait très pénible, même si Jean- François savait que sa relation avec Pierrot souffrait d’une absence de contacts physiques. Un manque qui caractérise les relations de tous les saints marqués au fer rouge du péché : l’absence d’affection, la peur de se toucher, de se manifester de l’amour entre hommes. La sainteté exige de voir le mal, dès qu’il y a apparence de plaisir, comme si Dieu exigeait la souffrance pour lui plaire. « Dieu n’est pas un sadique », se disait Jean-François.

Jean-François aurait bien aimé embrasser Pierrot, après l’avoir serré dans ses bras, mais, ça ne se faisait pas encore entre garçons. Il aurait même aimé passer une dernière nuit avec Pierrot.

Il se décida et le proposa à son ami. La réponse fut cinglante : « Es-tu fou ? On couche avec une fille, pas avec un gars ! » Pierrot avait appris comme tous les gars à se méfier de la chaleur d’un corps étranger, surtout s’il est de même sexe.

Jean-François savait très bien que tous les rapports sexuels doivent être consentis pour être agréables. Tout comme il savait que l’approche répressive de la sexualité au Québec est tellement exagérée que c’est complètement malade. Aucune masturbation ou fellation n’est désagréable. Dans ce cas, comment le plaisir sexuel peut-il créer des traumatismes ? C’est de la folie pure d’énoncer un tel mensonge.

Cependant, Jean-François n’était pas encore capable de résister à la pression sociale.

Jean-François absorba le coup. Était-il normal ? Il réfléchit et osa même poser quelques questions indirectes à Dagenais, genre, est-il possible que deux gars tombent en amour, l’un de l’autre ? Est-ce un signe de folie ? Quand une relation entre gars devient-elle mauvaise ?

Dagenais, mal à l’aise, se contenta de lui offrir la lecture d’un livre sur la sexualité. Jean-François était persuadé que Dagenais n’avait pas compris que ces questions le concernaient personnellement. Rien ne laissait deviner l’homosexualité de Jean-François.

La lecture de ce livre fut, même si l’homosexualité était dissimulée à travers des théories farfelues, toute une révélation. Jean-François ne pouvait plus nier sa réalité. Il était gai. Comment pouvait-il en être autrement ? C’était d’une telle évidence ! C’était lui !

Loin d’en avoir honte, Jean-François était heureux d’enfin savoir pourquoi il était différent des autres et de pouvoir enfin se comprendre.

Les médecins avaient beau dire que l’homosexualité est une manifestation dépravée de l’amour, une forme de maladie mentale ; Jean-François savait d’instinct qu’il n’y a qu’une façon de voir les choses pour être heureux : s’accepter et s’aimer tel que l’on est.

*

*     *

La visite des prêtres à la mine commença avec l’arrivée de l’été. Jean-François fut surpris du nombre d’ecclésiastiques qui vinrent à la mine, mais très déçu de ne pas y voir l’abbé Labonté. On disait même que la Maria était connue de l’archevêque de Boston.

  • Le cousin de Dagenais, un riche homme d’affaires américain, de New York ou de Boston, clamaient les rumeurs, est venu explorer la possibilité d’investir de très fortes sommes à la mine. Il est loin d’être le seul à manifester son intérêt pour la Maria.

Le moulin construit, selon M. Dubois, la mine avait ainsi prouvé sa rentabilité.

M. Dubois prétendait aussi qu’il ne pouvait plus accepter de nouveaux actionnaires, par respect pour ceux qui avaient osé avant. « C’était à ceux qui voulaient devenir millionnaires d’y penser avant. »

Tout le monde savait que M. Dubois était un excellent vendeur. Quand il partait au Québec, il remplissait ses valises d’argent avant de revenir à la Maria. Certains se demandaient même s’il ne se droguait pas, car il pouvait argumenter toute une nuit pour persuader un nouvel actionnaire. « Il dormait très peu et prenait des petites pilules », disait-on.

Évidemment, une telle position de marketing haussa les enchères et rendit la vie de l’administration plus difficile, plus hypocrite. Tous les requins montraient dents et nageoires. La dispute se poursuivait même entre curés.

Ainsi, l’abbé Dion, de la Belle chanson, vint rencontrer M. Dubois. Il voulait que les argents de la Maria soient d’abord investis dans son œuvre et que les profits soient ensuite placés dans la Maria.

– Il serait ainsi possible, disait l’abbé Dion, de multiplier les bénéfices globaux en faisant profiter les francophones du Québec et du nord de l’Ontario d’un système de communication moderne. Pour ce faire, il fallait investir dans sa petite station de radio, qu’il opérait déjà à St-Hyacinthe, ainsi que dans les activités culturelles comme la télévision et le cinéma. « Nous pourrons ainsi nous assurer que le message restera toujours profondément chrétien. »

Un de ses amis cinéastes produisait déjà des films sur la mine, pour la faire connaître aux actionnaires trop pauvres pour s’y rendre.

Jean-François assista comme d’habitude à la discussion, qui se déroulait au secrétariat de la Maria. Il ne voyait là rien de bien extraordinaire, mais il en informa son père, sans se douter que cette information diviserait les membres du club de la Maria en deux factions, comme à la mine.

Alerté, le président du Club, M. Pomerleau, fut dépêché à la mine pour en dissuader M. Dubois. Malheureusement, Claude n’était pas avec lui.

Jean-François était ravi de constater que son père faisait aussi partie de la délégation du club. Il ne comprenait pas l’importance de l’enjeu, mais il craignait que cette fois, M. Dubois puisse découvrir que si les actionnaires étaient si bien informés, c’était à cause de « ses yeux et de ses oreilles. »

Quant à M. Dubois, il était convaincu que ces dérapages d’informations étaient la faute de Dagenais, sans doute chèrement payé par les communistes pour saboter son entreprise.

Les tensions montaient, elles étaient explosives, mais Jean-François n’en savait rien. « Les affaires d’argent sont toujours source de division, de jalousie et de malheur. Le veau d’or biblique, c’est l’amour du  pouvoir  et  de  l’argent », se dit Jean-François.

Dès lors, il décida que tout ce qui touchait à la richesse, il laisserait ça aux adultes, incapables de voir un sou sans s’entretuer.

Jean-François était enchanté de voir son père, même s’il aurait préféré y voir aussi sa mère.

Le jeune espion (15)

mai 15, 2020

Jamais Jean-François n’avait vu autant de flammes tomber du ciel que durant les sermons de ces pères étrangers… un véritable délire de calamités. À entendre les prédicateurs, les mineurs étaient encore pires que Lucifer, Satan et Belzébuth ensemble. Ils ne parlaient jamais d’amour, la parole essentielle, le grand réconfort de l’Évangile. Tout n’était que péchés, péchés, péchés… sexuels bien évidemment ! Un film d’horreur.

  • Comment pouvait-on être assez stupides pour croire toutes ces bêtises ? Se demanda Jean-François. Pourtant, presque tout le monde les croyait, comme si ces faux prophètes avaient pu se rendre en enfer pour savoir ce qui s’y passait.

Tous les gens de la Maria devaient passer par le confessionnal. Quand Jean-François s’y présenta, il n’avait pas grand-chose à raconter. Le père confesseur s’ingénia dès lors à le harceler avec les touchers, les regards, les pensées impures, affirmant qu’il était impossible qu’un jeune ignore le trouble laissé par le crime de la chair. Plus il insistait, plus Jean-François s’impatientait, car il croyait sincèrement qu’il n’y a pas de péché de la chair, que la vie sexuelle est si privée que ça ne regarde personne. Selon lui, il est impossible que l’amour soit un péché et sa manifestation ne l’est pas plus. Pour lui, ce qu’il faisait de son regard, de ses mains ou dans ses rêves, ne regardait que lui et personne d’autre. L’intégrité absolue.

Plus le père insistait pour obtenir des aveux afin de jouir de ce qu’il aurait voulu entendre, plus Jean-François était irrité. Écœuré, Jean-François se leva et regardant son confesseur à travers la grille, il dit avec fureur et sans ménagement :

  • Je n’ai jamais rencontré une âme aussi sale que la vôtre. Vous pouvez garder votre absolution, j’aurais peur qu’elle me salisse.

Tout le monde put l’entendre. Le père était dans tous ses états. Il se présenta chez M. Dubois, exigeant le renvoi de cet être satanique de la mine, mais l’abbé Bureau, qui s’y trouvait, prit énergiquement la défense de Jean-François.

  • Je n’ai jamais connu, au contraire, un jeune garçon qui réfléchit avec autant d’acharnement au sens réel de la charité de l’Évangile et qui se préoccupe autant de la mettre en pratique. Il assiste aussi très fréquemment aux messes que je célèbre en semaine. Pourtant, elles sont chantées très tôt. Il y a certainement un malentendu. Malheureusement, les confessions sont secrètes et nous n’avons pas à nous immiscer dans une affaire qui ne regarde que le Seigneur.

M. Dubois conclut qu’il s’agissait d’un malheureux conflit de personnalités et qu’un jeune avait le droit de ne pas avoir confiance dans un confesseur en particulier.

  • J’ai constaté, dit-il, que ce petit ne va jamais au lit sans se retirer avant dans le salon, devant la statue de la Vierge et y prier très dévotement. Vous l’accusez sans le connaître. C’est le garçon le mieux intentionné que je connaisse.

Le confesseur dut se contenter de ne rien savoir de la vie intime de ce petit, qu’il trouvait particulièrement beau.

Jean-François fut appelé au salon où il dut s’excuser de son insolence de ne pas partager une vision aussi cruelle de Dieu.

  • Au juvénat, affirme-t-il avec conviction, on nous a appris que Dieu est Amour.

Le lendemain, M. Dubois réitéra son affection et sa confiance en Jean-François.

  • Après tout, c’est peut-être vrai que les prédicateurs en ont mis un peu trop. Continue d’être ce que tu es, je t’aime comme ça, dit M. Dubois.

Jean-François était fier que son patron l’ait en si haute estime. Il ne put cependant s’empêcher de se demander si son petit métier d’espion n’était pas une forme de trahison.

*

*     *

Dagenais les attendait avec impatience au secrétariat de la mine. Dès leur arrivée, il leur confia que non seulement les résultats des expertises étaient mauvais, mais que plus on creusait, moins on trouvait de traces de l’or.

M. Dubois entra dans une colère que ne lui connaissait pas Jean-François.

  • C’est impossible. Toutes les nuits, je fais de nouveaux tests et bien au contraire, les échantillonnages ont une plus grande teneur aurifère qu’au début.
  • Oui, mais vous utilisez toujours le même matériel d’analyse, sans le laver suffisamment. Je le sais. J’ai aussi passé des nuits avec vous, à éternellement recommencer les mêmes expériences. Nous en avons parlé et reparlé, mais on dirait que vous refusez de comprendre. Ce n’est pas la Vierge qui décide de l’emplacement de l’or, mais la nature.
  • C’est faux. Tu dois être payé par des multinationales pour mentir ainsi. Tu dois être de ceux qui veulent me voler ma mine. Où caches-tu mon or ?

Dagenais et Dubois étaient blancs de colère. Dagenais sortit du bureau en claquant la porte.

Dubois se tourna vers Jean-François et lui demanda :

  • Tu lui ferais confiance, toi ?
    • Probablement que oui, se contenta-t-il de répondre, partagé entre sa fidélité à Dubois et la confiance en l’honnêteté de Dagenais.

Dubois n’eut pas le temps de réagir, que l’on entendit un cri :

  • Vite ! Vite ! Rosaire Dupré vient d’avoir un accident.

Il est peut-être mort.

Tout le monde se précipita d’un coup au chevalement, car selon les premières versions, Rosaire et deux autres ouvriers travaillaient à renforcer des échafaudages sous la cage, quand celle-ci se mit à descendre, écrasant la pauvre victime.

  • Nous leur avions dit des milliers de fois de ne pas jouer aux singes en s’élançant d’une poutre à l’autre comme des enfants, mais Rosaire n’a jamais écouté. Il a toujours été imprudent.

Le corps de la victime fut vite ramené à la surface, mais c’était déjà trop tard.

Ce premier accident mortel devint vite le sujet de toutes les conversations. Du malheureux, les yeux se tournèrent vite vers son épouse. La pauvre Micheline, veuve, mère de trois enfants en bas âge. Elle fut vite entourée de gestes d’affection et d’aides de toutes sortes.

  • Rosaire venait juste de quitter son agent d’assurances, mais il n’avait pas acheté la police, parce qu’il lui manquait 15 $, répétait-on d’une oreille à l’autre, ajoutant avec tristesse que Micheline était ainsi dans la misère noire. Rosaire ayant bu plus souvent qu’à son tour, certains crurent que c’était un autre signe de la vengeance de Dieu. Dieu réapparaît dès que la misère se pointe le nez.

Les femmes organisèrent un repas funéraire. Chacun y alla de ses dons pour venir en aide à leur compagne. Du linge, de la nourriture, et parfois même de l’argent, s’amoncelèrent sur une table destinée à recueillir tous les dons.

Osias Bolduc fut désigné pour ramener la petite famille dans sa Beauce natale. La séparation fut douloureuse pour tous, car le malheur de l’un était celui de toute la communauté. Jamais la solidarité ne fut aussi grande à la Maria. Chacun prenait conscience de son isolement.

Comme si la nature avait voulu rappeler aux jeunes femmes que leur paradis n’avait rien de sécuritaire, une série de tempêtes de neige isolèrent complètement la Maria de tous les villages environnants. Quand le vent ne se déchaînait pas, il neigeait. Non seulement la route était devenue impraticable, mais il fallait maintenant utiliser des raquettes pour se déplacer à l’intérieur même de la petite communauté. Tous les hommes qui ne travaillaient pas sous terre ainsi que tous les adolescents furent conscrits à pelleter un passage étroit entre chaque maison, afin de permettre aux familles de se visiter à nouveau et de s’entraider. Il fallait aussi dégager un espace devant les fenêtres pour laisser la chance au soleil de montrer qu’il existait.

Les hommes ne semblaient pas touchés par cette expérience de la colère de la nature, alors que les épouses s’identifiaient à Micheline et entrevoyaient tous les malheurs, s’effondrer d’un coup sur elles. Elles se voyaient déjà veuves et maudissant leur sort. Certaines pleuraient d’avance, alors que les autres retenaient leurs larmes, de peur qu’elles appellent le malheur. Peut-être cette nouvelle hystérie tenait-elle au fait que les femmes pouvaient la nourrir plus facilement en se rassemblant pour le lavage ou pour la messe. La peur se transmet comme la peste. Un virus qui s’attaque particulièrement aux femmes, qui s’enflent collectivement la tête au sujet des malheurs passés, appréhendés ou de maux qui n’existent pas. Pour elles, la Maria était maintenant devenue une prison, un cauchemar. Que ferions-nous si un nouvel accident se produisait ? Qui le saurait pour nous venir en aide ?

Un malheur en attire un autre : M. Dubois, ne pouvant plus sortir, ne pouvait plus payer les employés. Si la plupart ne s’en faisaient pas trop, certains que tout reviendrait normal dès que le chemin serait déblayé, certains en profitèrent pour appuyer les craintes de leurs épouses et critiquer ouvertement M. Dubois pour son imprudence. « Quand tu diriges une aussi vaste entreprise, tu dois tout prévoir, disaient-ils, même l’imprévisible. »

On aurait dit que la neige écrasait tout courage. Les plus jeunes privés de paye commencèrent à se demander s’ils ne sacrifiaient pas inutilement les plus belles années de leur vie. « Voilà trois ans que l’on nous dit que nous serons riches et n’avons pas un rond de plus dans nos poches. Nous en avons même moins. » C’était devenu le discours le plus répandu.

Les rumeurs firent vite leur apparition. Certains prétendaient que Pauline, la blonde de Dagenais, leur avait confié que l’on ne trouvait plus d’or. D’autres disaient

qu’Arlette, l’épouse du trésorier de la mine, avait laissé entendre que les coffres étaient à jamais vides, puisque l’on avait englouti tout l’argent dans le moulin.

Le doute traçait sa route et la petite communauté se divisa vite en deux factions : les croyants invincibles et les sceptiques.

Les sceptiques qu’on qualifiait de « communistes » se croyaient trahis dans leur rêve de vivre un jour dans un paradis. La mission religieuse de la mine prit des allures de servitude. Ils prétendaient être bernés par des patrons qui, eux, s’offraient encore la belle vie.

Alarmé, l’abbé Bureau profita de son sermon pour rappeler que M. Dubois était et demeurait le père du projet providentiel. L’essentiel de son message tenait à « si vous ne faites pas confiance à M. Dubois, ayez au moins la foi en Dieu puisque la solidarité est tout ce qu’il y a d’essentiel dans les moments difficiles ».

Son sermon aurait certes percé la brume du doute si une autre rumeur n’avait pas pris racine. On prétendait cette fois que M. Dubois attendait la venue de trois nouveaux chefs de sentier, des spécialistes des mines, capables d’augmenter la productivité, mais trois anglophones. Ils étaient catholiques, ce qui faisait oublier qu’ils n’étaient pas francophones. Ceux-ci devaient déjà être là, mais leur arrivée était justement rendue impossible par la tempête. Catholiques ou pas, experts en mines ou pas, les sceptiques refusaient d’être dirigés par des hommes parlant une autre langue que la leur.

Cette nouvelle fit ressurgir bien des sacrifices qui, comme des bâtons de dynamite, n’attendaient qu’à être allumés pour sauter. Une vingtaine d’hommes refusèrent de travailler, tant que M. Dubois ne se serait pas expliqué.

Trop orgueilleux, M. Dubois leur répondit qu’il était l’actionnaire principal et le grand patron de la mine. Et, en conséquence, il n’avait aucun compte à leur rendre. Les sceptiques étaient révoltés. Leur intérieur était pourtant encore moins « tempéteux » que ce qui se passait à l’extérieur, à la fin de ce dimanche après-midi.

Il y avait une poudrerie infernale. Tout le monde était à la maison, sauf les plus croyants, qui avaient bravé la tempête pour se rendre quand même à la messe du dimanche, qui avait été retardée. Tous étaient trop recueillis pour entendre l’arrivée de Mgr Savoie, à travers cet enfer blanc.

Quand il fit son apparition à l’autel, ce fut la commotion totale : comment avait-il pu se rendre de Hearst à la Maria avec une telle température ? Sa présence tenait sûrement du miracle. Ils durent remercier Dieu tout au long de la messe sans comprendre, mais à la fin de l’exercice, tout reprit des dimensions bien plus humaines.

Mgr Savoie venait tout simplement leur montrer le magnifique Bombardier qu’il venait de recevoir en cadeau, de l’inventeur du même nom. Ce véhicule, dressé sur des skis, passait partout malgré la neige. C’était l’ébahissement. Même les sceptiques doutèrent de leur scepticisme et pensèrent qu’il était peut-être vrai que la Vierge veillait sur eux.

Même si la paye venait d’arriver, il subsistait une certaine rancœur ou plutôt un certain doute entre les groupes.

Quand il fut possible d’emprunter à nouveau la route, les trois nouveaux contremaîtres firent leur apparition. Ils parlaient français, puisqu’ils venaient de Timmins, mais comme la plupart des franco-ontariens, ils se parlaient d’abord dans la langue de Shakespeare, se servant du français pour exprimer ce qu’ils ne savaient pas dire dans la langue dominante. C’était bien normal : tous les colonisés adoptent la langue du colon pour cacher leur infériorité et se revaloriser. Ceux-ci n’étaient pas différents des autres. Même s’ils étaient français et catholiques, l’emploi de l’anglais les rendait suspects. La méfiance s’étendit jusqu’à M. Dubois.

« Comment peut-on créer un village français si les patrons, M. Dubois y compris, se parlent  anglais  entre eux ? » Se demandait-on.

Les francophones n’en étaient pas à la première trahison par leur petite bourgeoisie au profit de la classe dominante. Il en a toujours été ainsi. Dubois et ses nouveaux patrons ne faisaient pas exception.

Si les événements tournaient mal à la mine, il en était tout autrement pour Jean-François, qui accompagnait Denis Frémont, nommé responsable du Bombardier, afin de s’assurer que les communications ne soient pas totalement rompues avec l’extérieur.

C’est ainsi que Jean-François assista à la naissance du petit Transcanada. Mme Cartier avait attendu trop longtemps avant de se rendre à l’hôpital à Hearst. Aussi, accoucha-t-elle sur le banc arrière du Bombardier, d’où avait-on surnommé son enfant du nom de la route sur laquelle il était né.

Jean-François n’assista pas qu’à des événements heureux. Il aida Frémont à transporter M. Fournier, le père de ses amis, chez l’embaumeur. M. Fournier, disait-on, était mort d’inquiétude, parce que la vie à la mine était  sans avenir. Ses ulcères éclatèrent.

Jean-François avait une peur affreuse, presque maladive des morts. Cette peur irrationnelle l’indisposa tellement que Frémont dut s’arrêter à quelques occasions et lui passer de la neige dans la figure. Jean-François ne pouvait s’empêcher de voir le visage de M. Fournier avec ses deux sous noirs dans les yeux, afin de lui garder les paupières closes. Quel soulagement quand le cadavre fut rendu à destination !

Jean-François eut peine à dormir une semaine durant, craignant irrationnellement d’être dans la noirceur. Il avait sans cesse peur de voir surgir un fantôme. Mais Jean- François était trop orgueilleux pour avouer sa peur. Il ne comprenait pas pourquoi il avait une telle peur d’un homme qu’il aimait bien. Comment un homme aussi généreux que M. Fournier pourrait-il devenir, dans la mort, un être méchant ?

Malgré son âge, Jean-François s’était fait une idée sur la vie et la mort à partir de ses lectures.

Jean-François savait bien que jamais personne n’est revenu de l’au-delà, que personne ne se rappelle réellement des vies antérieures. Il croyait que toutes les religions étaient nées et exploitaient à leurs avantages, cette ignorance de la réalité de la mort et la peur qu’elle engendre. Personne ne peut prouver quoi que ce soit dans un tel domaine. Il est alors facile de dominer les autres en faisant croire que l’on sait, nous, grâce à des messages venus de l’au-delà, comment tout ça va se passer après le dernier souffle.

Jean-François plaçait la résurrection dans le même panier des ignorances que la morale sexuelle, ignorances qui servent aux religions à dominer les consciences de tous les individus. Si tu crois en naissant que tu es impur, tu passeras le reste de ta vie à essayer à redevenir pur. Plus tu seras culpabilisé, plus tu seras un bon donateur, afin d’aller au ciel. Jean-François était un fidèle lecteur des livres écrits sur le droit de vivre ta sexualité comme tu l’entends, tant qu’il n’y a pas de violence ou de domination.

Par contre, il était persuadé de l’existence de Dieu et de son infinie bonté. Aussi, tous les péchés lui semblaient inventés pour asservir l’homme. Selon Jean-François, le péché était un manque d’amour. Rien d’autre. Pour lui, voir un péché dans les actes sexuels était en soi le pire des péchés, car il remettait par orgueil en question la beauté de l’œuvre de Dieu.

Jean-François croyait qu’à la mort, tout homme redevient une énergie qui se perd dans l’ensemble des énergies, n’ayant plus d’identité particulière, de force d’attraction qui corresponde à la cohésion engendrée par l’amour. C’est cette cohésion qui permet d’exister comme être particulier et conscient. L’amour est le ciment qui permet l’existence de l’individualité selon son intensité. Plus tu es lumière pure, plus tu te sentiras bien. Plus tu auras aimé, plus tu seras capable d’entrer en communication avec l’énergie cosmique.

Selon Jean-François, l’amour est le principe qui unifie l’énergie, donc, qui permet l’existence de l’âme… une espèce de champs magnétique.

Jean-François était trop jeune pour s’arrêter très longuement sur le sujet. La mort, c’était encore quelque chose de bien irréel dans sa vie. Pour lui, la mort c’était l’odieuse absence de son frère Paul, mais aussi l’impression que Paul demeurait présent. L’extérieur est-il enfoui en nous sous forme de mémoire ? Il se sentait écouté quand il le priait, qu’il demandait des faveurs à Dieu. Hallucinations ? Échanges entre entités de différentes dimensions ? Manifestations de l’inconscient ? Qui sait !

La mort de M. Fournier cessa de le hanter, grâce à son travail avec Frémont. Les voyages lui permettaient de penser à autre chose. Les moments passés avec MM. Dubois ou Dagenais, quand il n’était pas avec Frémont, étaient source de changements et d’amitié.

Le jeune espion (14).

mai 14, 2020

Au début de janvier, toute vie était au ralenti, sauf  sous terre. Dans la mine, les jeunes hommes creusaient plus que jamais. Même si la fatigue était intenable, les jeunes mineurs semblaient satisfaits de leur sort. Ils savaient rire et se jouer des tours.

Un seul litige fut soulevé dans les rapports écrits de Jean-François à M. Dubois : les mineurs se plaignaient  qu’il n’y avait pas de chauffage dans le corridor entre la salle des douches et la salle de déshabillage. Ils prétendirent que cet espace frigorifique pouvait les rendre malades, puisqu’ils devaient s’y promener nus.

Jean-François fut chargé de noter les points de vue et suggestions des mineurs, pendant que l’ingénieur Dagenais essaierait de nouvelles solutions. Le problème fut plus difficile à résoudre que prévu. Il y avait une question d’eau et d’électricité. Jean-François dut prendre note des résultats de trois ou quatre expériences avant que l’on trouve le remède.

Ces exercices étaient loin de lui déplaire, car devant attendre les mineurs pour enregistrer leurs commentaires, il pouvait ainsi, sans éveiller les soupçons et les sarcasmes, s’installer dans la salle et voir tous ces beaux corps de jeunes hommes dans la vingtaine, nus, défiler devant lui. Ces derniers étaient de moins en moins indisposés par sa présence, puisqu’ils en avaient l’habitude et en connaissaient la cause. Les jeunes mineurs  n’étaient pas des scrupuleux. Ils n’étaient pas de ces malades qui voient du mal dans la vue d’un corps nu. Même qu’en l’absence de filles à la mine ; se baigner nus, derrière les arbres, non loin du quai était accepté. Ce qui changea avec l’arrivée des institutrices.

Ce simple travail de routine rehaussa le prestige de Jean-François auprès des mineurs, puisqu’il avait aidé Dagenais à résoudre le problème en quelques semaines. Un problème qui existait depuis le début de la mine. On le surnomma « L’efficace », pour marquer la vitesse avec laquelle il avait procédé. En fait, la solution venait de Dagenais et avait été mise à l’essai grâce à Fortin. Jean- François n’avait qu’enregistré les résultats. Il aurait quant à lui laissé perdurer le problème, pour mieux satisfaire ses séances de voyeurisme.

La vue de tous ces jeunes corps nus qui défilaient devant lui rappela son exaltation pour Maurice, à qui il fit parvenir de l’argent pour qu’il vienne le rencontrer à Princetown. Profitant de ce nouveau prestige, il obtint la permission de se rendre quelques jours à Princetown. Même si on craignait la mauvaise influence de Maurice, les Dubois savaient que Jean-François était maintenant assez solide pour se défendre et ne pas s’en laisser imposer, malgré son jeune âge.

Quel plaisir que de retrouver Maurice ! Jean-François s’était apporté pas mal d’argent pour faire la fête, espérant partager les fruits de ses économies avec Maurice.

En sa présence, Jean-François était un véritable esclave. Tous les moindres désirs de Maurice étaient des ordres. Jean-François tentait du mieux qu’il pouvait de satisfaire tous ses caprices. Et, Maurice en profitait. Par contre, dès qu’ils étaient en public, Maurice agissait comme si Jean-François n’existait pas ou, encore pire, il se moquait de lui parce qu’il ne connaissait pas aussi bien l’anglais que lui.

Le désaccord fut total quand Maurice voulut se faire acheter de la boisson. Malgré l’attrait irrésistible de Maurice, il était devenu évident que la différence des valeurs ne leur permettrait jamais d’être sur la même longueur d’onde.

Jean-François comprit vite que la beauté ne suffit pas pour entretenir la flamme du désir et que rien n’est pire que de se sentir exploité.

– Le sexe sans amour ne conduit nulle part, se dit-il.

Il était profondément déçu de cette première expérience amoureuse. Immédiatement après le souper, il embarqua dans le train pour le Petit Lac, où il trouva quelqu’un pour le conduire à la Maria.

Jean-François se promit de ne jamais plus dépenser son argent pour, en quelque sorte, acheter l’amitié d’une autre personne. Même pour Éros en personne !

La leçon était cruelle, mais efficace.

Chapitre 4 : L’éclatement

La Maria était devenue un véritable paradis pour Jean- François. L’été, c’était le bain à la rivière et la recherche de la cachette des filles, car, pensait Pierrot Fournier, si les gars s’étaient trouvé un endroit où aller se baigner nus, les filles devaient bien avoir aussi le leur. Pierrot ignorait encore sans doute t que les filles ont une manière bien différente, plus scrupuleuse, de voir la nudité et encore plus la sexualité. La tentation était d’autant plus grande, que les filles étaient très peu nombreuses.

Jean-François prétendait, devant ses compères, être captivé par ce mystère, mais en réalité, sa préférence allait nettement à participer aux bains masculins, surtout quand Éphrem, le plus jeune des mineurs, qui avait à cause de son âge adhéré au groupe des garçons, exhibait ses quinze ans.

Même s’il devait toujours dissimuler le plaisir qu’il éprouvait devant la nudité pour ne pas attirer l’attention des autres, Jean-François s’expliquait mal pourquoi voir tous ces beaux corps nus créait autant d’extases intarissables et de phantasmes accumulés pour les périodes creuses. Cette contemplation de la beauté humaine le mettait en plus en présence de son Dieu, qu’il ne manquait pas de remercier de ces faveurs. Il lui offrait chaque moment de contemplation, persuadé que Dieu ne peut que se réjouir de voir les humains heureux d’admirer sa création. Ces expériences lui faisaient prendre conscience de la magnificence humaine, dont la pureté n’a rien à voir avec la chasteté, mais avec le rire, la flamme dans l’œil que l’on peut partager, le fuselage des muscles que l’on peut suivre du bout des doigts ou de la langue, ainsi que l’ouverture de l’âme vers autrui.

Jean-François n’était pas un simple voyeur, mais en amour avec la beauté, avec l’esthétique. La beauté est un sentiment qui s’élève en nous quand une chose nous ravit, nous plaît. Une espèce de plaisir de l’âme.

La vue de ces corps magnifiques l’amenait à penser que peut-être après la mort, la perception de la vie ne sera que la présence intérieure des autres, sous forme d’énergies. Ces séances, loin d’être perçues comme des péchés, élevaient son âme et lui permettaient de mieux comprendre ce que sera le bonheur de l’adoration durant l’éternité. Ce plaisir était surtout mystique. Quelle est la beauté pure ? Quelle sera la beauté des êtres sans chair, après la mort ? L’homme peut-il vraiment communiquer avec les anges ?

Jean-François se demandait souvent si l’attrait des corps était engendré et modulé par celui des âmes. Le plus important n’est-il pas la beauté des regards, des visages, la musique des rires, la tendresse des touchers ? Un langage secret. Pourquoi les âmes ne se découvriraient-elles pas à travers tous ces signes ? Peut-être qu’à travers toute cette chair, le contact est inévitable entre deux âmes qui vibrent à la même fréquence, appelées à se partager, à se découvrir sans différencier les sexes, encore moins les orientations sexuelles et les âges ? Les âmes n’ont pas de sexe pour se reconnaître, elles n’ont que la couleur de leur énergie. Elles n’ont que l’amour pour se fondre ensemble. L’amour, principe d’attraction d’une énergie que l’homme n’a pas encore identifiée, sinon en nommant cette puissance : la libido ou l’orgone.

Aux bains, Jean-François luttait parfois avec les jeunes, découvrant l’excitation de la douceur du toucher, une autre façon de découvrir l’autre.

L’hiver, c’était différent. Hockey et beauté de la blancheur de la nature nourrissaient son monde intérieur. Cette neige, comme l’énergie blanche de l’âme libérée, lui procurait l’impression d’une paix intérieure inépuisable. Serait-ce que la réalité n’est qu’un symbole de ce qui est ? Que tout ne soit qu’un langage ? La vie peut-elle exister sans la conscience ?

Jean-François était aussi très sensible à l’amitié gratuite et extraordinaire qui se développait entre les mineurs.

Malgré les sauts d’humeur et les coups d’orgueil inévitables entre jeunes hommes à peine sortis de l’adolescence, jamais personne ne laissait l’autre sans que l’amitié ne fût rétablie, que la paix règne à nouveau. Chacun s’assurait que le principe « aime ton prochain comme toi-même pour l’amour de Dieu » soit respecté. Possiblement que l’éloignement et l’isolement aidaient à forger ce moule d’entente quasi parfait. Il aurait été effectivement invivable de demeurer dans un tel microcosme, sans le partage de cette charité quasi biblique. Personne ne souffrait seul, il y avait toujours quelqu’un pour te consoler, te faire oublier tes soucis. « Si cette solidarité humaine existait sur toute la planète, la terre cesserait d’être un enfer. » Pensait Jean-François.

L’égalité des chances, le respect de l’autre, le partage des mêmes joies et des mêmes souffrances faisaient de la Maria un cocon où il était extrêmement bon de vivre. Le paradis terrestre exige une telle perfection, qu’il est impossible de le garantir éternellement, même dans un milieu artificiel comme la Maria.

Ces élans mystiques enflammaient souvent l’esprit de Jean-François, même s’il craignait qu’un tel questionnement fût signe de folie. Avec la présence écrasante du clergé au Québec, l’obsession omniprésente du mal, il était difficile de croire que la libération intérieure était autre chose qu’un acte d’orgueil. La liberté de pensée était suspecte. C’était la foi aveugle, obéissante. Pour Jean-François, la sexualité était la voie de la libération, le besoin d’affirmer son individualité, voire sa différence. C’était une part essentielle de son identité, même si tous la condamnaient.

L’amour de ses semblables fut, dans la vie de Jean- François, comme l’arrivée à la Maria d’une charrue que l’on fixa au-devant d’un camion pour créer un petit chemin jusqu’au Petit Lac. Ce petit chemin de liberté vint durant l’hiver transformer la vie sociale de la Maria. Cela permettait de se rendre facilement à Princetown, où les voisins étaient un peu moins catholiques qu’à la Maria. Parfois, Jean-François et ses compagnons étaient du voyage, quoique les mineurs préféraient demeurer entre hommes… c’était moins risqué dans les hôtels.

Jean-François fut ravi de l’invitation à se rendre, surtout un samedi soir, à Princetown, avec Dagenais. C’était un voyage éclair afin de trouver un morceau nécessaire à la réparation de la baraque du moulin, qui brisait plus souvent qu’à son tour. C’était toujours un problème urgent, car l’immense concasseur ne pouvait pas arrêter de tourner. Figer signifiait une perte totale, puisque le concassé deviendrait alors un véritable ciment.

À Princetown, pendant que Jean-François et Dagenais s’étaient précipités au magasin, un anglophone un peu  ivre, irrité par le sigle de la Maria, se mit à frapper sur la camionnette à coups de barre de fer. Aussitôt, deux autres gaillards se pointèrent pour lui porter main forte. Même si Jean-François ne savait pas ce que signifiait « Go back to Québec, fucking frogs », il sentait d’instinct que ce n’étaient pas des compliments et appréhendait le danger. Il se précipita à l’hôtel et alerta les mineurs. Quelques minutes plus tard, dix solides gaillards infligeaient une bonne correction aux trois racistes anglophones.

La nouvelle se répandit comme de la poudre et ce soir- là, les gars de la Maria fêtèrent plus que d’habitude.

Les relations étaient toujours tendues entre anglophones et francophones, comme s’ils se disputaient le territoire. Les francophones se rappelaient dans leur chair bien inconsciemment les patriotes de 1837, car leur ignorance de l’histoire était quasi illimitée. La fierté d’avoir la liberté et une patrie était remplacée par une lutte moins idéologique : la survie.

La lutte avec les anglophones de Princetown était acérée par les mauvais rapports que les gens de Princetown entretenaient avec les bûcherons, beaucoup plus rudes.

Il était difficile pour les anglophones de distinguer la différence entre les deux groupes de francophones, puisque les anglophones ne savaient pas que sacrer caractérisait les bûcherons.

Pour les Anglais, sacrer c’était utiliser un vocabulaire sexuellement vulgaire et non des mots retenus du rituel religieux, comme au Québec. Leur traduction se limitait à leurs impressions à partir du langage verbal. Sacrer rendait les bûcherons plus fanfarons.

De toute façon, pour les habitants de Princetown, un français, c’était un français, l’ennemi qui infiltrait son territoire, oubliant qu’ils avaient eux-mêmes réduit les autochtones à vivre dans des réserves. D’ailleurs, ils ne comprenaient pas pourquoi certains francophones avaient d’aussi bons rapports avec les Indiens. Ils ne connaissaient pas le dicton voulant que dans tout francophone  sommeille une part d’indien. Ils étaient convaincus que ce lien ne pouvait tenir à rien d’autre que ce goût réciproque : la passion pour la liberté.

Qu’importe ! La victoire des mineurs fut si écrasante que les anglophones comprirent qu’ils n’avaient qu’à se bien tenir s’ils voulaient la paix. La tension se dissipa quand on décida, de chaque côté, de faire comme si l’autre n’existait pas. Faute de pouvoir se parler et se comprendre, le respect s’installa entre les deux groupes. Dagenais n’avait plus à craindre d’être attaqué quand il était seul, ses adversaires savaient qu’il existait une solidarité indéfectible à la Maria. Attaquer l’un d’eux, c’était avoir tout le groupe sur le dos.

Cette petite aventure permit cependant à Jean- François de réaliser que tout ne tournait pas rond à la Maria.

– Ce qui est le plus écœurant, de dire Dagenais à Jean- François, sur le chemin du retour, c’est que la moitié de ces hommes venus à notre défense seront chômeurs d’ici un mois. Il est inutile d’employer autant de mineurs, si on découvre aussi peu d’or et avec toute cette neige, il est devenu impossible de les envoyer bûcher. M. Dubois doit l’annoncer, dimanche après la messe. Seulement trente d’entre nous continueront d’avoir un emploi stable à la Maria.

Jean-François toisa Dagenais, se demandant bien pourquoi il lui faisait une telle confidence. Était-ce pour mesurer sa loyauté, prévenir son père ou signaler le début d’une vie infernale à la Maria, car, on le sait, si l’argent n’est pas le bonheur, il est essentiel à la liberté, gage d’un peu de bonheur dans une société comme la nôtre.

Comme prévu, immédiatement après la messe, M. Dubois annonça la mauvaise nouvelle, tout en ajoutant, à la surprise générale et surtout de Jean-François :

  • Dieu nous punit sans doute pour les écarts moraux dont vous vous êtes rendus coupables. Ce n’est pas parce que vous sortez peu, que vous n’êtes pas à l’intérieur du village, que nous ne savons pas ce qui se passe. N’avez- vous pas honte ?

Ainsi, M. Dubois savait que certains buvaient quand ils se rendaient à l’extérieur de la mine et surtout, il n’acceptait pas que certains aient tendance à se baigner nus.

  • Toi, Éphrem Rouleau, que dirait ta mère si elle t’avait vu dans un tel état ? Pour sauver nos pauvres âmes et s’assurer que ceux qui resteront ici ne perpétreront pas les mêmes fautes, l’abbé Bureau a demandé à trois pères rédemptoristes de tenir ici une retraite, qui vous replacera peut-être sur la bonne voie.

Au début, les mineurs crurent que Jean-François avait tout bavassé à M. Dubois. Ceux-ci haïssaient les mouchards avec raison. Qu’y a-t-il de plus vil que quelqu’un qui dénonce son semblable ? L’Évangile ne dit-il pas qu’il ne faut pas juger, médire ou calomnier les autres ? Heureusement, les soupçons s’estompèrent quand on apprit que M. Dubois avait surpris Éphrem, complètement ivre, alors qu’il se rendait prier devant la statue de la Vierge. Innocenté, Jean-François retrouva l’affection des gens du village.

Le jeune espion (13).

mai 13, 2020

Jean-François travaillait à préparer le petit déjeuner, quand le scandale éclata. Une montre, laissée sur le bureau d’un des prêtres, avait mystérieusement disparue. Branle- bas de combat ! Tout le monde la chercha. On la retrouva peu de temps après dans un sac de Maurice.

Jean-François, bouleversé, prit la défense de son petit camarade : « Il l’avait sûrement pris par mégarde ». Il offrit de se porter garant du petit nouveau et de le surveiller, espérant éviter le renvoi de cette première flamme physique, de ce premier désir charnel.

  • J’apprécie ta charité, Jean-François, mais c’est une règle d’or : personne ne vole ici. Tu peux et tu dois pouvoir laisser traîner, ne serait-ce qu’un sou noir en toute sécurité. Maurice sera expulsé, statua, M. Dubois. Son regard, son visage, tout indiquait clairement que le verdict était irrévocable.

Jean-François crut s’évanouir, tant le coup était difficile à absorber.

Malgré les efforts, Jean-François ne put persuader M. Dubois de revenir sur sa décision ; mais il obtint d’accompagner son ami Fortin, qui fut mandaté de reconduire Maurice à la gare de Princetown, afin qu’il puisse retourner dans sa famille.

Le silence pesa lourd tout au long de la route. Jean- François se contenta de dévorer ce visage qui l’avait complètement hypnotisé. À Princetown, avant de le quitter, Jean-François offrit quelques dollars à Maurice.

  • Tiens ! Cela te permettra de manger un peu à la gare, en attendant le train. J’aimerais aussi avoir ton adresse. Je ne veux pas te perdre ainsi.

Il serra avec force et émotion la main de son premier amant secret. Il eut peine à contenir ses larmes.

« Je t’aimais bien, tu sais », affirme-t-il dans un élan de courage, qui le surprit lui-même. Les deux jeunes se sourirent et s’étreignirent. Jean-François jeta un très rapide coup d’œil à Fortin pour s’assurer qu’il ne les regardait pas et en profita pour embrasser Maurice, qui était tout étonné d’une telle effusion d’amour.

  • À bientôt, j’irai te voir quand je retournerai au Québec, dit Jean-François.

Fortin attendait, silencieux, témoin de la scène à travers son miroir.

Quand Jean-François reprit place dans le camion, Fortin lui dit simplement :

  • Je te comprends. Tu seras seul sur ta colline. Tu devrais venir plus souvent à la salle communautaire du village, il y d’autres jeunes de ton âge. Il y en a sûrement un qui te plaira autant.

Jean-François resta de marbre et tenta d’imprimer dans sa mémoire l’adresse laissée par Maurice.

– Après tout, St-Georges de Beauce n’est pas une si grande ville. Je n’aurai pas de difficulté à le retrouver quand je reviendrai au Québec. Nous partirons ensemble.

Jean-François rêvait déjà de s’installer avec Maurice à Montréal. Il ne doutait pas que cet amour survivrait à quelques années de séparation.

À son arrivée chez les Dubois, toute une surprise l’attendait : ses parents ainsi que ses grands-parents étaient là. Quelle émotion ! Jean-François leur sauta au cou. La joie chassa la douleur et lui fit momentanément oublier le petit Maurice.

Jean-François était tellement heureux de revoir une partie de sa famille, qu’il obtint de M. Dubois d’être relevé de ses fonctions durant le temps de leur visite.

C’est aussi à contrecœur que le patron dut faire appel aux services de trois enfants pour s’occuper des petits travaux et assurer ainsi une plus grande aisance aux invités.

Jean-François accompagnait ses parents partout où ils allaient. C’est ainsi qu’il descendit sous-terre pour la première fois, malgré une peur terrifiante. Comme c’était curieux de voir ses parents en habits de mineurs ! La visite l’impressionna beaucoup, mais il se promit qu’il n’y retournerait plus jamais. Le froid, l’humidité, la noirceur l’avaient glacé de peur.

Le lendemain, Dagenais et le docteur Demers rendirent visite à son père. Jean-François offrit de sortir, mais on lui signifia qu’il serait utile pour servir les boissons gazeuses.

– M. Bégin, dit l’ingénieur Dagenais, nous avons besoin de vous. Le docteur Demers a discuté avec M. Dubois afin d’être nommé directeur. Le docteur investira 20 000 $ comptant. M. Dubois a accepté l’échange du poste à la direction de la Maria pour l’investissement, à condition qu’un membre du club de la Maria lui confirme qu’il saura faire ratifier ce choix sans discussion, avec discrétion, c’est-à-dire, sans parler de l’investissement.

Il faut obtenir auparavant la démission d’Horace Dubé. Celui-ci, l’an dernier, a vendu son magasin pour investir suffisamment et être directeur. Cette année, il n’en aura pas les moyens. Il accepterait probablement de céder sa place, car il croit que le Dr Demers a de meilleures connaissances dans le domaine que lui. C’est le bras droit de Dubois, il croit tout ce qu’il dit. Il ne refusera certes pas la demande de son président. Vous pourriez lui tirer les vers du nez et le guider pour qu’il accepte son retrait.

Le Dr Demers veut vérifier les chiffres, savoir où va tout cet argent des investisseurs. Comme directeur, il aura des informations privilégiées. Mais, il nous faut convaincre la direction de la Maria qu’il ne s’agit pas d’un « putsch » contre Dubé. Vous pourriez être notre homme, vous êtes vice-président du Club de la Maria et vous êtes assez sage pour ne pas totalement vous laisser endormir par les discours sur la Sainte Providence, contrairement à la majorité des actionnaires, pour qui la foi est aussi importante que la réalité.

  • Ce n’est pas impossible, de répondre M. Bégin, sans indiquer les raisons pour lesquelles Jean-François était à la mine. Mais soyez franc, Dr Demers, pourquoi tenez-vous tant à un poste de direction ?
  • Ce n’est pas tant à ce poste. C’est plutôt d’avoir l’opportunité de vérifier les chiffres, de savoir où va notre argent et quelle est la valeur de la mine, plutôt que de toujours entendre des sermons.

Le Dr Demers fut interrompu par Dagenais.

  • M. Dubois veut construire un moulin de cent tonnes cet automne, pour répondre aux pressions des actionnaires, qui ont hâte de voir leurs prêts devenir des actions. Malheureusement, je crois que c’est mettre la charrue devant les bœufs.
    • Que voulez-vous dire ?
    • Nous ne savons même pas encore si nous avons une mine. C’est un prospect riche, très riche même, potentiellement supérieur à tout ce qui a été découvert à date dans la région. Ce n’est pas partout que l’on peut vraiment voir l’or à l’œil nu ; mais ce n’est encore  une mine qu’en théorie. Avant de construire un moulin pour extraire l’or, encore faudrait-il l’avoir trouvé… Pour l’instant, nous n’en avons pas suffisamment pour opérer un aussi gros moulin.

M. Bégin blanchit. Son verre de Coca Cola trembla.

  • Nous risquons de tout perdre ?
    • Ou de gagner le gros lot. C’est juste. Seul l’avenir nous le dira. Tout dépendra de ce que nous trouverons.
    • Je suis votre homme, même si j’ai confiance à M. Dubois. Je ne crois pas, comme certains le prétendent, que la Maria est une fraude. Il y a trop de prêtres et de bonnes gens dans ce projet pour…
    • Ça, jamais, affirma immédiatement et implacablement Dagenais, Dubois n’est peut-être qu’un grand rêveur, mais il n’est sûrement pas un voleur. Il croit devoir réussir la mission que le clergé lui a confiée.

Jean-François assista ensuite à la réunion, au cours de laquelle M. Dubois parla durant des heures, évitant les chiffres, faisant appel à la volonté de la Divine Providence et à la chance unique de tous de participer à une telle œuvre de foi.

Après ce discours, qui avait plutôt l’allure d’un sermon, tout le monde encercla un petit moule dans lequel fut coulée la première brique d’or pour une deuxième fois, car dans sa première aventure les dirigeants de la Maria avaient coulé une brique d’or pour les actionnaires. Ce que ne savaient pas les nouveaux actionnaires.

  • On dirait de la tire mise dans un moule pour faire du sucre à la crème, pensa Jean-François.

Les actionnaires étaient tous en liesse. Mgr Savoie prétendit, quant à lui, que cet or valait au moins 200 000 $.

« Voici la preuve que bientôt, nous pourrons savourer les fruits de notre persévérance. », lança-t-il, tout enflammé.

Un des travailleurs, assistant à la scène, se contenta de dire que Mgr Savoie était un menteur, car cette brique d’or ne valait pas plus de 50 000 $.

La fièvre de l’or avait fait son œuvre.

On se rendit ensuite à un souper communautaire et une soirée où l’on entendit l’abbé Dion présenter ses dernières chansons. Tout le monde dansa, sans s’apercevoir que les doigts de M. Dubois glissaient vite sur les fesses de la jeune institutrice, car Mgr Savoie attirait tous les regards, ébahis par sa souplesse.

Le lendemain matin, la fête céda le pas au deuil. Richard Blanchette, un employé du secrétariat qui s’était marié seulement deux jours auparavant au Petit Lac, était décédé durant la nuit.

  • Je l’avais pourtant averti, dit le docteur Demers, son cœur était trop malade pour vivre autant d’émotions.

Cet événement donna naissance à toutes sortes de rumeurs, dont la plus persistante voulait qu’il ait eu une crise cardiaque, alors qu’il faisait l’amour pour la première fois de sa vie… un plaisir trop intense. « Une belle mort. On peut dire qu’il est parti en venant. » Disait-on sourire en coin.

  • C’était trop excitant pour un vieux garçon, commenta-t-on en conclusion.

Après les obsèques, Jean-François se demanda s’il aurait pu mourir lui aussi quand son étranger lui fit découvrir ce qu’est réellement le plaisir. Ne s’était-il pas senti tout bouleversé ? Mais Jean-François avait appris, au contraire, que les gestes sexuels n’ont rien de violent. « Ce sont les scrupuleux qui sont finalement les vrais malades, en s’empêchant de connaître ce qu’il y a de mieux dans la vie », conclut Jean-François. Si Jean-François avait connu la psychanalyse, il aurait su que la paranoïa qui entoure les gestes sexuels est un déséquilibre émotif que nous ont transmis les religions.

Comme prévu, dès le départ des invités, les travaux de la construction du moulin furent entrepris.

Jean-François profita de cette accalmie pour lire de nombreux ouvrages que la direction du juvénat lui avait fait parvenir, afin de ne pas perdre ce qu’il avait acquis en classe.

N’ayant qu’à rendre compte à M. Dubois de ce qu’il avait vu dans la journée, Jean-François s’inscrivit dans le club de hockey de la Maria, plutôt que de celui des Chevaliers de Colomb, qui l’avait invité, espérant le voir adhérer au mouvement, lors de la prochaine initiation.

Jean-François craignait trop de se ramasser le zizi à l’air devant presque tous les mineurs. Même si on est libéré de la folie anti sexe, il arrive parfois de connaître des contradictions ou des régressions dans sa façon de percevoir la réalité. Après s’être fait laver le cerveau durant toute son enfance, il est normal de parfois croire ou ressentir des scrupules injustifiés. La nudité n’était-elle pas au centre de l’initiation pour devenir membre du clan des gars ? Jean-François ne savait pas que l’initiation chez les Chevaliers de Colomb était bien différente. Mais, de toute manière, il n’était pas excité à l’idée de sauter la chèvre…

De nombreuses heures furent consacrées à pratiquer au hockey avec les travailleurs qui avaient terminé leur travail. Jean-François prenait réellement plaisir à ce sport viril. Pourtant, Huguette attirait plus les regards que tout autre joueur, quand elle occupait les buts. Une fille dans une équipe de hockey, c’était toute une révolution.

Les travaux de construction du moulin furent vite entrepris afin de calmer l’anxiété des sociétaires. Tous les travailleurs furent réaffectés à des postes qui correspondaient le plus possible à leur talent. Certains jeunes hommes, dont Hermann Dussault, refusaient de travailler sous terre, prétendant comme Jean-François que le centre de la Terre est le « domaine du diable ».

Malgré ses objections, Hermann dut accepter ce travail particulièrement pénible : c’était ça ou partir. Les travaux à petite pelle étaient les plus pénibles. Plusieurs pelles furent plus vite usées que les muscles des jeunes travailleurs. La grogne commença à se faire sentir avec le premier retard de la paye, puisque le moulin mangeait tous les investissements des actionnaires. Jean-François en fit part à son père, ajoutant : « Je t’assure que ce fut tout un soulagement, toute une fête, quand Mgr Savoie visita M. Dubois, car quelques heures plus tard, tous avaient reçu ce que la compagnie leur devait ».

La mine organisa même une remise de cadeaux de Noël. En présence des dirigeants du diocèse, chaque ouvrier reçut des mains de M. Dubois un paquet de cigarettes, alors que tous les jeunes eurent la surprise de recevoir une nouvelle paire de patins.

Tout le monde était au nirvana, sauf un petit groupe d’irréductibles, qui prétendaient que Dubois était bien généreux « avec l’argent des autres ».

Le temps des fêtes fut la période la plus difficile vécue par Jean-François, car rien ne venait combler sa solitude, l’ennui de sa famille. Il n’avait jamais autant manqué sa mère. Rien ne lui fit oublier sa famille, pas même l’incendie de la forge ou la nouvelle guerre entre M. Dubois et son ami Fortin.

Juste avant les fêtes, Fortin avait décidé de vendre des produits de beauté pour augmenter ses revenus, tout comme le petit vicaire, un mineur ainsi surnommé à cause de son allure de séminariste, était devenu le service de buanderie de la majorité de ses collègues célibataires.

Les échantillonnages arrivèrent dans une grosse boîte, que voulut examiner M. Dubois, croyant qu’elle contenait de la boisson. Fortin, refusant par principe ce contrôle abusif, fut pointé du doigt, dénoncé comme le diable introduisant le mal à la mine.

Trois ouvriers durent retenir un Fortin enragé, pour l’empêcher de frapper Dubois. Excédé, Fortin ouvrit la boîte. Il planta une bouteille de parfum sur le bureau du secrétariat et demanda à M. Dubois de la boire, s’il croyait toujours qu’il s’agissait de boisson.

« Votre bouche sentira moins le pourri de votre  langue sale. », lança-t-il en récupérant sa boîte.

C’était la première fois qu’un mineur osait tenir tête à M. Dubois et encore plus, lui dire ses quatre vérités.

Certains appuyèrent sans réserve l’intervention inappropriée de M. Dubois par excès de morale, alors qu’un petit nombre de mineurs plus lucides le condamnèrent, en affirmant que la vie à la mine était déjà assez difficile sans qu’on y vive comme en prison.

*

*     *

Le jeune espion (12)

mai 12, 2020

L’absence temporaire des Dubois avait non seulement modifié la vie de Jean-François à la mine ; mais il était devenu le bras droit, le confident de Dagenais. M. Dubois fut très impressionné par tous les détails accumulés dans le rapport de Jean-François. Il aurait encore été plus surpris s’il avait lu les lettres beaucoup plus détaillées  et adressées à son père.

  • Un véritable espion, de dire en souriant M. Dubois. Rien ne t’échappe. Une chance que tu travailles pour nous. Eh bien ! Mon jeune, à partir d’aujourd’hui, il n’y aura plus seulement que Dagenais qui profitera de ta présence. Moi aussi, je veux un jeune pour égayer ma vie et m’assister. Dagenais m’a dit que tu es drôle comme un singe. Tu seras dorénavant mon secrétaire personnel, parce que tu écris sans faire de fautes. Tu viendras partout où j’irai et tu écriras tout ce que je te dirai, oubliant le reste. Je suis ravi de pouvoir te faire confiance.

Jean-François explosa de joie.

  • Finis les pots de chambre ?
    • Bien sûr ! Nous essaierons d’avoir quelqu’un pour te remplacer, si possible, avant l’arrivée des actionnaires pour l’assemblée annuelle de la Maria, en octobre prochain.

Grâce à la relâche dont il bénéficiait dans son emploi du temps et ses déplacements, Jean-François put établir des contacts très amicaux avec les enfants de la mine, les Fournier plus particulièrement. Il se rendait souvent nager avec eux au quai de la Maria.

Un samedi midi, alors qu’il se baignait avec les trois autres garçons Fournier, deux mineurs un peu grisés par l’alcool et Mme Couture, la cuisinière de la cafétéria, une femme corpulente, arrivèrent en chaloupe. Les jeunes nageurs se pressèrent contre le canot et purent entendre la dame s’exclamer : « Dieu soit loué, ce n’est pas trop tôt, nous sommes enfin arrivés ».

Mais, au moment de débarquer, Mme Couture perdit pied et tomba à l’eau. Malgré leur état, les deux jeunes mineurs sautèrent de leur embarcation, encore habillés. Les jeunes hommes avaient beau plonger, saisir la dame par les jambes et essayer de la remonter sur le quai, rien à faire.

Son mari, alarmé par un jeune qui avait assisté à la scène, arriva à la course et essaya de lui saisir la main pour la tirer. Dans son énervement, M. Couture criait :

  • Gertrude, Jesus Christ, ne te noie pas ! Après maints efforts, la cuisinière fut sauvée.

Cet incident fit le tour du village et devint l’histoire la plus drôle de la mine, les jeunes ayant ajouté quelques détails, une fois le sauvetage complété :

  • Mme Couture, vous pouvez vous vanter d’avoir les plus beaux dessous à la mine.

Jean-François put aussi, grâce à ses moments de liberté, visiter la cabane des petits Fournier. Il fallait bien la cacher dans le bois, car Suzanne Laberge et sa bande la démoliraient.

  • La dernière fois, de dire le plus jeune des Fournier, elle nous avait prêté quelques planches et dès que nous n’avons pas obéi à tous ses caprices, nous avons dû la défaire pour lui redonner son matériel. Cette cabane est pour les gars, aucune fille ne doit y mettre le pied.

Un samedi après-midi, profitant du fait que la majorité des jeunes devaient aller à la chasse avec un fusil

emprunté d’un mineur, le clan Fournier organisa l’initiation du petit Éric Despars et de Denis Vachon qui voulaient se joindre au clan. C’étaient deux gamins de dix et douze ans qui aimaient bien se prendre pour des grands. Les trois frères Fournier et Jean-François s’installèrent chacun dans leur coin, pendant que quelques autres assistaient à la scène devant la porte, rendant ainsi toute fuite impossible. Jean-François avait pour la circonstance allongé deux couvertures de laine sur le plancher.

  • Vous devez vous glisser entre les deux couvertures et vous déshabiller, en dedans de trois minutes, sans vous tourner ni vous aider l’un et l’autre, sans enlever les couvertures. Vous devez remettre chaque morceau enlevé  à l’un de nous, à tour de rôle, sans devoir sortir de sous la couverture supérieure, jusqu’à ce que vous soyez flambants nus. Alors, pour qu’on le sache, vous devez grimper  jusqu’à la tête de la couverture, sortir les bras et les lever jusqu’à ce que l’on vous dise de les descendre.
    • C’est super facile, lança le plus frondeur.

Ils s’exécutèrent aussitôt. Quelques minutes plus tard, quatre bras surgissaient au bout de la couverture. Alors, Jean-François et Pierrot tirèrent la couverture du dessus et les garçons se retrouvèrent nus comme des vers.

Éric se mit à pleurnicher alors que Denis se releva et, sûr de lui, leur dit :

  • Ce n’est pas juste. Vous devez le faire aussi, ainsi que ceux qui nous regardent. Celui qui a la plus longue sera le chef de la journée.

Cela n’avait pas été prévu. C’étaient de nouvelles règles, mais tout le monde s’y prêta de bon cœur. Samuel, le vainqueur, grâce à ses seize ans, étonna tout le monde, tant par son gros zizi que par le nid de poil très abondant couvrant son bas-ventre. Il sortit d’un coin de la cabane une immense pipe indienne et il invita tout le monde à se mettre en rond pour fumer avec lui.

Denis, étant à tout le moins aussi bien formé que les autres, inventa des danses de la pluie, pendant lesquelles chacun venait nu, à tour de rôle, danser à l’intérieur du cercle. Puis, tous se rendirent, toujours en costume d’Adam, se baigner à la rivière qui passait tout près de là.

À leur retour au village, ils eurent la peur de leur vie. Tout le monde était en folie. Même un policier était sur place. Les gamins crurent aussitôt avoir été aperçus et dénoncés, mais ils apprirent vite la tragédie.

Plutôt que d’être allés à la chasse comme prévu, les autres avaient décidé de jouer au cowboy, comme dans les films du samedi soir. Or, Daniel, dit le Lunatique, qui avait emprunté la carabine d’un mineur pour la chasse, tira dans le dos de son petit cousin. La colonne vertébrale ayant été atteinte, il était paralysé et il devait être hospitalisé, malgré les premiers soins apportés par l’infirmière de la Maria.

Les jeunes nudistes étaient rassurés. Ils n’avaient été ni vus, ni dénoncés comme ils l’avaient craint. Mais, cette peur mit fin pour toujours aux séances d’initiation. Les Fournier se contentèrent par la suite de faire chauffer le poêle à blanc pour noter la bravoure des initiés… ce qui était encore pire, plus imprudent que les initiations passées puisque la nudité n’a jamais tué personne, sauf les scrupuleux.

Les travaux à la mine progressaient rapidement. Le pont était presque terminé et la majorité des mineurs s’employaient à creuser pour exploiter le cinquième niveau.

Puisque l’on avait découvert une très belle veine au troisième niveau et que la pyrite de fer enjolivait encore plus le décor pour ceux qui ne s’y connaissaient pas, donnant l’illusion d’une extrême richesse, à la demande de M. Dubois, on cessa d’y extraire le minerai afin d’y amener les visiteurs à l’occasion de l’assemblée générale.

En effet, chaque année, une centaine d’actionnaires participaient à une assemblée générale annuelle, au cours de laquelle M. Dubois rendait des comptes. C’était chaque fois l’occasion de retrouver ses amis, de fraterniser, d’écouter les nouvelles chansons de l’abbé Dion.

Septembre fut un mois bien paisible, sauf la venue de l’évêque de Hearst pour la première communion et la visite du ministre des Mines de l’Ontario.

Ce dernier fit remarquer à M. Dubois, avant de partir, qu’il était curieux d’avoir placé une statue de la Vierge au centre du village.

  • Vous comprenez que le gouvernement ne peut pas subventionner une entreprise religieuse, particulièrement, si elle est catholique. Cette réflexion ne fut pas sans créer de remous. Il n’en fallait pas plus pour y voir une raison de déclarer la guerre aux « Red necks », un organisme orangiste bien impliqué en Ontario.

Devant les mineurs rassemblés à la salle communautaire, à cette occasion, M. Dubois mit les points sur les « i ».

  • Notre mine respecte toutes les normes de travail de votre province. Nous détenons jusqu’ici le premier rang dans la province pour la sécurité. Il n’y a encore jamais eu d’accident majeur. Quant aux salaires, vos inquiétudes sont injustifiées, car ici, chaque mineur est propriétaire de l’entreprise. Quant aux subventions, nous savons que si nous étions de votre race et de votre religion, nous les aurions déjà eues sans problème. Jusqu’ici, nous ne vous avons rien demandé et s’il n’en tient qu’à moi, cela continuera ainsi, tant que la mine ne sera pas en exploitation.

Dès que Dubois traduisit sa réponse au ministre, l’assistance se mit à applaudir à tout rompre.

Voyant là une bonne occasion de revitaliser son prestige, Dubois ajouta :

  • Vous pouvez dire de ma part à toutes vos multinationales qui veulent s’emparer de la Maria, que la mine n’est pas à vendre et que moi, Dubois, le principal actionnaire, celui qui détient la majorité des parts, je ne suis pas à vendre. Si nous respectons vos croyances, nous osons espérer que vous aurez la politesse de ne pas venir critiquer notre foi.

Les mineurs étaient tellement fiers que trois d’entre eux se saisirent de Dubois au passage et le portèrent sur leurs épaules. Jean-François suivait la vedette de près. Plusieurs lui caressèrent les cheveux au passage, puisqu’on l’apercevait toujours en compagnie de M. Dubois. Il faisait partie de la famille.

  • Il faudra demander aux institutrices d’enseigner un peu d’anglais. Je ne serais pas surpris que nous recevions bientôt la visite de leur inspecteur. Ils essaieront sûrement de fermer l’école pour nous empoisonner la vie.

Le patron avait encore une fois vu juste.

Une semaine plus tard, le ministère de l’Éducation de l’Ontario dépêchait son représentant, qui fut tout surpris d’entendre les jeunes chanter dans sa langue et une jeune fille réciter un poème de Shakespeare. Il fut aussi charmé par la discipline qui régnait dans les deux classes.

Cet exploit fut évidemment sagement consigné dans le rapport annuel de la Maria, ce qui raffermit davantage le statut de héros de M. Dubois, qui avait su prévenir l’attaque. Le ministère ontarien n’avait certes pas prévu que l’institutrice serait une Ontarienne et par conséquent, parfaitement capable de préparer les jeunes à toutes les éventualités linguistiques. En Ontario, on avait interdit l’enseignement du français.

Ce drame était compensé en humour par la visite de l’évêque du diocèse, à l’occasion de la première communion, événement raconté des centaines de fois par les institutrices.

  • Nous avions préparé les jeunes. Ils étaient tous en habit et nous attendions Mgr Durand avec impatience. Nous étions certains qu’il nous arriverait au deuxième par la porte de côté, conduisant à notre salle, ainsi qu’à la chambre de l’abbé Bureau. Mais non, voilà qu’on l’aperçoit dans la trappe, menant au magasin en bas, un bout de mitre qui progressait au fur et à mesure que Monseigneur montait dans l’échelle. Nous voilà tous pris d’un fou rire plutôt que de chanter une chanson à la Vierge. Monseigneur est arrivé à quatre pattes devant nous. L’abbé Bureau avait oublié qu’il était possible et plus facile de passer par l’extérieur.

*

*      *

Jean-François comprit l’anxiété croissante des jeunes à l’approche de l’assemblée générale avec l’arrivée du docteur Demers.

Le samedi après-midi avait été spécifiquement retenu pour la séance annuelle d’arrachage de dents et de coupage d’amygdales. Une vraie boucherie ! Tous les jeunes qui avaient besoin de soins dentaires étaient d’un bord ; les « opérés », de l’autre côté.

Jamais la peur n’avait eu plus sinistre visage sur autant de visages aussi blêmes à la fois. Jamais n’eut-il autant de pleurs arrachés aux vingt victimes, sinon chez les filles, quand les mineurs tuèrent, pour protéger les enfants du village contre l’éventuelle venue de la mère, un petit ourson qui s’était égaré en plein centre du village, quelques semaines auparavant.

Cette fois, la peur avait une tête différente. Elle ne crispait pas l’âme d’un amour déchiré, mais les figures des gamins sous l’emprise des douleurs reçues. Plusieurs souffraient plus de l’expectative de l’intervention du médecin-dentiste que de la chirurgie elle-même, faite sous anesthésie locale.

  • Quelle est la plus douloureuse, se demande Jean- François, la plaie de l’âme ou la douleur corporelle ? Bien difficile à dire ! Quoique le mal physique se soigne plus facilement que celui de l’âme.

Jusqu’où peut-on partager le malheur des autres ? Au- delà de se sentir intérieurement mal, angoissé, serré, y a-t- il vraiment une possibilité de saisir exactement ce que ressent l’autre, sans l’avoir déjà expérimenté ? Est-ce vraiment la même sensation, la même conscience ou cette dernière serait-elle altérée par l’expérience de son passé et l’environnement immédiat ? La perception des choses est- elle identique pour tout le monde ? Se demandait Jean- François, qui aidait l’infirmière à consoler les victimes. Mais, dès le lendemain, plus rien n’y paraissait.

La centaine de visiteurs débarqués à la gare du Petit Lac avaient de quoi faire tout oublier. De toute évidence, certains étaient déjà bien « pompettes ». On dit même que Mme Desilets avait vaincu tous les hommes qui avaient osé tirer du poignet avec elle, durant le voyage en train pour se rendre du Québec à la Maria.

Chaque famille avait ses retrouvailles ou une nouvelle connaissance à célébrer. Les nouveaux arrivants étaient dispersés dans les familles des mineurs, afin d’être  hébergés durant les quelques jours de la rencontre.

Jean-François fut retenu pour aider à nouveau les Dubois, chez qui s’installèrent une quinzaine de prêtres. Jean-François fut déçu de ne pas y voir l’abbé Labonté. Sans comprendre pourquoi, Jean-François pensait immédiatement à l’abbé Labonté dès qu’il entrevoyait une soutane.

Jean-François servait aux tables, essuyait la vaisselle, tandis que Maurice, un petit nouveau, travaillait au ménage.

Jean-François fut immédiatement sidéré, obnubilé, envoûté par la beauté de Maurice, qui devait avoir treize ans. Ses cheveux blonds, ses grands yeux pers et son éternel sourire avaient de quoi séduire.

Jean-François inventa mille raisons pour se trouver au même endroit, en même temps que lui : tournée des chambres, s’assurer que personne n’ait besoin de quelque chose, découverte d’une tache. Tout était un prétexte pour se trouver près de Maurice, qu’il dévorait des yeux. Tout était bon pour justifier de le questionner, de l’admirer.

C’était la première fois de sa vie qu’il était aussi intensément attiré par un autre garçon, fasciné par sa beauté physique. Ce besoin de le voir, de lui parler, de le toucher, ce bonheur innommable d’être en sa présence, le troublait très profondément. Il ne pouvait s’expliquer une telle fascination. Il comprenait mal ce coup de foudre, probablement parce qu’il ne savait même pas que ça existait.

Le soir, Jean-François inventait dans son imaginaire, tous les scénarios possibles pour voir Maurice nu. Ces soudains désirs érotiques lui faisaient craindre d’être devenu fou, car personne ne lui avait appris qu’il est normal d’avoir de tels phantasmes. Il n’avait qu’une idée : comment est son pénis ? Petit ? Gros ? Long ? Circoncis, non circoncis ? Pâle ou marbre ? Ses fesses si rondes, sont- elles aussi belles, vrais pains maison, que l’annoncent ses pantalons ? Sa peau est-elle aussi douce que prévu ? Embrasse-t-il bien ?

Jean-François ne savait pas que de telles tentations existaient autant chez les homosexuels que chez les hétérosexuels. La seule différence étant que l’objet convoité est un gars ou une fille. La beauté est relative à chacun.

Jean-François comprit que le sentier conduisant à l’amour est d’abord la fascination, l’envoûtement corporel. Le désir de voir et de toucher pour mieux admirer, mieux connaître, car l’amour est d’abord et avant tout connaissance. Une manière de nourrir son âme. Une forme profonde de communication.

Au moins, Jean-François avait appris à s’accepter et à ne pas paniquer quand sa nature revendiquait le plaisir. Il n’avait pas à se préoccuper de ce que diraient ses parents. Il était enfin libre de décider lui-même ce qui est bien ou mal.

Cette étrange passion pour Maurice surgissait avec une telle force que Jean-François ne se reconnaissait plus. Toutes ses pensées étaient soumises à ses désirs. Jean- François serait devenu esclave de Maurice, juste pour le plaisir de le voir, de le toucher, de se sentir heureux en sa présence, à la quête d’un sourire, d’une attention particulière de sa part.

Jean-François avait bien de la difficulté à s’endormir, tant il était envahi, possédé par la beauté de Maurice. Les lignes de la bouche, du nez, la vitalité des yeux, le fuselage de ses mollets, les proportions du corps, tout était parfait. Tout était d’une beauté adorable. Un délice à  regarder. Une invitation à s’y coller. Un besoin de mieux se connaître, pour une osmose plus radicale, plus complète.

« Aimer, c’est d’être bien avec quelqu’un », avait-il lu dans un texte du poète et musicien, Gabriel Charpentier, que lui avait fait lire un ami. Et, la beauté de Maurice lui suffisait, elle embellissait sa vie. Jean-François s’endormit, en contemplant dans sa tête ce visage, cette figure qui l’envoûtait ; en serrant son oreiller devenu Maurice.

Le jeune espion (11).

mai 10, 2020

*     *

Le travail de Jean-François était une vraie routine. Lever à huit heures. La tournée des pots de chambre dans les toilettes des trois maisons. Déjeuner. Heureusement, il n’avait pas à jouer la boniche, puisque les petits-enfants  des Dubois fréquentaient des écoles privées. Le reste de la journée, il aidait les deux femmes au ménage et à la  cuisine, en plus de promener King, le chien des Dubois… un gros saint-bernard, extrêmement doux. Rien de bien forçant, mais du travail sans arrêt.

Heureusement, il y avait les mardis soirs. C’étaient les concerts d’Huguette au piano. La fille du patron excellait autant dans le classique que le populaire. Quand Sonia Larose se joignait à elle, c’était un délice pour les oreilles.

Malgré l’interdit de quitter la mine, Jean-François avait ses mercredis après-midis libres. Il en profitait pour se rendre au village et examiner les travaux qui s’y déroulaient. C’était au moins ça de pris, il écrivait tout ce qu’il apprenait sur la mine à son père, dans une correspondance qu’il avait ironiquement surnommée : « Les épîtres de Jean-François aux élus du paradis ».

Grâce à ces expéditions, il découvrit une scierie près du village de la mine. C’est là que l’on préparait les planches pour la construction de nouvelles maisons.

À sa grande surprise, trois jeunes garçons, d’à peu près son âge, y travaillaient avec leur père.

Les Fournier avaient été les premiers sur le site de la mine, lors de la deuxième tentative. C’est ainsi que Jean- François apprit qu’il y avait une Maria d’avant la guerre et celle que l’on connaissait maintenant.

À l’heure du dîner, ces jeunes transformaient le tablier du moulin en salle de quilles. Rien n’échappait à leur capacité de création. Ils étaient aussi réputés pour l’excellence des cabanes qu’ils construisaient quelque part dans le bois.

Jean-François fut vite invité à participer aux jeux que se livraient les gamins. Ils étaient très fiers de pouvoir enfin jouer en équipes. Dès le mercredi suivant, après le travail, Jean-François fut initié à la bande des Fournier, afin de connaître l’endroit secret où se trouvait leur fameuse cabane.

Jean-François ne manquait plus un mercredi après- midi. La présence de jeunes de son âge était une bouffée d’air frais hebdomadaire. Cette rencontre permettait d’oublier un peu l’éloignement familial, car même s’il était toujours occupé, sa famille lui manquait terriblement.

Parfois, la vie intérieure de Jean-François était aussi sombre que cette journée, où même à deux heures de l’après-midi, il faisait aussi noir qu’à minuit.

Une telle situation avait provoqué la panique. Était-ce la fin du monde ?

Tous ceux qui ne dormaient pas ou ne travaillaient pas sous terre s’étaient massés à la salle communautaire. L’abbé Bureau en profita pour multiplier les confessions avant la récitation du rosaire. Malgré sa peur de mourir, Jean-François se sentait prêt pour le grand voyage. Il n’avait rien à se reprocher… il aimait Dieu et  son prochain. Et, mourir, n’est-ce pas tout simplement le retour à la lumière pure du Cosmos ? Le bien-être de l’extase ? Le retour au voyage léthargique entre deux vies ?

On apprit plus tard dans la journée à la radio que cette obscurité était due à un incroyable incendie de forêt en Alberta.

D’habitude, le monde se massait ainsi à la salle communautaire, seulement le dimanche pour assister à la messe de l’abbé Bureau, qui reprenait parfois deux fois le même bout de messe, au grand plaisir du petit Maheux, le servant de chœur à la messe du dimanche. Ce dernier possédait le record de celui qui l’avait le plus mélangé au cours d’une même messe, car il lui avait donné quatre fois du vin à l’offertoire.

Il y avait aussi réunion de tout le monde, sauf les enfants, le samedi soir pour visionner des films de cowboy. C’était toujours un moment très attendu. Les jeunes grimpaient aux fenêtres pour les écouter, malgré l’interdit de l’abbé Bureau. On pouvait toujours discerner des nez et des paires d’yeux rivés aux fenêtres.

Jean-François s’arrangeait toujours pour leur apporter quelques friandises et des liqueurs, qu’achetait en cachette la jeune institutrice.

Jean-François aimait particulièrement ces films, parce qu’il partageait l’importance des Dubois, en pouvant les accompagner à l’intérieur, alors qu’ils se rendaient à leur siège. Les Dubois, avec les institutrices, écoutaient ces miracles de l’image, du haut d’une estrade réservée aux gens importants.

Les classes sociales existaient, même si les Dubois ne le cherchaient pas particulièrement.

  • Il y a des pouvoirs que l’on donne parfois aux autres par notre propre attitude, avait répondu l’institutrice favorite de Jean-François, quand celui-ci voulut savoir pourquoi ses patrons ne se joignaient pas aux mineurs.
    • Regarde-les agir. Ils sont toujours à quatre pattes devant les Dubois. Personne n’ose contredire les Dubois. Les Dubois se sentent maintenant très importants, au- dessus de tout le monde, plus fiers, plus capables, plus intelligents. Des bourgeois qui ne peuvent plus se mêler au petit peuple. C’est pourquoi ils demeurent sur leur colline et envoient leurs enfants dans des institutions privées. Ils ne sont pas de notre monde. Ils se pensent supérieurs. Et, c’est notre faute… Nous les forçons par notre attitude servile à jouer ce rôle.

C’était on ne peut plus vrai, car l’admiration des mineurs pour les Dubois n’avait de limites que la légende qui les entourait.

Cette légende voulait que Dubois fut dans sa jeunesse, un solide bagarreur, ce qui forçait les Anglais à le respecter. On le surnommait « Le lion du Nord ».

Il avait, disait-on, sauvé la vie d’un missionnaire, un peu trop entreprenant dans le travail de conversion. Ce dernier avait baptisé la fille d’un chef de tribu, malgré l’interdit de son père.

Il aurait suffi, dès l’apparition de Dubois, que celui-ci manifeste que ce missionnaire était son ami – et on sait que les amis des amis chez les Indiens sont aussi leurs amis

– pour qu’il obtienne la vie sauve pour le missionnaire. C’était partie remise, car quelques années auparavant, en acceptant ce chef dans sa cabane – le contraire de la tradition blanche – lors d’une tempête infernale, Dubois l’avait sauvé d’une mort certaine.

Le racisme, cette maladie mentale, n’avait pas prise sur Dubois. Pour lui, un homme est un homme, quelle que soit la couleur de sa peau ou la langue utilisée. Seule la religion échappait à cette règle, car les religions sont inculquées dès l’enfance. Ainsi, personne n’échappe à la religion de ses parents.

On disait que la Maria avait été découverte, grâce aux confidences d’un vieux chef indien qui, sur son lit de mort, aurait montré par ses signes sur des cartes géographiques à Dubois, cinq emplacements de mines importantes. Dubois aurait ensuite accepté d’exploiter ces mines pour les autochtones, grâce à l’insistance du Père Généreux. D’ailleurs, les autochtones devaient toucher vingt-cinq pour cent des bénéfices de la compagnie.

Dubois tenta d’abord de faire exploiter le gisement minier par Timmins, qui avait beaucoup plus de liquidités ; mais, celui-ci abandonna sous prétexte que la valeur aurifère n’était pas suffisante. Dubois, qui croyait avoir été trompé par les Timmins, reprit l’affaire en main, grâce à la création d’un syndicat d’actionnaires du Lac-Saint-Jean, au Québec. Ce n’était pas très riche, mais suffisant pour permettre à l’entreprise de survivre. Dubois prétendit toujours, par la suite, que les Timmins avaient inventé toutes sortes de manigances pour reprendre la mine. Timmins dut, selon le contrat, lui céder toutes les installations.

Ainsi, la vie à la mine n’avait pas toujours été rose. La première tentative pour rentabiliser la Maria échoua. Un actionnaire qui se croyait berné poursuivit même M. Dubois en cour. Dubois fut reconnu coupable, à Toronto, d’avoir vendu des parts par escroqueries, car le bulletin de la mine, dédié aux actionnaires et aux journaux du  Québec, ne contenait pas toujours toute la vérité. On se servait même de la photo d’autres mines pour illustrer la réalité de la Maria.

Durant la guerre, Dubois et quelques mineurs venus du Québec, survécurent en vendant au fédéral, le peu d’or qu’ils parvenaient à tirer de la terre. Certains en auraient même caché pour gonfler leurs avoirs. À cette époque, les actionnaires étaient rares et la mine dut cesser officiellement ses opérations. Les Dubois recevaient quand même parfois, de certains actionnaires, des montants d’argent par la poste. Ces argents étaient investis par des amis de la Beauce.

Dubois essaya, avec la fin de la guerre, de redémarrer le projet minier pour honorer une promesse faite au Père Généreux afin d’assurer une sécurité aux autochtones, que l’on délogeait de leurs territoires de chasse et de leurs traditions. Malgré ses efforts, l’argent entrait au compte- gouttes et la mine tournait à plat.

Malade, inquiet de la tournure des événements, le Père Généreux mourut en 1949 dans les bras d’Adrien Dubois. Ce fut tout un choc pour les Dubois.

Durant plusieurs années, le fils des Dubois, Adrien, avait accompagné le Père Généreux dans des visites en traîneau chez les Amérindiens, partageant le respect de son père pour ces peuples d’une grande beauté. Plus tard, un ancien aviateur, ami de la famille, pilota l’avion donné au Père Généreux par les Timmins afin qu’il poursuive sa mission, malgré sa santé de plus en plus fragile. Même si M. Dubois voyait dans ce geste charitable des Timmins une tentative de corrompre le missionnaire pour reprendre la mine, il avait gardé un profond respect pour ce jésuite, son ami.

Autant les autochtones que les mineurs furent chagrinés par la mort de ce saint missionnaire. On voyait pour la première fois, à Princetown, des chefs indiens, ornés de plumes, pleurer aux funérailles d’un blanc. Les gens étaient stupéfaits.

Quelques rares mineurs de la première époque se rappelaient qu’avant la guerre, la Maria employait quelques Amérindiens, mais ceux-ci, préférant la chasse et la liberté au travail, désertèrent la mine.

Chose certaine, M. Dubois avait, comme le Père Généreux, de bonnes relations avec les Peaux-Rouges. Assez souvent, le matin, avant que personne ne soit levé, un indien lui apportait de l’orignal ou du chevreuil. Cette amitié était des plus discrètes, sauf pour le vieux Bill, qui rendait parfois visite aux gens du village.

Si la mort du Père Généreux avait fait verser bien des larmes, elle eut financièrement un tout autre impact. La mort du Père Généreux provoqua un immense afflux d’argent. Des amis du Québec décidèrent de créer un mouvement sur une base coopérative, pour permettre aux Dubois de réaliser le rêve du missionnaire : le club de la Maria.

La création de ce club, suite à la mort du Père Généreux, a tout changé. Ce n’était plus un petit cercle privilégié d’amis, mais une grosse affaire. Les actionnaires, tous du Québec, particulièrement de l’Estrie, se chiffrèrent très vite à plus de cinq cents.

Certains actionnaires prétendirent même que quelques mois après la mort du Père Généreux, des hommes de la haute finance tentèrent de récupérer la mine. Ils harcelèrent M. Dubois, jusqu’à l’hôpital où il  avait été opéré dans le dos, afin qu’il leur vende la Maria.

On lui aurait même offert les services d’une prostituée. M. Dubois aurait toujours résisté à la tentation pour protéger les argents de ses actionnaires.

– Vous vous trompez, Messieurs, jamais un Dubois ne trahira ceux qui ont mis leur confiance en lui, aurait-il répondu héroïquement.

Pour déjouer les lois immobilières de l’Ontario et du Québec qui l’empêchaient de vendre ses actions, Dubois avait créé tout un système de prêts, lui permettant de récolter quand même des tonnes d’argent.

Les actionnaires n’investissaient pas, ils prêtaient l’argent à la compagnie jusqu’à ce que le moulin de production soit construit et en exploitation. Alors seulement, les prêts prendraient l’allure d’actions. Ces prêts permettaient aux Dubois de payer les mineurs et d’entreprendre de construire le moulin pour exploiter la mine et la rendre rentable.

Quand Dubois se rendait au Québec, c’était pour ramasser des fonds. Il était appuyé sans réserve par le clergé. On recrutait les gens influents dans un certain milieu, puis ceux-ci faisaient la promotion de la mine. La présence des prêtres servait à mettre tout le monde en confiance. Les gens se dévouaient sans merci pour la cause de la Maria, car si le projet avortait, ils perdraient tout leur argent.

La fièvre de l’or et la confiance dans l’exemple clérical étaient sans limites. Certains allèrent jusqu’à hypothéquer leurs fermes ou leurs pensions de vieillesse pour investir dans la Maria.

En plus du club, le clergé jouait un rôle de premier ordre, en se servant de la présence des autochtones pour justifier le financement du nouveau diocèse dans le cadre de la Propagation de la foi. Mgr Savoie avait aussi inventé le projet de construire une immense cathédrale à Hearst, dédiée à la mère de Dieu. Selon Mgr Savoie, chaque donateur verrait son nom inscrit sur la brique qu’il avait payée.

Si la Maria et les projets de Mgr Savoie connaissaient une très grande popularité au Québec, personne en Ontario ne voulait investir dans cette aventure dite périlleuse.

Plus Jean-François en apprenait sur M. Dubois, plus son admiration croissait. Il devint comme les mineurs, presque fanatiquement fier de faire partie d’une aussi grande et aussi noble entreprise : la Maria. C’était presque de l’adoration.

M. Dubois n’était pas insensible au ravissement de Jean-François. Tout homme normal, surtout s’il est un peu vaniteux, peut vite deviner quand il est vénéré. Toute personne qui perd son sens critique vis-à-vis d’une autre devient vite soumise.

M. Dubois aurait bien aimé amener Jean-François dans sa tournée au Québec, car le jeune savait flatter sa vanité. Faute de le pouvoir, il lui confia la tâche de lui rapporter tout ce qui s’y passerait durant son absence, promettant aussi de dire à son père combien il était fier d’avoir un tel partenaire.

  • Tu dois écrire tout ce que tu vois, tu entends et m’en rendre compte à la virgule près, dès mon retour.

Jean-François était tellement heureux qu’il faillit échapper un « c’est comme me l’ont demandé mon père et l’évêque de Hearst », mais il sut retenir sa langue.

À la fin d’août, les Dubois quittèrent la Maria pour visiter les actionnaires au Québec. Pour Jean-François, la vie à la mine se muta d’un coup en paradis terrestre.

Le jeune était ébloui par l’ingéniosité des travailleurs. Pour construire le tracé de la route, Fortin installa un tronc d’arbre qui dépassait de chaque côté, à l’avant du camion. Au fur et à mesure, qu’il avançait, un groupe d’hommes abattait tous les arbres qui empêchaient le camion de progresser. Dès qu’ils avaient déboisé l’espace nécessaire, un bélier mécanique aplanissait la route, tout en faisant disparaître les troncs d’arbres.

En trois jours, la route de la mine à la rivière était tracée.

Là, on entreprit de construire un pont. Un mois plus tard, les travaux étaient terminés.

En plus de noter l’évolution des travaux, chaque matin, Jean-François aidait Quirion à aller chercher le courrier.

– Tu sais que la Maria a sa propre identification postale, disait M. Quirion. Tu pourrais simplement écrire la Maria, Ontario, Canada, sur l’enveloppe, n’importe où dans le monde et ta lettre se rendrait chez nous. N’est-ce pas tout à fait formidable ? Profites-en, mon vieux, au printemps ce n’est pas toujours une sinécure d’être postillon. L’an passé, il y avait tellement de boue que l’on dut se servir de briques pour improviser un trottoir entre la camionnette et le bureau de poste du Petit Lac, de dire Quirion pour revaloriser un peu son travail. Par contre, le bout de chemin allant du Petit Lac à la rivière, que l’on partage avec une compagnie d’exploitation forestière, est souvent mieux entretenu que les rues du village. D’ailleurs, tu sais qu’avant, il fallait presque tout faire le trajet en chaloupe, au risque de couler sous le poids des paquets.

Après la malle, Jean-François se rendait au secrétariat de la mine. Il était ainsi disponible, prêt à aider ceux qui pourraient avoir besoin de lui. C’est ainsi qu’il accompagna souvent l’ingénieur Dagenais, qui se rendait sur le terrain chercher des spécimens, appelés carottes, afin de déterminer la richesse et la quantité d’or dans les veines découvertes à la surface.

  • C’est vrai que tout se passe généralement sous terre, mais on a découvert de très belles veines à la surface, expliqua Dagenais. Notre mine d’or a été produite par l’explosion d’un volcan, il y a des milliers d’années. Avec la larve, l’or a été traîné jusqu’ici, ce qui fait que cet immense dépôt, qui couvre aussi la région de Val-d’Or, ne peut exister qu’en surface, après avoir été transporté, dilué dans la fonte des glaces. Les veines seraient des fissures qui auraient partiellement été remplies par cette larve, riche en or. La coulée donne un peu l’image de l’araignée. Si tel est le cas, cela veut dire que la vraie mine, le ventre de l’araignée, se trouve ailleurs. M. Dubois, lui, affirme qu’il est ici, en profondeur. Mais, M. Dubois a beau dire qu’il faut encore descendre, que la Vierge lui a indiqué où se trouve l’or, moi, je ne crois pas que c’est en creusant que nous découvrirons cet amoncellement, mais si nous le trouvons nous serons très riches.

Ces explications hantaient Jean-François, car il avait bien de la difficulté à s’imaginer la présence d’une si terrible bête sous terre, à moins que ce ne soit le diable… après tout, le veau d’or, c’était l’amour de l’argent. C’est ce que Dieu combattait… Si c’était ça, se demandait Jean- François, pourquoi l’Église vénère-t-elle autant l’or… tous les calices et ciboires ne sont-ils pas en or pur ? Dieu doit être mal à l’aise de se retrouver dans de l’or.

Malgré le fait qu’il comprenait peu l’enjeu de cette lutte technique entre M. Dubois et son ingénieur principal, Jean-François rapportait avec exactitude les propos de Dagenais, dans les lettres adressées à son père.

Le jeune espion (10).

mai 9, 2020

À sa grande surprise, ce prêtre était non seulement le curé d’une paroisse de la région, mais l’évêque du diocèse de Hearst. Jean-François était fasciné. Non seulement Mgr Durand était seul, ne portait pas la soutane, mais il était tout simple. Il n’affichait même pas la préciosité d’un Mgr Savoie, rencontré à Sherbrooke, et encore moins, le faste, la prétention des membres du clergé au Québec.

Plus encore, non seulement était-il évêque, mais il connaissait et s’intéressait à tout ce qui se passait à la Maria. Jean-François refusa la confession offerte, jugeant qu’il n’en avait pas besoin, mais il promit à l’évêque de l’informer si quelque chose n’allait pas à la Maria.

  • Je sais qu’il est difficile de comprendre tout cela  pour un jeune de ton âge, mais l’avenir de notre diocèse repose sur la réussite de cette entreprise. La Maria est une toute petite mine, mais elle nous permet de mettre en place les institutions civiles et religieuses en créant un village spécifiquement français et catholique en Ontario. Comme le dit si bien M. Dubois, nous devons prouver aux Anglais et aux Indiens que les francophones ne sont pas seulement des sacreurs et des buveurs. Malheureusement, les bûcherons sont loin de nous forger une autre réputation. À la Maria, les travailleurs doivent donner l’exemple.

La Maria nous permet aussi d’être reconnus par le Vatican comme une mission. Ainsi, notre diocèse peut toucher l’argent des quêtes pour les missions étrangères. Le diocèse de Sherbrooke est notre principal bailleur de fonds. En ce bas monde, l’argent, c’est le seul vrai pouvoir.

Pendant la demi-heure d’arrêt à Hearst, Jean-François découvrit que cette ville était presque francophone, si on se donnait la peine de repérer les accents à travers une mer de parlants Anglais. Quel plaisir de renouer avec une ambiance francophone, de sentir à nouveau que l’on est chez soi ! Comme c’est important, la culture !

*

*     *

Jean-François en profita pour dormir de Hearst au Petit Lac, le village d’arrivée, pour se rendre à la Maria.

À la sortie du train, Jean-François constata avec étonnement que des bureaux et des meubles s’étalaient sur le quai. Les gens qui les avaient placés là attendaient comme lui. Jean-François s’en approcha discrètement. Ils parlaient français. Jean-François osa donc leur adresser la parole.

  • Vous venez aussi du Québec ?
  • Oui, de la Beauce. Nous avons vendu tout ce que nous possédions là-bas afin de nous installer à la Maria. Et toi, que fais-tu ici, seul, si jeune et de si bon matin ? Serais- tu le guide qui doit venir à notre rencontre ?

Jean-François n’eut pas le temps de répondre qu’un homme, grand, mince, avec une petite moustache, sortit de la gare.

  • Non, c’est moi. Éric Dagenais, ingénieur de la Maria, dit-il, en tendant la main.

La présence du nouveau venu sembla rassurer tout ce beau monde.

  • Le camion sera ici d’une minute à l’autre. Nous y chargerons vos affaires jusqu’à la rivière et là, nous devrons tout mettre sur un radeau pour nous rendre à la mine. Nous n’avons pas encore de chemin, nous y travaillerons bientôt. Vous êtes probablement les derniers arrivants à devoir emprunter la rivière, cette année. Le chemin devrait être complété au début de l’automne. Ce ne sera pas trop tôt.

Quand Jean-François aperçut tous les meubles sur le radeau devant emprunter la rivière Suicide, il comprit pourquoi l’ingénieur était aussi impatient d’en avoir terminé avec la route et le pont.

Les quinze premières minutes de voyage rappelaient les expéditions sur le Mississippi, un fleuve américain beaucoup plus grand. Que des arbres ! Des arbres ! Et encore des arbres ! Jean-François les scrutait, espérant voir surgir un Amérindien.

La nature sauvage, c’était le cas de le dire.

Un garçon de la Maria se dépêcha dès le départ, après avoir aidé à l’embarquement, malgré ses huit ans, à sortir sa ligne à pêche. « Autant en profiter. La rivière est très riche en dorés, un poisson délicieux », dit-il, partageant son loisir et son plaisir avec Jean-François.

Soudain, le radeau percuta sur une immense pierre, qui émergeait comme un iceberg et que l’on n’avait pas aperçue à la droite du radeau, qui flottait trop près du bord. La secousse fut telle que deux bureaux mal attachés tombèrent à l’eau, ainsi que les deux lampes qu’on y avait placées dessus.

  • Mon Dieu ! Mon Dieu !, s’écria une des dames. Tous mes livres sont dans les tiroirs. Tous mes souvenirs de jeunesse aussi.

Malgré les essais, il fut impossible de les récupérer.

Le périple se poursuivit sans autre problème jusqu’au quai de la Maria, pendant que l’ingénieur racontait les difficultés rencontrées, le printemps précédent, pour acheminer deux gros générateurs à la Maria.

  • Nous avons sué comme des bœufs, mais aujourd’hui, le village de la mine a son propre système électrique. M. Dubois a aussi acheté un vieil équipement téléphonique d’une municipalité de la Beauce, tant et si bien que l’on est mieux équipé que bien des citadins. Nous sommes en quelque sorte un îlot français, flottant sur une mer anglaise… en plein bois… parmi les mouches.

Bien avant l’arrivée à la mine, Jean-François fut saisi par un étrange bruit qui ponctuait les secondes aussi exactement qu’une horloge. Celui-ci crut d’abord qu’il s’agissait de coups de feu. Il imagina aussitôt un assaut des Indiens comme dans les films de Davy Crockett, présentés à la télévision. M. Dagenais saisit vite la surprise des nouveaux venus.

  • C’est la pompe du réservoir d’eau. Vous devez vous y habituer, car ce bruit ne cesse jamais.

À son arrivée, Jean-François fut stupéfié. Non seulement y avait-on aménagé un petit quai, mais tout un village s’agitait avec ses rues et ses maisons carrées, toutes identiques les unes aux autres. Plus loin à droite, dominant le village, un immense chevalement, et à gauche, sur la colline, trois magnifiques maisons.

Des femmes accoururent au quai à la rencontre des nouveaux arrivants.

À voir les mines réjouies, les embrassades qui n’en finissaient plus, Jean-François comprit que tout ce beau monde se connaissait déjà. Il était le seul inconnu. Pas un enfant. Quelle tristesse !

On chargea les meubles à l’arrière d’un vieux camion de l’armée. Le chauffeur, un certain Paul Fortin, avait toujours une cigarette au bec. Il semblait le boute-en-train du village. Une farce n’attendait pas l’autre. Pourtant, jamais rien de déplacé, jamais de jurons. Il fallait dans cette communauté ultra catholique donner l’exemple du parfait chrétien. C’était la règle sainte, inviolable.

  • Tu es seul, le petit ? Cria Fortin. Alors, viens avec moi. Tu m’aideras à décharger tout ce matériel et tu pourras visiter le village en même temps.

Fortin était dans la trentaine. Le plus vieux des mineurs. Il ne cessait jamais de parler. Jean-François l’écoutait sans vraiment porter attention, plus concentré à découvrir les lieux.

Ils laissèrent quelques meubles à la première maison, puis chemin faisant, ils s’arrêtèrent près d’une immense bâtisse pour y dîner.

  • Ici, mon jeune, c’est la salle communautaire. Nous avons contribué à son aménagement. La mine a cessé d’opérer et nous l’avons construite en une semaine. C’est à la fois la salle de jeux, le magasin, le bureau de poste, le presbytère, l’école et l’église. Eh oui ! La Maria, c’est déjà officiellement, non pas une paroisse, mais une mission. Notre aumônier, l’abbé Bureau, habite juste au-dessus. C’est un vieux scrupuleux, mais un saint homme.

Jean-François et Fortin se présentèrent à la cafétéria, où une cinquantaine d’hommes, tous dans la vingtaine, mangeaient frénétiquement. « La moitié d’entre nous travaille dans la mine à cette heure-ci. Les autres, les mariés, sont chez eux. » D’expliquer Fortin.

Le dîner fut succulent. Jean-François était le point de mire, non à cause de son jeune âge, mais parce qu’il était l’inconnu. Sa présence passa vite inaperçue. La curiosité satisfaite, tous retournèrent à leurs propos.

  • On mange bien, mais vite. Il n’y a que cela à faire,  ici : travailler. On est assez bien payés, si on compare à ce qui se donne au Québec, mais on reçoit des parts de la mine en compensation. On n’a pas de temps à perdre si on veut un jour, comme le promet Mgr Savoie, avoir notre auto avec une plaque d’immatriculation en or, notre nom gravé dessus.

C’est aussi la seule place où tu verras des jeunes filles, car à part nos épouses, il n’y a que trois filles célibataires à la mine. Cinq, si on compte les deux institutrices. Et, elles travaillent toutes à la cuisine. Tu n’es pas chanceux, elles sont trop vieilles pour toi.

  • Deux institutrices ? Pour faire quoi ?
  • L’école, pardi !
  • Mais il n’y a pas d’enfants. Je n’en ai pas vu.
  • C’est normal, ils sont tous en classe. Une bonne trentaine, de six à dix ans et une dizaine au secondaire. La vieille fille, Mme Langevin, s’occupe du secondaire, alors que la plus jeune, un beau pétard que cette Sonia Larose, fait la classe aux plus jeunes.

De retour sur la route, Jean-François put constater que la Maria était très bien équipée. Il y avait un parc pour les enfants, des balançoires ainsi que plusieurs jeux, patinoires attendant l’hiver, et la rivière, bien évidemment, pour s’y baigner, car, à cette époque, l’eau était encore parfaitement potable.

  • Ici, poursuivit Fortin, la pêche, c’est le ciel. Les mouches noires, c’est l’enfer. Tu es chanceux, il n’a pas encore plu et le soleil est trop fort pour qu’elles sortent, mais tu ne perds rien pour attendre. Ce sont des dévoreuses d’oreilles dépareillées.

La journée fut courte en compagnie de Fortin. Après quelques heures seulement, Jean-François connaissait superficiellement tous les habitants et les caprices de chacun, grâce à tout ce qu’il lui racontait.

L’histoire la plus drôle était certainement la guerre des nerfs que se livraient les deux institutrices, probablement jalouses l’une de l’autre. Sonia Larose, la plus jeune, prétendit être empêchée de dormir par les ronflements de la plus vieille, Mme Langevin. Elle a obtenu de déménager chez les Chagnon, mais là, elle se plaignit du bruit des trop nombreux enfants. Elle tempêtait aussi du fait qu’elle devait se laver à même une chaudière, en l’absence de bain. Non seulement la jeune institutrice attirait-elle l’attention par sa guerre contre son aînée, mais elle faisait aussi jaser à cause de ses amourettes avec son cousin, un jeune mineur, installé à la mine depuis le début. Peut-être ses dépressions suivaient-elles les hauts et les bas de cette idylle ?

Quand Fortin s’arrêta, il regarda Jean-François dans les yeux et dit :

  • Écoute ce que je te dis là. C’est le secret par excellence de la mine. Tu ne dois jamais le répéter, particulièrement devant les Dubois. Promis ?

Ici, c’est Langlois. Langlois, une fois par mois, se rend à Princetown, la ville la plus près, chercher de la boisson. Il en cache dans le bois et la vend à toutes les grandes occasions. Il faut faire attention de ne pas se faire prendre, ce serait l’expulsion.

Dubois a déjà retourné chez lui un certain Gosselin qui était allé se marier à une fille de Sherbrooke, tout simplement parce qu’avant de partir, il avait bu un peu au Petit Lac, question de fêter l’événement.

Qu’importe qu’à son retour avec son épouse, il ait tout son ménage, il avait désobéi. Il fut chassé comme un lépreux. C’est un intransigeant, ce Dubois. Un fanatique. Lui et sa femme sont pires que les curés. Jamais un mot déplacé, jamais de farces salées. Ici, c’est plutôt Mgr Savoie qui est l’as des farces cochonnes. Tu verras, avec le temps, c’est le monde à l’envers. Les curés ne portent pas la soutane, racontent des histoires cochonnes, mangent de la viande le vendredi, sous prétexte que c’est permis lorsqu’ils ont beaucoup voyagé et ils sont les rois de la danse. Dieu merci ! Ils sont tout le contraire du clergé du Québec. Ici, les religieux ne sont pas constipés. Heureusement pour nous ! Mais, ce n’est pas le cas des Dubois…

Dubois descend rarement de sa colline, sinon pour venir prier tous les soirs, à la même heure, devant la statue de la Vierge, placée au centre du village. Cela nous permet de respirer un peu, de vivre notre jeunesse. La moyenne d’âge des mineurs n’est que de vingt ans, après tout. Je suis le plus vieux et Éric Gélinas n’a que 15 ans.

À la fin de la journée, Jean-François fut conduit à nouveau à la salle communautaire. Après souper, il s’installa sur une chaise afin d’assister aux parties de badminton et de billard que se disputaient six hommes, avant de retourner travailler.

Il était absorbé par le match quand Dagenais l’interpela.

  • Eh bien ! Mon petit, les Dubois ne sont pas arrivés.

Tu devras coucher au dortoir. Ils viendront te prendre ici, demain matin, j’imagine.

Jean-François fut conduit dans une bâtisse qui servait, comme au juvénat, exclusivement de dortoir pour les mineurs non mariés. D’immenses filets recouvraient chaque lit pour se protéger des mouches.

  • Elles sont si voraces, lui dit-on, que même si tu montais sur le réservoir, elles te suivraient. Pourtant, plus tu es haut, moins il devrait y en avoir. Le petit François Bélair a failli y laisser sa peau, l’été dernier. Il était boursoufflé de partout.

À cause du bruit de la pompe du réservoir, Jean- François eut bien de la difficulté à s’endormir. « Comment pourrait-il survivre dans un tel trou ? » Se demandait-il avec de plus en plus d’anxiété.

À peine avait-il déjeuné que M. Dubois fit son apparition.

  • Alors, Jean-François, pas trop dépaysé ?

M. Dubois n’attendit pas la réponse et ajouta :

  • Viens avec moi. Tel qu’entendu avec ton père, tu ne demeureras pas dans le village, même si ici tout le monde est bon catholique. Tu vivras chez ma fille Huguette. Tu l’aideras, ainsi que Mme Lupien, notre femme de ménage indienne. Tu seras un peu comme notre fils, car mon Adrien est déjà assez vieux pour agir comme contremaître de la mine. C’est un ancien aviateur, à la démarche sûre qui, malgré les apparences, a un cœur en or.

Ainsi, Jean-François partit vivre sur la colline, privé des contacts quotidiens avec les travailleurs de la mine. Il se demandait bien comment il pourrait trouver réponse à ses questions dans de telles conditions. Sa mission semblait compromise, car les Dubois lui interdisaient de se rendre sans eux au village.

  • Nous avons promis de te surveiller. Nous sommes responsables de tout ce qui peut t’arriver, d’ajouter M. Dubois. Et une mine, c’est toujours un chantier dangereux.

Faute de pouvoir tout savoir, Jean-François se fit un devoir d’envoyer son salaire mensuel à ses parents.

*

Le jeune espion (10).

mai 8, 2020

Chapitre 3

La grande aventure

Jean-François n’eut guère le temps de réaliser qu’il partait pour la première fois de la maison, trop occupé qu’il fût à découvrir tous les raffinements de la montre que son père venait de lui donner. Il sera seul pour une première fois à une si grande distance.

Heureux de l’événement, le jeune homme oubliait toutes ses craintes, les insécurités qui l’avaient assailli jusqu’alors. N’allait-il pas permettre à sa famille de rééquilibrer les revenus disparus avec la mort de Paul et l’arrivée de deux nouveaux enfants dans la famille ? Son salaire n’était pas exorbitant, mais dix dollars par semaine, nourri et logé, c’était énorme pour un garçon de son âge.

Même si Jean-François aimait les études, somme toute, ce changement ne pouvait être qu’avantageux pour lui et sa famille. Il était heureux de jouer le rôle qu’on lui attribuait. Il était surtout fier d’être responsable du bien- être des siens. Ses peurs religieuses disparaissaient au fur et à mesure qu’il prenait conscience de leur absurdité.

Assis près de la fenêtre, Jean-François découvrait la beauté sauvage du pays. Il ne put contenir quelques larmes de joie à la pensée que cette beauté était le reflet de la magnificence de Dieu. Jean-François aimait ces moments de contemplation. À son avis, seule la beauté des garçons pouvait se comparer à celle de la nature et permettre un contact plus direct avec son Créateur.

La vie dans le train fut vite agitée, grâce à la présence d’un groupe d’enfants, en route pour les terres de la colonisation de l’Abitibi. En plus de jouer durant des heures aux cartes, à la bataille, ils jouèrent aussi à la cachette, jusqu’à la noirceur. Ses nouveaux amis se retirèrent alors pour la nuit.

Jean-François était à nouveau seul. Il alluma la lampe de chevet et entreprit la lecture de la vie du petit Dominique Savio. Le portrait du petit saint, dessiné sur la couverture, le troubla à nouveau. Il passa les doigts sur l’image, comme pour flatter la peau du petit illustré, malade dans son lit, avec à ses côtés, Saint-Jean Bosco, qui le dévorait des yeux.

Un étranger vint le trouver. Il avait une quarantaine d’années. Il était doux, petit, rondelet, d’une extrême gentillesse. Il s’assit en face de lui, le dévorant des yeux. Même s’il était mal à l’aise, Jean-François le toisait du regard et lui souriait à pleines dents, signifiant ainsi que sa présence lui plaisait.

Après quelques minutes, l’homme s’approcha. Il chercha à maintes reprises à nouer conversation, mais Jean-François ne lui adressait pas la parole, se souvenant qu’il ne fallait pas, selon ses parents, parler aux étrangers. La peur d’un homme plus âgé sème automatiquement une forme d’âgisme.

Cet homme avait une façon bien particulière de le regarder, une espèce d’admiration qui flattait l’orgueil, un sentiment bien valorisant pour un adolescent : celui de se sentir désiré.

L’inconnu quitta le banc et revint, quelques minutes plus tard, avec des liqueurs et des croustilles. La tentation était trop grande. Jean-François accepta de les partager, mais la conversation n’alla pas bien loin. L’étranger ne parlait pas la même langue. Ce fut un échange non verbal très chaleureux, fait de sourires, de signes de tête, de rires, de claques sur l’épaule, de mains dans les cheveux. Jean- François dévorait pour la première fois la volupté et le plaisir de plaire à un autre. Il se sentait attiré et, malgré son inexpérience, il savait déjà d’instinct comment attiser le désir.

Jean-François était ravi qu’un homme s’intéresse à lui. Il se gava de friandises et regarda avec avidité les bandes dessinées que lui offrit ce compagnon. Il dévorait littéralement les exploits d’astronautes sur de nouvelles planètes, ainsi que les pages de journaux qui présentaient un être étrange, nommé Superman. Quelles révélations ! Même si elles étaient toutes en anglais, Jean-François pouvait deviner l’aventure.

Jean-François désirait secrètement être caressé, vivre plus profondément, plus physiquement, cette tendresse qui circulait entre eux. Il essaya de lui faire comprendre, en se rapprochant le plus possible. Il pouvait ainsi mieux ressentir la chaleur, la vie de son corps. Mais, l’étranger ne semblait pas deviner ses propositions. Rien.

La nuit tomba. Jean-François s’endormit, recroquevillé, la tête collée à l’oreiller, appuyée sur le bord de la fenêtre.

Il se réveilla en sursauts, sentant une main qui, à l’intérieur de ses salopettes, lui effleurait les fesses.

D’abord ahuri, il eut envie de crier, de se défendre, mais la sensation était trop bonne pour y mettre fin aussitôt. En apercevant son étranger, il fut rassuré. Rien de mal ne pouvait lui arriver. Il se sentait en pleine sécurité, mais aussi en pleine excitation. C’était toute une découverte, un appel à la curiosité totale. Il feignit dormir et se colla davantage sur l’étranger afin de lui faciliter la tâche. Jean-François frissonnait de plaisir.

Quand l’homme voulut pousser les doigts sur l’avant de la cuisse, Jean-François feignit à nouveau dormir et se tourna brusquement afin de faciliter les caresses. Trop brusquement, l’étranger effrayé retira vite la main et s’assura qu’il ne l’avait pas réveillé. De toute évidence, il craignait que Jean-François n’apprécie pas. Quant à lui, Jean-François se demandait pourquoi il avait cessé, espérant ne pas avoir tout fait avorter.

Les caresses ne s’arrêtèrent que quelques secondes, puis reprirent sur son ventre. Jean-François tenta d’entrouvrir les yeux sans être remarqué. Il aurait voulu savourer les expressions de ravissement de ce féérique intrus, mais il faisait trop noir pour bien voir son visage, comme il l’aurait souhaité.

La main mystérieuse, douce, excitante se dirigea lentement vers son sexe, raide comme il ne l’avait jamais été. Jean-François découvrit l’extase, l’extraordinaire sensualité d’une main habile à procurer tous les frissons imaginables… Loin de regretter de ne pas l’avoir refusé, Jean-François se concentra sur les plaisirs qu’il découvrait, sur les chatouillements qu’on lui offrait pour la première fois de sa vie. Les yeux fermés, soufflant davantage, il revit Jean-Paul, éclatant de délire lorsqu’il l’avait masturbé.

Maintenant, il comprenait pourquoi c’est toujours meilleur à deux.

Comme Jean-Paul, il aurait aimé, là et maintenant, être nu lui aussi, afin de goûter au maximum les plaisirs que cette découverte lui procurait, afin d’être caressé partout sur son corps, de jouir de toute la surface de son corps, dans ce voyage intérieur de l’excitation ; mais il ne pouvait pas se déshabiller sans que l’on s’aperçoive qu’il était heureux de se laisser découvrir. Il ne voulait pas montrer qu’il était conscient, afin de ne pas modifier les improvisations de cet homme de talent.

Comme s’il l’avait compris, l’étranger détacha les agrafes de la salopette de Jean-François et remonta le gilet, découvrant son petit ventre presque encore imberbe. Jean- François tressaillit quand il sentit les lèvres de l’étranger se poser sur son ventre. Il frissonna de joie quand son visiteur descendit lentement ses salopettes, tout en lui caressant les cuisses de sa langue. Jamais Jean-François n’avait ressenti des sensations aussi fortes, aussi agréables. Haletant, l’extase fut complète quand il sentit l’humidité de la bouche de son héros lui couvrir le pénis et la langue de l’étranger patiner sur son gland. Jean-François sentit éclater une foudre intérieure de plaisirs quand il éjacula pour la première fois de sa vie consciente. Quel bonheur ! Quel émerveillement ! Jean-François était transi de joie.

Voyage instantané dans la quatrième dimension. Il voulait s’assurer que cette expérience était bien réelle. Qu’il ne rêvait pas !

L’étranger remonta sa salopette, se leva et s’éloigna quelques secondes plus tard, après lui avoir donné de légers baisers sur la bouche et sur le front.

Jean-François attendit impatiemment, espérant que son « archange » répète son exploit. Mais, il ne revenait pas. Il finit par s’endormir, bien déçu d’être à nouveau  seul. Est-il possible de vivre une telle expérience sans s’aimer un peu ?

Le lendemain matin, Jean-François chercha en vain son visiteur nocturne, qui était probablement descendu du train à l’une des villes où il s’arrêtait.

Il aurait aimé que cette liaison perdure. Par contre, il ne pouvait concevoir que la découverte d’une telle félicité puisse se terminer ainsi. Une simple aventure. S’il s’était laissé faire, c’était au fond parce que cet homme lui avait plu et qu’il avait voulu lui faire plaisir. Il lui avait offert ce qu’il avait : la beauté et la jeunesse. Comment un tel échange est-il possible sans amour et sans suite ?

En ce sens, Jean-François était bien désappointé. Il n’avait pas été violé puisqu’il avait lui aussi désiré et apprécié l’expérience. D’ailleurs, pourquoi le plaisir serait- il un crime ? Il faut avoir l’esprit tordu pour croire qu’un plaisir puisse nous blesser ou nous traumatiser à cause de notre âge. Une telle idée est totalement fausse, à moins d’avoir été violenté ou d’avoir agi contre son gré.

La beauté de toutes ces expériences de vie allait à l’encontre de tout ce qu’on lui avait enseigné sur la sexualité.

Il était bien conscient que le poids du regard social aurait été insupportable, puisque pour tous, les expériences sexuelles sont condamnées en dehors du mariage. De plus, il y a toujours une foule de jaloux pour se mettre le nez dans nos affaires, déblatérer et crier au scandale. Ces obsédés de la morale prétendent mieux saisir ce que tu vis que toi-même.

Jean-François crut dès lors que ce sont les parents qui paniquent, qui traumatisent ceux qui s’adonnent à un tel plaisir et non le plaisir en soi.

  • Il n’y a que les religieux qui croient qu’il faille souffrir pour avoir droit d’aller au ciel, se dit Jean- François.

Selon la nouvelle perception de Jean-François, rien de sexuel ne pouvait être interdit, s’il y avait plaisir et consentement. Il ne ressentait plus aucun scrupule à partager un plaisir qui venait de notre créateur, avec quelqu’un de son propre sexe. Par contre, Jean-François ne voulait pour aucune raison manifester publiquement son désir des garçons, son homosexualité, un terme qu’il ne connaissait même pas encore. Il savait comment peuvent être méchants ceux qui, au nom de la pureté, salissent tous les beaux sentiments qui naissent de ces actes.

Selon Jean-François, il n’avait pas été abusé, au contraire, il avait partagé une expérience secrète, intime. Pour être abusé, croyait-il, il ne faut pas être consentant et le manifester clairement. Pour être abusé, il faut une forme de domination et de violence. C’est la loi du consentement qui prédomine et définit ce qui se passe.

Il était au contraire, pleinement conscient et libre, mais il savait que tous les scrupuleux pensent le contraire, au nom d’une vertu qui n’en est pas une, la chasteté n’ayant rien à voir avec la pureté.

Jean-François ne regrettait pas d’avoir feint dormir pour mieux jouir de la situation et ne pas risquer de mettre son inconnu mal à l’aise, ce qui aurait pu l’inciter à s’arrêter.

Jean-François venait, avec cette expérience, de comprendre que la passion que l’on confond souvent avec le vice, parce qu’elle implique des gestes sexuels, est souvent la voie par excellence pour découvrir sa plénitude.

Durant les premières minutes de la matinée, avant que ses copains n’arrivent, Jean-François en profita pour savourer les souvenirs extraordinaires de ces nouvelles sensations. Il n’avait jamais été aussi heureux d’avoir un corps et se demanda même comment les anges peuvent être plus heureux que les hommes, s’ils ne peuvent pas goûter à ces félicités.

L’amour naît-il d’un échange d’énergies à travers le toucher et la chaleur du corps ? Est-elle plus qu’une osmose absolue d’énergies qui se stimulent et se complètent ? Est-ce quelque chose de strictement matériel ou la fusion des deux esprits à travers un unique plaisir ? Si oui, que sont les esprits ?

Jean-François remercia Dieu d’avoir eu l’intelligence de créer un tel bonheur, pour ceux qui savent jouir de leur corps sans se laisser écraser par la culpabilité créée par l’environnement et les religions. Sans le savoir, il venait d’échapper au lavage de cerveau social qui, dès l’enfance, t’apprend que le plaisir est défendu, voire même un crime. Il connaissait maintenant ce qu’est le sens critique et par conséquent, le droit à la liberté de conscience. Il pouvait laisser aux autres l’esclavage moral qui identifie le sexe au crime et non au plaisir.

Ses petits amis ne tardèrent pas à arriver en criant. Jean-François recommença à jouer avec ses compagnons de fortune. Il aurait bien aimé révéler son secret pour en jouir de nouveau en le racontant, mais le souvenir était trop agréable pour le partager. Quand il est question de sexe, on n’est jamais assez discret, de peur de froisser les âmes maladivement sensibles.

Malheureusement pour Jean-François, ses amis descendirent à Val-d’Or. Il était à nouveau seul.

Le voyage prit une nouvelle tournure à partir de Rouyn-Noranda, puisque presque plus personne ne parlait français. Les conversations étaient devenues des sons inintelligibles. Les heures paraissaient longues, n’ayant personne avec qui jouer ou parler.

Il fut donc ravi quand, à Kapuskasing, un prêtre qui parlait français vint s’asseoir devant lui. La conversation fut vite établie.

Le jeune espion (8)

mai 7, 2020

Après le départ de Claude, Jean-François retrouva ses camarades et participa très vite à toutes les activités organisées à l’improviste par les enfants de St-Camille-des- Champs. Il adorait jouer au cowboy dans le bois. Les jeunes se divisaient en deux groupes et il était toujours le chef des bons.

Malgré l’entrée de la télévision à la maison, Jean- François demeura un amateur inconditionnel du plein air, surtout qu’il ne pouvait pas toujours regarder son émission favorite, L’heure du concert, à Radio-Canada. Ce programme était réalisé par un certain Gabriel Charpentier. C’était une heure éducative de musique classique.

Un mercredi matin, il partit avec dix autres copains, copines, cueillir des fraises.

Pour aller aux fraises, les jeunes devaient se rendre chez les Bolduc. Il fallait traverser d’abord un champ d’avoine, puis un pâturage et, finalement, enjamber une clôture en bois rond, qui donnait sur un abattis, situé au flanc d’une petite colline, que l’on appelait « la montagne ». Là, se trouvait en abondance le fruit tant convoité. Rien n’est meilleur que les petites fraises des champs, mais elles ne sont pas commercialisées. C’est trop de travail.

Tout se déroulait dans la joie. Les filles s’étaient regroupées entre elles, comme à l’habitude. Les garçons faisaient bande à part, ce qui leur permettait d’être un peu plus grivois. Les gars ont toujours aimé se vanter d’avoir une quéquette exceptionnellement longue ou grosse et performante. Contrairement aux adultes, chez les jeunes, on n’avait pas encore développé cette pudeur maladive où tous les mots qui touchent au sexe sont sales et pervers.

Soudainement, les gars entendirent les filles crier. Elles étaient mortes de peur et complètement prises de panique.

« Qu’est-ce qui leur prend encore, celles-là ? » Semblaient se demander les gars, pendus aux lèvres de Jean-Paul, qui racontait avec beaucoup de succès une histoire cochonne qu’il venait d’apprendre.

Un coup d’œil leur permit de comprendre très rapidement : le bœuf s’était dégagé du troupeau de vaches et avait pris en chasse les filles atterrées. Même si elles couraient le plus rapidement qu’elles pouvaient, le taureau gagnait dangereusement du terrain. Il était évident qu’elles seraient encornées, si rien ne venait ralentir la course du quadrupède. Francine Dupuis traînait la patte, derrière le peloton de filles, pâmées de peur. Il était évident qu’à ce rythme, elle serait massacrée par le taureau.

Jean-François, alarmé par les cris, toisa vite la situation. Il comprit qu’il devait à tout prix détourner l’attention de l’animal. Il saisit presque intuitivement des roches qu’il lança de toutes ses forces au bovin, accompagnant son geste de cris et de sauts et mettant en évidence le rouge de son gilet.

Le taureau se fit prendre au piège, changea de direction et s’élança vers Jean-François. Celui-ci entreprit un deux cents mètres olympique. Mission : parvenir à se rendre à la clôture, tout en se dégageant des autres, afin d’être l’unique cible.

Jamais les talons de ses souliers ne lui avaient ainsi botté le derrière. Il n’allait quand même pas aussi vite que Ti-Jean : il ne laissa pas de trace dans l’herbe et ses souliers ne prirent pas en flammes, mais Ti-Jean-François ne traînait pas sur place.

Même si le bovidé gagna du terrain, Jean-François parvint à se glisser entre les billots de la clôture, avant que celui-ci ne l’atteigne. Malheureusement, cet exercice l’empêcha de voir une roche sur laquelle il glissa en se relevant et se foula une cheville.

L’animal s’arrêta net devant la clôture. Incapable de voir Jean-François, dissimulé dans les broussailles de l’autre côté. Le bœuf se contenta de serpenter l’endroit en meuglant. Il s’arrêta, jeta un dernier coup d’œil.  Il balançait la patte avant sur l’herbe, l’arrachant facilement. Heureusement pour les jeunes, l’animal finit par se calmer et regagna le troupeau, fier d’être le seul mâle.

Malgré la souffrance, Jean-François réussit à faire quelques pas sur le pied blessé. Ce n’était heureusement rien de grave, mais il se lamentait encore, quand il fut rejoint par le groupe de jeunes filles. Héros malgré lui,

Francine n’oublia pas qu’à peine quelques minutes plus tôt, un prince charmant lui avait sauvé la vie.

Francine s’avança face à Jean-François, lui mit les mains sur les épaules et l’embrassa avec autant de passion qu’elle en fut capable. Encore vacillant sur ses pieds, Jean- François reçut le coup, sous les bravos des jeunes en délire. Il oublia bien vite sa souffrance et serra la jeune fille contre lui.

Ce premier baiser frappa plus fort que la foudre. Jean- François nageait dans le bonheur le plus complet et le plus parfait. Sur le coup, le baiser cessa d’âtre le péché de la chair. La réalité l’emportait sur les préjugés.

Même s’il desserra les bras, les becs de Francine pleuvaient sur lui avec une frénésie étourdissante. Jean- François se crut viscéralement amoureux, lui, qui jusqu’alors, n’avait été attiré que par les garçons de son  âge.

Le couple d’amoureux regagna le groupe. Jean- François sentit à la fois l’admiration et la jalousie de ses compagnons : Francine était très belle, convoitée par tous les garçons ; mais, de ce fait, elle était aussi très indépendante, comme bien des filles de son âge.

La colline était rouge de fraises. Francine et Jean- François momentanément éperdus l’un de l’autre oublièrent à plusieurs reprises qu’ils devaient aussi remplir leur chaudière de fraises s’ils voulaient aller se baigner à la rivière Provencher, durant l’après-midi, comme c’était entendu avec leurs parents.

Les séances de bécotage attiraient chaque fois une pluie de fous rires des plus jeunes.

Le jeune couple regagna le village, la main dans la main, peu loquace, car, ils ne savaient pas tellement de quoi parler, se connaissant à peine.

Ces amours imprévues enlevèrent tout appétit au beau Jean-François qui, le lendemain, attendit frénétiquement le retour de sa belle, comme elle lui avait promis.

Pourquoi le miracle s’estompa-t-il ? Simplement parce que Francine était tout aussi frivole que jolie. Le beau Frédéric, espéré depuis fort longtemps par la jeune fille, alerté par son frère de la compétition déloyale d’un nouveau venu, était accouru afin de protéger son butin.

Dupe, Francine crut que la jalousie de Frédéric venait de le jeter dans ses bras. Elle oublia le rendez-vous avec Jean-François, son nouveau prince charmant accidentel ; mais Frédéric mit vite fin à sa cour. Ses crises de jalousie étaient devenues de plus en plus intolérables. Francine ne trouva rien de mieux pour le calmer que de se laisser pénétrer.

Quelques heures plus tard, ayant accompli ce dont il rêvait, Frédéric préféra partir pour la pêche avec son frère au lieu de tenir compagnie à une fille qui lui avait donné ce qu’il cherchait. Il était certain d’avoir allumé la flamme amoureuse de Francine de façon définitive et d’avoir ainsi écarté toute compétition possible pour l’avenir. En allant à la pêche, il pouvait y ajouter le plaisir de raconter ses instants d’intimité et ainsi faire saliver le groupe de garçons auquel il appartenait.

  • Ils deviendront fous quand ils apprendront que les bobettes de Francine sont roses, pensait Frédéric.

Francine se sentit trahie. Comment Frédéric pouvait-il préférer les poissons à la passion féminine ? Elle se demandait si la beauté ou la réputation avaient tellement d’importance dans le choix de ses amoureux.

Quant à Jean-François, il espéra désespérément sa nouvelle flamme. Les baisers lui avaient fait tourner la tête. Sous prétexte d’avoir oublié son costume, puis son savon, il réussit à faire retarder le départ pour la baignade d’au moins quinze minutes. Toujours sans nouvelles de la belle Francine, triste, il dut se résigner à enfourcher sa bicyclette et se joindre au groupe. Jean-François savait que ce n’avait été qu’un moment sans avenir. Un incident.

  • Les filles doivent faire poireauter les gars, pour prétendre qu’elles leur sont supérieures. Tant pis, je n’ai pas besoin de femmes pour être heureux. Pensa Jean- François.

Ces balades étaient toujours gaies. Les courses de vitesse se succédaient, ainsi que les compétitions à savoir qui grimperait le plus vite tel ou tel escarpement. Un véritable tour de France d’environ huit kilomètres.

Benoît arriva en tête du peloton, ce qui lui conféra le privilège d’être le premier à sauter du pont et de n’avoir jamais à subir la file d’attente dans toutes les activités.

Les baignades étaient, sans contredit, les moments les plus beaux, les plus privilégiés des vacances. Ce qui n’empêcha pas Jean-François de s’ennuyer. Il repartit seul, avant tous les autres. Il était pressé de revoir sa Francine.

Dès son arrivée chez lui, Jean-François se précipita au téléphone afin de renouer avec Francine. Celle-ci, pour se venger de Frédéric, lui fixa un rendez-vous le soir même, dans le hangar de la municipalité.

Que ces heures furent interminables pour ce pauvre Jean-François, l’âme à ce point enflammée pour la première fois de sa vie.

Surpris de le voir à la maison, Gaston exigea que notre Don Juan range sur les tablettes les commandes qui venaient d’arriver dans des boîtes. Jean-François ne pouvait pas travailler à la caisse, car il se trompait souvent dans ses additions, dès que c’était compliqué. Mais, le grand moment tant attendu finit par arriver.

Jean-François se précipita au rendez-vous. Il y retrouva une Francine, devenue subitement glaciale. Étourdi par ce changement subit, Jean-François, croyant qu’elle voulait l’enflammer davantage, la saisit dans ses bras et lui vola un baiser.

Francine répondit à cette fougue par une taloche.

Désespéré, Jean-François retourna au magasin, se disant qu’il ne comprendrait jamais les femmes. Pour lui, c’était la première, mais aussi la dernière. Trop compliquées les femmes.

Il se sentait coupable d’avoir agi comme un cochon en essayant de s’imposer. Il croyait déjà fermement qu’aucune relation sexuelle qui mérite ce nom ne puisse avoir lieu sans consentement mutuel et un grand respect pour l’autre. Si le sexe dans une relation avec un garçon était, à son avis, un plaisir bien légitime, il y avait une grande différence avec une fille. Avec un gars, il est plus facile de savoir s’il consent réellement. Le langage verbal est très clair.

La culpabilité réapparaissant, il s’empressa donc d’écrire une lettre d’excuses.

  • Chère Francine, pardonne-moi mon audace. Je fus un vrai cochon. Je n’aurais pas dû t’y forcer. Je t’aime et je ne voudrais pas te perdre. Jean-François.

Jean-François venait à peine d’apposer sa signature, qu’il entendit un bruit étrange, à l’arrière du magasin.

Il s’y précipita et vit son chien, Kiki, livrant une lutte féroce à un rat, sorti d’on ne sait où.

Kiki réussit sans difficulté à tuer le rongeur, mais il fut mordu à une patte dans l’altercation. Jean-François, peiné, apporta le chien dans la cuisine le plus rapidement possible afin de le soigner, oubliant sa missive sur le comptoir du magasin.

Le lendemain matin, monsieur Bégin, en allant ouvrir le magasin, découvrit la lettre, qu’il lut machinalement. Il fut surtout intrigué par le nom à qui elle était adressée. Il devint aussitôt furieux que son fils ait manqué de respect à une fille, comme l’indiquaient les propos de la lettre. Pour M. Bégin, il était intolérable de penser que son propre garçon, aussi bien élevé, puisse agir ainsi. L’égalité homme femme était sans contredit la plus grande révolution sociale, qu’il appuyait de toutes ses énergies.

Rongé de colère, monsieur Bégin courut à la chambre des garçons. Il tira Jean-François du lit, lui intimant l’ordre de se rendre immédiatement au salon.

Jean-François, l’esprit encore enveloppé de sommeil, obéit sans comprendre.

  • Qu’as-tu fait encore ? Lança monsieur Bégin, dès l’arrivée de Jean-François.

Jean-François reconnut les rougeurs caractéristiques des colères de son père.

  • De quoi parlez-vous ?
  • De cette lettre. Son père la laissa aussitôt tomber sur le divan avec mépris, comme s’il s’était agi d’un mot envoyé par Satan lui-même.

Accablé, Jean-François ne sut rien dire. Un silence de mort pesa sur les deux hommes.

  • J’espère qu’elle n’est pas enceinte, martela finalement le père, hors de lui-même. Tu ne sortiras plus de cette maison, tant et aussi longtemps que tu ne partiras pas pour la mine ou le juvénat. C’est bien compris ?

Jean-François acquiesça aux réprimandes et retourna dans sa chambre, où il pleura longtemps, d’autant plus humilié que tous ses frères s’étaient pointés au salon, quand son père lut la lettre et piqua sa colère.

Pire encore, Jean-François croyait avoir commis un crime abominable en forçant Francine à recevoir ce baiser. Il se résolut à ne jamais plus approcher une femme de sa vie, car c’est trop dangereux. « Les parents ne  comprennent jamais rien aux amours de leurs rejetons. Comment lui dire qu’il ne l’avait qu’embrassée en employant peut-être un peu trop de fougue ? » Avait conclu Jean-François.

Jean-François demeura dans sa chambre jusqu’au départ de ses parents pour la Beauce. Il fut tout ce temps incapable de s’expliquer à son père.

Le vendredi soir, il dut se rendre aider Gaston, à qui il confia son histoire et son désarroi. Gaston le consola du mieux qu’il put, décidé d’en informer monsieur Bégin, pour apaiser sa colère. Gaston se demandait aussi s’il n’était pas allé un peu trop vite avec la construction de son autel. « Ce petit nigaud peut encore créer des situations inimaginables à cause de son ignorance et de son imagination », se dit Gaston.

Le samedi matin, Paul vint chercher Jean-François très tôt le matin pour aller bûcher.

  • Habille-toi ! J’ai besoin de toi. Tu conduiras la jument pour sortir le bois abattu.

Jean-François était ravi de pouvoir enfin être à nouveau indispensable. Il vit dans ce travail l’expiation de son péché. Il travaillerait jusqu’à épuisement pour laver cette tache sur sa conscience.

Exténué, le midi, Jean-François travaillait encore avec

la même ardeur, quand il vit arriver Benoît et Michael, qui s’étaient rendus sur le chantier, les voir travailler. Ils étaient affolés.

  • Viens vite ! Paul a eu un accident. Il a été gravement blessé. La branche d’un arbre, tombé près de lui, l’a frappé à la tête. Il est tout en sang.

Les compagnons de l’infortuné blessé l’amenèrent à la maison la plus proche. Angoissés, ils attendaient l’ambulance. Paul fut conduit à l’hôpital, mais il y mourut quelques heures après son entrée.

Jean-François vit dans cette malédiction une vengeance divine et se promit intérieurement, encore une fois, que jamais plus il n’approcherait une fille.

Deux semaines de tristesse s’abattirent sur les Bégin, mais comme il avait été convenu auparavant dans la Beauce, ses parents ainsi que ses grands-parents étaient déjà partis pour la Maria. Jean-François n’avait pas pu être du voyage, faute d’espace.

  • Rien à faire, quand c’est ta destinée, avait conclu Jean-François, qui d’une certaine façon était soulagé de ne pas à avoir à affronter quotidiennement son père.

Jean-François espérait secrètement que son père oublie son projet de l’envoyer dans cette mine d’or. Il travaillait sans relâche pour retrouver, grâce au compte- rendu que ferait Gaston de son travail et de son comportement, l’estime de son père, redevenu de marbre avec lui.

Jean-François avait terriblement besoin d’affection, d’être soulagé du poids qui pesait sur  « son  âme  innocente ».

  • Pourquoi la société cultive-t-elle une haine du sexe aussi injustifiée ? La sexualité est pourtant la plus belle des inventions du Créateur ! Est-ce que l’approche religieuse de la sexualité fondée sur l’ignorance n’est pas contre nature ? Se demandait-il. La pudeur n’est-elle pas une forme de honte de son corps ? Cette honte ne conduit-elle par à une forme de paranoïa ?

Pour Jean-François, dans une relation sexuelle, seule la violence était à condamner. Il reconnaissait que l’éducation sexuelle était bien plus un lavage de cerveau qu’une route vers l’autonomie et la conscience personnelle. Le retour précipité des Bégin fut moins difficile que prévu pour Jean-François, même s’il fut affreusement triste.

À son retour, monsieur Bégin apprit de la bouche de Gaston les péripéties de l’aventure amoureuse de son fils. Étonné que ce fussent des incidents aussi peu graves, il lui pardonna facilement et regretta sincèrement de ne pas l’avoir écouté avant de s’être ainsi emporté.

M. Bégin se prit à s’interroger à savoir si au Québec, les parents n’ont pas une peur maladive de la sexualité à cause de leur foi religieuse. Une peur qu’ils communiquent de génération en génération, au nom d’un Dieu d’amour qui nous apprend à condamner et haïr ceux qui nous sont différents. Une morale qui sème le mépris de soi à travers la mésestime de son corps.

  • La peur du sexe est une véritable paranoïa collective, en conclut-il.

Le père, repentant de son manque de sensibilité aux douleurs de son fils, s’empressa de rencontrer Jean- François et de s’excuser pour avoir été trop impulsif. M. Bégin comprit la douleur et la culpabilité de Jean-François, quoiqu’il le pensait plus mature. M. Bégin prit le temps de s’assurer aussi que Jean-François cesse de se croire responsable de l’accident de Paul.

  • Tu devais t’occuper des chevaux. Tu ne pouvais pas en même temps aider Paul à abattre les arbres. Je comprends que si tu avais été avec lui, tu aurais pu l’aider à diriger la chute de l’arbre, mais on ne peut pas tout faire en même temps. Tu étais là où tu te devais d’être. À préparer le chargement des arbres déjà coupés, de dire M. Bégin. Cet accident n’a rien à voir avec toi.

Il en profita aussi pour indiquer à ce pauvre Jean- François que sa mission devenait encore plus importante à la Maria, et que le salut de la famille dépendait maintenant de lui.

  • Jean-François, le grand jour arrivera bientôt, lui annonça son père. Il y aura une grande fête champêtre de la Maria dans deux semaines, à Drummondville. Si rien ne vient brouiller les cartes, tu partiras avec Monsieur Dubois. Jean-François ne manifesta aucun étonnement et prépara ses effets. Il savait maintenant que c’était sa destinée, mais l’événement fut annulé, la veille, monsieur Dubois ayant été retenu à la mine, à cause d’un bris mécanique quelconque.

Jean-François était persuadé d’échapper à son sort, quand son père statua, à travers un sourire :

  • Ça ne peut plus durer ainsi. Toutes tes affaires sont prêtes. Tu partiras donc pour la Maria en train. J’irai te mener demain à la gare de Sherbrooke. Tu es assez vieux pour voyager seul sans danger. Il te suffit de ne pas adresser la parole aux étrangers.

Le lendemain, juste avant de partir, monsieur Bégin saisit Jean-François par l’épaule et se dirigea vers le quai d’embarquement, en lui disant :

  • J’ai été un peu dur avec toi. Je m’étais, je ne sais comment, imaginé le pire. J’aurais dû te faire confiance. Tu es tellement bien. J’ai discuté longuement avec Monsieur Dubois et il m’a assuré que tu seras traité comme son propre fils. Tu ne manqueras de rien, tu verras. N’oublie pas, ajout a-t-il, de m’écrire tout, tout ce qui se passe et se dit à la Maria. Notre avenir dépend de ces informations. On veut savoir si on peut compter sur la richesse de la mine ou si l’on doit s’en retirer.

Monsieur Bégin serra Jean-François dans ses bras et l’embrassa sur le front.

  • Je t’aime, mon fils, dit-il, tout en essuyant une larme avec sa main.

Jean-François était tellement heureux de faire plaisir à son père, qu’il bénissait maintenant l’existence de la Maria, qui lui révélait les vrais sentiments de son père à son égard.

Le sifflet retentit et le train se mit en branle.

Le jeune espion (7)

mai 6, 2020

Heureusement, sa mère dut les quitter promptement pour se rendre au chevet de Madame Vachon. Jean- François n’avait pas ainsi à s’expliquer et décevoir sa mère. Si Jean-François était pieux, ce n’était pas pour répondre à l’appel de Dieu, par vocation, mais simplement parce qu’en priant, il avait l’impression de mieux comprendre l’humanité, de participer à travers l’énergie, au corps mystique de l’Homme. Même les mystères devenaient clairs pour lui, puisque l’univers n’est qu’une même énergie : l’amour. La libido est à l’image des forces électromagnétiques, à un degré d’énergie plus pur, plus concentré, donc, plus puissant. La vie n’est que le cheminement vers une purification sans cesse plus grande de son énergie. Un amour plus grand, plus universel, plus lumineux. Tout n’est que lumière, énergie. Dieu étant la totalité, n’est-il pas normal qu’il puisse tout modifier par sa simple présence ?

Jean-François savait aussi qu’après la méditation, l’application du Nouveau Testament et la vie de Jésus, était la plus grande des révolutions sociales. La révolution de la non-violence et de la tolérance. Une vraie révolution qui ferait aussi éclater l’hypocrisie de la morale des religions.

Il savait dans son for intérieur, sans pouvoir le formuler, qu’un jour les communications rendraient la servitude de l’homme par l’homme, tout à fait impossible. L’anarchie est la seule voie de l’avenir, parce que l’anarchie, c’est la liberté. L’ordre dans le désordre. La liberté et l’amour sont les pouvoirs sacrés de l’homme. C’était une des contradictions de ce jeune homme : être à la fois aussi naïf et aussi profond. Il avait l’impression de ne pas saisir les évidences reconnues par tous et pourtant pouvoir s’expliquer l’inexplicable.

Mme Bégin n’entra pas à la maison. En donnant naissance à son douzième enfant, Mme Vachon avait subi une hémorragie.

Toute la soirée et une partie de la nuit, madame Bégin téléphona aux membres de l’association de la Maria pour découvrir un ou une donneuse de sang compatible. Un actionnaire de Sherbrooke se présenta, mais c’était trop tard, la mort avait déjà emporté la pauvre dame. Le médecin ne réussit qu’à sauver le nouveau-né.

Le matin, au déjeuner, après avoir appris la nouvelle à sa famille, Mme Bégin n’avait qu’une question :

  • Qui s’occupera des enfants ?

La mère de Jean-François était bouleversée par le malheur qui arrivait à ses voisins et amis. Elle revoyait monsieur Vachon abattu, gémissant encore de douleur quand elle les avait quittés.

  • Monsieur Vachon ne pourra jamais s’occuper de toute cette famille, ajoute-t-elle, mesurant l’impact de ses paroles sur son mari. Si ce pauvre monsieur Vachon le  veut bien, nous pourrions en prendre un ou deux, du moins, pour un petit bout de temps. Cela éviterait que ces pauvres enfants soient placés dans un orphelinat. Qu’en penses-tu ?

Tous les yeux se tournèrent vers M. Bégin, qui continua de manger sans dire un mot. Le silence était lourd.

Après quelques minutes de réflexion, il trancha.

  • Pourquoi pas ? Nous pouvons bien en nourrir un ou deux de plus, si nous vendons notre auto neuve. C’est toi qui auras le travail supplémentaire, il t’appartient donc de décider. Je ne crois pas que tu doives te fier aux plus vieux de notre famille pour te soutenir.

Mme Bégin embrassa son mari. Elle n’était pas surprise de son élan de générosité. Il avait toujours eu ce grand cœur.

  • Il y en aura au moins deux qui ne souffriront pas, laissa-t-elle tomber, visiblement satisfaite. Tu es le meilleur des gars, même si tu es pauvre comme la gale.

Le soir même, Colette avait une nouvelle petite sœur : Solange, une petite fille blonde, de sept ans. Quant au bébé, Mme Bégin l’adopterait aussi, si sa grand-mère ne le faisait pas.

Les funérailles furent extrêmement pénibles. Un groupe imposant d’actionnaires de la Maria s’étaient déplacés pour assister aux obsèques. Ce fut tout un remue- ménage quand le président de la mine, M. Dubois, fit son entrée.

Malgré toutes les marques de sympathie, manifestées au cimetière, effondré, M. Vachon criait sa douleur. C’était affreusement triste de l’entendre, perdu dans ses sanglots, répéter, pour ne pas dire crier :

  • Non ! Non ! Tu n’as pas le droit, Martine, tu n’as pas le droit de me quitter ainsi, de me laisser seul avec tous ces enfants. Vous n’avez pas le droit, mon Dieu, d’exiger un tel sacrifice. Que deviendront ces pauvres enfants ?

Presque tous les assistants pleuraient. M. Dubois quitta sa place et se rendit près du pauvre père éploré, qui se précipita dans ses bras et se camoufla la tête dans son épaule pour mieux étouffer ses gémissements. M. Dubois lui souffla de faire confiance à la Vierge, cette mère qui avait aussi perdu son fils. Après cette douleur, n’est-elle pas capable de nous comprendre ?

Incapable de supporter une telle tension, le petit

Michael Vachon s’évanouit.

À la sortie du cimetière, Jean-François demanda à sa mère de prendre aussi Michael à la maison.

  • Il est juste un peu plus jeune que Benoît et ce sont des amis inséparables.

Jean-François savait que cette demande tenait au fait qu’il trouvait Michael extrêmement beau et qu’ainsi, il serait plus près de lui pour contempler ses charmes ; mais il se refusait de l’admettre.

  • Nous en reparlerons, tu veux ? Répondit laconiquement sa mère.

Benoît avait déjà saisi l’enjeu. Il insista auprès de sa mère afin qu’elle accepte. « Jamais deux sans trois », insistait-il.

La décision fut vite prise, quand Mme Bégin rencontra la grand-mère des enfants et que celle-ci confirma son intention de prendre en charge le bébé. Ainsi, Michael et Solange Vachon vinrent grossir les rangs des Bégin.

Une réception fut organisée chez les Vachon, à la suite des funérailles, grâce à l’aide de toutes les femmes de la paroisse. M. Dubois profita de l’agitation créée par le service du souper pour inviter le malheureux Monsieur Vachon à l’écart.

  • Sachez que je suis de tout cœur avec vous. Prenez cet argent, vous en aurez besoin. C’est tout ce que vous avez investi dans la mine et un petit cadeau. Ne craignez rien. Vous aurez droit au même nombre d’actions que si vous y aviez laissé votre part. Que Dieu vous aide et surtout, ne désespérez pas. Tous les membres de la Maria sont votre famille. Ils ne vous laisseront pas tomber. Vous n’avez qu’à nous dire ce dont vous avez besoin et ce que nous pouvons faire pour vous, pour que ce soit en soi un ordre. Nous le ferons, je vous le jure.

Ce soir-là, ce fut tout un événement : monsieur et madame Dubois vinrent coucher chez les Bégin, car le voyage avait été long et fatigant.

Madame Dubois impressionna fortement Jean- François. Il trouvait chez cette dame, à la fois, une grande amabilité et une grande noblesse. Jean-François aurait bien aimé causer davantage avec elle, mais les adultes voulaient plutôt parler de la mine.

La visite des Dubois serait sans doute passée inaperçue pour les enfants, si ce n’eut été que monsieur et madame Bégin agissaient comme s’ils recevaient quelqu’un d’une condition sociale supérieure à la leur, mais quelqu’un qui, malgré la conscience de ce statut privilégié, savait conserver une sorte d’égalité.

Jean-François n’était pas habitué de voir ses parents pratiquement à genoux devant d’autres personnes. Il pensa que ce devait être des gens bien importants.

Le père de Jean-François leur apprit, tout en parlant aux Dubois, qu’il devait se rendre dans la Beauce la fin de semaine suivante pour y rencontrer un ministre du gouvernement Duplessis, lui aussi actionnaire de la Maria. Si Duplessis n’aimait pas voir les épargnes du patrimoine du Québec s’envoler en terre étrangère, il partageait l’espoir du haut clergé de créer à travers ce projet une forme de revanche des Canadiens français, une sorte de reconquête du Canada, perdu avec la Conquête…

Avant leur départ, Jean-François fut invité au salon.

Son père le présenta aux Dubois comme un fils brillant et très travaillant. Un fils dont il était très fier.

Les Dubois se dirent ravis que Jean-François les rejoigne bientôt à la Maria. Ils expliquèrent qu’un détour par Montréal pour y rencontrer l’archevêque les empêchait de l’amener immédiatement à la mine.

  • Tu pourras poursuivre tes vacances un peu plus longtemps, espèce de chanceux ! De dire une Madame Dubois, toute souriante. De toute façon, tu n’en es qu’à ta première semaine, n’est-ce pas ?

C’était en effet la première. Ce fut une semaine extraordinaire pour Jean-François, car, en plus d’aller jouer avec ses anciens amis, le lundi, il reçut une lettre de Raymond, l’informant que sa famille s’était établie à The Pas, au Manitoba et que son père s’était ouvert un petit commerce, espérant ainsi vite effacer ses dettes et probablement retourner à St-Camille des Champs, dans moins d’un an.

Jean-François n’avait jamais été aussi heureux. Le soir même, il écrivit à son ami.

Sa mère découvrit la missive. Mais, heureusement, elle était trop occupée chez les Vachon, en plus de s’occuper de ses propres enfants, pour prendre le temps de gronder Jean-François. « Un caprice qui finira bien par passer », pensa-t-elle. Elle oublia la lettre sur la table, au grand plaisir du gamin.

Cette correspondance questionnait à nouveau le jeune séminariste bouleversé par la vie. En quoi  une différence de croyance pouvait-elle mettre en péril le salut de son  âme ? Jésus ne demandait-il pas d’aimer même ses  ennemis ? Comment un Dieu qui se dit amour peut-il accepter la damnation de ceux qui ne partagent pas la même foi ? D’autant plus, que cette foi ne pouvait s’obtenir que grâce à Dieu, un don que lui seul pouvait offrir aux êtres de son choix. Jean-François préférait les Évangiles, où tout n’est qu’amour, à ce Dieu trop économe de sa foi, une espèce de « gratteux » avec sa grâce.

Quand Jean-François songeait à ce que seuls les catholiques pouvaient être sauvés, il ne pouvait s’empêcher d’en vouloir un peu à Dieu de ne pas accorder la grâce de la foi à Raymond et sa famille. Il oubliait que probablement, Raymond croyait aussi dans ce même Dieu à travers sa religion puisque son père était pasteur protestant.

Il pria plus que jamais pour leur conversion, leur amitié en dépendait.

Sa mère s’aperçut de cette nouvelle religiosité et crut aussitôt dans une ascension de la vocation sacerdotale de Jean-François.

  • Serait-ce enfin la récompense de tant de sacrifices et de prières ? Se demanda-t-elle.

Le dimanche, toute la famille s’embarqua pour assister à un événement bien spécial : une réunion du Club de la Maria.

Le site du pique-nique était ravissant. C’était un immense champ entretenu comme une pelouse, donnant sur un lac. Le quai permettait même d’y voir nager des poissons. L’atmosphère invitait à la détente et au plaisir.

Jean-François était émerveillé de voir que le Club de la Maria comptait déjà autant de membres. Il y avait aussi beaucoup d’enfants, car les familles étaient toutes très nombreuses. Mais, ce fut surtout l’arrivée de Claude qui l’enthousiasma le plus.

Jean-François fut aussi surpris du nombre impressionnant de prêtres. Il n’en avait jamais vu autant dans un même endroit, sauf au collège, malheureusement, l’abbé Labonté n’était pas du nombre.

Vers dix heures, tout le monde s’assembla autour de l’autel dressé à l’intérieur du bâtiment pour assister à la messe. Jamais une foule ne fut plus recueillie.

Le sermon fut prononcé par Mgr Poitras. Celui-ci avait auparavant attiré l’attention des jeunes en prétendant parler le chinois. Les sons nouveaux du prétendu chinois émerveillaient les petits.

Mgr Poitras épilogua longtemps sur la fraternité humaine, le devoir de s’aimer les uns, les autres. Il insista aussi sur le sens à donner à la Maria, une œuvre de propagation de la foi chez les Indiens.

  • Ce n’est pas, disait-il, une simple mine, un endroit permettant de rêver de richesses. L’argent qui coulera à grands flots de la Maria devra, affirme-t-il, servir à édifier un rassemblement de gens dont l’exemple de la conduite chrétienne sera cité partout, en témoignage de la bonté de Dieu. La Maria, c’est un cadeau de la divine Providence, une occasion de prouver la beauté de notre foi et surtout, de notre charité. À travers le club de la Maria, il faut maintenant construire une communauté dont le signe incontestable est la grande charité des uns envers les autres.

Immédiatement après la messe, les jeunes furent invités à se baigner. Il y eut par la suite un dîner communautaire, servi à l’intérieur de l’immense chalet.

L’après-midi appartenait spécialement aux enfants. On y organisa toutes sortes de jeux, alors que les adultes se rassemblaient en petits groupes pour jaser de la Maria.

Jean-François remporta une course en équipe avec Claude. Les deux jeunes étaient attachés un à l’autre par une jambe et devaient courir ainsi jusqu’au point d’arrivée. Il se classa deuxième dans une autre course, exécutée cette fois dans une poche de patates vide. Jamais Jean-François n’avait autant bondi, mais il diminua sa vitesse avant le fil d’arrivée, afin de laisser son ami Claude l’emporter de justesse. Jean-François reçut un gant de baseball à la remise des prix. Il était très fier de lui.

Le soir donna sûrement lieu aux plus beaux moments de ce rassemblement, alors que l’on organisa des rondes d’amitié autour de feux de camp, avant d’écouter un concert de l’abbé Dion, de la Belle Chanson française.

Jean-François était très heureux d’appartenir à un groupe aussi chaleureux, aussi humain.

Son bonheur atteignit l’apogée quand son père accepta qu’il amène Claude passer une semaine chez lui.

Ce fut la semaine qui s’écoula le plus rapidement dans la vie de Jean-François. C’était le bonheur parfait

*

Le jeune espion (6)

mai 5, 2020

Chapitre 2

Un début d’été mouvementé

À son arrivée à la maison, à St-Camille-des-Champs, Jean-François fut stupéfait de ne trouver personne dans la cuisine. Il entendit cependant des voix inconnues et des bruits insolites, provenant du salon. « De la visite ? Gaston, un employé du magasin, ne m’en a pourtant pas parlé. Il était probablement trop occupé à amuser Colette. Une vraie mouche à merde quand elle est avec lui. »

Jean-François enviait la patience et surtout la tendresse avec laquelle Gaston traitait Colette. Non seulement prenait-il le temps de répondre à toutes ses questions, mais il la consolait, si elle avait le malheur de se plaindre de la faim ou de la longueur de la randonnée ? Il allait jusqu’à imiter toutes sortes de personnages pour la distraire.

Jean-François aimait particulièrement se rappeler un événement qui le fit longtemps rire.

« Ça aurait été drôle si elle lui avait pissé dessus », songeait-il, en riant aux éclats. Il revoyait le visage décontenancé de Gaston, quand la petite, assise sur ses genoux pour faire semblant de chauffer l’auto, se mit à crier : « J’ai envie de pipi. Vite, j’ai envie de pipi. » Gaston, tout énervé, dut arrêter la voiture et porter en vitesse la petite Colette à l’extérieur, pour qu’elle fasse ses besoins.

Plus il s’imaginait Colette lui dégoulinant dessus, plus Jean-François riait bruyamment. Il n’y avait jamais rien eu d’aussi drôle que la tête que fit Gaston aux cris de Colette, sauf la fois où son père, en plein chapelet, avait laissé échapper un pet comme on n’en avait jamais entendu, un pet à faire trembler toute la maison.

Jean-François aimait bien la compagnie de Gaston, surtout quand, malgré son âge, Gaston racontait des contes comme l’avait fait, pour lui, Ti-Charles Bergeron, à l’époque où son père l’employait au magasin général, à la place de Gaston. La tradition avait continué, malgré le changement d’employé. Ces contes avaient toujours quelque chose de fascinant, car le conteur mettait toujours Jean-François dans la peau du héros. Dans les contes racontés par M. Bergeron, Jean-François était toujours une sorte de héros mystique qui combattait les plans du diable. Il était bien différent, cependant, du Ti-Jean de l’ONF. Au cinéma, Ti-Jean était devenu le plus fort des petits gars d’un pays qui ne fut jamais le sien. « Le Canada est le pays des Anglais, le Québec, celui des Français. », pensait Jean- François.

Jean-Paul apparut dans la porte du salon. « Tu ris tout seul, maintenant. Serais-tu devenu fou ? J’ai toujours dit que l’instruction, ça rend dingue. »

Jean-François n’eut pas le temps de s’expliquer que Jean-Paul lui dit : « Tu n’as pas vu la surprise ? Viens au salon ! Tu seras étonné ». Pour être étonné, Jean-François le fut. Quand il se pointa dans la porte du salon, il aperçut le téléviseur que son père venait d’acheter.

Une dizaine de jeunes du village étaient assis devant l’appareil, silencieux, venus écouter le Père Ambroise Lafortune raconter un de ses souvenirs de voyage, mais les parents étant absents, on avait changé de canal. Il y avait une émission où la fille en vedette était plus belle.

Malgré son ravissement, Jean-François demanda où était sa mère, car, comme à l’habitude, le voyage lui avait creusé l’appétit.

  • Elle est allée aider Mme Vachon. Elle  aura un bébé et ça se présente très mal, répondit Jean-Paul, ayant, à cause de la télévision, retrouvé soudainement et temporairement, ses dix ans. Elle m’avait demandé de te préparer un macaroni au fromage, mais je l’ai oublié. Le film à la télévision était trop captivant : deux adolescents amoureux qui ne pouvaient pas se marier, à cause d’une chicane de famille et de statut social. « Ils sont complètement idiots, ces parents-là. », lança un des garçons devant le petit appareil, révolté par la stupidité des règles bourgeoises.

Jean-François comprit qu’il n’y avait qu’un moyen de souper : se le préparer lui-même. Jean-Paul était trop excité pour abandonner le petit écran, qui venait de faire son entrée chez les Bégin. Inutile de dire que les voisins s’y pressaient, les Bégin étant les seuls à bénéficier de cette invention au village.

Après s’être empli la panse, Jean-François retrouva le groupe de jeunes, qui ne s’aperçurent même pas de son arrivée. Enfin, ce n’était pas si grave, puisqu’un nouveau film commençait.

Jean-François voyait pour la première fois un couple d’amoureux se dévorer des lèvres. « Pourquoi montre-t-on comment faire des péchés mortels à la télévision ? » se demanda Jean-François, persuadé que les péchés d’impureté dont on parlait sans cesse n’étaient possibles qu’en compagnie des filles. Cependant, il ne savait pas exactement ce qu’était un péché, croyant qu’il s’agissait surtout de s’embrasser.

Le film terminé, sa mère n’était toujours pas revenue.

Son père, cependant, fit son apparition.

  • Allez, les enfants, il est assez tard. Tout le monde retourne chez soi, vous reviendrez demain, et vous, vous allez au lit. Tiens, Jean-François, mon homme. T’as fait bon voyage ? Au lit, toi aussi, car, demain, j’ai besoin de toi au magasin.

Jean-François ne portait plus à terre, jamais son père n’avait été aussi aimable avec lui. Ne lui avait-il pas passé la main dans les cheveux, un vrai miracle d’affection ?

Jean-François allait se coucher avec Benoît, quand Jean-Paul, son aîné d’une année, l’invita dans son lit.

  • Viens. Je dois te parler de la plus belle fille de St- Camille. Si tu la voyais, tu serais éternellement jaloux de moi.

Jean-Paul raconta sa romance, sans s’apercevoir que Jean-François n’en avait entendu que les premières strophes, puisqu’il s’était aussitôt endormi.

Immédiatement après le déjeuner, Jean-François se rendit au magasin retrouver Gaston, qui y était déjà depuis longtemps. Le travail ne manquait pas. Il fallait remplir les tablettes, épousseter le dessus des cannes, balayer le plancher et laver les vitres.

  • Jean-Paul ne vient pas t’aider ? Demanda Gaston, consterné par la paresse de cet adolescent.

Benoît fit son apparition, mais il profita du premier moment d’inattention de Gaston pour filer chez ses amis. Pour lui, la vie était déjà un jeu, une mentalité qu’il développera avec les années.

Vers dix heures, Gaston, impatient, demanda à Jean- François d’aller chercher Jean-Paul.

  • Il a assez dormi, finie la grasse matinée pour ce grand flanc mou ! S’il dort encore, tire-lui un verre d’eau. Tu me le ramènes ici, ça presse.

Quelques minutes plus tard, Jean-François fit irruption dans la chambre, sans avoir frappé à la porte. Il aperçut Jean-Paul, nu, bien bandé, le pénis d’une main qui allait et revenait à toute vitesse, alors qu’il regardait le portrait d’une fille. Jean-François n’avait jamais entendu son frère gémir de cette façon.

Jean-Paul s’arrêta net et chercha à se cacher avec une couverture. C’était trop tard. Jean-François l’avait vu et les couvertures étaient tombées près du lit. Impossible de les ramasser assez vite pour le couvrir. Pris au piège, Jean-Paul oublia ses scrupules, et, sourire aux lèvres, lança à Jean- François, encore embarrassé :

  • Déshabille-toi et saute dans le lit, nous verrons lequel viendra le premier.

Jean-François, intrigué, se demandait bien de quoi voulait lui parler son frère.

Jean-François, quoique ravi du spectacle, était certes plus niaiseux que ne le pensait Jean-Paul. Il restait immobile et se contentait d’admirer béatement, remarquant d’abord que le pénis de Jean-Paul n’était pas circoncis, un peu plus long et un peu plus gros que le sien. Il avait aussi beaucoup plus de poil.

  • Que fais-tu là ? Demanda Jean-François.
    • Je fais pleurer mon moineau.
  • Qu’est-ce que c’est ? Un nouveau jeu ?
  • Regarde bien, dit Jean-Paul. Tu prends ton pénis comme ceci, entre tes doigts, et tu le branles ainsi, en allant-revenant, du haut vers le bas, sans t’arrêter. C’est follement amusant. Ça te chatouille partout dans le corps.

Jean-Paul poursuivit plus lentement, mais sans gêne, sa masturbation, sous l’œil intrigué et fasciné de Jean- François.

  • Ne reste pas là, à me regarder, ça me déconcentre et je vais débander. Viens ici ! Aide-moi plutôt à jouir. C’est un million de fois meilleur quand c’est quelqu’un d’autre qui te le fait.

Jean-François prit la relève. Il fut vite excité par la respiration de son frère. Il nota surtout n’avoir jamais senti quelqu’un trembler et frémir autant que lorsqu’il posa la main sur le ventre de Jean-Paul, continuant avec l’autre, à pratiquer l’exercice qu’il venait d’apprendre.

Jean-François mangeait des yeux chaque nouveau mouvement de son frère aîné. Il observait chaque nouveau frémissement, chaque contraction de ce corps. Des contractions qui faisaient cligner des yeux et gémir comme s’il ne pouvait pas s’en empêcher.

Jean-François prenait aussi conscience pour la première fois, du plaisir de sentir la douceur de la peau d’un autre humain. Ces caresses l’excitaient comme s’il les avait lui-même reçues. Quant à Jean-Paul, il frétillait littéralement de plaisir.

Jean-François était étonné du plaisir que procurait un jeu aussi simple. Il ne comprenait pas pourquoi ça l’excitait autant et surtout, pourquoi il était bandé lui aussi.

Son extase fut complète quand il vit jaillir le sperme.

  • Qu’est-ce que c’est que ce jus-là ? Demanda-t-il,

posant les doigts sur le liquide suspect.

  • Berk ! De la gélatine !
    • C’est de la crème, grand niaiseux ! Jean-François porta ses doigts à son nez.
    • Que ça pue ! Et, c’est tout gluant…

Jean-François s’essuya les doigts avec un  mouchoir qui traînait sur le bureau, tout en maintenant sa grimace.

  • Mais si tu savais comme c’est agréable, quand tu viens. Tu devrais essayer, tu verras, lança Jean-Paul. C’est follement amusant. Veux-tu que je te le fasse ?

Jean-François ne savait trop quoi penser. Il aurait bien voulu et aimé pousser l’expérience à bout et de puiser comme dans un livre, aux connaissances approfondies de Jean-Paul en la matière, mais il se rappela que Gaston les attendait avec impatience. Il somma son frère de se dépêcher à s’habiller et de se rendre immédiatement au travail.

Il quitta la chambre, après avoir lancé un avertissement.

  • Tu devrais faire attention pour ne pas te faire surprendre à nouveau, mais cette fois par Maman. Elle n’aimerait pas ta tenue et je ne crois pas qu’elle apprécierait ce nouveau petit jeu autant que moi. »

Jean-François savait que sa mère, comme bien des femmes, avait dédain de tout ce qui a rapport au sexe. Il se rappela que l’hiver avant son départ, lui et ses frères s’étaient massés, pour être au chaud, près du poêle dans la cuisine, en attendant d’aller à la toilette. Comme cela arrive très souvent, sinon presque toujours, ils avaient tous un bandage de pisse. En les apercevant, sa mère les avait traités de cochons. Elle était enragée. Jean-François avait alors cru qu’il est mal de bander. Mais comment s’en empêcher ? Ça se fait tout seul !

  • Maman frappe toujours avant d’entrer, répliqua aussitôt Jean-Paul, mais Jean-François avait déjà refermé la porte.

Jean-François était abasourdi par ce qu’il venait de voir. Il était étonné d’avoir non seulement participé aux ébats de son frère, mais d’avoir adoré cela.

Sans le savoir, le sexe cessait d’être dans sa tête le danger que la société prétend qu’il est. Jean-François ne pouvait pas comprendre comment un tel plaisir peut être perçu comme une agression. Le sexe devenait au contraire un plaisir extraordinaire, pour ne pas dire, sans pareil ; mais il n’avait pas le temps de réfléchir plus longtemps à ce nouveau plaisir. Il se souvint vaguement avoir souvent aperçu, dans le dortoir du juvénat, des couvertures sauter probablement dans l’exercice de ce même sport. Le sport favori des adolescents…

Il reprit la besogne entreprise au magasin sans perdre un instant. « Encore un petit effort et tout sera terminé, avant même l’heure du dîner. »

Jean-Paul ne fit son apparition au magasin qu’une demi-heure plus tard. « J’avais un coup de téléphone à passer à Yvette », dit-il pour s’excuser.

  • C’est le temps d’aller dîner, proclama Gaston. Jean- Paul, tu garderas le magasin. Le travail ne t’a sûrement pas encore mis en appétit.

Jean-François était sur le point de monter à la cuisine, quand Gaston le saisit par le bras et l’amena derrière une des étagères, face à une grande boîte que Jean-François venait à peine de déplacer sans regarder à l’intérieur.

  • J’ai quelque chose à te montrer. Un petit cadeau. Les religieux du collège prétendent que tu deviendras prêtre, si tu continues à manifester autant de ferveur religieuse.

Jean-François était intrigué. Il n’avait jamais songé sérieusement à cette vocation, mais il ne l’avait jamais démentie pour faire plaisir à sa mère.

  • J’ai pensé t’offrir, poursuivit Gaston toujours aussi mystérieux, ton premier autel, afin que tu puisses dès maintenant t’entraîner à dire la messe.

Et, Gaston sortit de la boîte un autel miniature, tout sculpté dans le bois, un vrai chef-d’œuvre, des heures de travail.

Jean-François fut profondément touché. Une larme de joie jaillit bien malgré lui. Il aurait embrassé Gaston s’il n’avait pas été aussi gêné. Que dire devant une telle preuve d’amour ? Jean-François examina l’autel, tout en remerciant Gaston, tout sourire. Jean-François était au paradis. Que ce fût un autel n’avait pas d’importance, ce qui comptait, c’était l’amour mis pour la fabriquer, le travail exigé pour lui faire plaisir.

Fous de joie, ils montèrent tous deux à la cuisine, apportant le précieux cadeau.

La famille était réunie autour de la table. Jean-François plaça, à l’émerveillement de tous, ce touchant présent de Gaston. Gaston fut chaleureusement remercié. La mère de Jean-François s’approcha et embrassa les deux hommes.

  • Inutile de te dire dorénavant à ce que je rêve comme avenir pour toi, mon petit Jean-François. Gaston vient de le faire d’une façon bien plus éloquente que moi.

Jean-François s’attrista en songeant que sa mère n’aura jamais la joie de le voir monter à l’autel. Sans vouloir être hypocrite, il ne voulait pas non plus la peiner.

« Elle le saura bien assez vite », se dit Jean-François, heureux  de  la  voir  déguster  les  chances  qu’un  jour son grand rêve puisse se réaliser.

Le jeune espion (5).

mai 4, 2020

À son arrivée à l’infirmerie, avant d’être aperçu, il poussa un doigt dans sa gorge afin de restituer. Le plancher fut souillé comme désiré. À l’infirmier qui le questionnait, il fit état de ses pertes d’appétit, d’étourdissements, de saignements de nez, mais surtout d’un mal persistant dans le bas du ventre. En jouant cette comédie, il  était convaincu que l’infirmier appuierait sa demande de quitter le juvénat pour aller se soigner dans sa famille. Mais, l’infirmier n’était pas si dupe. Il voulut en savoir plus.

Après lui avoir demandé d’enlever sa chemise, il l’ausculta et prit son pouls et sa pression. Ne voyant rien d’anormal, il lui ordonna d’un ton sec :

  • Baisse ton pantalon !

Jean-François n’en fit rien, paralysé par la gêne. Comme il n’avait pas de temps à perdre, l’infirmier ajouta :

  • Es-tu sourd ? Baisse ton pantalon !

Jean-François, convaincu d’être humilié comme aux douches, se mit aussitôt à pleurer.

L’infirmier se rapprocha de lui et lui mit la main sur l’épaule. Mal à l’aise, il tenta de le rassurer.

  • Tu n’as pas à avoir peur. J’en ai déjà vu d’autres, des petites et des grosses, et je te promets que je ne te l’arracherai pas.

Il hésita. C’était la première fois qu’un jeune agissait ainsi. Pourquoi tant de scrupules ? C’était complètement fou.

  • Ce n’est pas un péché, si c’est ce qui te tourmente. C’est normal d’être nu chez son médecin. Les enfants ne naissent pas habillés, tu sais. Et, tu ne ressembles pas à une vieille taupe pour avoir honte de ton corps. Je dirais même que tu es très beau.

Plus confiant, Jean-François enleva son pantalon et son caleçon. Il sentit les doigts du frère sous ses testicules. Puis, il toussota à la demande de l’infirmier qui finissait l’examen :

  • Comme tu vois, on n’en meurt pas.

Parce que Jean-François demeurait immobile, troublé par cette sensation qu’il venait de découvrir et qu’il avait bien aimée, l’infirmier ajouta en ricanant :

  • Qu’attends-tu ? Je ne recommencerai pas à l’infini. Remonte tes culottes. Est-ce que tu te masturbes souvent ?
  • Quoi ?
  • Tu ne sais pas de quoi je parle.
  • Non.
  • Qu’importe ! T’apprendras bien assez vite. Joues-tu souvent avec ton petit zizi ?
  • Je ne peux pas. Je suis infirme.
  • Infirme ?
  • Il n’est pas comme les autres…

L’infirmier ne comprit pas sur le coup. De quoi voulait parler ce grand niais de seize ans qui, de toute évidence, ignorait même le mot « masturbation » ; tout en la pratiquant probablement, depuis belle lurette sans le savoir, comme tous les garçons de cet âge ?

L’infirmier lui saisit le pénis et l’examina.

  • Il n’y a rien d’anormal. Rhabille-toi.

Alors que Jean-François s’exécutait, l’infirmier reporta les yeux sur le garçon qui se rhabillait, cherchant de quelle infirmité il voulait bien parler.

Pendant que l’infirmier le regardait s’habiller, Jean-François pensa aux autres qui le ridiculisaient. Il hésita, rougit, pensa qu’il venait de dire une autre bêtise, mais plutôt que de continuer à vivre dans une telle ignorance, il décida de s’expliquer :

  • Eh bien, les autres ont une peau sur…
    • Leur zizi ? T’es circoncis, voilà tout. Ce n’est pas une infirmité. C’est une mesure dite d’hygiène, pratiquée dans plusieurs pays. Tu es probablement né en dehors du Québec.
    • Mes parents étaient à Boston quand je suis né.
    • Eh bien ! Voilà ! Dans certains états des États-Unis, tous les nouveau-nés sont circoncis. On leur enlève la peau qu’ils ont pour couvrir leur gland. Cela te fera peut-être un malaise de moins à endurer plus tard.

Après cet entretien, Jean-François quitta l’infirmerie, rassuré, mais déçu que l’infirmier n’ait pas su trouver une maladie pour justifier une visite à la maison. Il fallait donc inventer autre chose, quitte à être renvoyé du collège, tant il voulait revoir Raymond.

Jean-François avait compris, en inventant sa maladie, qu’il est possible d’aller chercher des privilèges en se servant un peu de son imagination. Par contre, le départ de Raymond le rendait affreusement triste. Pour lui, la vie n’avait aucun sens, s’il ne pouvait être en contact avec son ami.

Aussi, Jean-François fomentait-il toutes sortes de vengeances contre les autorités qui lui refusaient de se rendre chez lui, quand il apprit de la bouche de son frère que Raymond et sa famille étaient partis la nuit précédente, sans laisser d’adresse. C’était, pour lui, pire que la première peine d’amour. La blessure était profonde, même s’il s’agissait d’un gars. Comment vivre sans lui ?

Cette nouvelle le déconcerta. Il pleura toute la nuit. Il était absolument désespéré, inconsolable.

Le lendemain matin, au déjeuner, Jean-François dissimula un couteau dans la poche intérieure de sa veste. Il avait décidé d’en finir avec la vie, puisqu’on ne peut pas aimer ceux qu’on veut.

Il se cacha dans les toilettes, où il se coupa les veines du poignet.

Incapable de supporter la vue du sang, son projet avorta. Dès les premières gouttes de sang tombées sur le plancher, Jean-François s’évanouit. Son poignet ensanglanté fit irruption sur le plancher de la cabine voisine, déclenchant une véritable hystérie chez son compagnon, qui oublia soudainement son envie et cria à en fendre l’âme.

Alerté, le surveillant enfonça la porte et transporta Jean-François à l’infirmerie.

Quand il reprit ses esprits, Jean-François pleura à chaudes larmes. L’infirmier le pansa et lui indiqua que le directeur l’attendait à son bureau.

Le supérieur jugea bon d’avertir ses parents et il lui imposa une confession générale avec le prêtre en qui il avait le plus confiance, après avoir lu la note de l’infirmier :

« Cet enfant a un drôle de comportement ; serait-il déséquilibré ? Il est maladivement scrupuleux. »

Par contre, il mit en garde Jean-François et son compagnon de ne pas parler de cet événement à leurs camarades. Une tentative de suicide, c’est toujours délicat, d’où voulait-on éviter la confusion chez les garçons. Le suicide est un mal qui se répand chez les jeunes comme la peste.

Le lendemain, Jean-François fut appelé au bureau du préfet. À son entrée, son père ne lui saisit pas la main comme d’habitude. La larme à l’œil, il lui demanda pourquoi il avait agi ainsi.

  • Si ce voyage est trop pénible pour toi, nous prendrons un autre moyen. T’es plus important que tout, dit M. Bégin.
    • Ce n’est pas le voyage. Je veux y aller maintenant.

C’est…

Jean-François se tut. Il ne savait pas comment expliquer pourquoi il avait eu cette idée de fou. Il sentait cependant qu’il avait réussi à leur faire payer le refus qui lui avait été infligé. Devait-il parler de son désespoir ? De son goût de vengeance ? Tout était confus depuis que son père se tenait devant lui.

M. Bégin contenait à peine ses larmes.

  • Qu’est-ce qui ne va pas ? Je ne t’ai jamais connu avec autant de mauvais plans. Deviendrais-tu fou ?

Ému de voir son père dans un tel état, Jean-François ne sut que dire : il n’esquissa qu’un signe négatif de la tête en guise de réponse.

  • Pourquoi ? Mais pourquoi ?

Jean-François était bouleversé de voir son père s’énerver ainsi. Peut-être en avait-il trop fait. Mais c’était le temps plus que jamais de passer son message. Il lui confia donc, en reniflant :

  • Ça ne sert rien de vivre si on n’a pas le droit de choisir ses amis…

M. Bégin comprit son allusion à l’interdiction de voir Raymond. Il encaissa le coup sans dire un mot. Il invita alors son fils à s’asseoir devant lui. Puis, il prit ses mains dans les siennes, alors que quelques larmes apparaissaient aux coins des yeux.

  • Ne me fais jamais plus une peur pareille ! Raymond est parti sans que personne ne le sache. Si nous t’avons interdit de la voir, c’est pour ton BIEN. Pour te sauver de l’enfer.

Malgré l’explication de son père, Jean-François resta sceptique. Sèchement, il osa lui demander :

  • Quel bien ? Est-ce que me priver du droit d’aimer est mon bien ?

Voyant que le père n’avait pas de réponse à donner à son fils, le préfet qui était resté muet jusque-là, quoiqu’ayant tout compris, tout deviné, s’approcha de Jean-François. En lui passant la main dans les cheveux, il lui dit :

  • Ton amitié est très belle, mais elle n’en demeure pas moins une tentation, un appel au désespoir, un refus d’accepter ce que Dieu nous impose.

La voix du préfet trembla. Son regard était de feu.

  • Dieu te demande, par amour pour lui, de lui sacrifier cet ami. Il faut avoir le courage de le lui offrir !

Sans trop savoir pourquoi, Jean-François fut très impressionné par la voix tendre, presque en pleurs du préfet. Encore tremblotant, il se répéta en lui-même les propos de cet homme, si rustre en apparence : « Dieu te demande par amour pour lui de sacrifier cette  belle  amitié. »

Après une minute de réflexion, Jean-François leva les yeux sur le préfet, qui était vraiment touché par sa  candeur. Resté sur sa faim, son avidité de compassion, Jean-François n’était pas pour concéder aussi facilement la victoire à un dieu qui exige pour un rien des sacrifices, il lui lança :

  • Comment Dieu peut-il être parfait, s’il est à ce point injuste et jaloux ?
  • Je n’en sais rien, mais prie ! Il t’apportera certainement la réponse, cette réponse que j’attends moi- même depuis des années ; car Dieu aime les cœurs purs comme le tien.

Pendant un instant, Jean-François scruta le regard du prêtre. Jean-François sentit que ce dernier était d’une générosité sans borne. Jean-François se sentit transpercer l’âme par le regard triste du préfet. Sans trop le savoir, il se prit intensément d’affection, d’amour pour cet abbé qui détournait les yeux pour cacher son émoi. Si Jean-François l’avait pu, il aurait sauté au cou de l’abbé Labonté, car sans savoir pourquoi, il se sentait intensément aimé.

L’entretien fut interrompu par l’arrivée du directeur, le père Royer, qui semonça Jean-François.

Jean-François promit d’agir dorénavant avec plus de jugement. Après avoir salué son père, il sortit du bureau, sans quitter des yeux le préfet. Cet homme le fascinait. L’abbé Labonté l’avait conquis.

Durant les prochaines semaines, Jean-François ne revit point le préfet, même si parfois, il avait l’impression que celui-ci l’épiait en retrait. C’était ce qu’il espérait secrètement, car l’indifférence du père Labonté l’aurait profondément accablé.

Les semaines suivantes se déroulèrent dans le calme et le travail. Les notes de son bulletin scolaire étaient excellentes et Jean-François semblait avoir retrouvé l’équilibre qui le caractérisait habituellement.

Cependant, cet épisode l’avait très profondément marqué. Petit à petit, la relance de la honte de l’absence de prépuce et son intérêt pour la beauté des visages des autres garçons se transformèrent en une recherche, à savoir si le cas de son prépuce était unique ou une exception. Comment le vérifier ?

Ainsi, dorénavant, il se rendit souvent aux toilettes, cherchant à voir le zizi de ses compagnons, faisant attention de ne pas être aperçu, afin de répondre à ses nouvelles questions anatomiques sur les longueurs, les grosseurs et les formes.

Cette curiosité devint plus qu’un jeu, une obsession. Il recherchait la sensation troublante qui le pâmait de désir et de plaisir, au point de trembloter comme une feuille au vent, dès qu’il réussissait à voir le membre d’un de ses compagnons.

Il avait l’impression d’ainsi connaître, sans limites, ce camarade qui, tout comme lui, devait cacher une partie de sa personnalité, sous prétexte d’une prétendue pudeur qui lui semblait plutôt une honte inexplicable de son corps ou du moins, d’une de ses parties. Jean-François en était venu à penser que se cacher ainsi n’était pas se respecter, comme on le prétendait, mais plutôt d’avoir honte de soi.

Un regard indiscret permis par un camarade qui se recule, pour être vu, était aux yeux de Jean-François, un don, une marque d’amour, un geste de tendresse, de partage. L’éclosion de la beauté.

Jean-François sentit poindre en lui un nouveau  besoin. Il aurait maintenant voulu toucher, mais il n’osait même pas esquisser le geste de la main tendue… Il se contenta toujours de la flamme du regard complice du camarade, qui se sait épié et qui permet, en se reculant, de réaliser cette transgression aux règles de la morale. Une complicité belle et étourdissante.

Le compagnon qui s’offrait ainsi à son regard devenait à ses yeux, sans prix, sans égal, grâce à ce secret d’une intimité partagée. Il se reculait à son tour pour lui permettre aussi de dévorer l’excitation invraisemblable que lui procurait cet instant de désobéissance. Il pouvait ainsi avoir le portrait exact de la beauté secrète de ce corps, savoir si le tout approchait la perfection des formes et l’équilibre des lignes.

Le jeune espion (4).

mai 3, 2020

L’enthousiasme était tel que l’orateur ne put placer un mot pendant trois minutes, car la salle entière exultait dans une ovation debout. Jean-François n’avait jamais vécu des moments aussi exaltants. Comme les autres convives, il était debout, applaudissant à pleines mains.

Monseigneur Savoie reprit alors la parole :

  • Sachez que si Monsieur Dubois est le cerveau de cette entreprise, vous en êtes le cœur. Sans votre générosité et vos contributions, il est impossible de poursuivre les opérations. Cette mine, qui est aussi une œuvre de foi et de patriotisme, ne nous appartient pas, elle est à vous. À vous, les actionnaires qui croyez à son succès.

Même si les applaudissements l’empêchaient de réfléchir, Jean-François comprit que ses parents avaient acheté une mine d’or. Il fut pris alors d’une soudaine admiration pour son père, qui le toisa du regard. Puis, il eut un nouveau moment d’appréhension, en se demandant en quoi cela pouvait le concerner. Un frisson de terreur l’envahit, quand lui revint en mémoire une photographie illustrant un livre d’histoire, où des enfants devaient travailler jusqu’à douze heures par jour dans des mines de charbon, en Angleterre. « Papa ne peut pas m’envoyer comme esclave dans une mine », se dit-il. « Peut-être qu’il en coûte trop cher pour nourrir la famille et qu’il a besoin de moi pour suppléer aux besoins ? »

Jean-François fut envahi par un profond sentiment de fierté. Il était content de participer au salut de sa famille, tel le Petit Poucet. Il s’exhortait à tous les sacrifices, quand une nouvelle salve d’applaudissements le tira de ses réflexions. Aussi écouta-t-il plus attentivement les propos de Monseigneur Savoie, qui parlait avec verve :

  • Oui ! Vous avez bien entendu. Avant mon départ,

Monsieur Dubois m’informait qu’on vient tout juste de découvrir deux nouvelles veines : la Sainte-Thérèse et la Saint-Joseph. Le succès est maintenant assuré, mais il faut patienter encore un peu avant d’en tirer les dividendes, car nous n’avons pas trouvé l’artère principale, celle qui portera le nom de Sainte-Marie, en l’honneur de notre sainte patronne, la mère de Dieu, la Sainte Vierge.

À l’instant où Monseigneur Savoie parla de la Vierge, les prêtres qui l’entouraient prirent une attitude de recueillement.

Le silence qui pesa alors sur la salle ramena Jean- François à la réalité. En pensant à toutes ces artères et à toutes ces veines, il se souvint de son examen de biologie. Il n’avait pas encore étudié.

Il sortit de son cauchemar quand Monseigneur Savoie montra des pierres et des spécimens que les Dubois avaient extraits de la MARIA. Il invita aussitôt les convives à passer dans la salle voisine pour voir une maquette de la mine et pour admirer le minerai magique.

Encore ébranlé par le discours de Monseigneur Savoie, Jean-François suivit son père, qui se dirigeait du côté de la salle de démonstration. À son entrée, il fut émerveillé par la maquette qu’on avait installée. En plus du village des mineurs, il pouvait voir le moulin sous lequel on avait placé, à six pouces de profondeur, des lumières et des tubes de couleurs différentes pour indiquer les veines qui avaient été découvertes. Elles étaient toutes orientées vers un chevalement et un réservoir qui surplombaient la maquette.

Après les explications de Monseigneur Savoie, les convives furent invités à visionner un film qui avait été tourné à la mine. Même s’il ne pouvait enregistrer tout ce

qui défilait à l’écran, Jean-François était emballé. Il fut saisi par l’enthousiasme des invités qui applaudirent en voyant, dans le film, Monsieur Dubois, le président, arriver sur les lieux. Il fut étonné aussi par les petites maisons carrées qui s’entassaient les unes à côté des autres, et au centre desquelles on avait érigé la statue de la Vierge, pour veiller aux intérêts de tous. Il fut enchanté de voir autant de jeunes garçons jouer dans un parc où se trouvaient des tourniquets et des balançoires. Monseigneur Savoie insista sur la présence d’une école à la mine, afin d’assurer une relève qui soit un exemple de foi chrétienne en Ontario.

« On y enseigne le français, même si c’est interdit en Ontario. », dit-il.

Malgré les éloges de Monseigneur Savoie, Jean- François ne put s’empêcher de trouver cette institution de haut savoir un peu exiguë. Son attention fut détournée, cependant, quand on montra à l’écran des Indiens, rendant visite aux mineurs. Pour le jeune juvéniste, les bons rapports qu’entretenaient les mineurs et les Indiens avaient moins d’importance que le fait qu’ils ne portaient plus de plumes et qu’ils ressemblaient à des gens bien ordinaires. Ils portaient même des pantalons, alors que Jean-François s’attendait à les voir nus. Quelle déception ! Jean-François aurait bien aimé savoir si les Indiens sont plus ou moins bien membrés que les Blancs.

Bien qu’il fût impressionné par les pêches miraculeuses de dorés dans le Nord, Jean-François sursauta quand il constata que le chevalement de la mine renfermait une cage qui descendait sous la terre pour donner accès aux galeries souterraines. Il fut paralysé par ce fait nouveau : « Le diable n’habite-t-il pas le centre de la Terre ? Le pire des péchés n’est-il pas l’adoration, de

devenir l’esclavage du diable pour avoir de l’or ? Un or récupéré pour le grand Satan lui-même ou serait-ce  Lucifer ? Peu importe, pour le diable. » La mine n’était-elle pas devenue, depuis qu’il avait aperçu ses entrailles, rien de moins que le veau d’or ?

Son cœur palpita, découvrant que ses parents, pour acquérir la richesse grâce à cet or, l’avaient vendu au diable. Sa peur fut telle que son père remarqua aussitôt la blancheur de son teint. Il lui offrit de sortir, invitation que Jean-François déclina. Le reste de la soirée fut pour lui un véritable enfer. Les chants, même s’ils étaient interprétés par le célèbre abbé Dion, de la Belle Chanson, les danses, rien ne lui fit oublier cette découverte. Ses parents l’avaient vendu au diable. C’était tout ce qui avait maintenant de l’importance.

Au retour de la réception, il s’assit à l’avant de l’auto, avec son père. Son calvaire était tel qu’il ne put empêcher les larmes de couler sur son visage de plus en plus blême.

Quand son père se tourna pour lui parler de la soirée, il constata, impuissant, les dégâts sur le visage de son fils. Il était d’autant plus impuissant qu’il ne comprenait pas ce qui lui arrivait.

  • Mais que t’arrive-t-il ? Tu as l’air bouleversé. Es-tu malade ?

Jean-François explosa en sanglots. Il réussit avec peine à dire quelques mots :

  • Pourquoi m’avez-vous fait cela ?
    • Fait quoi ?
    • M’envoyer en enfer !
    • Je croyais que tu étais un homme et que tu pouvais aller travailler dans le Nord. Puisque tu es le seul à être instruit, je croyais que tu aimerais laisser tes études pour te rendre à la mine et nous informer des derniers développements. Certains prétendent qu’on nous a induits en erreur. En allant sur place, tu pourras dire ce qu’il en revient vraiment. Nous pouvons perdre une fortune, si c’est vrai, ou devenir très riches, si c’est le contraire. Tu seras seul à pouvoir nous garantir la réponse.

Malgré les explications de son père, les yeux de Jean- François laissaient planer le doute.

  • Ce n’est sûrement pas ce qui te fait pleurer autant ? Je comprends que c’est loin, qu’on te demande un gros sacrifice, mais ce n’est que pour quelques mois. Tu y seras traité en prince. Je m’en suis assuré avant d’accepter ce plan. Crois-tu que j’aurais envoyé mon fils avoir de la misère ? Je t’aime beaucoup trop pour ça. Tu es assez responsable et fiable pour réussir la mission qu’on te confie. J’ai confiance en toi.

En entendant cette confidence, Jean-François éclata de nouveau. Son père essaya à nouveau de le consoler, même s’il n’y comprenait rien :

  • Est-ce parce que tu ne veux pas laisser tes études ? Le juvénat est ravi que tu t’y rendes. Tu pourras te reprendre, puisqu’on est disposé à te donner des cours de rattrapage privés à ton retour. Le juvénat est d’ailleurs concerné par le succès de ta mission en Ontario : il a investi des sommes colossales dans la mine.

Les paroles de son père défilaient dans la tête de Jean- François, qui balbutia quelques mots, avant que les sanglots ne lui nouent la gorge.

  • Comme ça, vous ne m’avez pas…

Voyant l’état lamentable de son fils, le père de Jean- François arrêta la voiture en bordure de la route. Il alluma les clignotants et la lumière à l’intérieur de la voiture, pour

continuer cette conversation qu’il avait pour la première fois en seize ans avec son fils, triste à mourir.

  • Qu’est-ce que nous n’avons pas fait ?
    • … Vous ne m’avez pas vendu. Il hésita. Vendu au diable ?
    • Quoi ?

Même s’il voulait garder tout son sérieux, le père de Jean-François pouffa de rire. Pour ne pas troubler son fils davantage, il l’étreignit. En lui tapotant le dos, il lui confia :

  • Mais non, grand fou ! Tu peux nous éviter la ruine ou faire notre fortune, si tu nous informes bien et assez vite. C’est pour cela qu’on t’envoie là-bas. Même si tu es très jeune, tu es le seul qui puisse nous informer sans soulever de soupçons. Tu aimes travailler, tu es intelligent et tu es curieux comme personne. Nous voulons t’y engager et que tu rapportes dans tes lettres tout ce que tu vois et entends là-bas. Nous t’envoyons, disons, comme espion, quelques mois afin de savoir s’il est vrai que la mine est rentable.

Jean-François cessa de pleurer. Même s’il reniflait encore, une joie incommensurable l’envahit, une joie qui n’avait d’égale que l’étreinte de son père. Pour la première fois de sa vie, il avait l’impression de découvrir le bonheur. Rassuré, il laissa échapper quelques mots :

  • Vous ne pouvez savoir comme je suis heureux que vous soyez mon père !

Sur cette note, M. Bégin, le père de Jean-François, tourna la clé de la voiture qui redémarra, ramenant cette fois deux hommes heureux, deux hommes qui venaient de franchir un pas encore plus important que le premier pas sur la lune.

*

*     *

Après les vacances de Pâques, Jean-François fut reconduit par son père au juvénat.

M. Bégin en profita pour rediscuter du projet avec le supérieur ; cet incident lui faisait maintenant douter de la capacité émotive de Jean-François à mener ce travail sans traumatisme. Il insista pour proclamer que le bien-être de son fils était plus important que toutes les sommes investies dans la mine. Le père de Jean-François se laissa tout de même persuader que son fils pouvait mener cette petite enquête, même si parfois sa naïveté était très déconcertante.

Les premiers jours du retour furent splendides. Ainsi, à chaque fois que Jean-François rencontrait le supérieur, celui-ci le saluait d’un large sourire, accompagné d’un

« Monsieur Bégin », qui flattait l’orgueil du jeune homme. Jean-François se sentait revalorisé plus qu’il ne l’aurait jamais espéré.

Pensant qu’il pouvait partir d’un moment à l’autre, Jean-François redoubla d’ardeur au travail. Cela lui mérita plus d’attention de la part de ses professeurs, notamment de son professeur d’enseignement religieux, qui voyait, sans doute, germer dans son changement d’attitude, une future vocation sacerdotale. Croyant que sa ferveur religieuse avait un lien avec ce changement dans les études, le vieux prêtre détecteur d’âmes religieuses ne manquait pas de sonder l’âme du jeune homme, qui se faisait un devoir d’aller communier tous les matins, question de s’assurer que le diable ne pouvait pas l’approcher.

La fin de l’année s’annonçait sans problème pour

Jean-François, jusqu’au jour où trois gais lurons décidèrent de jouer un bon tour aux gars en train de prendre leur douche. En fermant la valve d’eau froide, les doucheurs durent se précipiter nus à l’extérieur de la douche pour éviter d’être ébouillantés. Jean-François, qui faisait partie du groupe, constata alors qu’il était le seul à ne pas avoir une peau, une capine, recouvrant le gland de son pénis. Il ne sut que bien plus tard que ça s’appelait un prépuce.

Incapable de s’expliquer cette différence physique, Jean-François en conclut qu’il était infirme. À partir de ce moment, il se referma sur lui-même, car il ne savait pas avec qui parler de son désarroi, de sa honte. Il accorda une importance capitale à ce détail, se rappelant que ses frères, contrairement à lui, avaient aussi un chapeau sur le gland. Sa différence l’obséda d’autant plus que certains de ses camarades se firent une mission de le faire savoir à tous les autres jeunes. Ils le surnommèrent dès lors, « le rongé »

Effrayé à l’idée d’être la risée de ses compagnons, Jean- François développa des scrupules qui frisaient le ridicule, pour échapper au regard des autres.

Le soir, par exemple, il trouvait toutes sortes de raisons pour ne plus mettre son pyjama, tant que les lumières étaient allumées. Il enfilait ses vêtements de nuit sous la couverture, au cas où. Il en vint ainsi à détester cette partie de son corps qui le différenciait des autres. La nuit, parfois, il rêvait même de se mutiler, plutôt que d’endurer une telle humiliation. Il se serait bien débarrassé de ce pénis gênant pour ne plus subir les sarcasmes de ses voisins. Quand on est jeune, une différence corporelle peut facilement vite devenir une obsession. On s’imagine qu’en plus d’avoir tout le monde qui la voit, tous ne portent attention qu’à cette difformité.

Jean-François ne trouva pas dans les livres, l’explication de sa différence, car ceux-ci étaient censurés. Mieux valait garder les jeunes dans l’ignorance que d’éveiller une nature qui attendait seulement le moment propice de s’exprimer. Le péché et la culpabilisation sont des moyens beaucoup plus efficaces pour contrôler les âmes que l’état de grâce et la fierté de soi. Une âme humiliée engendre vite un homme soumis. C’est ce que toutes les religions avaient compris, d’où leur morale basée sur la honte d’être sexué.

Par contre, Jean-François, se comparant avec les autres garçons, sut se réconforter quant à la beauté de son visage. Il découvrit, en devenant une forme de vedette, la puissance de sa beauté. À l’adolescence, la capacité de séduction est sans cesse mise à l’épreuve, car on croit qu’elle détermine si les autres nous aiment. L’indifférence ou les moqueries sont à éviter.

De ce fait, Jean-François se passionna de plus en plus pour la beauté des visages. Il voulait savoir à quoi ressemblaient les garçons de tous les pays du monde. Il cherchait ce qui les rendait uniques et ce qu’ils avaient de commun avec le peuple ou la race à laquelle ils appartenaient. Il chercha dans tous les livres disponibles des portraits de garçons, pour mieux les connaître et les admirer. La beauté de ces visages, si différents, selon les races, le passionnait. Il en connaissait chaque trait, savait apprécier toutes les différences. Son amour avait atteint une dimension universelle. « Que Dieu est bon, se disait-il, d’avoir créé tant de beauté, tant d’humains à découvrir. Il faudrait plus qu’une vie pour y parvenir. »

Il rêvait d’amitiés à conquérir. Il s’attachait surtout aux regards, miroir de l’âme. Sa nouvelle passion n’avait

pas de limite, surtout pas celle de la couleur de la peau. Les étrangers étaient encore plus beaux, car plus exotiques. Même l’Enfant Jésus avait ses attraits et le petit Dominique Savio était une beauté divine incarnée, un cri des sirènes, un appel à l’amour et à la tendresse.

Mais, du même coup, à cause de la forme de son sexe, les complexes d’infériorité de Jean-François prirent une telle ampleur qu’il décida de ne plus aller uriner en même temps que ses compagnons, afin d’éviter d’être vu et surtout, pour éviter les sarcasmes que sa présence provoquait dans les toilettes. Parce qu’il y allait maintenant après les récréations, pour n’être vu de personne, il accumula les billets de retard. Tant et si bien que le surveillant des études s’impatienta et décida d’envoyer le jeune retardataire chez le père Labonté, le préfet de discipline.

Pendant qu’il se dirigeait chez le préfet, Jean-François se rappela les cancans qu’on racontait au sujet de l’amour de celui-ci pour les petits zizis. Une idée germa alors dans sa tête. Puisqu’il était impossible de parler de ce sujet sans créer de scandale, Jean-François pensa séduire le

« prétendu détraqué » pour l’amener à examiner sa partie humiliante et savoir, du même coup, s’il devait continuer à se voir comme une espèce de monstre.

Ainsi arriverait-il peut-être à percer le mystère : le préfet avait sûrement une connaissance en la matière, c’était du moins sa réputation. Ce projet était sa dernière chance de connaître la vérité.

Jean-François se rappelait aussi avoir surpris des discussions de ses parents, qui racontaient que des garçons avaient été tués par des prédateurs sexuels, ce qui était loin de le rassurer. Depuis, Jean-François mourait de peur dès

qu’un adulte le regardait avec insistance.

Malgré sa peur, Jean-Francois voulait une réponse à ses questions.

Quand il entra chez le préfet, Jean-François se planta devant lui, les deux mains dans les poches, ayant pris soin de descendre la fermeture éclair de son pantalon. Qui ne comprendrait pas l’invitation ?

À son entrée, le prêtre leva les yeux vers le jeune homme, qui fut glacé de peur. Malgré la sévérité qui se lisait sur le visage du prêtre, Jean-François décida de  mener à bien son plan. Il esquissa son plus beau sourire, tout en agitant les mains dans ses poches, afin d’attirer l’attention là où il le fallait.

Comme prévu, le préfet jeta un rapide coup d’œil sur les parties basses du jeune homme. Mais contrairement à ce que Jean-François avait espéré, la réaction fut tout autre. Même si ses yeux s’allumèrent et semblèrent s’enflammer, il semonça immédiatement son jeune visiteur.

  • Fermez la porte et enlevez vos mains de vos poches… Qu’y a-t-il ? Je ne vous ai jamais vu auparavant.

Sitôt qu’il eût refermé la porte derrière lui, Jean- François se plaça de nouveau devant le préfet, qu’il prenait déjà pour son juge. En effet, il fut saisi par le regard inquisiteur du prêtre, qui se tourna néanmoins vers la bibliothèque.

  • Vous feriez mieux de remonter votre fermeture éclair, vous pourriez prendre froid. Ne vous ai-je pas demandé ce qui vous amène ici ?

Jean-François était satisfait. Il avait regardé là où il le voulait.

Cependant, il était sidéré, bouleversé par la réaction trop normale de celui que l’on prétendait être un

maniaque. Jean-François se sentait maintenant humilié. Ne serait-il pas assez joli pour enflammer ce cœur ? Tous ces racontars seraient-ils des mensonges, un autre piège ?

Après quelques secondes d’hésitation, il répondit, tout en remontant sa fermeture éclair :

  • Les retards, mon père.
    • Et pourquoi êtes-vous donc en retard ?

Jean-François n’osa plus parler de ses scrupules et de l’absence suspecte de son prépuce.

  • Je n’ai pas assez de temps pour préparer mes livres et me rendre aux toilettes avant la période d’études.
    • Vous manquez probablement d’ordre. Demandez au père Duteil d’examiner votre casier.

Pendant qu’il parlait, le préfet s’appliqua à remplir une feuille d’absence jaune, qu’il tendit à Jean-François, sans lever les yeux sur lui.

  • Retournez à votre étude, après avoir vu le père Duteil !

Décontenancé, Jean François quitta le bureau, sans remarquer que le préfet, le visage entre les mains, était visiblement ébranlé par cette apparition.

En se dirigeant vers le bureau du père Duteil, Jean- François ronchonnait : « Je suis trop laid. Il ne m’a même pas remarqué. ».

La rage au cœur, il courut au dortoir, où il se jeta sur son lit pour pleurer. Humilié, il se jura qu’un jour, il se vengerait de la froideur du prêtre. Ce n’était plus l’échec du moyen pour obtenir des informations sur sa situation qui le blessait affreusement, mais le désir d’être « voulu », qui s’était soudainement réveillé en lui. Ce premier désir était trahi, repoussé, sans trop savoir pourquoi.

Il était tellement vexé de l’échec de sa première

tentative de séduction, qu’il oublia de se blâmer de n’avoir pas su poser la question. Pour lui, comme pour tout le monde, la sexualité était un sujet absolument tabou. Il n’avait pas osé en parler, car d’y penser était déjà un péché mortel. La folie créée par la pensée religieuse sur la sexualité n’a pas de limite. Tout ce qui est sexe est condamné.

Avec l’échec de son plan, Jean-François crut qu’il ne saurait jamais pourquoi il était différent des autres. Cela lui semblait encore plus important depuis qu’il avait remarqué, en se rappelant la nudité de Jean-Paul et de Benoît, qu’il était le seul de sa famille à avoir le pénis ainsi arrangé. Aurait-il été adopté ? S’agissait-il de la marque des enfants illégitimes ? Il serait un bâtard. Sa naissance devenait de plus en plus mystérieuse. Il doutait de ses origines. Sa tristesse était incommensurable.

À plusieurs reprises, il refoula sa gêne et voulut questionner son confesseur. Mais à chaque fois, il abandonna, honteux de penser à des choses qu’il commençait à soupçonner d’être viles, comme on lui avait toujours enseigné.

Cette mésaventure faisait rage en lui quand Jean- François apprit, lors d’une conversation téléphonique avec son frère Jean-Paul, le départ prochain de Raymond et de sa famille pour le Manitoba. S’ajoutant à son angoisse, cette nouvelle le remplit non seulement d’une profonde tristesse, mais d’un vrai désespoir : il perdit le sommeil et l’appétit.

Désirant follement revoir Raymond avant son départ, Jean-François décida de demander un congé pour la fin de semaine. Il se rendit donc chez le directeur et tenta de le persuader que son état de santé exigeait une visite chez son

médecin de famille. Mais le directeur, qui avait l’habitude de ces demandes, en décida autrement et l’envoya à l’infirmerie.

Pris au piège, Jean-François devait feindre la maladie, l’exagérer au maximum.

Le jeune espion (3)

mai 2, 2020

Quand il arriva à l’hôtel, Jean-François écarquilla les yeux, tellement il était ravi. En effet, c’était la première fois de sa vie qu’il mettait les pieds au New Sherbrooke, hôtel reconnu pour son ambiance et sa fourchette. C’était aussi la première fois qu’il allait à une réception de cette envergure.

Il fut d’abord étonné de la popularité de son père. Celui-ci n’avait pas fini de gravir les escaliers qui menaient à l’immense galerie extérieure que tout et chacun l’interpellait. Il n’arrêtait pas de tendre les mains, de répondre aux questions auxquelles Jean-François ne portait aucune attention, car il prenait soin de rester à l’écart pour ne pas être remarqué.

  • Comme cette soirée sera longue, se dit-il. Il n’y a que des adultes.

Sur le perron de l’hôtel, Jean-François fut bientôt pris de panique. Une seule idée l’obsédait : « Je ne me ferai pas arrêter, j’espère. Il est interdit aux jeunes de pénétrer dans un hôtel. » Manifestement troublé, il jeta un rapide coup d’œil autour de lui et constata qu’il n’y avait pas de policier. « Après tout, je suis avec Papa. Il me protégera », songea-t-il, enfin heureux de retrouver sa tranquillité.

Mais tout se transforma à nouveau quand Jean- François franchit le seuil de la porte. Il se sentit privilégié, car il se rendait pour la première fois de sa vie dans un lieu réservé aux adultes. Un lieu interdit… Cette soirée lui donnait l’impression de participer à une initiation, la sienne.

Cette sensation était renforcée par l’attitude de son père, qui prenait un malin plaisir à le présenter à tous ceux qui discutaient avec lui.

  • Viens, Jean-François que je te présente ! Voici mon poète. Il rêve des étoiles, mais c’est pour apprendre à mieux les compter.

Les palpitations cardiaques de Jean-François se confondirent alors avec les rires saccadés de son père, qui le serrait contre lui. Il ne savait pas s’il devait se réjouir ou s’attrister, car il craignait toujours de rencontrer son marchand d’esclaves.

Malgré sa crainte, Jean-François n’en était pas moins gagné par la beauté du New Sherbrooke Hôtel. Tout y respirait la richesse. Pour lui, il n’y avait pas d’endroit aussi spacieux, si ce n’est le juvénat, mais là, on y respirait une odeur de vieilles soutanes. Il était séduit, autant par le personnel en uniforme que par les lustres qui pendaient au plafond.

Au fur et à mesure qu’il avançait dans l’allée, Jean-

François avait l’impression que tous, dans le hall d’entrée, se tassaient pour laisser passer les convives.

À l’entrée de la salle, où étaient garnies de nombreuses tables, une femme lui remit un petit ruban doré et le loua pour son charme. En épinglant le ruban à sa boutonnière, elle se piqua le doigt. Pour se moquer, son père dit, un sourire en coin :

  • Ce sera un homme dangereux, puisque déjà vous souffrez de l’avoir complimenté.

Jean-François rougit en entendant la remarque de son père.

Il ne l’avait jamais vu sous cet angle : plein d’humour, jovial, aimable et surtout chaleureux, lui, habituellement froid et distant.

Encore sous le charme, Jean-François suivit son père qui avançait en direction d’un homme aux cheveux grisonnants. Les deux hommes se serrèrent longuement la main, ravis de se revoir. Jean-François toisa aussitôt les deux doigts manquants de cet inconnu. Il remarqua aussi derrière lui, un jeune garçon d’environ son âge, que son père ne manqua pas de lui présenter :

  • T’auras de la compagnie. Ce n’est pas aussi intéressant qu’une belle fille, mais Claude sait comment s’amuser.

Le jeune homme s’approcha, présenta la main et l’éloigna aussitôt. Jean-François demeura la main dans les airs, tellement il était ahuri. Claude se mit à rire avec une telle intensité que Jean-François ne put résister à la tentation d’en faire autant. Sans se parler davantage, les deux garçons surent dès lors qu’ils deviendraient de bons amis.

Ils restèrent silencieux, près de leur père. Jean-

François n’avait qu’une question en tête :

« Est-ce que Claude sera vendu lui aussi ? » Sans attendre, il prit place à la table, à droite de son nouvel ami. Aussitôt installé, celui-ci engouffra un céleri et trois radis, ce qui lui valut les regards foudroyants de son vieux père.

Claude était très sympathique, avec son début de moustache, sa peau brunâtre et son sourire communicateur. Avec lui, les blagues ne tardaient pas, car il se moquait de tout et de rien. À la fin du repas, prenant bien soin de ne pas être entendu de son père, il se pencha vers Jean-François et lui chuchota :

  • Tu l’as aimé, ton « barbe au cul » ?

Comme Jean-François ne comprenait pas, Claude fit la moue et désespéra d’avoir un compagnon aussi peu déluré. L’effet manqué de la blague formait maintenant un iceberg entre les deux garçons. Claude se tourna et chuchota quelque chose à l’oreille de son père, qui acquiesça.

  • Bien sûr ! C’est une excellente idée, mon gars !, dit-il avant de reprendre la conversation avec son ami Bégin.

Sans attendre, Claude interpella Jean-François qui se régalait encore, car il n’avait jamais goûté à ces plats :

  • Viens ! On va voir le train partir.

Jean-François ne bougea pas tout de suite, ne sachant pas s’il pouvait quitter la table.

  • Allez ! Grouille-toi ! Si tu ne te dépêches pas, nous ne pourrons pas voir partir le train.

Comme Jean-François ne bougeait toujours pas, Claude lui saisit la main et l’amena à l’extérieur. Le train était effectivement arrêté à la gare, située de l’autre côté de la rue, en face de l’hôtel.

Sur le quai de la gare, une foule s’agitait. Des voyageurs

transportaient des bagages, alors que d’autres s’impatientaient dans la file d’attente pour acheter des billets. À l’autre bout du quai, une jeune femme pleurait, pendue au cou de son amant, tandis qu’un homme retroussait le pantalon de son fils. Le gamin riait en se débattant :

  • Arrête ! Arrête ! Tu me chatouilles.

Alors que Jean-François observait la scène, le sifflet du contrôleur retentit. Celui de la grosse locomotive répondit aussitôt, en laissant courir un nuage de vapeur blanche. Le contrôleur descendit aussitôt du wagon et marcha d’un pas décidé vers la gare, où il s’engouffra. À ce moment, Claude interpella son ami, médusé par ce va-et-vient.

  • Viens ! C’est le temps de monter…

Sitôt dit, sitôt fait, les deux garçons se retrouvèrent dans la cabine des voyageurs. Là, Claude se laissa choir sur un des sièges, en clamant d’aise :

  • Comme c’est confortable !

Puis, sans perdre un instant, ils se faufilèrent vers le dernier wagon et sortirent par les portes arrière, fiers de leur aventure.

Pendant cette escapade, Jean-François oublia ses préoccupations. En se rendant compte qu’il avait enfreint deux interdits dans la même journée, il ressentit une satisfaction d’autant plus grande qu’il n’était jamais monté à bord d’un train.

  • Peut-être que le bonheur n’existe que si on le vole, pensa-t-il.

Jean-François fut interrompu dans ses pensées par Claude, qui s’était mis à courir derrière le train en marche. Sans perdre de temps, il fit de même sur une courte distance. Puis, tout enjoués, les deux comparses revinrent à la salle de réception.

En passant devant deux bonshommes qui fumaient le cigare, Jean-François fut attiré par des cris. Il chercha quelques instants, quand il découvrit que ces hurlements provenaient d’un téléviseur qui transmettait une joute de hockey.

Le jeune homme n’en croyait pas ses yeux : il était possible non seulement d’entendre le commentateur, mais on pouvait voir le déroulement de la partie. Claude, qui s’était arrêté, comprit l’intérêt de son nouvel ami :

  • Tu n’as jamais vu un téléviseur ?
  • Non, jamais.

Sans déranger les deux bonshommes qui étaient rivés au petit écran à regarder la joute, Claude et Jean-François allèrent s’asseoir à l’entrée du salon pour satisfaire leur curiosité, car les téléviseurs étaient encore extrêmement rares. Celui du New Sherbrooke était probablement le plus gros existant dans tout Sherbrooke.

Jean-François reconnut la voix du commentateur, en faisant un effort pour suivre des yeux la rondelle. Comme il était souvent question de rondelles perdues ou libres à la radio, il ne comprenait pas comment il pouvait y avoir autant de rondelles à la fois dans un même espace de temps. Après quelques observations, il eut la réponse et comprit le sens de cette expression qu’on utilisait souvent en décrivant une partie de hockey à la radio.

Littéralement fascinés, les deux garçons durent quitter la salle à contrecœur. Jean-François était si excité qu’il renversa un cendrier. Les deux bonshommes aux cigares le pointèrent aussitôt du doigt. Derrière le rideau de fumée, aussi intense que puant, une voix creuse et méprisante lança, en anglais :

  • Who are those children ? Are they allowed to come here ?

Affolés, Claude et Jean-François sortirent à toute vitesse dans le couloir. Ils étaient tellement apeurés qu’ils passèrent droit devant la salle où se trouvaient leurs pères. Au bout du couloir, ils se demandèrent où aller. Un homme en uniforme entra alors dans le salon, à l’autre bout, sans doute alarmé par les cris du gros bonhomme. Il les aperçut et partit doucement en leur direction.

Pris de panique à l’idée d’être expulsés de l’hôtel, les deux jeunes partirent à la course. Au bout du premier corridor, ils tournèrent à gauche, où ils s’enfoncèrent le plus rapidement possible. Malheureusement, ce nouveau couloir ne menait pas à leur salle. Ils contournèrent alors des objets laissés sur le plancher par deux femmes qui replaçaient un lit dans une chambre. Quand ils atteignirent le bout du corridor, ils constatèrent, essoufflés, qu’il ne débouchait pas non plus sur l’endroit recherché. Ils paniquèrent encore plus et s’élancèrent à nouveau vers la gauche. Une porte en verre teinté leur barra le chemin. Ils la poussèrent et se retrouvèrent par miracle dans le hall d’entrée.

Un chasseur les interpella pour savoir ce qu’ils faisaient à l’hôtel, sans être accompagnés d’un adulte.

Claude lui expliqua qu’ils s’étaient perdus et lui demanda où se trouvait la salle de la réunion concernant la Maria. Le chasseur sourit, comme s’il avait prononcé un mot magique. Il les pria de le suivre, en leur indiquant la direction de la salle, qu’ils regagnèrent avec soulagement.

Quand les deux garçons reprirent leur place respective, la réunion commençait. Debout à la table d’honneur, un prêtre ouvrit la séance.

  • Vous avez sans doute remarqué l’absence de notre président. Malheureusement, Monsieur Dubois n’a pu se

rendre à notre assemblée. Vous savez sans doute qu’il faut encore se rendre à la mine en chaloupe sur la petite rivière. Et, à ce temps-ci de l’année, ce serait trop dangereux. Mais, Monseigneur Savoie, de Hearst, nous a fait l’honneur de venir nous rencontrer. Il nous donnera avec tout autant de ferveur les dernières nouvelles de la mine et du Nord.

Claude profita du tonnerre d’applaudissements pour faire remarquer à Jean-François que l’orateur ressemblait étrangement à un pingouin, en raison de son nez et de ses mains qui, de la manière où elles étaient posées sur le lutrin, ressemblaient à de larges palmes.

Les deux garçons riaient encore de bon cœur, quand Monseigneur Savoie, un petit homme dans la cinquantaine, aux cheveux à peine grisonnants, se leva pour prendre la parole.

Tous attendaient avec anxiété le discours de celui que Jean-François prenait pour un évêque, car non seulement  il en portait presque le costume, avec ses boutons de couleurs, mais il en avait l’attitude. Pendant un bon moment, le silence écrasa la salle.

Monseigneur parla de nouveau de l’absence de Monsieur Dubois, cet homme généreux qui avait laissé son emploi permanent et rémunérateur pour se lancer à l’aventure et exploiter pour eux, les pauvres, une mine d’or qui les rendrait riches à craquer.

Jean-François regarda son père, qui était maintenant tout sourire, dégustant chacune des paroles de l’orateur. Après avoir signalé que M. Dubois était originaire du Québec, ce dernier rappela avec quel courage il avait accepté de prendre en main une entreprise catholique et canadienne-française, en terre anglaise. En montant le ton pour insister sur la préciosité de l’œuvre de foi que

représentait cette entreprise minière, il affirma :

  • Cet homme de cœur montrera aux Anglais qu’il est possible de réussir aussi bien avec le signe de la croix qu’avec le signe de la piastre !

Pour émerveiller encore davantage les convives, Monseigneur Savoie rappela que l’entreprise était à l’origine le rêve du Père Généreux. Ce dernier, un jésuite, avait gagné la confiance des Sauvages et persuadé M. Dubois, le seul capable, dans cette région, d’exploiter cette mine. Malgré les sacrifices exigés, M. Dubois accepta de laisser un poste de commande au CN afin de permettre à ses concitoyens de mieux vivre en français et selon leur foi, dans le nord de l’Ontario. Ne mérite-t-il pas notre reconnaissance et notre admiration ?

En montrant la photo du Père Généreux, qu’on avait suspendue derrière lui pour les besoins de la cause, il s’exclama :

  • Regardez ce visage de bonté, ce visage de tendresse et d’amour. Ce visage dont la foi a effacé tous les traits du sacrifice. Il a l’air de nous dire et même de nous supplier. Il faut faire quelque chose pour les Indiens du Nord. Il faut leur donner la foi et, surtout, l’exemple d’une vie vraiment chrétienne. Il faut leur donner la chance de partager le travail à la MARIA. Gardons une minute de silence à la mémoire du bon Père Généreux. Demandons-nous ce que nous pouvons faire pour épauler ce saint. Le Père Généreux, du haut du ciel, nous invite à bâtir un avenir meilleur, que ce soit pour les Indiens ou pour nous tous.

Un silence de mort étouffa la salle, mais aussitôt Monseigneur Savoie ajouta :

  • Oui ! Je le sens. Il nous dit que la réussite est à nos portes !

Le jeune espion (2).

mai 1, 2020

Sitôt entré dans la maison, Jean-François se dirigea vers la cuisine. Il se prépara un sandwich et le mangea. Il se faufila ensuite dans la chambre des garçons, où il espérait s’étendre près de Jean-Paul, d’un an son aîné, si celui-ci lui laissait une place. En effet, malgré les années, son frère ne s’était pas encore habitué à partager le lit, occupant tout l’espace à lui seul.

Jean-François tâta sans grand espoir le bord du lit. Puis, il sentit un nez, une chevelure. Il changea alors de côté du lit et reprit son tâtonnement : un autre nez, une autre chevelure. Il n’y avait rien à comprendre. Il devait être deux. Pour savoir à quoi s’en tenir, il grilla une allumette, en évitant de réveiller la maisonnée. Jean-Paul était allongé sur le dos en travers du lit, presque nu, les bobettes largement déchirées, laissant voir son sexe et une petite poussée de poil alors que Martin était endormi, recroquevillé, sous son épaule.

– Martin a probablement fait un cauchemar, pensa Jean-François qui se dirigea vers le lit dur de Benoît, lit que l’on surnommait « le capucin » parce qu’on l’avait solidifié pour protéger sa fragile colonne vertébrale.

Jean-François se déshabilla. Ses souliers tombèrent bruyamment sur le sol. Indisposé par le bruit, Benoît murmura quelques mots inaudibles avant de céder instinctivement la moitié du lit.

À travers la fenêtre, le lampadaire de la rue promenait une faible lumière qui créait des jeux d’ombre sur le ventre de Benoît.

Jean-François observa religieusement ce clair-obscur qui se déplaçait au gré du vent. Il imagina un spectre qui cherchait à posséder ce corps fragile de treize ans, agité par les soubresauts du cauchemar. Alors que les respirations de Benoît devenaient plus lentes, plus longues, plus profondes, presque inexistantes, Jean-François s’imagina:

– C’est la lutte du possesseur du corps qui ne veut pas céder la place au rêve, cet intrus.

Jean-François était fasciné par les lignes de ce petit corps adorable. Un modèle pour Léonard de Vinci… Il regarda longuement son jeune frère qui souriait. « Ce doit être un rêve délicieux.»

Finalement, Benoît se retourna, prit la pause d’un fœtus. Jean-François, dorénavant, fixait Benoît sans le voir, sans attacher d’importance à la courbe, la rondeur merveilleuse de ses fesses.   Les lignes du corps sont souvent les plus belles peintures, mais Jean-François n’avait pas encore développé cet esthétisme. 


Il se demanda, en se glissant dans le lit, pourquoi Paul, qui occupait un troisième lit, était revenu à la maison: « Paul a peut-être perdu son emploi? C’est probablement pour cela que je dois aller travailler. Il a une telle tête de cochon. Pourtant, il est le seul de son âge à scier un arbre aussi rapidement… un vrai Ti-Jean.   Malgré ses dix-neuf ans, il peut battre n’importe quel cultivateur à cent milles à la ronde. Quel con, je suis!, pensa Jean-François. C’est normal qu’il soit là, c’est la fin de semaine de Pâques.»

Les événements de la journée se bousculèrent dans sa tête. Il pensa : « Quel emploi? Il a bien dit que je devais rencontrer mon patron. Une mission capitale? Qu’est-ce mon père peut bien avoir de connivence avec les curés du juvénat?»

Jean-François fut soudain interrompu dans ses réflexions par Benoît qui passa par-dessus lui, presque somnambule. Il saisit le pot de chambre et pissa bruyamment. Jean-François assistait à la scène, sans que Benoît en ait conscience. Ce dernier secouait son pénis, en le faisant rebondir, faisant jaillir quelques jets de pisse sur le plancher. Il ne réalisait pas qu’il pouvait opérer ainsi avec autant de pouvoir, simplement parce qu’il était en érection. Puis, sans porter attention à son grand frère, fasciné, qui l’observait, il l’enjamba et retomba lourdement dans le lit, un bras étendu sur la poitrine de Jean-François. Ce dernier s’endormit se délectant du plaisir de la chaleur d’un corps étranger collé au sien.

Le lendemain matin, Jean-François sentit des mains qui le tapotaient. C’était Martin, le plus jeune de ses frères, et Colette, le bébé de la famille.

– Que fais-tu ici? Le collège est fini? C’est le temps des vacances? Chatouille-nous!, criait Martin.

« Joue avec nous, ajoutait Colette. Jean-Paul ne veut jamais, il dort tout le temps.»

 
Jean-François tenta désespérément de les sortir du lit. Rien à faire. Il fit signe de garder le silence aux enfants pour ne pas réveiller Benoît, mais celui-ci semblait n’avoir connaissance de rien. Les jeunes se calmèrent, se turent, immobilisés à la demande de Jean-François qu’ils aimaient bien. Jean-François les chatouilla quand même un peu alors que les petits faisaient tous les efforts possibles pour ne pas rire et crier.

Après s’être bien étiré, Jean-François s’habilla et descendit à la cuisine, attirant avec lui des deux marmots.

Sa mère et ses grands-parents l’attendaient avec impatience : ils étaient tout sourire. Il prit place à la table, où on lui servit des fèves au lard et des rôties. Dans un silence solennel, on le regardait manger, comme s’il était le premier ministre.

Dès qu’il eut terminé son copieux déjeuner, sa mère lui dit de se rendre au magasin pour remplacer son père qui devait assister à une réunion relativement à une mine d’or. Sans dire un mot, Jean-François l’écouta:

– À cinq heures, j’irai prendre ta place. Tu viendras te laver et te préparer pour accompagner ton père. Il doit te prendre vers six heures. Vous irez ensemble à la réception à Sherbrooke.

En écoutant les consignes de sa mère, Jean-François se souvint qu’il n’aimait pas prendre son bain à la maison, car, contrairement au juvénat, il n’y avait pas de douches. Et à chaque fois, il fallait faire bouillir l’eau sur le poêle et la verser dans une grande cuve. Pour économiser l’eau et les efforts, il devait aussi se laver avec un de ses frères dans cet espace restreint.

Quand il fut prêt, Jean-François courut au magasin. Il espérait rencontrer son ami Raymond qui venait tous les samedis acheter des cigarettes. Mais la journée fut très longue pour lui, son ami ne vint pas.

Forcé par les circonstances, Jean-François lui écrivit une note sur un bout de papier : « Je suis au magasin. Passe me voir. J’ai des nouvelles importantes.»

Tout en lui recommandant de ne montrer cette missive à personne, Jean-François manda le petit Martin pour qu’il la porte à la scierie, où travaillait Raymond.

Mais il faut croire que le billet ne fut jamais livré au destinataire, car Jean-François fut apostrophé par Gaston, l’employé de son père à la boucherie, qui lui dit : 

— Ta mère veut te voir tout de suite.

Sans tarder, Jean-François se rendit à la cuisine, où sa mère l’attendait de pied ferme. Elle tendait le bout de papier incriminant.  

— Quel est donc ce message?

Jean-François resta silencieux et baissa la tête, coupable.

— Tu sais que tu ne dois pas le voir… Tu ne dois pas fréquenter ce communiste. Monsieur le curé est même venu te l’expliquer avant que tu partes pour le juvénat. Le salut de ton âme, ça n’a pas d’importance pour toi? Pourquoi t’acharnes-tu à être notre désespoir? J’aurais cru que tes compagnons de classe te feraient oublier ce jeune homme. Il y a sûrement d’autres garçons avec qui tu peux te lier d’amitié, sans perdre ton âme? Qu’a-t-il de particulier, ce Raymond, pour que tu t’obstines à ne pas comprendre que nous voulons ton bien en t’empêchant de le fréquenter? Nous ne voulons pas ta damnation. Ce n’est pourtant pas difficile à comprendre.

Jean-François se sentit l’âme d’un monstre. Il regarda sa mère pleurer. Il se demanda pourquoi cette amitié avait tant d’importance pour lui. Il ne put répondre et ne put non plus renoncer à cette liaison. « Aimez même vos ennemis! », disait pourtant l’Évangile. Jean-François espérait secrètement convertir son ami. Dieu ne pouvait pas haïr quelqu’un qu’il aimait.

— Ne comprends-tu pas? Poursuivit sa mère. Heureusement que ton père t’envoie travailler en Ontario. Sinon, tu me ferais mourir de chagrin de te voir si peu obéissant.

Jean-François faillit s’évanouir en apprenant qu’il allait partir pour l’autre bout du monde. Il ne put s’empêcher de se demander : « Quel est ce péché pour mériter un tel châtiment?» 

Pour lui, c’était tellement loin l’Ontario qu’il n’arrivait pas à s’en faire une idée. C’était le pays des Anglais et des Sauvages… Aussi se prit-il à imaginer qu’il était entouré de ses bourreaux, comme Jean- de- Brébeuf, boucané comme un jambon. Il se mit à pleurer, même si le petit Martin était là et que son orgueil en prenait tout un coup.

— Je savais bien que tu n’es pas aussi méchant, dit sa mère, en le serrant contre elle.

— Maintenant, va prendre ton bain. Ton père ne t’attendra pas indéfiniment. Tu sais qu’il n’aime pas attendre.

Sans perdre un instant, Jean-François sortit de la pièce et se dirigea vers la salle de bain.

Quand il arriva, Benoît était déjà nu, debout dans la cuve. Jean-François se déshabilla. Pour prendre place dans la cuvette où l’on pouvait à peine s’asseoir deux, il bouscula son frère qui riposta aussitôt, car la cuve ne leur allait qu’aux genoux et qu’ainsi bousculé, Benoît risquait de tomber.

– Attention! Tu vas me faire passer par-dessus bord.

— Ce n’est pas toi qu’on va vendre, répliqua Jean-François, manifestement perturbé par la révélation de sa mère.

Mais avant que Jean-François n’ajoute autre chose, sa mère frappa à la porte. Sans attendre, les deux frères s’assirent dans la cuve pour ne pas se montrer nus devant leur mère puritaine. Elle entra, faisant bien attention de ne pas regarder dans la direction de la cuve, plaça l’habit de son fils Jean-François sur la chaise, avant de ressortir aussi vite qu’elle était entrée.

Dès sa sortie, les deux jeunes se relevèrent dans la cuve. Même si c’était inconfortable, cela l’était encore moins que de se trouver serrés comme des sardines en étant assis dans la cuvette.

— Lave-moi le dos, je n’y arrive pas seul, demanda Benoît.

— Fais-le-toi-même. Je ne suis pas ton serviteur, répliqua Jean-François, en infligeant une légère poussée à Benoît, qui chancela. Il faillit tomber à nouveau hors de la cuve.

— T’es bien à pic! On dirait que t’as mangé de l’ours. Habituellement…

Jean-François ne parla point et se dépêcha de laver nonchalamment le dos de son frère afin de dissimuler les larmes qui jaillissaient dans ses yeux. Ainsi, si Benoît s’en apercevait, il pourrait mettre la faute sur le savon dans les yeux. Son orgueil serait sauvé… un homme, ça ne pleure pas.

Quand il eut terminé, Benoît prit la relève comme dans un rituel. Chacun son tour…

Jean-François était si absorbé par sa douleur qu’il ne remarqua pas son érection, née de l’insistance inusitée de Benoît à lui frotter près du pénis. Comme si quelque chose le fascinait…

Benoît se pencha, après avoir laissé tomber la débarbouillette. Il recommença à passer religieusement les doigts près des organes génitaux de Jean-François qui prenait plaisir à jouer l’indifférent, même si les frissons dans son corps trahissaient son plaisir.

— T’as beaucoup de poil maintenant!, lança Benoît, ébloui, jaloux de ne pouvoir vraiment en dire autant, car dans son cas, les poils étaient encore presque invisibles.

— Pis après! Dépêche-toi! Je suis pressé, papa va m’attendre.

Jean-François se sentit un peu hypocrite, mais il ne voulait pas que Benoît s’aperçoive qu’il aimait être ainsi cajolé.

Jean-François sortit précipitamment de la cuvette. Il empoigna la serviette et se sécha le corps.

Même si on lui accordait toute l’attention d’un roi, Jean-François se sentait trahi par ses parents. Il n’avait jamais été aussi triste. Il aurait même supplié sa mère à genoux pour que tout cela n’arrive pas, mais celle-ci semblait heureuse des événements.

En fait, Jean-François ne comprenait pas très bien le sens de sa punition, car sa mère était trop contente; elle rayonnait littéralement. Pour lui, le mystère planait. Il pensa alors que grâce à lui ses parents avaient gagné une fortune. Mais cette réponse ne le satisfaisait pas, car il se demandait ce qu’il avait de spécial : « Je ne suis pas très beau. Ni trop grand, ni trop gras. Je suis même un peu fluet. Je suis loin d’être le Ti-Jean des légendes québécoises qu’on raconte aux enfants. Je n’ai aucun pouvoir magique.»

‘il ne pouvait pas être vendu pour sa force ou sa beauté, qu’avait-il que les autres de la famille n’ont pas? Ses études? Sûrement pas, car il n’avait même pas terminé son classique. « Ils veulent me marier à une fille très riche? Je suis bien trop jeune! Je ne suis pas Samuel de Champlain ou Mahomet pour marier une fille de douze ans ou comme Jefferson, le troisième président des États-Unis, qui eut une maîtresse noire à quatorze ans d’âge… de quoi rendre malade toutes les féminounes du Québec…

– Dépêchez-vous! Ton père s’impatiente, lança sa mère dans la cuisine.

Quand il fut habillé, Jean-François appela sa mère afin qu’elle lui sèche les cheveux. Elle se plaça de façon à avoir le dos à la cuvette, pour ne pas apercevoir Benoît, encore nu. Tout en s’exécutant, elle dit:

– Nous comptons sur toi pour réussir. Notre avenir en dépend. Je suis très fière de toi.

Elle embrassa son fils sur le front, puis elle quitta la salle de bain. Sitôt qu’elle eut fermé la porte, Benoît sortit de la cuvette, en questionnant son frère Jean-François qui essayait devant un miroir de nouer son nœud de cravate.

– J’aurais dû le demander à maman. Elle fait ça dans le temps de le dire.

– Qu’est-ce qui vous prend tous?

– Je ne le sais pas. Je dois aller à une réunion avec Papa. Il doit me présenter à un homme qui m’amènera travailler avec lui.

– Je veux y aller aussi.

– T’es trop jeune… et trop faible! Crois-tu que Papa pourrait me vendre?

– Idiot! Il t’aime bien trop pour ça.

– Il ne me l’a jamais dit.

– Non, mais l’autre jour, il l’a dit à Maman. S’il te vend, je me vendrai aussi. Tu ne partiras pas seul.

Jean-François eut un grand soulagement. Il serra son frère nu dans ses bras, ayant à peine à retenir ses larmes. « À deux, le malheur est moins grand. », pensa-t-il.

Rassuré, Jean-François descendit au magasin où l’attendait son père. Là, il salua sa mère et son frère Benoît qui s’était rhabillé d’urgence. Benoît le regardait avec envie. Jean-François quitta les lieux sans mot dire, l’âme un peu moins triste.

                                                       * * *

Le jeune espion (1)

avril 30, 2020

Le jeune espion

                                                   (Roman)

Sherbrooke, le 25 avril 1950

 En entendant le surveillant de l’étude lui dire que le directeur du juvénat voulait qu’il se rende à son bureau, Jean-François tressaillit de peur. Il sentit une bouffée de chaleur lui monter à la figure, une certaine faiblesse s’installer dans son petit corps d’adolescent.

 Il prit une grande respiration, serra les poings. « Ce n’est pas le moment de faire de la toile », pensa-t-il. Ce serait une faiblesse que l’on interpréterait comme un aveu. « Je suis un homme. », se répéta-t-il pour se convaincre d’une chose dont il doutait dans les moments difficiles.

Il laissa la salle d’études et se rendit aussitôt au bureau de l’abbé Royer.

« Ils auraient pu cesser de boire, ces deux cochons! », maugréa-t-il, en songeant à ses deux camarades qu’on venait de renvoyer du juvénat parce qu’ils avaient volé, la nuit, quelques bouteilles de vin de messe. Ils s’étaient saoulés au point d’en être malades et d’avoir éclaboussé le mur, près de la fenêtre. Odeur qui sauta évidemment au nez d’un des surveillants du dortoir.

 Si le père Stanislas n’était pas venu parler au beau Marcelin, ce matin-là, ils n’auraient pas été pris. Le vieux Pompon, notre très cher chef gardien du dortoir, n’en aurait pas eu connaissance : il est bouché autant du nez que du cul. Cela devait arriver. Que la volonté de Dieu soit faite! Mais, de grâce, Seigneur, ne soyez pas trop sévère », suppliait Jean-François intérieurement.        

 Jean-François se répéta ce qu’il devait dire : « Mon père, je surveillais le père Pompon pour éviter que mes amis se fassent prendre. Je ne dormais pas. J’ai toujours des problèmes à m’endormir. Vous comprenez? Emmanuel et Pierre sont mes meilleurs amis. Je ne pouvais pas refuser de les avertir si le vieux Pompon se pointait. Habituellement, Pompon dort comme une marmotte. On l’entend “biboyer”[1] comme s’il était couché dans le lit voisin. Quand il marche, il fait autant de bruit qu’un éléphant. Comment pouvais-je refuser ce petit service à mes meilleurs amis? D’ailleurs, je n’ai même pas eu à le rendre, car le vieux Pompon ronflait. Je l’entendais de mon lit. Je suis resté bien couché, les mains sur les couvertures, comme vous l’ordonnez.»

 « Je ne dors pas? Pourquoi? Ce n’est pas à cause de Pompon, non! Il ne fait quand même pas assez de vacarme pour m’empêcher de dormir, même s’il a le sommeil si agité. On croirait quand c’est lui qui surveille que sa chambre est un véritable champ de bataille. Il n’a peut-être pas la conscience tranquille. À soixante-dix ans, on a sûrement quelques péchés à se faire pardonner.

 Non! Non!, poursuit Jean-François dans sa réflexion intérieure. Si je lui dis que je ne dors pas, il va insister pour savoir pourquoi. Après sept mois, je devrais être habitué. Et si je ne dormais pas depuis sept mois, je serais sûrement plus abîmé.

Je ne peux tout de même pas lui dire que je rêve tous les soirs de m’évader de leur foutu collège pour revoir Raymond. Ils avertiraient mon père et ce serait mille fois pire. Vouloir revoir un protestant, peut-être même un communiste, puisqu’il vient de Belgique, c’est peut-être digne de l’enfer. Papa m’a justement placé ici pour empêcher ces mauvaises fréquentations. Mais qu’y a-t-il de mal à courir dans les champs, à griller une cigarette et à parler de pays étrangers avec un ami?

 Non! Je dois ne pas en parler. Garder le silence, voilà ce que je dois faire. Avoir l’air innocent. Oui! Innocent. Les adultes aiment les jeunes qui ont a l’air innocent. Ils se sentent alors supérieurs et veulent nous protéger. Oui! Je serai innocent.»

Perdu dans ses pensées, Jean-François s’imagina être le petit martyr Saint-Jean-François,  Sébastien moderne, nu, attaché au poteau, prêt à recevoir les flèches des barbares comme sur la page couverture d’un livre de religion qu’il venait de lire. Il pouffa de rire : « Qu’adviendrait-il si le petit saint était bandé? La scène prendrait de la valeur. Le petit martyr serait adorable.»

Après avoir longé les deux corridors qui menaient au bureau du directeur, Jean-François frappa timidement à la porte. Quand on ouvrit, un frisson lui traversa le dos. Son père était assis face au directeur. Le jeune collégien pensa aussitôt : « Je suis renvoyé. Papa va me mettre dans une école de réforme et maman mourra de chagrin. Je suis un assassin.»

Il regretta de ne pas avoir été appelé plutôt au bureau du préfet de discipline, le père Labonté. Celui-ci, de réputation, aime les petits gars. Ce qui en excite plusieurs et allume bien des pensées, des passions secrètes. « Quand on a envie de jouir, on va le voir et il nous aide», disait la rumeur. Et, Jean-François avait tellement besoin d’aides quoiqu’il ignore encore ce que signifie le mot jouir. « Ce ne peut être qu’agréable un mot d’une aussi belle sonorité. »

Jean-François aurait préféré aller chez ce préfet de discipline qu’il ne connaissait qu’à travers les ouï-dire à faire face à son directeur et à son père.


Malgré sa curiosité qui l’incitait à vouloir tout connaître, en particulier ce qui sortait de l’ordinaire, Jean-François était un élève modèle. Il avait de très bonnes notes et allait communier presque tous les matins. C’est pourquoi il n’était jamais allé au bureau du préfet. Ce n’était pas parce qu’il était religieux ou parce qu’on l’obligeait à se rendre à la messe, mais parce qu’il aimait se sentir lié à une force surnaturelle. La communion représentait pour lui une façon de participer au salut du monde. Quand il communiait, il devenait le plus heureux des garçons. Comme si une osmose intérieure se produisait entre lui et Dieu.

Quand Jean-François entra dans le bureau du directeur, son père se leva, silencieux, sérieux, mais sans avoir la rougeur qui le caractérisait dans ses moments de colère. Jean-François se plaça devant la chaise libre, à sa droite. Il aurait sûrement pouffé de rire s’il avait continué à fixer cette image dans laquelle il se retrouvait devant le tribunal du jugement dernier, mais ce n’était ni le temps, ni le lieu de laisser courir son imagination.

Le directeur en face de lui et son père était caché derrière son bureau. Il avait la tête chauve, le bec pincé. Il se frottait les mains, comme si on avait manqué de chauffage pendant la nuit. Il avait, selon Jean-François, de grosses mains d’assassin. Combien de lycéens avait-il étranglés?

– Cher Jean-François, c’est un grand jour pour vous. Que vous avez de la chance d’avoir un père aussi prévoyant!

Le curé insistait, observait l’effet de ses paroles sur le père et le fils, jaugeait son malaise et retenait son désir de sourire. 

– Eh oui! Votre père m’a informé de ses intentions à votre sujet. Et j’en suis ravi.

Jean-François se sentait de plus en plus mal à l’aise. Il ne saisissait pas le message de ce prêtre, aux mots élastiques, aux silences scrutateurs. Encore une fois, il faillit pouffer de rire, en imaginant le curé avec un pain de savon dans la bouche, faisant de grosses bulles en ouvrant sa petite bouche en cul-de-poule. Il se demanda pourquoi on avait tellement envie de rire dans des moments pareils. Les nerfs? Il se serait bien passé de son imagination et de son sens de l’humour, deux armes qui volent à son secours dans les moments difficiles. 

– Cette fin de semaine, renchérit le Père Royer, vous serez dans votre famille…

Jean-François regarda son père, perplexe. Il ne devait pas être renvoyé puisque son père souriait. 

– Votre père a décidé de vous confier une mission. Une mission stratégique. Importante. Capitale pour votre père et pour notre communauté. Cette mission, comprenez-le bien, ne peut être confiée à n’importe qui. Il nous faut un jeune homme talentueux, quelqu’un qui puisse s’intégrer rapidement au marché du travail. Grâce à la sagesse de votre père, vous allez connaître le monde du travail. Intellectuellement, vous êtes capables d’assumer ce léger contretemps dans vos études. Pour notre part, nous nous engageons à vous offrir au retour un service de cours privés, afin que vous rattrapiez les quelques mois d’études que vous devez sacrifier.

Jean-François regarda le directeur et s’efforça de comprendre. Même si tout était bien en français, tout cela lui semblait du chinois qu’il confondait avec le latin et le grec, car il n’y avait rien à comprendre de ces paraboles. Toujours aussi pédant, le curé ajouta:


– Pour accomplir votre mission, vous devez nous quitter cette fin de semaine ci, afin de rencontrer vos futurs employeurs qui décideront à quel moment vous devrez partir pour réaliser votre travail. Votre mission est de la plus haute importance. Il y va de notre intérêt à tous.  Évidemment, vous poursuivrez vos études ici, en attendant. .Allez maintenant préparer vos affaires et profitez des vacances. Bonne chance! Petit veinard! 

Jean-François ne bougea pas, car il était pétrifié de surprise. Le curé s’adressa alors à M. Bégin:

– Vous pouvez l’accompagner, si vous le désirez.

Jean-François se rendit au réfectoire pour préparer son linge. Il songea immédiatement aux moyens qu’il prendrait pour revoir son ami Raymond.

Jean-François aimait bien que son père vienne le chercher au juvénat, car il avait une voiture neuve, une voiture qui faisait l’envie de tous ses camarades. Ce privilège suscitait toujours la curiosité et affermissait son prestige auprès des pensionnaires. Quand son père venait le chercher, une bonne partie du personnel du pensionnat défilait devant lui. Chacun était alors d’une affabilité sans borne. Quand c’était quelqu’un d’autre, il devait porter lui-même ses bagages. Sans être orgueilleux, Jean-François aimait bien en mettre plein la vue.

Le départ fut rapide. Il se glissa sur la banquette avant et renifla profondément l’odeur de la voiture neuve. Malgré son enthousiasme, sa crainte n’était pas complètement disparue. Il toisa son père sans dire un mot.  

La voiture défila dans les rues, longea les vitrines décorées d’œufs de Paques, de poules et de lapins au chocolat. Cette liberté imprévue ressemblait à une résurrection. Les lumières des vitrines paraissaient plus belles qu’à Noël. Elles dansaient, invitaient au régal : — venez manger ce beau petit lapin qui frétille de la queue!

– Quelle chance!, pensa Jean-François. Je serai à la maison pour Pâques. Je dois trouver un moyen de le dire à Raymond.

– Papa, est-ce que je pourrai garder le magasin, ce soir?

– Nous verrons, répondit son père. Tu as beaucoup de travail à exécuter. Même si tu viens à la maison, tu dois préparer ton examen de biologie…

– Ah! La vache, pensa immédiatement Jean-François. Cette vieille charogne de Pétel lui a parlé de l’examen. Deux cents questions. Vieux maudit! Si, au moins, il avait les goûts du préfet, il y aurait moyen de l’attendrir. Je suis convaincu que j’arriverais à le séduire.»

Même s’il en doutait parfois, Jean-François savait qu’il est très beau.

– Et sans doute as-tu besoin de repos pour couver ta brosse?

Jean-François se sentit rougir. Il aurait aimé s’expliquer, atténuer ce mensonge, mais l’attitude de son père ne lui permettait pas de répondre. « On l’a mis au courant», pensa Jean-François. Mais pourquoi le prenait-il aussi bien? En temps ordinaire, il aurait piqué une crise, car c’est «un homme à cheval sur les principes». Jean-François crut préférable de ne pas insister. Il regarda son père perplexe.


Malgré le mystère qui planait, Jean-François ne quittait pas les vitrines des yeux. La ville lui semblait sensuelle avec toutes ses couleurs. Jean-François aurait bien aimé que l’on s’arrête à l’un de ces magasins. Mais bientôt l’euphorie des vitrines fit place à la noirceur des routes de campagne. Les phares perçaient difficilement l’obscurité. Jean-François se pencha alors pour mieux observer le ciel à travers la vitre de la voiture. La Voie lactée resplendissait. Comme on le lui avait appris, la Grande Ourse lui fit penser à un chaudron ce qui fit sourdre le creux qui rongeait son estomac. Il scruta encore le ciel et se demanda : mais où est donc le T de Sainte-Thérèse? 

Jean-François chercha la constellation, en se demandant si on allait présenter des films à la salle paroissiale durant les vacances de Pâques. C’était improbable qu’il puisse y assister, car il fallait passer une bonne partie de la nuit à l’église et, le dimanche, il retournerait sans doute au collège.

« Les villes pourront se donner tous les airs de carnaval, jamais elles n’égaleront la beauté d’un ciel plein d’étoiles », murmura-t-il intérieurement. Cette immensité n’avait de rival que l’amour pour la beauté et l’humanité qui habitait le jeune homme.

La route était longue de silence, longue de cette conversation muette entre père et fils.


Jean-François regarda la silhouette de son père dans le noir. Il se demanda pourquoi cet homme si froid ne l’aimait pas. Il aurait tant voulu le voir sourire, l’entendre discuter de ses problèmes, de la famille, de grand-père qui passait en un instant de colères éclatantes à des rires bruyants, des tourtières de grand-mère dont la noblesse du visage valait bien l’air tête de la reine d’Angleterre. Il aurait voulu savoir comment se portait sa mère, sa valeureuse mère qui travaillait sans cesse pour ses six rejetons, car malgré la voiture neuve, la famille Bégin n’était pas très riche, avec autant d’enfants à nourrir.          

C’était pourquoi l’aîné, Paul, s’était engagé comme bûcheron. Même si son père prétendait que l’éducation est le plus grand des héritages, Paul détestait les études. Plutôt que de voir les professeurs se damner pour ce colosse qui ne veut rien savoir, M. Bégin avait, à regret, dû se contenter de voir Paul partir pour le camp de bûcherons.

Les faibles lueurs du village apparurent enfin. Jean-François rêva au lever du jour, car il avait hâte de revoir ce merveilleux St-Camille-des-Champs.   Petit village perdu dans la région des Vauxcouleurs, St-Camille comptait trois églises : une catholique, une protestante et une baptiste. En prenant conscience de ce fait, Jean-François se questionna:

– Pourquoi deux églises protestantes différentes?  

Puis, il se dit que Dieu est bizarre, car si seulement les catholiques peuvent être sauvés, pourquoi les damnés trouvent-ils moyen de se multiplier et même de se diviser en clans? Après mure réflexion, il en conclut:

– C’est sans doute pourquoi il est écrit dans l’Évangile que beaucoup sont appelés, mais très peu sont élus! 

    
Quand il arriva à la maison, Jean-François n’eut pas droit à une grande réception. Même s’il n’avait pas revu sa famille depuis belle lurette, il ne s’attendait pas à un accueil délirant. Il n’en avait pas l’habitude. Il savait que ses frères et ses sœurs seraient couchés, alors que sa mère et ses grands-parents seraient peut-être encore à genoux pour terminer le rosaire commencé par les jeunes, car, comme le disait son père : « une famille qui prie est une famille unie.»


[1] -biboyer : Parler en dormant

Le jeune espion.

avril 28, 2020

Le jeune espion a été modifié à quelques reprises, soit au fur et à mesure que l’on inventait de nouvelles lois pour empêcher la publication de livres où il serait possible de parler de l’amourajoie (pédérastie).On pensait que la description était de la promotion. On avait plus peur de la réalité sexuelle humaine que du coronavirus. Est-ce que Freud avait raison : ceux qui n’ont pas de pénis essaient par tous les moyens de le faire disparaître.

Jean-François n’est pas un gars équilibré. Il découvre sa réalité sexuelle à travers la vie. Ces expériences dictent sont chemin vers ce qui deviendra le plus important dans tous ses rapports humains :l’amour. Le désir peut même se vivre sur une longue, très longue période, mais sa satisfaction ne garantit pas qu’il survivra au temps. L’amour, au contraire, est plus qu’un échange d’énergies, c’est une responsabilité.

Ce roman qui a servi également à me mériter une maîtrise en français à l’université de Sherbrooke et une bourse de 15,000$ du Conseil des Arts du Canada pour la recherche est passé de l’histoire d’une mine francophone en pays anglophone , à la découverte de la sexualité de Jean-François.

Ce livre qui avait gagné le prix de littérature à un des salons du livres n’a jamais été primé par qu’une des juges étaient lesbiennes et s’opposait à que je sois le récipiendaire. Le prix n’a jamais été remis. Voici donc Le jeune espion.

Illustration et conception de la page couverture :

Gabriel Deshaies

Correction :

 Normand Lebeau

Tous droits réservés :

© Copyright : Les Éditions du Temps

jeansimoneau@cgocable.ca

Site internet de l’éditeur :

http://jeansimoneau.com  (Voir boutique)

Distributeur officiel :

Les Éditions du Temps

           Leseditionsdutemps.quebec.com

2015

Où est l’équilibre ?

avril 28, 2020

J’ai passé la majorité de ma vie à contester. Devenu sage, je constate que ça n’a pas donné grand-chose. Je suis interdit dans les bibliothèques de Magog (où je suis né) et de Coaticook (donc de Barnston où je fus élevé comme on dit). Et, il ne faut pas oublier l’UNEQ qui m’a banni de ses rangs. Cependant, la censure n’existe pas au Québec.

La censure c’est le début de la débilité, le pire ennemi de la démocratie et de la transparence. La censure, c’est empêcher les individus d’avoir une perception différente de la vie et des valeurs.

La Commission des droits est aussi devenue trop légaliste pour protéger les individus contre les «lois préjugées» comme l’exige pourtant la raison pour laquelle elle a été fondée. Elle protège les religions qui sont cause de violences et d’abus de toutes sortes plutôt que le droit individuel et la vie privée.

Je suis comme le mot « référendum ». Il suffit de me nommer pour que l’on imagine tous les complots du monde simplement parce que je suis amourajeux. J’ai adoré des garçons et j’ai vécu avec deux femmes et autant d’hommes. Je considère que la perversité est opposée à l’amour. J’ai adopté deux enfants. Et, j’ai surtout été perçu comme un méchant révolutionnaire. Je manifestais souvent seul pour ne pas mettre les autres en danger.

Sur le plan sexuel, je reconnais ne pas être comme les autres et même être un peu déséquilibré, mais je suis encore moins fou que la peur viscérale que l’on a du sexe au Québec. La chasteté est un mépris du corps. Voir la sexualité en soi ainsi que la nudité comme des perversions, c’est de la maladie mentale. Par peur de l’homosexualité, et pour la distinguer, les lesbiennes à l’intérieur du mouvement féministe , ont créé le mot pédophilie, pour s’assurer que le pénis soit retiré de toutes les circulations culturelles et imaginaires chez les plus jeunes..

Par ignorance à cause des religions, on ne sait pas que la sexualité existe chez tous les individus dès leur naissance. On ignore que le sexe est noble s’il est vécu sans violence, dans un consentement mutuel et le plaisir, comme dans la Grèce antique.

Les morales sexuelles religieuses conduisent à des déséquilibres émotifs et souvent à la folie dont les femmes sont les principales victimes. Elles sont la source d’aliénation.

Diriger la sexualité des gens permet d’en faire des esclaves. On combat le sexe tout en déifiant la violence. On est traumatisé si on voit un corps nu, mais on peut voir gicler le sang dans l’indifférence.

Quoi qu’on dise, j’ai essayé de créer une vision morale de la sexualité qui soit plus fidèle à la réalité humaine, une sexualité qui respecte autant les jeunes que les adultes. La sexualité est un plaisir et non un mal comme le veulent nos institutions judiciaires qui ne font pas la nuance entre un crime avec ou sans violence, avec ou sans consentement mutuel. L’âge n’est qu’un moyen hypocrite de décrier la sexualité, particulièrement, l’homosexualité.

Je dois avouer qu’écrire est la plus grande et la plus fascinante masturbation intellectuelle. C’est une drogue comme la politique, du moins, dans mon cas.

Pour la suite, si c’est possible je publierai en séquence un de mes derniers romans: Le jeune espion.

Le chantage.

avril 27, 2020

La distraction, Paul connaissait ça. Pour lui, c’était une deuxième nature.

Une fois, par exemple, il s’était rendu, en voiture, avec sa conjointe, au Château Frontenac, assister à un congrès sur les nouvelles méthodes de reproduction des plantes de toutes sortes. Il revint chez lui en autobus, oubliant à Québec, son épouse et sa voiture.

Il était pratiquement devenu une légende du parfait distrait auprès de ses amis, au bureau d’agronomie où il travaillait.

Ainsi, un samedi matin, alors qu’il se concentrait à son travail, Paul reçut un coup de téléphone étrange. Un homme dont il ne connaissait pas la voix demandait à parler à Pauline, son épouse, en visite chez sa mère depuis une semaine.

« Qui cela peut-il bien être? », se demanda Paul, qui ne reconnaissait pas la voix. Tout le monde sait qu’elle est chez Irène et qu’elle ne revient que … » 

Paul était traumatisé de ne pas déjà être à la gare pour y recevoir Pauline. Il avait promis d’aller la chercher au terminus, ce midi même,  se rappela-t-il d’un coup. Il bénissait cet étranger, ce hasard, qui venaient lui rappeler l’existence de sa femme qu’il adorait pourtant et dont il avait oublié le retour.

Paul fonça au terminus de la petite localité pour y cueillir son épouse. Évidemment, elle n’y était pas. Paul songea aussitôt que l’autobus avait probablement pris du retard.

Paul serpenta la gare, s’acheta un journal, le lut au complet. Toujours pas d’épouse.   Il décida d’appeler chez sa belle-mère pour connaître la raison de cet étrange retard, car Pauline avait la réputation d’avoir la précision d’une horloge. Le téléphone était sans cesse occupé. 

Paul piaffait d’impatience, car il venait tout juste de se rappeler qu’il avait laissé le plat d’eau qu’il faisait bouillir sur la cuisinière chez lui. La peur d’un incendie le tenaillait.

Il s’empressait de recomposer le numéro de téléphone, quand un garçon d’une douzaine d’années lui demanda un dollar.

– S’il te plaît, monsieur, je n’ai pas mangé depuis deux jours.

Paul sortit instinctivement cinq dollars et le donna au garçon qui lui semblait plutôt mal pris.

« Va t’acheter quelque chose », dit-il pour ne plus être dérangé.

Il réussit enfin à avoir la communication et apprit sa méprise : Pauline revenait bien le jeudi, mais celui de la semaine suivante. Habitué à ses bévues, il se mit à rire.

Il riait comme un fou quand il aperçut à nouveau le petit bonhomme, près des téléphones.

– T’as déjà mangé?

– Non, j’ai pensé que vous voudriez bien venir avec moi au restaurant. Je suis seul. Et, c’est « plate » en maudit.

Paul remarqua alors que cet enfant portait des vêtements trempés, boueux et un pantalon tout déchiré sur une cuisse.

– Tu n’as pas de parents ?

– Bien sûr que j’en ai. Mon père devait venir me chercher hier soir et il ne s’est pas présenté. Il doit être encore saoul. Quand il se met à boire, ça peut durer des jours et s’il me voit, il ne cherche qu’à me battre.

– Oui, mais ta mère?

L’enfant hésita avant de lui dire qu’elle était morte.

Pris de pitié, Paul amena l’enfant au restaurant. Profitant de sa présence, le petit Sylvain se gava jusqu’à en être malade.

– Que feras-tu maintenant? Tu ne peux tout de même pas passer la journée ici. Veux-tu que je t’amène chez ton père?

– Oh non! Je t’en supplie, ne fais pas ça. Amène-moi avec toi. T’as l’air si gentil. Je ferai tout ce que tu voudras. Amène-moi. Je te jure, tu ne le regretteras pas. Allez! Juste deux ou trois jours. Le temps que mon père se dessaoule. Je suis certain que s’il me voit maintenant, il va me battre au sang.

L’idée d’amener ce jeune chez lui, durant quelques jours, alors qu’il avait énormément de travail à compléter, ne lui souriait pas du tout, mais pas du tout. Par contre, prendre le risque de laisser cet enfant entre les mains d’un monstre, même si c’est son père, c’est de la misère assurée.

« Il pourrait sans doute m’aider », pensa le bon samaritain. Paul avait trop de respect pour les enfants pour ne pas intervenir afin d’empêcher cette injustice.

– C’est d’accord. Tu m’aideras à replanter mes fleurs et je te paierai. Disons le salaire minimum. Quand le temps viendra, que tu seras certain que ton père ne sera plus ivre, je te ramènerai au terminus pour qu’il puisse venir te chercher.


Sylvain était fou de joie. Juste voir sa figure rayonnante valait bien quelques petits sacrifices. « De plus, je serai moins seul durant l’absence de Pauline… », pensa Paul.

Dès leur arrivée à la maison, Paul se précipita vers la cuisinière. Heureusement, dans sa distraction, il avait oublié d’allumer le rond du poêle.

– Paul, est-ce que je peux me reposer, avant de t’aider? Je suis tellement fatigué, demanda le jeune garçon.

Paul se sentit un peu niaiseux et coupable de ne pas y avoir pensé plus vite. Il jeta un œil sur le gamin et s’aperçut que non seulement son pantalon était déchiré, mais Sylvain était affreusement sale.

– C’est une très bonne idée. Mais, tu dois prendre un bain auparavant.

Paul se rendit à la salle de bain et fit couler l’eau.

Le bain n’était pas encore rempli que Sylvain s’amena. Sans forme de scrupule, plutôt même en posant un peu, il se dévêtit devant Paul, surtout préoccupé à vérifier la chaleur de l’eau. Paul fut étonné. On aurait dit que Sylvain voulait attirer l’attention. Paul pensa qu’il était trop scrupuleux… comme son éducation l’avait modelé.

– Qu’as-tu à la cuisse? demanda Paul, ahuri de voir une si longue cicatrice et le sang séché tout autour.

– Ce n’est rien, je me suis blessé en sautant une clôture.

Paul prit des médicaments et commença à soigner la cuisse de Sylvain essayant de ne pas montrer qu’il voyait bien que le garçon était bandé. Paul eut l’impression que le petit non seulement aimait se faire soigner, mais qu’il souhaitait bien d’autres formes de caresses. Il s’empressa de chasser cette idée, se disant que de telles cochonneries ne peuvent germer que dans la tête des adultes. N’empêche que de toute évidence, Sylvain adorait ça. « Il ne s’en aperçoit même pas. », pensa Paul, malgré toutes les tentatives de Sylvain pour faire dévier les mains ailleurs que sur la cuisse. 

« C’est probablement parce que ça chauffe trop qu’il me pousse ainsi la main », crut Paul.

Paul n’était pas si tôt sorti de la chambre de bain, pour permettre au petit de se laver, que Sylvain trouva une nouvelle excuse afin de le ramener près de lui.

– Je ne peux pas me laver seul. Ma blessure me fait trop mal et si je m’assois dans l’eau, il n’y aura plus d’onguent, affirma catégoriquement Sylvain.

Paul comprit sa méprise. Il aurait dû nettoyer, puis attendre que le garçon ait pris son bain, avant de fixer les pansements.

Impatient de commencer à travailler, Paul se rendit près de Sylvain qui lui saisit la main et la déposa sur son sexe qu’il s’amusait à faire sursauter sur son ventre, à travers des éclats de rire.

Cette fois, il était impossible de nier l’évidence. Paul comprenait mal ce désir sexuel d’autant plus qu’il avait toujours cru les enfants « innocents ».

– Crosse-moi ou mange-moi, ce serait même encore mieux!

Paul enleva la main, ne pouvant plus douter des intentions de son jeune protégé. Il s’éloigna, un peu en colère.

– Ne t’en va pas. C’était une farce. Tu n’aimes pas ça rire? Il n’y a rien de mal là. Je ne recommencerai plus. Souris!   

Paul céda à nouveau. Même s’il ne voulait pas se l’avouer, Paul était hypnotisé par la beauté de Sylvain, par la douceur de sa peau, la senteur de ses cheveux et l’envoûtement de son rire. Il était peut-être diabolique, mais quel beau démon !

Paul refusait de reconnaître cette attirance pour ne pas déroger à ses principes.

Il lui lava le dos, et prétextant de l’eau sur le feu pour retourner à la cuisine, Paul s’éloigna.

– Le reste, tu peux très bien le faire tout seul.

Paul s’était mis à la lecture d’un journal quand Sylvain fit son apparition dans la cuisine, toujours nu comme un ver.

 Paul fut surpris que Sylvain soit encore bandé. Un exploit qu’il ne pouvait plus réussir depuis des années. 

« Ce doit être le pouvoir de la jeunesse. », se dit-il.

– Prends-moi dans tes bras pour m’apporter dans mon lit. J’aurais tellement aimé que mon père m’amène dans ses bras.

– Quel caprice! , s’exclama Paul. T’es vraiment un vrai bébé.

Mais il s’y plia, sans trop comprendre pourquoi. Il se sentait incapable de refuser quoique ce soit à cet enfant.

Paul fut troublé par le contact de la chair nue dans ses bras. Ce devait être son éternel désir d’avoir un enfant ou l’absence de Pauline qui le troublait ainsi. Il ne pouvait pas nier que ce contact lui procurait beaucoup de jouissance. Il était maintenant aussi bandé que Sylvain.

« Ça coûte si peu cher de rendre un enfant heureux », se dit-il, pendant que Sylvain le prenait par le cou et l’embrassait.

Paul en avait le cœur à l’envers. « Ce jeune manque affreusement d’affection », pensa-t-il.

« Pourquoi des parents mettent-ils des enfants au monde, s’ils ne peuvent pas leur manifester de l’amour? Serait-ce que le monde est rendu assez fou pour qu’un baiser et une caresse soient interprétés comme des gestes sexuels, voire incestueux? Notre société serait-elle devenue complètement paranoïaque? Est-ce les médias qui rendent les gens aussi hystériques dès qu’il est question de relations sexuelles entre un adulte et un enfant? Pourquoi ne peut-on pas concevoir ses relations sexuelles comme étant possiblement sans violence, voire même positive, constructive d’un plus grand amour de soi chez l’enfant? »

Il se rappela tous les efforts que lui et Pauline avaient faits pour engendrer un de ces petits êtres qui font aussi bien votre bonheur que votre enfer. Toutes les démarches infructueuses pour adopter un enfant.

Paul portait Sylvain, non seulement avec fierté, mais comme si c’eut été le plus précieux cadeau de la nature. Même si Sylvain était agaçant avec ses désirs sexuels, Paul adorait déjà, cet enfant.

Sylvain s’étendit sur le lit. Tout sourire, il porta la main à son sexe. Frondeur, il avait étendu la main sur sa bourse, pendant qu’avec le bout des doigts, il massait le bas de son petit sexe, toujours raide comme de l’acier. Même si Paul était profondément bouleversé par la beauté angélique de Sylvain, sa morale n’approuvait nullement cette masturbation. Pourquoi donc? Comme tout le monde, il ne le savait pas, mais il acceptait sans réfléchir cet interdit. « C’est mal, voilà tout. Même si c’est stupide, c’est mal. »  Toutes les religions l’affirment. Elles ne peuvent pas toutes se tromper.

Pour se soulager la conscience, Paul ajouta :

– Tu pourrais au moins attendre que je sois parti, dit-il au gamin en haussant un peu le ton pour croire dans sa propre colère. Mais dès qu’il fut à l’extérieur de la pièce, il se dit en lui-même : « Faut bien qu’il ait un défaut », tentant de minimiser ces scènes qui commençaient à le choquer.

 Il se hâta de quitter la chambre, mais il n’avait pas commencé à travailler que Sylvain était revenu le retrouver en bobettes, comme si rien ne s’était passé. Il s’assit et regarda Paul s’affairer dans ses livres. Puis, il embrassa Paul et s’en alla dans sa chambre. On aurait dit qu’il avait perdu une bataille.

Les trois jours en présence de Sylvain furent trois jours de paradis. Sylvain avait mis ses tentatives de séduction de côté et jamais Paul n’avait autant ri, autant joué, autant raconté d’histoires. Paul n’avait jamais été aussi heureux, grâce à ce petit gars, il revivait, à travers lui, sa propre enfance. Paul était fasciné par la possibilité de retrouver sa « réalité profonde de gamin », à travers le besoin de faire plaisir à Sylvain. Il s’est même livré à des jeux de cache-cache, se rappelant la première fois qu’il avait embrassé Nicole, dans une garde-robe et toute la fierté qu’il en avait ressentie. Sans le savoir, Paul vivait exactement ce que vivent tous les amourajeux.

 Peu de travail avait été accompli, mais la vie avait enfin un sens. Paul  finit par adorer Sylvain autant que Sylvain l’adorait. C’était l’amour fougueux, sans le lit. Une relation bien différente de celle qu’il entretenait avec Pauline. Avec Pauline, la relation était convenable, mais ne procurait pas le piquant, la joie de vivre qu’il ressentait présentement avec Sylvain. Une amitié presque une adoration.

Une telle relation est-elle éphémère? se demanda-t-il.   Paul et Sylvain étaient pleinement parfaitement heureux comme quand deux jeunes garçons s’amusent ensemble. « Le jeu créait le bien-être, l’égalité humaine, malgré les âges. La fiction vécue dans la vie de ce couple hors-norme n’avait rien à voir avec la réalité hétérosexuelle vécue de nos jours. Le mariage des deux caractères engendrait une transcendance comme si l’imagination dans le réalisme du jeu permettait d’oublier les inconvénients de la vie. Est-ce la même joie qu’un père quand il se voit dans le miroir de l’âme de son petit gars? », se demanda Paul.

Paul décida de proposer à Pauline d’adopter cet enfant, si sa famille l’acceptait, car il n’était pas orphelin de toute évidence. Est-ce que son père voudrait laisser aller cet enfant qu’il battait? Aucun père ne le ferait même s’il est alcoolique.

 Malheureusement, le temps était venu de retourner à la gare et probablement de se séparer à jamais. Sylvain avait rejoint son père au téléphone, puis avertit Paul que son père avait retrouvé ses sens.

Paul et Sylvain avaient le cœur gros. Il s’était créé un lien tellement riche entre eux qu’ils croyaient que même leur séparation inévitable n’arriverait jamais. Rien ne pourrait, quoiqu’il arrive, leur faire oublier ces trois jours de parfait bonheur. C’est, du moins, ce que pensait Paul.

Pour bien alimenter ces derniers moments, Paul décida de ramener Sylvain au restaurant de leur première rencontre. Désir un peu romantique… bien partagé.

Paul donna cent dollars à Sylvain pour les travaux accomplis durant son séjour avec lui à la maison. C’était sûrement bien au-delà de ce que méritait Sylvain, mais c’était une façon de le récompenser pour la joie qu’il lui avait fait connaître.  

– Avec cela, tu pourras prendre l’autobus pour retourner chez toi, dit-il, en souriant, avant de commander un repas à chacun.

Ils mangeaient encore quand un policier se présenta à leur table.

Sans même sembler remarquer la présence de Paul, le policier, une photo à la main, demanda à Sylvain s’il était bien « ce garçon-là ». Sylvain répondit par l’affirmative. C’était l’évidence même.

Paul assistait à la scène, se disant que toute cette affaire finissait bien, car Sylvain, accompagné d’un policier, n’aurait pas à craindre les coups de son père, lors de son retour.

 À la demande du policier, Paul quitta la table et se rendit à l’auto-patrouille où il prit place sur le siège arrière, pendant qu’un autre policier venait chercher Sylvain pour le ramener à la maison.

Ce policier demanda à Sylvain, avant de partir, s’il était en compagnie de Paul. La confirmation n’était pas encore obtenue que le policier demanda à l’enfant depuis quand ils étaient ensemble, depuis quand ils se connaissaient, si Paul l’avait séquestré, touché, agressé. Paul était intimidé, il se sentait accusé d’une perversion qu’il n’avait pas. Il ne ferait pas de mal à une mouche, encore moins à un enfant, même si une relation sexuelle chez les garçons apporte le bonheur et non l’inverse. 

Sylvain demeura muet et mal à l’aise. Où voulait-on en venir?

Le policier conclut qu’il s’agissait bien d’un cas d’enlèvement, de séquestration, ou du moins, d’assistance à une fugue. Il mit Paul en état d’arrestation parce qu’au mieux il avait aidé un délinquant à fuir son foyer… mais il y rêvait déjà d’un cas d’agression sexuelle. Plus il y a de cas, plus les autorités subventionnent la police. C’est donc un réflexe normal de policier que d’en voir partout.

Paul sursauta de surprise et de colère.

– Mais que dites-vous là? répliqua-t-il, comme s’il n’avait pas compris ce qu’on lui disait ou plutôt comme s’il n’en croyait pas ses oreilles.

– La ferme! Mon hostie de tapette!

Paul était vraiment insulté. Il n’avait jamais eu la moindre tendance homosexuelle.

– Monsieur l’agent, c’est une monstrueuse erreur.

– Aie toué, mon tabarnak, je ne t’ai pas sonné, kâliss de christ! Quand je voudrai une pipe, hostie, je t’appellerai.

Paul était décontenancé par la vulgarité du policier. Est-il possible que de tels porcs représentent la loi?

Le policier le força à l’accompagner au poste de police où il fut interrogé durant des heures.

Paul répéta inlassablement l’histoire inhabituelle de cette rencontre, mais il ne put expliquer pourquoi il n’avait pas appelé la police. Cela ne lui avait pas paru nécessaire. Point.   Le jeune était en pleine sécurité avec lui, il n’était pas battu par son père. Sylvain était assez heureux et en sécurité pour justifier cette décision.

Paul demanda la permission d’appeler son épouse.

Il tenta de se rappeler le numéro de téléphone de sa belle-mère pour la rejoindre. Inutile. La nervosité embrouillait sa mémoire.

Les policiers interprétèrent cette demande comme un moyen de dissimuler son homosexualité. Qui oublie le numéro de téléphone permettant de rejoindre sa conjointe?

Paul était vraiment excédé par l’obsession des policiers à vouloir lui faire avouer qu’il avait entraîné Sylvain dans une aventure sexuelle.

« Pourquoi ne s’occupe-t-il pas à soigner leur propre phantasme qui empêche un adulte de fréquenter un jeune sans y imaginer une relation sexuelle, de la violence, de l’abus? Pourquoi défendre une morale aussi malade et répressive? 

 Après quelques nouvelles tentatives de téléphone infructueuses pour joindre Pauline, les policiers conclurent que Paul tentait de leur monter un bateau.

Paul avait hâte que finisse cette sinistre farce. Mais, plus le temps passait, plus il sentait que les policiers voulaient lui faire admettre à tout prix un crime qu’il n’avait pas commis.

Paul était consterné. Les policiers mettaient plus d’ardeur à lui faire avouer qu’il avait eu des relations sexuelles avec Sylvain qu’à trouver le côté positif de cette rencontre. Cela n’aurait pas été pire, s’il l’avait tué. C’est ainsi qu’on le remerciait d’avoir empêché un enfant d’être battu par son père. Un peu de sexe, c’est plus traumatisant que de se faire battre? Il faut vraiment être rendu débile pour penser ainsi.

De plus en plus irrité par l’obsession des policiers, Paul prit conscience pour la première fois de la dimension maladive qu’ont les autorités à surprotéger la sexualité des enfants. Une paranoïa pure et simple devenue une véritable hystérie collective. Une société doit être rendue profondément malade pour qu’un meurtre soit moins puni qu’un attouchement sexuel. Paul songea qu’en cas de meurtre, tu es libre quand tu as fait ton temps en prison; mais pour un simple toucher de nature sexuel, tu seras sur une liste permanente à vie de délinquants sexuels, même s’il n’y a eu aucune violence dans les faits que l’on te reproche. Si la société mettait autant d’efforts à combattre la violence, la vie serait mieux protégée et plus agréable.

Paul craignait de plus en plus d’être victime du chantage qui entoure les relations sexuelles avec un mineur. Il n’était pas l’Église pour pouvoir payer des millions en compensation à des gens qui avaient peut-être aimé ça quand les incidents se produisirent. Qui ne dénoncerait pas un geste qui peut procurer un petit 50,000 dollars?

Malgré cette nouvelle lucidité, Paul continuait d’être opposé à de telles relations, car on ne change pas sa perception de la vie au cours d’une simple mise en situation.

Il se rappela une conversation avec un ami missionnaire, le Père Conrad, qui l’avait jadis bien scandalisé. Celui-ci, en lui avouant son amour pour les petits gars, prétendait que la morale sexuelle est non seulement une préoccupation bourgeoise, mais encore pire une bibitte religieuse fondée sur aucune raison valable. De l’ignorance à l’état pur souvent contraire à ce que démontre la science.

Le prétendu vice sexuel, disait le Père Conrad, est une invention pour manipuler les consciences grâce à la mauvaise estime de soi que le péché incruste en nous. La haine du sexe que l’on nomme un vice est enfoncée dans toutes les consciences alors même que tu es trop jeune pour porter ton propre jugement. Une peur pire qu’une allergie. C’est la peur d’être ostracisé si tu enfreins la règle du “pas de sexe si tu n’as pas 18 ans ou hors procréation”. Toute ta vie sera conditionnée par la manière selon laquelle ton environnement t’aura fait percevoir la sexualité et les rapports humains qui en découlent.

Même jeune, qui a déjà été traumatisé par une relation sexuelle consentie, voulue et non violente? À moins d’y être forcé, le sexe est le plus grand des plaisirs. Mais, on y voit du mal, car on nous a dit depuis notre enfance que le sexe hors du mariage est objet de péché, une honte. Ce préjugé est devenu si fort que personne n’y échappe.

“Il est anormal, soutenait le Père Conrad, qu’alors que des enfants meurent de faim dans un pays sous-développé, les organismes d’aide humanitaire souvent dirigés par des religieux ne pensent qu’à combattre les relations sexuelles éventuelles. C’est une obsession de religieux frustrés. 

C’est d’autant plus fou que la peur du sexe a pris une telle folle ampleur qu’avec l’avènement de la peur de l’homosexualité. Pourtant, s’il est une orientation sexuelle qui ne porte en soi aucun danger, outre les maladies vénériennes, c’est bien l’homosexualité. Un garçon, ça bande, ça jouit, ça éjacule et ça débande. Ce n’est pas dégradant puisque le garçon apprend à travers sa sexualité à admirer la beauté de son corps et à en jouir. La jouissance est une condition à la survie humaine. Avec ou sans rapport sexuel, le jeune apprend son métier d’homme en étant avec des hommes. Certains jeunes recherchent d’ailleurs la présence d’un mâle aîné.  

– Te faire sucer, ça ne fait pas mal, disait le Père Conrad. Bien au contraire, c’est extrêmement jouissant. Se faire admirer autant par un mâle que par une femelle, c’est aussi très valorisant. Le problème n’est même pas la prostitution, mais le proxénétisme. La prostitution devrait être individuelle et libre. Le rôle de l’état est de protéger tous ses citoyens, pas seulement ceux qui font son affaire. Toute forme de domination doit être combattue. Chaque individu doit être l’unique maître de son corps et de son esprit. Le droit à une sexualité libre et non violente est la base même du droit à la vie privée.

C’est possiblement la seule tendresse que connaissent ces enfants, victimes de la misère économique. Il n’y a que les féminounes qui sont assez folles pour prétendre que se faire « cruiser » est une forme de harcèlement. Tout individu est capable rejeter une invitation. Un toucher peut apporter le plaisir s’il est consenti et accompli dans l’amour et la tendresse. Mais nos sociétés veulent dicter l’agir de tous. Avoir l’esprit obtus, ça se cultive. Voir du mal partout, avoir honte de son corps, c’est un signe de déséquilibre.

 La prostitution libre, ce n’est pas pire pour une femme ou un homme que de se chercher un mari pour se faire vivre par lui toute sa vie. Une formule est acceptée, l’autre pas. La prostitution est simplement un autre moyen, je dirais un peu moins hypocrite, car tous les humains ont besoin de vivre leur sexualité. Rien ne devrait les empêcher sauf la violence ou la domination. La violence est le propre des frustrés. Qui a sacralisé le mariage? Pourquoi se servir de son cul pour gagner sa vie serait moins noble que de travailler dans une usine à construire des armes? L’important dans toutes les relations humaines, c’est l’amour, la tendresse, s’accepter comme on est et avoir du plaisir à vivre et de la gratitude pour la vie qui nous est donnée.

L’innocence des enfants? Quelle foutaise! 

Tout individu naît sexué. Ce sont aussi parfois les jeunes qui provoquent leurs aînés. Quels jeunes ne se crossent pas? C’est le sport favori de l’adolescence. Les jeunes garçons ne perçoivent pas du tout la sexualité comme les adultes.   Pourquoi combat-on leurs besoins sexuels au point de les traquer jusque dans leur intimité? Ces relations permettent d’assouvir une curiosité très saine, mais les adultes craignent que les jeunes aiment trop ça et qu’ils deviennent irréversiblement homosexuels. Ce qui est totalement faux. Bien des jeunes ont des expériences gaies, mais seront irréversiblement hétérosexuels. C’est un jeu pour exploiter leur corps. Ce sont les parents obsédés par le sexe de leurs enfants qui sont les vrais pédophiles, disait Nelly Arcand.

Si les jeunes ont droit à leur sexualité, pourquoi n’ont-ils pas droit aux expériences sexuelles qui leur permettront de choisir leur orientation sexuelle en toute connaissance de cause? Belle hypocrisie! Morale de tartuffe!»

Paul, férocement opposé à toute forme de prostitution, s’était efforcé de faire-valoir que ce milieu était malsain pour les jeunes, car ces relations ne pouvaient rien leur apporter de bon. 

– Le sexe, c’est sacré. Ça ne doit servir qu’à la procréation.», croyait-il vraiment. 

– Tout dépend comment c’est vécu, lui avait répliqué son meilleur ami, le Père Conrad. Il peut y avoir beaucoup d’amour même dans la prostitution. Là où il y a de l’amour et de la tendresse, c’est un miracle, une merveille pour les deux amants. C’est un crime de les priver d’un tel bonheur. C’est leur choix… l’âge n’a rien à voir là-dedans, sauf s’ils sont trop jeunes pour réagir selon leur désir. Personne ne peut être d’accord avec la pédophilie, soit des rapports sexuels avec un enfant en très bas âge. 

Penses-tu vraiment que je puisse faire du mal à un jeune que j’adore? Penses-tu qu’il ne peut qu’y avoir, dans cette relation où je lui donne le meilleur de moi, qu’un aspect négatif? Penses-tu qu’un jeune y est contraint, s’il revient te voir? Il aime ça.  Point final! 

Évidemment, s’il est confronté à une dénonciation, il dira avoir été forcé, car il n’est pas fou. Il sait que tout le monde autour de lui croit que c’est un crime honteux d’avoir ce que l’on appelle une relation sexuelle inappropriée. Ne demandez pas pourquoi, ils ne le savent pas. Ils l’ont appris ainsi et ne se sont jamais demandé si ça avait une forme de bon sens ou de logique. La pression sociale le forcera à mentir pour poser en victime, même s’il a aimé ça. Il deviendra la victime et s’il est chanceux l’agresseur sera un prêtre et là, il pourra aller se chercher un magot d’une ampleur jamais espérée.

 L’obsession de la prostitution ou de la sexualité juvénile d’aujourd’hui c’est la peur que l’homosexualité se répande, malgré l’opposition de toutes les religions. On a peur que si les jeunes goûtent ces plaisirs, ils ne sachent pas comment s’en passer et que plus tard, avec les femmes, ils ne soient plus capables de bander. Une peur que les femmes entretiennent non seulement parce qu’elles se sentent menacées, mais surtout par jalousie parce que bon nombre d’homosexuels se recrutent parmi les beaux mâles. L’amourajoie que l’on appelait avant la pédérastie est d’ordre esthétique. On oublie souvent son aspect émotif. Se désirer, se toucher provoque souvent l’amour. »

Et ce vieux missionnaire qui aimait bien les petits gars avait ajouté :

– C’est très frustrant pour un travailleur social de constater que tu peux obtenir un salaire dix fois plus élevé que lui à travers la prostitution. C’est pourquoi on fait croire que c’est plus noble de travailler avec ses bras ou son cerveau pour gagner son argent, mais pour tenir de tels propos, il ne faut jamais avoir eu faim.  

Paul se rappela combien il avait été choqué par ces propos. Il avait même songé très sérieusement de refuser le droit de visite à son vieil ami. Il avait cessé de le fréquenter, à un tel point que le Père Conrad lui avait demandé avant leur rupture s’il désirait ne plus le revoir, tout en lui soulignant que sa réaction et son étroitesse d’esprit le peinaient.

– Je t’aurais cru plus humain , s’était-il contenté de laisser tomber le Père Conrad.

Paul n’avait rien à se reprocher. Il avait même ignoré les avances de Sylvain. Pourquoi tout ce scénario?

 Avec la visite de son avocat, Paul ne tarda pas à comprendre la situation.

Sylvain avait affirmé que Paul l’avait payé cent dollars pour ses services sexuels. Sa parole suffisait pour envoyer Paul en prison durant des mois. D’ailleurs, le tribunal venait de lui refuser la liberté, en attendant de comparaître.

Paul était furieux et agacé ; c’est le moins que l’on puisse dire, car ce témoignage menaçait son foyer et sa carrière, si le mal n’était pas déjà fait. Pauline pourrait-elle passer par-dessus ces propos et le croire, lui? Les femmes ont tendance à tout exagérer dès qu’il est question de sexe. Elles sont jalouses, possessives et envieuses par nature. Ce qui explique les lamentations quotidiennes des féminounes. Heureusement, les féministes sont encore capables de faire la part des choses. Pauline était-elle l’une d’elles? Paul le croyait, mais… la pression.

La nuit fut infernale. Paul était divisé par la haine qu’il ressentait d’avoir été accusé faussement,  l’amour qu’il avait très profondément ressenti pour Sylvain et la culpabilité d’en être tombé amoureux. Paul crut fermement que Sylvain avait inventé ces accusations pour se débarrasser des policiers et de la DPEJ. Ils l’avaient certainement harcelé comme lui pour obtenir une accusation coûte que coûte. C’est bon pour les statistiques et justifier que le gouvernement injecte plus d’argent dans la sécurité pour la protection des enfants. La police est bien meilleure pour s’en prendre aux simples citoyens fautifs que pour arrêter les vrais criminels. C’est plus payant.

La violence est pourtant plus condamnable que le sexe, mais c’est ce que privilégie et protège même le système.

Paul s’interrogeait sur les motifs qui incitaient Sylvain à mentir. 

– Il ne m’a pas demandé de rançon. Il n’a jamais parlé de chantage, ce qui aurait pu se faire dès le deuxième jour. L’Église catholique, pour avoir la paix, paie maintenant des millions à ses victimes. La chasteté est devenue le racket du chantage. 

À moins d’être follement scrupuleux, ça ne tient pas debout. Mais, c’est payant pour les psychologues de maintenir l’idée que les jeunes souffrent dans une relation sexuelle, même s’il n’y a pas de pénétration. Les victimes deviennent riches, il leur suffit de faire croire qu’elles ont subi des séquelles permanentes. Il faut vraiment être naïf pour gober de telles chansons. Comment un jeune qui se fait toucher au pénis peut-il devenir pour autant invalide dans un lit pour le reste de sa vie? Pourquoi retourner chez ton agresseur, si tu en as peur? Voyons, ça ne tient pas la route. Non, il ne pouvait pas avoir de liens entre la dénonciation de Sylvain et ce qui se passait avec l’Église. C’est du délire, finissait-il par penser.

Sylvain ne pouvait pas connaître ce chantage. On lui a certainement mis dans la tête. Qui? Ce doit être son père. Son père doit-être le maître d’œuvre de ce chantage? Le jeune ne peut pas avoir pensé ça à lui seul? C’est une méchanceté d’adulte. 

Un élément jouait en faveur de cette vision des choses. Qui abandonnerait un aussi beau et charmant garçon, sinon un alcoolique? Un batteux d’enfants!

Paul n’avait pas d’enfant, mais il était sûr qu’il n’aurait jamais agi contre l’intérêt de son fils. Il ne le battrait pas. Il n’essaierait même pas de faire peur à un enfant.  

Toute cette hystérie autour du sexe lui sautait à la figure.  

– J’aurais peut-être dû le laisser crever de faim? Trancha Paul révolté, mais il se sentit coupable dès que cette idée germa dans sa tête.

Paul songea aussitôt à nouveau à son ami, le Père Conrad et à la façon dont il l’avait condamné, sans essayer de comprendre. Quel aveuglement!

Le matin, il se présenta en Cour où Sylvain raconta s’être fait sucer. Il ne voulait pas, mais il avait trop peur pour dire non. Il était seul avec un adulte dans cette maison où l’avait attiré Sylvain en lui faisant croire qu’il avait de beaux animaux. Une invitation qu’il avait acceptée pour voir les bêtes, sans se soucier ou craindre ce qui arriverait. Sylvain était livide. Il était impossible de sembler plus effrayé. On entendit les « on »  de l’assistance dès qu’il affirma que Paul lui avait donné cent dollars pour ne jamais en parler.

Paul était estomaqué. Abasourdi, il s’avança pour s’adresser au juge quand il s’affaissa.

Un policier accourut.

Paul vit le visage du policier se pencher sur lui et même s’il était silencieux, il pouvait entendre les pensées qui lui venaient à l’esprit.

– Une hostie de tapette de moins. Il est mort, l’écœurant.

Le policier semblait frustré de ne pas pouvoir continuer à l’humilier. Il confirma au juge la mort de l’accusé.

Paul se sentit libérer de son corps, heureux de quitter un monde aussi infâme. Sa connaissance n’avait plus de limites terrestres.

Il vit le père de Sylvain s’approcher de son cadavre, puis Sylvain arriva livide. Paul pensa aussitôt que dans le fonds, il ne s’était pas trompé : Sylvain l’aimait bien.

Sylvain s’approcha de son père et lui dit :

– Tu m’avais promis cinq cents dollars si j’arrivais à le faire condamner. Tu me payeras quand même, n’est-ce pas? Tu en es débarrassé, c’est ce que tu voulais?

Paul prit peu de temps à comprendre ce qui se passait quand il vit Pauline arriver au-dessus de son cadavre, toute excitée.

Elle prit la main du père de Sylvain et lui chuchota à l’oreille :

– On peut maintenant se marier, il n’est plus un obstacle !

Jean Simoneau

Texte révisé juillet 2014.

Essayer de comprendre (1)

avril 26, 2020

Faire croire qu’une expérience sexuelle à l’adolescence est traumatisante, c’est mentir.

C’est non seulement  confondre la réalité avec les règles édictées par les religions; mais c’est créer une zone d’hypocrisie qui sera source de bien des problèmes à l’âge adulte. Cet espace de confusion sera agrandi par la différence de la perception de la sexualité, selon que l’on est un gars ou une fille.

Cette réalité est au cœur actuellement de la guerre pour déterminer qui dominera : les hommes ou les femmes. L’égalité homme-femme est loin d’être acquise. L’homme a tous les droits dans certaines civilisations alors que dans les pays riches, les femmes crient au meurtre dès qu’elles sont trop regardées longtemps ou avec trop d’admiration. Le mouvement d’émancipation cache le nombre de femmes lesbiennes, donc, qui à la source détestent les hommes.

Le désir (la curiosité dans bien des cas) se confond avec la rébellion aux règles. Le plaisir peut ainsi par la suite se muter en culpabilité.  D’ailleurs, ce sont les parents qui s’énervent avec le sexe et non ceux qui en jouissent.

Les parents ont peur de ce que cela pourrait amener comme problème à leur enfant, avec raison, d’autant plus que notre société était devenue l’espion pour accuser toutes les petites filles enceintes sans le sacré sacrement du mariage.  Quant au garçon, tout le monde se rappelle du fameux : se masturber crée des boutons.  La répression sexuelle est au centre de bien des discriminations. Si tu n’obéis pas, ,tu dois payer pour.

L’hypocrisie religieuse est de ne pas reconnaître que la piété entraîne le versement de plus grands sacrifices pour se purifier, lire les dons pour faire pardonner ses péchés.

Les religions sont d’immenses multinationales qui sont d’autant plus riches que les fidèles sont aveuglément obéissants.

Il est évident que cela ne comprend pas les relations non consenties, car pour avoir du plaisir, il faut y sentir du plaisir et non une douleur. Comment peut-on nous faire croire que nous ressentons le contraire de ce que nous ressentons vraiment? Là est toute la force de la morale prodiguée depuis la tendre enfance.

Notre cerveau fonctionne à partir de notre système cognitif. Les premières croyances deviennent la mesure étalon pour juger la suite. Si on nous apprend que le sexe est mal dès l’enfance, il en sera ainsi pour le reste de la vie. Et, on doit avoir une foi aveugle dans ce que les religions disent.

Ce n’est pas pour rien que les sites pornographiques mélangent l’homosexualité avec la sodomie. Une façon de condamner l’homosexualité, tout en créant un rapprochement avec l’hétérosexualité. On doit croire que le plaisir sexuel comprend inévitablement une pénétration.

C’est d’ailleurs, ce qui condamne la sodomie. La sodomie est un acte douloureux en soi, à moins qu’on sache comment faire pour que tout coule comme dans le beurre. La douleur ne peut pas être un plaisir.

Une fois que l’on se rend compte que les religions interdisent le sexe, même si leur façon de voir est contre-nature ou du moins fondée sur une ignorance affreuse de la réalité humaine, il est normal de se demander si cet interdit a un certain sens, une bonne raison d’exister.

 Si on se demande pourquoi le sexe devrait être interdit chez les adolescents(es) il faut alors saisir les raisons qui ont créé les règles morales.

Tout le monde sait que le sexe est un plaisir, sauf les religieux. Et, qui nous dit ce que nous devons penser des relations sexuelles et nous infligent ses règles : les religions.

Conclusion :

avril 25, 2020

Lire de 1 à 20+

Si « jouer aux docteurs » est une occupation de bien des jeunes, c’est que la nature humaine est ainsi faite.

Heureusement, plusieurs échappent à l’esprit tordu des religions qui nient le plaisir sexuel en dehors de la procréation.

Freud comprenait que la curiosité sexuelle n’est pas une maladie, mais un signe de son intelligence. Je dirais, en riant, que si c’est vraiment le cas, je dois être terriblement intelligent.

Je reconnais être un vieux cochon qui se sert de sa différence pour faire plaisir à ceux qui étouffent dans leur chasteté ou leur solitude. Chacun sa façon de combattre la violence.

Je cherche simplement à faire comprendre le point de vue d’un amourajeux, un être qui est strictement homosexuel. Ma vision de la sexualité porte strictement sur ce regard. Les hétérosexuels ont amplement de porte-parole pour faire valeur leur point de vue. Cependant, nous on ne nous tolère pas au point que l’on veut même nous censurer.

Je sais  voir la différence entre le danger et le plaisir contrairement aux âmes conservatrices qui, se croyant plus pures et plus sages que les autres,  se mêlent d’une chose qui ne les regarde pas : la vie intime individuelle, un droit fondamental.

La seule règle qui doit exister en sexualité est la non-violence, le consentement.et j’aouterais le plaisir.

De la pudeur à la paranoïa (26)

avril 24, 2020

Il faut lire de 1 à 10+

Annexes

7-D.   Interdit de se trouver dans un endroit  où il y a un ordinateur au sens du paragraphe 242.1 (2) Ccr et/ou un équipement permettant l’accès à internet, sauf en conformité avec l’ordonnance  sous 161 du code criminel imposé à l’accusé.

E. Interdit de se trouver dans un café internet.

Et, j’ai droit d’avoir internet à la maison. Je suis bien content, mais c’est un peu loufoque non comme interdit.

F) interdit de communiquer directement ou indirectement  ou d’être en présence physique de  (la liste des gens concernés par Malaise) ou avec toute personne  qui, à sa connaissance , a des antécédents judiciaires ou des causes pendantes en matière de pornographie juvénile, leurre informatique , abus sexuels sur des enfants ou ordonnance sous l’article 810.1 du Code criminel ou qui s’affiche comme étant pédophile, pédéraste, boy lover ou girl lover et avec des personnes qui, à sa connaissance, ont manifesté ou manifestent un intérêt sexuel envers des personnes de moins de 16 ans.

Ainsi, je ne peux pas parler avec les gens qui partagent mon opinion.  Et la liberté d’association, elle est où? Interdira-t-on les soupers de filles puisqu’elles parlent de leurs amours?

La solitude est la pire cause de maladie mentale et du stress.

On devrait poursuivre le gouvernement qui impose de telles règles, car le but visé est de t’ostraciser. On propage la peur, en te déclarant pédophile, sans même savoir de quoi on parle, pour obtenir que personne ne te côtoie. On tente d’inculquer qu’un  contact avec un pédophile  prouve que tu es un pareil. Comme si la pédérastie pouvait se communiquer comme un virus.

Ordonnance d’interdiction

161(1)

a) de se trouver dans un parc public ou une zone publique où l’on peut se baigner  s’il y a des personnes âgées de moins de 16 ans ou s’il est raisonnable de s’attendre à ce qu’il y en ait , une garderie, un terrain d’école, un terrain de jeu ou un centre communautaire.

Période de 10 ans

Autant dire que je ne peux pas me trouver sur la terre puisqu’il est possible de rencontrer un gars de moins de 16 ans un peu partout.   

Ma bande de malades !

 Jeune,  je croyais être, comme on disait, un maudit cochon.  Mais aujourd’hui,  j’ai réfléchi, j’ai lu et j’ai compris que ceux qui propagent cette haine du corps humain sont les vrais malades.

Chacun ses bibittes!  L’important c’est d’aimer. Un sourire?

Je n’aurais jamais pensé que je vivrais un deuxième confinement grâce à un virus. Que j’endurerais pendant des mois de ne pas pouvoir manger normalement parce que devenu libre, j’ai décidé de me faire arracher les dents et de vivre immédiatement avec des dentiers. L’horreur! en plus de coûter un prix de fou. Cela me fait penser que le diplôme qui permet d’être professionnel est une licence pour exploiter les plus pauvres.

C’est un bien mauvais moment pour réapprendre à manger avec la souffrance quotidienne que cela génère.

Je peux affirmer que mon procès m’a vraiment écœuré de la race humaine alors que Virus[1] m’a rappelé que je suis un privilégié dans la vie.

Malheureusement, cela a affecté mon tempérament. Pour la première fois, j’ai engueulé une personne qui ne faisait que son travail : me demander d’attendre au froid, dehors, pour aller à la banque.  Un défoulement dont je serais bien aise de me passer. Pour la première fois de ma vie, j’ai senti que ma folie pouvait dégénérer en violence et j’avoue que cela m’a fait peur. Les humains ont des limites.

Heureusement, j’ai une tonne de gars à travers le monde avec qui j’échange des petits moments d’intimité. Ça leur fait extrêmement plaisir de rencontrer un vieux cochon. Je n’aurais jamais cru qu’il y avait autant de gens qui attendent celui qui les fera un peu jouir de la vie.

J’ai plus que jamais le goût de faire du bénévolat. Le vrai sens de la vie est sûrement l’amour. Le sexe est le plaisir idéal, transcendé par l’amour qui apparaît grâce à la responsabilité et la durée dans le temps.

Je m’ennuie de tous ceux que j’ai aimé et qui sont déjà morts.

Du même auteur :

Hymne à l’amour, le vice, la révolte, Québec, 1968, 144 p., poésie.

Re-jean, Windsor, Carnets des auteurs réunis no 4, 1970, 27 p., récit.

Lu aux Ateliers des Inédits, à Radio-Canada, 1969

L’Homo-vicièr, Sherbrooke, Éditions du Temps, 1972, 104 p., roman.

Il était une fois dans les Cantons de l’Est ou Lettres ouvertes aux gens de par chez-nous, Sherbrooke, Éditions Québécoises, 1973, 125 p., pamphlet.

Oraison pour les salauds dans Chair de poule, Sherbrooke, Éditions Tic-tac, 1973, pp. 4-24, poésie.

Laissez venir à moi les petits gars, Montréal, Parti pris, Paroles 58, 1981, 160 p., roman. ISBN : 2-7602-131-7

Le temps d’agir, Val-d’Or, Éditions D’ici et d’ailleurs, 1991, 188 p. ISBN : — 921055-14-7

L’amourajeux, Éditions du temps, 1997, Sherbrooke,138 p.

Le temps des cauchemars, Éditions du temps, nouvelles littéraires, 150 pages, 1997

Le jeune espion, roman, 212 pages, 1997. ISBN : 978-9807943-2-2

Récital de poésie de l’UQAM, 14 pages, 1997.

La Thérèsa, essai historique, Les Éditions du Temps, 1998, 575 pages. ISBN : 2-9807943-2-5

Mémoire sur la liberté sexuelle, Les Éditions du Temps, 40 pages, 2000.

Voyage au bout de ma folie, Les Éditions du Temps, essai, 230 pages, Montréal, 2000. ISBN : 2-9807943-0-9

Spirale intraprojective… L’indépendance et la mondialisation : un peuple, un pays, essai, Les Éditions du Temps, 298 pages, Montréal. ISBN : 2-9807943-1-7

Mario, prose poétique, Les Éditions du Temps, Montréal, 2005, 99 pages, ISBN : 2-9807943-3-3

La pédérastie mise à nue, Éditions du temps, Magog, 2006, 83pp.ISBN : 978-2-9807943-4-6

Autoportrait d’une révolte, poésie de jet, Les Éditions du Temps, Magog, 2007, 78 pp., ISBN : 2-9807943-4-1

La liberté en péril, poésie, Les éditions de l’étoile de mer, Montréal, 2012, 125 pp., ISBN : 978-2-922061-40-6

L’État de grâce, roman, Les éditions du temps, Magog, 2015, 80 pages, ISBN 978-3-9811579-6-3

Le jeune espion, Edilivre, Paris. ISBN : 9 78-2- 334-06657-0

Les derniers amours de Platon, Tome 1, Edilivre, Paris, ISBN : 978-2-334-17320-9

Virus, un hétéro chez les gais, Tome 2, dans Les derniers amours de Platon, Edilivre, Paris, ISBN 9782 334 238830

La banque de sperme, Tome 3, dansLes derniers amours de Platon, Edilivre, Paris, ISBN : 978-2-33423886-1

Dieu et le sexe ou 1984 à la québécoise, essai, Les éditions du temps, ISBN : 9 782924 54908-7


Ouvrages en collaboration :

Vivre à moitié, Dossier 1, Analyse de l’aspect économique du livre beige de Claude Ryan, 91 pages, Sherbrooke, 1980.

Vivre à moitié, Dossier 2, Analyse de l’aspect culturel du Livre beige de Claude Ryan, 82 pages, Sherbrooke, 1980

Le Parti Rhinocéros programmé, Montréal, Éditions de l’Aurore, 1974.

Avant de se retrouver tout nu dans la rue ou le problème du logement, Montréal, Éditions Parti pris, 1977, 444 p.

Aimer les petits gars, féérie du monde adulte, Montréal, dans Sortir, Éditions de l’Aurore, 1978.

Le si facile métier d’écrivain, Val-d’Or, dans Nouvelles du Nord, Éditions D’ici et d’ailleurs, 1990.

Nous vaincrons, Val-d’Or, dans Gens d’ici, Éditions d’ici et d’ailleurs, 1992.

Le chantage, Val-d’Or, dans Jardins mémoires, Éditions du Savoir, R.E.A.T., 1994.

Drownning, texte de Jean Simoneau, sérigraphie réalisée par le peintre La Toan Vinh, édition limitée, Troyes, France.

À droite toute, texte de Jean Simoneau, sérigraphie réalisée par le peintre vietnamien La Toan Vinh, édition limitée, Troyes, France, 1994.

L’R du Q, 1 et 2, journal étudiant du CÉGEP de Sherbrooke, 1972.

Les termites « mémelles » se sont emparé de Radio-Centre-ville, pp. 35-39, La revue indépendantiste, été 1978.

Le château fort britannique est disparu, mais les noms restent, pp.13-14, dans La revue indépendantiste, Montréal, automne 1977.

Dégradation 2000, Le dernier poème du millénaire, no 99, Estuaire, p. 176, novembre 1999.

La différence entre, Steak haché, no 73, p. 28, mai 2004, Montréal

L’éternité, Steak haché, no 84, p. 26, 28 avril 2005, Montréal.

L’alinéa, journal de l’AAACE, printemps 2007, Sur la route des écrivains, p.8      

L’alinéa, journal de l’AAACE, été 2007, Sur la route des écrivains, p.7

L’alinéa, journal de l’AAACE, hiver 2007, Sur la route des écrivains, Sherbrooke .

Livre d’or pour la paix,
Éditions Ouaknine, France, pp.159-163, 2008.

Poésie du monde, Les Dossiers d’Aquitaine, Bordeaux, France, p. 62, 2008


La fiesta,
dans la revue Regards, Nevers, France, page 39, janvier 2009
 

Le bal de la victoire, dans la revue Regards, Nevers, France, p.53 avril 2009       

Misère… éternelle, dans Poésie en liberté, Les Dossiers d’Aquitaine, France, 2010.        

Prix littéraires 2010, par la Maison Naaman pour la culture, Liban, pp. 54-61

La flambée dans la bouche des poètes, Magog, collectif, 2007, ISBN : 2-9807943-5-        

L’engrangement, Magog, collectif, 2008, ISBN : 2-9807943-6-8

Art et poésie libre à Magog, Magog, collectif, 2009, ISBN : 2-9807943-9-2

Allons-y,
collectif .récital à Magog, 2010

Ça va faire, Magog, collectif 2011, ISBN : 978-2-9807943-9-1

Sophie veut savoir, dans Apparences trompeuses, nouvelle littéraire, L’Arc-en-ciel littéraire, Montréal, 2011, ISBN : 978-2-923815-05-3

Simoneau en 15 minutes, récital de poésie, à Montréal, 2011

Quand le temps viendra, dans Poésie du temps; temps des poètes, Les dossiers d’Aquitaine, p. 29, Bordeaux, France. ISBN : 978-2-84622-199-3

Collaboration dans L’opuscule à l’encre rose, pp. 151 à 169, poésie, L’Arc-en-ciel littéraire (2012)

Collaboration dans Espaliers aux mots d’orLe chantage, nouvelles littéraires, pp.35-48 L’Arc-en-ciel littéraire (2012)

L’itinérant, dans Anthologie du bonheur d’écrire, Les dossiers d’Aquitaine, p. 186, Bordeaux, France. ISBN : 978-84622-239-6

Le si facile métier d’écrivain dans C’est la fin du monde, collectif de L’Arc-en-ciel littéraire 2013, ISBN 978-2-983815-18-3

Misère éternelle dans De la révolte à la paix, dans les Dossiers d’Aquitaine, Bordeaux, France 2015

Réjean dansIndomptable ivresse, pp.148-169, collectif de l’Arc-en-ciel littéraire, ISBN : 978-2-923815-27-.5

L’art de créer un monstre dansL’animal en moi,pp. 109- 128, collectif de l’Arc–en-ciel littéraire, sous le pseudonyme de Pierre Patrice. 


CD

Jean Simoneau – Le poète maudit du Québec, CD, 2011 ISBN : 978-2-9807943-6-0

Jean Simoneau, L’insoumis, CD, 2011,ISBN : 978-2-9807943-7-7

Jean Simoneau, Censuré, CD, 2013, ISBN : 978-2-9811579-7-7

Jean Simoneau, Tel quel, CD, 2014, ISBN : 978-2-9811579-7-3

Prix

Normandie-Canada,
pour La Noce, poésie ,1967       

Naji Naaman, pour L’arnaque,
nouvelle littéraire, 2010

Pour consultations :

Les Archives gaies du Québec, 4067 St-Laurent, #202, Montréal.
Les Archives nationales de l’Estrie au Québec, à Sherbrooke. (Pour la Thérèsa)


           Carnets

Jean Simoneau

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[1]  Un des trois livres de Les derniers amours de Platon s’intitule Virus. Il n’est pas publié parce que je n’ai pas l’argent pour le faire.

De la pudeur à la paranoïa (25).

avril 23, 2020

Il faut lire dans le sens de 1 à 10+

J’avais depuis  décidé à plaider non coupable, ce que je confirmais à mon avocate la veille de ma nouvelle comparution.

Le 24 janvier 2019, on m’a suggéré de plaider coupable à une seule accusation, soit qu’en 1995, j’avais commis une agression sexuelle sur la personne de Yann, qui était âgé de 15 ans, alors qu’au Québec l’âge de consentement à cette époque était de 14 ans,  et que je croyais que Yann était consentant. Selon la couronne, Yann n’était pas consentant,évidemment.

J’ai accepté parce que je suis certain que c’est la vérité.  Quant aux autres accusations, j’étais tout aussi certain qu’il s’agissait d’inventions dues à l’esprit tordu de la police et du BPCP.

Selon la loi, pour qu’un crime soit commis, il faut avoir eu l’intention de commettre un crime. J’ai hâte de voir jusqu’à quel point c’est vrai. En conscience, je n’avais pas commis de crime puisque je ne désobéissais pas à la loi.

J’avais aussi très hâte de savoir si la cour respectera la Charte des droits à savoir que tout individu a droit à la liberté de conscience. Je ne crois pas que sans violence un geste sexuel génital soit un crime, au contraire, c’est un  plaisir.

La loi canadienne telle qu’appliquée est anticonstitutionnelle parce qu’il est impossible pour un pédéraste d’avoir un procès juste et équitable puisque qu’on prétend qu’un pédéraste est automatiquement un menteur et un manipulateur. Les millions versés pour préparer les « victimes » et leur déposition rendent inéquitable et impossible toute égalité des chances.

Devant la cour,  la Couronne a prétendu que j’envoyais beaucoup de textes à bien des gens et qu’une sexologue avait remis une copie de ma lettre à la police[1]. C’est vrai. Mais, la Couronne a prétendu que j’avais aussi écrit à un gars emprisonné dans le cadre du dossier de Malaise. 

De Malaise, selon les photos que j’ai vues dans le Journal de Montréal, je ne connais  de vue qu’André Faivre et un gars que j’ai rencontré une couple de fois au cours des quatre dernières années, il y a plus de deux ans. Je ne sais même pas son nom. Je l’ai lu dans le journal, mais je l’ai oublié. 

J’ai dit à la juge que ce n’était pas vrai. Jamais je n’ai écrit à un gars de Malaise en prison. Comment le pourrais-je? Je ne sais pas leur nom et dans quelle prison ils sont détenus.

On avait aussi parlé de complot avec Denis B. et pourtant, on ne s’était ni vu, ni parlé, depuis au moins 1985. Quel est le but de mentir comme ça?

On a retiré les accusations de pornographie juvénile contre moi. Je regarde beaucoup de porno, c’est vrai, mais selon ce que je peux trouver avec Google. Donc, ces sites sont supposés être pour des majeurs et employer seulement des garçons majeurs.  Quant à mes rapports  « sexy » avec d’autres adultes, sur une autre plateforme, ça ne regarde pas la justice puisque tout se déroule en privé, entre adultes consentants. Il y a beaucoup de jeunes hommes qui sont attirés par les « vieux », je ne sais pas pourquoi, mais ça existe.

On a finalement retiré aussi les accusations de complot avec Ross et Denis ainsi que les autres accusations, prétendant que j’aurais sollicité Yann à me toucher, ce qui est dans mon esprit absolument faux. Quant à Richard, je crois toujours qu’il a vécu un phantasme. Il ne restait plus que l’accusation que je reconnaissais.

On déterminera si j’aurai droit à internet (la loi 161?) puisque la juge acceptait la décision commune entre mon avocate et la couronne de me donner une sentence d’emprisonnement d’un an avec sursis à passer chez Jacques et trois ans de probation.

Plaidant coupable, je saurai le 12 février quelle sera ma sentence.

Ainsi, j’aurai été bâillonné durant deux années, puisque je n’ai pas internet depuis juin 2016. Ce qui ne m’a pas empêché de produire six livres.

Dans ma petite tête, je suis de plus en plus convaincu qu’il s’agit d’une accusation politique pour me fermer la gueule.

En 1996, on m’a accusé, après avoir amené deux enfants au bureau de police, puis, en famille d’accueil, sous prétexte que la maison était sale. Cette fois, on retourne vérifier à partir des accusations de Ross, qui est inapte à subir un procès, alors que Yann a refusé en 2001 de parler de tout ça avec la police.

Qui est derrière la police?  Qui donne les ordres? Comme je l’avais dit au policier qui m’interrogea : trouvez-moi quelque chose à me reprocher de moins de 20 ans. Là, je croirai que ce n’est pas un coup monté.

      Retour sur le futur : 1950.

Finalement, je reçois ma sentence. Je dois avouer que j’ai trouvé la juge très sympathique. Elle semble très humaine, mais elle m’a quand même donné la sentence identique à l’accord survenu entre la Couronne et mon avocate. 

Ce qui veut dire qu’on n’a pas lu ce pourquoi j’ai plaidé coupable et dans quels termes.

Les principales conditions de la sentence respectent ce qui était le plus important pour moi : outre la vérité, Jacques ne paiera pas pour mes gestes vieux de plus de 20 ans[2] et je pourrai rendre visite à mon ami Gabriel parce que je serais le seul à lui rendre visite. Il a 93 ans et il a changé ma vie. Je lui dois bien ça.

Cela ne m’empêche pas d’avoir mes « down ».

Comme je l’ai écrità ma sexologue, je suis content de bientôt mourir parce que je ne voudrais pas être UN GARS qui vivra sous la dictature morale de la rectitude politique, instaurée mondialement pour plaire aux religions.

Déjà, qu’un baiser volé est un crime. Et, on invite les parents à ne pas accepter que leurs enfants aient des cours sur la sexualité.  

Je pensais aussi au pauvre gars qui aura le malheur d’être riche et qui divorcera. Il pourrait être accusé par son ex d’avoir un soir, 15 ans plus tôt, insister pour faire l’amour alors que ça ne la tentait pas. Quel dédommagement sera alors exigé? Les procès actuels servent à créer une jurisprudence.

RDI parle ce soir de l’amour au Japon, une société où la rencontre d’un gars et une fille est un problème. Les instruments pour la masturbation sont rois…C’est ce qui arrivera probablement avec le Québec. La pudeur tuera le plaisir d’être humain. Nos lois sexuelles consacrent une belle guerre des sexes. Ce n’est qu’une question de temps.

Habité par ma paranoïa, dans un communiqué de presse préparé avant de recevoir ma sentence, je  réitère ce en quoi je crois.

S’il n’y a pas de violence et pas de domination, la sexualité ne regarde ni la police, ni les religions.

La pédérastie (adulte –adolescent) n’est pas de la pédophilie (adulte-enfant des deux sexes) et la pédérastie est strictement homosexuelle.

Où est la Charte des droits garantissant, entre autres, le droit à la liberté de conscience? Pierre-Elliot Trudeau disait qu’il  faut désobéir à une loi qui va à l’encontre de notre conscience. 

De nombreux articles de la Charte des droits sont violés dans les procès à caractère sexuel. On juge les faits en fonction des états émotifs de la population plutôt qu’en fonction de la sévérité du crime.

Le but de cette accusation est-il simplement de me bâillonner  puisqu’à la fin de ce périple, j’aurai été plus de deux ans sans internet.  Comment peut-on parler d’égalité des chances dans la vie puisque juste pour s’enregistrer au registre de la santé, il faut internet?

Cela indique aussi très clairement que la cour donne préséance à la charte canadienne sur la charte québécoise.

Donc, le Québec est une colonie (province) canadienne. Où est l’application de la société distincte? C’est en soit une bonne raison de vouloir devenir indépendant. Être maître chez nous.

Je ferai mon temps. Je n’ai pas l’intention de manquer à mes ordonnances, mais je suis en maudit de voir que l’on puisse te condamner pour une masturbation  faite 20 ans plus tôt. 

En psychanalyse, on t’apprend à ne pas te culpabiliser pour un geste masturbatoire . La honte et la culpabilité exigées par la pudeur sont beaucoup plus dommageables que le plaisir retiré par ce geste, condamné à cause des religions.

À ma grande surprise, la juge confirme que j’aurai droit à internet, mais à trois conditions qui se résument à ne pas entrer en contact avec un membre du groupe Malaise et tenter d’entrer en contact avec des gars de moins de 16 ans.

Par contre, les règles rattachées à la sentence frisent l’absurdité.

À la suite de ma condamnation, je devais me rendre à un bureau pour photos, prise d’empreintes et évidemment signer le registre des délinquants sexuels.  Ce que je devrai faire annuellement pendant les 20 prochaines années.

Tiens! Je l’avais oublié celui-là. En plaidant coupable, j’ouvre la porte à une fin de vie qui ressemblera de plus en plus à de la prison permanente jusqu’à ma mort.

On me demanda de poursuivre cette séance de procédés à Magog puisqu’on n’avait pas tous les outils nécessaires pour compléter les dossiers à Montréal dans les temps prescrits.

Puis, je suis passé au service de probation. Ce fut très long et une tempête de neige était annoncée ce qui rendit ce processus encore plus énervant. Il fallait que nous[3] soyons rendus à Magog pour 19 h afin de commencer à purger ma peine.

Ce fut long parce que les conditions étaient loin d’être claires, une suite logique de la confusion qui régna dans mon procès. Lors de ma condamnation, la représentante habituelle de la couronne était malade et celle qui la remplaçait était toujours mêlée. Mon avocate devait lui montrer les changements survenus à la suite des délibérés de la couronne et de la défense.

La juge me confirma que je pourrais dès mon arrivée à Magog reprendre le service internet.

En sortant, mon avocate me donna le reçu pour que je puisse avoir mon passeport qui avait été confisqué quand j’ai été accusé. J’ai cru l’avoir perdu et demandai à mon avocate d’en parler avec les policiers. À la suite de l’intervention de mon avocate, les policiers de la SQ de Sherbrooke devaient renvoyer mon passeport à la maison.

Non, pour me faire chier et supposément parce que j’étais en sursis, ils ont fait parvenir mon passeport à Immigration Canada qui s’est empressé de le révoquer. Belle bande de bandits puisque je devrai payer 140 $ pour en avoir un nouveau, si on me l’accorde. Je dois me rendre à Paris le printemps prochain afin de rencontrer un ami.

L’intervention de mon député, Denis Paradis, a absolument rien donné, sauf qu’il connait maintenant mon dossier judiciaire.  

Selon la correspondance avec les autorités, mon passeport a été confisqué parce que je suis en sursis. C’est la première fois que j’entends dire qu’un passeport est confisqué pour des gestes sexuels, si la période d’emprisonnement ou sursis est de moins de deux ans.

Si j’ai obtenu presque tout ce que j’ai demandé, le système s’est payé la traite avec les conditions ou l’ordonnance.

J’ai pris conscience de l’étendue des conditions avec mon agente de probation. J’ai tenté de lui expliquer que mes livres ont été écrits pour la prévention de la violence dans les relations dites sexuelles. Je suis persuadé que si on mettait les recommandations de mon livre Dieu et le sexe en application, on aurait moins de problèmes avec la violence sexuelle.

Plus que jamais, je considère qu’un scrupuleux est un névrosé et que nos lois sur la sexualité relèvent plus de la paranoïa que de l’intelligence.

J’ai découvert depuis mon accusation que l’interdit sexuel pour les garçons vient du fait que l’on pensait jadis que le sperme est une partie du cerveau, en plus, d’être un indicateur de ton rang social. Du point de vue religieux, cet interdit vient de la dualité âme-corps, à l’époque de St-Augustin qui inventa le péché originel. Combien de gens ont été tués à partir de ces conceptions stupides? Et, c’est ce qui régit encore nos lois aujourd’hui.

Les conditions avant d’être retouchées étaient telles que si un policier s’était présenté chez moi, j’aurais été arrêté sur le champ, parce que sur le papier d’ordonnance, je n’y ai pas le droit.   On a dû réviser les papiers pour être conforme au jugement. Certaines prescriptions sont encore écrites de façon incompréhensible.

 Par contre, on m’a remis une copie de l’article 161  qui comporte trois conditions pour avoir accès à internet. Cela peut éviter que je sois à nouveau arrêté pour rien. Mais, c’est complètement fou, puisque je n’ai pas le droit de me rendre dans un café internet.

Cela a aussi permis ou forcé mon éditeur en France de révoquer mes contrats pour la publication de mes livres : Le jeune espion et Les derniers amours de Platon. Je ne connais pas les raisons exactes qui ont motivé la maison d’édition, sauf, que le représentant d’Edilivre  m’a dit qu’il n’avait rien contre moi, mais que l’on craignait pour la maison d’édition. Que s’est-il passé? Je n’en sais rien.

En visitant les sites qui parlent de moi, avec Google, j’ai remarqué que les policiers ont inondé toutes les pages de messages pour dire que je suis un pédophile, ce qui est absolument faux puisque maintenant je suis un pédéraste devenu gai sur le tard. Je n’ai pas eu de rapport avec un jeune de moins de 16 ans depuis au moins 20 ans, mais j’ai succombé à la séduction d’hommes qui me trouvent de leur goût.

La police a aussi réussi à faire disparaitre ma page web et donc toute la publicité me permettant d’espérer vendre un jour un de mes livres.

Devoir payer pour éditer et ne jamais en vendre un fait en sorte que j’ai décidé d’arrêter d’écrire, mais je me rends compte que ce n’est que partie remise. Tant que je serai assez fou pour croire que j’ai un rôle à jouer dans l’avenir du Québec et de l’humanité, je serai assez fou pour écrire.

Autres conditions : ne pas entrer en contact avec toute personne qui partage mon opinion sur le plan sexuel. Je devrai me promener avec un détecteur de pédophiles, pédérastes, boy lovers et girl lovers.

Dans l’Homo-vicièr, j’écrivais que l’on devrait écrire son orientation sexuelle dans le front, mais au moins, moi, je savais que c’était trop fou pour être autre chose qu’une farce.

Je devrai me rendre au poste de police de Magog signer le registre des délinquants sexuels pendant 20 ans. J’ai demandé ce qui arrivera quand je serai Alzheimer et on m’a répondu que ce sera la cour qui décidera. Fou comme c’est maintenant, qu’est-ce que ce sera dans dix ou 20 ans?  J’ai déjà 76 ans. Je ne pourrai pas voir un enfant de moins 16 ans, sans que les parents soient au courant de ma condamnation, même dans les rencontres familiales.  

Plus fou encore, je ne pourrai pas me rendre dans un parc ou un endroit où l’on se baigne (pauvre Memphrémagog), même accompagné d’une personne qui me connait. Ces conditions sont de véritables symptômes de maladie mentale.

On a aussi parlé de pornographie puisque j’ai déclaré que j’aime bien en consommer. Même si je reproche à la porno de toujours montrer les homosexuels comme des sodomites, ce qui est irritant, il y a moyen de trouver beaucoup de beauté.

Par contre, je suis comme les jeunes à qui j’ai enseigné. Je crois que la porno ne représente pas du tout ce qui se passe dans la vraie vie. Elle est même complètement niaiseuse quand on se sert de la censure japonaise ou que l’on essaie de nous faire croire que le bout des mamelons masculins nous renverse de sensations quand on les astique.

Puisque je ne connais que Google pour trouver des sites et qu’en principe tous les acteurs doivent avoir 18 ans, c’est censé être une pornographie à laquelle j’ai droit.

Je me demande quand on interdira toute forme de pornographie entre adultes consentants. Je suis certain que ça viendra. La folie n’a pas de limite.

Pour le moment, comme un bon citoyen, j’accepte mon sort quoique je me rappelle un poème que j’ai écrit dans les années 1970 et qui traduit encore parfaitement la réalité. Par contre, ma perception de la vie est différente. Je sais maintenant que les mots ne changent pas la réalité, tout comme la lucidité.  C’est l’argent qui mène le monde.

Je crois et je croirai toujours que les activités sexuelles sans violence, sans domination, en respectant le consentement mutuel, ne sont pas des crimes, mais du plaisir.

Je ne connais encore personne qui souffre d’avoir joui.

La répression sexuelle, la censure sont les seuls moyens que l’on peut utiliser universellement pour implanter une dictature. La dictature morale. Féminoune ou autre, cette dictature incite à l’autocensure, d’où je partage encore intérieurement ce cri de révolte de ma jeunesse.

        L’or noir 

Signe de mort :

Un ouvrier s’est sacrifié au travail

pour un coin de ciel.

Signe de vice :

Un père a tenté de voler

question de dignité, de justice sociale

pour lui et ses enfants affamés.

Filament diabolique

sang de dictature économique

raison d’organiser les guerres

me voici! L’or noir! Le pétrole!

Je suis le véritable Dieu

le riche aux yeux des pauvres

le pauvre de ne pas être assez riche

le pauvre en liberté

le riche en apparats
le diamant liquide.

Je suis le rêve blotti déguisé en $

dans les poches de l’état

arrache-coeur

crève esprit

taxes sur impôts pour plus-value.

Devenir encore plus riche :
The Human Dream
ultime rêve humain.

Je sers la grande cause

d’enrichir la patrie

pour les groupes de pouilleux

qui agitent les cordes des marionnettes

Politiciens véreux et toute la famillette.

Banquet national du marché mondial.

Devant moi

osent gémir
la liberté

la dignité

comme si un coeur a le droit de s’agiter
sans un bon compte en banque.

Ça suffit!

Je me souviens
où conduit la liberté et la lucidité

de cette liberté qui jadis déjà

m’enleva de vos poches crasseuses

me cloua dans la basilique St-Pierre

où enfin je respirais la richesse au-dessus de l’autel

pendant que des hommes s’affolaient avec leurs sacrilèges

et d’autres criaient ma vérité :

la piastre vaut plus que les sermons.

Qui étaient ces voleurs

vendeurs d’indulgences

pour crier toujours :

« Une médaille pour quinze sous »?

Était-ce des prêtres ou des brigands

une compétition à toutes les éternités?

Une culbute par-ci, une culbute par-là

devant un homme comme tous les autres hommes

prophète schizophrène de tous les au-delàs.

Ce véritable cirque de nausée

me fit dégueuler sur l’autel à mes pieds

forfait qui me coûta le bûcher.

Je suis né pour brûler

je suis la torche de la fin des temps!

Dénoncé par le vin bavard et jaloux

condamné par l’Église et l’État

d’avoir refusé de les servir

une seconde de plus

rationné, je devins.

Pauvre de moi, je priais

Dieu demeurait silencieux

la foule devant moi

craignait

se mordait les lèvres

hypnose collective de peur

de mon absence prolongée

sans ma présence, augmentation du prix
et, si la paix régnait…
Ce serait la fin, la catastrophe.

Un vent de liberté m’empoigna

me contraint à crier

la vérité toute nue :

Vos péchés, votre enfer

Messeigneurs l’État et l’Église

votre ordre et votre démocrassie

tout comme votre sale justice

Au nom de la liberté,

de la dignité

de l’homme…

Foutez-vous-les au cul!

La seule nuance est que je sais maintenant que ça ne donne rien de dénoncer le système. C’est lui qui mène et il nous mène vers des années de misère humaine invraisemblable.

Les conditions à la suite de l’exécution de ma sentence montrent bien que la folie est un lot quotidien quand il est question de sexualité.


[1] – J’ai déjà envoyé une copie de mes deux derniers livres, soit Dieu et le sexe et La loi, c’est la loi, à ceux qui, je crois,  peuvent modifier la loi, passée sous Stephen Harper. Les journalistes n’en ont jamais parlé.

[2] -Jacques est le propriétaire de la chambre que je loue et un ami.

[3] – Jacques conduit quand on se rend à Montréal parce que j’en suis incapable.

De la pudeur à la paranoïa (24).

avril 22, 2020

Lire dans le sens de 1 à 10+

Le droit d’opinion.

Puisque nous avons une littérature pour la jeunesse et une littérature pour les adultes, les librairies doivent respecter scrupuleusement cette différence quant à l’âge des lecteurs. Pourquoi interdire une description d’un geste sexuel entre un adulte et un plus jeune dans la littérature adulte? Cette information peut être pertinente pour la réflexion des parents. Va-t-on interdire tout ce qui a déjà été écrit de nature pédéraste auparavant? Il n’y a pas de différence dans la jouissance d’un acte sexuel pour un gars de 14 ans et un autre de 45 ans. La seule modification pour un gars est le pouvoir d’éjaculer qui se traduit par un plus grand plaisir.

Si les jeunes se questionnent sur la sexualité, il serait très étonnant qu’il recherche un livre adulte qui pourrait éventuellement répondre à leur question quand il y a internet.  Non seulement les jeunes n’auront pas à s’imaginer ce que les mots veulent dire, ils le verront. On croit que nos jeunes d’aujourd’hui sont des imbéciles. Pourquoi un jeune doit-il nécessairement croire ce que les adultes disent sur le plan sexuel? On n’a pas fini d’inventer des stupidités pour expliquer les réalités sexuelles.

Un essai, c’est un livre qui te permet non seulement d’affirmer telle ou telle chose; mais d’essayer d’expliquer le pourquoi de l’existence des propos qui sont affirmés. Ça ne veut pas dire que c’est automatiquement vrai, mais l’essai veut amener un sujet dans la sphère des discussions. Comment peut-on éduquer vraiment si on fait fie d’une réalité qui existe? Si des choses étaient permises d’être dites il y a cent ans, n’est-ce pas de la censure que d’essayer d’interdire maintenant ces mêmes propos?

Comme disait Philippe Couillard, on a le droit de tout dire, même des stupidités, s’il n’y a pas de diffamation.

Si les bibliothèques sont des endroits publics, de quel droit les responsables peuvent-ils décider de ce que l’on a le pouvoir d’y lire ou pas.  Les adultes sont supposés pouvoir décider de par eux-mêmes si tel ou tel propos est censé ou non.

Il devrait être absolument interdit d’interdire des sujets de lecture ou de discussion dans une bibliothèque publique.

La liberté de réunion pacifique et la liberté d’association.

J’étais déjà membre de l’AAACE et l’UNEQ. Dans un premier cas, on m’a refusé de continuer à être membre, en refusant de me vendre ma carte de membre; alors que dans le cas de l’UNEQ, ce mouvement auquel je participais, qui existe pour défendre les écrivains, où j’avais même présenté ma candidature pour siéger au conseil d’administration, m’a mis à la porte, sous prétexte que j’avoue être pédéraste, éliminant pour moi ainsi toute référence comme auteur dans son site internet[1]. Je n’existe pas comme auteur au Québec.

J’aurais cru que des écrivains (es), comme moi, auraient assez de jugement pour lire un de mes livres avant de me condamner. La religion, qui domine toutes formes d’interprétation de la sexualité a eu raison de moi.

Y paraît qu’on essaie de m’éliminer de la littérature québécoise, parce que j’ai osé m’en prendre aux croyances religieuses et manquer ainsi de respect envers la religion, en donnant comme titre à un de mes livres, qui raconte l’histoire d’un prisonnier emprisonné pour des raisons sexuelles, Laissez venir à moi les petits gars. Ça rappellerait trop les paroles de Jésus.

L’article qui condamne le blasphème est venu, à ce que je sache, avec le rapatriement constitutionnel de 1982, un acte que jamais n’importe quel premier ministre du Québec, digne de ce titre, n’a osé signer. D’ailleurs, je n’ai jamais été dénoncé autrement pour des propos qui touchent la religion. Je n’ai pas à justifier ce que je crois. Si je ne crois pas dans la morale sexuelle des religions, j’avoue avoir apprécié celle des Évangiles.

Selon la Charte des droits, article 37, chapitre 3 : Nul accusé ne peut être condamné pour une action ou une omission qui, au moment où elle a été commise, ne constituait pas une violation de la loi. La majorité de mes livres ont été écrits avant 1990.

Le sacrilège apparaît dans la nouvelle constitution alors que mes livres ont été écrits dans les années 1970-1990, même s’ils ont été publiés plus récemment.

Retour à mon aventure

Je crois que pour éviter que j’aie droit à Jordan, mon avocate a demandé une enquête préliminaire qui a été fixée au 6 juin 2018.   À cette époque, je ne croyais pas que mes cousins m’avaient vraiment dénoncé et j’étais convaincu que si on avait un procès, ils ne viendraient tout simplement pas.

Mon avocate a finalement avoué que la police est partie du témoignage de Ross et remonté jusqu’à mes cousins pour confirmer ce que Ross avait dit. Comme par hasard, à la fin du témoignage de Yann, celui-ci se rappelle ce que son frère lui aurait déjà dit, ce qui amène la police à rencontrer Richard.

Il n’y a rien de plus important comme crime au Québec qu’une masturbation faite 21 ans plus tôt? Qui paye pour la recherche?

En 1996, c’était clairement les mormons, à travers la mère de Mathieu, qui poussaient pour me faire condamner. Je dénonçais alors que les mormons sont les vrais patrons d’Hollywood.

Cette fois, on m’a privé d’internet et ainsi pu me faire taire durant deux ans.

Quand est venu le temps de mon enquête préliminaire, mon avocate du moment me propose d’y renoncer et de rencontrer un sexologue pour établir que je ne suis pas dangereux. Selon elle, avec deux accusateurs, je n’ai aucun moyen de m’en sortir, même si je n’ai rien fait depuis plus de  20 ans. Je suis d’accord avec elle.

Pourquoi garder le côté dramatique quant à la sexualité. « On a volé mon enfance ». Est-ce vrai pour une fille? Si elle est pénétrée, c’est possible. Si on lui a juste mis la main sur un sein, c’est moins certain que ça la traumatise à ce point. En tous cas, un garçon, à moins d’être déjà écrasé par la morale qui l’entoure, doit être déjà très perturbé pour que le plaisir le traumatise jusqu’à le rendre incapable de réagir avec une femme à l’`âge adulte. Les psys de ce monde semblent mettre tous les dérapages émotifs sur le dos de la sexualité. Et, très souvent, on découvre que les effets de la drogue côtoient celui de la sexualité. Qui est le principal responsable d’une vie manquée : le sexe ou la drogue?

10 juin 2018.  J’arrive avant la juge et une dame affirme qu’une collègue lui a refilé mon cas, dossier qui lui avait déjà été refilé par une autre, au DPCP, j’imagine.

Mon avocate qui m’a persuadé de renoncer à mon enquête préliminaire  ajoute que les accusations sont réduites, à la 1-4 et 5. On ne peut pas dire que c’est la plus grande des clartés. On a retiré deux accusations.

Je devais avoir un procès devant jury, mais mon avocate change pour un procès devant juge seul, sans même me demander ce que j’en pense. 

Je demande à mon avocate de me traduire les chiffres, ce qu’elle fera plus tard par téléphone.

En fait, je suis accusé d’avoir comploté avec Ross et Denis; d’avoir touché Yann, de l’avoir incité à me toucher, et d’avoir finalement touché à Richard. 

Ainsi, c’est vrai, je n’ai aucune accusation en rapport avec l’affaire Malaise.  Rien en ce qui concerne la pornographie juvénile, et pourtant, on continue de me refuser accès à internet.

Aussi, à mon procès, après avoir affirmé que je ne me rappelle de rien de ce que l’on me reproche puisque j’étais perturbé par le suicide de mon fils, on s’attend à ce que  je plaiderai coupable pour avoir la paix, même si je suis convaincu que Richard ment et que les déclarations de Yann ne correspondent pas à ma façon d’agir.

Que j’ai masturbé Yann, soit!  C’est possible, même très probable s’il manifestait de l’intérêt, mais ce qu’il raconte ne peut pas être vrai. Ce n’est  sûrement pas en 1994, j’aurais eu bien trop peur que ça se sache et que je ne puisse plus enseigner.

Un midi, je rencontre un ami commun qui me parle de la cérémonie organisée pour permettre à Rouhed de revenir sur terre, le temps de cette cérémonie. Ce fait me hante et provoque un retour partiel de mémoire sur les événements.

La mémoire est bizarre. Un fait entraîne à la longue la mémorisation d’un autre fait, permettant ainsi de tranquillement replacer les morceaux du puzzle.

Je me rappelle vaguement en lisant les témoignages des parents de Yan qu’en 1995, Yann est venu avec les autres membres de sa famille (Richard, Daniel, Estelle). Nous logions dans l’ancien appartement de mon fils Rouhed, tenu dorénavant par mon ami, Pierre, l’ancien membre de la SQ. Je couchais avec Yann, dans un petit lit simple, dans l’ancienne chambre de Rouhed  alors que Richard et Daniel couchaient dans une autre chambre.  Estelle dormait sur le divan du salon. Un premier flash!

Les sorcières avaient organisé une cérémonie qui permettait à Rouhed de revenir parmi nous. Yann était là, je m’en rappelle très bien.

Quand nous avons couché ensemble, Yann a manifesté qu’il n’était pas intéressé à vivre une aventure sexuelle. C’était clair à la façon qu’il se tassait contre le mur.

Puis, j’ai autorisé Yann à se rendre chez Ross parce qu’il voulait aller avec Stéphane, le fils de Ross. Il y aurait passé de deux à trois jours et dormit chez Ross. C’est alors, sans que je n’en sache rien, que Yann aurait connu ses jeux sexuels avec Ross et Denis.

C’est vrai qu’à son retour, Yann était très différent dans le lit. Il ne semblait plus porter attention à ce qu’il me colle ou non.  Quand j’ai mis ma main sur sa hanche, il n’a pas manifesté le désir que je l’ôte. Il s’était même tassé encore plus vers moi d’où j’ai interprété son geste comme une invitation. D’ailleurs celui-ci dit à la fin de sa déposition : « Je n’ai jamais cru que j’étais une victime ».

S’il était réellement venu chez moi en 1994, j’imagine qu’il aurait eu le même comportement qu’à son arrivée en 1995 et que j’aurais réagi de la même manière, c’est-à-dire sans le toucher.  Dommage que je ne me rappelle rien de 1994. Je n’y peux rien.

En 1995, Yann avait 15 ans alors que l’âge de consentement à cette époque était de 14 ans. Donc, je croyais que non seulement il avait l’âge, mais par son nouveau comportement, au retour de chez Ross, qu’il était consentant. Que ça ne se soit pas répété est normal parce que je savais que Ross aimait Yann et qu’il est interdit d’essayer de voler le serin d’un autre pédéraste.

Je pensai de plus en plus qu’un procès serait inutile parce que je suis condamné avant même sa tenue. Je me suis mis à espérer qu’on en finisse au plus vite. 

« Mourir battu en prison ou ailleurs, il faudra mourir quand même un jour. Y paraît que de l’autre bord, on n’a pas à endurer la mesquinerie qui anime notre monde.

Je crois m’être trompé de planète. Là, d’où je viens la liberté se confond à l’amour.  I wonder what love is?  Y aurait-il autant de sortes d’amour qu’il y a d’étoiles?

Une chose est certaine la vie mérite quand même d’être vécue. Tous mes amours valent bien de souffrir un peu pour exister. C’est une expérience difficile, mais extraordinaire. Merci à Celui qui nous a donné la vie!  Dommage que d’autres gens aient à souffrir parce que j’essaie de me tenir debout ».

Bizarre! À la suite de la publication de mon livre, prétextant que je ne l’écoutais pas en écrivant des lettres, mon avocate décide de me laisser tomber. 

Ainsi, lors de ce procès, j’ai rencontré la responsable de la Couronne et l’on m’a donné un mois pour me trouver un autre avocat ou de me représenter moi-même. 

J’avais préparé une déclaration de neuf pages pour expliquer à la juge ma décision de plaider coupable à l’accusation d’avoir masturbé Yann et non coupable à tous les autres chefs d’accusation.

           Lettre à ma juge.

La légitimité d’un procès[2]?

1- La dénonciation vient de Ross P., au cours de ses interrogatoires, dans le cadre du projet Malaise. Voulait-il revoir Yann ou me faire payer parce qu’il pense qu’un jour je suis parti, à son avis, avec son téléviseur et non le mien? Je ne sais pas.

Ross a été interrogé au moins deux fois dont une, durant plus de huit heures.  Pourtant, il a été établi qu’il est inapte à subir un procès pour des raisons mentales ou émotives. Comment a-t-il été jugé apte à subir ces interrogatoires? C’était le même gars six mois auparavant.

2- Pourquoi la police a-t-elle vérifié, au lac St-Jean, si Ross disait la vérité pour un geste[3] posé, il y a plus de 20 ans. Est-ce une entorse à la loi sur le droit à la vie privée puisque la personne impliquée n’avait pas déposé de plainte ou de dénonciation? Quels étaient leurs intérêts, sûrement pas la protection de Yann et de Richard, puisqu’il n’y avait pas eu de dénonciation de la part de Yann et, même qu’en 2001, Yann avait refusé de collaborer avec la police lorsqu’on l’avait approché à propos du testament de Ross et éventuellement de ce qui se serait passé entre Ross et lui.

3- Pourquoi la police n’a-t-elle pas vérifié mon affirmation à l’effet que   Yann était allé chez Ross parce que Yann  et Stéphane, le fils de Ross, s’entendaient à merveille? Suffit-il d’imaginer des complots pour qu’ils existent? Pourquoi avoir essayé de me faire croire que Yann était allé plusieurs jours chez Ross alors que sa visite a duré environ trois jours, si on lit sa déclaration? Quel geste ou discussion prouve que j’ai prêté Yann, comme jouet sexuel, à Ross et Denis? Quel intérêt aurais-je eu à comploter avec Ross?

Tout cela se serait passé lorsque Rouhed, mon fils, comme il aimait le dire, venait de se suicider. À ce moment-là, la douleur occupait toute la place au point où je fus abasourdi, choqué par l’esprit tordu, d’entendre le policier parler de complicité, lors de mon interrogatoire. C’est vrai que Ross est un ami depuis des années, que je lui faisais confiance. Je savais que nous étions, à l’époque, tous les deux de la même orientation sexuelle, la pédérastie. Le droit à l’orientation sexuelle est protégé dans la Charte des droits, sauf, pour la pédérastie, que l’on voit comme une déviance plutôt qu’une orientation sexuelle, et ce, même si la pédérastie existe depuis des millénaires. En quoi une question d’âge vient-elle changer l’homosexualité des individus? Les homosexuels n’étaient-ils pas classés malades mentaux, il y a à peine 40 ans?

Je dis était, car je n’ai pas été en compagnie d’un jeune de moins de 16 ans depuis plus de 21 ans, d’où j’ai accepté l’offre de mon avocate d’être vu pas une sexologue.

4- Quant à la complicité avec Denis, je n’ai pas parlé avec lui, selon ma souvenance, depuis environ 1985 alors que l’on enseignait ensemble à Montréal.  Simplement parce que je suis allé travailler ailleurs en dehors du Québec. Ça payait plus et j’avais beaucoup de dettes. 

5- Dans Les faits énoncés, on prétend qu’en voyage chez ma mère, je me suis couché près de Marc et je l’ai masturbé, avant de me masturber par la suite ou en même temps, selon les occasions (à la maison ou à Barnston).  C’est non seulement me prêter une agilité que je n’ai pas, mais dans sa déclaration, Marc dit clairement qu’il ne s’est rien passé entre nous en voyage parce qu’il avait appris chez Ross (où il aurait eu à mon insu des aventures avec Ross et Denis), à se protéger, en se couchant sur le ventre.

Il dit être allé chez ma mère à Cowansville (comme disait Ross), alors qu’elle habitait à Barnston, près de Coaticook. Un détail qui montre bien que la mémoire se trompe parfois.  Mieux, on dit que je suis allé le reconduire chez lui après, alors que, comme aujourd’hui, il habitait  au Lac- St-Jean.  Je n’ai jamais eu d’auto, quoique j’aie toujours quand même gardé mes licences.  Cowansville au Saguenay, c’est long à marcher. 

6- Je pensais tellement que c’était une invention des policiers que j’ai absolument voulu voir les interrogatoires sur vidéo. La police n’avait-elle pas téléphoné pour me laisser croire que Yann m’avait rappelé? Le Yann de la déposition est-il vraiment mon cousin Yann?

Je n’ai pas revu mes cousins depuis leur passage à Montréal, en 1994 et 1995, parce que je travaillais à Val-d’Or et que Ross m’avait parlé d’une lettre qu’il avait fait parvenir aux parents de Yann, disant que ce dernier est homosexuel, même s’il ne veut pas le reconnaître.  Je n’étais pas d’accord avec le contenu.

7- Est-ce que ces démarches ont été initiées parce que je suis un écrivain?  Dans l’entrevue avec Richard, le policier lui demande ce que je fais, Richard répond professeur et le policier ajoute : écrivain. 

Est-ce à moi qu’on en veut ou à ce que j’écris? Sur 4,500 pages, je n’ai jamais écrit quelque chose qui serait illégal, du moins à ma connaissance, malgré les nouvelles lois cachées dans des bills omnibus, passées sous le gouvernement Harper, imitant George Bush. Surtout que pour qu’il y ait crime, il faut d’abord vouloir commettre un crime.

Il y a une différence entre faire la promotion de la pédérastie et se servir de gestes explicites pédérastes dans un but carrément littéraire, comme cela arrive dans une nouvelle littéraire ou un roman, par exemple, pour mettre en lumière le contexte. On ne semble pas apprécier mon humour. Je ne peux même plus acheter une copie des quatre livres que j’ai publiés à Paris, et  j’ai été privé d’internet, depuis mon accusation.  Des livres drôles, de pure imagination. 

Où est le respect de la Charte des droits quant à la liberté d’expression? On a créé au Québec la littérature pour la jeunesse pour s’assurer que jamais les jeunes ne confrontent le mot sexe et son monde, maintenant va-t-on censurer la littérature pour  adultes? La perception de la sexualité n’est-elle pas  d’abord une affaire de croyances religieuses? Outlander va plus loin que tous mes livres ensemble.

8- Quant à la déclaration de Richard, je la perçois comme un rêve érotique que les jeunes garçons font avec l’arrivée des premières hormones (la tour du CN, symbole sexuel, selon Freud) et surtout parce que le tout se termine par « j’ai presque crié. ». C’est très souvent la finale révélant un rêve qui se termine en cauchemar. Dans mon cas, je voyais la tour Eiffel.

Je n’en crois toujours pas un mot quant à la réalité de ce voyage avec Richard parce que je ne me rappelle pas avoir amené quel que jeune que ce soit à Hamilton pour rencontrer Shuhed, le frère de Rouhed, en 30 ans. Je n’en aurais pas eu les moyens, d’une manière ou d’une autre. Qui d’ailleurs aurait pris soin du reste des trois autres membres de la famille en visite chez moi, durant près d’un mois, selon le témoignage des parents, si j’étais parti pour une semaine à Hamilton avec Richard?

J’ai parlé à Shuhed. Mon fils à Hamilton, qui m’a confirmé que je n’ai jamais été accompagné quand je suis allé le visiter. Même son épouse, Happy, dit la même chose, mais elle est là seulement depuis 1996. La mère de Shuhed pourrait le corroborer aussi, mais elle est retournée au Bangladesh.

9- Quant à Yann et ce qui serait survenu à Montréal, lors de sa première visite, selon son dessin, il était couché dans la petite chambre, face aux escaliers, dans un petit lit simple qui longe le mur, qui ne permet pas de voir qui monte l’escalier ou qui va dans les autres chambres et encore moins de savoir s’il y a quelqu’un dans la cuisine qui parle à l’étage inférieur. Il y avait trois chambres en haut de l’escalier, en plus, des toilettes. Comment peut-il affirmer sans l’ombre d’un doute que c’est bien moi qui étais couché près de lui pour le masturber?  

J’étais en visite à Montréal pour les vacances d’été, dans l’appartement que je gardais pour Rouhed et que j’ai ensuite laissé à un ami, un ancien agent de la Sûreté du Québec. Or, il arrivait souvent que j’aie des visiteurs, dont la très grande partie était pédéraste, à cause des conférences que j’avais données sur la pédérastie quelques dix ans plus tôt avec le psychologue Alain Bouchard.

Cette fois, on me visitait aussi parce que Rouhed venait de se suicider parce que sa blonde l’avait quitté. 

Je ne me rappelle de presque de rien de ce juin 1994. Je ne me rappelais même pas que mes deux sœurs étaient venues chez moi et m’avaient accompagnées pour identifier Rouhed. Je voulais mourir à sa place. Il faut avoir perdu un de ses enfants pour savoir comment ça fait mal.

Je ne dis pas que je n’ai pas masturbé Yann, la première fois qu’il serait venu à Montréal. Je ne me rappelle tout simplement pas[4] qu’il soit venu, seul chez moi, l’année où Rouhed s’est suicidé.  Il n’est pas sur la petite vidéo qu’on a tourné, lors de la visite faite à l’occasion de la mort de Rouhed. Cela me semble aussi impossible, car quand il est revenu en 1995, nous devions coucher ensemble, c’était la seule place disponible, et je me rappelle qu’alors, il affichait clairement qu’il n’était pas intéressé (sa façon de se retourner et se rapprocher contre le mur).

La façon qu’il raconte ça est impossible parce que je n’agis jamais comme il le dit. Je ne me masturbe jamais en compagnie d’un autre et encore moins en même temps ou les deux à la fois.

Je veux bien plaider coupable, mais je ne suis pas assez masochiste pour dire une chose qui me coûtera de la prison quand ce qu’il raconte est, à mes yeux, tout à fait impossible. Il n’y pas que ma mémoire qui puisse être déficiente. 

Mais, puisqu’on enlève des accusations et qu’on en ajoute des nouvelles, deux ans plus tard[5], je me permets de penser que l’on élabore la preuve au fur et à mesure, selon l’air du temps. Dans la vidéo de l’entretien de Yann avec la police, il n’est nulle part question que je lui demande de me toucher. D’où cela sort-il?  Dans la vidéo que j’ai de leur visite, Yann n’apparaît pas.

10- De plus, on se sert d’un autre procès, qui est d’un an postérieur à la visite de mes cousins pour essayer d’aménager une espèce de « façon d’agir ». C’est simplement un autre moyen employé pour s’assurer d’avoir « une grosse sentence ». Une façon de me faire payer en double. J’ai déjà payé pour 1996 et je n’ai pas bénéficié d’une diminution de peine parce que j’ai dit devant la commission des libérations conditionnelles que je ne pouvais pas regretter quelque chose que je n’ai pas fait. Mon premier avocat m’avait alors dit que c’était 10,00$ ou la prison. Je n’avais cet argent. Je n’ai pas témoigné parce que mon second avocat m’avait dit de ne pas le faire parce qu’en reconnaissant être pédéraste, je ne pourrais jamais avoir de crédibilité.

Le juge en 1996, à Val-d’Or, a lui-même reproché à mon avocat, le deuxième, de ne pas m’avoir défendu correctement. En appel, on a dit qu’on ne pouvait pas mieux juger les témoignages que le juge de première instance. Je peux élaborer davantage si nécessaire. Si, lui, n’a pas trouvé qu’il y avait lieu d’avoir un doute raisonnable, personne ne le fera; mais il ne connaissait pas le contexte parce que je crois qu’il aurait vu la chose très différemment. La police avait alors dit au père que s’il ne me dénonçait pas, il perdrait la garde de son garçon. Le père et la mère était en guerre pour la garde des enfants à la suite de leur divorce.

11- Finalement, je crois qu’un procès serait illégitime parce que la loi invoquée est à caractère « Préjudice ». Comme on sait, c’est une loi en laquelle tout le monde croit, personne ne peut l’attaquer parce qu’elle est crue depuis toujours et pour toujours. De plus, puisqu’on a donné des millions en subventions pour préparer les « victimes », il est impossible d’avoir un procès à caractère sexuel dans lequel on peut croire ce que l’on appelle l’agresseur plutôt que ce que l’on appelle la victime.  Même qu’après tant d’années, il est possible de ne pas pouvoir faire appel à des témoins pour se défendre parce qu’ils sont morts.  C’est le cas de mon ami Pierre. Selon la Charte des droits, tout individu a droit à un procès juste et entier, pédéraste ou pas. 

12- Les seules personnes qui pourraient témoigner, le propriétaire de l’appartement en 1995, un ex-policier, est mort d’un cancer. La mère de Shuhed et Rouhed est au Bangladesh. Puisque c’est un procès où seules les déclarations peuvent être mises en preuve, c’est un procès d’où je sors automatiquement condamné d’avance, car il y a deux personnes qui témoignent contre une.

Donc logiquement, un nouveau procès serait inutile et ne servirait qu’à justifier une peine plus lourde, sous prétexte que ça amènerait des dépenses supplémentaires de faire témoigner Yann et Richard, même si cela permettrait par contre de relever les contradictions de leurs témoignages et ainsi faire valoir mon point de vue.

Yann avait l’air d’un gars torturé, lors de sa déposition contre moi. Je ne veux pas lui faire revivre cette situation. C’est pourquoi je plaide coupable de l’avoir masturbé en 1995, alors que j’étais certain qu’il était consentant, avec son changement d’attitude quand on couchait ensemble. Il avait 15 ans et, à cette époque, l’âge de consentement était de 14 ans.

13- Si à la lumière de ce texte, il y a quand même un autre procès, je me défendrai seul.

J’aimerais aussi connaître d’avance la sentence, car je vis chez une personne handicapée, qui a absolument rien à faire avec mon passé (je vis chez lui que depuis cinq ans) et je ne voudrais surtout pas qu’il paye pour quelque chose qui lui tombe subitement dans la face. C’est un trop bon gars. C’est aussi la personne qui sera la plus marquée par ce qui arrivera.  Le philosophe Alain Foucault, qui explique aussi l’histoire de la sexualité,  parlait de retombées des sentences dans « Surveiller et punir ».

Je ferai remarquer, en finissant que dans les années 1980 et dans mes livres par la suite, j’ai essayé d’expliquer la pédérastie afin d’éliminer la possibilité de violence dans ces relations, en expliquant comment se vit la pédérastie. 

Depuis, en quelques mois seulement on a dit, dans deux cas de meurtres, que l’on avait agi ainsi par peur, comme je le disais il y a 40 ans, et ce,  sans compter les dizaines de jeunes qui se sont suicidés pour éviter la vindicte populaire qui existait contre les homosexuels, car, à cette époque, on croyait encore que les gais étaient des malades mentaux qui s’attaquaient aux enfants. 

Pour pouvoir travailler à mon prochain roman et surtout effectuer les recherches pour préparer ma défense, je demande que l’on annule la condition selon laquelle je n’ai pas le droit à l’internet, d’autant plus que l’on a retiré les accusations de pornographie juvénile. On peut exiger que je ne puisse pas être seul avec l’internet dans une maison ou un établissement afin qu’il ne me soit impossible de regarder de la pornographie juvénile.

En cas d’un nouveau procès, j’aurai aussi besoin des vidéos[6] des interrogatoires de Yann, Richard et de Ross. Il faudrait s’assurer que je puisse les consulter sur mon appareil, car il y aurait une espèce de code d’accès sur les vidéos des policiers.

—————————————————-

« Je serais prêt à m’engager sous serment quant à ce que ce texte représente exactement ce que je sais, ce que je me rappelle. Je serais tout aussi prêt à subir un test du polygraphe à partir de ce texte, à condition que je puisse dire je ne me rappelle pas, quand je ne rappelle pas ».

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La différence de verdict tient au fait que les choses se sont déroulées soit en 1994 ou 1995, à cause de l’âge, volontairement ou non.

On m’a alors informé que je ne pouvais pas présenter ce document à la Cour et que si je me représentais moi-même, je n’avais droit à aucune note.

Je me suis donc contenté de répondre à la juge que c’était dommage que mon avocate demande de se retirer de mon dossier parce qu’elle croyait que je ne lui faisais pas confiance. Ce n’est pas en elle que je n’ai pas confiance, mais dans le système.

Entre temps, j’ai trouvé une nouvelle avocate et je me suis présenté pour être évalué par une sexologue.

L’entrevue avec la sexologue a duré quatre heures et demi. Elle m’a remis une facture, à mon nom, de 1,000 $ et a ajouté que le rapport ne serait disponible qu’au moment où elle serait payée.

J’ai voulu laissé la facture à l’Aide juridique de Magog qui l’a refusée, mais qui m’a indiqué les procédures à suivre pour être payé. J’ai donc fait parvenir la facture à ma nouvelle avocate, avec les indications pour que l’Aide juridique paye les frais de cette rencontre.

Une semaine avant la prochaine comparution, je n’avais aucune nouvelle.  J’ai communiqué avec mon avocate. On me demandait, pour accélérer les procédures, de payer en attendant que l’Aide juridique paye, soit à la fin de tout le processus.  

On me remettrait mon 1,000$ quand tout sera terminé. Le procès a été reporté parce que le dossier de la sexologue n’était pas complété.


[1] – Charte des droits, Chapitre 1.4  Toute personne a droit à la sauvegarde de sa dignité, de son honneur et sa réputation. Toute personne a droit au respect de sa réputation.

[2] – Puisque mon avocate avait décidé de ne plus me représenter parce que je ne lui faisais pas confiance, j’ai préparé ce texte pour la remettre à la juge. On m’a dit que cela ne se faisait pas et que je n’avais même pas droit à des notes écrites, si je me présentais devant la juge. Alors, comment m’expliquer? Est-ce que ce procès est strictement un moyen pour m’empêcher d’écrire?

[3] -Une masturbation

[4] – Début de juin 1994, mon fils adoptif se suicide;  en 1995, je tombe dans une trappe, la blessure est telle que je ne peux plus bouger mon bras droit, donc, physiothérapie durant des mois; en 1996, le fils d’un ami m’accuse de l’avoir touché pendant un voyage de récompense à Montréal.  À l’enquête de 1996, on a rien trouvé sur moi, ni à Montréal, ni là où j’ai enseigné. De plus, depuis plus de vingt ans, je n’ai pas été en contact avec aucun jeune de moins de 16 ans.

[5] – Nouvelle accusation : j’aurais incité Yann à me toucher.

[6] – Presque de tout ce dont j’ai parlé dans ce texte a été possible parce que j’ai lu les dépositions de mes accusateurs.  Je me rappelle encore que très vaguement  cette époque.

De la pudeur à la paranoïa (23).

avril 21, 2020

Il faut lire dans le sens de 1 à 10+

La Charte des droits

     est une farce.

La Charte des droits de la personne transgressée.

Est-ce que Justin Trudeau complètera ce que son père avait commencé en reconnaissant toutes les manifestations de  l’homosexualité? Répara-t-il une vieille injustice à savoir le refus de reconnaître que la pédérastie est une orientation sexuelle, quelque peu différente, mais se situant à l’intérieur de l’homosexualité?

Il faut modifier les lois actuelles touchant la sexualité de manière à permettre aux jeunes de se créer une conscience personnelle et un sens critique, tout en leur garantissant leur sécurité et le respect. 

Pourquoi la sexualité qui existe dans tout être humain serait-elle une perversion, si on la vit en dehors des âges prescrits?

Le développement de la conscience passe par ses expériences et ce que l’on a appris.

Comment peut-on prétendre que Dieu est tellement sadique qu’il a joint le plaisir à la sexualité, avant de l’interdire, pour forcer les gens à vivre un certain temps, l’adolescence,  en dehors de la réalité humaine? Ne serait-ce pas plutôt une invention pour justifier que les curés demeurent chastes toute leur vie. Et, on a vu ce que ça donné.

Voir la sexualité comme une saloperie est, à mon sens, le pire des sacrilèges. Faire de Dieu un sadique (en attachant un plaisir à une des plus magnifiques manifestations humaines puis en faire un crime), c’est mépriser Dieu comme Lucifer l’a fait quand Dieu lui a demandé de se prosterner devant l’homme et que ce dernier a refusé.

D’autre part, fixer un âge pour avoir des contacts sexuels contrevient à la Charte des droits qui préconise l’intégrité de la personne en condamnant la discrimination en fonction de l’âge. La sexualité d’un jeune ne ferait pas partie de son intégrité personnelle?

Tout le monde est d’accord pour s’assurer que tous les jeunes vivent en pleine sécurité; mais faut-il aussi respecter le développement des individus.  La drogue est beaucoup plus dangereuse pour un jeune que n’importe quelle fellation.

Surprotéger un jeune est pire que de le laisser régler lui-même ses problèmes. On oublie aussi la force du « gang », une des grandes réalités de l’adolescence.  Les jeunes se défendent souvent en groupe et racontent plus ce qui leur arrive à leurs pairs qu’à leurs parents. D’ailleurs, habituellement, ce sont les parents qui réagissent en hystériques quand ils apprennent qu’un de leurs jeunes a eu une relation sexuelle ou quand on le prend en flagrant délit de masturbation.

Les lois actuelles sur la sexualité sont anti constitutionnelles et anti humaines parce que « préjudices ».

Une loi préjudice est une règle transmise par sa culture, principalement religieuse,  et qui, de ce fait, ne peut pas être remise en question comme si c’était inscrit inconsciemment à l’encre indélébile, à l’intérieur de chaque individu. De ce fait, la règle va de soi et ne tolère aucune contestation. C’est la voie de la dictature.

La répression sexuelle repose sur l’enseignement religieux qui fait de la sexualité, dès l’enfance, le péché des péchés alors que la science démontre que la sexualité est au contraire, le summum de la création, grâce au miracle de la reproduction.

L’homme ne se différencie pas de la bête seulement à cause de la parole, mais aussi par sa sexualité. C’est le geste par excellence de l’amour et de la liberté.  Aucun gars équilibré n’est tellement en rut qu’il ne peut pas choisir son ou sa partenaire ou qu’il se sente obligé de tuer son rival pour transmettre ses gènes à sa descendance.         

La répression sexuelle entraîne parfois au contraire le suicide des pédophiles/pédérastes ainsi que de ceux que l’on appelle leurs victimes parce que le poids social est intolérable et est amplifié par les religions ou les croisades à la télévision, comme la télévision le fait ici quotidiennement en classant les crimes sexuels au même titre que les meurtres, selon l’espace occupé dans ses bulletins de nouvelles.       

        
Les lois actuelles ne respectent pas le droit à la vie privée.

L’internet est un instrument de communication d’individu à individu, une prolongation de soi au même titre que l’automobile peut être une prolongation de son foyer. Il est impossible de respecter l’égalité des chances garantie par la Charte des droits en étant privé d’internet. 

Tout homme, sans internet, a la connaissance d’un gars de 1950 en 2018.  Il est étonnant que la Cour suprême permette cette injustice, pour des raisons morales religieuses, qui vont à l’encontre de la Charte de droits (le droit à l’égalité des chances dans la vie).

Cette décision prouve que l’approche de la sexualité est la même dans notre système judiciaire que celle des religions qui ont bâti leur morale dans la plus pure des méconnaissances de l’humain et, encore pire, du corps humain. La Charia ne demande-t-elle pas de tuer les homosexuels et les femmes adultères?  Même les juges sont soumis à la nature « préjudice » des lois concernant la sexualité parce qu’ils ont connu, depuis l’enfance, le même enseignement que leur communauté.

La Charte des droits est violée dans plusieurs de ses aspects, dont le principal est certainement l’égalité entre individus et la non-discrimination envers quiconque, quelle que soit son orientation sexuelle. 

On ne devient pas gai avec ses 16 ans. Plusieurs connaissent leur orientation très jeune. Ces derniers vivent leurs désirs sexuels comme un adulte, mais sans parfois en être vraiment conscients, faute d’une bonne éducation dans le domaine.

Cette réalité homosexuelle ne les met pas physiquement en danger, sauf que ce sera moins trippant, si on est encore incapable d’éjaculer. Ces relations sont  empreintes de tendresse, d’amitié et conduisent vraisemblablement un jour à une relation sexuelle qui, elle, procurera l’orgasme.

L’homosexualité n’est pas que génitale, elle est surtout question d’émotions. 

Au moment où P. E. Trudeau a signifié le droit à l’homosexualité, le pire préjudice que les homosexuels devaient combattre, pour qu’on les respecte, était la peur que les homosexuels se multiplient en s’en prenant aux enfants. Cette fausseté a même amené les homosexuels à changer de nom pour éviter que se transmette cette fausseté. Ils ont opté alors pour « gai ». Ce changement de nom permettait de créer une nouvelle approche qui ne soit pas automatiquement le symbole de la peur. Les féministes et les pédérastes ne s’entendaient pas à savoir si on pouvait être une pédéraste autant qu’un, fit que l’on créa un  nouveau terme, soit la pédophilie.

La sécurité des jeunes.

La meilleure façon d’assurer la sécurité des jeunes est de leur fournir une bonne éducation sexuelle. Elle ne doit pas être une croisade anti sexuelle, mais une connaissance scientifique de la réalité et de ses effets sur la vie émotive.

Les garçons sont moins en danger en vivant une relation sexuelle avec un adulte non violent et dominateur qui se confine aux attouchements, la  masturbation, la fellation que la boisson, conduire en état d’ébriété, les drogues, les sports violents propices aux hémorragies cérébrales. En fait, la vie est pleine de dangers. 

La surprotection est plus dommageable à long terme pour un enfant qu’une relation sexuelle. La peur du sexe infantilise.

Freud nous apprend que la sexualité ne se vit pas toujours de la même façon dans la vie de chaque être humain. Chaque individu a sa vitesse de développement.

En général, de la naissance à la cinquième année, le jeune éprouvera de la curiosité face à la sexualité. Il voudra voir l’autre. Puis, de cinq à environ 10 ans, c’est une période de latence. En principe, le jeune ne s’intéresse pas du tout à la sexualité. Le jeune peut se poser des questions, mais la vie lui fait vite oublier cet intérêt. Chez le garçon, l’éveil sexuel se situe entre 10 ans et 15 ans, parfois plus vieux. Dans les années 1950, ça pouvait aller jusqu’à la trentaine. Aujourd’hui, ce n’est plus tellement le cas avec la pornographie.

À moins qu’il y ait violence ou domination, une relation est souvent vue par le jeune comme une nouvelle expérience, un jeu, un moyen de satisfaire sa curiosité. À moins qu’il y ait culpabilisation, à cause des règles religieuses édictées par les adultes, cette aventure sera vite oubliée et n’aura probablement aucune suite.

Rares sont les jeunes qui échappent aux normes religieuses.  Jeune, on n’a pas encore assez le sens critique pour savoir si ce que l’on nous enseigne a du bon sens. La peur du sexe est une histoire d’adulte.

On n’arrive pas à comprendre que tous les interdits sexuels visaient la transmission du sang pour garder ton rang social. On oublie que si on est trop jeune pour éjaculer les effets physiques se traduisent en chatouillements. Les effets  néfastes existent seulement si le jeune par son éducation se culpabilise d’avoir connu une expérience que toute la société désapprouve, sans même se demander pourquoi ou s’il y a vraiment un danger.

On a interdit les rapports sexuels aux jeunes parce que l’on pensait que le sperme existait en quantité limitée et que l’on serait incapable de se reproduire à l’âge adulte. Cette raison est simplement farfelue et sans fondement.  De plus, on croyait, que le sperme est une partie du cerveau de l’homme, ou de la moelle épinière, ou l’écume créée par un sang surchauffé.  Comment peut-on croire qu’un livre qui a été écrit, il y a au moins 4,000 ans, alors que la réalité sexuelle humaine était inconnue, puisse aujourd’hui contrôler notre façon de comprendre la sexualité, comme si la science n’avait jamais existé?

La deuxième raison d’interdire selon l’âge est que l’on croyait que des garçons trop jeunes seraient incapables de donner naissance à des enfants normaux. Une autre conception farfelue. Comme on croyait que l’âme d’un jumeau pouvait dévoré l’autre âme jumelle, avant la naissance.

Cependant, l’incapacité du jeune à s’occuper de l’enfant né d’une liaison est plus réaliste. Par contre, il n’y a aucun danger de mettre un enfant au monde, si on a une relation homosexuelle. Ces liens consentis sont un pur plaisir, si on est gai.

La souffrance à la suite d’une expérience sexuelle survient la très grande majorité du temps, lorsqu’il y a une pénétration souvent non désirée, ce qui constitue un viol pur et simple.

La manière de vivre sa sexualité est très différente selon que l’on est un homosexuel ou une femme. La femme hétérosexuelle, par exemple, recherchera la fidélité, la stabilité;  alors que la majorité des homosexuels (les) désirent davantage des aventures, quoique certains se marient.

L’application de la loi actuelle enlève le droit à un jeune de vivre librement la découverte de son corps et de son orientation sexuelle. Où est le respect de son intégrité?

L’orientation sexuelle ne va pas avec le nombre des années, elle existe dès la naissance, ce que nient les religions. La morale religieuse et bourgeoise nous force à haïr ce qu’il y a de plus précieux en nous : notre sexualité, car c’est elle qui dirigera nos réactions à l’autre. Notre sexualité est en rapport direct avec notre vie émotive.  Le rôle de parent comporte aussi d’enseigner les réalités sexuelles à leurs enfants. Se sentir « indisposé » devant le mot sexe est injustifié puisque la sexualité fait partie intégrante de notre réalité. Si on en a honte aujourd’hui, c’est à cause des enseignements religieux.

Les péchés de jadis ont été les principales sources de discrimination, car elles ont donné naissance non seulement au racisme, mais à la création d’une forme de vie selon la classe sociale.

Le meilleur moyen de combattre la violence et le harcèlement est de mettre sur pied des cours de sexualité dans les écoles qui répondent aux questions des jeunes et leur indiquent comment se comporter.

Le consentement doit devenir le centre absolu. Il n’y a que des oui ou des non, le noui n’existe pas. Actuellement, on crée tellement de distinctions dans la notion de consentement que ça n’a plus de sens. On crée une vraie mafia du chantage. Par contre, il faut reconnaître que la dénonciation en groupe comme cela s’est fait avec « moi aussi » permet de prendre conscience de la réalité sociale. C’est une étape essentielle, si on s’en sert pour une redéfinition des rapports humains.

Actuellement, les lois ne respectent pas la Charte des droits qui garantit aux jeunes leur intégrité absolue.

La liberté ne peut pas exister en dehors d’un choix. Et, ce choix est pour les jeunes : j’aime ou je n’aime pas. Il est évident que personne ne peut être d’accord avec la violence ou la domination.

La Charte des droits est aussi violée chez les adultes dans de multiples facettes à travers les lois qui nous régissent actuellement.

Chapitre 1, 3 :

Toute personne est titulaire des libertés fondamentales telles la liberté de conscience, la liberté d’opinion, la liberté d’expression, la liberté de réunion pacifique et la liberté d’association.

.

Le droit à la liberté de conscience.

À mon avis, le pire des sacrilèges est de croire que Dieu est assez sadique pour décréter que le plaisir, qu’il a créé pour accompagner les actes sexuels, est un péché. 

J’ai, selon le droit à la liberté de conscience, le droit de ne pas croire que les gestes sexuels sont en soi des péchés, des cochonneries, des hontes à entretenir à vie.

J’ai le droit de croire que les jeux sexuels sont des plaisirs et que les participants ne souffrent pas, mais jouissent de la situation parce que c’est ça la réalité.

La procréation est accompagnée de plaisir afin que l’homme soit incité à se reproduire et ainsi garantir la survie de l’espèce humaine. Il faut vraiment avoir l’esprit tordu pour croire que Dieu a voulu nous tendre un piège en incrustant le plaisir au cœur des relations sexuelles et en faisant de notre corps la pire tentation que l’homme connaîtra au cours de sa vie.

Il faut aussi comprendre que le plaisir s’accroît avec l’arrivée des hormones et la possibilité d’éjaculer, d’où l’intérêt envers la sexualité à l’adolescence. Quand on est plus jeune, la sexualité n’est qu’une curiosité parmi tant d’autres. Les adultes en font un tel drame que cet interdit semble être une question de vie ou de mort. Et quand on ose remettre les pendules à l’heure, les scrupuleux sont là pour crier qu’on cherche à minimiser les effets dramatiques qu’on leur attribue. Est-ce que le plaisir créerait de la souffrance seulement parce qu’il est sexuel? C’est du pur délire.

La notion de péché est strictement liée à la religion et à la bourgeoisie.  Pour reconnaître l’existence du péché, il faut reconnaître l’existence du ciel et de l’enfer après la mort. Peu de gens ont expérimenté la vie après la mort et sont revenus nous dire si c’est vrai ou un fantasme schizophrénique religieux.

Je ne crois pas dans la Bible ou le Coran ou tout autre livre dit saint, comme étant la parole de Dieu.  Par contre, de nombreux passages sont pleins de sagesse et mérite d’être médités. C’est mon droit le plus strict de ne pas croire dans le péché de la chair.

J’ai puisé mon opinion sur la sexualité en grande partie dans des lectures scientifiques. Je suis très profondément convaincu que le péché de la chair n’existe pas. Forcer quelqu’un a à un rapport sexuel est cependant un crime, personne ne peut en douter. Dans nos pays, on combat le plaisir comme s’il fallait souffrir pour aller au ciel. Quelle vision masochiste de la vie!

Si la liberté de conscience existait vraiment à travers nos lois, on essaierait plutôt de comprendre pourquoi nos lois sont d’une certaine façon illégitime, car, elles reposent sur une exagération des dangers et sur une conception de la sexualité sans plaisir, une sexualité qui n’existe pas.

En agissant ainsi, on refuse de prendre en compte que la science a prouvé hors de tout doute que la pédérastie est une orientation sexuelle.

Par ailleurs, il est tout à fait justifié d’interdire des rapports sexuels en deçà d’un âge fixé pour le consentement.  Cet âge doit cependant respecter la réalité humaine fixée scientifiquement. C’est une prudence qui s’explique et se justifie.

Cet âge doit correspondre à la réalité et protéger tous les jeunes dans leur droit inaliénable de vivre intégralement selon leur conscience.  Les gestes sexuels sans violence ou domination n’ont, en soi, rien de malsain ou de douloureux.

De la pudeur à la paranoïa (22).

avril 20, 2020

À lire de 1 à 10+

Je voulais aider Jocelyn parce qu’il disait vouloir se suicider. Il venait de divorcer. Il avait la garde de Mathieu et se battait pour avoir aussi celle de sa petite sœur. Il disait aussi que son épouse le battait ou le faisait battre. Il voulait que je force Mathieu à l’aider au ménage à la maison. Dans la tête de Jocelyn, mon procès serait quelque chose d’extraordinaire parce que ce serait la religion de sa femme, qui la commanditait, contre un gars du politique[1]. Comment je le sais? Il me l’a dit.

Comment ne pas croire que ce procès était surtout politique quand on m’a dit qu’il fallait que tous les partis politiques soient d’accord pour que je sois condamné aussi sévèrement.  Un député du Bloc aurait ajouté que je n’étais pas seulement que ça, soit le gars accusé de délits sexuels. Mon amie Laurence me rappelait qu’il était impossible que la police laisse tomber  les accusations puisqu’elle cherchait à me mettre la main au cou, depuis au moins 20 ans,  à cause du FLQ,

Qu’importe j’ai fait mes neuf mois au complet. Je n’ai jamais autant parlé politique que durant cette période, car le chef de « l’aile » était un libéral. Je me rappellerai toujours qu’un prisonnier m’a dit, avant mon départ, que j’étais mieux de ne plus jamais reparler de politique,  si je ne voulais pas être un second Dr Ferron. On a dit qu’il s’était suicidé quand on l’a retrouvé sur un banc, accompagné d’un pistolet.

D’ailleurs, je suis demeuré chez Ross, tout au long de mon procès qui a duré une éternité, à la condition que je ne dise jamais un mot de politique.

Tout n’était pas faux dans les déclarations de mes deux délateurs. J’avais suivi des cours de massage suédois. Mathieu avait eu un coup de soleil et ne voulait pas se soigner, mais il acceptait le massage plutôt que de prendre un bain froid. C’est tout ce que j’ai trouvé pour l’aider.

Comme dans tous les massages suédois, tel que je venais de l’apprendre, je lui ai effectivement massé les fesses. Son père, à la suite de notre retour, a prétendu avoir une constipation pour vérifier si je savais vraiment masser. Une amie à lui, qui connaissait ça, lui aurait confirmé que c’était bien ce que je faisais.

Dans sa déclaration, Mathieu dit, page 8, que je lui masse les pieds (il est couché sur le ventre dans le lit) et j’essaie de lui mettre le pied sur le pénis. Wow!    Comment a-t-on pu le croire? Je n’ai pas massé Mathieu du côté du ventre. Il a toujours gardé la même position, couché sur le ventre. Il disait que j’essayais de lui prendre les couilles quand je lui ai massé les cuisses.

Comment pouvait-il me sentir bandé derrière lui quand nous étions couchés tous les deux chacun dans son propre sac à couchage? Ma blessure au bras droit m’a d’ailleurs appris que je n’étais pas capable de me masturber avec la main gauche. Et que la douleur tue le bandage.

Mathieu est venu me voir juste avant que j’aie ma sentence parce que son père voulait lui prouver que je ne lui en voulais pas. Mathieu voulait venir avec moi en voyage comme on en avait parlé. La mère d’un autre ami qui habitait le logement au-dessus du mien m’a dit que Mathieu dansait de joie quand il est sorti de chez moi.

On dit qu’on ne peut être jugé qu’une fois pour un acte; mais en s’en servant d’un procès précédent pour créer un doute, pour rappeler plus en détail que l’on a un dossier judiciaire, que les gestes passés ressemblent à ce qu’on t’accuse pour le moment, on s’assure d’avoir plus de crédibilité et une plus grosse sentence.  Donc, on te punit pour la même chose une seconde fois. Quelle hypocrisie! 

On oublie maintenant que le présent procès porte sur des gestes qui se seraient passés avant le procès de 1996, à Val-d’Or.

Reste la pornographie juvénile[2]

Selon la preuve, j’ai communiqué par internet deux fois avec André Faivre : Le 28 avril 2010, à 10 h 50, courriel entre Jean Simoneau et Info.homosexualités.net, On peut lire : Jean Simoneau laisse son adresse et son numéro de téléphone.

Le 13 janvier 2014, un courriel de Jean Simoneau à André Faivre.

         « Salut André. J’ai obtenu un lien pour pouvoir écouter mon          émission à Paris. Je passe seulement dans les cinq dernières      minutes alors qu’on lit mon texte. Donne-le à ceux qui le       veulent. Voici le lien pour le télécharger gratuitement. »

Effectivement, des animateurs d’une radio à Paris écoutent des poètes québécois en entrevue et lisent certains poèmes de poètes québécois.  Je n’arrivais pas à obtenir la ligne, donc, on a lu un de mes textes à la place.

L’un des animateurs dit, après avoir lu mon texte Amérique :

         « C’est de la belle poésie » et l’autre ajoute. « De la très belle poésie ».

De quoi avoir honte. Je suis prêt à plaider coupable d’avoir la tête enflée. Je me suis toujours pris un peu pour quelqu’un d’autre. On dirait que le but de ce procès est de me faire prendre conscience que je ne suis rien comme auteur.

C’est tout ce qui justifie mon accusation de pornographie juvénile et de faire partie du Club social des pédophiles. Wow!

Un des policiers, qui est demeuré chez moi durant qu’on m’amenait à Montréal, avait passé plus de 20 minutes sur mon ordinateur.

Ma nouvelle avocate me dira plus tard que je n’ai aucune charge de pornographie. « On a le droit de connaître quelqu’un. »

Une station de radio de Québec sollicite une entrevue de trois minutes. Je me fais royalement planter et je m’aperçois que je ne suis plus capable de répondre convenablement rapidement. Je n’ai plus la même vitesse d’esprit qu’au moment où je défendais la pédérastie à la télévision communautaire à Montréal. L’animateur termine en me disant que je suis un salaud.

J’ai appris, en retrouvant internet, que Richard Martineau et Jonathan Trudeau avaient parlé de moi durant une bonne partie de leur émission. Ils l’ont d’ailleurs mis sur Google pour continuer l’œuvre de la police des mœurs.

Je suis pris entre la peur que Jacques paye pour une veille affaire qu’il ne connaissait pas et me sentir complètement lâche d’accepter de ne rien écrire, comme me le recommande, mon avocate.

Finalement, j’écris deux petits textes pour me soulager la conscience. Une représentante des sexologues remet une copie du deuxième bilan à la police, qui la remet à la procureure de la couronne, qui en avertit mon avocate qui décide de me laisser tomber parce que je ne luis fais pas confiance, Par contre, j’ai deux accusés réception : la ministre de la Justice du Québec et le bureau de Justin Trudeau.  Ce qui ne veut pas dire que le premier ministre l’a lu.

Je suis pris entre fermer ma gueule pour ne pas aller en prison et ainsi faire payer mon ami Jacques[3] pour des choses qu’il ne connait pas ou me battre pour une cause que l’on croit indéfendable, ce qui me fait voir à mes yeux comme un lâche quand je plie l’échine. 

J’ai passé une grande partie de ma vie à faire des recherches sur la pédérastie. J’ai l’impression de vivre intérieurement les grands déchirements de la littérature classique.

Mon ami Raoul Roy m’avait dit que Karl Marx a sacrifié sa famille pour soutenir son point de vue. Je ne voulais faire payer quelqu’un pour mes gestes passés.

À part d’avoir réimprimé Dieu et le sexe, en ajoutant un peu plus de détails sur moi, j’ai écrit ces deux textes :

                              
                                         Bilans

Bilan 1 sur l‘absence du droit de penser autrement.

(Dieu et le sexe Les éditions du Temps. Québec).

Le Québec retournera-t-il aux années 1950, à l’époque où les Rédemptoristes parcouraient les paroisses pour rappeler que nous sommes tous damnés, car, nous avons tous, un  jour ou l’autre, commis un péché de la chair. 

Effectivement, qu’on le veuille ou non, personne n’échappe à sa sexualité. Personne n’est maître de sa libido. La honte et la culpabilité sont les armes de masse les plus efficaces pour créer un esclavage moral, le fanatisme religieux, d’où l’avantage de ce péché universel, originel. Le crime parfait pour l’Inquisition permanente. Quel sort charitable était jadis réservé aux femmes célibataires enceintes et leurs enfants? Les sorcières?

Qui n’a pas peur de ce qui arrivera après la mort? Il suffisait d’une pensée impure, d’un désir, pour nous jeter dans les flammes de l’enfer, devenues aujourd’hui celles des réseaux sociaux et du « politiquement correct ». L’homogénéisation.

Qui peut échapper à la haine tribale contre ceux qui pensent que la sexualité est une partie intégrante de la vie? Que la sexualité est un chef-d’œuvre?

Qui reconnaît la différence des manifestations de la sexualité qui existe entre l’homme et la femme, une différence qui ne compromet en aucun cas l’égalité homme femme? Le sexe est un plaisir pour tous les gars et la plupart des femmes. Depuis quand un plaisir consenti, hypocritement ou pas, traumatise-t-il?

La beauté et les plaisirs charnels ont été rangés dans la case des gestes criminels, oubliant de faire la distinction entre la violence de l’agression et le manque de savoir-vivre de la personne qui pose un geste inapproprié, maintenant vu comme un crime sexuel. Même la tendresse est devenue suspecte. Pourtant, le mot agression ne peut pas exister sans contenir celui de violence. Que dire du consentement? Est-ce vraiment qu’une question d’âge ou de maturité?

Même notre gouvernement libéral ajoute, à nos frais, une ligne de dénonciation. La confession ayant disparu, il faut la ressusciter, mais dans l’hypocrisie de l’anonymat. Les regrets se transforment en vengeance, comme si le temps et sa résilience n’existaient pas. Toutes les nuances ont disparu. Marie-Madeleine veut redevenir vierge (Les pouvoirs de l’horreur, Julia Kristeva. Psychiatre et féministe). C’est la course à la sainteté. Même les mots sont devenus des sabres. Mieux vaut mourir que d’être impur. Maria Goretti est l’idole des féminounes (rien à voir avec les vraies féministes) et les féminounes sont nos nouveaux curés.

Comme à l’époque de l’Inquisition, personne ne peut échapper à une condamnation certaine quand il s’agit de péchés de la chair. Se défendre est devenu une farce. Selon l’opinion populaire, la victime dira toujours absolument que la vérité et, grâce aux subventions, on saura bien la préparer pour redire la cassette de la victimologie. « On a volé mon enfance », comme si le sexe occupait un grand espace dans la vie quotidienne des jeunes, sauf dans certains jeux.

La présomption d’innocence n’existe plus, encore moins, la liberté de conscience. La sentence de l’accusé, qui ne reconnaît pas avoir commis le crime qu’on lui impute, est allongée. Comme l’écrivait Michel Foucault, dans Histoire de la sexualité, la saleté de la sexualité est établie dès l’enfance. Foucault nous parle aussi des conséquences sociales dans Surveiller et punir. Il faut être fou pour dire que la sexualité est le sommet de la richesse de la création et que le plaisir accompagnant les gestes sexuels, du moins chez les gars, ne peut pas se convertir en drame intérieur, à moins de baigner dans une atmosphère où le plaisir est devenu un chantage. L’État de Grâceme semble maintenant un roman prémonitoire de la lutte de l’ÉI contre le plaisir. Dieu est-il vraiment Amour?

La Charte des droits repose sur le principe du droit à la liberté de conscience, de défendre l’individu contre la masse, mais ce ne sont que belles paroles. Religions obligent!  L’égalité des droits est une farce. Elle défend une institution (les religions) plutôt que l’individu. Qui ne peut pas faire la religion de son choix au Québec? Une burqa par fanatisme religieux ou pour cacher un corps jugé laid?

La sexualité est à nouveau considérée comme « le mal » absolu. Mieux mourir que d’avoir un rapport sexuel, en dehors des normes établies. On doit ignorer la Grèce antique, la pédérastie, ses philosophes. La démocratie cesse de reposer sur le droit individuel et la vie privée alors que la violence devrait être le crime.

Pourtant, la répression a fourni les preuves de sa perversité, en étant responsable de nombreux suicides de jeunes qui se sentaient dévaloriser d’apprendre que leur corps à des besoins que la société condamne. C’est pourquoi ce livre Dieu et le sexe a été écrit : éliminer la violence, en prônant une éducation sexuelle qui n’a pas peur de la vérité. Si l’homme a techniquement évolué, il en est autrement quand il est question de la vie émotive. Il y a à la tonne des femmes battues à cause de la jalousie,  cette autre forme de domination. La guerre des sexes!

Le mal est redevenu le fruit des élans de ce qu’on appelait la petite nature, semant une honte permanente d’être sexué avant le mariage, le seul endroit où le sexe a, selon les religions, sa raison d’être, oubliant la tendresse des gestes sexuels dans les normes ou pas. Les plaisirs sexuels exigent toujours le consentement.

Avec la disparition de la présomption d’innocence, l’apparition de la pornographie écrite (en plus d’avoir déjà une littérature pour les adultes, on en ajoute une autre pour la jeunesse) on élimine morceau par morceau le droit d’écrire des romans qui parlent de sexe hors norme, oubliant ainsi que l’on décapite morceau par morceau le droit à la liberté d’expression garanti par la Charte des droits.

Toutes les études qui condamnent la répression sexuelle sont vues comme des apostasies et on accepte de convertir le regard plaisir-tendresse en regard douleur. Bienvenu dans Orange mécanique, version québécoise, pour singer les Américains. Pour mettre de l’ordre dans ses idées, il faut chercher l’humain.          

Bilan 2– 

Il faut changer le paramètre sexuel, si la Cour suprême veut décriminaliser la prostitution.

Même si elle le désire, la Cour suprême n’arrivera jamais à décriminaliser pour vrai la prostitution, tant et aussi longtemps que l’on considérera la sexualité comme quelque chose de sale, de dégoûtant, de pervers ou de péché.

L’atmosphère qui nous entoure définit en très grande partie notre morale personnelle puisqu’elle agit sur nous depuis l’enfance. Ainsi, certaines parties de notre corps sont automatiquement considérées comme sales et honteuses, à cause des religions.

Cependant, la conscience personnelle ne peut pas naître sans avoir acquis de l’expérience et le sens critique. La conscience [4]se forme à partir de notre expérience de vie. Plusieurs vivent en fonction de ce que les autres pensent d’eux, éliminant ainsi le droit à la liberté de conscience, comme le prévoit la Charte des droits de la personne.

Aujourd’hui, on vit dans une hypocrisie absolue, car on prétend décriminaliser la prostitution,  tout en punissant les clients.   Ainsi, on décriminalise la sexualité en grande partie pour les prostitués (es), tout en criminalisant le sexe hors mariage pour les hommes. Égalité homme femme?

Pour agir ainsi, il faut continuer, comme le veulent les religions, de voir le sexe comme une infamie, en dehors du mariage. 

Ne faudrait-il pas plutôt condamner seulement la violence et la domination? La protection des prostitués (es) est l’objectif essentiel de  la  décriminalisation.

À travers les religions, la sexualité est, grâce à honte et la culpabilité, une forme d’exploitation universelle qui se développe, grâce à la domination des individus. Cette honte d’être humain repose sur la culpabilisation de n’être qu’un humain, vivant ainsi en deçà de ses possibilités, à cause des limites imposées à l’âme par l’existence même du corps.  

Pourtant, on n’est plus à l’époque où l’on croyait que le sperme était une partie du cerveau. L’assouvissement de la femme à l’homme a aussi justifié toutes les distorsions morales et formes de discriminations possibles. Même le sexe peut porter sa part de racisme. La chasteté étant évidemment le vecteur du jugement.

La morale qui nous entoure peut provoquer des drames pires que le fait de participer à des activités sexuelles. Selon la télévision, le cas Fontaine-Brown, au Manitoba, semble reposer sur le fait qu’il a tué sa compagne parce qu’il a eu peur de la société quand il a découvert qu’elle était mineure. Voilà où peut conduire la peur de l’intolérance de la masse, appréhension que je dénonçais dans mes conférences, il y a environ 40 ans.

Combien d’humains ont mis fin à leur vie parce que leur éducation leur avait appris à avoir honte des désirs corporels? Que reste-t-il de la vie privée? Que reste-t-il de la Charte des droits?

Rien, ces principes sont devenus de belles paroles qui n’ont aucun sens dans la réalité. À cause de ce que l’on nous enseigne, on croit que la pudeur est plus importante que la vie. (Maria Goretti).

Le système judiciaire ne devrait pas se mêler de la vie sexuelle des gens puisque les religions le font déjà. 

La Cour suprême a récemment affirmé dans une cause autochtone de l’Ouest canadien qu’elle n’avait pas à faire respecter les rites religieux. Les autochtones désiraient que la Cour suprême protège leur territoire, car il faisait partie de leurs rites religieux. Le péché n’est-il pas, non seulement une croyance, mais un rite qui entraîne la confession, par exemple. Et, le péché le plus répandu n’est-il pas celui de la chair? 

La répression de la sexualité est une affaire religieuse qui nie la beauté et le plaisir corporel. Il serait peut-être temps que l’on sache qu’un humain n’a pas à être ni un saint, ni un ange. Aussi, la sexualité est le summum de la création, car elle ne peut pas exister sans une certaine forme d’amour. Hors la violence et la domination, pourquoi le système judiciaire se mêle-t-il de la sexualité des gens en plus des religions? M. P-E Trudeau n’avait-il pas dit que l’état et la police n’ont rien à faire dans les chambres à coucher?

Quel gars peut, sans rire, prétendre qu’un attouchement,  une masturbation ou une fellation sont autre chose qu’un plaisir? Comment peut –on sérieusement prétendre qu’un plaisir peut détruire sa vie? La sodomie est le seul acte susceptible d’être douloureux pour un gars et on l’a légalisé. Grâce à l’Église catholique, la dénonciation est devenue un moyen de faire de l’argent,  vite et facilement. Les scrupules sexuels sont le lot des enseignements religieux au Québec. C’est tellement ancré que personne ne peut dénoncer une telle situation sans passer pour un « salaud » ou un « pervers ». Il faut tous penser la même chose que sa communauté.

Décriminaliser la sexualité implique de remettre à l’individu la totalité de la responsabilité de ses relations corporelles. La décriminalisation implique de mettre en pratique le fameux «  Ton corps t’appartient et n’appartient qu’à toi », préconisé par les vraies féministes.

Il est bien évident que la sexualité ne doit jamais s’inscrire dans la violence ou la domination d’où la nécessité de faire disparaître, sous toutes les formes, le proxénétisme et de bien faire comprendre l’importance du consentement. 

La sexualité exige d’être vécue librement, individuellement, selon ses valeurs. Toutes formes de violence ou de domination doivent absolument être proscrites dans la sexualité d’où l’importance d’une éducation sur le sujet qui soit complète, sans complexe et créative de responsabilité, car aucun geste sexuel n’est déconnecté d’une forme de vie émotive. La sexualité est généralement perçue selon l’éducation reçue.

Il faut absolument apprendre exactement ce qu’est la notion de consentement. Le verbal ou le non verbal doivent définir clairement si un individu accepte ou non de participer à un échange sexuel. L’acceptation ou le refus doivent être limpides pour tous les participants. Dans le consentement, il n’y a pas de noui.   J‘aime ou je n’aime pas.

Le sexe sans violence ou domination est un des grands plaisirs humains, tout en étant la porte majestueuse qui mène ou entraîne l’amour. Quoi de plus grand, de plus noble que l’amour et la liberté? Quelle machine a-t-on inventée qui peut porter en soi le phénomène permettant sa reproduction?

Si la Charte des droits existe vraiment, il faut tenir compte du fait que l’éveil sexuel chez un garçon arrive vers 10 à 15 ans (chaque individu étant différent). Il est impossible de dire qu’un jeune a le droit absolu à son intégrité physique et morale, si on maintient que la sexualité est mauvaise, selon l’âge. C’est d’ailleurs ce que dit la Charte des droits, qu’on refuse d’interpréter ainsi.

On ne pense plus comme au temps de la Grèce antique qu’étant jeune on ne peut avoir que des enfants faibles qui seront nécessairement une charge publique. À cette même époque, la pédérastie était aussi vue comme le summum de l’amour puisqu’elle faisait partie de l’initiation à la vie.

Quand la Charte des droits de la personne a été créée au Québec, l’âge de consentement a été fixé à 14 ans pour respecter le droit de la jeune fille de vivre sa sexualité, sans obéir à des normes qui ne correspondent pas à sa réalité physique et la forcer à obéir à des règles religieuses qui ne tiennent absolument pas compte de la réalité humaine pour définir sa morale.

Aujourd’hui, la femme peut être égale à l’homme, non seulement parce qu’elle peut occuper le même métier, mais parce que dorénavant elle peut être entièrement capable de répondre à ses besoins physiques et sexuels, sans être comme jadis condamnée à la honte et la haine sociale.

On oublie que chaque individu vit sa sexualité de façon différente et à un rythme différent. Chaque droit entraîne une obligation[5], celui de la liberté sexuelle correspond à celui du respect, d’où encore une fois, l’essentiel de la liberté sexuelle repose sur le consentement.  Si on vit librement sa sexualité, il faut se souvenir que toutes les relations humaines sont teintées de sentiments et que l’on est responsable de la personne qu’on aime ou  que l’on a aimé.


[1] -J’écrivais parfois les discours du député et travaillais toujours à indiquer les la marche à suivre des élections.  Quels seraient les sujets touchés et quand on en parlerai dans la campagne électorale.

[2] – Cette accusation sera retirée.

[3] -Jacques est sourd. Sans moi, par exemple, on ne peut pas le joindre par téléphone. Quand sa mère est décédée, il a trouvé extrêmement pénible de vivre seul. C’était deux ans avant que je prenne une chambre chez lui

[4] -La conscience,  par H. Ey, Collection Sup, Les presses universitaires de France, 1968

[5] La révolution des droits, Michael Ignatieff, Boréal, 2001

De la pudeur à la paranoïa (21).

avril 19, 2020

Il faut lire dans le sens de 1 à 10+

Perdre internet devrait être une discrimination décriée par la Charte des droits de la personne, car elle crée automatiquement une situation qui force un individu à devenir un sous-homme.

J’ai donc écrit une lettre en ce sens aux autorités, car je trouve plus que bizarre que la Cour suprême ne l’ait pas compris. C’est vrai que les juges se sont fait laver le cerveau avec le péché comme nous. C’est ça une loi préjudice, personne n’y échappe.

—————————————-
Un peu plus tard.

Je lis dans le journal que mon ami Denis B. a été arrêté.

Je ne comprenais pas ce qu’il vient faire dans le portrait. Il n’en avait même pas été question quand j’ai été interrogé, sauf que j’ai raconté que l’on a dû cesser de s’exprimer librement sur la pédérastie à la maison,  quand Rouhed était là, car il m’avait dit qu’il n’aimait pas ce genre de discussion. Il ne fut pas question de Denis autrement, jusqu’à ce que l’on me remette la preuve de la Couronne.

Denis, dont je ne me rappelais pas le nom de famille, était un ami, un confrère de travail quand j’enseignais à Montréal.   On avait l’habitude de prendre une bonne bière après l’école et bien évidemment, comme tous les gens normaux, on parlait de ce que l’on aime. Beaucoup plus de politique, d’enseignement que de sexe, quoique le sexe n’était pas tabou.

Un ami m’expliqua plus tard, que Denis aurait masturbé Yann alors qu’il était chez Ross, avant de lui faire une fellation. Denis a plaidé coupable.

J’aurais bien voulu voir Denis au Palais de justice parce que c’était un excellent ami. On enseignait tous les deux l’anglais[1]. Je ne l’ai pas revu depuis… avant la mort de Rouhed. Probablement parce que je suis allé enseigner en Ontario plutôt qu’à Montréal.

J’étais écœuré d’être incapable de me rappeler la visite de mes cousins. Je me sentais diminué intellectuellement à cause d’une mémoire de plus en plus défaillante.

Par contre, je suis tombé sur un texte qui disait que dans le cas du suicide de son enfant, il arrive souvent que l’on soit amnésique de cette période parce que c’est un choc trop affreux. C’est une chose que tu ne souhaites même pas à ton meilleur ennemi.

Je me rappelle m’être senti solidaire à P.-E. Trudeau quand un de ses fils est mort dans une avalanche. C’est une douleur qui dévore. Me la rappeler me fait pratiquement toujours pleurer. Ça me tue.

Finalement, on me remet la preuve écrite. Enfin quelque chose de concret!

   La preuve écrite

Je suis presque tombé en bas de ma chaise quand j’ai lu la preuve écrite. Non seulement Yann disait que je l’avais masturbé, mais son petit frère Richard prétendait que je lui avais mis la main sur le pénis. 

Si tu es accusé par deux personnes,  tu peux croire à juste titre et, sans aucun doute possible, qu’on te déclara coupable, que ce soit vrai ou pas, surtout quand il s’agit d’enfants. On a tout prévu pour avoir ma peau[2].

Ma première surprise fut de découvrir que Yann ne m’a pas dénoncé, mais la police l’a approché pour vérifier si les dire de Ross étaient vrais. 

En 1996, on a procédé de la même façon. Lors de la Saint-Jean, Jocelyn, le père de Mathieu arrive en pleurs. Je suis avec le député. Il raconte que la police est arrivée chez lui et est repartie avec les enfants (Mathieu et sa petite sœur), sous prétexte que la maison est trop sale. La petite raconte plus tard que Mathieu était tellement nerveux qu’il n’arrêtait pas de parler et qu’il était très drôle. On interdit au père d’être en contact avec ses enfants.

Je l’aide alors à formuler une plainte à la déontologie policière puisque la DPJ n’a même pas été consultée et que les enfants sont temporairement placés dans un centre d’accueil. Un kidnapping d’enfant ! Mathieu est alors interrogé durant des heures par une amie de Michaël Jean afin de monter un dossier contre moi. Tout ça était probablement l’œuvre de la mère de Mathieu qui se battait avec son père pour avoir la garde des enfants. Sa mère ne voulait pas que Mathieu vienne avec moi à Montréal. Elle était mormone. Évidemment, j’ai immédiatement perdu mon travail de professeur. On a même dit à la radio que j’avais eu une relation sexuelle avec une de mes élèves.

Cette fois-ci, la police est allée quémander une dénonciation.

Selon le rapport, le sergent Millette a essayé de retrouver Yann au téléphone. Dans la preuve, on me fournit même le testament de Ross et la déposition de ses accusateurs. Pourquoi a-t-il fallu qu’il  cherche Yann partout au Québec quand la police a déjà des documents qui l’identifient? Pourquoi l’histoire de 2001[3] quant au  fameux testament de Ross et sûrement la déposition de Ross au cours de son interrogatoire en janvier 2016, ne suffisent pas à identifier de qui Ross veut parler? 

Le sergent Millette reçoit un appel en retour. Il parle avec Yann et lui demande s’il connaît Ross.

«Je constate que celui-ci semble mal à l’aise au téléphone. Yann confirme ses relations avec Ross. Je l’informe que le but de mon téléphone n’est pas de le rendre mal à l’aise, mais que nous devons lui parler seul ». Yann rappelle plus tard, puis, avec son accord, on l’amène pour une déposition à Roberval. 

La police prétend qu’elle veut le libérer d’un poids sur la conscience et  qu’elle n’est pas là pour le juger. Contrairement à 2001, Yann accepte. Il dit qu’en 2001, il n’était pas disposé à en parler. 

503-151205-008.

À 8 h 30,  le 29 avril 2016, à la demande du Sergent Millette, le sergent Gauthier s’est rendu prendre Yann à son domicile pour l’amener au poste de la SQ, à Roberval.

Un ami m’apprend que la Cour suprême a déjà arrêté un procès parce que la police s’était appuyée sur un interrogatoire non conforme. Est-ce le cas puisque Ross est maintenant reconnu incapable de subir un procès?

Yann affirme dans sa déposition à Roberval que je l’ai masturbé une fois, lors de son premier voyage chez moi; que Ross l’a fait deux fois quand il était chez lui et que Denis, un autre de mes amis, lui aurait fait une masturbation, suivie d’une fellation. Il ajoute que son frère Richard a déjà dit à son ex qu’il avait déjà été abusé sexuellement.

Dans sa déposition, Yann affirme que lors de sa première visite à Montréal, je me couche à ses côtés, puis, je l’ai masturbé tout en me masturbant en même temps. Il parle d’un premier voyage. Donc, il serait venu plusieurs fois.

Le doute s’installe en moi, car je n’agis jamais de cette façon. Pour moi, la jouissance est de voir l’autre jouir. Que je l’ai masturbé, soit; c’est très possible!  Mais que je me sois masturbé en même temps, jamais.

Je ne me masturbe jamais en présence d’un autre, à moins d’y être invité. Et, je ne suis pas capable de me masturber en masturbant un autre. Je n’ai pas cette dextérité.

Dans le résumé des faits, page 4/5, sous le titre Agression par Jean Simoneau, en Estrie, on lit :

« Après plusieurs jours à Montréal, Jean Simoneau et Yann ont été par la suite en Estrie dans le coin de Cowansville. Marc      croit qu’ils ont été chez la mère de Jean. Lors d’un coucher pour la nuit, Yann est couché dans le lit avec Jean Simoneau. Jean a masturbé Yann dans le lit et Jean s’est également masturbé. Par la suite, Jean est allé reconduire Yann chez lui. »

 Les choses changent quand on me remet les preuves de la Couronne : Yann dit, lors de sa déposition à la police :

         En venant plus tard en voyage avec moi chez sa mère, il s’est          couché        sur le ventre, comme il a appris à le faire chez Ross pour ne pas être        masturbé. Donc, qu’il ne s’est rien passé cette fois-là.[4]

Il croit être venu avec moi, voir ma mère, à Cowansville. 

Le doute s’installe encore plus, car ma mère vit à Barnston. Ross est le seul qui, à ma connaissance, dit toujours que ma mère vit à Cowansville. Va donc savoir pourquoi.

Le doute empire. Le texte sur les faits affirme le contraire du verbatim de la déclaration de Yann qui dit que je n’ai rien fait en Estrie. Et,  comment aurais-je amené Yann au Lac St-Jean puisque je n’ai jamais eu d’auto, même si j’ai toujours conservé mes licences? Si c’est vrai, pourquoi ne s’est-il pas protégé la première fois chez moi? Pourquoi est-il revenu chez moi l’année suivante? 

Je doute tellement de la véracité de cette dénonciation que je crois que c’est une affaire inventée par la police, à la suite des informations fournies par Ross, lors d’un interrogatoire qui a duré huit heures. Pas mal pour un gars inapte à subir un procès.

Selon son dessin de la chambre chez moi, Yann était couché dans l’ancienne chambre de Rouhed.

C’est un petit lit pour une personne, adossé au mur dans le même sens que l’escalier. Si Yann disait vrai, à deux dans ce lit, il y avait tellement peu d’espace qu’il n’avait qu’à se tasser vers le mur pour qu’il soit impossible d’être masturbé, ou encore, il pouvait se coucher sur le ventre, ce qu’il dit avoir appris à faire chez Ross.

Quant à moi, je ne masturbe personne à moins d’être certain que la personne le veuille bien. Je n’ai jamais forcé qui que ce soit à avoir un rapport sexuel avec moi.

La chambre donne sur l’escalier pour descendre au premier étage où il y a d’abord le salon, et plus loin, après l’entrée qui donne sur l’extérieur, la cuisine. 

Puisqu’on ne peut pas voir à partir du lit ceux qui empruntent l’escalier, comment Yann peut-il affirmer que c’est moi qui me suis couché à ses côtés?  Comment peut-il affirmer que nous étions seuls dans la maison? Il ne pouvait pas voir à travers le plancher pour savoir si j’étais seul ou pas.

Quant à Richard, il raconte que nous sommes allés voir mon fils à Hamilton. 

Je suis monté avec lui dans un petit autobus, un voyage organisé. On a vu la tour du CN à Toronto. Puis, en revenant, il dort, il est assis sur moi et il se rend soudainement compte que j’ai la main sur son pénis. Il bouge. Je retire la main et, ajoute-t-il, j’ai presque crié.

Ça ressemble étrangement à un rêve érotique masculin. J’en ai fait des tonnes de même quand j’étais jeune; mais c’était la tour Eiffel au lieu de celle du CN.

Quel gars n’a jamais fait de tels rêves? Il est difficile pour les avocates mêlées à mon dossier de le savoir puisque ce sont toutes des femmes.

Les femmes fanatiquement féministes se tiennent tellement entre elles que le sexe mâle est devenu à leurs yeux la pire des infamies. Elles fomentent la guerre homme femme autour de la sexualité, car dans l’histoire, elles ont toujours employé le sexe pour établir leur pouvoir. Je suis d’accord avec les féministes, l’égalité homme femme, mais totalement en désaccord avec les féminounes, c’est-à-dire les femmes qui ont oublié que le sexe fait partie de la vie.

L’accusation de Richard, soit de lui avoir mis une main sur le pénis, dans un autobus, en revenant de chez mon fils, à Hamilton, m’apparaît absolument farfelue, car autant que je me rappelle, je n’ai jamais rendu visite à mon fils aîné en compagnie de qui que ce soit, sauf une fois, avec une amie et son fils. J’étais toujours seul à toutes les fois que je suis allé en visite à Hamilton.

J’en parle à mon fils qui confirme que je n’ai jamais été accompagné par qui que ce soit quand je lui ai rendu visite.

Je répète l’expérience avec son épouse : même chose. Ainsi, j’ai raison. Comment le prouver maintenant? Mes cousins auront droit à un voyage payé et une allocation pour venir témoigner contre moi; en sera-t-il ainsi si je veux des témoins?

Le doute est si fort que je demande de visualiser les interrogatoires de Yann et Richard. C’est le seul moyen que j’ai pour avoir la preuve que ce sont bien leurs paroles.   Je croyais fermement que tout était inventé par les policiers.

 En essayant de comprendre quand cela serait arrivé, j’apprends que Yann a 14-15 ans, à cette époque, car il est né en 1980. Il est évident qu’à cette époque (1994) on n’a jamais vérifié la date au mois près, à savoir s’il avait l’âge de consentement. Donc, pour moi, il devient clair que si c’est arrivé, c’était légal puisque Yann avait 14 ans, l’âge légal du consentement au Québec en 1994.

Le gouvernement de Harper n’avait pas encore modifié la Charte des droits de la personne en 1994, passant l’âge de consentement de 14 à 16 ans.

Donc même si c’était vrai que j’aurais masturbé Yann, dans ma tête, c’était légal, puisque je croyais qu’il y avait consentement. 

Pour qu’il y ait crime, il faut qu’il y ait l’intention de créer un crime. Même si Yann disait vrai, je n’avais pas l’intention de commettre un crime. 

C’est étonnant que le gouvernement Trudeau n’ait pas encore modifié le Code criminel pour le ramener à la réalité scientifique plutôt qu’aux interdits religieux. Il semble évident que les institutions se protègent entre elles, ce qui leur fournit une certaine forme d’invincibilité.

Si Yann avait subi quelque chose qu’il ne voulait pas, il l’aurait sûrement manifesté d’une façon ou d’une autre. Et, ce n’est pas mon habitude de forcer qui que ce soit. 

Depuis que j’enseigne, que j’ai eu deux fils, le consentement est devenu de plus en plus, le cœur de mes préoccupations.

C’est, à mon avis, le principal élément de mon développement sur ma façon de voir la sexualité : l’absolue nécessité de consentement.

Je relis les autres déclarations pour essayer de découvrir un élément qui pourrait me permettre de me rappeler ce qui est arrivé.

La mère de Yann déclare :

Jean était un homosexuel. Il était enseignant. Jean a amené Yann avec lui pendant quelques jours. L’année suivante, il a amené chez lui mes quatre enfants. Non. Je ne savais rien. Mes garçons ne se sont jamais confiés concernant des agressions sexuelles. Yann et Richard sont très renfermés. Depuis leur enfance, il est très difficile d’avoir une conversation ou des confidences de leur part. Elle parle d’une lettre que j’aurais envoyée, affirmant que Yann est homosexuel, avant d’affirmer que c’était plutôt Ross qui l’avait écrite.

Quant au père, il dit :

Yann n’a jamais parlé de ce qui s’est passé durant la semaine chez Jean. Je n’ai rien su de leur part. Ce que j’ai entendu remonte à quelques semaines lorsque vous avez rencontré ma femme.

Est-il normal que les policiers interrogent des parents sur ce qu’ils savent d’un événement , après 20 ans. Où est le respect de la vie privée?

Quant à Richard, il dit qu’il n’y a eu aucun autre événement (que celui de l’autobus). Quant aux conséquences, il répond : Je ne sais pas. Pas sûr. Tu ne te sens pas bien. Son fils est mort. Il m’agresse après. 

Donc, c’est en 1994, car, Rouhed s’est suicidé au début de juin 1994.

Yann a aussi dit dans sa déclaration que je suis triste et, que je pleure. Il ajoute qu’il venait aux funérailles de Rouhed.  Quand le policier lui demande ce que je fais comme travail, Yann répond professeur et le policier ajoute écrivain.    

Est-ce un moyen pour amener la cour à parler de mes écrits? Paranoïa?

La police prétend qu’elle n’a pas été voir Yann à partir de la déclaration de Ross, alors pourquoi?[5]  La police de Roberval avait-elle une photo de moi et une photo de Ross à identifier quand elle a rencontré Richard? Était-ce la même chose avec Yann?

Au début de la déposition de Yann, le policier dit : Tu vas être guéri. Tu te sentiras beaucoup mieux. Tu auras franchi une marche d’escalier de plus pour t’en sortir. »

Pourtant, à la fin de sa déposition, Yann ajoute :

« Je ne m’étais jamais pris pour une victime ». Donc, la police lui a appris qu’il était une victime?

Lors de l’interrogatoire policier, je ne me rappelais même pas pourquoi mes cousins étaient venus chez moi. Une chose était certaine, ce ne pouvait pas être moi qui sois arrivé chez eux, au Lac St-Jean, pour amener Yann avec moi, comme ça, par hasard, comme le pensait son père, Michel.

Il doit être, comme moi, incapable de se rappeler exactement comment les choses se sont passées. Qui peut, 20 ans après, se rappeler ce qui s’est passé en telle ou telle année. Mais, ça permet de faire croire que la loi a les doigts longs, surtout quand l’accusé a les poches pleines. Les recours collectifs permettent de donner une certaine crédibilité par le nombre; mais on a déjà vu qu’ils peuvent aussi organiser un vol collectif, grâce au chantage.

Je ne connaissais pas l’existence de ces cousins, avant la mort de Rouhed. Je n’étais pas allé au Lac St-Jean depuis mon engagement comme professeur à Val-d’Or. Justement, l’année où Fernande, sa grand-mère, est décédée.

La petite vidéo que j’ai retrouvée me montre discutant avec la mère de Yann. Il y a aussi, à ma surprise, mon ami Marc Lachance, qui s’est suicidé après avoir été accusé de pédérastie ainsi qu’une dame et deux enfants que je ne reconnais pas. Il y a aussi le fils de Ross. C’est évident que cette visite a un rapport avec le suicide de mon fils Rouhed. Tout commence avec une photo de lui à sa graduation.

Se pourrait-il qu’ils (la famille de Yann) soient allés voir ma mère à Barnston et qu’en apprenant la mort de Rouhed, ils aient décidé de me rendre visite à Montréal? Michel me connaissait bien? J’avais toujours eu d’excellentes relations avec la famille du père de Yann.

Yann dit dans sa déclaration que je l’ai masturbé, ça peut être vrai, mais ce qu’il  raconte aux policiers est impossible, donc, ça semble faux. Ce n’est pas seulement moi pour qui la mémoire est une faculté qui oublie ou se mélange parfois.

Les autres documents remis par la couronne parlent de Ross, dénoncé par sa sœur en 2001, son testament, ainsi que l’interrogatoire d’un gars que je ne connais pas. Je ne comprends pas encore pourquoi on me les a remis.

Puis, on insiste sur le procès que j’ai subi à Val-d’Or, en 1996, soit l’année, suivant les visites de mes cousins à Montréal.

Ce vieux procès permet de faire des liens avec les événements et ainsi tenter de démontrer que j’ai ce qu’ils appellent un modus operandi.

Je suis vraiment écœuré que l’on essaie de revenir sur ce procès (1996) qui s’est soldé par une condamnation à neuf mois de prison, grâce aux mensonges autant du fils, Mathieu, que du père, Jocelyn. Je n’ai pas témoigné à ce procès parce que mon avocat m’avait dit de ne pas le faire. Je lui avais dit que j’étais pédéraste, ce qui me rendait incapable de dire la vérité… Ainsi, ils n’ont jamais été contredits et ils ont menti tant qu’ils ont voulu.

Dans la preuve, on relate mon procès ainsi que la décision de la Cour d’appel qui maintient le jugement disant que l’on n’avait pas à juger de la crédibilité des témoins, car tout était conforme aux normes établies, lors de procès pour jeunes. Le juge de première instance est, dit-on,  mieux placé pour juger de la crédibilité des témoins.

J’ai fait complètement neuf mois, car à l’audition pour la remise en liberté, j’ai dit que je ne pouvais pas avoir de remords pour des choses qu’on m’accusait d’avoir faites et que je n’avais pas faites[6]. J’ai ajouté en sortant que ce procès avait des buts politiques.

En effet, je venais de démissionner comme président de la Société nationale des Québécois. Le référendum était perdu. On disait que le FLQ voulait revivre. J’ai écrit une lettre ouverte pour affirmer que le FLQ n’a plus sa raison d’être et que de le ressusciter était la pire chose à faire contre l’indépendance du Québec. Le mot s’était passé voulant que dorénavant le FLQ fût organisé par la GRC. On disait même que les deux agents de la GRC qui avaient tué Mario Bachand, en France, étaient toujours vivants et domiciliés au Québec.

Je ne sais pas si le juge aurait maintenu le même verdict, s’il avait su que mon premier avocat dans ce dossier, m’avait dit : c’est 10,000 $ ou la prison. La Caisse populaire de Val-d’Or m’a permis d’avoir 3,500 $ sous prétexte que l’on ne pouvait pas me remettre les 10,000 $ que j’avais déjà versés en argent comptant pour des REER. Pas d’argent, la prison. J’ai dû alors changer d’avocat pour permettre à mon premier avocat d’aller en cure de désintoxication.

Qu’est-ce que le juge aurait dit s’il avait su que Jocelyn, le père de Mathieu, avait envoyé une plainte à la déontologie policière pour l’enlèvement de ses enfants, à la fin de juin, sous prétexte que la maison était trop sale? 

Jocelyn m’a aussi avoué qu’il a signé plus tard la plainte contre moi parce qu’on le menaçait de lui enlever Mathieu. Il avait de facto retiré sa plainte à la déontologie.

Le juge aurait-il cru la vingtaine de mes étudiants qui voulaient venir témoigner en ma faveur? Ils auraient pu lui dire que je ne pouvais pas bouger le bras droit. J’avais plus de 90 % d’incapacité à bouger le bras droit après un accident survenu fin d’août en 1995. Comment aurais-je pu alors mettre de force la main dans le pantalon de Mathieu, sans me faire mal, comme l’a d’ailleurs demandé le juge qui reprochait à mon avocat (le second) de ne pas me défendre, comme il se doit.  Il lui a demandé pourquoi il n’avait pas cité de témoins quant à ma blessure au bras.

Qu’aurait-il dit, s’il avait entendu mon second avocat me dire après le procès que je pouvais porter plainte pour sa démarche, parce qu’il ne m’avait pas défendu comme il aurait dû le faire.

Qu’aurait-il répondu à mon ami ex-policier quand il m’a dit qu’un procès est une arnaque quand il existe beaucoup de je ne sais pas, je ne me rappelle pas, ce qui fut exactement le cas dans mon procès en 1996.

Mon deuxième avocat voulait bien plus savoir s’il était vrai que j’avais jadis dit à Pierre Laporte « qu’un jour on serait plus fier d’être pédéraste que d’être fédéraste ». Mon pauvre avocat ne savait pas que nous nous connaissions et que tout avait commencé par les paroles de Laporte : « Tiens, mon petit pédéraste favori », d’où je lui avais sorti la réplique que mon avocat citait.

Ce deuxième avocat était tellement plat que j’ai manqué m’endormir à mon propre procès. Pour lui, j’étais pédéraste, ça prouvait que Mathieu disait la vérité.

Quant à mon ami Jean Ferguson, qui était aussi l’ami de Jocelyn, il m’affirma la veille de la prononciation de ma sentence que la vraie raison de ce « coup monté » était le 10,000 $. Il n’a jamais voulu reparler à   Jocelyn. Il me trouvait pas mal niais de lui pardonner aussi facilement, mais je n’ai jamais pu haïr quelqu’un.


[1] On accepte les emplois quand on a deux enfants.

[2] – Il ne fut jamais quest6ion dans la preuve écrite d’incitation à me toucher. Bizarre, qu’en juin 2018, on ait ajouté cet élément. Ce mensonge me confirme que globalement Yann ment comme son frère.

[3] Il est à noter qu’en 2001, les policiers infiltrent alors ce qu’ils appelleront Le club des pédophiles et que je sors de prison.  M. Stéphane Dion vient de présenter sa loi sur la clarté.

[4] –  Bizarre! Les accusations changent non seulement selon les papiers, mais à travers le temps. Il n’est jamais question d’inciter à me toucher, dans la preuve, mais à mon apparition en cour le 6 juin 2018,  cette nouvelle accusation apparaît. C’est ce que m’apprend ma troisième avocate.

[5] – La version a changé puisque mon avocate m’a dit plus tard que la police avoue maintenant que la visite au lac St-Jean est une suite logique de la déclaration de Ross qui leur airait raconté que j’ai touché à Yann, et non,  que j’étais apparu dans le décor lors de la déposition de Yann.

[6] -Je raconte ce qui s’est réellement passé dans un livre précédent. Spirale intraprojective… L’indépendance et la mondialisation : un peuple, un pays, essai, Les Éditions du Temps, 298 pages, Montréal. ISBN : 2-9807943-1-7

De la pudeur à la paranoïa (20).

avril 18, 2020

Lire de 1 à 10+

Je demande à l’aide juridique de Sherbrooke si je peux transférer mon dossier à Sherbrooke. « Si tu plaides coupable ». Je refuse complètement. 

J’ai peut-être des doutes parce que j’ai toujours adoré le sexe, mais je ne me rappelle pas avoir vécu les accusations portées contre moi. Je suis peut-être masochiste, mais pas au point de chercher à faire de la prison pour attirer l’attention.

Je travaille alors à la publication d’un deuxième livre à être publié à Paris. 

Le jeune espion est déjà complété et j’ai signé avec la maison parisienne Edilivre, pour la publication en trois tomes de Les derniers amours de Platon. Tout devait être fait par internet.

J’ai beau me battre pour avoir accès par internet avec mon éditeur, rien à faire. « Tu n’as qu’à te servir de clés USB » ce que je fais, mais cela rend la correspondance interminable et affreuse. 

J’étais furieux, car on permet parfois à un alcoolique, qui met la vie des autres en danger, de chauffer son auto pour aller travailler, après avoir été arrêté pour ivresse au volant. Et, pour moi, mon outil de travail est l’internet. Pire, je suis comme tous ceux de mon âge, je ne connais presque rien quant à son fonctionnement. Quand c’est trop difficile, j’engage des spécialistes. Je suis assez ignorant quant à cet outil de communication pour ne pas être un danger public.

Priver quelqu’un d’internet contrevient à l’égalité des chances garantie par la Charte des droits.

Priver un individu d’internet aujourd’hui est absolument en contradiction avec un droit fondamental de la Charte des droits pour ne pas dire le plus important : Le droit à l’égalité pour tous les individus. Comment vivre sans internet aujourd’hui?

Même l’information, presque tout ce que tu veux acheter ou louer, se retrouve souvent seulement sur internet. C’est entre autres le cas de la Presse. Tu dois négocier souvent seulement par internet, et ce  même avec le gouvernement. C’est le cas pour enregistrer mes livres et ma maison d’édition.

La peur du sexe ne justifie pas que l’on prive quelqu’un d’un outil dont la privation fait que tu es un mongol, comparé aux autres, sous prétexte qu’il peut éventuellement y avoir de la pornographie juvénile. 

La peur que des adultes regardent de jeunes nus repose sur le fait que cela puisse nuire aux jeunes acteurs de films pornographiques. Est-ce que tous ces jeunes sont forcés à jouer dans les films?

En réalité, si on ne paye pas, ces documents sont déjà sur internet et resteront sur internet que tu les regardes ou pas. Même que ces sites, du moins de ce que j’en connais, font disparaître ceux qui ont l’air trop jeunes. Il n’y a aucun moyen d’entrer en communication avec ceux que l’on voit. Où est le danger ?  En quoi cela présente-t-il un danger pour le jeune nu? Il ne sait même pas que c’est moi ou un autre qui a vu sa photo.

Où est le danger assez grand pour justifier de priver des gens d’un outil de contact social de plus en plus socialement essentiel?

En fait, on se sert d’internet pour,  petit à petit, régir la sexualité, même entre adultes. 

Quand quelqu’un est accusé de pornographie juvénile, qu’est-ce qui nous prouve que l’accusé n’a pas seulement visualisé de la pornographie adulte, de la pornographie légale? Si la police peut feindre d’être un jeune sur internet pour piéger les prédateurs qu’est-ce qui nous prouve qu’elle ne ment pas quand elle prétend que tel ou tel site pornographique est un site de pornographie juvénile?

Même si j’ai porté plainte pour abus de pouvoir, jamais on ne me reparlera de ma demande face à internet.

Je dois me débrouiller pour la publication de mes trois tomes de Les derniers amours de Platon. C’est un roman pour lequel je suis très fier, car même si la pensée correspond vraiment à celle des philosophes que j’ai choisis, que je me sers de ce que l’on pensait à cette époque, tout est purement imaginatif. Plus de 500 pages. Je n’aime pas tellement le premier tome parce qu’il manque d’action, mais il était nécessaire pour inventer le reste du roman.

Le livre a été totalement écrit quotidiennement sur Radioactif. ca, ce qui m’a permis souvent d’être le plus lu au quotidien. À la fin, j’avais 1, 972,000 visites, vers 2009. Si Radioactif m’avait payé,   ne serait-ce qu’un sou par visite, comme il le disait au début,  avant de m’éliminer, je serais riche aujourd’hui. Radioactif a été vendu à un groupe de Toronto qui a éliminé les blogues (carnets) du jour au lendemain, sans un avertissement.

L’aide juridique à Magog a refusé de servir d’intermédiaire avec ma maison d’édition, même si c’est un droit que la cour m’accordait.

Heureusement, une dame de la maison d’édition m’a permis d’arriver à publier quand même les trois tomes. Quelle fierté ! 

Je suis passé du gars qui échouait toutes ses dictées de français à l’école, au champion des fautes dans les textes comme journaliste à la Tribune de Sherbrooke (il fallait deux correcteurs pour passer à travers mes textes quand j’étais à Lac-Mégantic) à celui qui publie des milliers de textes sans beaucoup de fautes.

Un ami m’avertit que ma page web a disparu. C’est une dizaine d’années de travail et le seul moyen que j’ai pour éventuellement vendre mes livres. Il ne me restait plus qu’à publiciser cette page. Mes livres publiés à Edilivre doivent l’être aussi sur Amazone, car j’ai payé pour. Aucune libraire n’accepte mes livres en consignation.   Qui peut lire mes livres si on ne les retrouve pas sur le marché public?

Ainsi, on commençait à essayer de me faire disparaître comme on l’a fait avec Jutra.

Un type m’appelle de Paris et me dit qu’il a de la difficulté à acheter mes livres chez Edilivre. Quelques années plus tôt, j’ai été rayé d’un groupe de poètes européens, à la suite du passage au Salon du livre de Paris d’un écrivain québécois qui travaille à Radio-Canada. Est-ce la même chose? Radio-Canada joue-t-il vraiment encore au justicier, en organisant des chasses aux sorcières contre les pédophiles, comme à l’époque de Michaël Jean?

Je ne publie pas en France parce qu’on est plus libre, au contraire, je pense que la France d’aujourd’hui ressemble de plus en plus au Québec quant à la censure; mais Edilivre est la seule maison d’édition qui a accepté de publier mes romans récents. Cela ne me coûte rien, mais pour que la marchandise soit acceptable, il faut payer pour la mise en page, s’il y a trop de fautes, et/ou le marketing.

Je sais que certains se sont mis à blâmer Edilivre de manquer de  rigueur et de poigne éditoriale quant à la censure de ses textes. Bizarrement, c’est arrivé en même temps que je publiais.

Au Québec, on ne voulait pas me publier. On disait que c’était un imprimeur qui fait la loi et l’ordre quant à ce qui s’écrit en France et au Québec. Le mot Simoneau était automatiquement cause de rejet. Pourtant, je n’ai jamais écrit quoi que ce soit d’illégal et j’ai même plus de pudeur que bien des auteurs populaires. Ce qui choque, c’est que j’ai l’honnêteté de dire que je suis pédéraste.

Mon éditeur montréalais me dit  que certains autres écrivains refusent toute proximité avec mon nom. Ils étaient bien contents quand je corrigeais leurs textes. On refuse de publier un texte écologique,  strictement imaginaire, tiré de  Les derniers amours de Platon, dans une autre boîte.

Finalement, mon texte L’art de créer un monstre est publié dans L’animal en moi, sous le nom de Pierre Patrice. Bizarrement, je n’ai jamais refusé de modifier des textes pour les rendre accessibles à tous. Je ne vois pas ça comme de la censure, mais avoir plus de raffinement pour dire la même chose.

La liberté d’expression n’existe pratiquement pas au Québec, ni en France.  

Je me rappelle que l’on vérifiait tous les livres donnés dans le cadre « de la lecture en cadeau » pour s’assurer qu’il n’y avait pas de passages sexuels. Le sexe, ça ne passe pas; mais la violence, elle, pas de problème. On peut tuer, mais pourvu que ce soit dans la chasteté. Belle morale!

J’ai changé trois fois d’avocates. Sous prétexte que mon procès sera trop long, au moins trois jours, on transfère mon cas à la pratique privée, mais toujours à partir de l’aide juridique. Si je ne me trompe pas, en principe, je devais pouvoir demander, selon la règle Jordan, d’arrêter les procédures le 10 janvier 2018, mais mon avocate fixa une enquête préliminaire quand j’ai commencé à songer à la loi Jordan. Il est connu qu’aucun avocat ne veut défendre les pédérastes et les pédophiles, d’autant plus que les avocats sont de plus en plus de sexe féminin. 

On m’accuse de complot avec Ross et on m’inclut dans le groupe des pédophiles à cause de mes liens avec André Faivre. 

J’envoie un texte aux journaux affirmant que je n’ai pas été en communication avec André depuis au moins deux ans, alors, comment prétendre que je fais partie d’un groupe de pédophiles à Montréal dont il serait la tête dirigeante? 

Pour moi, Ross et André sont des gars formidables. Ross a eu une enfance très difficile. Il a été battu par son père parce qu’il est gai. Ross travaille tout le temps pour ne pas avoir de trouble. Il considère que le Québec est un pays répressif et rêve d’aller vivre en Asie, grâce à ses compositions musicales. Dans son cas, comme dans celui d’André Faivre, je suis convaincu qu’ils ne forceraient jamais un jeune à avoir des relations sexuelles. Ils les aiment trop pour ça.

André a un site où il traite des minorités sexuelles parce que c’est affreux de se découvrir différent et de ne jamais avoir de réponse à ses questions.  Il faut du courage pour maintenir un site où l’on n’a pas peur de répondre aux questions. Qu’on le veuille ou pas, plusieurs pédophiles ou pédérastes souffrent d’être ainsi. Ils ne comprennent pas tous pourquoi ça leur arrive. La fierté émotive de soi est un élément essentiel à tous les êtres humains pour une vie mentale équilibrée. Dénigrer les autres pour leur orientation sexuelle, c’est de la mesquinerie.

La société voudrait absolument ostraciser tous les pédophiles; mais en agissant ainsi ils mettent davantage les jeunes en péril. Que nos chastes âmes pensent ce qu’elles voudront, mais mépriser un individu ainsi, c’est le pousser vers le crime. C’est un point de vue que l’on retrouve même dans le livre La révolution des droits, de M. Michael Ignatieff, ancien chef du parti libéral du Canada. Notre système judiciaire semble très fort sur l’abus de pouvoir.  La loi, c’est la loi; mais quand ça fait leur affaire, surtout quand il est question de politique ou de sexe.

C’est ce que devraient comprendre tous les psys de ce monde : la chose la plus importante dans la vie de tous les individus est de savoir s’accepter, tout en voulant s’améliorer.

La plupart des pédérastes n’utilisent ni la violence, ni la domination pour avoir des relations sexuelles avec une personne dont ils sont amoureux. On ne devient pas gai en ayant une expérience sexuelle, mais plusieurs apprennent leur orientation sexuelle vers 12 ans et cherchent à la vivre. 

La morale conventionnelle est responsable de plusieurs suicides chez les garçons parce qu’on leur a appris à détester les gais et qu’ils découvrent qu’ils le sont. Je suis convaincu que si je n’avais pas baigné dans une atmosphère où l’on nous faisait craindre les adultes, je serais passé plus vite du statut de pédéraste à homosexuel[1].

L’empathie n’est pas la valeur la plus développée au Québec. 

Nos spécialistes ne connaissent que ce qui a été écrit négativement contre les relations sexuelles avec les jeunes. Par contre, c’est vrai qu’il y a un grave problème quand le consentement n’est pas là. Pas parce que la sexualité est en soi mal ou perverse; mais parce qu’il y a un manque de respect. Faire quelque chose que l’autre ne veut pas.

Je suis persuadé que je ferai de nombreuses années de prison parce que je n’ai pas changé d’idée et que j’écris encore sur le sujet. Comment faire autrement ?  On invente des dangers qui n’existeront jamais et qui infantilisent les jeunes.

La présidente des sexologues a fait parvenir mon texte intitulé Bilan deux à la police. C’est un texte que j’ai fait parvenir à une trentaine de personnes concernées par le sujet de la prostitution, affirmant que la légalisation de la prostitution par la Cour suprême ne pourra jamais se réaliser tant qu’on verra la sexualité comme une perversion puisque tous les humains sont sexués. Nos sexologues devraient suivre quelques cours d’histoire en dehors du féminisme…

On est de plus en plus scrupuleux au Québec. On singe le groupe ultra féministe de gauche de la Suède alors que cette expérience a tout simplement détruit la liberté des Suédois (es) face à la sexualité. (La Suède, Le sexe autour du monde, à tv5)

On semble avoir oublié la révolution sexuelle des années 1970. Il y a encore peu d’années, un jeune pouvait tuer un homme et être innocenté dès qu’il disait qu’on avait essayé de le toucher. La chasteté était plus importante que la vie, à leur avis. Un peu malade, mais très religieux, non?

La haine des pédophiles est maladive et sans restriction. Même la Commission des droits refusent de défendre les pédérastes que l’on confond avec les pédophiles (voir Dieu et le sexe[2]).

Cette haine est proportionnelle avec la peur que l’on nourrit autour des mots « pédophile et sexe ». Heureusement, il est encore illégal pour un parent de se faire lui-même vengeance, mais on voudrait bien avoir la liste des prédateurs sexuels pour leur rendre la vie intenable.

Il est évident que le Québec est toujours prisonnier des enseignements religieux concernant la sexualité. La très grande majorité des gens ne connaissent même pas Freud, le Dr Kinsley et les philosophes de la Grèce antique.

Ayant peur d’être emprisonné très longtemps, je décide de faire du ménage dans mes affaires pour que Jacques ne soit pas pris avec mes paperasses, mais je n’arrive pas à jeter ce qui sert à expliquer mes livres. Je me prends encore pour un grand écrivain… qui ne vend aucun livre. Ça devrait m’allumer une lumière… mais je souffre du complexe du sauveur.

 Je redécouvre alors deux petits vidéos intitulés Visite du lac à la mort de Rouhed et Maéli à neuf mois. C’est la fille de Rouhed et Sarah, née après la mort de Rouhed.

Je suis content de revoir la face de mes cousins. Je laisse le CD à mon avocate, mais elle ne peut pas l’écouter, datant d’une autre époque. Je réussis à en avoir une copie plus moderne à Magog.  À ma grande surprise, la scène où tous mettent leurs affaires dans une auto pour probablement partir au lac n’y est pas. Marc est le grand absent. Je ne comprends pas, mais c’est ça. On voit souvent Richard s’amuser avec Ross. Rien d’anormal.

En voyant le deuxième petit film, je me rends compte que l’appartement, après la mort de Rouhed  est, occupé par mon ami Pierre, un ancien policier. Il était donc impossible que je fusse seul avec Yann en 1994 à l’heure du coucher, comme me l’avait dit mon avocate. D’autre part, il pouvait aussi y avoir des visiteurs dans la cuisine ou dans le salon quand il est allé se coucher. On ne peut pas voir qui monte dans l’escalier à partir du petit lit qui longe le mur de la chambre qu’il occupait et qui donne sur l’escalier. On ne peut pas voir qui circule pour aller à la toilette ou dans les deux autres chambres.       

Ne dit-on pas que l’on ne peut pas être reconnu coupable s’il y a un doute raisonnable?

Mais, à cause de 1996, je ne crois plus ce que l’on dit quant à nos droits. Si mon procès à Val-d’Or n’a pas pu semer de doutes raisonnables, je ne vois vraiment pas ce qui pourrait le faire. Il suffit de dire que tu es pédéraste pour être automatiquement coupable. Pourtant, la vie de pédéraste est, pour la plupart, qu’un rêve qui ne se concrétise pratiquement jamais, une frustration sans fin.

Pierre était-il là quand mes cousins sont venus? Avant sa mort, Pierre m’a dit regretter de ne pas avoir répondu aux policiers de Val-d’Or quand ils étaient venus l’interroger lors de mon procès en 1996, car, s’il l’avait fait, je n’aurais jamais fait de prison. Il ne voulait pas collaborer parce qu’il était frustré de la manière qu’on l’avait traité dans la police.

C’est la deuxième fois que ce même témoin important ne parlera jamais, car il est décédé d’un cancer. 

C’est ce qui arrive quand on retourne des décennies en arrière et c’est ce qui fait que tu ne pourras jamais jouir d’une vraie défense. 

Les juges croiront de plus en plus, à cause de la situation sociale, les gens qui se prétendent des victimes. Les gouvernements ont voté des millions pour préparer les victimes.

On peut, pensais-je, même décidé de me déclarer délinquant à contrôler à cause de la récidive et  du dossier produit pour déterminer ma sentence en 1996, écrit par Mme Marie-Lyse Julien criminologue, agente de probation, le 14 avril 1998,

Elle se sert même de l’Homo-vicièr [3]pour dire que je n’écris que des cochonneries. C’est une livre d’humour fou.

Pour ce qui est de son évaluation me concernant, elle dit :

Toute la problématique de ce dossier concerne l’orientation sexuelle du sujet. À notre avis, M. Jean Simoneau présente les caractéristiques d’un pédophile. Selon la typologie établie par Hubert Van Gijseghen[4], les abuseurs possédant le profil de la classe des narcissiques commettent des agressions de nature idéologique, la sexualisation des liens avec les enfants étant fortement rationalisée à partir de théories, de missions, ou éventuellement même à partir d’un système délirant entier, comportant des sophismes d’ordre religieux, éducatif, social, voire cosmique. C’est la situation que nous constatons dans le présent dossier. Une telle personnalité véhicule des idées grandioses, elle a une très haute estime d’elle-même, elle se sent facilement persécutée, elle se sent fréquemment victime d’injustices, ses mécanismes de défense sont très acérés; enfin, elle entretient une forme de pensée magique; par exemple, dans le cas du contrevenant, il tente de changer les valeurs de la société par ses écrits tant il est persuadé de son bon droit. À son avis, ses troubles et ses déficiences viennent du monde extérieur et n’ont rien à avoir avec ses propres gestes et ses propres attitudes.

On ne perçoit chez le justiciable aucune angoisse et aucune culpabilité. Selon ses propres écrits, notamment dans son livre l’Homo-vicièr (particulièrement scatologique dans sa première partie), et selon un mémoire rédigé pour la Commission sur la vie privée[5], il profite des telles occasions pour glorifier la pédérastie, vanter les mérites multiples (à son avis) des relations avec les enfants, démolir les relations sexuelles dites normales (homme femme). Entre autres, à titre d’entrée en matière, il déclare « Jamais rien, ni personne,  ne m’empêchera d’aimer les garçons de mon choix, qu’ils aient 10 ou 15 ans, qu’ils soient blonds ou noirs, que ce soit permis ou non.[6] »  On constate que par ces écrits qu’il vit son orientation sexuelle comme une philosophie, il la brandit tel un étendard.

Dans un tel contexte, en tenant compte de la durée de la problématique (rappelons qu’il devait répondre à vingt ans devant un Tribunal d’un tel acte), considérant l’amplitude de la problématique, considérant l’absence de regret, de tout remords ou de toute remise en question, nous ne pouvons souscrire ou recommander qu’il soit intégré dans une thérapie, toute reconnaissance de la problématique étant totalement absente. Au contraire, M. Simoneau s’enorgueillit de cette préférence sexuelle et en chante les louanges publiquement, le tout à l’encontre même des valeurs et normes de la société qui l’entoure. Il ne répond donc pas aux critères minimaux des organismes spécialisés pour venir en aide aux abuseurs sexuels. En conséquence les risques de récidive sont ici importants.

Ce doit être pour ça que je n’ai pas été seul en contact avec un jeune de moins de 16 ans depuis au moins 20 ans.

L’homo-vicièr est l’histoire d’un gars qui a perdu sa liberté. Il retourne dans son passé pour se retrouver. Il est une pierre, le jacalac, qui devient ver de terre, qui devient homo-faber, puis Platon, puis Descartes. Il pousse sa recherche plus loin et devient le secrétaire de Dieu alors que Satan voudrait bien l’avoir. Il est homosexuel et rencontre Esther qui lui offre de devenir le roi de la planète. Elle organise des rencontres et donne de la drogue de la vérité. Alors Marie devient Marie-Madeleine, Jésus veut être dé crucifié. Apparaît un garçon, le Deus-vicièr de qui il tombe follement amoureux, d’où la présentation sous mon nom, au lieu de celui d’Homo-vicièr. Le tout se termine avec All you need is love. C’est la première partie. Ce texte a été retenu lors d’un concours en France, mais n’a pas été publié là-bas. Une partie du jury disait que j’étais un simple névrosé alors que la majorité croyait que j’étais plutôt un génie.

Dans ce même rapport, elle ajoute p. 5 : 

         Enfin, selon nos sources habituelles d’information, l’accusé n’a          pas d’antécédent judiciaire et il ne compte aucune cause en        suspens outre le présent dossier.

C’est la seule chose dite en ma faveur.

 J’ai préparé des chèques pour deux ans afin que Jacques puisse compter sur la location de ma chambre, même si j’allais en prison. J’ai finalement rejeté l’idée, de tout mettre ce que j’ai à la poubelle, afin que Jacques ne soit pas pris avec.

Tout à coup, un journaliste de TVA se présente chez nous. Je lui interdis de filmer pour ne pas créer de problème à Jacques;  mais, j’accepte de donner une entrevue dans un parc.

Le lendemain, c’est partout sur TVA. Ma nièce me téléphone pour me dire de me taire, car tout le monde veut me tuer sur le web. Je refuse une entrevue avec Denis Lévesque parce que je suis encore trop abasourdi. « Je ferai de la prison, c’est tout ».

Évidemment, dès que j’ai été accusé d’être pédophile, ce que je ne suis pas puisque j’ai été pédéraste, gai et Queer[7], selon leur définition actuelle, plus personne ne voulait être vu en ma compagnie.

D’autant plus que le Reflet du Lac à Magog a titré en gros : Arrestation d’un présumé pédophile à Magog (opération Malaise)… Jean Simoneau a été arrêté…

Cette fois, même les représentants du Parti Québécois et du Bloc québécois me demandent de démissionner comme membre.

 Jacques perd son seul ami et n’ira plus jouer au bingo. L’important, c’est ce que les autres pensent. Tant qu’on aura des gens de ce genre, le Québec sera une colonie.

Dès que je parle de pédérastie, je perds le reste des gens qui normalement m’aiment bien. Heureusement, même si on ne partage pas mon point de vue, loin de là, ma famille ne me met pas de côté.

Une amie m’a déjà même accusé d’avoir été le malheur de ma famille à cause de la honte que je provoque. « Ta pauvre maman!  As-tu déjà pensé, à ce que tu forces les autres membres de ta famille, à endurer? » 

J’ai voulu aider la société par mes écrits et tout ce que j’ai récolté c’est d’être haï par tout le monde parce que je ne dis pas ce que l’on voudrait entendre et parce que j’utilise le mot « pédéraste » sans faire une syncope pour bien paraître aux yeux des ignorants.

Ces accusations ont un drôle d’effet. Je ne peux pas me suicider parce que ça risque de traumatiser Jacques qui me retrouverait. Par ailleurs, je suis vraiment écœuré de la vie, même si je ne ressens aucune honte d’être pédéraste. Je suis né de même et je n’y peux rien. Si j’avais à changer une chose dans ma vie : j’éliminerais la boisson et le pot.

Un peu plus tard, l’émission « Découverte du 21-10-2018) », dans un reportage sur la possibilité de soigner la pédophilie prouve que j’ai raison quand je dis que la pédérastie est une orientation sexuelle. Le cerveau du pédophile est différent de ceux qui ne le sont pas.

Si tu nais avec un tel cerveau, tu ne peux pas le changer. Par contre, on continue d’exiger du pédophile qu’il n’y ait jamais de passage à l’acte. Ces recherches me font penser à celles du régime nazi ou aux cliniques en Europe pour soigner les homosexuels.

Le meilleur moyen pour un pédéraste de ne pas passer à l’acte, c’est de regarder de la pornographie, tout en se masturbant très souvent. Ainsi, pour quelques jours, les tentations seront beaucoup moins grandes.

Quand j’étais petit, je croyais tout ce qu’on racontait quant au péché de la chair; mais avec le temps, mes lectures et mes réflexions m’amènent à croire que la morale religieuse est une forme de névrose.

Puisque les religions nous trimbalent en dehors de la réalité (la résurrection, le jugement particulier après la mort),  je pense de plus en plus que Freud a raison quand il dit que la religion est une forme de schizophrénie. Une manière d’échapper à la réalité par une manipulation et un lavage de cerveau Tout le monde est coupable parce que tout le monde est sexué et  personne n’a échappé, à un moment ou un autre, à la réalité de vouloir jouir.

Une fois mes livres terminés et publiés à Paris, je me lance dans la lecture de livres écrits par les autres. Je lis. Je lis et je lis.

Sans internet, je suis prisonnier chez moi. J’en ai absolument besoin pour les recherches de base sur un futur roman, même si le sujet n’est pas encore choisi. J’écris, même si je ne vends aucun livre. Je les donne. Jacques est atterré de constater que  durant les cinq années que l’on a vécu ensemble, je n’ai jamais vendu un livre.

Écrire, c’est ma vie, la seule façon que j’ai de pouvoir aider la société dans laquelle je vis, en partageant mes connaissances. C’est du moins la prétention que j’ai. J’étais journaliste, j’ai perdu l’emploi pour des raisons politiques. J’ai été professeur, j’ai perdu l’emploi grâce aux mensonges d’un père et son fils.  J’ai écrit des livres et on m’a refusé dans des bibliothèques. C’est assez évident que quelqu’un, quelque part, a intérêt à ce que l’on ne m’entende pas. En 1996, je croyais que ce procès était d’abord politique.

Accuser quelqu’un de pédophilie, c’est lui enlever toute crédibilité et influence. Accuser quelqu’un d’être pédophile c’est pire que d’affirmer qu’il a la lèpre, c’est lui mettre symboliquement une balle dans la tête.

En fait, refuser de me laisser visiter internet, c’est à mon avis, un abus de pouvoir. Cela contrevient au fondement même de la Charte des droits.

Chapitre 1.1.10 

Toute personne a droit à la reconnaissance et à l’exercice, en pleine égalité, des droits et libertés de la personne, sans distinction, exclusion ou préférence fondée sur la race, la couleur, le sexe, la grossesse, l’orientation sexuelle, l’état civil, l’âge, sauf dans la mesure prévue par la loi, la religion, les convictions politiques, la langue, l’origine ethnique ou nationale, la condition sociale, le handicap ou l’utilisation d’un moyen de pallier ce handicap.

Il y a discrimination lorsqu’une telle distinction, exclusion ou préférence a pour effet de compromettre ce droit.

Je ne suis pas encore condamné.   On nous fait croire que l’on est innocent, tant que le juge ne statue pas que nous sommes coupables. Et, non seulement je n’ai pas le droit de parler à des gens qui partagent mon opinion sur la pédérastie; mais je ne peux pas effectuer les recherches qui me permettraient de me défendre.

En me privant d’internet, on permet que je ne puisse pas intervenir sur le plan politique et social. Je ne peux plus avoir accès à ma page Facebook. Je crois de plus en plus que cette accusation est un moyen pour me faire taire.

D’ailleurs, deux ans après mon arrestation, j’en conclus que cette accusation est purement politique puisque l’accusation ne vient pas de mes cousins, mais de la police (Pierre, mon ami ex policier, disait que le Québec est un état policier). Avec ce qui se passe entre l’UPAC et le parti libéral, poser la question, c’est y répondre.

Être accusé de pédophilie, surtout dans une petite ville, c’est te forcer à ne plus porter aucun jugement et essayer de disparaître pour éviter les confrontations. Tu ne peux plus travailler, tu ne peux plus être bénévole. Tout ça pour éviter supposément que tu voies de la pornographie sur internet[8].

Même si j’allais voir toutes les photos pornographiques de jeunes que je voudrais, puisque je ne paye pas, ça ne changerait rien dans la réalité du jeune. Ce qu’il faut interdire, c’est la production de pornographie juvénile. C’est la possibilité d’entrer directement en contact avec un jeune, sans son consentement.

Avec des milliards d’individus sur la terre, il est impossible que personne n’aille consulter les sites internet de pornographie juvénile. Je ne sais pas comment on s’y prend. La seule pornographie que je connaisse prétend que tous les plus jeunes ont 18 ans.

Si le système essayait d’empêcher la pornographie juvénile,  les compagnies productrices inséreraient probablement des jeunes dans la pornographie adulte pour réveiller le besoin chez ceux pour qui l’intérêt existe. On créerait des réseaux illégaux qui, eux, n’auraient aucune morale pourvu que ça paye.

Je crois qu’un pédophile est moins dangereux s’il va souvent sur internet et se masturbe tout aussi souvent puisqu’après avoir éjaculé le désir est amoindri et l’incapacité de bander l’est tout autant. Difficile de sodomiser un jeune, si tu as des problèmes à bander. Les autres gestes (masturbation, fellation, caresses) sont de l’ordre du plaisir et ne représentent aucun danger, sauf pour les parents qui voient leurs enfants à travers eux.

Il y a peut-être 10 % de vie génitale dans la vie d’un pédéraste, 90 % étant une histoire d’amour. Qu’on le veuille ou non, les occasions de « jouer aux fesses », comme on disait quand j’étais jeune, sont extrêmement rares. Il faut aussi noter que les pédophiles et pédérastes ensemble représentent moins de 3 % de la population. Les enlèvements et meurtres d’enfants, du moins au Québec, ont été faits par des psychopathes, non par des pédérastes. Dans le cas du psychopathe, il faut joindre la maladie mentale et souvent la privation de sexe en prison, ce qui joue certainement, comme la peur d’être pris.

Évidemment, les féminounes disaient que les rencontres sur un long terme sont un moyen de trouver la confiance de la pauvre victime qui, pourtant, accuse ce supplice avec beaucoup de plaisir. On oublie qu’il peut exister une véritable amitié entre deux êtres quel que soit leur âge. On oublie qu’il y a une différence extrême entre un gars et une fille sur le plan de la perception de la sexualité, tout comme, il y a autant de différences de perception de la vie sexuelle chez un homme hétérosexuel et homosexuel.

C’est ça la vie, que les pudiques se le mettent dans la tête. C’est pourquoi je crois dans vivre et laisser vivre. 

La seule chose qui doit mondialement être éliminée, c’est la violence dans les relations humaines

Faites l’amour pas la guerre. Mais, croire qu’il n’y aura plus complètement de violence un jour, c’est rêver en couleurs.

Le fait d’aller visiter un site, seul à son ordinateur, est un geste qui relève de la vie privée et qui n’a aucune conséquence sur la personne qui est montrée, sauf dans les cas de leurre d’enfants où il se créée un contact direct et dans la transmission d’images, contre son gré et sa conscience, d’une personne à des gens connus et inconnus. 

Un jour, la nudité sera vue comme elle se doit : une œuvre d’art.


[1] – Contrairement à ce que je croyais, on peut changer et devenir homosexuel, selon les expériences de la vie. Cependant, on demeure toujours pédéraste. Les ados demeurent l’attirance fondamentale. La pédérastie est basée sur l’amour de la beauté.

[2]Dieu et le sexe, Jean Simoneau, éditions du Temps. Québec, 2017

[3] – Ce livre a été écrit en 1968 et publié en 1971, à Sherbrooke.

[4] La personnalité de l’abuseur sexuel, Méridien Psychologie, 1988.

[5] -Un mémoire présenté dans une commission parlementaire ne devrait-il pas être protégé par le droit d’expression ? 

[6] –  Ce texte d’entrée en matière devait être signé L’homo-vicièr, un éloge au Deus vicièr; mais l’imprimeur a cru que c’était une erreur. Il a changé la signature : L’homo-vicièr pour Jean Simoneau. Quand on en a pris conscience, plus de la moitié des copies étaient déjà complétées et je n’avais pas d’argent pour recommencer. L’erreur est donc demeurée.

[7] Un Queer a eu des relations sexuelles gaies et hétérosexuelles. La folie de devoir classer quelqu’un.

[8] -J’apprendrai plus tard que l’on a retiré les accusations contre moi à l’effet de faire partie du club social des pédophiles et de pornographie juvénile.

De la pudeur à la paranoïa (19).

avril 17, 2020

Lire dans le sens de 1 à 10+

Opération Malaise

Janvier 2016 

Les policiers de l’opération Malaise arrête un groupe que l’on surnomme « Le club social des pédophiles ». On interroge alors deux de mes amis : Ross Perrin, un compositeur de musique, et André Faivre, un écrivain.  Du groupe, à part Ross, je ne connais qu’André Faivre, que l’on voit comme le chef de la « gang »  et une autre personne que j’ai déjà rencontrée, mais dont je ne me rappelle même pas du nom, étant donné que je n’ai jamais été en relation suivie avec lui.

Ross est interrogé une première fois pendant huit heures. Même s’il sera déclaré inapte à subir un procès, il est apte à subir deux interrogatoires d’environ huit heures dans laquelle il parle de Yann, incitant la police à se mettre à sa recherche. 

Connaissant sa fragilité émotive, je rentre en contact avec Ross. Il m’informe qu’il a été interrogé et qu’à son retour, il a appelé sa sœur pour lui dire qu’il voulait se suicider. La police l’arrête à nouveau pour sa sécurité. Il est vite relâché.

En 2001, sa sœur avait porté plainte à la police parce que Ross se dit pédéraste et  donnait, dans un testament, ses choses à Yann, avant de partir pour l’Asie. La police retrouve Yann au Lac- St-Jean, mais celui-ci refuse de parler avec le policier  de ce qui s’est déjà passé à Montréal, il y a déjà plus de sept ans.

Février 2016. Je reçois un message sur Facebook de Cyclope, l’oncle de Yann et de Richard, qui me dit que Yann veut me parler. Je lui envoie mon numéro de téléphone.

Février 2016 : Yann m’appelle. Il parle fort, il crie même, mais je ne comprends pas ce qu’il dit. Un cellulaire. Beaucoup de friction. Je communique avec son oncle pour lui redonner mon numéro de téléphone et lui dire de retéléphoner parce que je n’ai rien compris de ce qu’il m’a dit.

J’appelle Ross pour lui dire que Yann m’a appelé. 

Suite à la visite de Yann, à Montréal,  en 1994-1995,  je sais que Ross est  en amour avec Yann et qu’il a envoyé une lettre à sa famille pour dire que Yann est gai. C’est une démarche que je n’ai pas appuyée parce que je trouvais que c’est à Yann de le dire à ses parents, si c’était vrai. Informer la famille, sans son consentement, c’était à mon avis : mettre Yann dans le trouble. Alors,  je me suis tenu loin de ces amours, car je ne voulais pas de chicane avec une famille que j’adore. Et, en plus, je travaillais à Val-d’Or et je n’avais pas d’auto.

D’ailleurs,   j’avais décidé, avec Jacques,  celui chez qui je demeure, qu’on irait voir mes cousins au Lac St-Jean, durant l’été 2016.

Ross me demande alors si Yann viendra témoigner à Montréal, advenant un procès. Je suis persuadé que Ross a raconté ses amours à la police, probablement dans le but de revoir Yann ou de leur faire comprendre que la pédérastie n’a rien de si mauvais.

Selon ce que l’on disait du club social des pédophiles, c’étaient des rencontres, genre soupers de filles. On parlait de ce que l’on aimait. Je n’ai jamais, à ma connaissance, entendu quelqu’un donner des trucs pour conquérir le cœur d’un petit gars. J’ai pourtant fréquenté bien des pédophiles. Interdira-t-on aux féministes de tenir un souper de filles pour parler de leurs amours? Autant que je sache, les pédérastes ne se cachent pas entre eux d’être pédérastes; mais aucun pédéraste n’acceptera de partager ses serins (amoureux) avec un autre. Ils sont aussi jaloux que les femmes qui croient mordicus à la fidélité.

Un peu plus tard, je reçois un nouvel appel où l’on me demande si  je suis bien Jean Simoneau. Celui qui appelle ajoute : «  Tu ne me reconnais pas? ». Je demande qui parle et ça raccroche.

J’apprendrai plus tard que cet appel, que j’ai cru être placé par Yann était effectivement un appel du policier, Pierre Millette. Selon sa réponse, j’en déduis que le premier appel venait aussi du même policier. D’autant plus que, lors de mon interrogatoire, le policier me demanda si je ne comprenais pas Yann parce qu’il était fâché plutôt qu’à cause de la friction à partir de son appareil. Comment connaissait-il le comportement de Yann, quand il m’a téléphoné? Pourquoi devait-il vérifier si c’était bien mon numéro de téléphone?

Puisque j’étais à terminer mon livre Dieu et le sexe, j’écrivais souvent des gazouillis sur Twitter pour défendre la liberté sexuelle alors que la police enquêtait sur le fameux club des pédophiles. Quand on m’a arrêté, j’ai lu dans le carnet du policier une phrase qui commençait par dénoncer, dénoncer, comme dans un de mes gazouillis. Si tout me monde se met à dénoncer, pensais-je,  il n’y aura pas bientôt assez de personnel pour s’occuper des choses sérieuses, donc, violentes, C’est ce qui, semble-t-il, se serait passé dans le cas de la petite fille de Granby. La DPJ aurait été débordée. C’est une autre histoire.

J’étais certain de voir la police arriver un jour chez moi puisqu’il était évident que Ross avait parlé de ses amours  avec Yann et aussi parce que sa ligne téléphonique était tapée. Je m’attendais à une visite, mais pas à me faire arrêter.

En m’informant sur Ross, je venais probablement de signifier mon existence à la police. Mais, on ne laisse pas tomber ses amis, même si on a peur que ça nous nuise. J’avais hâte de partir pour le grand tour d’Europe, inquiet de devoir abandonner mon projet déjà payé.

Début juin 2016, je suis de retour d’Europe. 

Le 9 juin 2016, la police débarque chez- moi. Deux policiers m’amènent à Montréal. Deux autres interrogent Jacques, un gars de 73 ans, chez qui je demeure. C’est plus qu’un propriétaire, c’est un ami.

À Magog, au poste de police, j’appelle l’aide juridique de Sherbrooke, afin d’avoir un avocat. L’avocate me dit de ne pas parler aux policiers parce que l’on n’a absolument rien contre moi.

Je décide de parler quand même aux policiers, car j’en ai assez qu’on me prenne pour ce que je ne suis pas vraiment. J’ai 75 ans, je ne fais plus de politique active comme avant et je ne me sens plus du tout confortable dans la peau du révolutionnaire des années 1970. Les temps ont changé.

Je veux que ceux qui me prenaient pour un terroriste sachent que je ne suis pas violent, car plus jeune, je m’identifiais au FLQ et à la révolution. C’était ma fierté.

Je voulais que l’on sache aussi que je parle de pédérastie pour combattre le danger de la violence dans les rapports sexuels et non pour me servir de mes livres pour attirer des jeunes comme le croyaient les dames de l’AAACE, un regroupement d’écrivains (es) à Sherbrooke. Celles-ci ont réussi à me faire expulser de leur mouvement ainsi que de l’UNEQ. La Commission des droits a refusé de me défendre, même si cela contrevient à la Charte des droits, l’article 17 :

Nul ne peut exercer de discrimination dans l’admission , la jouissance d’avantages , la suspension ou l’expulsion d’une personne d’une association d’employeurs ou de salariés ou de tout ordre professionnel ou association de personnes exerçant une même occupation.   

Je crois fermement que la peur du sexe est plus dangereuse pour les jeunes que de leur dire la vérité sur la sexualité. « Connais-toi toi-même », disait Socrate.

D’ailleurs, tous mes livres sont classés pour adultes et non dans la littérature pour la jeunesse.

Je comprends mal la censure que l’on fait contre tous mes écrits, car je me sers de mon expérience dans la vie pour montrer ce qui me semble la vérité et non de l’hystérie

On ne retrouve nulle part une copie de mon livre Il était une fois dans les Cantons de l’Est en Estrie. C’est pourtant un livre strictement politique comme Le temps d’agir, Avant se retrouver tout nu dans la rue, chez Parti pris ou La Thérèsa.

On ne me boycotte pas seulement pour le sexe, mais pour ce que je pense politiquement et idéologiquement. Je suis aussi la visée des groupes religieux. On m’a déjà dit que mon pire ennemi était des membres de l’UNESCO, mais je ne connais qu’une personne de ce mouvement international. Ça me permet de m’enfler un peu plus la tête puisque je peux ainsi me sentir persécuté par la planète alors que pratiquement personne ne me connait. Cependant, c’est vrai, que l’on a réussi à enlever tous mes écrits de la maison d’édition Edilivre, à Paris, ainsi que sur Amazone.

Les bibliothèques de Magog et Coaticook refusent mon livre de poésie La liberté en péril, sous prétexte qu’il ne correspond pas à leur politique.

Il n’y a rien d’illégal dans les 4,500 pages que j’ai publiées sous forme de livres ou CD.  Du moins, avant que les conservateurs de Harper changent secrètement (bill omnibus) les lois, en compétition avec la droite américaine.

Maintenant, on fixe même un âge pour avoir droit d’entendre parler de sexualité (Il aurait parlé de sexe avec 71 adolescents, Journal de Montréal, 5 mai 2018, p.13). J’admets que le leurre informatique ne doit pas exister pour quiconque, même la police. Il y a toute une différence à regarder des photos, seul, à la portée de tout le monde, et chercher à organiser un rendez-vous. Est-ce que les jeunes ont été consultés à savoir s’ils étaient d’accord avec le sujet de discussion? S’ils n’ont pas été consultés, la police a brimé leur droit fondamental de ces jeunes.

La police commet un leurre, en se faisant passer pour un enfant. Comment peut-il y avoir leurre d’enfant alors qu’aucun enfant n’existe vraiment hors la personne du policier? Ce n’est pas comme s’il y avait eu plainte et qu’alors pour obtenir une preuve le policier remplace l’enfant. Peut-on faire reposer la justice sur des mensonges? Même la Cour suprême admet ça.

La Charte des droits de la personne, article 10, garantit qu’il n’y aura pas de ségrégation d’âge et assure l’intégrité physique et morale des jeunes.

La liberté d’expression n’existera pas au Canada tant et aussi longtemps que l’on empêchera de parler de pédérastie  dans la littérature adulte et tant qu’on ne respectera pas strictement l’âge de consentement. 

Je pouvais facilement vivre avec l’âge de consentement à 14 ans au Québec. Le fédéral l’a modifié à 16 ans. De quel droit le fédéral vient-il changer la Charte des droits d’une province?

En ajoutant un âge, la loi ne respecte plus la Charte des droits envers les jeunes et devient donc anticonstitutionnelle.

 Selon la Charte, article 10, il n’y aura pas de discrimination d’âge. Cela comprend aussi le respect du développement sexuel des  jeunes. C’est une question d’éducation, on apprend pour développer sa capacité à réfléchir et se créer une opinion.

On tente d’expurger la littérature adulte de tout ce qui peut ressembler à la pédérastie et la pédophilie. Il faudrait interdire Outlander, car il y a au moins trois cas de sodomie et même que le héros est gêné parce qu’une fois, il a aimé ça. La littérature est bourrée d’exemples de ce genre. On est devenu fou de scrupules. Il y a une différence entre des livres disponibles pour les adultes et des livres pour la jeunesse. Normalement, les librairies ont des espaces réservés à l’un et à l’autre.

La rectitude politique pense que la pédérastie, un phénomène qui existe depuis des millénaires, disparaîtra si on n’en parle pas.

La police ne respecte pas l’âge de consentement en arrêtant des jeunes de 17 ans qui ont des rapports sexuels, avec des partenaires de quelques années plus jeunes, parfois même avec la bénédiction de leurs parents. En 1996, on m’a accusé, même s’il ne manquait qu’une semaine pour que Mathieu ait 14 ans. C’est quatorze ans, pas une minute de moins. L’application de la loi est élastique, toujours en faveur des scrupuleux. Si ce n’est pas une minute de moins, ce n’est aussi pas une minute de plus.

Quand j’écris, je vise le bien-être de la société et non sa destruction et encore moins pour me trouver un partenaire. Je partage mon expérience de vie. On n’est pas obligé d’être d’accord; mais on n’a pas le droit de m’empêcher de dire ce que je veux. Je suis persuadé que mon expérience peut aider des parents à mieux comprendre la pédérastie. Et, à chacun,  jeune ou pédéraste, à mieux s’accepter. 

Le jour où le consentement sera au centre de la loi, nos sociétés auront franchi un immense progrès vers le respect individuel.

J’en ai plein le casque qu’on me prête toujours des intentions qui émanent de la religiosité du politically correct.

Le policier qui m’interroge me dit d’abord qu’il ne sait pas si je suis une grande gueule ou un inconscient. J’avoue qu’à mon avis, je suis un peu des deux. Ce n’est pas moi qui ai inventé que j’ai un bon quotient intellectuel, j’ai même toujours pensé que je suis un peu déséquilibré. 

Durant mon interrogatoire, j’essaie de faire comprendre mon évolution sexuelle au policier. J’en suis fier. J’ai pu enseigner durant 15 ans, sans même l’ombre d’une dénonciation possible. J’ai respecté toujours le « Never on the job » que m’avait appris Gabriel Charpentier, mon ami et mentor. L’enquête policière de 1996 autour de mes étudiants et mes proches n’a rien donné parce qu’il n’y avait absolument rien à dénoncer.

J’en veux au système de s’être privé de mes services comme professeur au secondaire, car j’étais, je pense, un très bon professeur. 

J’ai aussi essayé d’expliquer que mon livre Dieu et le sexe est en fait la conclusion que je tire de ma vie pour améliorer le sort des garçons et des filles. 

J’ai déjà participé à des cours de sexualité dans le cadre d’une expérience pilote. Et, les imbéciles ont tort d’y voir là un problème.

L’éducation doit remplacer la peur du sexe. Qui mieux qu’un pédéraste pour parler de pédérastie? Un sujet que je n’ai jamais abordé dans mes cours sur la sexualité parce qu’aucun des élèves n’a soulevé la question.

Quand le policier m’a parlé de mes cousins (Yann et Richard) et de leurs accusations, je n’arrivais pas à me rappeler de leurs visites en détails, ni même de la fréquence;  mais selon ce que je me rappelais, ils semblaient très heureux, même quand ils sont repartis. Ça faisait plus de 20 ans alors, la mémoire est parfois une faculté qui oublie.

Or, juin 1994 est l’été au cours de laquelle Rouhed, mon fils adoptif, s’est suicidé parce que sa blonde l’avait quitté, ce qui m’a complètement bousillé émotivement.

Si c’était vrai que je l’avais masturbé et qu’il n’était pas d’accord, pourquoi Yann serait-il revenu chez moi en 1995? Comment peut-il être certain, après 20 ans,  que ce qu’il me reproche s’est produit avant d’aller chez Ross plutôt qu’après[1]?

J’ai couché plus qu’une fois à ses côtés quand il est venu passer un mois avec ses frères et sa sœur (selon la déclaration de ses parents) parce que c’était la seule place possible ? Est-ce qu’à ces occasions, je l’ai aussi masturbé ou aie-je respecté sa réticence?

Je ne comprenais pas pourquoi il se mettait à déblatérer sur ses visites à Montréal, après avoir gardé le silence pendant 20 ans. C’est vrai que l’atmosphère sociale actuelle amène tous les délateurs à se pointer pour enfin avoir un peu d’attention.

Tous les souvenirs de ce cauchemar, le suicide de Rouhed,  me revirent toujours à l’envers. Ce dont je me rappelle de cette époque est extrêmement flou. D’ailleurs, je ne me rappelais même pas que mes sœurs étaient venues avec moi quand je suis allé identifier Rouhed.

Ce fut pour moi une période affreusement difficile à vivre. J’aurais voulu mourir à la place de Rouhed. Je n’ai jamais autant souffert intérieurement.

Je devais essayer de me rappeler cette époque pour me défendre contre les accusations portées contre moi.

J’étais renversé que Yann prétende que je l’avais masturbé, puis, livré aux mains de Ross, comme un proxénète. C’est la pire des absurdités jamais entendues.

Pourquoi Yann se mettait-il à parler de choses qui se seraient passées il y a 20 ans? S’il avait des reproches à me faire, j’aurais bien aimé qu’il me le dise à moi. Je trouvais absolument fou que l’on essaie de me faire passer pour un proxénète. À entendre parler le policier, j’aurais prêté Yann à Ross pour de nombreux jours à des fins sexuelles. C’était à la fois insultant et complètement dément.

 À mon avis, de ce que je me rappelais, Yann était allé chez Marc, parce qu’il vivait une très grande affinité avec le fils de Ross. C’était plus agréable d’être avec que d’être avec moi. Il avait à peu près le même âge.

Les policiers semblent ne pas comprendre que l’amitié entre pédérastes est extrêmement importante, car ce sont les seuls avec qui tu peux parler sans avoir ensuite un couteau qui t’arrive dans le dos.

Je ne m’étais sûrement pas immiscé dans la relation Yann et Ross, car, ce n’est pas mon genre de me mettre le nez dans les affaires ou les amours des autres. Je ne me rappelais aucun moment où Yann aurait manifesté le moindre malaise face à moi.

J’ai toujours écrit justement pour faire connaître comment se vit la pédérastie afin de rétablir la vérité. La plus grande des sécurités est, à mon avis, de connaître la réalité véritable de l’individu et non de tout juger à partir des livres ou l’hystérie de la chasteté. Quand j’étais jeune, on prétendait que d’être homosexuel était une maladie mentale. L’homosexualité a été reconnue « normale »parce qu’elle est un grand apport  financier. Mon ami Pierre, ex-policier, me disait : prouve-moi que la pédérastie est payante et elle est légalisée demain matin. Malheureusement, la pédérastie n’est payante que pour les avocats (es) et les services psychologiques.  Il faut donc entretenir l’idée de danger.

On a augmenté les subventions, grâce aux dénonciations, parce qu’on peut ainsi parler de la nécessité de venir en aide à des millions de présumées victimes. Le nombre permet d’y voir un plus gros problème.

Il y a toute une différence entre avoir du plaisir dans une aventure sexuelle et un viol. Un viol est une aventure sexuelle teintée de violence ou de domination. Il ne peut pas y avoir agression sans violence ou domination.

Les homosexuels ont toujours rejeté la pédérastie parce qu’elle leur aurait enlevé le privilège de vivre leur orientation sexuelle. La mode, à cette époque, était de faire croire que les homosexuels étaient un danger pour les jeunes. On croyait qu’une aventure homosexuelle te rendait homosexuel pour toujours. On a évolué depuis, mais on n’a jamais changé quant à la perception que l’on avait de la pédérastie. Cette peur irrationnelle est toujours la même.

Au Québec, à moins d’avoir complété un classique, on ne sait même pas qu’il fut une époque où l’on a considéré la pédérastie comme le summum de l’amour. Les féminounes (féministes anti sexe) essaient même de prétendre que la pédérastie a existé seulement dans la bourgeoisie. On refait l’histoire.

À mon souvenir, si Yann était allé chez Ross, c’est qu’il s’adonnait bien avec le fils de Ross. Je n’ai jamais, ni même imaginé, envoyer un jeune avec un de mes amis pour un commerce sexuel. Ross était un ami. Point final. Les policiers divaguent et croient dans leur fabulation. Ils ne semblent pas savoir ce que veut dire être ami.

Le policier parlait comme si mes jeunes cousins avaient été très longtemps chez moi, ce qui me semblait impossible. Je travaillais alors comme professeur à Val-d’Or. Je descendais pour mes vacances à Montréal, dans l’appartement de Rouhed. 

Si j’avais vraiment touché Yann, sans sa volonté, j’aurais bien voulu le savoir afin de m’excuser, si ça ne lui avait pas plu. Ma prise de conscience quant à l’importance du consentement a été progressive, mais je suis persuadé qu’elle était déjà très vive à cette époque.    

J’étais convaincu que c’était impossible que j’aie touché Yann sans son consentement parce que le consentement était devenu d’une importance capitale pour moi. Est-ce que j’aurais tenté la chance de perdre mon emploi si cela s’était su? J’en doute très fortement. J’adorais trop enseigner.

Je me rappellerai plus tard, à cause d’un petit vidéo retrouvé, que l’appartement avait été cédé à mon ami Pierre Faucher, un ex-policier de la SQ. Et, je peux garantir qu’il n’était pas pédophile,  Il me voyait vivre, donc, il savait que je ne représentais aucun danger pour un jeune. Il me connaissait plutôt à partir de ma réputation de felquiste révolutionnaire. Nous nous étions connus comme professeurs de français à Percival, à Val-d’Or.

En dehors de la mort de Rouhed, tout ce qui s’était passé dans ma vie en 1994 est absolument imprécis. Je ne me rappelais pratiquement de rien de la visite des jeunes du Lac St-Jean, sauf qu’on est allés à la ronde, qu’ils étaient extrêmement gentils et que j’avais comme projet de monter les voir au cours de l’été 2016.

Comment savoir s’il c’était passé « quelque chose de pas catholique entre moi et  Yann» quand ils étaient venus à Montréal, près de 21 ans plus tôt? Ce n’était pas parce que je ne m’en rappelais pas que c’était impossible.

J’ai aussi essayé d’expliquer aux policiers comment, à partir des conférences que je donnais, plus jeune sur la pédérastie, j’en étais venu à vivre comme homosexuel. 

C’est le cheminement que des psychiatres m’avaient formulé plusieurs années plus tôt à la clinique Roy-Rousseau. À leur avis, je ne serais jamais un danger pour les jeunes, mais je devrais me dire homosexuel, car la société serait, elle, toujours un danger pour moi. Ils me prétendaient également très intelligent. Ils m’ont demandé sur quoi je lisais. Un essai sur Les développements de la personnalité, selon Freud, leur avais-je répondu. Ils ont, après hésitation, dit que j’étais capable comprendre et absorber ce que Freud disait, ce que peu de personnes peuvent faire.

Je dis aussi au policier que Dieu et le sexe présente ce qui est pour moi une solution à l’ignorance sexuelle actuelle, responsable entre autres du peu de respect des gars pour les filles.

Le policier m’interrogea alors sur mes habitudes sexuelles à l’époque des faits reprochés. Sodomie. Non. Fellation. Non. Masturbation. J’hésite, car, je me masturbais sûrement à cette époque. Le policier réagit alors comme si je venais de lui confirmer que j’avais masturbé Yann. 

On se regarde très longtemps dans les yeux, sans dire un mot. Ça en était même un peu ridicule.

Quand je quitte la salle d’interrogation, je passe devant un appareil tv où l’on voit l’interrogatoire de Ross. Le policier me dit que « Ross sort tout ce qu’il a dans son sac contre toi ».

On nous amène en prison, mais le policier qui conduit demande à l’autre de ne pas se rendre au guichet pour donner les détails à l’arrivée en prison, car on ne nous accepterait pas.

J’ai alors commencé à me demander si le deuxième policier était de la GRC ou des services secrets.   Je ne voyais aucune raison politique pour que l’on m’arrête. Leur doute sur mon appartenance au FLQ dans les années 1970 ne pouvait pas expliquer un tel geste. Est-ce que le sergent M.C. Viola  est un membre de la GRC? 

Ross est amené dans une cellule pour prévenir des gestes suicidaires. Ma paranoïa empire d’un cran et je pense qu’une fois que l’on m’aura coffré, on relâchera tous les autres, que je voyais comme des acteurs pour me prendre en faute. Après tout, ce n’était pas la première fois que l’on me « frimait ». J’ai toujours cru que mon procès en 1996 avait été politique, bien plus que sexuel. Cette part de paranoïa constitue ce que j’appelle « ma tête enflée », car je ne suis pas assez important pour que l’on s’énerve autant quant à ce que je pense et que j’écris.

En 1996, je demeurais chez Ross et il avait mis une condition : ne jamais parler de politique[2]

Le lendemain, nous passons en cour. Nous sommes libérés, mais avec des conditions à n’en plus finir dont, par exemple, de ne pas parler avec un autre qui pourrait éventuellement partager les mêmes goûts sexuels. Le pire, on me prive d’internet. Content de retrouver la liberté, j’accepte les conditions. Quel imbécile! Je travaille à la publication de livres avec une maison d’édition de Paris.

En cellule, Ross parle du droit de mourir dans la dignité. Il veut en finir avec la vie. Il ne veut pas la finir en prison. Il a de la difficulté à se tenir debout. Il me demande pardon. J’essaie de lui faire comprendre que nous sommes libres, alors pourquoi vouloir mourir?

Heureusement, j’avais un peu d’argent sur moi. Jacques était ma principale préoccupation. Je ne voudrais pas être responsable de rendre invivable la fin de vie de quelqu’un qui n’a rien à faire dans ce mélodrame. Il ne me connaissait même pas quand ce que l’on me reprochait était arrivé. Pire, Jacques est sourd, donc, il arrive qu’il a besoin de moi.

Je suis accusé d’avoir masturbé Yann. Je ne m’en rappelle pas. C’est possible. Je doute. Je ne vois pas pourquoi il mentirait. J’ai toujours aimé le sexe comme un fou, un peu anormalement. Je me prends souvent pour un vieux cochon, comme on dit ici. Pourtant, la sexualité est très loin d’être ma préoccupation principale.

Par contre, je n’ai rien qui, dans mes souvenirs, me rende cette accusation plausible ou pas. Mon avocate me dit que je ferais mieux de m’en souvenir, mais je n’arrive même pas à me souvenir de ce qui s’était passé quand ils sont venus chez moi et pourquoi ils sont venus chez moi.

Pendant plusieurs mois, je dois me rendre à Montréal à la Cour.  On n’est pas arrivé que l’on apprend que je n’ai pas à rester, car on étudie le cas de Ross quant à sa capacité de subir un procès. Je suis accusé de complicité avec Ross.


[1] – C’est important puisque son attitude a changé.

[2] Cette fois, puisque ça n’en finit plus et que l’on me demande de ne pas écrire pour ne pas faire de prison, ça revient à la même chose : me fermer la gueule.

De la pudeur à la paranoïa (18).

avril 16, 2020

Il faut lire de 1 à 10+

Partie  2

             Par Jean Simoneau

    La loi, c’est la loi!

         Quand ça fait leur affaire…

                         ou

       La nouvelle mafia sexuelle…

                      Le chantage.

                        Essai

                   Les Éditions du Temps. Québec.

            Tous les hommes sont créés égaux; ils sont doués par le Créateur de certains             droits inaliénables. Parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la                 recherche du bonheur.- Thomas Jefferson.

  L’esclavage moral religieux

La notion de pouvoir vient malheureusement annihiler toutes ces belles phrases sur le droit des individus quant à leur pouvoir de croire à autre chose que ce à quoi la majorité croit.

La majorité des humains préfèrent vivre la morale déterminée par les religions.  C’est plus facile et moins contraignant.         On accepte les balises religieuses parce que les religions, en prétendant connaître ce qui se passe après la mort, peuvent ainsi tracer un chemin qui nous conduira au bonheur éternel.  Puisque la très grande majorité des humains acceptent ces règles conduisant au bonheur éternel, mettre en doute ces croyances devient en soi une forme de crime.

Mais, les religions sont non seulement  initiatrices d’une multitude de guerres, l’histoire de l’humanité en est la meilleure preuve; mais la morale conduit à la ségrégation, car tous ceux qui ne pensent pas comme toi, ne croient pas dans le même Dieu, aux mêmes règles, concernant particulièrement la sexualité, doivent être exclus. Hors des Églises, point de salut!      

Être parfaitement isolé est particulièrement le cas de ceux qui osent s’avouer pédérastes. Car juste te dire pédéraste ou pédophile, c’est te condamner à faire de toi un éternel paria.  Si tu ne le dis pas, tu dois vivre toute ta vie socialement en hypocrite et en zombie sur le plan sentimental.  Les pédérastes sont l’équivalent moderne des sorcières. Ils sont porteurs de mal, selon la pensée populaire.

Presque tous ceux qui se découvrent pédérastes ou pédophiles vivront dans la haine d’eux-mêmes et ne pourront pratiquement jamais sortir de la garde-robe parce que dans la tête de la majorité, un pédé est un danger pour tous les jeunes de la terre. Le dire ainsi n’est même pas exagéré.  Pourtant, la pédérastie existe depuis des millénaires et fut même considérée comme le sommet de l’amour dans la Grèce antique. Même si depuis, la science a prouvé que la pédérastie est une orientation sexuelle, c’est le seul groupe d’individus à être condamné à ne pas vivre selon sa nature. Peut-on parler de droit de la personne dans cette situation?  

J’ai osé avouer que je suis pédéraste très jeune pour des raisons de principe : dire la vérité, être authentique et prévenir ceux qui pourraient venir en aide à un jeune que j’aurais pu blesser, sans le vouloir, en interprétant mal son consentement ou son refus.  Ce n’est pas toujours évident.         Lire le langage non verbal n’est pas toujours chose facile. Les parents les plus intelligents me disaient qu’ils faisaient confiance en leurs enfants, qui devaient apprendre à décider de ce qu’ils aiment ou non. 

Évidemment, j’élimine en totalité toutes les formes de violence dans les rapports humains.

J’ai donc passé ma vie à essayer de comprendre le phénomène de la pédérastie et à l’expliquer à travers mes écrits.  En ne parlant que de moi, comme un vrai narcisse, je ne mets personne en danger, sauf moi. Tout le monde sait que la façon de vivre sa sexualité est aussi différente qu’il y a d’individus. On dit également que personne ne peut échapper à « sa petite nature ». Quand tu nais pédéraste, tu meurs pédéraste.    Mais, tu peux vivre ta pédérastie dans l’amour et le respect, et non, dans la frustration et la violence.    

Je n’ai pas été seul, en compagnie d’une personne de moins de 16 ans, depuis plus de 20 ans. Puisque les gens ignorent la différence, au Québec, on appelle pédéraste, un pédophile.[1] En réalité, un pédéraste aime seulement les garçons pré-adolescents et adolescents alors que les pédophiles sont très souvent hétérosexuels et aiment les très jeunes enfants des deux sexes.

Tu nais pédéraste, c’est-à-dire avec l’attrait physique des garçons et, tu n’as pas un mot à dire sur ta réalité fondamentale.  C’est justement ça une orientation sexuelle. Tu es ce que tu es et tu dois apprendre à vivre avec.

Un pédéraste est automatiquement et strictement homosexuel.  C’est une orientation sexuelle à laquelle on a ajouté l’âge, comme si un gars vivrait sa sexualité, en ressentant différemment un rapport génital à 13, 20 ou 65 ans.  Un garçon s’excite, bande, éjacule (s’il est assez vieux, sinon ça ne fait que chatouiller) et débande, comme tout mâle adulte. C’est automatiquement un plaisir, car aucun ne souffre à travers un attouchement, une masturbation ou une fellation, à moins que ce soit vraiment très mal fait. C’est différent si on est sodomite. Je crois qu’il est impossible de vivre cette expérience sans que le passif souffre, mais je dois avouer ne pas l’avoir vécu (sauf dans une tentative de viol), ce qui n’a rien pour me changer d’idée.

Dans notre société, nos règles sont basées sur le savoir et non sur la connaissance.[2]

Il n’y a pas une quantité limitée de sperme par individu, comme on le croyait jadis, quand on a imposé la chasteté des garçons. Cette fausseté permettait de prétendre qu’éjaculer en dehors du mariage te rendra impuissant.  Pour la plupart des gens, le sexe en dehors du mariage est une perversion comme le veulent les religions. Mais, la perversion ne peut exister que dans la tête des pervertis, ceux qui voient du mal partout.  Si nos prérequis sont basés sur des faussetés, comment les règles qui en découlent peuvent-elles être bonnes et respecter la réalité humaine que l’on a dénaturée?

Nos lois sur la sexualité sont–elles légitimes?

L’ignorance de la nature humaine réelle est le fondement de nos règles en matière sexuelle.  La plus grande des perversions mentales serait-elle l’excès de pudeur?

Les religions ont inventé des stupidités pour justifier la répression sexuelle.  Ces conneries ne peuvent pas être remises en cause parce qu’elles nous viendraient de Dieu lui-même.

On nous disait, par exemple, que la masturbation donnait des boutons.  C’est ce genre de conneries sur laquelle repose la répression sexuelle.  

Il y a, c’est vrai,  le geste génital dans la pédérastie; mais le plus important est la beauté, la tendresse, la complicité, l’amitié qui s’installent.   Toute la différence tient au lien émotif.

La sodomie est la seule activité à avoir une possibilité de souffrance. Je ne m’y attarde pas parce que je n’y connais pas grand-chose, ce n’est pas mon rayon.  Un pédéraste ou un gai n’est souvent pas sodomite, contrairement, à ce que la majorité des gens pensent.  Les adultes ne voient le sexe qu’à travers ce qu’ils vivent eux-mêmes.  Pour eux, le sexe se confine à la pénétration.

La très grande majorité des gais ne sont pas pédophiles ou pédérastes.

En réalité, il n’y a que deux vraies orientations sexuelles fondamentales : homosexuelles et hétérosexuelles.  Les autres sont des catégorisations ou déclinaisons des différentes façons d’exprimer son attirance, son amour ou son plaisir.  Ces catégories ont souvent été créées pour justifier ses choix sexuels, se distancier des autres ou contrôler la sexualité des autres, oubliant que la sexualité est la base même de la vie privée. Et la vie privée, celle de la démocratie.

Un pédéraste est exclusivement attiré par les adolescents alors que les pédophiles sont généralement hétérosexuels et intéressés par les très jeunes enfants des deux sexes, majoritairement féminins.

Sans violence ou domination, aucun homme ne subit un dommage corporel une blessure ou même une douleur, s’il a une relation sexuelle, car, c’est, au contraire, un plaisir.

Par contre, l’environnement peut l’influencer et créer une culpabilisation éducative qui soit négative, car elle donne naissance à la honte de soi et ne peut produire que de la culpabilité. La répression sexuelle est la source première de toutes les discriminations, en produisant la culpabilité.  On a créé un mur contre les relations entre les différentes races, religions et groupes d’âge.

La rencontre entre deux individus relève surtout du savoir-vivre et du respect, d’où l’importance cruciale d’avoir des cours de sexualité qui ne soient pas un bourrage de crâne religieux.

Ces cours doivent définir très clairement ce qu’est le consentement et son importance pour définir si une activité sexuelle est légale ou illégale.

Le contexte est d’une importance capitale, mais en cour on se demande seulement s’il y a eu contact ou incitation.  En fait, dans nos têtes, c’est le geste qui constitue le crime, que ce geste rende heureux ou malheureux, qu’il soit violent ou non.  Cette règle permet d’éliminer tout ce qui peut justifier qu’un geste sexuel est d’abord et avant tout un rapport émotif.

Il y a peu de temps, la Cour suprême a affirmé qu’elle n’avait pas à faire observer les rites d’une religion lorsque les autochtones ont demandé la protection de leur terre qui était justement intégrée aux croyances de cette religion autochtone. Alors, pourquoi le judiciaire se mêle-t-il de la sexualité des individus puisque les religions ont déjà trouvé moyen de faire du sexe un péché mortel?  On dirait que l’on ne sait pas faire la différence entre la religion et le prosélytisme.

La Charia incite aux meurtres des homosexuels.  Ce qui la disqualifie.  Les autres religions méprisent tout autant les gais, sans cependant, appeler à leur disparition. C’est plus évolué. Les spécialistes sont ceux qui devraient s’occuper des problèmes d’ordre sexuels pour apprendre à tous les individus à bien vivre dans leur peau, sans aucune forme de honte ou de culpabilité.

Croire au péché de la chair est-ce une obligation à laquelle personne ne peut échapper?

S’il n’y a pas de misère physique et que l’on ne croit pas au péché,  pourquoi le judiciaire prend-il la place des religions pour punir ceux qui croient que la sexualité n’est pas un danger, mais un plaisir?

On sait depuis des décennies que je suis pédéraste parce que je donnais des conférences sur le sujet, à Montréal, dans les années 1980 afin d’éliminer les risques de violence. 

J’expliquais comment se vivait la pédérastie dans les faits et non dans les livres. Si on ne fait pas peur aux autres, si l’on ne croit pas que toutes les intentions pédérastes sont criminelles, on est condamné à être vu comme un pervers.

J’étais terrassé d’apprendre la mort de petits garçons et je croyais que s’ils avaient été tués, c’était peut-être, entre autres, pour répondre à la peur du prédateur d’être dénoncé ou parce que ces garçons se retrouvaient entre les mains de psychopathes.  

J’avais, en découvrant que j’étais pédéraste, une peur affreuse de devenir un jour un de ces monstres.

Il suffit de dire que tu es pédéraste, même dans le but de protéger les jeunes qui te fréquentent, pour être automatiquement un paria.  C’est déjà le contraire de ce que dit la Charte des droits de la personne.[3]

J’ai couru les services de santé mentale pour guérir, mais plus je lisais, plus je m’apercevais que de créer un crime sexuel à partir de gestes non violents ou sans domination est un geste d’ignorance de la nature humaine.  Un abus de pouvoir. Le pouvoir de l’adulte de décider pour le jeune ce qui est bien ou mal, pour lui.

En plus de l’amitié, la pédérastie se présente plus souvent sur le plan génital comme étant le partage d’un plaisir et d’une curiosité. 

Qui a un rapport sexuel dans le but de commettre un crime plutôt que d’avoir du plaisir ?  Le plaisir est-il un crime? Dans les années 1980, j’appelais la pédérastie, de l’amourajoie, et les pédérastes étaient des amourajeux.

Sans geste sexuel, la pédérastie est une identification du jeune à l’adulte ou vice-versa. C’est comme un mécanisme de défense qui aurait pour but de conserver ta vision d’enfant de la vie, d’où une certaine forme de révolte contre l’autorité de la vie adulte.  Ainsi, le pédéraste s’identifie émotivement à l’adolescent qu’il aime.

On nie cette possibilité, mais on a qu’à regarder l’effet du manque d’hommes en éducation pour voir que c’est absolument possible. Que l’on continue les campagnes de dénonciations sexuelles et bientôt ce sera les infirmiers, les médecins, qui refuseront de soigner les femmes, devenues des signaux d’alarme en puissance.  Dénoncer est un acte devenu payant à partir des recours collectifs.

Tout ça parce que les statistiques servent à justifier les subventions.  Comment peut-on dire qu’il y a tel pourcentage de gens qui sont agressés, mais qui ne le disent pas.  Si elles n’en parlent pas comment peut-on savoir combien il y en a? Ces gens pourraient tout aussi bien ne pas l’avoir été. 

Pourquoi 50 enquêteurs sur la pornographie juvénile, alors qu’il y a des préoccupations bien plus importantes et dangereuses? Le vol de l’identité, la recherche des gens disparus, le proxénétisme, par exemple.  Un crime qui donne naissance à une douleur physique est quand même pire qu’un geste sexuel qui t’apporte du plaisir, non?  Ça ressemble à l’époque où des policiers se rinçaient l’œil en examinant les vidéos obtenues dans les toilettes publiques. Retournons-nous à cette même guerre contre Playboy?

Les relations sexuelles dans un CÉGEP ou une université ne visent-elles pas des personnes adultes? En quoi la vie sexuelle d’autres adultes nous regarde-t-elle? Le contrôle de la sexualité des gens est une attaque au droit à la vie privée.

Il est évident,  cependant, à partir du « moi-aussi », qu’il y a un terrible problème de connaissance et de communication entre les hommes et les femmes, problème qui existe probablement parce qu’on a créé une culpabilité et une honte autour du mot sexe.  Il ne faut pas vivre, ni parler de sexe en dehors du mariage. Ce qui correspond à demander aux gens de vivre contre nature. Rien ne sera jamais pire que le silence absolu sur la sexualité que les gens de ma génération ont connu.  Pas étonnant qu’il y ait aujourd’hui autant de malentendus entre les hommes et les femmes.  Le silence sur la sexualité d’antan fut le principal instrument de l’obscurantisme actuel.

Je n’ai jamais voulu étendre mes recherches sur la sexualité des femmes parce que la sexualité féminine est absolument différente de celle des gars et qu’étant un gars, je peux difficilement comprendre le travail des hormones féminines.  Si j’étais une femme, est-ce que je considérerais les seins comme une zone génitale? Pourquoi accepte-t-on ailleurs sur les plages les seins nus et qu’ici on en fait tout un drame? On en est encore à discuter si une femme doit ou non porter une brassière?

Les mâles auraient sans doute avantage à lire La chair interdite, de Diane DucretAutant   je combats les féminounes qui réagissent toujours contre le sexe, autant j’appuie sans réserve les féministes qui se battent pour l’égalité entre les hommes et les femmes.

Le Journal de Montréal a aussi publié des textes affirmant qu’un certain pourcentage de femmes ne peut pas avoir de plaisir à faire l’amour pour différentes raisons. C’est essentiel que les hommes le sachent aussi pour les respecter. Par ailleurs, les féministes ont toujours exigé d’être les seules responsables de leur propre sexualité.  « Ton corps t’appartient » devrait être une réalité universelle, d’où une meilleure connaissance des réalités sexuelles des hommes et des femmes.

J’ai essayé de faire comprendre ce qu’est la pédérastie à travers mes écrits pour que l’on cesse de la voir sous un angle de paranoïa hystérique.  En aucun moment, je n’incite qui que ce soit à devenir pédéraste.  Je sais qu’on l’est en naissant ou qu’on ne le sera jamais.

L’approche sexuelle de jadis a toujours eu pour fonction de faire peur aux jeunes. Si on ose dire que les choses ne se passent pas comme le prétend notre morale judéo-chrétienne, on est digne du bucher.  Tout est vrai, sauf ce que ressentent les pédérastes. Pourtant, nos savants ont bien été obligés d’admettre que l’homosexualité n’était pas une forme de maladie mentale.

Pour un gars, un attouchement, une fellation ou une masturbation, ce n’est pas une violence, au contraire, c’est un plaisir.  Un plaisir condamné par les religions afin de pouvoir dominer la conscience de chaque individu.  Vivre dans la chasteté absolue n’est pas humain et les problèmes de l’Église catholique en sont  la meilleure preuve.  La chasteté absolue est l’autoroute de l’hypocrisie.

Aujourd’hui, on ne va plus à l’église parce que l’on n’a pas eu le courage de remettre en cause l’enseignement religieux sur la sexualité.  Pire, on se sert du judiciaire pour être encore plus punitif, plus répressif.   Freud est un inconnu, pire encore pour Reich, Fromm, Michel Foucault, etc. 

Les lois canadiennes sont en pure contradiction avec la pensée québécoise qui, elle, croit dans la réhabilitation et encourage la prévention plutôt que la punition.

Cependant, en prônant l’amour et la charité, entre autres,  les religions sont une richesse, si on mettait en pratique ce qu’on enseigne.  De ce point de vue, je suis très religieux.

La censure m’a appris que la liberté de conscience et d’expression est une farce monumentale au Québec. 

Deux mots sèment l’hystérie chez nous : la pédophilie et le référendum. 

Ici, on ne connait pas la différence entre la pédérastie et la pédophilie.  On pense qu’il est anormal d’être sexué alors qu’on est strictement un animal sexué dès notre naissance.

Le Québec n’est jamais sorti de l’ignorance face à la sexualité, semant la culpabilité, créant une gêne invraisemblable pour tout ce qui entoure le mot sexe, et, une honte abominable du nu, du corps et ses plaisirs.

Je travaillais à l’écriture de Dieu et le sexe quand la Cour suprême a exigé du gouvernement Harper de légaliser la prostitution. 

Le choix de ta sexualité est strictement personnel.  Donc, à mon avis, la prostitution est un choix individuel et toutes les formes de proxénétisme devraient être absolument interdites.

Un peu plus tard, M. Trudeau remplaçait Harper et disait vouloir rétablir la pensée scientifique.   À cette époque, j’ai rempli, sans cacher avoir voté Bloc québécois, un sondage libéral fédéral. J’ai fourni le 2$ minimum et j’ai signifié ce que je pensais des politiques proposées.

Le Noël suivant,  je recevais une carte de Noël de la famille Trudeau[4] et j’ai alors décidé d’envoyer le deuxième tome de  Les derniers amours de Platon à Justin Trudeau[5]. C’est un roman totalement inventé que je trouve ironique, drôle, basé sur la réalité de la Grèce antique quant à la pédérastie.  Je parle aussi du statut de la femme et comment certains philosophes voyaient cela. Étant donné ma réputation, on a peut-être pensé que c’était une menace, alors on se trompait gravement.

M. Trudeau disait exactement ce que je pense : il faut repenser la façon d’aborder la sexualité en fonction des connaissances scientifiques. 

Je n’ai pas cessé pour autant d’être indépendantiste, mais on m’a invité à quitter les partis politiques indépendantistes. Je me suis donc lentement tourné vers le parti libéral du Canada puisqu’il est responsable de la justice, dans la répartition constitutionnelle des pouvoirs. C’est le fédéral qui écrit les lois criminelles, c’est sa juridiction. Les conservateurs sont l’équivalent des républicains américains, une sorte de régression de l’intelligence, à cause de leur religiosité. Les républicains sont le parti de Trump. Pour moi, ça suffit pour ne jamais être conservateur au Canada. Pire, ils sont les marionnettes des pétrolières.

Avec les élections qui s’en viennent, j’espère désespérément que les conservateurs ne formeront pas le prochain gouvernement, pour le bien supérieur du Québec.

Il faut lutter pour que le fédéral nourrisse le principe que le Québec est une société distincte à l’intérieur du Canada.  Il faut mettre de la chair autour de l’os. Pas d’oléoduc de l’est, pas de contestation de la loi 21, pas de contestation de la loi 99, reconnaissant le droit du Québec à  s’autodéterminer. Une vraie confédération, pas une fédération. C’est mon point de vue. On peut même plus facilement voter Bloc Québécois pour les mêmes revendications.  L’important, c’est que les conservateurs ne soient pas élus.


[1]– Voir mon livre Dieu et le sexe, les Éditions du Temps, Québec, 2017

[2] – Le savoir est ce que l’on apprend des autres à travers nos lectures alors que la connaissance repose sur le savoir, en plus,  de sa propre expérience.

[3] Charte des droits, chapitre 1, no 4 : Toute personne a droit à la sauvegarde de sa dignité, de son honneur et sa réputation. Et, l’article 5 : Toute personne a droit au respect de sa réputation.

[4] – Cette carte a probablement été envoyée par le parti libéral du Canada. Trudeau ne me connaît pas. Je ne cache pas qu’aux prochaines élections j’espère que les libéraux garderont le pouvoir.

[5]Les derniers amours de Platon, tome 1-2-3, Edilivre, Paris.

De la pudeur à la paranoïa (17).

avril 15, 2020

À lire dans le sens de 1 à 10+

Mes recommandations.

Je lis et je réfléchis sur la liberté sexuelle depuis des décennies. J’ai donc décidé de présenter des recommandations qui, à mon avis, seraient ce qu’il y a de mieux pour à la fois protéger les enfants, mais aussi respecter leur droit à l’intégrité.

Contrairement au système, je pars d’une autre préoccupation. Je ne cherche pas à faire respecter la morale, mais mon point de départ est le droit du jeune à son autonomie et la création d’une conscience personnelle. Je veux que la Charte des droits envisage le droit des jeunes à leur intégrité physique, sans comprendre que le sexe est une partie importante de l’intégrité de tout individu.

Même si je me confine à voir le problème que sous l’aspect homosexuel masculin, je sais que si on appliquait ma solution, cela toucherait aussi les filles. En fait, la sexualité est surtout un savoir vivre ensemble.

La seule règle est la suivante : aucune violence, aucune domination (ce n’est pas une question d’âge) et surtout le consentement clair. Le respect.

1-La sexualité doit être enseignée comme une réalité extraordinaire et non comme un péché ou un crime.

La bigoterie est le fruit d’un esprit tordu. Le système de procréation devrait nous rendre fiers et non honteux d’être sexués. La peur de manquer de sperme est dépassée.

2— L’enseignement sexuel appartient aux parents dans les premiers âges et non aux écoles parce que la sexualité n’est pas, pour les jeunes de moins de 10 ans, une préoccupation; mais une curiosité passagère. Enseigner d’avoir peur de la sexualité est néfaste. Cela infantilise.

Dans l’enfance, les jeunes apprennent surtout par imitation. Devenir fou parce que son enfant se promène nu, par exemple, c’est ce qui le traumatisera mille fois plus que le fait d’être nu.

La morale adulte est incompréhensible aux enfants. Rien n’est plus naturel que le désir sexuel, l’étouffer, c’est là un manque de vision et de connaissances, car c’est engendré en chaque individu un sentiment d’infériorité et de culpabilité. Cela déborde même sur le plan politique.

Si le Québec n’arrive pas à son indépendance, c’est que l’indépendance est jugée émotivement au lieu d’avec la raison. Le pécheur ne peut pas être fier de lui-même et c’est ce que transmet la répression sexuelle. Le Québec recommencera à s’émanciper le jour où il aura appris à pardonner à l’Église catholique et que l’Église cessera de se servir du péché de la chair pour damner tout le monde. Tout ce qui concerne la charité est positif. Tout n’est pas mal dans les religions, il faut savoir faire le tri de ce qui nous aide à bien vivre de ce qui nous rend bigots. L’égalité humaine ne peut pas exister quand la bigoterie sert de mesure étalon.

Les crimes sexuels individuels sont surtout le fruit de frustration par des psychopathes. C’est un nombre infime comparativement aux crimes que l’on pourrait rattacher aux mafias, mais ces derniers ne sont pas dénoncés pas.

J’ai déjà dit au ministre de la Sécurité du Québec que le système est bien meilleur pour défendre les pénis que pour défendre les cerveaux.

Évidemment, les religions veulent que l’enfant soit élevé en dévalorisant la sexualité, car c’est la base même de leur domination morale et individuelle.

Il faut toujours dire la vérité aux enfants et non inventer des réponses qui seront démenties un peu plus tard.

Les adultes doivent prendre en compte que la notion de sexualité n’est pas la même chez les enfants que chez les adultes, à cause de leur état physique. Les enfants auront la même approche de la sexualité que leurs parents. La sexualité chez un enfant n’est ni bonne, ni mauvaise ; mais une réalité comme les autres.

C’est normal, puisqu’un geste sexuel sans violence ou domination dans l’enfance n’a aucune conséquence grave. Personne ne tombera enceinte. Le garçon devenu adulte pourra toujours éjaculer, malgré une expérience  sexuelle dans sa jeunesse.

Les adultes projettent leur interprétation de la sexualité sur les enfants qui ne peuvent ni produire d’ovaire ou de sperme et qui ne sont pas encore touchés par les effets de la sexualisation survenant avec l’adolescence. La notion de sexe chez l’enfant n’est pas encore apparue, quoique la curiosité puisse engendrer parfois des questions à l’occasion. 

C’est pourtant le contraire que l’on essaie de nous faire croire maintenant. Certains ajoutent même que l’enfance est perdue parce qu’il y a eu un contact sexuel en bas âge. Si la culpabilité n’existe pas, pourquoi un geste sexuel sans conséquence et sans douleur pourrait-il être la cause de tous les méfaits qui surviennent dans la vie d’un individu adulte? La drogue crée beaucoup plus de dommages[1].

La sexualité est le mécanisme le plus sophistiqué et le plus extraordinaire chez l’humain.

Son fonctionnement est, comme le langage, ce qui le distingue de l’animal qui lui, obéit au rut, allant parfois jusqu’à tuer.

Dévaloriser la sexualité est un crime envers l’esprit.

Rien n’a encore été inventé de plus complexe que le système de reproduction.  

Faire croire que les rapports sexuels traumatisent, quand il n’y a pas de violence et consentement, est le pire des mensonges.

Les jeux sexuels de curiosité enfantine peuvent créer des liens, qui influencent favorablement le développement de la vie émotive. D’ailleurs, l’âge n’a absolument rien à voir avec l’orientation sexuelle puisque celle-ci est génétique. L’orientation sexuelle précède les expériences sexuelles et ne fait qu’orienter l’intérêt vers tel ou tel sexe. Mettre un nombre d’années entre les partenaires pour rendre légal des relations sexuelles est de la démence pure. Cette règle est contraire avec ce qui se passe dans la réalité humaine. L’amour n’a pas d’âge, les sentiments n’ont plus.

Ces expériences peuvent permettre de se créer une conscience personnelle, si on peut échapper au lavage de cerveau que les religions nous font subir dans l’enfance. Est-ce qu’elles peuvent réellement traumatiser un jeune, si tout se passe sans violence, ni contrainte, voire même avec beaucoup d’affection et très souvent beaucoup de plaisir? Ces occasions devraient permettre aux parents de faire le point sur la sexualité avec leur enfant plutôt que de paniquer.

Par ailleurs, il est strictement nécessaire de faire comprendre la responsabilité qui naît avec tous les rapports sexuels, car toutes expériences sexuelles impliquent nécessairement un engagement émotif.  

L’aspect émotif est primordial dans une relation sexuelle.

Est-ce qu’en retirant un enfant de sa famille ou en l’amenant témoigner dans un procès n’est pas plus traumatisant que d’expérimenter une certaine forme de jouissance? 

Les cas de nature sexuelle devraient être amenés devant des juges spécialisés et des psychologues qui cherchent le bien de l’enfant et non le respect aveugle de la loi ou pour faire un spectacle dans les médias.

Le bien-être de l’enfant doit être la priorité des priorités.

Le libre choix de l’enfant n’a pas à correspondre à la volonté de parents scrupuleux qui condamnent tout ce qui est sexuel.

Tous les êtres humains sont sexués. Personne n’y échappe. Nier cette réalité ou la voir comme une saleté, c’est se condamner à se haïr comme être humain. Pourtant, c’est ce que nous force de faire le système actuel en présentant toujours les rapports sexuels non autorisés comme des cochonneries ou encore pire, comme des perversions et des crimes.

Le péché et la perversité sont les interprétations religieuses de la sexualité pour dominer émotivement les individus.

Le péché sert à inculquer la mésestime de soi jusqu’à la haine de son corps. La mésestime permet une domination facile de l’individu croyant. D’ailleurs, la mésestime de soi est une autoroute qui conduit à la radicalisation. Il faut se racheter, payer pour avoir été ce que l’on est, dans le but d’être meilleur.

Par ailleurs, les écoles ou garderies doivent avoir les moyens de répondre aux questions, parce qu’aucun enfant n’a le même rythme de développement.  

En ce sens, il ne devrait pas y avoir de cours spécifiques sur la sexualité avant la fin du primaire.   Les jeunes qui ne se posent pas de questions n’en ont pas besoin. Il suffit d’avoir un personnel qui sache répondre aux questions et des instruments visuels qui offrent aussi les réponses. Actuellement, pour plusieurs, c’est moins gênant de lire un livre ou voir un film sur le sujet que d’en parler. Cela ne devrait pas être ainsi, mais.

Pas question de présenter la sexualité comme un danger, une saleté, une perversion, si elle se présente plus tôt dans la vie d’un enfant ou qu’un individu a une libido un peu plus forte que ces camarades. Faire un drame avec une expérience sexuelle, c’est pire que l’expérience elle-même. C’est ce qui crée la culpabilisation et la haine de soi.

D’ailleurs, la honte de sa sexualité fut un des principaux motifs de suicide chez les adolescents gais.

On parle des droits à être traité de la même façon pour tous, égalité absolue, dans la Charte des droits, mais tu ne peux pas demander un pardon si tu as commis un crime sexuel.

La peur des prédateurs devient facilement de la paranoïa quand elle est exagérée. Elle est souvent transmise par les médias ou les féminounes qui croient qu’elles doivent décider de ce qui est bien ou mal en matière sexuelle.

La peur de la pédophile entretient un âgisme à naître. La prudence est cependant nécessaire. Il existe effectivement des criminels qui s’en prennent avec violence à des enfants. Il ne faut pas nier la réalité, mais il faut se servir de sa tête pour ne pas traumatiser inutilement les jeunes.

Ainsi, les attouchements ne doivent pas être perçus comme si c’était un viol. Ils devraient être décriminalisés comme toutes les relations sexuelles sans violence, avec consentement, et ce, sans égard à l’âge, tout en acceptant cependant que soient interdits des rapports sexuels entre adultes et des enfants de moins de 10 ans, pour s’assurer qu’aucun enfant ne soit traumatisé ou blessé intérieurement, en entendant parler de la chose par la suite. Il faut éliminer les chances de créer une forme de culpabilisation due à l’ignorance ou aux croyances populaires.

Cependant, il faut voir une nuance entre une relation sexuelle venant d’une relation hautement affective, d’une séduction, et celle d’un individu qui a employé la force.   L’essentiel est de s’assurer que l’enfant n’ait subi aucun traumatisme. En faire toute une histoire est souvent le moyen par excellence pour marquer l’enfant qui est alors plus victime des valeurs adultes que des gestes subis ou posés.

Il est essentiel d’insister davantage sur le côté émotif de toutes les relations sexuelles, et par conséquent, de la responsabilité individuelle qu’elle engendre.

Combien de jeunes se suicident à cause de l’insuccès de leur premier amour? Il ne faut pas taire cet aspect de la sexualité : l’émotion.

L’interdit sexuel vient en partie du fait que la société ne voulait pas qu’il y ait naissance de bâtards parce qu’ils étaient à la charge de l’état. On ne veut pas d’avortement, mais on condamne une jeune fille-mère à la misère. On crie au meurtre pour une masturbation, mais les religions ont droit d’exiger l’excision. Qui est le pire bourreau ?

La priorité est, toujours et surtout, le bien-être des enfants. Les rendre coupables ou peureux peut être bien plus déplorable qu’un attouchement sexuel. Les enfants doivent se demander pourquoi les adultes deviennent fous dès qu’il est question de sexualité.

Rien ne justifie la condamnation de gestes sexuels s’ils ne sont pas violents, s’ils sont consentis, et surtout, s’ils sont amoureux. Mais, pour protéger les enfants, il est convenable de dire qu’aucun geste sexuel ne doit être posé avec un individu ayant moins de 10 ans. C’est une exigence légitime pour rassurer tout le monde, mais chaque cas doit être vu comme un cas particulier, et, par conséquent, ceux qui manquent à cette règle ne doivent pas devenir des personnes qui n’ont aucun droit pour le reste de leur vie.

Je me rappelle d’une dame qui avait peur de garder ses petits-enfants parce qu’elle craignait être accusée d’un geste inapproprié, si jamais elle devait changer la couche du bébé. Toute une peur que de penser que l’on peut t’accuser si on interprète mal un geste que tu crois devoir poser pour le bien de l’enfant. C’est ça, la paranoïa.

3- Toutes formes de pénétration doivent être interdites jusqu’à l’âge de 16 ans[2].

C’est la seule chose qui peut être violente et souffrante dans des rapports sexuels. Les caresses, la masturbation, la fellation sont des plaisirs autant pour les filles que les garçons. Comment peut-on expliquer la présence du clitoris sans référer au plaisir?

Si de tels gestes nous traumatisent, c’est à cause d’une éducation qui condamne tout ce qui est sexuel.  La peur que d’autres sachent ce que l’on vit devient en soi un traumatisme, car on n’arrive pas à évacuer sa culpabilité, sa honte d’être sexué. 

4- Il faut toujours dire la vérité.

Avoir une approche positive. Le phénomène qui conduit à la naissance est tellement extraordinaire qu’il est pervers d’y voir quoique ce soit de mal ou de sale.

5- À la fin du primaire, l’enseignement de la sexualité devient une nécessité, une urgence.

Il est préférable que le jeune apprenne ce qui touche à la sexualité en dehors d’une recherche sur les sites pornographiques qui se spécialisent dans les rapports sadomasochistes et la pénétration anale.

La plus grande différence entre une relation constructive et la pornographie est que la pornographie insiste sur une foule de mensonges que les jeunes détectent d’ailleurs plus vite que nous. Difficile de croire qu’une pénétration anale soit sans souffrances ou qu’il faut agir avec violence pour se procurer plus de plaisir. Le jeune sait très bien que le pincement du mamelon d’un gars ne peut pas procurer les plaisirs que montre la pornographie.

La pénétration anale est-elle souffrante? Si oui, pourquoi rechercher ce mode de souffrance? La pornographie insiste sur des irréalités : les hommes ont tous des pénis très gros et très longs. Le contraire de la réalité. La fille doit toujours être soumise, etc.

Que l’on aime ça ou pas, les scènes sexuelles sont extrêmement faciles à retrouver sur le net. C’est de l’angélisme que de vouloir les prohiber comme on défendait les magazines érotiques dans mon jeune temps. Qu’y a-t-il de mal à voir des gens nus? Rien ne justifie de tels scrupules.

Il faudrait simplement interdire la violence dans les scènes sexuelles.

La production pornographique peut cependant compromettre la vie des jeunes qui sont employés pour la fabrication des films, d’où la production devrait être interdite, à moins, que le jeune ait l’âge de consentement et soit vraiment libre de choisir d’y participer.

Que l’on fasse ce que l’on voudra, la sexualité existera toujours. Son apparition va de pair avec la sécrétion des hormones, et non, à la suite d’un jeu sexuel. Un garçon hétéro ne deviendra pas gai parce qu’il a été masturbé par un homme. L’orientation sexuelle ne se définit pas par une aventure sexuelle. Elle existe déjà à la naissance. C’est la nature profonde de l’individu qui, en plus, a une libido qui peut être plus ou moins forte.

Il est donc essentiel d’avoir des cours d’éducation sexuelle dès la fin du primaire pour permettre aux jeunes de se créer une morale personnelle.

Le plus important est la notion de consentement.

Le consentement est au centre de toutes les relations sexuelles.

Une relation sexuelle sans amour ou affection, sans responsabilité, sans plaisir est un échec. Il faut que le jeune apprenne qu’il n’y a pas de noui. Le refus ou l’acceptation à participer à des relations ou jeux sexuels doivent être très clairs. En fait, c’est ce qui doit marquer la différence entre ce qui est permis et ce qui ne l’est pas. Par contre, cette liberté permet de dire autant un oui qu’un non. Le non doit être très clair et ne porter aucune ambiguïté.

Voilà pourquoi il ne doit pas exister de doute. Tu ne peux pas vouloir et en même temps ne pas vouloir. Tu dois exprimer clairement et verbalement ton consentement ou ton refus. J’aime ou je n’aime pas complète le fait que ton corps n’appartient qu’à toi seul.

Les jeunes doivent comprendre que le langage non verbal est aussi un langage. Tu dois manifester immédiatement ton approbation ou ton refus, soit verbalement ou avec des gestes clairs. Tout doit être très clair. Tes gestes doivent traduire ce que tu veux.

Les neurologues sont les premiers à dire que la surprotection est pire pour le développement de l’enfant qu’une expérience consentie et agréable. Notre système psychique est à la recherche constante du plaisir.

Les notions essentielles à l’enseignement de la sexualité sont : les changements physiques apportés avec l’adolescence. La connaissance approfondie du corps du mâle et de la femelle. La beauté de la sexualité. L’importance de savoir dire oui ou non, que le consentement ce n’est pas un jeu. Le respect des différences sexuelles individuelles. La création d’une conscience personnelle. La vie émotive de l’humain. L’amour. Le danger de blesser quelqu’un d’autre. Les conséquences d’être hypocrite. L’essentiel besoin de s’aimer tel qu’on est. Le danger de se moquer ou d’accuser quelqu’un sans preuve. (Pas à la cour, mais dans les discussions). Je me rappelle un étudiant qui vivait l’enfer parce qu’on le disait gai alors qu’il était parfaitement hétérosexuel. Il a voulu souvent se suicider.

Il est important de faire ressortir l’amour dans la sexualité, la tendresse, et surtout, les effets émotifs dans toutes les relations.

Il faut insister sur le fait que la violence n’a rien à faire dans le sexe. La violence est ce sur quoi souvent se base la pornographie comme si on pouvait avoir un quelconque plaisir à voir souffrir un autre.

Pour qu’un rapport sexuel soit sain, il doit être agréable pour tous les participants. Il doit nécessairement se vivre dans le respect de l’autre.

On doit aussi aborder le fait que l’on puisse heurter l’autre si nos sentiments ne sont pas sincères. Cela peut même conduire au suicide, tout comme une culpabilité, une honte exagérée.

Finalement, insister sur la nécessité absolue de s’accepter soi-même comme on est.

Tout est relativement acceptable, tant qu’il n’y a pas de violence ou de domination.

6- L’âge de la majorité doit être l’entrée au secondaire pour respecter les différences individuelles du développement des individus. Mon corps m’appartient et à moi seul.

En fixant l’âge de consentement avec l’entrée au secondaire, les cours à la fin du primaire sur la sexualité sont complétés. Il est évident que le sujet ne peut pas être objet d’un examen. Ces cours sont de l’information pour t’armer pour faire face à la vie d’adulte qui commencera bientôt. À partir d’un certain âge, faire l’amour peut amener la naissance d’un individu que l’on met peut-être dans la misère.

La liberté est une forme de responsabilité.

Si les parents n’ont pas honte de la sexualité, ils pourront facilement aborder le sujet au fur et à mesure des cours donnés à l’école, selon le besoin de l’enfant.

Mettre un âge de consentement pour tous, c’est ignorer qu’aucun individu n’a la même vitesse de développement sexuel. Il y a des petits précoces comme des retardataires, mais dans aucun cas, ce n’est anormal.   Aucun individu n’est une copie conforme de l’autre, il faut apprendre à respecter les différences.

7- Changer le vocabulaire. Une agression comporte obligatoirement de la violence. Il faut légalement faire la différence entre une relation à caractère violent ou dominateur et une rencontre au cours de laquelle on se livre à des plaisirs sexuels.

Ces plaisirs existent à tous les âges et ne doivent pas être perçus automatiquement comme des perversions et encore moins comme des crimes, s’il y a différence d’âge. Celle-ci ne peut pas être justifiée, sinon pour faire plaisir à une société religieuse et bigote.

Les raisons religieuses de criminaliser les rapports sexuels sont basées sur de l’ignorance pure : a) on croyait que le sperme était une partie du cerveau ou de la moelle épinière 2- on croyait que le sperme était la broue résultant d’une trop grande chaleur en faisant l’amour et que ça pouvait être une forme d’épilepsie. On croyait que si l’on était trop jeune, les enfants seraient maladifs et sous la charge de l’état. C’est, comme aujourd’hui, en Arabie Saoudite, où l’on croit que les femmes ne doivent pas conduire d’automobile pour protéger leurs ovaires. Le sperme jouait aussi un rôle dans la hiérarchie sociale, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui.

Les jeux sexuels entre garçons gais n’entraînent aucune souffrance et sont très agréables. Les malaises sont le fruit son éducation religieuse qui présente le sexe hors mariage comme un péché.

8- Les médias n’ont pas à faire de promotion morale en parlant de tous les cas de désobéissance aux règles sexuelles. Il y a des choses bien plus importantes qui méritent notre attention. Il y a une différence absolue entre une séance sexuelle violente, non consentie et une relation sexuelle sans violence,  se déroulant avec amour et plaisir.

Le système judiciaire devrait intervenir seulement quand une des personnes a souffert d’une vraie agression. On devrait cesser d’examiner l’âge de ceux qui ont vécu les événements. On peut être amoureux très jeune et très vieux.

Les journaux ne devraient pas avoir le droit de parler de procès traitant de sujets sexuels tant que l’individu n’est pas reconnu coupable.

Juste en parler dans les journaux ruine la vie des accusés[3]. La personne reconnue ensuite non coupable ne peut pas échapper à la réputation que les médias lui ont faite. La vie de cette personne est brisée.

9- La peur de la pédophilie sème l’âgisme.

Il faut éviter que les jeunes pensent que toutes les personnes âgées qui s’intéressent à eux sont automatiquement des pédophiles. Les aînés ont beaucoup à apprendre aux plus jeunes. Plusieurs jeunes préfèrent la présence de personne plus âgée qu’eux, ce doit être un droit.

Si une femme voit un petit gars et dit qu’il est très beau, tout le monde vantera son sens de la maternité; pourtant, si un homme exprime le même sentiment, il sera automatiquement un présumé pédophile. Il faudra l’avoir à l’œil.

10-  Faire la différence entre hétérosexuel, homosexuel, pédéraste-amourajeux (10 et 18 ans) et pédophile (0 à 10 ans)  afin de permettre que chacun ait conscience de la réalité.

Seule la pédophilie, surtout s’il y a violence, devrait être bannie

Une caresse n’est pas une agression. L’interdit sexuel n’est pas une question de morale. Il n’y pas de mal en soit dans la sexualité, mais on essaie de respecter une règle admise par pratiquement tous les humains : il faut protéger les enfants.

Il faut cependant reconnaître qu’aujourd’hui les désirs sexuels s’expriment souvent de plus en plus tôt. Il faut cesser d’y voir du mal.

Plusieurs voient des dangers qui n’existent même pas. Tout le monde qui connaît le moindrement le web sait comment se procurer de la pornographie.

Il n’y a rien de mal dans la nudité. La peur de la sexualité crée plus de problèmes que son respect.

La peur de la sexualité comme le veulent les religions conduit à la mésestime de son corps, donc de soi. Cette mésestime porte à chercher un moyen de revalorisation. Plus la haine du sexe est forte, plus violente sera la réponse pour se revaloriser. L’intégrisme et la radicalisation sont l’aboutissement au besoin  de se retrouver un monde dans lequel on peut être fier de soi.

Il faut apprendre à être aussi fier de son corps que de son esprit, car l’un n’existe pas sans l’autre.

Texte revu et terminé, le 21 février 2017

                         Communiqué de presse

Mon livre « Dieu et le sexe » a été écrit dans le but très précis de trouver une solution préventive afin que la violence ne soit pas tolérée dans les relations sexuelles.

La répression sexuelle fut responsable de centaines de suicides chez les jeunes quand j’ai commencé à aborder le sujet. J’ai commencé à donner des conférences dans les années 1980 pour que cesse cette tuerie religieuse puisque notre façon de voir la sexualité nous vient des religieux. Les jeunes se tuaient quand ils découvraient leur homosexualité. Ils avaient peur de la haine sociale.

De fait, le péché de la chair est un cadeau de St-Augustin, comme le péché originel, entre 300-400 ans, après Jésus-Christ. La culpabilité est l’arme la plus fantastique pour diriger les individus. Le péché est un pouvoir aux mains des religieux. Pas besoin d’armée. La censure personnelle dicte l’agir.

La haine des homosexuels prétendait que les gais étaient tous des pédophiles en puissance, ce qui n’est absolument pas vrai. On a alors commencé à confondre orientation sexuelle avec l’âge. Les féminounes (et non féministes) ont inventé le terme pédophilie. On a nié l’existence de la pédérastie en Grèce antique. Les homosexuels ont su se libérer en mettant la crainte du sexe sur le dos des pédophiles, soit environ un pour cent de la population. En acceptant le mariage gai, on acceptait que ces derniers soient bien comme tout le monde. La peur diminuait.

Ce livre n’a pas été envoyé sur le marché parce que la Couronne me menaçait de me poursuivre. Elle prétendait qu’on pouvait reconnaître mon accusateur dans l’histoire de Malaise. Il a été prouvé que mon cas n’avait rien à voir avec celui de l’enquête Malaise.

 À la différence des sexologues ( cent piastres de l’heure) qui apprennent dans des livres la réalité sexuelle, je me base sur mon expérience de la vie pour définir une balise qui respecte pour  vrai l’intégrité des jeunes, selon la Charte des droits, tout en tenant compte de la réalité. Tout individu est sexué et l’orientation sexuelle existe bel et bien chez les jeunes. « Pas de violence, consentement clair et cours de sexualité pour préparer les jeunes à faire face à la vie », voilà ce que préconisent mes écrits que l’on cherche à interdire parce que j’ajoute que le sexe est un plaisir et non une forme de violence.

Richard Martineau et Jonathan Trudeau ont organisé une entrevue piège puisque le but évident était de me montrer comme une espèce d’abruti. J’avais trois minutes, sans préparation, pour répondre à une foule d’informations plus ou moins erronées. On aurait dit des chiens enragés quand ils m’ont interviewé. Ils ont mis l’entrevue sur Google pour monter leur grande sagesse.

Depuis, Edilivre, à Paris, a mis fin à son contrat d’éditeur par crainte, semble-t-il du scandale. Mais, les livres publiés à Paris sont de purs romans, donc des histoires inventées. C’est aussi très loin d’être un succès en librairie. Aucune vente en 2018.

« J’ai toujours voulu respecter la loi, ce qui ne m’empêche pas de voir les changements apportés sous l’ère de Stéphane Harper comme un retour à la justice de la vengeance. Vive la liberté d’expression ! Vive la liberté de conscience! Vous pouvez dormir en paix, juste dans les trois derniers mois, selon le Journal de Montréal, des prédateurs ont tué leurs victimes parce qu’ils avaient peur de la réaction populaire.

Dans mon esprit, un jeune qui se tue ou est tué, c’est déjà un de trop. Si le meurtrier est sculpté par la morale, il faut  combattre cette morale.

 La violence est ce qu’il faut combattre, pas le plaisir.     


[1] – Une pénétration non désirée est non seulement un viol, mais elle marque la jeune fille qui a honte de faire face à la société qui la condamnerait. Une situation qui n’existe pas chez un garçon surtout si on est gai en surplus.

[2] – Si on analyse les recherches faites sur la fréquence des activités sexuelles chez les jeunes, la  première surprise en est l’absence quasi-totale.

[3] – Il arrive souvent que deux personnes portent le même nom sans le savoir. Certains habitent même la même ville.

De la pudeur à la paranoïa (16).

avril 14, 2020

Il faut lire dans le sens de 1 à 10+

Ma réflexion sur la pédérastie a duré presque toute ma vie, avant d’aboutir à une certaine forme d’éthique que j’essaie de structurer. 

C’est évident que ma vie n’a pas été que des paroles. Ma vie est colorée par les amours que j’ai connues. Je ne les regrette pas, au contraire, j’aimerais les revivre, mais je suis trop vieux maintenant.

Voici quelques exemples qui nous tracent un portrait actuel de la pensée de la société.

Premier exemple : en amour avec son prof.

Un juge vient de condamner un professeur qui a entretenu une liaison amoureuse avec une étudiante, ce qui conduit nécessairement à des relations sexuelles, même s’il n’y a pas eu de pénétration.

Dans ce cas, il a été prouvé que la jeune fille était pleinement d’accord et qu’elle n’a subi aucun préjudice, sinon de voir la société s’emballer et publiciser son amour pour faire peur aux autres professeurs. Pour engendrer la peur, on a ruiné la vie du professeur qui a eu le malheur de tomber en amour avec cette jeune étudiante adolescente[1].

Cette relation s’est bornée à des caresses, des baisers et de la fellation, ce qui, doit-on l’admettre, ne fait pas tellement mal et traumatise moins que d’être dénoncé.

Le danger dans ces relations, ce ne sont pas les gestes sexuels, mais la difficulté émotive que pourrait avoir à subir une ou un ado quand surviendra la rupture ou la naissance d’un enfant.   Une adolescente enceinte peut signifier dans notre société une vie de misère, et après, on crie contre l’avortement plutôt que de lui venir en aide. Quelle charité!

Quand on est jeune, notre premier grand amour, c’est toujours la fin du monde. Tu crois vraiment que tu ne retrouveras jamais autant l’amour que cette fois. La rupture est tellement douloureuse qu’elle peut conduire au suicide. C’est ce qui est d’ailleurs arrivé avec le plus jeune des garçons que j’ai adoptés. Il s’est suicidé parce que sa blonde l’a quitté. Ce fut le pire moment de ma vie.

Le suicide est aussi possible quand le jeune se croit ignoré de la personne dont il est tombé en amour.

À l’adolescence, la valorisation de sa personnalité est exigeante. Qu’est-ce que je vais faire de ma vie? Se demandent les jeunes.

Faire croire que la sexualité est une saleté, c’est le premier acte qui conduit à la mésestime de soi.

On oublie de dire que la pédérastie est une réalité absolument homosexuelle. Le pédophile, lui, aimera autant un jeune enfant, gars ou fille, selon ses goûts. C’est une variante extrêmement importante, car vivre sa sexualité quand tu es un gars, ne présente aucun danger physique comme tomber enceinte. C’est la même chose, pour une lesbienne. Pourtant, on agit comme s’il n’y avait aucune différence.

Il faut donc réaliser « que de tomber en amour » est une réalité qui exige que chaque cas soit vu comme d’un point de vue particulier pour ne pas tuer émotivement un individu ou les deux.

Par contre, pour l’adulte, être accusé de pédophilie alors qu’on parle en réalité de pédérastie, c’est déjà être condamné à voir le suicide comme la meilleure solution contre une vie de misère à venir.

Je me rappelle mon ami, Marc L., qui avait créé des cirques en Éthiopie. Quand il a été dénoncé pour pédérastie, il s’est suicidé et il a écrit : « Je veux que mon suicide soit vu comme un assassinat. » Et, je suis parfaitement d’accord avec lui. Il était pédéraste, c’est vrai, mais il sauvait des centaines de jeunes de la misère et leur donnait un avenir. Que certains aient eu une relation avec lui, c’est quoi l’affaire, si elles étaient consenties. Ça, je ne le sais pas. Mais, j’admirais qu’il sauve ainsi autant de jeunes de la misère. C’est une preuve que la pédérastie pouvait donner naissance à des gestes charitables extraordinaires. On a mis tellement d’importance sur la chasse aux pédophiles qu’on lui confère même un statut international.

« Mieux vaut crever de faim que de jouer aux fesses », une réalité que tu peux assumer seulement quand t’es assez bourgeois pour ne pas savoir ce que c’est d’être pauvre.

Pour le jeune, qui est souvent encore en amour, voir celui qu’il aime être crucifié par la morale publique, c’est pire que les caresses.

Le seul motif de la condamnation est de passer le message qu’aucun professeur ne peut avoir de lien charnel avec un élève dont il est responsable. Il y a une différence entre être responsable et avoir été responsable quand tu cesses d’enseigner à cette personne.

Cela a guidé ma vie professionnelle comme professeur. « Never on the job ! » Cette réalité m’est entrée dans la tête, le jour, où j’ai tellement aimé mon travail que je ne voulais pas le perdre pour une aventure sexuelle passagère.

Imposer un âge pour s’aimer, c’est de la folie pure.

Je n’aurais jamais accepté avoir une relation sexuelle avec un étudiant à qui j’enseignais (pourtant, j’ai la libido très forte), car dans ce cas, il peut y avoir réellement un lien d’autorité. Un professeur pourrait faire couler un élève qui ne répondrait pas à ses avances. Dans ce dernier cas, qu’il y ait relation ou pas, ce chantage devient un viol en soi.

Par contre, ce n’est pas parce que tu es professeur que cette règle d’abstinence tient en tout temps, 24 heures sur 24, en tous lieux, jusqu’à la fin de tes jours, sous prétexte de donner l’exemple. Une telle règle signifie que le sexe est mal en soi, une aberration religieuse, qui repose sur l’ignorance de la réalité humaine. On n’entre pas en communauté quand on devient prof.

Ce qui est intéressant dans ce jugement, c’est que l’on a tenu compte du fait que la jeune fille n’avait subi aucune séquelle (elle n’a pas cherché une compensation financière ou à se venger) et que l’on s’en est tenu au message : Never on the job!

Que fait-on de l’existence des sentiments humains? Un prof est-il fait de marbre? Il y a une différence entre la contrainte et le consentement. Il devrait y avoir cette nuance, car autrement, c’est prétendre que la sexualité est mauvaise en soi. On ne protège plus les jeunes, on protège une morale que l’on impose au nom de religions archaïques.

Par contre, le pauvre prof devra réorienter sa vie dans une autre profession et, si les moumounes s’en mêlent, il sera pourchassé par les moralistes qui ne se mêlent pas de ce qui les regarde, jusqu’à ce que le suicide lui apparaisse comme la solution idéale. Roméo et Juliette, ça n’existe pas que dans les films et ce n’est pas toujours une lutte des classes, mais une guerre entre les « ordres » et la conscience personnelle.

À mon avis, la situation d’être en autorité dans le cas d’un prof s’applique seulement le temps où il enseigne directement, car là, il peut alors exercer une forme de chantage.

Un deuxième exemple : avoir un minimum de compassion.

Il y a quelques jours, une dame dans le Journal de Montréal demandait que les pédophiles soient condamnés à la prison à perpétuité. C’est pratiquement ce qui existe déjà, mais de manière plus hypocrite.

À première vue, étant donné la paranoïa que l’on a créée au Québec sur le sujet, c’est le gros bon sens. Qui accepte qu’un enfant soit molesté physiquement par un adulte? Personne, même pas un pédophile sincère. 

Cette dame manque carrément d’informations ou de jugement.

D’abord, il existe énormément de nuances quand il est question de crimes sexuels.

La pornographie est gratuite et a libre cours sur internet; mais on ajoute des policiers pour écouter et lire ce que disent les gens. Quel respect de la vie privée, on ne parle tout de même pas de terrorisme!

On oublie que la pornographie montre toujours des jeunes avec un pénis d’adulte, ce qui expose bien des jeunes à se croire anormaux parce que le leur est tellement plus petit. Ce n’est si ridicule que ça puisque l’acceptation de son corps comme il est sert à avoir une certaine fierté de soi.

On interdit de rendre publics les résultats de sondages faits auprès des jeunes afin que jamais on ne se rende compte que beaucoup vont sur des sites de rencontre dans l’espoir d’approcher un homme adulte, soit pour partager une expérience ou le traiter de maudit pédophile.

En fait, que tu regardes ne change rien pour ceux qui mettent ces sites en ligne; mais on te fait croire que tu es dans le mal total parce que tu regardes ce que les religions ne veulent pas que tu voies et encore moins que ça t’excite.

On refuse de rendre publics les sondages qui ont été faits et qui confirment que les jeunes sont moins niaiseux que le croient les parents.

La majorité des crimes contre les enfants n’ont rien à voir avec la pédophilie. Les crimes violents viennent surtout des psychopathes. C’est cette maladie mentale qui les empêche d’avoir la moindre empathie pour les victimes. Ces derniers enlèvent, blessent et tuent.

D’autre part, la très grande majorité des enlèvements se font entre parents qui veulent la possession de leurs enfants.

L’autre partie concerne le trafic d’organes. C’est à ce que je sache un crime plus répandu que l’on pense. Il y a aussi les crimes d’excision, mais quand en parle-t-on ?

L’esclavage sexuel concerne surtout les femmes qui sont souvent victimes de leur situation financière et qui cherchent un moyen de s’en sortir, quand elles ne sont pas tout simplement kidnappées et revendues. Incroyable, mais la traite des humains existent encore. Voilà une bonne raison de combattre une telle situation. On devrait y affecter le personnel nécessaire pour éliminer le trafic d’être humain.

Donc, la très grande majorité des crimes dits sexuels n’ont rien à voir avec les pédophiles. Ces derniers sont d’ailleurs moins d’un pour cent de la population, ayant des mœurs sexuelles différentes des autres.

Pourtant, les médias parlent presque exclusivement des pédophiles. Ça donne l’impression qu’il y a un pédophile à chaque coin de rue qui attend les enfants pour les déculotter sur place.

Comment peut-on dire aux jeunes que le sexe est très beau, si on passe notre temps à crier au danger.


On met en doute l’amour qui peut animer certains pédophiles pour leur petit chérubin. Qui suis-je pour juger?

Personnellement, je l’ai dit, je l’ai écrit et je le réécris, je crois que la pédophilie ne doit pas être tolérée, mais elle ne doit pas, non plus, devenir la guillotine à vie pour les personnes aux prises avec cette orientation sexuelle[2].

On doit éliminer le danger pour les enfants, mais ne pas nécessairement faire de la vie sur terre un enfer pour pédophiles.

Le meilleur moyen d’éliminer le danger est d’en parler, de pouvoir le vivre honnêtement, c’est-à-dire dans la franchise. Ça paraît complètement fou, mais c’est la réalité. Les parents, avisés qu’un tel ou une telle est pédophile, prendront le temps de discuter avec leurs enfants pour s’assurer que ceux-ci savent répondre à la situation.

Quand j’enseignais en Ontario, je devais, étant le seul mâle enseignant, me rendre surveiller les jeunes garçons que l’on amenait se baigner à la piscine. Les parents, qui me connaissaient, car ils venaient aussi de Barnston, où j’étais réputé comme aimant les jeunes de même sexe, ont décidé de me rencontrer et de me dire qu’ils laissaient les jeunes venir avec moi, simplement parce qu’ils leur faisaient confiance. Tout s’est évidemment très bien déroulé.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, j’ai apprécié cette démarche des parents. Ils étaient rassurés et je savais à quoi m’en tenir puisqu’il me connaissait.   J’ai admiré la confiance qu’ils avaient en leurs garçons. Ces parents avaient compris que leur vie leur appartient.

Un autre problème est que le système ne fait aucune nuance entre être pédophile, pédéraste (amourajeux) alors que les différences sont extrêmes.

Dans la majorité de ces relations, il n’y a aucune violence. Pourquoi en parler comme si l’enfant en sortait infirme? Le parent qui bat son jeune n’est-il pas plus dangereux? Le parent qui transmet sa paranoïa nuit au développement psychologique de son enfant, quoiqu’à son avis, il empêche le péché de se transmettre.

Souvent, ces relations ne comportent d’ailleurs aucune pénétration, mais des attouchements, masturbation, fellation. Ce n’est pas une caresse qui produit le plus de souffrance.

Le système ne fait aucune nuance quant à la gravité et la dangerosité des gestes, avec ou sans violence, avec ou sans consentement, avec ou sans séquelles. Chaque seconde du déroulement de l’événement fait l’objet d’une nouvelle accusation pour que ça ait l’air plus diabolique.

Un gars qui tue en conduisant saoul aura moins de problèmes à retourner dans la vie qu’un pédophile qui a partagé un amour et de la tendresse avec un enfant parce qu’il y a eu aussi des gestes à connotation sexuelle. La majorité des cas ne sont pas dénoncés par les enfants, mais par les mères et les grands-mères qui se sont donné le rôle de protectrices de la morale plutôt que de discuter avec leurs enfants et leur apprendre à choisir.

On ne tient d’ailleurs, dans bien des cas, aucun compte de l’effet pervers de ces dénonciations, même sur la victime. On ne  tient absolument pas compte de l’aspect relationnel entre les personnes concernées.

La différence la plus importante entre la pédophilie et la pédérastie est le changement au niveau de la conscience, au niveau du cerveau, au niveau des intérêts par rapport à la sexualité, due à la différence d’âge. Le symbolisme n’existe pas avant l’adolescence. 

On reste prisonnier d’une vision religieuse plutôt que de regarder ce que la science nous apprend sur la vie sexuelle des humains.

Le fédéral a d’ailleurs unilatéralement changé l’âge de consentement de 14 à 16 ans, pour obéir aux dictats des religions, de la police et de la droite. Est-ce qu’on respecte l’intégrité psychologique des jeunes ? Non, il faut que les jeunes croient qu’en jouant aux fesses, ils font quelque chose de très méchant. C’est carrément contre la Charte des droits, mais c’est accepté pour tous. C’est pourquoi la Charte des droits, c’est du Bla Bla. 

On oublie que dans le développement physique et psychique du garçon, les changements ne surviennent pas au même âge pour chaque individu, ni à la même vitesse.


Si on veut respecter l’intégrité de l’enfant comme l’ordonne la Charte des droits, l’âge de consentement doit d’être variable, d’où la nécessité de le fixer avec l’entrée au secondaire, précédé de cours à la fin du primaire qui leur fassent prendre conscience de la réalité sexuelle et des dangers qui y sont reliés. (sida, maladies vénériennes, etc.). On doit faire connaître les besoins d’utiliser les préservatifs, par exemple, ce que l’Église condamne.  

Cela ne veut pas dire qu’il faut alors commencer à avoir des relations sexuelles en bas âge ou que le jeune est déjà assez formé pour prendre une décision de vieux sage; c’est simplement respecter la vitesse de développement de chaque enfant.

Aucun enfant n’a la même vitesse de développement. Il s’agit de permettre le développement progressif d’une conscience personnelle. Cela fait partie de l’expérience à acquérir. Le jeune doit savoir qu’il a autant le droit de dire oui que de dire non. Il doit être conscient des responsabilités qui en découlent. La liberté n’existe pas sans responsabilités. Le droit à son intégrité.

Si le parent confronte le pédophile, en lui disant de laisser son enfant tranquille, il serait plus qu’étonnant que ça ne mette pas tout simplement fin à cette relation, si elle est jugée dangereuse. Il faut cependant savoir évaluer le danger réel, apprendre à se parler sans vouloir s’entretuer parce qu’on est différents.

Tenant compte de toutes ces nuances, on peut dire que demander la prison à vie ou des conditions sur des périodes de plus de trois ans pour un geste sexuel non violent, c’est de la démence.

Que le pédéraste puisse s’avouer pédéraste, c’est un des moyens les plus sécuritaires pour les jeunes garçons, car ils ne craindront pas de créer tout un scandale s’ils doivent en parler à des adultes responsables.

Troisième exemple : la victime ne dit pas toujours la vérité.

Une fille prend une pleine page pour dénoncer ce qui lui est arrivé à quatre ans. On peut mettre en doute ce qu’elle nous raconte pour deux raisons majeures : on se rappelle peu de ce qui nous arrive dans notre prime enfance, mais disons qu’elle le peut. Par contre, à cet âge, l’enfant ne sait pas encore la différence entre le bien et le mal, à moins de vivre dans une famille qui ne pense qu’à ça. Comment alors ne pas être traumatisé? Serait-ce encore une fois la morale sociale qui finalement traumatise le plus? Combattre ta sexualité, ta petite nature, c’est contre nature quoiqu’en disent les religions.

Les invitations à dénoncer prouve à quel point on a besoin de dénonciations pour justifier et augmenter, grâce aux statistiques, de verser plus d’argent à la police et aux « mouvements prétendument pour venir en aide aux enfants abusés sexuellement[3] ». Pas de dénonciations, pas d’argent qui entre; parce que les gens n’ont plus assez peur ou assez honte. On crée présentement une nouvelle mafia légale. La mafia du chantage érotique.

Il faut se rappeler que les commotions cérébrales sont plus dangereuses que toutes les fellations, mais les adultes semblent l’oublier ou l’ignorer.

La publicité faite sur les procès d’ordre sexuel à la télévision est là juste pour nous rappeler que le péché d’impureté existe, qu’il est toujours objet de sentences. On rappelle ainsi à tous que l’état a toujours un œil sur votre pantalon et gare à celui qui le baisse en dehors des endroits déterminés à cette fin.

Pendant que le monde se bat contre le radicalisme et la mafia, on paye des policiers pour tendre des pièges aux pédophiles qui probablement rêveront plus qu’ils ne réaliseront leurs souhaits[4]

Les jeunes savent qu’il existe toujours un moyen, un endroit pour dénoncer, directement sur le site visité quelqu’un qui a une approche inappropriée. Cette solution est moins dangereuse et plus payante, car la paranoïa sexuelle vire très vite en état d’hystérie collective.

On ne veut pas, seulement et surtout, protéger les enfants, on veut contrôler les désirs sexuels quitte à ne pas respecter la Charte des droits de la personne et la loi sur la vie privée.

Plus globalement, on essaie actuellement d’établir une dictature morale mondiale, en se servant de l’émotion et de l’aliénation.

Un compromis entre l’Islam radical,  le christianisme et les autres religions, où le sexe sera toujours le crime des crimes.

Lettre ouverte sur les pédophiles.

Un Québécois sans droit ?
Par M. André Sirois

Tribune libre de Vigile
mercredi 24 février

En ce qui concerne ce qu’il faut bien appeler malheureusement l’affaire Claude Jutra, serais-je le seul à m’étonner du silence des autorités publiques, du ministère de la Justice et de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse devant le lynchage du cinéaste?

La Charte des droits de la personne et de la jeunesse énonce à son article 4 que « Toute personne a droit à la sauvegarde de sa dignité, de son honneur et de sa réputation ». Sauf Claude Jutra?

La Charte ajoute à l’article 5 que : « Toute personne a droit au respect de sa vie privée». Sauf Claude Jutra?

La Charte ajoute aussi, à l’article 33 : « Tout accusé est présumé innocent jusqu’à ce que la preuve de sa culpabilité ait été établie suivant la loi. Et cette présomption d’innocence comporte le droit à un procès juste et équitable ». Sauf pour Claude Jutra qui n’a jamais été accusé de quoi que ce soit.

Par ailleurs, la Commission des droits de la personne n’a-t-elle pas spécifiquement pour mission « de veiller au respect des principes énoncés dans la (…) Charte », comme le stipule son article constitutif, l’article 57 de la Charte?

Par conséquent, comment se fait-il que, sauf erreur, on n’ait entendu ni la Commission, ni aucun de ses membres rappeler ces principes de la Charte et rappeler aussi que la Charte existe d’abord et avant tout pour éviter des dérapages pareils, des chasses aux sorcières, des lynchages publics ou des exécutions par tribunaux populaires.

Comment se fait-il aussi que la ministre de la Justice n’ait pas jugé bon d’intervenir pour rappeler qu’il s’agissait d’une affaire d’ordre public, qui est de sa responsabilité, et qu’elle a le devoir fondamental de voir au respect des droits garantis à chaque citoyen du Québec, y compris Claude Jutra?

Faut-il rappeler que la Charte n’est pas là pour protéger des droits que tous sont prêts à protéger spontanément d’un commun accord, mais que son utilité, sa nécessité, se manifeste pour protéger l’exercice de droits impopulaires et qu’elle sert alors à protéger les droits des minorités, voire des individus, face à des mouvements de masse et des manifestations aussi dangereuses et injustes qu’impulsives.

L’origine douteuse de cette affaire et l’ampleur des réactions, souvent plus émotives que réfléchies, qu’elle a provoquées méritent un examen sérieux.

Accepter ainsi ce type de justice par délire populaire est indigne d’un État de droit.

Déjà le Code d’Hammourabi, l’un des premiers textes juridiques, adopté, il y a plus de 3700 ans, prévoyait la peine de mort pour l’auteur d’accusations qu’il ne pouvait prouver. Et depuis ce temps, cette condamnation des accusations sans fondement a été constamment reprise dans d’innombrables codes et textes juridiques visant à protéger des droits fondamentaux.

Or, sur quoi reposent ces condamnations de Jutra? Rappelons d’abord que Claude Jutra n’a jamais été accusé de quoi que ce soit de son vivant (ni après sa mort d’ailleurs, il y a de cela 30 ans) et que, par conséquent, il n’a jamais eu le besoin ni la possibilité de se défendre contre quelque accusation que ce soit.

L’affaire repose sur quelques ragots exploités par le biographe de Jutra, M. Lever : « Quand j’ai écrit le livre, on m’a suggéré de traiter ce passage en disant simplement qu’il aimait les jeunes garçons sans employer le mot pédophilie, explique M. Lever. Mais je me suis dit que si je ne le faisais pas quelqu’un d’autre le ferait à ma place. » (Déclaration de M. Lever au Journal de Montréal, le 16 février 2016, p. 38)

Peut-on vraiment condamner quelqu’un ainsi? Remplaçons le mot « pédophilie » par le mot « meurtre » pour voir l’absurdité grossière du procédé de M. Lever.

Par la suite, comme souvent dès qu’une affaire de sexe est soulevée dans les médias, deux accusateurs, que certains médias identifient comme des « victimes », sont apparus; l’un exige l’anonymat (quelle serait la valeur d’un témoignage anonyme et non contesté devant un tribunal ?), l’autre s’identifie.

La façon normale de procéder est alors d’aller à la police et de porter plainte. C’est leur droit le plus strict. Il conviendrait alors de prendre leur témoignage et de l’examiner à la lumière des règles de droit puis de décider s’il y a matière à procès et, éventuellement, de faire un procès juste et équitable.

Au lieu de cela, on a immédiatement droit à une avalanche de condamnations à l’emporte-pièce, certaines provenant de gens de bonne foi plus inquiets que bien renseignés, d’autres de gens aux motivations beaucoup plus sombres. On a notamment l’impression que c’est une belle occasion d’accuser de pédophilie, par amalgame, les homosexuels, les bisexuels, les amateurs de sexe en général, les « flower people », les intellectuels et les « artisses ». Bel exercice de défoulement populaire et de psychothérapie de groupe. Mais où se trouvent la justice et le respect des droits ?

Il est devenu d’autant plus facile de condamner Jutra, célibataire, décédé et sans famille, c.-à-d. sans défense, que, dans les faits, son propre gouvernement, par son inaction devant le lynchage, l’a déjà dépouillé de ses droits fondamentaux. Et que, contrairement à certains autres, il n’a pas une puissante famille financière ou politique pour défendre sa mémoire et intimider d’éventuels accusateurs. Grâce à cette garantie d’immunité, on peut dire n’importe quoi et on ne s’en prive pas. C’est ignoble.

Jutra se trouve jugé et condamné sans jamais avoir été accusé de quoi que ce soit et sans avoir pu se défendre. Et il est condamné ainsi très publiquement et très officiellement par les autorités responsables de protéger ses droits et de protéger nos droits.

Faut-il souligner que le prochain lynché, la prochaine victime d’une chasse aux sorcières, ce pourrait être n’importe qui d’entre nous ? Et que notre gouvernement et notre Commission des droits de la personne ne feront rien pour assurer la protection de nos droits : la preuve en est maintenant faite.

Il y a sûrement lieu de tirer des leçons de cette malheureuse affaire et, pour cela, il faut au plus tôt constituer un comité d’experts indépendants pour voir comment assurer à l’avenir la protection des droits des personnes concernées, y compris au premier chef  la ou les victimes d’un tel lynchage.

André Sirois,
Avocat auprès d’organisations internationales,
spécialisé notamment en droits de l’homme.

Voici un cas illustrant le danger des personnes trop scrupuleuses dans notre société. Pourtant, toute la société québécoise a poursuivi la chasse aux sorcières contre Jutra. On a dénommé des endroits pour lui rendre hommage comme si le pénis de Jutra aurait été sa caméra.

Je termine avec une petite histoire qui prouve que la morale traditionnelle est plus dangereuse que moi pour les jeunes.

J’étais journaliste à la Tribune, de Sherbrooke. J’ai été envoyé couvrir un problème du à l’absence de gymnase dans un centre pour jeunes délinquants.

Puisque je devais interviewer des jeunes pour compléter mon reportage, j’ai avisé le directeur du centre que je suis pédéraste, donc, qu’aucune entrevue ne pouvait être réalisée, seul, avec eux.

Plus tard, le gouvernement a refusé de doter l’établissement d’un gymnase extraordinairement nécessaire, sous prétexte que j’avais fait le reportage.

Ce fonctionnaire imbécile venait au nom de la morale de priver les jeunes d’un instrument essentiel à leur réadaptation.

 Dans ce cas, qui eut le moins de respect pour les jeunes, ce fonctionnaire et sa morale ou moi ?

C’est parce que j’ai été pédéraste que je défends le droit des jeunes garçons de choisir leur sexualité.


[1] – Puis, on se demande pourquoi il manque de professeurs.

[2] – Qu’on le veuille ou non la pédérastie est une orientation sexuelle. Les pédérastes sont  attirés par des gens du même sexe, mais plus jeunes, ce qui fait dire aux professionnels du péché qu’il s’agit d’une déviance et non d’une orientation sexuelle. Moyen hypocrite pour que la pédérastie soit vue comme un crime.

[3] – Il faut cependant reconnaître que ces services sont essentiels pour ceux qui en ont vraiment besoin.

[4] -La Cour suprême à sept juges sur sept vient d’établir que la police peut créer un lien pour tendre un piège à un gars soupçonné de leurre sexuel et ce même si la victime n’existe pas. Quelle hypocrisie. Commettre des crimes d’intention …c’est du délire.

De la pudeur à la paranoïa (15).

avril 13, 2020

Lire dans le sens de 1 à 10+

La censure de l’écriture au Québec.

Qui peut défendre ce qui est condamné par tout le monde, sans perdre des plumes? Seulement prononcer le mot pédophile ou référendum suffit pour créer une paranoïa collective instantanée au Québec. 

Essayer de faire comprendre la vérité quant à la réalité sexuelle vécue par certains individus ne sert à rien. Les gens ont peur d’être étiquetés comme si la pédérastie était un virus qui s’attrape dans l’air. Qui mieux qu’un pédéraste peut exposer la pédérastie? Je sais maintenant que la liberté d’expression existe, seulement si on dit ce que le système veut entendre.

Expliquer, pour qu’il y ait un peu plus de tolérance, c’est pourtant ce que je veux faire à travers mes écrits. Je mets ma propre vie en jeu pour le droit d’exprimer des points de vue différents. Mes écrits se veulent un appel à la tolérance et à la lucidité. Je cherche à comprendre la société pour l’améliorer, mais les autres ont décidé que ce ne peut pas être vrai parce que je suis un pédéraste, donc, un criminel.

J’ai quand même eu plus de chance qu’un de mes amis. Malheureusement,  Marc L, un de mes meilleurs amis, n’a pas eu, lui, la chance de vivre après sa dénonciation. Il s’est pendu pour sauver son œuvre, des cirques qui permettaient aux jeunes de la rue en Éthiopie d’avoir une place où manger et pouvoir aller à l’école. Pédéraste, Marc a eu  le courage de s’enlever la vie. Les bonnes âmes pures devaient être très contentes ! Cette réjouissance marque le manque d’empathie de ceux qui se prétendent « normaux ».

À mon point de vue, la violence est le seul élément qui devrait être interdit quand il est question de jeux sexuels

Je vis pour affirmer que le pouvoir a travesti le système judiciaire en inquisition moderne permanente. 

Sociologiquement puisqu’il ne reste plus que les pédophiles à haïr, la haine sociale s’abat toute sur eux. Elle est proportionnelle à la peur que l’on arrive à créer. 

Dans ce livre-ci, j’essaie aussi de faire comprendre qu’il y a une différence fondamentale entre un viol et des jeux sexuels, entre pédophile et pédéraste.  

Il y a plein de nuances dont on ne tient pas compte, à cause du mot pédophile qui ne veut rien dire.   La haine est trop forte pour la moindre tentative de compréhension.

Le système devrait mettre autant d’argent pour combattre la violence qu’il met pour combattre les pédérastes et pédophiles. La vie serait changée. 

Par contre, le consentement deviendrait vraiment essentiel.   Un « oui » ne serait plus un noui et un « non » serait assez clair, pour servir de preuve dans les accusations à caractère sexuel.

Un viol existe que s’il y a eu de la violence. Prétendre qu’un toucher inapproprié est un viol est carrément malade. Il n’y a pas de viol, s’il n’y a pas de violence et de pénétration. C’est ce manque discernement qui fait qu’une loi devienne un geste fasciste.

La vie sexuelle des ados ne regarde pas les mères et les grands-mères qui se font un plaisir de dénoncer à la place des jeunes, sous prétexte de vouloir les protéger. Elles ne protègent pas, elles imposent leur morale. Elles surprotègent.

C’est un accroc au droit des adolescents à leur intégrité physique et morale, à leur droit de dire oui ou non, j’aime ou je n’aime pas, à leur droit fondamental de liberté de conscience.

Les individus sont libres de dire oui ou non à une expérience sexuelle sans violence ou domination. Cela fait partie de leurs expériences de vie.

La nouvelle censure

Tu ne risques pas la prison pour dire ce que tu penses, si tu ne crois pas que ce que tu proposes est mieux pour la société dans laquelle tu vis.
Mes livres s’adressent aux adultes et non aux jeunes, qui eux, ont la littérature de jeunesse.

Les bibliothèques ont toutes des sections réservées aux jeunes et aux adultes.   Alors pourquoi refuse-t-on mon livre de poésie La liberté en péril, à la bibliothèque de Magog et Coaticook? Je n’y dis absolument rien d’illégal. 

Ce refus est justifié sous le prétexte que mes écrits ne correspondent pas à la politique de la bibliothèque. Ainsi, mes écrits ne seront jamais présents à Magog (où je suis né) et à Coaticook (j’ai passé mon enfance à Barnston), donc, dans les lieux où j’ai vécu enfant. 

C’est une nouvelle forme de censure : les bibliothécaires décident de ce que les gens peuvent et doivent lire. Mon ex éditeur prétend ne plus pouvoir me publier mes textes parce que l’imprimeur refuse les livres dans lesquels apparaît mon nom. Ma dernière nouvelle a été publiée sous le pseudonyme de Pierre Patrice.

Ça change quoi qu’un écrivain ait un dossier judiciaire et soit pédéraste.    Sur le plan judiciaire qui a la connaissance littéraire nécessaire pour juger de la valeur des textes littéraires ? Comment un roman peut-il ignorer la pédérastie, si cet élément est essentiel à la compréhension du roman ? Que fera-t-on des textes qui essaient d’être drôles ou ironiques ? De toute façon, un écrivain pédéraste n’écrit pas avec son pénis[1].

Où est le droit d’expression?

La peur du sexe ne peut exister que si elle est semée dans l’enfance. Elle fournit une raison d’avoir honte de son corps et de multiplier la paranoïa.

Pourtant, nos psychologues ne parlent jamais des dommages causés par la culpabilité créée par le surmoi, principal responsable de la peur du sexe. Ils semblent ignorer les effets néfastes de la projection des adultes soi-disant purs sur les enfants.

La réflexion sur la pédérastie est tellement émotive qu’elle élimine toute forme d’objectivité. La réaction au cas Jutra montre jusqu’à quel point la peur du sexe est devenue hystérique au Québec.

Cette peur d’entendre un autre point de vue a créé une censure maladive des  écrits et des visites sur internet.

La sexualité est l’objet d’une dictature religieuse et judiciaire universelle.

Aucun crime sexuel, sans violence, ni domination, ne justifie qu’un individu puisse être haï pour le reste de sa vie, même après sa mort, juste parce que l’objet de ses amours ne correspond pas à l’âge que l’on exige.

Même essayer d’éclairer le débat est punissable de prison. Vive la liberté d’expression!

Maintenant, on veut interdire de décrire, même chez les adultes, des scènes qui pourraient être vues comme étant de nature pédéraste. On oublie que ce qui se passe entre un adolescent et un adulte, c’est exactement la même chose que ce qui se passe entre deux homosexuels adultes. Pourquoi c’est bon pour l’un et mauvais pour l’autre? Quelle hypocrisie! Il suffit de dire que les deux personnages qui font l’amour ont 18 ans pour devenir légal. C’est strictement de l’idiotie pure, mais c’est ça la loi quand on ne la change pas pour l’adapter aux nouvelles connaissances.

À mon avis, dans la vraie vie, les plaintes doivent seulement provenir des personnes concernées et une attention toute spéciale doit être portée au bien-être de l’enfant qui peut aussi, dès qu’il y a procès, être écrasé par des parents scrupuleux. Cette situation est mille fois pire que les petits jeux sexuels.

Il faut aussi respecter les émotions, de manière à ce que le jeune ne se sente pas devenir un monstre parce qu’il a consenti à participer à des relations sexuelles.

Rien ne justifie que l’accusé d’inconduite sexuelle ne puisse bénéficier du même traitement que tout individu qui a fait son temps. Si un meurtrier peut revivre normalement après avoir purgé sa sentence, pourquoi un accusé de crime sexuel ne pourrait-il pas bénéficier de la même clémence? Est-ce que tuer est moins pire qu’une fellation? Contrairement à l’éducation passée, la masturbation, seul ou en couple, est dorénavant vue comme très positive pour retrouver son équilibre[2].

A-t-on un registre public des personnes qui ont tué, conduit en état d’ébriété, vendu des drogues fortes et qui sont maintenant libres?

Le registre des prédateurs sexuels, tant demandé, ne servirait qu’à rendre encore plus impossible la vie de ceux qui sont reconnus coupables d’être attirés par les jeunes. 

Les malades de la morale sont aussi, sinon plus dangereux, que ceux qu’ils qualifient de criminels.

Toutes les règles concernant le sexe sont le fruit d’une interprétation de ce que Dieu a dit, selon les religions.

C’est le tapage social que l’on fait qui traumatise le plus le jeune, mais ça on refuse de le voir, car, ça condamne la morale religieuse que l’on applique.

Le regard des parents, dans l’état actuel de notre société, est une condamnation, dès qu’ils découvrent la situation.   Pourtant, ce devrait être plutôt l’occasion d’une bonne discussion en profondeur avec son petit.

En discréditant toujours la sexualité, les jeunes ne peuvent pas croire autre chose que le sexe est mal. Comment ne pas se sentir coupable ou honteux et ne pas avoir peur que l’on découvre qu’on a accepté de jouer aux fesses?

En écoutant ce qui se passe autour, le jeune qui se découvre différent sexuellement ne comprend pas toujours.  Ce malaise fut la raison profonde de centaines de suicides chez les adolescents.  

J’ai donc commencé à donner des conférences sur la pédérastie, vers le début des années 1980. Le terme « pédophilie » n’avait pas encore été inventé. 

Le but était de comprendre vraiment les conséquences d’une relation sexuelle avec des adolescents et obtenir que l’on fasse une différence nette entre une relation sexuelle avec ou sans violence.   Un toucher n’a jamais blessé qui que ce soit, ça ne peut pas être condamné aux peines réservées au viol et obtenir plus de publicité que la pègre .

À mon avis, la meilleure protection de l’enfant était, et est encore, de vivre sans mensonge et sans secret ; mais il n’est pas possible de pouvoir s’afficher pédéraste, à moins de cesser d’avoir toujours peur de la société.

La très grande majorité du temps, les relations pédérastes se traduisent par une attirance réciproque qui se transforme souvent en amitié, un véritable bonheur vécu par les deux. S’il n’y a pas de violence, ces gestes sont le fruit d’une complicité dans le plaisir. Le seul but visé de mes conférences fut toujours de combattre la violence, grâce à la connaissance et à la tolérance. Je voulais combattre les mensonges de ceux qui nous abreuvent de peur, mais qui vivent la même chose qu’une liaison  pédéraste, mais en ayant 18 ans et plus. Tous ces récits scrupuleux décrivent la pédérastie comme un danger d’être blessé, tué et accuse le pédéraste de manipuler le jeune comme si à l’adolescence tu ne sais pas déjà ce qui est bien ou mauvais pour toi.

Le pédéraste qui saute sur tous les jeunes qui bougent est du domaine de la légende urbaine pour ne pas dire de la paranoïa. 

Par conséquent, si la société voyait d’un autre œil la pédérastie, l’idéal serait que le pédéraste puisse en parler sans craindre son entourage, affichant son orientation sexuelle. Ainsi, il devrait se surveiller parce que le jeune est capable de parler sans danger, sans gêne, aux autres adultes de ce qui lui arrive. Cela lui donnerait le pouvoir de dévoiler ce qui pourrait être inconfortable pour lui. Quand ça arrive aujourd’hui, le parent court au poste de police pour dénoncer, en vue de faire coffrer « le cochon qui a osé toucher son fils, qu’il ait aimé cela ou pas. »

Évidemment, il faudrait que la situation change, car, qui serait assez masochiste, dans le contexte actuel, pour se dire pédéraste ou pédophile, surtout que l’on confond les termes, ignorant la différence.

Il suffit que l’on te soupçonne d’être pédophile pour que tous les fascistes rêvent de te casser la gueule, se prenant pour de grands justiciers. Qui voudrait passer sa vie en espérant que jamais personne ne sache ce qu’il ressent, en hypocrite ? Qui peut être assez fou pour dire aux autres qu’il aime les garçons ?

En continuant de se servir de la peur comme moyen éducatif, on fait en sorte que l’être que l’on prétend la victime ne peut pas en parler, de peur des réactions de l’entourage[3].  

Il y a toute une différence entre parler d’une situation qui nous incommode ou dénoncer. Dans le premier cas, on cherche une solution, alors que dans l’autre, on cherche une vengeance.

Désirer sexuellement un tout jeune enfant est tout à fait incompréhensible pour moi. L’enfant ne représente rien d’intéressant sur le plan sexuel. C’est d’ailleurs ce qui fait que je ne suis pas pédophile.

Par contre, à partir des pédophiles que je connais, je sais que cette relation peut être amoureuse et pleine de tendresse. La relation semble bien plus émotive que sexuelle. Mais, je peux me tromper. Comme il est évident qu’il existe des pédérastes ou pédophiles dangereux d’où l’importance de la prévention.

Je comprends aussi les parents parce que j’aurais aussi sorti les griffes, si quelqu’un avait forcé un de mes gars à jouer aux fesses, sans son consentement. Par ailleurs, ils étaient libres de consentir ou pas.

Qui peut être assez fou pour défendre un pédophile? C’est se condamner à être rejeté absolument par toute la société. C’est ne plus pouvoir vivre parce que les gens autour meurent de peur que cet individu force leur enfant à avoir une relation sexuelle. Tous les machos rêvent de casser la gueule aux pédophiles et certains, pourtant, battent leur femme, ce qui est aussi pire, mais ça ne se sait pas.

On préfère entretenir la peur et nourrir la paranoïa.

Où est le droit à la conscience personnelle?

Acquiert-on le raisonnement qu’à partir de 16 ans? C’est, au contraire, une faculté qui se développe avec le cerveau et le fruit des expériences.

Le but de l’éducation est justement de te permettre de te créer une conscience personnelle, de développer un esprit critique.

On ne respecte pas la différence entre la pédophilie et la pédérastie. C’est pourtant extrêmement important.

La  pédophilie touche les jeunes de 0 à 10 ans. Or, selon Freud, les enfants vivent, habituellement, une période de latence, c’est-à-dire une période où ils ne sont pas intéressés au sexe entre cinq ans et dix ans;   tandis que la pédérastie touche la période de plus de 10 ans jusqu’à l’âge adulte.

Or, c’est à ce moment que s’effectuent le réveil sexuel et l’apprentissage à la liberté.

Le réveil sexuel est une question de gênes et d’hormones, et non pas, le fruit d’une aventure.

On ne tient pas compte du fait que ces relations sont souvent basées sur des émotions, des camaraderies.

On a toujours entretenu la peur qu’un jeune devienne homosexuel s’il avait le malheur d’avoir une expérience homosexuelle durant l’adolescence, d’où la peur de la pédérastie. C’est le contraire de ce que nous apprend la science.

L’adolescent peut connaître des aventures gaies sans ne jamais dévier de sa nature profonde, s’il est hétérosexuel. Ce n’est qu’un passage lui permettant de découvrir et d’identifier sa réalité sexuelle profonde. Il peut comparer. Il est important pour ce jeune de ne pas être humilié et de pouvoir avoir une belle image de lui.

Dans mes cours, on a découvert qu’un jeune que l’on disait gai était hétérosexuel et que cela le faisait absolument souffrir. Il a très souvent songé à se suicider. Juste cette révélation justifie les cours d’éducation sexuelle que je donnais en compagnie d’une infirmière. Sans le vouloir, on a peut-être sauvé une vie.

Il est scientifiquement reconnu comme normal pour un adolescent de connaître des aventures gaies. Cela fait partie du processus d’identification. 

Le problème vient des parents qui voient une honte profonde dans cette orientation sexuelle. Ils ont peur de subir la honte sociale. Qui aurait besoin de consultations? 

Les enfants ne sont pas la propriété des parents, même si ceux-ci s’en occupent jusqu’à la majorité. C’est une vérité difficile à accepter. J’ai aussi vécu une paternité[4] et je comprends qu’il peut être difficile d’accepter que le jeune ne pense pas comme les parents. 

Les parents sont là pour les éduquer, c’est-à-dire permettre au jeune de devenir indépendant, autonome, avoir sa propre opinion.

Aujourd’hui, heureusement, on reconnaît que l’on peut être bi, même trans, et on essaie de ne pas en faire un plat.

Alors, qu’est-ce que l’âge vient faire dans les relations sexuelles? Que tu sois un  gars de 13 ans ou 50 ans, tu ressentiras physiquement exactement la même chose, soit du plaisir. Comment peut-on alors employer un langage qui parle de victime, d’abus, d’agression? Peut-on être victime du plaisir?

En fait, nos règles concernant la sexualité repose sur notre absence de confiance aux jeunes. On ne les trouve pas assez développés mentalement pour leur donner le droit de choisir. On va même jusqu’à réinterpréter leur droit à l’intégrité physique, morale et mentale pour s’assurer que les adultes décident ce qui est bien pour eux.

L’adolescence est surtout marquée par la découverte du plaisir qui accompagne la masturbation. Loin de donner des boutons, comme le prétendait la religion, la masturbation est l’élément le plus efficace contre le stress et la mélancolie, si on n’en abuse pas, évidemment. On a d’ailleurs découvert que la masturbation fréquente chez les garçons aide à éviter un cancer de la prostate quand ils seront adultes. Ce n’est pas une raison pour les y encourager, mais une bonne raison d’arrêter d’essayer de faire peur aux jeunes quant à la masturbation. La masturbation délivre du stress, mais la culpabilité qu’engendre notre morale actuelle tue l’amour de soi à long terme.

Avec notre éducation, le sexe est en soi dégueulasse, une perversité

Un geste grandiose, pour celui qui croit dans la liberté sexuelle, devient une infamie, pour celui qui a été élevé scrupuleusement. 

Ceux qui font la chasse aux pédophiles et aux pédérastes s’imaginent tout simplement comment se passent les choses et ne peuvent pas croire qu’il peut y avoir un sentiment d’amour, beaucoup de tendresse, un plaisir fou dans la pédophilie ou la pédérastie. On ne peut surtout pas concevoir que le jeune puisse aimer ça. C’est pourtant très souvent le cas. On a tous le besoin d’aimer et d’être aimé.

On ne voit que le côté danger parce que l’on ne sait pas faire la différence entre un pédophile, un pédéraste et un psychopathe. Tous les pédophiles que j’ai connus se disent en amour avec le jeune et je n’ai aucune raison de croire que c’est faux.  La pédérastie, c’est d’abord être attiré par la beauté des garçons. C’est l’amour-passion.

Mes réticences face à la pédophilie sont plutôt de l’ordre de la capacité du jeune à dire oui ou non en pleine conscience, en toute liberté.Ce problème s’estompe avec son vieillissement, d’où la pédérastie est plus acceptable. On sait ce que l’on veut et que l’on aime bien avant 16 ans.  Prétendre le contraire est d’un mépris total de l’intelligence des jeunes.

Quand on est parent, on est porté à protéger nos enfants, protection qui rime parfois avec surprotection. Alors, on sait maintenant que la surprotection est le pire ennemi du développement mental chez l’individu.  De plus, le cerveau à l’adolescence est très résilient. Des jeunes battus durant l’enfance sauront redonner un sens positif à leur vie, s’ils vivent plus tard dans un milieu normal et capable d’affection.

D’ailleurs, en quoi la sexualité d’un individu regarde-t-elle les féminounes qui se regroupent de plus en plus, pour combattre les pédophiles, sous prétexte de protéger les jeunes? N’est-ce pas plutôt qu’elles se mêlent de ce qui ne les regarde pas.

Il faut ajouter que les mouvements d’aide aux victimes sexuels ont besoin de crimes pour avoir plus de subventions, car celles-ci répondent aux besoins fixés par les statistiques. Il faut des victimes pour que ce soit payant.

On facilite l’ostracisme du pédophile et du pédéraste. On agit comme si la pédérastie était un mal qui s’attrape au contact des uns et des autres. On les isole. On leur rend la vie impossible. Ce qui est nettement contraire à la Charte des droits. Des études démontrent que les pédophiles ostracisés passent plus facilement à l’attaque. La vie étant un équilibre, mêmes  les pédophiles ont besoin de se sentir aimé. Les jeunes, par naïveté peut-être, aiment sans se demander si l’autre est bon ou mauvais, selon les normes sociales. Tous les individus ont des qualités à développer, ce qu’ils feraient s’ils n’étaient pas rejetés.

Pendant ce temps, on libère des membres des Hells Angels qui font commerce de la prostitution et des drogues fortes qui, elles, mettent le cerveau des jeunes en danger. Tuer un cerveau est devenu moins pire que de jouer aux fesses, comme on appelait ça quand j’étais jeune.

On agit, comme dans le cas de ceux qui aujourd’hui deviennent terroristes pour améliorer leur perception d’eux-mêmes, leur soif de justice et de pureté, afin de se laver de leurs péchés, afin de cesser d’être des riens dans la société; ce qui les amène à choisir à devenir un martyr pour prendre de la valeur, oubliant qu’en tuant, ils posent le geste le plus susceptible de les précipiter en enfer, plutôt que de garantir un paradis avec des vierges.

L’approche scrupuleuse permet à la violence de s’installer avec la peur.


C’est ce qui m’a motivé à écrire : éliminer les possibilités de violence dans toutes relations sexuelles, impliquant un jeune. Le but de mes écrits a toujours été de faire comprendre et de chercher des solutions.  Je cherche depuis des années à savoir comment un pédéraste peut vivre sa réalité sans mettre un jeune en danger. Qu’est-ce qui doit absolument être interdit ou toléré?

Il faut en premier dédramatiser les situations. Un garçon pourra tout au plus bander, éjaculer et débander, lors d’un jeu sexuel. Éjaculer est un plaisir, et non une blessure. 

S’il n’y a pas de violence ou si le jeune ne subit pas l’influence d’un milieu hautement scrupuleux qui lui fait croire qu’il vit dans le mal et devient le pire des démons, normalement, une aventure sera vite oubliée. S’il a aimé ça véritablement, il voudra recommencer. Si tu vis dans un milieu qui n’en fait pas tout un plat, il est impossible de se culpabiliser au point de déranger ta vie[5].

Par ailleurs, on ne me fera jamais croire que la victime retourne volontairement voir son bourreau si elle n’a pas aimé ça. Elle peut le nier pour se croire encore pure par besoin de se justifier et se pardonner. C’est un moyen utilisé pour avoir de nouveau du plaisir alors que l’on ne sait pas encore que ce sera su. On est ambivalent à savoir si c’est mal ou si c’est bien.


[1] La maison d’édition Edilivre, à Paris, vient de briser son contrat avec moi. Le jeune espion ainsi que Les derniers amours de Platon ne seront plus vendus, Ce sont des livres de pure fiction.

[2] -La masturbation en couple, Journal de Montréal, 2 septembre 2018, p. 30

[3] – Les gouvernements donnent des millions aux organismes chargés de « préparer les dénonciations et les témoignages de ce que l’on appelle les  « victimes».

[4] – J’ai adopté deux jeunes du Bangladesh. J’entends évidemment les gueules sales dire : « on sait pourquoi ». Justement ils ne le savent pas.

[5] – C’est différent pour une fille. Juste le fait d’être pénétrée donne une toute autre dimension à une relation sexuelle, surtout qu’advenant une grossesse, c’est la fille qui sera prise à devoir s’occuper du bébé.

De la pudeur à la paranoïa (14).

avril 13, 2020

Il faut lire dans le sens du no1 à 10+

Peut-on condamner tous les  pédophiles, même les passifs, sous prétexte qu’ils pourraient éventuellement être un danger, même ceux qui ne seront jamais violents? C’est contraire à la Charte des droits.

On devrait peut-être soigner ceux qui souffrent d’une peur irrationnelle de la pédophilie? Être trop scrupuleux est une forme de névrose obsessionnelle, parfois même de paranoïa.

La définition de la pédophilie est si large que presque tout le monde, surtout les hommes, peut être pédophile. Il suffit d’être sexuellement attiré par les enfants. La beauté peut être en soi un attrait sexuel. On triture cette attirance que l’on tire souvent par les cheveux pour accuser surtout des hommes.

Tout le monde est pédophile parce que tout le monde aime les enfants et est émerveillé par eux. Le problème n’est pas là, mais sur le plan sexuel génital seulement. Notre éducation fait en sorte que le jeune pense que la sexualité est mauvaise. Tant qu’il ne sera pas assez âgé pour décider lui-même en conscience si c’est le cas, il craindra et méprisera tout ce qui est sexuel parce que c’est un point de vue quasi unanime des adultes. Quand il sera adulte, on dira qu’il a des problèmes à cause de ce qui est survenu plus tôt, mais rien ne justifie cette assertion. Ne pas pouvoir bander peut être dû à des milliers de raisons, le stress en particulier.

Le pédophile, celui dont la société doit se protéger, est celui qui passe à l’acte avec violence. La dangerosité devrait être la première chose dont on tient compte, dès que l’on apprend qu’une personne est pédophile.   On n’a pas le droit de condamner un individu, seulement sur le fait qu’il soit attiré par les enfants. C’est du fascisme pur.

Pour respecter l’égalité homme femme, on a réinventé, comme à l’époque de l’inquisition, que le sexe est un danger.   Les féminounes ont projeté leur haine de la sexualité sur leurs enfants. On ne s’est jamais demandé s’il existe une différence dans la manière de vivre sa sexualité, selon que l’on est un homme ou une femme, hétéro ou gai.

Au Québec, il n’y a que la voie féminoune qui est acceptée. Faudra-t-il que les hommes abandonnent leur réalité pour se soumettre à la pensée féminoune et renonce à leur perception de la sexualité?

Par ailleurs, il faut dire que le vrai féminisme, lui, avait engendré le respect des femmes et il a combattu, avec raison, la violence faite aux femmes.   Aujourd’hui, cet acquis prend parfois des airs de grande exagération. On retrouve le mot harcèlement dans toutes les sauces.

La différence homme femme est mieux perçue si on prend conscience que les femmes recherchent la sécurité du couple alors que d’autres, les homosexuels en général, par exemple, ont une moyenne de plus d’une centaine de partenaires au cours de leur vie.

Quand il est question de sexualité, on confond tout.

Cela s’explique surtout par notre éducation durant l’enfance. On maximise le danger de relations sexuelles chez les filles à cause de la procréation, on sacralise la maternité dans les normes de la société et on applique cette distinction de manière à rendre la vie intenable à toutes les femmes qui veulent vivre libres et maîtres de leur sexualité, en dehors des normes.

Criminaliser la prostitution individuelle est un moyen hypocrite de diriger la sexualité des adultes alors que le système prétend ne jamais vouloir s’immiscer dans les chambres à coucher des adultes.

La prostitution devrait être complètement libre sur un plan individuel alors que le proxénétisme, lui, devrait être sévèrement interdit.

Les prostituées sont assez intelligentes pour savoir si ce mode de vie les avantage ou non. Pourquoi prétendre que les mouvements contre la prostitution savent mieux que la personne concernée, si cela lui plaît ou non? La sexualité est une affaire très personnelle.

En réalité, à moins qu’il y ait violence ou domination, il n’y a rien, absolument rien de mal dans les relations sexuelles.

C’est un droit individuel qui est étouffé par la majorité, qui obéit aveuglément aux religions.

Le rôle de l’état dans ce domaine est d’assurer la sécurité des individus et non pas de jouer au gendarme de la morale.

Le système devrait mettre autant d’emphase à combattre la violence qu’il met pour s’en prendre aux activités sexuelles. Le jour où l’on fera une distinction entre une activité sexuelle violente et abusive et une relation de tendresse, de fascination, on aura commencé à évoluer.

Le choix de la manière que tu vis ta sexualité est un droit fondamental, le droit à la vie privée. Ce qui se passe dans ta chambre ne regarde personne, même sur internet, sauf, le leurre d’enfant qui consiste à séduire un enfant pour prendre un rendez-vous avec lui. Question de sécurité. Si les parents éduquaient leurs enfants en cessant de toujours avoir peur de parler des réalités de la vie sexuelle probablement qu’il y aurait moins de cas d’abus sexuel sur internet. Les jeunes savent mieux que les personnes âgées comment changer de lien si ce qui s’y passe ne lui plaît pas.

D’ailleurs, on devrait bannir le droit à se servir d’un pseudonyme sur internet. Si tu n’as pas courage de dire ton nom, ton opinion ne vaut pas grand-chose. L’anonymat est devenu une force sociale aveugle.

On a inventé l’hypersexualité tout simplement parce que la pornographie est plus facile d’accès maintenant qu’autrefois. Autrefois, il y a avait Playboy que l’on cachait et on faisait un drame dès que l’on en trouvait un, même si cette curiosité est tout à fait normale.

Le problème en sexualité est d’exagérer les dangers.

Ce n’est pas parce qu’une personne est pédéraste ou pédophile qu’elle va automatiquement sauter aux organes génitaux de tous les jeunes qu’elle aperçoit. Penser que les jeunes ne sauront pas se défendre est plus que nettement condescendant. C’est une réalité absolument fausse dans la plupart des cas. On oublie la force du groupe, des amis, à l’adolescence.

Aujourd’hui, il y a l’internet. L’accès à la pornographie est d’une facilité quasi absolue. La peur de cet intérêt pour la sexualité est une véritable paranoïa collective. Quand un jeune est nu devant sa caméra, on en fait la première page du quotidien au lieu de lui parler et lui faire comprendre les dangers reliés à des relations douteuses.

On veut, comme avant, continuer d’interdire le sexe qui se confond souvent à un regard sur internet. C’est comme si, quand nous étions jeunes, nous n’aurions pas été curieux, nous aussi.  

La différence est que l’on cachait tout, on avait même peur d’en parler. Juste, prononcer les mots « se crosser » et on était condamné aux flammes de l’enfer. Que dire des pensées impures? Pas étonnant qu’aujourd’hui, tout le monde a peur ou honte du sexe.

Aujourd’hui, avec internet, c’est impossible de surveiller et de dominer la sexualité de son enfant en tout temps. Dialoguer sur le sujet avec son enfant est la seule solution gagnante. Il faut apprendre au jeune qu’il est maître de son corps. Quant au chantage, si les parents ont eu de bonnes discussions sur le sujet, il sera normal pour le jeune de prévenir ses parents. Il n’aura pas peur de passer pour un cochon ou un imbécile.

Des études ont démontré que bien des jeunes cherchent ces contacts pour échapper aux griffes de leurs parents. D’ailleurs, les jeunes connaissent mieux l’internet que la très grande majorité des plus vieux. N’importe quel jeune peut découvrir des sites pornographiques alors que les parents ignorent même leur existence. Et, le plus surprenant, les jeunes ne rejettent pas la pornographie pour ce qu’ils y voient, mais parce qu’on montre toujours des choses qui leur semblent irréalistes.  Toujours avoir des scènes de pénétration anale n’a rien pour rendre la sexualité alléchante. Faire croire qu’un gars perd la tête parce qu’on lui touche le bout des mamelons, c’est prendre les gens pour des niaiseux.

Quand j’ai enseigné la morale, les jeunes disaient haïr la pornographie parce qu’on y « jouait » l’orgasme et qu’ayant tenté l’expérience, rien ne se rapprochait de ce que l’on montrait. « Je n’ai jamais senti le besoin de crier ou de me trémousser comme eux », avait-on dit.

Les jeunes cherchent la vérité, contrairement, aux adultes qui se contentent de condamner sans même se demander si être vu nu est si catastrophique que ça.

Les règles sur la pornographie juvénile doivent exister pour protéger les jeunes contre d’éventuels prédateurs dangereux et non pour prendre la place des religions et éliminer toutes les possibilités de rechercher le plaisir. La curiosité ne tient pas compte de l’âge.

Comment le fait de consulter de la pornographie gratuitement , grâce à une simple recherche, qui est accessible à tous, qui consiste soit dans des photos ou des petits films, sans contact avec les acteurs, sans donner un sou, met des jeunes en danger? 

Interdire la pornographie est une nouvelle manière de contrôler la vie sexuelle des gens.

Il existe, c’est vrai des sites de contacts, mais ceux-ci sont, je crois, réservés aux adultes et tu dois payer pour les fréquenter. Je ne suis pas assez spécialiste pour discuter du comment trouver ces sites. Je sais comme tout le monde qu’il suffit de faire une recherche pour en trouver. À qui nuis-tu, si tu regardes, chez toi, dans ta chambre, de la pornographie pour t’exciter et te donner plus de chance d’éjaculer et de jouir? Le sexe est sur la base du plaisir, une fois, réalisé le besoin n’existe plus, tant que ton corps ne le redemande.

Éjaculer fréquemment en regardant de la pornographie est probablement un moyen pour ne jamais ressentir le besoin de passer à l’acte pour un pédophile. Tu peux rêver d’une pénétration, mais tu en es incapable, tu ne bandes plus.

Ainsi, contrairement à ce que l’on nous dit, la pornographie peut être utilisée pour empêcher de passer à l’acte, comme ils disent dans leur jargon. 


On devrait aussi savoir que plus tu vieillis, moins t’es dangereux. Avec l’âge, tu as même plus de difficulté à bander. Pour un gars, en dehors la sodomie, rien n’est souffrant, c’est au contraire, un plaisir garanti.

Pourtant, on dénonce des faits qui remontent parfois jusqu’à 40 ans. On ne peut pas changer le passé, qu’est-ce que ça donne de dénoncer sinon se créer une petite auréole ou une manière de demander de l’argent?

On ostracise ceux que l’on nomme pédérastes ou pédophiles.   Ainsi, sans le vouloir, on institutionnalise leur besoin de vivre en hypocrite

Si, au contraire, on ne faisait pas tout un plat avec les actes sexuels, cela permettrait aux jeunes de vivre dans un milieu où il n’est pas honteux d’en parler, ce qui constitue une sécurité de plus. Tout doit être fait pour éliminer la violence, et, la culpabilité est une des pires violences.

Tu peux tuer et faire 15 ans de prison, mais si tu as une relation sexuelle avec un mineur, on te poursuivra jusque dans ta tombe et si possible même après ta mort, depuis l’affaire Jutra.

On essaie de rendre illégal, même le fait d’en parler. On veut interdire de raconter des aventures sexuelles dans des textes,  si elles sont pédérastes, et ce, même dans les livres pour adultes. Je comprends que ce soit le cas dans la littérature de la jeunesse, mais chez les adultes c’est parfaitement débile parce que l’on refuse la réalité. Dans Outlander, une très belle série de romans, il y a trois cas de sodomie. Est-ce mal. Absolument pas. Chaque cas sert à mieux comprendre ce qui anime intérieurement le personnage.

Le Québec n’est plus libre, il régresse.

Où est le droit à la liberté d’expression, dont on se vante tant? Quelle hypocrisie et quelle étroitesse d’esprit !

On essaie de créer une société encore plus scrupuleuse que celle de notre enfance qui était déjà complètement malade concernant tout ce qui touche au sexe. 

On a qu’à se rappeler le drame quand, à l’Expo 67, des femmes venues d’Afrique ont dansé les seins nus ou encore quand fut publié Les dieux ont soif.

Pire, on accuse ceux qui osent fréquenter les pédophiles d’avoir la même tare, comme si la pédophilie était un virus qui s’attrape par la respiration.   La pédophilie n’est pas un virus qui se propage dans l’air que l’on respire. C’est même moins dangereux que de fumer du pot ou de texter en conduisant.   Mais isoler quelqu’un comme on fait envers les pédophiles peut avoir directement des effets sur sa santé mentale. On prend une personne saine et on en fait avec le temps un criminel.

Quand on condamne le pédophile à l’isolation, on le traite encore pire que ce que l’on faisait avec les lépreux. Ce n’est plus de la justice, mais de l’abus de pouvoir. 


La peur de la pédophilie est devenue une véritable paranoïa d’adulte.

La chasse à la pédophilie est du même type que jadis la chasse aux sorcières.

Agir ainsi, c’est pousser le prédateur, comme elles disent, à la tentation de la violence. D’ailleurs, on avouera un jour que l’absence de  sexe et la frustration sont un élément déterminant dans toutes les radicalisations, un pont vers la violence ou le fascisme.

Est-ce qu’on est responsable de ce qui nous attire? S’il n’y a pas de violence ou de domination, les jeux sexuels sont des plaisirs consumés depuis le début des temps. Pourquoi en fait-on un tel plat aujourd’hui?

Être trop scrupuleux, c’est plus pervers que pas assez, puisque l’on voit du mal partout.  

La tolérance est loin d’être au rendez-vous quand il est question de sexe.

D’ailleurs, il serait temps que l’on commence à examiner sérieusement la perversité économique parce que celle-ci fait plus de dommages aux êtres humains que la liberté sexuelle. 

La planète est en danger de mort à cause de la soif financière des pétrolières, de ceux qui ont accès aux boutons pour le déclenchement d’une guerre nucléaire, de la folie de certains de nos dirigeants. Le un pour cent qui nous domine met en danger l’existence de la race humaine, c’est bien pire qu’un jeu sexuel, mais ils ont l’argent pour leur éviter de répondre de leurs crimes.

Quand j’ai commencé à lutter pour la liberté sexuelle, la loi de Pierre-Elliot Trudeau n’était pas encore passée.

D’ailleurs, à cette époque, les gais s’appelaient encore homosexuels. Le mot gai n’existait pas, encore moins les mots LBGT, transsexuel ou pédéraste.   Le mot gai est né à la même époque que le mot pédophilie. Les gais se faisaient souvent taper dessus autant par le public que par la police. La peur d’être dénoncé comme homosexuel créait une véritable vie d’enfer.  

Changer d’appellation était un moyen de parler d’homosexualité en faisant semblant de parler d’autre chose. Ça a marché parce qu’on a ainsi réussi à éliminer la peur et la honte qui existaient autour du mot homosexuel. Puisqu’il n’y avait pas de mot pour pédéraste féminin, puisqu’on n’entendait pratiquement jamais parler de lesbianisme, on a inventé le mot pédophile qui ne veut rien dire, sinon traduire la peur que certains (es) ont de la sexualité chez les jeunes. Une pure projection. Il faut protéger les jeunes, mais il ne faut pas les étouffer avec ses propres problèmes.

Je me suis demandé longtemps si la pédérastie n’était pas un mécanisme de défense, une forme de fixation ; la fixation étant l’incapacité de sortir du modèle qui nous a déjà rendus heureux. 

Par contre, il y a définitivement une forme de rejet, de rébellion contre l’adulte dans la pédérastie. Même si on y voit que du mal, la pédérastie se structure à partir d’un besoin d’authenticité et de tendresse. Aucun pédéraste ne se sent intérieurement plus vieux que l’être aimé, d’où ce besoin de communication hors temps et, malgré ce que l’on en pense, en dehors de toute forme de domination. 

C’est plutôt le pédéraste qui est esclave de celui qui lui est tombé dans l’œil, surtout aujourd’hui, avec l’appel à la dénonciation ou la confession publique. Chaque proie potentielle songe aux bénéfices de se proclamer éventuellement une victime.

La honte d’être gai était maladive. Un jeune pouvait tuer un plus vieux sans conséquence, pourvu qu’il puisse prétendre que c’était pour se protéger d’un gars qui voulait lui poigner le cul, comme on disait alors.

Puisqu’on ne pouvait jamais parler de sexe sans rendre les adultes complètement fous, car ils vous croyaient alors possédés du diable, il fallait chercher des réponses dans les livres, lesquels étaient tous écrits à partir du fait que le sexe est mauvais. On essaie de nous faire croire qu’avoir du plaisir en « jouant aux fesses[1] » est plus dommageable que les drogues.

On ne connaissait rien et on devait se créer une façon d’interpréter les règles de la vie.

Même certaines femmes se posaient des questions à savoir si les jeunes pouvaient aimer ça pour vrai. Elles avaient encore assez d’ouverture d’esprit pour comprendre que la décision appartient au jeune et non aux parents.

C’était normal d’être aussi libre puisque les féministes de cette époque ne cessaient pas de répéter et vivre leur slogan : ton corps t’appartient. J’ai toujours pensé que la pédérastie peut nous apprendre à accepter les autres quelle que soit la race, la couleur, la langue et la religion. Elle peut conduire à la tolérance et à l’amour de l’humain.

Depuis cette période de liberté, la société n’en finit plus de créer de nouvelles normes pour combattre la liberté sexuelle. 

Aujourd’hui, la solidarité féminine vise l’imposition de normes sexuelles féminounes aux hommes. On rêve de matriarcat, de domination féminine. Tout devient scrupule. Elles s’enflent la tête entre elles et on retourne aux années 1940.

Le problème sexuel est devenu un problème hétérosexuel, car il s’applique surtout à la communication homme femme. Chez les pédérastes, on a appris depuis longtemps que ça ne donne rien d’essayer de faire comprendre aux gens que la violence va bien plus de pair avec la chasteté qu’avec le plaisir. Étant donné, l’incapacité des prétendus « normaux » de comprendre ce qui ne leur est pas identique, la pédérastie continuera de se vivre à la cachette. Vivez, mais ne vous en vantez pas. Vivez et rappelez-vous que peut-être cinquante ans plus tard, un imbécile décidera de raconter sa « petite histoire de cul » pour attirer l’attention ou vous faire chanter. Votre vie sera brisée, mais au moins vous l’aurez vécue.

La liberté sexuelle est prisonnière de la relation hétérosexuelle, car, le bien vivre ensemble n’est pas enseigné. On doit apprendre de la vie comment se comporter. Les balises sont personnelles.  Plutôt que d’avoir des exemples qui permettent de prévenir les problèmes, on préfère le silence et ses conséquences.


[1] -On nommait ainsi les jeux sexuels quand nous  étions jeunes. Pourtant, la sodomie n’était pas au rendez-vous. Caresses, masturbation, fellation complétaient le menu.

De la pudeur à la paranoïa (13).

avril 12, 2020

Il faut lire de 1 à 10+

L’âge de l’éveil sexuel est différent pour chaque individu.   Il n’est jamais ou trop tôt ou trop tard. La nature doit simplement suivre son cours. C’est ça le respect de l’individu.

La loi, c’est la loi, tout le monde est d’accord;  mais les règles de la loi doivent reposer sur des raisons valables, justificatives et réelles pour être légitimes.   La loi doit rechercher le Bien commun. Il faut pouvoir justifier les règles.

La loi ne doit pas être que la transposition de l’idéologie d’un parti politique, comme les lois créées par les conservateurs de Harper, concernant le sexe. Les modifications juridiques se cachent derrière les virgules pour faire accepter une vision plus de droite. Ses lois mammouths conservatrices ont été passées à la vapeur. Comment peut-on modifier le Code criminel, sans transparence, sans un débat de fond? Quel écrivain savait qu’il y a maintenant une loi pour interdire de parler d’une relation entre un adulte et un mineur dans toutes les formes d’écriture et de peinture.  C’est tellement honteux et fasciste d’accepter cette censure injustifiée que c’est un peu normal qu’on cache l’existence de cette règle.

Le gouvernement fédéral a aboli la Commission de la réforme du droit. La loi est à sens unique et ne tient pas compte des différences qui existent en fonction de l’orientation sexuelle de chacun. Un gai ne vit pas essentiellement sa vie sexuelle comme un homme marié. Le mariage sert à rendre acceptables les besoins que l’on ressentait quand on était célibataire ; sauf que le champ de drague se limite dorénavant à une seule autre personne. Vivre en couple permet de penser qu’ainsi ces personnes ne seront pas volages. La vie de couple est aussi un moyen de combattre la solitude.

Il est urgent que le gouvernement fédéral revoie les lois qui touchent à la sexualité. Comment le sénateur Boisvenu peut-il être équilibré dans sa vision de la justice alors que deux de ses filles ont été tuées? Comment voir les choses autrement qu’avec un fort goût de vengeance?

La justice est devenue un instrument de vengeance qui ne tient plus compte de la prévention et de la réhabilitation. 

Les mauvais ne paieront jamais assez du point de vue de la justice punitive.

Actuellement, la loi est strictement politique et sert de prolongement aux règles religieuses.

Le gouvernement de Steven Harper a pu modifier l’âge de consentement qui était au Québec de 14ans à 16 ans, sans débat. En quoi ce changement respecte-t-il la Charte des droits de la personne du Québec qui garantit à tous la non-discrimination et le respect absolu de son intégrité? Depuis quand, un adolescent est-il de par sa nature asexué? Mettre un âge équivaut à nier son droit de choisir pour lui, son ou sa partenaire. La Charte des droits ne garantit-elle pas aucune discrimination quant à l’âge?

La Charte existe-t-elle seulement pour la galerie internationale? Pour donner une figure progressiste au Canada?

La pédérastie dans la Grèce antique.

Les anciens Grecs, bourgeois et philosophes, voyaient dans la pédérastie le plus grand des plaisirs de la vie. L’Amour des amours.

C’est vrai que la pédérastie à l’époque de Platon était accompagnée de règles et portait sur la beauté, l’amour, la passion, la responsabilité et la tempérance.

Le pédéraste était un mentor qui essayait de développer les vertus de son « serin » pour en faire le meilleur des citoyens. Pourquoi serait-ce différent aujourd’hui? Le pédéraste est souvent profondément en amour avec son serin et souvent cet amour est mutuel. La pédérastie demeure malheureusement souvent une expérience qui s’éteint quand le jeune devient adulte et qu’il se rend compte qu’il est hétéro.

La pédérastie touche les adolescents et non les enfants. C’est pourquoi il faut fixer à 10 ans l’âge pour démarquer la pédophilie de la pédérastie. 

Ce n’est pas strictement arbitraire, c’est l’âge où peuvent commencer les transformations qui initieront le goût de la sexualité chez l’enfant, car, la masturbation et l’éjaculation sont accompagnées de plaisirs, quoiqu’en disent les scrupuleux qui fondent leur rejet du plaisir sur la parole de Dieu.

Ça ne veut pas dire que le jeune doit commencer à avoir des relations sexuelles à partir de 10 ans, mais simplement lui apprendre qu’il y a le droit de dire oui ou non.  Il a le droit d’aimer ça ou de ne pas aimer ça. Il a le droit de décider si ça lui plaît ou non. Il est évident que sa réponse indique comment il perçoit la sexualité, s’il est scrupuleux ou non, et, à quel degré.

C’est pourquoi, on doit le préparer au changement qu’il subira dans son corps et son esprit avec l’adolescence, de façon à pouvoir dire sincèrement j’aime ça ou je n’aime pas ça.  

Un tel changement ne peut pas se faire sans d’abord avoir des cours sur la sexualité. Le jeune doit pouvoir décider et se créer une conscience personnelle, à partir de son savoir et de son expérience. Idéalement, les parents devraient avoir eu de sérieuses discussions avec leur fils et leur fille, dès la plus tendre enfance.

La pédophilie touche les enfants en bas âge alors que la pédérastie s’adresse aux adolescents.   Puisque c’est la réalité humaine, la loi doit refléter cette réalité.

Le jeune doit apprendre à devenir libre et, par conséquent, à pouvoir réfléchir sur les responsabilités qui viennent avec la liberté.

Toute relation sexuelle implique une gamme d’émotions et celles-ci sont extrêmement importantes, même si on n’en parle pas dans notre éducation présente. Les émotions conduisent autant à l’amour qu’à la violence d’où l’importance d’en discuter[1].

La pédérastie dans la Grèce antique était un processus de sélection sociale pour définir le rang qui sera occupé par le gamin dans le monde futur.

Le pédéraste devait cultiver chez son petit amant les mêmes valeurs qu’il cultivait pour lui-même. Quant au jeune, il ne devait pas succomber aux charmes de l’adulte qui le convoitait sexuellement, sans avoir d’abord offert une certaine résistance dans le temps et les gestes. Cette résistance tenait aussi compte de la valeur des cadeaux offerts. On parlait alors de tempérance.

Cette période de tempérance s’est vite mutée en période d’abstinence totale pour ne pas choquer le regard des autres. La tempérance est devenue une affaire de galerie : « Regardez-moi, je sais être tempérant! »  J’ai imagé cette réalité par les doigts croches de Platon, dans le premier tome de mon roman Les derniers amours de Platon, chez Edilivre, à Paris. Malheureusement, cette maison d’édition a décidé de ne briser notre contrat, craignant je ne sais trop quoi. Mes livres ne sont pas bons vendeurs, mais j’en achète périodiquement pour en donner.

Vit-on sa sexualité pour les autres ou pour son propre épanouissement?

La pédérastie était un privilège des philosophes et des personnes de haute stature dans la société. C’était en somme l’école vivante de la vertu.

Aujourd’hui, ceux qui vivent de la répression sexuelle ont besoin de victimes pour avoir de meilleures subventions d’où les croisades fréquentes à la télévision. Elles prétendent qu’il faut avoir du courage pour dénoncer et mieux se sentir dans sa peau ; mais il demeurer anonyme.  Dénoncer demeure un geste de haine que ce soit sur le plan sexuel ou autre. On dénonce parce qu’on a été blessé ou pour faire comme les autres, suivre la vague pour se donner de l’importance.

J’ai été élevé dans un monde où dénoncer fait de toi un « stool », un salaud. En dénonçant, tu ne tiens pas compte du mal que tu crées dans l’environnement de celui que tu dénonces. Tu ne penses qu’à toi, à te venger. 

Par ailleurs, toutes formes de violence et de domination dans des rapports sexuels doivent être immédiatement dénoncées, car la sexualité doit se vivre dans la tendresse, pour ne pas dire l’amour et le plaisir.

La pédérastie a toujours été une forme de vie très dispendieuse, car même chez les anciens Grecs, les cadeaux étaient de mise pour attirer l’attention de l’aimé. Par contre, si tu occupais un haut rang social, le choix était immense, et souvent, ce rang social te donnait tous les droits sur tes sujets.

On l’a beaucoup reproché aux pédérastes, mais les cadeaux demeurent très importants, même dans les relations hétérosexuelles. Ce n’est ni pire, ni mieux,  pour l’un que pour l’autre. 

Les cadeaux sont souvent des bijoux, des voyages ou des privilèges qui aident au développement de l’aimé, même si selon la société, celui-ci vit dans le péché, selon les religions. 

La sécurité de tous est la priorité.

Sous prétexte qu’il y a des relations sexuelles entre des gens d’âges différents, on a démonisé ces amours sans tenir compte de ce qu’elles apportent. C’est comme si les jeux sexuels étaient si nocifs que de pouvoir manger ou voyager, se développer, avoir du plaisir sont automatiquement mal parce qu’il y a du sexe.

C’est exactement le même processus en ce qui concerne la prostitution.   Pourquoi le prostitué n’a-t-il pas l’intelligence de décider par lui-même si cette relation lui est propice? Ce sont toujours les autres qui décident de ce qui est bien ou mal pour celui que l’on nomme, la victime.   À force de se faire plaindre et, avec tout ce que ça apporte, pourquoi ne pas rêver en être une? 

Comme je l’ai écrit dans un de mes carnets chez Radioactif, j’aurais bien aimé qu’un curé me fasse une fellation quand j’étais plus jeune, puisque ça m’aurait permis de recevoir au moins 25,000 $ en compensation, en plus, d’avoir joui.   Je n’aurais plus de problèmes financiers pour publier mes livres. Aucun prostitué ne peut rêver obtenir un jour un tel salaire et je soupçonne ceux qui sont contre la prostitution d’être jaloux des prostitués (es) pour leur capacité de faire autant d’argent en si peu de temps, avec si peu d’efforts, et, peut-être même beaucoup de plaisir.

Dans la Grèce antique, chez le pédéraste, l’adulte choisissait son petit amour surtout à partir de sa beauté physique, mais aussi parce qu’il voyait dans ce jeune la possibilité de développer les qualités qu’il possédait lui-même.

Être choisi, devenir le serin d’un grand homme, c’était l’honneur absolu. Ça voulait dire que tu vaux la peine que l’on te remarque et que l’on s’occupe de toi. La relation passait d’un aspect purement sexuel à une relation plus intellectuelle, plus amoureuse. L’amour transforme la relation. C’est comme quand tu enseignes, le regard porte sur le ou les talents plutôt que la beauté physique. Il en était probablement de même avec les pédérastes.

Aujourd’hui, la folie scrupuleuse est complète.

On préfère qu’un jeune crève de faim plutôt que d’avoir un contact sexuel avec un adulte, comme si le sexe détruisait celui qui bénéficie des faveurs d’un aîné. On parle alors d’agression sexuelle et si cela se passe dans un autre pays, de tourisme sexuel.

Tu ne deviens pas infirme parce que tu t’es fait sucer, à moins que ce soit vraiment très mal fait. Tu n’as eu que du plaisir. Tu bandes, t’éjacules et du débandes. C’est tout ce qui se passe physiquement chez un mâle. Et, tu jouis en prime.

L’aspect émotif se passe entre tes deux oreilles en fonction de ton éducation. C’est toi qui devrais choisir si ça te plaît, et non, les autres, selon les règles sociales.

Le problème en morale est que ceux qui prennent les décisions morales le font toujours pour l’autre et souvent ces personnes n’ont jamais été confrontées à la pauvreté, à la misère ou à la solitude. Si elles crevaient un peu de faim, elles apprendraient à se mêler de leurs affaires.

La morale sexuelle ne doit pas être universelle, car sa façon de percevoir la sexualité est fondamentalement le droit à la vie privée et à une liberté de conscience individuelle. Tu peux être orthodoxe, vieux jeu ou Peace and love.

La pédérastie dans la Grèce antique avait aussi un aspect éducatif de première importance, car cette forme de relation ne peut pas exister sans amour, sans qu’il s’établisse un lien de confiance et d’amitié. Le pédéraste cherchait d’améliorer la vie de son amant pour que celui-ci lui soit redevable de son bonheur et de l’honneur d’avoir été choisi.

D’ailleurs, il était convenu que le petit devait refuser durant un certain temps les faveurs de son amant, juste pour prouver sa tempérance et qu’il n’était pas un prostitué. On considérait que le jeune, ayant atteint 30 ans, était vil s’il prenait la place de la femme dans les relations sexuelles. Les passifs n’étaient pas les bienvenus. La Grèce antique n’était pas homosexuelle, mais pédéraste[2].

Aujourd’hui, avec la pornographie, on semble croire que la vie sexuelle gaie exige une pénétration anale.

On semble ignorer l’aspect émotif, amoureux, lié intimement à toute relation sexuelle. Un partage sexuel peut-être positif ou négatif ou nous laisser complètement indifférent. Le plaisir est de plus en plus vif selon l’intensité du désir de l’autre. Une chose est certaine, entre gens de même sexe, le plaisir est beaucoup plus vif si les jeux sexuels sont faits à deux ou plusieurs. Pour que la masturbation soit vraiment jouissante, elle doit avoir sa part de fantasme, d’excitations. Il est aussi possible de vivre une expérience sexuelle sans passer par une pénétration.

On ignore l’importance de la tendresse, de la fascination, du plaisir d’être ensemble. Il y a aussi une grande complicité dans les rapports sexuels pédérastes à cause, en surplus, de l’interdit. L’état de secret fournit la joie de partager une connaissance intime et d’inspirer ses fantasmes.

La science a heureusement permis de prouver que l’orientation sexuelle nous accompagne dès la naissance. Elle fait partie de notre identité. C’est notre mode vibratoire. Accepter la pédérastie, c’est reconnaître au jeune adolescent le droit de décider lui-même de ce qu’il aime ou n’aime pas. La violence ne peut pas exister dans une relation où l’on a développé la tendresse et le respect l’un de l’autre.

Aujourd’hui, sous prétexte que les adultes sont libres d’être homosexuels, on condamne la pédérastie parce que ça passe mieux auprès de la majorité.   On  recycle la pédérastie en déviance pour la rendre inacceptable. Quelle hypocrisie ! Cela permet de dire que l’homosexualité est acceptable, mais selon l’âge, comme si on découvrait son homosexualité à 18 ans.

Combattre la pédérastie, c’est un moyen hypocrite de combattre l’homosexualité, en jouant sur les mots et les définitions. Tout tient à la peur que la société avait des homosexuels et qui s’est transmise dans notre façon de voir la sexualité comme si le jeune avait besoin d’un pédéraste pour découvrir que le sexe est beaucoup plus un plaisir qu’un danger. On croit que malgré l’internet, on pourra continuer d’imposer ses valeurs morales, oubliant que les jeunes d’aujourd’hui ont plusieurs sources d’information et sont donc moins niais que nous l’étions. Le métier de policier voyeur reprend du poids.

Si on veut vraiment protéger les jeunes, on doit à l’adolescence leur apprendre qu’il est normal d’être gai tout comme être hétérosexuel, en cessant de jouer avec la notion de l’âge pour enseigner le contraire de que l’on prétend leur apprendre.

Cependant, les jeunes doivent nécessairement savoir qu’il existe des psychopathes, et surtout les filles, doivent savoir que la traite des humains existe encore, malheureusement.

Les gais ont décidé de condamner les pédérastes parce que ça leur permet de ne pas avoir à faire face à la critique ultime contre eux, voulant que les gais pervertissent les jeunes.   Ils ont échappé à ce préjugé et ne veulent pas, avec raison, sous aucun aspect, à avoir à le revivre.

Dans l’histoire de la libération gaie au Québec, on oublie que, pour la majorité, l’homosexualité était en soi une perversion.

La pornographie et l’ostracisme.

Qu’est-ce que ça peut faire aux gens que je regarde, seul, dans ma chambre, des sites pornographiques qui me permettent d’être assez excité pour éjaculer quand je me masturbe. Je ne suis pas en lien avec des personnes vivantes et joignables.

Si cela me suffit pour combler ma vie sexuelle et ne pas avoir besoin de chercher autre chose, pourquoi en serais-je privé ? Cherche-t-on à interdire la pornographie même chez les adultes?

La Commission des droits existe pour défendre le droit des individus contre les abus de la majorité, c’est sa raison d’être;  mais elle préfère se ranger du côté du pouvoir judiciaire et religieux.

Le Québec est en pleine régression en ce qui concerne les libertés, car il doit se soumettre au Code criminel fédéral qui a été modifié par l’équipe Harper.

Aujourd’hui, les dénonciations se font sous le couvercle de l’anonymat. Le pire défaut d’internet est de permettre aux gens d’avoir le droit de mépriser les autres, grâce à l’anonymat. Quelqu’un qui n’a pas assez de courage pour dénoncer à visage découvert participe à la fascisation de la société. On accepte ce cancer pour plaire aux féminounes qui prétendent ne pas avoir l’écoute du système judiciaire. On essaie de faire des héros avec des salauds, les langues de vipère.

Bizarre, mais dans les causes sexuelles presque tous les membres de la chaîne de punition sont des femmes. Est-ce que les féminounes essaient de créer une nouvelle morale matriarcale ? Y a-t-il une autre façon de vivre sa sexualité qu’à travers la honte? Est-ce que la façon de voir la sexualité des mâles est la même que celle des femmes? Quand les féminounes parlent, elles parlent que des femmes. Les hommes sont que des vieux « mon oncle » cochons.

Ce mouvement anti homme est-il l’expression des nombreuses lesbiennes qui lancent des cris pour dénoncer la culture du viol dès qu’un homme les regarde?

Le harcèlement n’est-il pas de continuer son opération charme dès que quelqu’un a clairement indiqué qu’elle ne veut rien savoir? Est-ce respecter l’autre que de l’allumer pour mieux le laisser tomber ? Un nouveau petit moyen de prouver sa puissance de femme dominante.

Les féminounes prêchent l’égalité des sexes, mais pensent que l’égalité c’est leur remettre le pouvoir. Les féministes ne jouent pas aux victimes, elles prennent leur place en étant plus compétentes. S’il n’y a pas plus de femmes en politique, il faut d’abord se demander pourquoi ça ne les intéresse pas davantage de prendre leur place. Victimiser, c’est prendre une attitude de perdant, d’incapable, d’impuissant, ce n’est pas une attitude qui chasse la condescendance, bien au contraire.

L’élément principal dans toutes relations sexuelles est le respect de l’autre. Le consentement doit être évident.

L’ostracisme envers les pédophiles est aussi condamnable que l’inquisition. L’ostracisme va carrément contre la Charte des droits qui proclame le droit de tout individu à son intégrité physique et morale, à une conscience personnelle et à l’égalité des chances dans la vie. Le stress et la solitude sont les meilleurs gents pour donner un cancer.

Il faudrait que le système ait au moins la décence de distinguer entre une relation violente, autoritaire et une relation affectueuse, voir amoureuse.

L’essentiel est de savoir si ces gestes ont perturbé ou non le ou les jeunes concernés. Si c’est non, il faut passer à autre chose pour le bien de l’enfant.

Cependant pour protéger le jeune, on pourrait mettre fin à une relation, s’il est établi par lui que celle-ci lui est néfaste. Mais, il appartient d’abord au jeune de décider si elle lui apparaît comme néfaste ou non. Ce devrait être une des tâches des psychologues/sexologues que de l’accompagner pour qu’il voie clair.

Les répercussions de l’intervention judiciaire actuelle pour protéger le jeune peuvent produire totalement l’inverse; car, elles torpillent la vie émotive de ceux qui devraient normalement être protégés.

On n’envisage même pas que la sexualité puisse être une bonne chose, en dehors de normes actuelles.

Dommage que le système judiciaire ne le voit pas. Au-delà de la loi, on doit aussi voir ce que l’intervention provoquera[3].

D’ailleurs, on dirait que les lois sur la prostitution et la pornographie sont là pour lentement, hypocritement, permettre à nouveau de contrôler la sexualité des adultes, grâce aux nouvelles règles concernant internet.

Le système judiciaire prend et protège la place des religions.

Quand on ne sait pas de quoi t’accuser, on t’accuse de pornographie. C’est tellement large qu’on finira bien par trouver quelque chose qui justifie l’accusation.

On oublie que la sexualité est le principal élément constituant la vie privée.

On se sert de l’arrivée de l’internet pour recommencer le procès de la sexualité.

La science prouve que les religions sont souvent plus perverses que le péché de la chair qu’elles dénoncent.

Par contre, la protection des enfants est essentielle. Tout le monde s’entend là-dessus. C’est d’ailleurs pourquoi je me suis toujours prononcé contre la pédophilie. Si un adolescent peut décider ce qui lui convient, il en est autrement pour les jeunes de moins de 10 ans.

Par contre, ce n’est pas en jetant les pédophiles en prison qu’on réalise une meilleure protection. Au contraire, un pédophile, qui se croit en danger, ne risque-t-il pas de devenir dangereux?   On a établi que plus un pédophile est ostracisé, plus il aura tendance à passer à l’acte et éliminer les traces[4].  

Protéger doit être d’éliminer toutes possibilités de violence et de domination dans les rapports sexuels. C’est d’ailleurs ce pour quoi j’écris, même si on me prête d’autres intentions, souvent sans jamais avoir lu mes livres. 

Plus le contact est transparent, plus il y aura de chance qu’aucun enfant ne soit pas négativement affecté.

Les jeunes doivent apprendre que la sexualité est belle et bonne, et non seulement, une perversion dès qu’elle sort des limites du mariage ou de l’âge permis.

Notre façon de voir la sexualité ne doit pas reposer sur l’ignorance passée devenue loi.

Dès qu’il est question de pédophilie, on devrait s’assurer, grâce aux services de psychologues, que l’enfant n’a subi aucun traumatisme et la façon de s’y prendre pour le savoir ne doit pas être plus traumatisante que ce qui s’est passé. On ne doit pas non plus leur imposer la honte d’être une victime, mais insister sur leur noblesse d’être un humain.

En donnant aux gestes sexuels des proportions qui n’existent pas, on fait croire au jeune qu’il a commis ou subi un crime affreux, ce qui est nettement exagéré. Sauf si on est religieux, le sexe n’est ni bon, ni mal. C’est une réalité qui existe de la naissance à la mort et personne ne devrait se sentir coupable ou honteux que l’humain soit ainsi fait.

Par ailleurs, qui peut être à l’aise de venir raconter ses expériences sexuelles et de les lire ensuite dans les journaux? Cette façon de juger n’est-elle pas exactement comme les fameuses écoles de reconversion qui se sont établies pour remettre le jeune gai sur le droit chemin de l’hétérosexualité. Le chemin du ciel est jonché de bonnes intentions. Toutes les personnes très religieuses ont besoin de tout faire pour convertir les mauvais pécheurs et les amener à être comme eux, qui détiennent seuls le monopole de la vérité et de la sainteté.

On doit aussi reconnaître qu’une relation sexuelle peut avoir chez certains jeunes des effets bénéfiques et on doit en tenir autant compte que le contraire. Qu’est-ce que l’âge peut changer? Rien. S’il ne se produit rien de traumatisant, le jeune oubliera très vite ce qui s’est passé contrairement à ce que l’on prétend au Québec, à savoir qu’un rapport sexuel en jeune âge est le vol de son enfance.

Les jeunes ne pensent que très rarement au sexe alors dire qu’ils sont obsédés parce qu’ils ont connu une expérience sexuelle, c’est oublier que ce jugement est celui des adultes et non celui des jeunes.

Dans certains pays, la société accepte que le massage, même génital, des enfants soit une bonne chose. Pourquoi est-ce mal ailleurs, sinon que la vision des actes sexuels est culturelle et non le produit d’une loi dictée par Dieu lui-même?

Les actions génitales ne changent rien à l’amour et à la tendresse qui existe dans la pédérastie. L’aspect émotif de la relation peut aider à s’épanouir quel que soit l’âge. Cependant, cela n’est possible que s’il y a consentement absolu.

La honte et la culpabilité, naissant d’une relation qui implique une forme génitale, ne sont que le fruit de ce que les adultes pensent parce qu’ils se sont fait laver la cervelle par les religions et leur idée de péché. Il est normal d’être sexué. Il est normal de ressentir le goût et le besoin de partager cette réalité. Quel que soit l’âge, personne n’en ressort physiquement amoché, s’il n’y a pas de violence ou de domination. Aucun jeu sexuel, sauf la sodomie, ne peut être souffrant ou désagréable.

Dans une relation pédéraste, l’aspect émotif est mille fois plus important que de savoir s’il y a eu ou non passage à l’acte. La loi devrait protéger les jeunes et non assurer la surprotection des normes religieuses.

On oublie trop souvent l’aspect affectif de ces relations afin d’imposer une morale mur à mur. Cela crée souvent plus de tort que de bien chez le jeune. Celui-ci sort de l’expérience en pleine dépression nerveuse, car il est divisé entre ses émotions et le fracas que cause le système de répression en s’en mêlant. Les associations pour l’aider servent à le rendre insensible aux dommages que ces révélations peuvent apportées.

Ce n’est pas vrai que tout contact sexuel en bas âge cause un traumatisme.

Par contre, le lien affectif est évident dans ces rapports. Il ne faut pas tout condamner, car, pour certains,  cette forme de relation peut leur permettre de mieux se développer comme auparavant dans la Grèce antique. 

Faut-il bannir la pédophilie au cas où? C’est discutable. Puisque la pédophilie est innée, comment peut-on respecter un individu sans le condamner éternellement? Il y aura des pédophiles tant que la race humaine existera.

Par contre, éliminer toute forme de violence dans les actes sexuels, c’est une nécessité absolue, il n’y a aucun doute là-dessus.

Il faut s’assurer que le consentement soit clair et non une espèce de jeu de conscience pour justifier la future dénonciation qui se fera hors contexte émotif.


[1] – Une bonne éducation sexuelle doit aussi servir à prévenir la violence conjugale.

[2] – Tant qu’on fera une nuance entre les deux. Mais, dans la réalité, ce sont la même chose, sauf l’attrait quant à l’âge.

[3] Surveiller et punir, Michel Foucault, Gallimard, 1975

[4] — Dans les trois derniers mois, le Journal de Montréal a rapporté  deux cas où le tueur est passé à l’acte parce qu’il avait peur d’être dénoncé. Un mort, c’est déjà de trop.

De la pudeur à la paranoïa (12).

avril 11, 2020

Il faut lire dans le sens de 1 à 10+

L’égalité homme femme demeure la plus grande révolution contemporaine. Elle doit être au centre de toute éducation sexuelle, car, elle se base sur le respect mutuel. Celle-ci doit nous apprendre le respect plus que la culpabilité. Elle doit faire comprendre que toute liberté est porteuse d’une responsabilité. Il est impossible que le sexe soit un plaisir sans un profond respect mutuel. Toute relation émotive, amoureuse, laisse une marque d’où l’importance de réaliser le poids émotif de nos relations.

On n’a pas le droit de forcer tout le monde à être scrupuleux, pas plus que de forcer quiconque à consentir à une relation sexuelle.

L’éducation, c’est apprendre à avoir un comportement autonome, une conscience personnelle.

L’essentiel est la non-violence et chercher à réaliser le maximum de ses capacités pour soi et les autres ainsi que le respect du bien-vivre ensemble[1].

J’ai,  comme individu,  le droit de croire dans la liberté sexuelle et de penser qu’un jeu sexuel n’a rien de criminel.   C’est ce que la Charte des droits appelle la liberté de conscience.

Ne sommes-nous pas libres? A-t-on le droit de penser autrement que la majorité?

L’important est que ceux qui participent à ces jeux soient bien conscients et d’accord d’y participer. Et, la conscience n’est pas une question d’âge, mais de développement intellectuel et moral.

On n’apprend pas d’un  coup comment se comporter, comme si la vérité devait nous être révélée et nous renverser comme cela est arrivé à Saint-Paul.

C’est la réflexion et l’expérience qui nous permet de nous créer une conscience personnelle. Il peut y avoir des échecs et des entorses.

On n’a pas à accepter d’être aussi scrupuleux que les féminounes qui vivent une véritable paranoïa et qui deviennent hystériques juste à entendre le mot pédophile. On peut être un peu plus nuancé. On peut même ne pas vouloir de sexe et être tout  aussi normal. La vie n’a pas qu’une couleur elle est un arc-en-ciel.

Le statut de la femme a toujours été déterminé par les religions ou les règles de castes. Deux empires où règne la haine de tout ce qui est féminin.

Pourtant, ce sont les féminounes qui aujourd’hui prêchent la morale sexuelle de culpabilité que nous ont imposée jadis les religions. On dirait que certaines femmes ont peur d’être libres. Elles transmettent aveuglément, hystériquement, les croyances religieuses de haine et de peur face à la sexualité.

Ainsi, la nudité devient une catastrophe comme une profonde cicatrice qui s’installe dès que l’on voit une personne nue. Et encore, être nu n’est même plus « être vraiment nu », il suffit de porter des vêtements qui ne recouvrent pas la majorité du corps, pour se prétendre nu. On parle de fouille à nu alors que celle-ci permet de garder bobettes et brassière.

Le nu devient « être un peu déshabillé ». Le vocabulaire utilisé dans les conversations est de plus en plus scrupuleux et monstrueux.

La chasteté n’a pas de limite, elle est de plus en plus perverse. 

Il faut avoir l’esprit tordu pour toujours voir du mal dans la sexualité.

Le scrupule, face à la nudité, est souvent une façon d’exprimer le rejet de son corps. Si on ne créait pas de normes quant à la beauté, la peur du regard de l’autre ne nous habiterait pas comme une obsession. Et, malheureusement, la peur du regard de l’autre est un phénomène particulièrement féminin, même si elle est souvent l’œuvre d’hommes à travers les modes.

Par contre, certains hommes prétendent ne pas être responsables dès qu’une fille montre un pouce de chair. Cette irresponsabilité masculine commence à être décriée avec raison.   Si tu ne veux ou ne peux pas voir de nus, tu n’as qu’à regarder ailleurs; car si tu ne peux pas voir de nus sans devenir fou, tu as un problème.   Mais tu as aussi un problème, si voir un nu te rend hystérique.

Quand tu fréquentes un club nudiste, personne n’est traumatisé en te voyant nu. On dirait qu’après un certain temps de gêne (probablement l’éducation), la nudité ne nous affecte plus. D’ailleurs, dans l’antiquité, les sports se pratiquaient absolument nus. Les gladiateurs s’en portaient bien et les spectateurs aussi.

La peur de la nudité est devenue une vraie folie. Cette cicatrice, ce malaise est simplement le fruit d’une éducation dans laquelle l’attrait du corps est en soi une perversion. Pourtant, la beauté, ça existe.

On nous apprend dès notre enfance à ne pas nous accepter en tant qu’être sexué.

La réalité sexuelle d’antan n’a pas changé, mais on a partiellement compris depuis que la répression d’une réalité humaine est inacceptable, surtout si elle touche votre identité, et par conséquent, votre réalité. On a ainsi accepté l’homosexualité et les transgenres. Bizarre que l’on continue de refuser de reconnaître que la pédérastie est une forme de nuance à l’intérieur de l’expression de son homosexualité.  À l’époque, les gais craignaient d’être confondus aux pédérastes parce que ça les empêchait d’obtenir un minimum de tolérance. Depuis, les gais peuvent s’affirmer selon leur vrai nature et personne ne peut leur enlever ce droit[2]. C’était compréhensible de ne pas le reconnaître avant que la science prouve que l’orientation sexuelle existe dès la naissance et se manifeste très jeune. Il est possible dès l’âge de cinq ans, grâce à la dilatation de la pupille des yeux,  d’établir quelle sera l’orientation sexuelle d’un individu.

Personne n’est responsable de son orientation sexuelle, on naît avec et on doit apprendre à vivre avec.

Dans les cours sur la sexualité, on devrait parler des limites de la sexualité dans la recherche d’un bonheur permanent; car, dans la sexualité, pour que le plaisir dure, il faut absolument de l’amour.   Le bonheur est impossible sans amour et il est impossible d’aimer les autres, si on ne s’aime pas soi-même.

L’amour est un sentiment personnel qui se développe selon sa nature. Étant l’expression du plus profond de sa réalité, l’amour ne peut pas exister dans une recette universelle. On peut cependant comme Aristote essayer de le définir.

La science s’est tue quant à la sexualité des enfants en gardant l’obscurantisme sur le développement de la sexualité humaine individuelle. On préfère dire que tous les individus sont pareils, c’est plus facile à gérer en attendant que ça dégénère.   Pourtant, rien n’est plus faux. (Voir La vie sexuelle des enfants? de Patrick Doucet, édition Liber). Même les pénis sont différents, selon l’âge et la coupe du prépuce à la circoncision.

Chaque individu a son propre rythme de développement et de découverte de sa sexualité.

Plusieurs femmes sont jalouses des hommes et n’acceptent pas que les plus beaux mâles soient gais, mais la guerre à l’homosexualité reposait surtout sur la protection des enfants. On croyait que les gais aiment les enfants. C’est vrai, mais ce n’est pas un amour génital.

Ainsi, pour combattre l’homosexualité, les féminounes ont inventé le terme pédophilie, sous prétexte de protéger les jeunes des mauvais adultes pervers. Elles ne font pas la nuance entre un enfant et un adolescent, entre un gars et une fille. Elles nient la différence qui existe dans la façon de vivre sa sexualité, selon le sexe, l’âge et l’orientation sexuelle. Pourtant, la Charte des droits garantit aux enfants le droit à leur intégrité physique et psychologue ; mais il semble que ces belles paroles ne soient que du vent.  Les adultes continues de décider pour les adolescents.

On a inventé le mot pédophile, parce qu’à l’époque où on a inventé les mots pédophiles et gais, on ne s’entendait pas sur les définitions par pure ignorance de la situation des autres. On croyait que la pédérastie touchait seulement les gars, ignorant que les lesbiennes peuvent aussi être, elles aussi, attirées par les petites filles.

Tu ne deviendras pas homosexuel parce que tu vis une expérience gaie dans ton enfance; même si c’était autrefois l’argument massue utilisé pour combattre l’homosexualité. Tu nais selon une orientation sexuelle et elle demeura jusqu’à ta mort, même si tu te permets d’autres expériences. Ton orientation sexuelle, c’est ta vibration.Chaque individu a sa propre vibration. C’est ton essence.

À cette époque, on ne croyait pas non plus qu’un pédéraste puisse devenir homosexuel, c’est-à-dire être attiré par les mâles de plus de 15 ans. Cette possibilité existe et est même vue comme une forme de guérison. Par contre, le système est de plus en plus fou, en combattant la différence entre deux personnes qui s’aiment, comme si l’amour avait un âge.

La peur de l’initiation à la sexualité d’un ado par un adulte est strictement basée sur une peur irrationnelle. Certains jeunes chercheront des aventures avec leurs aînés, même si c’est très loin d’être la majorité des jeunes. On oublie que tous les jeunes naissent sexués et que certains chercheront des aventures qui tiennent à leur désir d’exploration. Les petits précoces, ça existe depuis toujours ; mais on en faisait simplement pas tout un plat.

Par contre, certains ne veulent rien savoir, ce qui est leur droit le plus strict. Ils refuseront tous les jeux sexuels d’où l’importance primordiale de faire du consentement le centre de toutes les relations sexuelles. Le consentement, c’est oui, pas peut-être. D’ailleurs, habituellement ceux qui dénoncent sont ceux que l’expérience n’a été que partielle et insatisfaisante. Plusieurs gars pourraient raconter que leur premier désir sexuel est survenu vers les 10 ans et qu’ils n’en ont jamais souffert, même s’ils avaient vécu cette expérience avec quelqu’un d’autre, plus âgé qu’eux.

Évidemment, ceux qui sont pour la répression citent les statistiques, disant que ce n’est que la tête de l’iceberg, car plusieurs n’osent pas dénoncer. Si personne ne parle, comment peut-on dire qu’un tel pourcentage des cas non révélés aurait eu une expérience sexuelle non consentie? Comment peut-on prétendre que ce n’est que la tête de l’iceberg? Qui nous prouve que ce n’est pas le contraire? On peut aussi se taire parce qu’on a bien aimé ce qui s’est passé ou qu’on respecte son droit à la vie privée.

Pour que le consentement soit complet, il est aussi essentiel de savoir que le langage non verbal est aussi important qu’un oui ou un non verbal franc.

Si pour une bonne quantité de femmes, la sexualité a été dès le début quelque chose de répugnant ou du moins sans plaisir, c’est aussi peut-être parce qu’on n’ose pas dire à un gars ce qui fait sexuellement plaisir à une femme.

Il est à noter qu’on ne fait que commencer à se poser cette question. C’est pourtant fondamental pour réaliser une union agréable pour le couple entier et non seulement pour le gars.

Le sexe devrait être abordé sans gêne et sans honte. C’est une réalité comme toutes les autres. Si ça nous rend inconfortables, c’est que quelque chose cloche dans notre éducation quant à la perception que l’on se fait des humains.

Dans l’enfance, la sexualité n’a pas du tout le même sens chez l’enfant que chez l’adulte.   Pour l’enfant, la culpabilisation, l’approche négative de la sexualité, n’existe pas encore. Elle est le fruit de notre éducation ou plutôt d’une mauvaise éducation.

Pour l’enfant, la sexualité n’est qu’une différence physique entre les êtres et cette différence est un élément de découverte de soi et de l’autre. Un objet de curiosité.

Le mal, la perversion n’existent pas encore dans l’imaginaire de l’enfant. Cette peur de la perversion viendra des adultes.   Les jeunes sont forcés d’y croire; car la société entière va dans ce sens et l’enfant n’a pas encore un sens critique assez développé pour différencier objectivement ce qui est dangereux, bien ou mal.

La peur de la pédophilie[3] est la transposition de la peur des féminounes envers l’homme. Une peur, surtout de la pénétration, qu’elles transposent sur les jeunes.

On confond souvent l’amour, qui exige une liberté absolue, avec la domination égoïste pour satisfaire ses propres désirs. C’est malheureusement une réalité mâle qui disparaîtra seulement quand l’égalité profonde homme femme existera.   L’autre dans un couple ne nous appartient pas exclusivement. « Mon corps n’appartient qu’à moi ». La jalousie est pire que l’agression sexuelle. Elle est responsable de la violence au foyer, tout comme peut l’être la consommation abusive de boissons ou de drogues.

Les féminounes ont nié complètement la différence entre la pédophilie et la pédérastie, niant du même coup l’histoire de la pédérastie à l’époque de la Grèce antique.

Vers les 1970, on disait que la pédérastie était propre aux hommes, que c’était exclusivement homosexuel.   On en niait l’existence chez les femmes, d’où l’on a voulu un terme (pédophilie) qui touche les deux sexes pour parler des rapports sexuels entre un adulte et un jeune. 

On respecte ainsi l’égalité; mais on nie qu’il y a une différence de perception évidente de la sexualité, selon que l’on est un homme ou une femme. Il suffit de regarder la différence corporelle pour comprendre que la perception ne peut pas être la même. C’est exactement ce qui arrive aussi entre un homme hétérosexuel et un homosexuel. Chacun de son bord, on ne comprend pas ce que l’autre ressent.

C’est pour protéger les plus faibles de la masse que l’on a créé la Charte des droits. Aujourd’hui, par fanatisme, on voudrait faire oublier l’existence de cette loi. On oublie pourquoi elle existe.

On a fixé l’âge de consentement à 14 ans pour bien marquer le droit de la fille de vivre sa vie sexuelle. Cela lui permettait d’acheter ses contraceptifs, sans la signature des parents, et parfois même, malgré le non-consentement des parents qui voient toujours leurs enfants comme des bébés. Cette règle a été créée dans la Charte pour respecter l’égalité des jeunes et des adultes, le droit pour les enfants de se créer une conscience personnelle.

On oublia qu’il y a une grande différence physique dans le temps quant à la vitesse de développement sexuel d’un gars et d’une fille, d’où les problèmes pour arriver à un âge de consentement respectant les deux sexes. 

L’entrée au secondaire me semble, dès lors, plus pertinente, car, ça respecte la réalité de la vitesse de développement de tous les jeunes. C’est jeune, c’est évident ; mais au moins ça respecte les jeunes et leur réalité. Cela respecte leur droit de se créer une opinion. Aucun individu n’est pareil. Il faut cesser d’écraser le développement individuel parce qu’on a peur.

Ne plus être  l’objet de la répression n’est pas une invitation à vivre une expérience sexuelle. Ce n’est pas parque tu n’auras pas de sanction si tu participes à des relations sexuelles que ça veut dire qu’il faut que tu en aies. « Ton corps t’appartient. Tu aimes ou tu n’aimes pas ».

La naissance du mot pédophilie fut essentiellement la négation de la sexualité chez les enfants. La science prouve que c’est une approche qui ne correspond pas à la réalité des enfants.

Une réflexion objective sur la sexualité est encore un élément tout nouveau. On ne semble pas pouvoir la faire sans grimper dans les rideaux. Le Québec n’a pas appris que les jeunes ont aussi des droits. Ils ne sont pas la propriété des parents. Les parents doivent apprendre à respecter les individus qui forment leur famille.

Notre approche actuelle nie absolument le droit de l’enfant quant à sa curiosité sexuelle parce que d’entrée de jeu on croit que la sexualité est mal. Elle nie tout droit à des expériences sexuelles[4], car, il y a un monde entre une relation violente ou dominatrice et le partage d’un jeu ou d’un amour qui répond à la curiosité quant au corps de l’autre.

C’est pourquoi j’ai appelé ces rapports de l’amourajoie, et les participants, des amourajeux. L’amour n’a pas d’âge.   L’amour, quand on est jeune, est surtout un jeu. Mais, j’ai commencé à étudier pour devenir professeur et j’ai abandonné la lutte pour la liberté sexuelle. Un être extraordinaire changeait ma vie de petit « bum » en vie plus acceptable. Mon besoin de changer la société se modifiait. J’étais moins rebelle.

En fait, la peur sexuelle des féminounes est projetée sur les enfants. Elles les croient aussi vulnérables qu’elles se sentent vulnérables.

Pourtant, à moins qu’il y ait violence, les jeux sexuels ne peuvent être que plaisirs.   On y voit que du mal, à cause de notre éducation religieuse, qui fut reprise par la bourgeoisie.  

La bourgeoisie a fait de la pudeur, une marque sociale de sa classe. On est prude sous prétexte que l’on connait mieux que les autres, ce qui est souvent le contraire de la réalité.

La sexualité pour un mâle est pur plaisir alors que pour certaines femmes, souvent à cause de la pénétration, la sexualité est souffrance ou déplaisir.

Qu’on le veuille ou pas, juste l’aspect des organes sexuels suffit à créer une perception, un point de vue de la sexualité bien différent entre l’homme et la femme. Quoique cette différence existe, elle n’enlève rien à l’égalité fondamentale d’être un être humain.

On nie cet aspect et on refuse ainsi d’aborder ce sujet avec les préoccupations de tous : comment rendre la sexualité épanouissante pour tous[5]?

Personne ne choisit son orientation sexuelle, c’est-à-dire ce qui nous attire.   Souvent l’attraction entre nous repose sur des symboles que l’on n’est même pas capable identifier.

Freud a d’ailleurs été souvent ridiculisé parce qu’il ramenait tout au sexe. On niait ainsi la grande part d’inconscient qui existe dans notre orientation sexuelle.

Pourquoi être attiré par tel ou tel individu, pourquoi un homme plutôt qu’une femme, pourquoi préférer une petite queue à une grosse ? Qu’est-ce qui dicte notre attirance vers l’autre? Une question d’atomes crochus, mais qu’est-ce qui dictent les règles de cette attirance naturelle?

Est-il normal d’essayer de changer la nature profonde d’un individu pour répondre à des normes religieuses ou judiciaires? La religion chrétienne ne parle-t-elle pas de l’obligation de contrôler la nature, surtout sur le plan sexuel?

Est-ce que les valeurs de tolérance face aux péchés sexuels sont seulement le lot d’un certain christianisme qui croit dans la charité? Qu’est-ce qui est le plus important la chasteté ou l’amour ?

Il fut un temps où le scrupule sexuel n’existait pas. La répression sexuelle est même une réalité assez nouvelle, qui a vu le jour avec le 19e siècle, à l’époque de la reine Victoria.

Essaie-t-on maintenant d’implanter une morale sexuelle plus sévère partout sur terre? Essaie-t-on de contrôler la sexualité des adultes avec les règles sur la pornographie?

Aujourd’hui, les scrupuleux (ses)  proclament leur aversion pour la liberté sexuelle, sous prétexte de protéger les enfants.   Ils statuent du haut de leur vie d’adulte que les enfants souffrent des expériences sexuelles qu’ils peuvent avoir, sans même chercher à comprendre ce que représente réellement pour eux une aventure sexuelle. 

On ne fait aucune nuance entre une relation qui est l’aboutissement de l’amour entre deux êtres. On oublie que ce peut être un plaisir, un jeu ou une expérience forcée et violente.

C’est un des éléments que j’ai toujours dénoncés à travers ma vie et mes écrits. On amplifie par millions les retombées négatives des jeux sexuels dans la vie des enfants. On exagère. Et, parfois, on nie la réalité et la vérité. 

On voit les jeunes comme une bande d’innocents, incapables de réfléchir et de se faire leur propre idée.   Si on avait des statistiques sur ceux qui ont aimé ça, on aurait peut-être des surprises.

Pour les scrupuleux, le désir sexuel est en soi un vice. Selon eux, il est plus condamnable quand il y a, en plus, une différence d’âge. On s’imagine que plus on est vieux, plus on est responsable.   Donc, qu’il appartient au plus vieux de dire non, mais il faut pour ça, que le vieux pense qu’il y a quelque chose de mal, de reprochable, pour devoir dire non. 

Est-on obligés de croire, tous, que le sexe est mal?

N’a-t-on pas le droit d’avoir une manière différente de voir la chose?   L’arrivée de la pilule n’a-t-elle pas tout changé, surtout pour la liberté chez les femmes, puisque tu peux faire l’amour sans enfanter?

La seule vraie question est : qu’est-ce qu’il y a de mal dans une relation sexuelle avec une jeune personne plutôt qu’un adulte? Qu’est-ce que l’âge vient faire dans le débat?

S’il n’y  a pas de différence de perception entre adultes, pourquoi y en aurait-il quand il s’agit de personnes d’âges différents? La violence? La domination?   Est-ce que fasciner quelqu’un, c’est le dominer?

Quel plaisir a déjà créé un traumatisme? Est-ce mal que le jeune reçoive un cadeau? Un cadeau, ça fait plaisir. D’ailleurs, des cadeaux, quand ils sont en amour, les adultes en font à grande échelle? N’est-ce pas voir là du mal, alors qu’il n’y en a pas? N’est-ce pas croire que le jeune est trop niaiseux pour pouvoir résister. Ce qui compte, c’est l’intention. 

Évidemment, on dira que les cadeaux, c’est pour les influencer. Habituellement, on donne un cadeau pour être gentil, pour faire plaisir. En fait, on trouve ça mal parce que ce sentiment est lié à l’âge et surtout au sexe. C’est mal parce que les religions prétendent que ce l’est.

Le traumatisme du jeune vient plutôt du fait que les adultes lui disent sans cesse que le sexe est quelque chose de mal, de sale, de pornographique? Cette morale a été responsable du suicide de nombreux jeunes auparavant. Pourquoi la maintenir dans ce cas? 

Le jeune ne s’assèchera pas, ne sera pas privé de sperme plus tard,  ne sera en aucun moment blessé, en jouant aux fesses

À moins d’être sadomasochiste, les relations sexuelles sont plutôt agréables et souvent l’expression de l’amour.   La cerise sur le sundae.

Jésus n’a-t-il pas été le premier à prendre la défense de Marie-Madeleine? Il lui a tout pardonné parce qu’elle a su aimer.

On agit aujourd’hui comme si les individus étaient maîtres de leur libido. On va même jusqu’à se servir de médicaments pour agir sur les libidos trop prononcées, des recherches comme le faisaient les SS. 

Ces rapports peuvent être positifs, autant pour le jeune que pour le vieux;  tout dépendamment de comment ces relations sont vécues à savoir si on ressent de la liberté et du plaisir ou de la domination et de la violence.

Sans violence et sans domination, le sexe pour un garçon est un plaisir, particulièrement à partir de l’adolescence,[6] à cause des changements corporels.

Aujourd’hui, c’est très in pour un jeune dans la vingtaine de rechercher son petit vieux. Les jeunes se cherchent un modèle ou individu qui saura les aimer. Comment peut-on croire que ce désir de tendresse naît seulement quand on est adulte? Ceux qui ont le courage de raconter leur histoire sexuelle conviennent souvent que chez eux le désir réel de la sexualité est apparu entre dix ans et seize ans[7]. Mais, personne n’est tenté de le crier sur les toits.

Le besoin de confession (de dénoncer) est le lot de ceux qui se sentent coupables et honteux. Ils doivent donc avoir une perception très négative de la sexualité pour réagir ainsi. Ce n’est pas pour rien qu’il faut préparer les victimes, il faut leur faire croire qu’ils se sentiront mieux et plus purs quand ils auront effectué leur dénonciation. Ils doivent croire que tous les déboires qui surviennent dans leur vie sont dus à une expérience sexuelle dans l’enfance. Il y a bien plus de chances que leur vie ait été changée à cause de la drogue, la boisson ou un mauvais ami.

Pour protéger les victimes, il faudrait plutôt s’assurer, grâce à des services de psychanalyse et de psychologie, que la victime cesse de se voir comme si elle avait été salie, éliminer tout ce qui crée de la culpabilité et réanimer la fierté personnelle.  

Elle doit aussi comprendre qu’il n’y a aucun mal d’avoir consenti et d’avoir aimé son expérience.

Le vrai problème de nos jours est de ne pas rechercher la vérité, mais d’essayer uniquement de justifier sa position. L’autorité pour l’autorité. La loi, c’est la loi.


[1] -Ne fais à autrui, que ce  que tu voudrais qu’il te soit fait.

[2] -C’est un peu faux puisque Poutine a restreint les droits des gens homosexuels.  Bizarre que le monde soit dirigé par des gens presque fous et imbus de pouvoir.

[3] – Il est évident que tout pédophile qui se sert de violence ou de domination est dangereux.

[4] – Il semble, selon les changements apportés par les conservateurs, que l’on veut même établir une interdiction à partir de la différence d’âge entre les jeunes. Il ne faudrait pas s’aimer, si on a plus que deux années de différence. Comme si ça marchait de même dans la vraie vie. Quel idiot à amener ce changement légal?

[5] La sexualité occupe une place passagère dans nos cerveaux. Dans le monde à venir, la sexualité sera probablement la moindre de nos préoccupations, car la survie sera loin d’être assurée, à cause des changements climatiques et la pollution (qui joue un rôle prédominant dans la capacité d’avoir des enfants).

[6]– Certaines femmes – une sur 10- souffrent d’endométriose ou autres maladies qui rendent pénibles les rapports sexuels. (Journal de Montréal, 7 janvier 2017, page 54

[7]– J’ai rencontré avec ma mère, un postier avec qui j’aimais me retrouver en compagnie alors que j’avais environ 10 ans. Il me demanda  pourquoi j’aimais tant être avec lui. Était-ce à cause de son chien ? Je n’ai pas répondu, car j’étais gêné d’avouer devant ma mère et l’épouse de mon ami que je souhaitais qu’il me prenne le pénis pour savoir ce que ça faisait.

De la pudeur à la paranoïa (11).

avril 10, 2020

Le livre se lit de1 à 10+

Les pédophiles sont statistiquement des exceptions.   Maintenir la peur d’en rencontrer un à chaque coin de rue est une forme de surprotection qui nuit au développement individuel des enfants. La peur est une très mauvaise école.

Ainsi, la peur ou la haine de la sexualisation peut devenir la manière la plus efficace pour se sentir rejeté, condamné par tous ceux qui devraient nous aimer.

Ça commence mal une vie, si on pense que l’on est corrompu parce qu’on est intrigué par son corps et celui des autres. La comparaison de son corps à celui d’un autre est chez l’enfant un geste tout à fait normal.

Ainsi dès l’enfance, on nous oblige à vivre contre nature, en nous plongeant dans une morale sexuelle qui ne s’applique pas quand tu es enfant, simplement parce que tu ne peux pas procréer et que tu ne subis pas encore les hormones à la source de la sexualisation.  

Pour un enfant, la sexualité ne représente rien de bien ou de mal, elle peut être tout au plus un objet de curiosité. Elle peut aussi être un traumatisme, si l’enfant est obligé à participer à un geste qui le dégoûte.

Qu’on le veuille ou non, l’enfant est un être sexué dès la naissance. Son sexe déterminera sa perception de lui-même, son identité, autant que l’éducation.

On s’imaginait que l’homosexualité était anti naturelle parce qu’un homme ne préfère pas une femme. C’était une autre histoire de religion, d’ignorance de la nature humaine. Les gais qui se sont mariées pour échapper à leur nature, ont souvent été malheureux.

Les religions sont les pires ennemis de la science et de la recherche de la vérité. Elles nous forcent à vivre dans un moule sclérosé, basé sur le refus de sa réalité humaine. On ne peut pas être des anges quand on est des humains.

Si on veut être partie intégrante de la société, il faut respecter l’autorité, ainsi, les religions parviennent, l’histoire nous le prouve, à faire emprisonner, sinon tuer, ceux qui osent ne pas partager leur morale.

Le plus étonnant est qu’aujourd’hui, on fait tout un plat avec une histoire de masturbation. Il a pourtant été établi que la masturbation est un véritable mécanisme de défense, car elle permet de combattre très efficacement le stress et le mal intérieur. Plus encore, on vient de découvrir que c’est une arme préventive chez l’homme contre le cancer de la prostate.

Pourtant, le système judiciaire en fait encore tout un plat. On va jusqu’à prendre des plaintes pour des masturbations intergénérationnelles, même après 20, 40 ans. Cela sert à protéger qui ? On n’a pas besoin d’envoyer le plus âgé en prison parce qu’un individu décide de  parler de ses expériences sexuelles de jeunesse. La confession ne libère pas nécessairement, elle peut même créer une nouvelle gêne du fait que les autres savent, d’où le système se fend en quatre pour s’assurer que le nom de la victime supposée ne soit pas connu. Elles (ils) risqueraient de passer du statut de victime à celui de niaiseux.

Enfant, lorsque je me masturbais; selon l’Église, je commettais un péché mortel, donc, digne de damnation. Par contre, une fois confessé, avec le regret et le ferme propos de ne pas recommencer, ce péché n’entraînait comme punition que quelques dizaines de chapelets.

Au moins, la religion catholique du temps a su tempérer ses ardeurs, ce que ne font pas nos systèmes judiciaires ou la pensée unique.

La différence entre féministe et féminoune.

Les féministes dénoncèrent avec véhémence et avec raison l’inégalité homme femme. 

Elles affirmaient enfin : « Ton corps n’appartient qu’à toi ». Elles voulaient contrairement aux féminounes (féministes anti sexe) devenir maîtresses de leur corps ainsi que de leur vie. Les privilèges accordés aux mâles devaient dorénavant aussi leur appartenir. Ce avec quoi je suis parfaitement d’accord.

Contrairement aux féminounes, qui basent leur sexualité sur la victimisation, la sexualité chez les féministes, n’était pas rangée dans la case des peurs et des perversions, mais un élément essentiel dans l’appropriation de sa vie.

Les féministes voulaient que les femmes soient maîtresses de leur propre sexualité, donc, de leur corps et de leur vie.

Le féminisme d’alors était beaucoup plus large qu’une simple dénonciation des mœurs sexuelles des mâles, entraînant une peur infantilisée de la sexualité, bannissant jusqu’au langage de nature sexuelle entre adultes.

Les féministes ont pu mettre fin, dans la mesure du possible, à la violence conjugale, en apportant un support aux femmes qui en avaient assez d’endurer. C’est une immense victoire. La violence conjugale existe bien plus que la pédophilie, mais on n’en parle presque jamais.

L’inégalité salariale est un autre exemple flagrant de la discrimination envers les femmes.

J’ai toujours appuyé les féministes dans cette lutte et je ne comprends pas que l’égalité salariale ne soit pas déjà une réalité.   C’est absolument inacceptable qu’une femme gagne moins qu’un homme pour le même travail.

Heureusement, du moins, le gouvernement fédéral a institué une enquête nationale sur les meurtres commis envers les femmes autochtones. Les libéraux semblent vouloir mettre fin à ce scandale. C’est une mesure extraordinaire qui j’espère aura des résultats tout aussi extraordinaires. C’est incroyable que l’on assiste en silence aux meurtres des femmes autochtones, c’est quand même mauditement pire qu’un toucher, même qu’un viol.

Les féministes s’attaquaient aussi à l’aspect économique, au rang des femmes dans la société. L’égalité homme femme n’était pas qu’un moyen de brailler pour dénoncer le fait que ceux qui nous entourent ne soit pas aussi scrupuleux que nous. Le féminisme était la fierté d’être une femme. Cette possibilité n’existe que si on a l’amour de soi.

On est rendu fou à force de vouloir rejeter la sexualité. 

Regards, paroles, touchers, tout y passe. Le scrupule est devenu omniprésent parce que tout le monde s’intéresse à ce qui se passe dans les pantalons des voisins.  

À moins qu’il y ait violence, la sexualité des individus ne regarde, ni le gouvernement, ni le système judiciaire, ni les médias sociaux.

La sexualité libre est le principe fondamental du droit à la vie privée.   Qu’est-ce qui peut être plus privé que la vie sexuelle ?

On essaie tellement d’éliminer la séduction de la réalité féminine et son besoin de se confesser, que dès qu’une femme est regardée trop longtemps, on crie au harcèlement. Pourtant, elles passeront des heures à se maquiller pour être regardées. Une réflexion qui semble macho, mais qui est celle de bien des hommes, et qui correspond à une certaine réalité.

Le scrupule fondé sur la honte du corps devrait être vu comme une névrose obsessionnelle et soigné, grâce à la psychologie.

Les féminounes propagent, avec plus de succès, exactement le même credo que celui des religieux de mon enfance. Elles rétablissent une morale de scrupules, une propagande selon laquelle, la sexualité est rendue presque aussi dangereuse que le meurtre. Pourtant, personne ne peut prétendre que les jeux sexuels ne sont pas un plaisir, tant qu’on respecte son partenaire.

Le féminisme fut un mouvement d’émancipation important, essentiel, jusqu’à ce qu’il soit récupéré et devienne la voix des féminounes qui reprend le sermon des curés. Quel recul! 

Le « dénonce » des féminounes équivaut à la confession publique, d’où ce besoin de se présenter sans cesse comme une victime? Comment peut-on être victime, s’il n’y a pas de violence? Il faut croire alors que le sexe en soi est mauvais, ce qui est plus que très discutable. Est-ce que le #moi aussi est une création des Mormons d’Hollywood? Ce mouvement a cependant permis de se rendre compte de la fragilité du respect et du manque d’éducation des garçons quant à la façon d’agit avec les filles. S’il n’y a pas consentement, il faut dénoncer.

Le féminisme fut la plus grande et la plus nécessaire révolution moderne.

Par contre, personne n’a jamais osé prétendre que l’égalité doit aussi exister entre les adultes et les enfants, ce qui pourtant va de soi. La Charte des droits défend leur intégrité absolue. Comment peut-on alors défendre l’intégrité si on enlève une partie essentielle de la réalité : sa sexualité, et ce, même chez les jeunes. Notre sexualité est là dès notre naissance.

On est tous égaux parce qu’on est tous des humains, le sexe n’a rien à faire là-dedans, encore moins l’âge. C’est même une garantie de la Charte des droits, mais que l’on occulte.

On prétend protéger les enfants, en les éloignant de la sexualité, mais on oublie que pour les jeunes, à part une curiosité qui manifeste davantage de leur intelligence, la sexualité n’a aucune importance dans leur réalité quotidienne.

La raison est bien simple : leur corps n’est pas encore développé sur le plan de la reproduction. Les hormones ne changent pas encore leur perception,  leurs émotions, leurs besoins. Le pénis ne sert qu’à faire pipi jusqu’à un certain âge.

La raison pour laquelle je suis contre la pédophilie est le danger de créer une situation traumatisante. Bien des parents deviennent hystériques dès qu’ils apprennent que leur fils a été touché, surtout si ce geste est homosexuel. Cette réaction peut détruire le jeune parce que ne sachant quoi penser, il s’en croira responsable. Le jeune peut aussi être dégoûté par l’ampleur du pénis d’un adulte.

L’enfant de moins de dix ans entend ce que disent les adultes de la sexualité et il peut dès lors croire avoir commis une faute grave, s’il y a un contact sexuel. Il ne peut pas saisir le sens du fameux : «  j’ai été sali à jamais » puisqu’il ne peut pas encore saisir le double sens des mots. Cela ne viendra qu’au cours de l’adolescence ou le début de l’âge adulte.

Les fabulations enfantines quant au sexe existent aussi. Elles ont été documentées et on ne peut pas en nier l’existence. Le problème est qu’on ne fait pas la nuance entre être nu, être touché et un viol.

On semble oublier qu’il y a des gestes plus importants que d’autres, donc, plus susceptibles de traumatiser. 

La différence gars-fille est, à cet âge, plus culturelle qu’une réalité physique.   La sexualisation des enfants, c’est dans la tête des parents que ça se passe, encore plus que dans celles des enfants. 

On a qu’à regarder la publicité qui nous montre deux enfants hétérosexuels tomber en amour alors qu’à l’enfance, le jeune s’identifie d’abord aux gens de son propre sexe.

L’éducation sexuelle actuelle cherche davantage à maintenir un certain comportement sexuel plutôt que de laisser la nature se développer normalement. Et, le normal a toujours ses exceptions.

La peur d’avoir des enfants qui souffriront de leur orientation sexuelle existe parce que nos sociétés ne peuvent pas tolérer la « différence » et aussi parce que jadis une fille enceinte avant le mariage était condamnée à l’ostracisme ainsi que son enfant que l’on appelait alors un bâtard. Quelle charité!

Même si un enfant faisait l’amour, il n’aurait pas plus de chance que les gais d’avoir un bébé, car le garçon n’a pas de sperme avant environ 13 ans (chacun connait ce changement à des âges différents).  

Qu’un jeune ait une relation sexuelle sans violence ne se soldera jamais par des blessures physiques. Il ne perdra pas son organe génital, et rien ne changera dans son développement physique ou psychologique, futur à la suite d’un jeu sexuel.  Il aura simplement du plaisir, un plaisir qui est vu comme un péché par les adultes.

La culpabilité et la honte viennent du fait qu’un jeune n’est pas assez stupide pour ne pas saisir la haine qui s’exprime dans son entourage contre les relations sexuelles hors mariage et encore pire si elles sont gaies.  Ajouter la différence d’âge est un moyen supplémentaire, inventé pour combattre la liberté sexuelle. Quel imbécile, quel ignorant a eu cette idée?

Si les adultes apprennent qu’un jeune a eu des relations sexuelles, ils obnubilent la possibilité que le jeune ait accepté et commencent à devenir fous, hystériques, comme si le jeune avait été gravement blessé. Dans ce cas, il est évident que le jeune sera traumatisé.   Il se sentira coupable, surtout s’il voulait participer et qu’il y trouva du plaisir. Il se sentira amoindri et rejeté parce que cela s’est su. Le malaise n’existera pas à cause de ce qui se sera passé, mais plutôt parce que les adultes autour réagissent comme si c’était pire qu’un meurtre.

En propageant une peur irrationnelle et exagérée de la pédophilie et de la pédérastie, la société arrivera à rompre les liens humains inter générationnel. Comme à l’époque de Staline, il faudra dénoncer tous ceux qui semblent nous avoir flirté. Le jeune doit être gardé sous coupole pour l’empêcher d’être perverti par la présence d’un adulte  … possiblement dangereux. C’est une conception qui a même été vécue dans certaines écoles libres.

Ce n’est pas parce que tu es pédophile que tu sautes automatiquement au sexe de tous les enfants que tu rencontres.

Les neurologues vous diront que la pire chose qui puisse arriver à un enfant, c’est la surprotection.   La virginité jusqu’au mariage est dans notre société la plus noble vocation contre nature.

La peur de la pédophilie et de la pédérastie est indirectement une des racines de l’âgisme parce qu’on apprend aux jeunes à avoir peur des plus âgés. Cette peur fait que tout le monde est potentiellement un agresseur. Si ce n’est pas une vision paranoïaque de la vie, qu’est-ce que c’est? Cette peur est élargie jusqu’aux membres de sa famille. De quoi se mêle-t-on?

Il appartient à l’individu de décider ce qu’il veut vivre. Ce ne doit pas être un cadeau de toujours vivre, en ayant peur des mauvaises langues.

Que l’on soit plus ou moins vieux, les sentiments qui nous animent sont les mêmes. Voir une différence, dans ce que l’on ressent, selon l’âge, est absolument stupide et faux. Les sentiments existent quel que soit ton âge. L’âge ne devrait avoir rien à voir dans les rapports humains. L’expérience peut changer le point de vue, mais non, comment on ressent les choses.

Quand on parle de pédophilie et pédérastie, on mélange tout. On agit comme si les sentiments et l’amour n’existent pas. La génitalité habite une très faible proportion dans les relations qui existent entre humains de n’importe quel âge.

Celles qui ont inventé le terme pédophilie n’ont pas eu d’ailleurs l’honnêteté intellectuelle nécessaire pour accepter la nuance fondamentale d’âge entre les enfants et les adolescents, entre la pédophilie et la pédérastie. Ainsi, on est revenu carrément aux enseignements religieux qui condamnent tout ce qui touche au sexe en dehors du mariage.

Il suffit de naviguer sur les sites de rencontre un peu sexualisés pour se rendre compte jusqu’à quel point la peur de la pédophilie a embrigadé les jeunes contre les aînés.

Dès que certains jeunes voient un aîné sur les réseaux sociaux, ils crient immédiatement à la perversion, à la pédophilie. Certains, même s’ils n’ont pas l’âge d’être acceptés sur des réseaux sociaux, demandent aux aînés ce qu’ils font là. L’internet semble à leur point de vue exister seulement pour les jeunes.

Plusieurs jeunes passent des heures à essayer de voir le pénis de leur vie ou les seins les plus volumineux qui soient. C’est comme notre obsession de voir les Playboy quand on était jeune. Un résultat de l’interdit. Une curiosité bien normale.

Seuls les adultes y voient du mal.   Ils inventent la peur d’être « cruisé » sur les sites de rencontres, oubliant que les jeunes savent mieux que quiconque comment mettre fin à une conversation, sans oublier que la majorité des sites ont une touche pour dénoncer tout ce qui peut ne pas convenir.   La distance permet aussi souvent d’éliminer toute possibilité de rencontre, ajoutant une sécurité supplémentaire.

Il n’y a que les adultes qui s’énervent quant au danger de voir des nus sur internet. Accepter ou refuser de se déshabiller devant un étranger fait partie de l’éducation que doivent donner les parents. « T’aimes ou tu n’aimes pas » devrait être enseigné très jeune. Plutôt que de devenir hystérique quand un parent découvre son enfant nu devant l’œil de la caméra, il devrait en profiter pour avoir une bonne discussion de fond avec son enfant, tout en respectant qu’il lui appartient de créer sa propre morale.

La peur que les jeunes s’intéressent à la sexualité, qu’ils soient curieux, provient strictement de l’interdit de toute manifestation sexuelle dans l’enfance et l’adolescence. C’est dans l’ADN religieux des Québécois.

On nie ainsi une réalité : tous les jeunes ont une sexualité qui se réveillera à l’adolescence.

La différence d’âge entre les gars et les filles, quant à cette transformation, justifie que l’âge de consentement soit remplacé par l’entrée au secondaire, mais on doit absolument, dans ce cas, organiser auparavant des cours sur la sexualité à la fin du primaire pour leur permettre d’éviter les dangers réels.

Il est aussi essentiel qu’ils comprennent le fonctionnement de leur corps plutôt que de les inciter à se mépriser quand ils reçoivent les premiers appels de la nature ou les  premières marques d’intérêt à leur égard. Le silence sur la sexualité a été la pire bêtise de nos parents. C’était ainsi parce que c’était de la perversité que de parler, voir même penser, au sexe.

Il faut cesser d’exagérer les dommages quant aux jeux sexuels et comprendre que sans violence le jeune ne subit aucun dommage physique[1]. Quant à la culpabilité et la honte morale, elles sont le résultat de notre éducation, de notre voisinage.

Rien n’est aussi important quand tu es jeune que d’apprendre à t’accepter comme tu es. Insister sur la pudeur produit l’effet contraire, en créant une honte de son corps.

La peur de voir des nus sur le web est le même interdit religieux contre nature que l’on a tous essayé de contourner quand on était jeune avec Playboy. On dirait qu’en vieillissant, on essaie de nier ce qui nous touchait quand on était jeune.

Quand une mère dit qu’elle a remplacé sa fille au clavier, c’est qu’elle fait la chasse aux prédateurs. Qui lui a confié cette mission? On ne paye pas assez nos policiers pour empêcher que les adultes commencent à jouer aux détracteurs? Qu’est-ce que ce serait si on avait un registre public des prédateurs?

Les pédophiles ou pédérastes ont autant le droit de vivre heureux que n’importe qui, même si on ne partage pas leurs goûts, même si on condamne leurs attirances.

Le vrai problème sexuel est que l’on n’enseigne pas à respecter la sexualité ainsi que la vie émotive qui en découle.


[1] – C’est différent pour une fille, car la possibilité de procréer existe alors que  le garçon commence habituellement à éjaculer qu’à 13-14 ans.

De la pudeur à la paranoïa (10).

avril 9, 2020

Il faut lire dans le sens de 1 à 10+

Le plaisir sexuel n’est ni bon, ni mauvais, il existe essentiellement pour la survie des espèces.

Donc, voir du mal dans la création de Dieu, ça revient à l’insurrection du diable contre le créateur, un gros péché d’orgueil. Quand nos religieux le reconnaîtront-ils?

Les religieux qui prêchent le péché parce que l’on s’amuse avec notre organe génital sont complètement dans le champ.

D’abord, pour qu’il y ait péché, il faut vouloir faire du mal à soi ou à autrui, consciemment et méchamment, il faut manquer d’amour. C’est l’essence même du péché.

En quoi le geste de masturber ou sucer quelqu’un consiste-t-il en un geste qui engendre du déplaisir ou un manque d’amour? À moins de ne pas savoir comment faire, ces deux gestes apportent beaucoup de plaisir.   Pourquoi le plaisir serait-il plus néfaste à l’humain que la souffrance qui, selon les religieux, nous propulse au ciel? C’est complètement masochiste de penser que faire jeûne nous rapproche de Dieu.   Pourquoi faut-il souffrir pour s’approcher de Dieu? Dieu est-il un sadique ?

Dieu plus intelligent que les religieux a eu la merveilleuse idée de créer les rêves érotiques pour vider l’homme d’un trop-plein de sperme. 

Comment peut-on blesser et traumatiser l’autre en ayant un rapport sexuel en dehors des normes, sauf s’il y a violence ou domination? Ce n’est pas parce que des dirigeants religieux ordonnent de respecter une morale, qui est à contre sens de la nature humaine, que l’on doive prendre pour acquis qu’ils ont raison.

Je ne parlerai pas des femmes, car dans ce cas, les institutions ont inventé pour elles des rôles qui méritent d’être contestés.   Ce classement s’appuie sur une autre bêtise : l’inégalité entre l’homme et la femme. C’est encore une bêtise nourrie par les religions et, même par Dieu, puisqu’on lui fait dire que la femme doit être soumise à son homme.

C’est un autre débat. L’homme et la femme ne sont que des humains égaux quoique différents. Une des plus grandes différences est certainement l’aspect émotif. Les femmes sont plus centrées sur la beauté du corps que les hommes. Elles sont vite envahies par la culpabilité. C’est normal, car toute notre éducation cherche à leur faire peur ou avoir honte d’être des femmes.

Pourquoi  diable! Le sexe est-il aussi mal et aussi dénoncé dans presque toutes nos sociétés? Serait-ce que ce préjugé, qui prend des proportions d’hystérie collective,est le propre d’une conception qui s’appuie en partant sur des faits erronés? Comment peut-on espérer qu’une erreur se transforme en vérité?

C’est ainsi d’ailleurs que nos cours judiciaires prétendent que les jeunes subissent des dommages irréparables, des préjudices plus grands que la mort dès qu’ils ont une expérience sexuelle. Si la société se taisait, les jeunes ne se rappelleraient que le plaisir qu’ils ont vécu[1].

Un autre argument qui nous vient des religieux et qui nous prouve combien ils ont une idée fausse et dépassée du sexe : se masturber est un meurtre, supposément parce que les spermatozoïdes meurent dans l’éjaculation. Quelle connerie!

Si on ne se masturbait pas, notre corps risquerait d’être empoisonné. C’est tellement ça que la nature, plus intelligente que les religions, a décidé de produire des rêves cochons qui évacuent tout le sperme mort. Faute d’éjaculation provoquée par le plaisir manuel, notre corps introduit un tel plaisir dans les rêves que l’on éjacule. Un « wet dream » que l’on appelle ça.

Ce sont des rêves extrêmement agréables.

Les plaisirs sexuels sont, à mon  sens, une forme de mécanisme de défense contre le stress ou la souffrance intérieure. 

Évidemment, le juste milieu a bien meilleur goût. Comme toutes les relations sexuelles, sans violence, consenties, ce n’est pas dangereux et ça n’a aucun effet physique pernicieux.

 La vraie question est de savoir si on aime ça ou si on n’aime pas ça.   Toute l’éducation sexuelle doit reposer sur cet élément. La liberté de choix et la beauté de l’amour.

Si on vit dans une société qui base les relations sexuelles sur le consentement, il est bien évident que l’on ne doit pas revenir sur les mœurs de la victime ou de l’accusé pour essayer de s’en sortir. C’est simple : a-t-on accepté ou a-t-on manifesté clairement que l’on consent ou que l’on ne consent pas? La réponse constitue le verdict. Le consentement doit être aussi clair que le refus. Il n’y a pas de noui, seulement oui ou non.

On m’a toujours reproché de ne pas tenir compte des femmes. La raison est très simple : je n’en suis pas une et je ne sais pas ce qu’elles ressentent. Je ne me vois pas les conseiller sur quelque chose que j’ignore complètement[2]. Mais, une chose est certaine, je n’ai rien contre la gent féminine, sauf, la jalousie et le besoin d’exclusivité.

Le christianisme et Marie-Madeleine.

La religion catholique devrait être la religion qui soit la plus permissive sur le plan sexuel, car Jésus a été le premier à défendre une prostituée.

En effet, quand Marie-Madeleine lui lava les pieds, il a répliqué que ses péchés étaient pardonnés parce qu’elle avait su aimer. Rien n’est plus clair. L’important, c’est d’aimer. Cela deviendra de plus en plus essentiel, au fur et à mesure que l’on découvrira le rapport réel entre la surpopulation et les changements climatique. La surpopulation doit être combattue, cette fois, autrement que par une guerre à cause du danger nucléaire. A la fin des années 1960, j’ai écrit un roman satirique qui se terminait par des cours de pédérastie en Indes, une solution que tous n’aimaient pas.

Les chrétiens sont les premiers à manifester leur besoin de juger ceux et celles qui ne vivent pas selon leurs scrupules.   Tout le monde accepte d’avoir peur des jeux sexuels, sans même se demander, si on a une raison valable de les interdire. Qui a déjà souffert d’avoir participé à ces jeux? On crie à la victime depuis que l’Église essaie d’acheter le silence à coup de millions. On apprend dans Sodoma, le livre d’Éric Martel, que les pires homophobes au Vatican sont souvent ceux qui « jouissent en cachette ». Le discours hypocrite de l’Église catholique est dénoncé. L’Église n’aura jamais la franchise d’admettre qu’entre gais, la liaison tient surtout au plaisir.

Si l’égalité homme femme est une nécessité, par pure justice humaine, il existe cependant une différence indéniable quant au plaisir ressenti par l’homme ou la femme dans les jeux sexuels. Non seulement la femme doit se laisser pénétrer, mais dans la position du missionnaire, elle doit endurer le poids de celui qui lui fait l’amour. Quelle que soit la position, son espace personnel ne lui appartient plus. 

Sans sodomie, le gars gai peut très bien faire la planche et jouir, si on lui fait une fellation ou qu’on le masturbe. Il n’a qu’à jouir en se laissant faire.

Encore aujourd’hui, plusieurs s’interrogent sur le rôle du clitoris. L’ignorance de la réalité féminine existe encore parce qu’il y a des sujets dont on n’a pas le droit de parler, sans compter que l’éducation reçue affirme que hors du mariage, tout est péché.

La honte et la culpabilité sont les fruits du scrupule que la société impose autour de la sexualité dès l’enfance.

N’est-ce pas un scrupule d’adulte? Une invention de la religion, due à la projection émotive des religieux[3] ? Assiste-t-on à la naissance d’une nouvelle dictature morale, celle des féminounes ? Les féminounes qui remplacent les curés.

Nous vivons de plus en plus une dictature religieuse, basée sur la répression sexuelle, comme à l’époque de l’inquisition. On essaie même d’implanter la disparition des individus ou de leur œuvre comme dans 1984[4].

Comment ne pas croire que tu agis mal quand tu entends toujours parler autour de toi du danger que représentent pour toi et les autres d’avoir des petits jeux qui te rendent fou de plaisir? Pourquoi ne présente-t-on pas la sexualité comme étant ce qu’il y a de plus beau dans la création?

C’est quasiment un crime contre Dieu que de prétendre que sa création est vile? C’est complètement fou de se croire pécheur tout simplement parce qu’on a un corps sexué et que l’on en jouit.

Comment peux-tu être traumatisé par le plaisir? Comment prétendre que tu n’as pas aimé ces petits jeux, si tu retournes librement chez celui qui devrait être ton bourreau?

Tout cela est hypocrisie, car la société adulte ne cesse d’en remettre contre le plaisir sexuel. Si tu retournes chez ton bourreau librement, c’est que tu as aimé ça. Si tu deviens « stool », c’est que tu as profité du moment présent et que tu ne peux pas supporter que la société devienne plus scrupuleuse qu’à l’époque où les actes se sont déroulés.

Ou encore, c’est que t’as de l’argent à faire en dénonçant. On essaie de faire croire qu’en dénonçant tu seras plus heureux, mais on ne cesse pas de demander plus d’argent pour aider les victimes à faire leur boulot, car, ce serait très douloureux de dénoncer.

Les scrupules s’installent particulièrement chez les femmes. Quand tu dis que quelqu’un est nu parce qu’il se fait photographier en costume de bain, tu as de sérieux problèmes émotifs face au corps. Quand tu penses que faire l’amour salit, tu as encore plus de problèmes. C’est toi qui devrais être vu par un psychologue. Pourtant, on essaie d’imposer cette vision de la sexualité à tout le monde.

J’ai connu un homme pour qui la vie était l’enfer, simplement parce qu’il était un bâtard. Je me suis toujours demandé pourquoi le jugement sur la vie sexuelle des autres n’est pas un péché puisque le Christ lui-même disait : « tu ne jugeras pas ». N’est-ce pas ce que l’on appelait de la médisance (quand c’est vrai) et de la calomnie (quand c’est faux) ? Était-ce sa faute s’il est né bâtard ? Rendre la vie d’un individu invivable est un crime. C’est de la torture sans le reconnaître.

La liberté est essentielle pour s’aimer et aimer les autres.   Par contre, la liberté ne peut pas exister sans la responsabilité, d’où l’essentiel consentement.

On rejette le corps à cause de la mort.

Je n’arrive pas à comprendre la honte ou la haine du corps quoique j’aie ma petite théorie.

La connaissance est le fruit de l’expérience que l’on peut partager. Or, les hommes ont vite connu la mort. La mort, c’est le pourrissement du corps. Mais, qui n’a pas déjà vécu la venue d’une personne connue dans un rêve après qu’elle est décédée? Cela ne suffit-il pas à consacrer la valeur de l’esprit et de l’éternité? L’âme survit à la mort puisqu’elle nous rend visite dans nos rêves. Qui n’a pas déjà eu l’impression d’être accompagné par ce qui pourrait se comparer à un fantôme, une présence inexpliquée, physiquement ressentie?

Le corps est loin d’être sans valeur malgré la mort. Rien n’est plus beau et fascinant que la sexualité. Comment nos corps arrivent-ils à produire des spermatozoïdes ou des ovules qui contiennent génétiquement ce qui sera le nouvel être? La reproduction est un phénomène complexe et extraordinaire. Avec l’arrivée de la théorie des algorithmes, on peut penser que la vie est un algorithme qui s’établit entre les différentes forces et puissances qui constituent l’univers.

Nous sommes un être supra extraordinaire. Comment demeurer indifférent à la beauté humaine? C’est un blasphème que de trouver la nudité mal ou sale. Même les personnes qui ne sont pas belles, selon tous nos critères, sont encore belles. Personne n’existe sans que quelqu’un ne le trouve beau. La beauté est relative. On dirait qu’elle prend plus d’espace au fur et à mesure que l’on vieillit ou que l’on soit un homme ou une femme. Pourquoi les femmes sont-elles aussi exigeantes quant à leur beauté? La vie de couple âgé est-elle un moyen de tuer la solitude ? Il faut être deux, au moins, de nos jours pour boucler les budgets. La solitude est le pire ennemi de la santé mentale.

Il y a là aussi le résultat d’une éducation malsaine où la femme est à la fois démonisée ou sacralisée, d’où son besoin excessif de pudeur. Si elle a le malheur d’être sexuellement libre, tout au long de sa vie, on essaiera de la rendre coupable.

Les Grecs aimaient les petits gars à cause de la beauté infinie du corps. Pourquoi aujourd’hui tant de gens souffrent de ne pas avoir l’apparence désirée? Cette crise d’adolescence semble se transporter dans la vie des gens de tous les âges. 

La honte de son corps est la courroie de transmission des scrupules.

La honte de son corps est la prémisse essentielle à l’existence de scrupules de nature sexuelle. On se sert de la mode pour la propager. C’est aussi une voie directe à la paranoïa, si elle n’est pas contenue.

Plus le Québec devient féminoune, plus il devient paranoïaque, face à la sexualité. Pourtant, les vraies féministes prônaient le contraire.

Les mouvements féministes d’aujourd’hui sont plus intéressés à crier au harcèlement sexuel qu’à promouvoir une fierté réelle d’être égale à l’homme et par conséquent, maitre de choisir son partenaire, sa carrière et ses amours.

Il faut cependant avouer que la honte d’enseigner la sexualité, et ce qui peut la rendre agréable, permet aux hommes de continuer de ne pas voir dans leur comportement, un moyen de séparer la sexualité et le respect des femmes en vue d’un vrai vouloir-vivre ensemble. La femme doit toujours dompter ses charmes. Si elle ne le fait pas, elle sera perçue comme la voie de la séduction menant à la dépravation, à la prostitution. 

Le comportement de plusieurs mâles envers les femmes prouve la nécessité urgente d’une éducation au respect. Et, on respecte que ce que l’on connait.

Comment obtenir le respect quand, dans un aucun moment dans ta vie, on t’apprend à respecter l’autre ? Quand discute-t-on avec un garçon pour lui apprendre à respecter les filles, que le consentement a priorité sur ses envies?

L’expérience de la sexualité ne peut pas, à cause de l’absence d’éducation, être la même pour un gars que pour une fille.

Qu’on le veuille ou non, la sexualité se vivra autrement selon le sexe, tant et aussi longtemps que l’égalité homme femme ne sera pas réalité.

La fille doit faire face à tous les inconvénients d’une relation sexuelle, soit s’occuper de l’enfant non désiré et faire face aux langues sales qui sont là pour la juger et la condamner.

Le gars, lui, ça ne paraît pas, donc, il n’a pas à affronter les médisances et calomnies qu’entraîne une grossesse hors mariage. Avec l’ADN, le gars devrait être forcé à respecter ses responsabilités paternelles.

La distinction homme femme ne devrait même pas exister, car quel que soit notre sexe, on n’est strictement rien d’autre qu’un être humain. Le corps a simplement su s’ajuster aux besoins de reproduction.

Les personnes scrupuleuses sont-elles capables de trouver un aspect positif à la sexualité? J’en doute.

Les médias ne cessent de nous fendre les oreilles avec les crimes sexuels. Ainsi, la répression sexuelle est vue comme un bien alors qu’il s’agit pourtant de la pire attaque contre le droit à la vie privée et à l’existence d’une morale individuelle[5].

C’est même ignorer le droit à l’intégrité physique des jeunes, intégrité qui comprend évidemment la sexualité. Seule la personne concernée devrait avoir le droit de porter plainte en son nom. Les jeunes doivent être libres de vivre leur sexualité comme ils le veulent, mais en ayant appris avant, la responsabilité qui en découle.

On a même créé un vocabulaire de l’horreur pour dénoncer toutes formes de gestes sexuels, allant même jusqu’à criminaliser les désirs. On dirait que l’on envisage de rendre criminel le simple fait d’être pédophile ou pédéraste, comme si on était responsable d’être ce que l’on est, depuis sa naissance.

L’histoire de la sexualité, de Michel Foucault, nous rappelle cette période de grande noirceur qui nous enveloppe encore aujourd’hui. Pour sa part, Wilhem Reich nous explique à quoi sert la répression sexuelle des jeunes. Il nous apprend que la sexualité peut être indirectement liée à l’économie. Plus tu te sens sali par la sexualité, meilleur tu dois paraître socialement pour te revaloriser à tes propres yeux. C’est d’ailleurs une des raisons d’exister de la radicalisation.

Tout ce que l’on nous enseignait enfant nous menait à la honte et au mépris de tout ce qui est sexuel. Ce n’est pas étonnant qu’il soit quasi impossible de remettre en question la morale entourant la sexualité. Pas étonnant que certains adultes aient encore une vue biaisée de la sexualité.

La honte de la sexualité nous est imposée par nos parents dès la plus tendre enfance. Quand j’étais jeune, on avait la visite de pères prédicateurs qui venaient nous rappeler que le sexe est péché, si on n’obéit pas aux normes de l’Église. L’église prenait presque en feu tant les flammes de l’enfer nous dévoraient.

C’est loin d’être un geste de liberté et une recherche d’autonomie individuelle. On apprend à travers les « ne touche pas » à voir notre corps comme une source de mal. On est tellement hypnotisé par cet enseignement que la violence nous apparait plus normale que la nudité. Pourquoi un jeune est-il traumatisé par la vue d’un corps nu et insensible quand il joue à tuer?

On banalise la violence et diabolise la sexualité.

L’idéal ne serait-il pas un peu plus d’équilibre? Qu’est-ce qui est le plus réellement dangereux, la violence ou le sexe? Les drogues ou le sexe ? Une commotion cérébrale ou le sexe?

La répression sexuelle nous apprend à sacrifier une part de soi sans rechigner. Avoir une assez forte libido conduit presque nécessairement à la désobéissance aux règles établies. Ce qui peut marquer le début de la culpabilité intérieure, d’une mésestime de soi profonde, car le jeune n’a pas les moyens de contredire ce qu’on lui enseigne.

Les autres, parfois nos parents les premiers, nous condamnent dès qu’on ose manifester un quelconque intérêt pour la sexualité spécialement si elle est hors norme. Or, personne n’est dépourvu de pulsions sexuelles.

Pire, si tu te découvres pédophile ou pédéraste, ce dont tu n’es absolument pas responsable, tu es condamné jusque dans la mort à être ostracisé. Tu devras vivre en hypocrite, ce qui est le principal danger réel pour les autres. 

Pour la protection psychologique des enfants, il est tout à fait normal de condamner les rapports sexuels en déca d’un certain âge. On doit distinguer la pédophilie de la pédérastie, par respect pour la vérité et l’intégrité du jeune, ce qui n’est pas le cas maintenant.

La pédophilie existe que dans les cas où il y a des gestes de nature strictement sexuels avec des jeunes de moins de 10 ans. 

Il y a aussi une différence entre un attouchement, une caresse et la pénétration, par exemple.   Le problème, c’est qu’on ne fait aucune nuance entre la gravité des gestes, dès qu’on parle d’un cas dit de sévices sexuels.

Il faut chercher à comprendre la pédophilie afin que la protection des enfants soit maximum.

Par contre, la peur exagérée de la pédophilie peut aussi traumatiser l’enfant qui se met à voir des dangers partout, même là où il n’y en a pas. Ces jeunes peuvent très bien se mettre à fabuler et prendre leurs délires pour des réalités. Ce qui s’est avéré vrai à la suite de plusieurs procès, mais il est alors trop tard, on ne peut plus refaire la réputation de l’accusé qui en est victime.

Les jeunes entendent aussi ce qui se dit à la télévision. Que l’on parle sans cesse du père qui a tué ses enfants, comme dans l’affaire Turcotte, aurait pu créer des peurs affreuses aux enfants qui sont plus instables ou vulnérables, envers leur père[6]. Heureusement, il semble que ce ne soit pas arrivé.

Il faut comprendre que tous les pédophiles ne sont pas des psychopathes et sont même loin de l’être; car, leur sentiment, qu’on aime cela ou pas n’en demeure pas moins un amour pour les enfants. Tous les pédophiles ou pédérastes, que j’ai rencontrés dans ma vie, ne pouvaient pas endurer l’idée que l’on fasse mal aux enfants.

Mis à part, les cas de psychopathes ou le commerce de la chair (organes, esclaves sexuels), les contacts sexuels sans violence sont sans effet négatif réel sur les enfants. Aucune blessure physique n’est due à des attouchements. Ce n’est pas le cas en ce qui concerne les jeux violents comme le hockey et le football où trônent les commotions cérébrales. Ainsi, on peut dire sans se tromper que la pédophilie est moins dangereuse pour les jeunes que certains sports ou la drogue qui peut déclencher une psychose.

Quant au facteur moral, la culpabilité est le fruit de l’éducation et du comportement des parents face à la sexualité. La fameuse intimité n’est pas naturelle, c’est un acquis à travers l’éducation ou la perception des autres. Il faut avoir vécu une expérience éducative du type Summerhill pour le comprendre.

Par contre, il est normal pour la protection des enfants qu’on accepte en société une règle affirmant qu’aucune relation sexuelle ne doit exister avec un enfant de moins de 10 ans. 

Même si rien ne justifie son existence, sauf la peur, une telle règle est facilement compréhensible et exprime le point de vue de la très grande majorité des gens. Il ne reste qu’à ne pas exagérer dans l’application de cette règle. Un attouchement risque d’être moins traumatisant pour un jeune que de voir ses parents devenir à moitié fous parce que cela est arrivé.

Cette règle peut exister sans que l’on condamne à perpétuité les individus nés pédophiles. On ne doit pas enlever toute dignité à un humain qui, sans le décider, de par sa nature, est attiré vers les enfants. La Charte des droits exige le respect de tous les êtres humains. Avant de devenir hystériques, les parents doivent savoir faire une différence entre un attouchement et une pénétration. Si les parents parlent avec leurs petits, il y a de grandes chances que ceux-ci ne seront jamais traumatisés et que ceux-ci soient portés à avertir les parents s’il arrive quelque chose d’inhabituel.

On doit cesser de faire peur aux jeunes avec la sexualité. Cependant, pour leur protection, ils doivent savoir pourquoi ils doivent être prudents, sans que ça devienne une hantise.

Les médias doivent cesser de faire étalage de chaque cas, comme si c’était tellement grave, que ça mérite une dénonciation planétaire. On doit cesser d’agir en paranoïaques.   Sauf la sodomie, les jeux sexuels entre mâles, garçons et adultes, n’ont rien de douloureux. Ils ne sont rien d’autres que purs plaisirs, si tu es gai. Si ton éducation te présente le sexe comme le mal, alors pour ta propre conscience, il est préférable que tu t’abstiennes. Il n’y a rien de pire, de plus destructeur que la culpabilité. Le choix est clair : tu aimes ou tu n’aimes pas.


[1] – Il faut cependant noter que le cas d’agressions sexuelles avec violence existent vraiment et doivent être dénoncés pour la protection de  l’enfant. Dans ce cas, les traumatismes existent sans l’ombre d’un doute.

[2] – Les spécialistes du sexe, les sexologues,  sont-elles (ils) une forme d’appropriation culturelle puisqu’elles (ils)  ne savent pas  ce que les personnes impliquées ressentent, sinon à travers les livres. Plusieurs gais ne vivent pas leur sexualité dans la fidélité.

[3] – À mon avis, l’obsession religieuse radicale est une forme de maladie mentale, une sorte de schizophrénie.

[4] – On combat la musique de Michaël Jackson, comme les curés combattaient la musique rock, source du péché.

[5] – On s’entend, que je parle ici, de relations sexuelles sans violence ou domination

[6] – Quand j’étais jeune, je croyais avoir été adopté. Il faut voir le portrait de mon père pour savoir jusqu’à quel point c’est insensé; mais la fabulation est le propre de certains jeunes. La fabulation est juste un mélange de perceptions, un  mécanisme pour se défendre de ce qui nous hante.

De la pudeur à la paranoïa (9)

avril 8, 2020

Il faut lire du no 1 à 10+

L’affaire Jutra montre jusqu’à quel point l’obsession de ne pas être perçu comme l’ami d’un pédophile élimine la moindre compassion et engendre un mouvement d’indignation qui frise l’hystérie. Que dire de l’interdiction de la musique de Michaël Jackson? Aucune de ses chansons ne parlent de la pédophilie. Dans mon cas, on essaie de tuer la diffusion de mes écrits. Edilivre a rompu son contrat quant à la vente du Jeune espion, de Les amours de Platon en trois tomes. La folie scrupuleuse n’a pas de limite. Ceux qui crient pour la liberté d’expression et la liberté de conscience demeurent silencieux.

L’affaire de Mme Lise Payette (qui a perdu sa chronique dans le Devoir) démontre jusqu’à quel point la société est incapable d’échapper à la haine de ce qui est perçu comme pédophile, même la haine de ceux qui ne le sont pas, mais qui essaient de comprendre.

En essayant de propager négativement la conception que l’on se fait de la sexualité, on plonge dans tous les travers, où le sexe est perçu comme une perversion. Cette perception était celle des religions et elle est maintenant propagée aux jeunes, grâce aux adultes, surtout les féminounes. On ne semble pas voir qu’un enfant percevra la sexualité, selon son héritage culturel.

En fait, le jour où les femmes seront aussi fières de leur organe sexuel que les hommes de leur pénis, elles cesseront de se voir en victimes et on commencera à vivre la véritable égalité homme femme.

Alors, la sexualité sera un plaisir et non plus un crime. Il va de soi que la sexualité ne peut pas tolérer la moindre violence et doit reposer sur le respect de l’autre. 

Qui dit sexualité libre, dit plein consentement et respect de l’autre.

Comme la liberté est en soit une immense responsabilité, il est temps que l’on éduque les parents, en leur faisant comprendre que leur rôle principal est de créer des êtres autonomes. Être parent est un choix,  mais aussi une responsabilité. 

De qui peut-on espérer du respect, si nos parents ne nous en manifestent pas, préférant obéir à des règles religieuses abusives? Combien de jeunes ont été évincés de leur famille à cause de leur orientation sexuelle ?

À cause de notre éducation, le plaisir sexuel est vu comme une cochonnerie, une honte, une perversion, même si rien ne justifie une telle perception.

Qu’y a-t-il de malsain dans la sexualité? La frustration fait beaucoup plus de dommages que la liberté sexuelle qui, si elle n’est pas violente, se vit dans un profond respect mutuel. Avoir une relation sexuelle, c’est partager un plaisir. Souvent, la relation sexuelle est le début d’un nouvel amour.

La peur de la sexualité nait de ce que l’on appelle une vérité préconçue. Une vérité que personne n’ose remettre en question. Une vérité qui se propage de génération en génération. Une vérité que l’on croit « qui va de soi ».

La répression sexuelle est le fruit d’une éducation envahissante dès la tendre enfance. Cette éducation devient la règle de vie et malheur à celui ou à celle qui essaie de la transgresser. Les adultes veillent à ce que les jeunes maintiennent la peur de la sexualité qu’ils ont vécue.

Ainsi, on peut dire que les religions ont réussi à définir la sexualité, à partir de l’ignorance des religieux de la vie sexuelle humaine, et surtout de la peur du sexe chez les femmes.

On peut affirmer sans l’ombre d’un doute que nous vivons sous une dictature émotive religieuse.

L’explication religieuse de la vie sexuelle est souvent stupide. On a qu’à lire La chair interdite, de Diane Ducret, pour voir jusqu’à quel point la perception sexuelle des religions relève de l’ignorance crasse. 

Même aujourd’hui la connaissance scientifique ne fait pas le poids contre les préjugés religieux. Ces préjugés sont appuyés par le système judiciaire, car la répression sexuelle est un moyen pour garantir que tout le monde vivra dans le même moule. Il y a pourtant toute une différence entre le plaisir et la souffrance. Qui a déjà souffert en « jouant aux fesses », comme on disait dans mon enfance? Pourquoi on n’en tient pas compte dans les sentences? Il y a une grande différence entre un viol et des gestes pleins de tendresse, les caresses. Comment peut-on parler d’agression alors que l’amant tente par tous les moyens, tous les cadeaux, de séduire l’être aimé. Ce n’est pas surprenant qu’un homme prenne 40 ans pour dénoncer, car à l’époque, quand il a vécu l’expérience, il ne percevait que du plaisir. La culpabilité vient de la peur de son environnement. Ce sont les bruits de la société actuelle qui font naître une forme de culpabilité. Si tout le monde le dit, c’est que c’est vrai.

Et plus nous évoluons, plus nous régressons, grâce aux féminounes,  vers les propos religieux quant au sexe. Celles-ci ont oublié la sagesse des féministes qui se résumait par : Ton corps t’appartient et à toi seul.

La sexualité est la base même non seulement de la vie privée, mais de la vie émotive.

Ta réalité sexuelle est le plus puissant outil d’identité personnelle.

Selon la Charte des droits de la personne, personne ne peut être condamné, isolé, détesté de sa naissance à la fin de ses jours à cause de son orientation sexuelle. Les mêmes spécialistes, qui prétendaient que l’homosexualité est une maladie mentale, prétendent maintenant que la pédérastie et la pédophilie sont une déviance.

C’est un moyen hypocrite pour dire comme on disait jadis en d’autres mots : les homosexuels vont pervertir notre jeunesse. Nos jeunes deviendront homosexuels à cause de certains d’entre eux. Je ne veux pas que mon fils devienne homosexuel, je dois donc le protéger contre les adultes qui pourraient l’amener à se découvrir homosexuel. On ne devient pas homosexuel ou pédophile, on l’est dès sa naissance ou on ne l’est pas.

Le premier élément pour être heureux est de s’accepter comme on est, ce qui n’empêche pas de vouloir s’améliorer.

Puisqu’on ne peut pas imaginer ses propres règles pour définir le bien et la beauté, la société le fait pour nous.

Face à la sexualité, nous sommes un troupeau servile aux règles morales religieuses. Pire, le système judiciaire applique la même peur du sexe que les religions. Pourtant, Pierre-Elliot Trudeau disait que l’État n’a pas d’affaire dans les chambres à coucher. Une vérité à laquelle on devrait réfléchir si on veut créer des êtres libres.

On voit la pédophilie comme une déviance parce que l’objet recherché est plus jeune que celui que le système accepte comme étant normale, mais il y a peu d’années on croyait que l’homosexualité était une maladie mentale. La haine populaire ne pouvait pas être plus grande. Tous les homosexuels étaient des pédophiles qui propageraient leur maladie comme les vampires. Une bonne pipe et tu passes du côté des morts vivants. Comment les gens peuvent-ils vivre dans une telle atmosphère de haine?

Les interprétations de Dieu

Les écrits de la Bible ou autres textes religieux sont soumis à la déformation des interprétations humaines.

Quand on lit le texte sur Sodome et Gomorrhe dans la Bible de Jérusalem, on se rend compte que la condamnation de l’homosexualité n’est pas claire dans les versets cités. Il s’agit plutôt d’interprétations humaines quant à savoir comment Dieu voyait ce qui se passait dans ces villes.

Il est possible de lire le texte tout autrement. Les gens de ces villes n’aimaient plus, d’où leur vie n’avait plus aucun sens. Ces passages ne portent pas sur le sexe, mais sur l’essentielle existence de l’amour entre humains. C’est bien différent. Juste voir ces citadins sans amour, nous assèche intérieurement d’où le changement en statue de sel.

Le symbolisme ambivalent et secret des textes religieux permet à ceux qui se prétendent plus instruits en religion de nous faire croire n’importe quoi, au nom de l’illumination divine dans leurs interprétations. Les papes ne se prétendent-ils pas infaillibles?

Pourtant, toutes les religions basées sur la Bible interprètent ce passage ambigu pour faire croire que Dieu est contre l’homosexualité. Dieu était-il assez dépourvu de vocabulaire pour ne pas pouvoir nommer ce qu’il dénonce ? L’Église s’est toujours prononcée contre l’homosexualité ; mais on voit aujourd’hui que ça ne donne pas de bien bons résultats à l’intérieur même de leurs institutions.

On condamne la pédérastie, à partir du passage dans les Évangiles qui dit qu’il est préférable d’être jeté à la mer plutôt que d’amener le scandale. Pourtant, en aucune place, il n’est question de sexe. Qu’est-ce que le scandale? De quel scandale parle-t-on ? Un scandale est-il nécessairement d’ordre sexuel ?

Un gars ne subit jamais de dommage physique dans un échange sexuel, au contraire, il jouit.  Jouir est le plaisir des plaisirs. Malheureusement, si tu es trop jeune, tu ne peux pas goûter au plaisir d’éjaculer, mais tu ne subiras pas non plus de dommage physique.  Tu banderas et tu débanderas et dans un cas comme dans l’autre, tu ne ressens que du plaisir, celui des chatouillements. Mieux tu ne peux pas dépenser du précieux sperme, source de tous les interdits, car tu n’en fabriques pas encore.

Les religieux projettent leur haine pour le sexe dans leur interprétation.   La parole est probablement floue pour permettre de mieux justifier leurs interprétations.

Heureusement, la science nous prouve que l’homosexualité est une orientation sexuelle tout aussi normale que l’hétérosexualité. J’y ajoute la pédérastie, qui est, qu’on le veuille ou non, une forme d’expression de son homosexualité. T’es homosexuel si tu aimes un autre homme et tu es un mâle, un homme, que tu es onze ou quatre-vingts ans.

La pédérastie est aussi une forme d’attirance à l’autre, entre mâles[1]. Il y a juste la nuance de l’âge qui s’ajoute à la réalité.

Comment Dieu pourrait-il condamner ce qu’il a lui-même créé? Nous sommes homosexuels ou hétérosexuels dès notre naissance. La vraie différence entre l’homosexuel et le pédéraste est sur le plan émotif. Le pédéraste est attiré par l’authenticité et la richesse énergique du garçon au lieu de rechercher la puissance. La communication est plus profonde à cause de l’identification du jeune à son héros.

Un jour, on sera peut-être assez intelligent pour s’apercevoir qu’en réalité il n’y a aucune différence fondamentale (sauf celles que les hommes ont créées) entre un homme et une femme puisque nous sommes tous des humains[2].

L’orientation sexuelle ne se manifeste pas seulement à partir de seize ans, elle peut être détectée avant l’âge de cinq ans. À sept ans, elle est déjà figée et restera probablement la même jusqu’à la mort.

L’ignorance des mécanismes de développement de l’individu est la première raison pour laquelle les gens s’imaginent qu’une expérience sexuelle à bas âge est automatiquement traumatisante. On fait volontairement fi de la résilience du cerveau, surtout chez les jeunes. On parle de subir une régression, par exemple,  comme si cela était mauvais. La régression est un moyen pour rattraper ce qui nous a échappé dans un stade précédent.

Il existe des sociétés où les jeunes sont caressés à partir du berceau. On s’est rendu compte que cette situation expliquait l’absence de tendance suicidaire chez ces jeunes quand ils sont plus vieux. C’est tout à fait compréhensible puisque le plaisir est l’instinct de base de la vie. Les caresses sont l’arme parfaite contre le stress.

Que l’on protège les enfants contre les abus sexuels violents ou dominateurs, personne ne peut être contre. Qui ne rage pas quand un enfant est attaqué avec violence. Mais, s’il n’y a aucune souffrance physique, mais plutôt un plaisir, pourquoi en faire un plat? La plus grande protection pour un enfant c’est d’avoir des parents qui discutent avec lui et qui sont capables de le comprendre. Culpabiliser un enfant, c’est aussi le traumatiser.

Il faut faire une distinction quant à la gravité des gestes posés. Un geste sexuel n’est pas en soi quelque chose de mal, il le devient quand il est violent, sans consentement ou encore s’il produit des effets néfastes sur la personne qui le subit.  Donc, qui va contre sa conscience. Le consentement du jeune est ce qui devrait déterminer si un geste est ou non légal. Tu aimes ou tu n’aimes pas ? Voilà pourquoi les cours de sexualité sont d’une absolue nécessité.

C’est souvent un conflit entre la réalité physique humaine et les enseignements religieux sur le sexe que se construit un déséquilibre. La sexualité est vue comme étant mal parce que toutes les religions, donc ceux qui pratiquent autour de toi, pensent que c’est mal. Tu te dis que si tout le monde pense autrement, ce ne peut pas être toi qui a raison.

L’ignorance de la masse est la force des religions.

C’est incroyable que l’on défende les religions qui ont pourtant été la source d’à peu près toutes les guerres de l’histoire. On a tendance à vouloir faire revivre l’inquisition.

Tout le monde sait, même si on ne nomme pas l’homosexualité dans le Coran, que Mahomet n’était pas homosexuel.  Il avait plusieurs femmes et l’une d’elles n’avait que neuf ans quand elle a consumé l’amour avec lui. C’était normal à cette époque.  Quand on a accepté le droit d’avoir plusieurs femmes, les religieux d’alors ont révisé à la baisse le nombre permis par rapport à ce que Mahomet s’offrait.

Jésus ne disait-il pas : « Laissez venir à moi les petits enfants »? Il voulait insister, on s’entend, sur la beauté de la pureté des intentions des enfants, leur authenticité et leur spontanéité. Le mal n’existe pas tant que tu ne peux pas le concevoir.

Qui, au Québec, connait les Borgia? La papauté a souvent été raisons de scandales. La guerre entre chrétiens et musulmans n’a rien de différent d’avec la guerre entre catholiques et protestants, sauf peut-être le nombre de gens tués pour des questions de foi. 

La religion doit-elle apporter la mort? Pourquoi Dieu s’en serait-il mêlé, comme s’il avait des préférences entre l’un ou l’autre clan? Ceux qui croyaient en Dieu croyaient que celui-ci leur apportait une force militaire invincible.

Le plaisir est un péché. Il faut faire des sacrifices pour aller au ciel au plus vite. N’est-ce pas une manière masochiste de voir le salut? 

L’Église catholique quant à elle, préfère payer.

En agissant ainsi, l’Église a engendré une véritable mafia de la dénonciation. Qui n’essaieraient pas de dénoncer quand il est possible de gagner 50,000 $ pour une fellation faite et jouie une trentaine d’années plus tôt? Qui ne serait pas prêt à faire croire que cette fellation a bouleversé sa vie? Pourquoi quelqu’un qui refuse les jeux sexuels retourne-t-il chez son agresseur? Une victime ne peut jamais mentir ou se mentir? Il est très possible, après bien des années, d’oublier qu’au moment où les choses se passaient, tout n’était que plaisir. Le scandale est le fruit des scrupules qui remontent dans la société comme une vague.[3]

Quand on regarde ce qui se passe sur la terre, on constate que les religions sont, avec le pétrole et le pouvoir, les principales causes des guerres. 

Les discriminations humaines viennent surtout des règles morales religieuses sur la sexualité. On est donc en droit de se demander pourquoi nos sociétés civiles protègent tant ces institutions, les religions, qui ont si souvent baigné dans le sang.

À remarquer qu’au Canada, le gouvernement transfère les règles religieuses sexuelles sur le plan juridique, à cause probablement du fait que les gens quittent les pratiques religieuses et ne peuvent plus ainsi se faire laver le cerveau comme avant. 

Auparavant, c’était l’obligation de croire. On l’a remplacé par « la loi, c’est la loi ». Mais quand il s’agit de respecter les droits à la vie privée, on les oublie vite. C’est plus facile de chasser les individus, pédophiles et pédérastes, morts de peur, que de faire régner la loi sur le crime organisé. Les écoles religieuses existent encore au Québec, même si la loi le défend.

Même la Cour Suprême oublie que de ne pas avoir internet est un handicap intellectuel, car dorénavant, même les journaux sont publiés seulement sur internet. Il serait peut-être temps que l’on se rende compte que l’on ne vit plus comme au Moyen-âge.

Pourquoi la police ne peut-elle pas s’en tenir à installer des filtres, empêchant la possibilité de venir en communication avec des jeunes ou les sites pornographiques, pour les personnes reconnues coupables d’infractions sexuelles sur internet? Pourquoi ne puis-je pas aller voir ce qui est sur Google, si ce n’est pas illégal?

D’autre part, maintenir des règles puritaines ça fait l’affaire des avocats qui font fortune avec les crimes sexuels. On ne tient même pas compte qu’il y ait violence ou désir commun. Il serait peut-être temps qu’on humanise nos lois.

Pour que les subventions à la sécurité puissent augmenter, encore faut-il que les dangers augmentent. Les statistiques servent à démonter le besoin d’intervenir et celui d’augmenter les subventions pour améliorer la surveillance. Comment peut-on justifier que des policiers regardent toujours ce qui se passe sur le net, si on ne fait pas croire que la jeunesse est en danger?   Maintenant, on ajoute la sécurité nationale.

On ne veut pas protéger les enfants, on veut interdire le sexe en dehors de ce que pense et vit la majorité.

Dieu n’est pas un être sexué.

Si Dieu est un être infini, éternel, il ne peut pas se demander ce qu’il fera de sa quéquette. Il serait plus qu’étrange qu’il prenne le temps de venir dire aux humains de ne pas se masturber alors qu’il a lui-même créé (s’il l’a fait) le plaisir autour du sexe et des zones érogènes animales, juste pour s’assurer que cette bête ait l’instinct de se reproduire. 

C’est la logique, même si on croit dans le créationnisme.   Si on est plus scientifique, on accepte davantage que le principe fondamental chez l’homme est le plaisir, comme le démontrait si bien Freud.

Si on croit dans la théorie de Darwin, ce qui est plus plausible que le créationnisme, l’évolution a fait ce choix. 


[1] – Une lesbienne est aussi une homosexuelle et l’amour des jeunes filles est aussi de la pédérastie féminine, ce que l’on niait jadis parce que l’on croyait cela impossible.

[2] – On a découvert que certaines femmes peuvent souffrir d’endométriose, ce qui explique leur rejet de la sexualité ; Journal de Montréal, 12 janvier 2017, p.54, par Julie Pelletier.

[3] – On était sexuellement plus libéré dans les années 1970 qu’en 2018 où le puritanisme est redevenu à la mode.

De la pudeur à la paranoïa (8).

avril 7, 2020

Il faut lire de 1 à 10+

La science nous a souvent révélé leur inexactitude. Par contre, certains éléments philosophiques sont éternels. Rien n’est plus important que la liberté et l’amour, par exemple.   La philosophie suffit-elle pour comprendre ces concepts? Comment peut-on parler de conscience personnelle, si on interprète et obéit aveuglément à des règles religieuses?

Il est vrai que les intuitions humaines peuvent affirmer des vérités qui existent hors du temps. Ainsi la science cosmique et les mathématiques ont guidé de nombreux peuples comme l’Égypte et la Grèce antique. Les symboles de certaines religions sont encore très actuels et permettent des réflexions profondes sur la nature humaine. C’est amusant de voir la ressemblance entre la pensée de la Grèce antique, quant à la formation de l’univers, la création des dieux et le Big Bang scientifique.

Certaines valeurs comme la charité, le respect de l’autre se retrouvent particulièrement dans les religions chrétiennes qui sont malheureusement prisonnières aussi de leur stupide conception de la sexualité. 

Par contre, l’Islam (et non la religion musulmane) conduit carrément à la violence parce qu’on attache de l’importance à la Sharia.  L’Islam est une religion de domination,  cette religion n’est pas basée sur le vouloir vivre ensemble de la religion musulmane.

Si on s’en tient au Coran, la religion musulmane prêche la charité et le respect des autres d’où une différence fondamentale entre être musulman et islamiste. La violence et les discriminations viennent des règles édictées après la mort de Mahomet, grâce à la Sharia.

Les passages sur l’aide à apporter aux orphelins, dans le Coran, peuvent particulièrement nous toucher ainsi que l’insistance que le Coran met à nous rappeler combien Dieu est miséricordieux. 

Les humains ne changent pas, mais les milieux incitent à méditer et concevoir des théories qui sont parfois des siècles en avance sur leur temps.

Par contre, la foi aveugle conduit à la paranoïa et l’hystérie collective. La foi aveugle est un manque absolu de jugement.   Elle représente même un danger de mort quand on pense à l’Inquisition ou encore aux règles de la Sharia. Il suffit de voir les destructions affreuses au Moyen-Orient. Notre monde subit les contrecoups de la lutte entre les chiites et les sunnites.

La foi doit sans cesse être remise en question en fonction de ce que la science nous apprend. Ne sommes-nous pas à la recherche de la vérité?

Quand les religions tuent et incitent à tuer pour maintenir leur pouvoir moral, elles sont à l’opposé de ce que l’on prétend que Dieu est, soit l’Amour.

Que Dieu existe ou pas, que l’on y croie ou pas, n’a rien à voir avec ce que prétendent les religions. La spiritualité est un autre niveau de réflexion.

Il y a une contradiction entre l’existence de Dieu et le fait que les religions essaient de nous forcer à vivre, comme il y a des millénaires, au nom de Dieu. 

C’est, à mon avis, une forme de refus de la réalité. La régression ne peut pas être un mécanisme de défense si elle est permanente.

Le fanatisme religieux est un premier signe de démence.

Les révoltes publiques lorsqu’il fut question de « l’image de Mahomet » ont été la cause de la mort de plusieurs hommes; ce qui prouve que la foi aveugle, issue souvent de l’ignorance, rend hystérique. Mahomet n’est pas Allah, donc il n’est pas dieu. Mahomet n’est qu’un prophète. Tout comme cette religion dit que Jésus est aussi un prophète et non Dieu. Tout n’est pas que vérité dès que les religions décident qu’il en est ainsi.

L’hystérie collective qui a accompagné les caricatures du prophète Mahomet est loin d’être un geste d’équilibre. L’attaque contre Charlie hebdo est une attaque à la démocratie et la libre expression. Elle est du même ordre que la condamnation de Claude Jutra ou la peine imposée à Raïf Badawi. La folie de la rectitude religieuse s’en prend même aux artistes. La musique de Michael Jackson ne devrait plus être entendue parce qu’il était pédophile. Qu’est-ce que ça change dans ses chansons, il ne prône pas la pédérastie dans sa musique. La folie de la rectitude politico-religieuse est incommensurable.

L’individu ne sait pas se faire une idée différente de celle de la foule.

Comment un Dieu immatériel peut-il nous dire comment agir avec notre sexe?

Dieu ne peut pas nous donner des règles de conduite dans notre rapport avec notre sexe, tout simplement parce que Dieu n’a pas de sexe.

Dieu (s’il existe) est simplement un summum d’énergies qui ne peut pas devenir temporel et matériel[1]. Être matériel est un prérequis essentiel pour avoir la capacité de nous dire comment il faut se comporter face au sexe[2]. Comment Dieu peut-il réfléchir sur le sexe quand la reproduction n’a aucune raison de lui effleurer l’esprit puisqu’il est éternel?  L’appareil génital est là pour assurer la survie de l’espèce.

Les religieux refusent de voir les contradictions à l’intérieur de leurs enseignements.

La projection de ceux qui les ont créées a servi à imaginer les règles religieuses qui sont, avouons-le, le fruit de l’ignorance, surtout quand il s’agit de la réalité sexuelle humaine. On a qu’à penser aux raisons motivant l’interdit pour les femmes en Arabie saoudite de conduire une auto pour comprendre comment les religions peuvent triturer la réalité pour justifier ce qui est injustifiable. Le voile est une forme de domination de la femme et non un moyen d’être pure.

On vient à peine de découvrir l’anatomie humaine. Les règles, qui ont été créées avant, reposent surtout sur l’ignorance et les préjugés. Ce sont pourtant encore ces mêmes règles qui régissent notre façon actuelle de voir la sexualité, malgré toutes les découvertes scientifiques. Il est à noter que le code criminel repose sur ces mêmes règles.

L’Église catholique croyait bien que la terre était plate et ceux qui osaient en douter en ont payé le prix. Nos grands colonisateurs croyaient aussi que les autochtones n’étaient pas des humains. Ils en ont tué sans hésitation.

Pourquoi les religions ont-elles pu véhiculer de telles stupidités qui ont coûté la vie à de trop nombreuses personnes? La naïveté sans borne crée la foi.

Comment peut-on continuer à protéger ces institutions qui conduisent aux ségrégations et aux meurtres? La Sharia ne dit-elle pas qu’il faut tuer les homosexuels et lapider la femme adultère? Les catholiques continuent de prétendre que l’homosexualité est une maladie mentale. Ils luttent contre le condom entraînant ainsi plus de mortalité.

C’est de la propagande haineuse qui devrait universellement être interdite;  mais le système le permet parce que c’est une religion très riche qui le proclame. Quelle incohérence!   Quelle aberration!

C’est une idiotie parfaite de croire que le sexe peut être une préoccupation divine. Tout au plus Dieu pourrait-il s’intéresser à la qualité de l’amour puisqu’il est amour, selon ce que l’on en dit. L’amour serait-il simplement une sorte d’énergie ?

Dieu ne peut pas nous conduire à la haine humaine pour des raisons d’ordre moral, ce serait le contraire absolu de ce qu’il est.

Les moralistes ont un regard qui condamne ceux qui ne pensent pas comme eux. C’est le contraire absolu de l’amour, de la liberté et, par conséquent, de ce que Dieu peut exiger de nous.   Leur conception est fausse dès le départ.

Le sexe n’est pas le problème; c’est la violence, la jalousie et la domination qui entourent les sentiments reliés au sexe. Ce qui est vu comme bien pour les uns, est parfois décrié chez les autres. Le meilleur exemple est bien la notion de cadeau et de séduction.[3]

Le sexe est un phénomène profondément lié à nos émotions, à notre amour.

Il faut donc que dans l’éducation sexuelle, on enseigne aussi comment se comporter émotivement, car aucune relation émotive sexuelle ne nous laisse indifférents. 

À date, sous prétexte d’avoir honte du sujet, on refuse d’informer les jeunes de l’importance de la sexualité dans le développement de leur émotivité, surtout en ce qui concerne le respect de l’autre.

On n’insistera jamais assez sur l’égalité entre tous les humains.

Pire, ce manque de respect pour la conscience personnelle est un élément de base capable de tuer la démocratie puisque cette dernière exige des hommes libres pour exister. Un système démocratique ne peut pas être un troupeau de moutons.

Les religions ont donné naissance au racisme et à la discrimination contre tous ceux qui n’étaient pas une copie conforme du troupeau. En ajoutant des règles comme le vêtement, l’abattage des animaux, on stigmatise les autres qui deviennent des ennemis s’ils ne respectent pas ces règles humaines, commerciales et non divines.

Le prosélytisme n’est pas un élément religieux. Les rites ne sont pas des vérités fondamentales, mais des règles très humaines. On ne pouvait pas toucher le ciboire par respect pour Dieu. Croit-on vraiment que Dieu peut être sali ainsi lorsqu’on touche « son habitacle »? Il ne fallait pas manger depuis minuit pour aller communier par respect pour Dieu qui, se serait probablement noyé dans notre estomac. Il faut se laver les pieds en entrant dans la mosquée. Pense-t-on vraiment que ces règles religieuses importent à Dieu ?

Pourquoi certains individus ont-ils le besoin et le droit de forcer les autres à voir la sexualité comme eux?

Le scrupule est-il autre chose qu’une simple projection de la mésestime de soi, de son corps?

Avoir honte d’être sexué, c’est un déséquilibre en soi. C’est refuser la réalité humaine, au nom d’une invention religieuse qui ne tient pas la route.

Il faut être aveugle pour le voir autrement, car porter burka, tchador, etc., par pudeur, marque simplement la haine que l’on a de son corps ou de l’obéissance à son mari ou sa famille, ce qui devrait en soi nous amener à nous poser des questions. Pudeur ou déséquilibre émotif? Le Coran ne parle jamais d’une obligation de porter le voile, cette règle vient plutôt de l’Arabie Saoudite  et de l’Iran, soit l’Islam radical politique, et non, la religion musulmane.

Par contre, le voile islamique ne devrait pas nous déranger davantage que ce que portaient les sœurs. Ce peut être une parade de couleurs intéressante, mais ça demeura du prosélytisme tant qu’on s’en servira pour savoir combien il existe de fidèles.  Plus une religion compte d’adeptes, plus elle est importante.

La parole de Dieu ou son interprétation humaine ?

Pendant des décennies, les religions se sont servies de Sodome et Gomorrhe pour condamner l’homosexualité. Les psychiatres, eux, parlaient de l’homosexualité comme d’une maladie mentale.

Ce mépris de soi, exigé des homosexuels, fut accepté comme une grande vérité. Les religions et les psychiatres le disaient, que peut-on demander de plus?

Combien de jeunes se sont suicidés en découvrant leur nature, incapables de faire face au regard de l’autre[4]? À quel moment cesse-t-on d’être pédéraste pour devenir homosexuel? Comment passer de l’un à l’autre? Ce point est extrêmement important. C’est cette capacité de changement que l’on rend impossible en ne faisant pas la nuance entre la pédophilie et la pédérastie.

Il faut aussi cesser de créer une atmosphère paranoïaque pouvant instaurer un climat de peur tel que le prédateur tue sa victime pour l’empêcher d’être dénoncé. C’est encore une réalité puisqu’en quelques mois les journaux ont cité deux cas où cela s’est produit. La sécurité des jeunes n’est-elle pas plus importante que la chasteté? Pourquoi les spécialistes ne se demandent-ils pas pourquoi de telles choses arrivent et comment l’éviter?

La peur folle des pédophiles incite à la violence du prédateur pour sauver sa peau.

Je me rappelle, tout jeune, avoir mis des pois dans mes souliers et prier longuement les bras en croix pour combattre mon amour de la masturbation et mon attirance pour mes camarades. Voilà ce que donne la culpabilisation. Je suis persuadé que la peur des adultes joue un grand rôle quant à retarder ou carrément empêcher le passage de la pédérastie à l’homosexualité[5].

On croyait que, selon l’ordre des choses, tout individu existait en fonction du besoin de se reproduire d’où la vocation de père pour l’homme et de mère pour la femme. C’est un peu mince comme seul sens de la vie, surtout si un de tes enfants tourne mal. Pour expliquer une telle situation, il a fallu faire croire que l’on payait pour les péchés de nos ancêtres. 

Seule la vocation sacerdotale l’emportait dans le palmarès de la dignité. Je devais être le prêtre de la famille.

Dans la version judéo-chrétienne, le sexe sert uniquement à fabriquer des enfants. Pas question de sexe hors du mariage. La sexualité est un péché, si elle ne sert pas à la procréation. C’est la même philosophie qu’entretient le judiciaire qui voit le passage à l’acte comme étant en soi le mal. On refuse de reconnaître le plaisir que l’on ressent dans les gestes sexuels.  Ils sont mal, point à la ligne. On refuse de voir qu’une expérience sexuelle se vit différemment que l’on soit un homme ou une femme, un hétérosexuel ou un homosexuel. Tout se résume en religion à : Don’t touch !

La pédérastie dans la Grèce antique rangeait la sexualité du côté des plaisirs. Personne, hors cette civilisation, ne liait l’amour à la beauté et à l’extase qu’elle provoque, et ce, bien au-delà de l’apparence physique.

L’attrait sexuel était perçu dans la Grèce antique comme le mariage des âmes, des ondes, des vertus, grâce à l’attrait de la beauté physique et celui de l’âme de l’être aimé.

Le rite voulait que l’aîné veuille développer chez l’amant ses principales qualités. Durant la période de séduction, l’amant donnait des cadeaux et l’aimé devait se refuser à lui, un certain temps, pour marquer sa tempérance.


D’autre part, dans la vie sexuelle du couple hétérosexuel, les moments pour baiser et enfanter étaient sévèrement réglementés par la religion. On en était encore à croire que le sperme était une partie du cerveau de l’homme d’où fallait-il le semer avec parcimonie, d’autant plus que la lignée, la descendance, avait alors une importance capitale, en fonction de la qualité du donneur de sperme. On croyait toujours que la sexualité était profondément liée avec la température du corps. Quelqu’un qui faisait l’amour en dehors des rites prescrits pouvait souffrir d’une crise d’épilepsie, voir même en mourir.

Les femmes d’alors existaient en trois catégories : les esclaves, les courtisanes (l’équivalent aujourd’hui de la maîtresse) et l’épouse. Seule l’épouse pouvait enfanter pour préserver la lignée. D’ailleurs, la régente des fermes était l’épouse, car elle avait été choisie très jeune pour veiller sur les biens de l’époux. Pour mieux apprendre, la fille se mariait très tôt alors que l’époux devait attendre d’avoir plus de 27 ans. 

Selon Michel Foucault, le couple est né avec le besoin de briser la solitude quand on vieillissait.

Ainsi dans notre monde, plusieurs n’ont jamais connu le plaisir et ont fait l’amour à la noirceur, à travers un petit trou, bien habillé.

On avait honte de son corps et on continue d’en avoir honte, en faisant de la nudité, un crime.

C’est bizarre qu’un enfant soit traumatisé par la vue d’un sexe sur internet alors qu’il peut tuer à volonté dans ses jeux super violents, sans ne jamais être traumatisé. La violence marque moins le cerveau que le plaisir?

Selon notre morale actuelle, le plaisir serait plus douloureux et dangereux que la violence, une idiotie que protège encore notre espace judiciaire quand il parle de crime alors que deux personnes s’aiment, font l’amour, mais n’ont pas l’âge requis.  

La position judiciaire face aux pédophiles en est une d’ostracisme. La peine commence au moment où tu es soupçonné d’être pédophile jusqu’après ta mort. Être accusé de pédophilie au Québec, ça équivaut à recevoir une balle dans la tête[6].


[1] – Les chrétiens, eux,  croient que Jésus est l’incarnation de Dieu.

[2] – C’est un élément que j’ai tenté de faire ressortir dans mes poèmes où Jésus était en amour avec Marie-Madeleine et son petit  son cousin, Saint-Jean.

[3] – Depuis la Grèce Antique, les cadeaux font partie de la période de séduction. Il en est donc, chez les pédérastes comme chez les hétérosexuels,  normal d’essayer de plaire, et non comme le prétendent les prétendus spécialistes, un rituel pour gagner la confiance du jeune. On n’attire personne avec du vinaigre.

[4] Voir : Un garçon de 9 ans met fin à ses jours, Journal de Montréal, 28 août 2018.

[5] – Jeune, je ne croyais pas qu’il était possible de passer de la pédérastie à l’homosexualité. Une erreur. En réalité, l’orientation sexuelle du pédéraste et de l’homosexuel est la même : l’homosexualité. L’âge a été ajouté, mais elle n’a rien à voir avec  l’orientation sexuelle.

[6] – Mon ami Marc L. était pédéraste. Il ramassait des enfants de la rue en Éthiopie pour vivre gratuitement dans ses cirques, à condition d’aller à l’école. Mieux vaut crever de faim que d’être chaste?  Il s’est suicidé quand il a été dénoncé d’avoir eu des rapports avec des jeunes de son cirque. La chasteté est-elle plus importante que la vie? Les cirques qu’il avait fondés pour aider les jeunes ont-ils survécu?

De la pudeur à la paranoïa (7).

avril 6, 2020

Pour la suite du texte, il faut lire de la page 1 à 10+

Actuellement, on voit la curiosité sexuelle chez les enfants comme une perversion alors que c’est ce qu’il y a de plus naturel.

La sexualité est devenue une véritable paranoïa, entretenue par les parents, particulièrement les mères ou grands-mères trop « couveuses » pour laisser leurs petits vivre leurs expériences et ainsi développer leur propre jugement.

Il est anormal de concevoir l’élément le plus fantastique du corps humain, sa sexualité, comme quelque chose de condamnable et de laid. 

La vision de la sexualité doit être remplacée par une pensée plus positive et moins paranoïaque.

À moins de violence ou de domination, le sexe est le plus grand des plaisirs comme le proposaient les philosophes de la Grèce antique. 

Seule la violence doit être combattue et éliminée dans les gestes d’ordre sexuel, d’où l’essentiel consentement.

Mais comment peut-on se rappeler de son consentent ou son non consentement, plus de dix plus tard?  Pourtant, on prononce des sentences en faveur de l’un ou de l’autre, juste sur la foi que le geste a été posé[1].

Comment puis-je prouver que je ne suis pas coupable, puisqu’en racontant ce qui s’est passé, selon mon souvenir, je commets un acte de pornographie juvénile.  Selon la nouvelle loi, grâce au gouvernement Harper : il est interdit de décrire une relation sexuelle avec un jeune dans ses écrits.

Depuis quand le judiciaire connaît-il les règles littéraires et peut-il trancher entre ce qui est criminel et ce qui est littéraire ? 

Il est souvent obligatoire de décrire un évènement pour justifier le reste du texte. L’écriture a aussi ses exigences. Il y a déjà la littérature pour la jeunesse et la littérature pour les adultes. Je comprends cette règle pour ce qui est de la littérature pour la jeunesse, mais cela devient insignifiant quand il s’agit de littérature pour les adultes.

Le judicaire ne tient absolument pas compte des découvertes scientifiques en ce qui a trait au corps et encore moins à la sexualité. Il voit encore la masturbation comme un crime alors qu’en éducation on enseigne qu’il ne faut surtout pas se trouver coupable pour une masturbation ou aventure sexuelle.

Dans l’attente de mon procès (2016-2019), la DPCP m’a averti de mettre fin à la distribution de ce livre alors intitulé Dieu et le sexe, sinon elle me poursuivait pour outrage au tribunal, sous prétexte que l’on pouvait découvrir l’identité des victimes.

Comment faire connaître la vérité si je n’ai pas le droit de l’écrire? En soi, c’est la preuve concrète que dorénavant, il suffit de dénoncer pour être quasi certain de l’emporter en cour.

Est-ce que la liberté sexuelle permettrait aux individus de mieux s’accepter, d’être plus fiers et, par conséquent, d’être plus équilibrés ? Est-ce que la liberté sexuelle individuelle pourrait servir à combattre la violence? Est-ce que la liberté sexuelle présente plus d’avantages que la répression sexuelle? La liberté sexuelle peut-elle exister sans une éducation à la responsabilisation, sans un profond respect de l’autre?

Une chose est certaine : la liberté sexuelle ne peut pas exister sans une connaissance de ce qu’est la sexualité. Notre vision actuelle de la sexualité est celle de religieux qui ne savaient même pas comment fonctionne le corps humain, particulièrement, le corps féminin[2].

La liberté sexuelle permet l’éclosion de la conscience personnelle, or, ce facteur met en danger les religions et les institutions qui prétendent détenir la vérité. Ce monopole universel de la morale par les religions ressemble à une forme d’esclavage moral qui permet la domination de la majorité et le rejet de tout ce qui est extérieur à la pensée dominante.

C’est ainsi que l’on vit de plus en plus de la pensée unique.

La répression sexuelle n’est certainement pas le seul facteur qui explique la violence, mais c’est un élément prépondérant; car la liberté sexuelle, si elle est accompagnée d’une profonde responsabilité, élimine un irritant dans la vie d’une multitude de gens.

Plutôt que d’être un crime en devenir, la sexualité est un élément d’émancipation. La sexualité n’existe pas sans une relation émotive, la tendresse et l’amour.

La liberté sexuelle est d’abord et avant tout une histoire d’éducation. Pourquoi le plaisir sexuel est-il un crime, une agression et non un plaisir? Sur quoi repose la répression sexuelle, sinon une ignorance de l’humain qui nous a été transmise par les religions? Les règles morales sexuelles ne sont-elles pas que l’œil inquisiteur de la majorité sur la vie privée des gens, surtout ceux qui ne pensent pas comme la majorité?

Vivre la liberté sexuelle, sans violence, sans domination, comme un droit à la vie privée serait en soi une très profonde révolution. Ce serait le passage permettant d’avoir droit à une véritable conscience personnelle.

Pourquoi les systèmes, grâce aux religions, arrivent-ils à faire accepter la guerre à une partie importante de leurs commettants au nom de leur foi ? Il y a certainement tout l’aspect économique dans le recours à la guerre, mais aussi celui de la valorisation de soi, celui de l’émotivité humaine qui est spécifique à la foi et au fanatisme. La foi  rend aveugle et fanatique.

Le fanatisme religieux est une forme de schizophrénie. 

La répression sexuelle n’est pas que la première expression de la mésestime de soi qui conduit au fanatisme religieux, c’est aussi l’autoroute qui conduit à toutes les formes de ségrégations humaines.

Les religions dominent l’émotivité humaine à partir des règles qu’elles incrustent à travers leur morale, en se servant du lavage de cerveau dès l’enfance. Et, qu’on le veuille ou non, la sexualité hors mariage est le péché le plus universel, le plus mal, le plus prépondérant dans la définition des morales religieuses.

La guerre contre l’éducation sexuelle est simplement due au fait que les parents sont encore prisonniers de la version religieuse de la sexualité. Ils s’imaginent préserver ainsi l’ordre établi. Ils chevauchent vers leur salut utopique. Ils vivent en fonction de ce qui arrivera après la mort.

Toutes les religions condamnent la sexualité, car ça permet de maintenir un niveau de culpabilité dès l’enfance.

Cela permet aussi de créer un besoin personnel de domination et de perfectionnement moral qui devient pour plusieurs la seule raison de vivre. On confond dès lors pureté et chasteté. On essaie d’imposer notre haine du sexe aux autres; comme les religions essaient d’imposer leur point de vue, grâce au prosélytisme. On confond rites religieux et religions. Les religions deviennent de plus en plus des gestes politiques.

Le problème des religions est que ce sont des institutions qui refusent de s’adapter, qui refusent de constater l’ignorance profonde de l’être humain à la base de leur morale.

Les religions se fient au lavage de cerveau que l’on effectue depuis la tendre enfance pour s’assurer que l’on ne puisse pas remettre en question ce que l’on doit penser.

Les religions oublient que la morale est d’abord et avant tout un droit individuel et un droit à la vie privée.

Les règles religieuses sont créées pour tous, sans égard à la réalité des individus et sans s’adapter aux lois des pays.

Qu’on le veuille ou non, l’enseignement moral religieux crée des inégalités, appuie des discriminations et pousse les individus à se haïr plutôt qu’à s’aimer et s’entraider. Pire, les religions justifient les abus des systèmes économiques et rendent ces abus acceptables pour les plus riches. L’économie remplace Dieu.

Pour être pur, il faut souffrir et non jouir. Être pur permet à l’individu de rejeter l’autre puisqu’il est différent de soi et automatiquement impur.

La très grande majorité des guerres viennent du fanatisme religieux ou de la soif du pouvoir, le désir d’être plus riche. Les guerres sont des viols et des meurtres de masse. Les guerres nourrissent la vente d’armes et permettent au système économique de se maintenir en vie. Les armes sont l’âme du sentiment de puissance. Le système économique ne peut pas survivre s’il n’y a pas de guerres régionales puisque maintenant une guerre nucléaire serait la fin de la vie sur terre.

La morale religieuse garde les gens dans un état de vie qui existait il y a des milliers d’années et qui se perpétue parce qu’on arrive à croire dans sa doctrine plutôt que de prendre conscience des découvertes de la science.

Un autre exemple est celui de Raïf Badawi, qui ne fait qu’exprimer le souhait d’avoir une religion mieux adaptée à la réalité humaine. Qu’attend le gouvernement canadien pour le sortir de l’Arabie Saoudite? Pourquoi ne serait-il pas rapatrié à Sherbrooke comme ce fut le cas avec un autre en Chine et en Iran? Est-ce que pétrole, Islam radical, Arabie Saoudite, Iran sont synonymes ? Le Canada sacrifie-t-il Raïf Badawi pour des raisons économiques?

Justin Trudeau ne dit-il pas que nos valeurs canadiennes sont non monnayables? Alors qu’est-ce qu’on attend ?

Les religions refusent de reconnaître les contradictions inhérentes à leur enseignement. L’ignorance l’emporte sur le raisonnable, car les normes sexuelles sont de l’ordre de l’émotif plutôt que du raisonnement.

La domination des âmes est à l’image même de la pyramide du pouvoir.

L’histoire de l’humanité est pratiquement l’histoire des guerres de religions. Ces guerres de religion tablent sur le besoin d’avoir le plus grand nombre d’adeptes possible pour avoir un maximum de poids dans la vie civique et politique. Le nombre permet d’imposer sa loi. C’est pourquoi les signes religieux existent, pour démontrer le pouvoir politique des religions, par le nombre, Qu’est-ce que le prosélytisme, sinon manifester sa religion dans des endroits qui en principe devraient être neutres?

La religion devrait se vivre chez soi ou dans le temple, nulle part ailleurs.

La force des religions est de dominer, grâce à la sexualité, l’estime des gens, et ainsi, manipuler le côté affectif de l’homme. 

Les guerres de religion sont encore plus possibles aujourd’hui, grâce à la domination émotive des gens. Cette domination devient évidente quand on constate le rôle de l’information dans le choix des valeurs des populations. Le choix de ces valeurs est celui de leur religion, des valeurs que personne n’ose critiquer, voire même questionner.

Plus les gens sont ignorants, plus les religions ont du pouvoir.

Les religions servent, grâce à leur lavage de cerveau dès l’enfance, à établir les règles du jeu. La haine du corps sexué est un élément fondamental qui rejette le respect et l’amour de soi. Pour s’aimer, il faut pouvoir se sentir bien dans sa peau et dans la société. La morale devient donc source de mépris de soi, si on n’est pas comme tout le monde. Cet élément est très important dans le phénomène du suicide chez les jeunes, tout comme l’intimidation à l’école.

Les religions servent à répartir les bons des mauvais, à partir de leur conception sexuelle.

En faisant de la liberté sexuelle un péché ou un crime, en établissant ainsi la culpabilité, les religions infantilisent le sens critique des individus.

Elles placent les individus dans un esclavage moral et spirituel universel. Les individus vivent sous le regard de l’autre qui est toujours celui qui a été établi, il y a des millénaires alors qu’on ne savait même pas comment fonctionne un corps humain.

Ce fut particulièrement vrai pour l’organe sexuel féminin. La chair interdite, de Diane Ducret,chez Albin Michel, est une mine d’informations. Il faut aussi noter les trois livres d’Alain Foucault, Histoire de la sexualité, chez Gallimard, et les livres extrêmement brillants de Wilhem Reich sur la sexualité, particulièrement, sur la sexualité des jeunes. Il faudrait maintenant ajouter Patrick Doucet, dans La vie sexuelle des enfants?, chez Liber. Il faut aussi lire Histoire de la liberté sexuelle, de Jos Van Hussel, édition Le Jour/Robert Laffont.   Ce ne sont pas des lectures que l’on recommande habituellement.

Ma conception de la sexualité repose non seulement sur mon expérience, mais sur une tonne de lectures à ce propos[3].  

L’absence de sens critique permet de faire avaler n’importe quelle croyance. Ainsi, depuis le début de l’humanité, le jeu entre la sacralisation et la damnation établit des conflits intérieurs personnels qui permettent une domination religieuse à cause du besoin évident de savoir comment atteindre le bonheur. Comment échapper à la peur de l’enfer? Comment s’aimer si on est impur? Est-ce qu’être impur peut faire partie de la nature humaine?

Tout tient au sens de la vie et à la peur de l’enfer après la mort. Tout repose sur la conception que l’on se fait de la pureté et du désir de voguer vers la perfection nécessaire pour atteindre un monde meilleur après sa mort. Ce ne devrait pas être une raison de faire de la vie actuelle un enfer.

Se pourrait-il que l’instant présent soit plus important qu’une hypothétique vie après la mort?

La peur de l’après-mort est l’instrument religieux pour condamner le plaisir comme si Dieu était en soi un sadique.

Les religions : une forme d’esclavage moral universel.

Les livres saints sont des inventions humaines, mais les religions prétendent qu’ils ont été dictés par Dieu lui-même. Et, on le croit aveuglément. Vrai ou pas, l’enseignement fait par les religieux tient strictement à leur interprétation et non au message lui-même.

Toute inspiration dite divine est sujette à interprétation par l’homme qui la reçoit et la diffuse.

Remettre l’interprétation en question n’a rien à voir avec Dieu, mais avec son canal de transmission. Ce dernier n’est-il pas humain, donc, sujet à des interprétations émotives, qui se vivent à travers son milieu et son temps?

Qui peut nous affirmer que le message divin n’est pas trahi par son canal de transmission?

On oublie trop facilement comment les divinités ont été créées par les hommes pour expliquer leurs peurs et comment les religions sont, depuis le début des temps, source d’esclavage émotif au service de la royauté et du pouvoir. En quoi les dieux grecs sont-ils plus vrais que les dieux romains? Pourquoi y avait-il plusieurs dieux et maintenant qu’un seul? Est-il plus vrai que ceux qui l’ont précédé?

La domination de la masse des individus par un roi, une autre forme de dictateur ou de dictature, serait le vœu de Dieu?  Dieu n’a-t-il pas créé l’homme pour être libre? Les autorités royales se sont assises sur Dieu pour exercer leur pouvoir. Tant que le peuple y croyait, les rois n’avaient rien à craindre.

Il a fallu beaucoup de guerres et de morts pour imposer le Dieu unique. Encore aujourd’hui, on est prisonniers, comme au Moyen-Âge, de guerres de religions, même si on doit y ajouter le pétrole comme motif de pouvoir. Nous faisons encore face à l’utilisation de la violence pour obtenir la domination mondiale de l’Islam, du communisme ou de la chrétienté. Est-ce à dire que Dieu est favorable à la guerre? Il est pourtant supposé être Amour. Personne ne contestera la valeur des religions quand celles-ci nous parlent d’amour et de charité.

Mais, même aujourd’hui, les musulmans se divisent et s’entretuent[4], en prétendant être les seuls à posséder les paroles exactes de Mahomet. On s’entretue à l’intérieur de la même religion. N’est-ce pas le signe qu’il y a quelque chose qui cloche et que la parole de Dieu se confond avec celle des hommes?

L’histoire de l’humanité est pratiquement l’histoire des guerres de religions. Pourtant, personne n’a jamais exigé d’éliminer les prédications qui préconisent la violence et la discrimination. Si c’était fait, la Sharia serait illégale.

Pendant qu’on affirme que Dieu nous a glissé son message à l’oreille, on nous dit en même temps que l’on périrait si l’on le voyait, face à face. Ce doit être pour cela que nos prophètes entendent Dieu comme les schizophrènes entendent des voix identifiées à des anges qui demandent de commettre tel ou tel crime.


[1] – J’ai plaidé coupable le 12 février 2019, à l’accusation suivante : En 1995, j’ai commis une agression sexuelle sur mon cousin, âgé de 15 ans,  en le masturbant, alors que l’âge de consentement au Québec était de 14 ans  et que j’avais la conviction de son consentement.

[2]La chair interdite,  Diane Ducret, Albin Michel

[3] – Le livre le plus complet que j’ai écrit concernant le sujet est La liberté sexuelle, 290 pages.

[4] – La religion catholique n’est pas mieux avec l’inquisition et les guerres qui ont existé contre le protestantisme.

De la pudeur à la paranoïa (6)

avril 5, 2020

La lecture se fait du no 1 à 10+

Les religions sont les pires obstacles à l’ouverture d’esprit et à la création d’une conscience personnelle qui nous amène à être fiers d’être des animaux sexués. 

L’homme est le seul animal à pouvoir définir sa sexualité et être capable de décider avec qui et à quel moment, il aura des relations sexuelles? Cette différence, autant que la parole, fait de nous des êtres uniques dans la création.

Les lois sont des contrats sociaux qui peuvent être changés, selon l’évolution de la connaissance. Or, nous savons aujourd’hui que le péché de la chair, sauf s’il y a violence ou domination, n’existe pas. Il y a toujours une parcelle d’amour ou d’attrait dans toutes les relations sexuelles libres.

La perversité est dans la tête de ceux qui voient les autres comme des pervers parce qu’ils aiment les plaisirs sexuels.

La perversité est une conception inventée par les religions pour combattre la liberté sexuelle. La notion de perversité est le rejet de la beauté du corps.

Les personnes scrupuleuses nient le droit aux autres d’exister différemment. Elles s’imaginent détenir un ordre divin, en méprisant ce que Dieu à créer de mieux et de plus complexe chez les vivants : l’appareil reproductif.

Pourquoi n’aurais-je pas le droit de croire que le sexe est le sommet des plaisirs comme le croyaient les philosophes de la Grèce antique et ceux qui ont vécu avant? Il existait des fêtes païennes célébrant la prostitution. Ce fut d’ailleurs un élément qui explique les persécutions des chrétiens. À cette époque, en référence à la communion, on laissait les rumeurs dire que les chrétiens mangeaient des enfants tués en sacrifices. Les persécutions existaient à cause des ragots inventés, comme on le fait encore aujourd’hui grâce au web.

Contrôler la sexualité n’est-ce pas uniformiser le regard sur le rôle individuel et le sens que l’on donne à la vie? C’est assuré, grâce à une règle mur à mur, que tous les individus auront honte d’être ce que la nature a fait d’eux. Qui ne s’est jamais fait jouir ?

D’ailleurs, c’est au nom de la tempérance (c’est-à-dire le pouvoir de ne pas céder à la tentation) que le sexe est redevenu comme le veulent les religions : quelque chose de méprisable, s’il n’est pas conforme aux règles apportées par des gens qui ont déjà fait le vœu de s’en passer. 

Est-ce que la négation du besoin sexuel peut rendre malade sur le plan émotif, voire même mental?  La tempérance a été confondue avec la peur du regard de l’autre et ce scrupule est devenu un abus de timidité, dissimilant un profond orgueil.   Je suis plus pur que toi, voulant dire « je cache mon corps ».

La beauté du corps nu est devenue un objet de honte.

Le mal n’existe pas dans la sexualité s’il n’y a pas de violence physique ou de domination psychologique. Qui a souffert à la suite d’un geste sexuel, sinon celui qui croit que le sexe est une honte, un crime?   Les psychanalystes attribueraient cette honte à un gonflement disproportionné du « surmoi ». Dès l’enfance, les parents s’efforcent de communiquer la peur ou la honte des jeux sexuels.

La liberté sexuelle, c’est rechercher un moyen de contrôler son émotivité, d’éliminer le stress créé par la croyance religieuse, selon laquelle le sexe est sale et une abomination. C’est apprendre à s’aimer et à se respecter. Sans notre corps, notre esprit n’existerait pas, du moins, dans notre monde matériel.

Il faut dorénavant percevoir le plaisir sexuel comme un moyen d’enrichir sa vie, en étant une source d’amour et de création, plutôt que de le voir comme un crime abominable qui devient monstrueux dès qu’il est vécu trop jeune ou selon les normes. Par contre, il ne peut pas y avoir de réel plaisir sexuel, sans consentement et encore moins, dans la violence. Le désir charnel est la porte d’entrée de l’amour.

Bientôt, on criminalisera le sourire, car on y percevra un moyen sexuel employé pour fasciner sa victime. Qui peut être victime du plaisir?

La pudeur est devenue malsaine dans son exagération. On est rendu à vouloir censurer les écrits et même les paroles. Aura-t-on bientôt des règles sur le langage verbal? Le langage verbal joue d’ailleurs un rôle extrêmement important quand il s’agit de signifier son acception ou son refus de consentement. Le désir sexuel s’éveille souvent en fonction de l’atmosphère. Personne ne choisit par qui il est attiré.

Comment peut-on parler de liberté d’expression, si on ne peut pas écrire ou parler de la sexualité chez les jeunes? On a même créé la littérature pour la jeunesse afin de s’assurer que jamais un jeune ne sera mis en contact avec quoi que ce soit de sexuel. Comment peut-on prétendre à la liberté d’expression, si on criminalise le fait d’essayer d’expliquer la pédérastie? Comment une société peut-elle évoluer si on fustige ceux qui se posent des questions[1]?

La pudeur est devenue le pire ennemi de l’autonomie individuelle. La pudeur permet de juger les autres et les condamner s’ils ne répondent pas aux exigences religieuses.

Les religions sont devenues des dictatures morales. La chasse à la liberté sexuelle est la nouvelle inquisition universelle.

La liberté sexuelle repose sur la nature réelle de l’homme, le consentement, la non-violence, la responsabilité émotive et l’absence de domination. Cette liberté peut-être un long apprentissage. La liberté s’acquiert difficilement sans expériences. Comment y arriver si on ne peut même pas en parler?

La liberté sexuelle, c’est reconnaître la beauté du corps. C’est voir le sexe à travers la pensée scientifique plutôt que les horreurs religieuses.

La liberté sexuelle place le plaisir comme moyen de se purifier au même titre que la douleur auparavant. Pourquoi doit-on souffrir pour entrer plus facilement au ciel? Les plaisirs sexuels peuvent conduire à l’amour, à la responsabilité envers l’autre, alors que la frustration conduit à la jalousie, à la haine de celui qui a du plaisir et à la violence légalisée ou pas.

Il faut penser la sexualité différemment si on veut vraiment atteindre l’égalité homme femme.  L’égalité passe par les individus et non les institutions ou les mouvements.

La femme doit cesser de se percevoir comme la victime et devenir aussi fière de son organe sexuel que l’homme l’est de son pénis. Il faut cesser de combattre la nature humaine et chercher plutôt à créer une éthique sexuelle acceptable pour tous[2].

Les rapports sexuels ne sont qu’un élément dans le dialogue. L’aboutissement d’un possible échange d’énergies entre deux êtres qui s’admirent et se désirent. Le sexe ne peut être qu’un plaisir, ce qui condamne automatiquement la violence dans les relations sexuelles. Pour être agréable, un geste sexuel doit être une affirmation de liberté et de respect.

La violence dans la sexualité est automatiquement condamnable. Donc, toute forme de violence doit être absolument proscrite dans tous les rapports humains, sexuels ou pas. Le consentement doit marquer la différence entre un geste sexuel acceptable et non acceptable.

Actuellement, le système judiciaire s’attaque à la sexualité qu’il voit comme un mal en soi.

Il ne fait aucune différence entre une relation sexuelle libre et une relation obtenue par la violence ou la domination.   Pire, le système judiciaire ne cherche pas à protéger les femmes ou les enfants, ni même à découvrir la vérité;  mais plutôt la vengeance, l’application aveugle des lois, lois faites par qui?  Les religieux dans tous les sens du mot.

Si on avait une période possible de dénonciation d’une durée de 10 ans après l’âge de la majorité, le jeune serait complètement protégé.  Pourquoi agir, dans son cas, comme s’il n’avait jamais évolué? Pourquoi taire l’identité de la supposée victime si celle-ci est dorénavant majeure ? Encore un affront au principe fondamental que la loi doit être égalitaire.

Le but des interdits de relations sexuelles avec les mineurs n’est-il pas pour les protéger ? Avoir un rapport sexuel, même avec un mineur, ne mérite tout de même pas une sentence de prison à vie; quoiqu’avec le registre rendu public, la vie des condamnés sur le plan sexuel équivaudrait à une sentence à perpétuité[3], et ce, même s’il n’y a pas eu de violence, lors de la relation.   C’est préférable de tuer que de  jouer aux fesses.

La liberté sexuelle doit exister autant pour la femme et les enfants que pour les hommes. Il faut aussi permettre aux jeunes de s’interroger sans honte sur leur sexualité. Quand nous étions jeunes, juste y penser faisait en sorte que tu étais un petit salaud, comme s’il était anormal de vouloir comprendre. En fait, j’ai passé ma vie à me demander ce qu’il y avait de mal à jouer aux fesses avec une personne qui accepte mon invitation et ma seule découverte fut : rien.


C’est à ce prix, la vérité,  et à ce prix seulement que l’on peut créer l’égalité homme femme enfant, sinon l’homme sera toujours perçu comme un prédateur cherchant un être inférieur, une victime, soit la femme ou l’enfant. La femme infériorisée se sentira toujours souillée dans son organe interne par le pénis mâle qui y pénètre. Et, notre pudeur nous empêchera d’apprendre qu’il n’y a pas que la pénétration pour accéder à la jouissance, bien au contraire. Même les femmes ont un clitoris pour explorer le plaisir.

Le système judiciaire doit cesser d’être le prolongement de la morale religieuse.  Si l’état est laïc, il doit aussi l’être aussi dans son approche de la sexualité.

La vision religieuse de la sexualité conduit nécessairement à la discrimination, au viol de la vie privée et à la haine de tout ce qui nous est différent.

Qu’on le veuille ou non, en entretenant la peur des pédophiles et des pédérastes, notre société creuse un fossé entre les générations. Cette peur peut aussi être la cause de nombreux agissements fautifs parce que le désir de compréhension et de communication intergénérationnelle est sacrifié au nom d’une pudeur paranoïaque. On parlait en psychanalyse de l’abus du surmoi.

Il faut cesser de voir la sexualité sous la loupe religieuse pour devenir plus équilibré et comprendre la sexualité sous l’œil scientifique et humain. 


[1] – Tous mes livres sont censurés et on élimine même sur internet, la publicité sur mes écrits, même sur ceux qui ne parlent pas de sexe. Cette censure qui se dit morale vise-t-elle davantage mes opinions politiques? Ce dont je parle en abondance dans mes écrits.

[2]– J’y vais de quelques recommandations à la fin de ce livre. Même si je me sais quelque peu déséquilibré, je suis persuadé que mon expérience peut aider à éliminer la violence sexuelle.

[3] – Quand tu es inscrit au registre des délinquants sexuels c’est pour une durée de l0, 20 ans ou à vie. Tu dois te rapporter une fois par année, même si tu es devenu vieillard. Et, on prétend que c’est pour défendre les jeunes contre les prédateurs. Quelle hypocrisie ! 

De la pudeur à la paranoïa (5).

avril 4, 2020

Pour suivre le texte dans l’ordre normal, il fait lire de 1 à 10+

Cet esprit d’inquisition est maintenu pour infantiliser la jeunesse autant que faire se peut.

Le chantage sexuel est devenu une industrie payante, grâce aux subventions de l’État[1]. D’où vient cette honte du sexe, si ce n’est pas de l’éducation sexuelle que l’on a eue ou surtout de son absence. Plus il y a des cas d’accusations, plus les subventions sont généreuses. Si les hommes peuvent prendre jusqu’à 40 ans pour prendre conscience qu’ils sont des victimes, c’est que pendant 39 ans, ils savaient qu’ils n’en étaient pas. La victimologie est une épidémie qui nourrit l’augmentation des subventions.

La première chose que la police fait en rencontrant un jeune est d’essayer de lui faire croire qu’il se sentira mieux s’il devient dénonciateur. Les spécialistes l’entourent ensuite pour forger son opinion et le manipuler pour le rendre coupable d’avoir osé un jour avoir une relation sexuelle ou connu le plaisir. Personne ne part avec le point de vue qu’il n’y a rien de mal dans un contact sexuel puisque notre éducation nous fait croire le contraire.

Cette situation est devenue possible du fait que l’Église catholique a décidé de compenser ses victimes plutôt que d’avouer que le sexe sans violence et domination n’est absolument rien de mal ou de dangereux. C’est plus facile de payer que de reconnaître qu’on a inventé une histoire. C’est difficile d’admettre que l’on ment depuis des siècles.

Le sexe est une réalité physique qui devrait être vu en dehors des jugements de bien ou de mal.  La seule chose importante dans une relation sexuelle est, faut-il le rappeler, le consentement et le respect de son partenaire. Idéalement, elle conduit à l’amour.

On tait la différence dans la fréquence des expériences sexuelles qui existe selon le sexe et l’orientation sexuelle. La majorité des gens choisissent de vivre leur sexualité en couple alors que les homosexuels vivent jusqu’à plus d’une centaine de relations sexuelles dans leur vie ou même dans une année pour certains. La différence est très simple : les relations sexuelles homosexuelles peuvent très bien se passer de pénétration et l’amitié ne se nourrit pas de jalousie.  Comme l’a si bien écrit l’auteure d’Outlander, « tu peux avoir honte de ce qui se passe, mais ça ne t’empêchera pas de t’apercevoir que le plaisir est au-delà des malaises moraux. »

Il aurait été plus approprié pour l’Église de payer des séances chez des psychologues ou autres spécialistes pour traiter la culpabilité ou la honte des victimes et, ainsi, leur démontrer leur valeur en tant qu’individu que de verser de fortes sommes d’argent aux parents éplorés, mais devenus riches. Qui ne rêve pas d’être victime pour amasser autant d’argent pour des gestes sexuels? L’essentiel est d’en arriver à s’accepter comme on est, cesser de se culpabiliser.

En fait, les religions s’embourbent dans les scandales sexuels parce qu’aujourd’hui on sait que le sexe est un plaisir et non mal. Ce qui est anti naturel ou exceptionnel, c’est la chasteté à vie.

Les religions ont lavé la cervelle de tout le monde en voulant les faire se sentir pécheurs, avec le péché originel.  Les religieux prêchaient une chose et faisaient son contraire.

Où commence et où finit la schizophrénie de St- Augustin, le père du péché originel?  Le péché originel est ce qui a défini le péché de la chair et sa transmission. Le péché originel est qu’une théorie basée sur la connaissance des humains de cette époque qui, disons-le,  était presqu’inexistante. On ne savait rien de l’anatomie humaine, encore moins de sa réalité psychologique. Le péché de la chair vient avec le péché originel, soit trois siècles après Jésus, avec St-Augustin.

L’Église catholique paye pour son hypocrisie et son impuissance à reconnaître qu’elle s’était trompée en propageant la peur du sexe et en prétendant que l’homme est supérieur à la femme. L’Islam est encore pire.

La chasteté absolue est le geste le plus contre nature qui existe[2].

Quand on se masturbait seul ou avec d’autres, il suffisait de s’en confesser, de réciter quelques dizaines de chapelets, pour obtenir l’absolution, sous condition de pas vouloir recommencer. Ainsi, on échappait à l’enfer en dénonçant son péché, bénéficiant du même coup du fait que la confession garantissait le secret.


Pour qu’il y ait crime, encore faut-il croire que le sexe soit perçu comme une mauvaise chose. Sinon, comment peut-on prétendre que la Charte des droits respecte l’existence du droit à une conscience personnelle?

Il y a une différence fondamentale entre un jeu sexuel consenti et celui qui est imposé. Et, dans ce dernier cas, quand il n’y a pas de consentement, l’âge et le sexe n’ont pas d’importance  car, c’est illégal.

L’homme, lui, sait que le sexe est un plaisir. Le regard négatif féminin sur la sexualité lui vient des religions pour qui, la femme est une tentation, un péché.

Les religions maintiennent ainsi les femmes dans un état d’infériorité. Et, les féminounes les aident à maintenir cet état d’infériorité qui accompagne automatiquement celui de pécheur, de victime. L’ignorance dans laquelle on maintient les jeunes filles sur la réalité sexuelle des femmes est responsable de la honte dont plusieurs femmes sont prisonnières. La morale conventionnelle est incapable de comprendre les nuances de l’individualité, elle pense que la vie sexuelle est la même pour tous.

Cela nous permet de comprendre pourquoi le sexe est un mal pour les femmes alors qu’il est un plaisir pour les hommes. La peur du regard de l’autre les empêche de dominer leur appréhension et de décider de leur vie sexuelle. Le droit féminin à sa sexualité fut un des merveilleux combats menés par les féministes. Il ne faudrait pas minimiser aussi la réalité physique différente, selon que l’on est un homme et une femme, qui amène souvent la femme à vivre le sexe dans une position d’inconfort.

Les religions ont identifié les relations sexuelles féminines en dehors du mariage comme de la prostitution. Une telle relation crée une peur absolue du regard de l’autre.  Une femme ne peut pas être enceinte sans que son alentour s’en aperçoive. Nos religions toutes chrétiennes ont créé un tel rejet de ces femmes qu’elles n’ont pas souvent un autre choix que de se faire avorter ou vivre une vie de misère. Ceux qui sont contre l’avortement se prétendent l’égal de Dieu quand à décider si une femme à droit à l’avortement. Si ces mêmes âmes exaltées  étaient plus charitables, elles aideraient l’autre en difficulté.  Dans la pratique d’une religion assumée, la charité devrait primer sur les péchés. Si les religions prônaient autant la tolérance que le peur de la sexualité, il y aurait plus de tolérance et de solidarité entre les humains.

L’éducation actuelle maintient un degré de culpabilité disproportionné, car on condamne même le désir sexuel. Pourtant, ce n’est qu’un effet hormonal[3]. Le nier est de l’ignorance.

Qui ne se rappelle pas de la confession comme moyen de nous faire sentir un peu plus pécheur?  Le confesseur n’avait-il pas accès à des informations privilégiées quand un garçon lui racontait ses dernières masturbations ?

Les femmes sont-elles prisonnières d’une morale paternaliste abusive du fait qu’elles sont porteuses de la vie, et donc, de la descendance mâle ? La supériorité du mâle qui s’incarne dans sa descendance a toujours donné le droit à l’homme de dominer la femme. C’est un précepte religieux et on n’a pas le courage de le contredire. 

La libération de la sexualité tient donc essentiellement au futur regard féminin sur la sexualité. Les femmes doivent cesser de se sentir coupables, salies, quand elles décident de vivre une relation sexuelle, hors les normes inventées par les religions. La femme a une absolue égalité avec l’homme.

Actuellement, au contraire, elles préfèrent se couvrir (burka, niqab, tchador, burkini) et avoir honte de leur corps comme le veulent les religions. En aucun endroit, le Coran ne dicte aux femmes qu’elles doivent porter ces vêtements. Cette règle a été inventée après la mort de Mahomet parce qu’on devait vivre comme le prophète et celui-ci interdisait à ses épouses de se promener sans être voilées. Mahomet était jaloux. Il avait plusieurs femmes dont la plus jeune a été pénétrée vers neuf ans. Aujourd’hui, il serait décrié comme étant un pédophile.

C’est bizarre que l’on confonde ainsi domination et libération.   On en est rendu à une pure aliénation, car on voit la domination morale religieuse comme normale et positive.


[1] – Des hommes prennent 40 ans avant de dénoncer, Journal de Montréal, 26 juillet 2018, p. 7. La douleur est tellement absente, le plaisir si vif que la victime doit attendre qu’il y ait une vague de dénonciation 40 ans plus tard,  pour se rendre compte qu’aujourd’hui, on est redevenu scrupuleux. L’État paie aussi des millions en subventions pour préparer les victimes à dire la vérité (?)

[2] – Le livre Sodoma, de Frédéric Martel,  nous indique à quel degré d’hypocrisie la chasteté conduit l’humain. Il ne faudrait pas croire que l’homosexualité conduit à la pédophilie, c’est au contraire, son interdiction qui ouvre cette voie.

[3] – L’amour augmente-t-il le plaisir, Julie Pelletier, Journal de Montréal, 23 juin 2019, page 34

De la pudeur à la paranoïa (4)

avril 4, 2020

Pour avoir un texte suivi, il faut aller dans l’ordre de à 10+

La pédophilie doit être interdite, mais cela ne doit pas faire des pédophiles des criminels à pourchasser à vie, car cet attrait pour les plus jeunes fait partie de leur nature et chaque individu a droit au respect. Si l’on ne veut pas que son fils soit une victime, il faut, comme parent, l’informer, en respectant la vérité, de son droit absolu de consentir ou refuser tout geste porté par un autre sur son corps.

Quant aux  pédophiles, au lieu de les mépriser, il faut trouver moyen de les comprendre, tout en assurant une pleine sécurité pour les enfants. Si les pédophiles pouvaient s’avouer pédophiles sans crainte, ce serait une plus grande protection pour les enfants, car sa situation serait connue et ainsi la dissimulation serait plus difficile. 

L’ostracisme peut conduire non seulement au passage à l’acte, mais au besoin de tuer pour garder le secret. Un seul meurtre est un meurtre de trop. Il est préférable de perdre sa chasteté que de perdre la vie, le contraire de ce que les religions nous apprennent. Il faut aussi comprendre que le cerveau est capable, dans de bonnes conditions, de faire oublier toutes les situations désagréables. Le rôle de la justice doit être d’abord et avant tout de s’assurer que le jeune pourra vivre sans séquelle et surtout de reprendre confiance en lui. Penser que l’on est victime implique nécessairement que l’on est inférieur, que l’on s’en sente responsable ou pas.

On devrait sanctionner raisonnablement le fait de ne pas avoir respecté la volonté majoritaire exprimée à travers des lois claires et non abusives,  au lieu de créer des chasses aux sorcières dignes de l’inquisition. Le pédophile aime le jeune, il faut donc le responsabiliser au lieu de l’ostraciser. Il faut surtout apprendre à faire confiance à nos jeunes en âge de décider, selon leur conscience.

Ce n’est pas parce que tu es pédophile que tu n’as pas droit de vivre, même de vivre heureux. Tu n’es pas libre, ce n’est pas ton choix de naître pédophile ou pas. C’est ce respect que te garantit la Charte des droits de la personne.

La pédérastie est tout à fait différente de la pédophilie, car le jeune est en âge de pouvoir choisir, même si tous les parents pensent que son enfant est toujours plus jeune et moins responsable qu’il ne l’est. Le jeune doit apprendre à consentir ou refuser selon ses propres goûts, ses propres valeurs.

La liberté est un chemin qui se trace au fil des expériences. Un jeune qui est hétérosexuel ne deviendra jamais un homosexuel et encore moins un pédéraste. La peur des parents est injustifiée, car l’éducation c’est apprendre à choisir. Tu aimes ou tu n’aimes pas.

Un pédéraste ne saute pas automatiquement sur tous les gars qu’il voit. Cette peur parentale est maladive. Elle implique la non-confiance, non seulement envers le pédéraste, mais aussi envers son enfant, car on le croit infiniment vulnérable. C’est peu connaître les jeunes que de croire qu’ils ne sont pas capables de se défendre. 

La pédophilie est probablement, comme la pédérastie, la majeure partie du temps se passe à contempler la beauté, la désirer et rarement à pouvoir satisfaire ses désirs. La frustration est bien plus souvent au rendez-vous que le passage à l’acte; mais il faut dire que la simple présence de l’autre, de ce celui qui est convoité, est en soi un voyage au paradis.

La meilleure protection des jeunes serait que les pédérastes et pédophiles puissent s’identifier comme tel, sans avoir à subir durant toute leur vie, cet état de haine qu’ont les autres à leur égard. Ainsi, les jeunes pourraient prévenir quelqu’un de responsable s’il y avait dérapage. À remarquer que le jeune peut aussi décider qu’une telle expérience ferait son affaire. La vie pédéraste ressemble comme deux gouttes d’eau à un roman d’amour.

Le sexe est un élément parmi des millions d’autres éléments qui définissent ce que tu es. 

Quand tu nais pédéraste, tu n’as pas le choix et du dois apprendre à vivre avec. Tu peux être un beau salaud, mais tu peux aussi te servir de cet élément pour t’améliorer. L’essentiel dans toutes les relations sexuelles est l’amour et  le respect de l’autre.

Malheureusement, notre société, en les condamnant automatiquement, les ostracise ou les force à devoir vivre dans une hypocrisie permanente, la même que celle qu’ont jadis dénoncée les homosexuels.

Si tu en parles, tu es rejeté, sinon crucifié, et si tu ne le fais pas, tu passes pour un hypocrite qui a besoin de se cacher pour sauter sur sa proie quand la situation devient propice. Un homme fait des cadeaux à sa dulcinée, c’est magnifique, de la tendresse, de l’amour ; mais un pédéraste amène son bien-aimé en voyage, c’est l’horreur. Quelle hypocrisie ! Deux poids, deux mesures. Qu’on aime cela ou pas, la pédérastie est d’abord et avant tout une histoire d’amour.

On a réussi à déformer tous les gestes des pédophiles ou pédérastes de manière à ce que quoi qu’ils fassent, même si on a totalement l’équivalent dans la vie des hétérosexuels, ils seront blâmés. Même la tendresse devient un crime.  C’est à croire que tout le monde sait mieux que le pédéraste quelle est l’intention qui l’anime, comme au temps de l’inquisition.

Nos procès sont identiques à ce qui se passait durant l’inquisition parce que l’on croit qu’au départ l’accusé est un mécréant qui ne veut pas admettre qu’il l’est.  Tout ce qu’il dit est donc mensonge et narcissisme.

Juste le fait d’être pédéraste fait de toi le pire des menteurs, le pire des manipulateurs, le plus abject des individus.

Un procès ne sert qu’à te condamner et à nourrir l’opinion publique. Ça prend un miracle pour être déclaré non coupable dans une cause sexuelle. La victime a toujours raison. Elle l’aura de plus en plus puisqu’on vient de verser des millions pour préparer les victimes à témoigner.

Ça rappelle les périodes des tortures durant l’inquisition. L’accusé devait répondre exactement ce à quoi s’attendaient les inquisiteurs, sinon ils étaient torturés jusqu’à ce que la réponse soit identique à celle attendue par les bourreaux. Si on n’y parvenait pas, on les brûlait.

Rien ne justifie la paranoïa qui existe maintenant face au plaisir du sexe. Le sexe n’est plus l’élément qui déterminera ta classe sociale.

Les féminounes se servent de la peur de la pédophilie pour répandre leur haine du sexe parce qu’elles identifient leur protection maternelle à leur propre protection contre les hommes qu’elles perçoivent tous comme des violeurs, ou du moins, des salauds.

Elles oublient que la surprotection engendre le pire ennemi de l’autonomie individuelle et, par conséquent, de la démocratie.

Selon plusieurs neurologues, la surprotection empêche le développement de l’individu. Le premier but de l’éducation d’un individu est de devenir autonome, en se créant une conscience personnelle. Devenir un être libre[1].

L’absence d’éducation sexuelle rend les femmes et les jeunes plus vulnérables et leur soi-disant solidarité contribue à multiplier leur peur. Durant leurs activités entre filles, elles se racontent bien des légendes urbaines pour se faire croire qu’elles ont raison.

Cependant, si des pédophiles parlent entre eux de leur amour,  c’est un crime. Il y a une différence entre un désir et un acte. Un souper de fille est exactement la même chose qu’un souper de pédérastes. On raconte ses amours et on chiale contre une foule de sujets.

Les féminounes sont le contraire des féministes qui, elles, sont progressistes et se battent réellement pour l’égalité homme femme.


Les féminounes sont prises dans les enseignements religieux quant à la sexualité alors que les féministes sont progressistes et réclament une égalité entre les hommes et les femmes, même dans les relations sexuelles. La femme veut choisir son homme et ne plus être seulement choisie.

L’extrême droite se tient exactement à la même place que l’extrême gauche quand il est question de sexualité.

Quelle différence évidente y a-t-il entre être un homme ou une femme, sinon les appareils génitaux ? Cette différence ne confère en rien la supériorité d’un sexe sur l’autre. Il est aussi possible d’obtenir la jouissance féminine par la masturbation et la fellation. La pénétration n’est pas absolument essentielle pour découvrir le plaisir. On a tellement peur d’en parler que l’on apprend cette réalité à travers ses expériences, ce qui est une preuve que la pudibonderie est un moyen de nos garder ignorant. L’autre différence, à part le jeu des hormones, est l’éducation : pourquoi la société fait-elle en sorte qu’un gars se sente supérieur à une fille?

Les féministes réclament le droit de choisir leur partenaire sexuel, les féminounes condamnent à l’excès tout ce qui est sexuel, voire même le langage.

Pour les féminounes, le sexe est un viol en soi, le réveil sexuel est un appel au mal. Être féminounes, c’est condamner la femme à être qu’une partie de ce qu’elle est.

Les féministes ont parfaitement raison de vouloir échapper au rôle dans lequel on les a confinées. Rien ne justifie de prétendre que l’homme est supérieur à la femme. La réalité est que l’homme et la femme ne sont rien d’autre que des humains, tous les deux, des animaux.

Les féministes ont parfaitement raison d’exiger qu’un homme et une femme aient le même salaire, pourtant, tous nos gars qui se disent féministes ne font rien pour permettre cette égalité fondamentale. On préfère parler de parité dans un conseil d’administration ou un parti politique. C’est un élément qui sert davantage à bien te présenter à la galerie médiatique, mais la femme continue d’être moins bien payée que l’homme.

Pour les personnes évoluées, la sexualité est strictement un fait biologique, vu à travers les yeux de la science alors que pour les féminounes tout est manque de respect envers la femme, qui se doit de vivre le plus vertueusement possible, comme l’exigent les religions qui ont formé leur regard victimaire sur la sexualité.

La virginité conduit-elle vraiment à la sainteté? Pourquoi la femme doit-elle nécessairement choisir entre être une vierge Marie ou une Marie-Madeleine, aux yeux des autres?   Pourquoi la sexualité de la femme est-elle ainsi séquestrée dans des croisades qui nient leur droit d’avoir leur propre sexualité?   Pourquoi refuse-t-on de voir la différence entre la perception de la sexualité chez l’homme et celle de la femme? Il est évident  que la pénétration modifie la perception que l’on se crée des plaisirs sexuels. Le rapport sexe-corps ne peut pas être le même pour une femme que pour un homme, à cause de l’intimité produite par la pénétration.  Si l’homme ne peut que jouir, la femme peut souffrir ou sentir un désagrément, lors de la pénétration. Pourquoi la sexualité ne serait-elle pas autant un plaisir pour la femme que pour l’homme?

Si une femme a des relations avec un étranger, elle sera immédiatement traitée de putain alors qu’un homme sera perçu plutôt comme un client qui a besoin de se soulager.  

D’ailleurs, la prostitution devrait être légale, sur un plan individuel, si elle est acceptée par celle ou celui qui en a fait son travail. S’il n’y a rien de mal dans la sexualité, on devrait se contenter de proscrire le proxénétisme et de protéger les prostituées.

La femme sexuellement libre sera salie dès qu’on portera un jugement sur elle. L’ostracisme social, le même qui touche à la pédophilie s’abattra sur elle et même sur ses enfants. La femme et les enfants n’ont pas droit à la liberté sexuelle, à la liberté de choisir si une expérience leur est agréable ou non. Dans ce contexte, l’expérience est automatiquement mauvaise. Toute personne qui s’y livre doit être culpabilisée, dénoncée, méprisée, ostracisée. 

C’est un tour de force religieux que d’avoir réussi à étendre un tel degré de culpabilisation et de haine envers la sexualité vécue hors mariage ou hors norme.

Le rejet de la sexualité est carrément opposé au regard scientifique.

Notre morale sexuelle tient au lavage de cerveau, réalisé dans notre enfance.  

Elle est maintenant implantée par les féminounes qui remplacent les prêtres dans la diffusion des règles morales. On sait tous que Hollywood est de plus en plus entre les mains de sectes mormones. La lutte morale est un moyen hypocrite ayant pour fonction de culpabiliser l’individu d’où la masturbation peut être vue comme un péché, l’homosexualité comme quelque chose de contre nature.

Voilà pourquoi tant de gens ont une vision hystérique de la sexualité. Les plus scrupuleux emploient un vocabulaire de l’abomination pour faire croire dans des délits, même si les participants n’ont eu que du plaisir tout au long de leur jeu ou de leur démonstration d’amour. 

Ce n’est pas pour rien que l’on a développé la paranoïa du pédophile, refusant de faire la nuance entre un pédophile, un psychopathe et un pédéraste.

On se fiche du droit des adolescents à  développer une conscience personnelle et on continue ainsi à imposer une morale dictée par les adultes, surtout les féminounes,  ce qui mine la  confiance des jeunes en eux. On impose la conscience « pécheur et victime » en opposition à être un humain sexué, libre de ses émotions et de ses expériences sexuelles.

Cette paranoïa permet d’exercer le chantage et d’obtenir de faramineuses compensations pour des plaisirs que l’on a goûtés, parfois 40 ans plus tôt[2]. Quand le système doit retourner à des décennies passées pour obtenir un sujet de mise en accusation, il faut croire que la police n’ait pas tellement de travail sérieux à faire.


Après tant d’années, il n’est plus question de protéger le jeune, mais d’imposer une morale qui ne tient qu’à savoir si le pédéraste est passé à l’acte à un certain moment de sa vie. C’est encore pire qu’être alcoolique puisqu’il ne peut pas y avoir de rechute. Qu’est-ce qu’un tel agissement donne ? Pourquoi maintenir une morale qui repose sur une perception antique de la sexualité ?

Aujourd’hui, tout le monde sait que la masturbation est un excellent moyen de combattre le stress.

On répète sans cesse : « personne n’est au-dessus de la loi », et pourtant, la loi n’est pas respectée quand on enseigne la religion dans des écoles. Nos écoles doivent être laïques selon la loi. Les Hells ou autres groupes criminalisés se promènent avec leur chandail, se moquant ainsi de la loi interdisant l’appartenance à un groupe criminalisé. C’est plus facile de s’en prendre à des individus qu’à la pègre.

On retourne dans le passé de la vie sexuelle des individus pour maintenir la peur et la haine du sexe.  L’épée de Damoclès si tu t’écartes du droit chemin.


[1] -« Un enfant surprotégé n’apprend pas à surmonter les inévitables blessures de la vie. » Boris Cyrulnik, neuropsychiatre, dans Le bonheur, ça s’apprend. »

[2] – Plusieurs ont cependant subi de véritables traumatismes. Il suffit de penser aux enfants de Duplessis ou de St-Vincent ainsi qu’aux pensionnats autochtones.

De la pudeur à la paranoïa (3).

avril 3, 2020

On doit lire dans le sens de page 1 à 20 pour tout comprendre.

Les religions servent à obtenir plus facilement l’obéissance de la masse envers le système qui les exploite.   Marx parlait de ciment social pour qualifier les religions.   Plus les gens sont désobéissants, plus la religion sera intolérante.   La religion sert à définir le troupeau auquel tu appartiens.

Dès l’enfance, on essaie d’inculquer la peur du sexe et le sens du péché. L’étranger devient le pire des dangers. Pourtant, personne ne peut prétendre avoir été blessé par une fellation, une masturbation ou des caresses. La vraie blessure vient davantage de la réaction sociale que l’on craint, particulièrement, celle de nos parents, quand on est encore jeune.

On a même culpabilisé, chez les catholiques, le simple fait de penser au sexe, ce qui est en soi, une violence faite à la réalité humaine.

Tous les gestes sexuels sont des crimes dans notre société, s’ils ne répondent pas aux normes. Ces dernières s’appuient souvent sur l’ignorance de la nature humaine et sont propagées par les religions.

C’est pourquoi toutes les religions nient l’existence d’une sexualité enfantine.   Il faut ancrer le sens de la culpabilisation dès l’enfance pour être efficace. Il faut exagérer, parfois jusqu’à la folie, à l’hystérie, la gravité des relations sexuelles qui ne correspondent pas aux normes. Il faut entretenir une forme d’ostracisme chez tous ceux qui ne croient pas dans la véracité des interdits sexuels, même s’il n’y a pas de violence. Qui ne se souvient pas du fameux : t’auras des boutons si tu te masturbes, de nos bons curés québécois ?

Une relation sexuelle inappropriée durant la jeunesse, selon nos standards, blesse davantage l’égo des adultes que le corps et l’esprit de la prétendue victime. Ne faudrait-il pas souffrir, au moins un petit peu, pour pouvoir se dire victime?

La sexualité doit être socialement une forme de crime, si on veut culpabiliser les jeunes et prétendre que l’on peut être victimes de jeux sexuels sans violence. La dénonciation ou si l’on veut l’éclatement d’une culpabilité ressemble aux nouvelles littéraires d’Edgar Poe. Elle naît avec ce que l’on entend, avec la peur d’être découvert. 

Les dénonciations servent à grossir les statistiques pour permettre de meilleures subventions aux policiers ou aux mouvements qui reçoivent des millions de dollars pour permettre « aux victimes de se croire encore plus victimes et de passer au statut public de héros[1] ». C’est le même processus que dans la radicalisation islamique : devoir te racheter, mais en dénonçant. Le but est toujours de tuer la liberté.

Les religions s’emploient, elles, à nous dire qu’il faut dompter la chair. Une folie contre nature que l’on a érigée en dogme.

Quand Dieu a-t-il exigé que nous devenions tous des saints ou des prophètes?   Ce sont des modèles, et non pas des copies copiées-collées à réaliser par les individus.

Quand on utilise l’approche scientifique de la sexualité, celle-ci cesse d’être un objet de honte et de crainte.   Elle devient un phénomène extraordinaire qui a permis la reproduction des espèces, grâce au plaisir, qui y est rattaché.

Pourquoi le plaisir sexuel est-il un crime? Y a-t-il que les féminounes[2] qui voient un danger dans les relations sexuelles? Leur haine du sexe, qui revient souvent à une haine du mâle, n’est-elle pas un déséquilibre en soi? 

A-t-on inventé la sexologie pour maintenir une image maladive du sexe et entretenir une morale de répression sexuelle ou pour nous libérer des tabous? La sexologie n’est-elle pas une certaine forme d’appropriation culturelle. Pour devenir psychanalyste, il fallait d’abord avoir survécu à ses propres fantômes. Pourquoi en est-il autrement avec la sexualité ? Le but de la sexologie devrait être de permettre à l’individu de se débarrasser de ses culpabilités et apprendre à s’accepter comme on est.

Qui peut davantage connaître le sexe que la personne qui se livre aux plaisirs sexuels? Quelle religion considère le sexe en soi comme étant bon, comme un geste d’amour et de responsabilité, en dehors de la procréation? Aucune.

N’est-ce pas la meilleure preuve que la condamnation du sexe n’est pas justifiée, mais que toutes les religions tentent d’imposer leur morale individuelle? Bizarre que l’on n’ait pas un tel consensus quand il est question de dénoncer les inégalités sociales et la violence. 

Les religions devraient exister pour nous apprendre à aimer, à rechercher le Bien ; mais elles discriminent tous ceux qui n’obéissent pas à leur conception de la pureté que l’on confond avec la chasteté.

Les drogues sont bien plus dangereuses que le sexe, mais on en parle beaucoup moins. Y a-t-il un espace social ou une entente secrète qui privilégie le crime organisé? 

Aimer le sexe, c’est te condamner à être considéré comme un dépravé. Y penser trop jeune, c’est être un dégénéré, un cochon. Refuser de voir ainsi les plaisirs sexuels fait de toi le pire des criminels, un danger public.

Pourtant, personne n’échappe à la nature et, par conséquent, au réveil sexuel. Les expériences sexuelles ne peuvent pas tolérer la violence d’où le consentement est d’une nécessité absolue.

La science a établi que la sexualité existe dès la naissance. Des études ont prouvé qu’il est possible de connaître l’orientation sexuelle d’un individu dès l’âge de cinq ans.   Pourquoi faut-il nier l’existence de la vie sexuelle des enfants ?

On fait d’une réalité banale, un danger, un crime dont l’exagération peut être vue comme de la démence. On confond vite un attouchement avec un viol, ce qui est complètement du délire, de la paranoïa.

Tu devrais être affligé d’avoir connu le plaisir sexuel, te sentir le dernier des vauriens, si tu n’as pas agi selon les règles fixées, soit t’en priver.   Peu importe si ces relations étaient consenties et fort agréables.   Peu importe si ces relations étaient de type amoureux. Qu’est-ce que l’âge, en dehors de la pédophilie, change dans une relation sexuelle? L’amour n’a pas d’âge, le plaisir non plus!

Tout avocat ou psychologue qui voit favorablement les relations sexuelles de type pédéraste est banni de son ordre.

La réalité et la vérité n’ont pas lieu d’exister en matière sexuelle. La répression est un commerce beaucoup trop payant, surtout pour le système judiciaire.

En quoi la répression sexuelle est-elle si payante ?

Le mal de l’âme est souvent une illusion née de l’éducation que l’on appelle la culpabilité. On cesse de croire dans son jugement pour s’abandonner à celui des religions. La culpabilité conduit à l’aliénation, soit le plaisir d’être esclave d’une morale. Le système judiciaire actuel renforce et encourage les valeurs de répression. On bannit le plaisir sexuel alors que le seul vrai problème dans la sexualité est la violence ou la domination.

La sexualité est le fondement même de la vie privée.

Dès ton enfance, on t’apprend qu’il ne faut pas se montrer nu et quelques années plus tard, qu’il y a des endroits qu’il ne faut pas toucher, sinon t’es un pervers, un sale, un obsédé. On te fait croire que tu pourrais en être traumatisé, mais tu ne ressens que du plaisir quand ça arrive.

La répression sexuelle repose sur le mensonge voulant que les jeux sexuels consentis soient autre chose que du plaisir. La pudeur est une forme de haute hypocrisie.

Rien ne justifie un tel rejet de la sexualité. Même que, si l’on croit en Dieu, propager l’idée de péché de la chair est une manière de mépriser la création de Dieu. C’est comme si Dieu s’était trompé en sexualisant le corps et en accompagnant les gestes sexuels de plaisir.

Cette façon de voir des péchés partout est déjà inscrite dans l’ADN des adultes québécois qui se font un devoir de transmettre cette peur jusqu’à la paranoïa. Cette peur vient de la religion enseignée dans les années 1940-1960 au Québec. Cette peur est une façon d’affirmer que l’individu est nul parce que dès la naissance il est un pécheur. Ce trait psychologique est perceptible  jusque dans la manière même des adultes de voir l’avenir du Québec. On est trop faible. On est né pour un petit pain.

Pourtant, rien, sauf s’il y a violence ou domination, ne justifie une telle façon de voir la sexualité. Qu’on le veuille ou non, les zones érogènes nous procurent du plaisir. Il faut avoir l’esprit borné pour accepter les enseignements, qui nous viennent de toutes les religions, sans s’interroger. Il faut même avoir l’esprit tordu pour voir les gestes sexuels consentis comme un crime ou un péché. Rien ne justifie l’interdit sexuel. Malheureusement, on juge encore les jeux sexuels à partir d’une grille émotionnelle et non selon la réalité et la raison.

On s’imagine tous que ces interdits sont normaux. Pourtant, rien ne justifie cette pudeur hypocrite qui ressemble beaucoup plus à un rejet de son corps.

Il s’agit donc d’une règle « préjugée », c’est-à-dire que personne n’ose remettre en question parce que l’on croit qu’elle va de soi. Essayer de voir les choses autrement, c’est te condamner à l’ostracisme.

Notre façon de voir la sexualité est née de l’ignorance et du pouvoir des religions.

Vouloir la liberté sexuelle, ce n’est donc pas un geste anarchiste, mais le fruit d’une longue réflexion sur l’état émotif de l’humanité.

C’est remettre en question, voire même rejeter, ce que les religions nous imposent de haine contre notre propre corps. C’est combattre la violence et la domination individuelle apportées par une morale collective d’un autre âge, fruit de l’ignorance.

Sans violence ou domination, jamais les autres ne devraient avoir le droit de mettre le nez dans notre vie sexuelle.

La vie privée devrait être un droit constitutionnel.

Dans le libre consentement, les gestes sexuels expriment strictement l’amour et le plaisir. Voir du mal dans les gestes sexuels, c’est rejeter la nature humaine.   C’est mépriser la beauté de la création que nous sommes, au nom d’une morale décadente et archaïque.

Qu’il y ait une forme d’éthique de comportement face à la sexualité, personne ne s’y oppose, bien au contraire. C’est ce que j’ai essayé de créer toute ma vie et qui donne le présent livre. 

Il est impossible de rêver de liberté sexuelle absolue, ne serait-ce qu’à cause des maladies vénériennes, d’où la nécessité tout aussi absolue d’avoir des cours sur la sexualité et sur la responsabilité qui découle de ce plaisir.

Les gestes sexuels ne doivent jamais être violents. L’important, c’est l’amour.

Même si la peur du sexe n’est pas justifiée, il est concevable que l’on accepte socialement un âge minimum pour les relations sexuelles afin de protéger les plus jeunes. Pas parce que c’est mal, mais parce que les deux partenaires ou plus doivent être lucidement consentants. Il faut absolument éviter de traumatiser un enfant.


[1] – Toute personne qui subit de la violence ou est forcée à subir des gestes non consentis est vraiment une victime. Toute une nuance. Le sexe en soi n’est pas violent, au contraire.

[2] – Féminounes : femmes obsédées par la haine de la sexualité.

De la pudeur à la paranoïa (2).

avril 2, 2020

La répression sexuelle est contre l’évolution humaine, car le but de l’éducation est de devenir autonome, d’avoir une conscience personnelle.  Le but de la vie est d’avoir été heureux, de s’être accompli pleinement quand on meurt.

Comment être heureux si on te fait te percevoir par les autres, grâce aux médias, comme un salaud, quand ta libido est un peu plus forte que celle de la majorité ou si tu es attiré par une catégorie humaine qui ne respecte pas les normes fixées par les autres?

Comment enseigner aux jeunes que la sexualité est une bonne chose, si les journaux s’évertuent de publier quotidiennement les procès sexuels[1] ?  Est-ce un moyen de maintenir la peur? Fait-on une différence entre une relation sans violence et un viol? Comment respecte-t-on la réputation d’un individu, si on l’accuse dans les journaux avant même d’avoir été reconnu coupable? Pourquoi priver un accusé de l’internet avant même d’avoir été reconnu coupable d’une infraction qui touche directement l’emploi de l’internet? Qui, aujourd’hui, peut se passer de l’internet ?

Les seules choses à combattre dans la sexualité sont la violence et la domination.

L’éducation favorisant la répression sexuelle crée la culpabilité, la haine et le mépris de soi. C’est pourtant ce que l’on peut établir en voulant créer des cours d’éducation sexuelle mal adaptée en trop bas âge. 

On oublie que la sexualité provoque souvent une forme de curiosité envers le corps des autres.

Aucun gars normal ne peut dire avec sérieux qu’un attouchement, une masturbation ou une fellation est désagréable et encore moins que ça implique la moindre souffrance.

Au contraire, la masturbation est reconnue comme étant un des meilleurs moyens pour combattre le stress (pourvu qu’on n’exagère pas sur la fréquence) et même aujourd’hui, on a découvert que la masturbation fréquente est un excellent moyen pour échapper au cancer de la prostate[2].   Alors, pourquoi faire un crime d’une masturbation partagée, qui n’est pas entourée de violence ou de domination?   La loi prescrit-elle que ce soit un geste qui doit être posé en solitaire ou seulement à partir d’un certain âge?

Existe-t-il une perception physique différente chez l’adolescent gai à celle ressentie par un adulte gai, lors d’une relation sexuelle? Absolument pas. Sauf, que trop jeune, un gars n’éjaculera pas, question de développement. Donc, il y a, en moins, le danger de procréer dans le cas d’une relation hétérosexuelle.

Le plaisir physique est le même quel que soit l’âge. Pour le gars, tu bandes, t’éjacules et tu débandes, et rien de ce processus est le moindrement souffrant. Je ne connais aucun gars qui peut dire sérieusement qu’une telle action lui a déjà occasionné la moindre souffrance.

Où est le problème, sinon que notre mentalité religieuse dicte qu’il ne faut pas toucher un jeune, oubliant que les toutes les relations agréables sont aussi surtout faites de liens de tendresse et d’affection. Dans la vie d’un pédéraste, le temps révolu aux sentiments est toujours beaucoup plus important que les gestes de nature génitale. Le mal vient donc de notre éducation.

Certains diront que ce n’est pas parce que ça n’amène pas de souffrance que c’est justifié. On peut faire valoir que les jeunes n’étant pas soucieux de sexualité ne devraient pas y être amenés par un adulte; mais faut-il crier au scandale et placer le jeune au cœur d’une tempête qui n’a aucun sens pour lui, s’il se produit un tel rapport jeune-vieux?   Est-il émotivement capable d’échapper à la situation que créent un procès et ses enquêtes? On peut inventer et prétendre que le sexe est mal pour bien des motifs, est-ce la vérité pour autant?

Dans la Grèce antique, on prétendait qu’un jeune de moins de 25 ans produit des enfants rachitiques qui deviendront des charges publiques. Qui croit cela aujourd’hui?

Sait-on qu’autrefois, on prétendait que le sperme est une partie du cerceau ou de la moelle épinière, d’où la nécessité de s’en servir selon des règles très strictes? 

D’autres croyaient que le sperme était l’écume formée par le sang trop réchauffé, d’où la possibilité d’épilepsie ou même de mort, si on s’échauffait trop en faisant l’amour.   Aujourd’hui, on a remplacé ça par la peur de ne plus pouvoir bander, si on éjacule trop souvent durant notre jeunesse. Est-ce plus intelligent? Comment peut-on continuer de percevoir la sexualité à partir de ces conneries?  

Rien d’autre ne justifie la répression sexuelle quant à l’âge; mais vivre dans une famille scrupuleuse a de grandes chances de créer une réticence au plaisir sexuel à cause de son éducation. Donc, ce que l’on ressent de mal dans une relation sexuelle est strictement la honte et la culpabilité dues à ce que l’on nous a appris dans notre enfance.

L’aspect émotif joue un rôle primordial dans les relations sexuelles. La séduction n’a rien à voir avec l’agression. Il appartient à la personne concernée de décider si elle aime ça ou pas. On n’arrête pas de dire que les jeunes garçons ont souffert lors d’expériences sexuelles avec un adulte alors qu’on ajoute qu’ils participaient à un party, qu’on leur achetait des cadeaux et même qu’on les amenait en voyage. Si un jeune retourne voir l’adulte à de multiples occasions n’est-ce pas plutôt parce qu’il aime cela ?

La pudeur ne s’applique qu’à la sexualité et devient vite excessive; car, elle peut être une forme de mésestime de son corps. On a peur de ce que l’autre va penser de notre corps. Une peur excessive qui a déjà fait des victimes chez les filles, en particulier, depuis l’arrivée d’internet.   Qui a tué : la nudité ou la peur de ce que diraient les parents ou les autres s’ils l’apprenaient? On devrait plutôt dire si on la voyait. Comment peut-on en venir à croire que la pudeur est plus importante que la vie ? Cette peur vient-elle plutôt de l’enseignement religieux qui veut que le corps de la femme soit une cathédrale?

Une dame de Val-d’Or racontait, quand la télévision[3] a commencé ses croisades pour la pudeur, qu’elle avait des haut-le-cœur, en voyant sa fille, depuis que sa fillette avait vu un homme en bobettes lui faire des avances, alors qu’elle était gardienne chez lui. Cette mère devrait consulter un psychologue et ça presse. Pourtant, c’est elle qu’on donne en exemple à suivre.

On dirait que le féminisme d’aujourd’hui rime avec dédain de tout ce qui est sexuel. Ce faux féminisme ne vient pas de la philosophie féministe réelle qui s’appuie sur « Ton corps t’appartient et à toi seul », mais de la peur du sexe créée par les religions.

C’est ce faux féminisme qui est à la base de la chasse aux pédophiles actuelle.   Les adultes se projettent dans leurs enfants. Ces obsédés de la pudeur  sont appelés par Nelly Arcand, les familles pédophiles, c’est-à-dire des familles dans lesquels les parents sont obsédés par la sexualité de leurs enfants, comme si c’était le plus grand danger dont ils ont à faire face dans la vie.   La prudence est de mise, mais la paranoïa nuit au développement psychologique des enfants. Les parents devraient apprendre qu’ils ne sont pas dans la peau de leurs enfants qui doivent apprendre à décider par eux-mêmes ce qu’ils aiment ou n’aiment pas. La vie sexuelle d’un individu ne regarde pas les « grands-mamans ».

Pourquoi les femmes sont-elles plus nombreuses à avoir une telle aversion des choses sexuelles? C’est fort probablement surtout une question d’éducation sexuelle. Quand cette aversion devient-elle maladive? 

La femme est condamnée à être une vierge, une mère ou une putain. (Le pouvoir de l’horreur, de Julia Kristeva, une psychiatre féministe, édition du Seuil, 1980)

Quand il est question d’attouchements sexuels, on réclame la prison, comme si les jeunes avaient été blessés, et ce, même si cette relation s’est déroulée sans violence ou domination, souvent même dans un certain état de séduction, de tendresse et de plaisir. Il arrive souvent que le jeune s’identifie à un adulte et entretienne une liaison de grand attachement.

Depuis quand la tendresse blesse-t-elle? Pourquoi ne fait-on aucune différence entre une relation violente et une relation qui n’en implique pas?

On exige même une liste permanente des prédateurs sexuels, pour la vindicte populaire, comme si le sexe était plus dangereux que les luttes de pouvoir créées par ceux qui définissent le sexe comme le mal. On oublie les crimes de la charia et de l’inquisition. La vision religieuse de la sexualité peut conduire jusqu’aux meurtres. La période des Borgia le démontre amplement.

Le fanatisme religieux a fait des milliers de victimes. Plus que tous les crimes sexuels réunis. depuis les débuts de l’humanité. Mais, on l’accepte parce que c’est religieux.

Dieu ou plutôt ceux qui prétendent parler en son nom exigent de tuer ceux qui transgressent les règles de la pudeur. N’est-ce pas exagérer la gravité des actes sexuels, surtout s’ils sont sans violence? Qu’on le veuille ou non, on retrouve souvent une forme d’amour ou d’amitié dans les jeux sexuels. Qu’on le veuille ou non, les jeux sexuels consentis sont un pur bonheur, quels que soient l’âge et le sexe.

Par contre, souvent le jeune adolescent est détruit par la réaction des adultes plutôt que par le plaisir éprouvé lors de ses expériences sexuelles.   Combien de jeunes se sont suicidés en se découvrant gais?

Comment peut-on prétendre qu’une cause, entendue dix ans après les faits, sert à défendre une victime devenue adulte et capable de se défendre, sans avoir recours à la cour?   Ne s’agit-il pas plutôt de chercher à obtenir une vengeance, une sentence exemplaire, un petit magot, individuellement ou dans un recours collectif? C’est un moyen commode pour se faire facilement de l’argent. Un héritage sexuel de son enfance, pourrait-on dire.

Comme je le disais, jadis, au ministre de la Sécurité du Québec : « le système est bien meilleur pour protéger les pénis que les cerveaux. »

La peur du sexe est la prémisse à toutes formes d’esclavage moral, d’où son importance primordiale pour les religions.


8- Il arrive que des personnes qui ne se connaissent pas, portent le même nom et peuvent même vivre dans la même ville.

[2] -Journal de Montréal, 16 avril 2016, p.40

[3] – Radio-Canada est le site qui a mis au monde  l’obsession antisexuelle. 

De la pudeur à la paranoïa (1).

avril 1, 2020

De la pudeur

                 à la

              paranoïa.   

                        ou 

     La lutte pour la liberté sexuelle.

                       par

           Jean Simoneau

                         Essai

     Les éditions du temps. Québec   

Tous droits réservés :

© Copyright : Les Éditions du Temps. Québec

Distributeur officiel : Les éditions du Temps

819-843-3668

ISBN : 978-2-924549-11-7

Troisième version pour être certain qu’elle est tout à fait légale.

Dépôt légal :

Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 4è trimestre 2019

Bibliothèque et Archives du Canada, 4è trimestre 2019

   

   

Je veux que mon suicide soit vu comme un assassinat.

                                   Marc Lefranc[1] (pseudonyme)

Le but de l’éducation est de créer des humains libres, capables d’exercer un sens critique aiguisé devant les réalités de la vie.

Être scrupuleux, c’est avoir l’esprit tordu.

La pudeur excessive est-elle la pire des perversions ou est-ce une névrose obsessionnelle?

On n’est pas encore né que l’on commence à nous enseigner qu’il faut avoir honte de certaines parties de son corps. Je ne parle pas du nez, mais bien des zones érogènes, plus spécialement, des organes génitaux ou du sexe.

Ce choix n’appartient pas aux individus, mais il a été fait jadis par les religieux qui ont établi leur morale sur la base de l’ignorance qui prévalait au moment où ils ont décidé qu’il en serait ainsi.

Cette décision consacrait aussi la supériorité de l’homme sur la femme, non seulement à cause de son pénis, mais surtout de son sperme. On ignorait encore totalement l’existence des ovules et l’on ne connaissait pas grand-chose sur le phénomène de la reproduction. Cette ignorance domine encore nos lois sur la sexualité.

Pourquoi nier la beauté d’une sexualité que tout individu a dès sa naissance et à laquelle il ne peut pas échapper?   Ce refus de notre réalité, le rejet de notre corps aux dépens de l’esprit, n’est-il pas contre nature? La répression sexuelle ne fait-elle pas des dégâts sociaux et économiques plus graves que la liberté sexuelle, vécue sans violence ou domination, dans le respect de l’autre?  

Il faut donc revoir les règles qui dictent notre comportement face à la sexualité et les voir dorénavant avec les yeux de la liberté sexuelle.

L’amour n’est-il pas la plus grande des valeurs humaines avec la liberté?

Selon toutes les religions, le plaisir est l’ennemi du paradis. Il faut être masochiste pour avoir droit au salut. Pourquoi la privation sexuelle (particulièrement chez les jeunes) a-t-elle une plus grande valeur salutaire que le plaisir?   Valoriser le sacrifice sert à faire accepter aux  individus d’être pauvres, en prétendant que tous les sacrifices servent à mettre des indulgences en banque, en fonction de la vie après la mort. Ce marché de dupes a d’ailleurs entraîné un schisme chez les chrétiens, d’où la naissance du protestantisme.

Comment et pourquoi un Dieu immatériel peut-il dicter à l’homme matériel, comment il doit agir avec son corps?

Serait-ce plutôt que la morale a été inventée par les religieux qui prétendent parler au nom de Dieu? Pourquoi seraient-ils les seuls interprètes infaillibles de ce que Dieu veut? Y a-t-il un endroit dans tous les livres qui prétendent faire connaître la parole de Dieu, où le mot sexe ou organe génital est spécifiquement nommé par Dieu? Jamais. Donc, tout ce que l’on dit est pure interprétation. D’ailleurs, qui nous prouve que Dieu a déjà parlé à un être humain? Certains diront même que Dieu n’existe pas.

Les religions ne sont-elles pas les premières responsables de l’inégalité homme femme? Les religions ne condamnent-elles pas l’homosexualité?

Combien de jeunes se sont suicidés parce qu’ils n’acceptaient pas leur réalité sexuelle, étant victimes de la pudibonderie de la société? 

Combien de croyants sont morts dans des guerres de religion? Ces guerres n’ont pas existé que dans l’antiquité, on a qu’à penser à la guerre actuelle entre chiites et sunnites, entre l’État islamique et l’Occident. Une guerre de valeurs peut-elle être autre chose qu’une guerre religieuse? La Deuxième Guerre mondiale n’a-t-elle pas surtout été un vaste mouvement pour éliminer les juifs et créer une nouvelle race humaine?

Pourquoi les religions qui doivent nous enseigner l’amour, nous portent-elles à la discrimination et à la haine? Parce que dans toutes les religions il y a les bons et les mauvais.

Quelle est la place de la femme dans les religions? Où est la justice divine, s’il y a des êtres inégaux à la naissance? Cette inégalité n’est-elle pas plutôt entretenue par les religions et les systèmes économiques? Le monde est constitué de 99 % de pauvres et un pour cent de riches. Que l’on aime cela ou pas, le quotient intellectuel des individus n’est pas le même pour tous et nos parents, à notre naissance, n’ont pas tous un portefeuille bien garni d’où la nécessité que les services à la population permettent de rétablir une certaine égalité entre tous les citoyens.

Pourquoi faut-il, comme tout le monde, être obligé de croire que les jeux sexuels sont mal, honteux, pervers? Qu’est-ce qui justifie la peur ou la honte du sexe? Se pourrait-il que la sexualité soit ni bonne, ni mauvaise, mais tout simplement la réalité humaine ? Qui est maître de ses hormones?

Certainement pas la douleur, car elle n’existe pas dans les caresses, la masturbation ou même la fellation. Pourquoi confondre souffrance et plaisir quand il s’agit de sexe? Cette souffrance mentale, morale, ne viendrait-elle pas avec la culpabilité, le regard religieux, plutôt que des gestes sexuels en soi? Pourquoi le plaisir sexuel est-il mal? La morale sexuelle crée plus de malheur que de bien. 


Quand tu es accusé de pédophilie[2],  tu deviens, un moins que rien jusqu’à ta mort.   C’est l’ostracisme total.   Même ceux qui ont le malheur de parler avec un pédophile sont automatiquement classés pédophiles. On interdit aux pédérastes de parler avec tous les individus qui partagent ses opinions sexuelles, tout en proclamant le droit à la liberté d’expression et de conscience. L’humain peut-il vivre sans relation sociale?   Qu’est-ce qui engendre le plus de mal : le sexe ou la violence de la pudeur?  

La répression qui se traduit par l’ostracisme ne conduit-elle pas à la violence? Plusieurs jeunes ont été tués parce que l’agresseur voulait s’assurer qu’ils ne parleraient jamais. C’est pour combattre ce phénomène que j’ai donné des conférences sur la pédérastie dans les années 1980. Le degré de danger pour la victime tient à la peur de l’entourage vécue par l’agresseur. Ce danger disparaît seulement avec la transparence et la transparence ne peut pas exister tant que l’agresseur sent qu’il vit dans un monde qui le hait à mort. 

Pouvoir dire que tu es pédophile ou pédéraste, sans avoir peur de te faire trancher la gorge, est certainement le moyen le plus sûr d’augmenter la sécurité des jeunes. Si les jeunes savent qu’ils peuvent parler de leur sexualité à leurs parents ou leurs enseignants, sans se faire traiter de cochon par leur entourage, ils sauront allumer la lumière rouge si une relation leur semble négative.  

Est-on blessé ou a-t-on mal physiquement quand on s’adonne aux plaisirs sexuels? Un garçon de n’importe quel âge peut être mal à l’aise parce que son éducation lui apprend à vouloir être chaste, mais même là, les jeux sexuels lui procureront quand même un plaisir physique. C’est la réalité.

Toute forme de violence dans une relation sexuelle est un viol. Il faut apprendre à voir la sexualité dans toutes ses nuances. Un french kiss n’a rien à voir avec un viol, mais plutôt avec le savoir-vivre. Tu ne « frenches » pas sans le consentement du partenaire. Le viol n’existe pas sans une forme violente de contrainte et sans pénétration. Le savoir-vivre repose, lui, sur le respect de l’autre. Ce respect est développé dans la famille dans laquelle on a vécu notre enfance. L’élément fondamental de toutes les liaisons est le consentement. Toute relation sexuelle non consentie est inappropriée.

Pourquoi le corps est-il démonisé chez l’homme et sanctifié chez la femme?

Le sexe est donc « out or in ».

Régir la sexualité est un moyen extraordinaire de dominer tous les individus.  

Un homme qui « se sent » est un pervers, une femme vierge est une sainte.   Quelle belle découverte contre nature; même si en général, on admet que les femmes sont moins attirées par le sexe que les hommes.   Est-ce simplement parce que la femme reçoit constamment une éducation qui montre le sexe comme étant « le mal » dont il faut absolument se dérober en dehors du mariage? La femme peut tomber enceinte. Il est normal qu’on insiste davantage sur les inconvénients sexuels d’une liaison en dehors du mariage, car c’est elle qui aura à répondre d’une grossesse non désirée. Quoiqu’aujourd’hui, on peut retrouver le père, grâce à l’ADN, et le contraindre à prendre ses responsabilités.

La liberté sexuelle féminine a pu commencer à s’exprimer quand la femme a pu avoir une relation sexuelle sans danger de tomber enceinte[3]. Mais, les femmes semblent aussi craindre davantage la nudité que les hommes.

Pourtant, qui a déjà souffert d’avoir été vu nu? Qui a fondu ou saigné quand il a été vu dans sa nudité? N’est-ce pas plutôt notre point de vue sur le sexe, notre frilosité, qui nous accuse et nous triture l’âme plutôt que la réalité? Des familles entières se baignent nues dans certaines piscines sans que personne n’ait jamais eu à se plaindre. Les camps de nudisme ne sont pas des lieux de fornication. Il faut s’être baigné nu pour savoir combien c’est agréable de nager nu. Auparavant, les Jeux olympiques se déroulaient nus et personne n’a subi un malaise en les regardant.

La pudeur existe entre les deux oreilles et elle n’est pas nécessairement meilleure qu’une trop grande liberté d’esprit.

La pudeur est le propre de la bourgeoisie. Elle s’est accrue avec les maladies contagieuses. Pour les bourgeois, leur importance leur dictait de se protéger des microbes d’autrui. On avait même peur de l’eau parce qu’on croyait que celle-ci apportait des maladies.

Quand le rejet de sa nature humaine devient-il une forme de paranoïa?   Sommes-nous traumatisés par le plaisir ou la peur de ce que les autres penseront de nous?   Sommes-nous encore prisonniers des sermons qui condamnent toutes formes de sexualité, même les pensées dites impures?   Retournons-nous au Québec des années 1940?  

Le Québec féminoune (à ne pas confondre avec féministe[4]) serait-il redevenu celui des ignorances et de la dictature religieuse? Le taux d’analphabétisme au Québec est ahurissant. Pas étonnant que les parents voient encore la sexualité comme la religion leur a appris et ignorent complètement les découvertes scientifiques sur la sexualité humaine. Pas surprenant que les adultes n’arrivent pas à comprendre que le sens profond de l’éducation est l’apprentissage à penser par soi-même, à développer son sens critique pour se créer une vision personnelle de la vie.  

C’est la raison fondamentale expliquant que l’âge de consentement avait été fixé à 14 ans au Québec.

Le gouvernement conservateur fédéral a changé sans bruit l’âge de consentement de 14 à 16 ans, grâce à une règle perdue dans un « bill omnibus », du gouvernement de Steven Harper[5]. Il faut noter le degré d’hypocrisie de cette mesure. Plutôt que de penser la justice dans le sens de la prévention et de la réhabilitation, on la voit comme une forme de vengeance, d’où les accusations pour des événements survenus jusqu’à 40 ans plus tôt. Comment pouvoir créer un procès honnête si une grande partie des témoins sont déjà morts?

La peur religieuse de la sexualité fait que l’on  confond plus souvent protection et surprotection.

Les nouvelles règles amenées par le gouvernement Harper sont d’une folie incommensurable. C’est ainsi qu’un jeune garçon de 17 ans, Michel-Baril Desjean a été condamné[6] et sera sur le registre des prédateurs sexuels parce qu’il était en amour (partagé) avec une petite fille de 13 ans. Ses parents acceptaient qu’ils aient des relations sexuelles.   Ne dit-on pas qu’il faut vouloir commettre un crime pour être condamné?   Qui connaît la nouvelle version perverse de la loi depuis le passage des conservateurs? Ce jeune homme paye pour les changements secrets des lois concernant la sexualité.

Qu’attend le gouvernement Trudeau pour modifier cette situation? Pourquoi ne pas remettre sur pied la Commission de la réforme du droit pour remettre nos lois à date?   Pourquoi la Cour Suprême ne dénonce-t-elle pas cette loi qui contrevient, ça ne peut pas être plus clair, à la Charte des droits? Serait-ce que les institutions sont devenues parties intégrantes de la mafia légale du chantage sexuel qui s’installe?

Comment respectons-nous l’intégrité des jeunes, en prétendant que le sexe doit se vivre qu’à partir d’un certain âge ou en fixant la différence d’âge permise pour tomber en amour?   Comment expliquer que le sexe est un danger chez les jeunes; mais un plaisir, chez les adultes?

Une commotion cérébrale est mille fois plus dangereuse pour la jeunesse qu’une masturbation ou une fellation, car elle s’attaque au cerveau, mais on ne bannit pas les sports qui en sont la cause. On ne les force même pas à modifier leurs règlements pour protéger les jeunes, mais, on fera tout un plat si un jeune a une relation sexuelle avec un aîné. On ignore qu’il lui appartient de décider s’il veut cette relation ou non, selon la loi sur la vie privée et l’âge de consentement.

En quoi une relation pédéraste est-elle différente de la situation que vivaient jadis les homosexuels? L’âge n’est-il pas en soi une forme de discrimination envers les jeunes? Ne dit-on pas dans la Charte des droits qu’il ne doit pas y avoir de discrimination d’âge? 

Mais la Charte des droits existe seulement quand ça fait l’affaire du système. Libéraliser la sexualité, c’est punir injustement la mafia qui vit grâce à la prostitution et la drogue.

Vouloir éliminer les pédérastes, c’est traiter ces individus comme on le fait avec les gitans; comme les nazis avec les Juifs ou encore, comme dans le livre 1984, de George Orwell, basé sur les pratiques de Staline[7].   L’individu disparait complètement, on ne mentionne même plus son existence et son œuvre.   On peut penser à l’affaire Jutra ou la censure que l’on exerce sur tout ce que j’écris. Ne pas diffuser les chansons de Michaël Jackson parce qu’il est pédéraste est un autre exemple de la folie du « politiquement correct ». On est trop idiot pour faire la différence entre l’œuvre artistique et la réalité de l’individu. Est-ce que sa musique entraîne qui que ce soit à se découvrir pédophile?

En quoi, interdire de parler de pédérastie n’est pas un manquement à la liberté d’expression et donc un manquement sévère à la Charte des droits? Oublie-t-on que la littérature pour la jeunesse a été justement créée pour éliminer la littérature érotique ou toute référence sexuelle à la portée des plus jeunes.

Après la pédérastie, quel sujet sera interdit? Il y a toute une différence entre vouloir expliquer comment se vit la pédérastie et en faire la promotion. Ce n’est pas parce qu’on décrit une relation pédéraste que le lecteur se découvrira pédéraste.

On naît pédéraste puisque la pédérastie est une orientation sexuelle. Une personne ne peut devenir pédéraste à la suite d’une relation sexuelle, si elle ne l’est pas déjà, consciemment ou non. Tout comme un hétérosexuel ne deviendra jamais un homosexuel, même s’il essaie pour savoir comment c’est d’être gai. L’orientation sexuelle est ce qui fait que tu es attiré plutôt par une catégorie de gens et non par une autre.   Est-ce qu’appartenir à une orientation sexuelle différente minoritaire justifie toutes les punitions?   Pas plus que toutes les permissions. Personne ne choisit son orientation sexuelle.


Qui, au Québec, sait que la Grèce antique faisait de la pédérastie le summum de l’amour? Ce que nous vivons est-il une avancée ou une régression quant au pouvoir personnel? Plus on a peur, plus on investit dans la sécurité, et moins, nous sommes libres.


[1] Marc s’est suicidé lorsqu’il a été dénoncé parce qu’il aurait eu des contacts sexuels avec des garçons qu’il sauvait de la rue, en les acceptant dans son au cirque, ce qui leur garantissait ainsi la nourriture et l’éducation. L’intégrisme  moral est une machine à tuer.

[2] – Il y a une différence énorme entre être pédophile ou pédéraste.   Le pédophile aime les enfants ayant moins de 10 ans, sans distinction de sexe, alors que le pédéraste aime les adolescents.   Un(e) pédéraste est strictement homosexuel ou lesbienne.    La pédérastie était vénérée dans la Grèce antique.

[3] – La Charte des droits de la personne a été écrite d’abord au Québec et reprise par P.-E. Trudeau. Avec la contraception, le choix d’avoir ou non une relation sexuelle  revenait dorénavant à la jeune fille plutôt qu’aux parents. C’est le fondement du principe de la liberté de conscience.

[4] – Les féminounes sont des victimaires de droite et combattent la sexualité alors que les féministes travaillent à obtenir l’égalité homme femme. Les féministes ne se voient pas comme des victimes contrairement aux féminounes.

[5] – Le parti conservateur du Canada est l’équivalent du parti républicain aux États-Unis.   Un parti de droite religieuse.

[6] – Journal de Montréal, 21 septembre 2016, page 26.

[7] – Ne pas diffuser les livres équivaut aussi à Fahrenheit 451, de Ray Bradbury. Au lieu de les brûler, on les empêche d’être connus et lus. Même censure.

Deux livres en un.

mars 31, 2020

De la pudeur à la paranoïa comprend les textes d’un livre que j’appelais « Dieu et le sexe » ainsi que du livre « La loi, c’est la loi. Quand ça fait leur affaire ».

Je suis persuadé que j’ai été traîné en justice seulement pour que je n’aie pas accès à internet durant les deux années que dureront les procès amenés par l’équipe de Malaise.

D’ailleurs, on en a profité pour s’assurer que mes livres en trois tomes « Les derniers amours de Platon », publiés à Paris, soient retirés de la circulation.

J’ai ainsi connu le coronavirus une année avant le monde. Le plus incroyable c’est que l’un des tomes portaient le nom de Virus.

De la pudeur à la paranoïa ou la lutte pour la liberté sexuelle.

mars 31, 2020

Ce livre a été publié aux Éditions du Temps, au Québec, par Jean Simoneau.

On peut lire pour sa présentation:

Jean Simoneau (1943-     ), Journaliste, romancier, essayiste, nouvelliste, pédagogue et poète, Jean Simoneau est né à Magog, au Québec.  Il a travaillé comme journaliste et enseignant au secondaire. Il détient un baccalauréat en enseignement des lettres, une maîtrise en langue française et un certificat en scénarisation.

Simoneau est aussi un polémiste. Il préconise le droit à la liberté sexuelle chez les ados et le droit absolu à une conscience personnelle. Selon lui, les relations sexuelles exigent la non-violence et le consentement de tous les partenaires. Le sexe est un plaisir et non un crime. La meilleure prévention est un cours d’éducation sexuelle moderne obligatoire pour tous.

SI VOUS NE POUVEZ VOUS CONTÔLER, NE LISEZ PAS CE LIVRE.

J’ai toujours affirmé être amourajeux (pédéraste). Le but de cet aveu était, quand j’étais journaliste, d’empêcher que des personnes que je défendais par mes écrits soient mises en danger. Plus fondamentalement, j’ai décidé de sortir du placard pour protéger les jeunes. Ça peut sembler invraisemblable qu’un amourajeux puisse s’intéresser au sort de ceux qui l’éblouissaient, mais c’était la vérité toute pure. De nombreux meurtres (il y en a eu au moins cinq au cours des deux dernières années), ont pour motif que l’agresseur a peur du lynchage populaire. Pour faire prendre conscience de ce problème, il n’y avait qu’un moyen: prendre la parole au risque d’en manger une bonne. Cela m’a permis de constater comment nos âmes pures et chastes mentent pour faire valoir leur point de vue. Tout doit être exprimé en fonction de leur façon de voir. La vérité dans leur bouche n’a aucune importance. On dramatise tous les contacts sexuels, on nous fait croire que le palsir peut être un crime.

De la pudeur à la paranoïa est une réflexion sur des décennies de vie et la capacité de dire sans honte qu’à mon avis, les meilleures mesures pour éviter la violence dans la sexualité est la mise sur pied de bons cours sexuels basés sur la science et non sur les délires religieux.

On se souviendra qu’au moment où l’on a reconnu que d’être homosexuel n’était ni un crime, ni une maladie mentale les suicides adolescents ont fondu.

Continuera-t-on à accepter ces morts juste pour prétendre que l’on a raison.

Quand j’étais étudiant, j’ai travaillé dans des clubs de danseuses nues. À la venue des inspecteurs de la moralité, j’ai appris que la morale sociale actuelle est une forme de mafia légale. C’étaient les seuls clients à qui on servait gratuitement de la boisson.

Quant à moi, je l’avoue: je suis un peu ou peut-être beaucoup déséquilibré sur le plan sexuel, mais c’est un problème personnel. Je n’aborde pas le sujet en fonction de mes sentiments, mais à la lumière de ce que j’ai lu et ce que j’ai vécu. Ce que je trouve le plus dégueulasse c’est la censure.

Je suis sûrement un maudit cochon comme on disait quand j’étais jeune; mais les salauds sont ceux qui refusent de réfléchir sur ce que j’écris et qui devrait comprendre qu’ils mettent certains jeunes en plus grand danger que d’apprendre à jouir.

Évidemment le livre sera publié à l’envers car dans un blob le dernier texte devient le premier. Ainsi, pour se retrouver j’indiquerai à quel nombre de publications correspond le texte publié.

Petite anthologie de textes érotiques masculins par Jean Ferguson (fin).

mars 30, 2020

JOHANN-JOACHIM WINCKELMANN
(Allemand, 1717-1768)     

Il fut archéologue, bibliothécaire, érudit et écrivain. Sa renommée fut mondiale. Des hommes aussi influents que Goethe et Schiller l’admirèrent Il fut prédisposé à des amitiés ferventes pour de jeunes gens plus beaux que des archanges par son intérêt pour les cultures grecque et romaine anciennes. Il eut une vie agitée comme tous ceux qui recherchent la compagnie des jeunes gens. Lors d’un voyage, il fut pris d’un vif sentiment pour un jeune homme au nom prédestiné, Archangeli. Celui-ci, un escroc de basse catégorie, chercha à l’assassiner pour le voler et après l’avoir poignardé à cinq reprises, il le laissa pour mort dans une chambre d’auberge. Winckelmann s’en remit et Archangeli fut pris et exécuté quelques mois plus tard.

Pour Winckelman, seule l’amour des garçons peut ouvrir l’esprit sur l’art ancien.

Nous reproduisons ici un extrait d’une lettre qui envoya à son ami, Frédéric de Berg, pour qui il éprouvait une amitié passionnée. Il lui dédia d’ailleurs un livre: De la capacité de sentir le beau dans les ouvrages d’art (I763).

« C’est à vous-même que j’en ai pris le sujet. Notre commerce a été court, trop court pour vous et moi; mais, dès la première fois que vous vis, les affinités de nos esprits me furent révélées: votre culture me prouve que je n’avais pas tort; et je trouvai dans un beau corps une âme créée pour la noblesse douée du sens de la beauté. Quand je dus vous quitter, je ressentis un des plus grands chagrins de ma vie; et notre ami commun peut vous assurer que ce sentiment dure encore en moi car notre séparation ne me laisse pas l’espoir de vous revoir jamais. Souffrez que cette étude soit le monument d’une amitié qui, en ce qui me concerne, est pure de tout mobile égoïste et qui reste toujours soumise et dévouée à vous seul. »

« Comme c’est, de l’avis unanime, la beauté de l’homme qui doit être comprise sous une idée générale, j’ai remarqué que ceux qui ne sont frappés que par la beauté des femmes et qui ne sont pas émus, ou ne le sont que peu par la beauté des hommes, ont rarement un instinct impartial, vital, inné de la beauté des œuvres d’art. La beauté de l’art grec leur semble toujours imparfaite, parce que cette beauté est plutôt mâle que femelle. Mais il faut une plus haute sensibilité pour comprendre la beauté de l’art que la beauté de la nature, parce que la beauté de l’art, comme les larmes que l’on répand au théâtre, ne cause aucune douleur, n’a pas de vie, et ne peut être créée et comprise que par un esprit cultivé. Or, comme la culture de l’esprit cause un bien plus grand enthousiasme aux jeunes gens qu’aux hommes faits, cet instinct dont je parle doit être exercé et dirigé vers tout ce qui est beau avant qu’on ait atteint cet âge où l’on aurait honte d’avouer qu’on n’a aucun goût pour la beauté. »


XÉNOPHON

(430-355 av. J.-C. environ)

Xénophon, d’une famille de riches propriét4ires, fut élève de Socrate. Cet            Athénien, même s’il a d’abord été un intellectuel, fut aussi de la classe des chevaliers; il prit part à des expéditions guerrières où il s’illustra. Il condamna aussi la tyrannie dans un ouvrage sur Hiéron.

Xénophon aimait les jeunes athlètes dont la beauté le troublait même s’il s’est toujours fait un devoir de prôner l’ascétisme jusqu’au mépris des plaisirs.

Nous reproduisons ici un dialogue entre Hiéron, tyran de Syracuse (478-466 av. J.-C), et le poète Simonide.

Hiéron parle de la difficulté de ses amours avec Daïloque, son jeune amant.


Le poète Simonide :

— Peut-être ne tiens-tu à la tyrannie que pour mieux goûter les plaisirs de l’amour, car, à cet égard, vous pouvez, vous autres tyrans, choisir parmi ce qu’il y a de plus beau.          

Hiéron:

— Sache, Simonide, qu’en cela même nous sommes beaucoup plus mal partagés que les particuliers, surtout en ce qui concerne les voluptés à prendre avec les garçons. Nul n’ignore que les rapports qui donnent le plus vif plaisir sont ceux qu’accompagne l’amour; mais l’amour ne se développe guère dans le coeur des tyrans. Comme cette passion se nourrit surtout d’espérance, les jouissances toujours prêtes ne sont point de son goût, et, de même qu’on n’éprouve aucun plaisir à boire quand on n’a pas soif, de même on ne peut connaître ce qu’il y a de plus délicieux dans les caresses quand on n’en a pas d’appétit.

— Que dis-tu là, Hiéron? reprit Simonide en riant. À t’en croire, l’âme des tyrans serait fermée à j’amour des garçons. D’où vient donc que tu aimes ce Daïloque qu’on a surnommé le Très-Beau?

— Ah! Simonide, ce que je désire le plus, ce n’est pas, je te le jure, ce qu’il m’est aisé d’obtenir de lui; c’est ce que rend presque impossible la condition même de tyran. Sans doute l’amour que j’ai pour Daïloque me fait désirer de lui certaines faveurs que la poussée de l’instinct naturel oblige tous les hommes à désirer d’un beau garçon; mais ces faveurs, je voudrais que ce fût son amitié qui me les accordât: car, de les prendre de force, je m’en sens moins capable que de vouloir me faire du mal à moi-même. Prendre de force quelque chose à un ennemi, c’est, je crois, le plus grand des plaisirs; mais pour ce qui est des faveurs d’un aimé, les plus enivrantes sont celles qu’il accorde volontairement. Quelle douceur dans les regards échangés, dans les questions et dans les réponses de celui qui vous paie de retour! Quelle douceur et quel charme même dans ses fâcheries et dans les querelles que l’on peut avoir avec lui! Mais jouir par force de ce que l’on aime, cela me paraît de la piraterie plutôt que de l’amour. Et encore le pirate trouve-t-il au moins quelque plaisir dans le gain qu’il fait, dans le dommage qu’il cause à l’ennemi; mais jouir d’un garçon aimé quand cela ne lui procure que du désagrément, être haï de celui que l’on aime et lui donner des caresses dont il a horreur, comment cela ne serait-il pas une souffrance insupportable et déplorable? Si l’aimé se prête de bonne grâce aux désirs du particulier qu’il aime, cette complaisance est la preuve certaine qu’il accorde ses faveurs par amitié, car il n’y a aucune nécessité qui l’y contraigne; mais un tyran n’est jamais en droit de croire qu’on l’aime. Les tyrans n’ignorent pas que ceux qui se soumettent par crainte à leurs désirs, simulent autant que possible le véritable amour; mais personne ne tend plus d’embûches aux tyrans que ceux qui feignent de les aimer avec le plus de sincérité.

STEFAN ZWEIG
(Autrichien, 1881-1942)

Stefan Zweig, écrivain d’origine autrichienne très prolifique, vécut en allemagne jusqu’en 1935 où il quitta pour le Brésil.   Historien, poète, romancier, spécialiste de Freud, il s’est beaucoup intéressé aux écrivains français comme Balzac, Verlaine, Verhaeren. Il refusa le nazisme et devant la victoire de celui-ci, il protesta par son suicide avec sa femme en 1942.

Dans son roman La Confusion des sentiments, publié en 1926, l’écrivain se penche sur l’amour homosexuel d’un professeur pour son jeune étudiant

— Tu es jeune, tu es limpide et beau … [ … ] toi, toi, beau et jeune …

Soudain sa voix se mit à trembler et il se pencha près de moi, si près que son souffle glissa sur mon visage. De nouveau je sentis le chaud enveloppement de ses regards, de nouveau je sentis cette étrange lumière, comme … comme dans ses rares et singulières secondes qui se produisaient entre lui et moi. Il s’approchait toujours d’avantage.

Et puis il murmura tout bas, à peine si ses lèvres remuèrent :

— Je … Je … t’aime …

[ … ] Cette voix dans l’obscurité, cette voix dans les ténèbres, ah! comme je la sentais pénétrer jusque dans le structure la plus intime de ma poitrine! Un accent résonnait en elle comme je n’en avais jamais entendu auparavant, et comme je n’en ai jamais entendu depuis, — un accent venu des profondeurs que n’atteint pas le destin des hommes moyens. Un être humain ne pouvait parler de la sorte qu’une seule fois dans sa vie à un être humain pour se taire ensuite pour toujours, ainsi qu’il est dit dans la légende du cygne, qui seulement en mourant peut, une unique fois, hausser jusqu’au chant la raucité de son cri.

[ … ]Brusquement la voix se tut et il n’y eut plus entre nous que l’obscurité. Je savais qu’il était près de moi. Je n’avais qu’à remuer ma main et, en la tendant, je l’aurais touchée. Et j’éprouvais un puissant désir d’être secourable à sa souffrance.

Mais il fit un mouvement, la lumière vibra. Je vis se lever du siège une figure lasse, vieillie, tourmentée; un vieil homme épuisé vint lentement à moi.

— Adieu, Roland … maintenant plus un seul mot entre nous. Tu as bien fait de venir … et il est bon pour nous deux que tu t’en ailles … Adieu … et laisse-moi… te donner un baiser en cet instant suprême.

Comme soulevé par une puissance magique, je m’inclinai vers lui. Cette clarté confuse, qui d’habitude était arrêtée par une trouble fumée, brilla maintenant dans ses yeux: une flamme brûlante monta brusquement en eux. Il m’attira à lui, ses lèvres se pressèrent avidement les miennes, en un geste nerveux, et dans une sorte de convulsion frémissante il me tint serré contre son corps.

Ce fut un baiser comme je n’en ai jamais reçu d’une femme, un baiser sauvage et désespéré comme un cri mortel. Le tremblement convulsif de son corps passa en moi. Je frémis, en proie à une double sensation, à la fois étrange et terrible: mon âme s’abandonnait à lui, et pourtant j’étais épouvanté jusqu’au tréfonds de moi-même par la répulsion qu’avait mon corps à se trouver ainsi en contact d’un homme, — affreuse confusion des sentiments qui faisait durer cette seconde, pendant laquelle je ne m’appartenais plus, à tel point que j’en avais perdu la notion du temps.

(Le professeur demande à son élève de partir. lis se quittent pour toujours.)

Jamais je ne l’ai revu. Jamais je n’ai reçu de lui lettre ni nouvelle,[ … ]nul ne se souvient de lui, en dehors de moi. Mais encore aujourd’hui, comme autrefois le garçon ignorant que j’étais, je sens que je ne dois davantage à personne qu’à cet homme, ni à mon père ni à ma mère, avant lui, ni à ma femme et à mes enfants, après lui, et que je n’ai aimé personne plus que lui.


LES ANONYMES

(Français, entre 1700 et 1800)

LA CLÉ

Frère Félix, en son secret dortoir,

Contait fleurette au petit Frère Aimé,

Le moinillon, loin d’en être irrité,

Par maint soupir lui donnait de l’espoir.


Le moine alors levant certain sauchoir

Fit en amour la station première,

Pour aussitôt commencer la dernière;

Le novice lui dit: « Frère Félix,

Y pensés-vous! de Dieu serons maudits.

— Ne craignez rien; pour vous sauver, mon frère,

Prenez, répondit-il, la Clé du paradis. »


LES MÉTAMORPHOSES

Garçon à dix ans est un petit livret

Intitulé: l’Abrégé de nature.


Garçon à treize ans est un petit coffret

Qu’on peut ouvrir en forçant la serrure.


Garçon à quinze ans est un mince buisson

Dont maint chasseur pour le battre s’approche.


Garçon à seize ans est de la venaison

Bien faisandée et bonne à mettre en broche.


Garçon à dix-sept ans est un gros bastion

Où le canon a fait plus d’une brèche.


Garçon à vingt-deux ans est un vieux lampion

Où l’on ne met qu’à regret une mèche.

LA GARGOUILLE
(Français, anonyme, 1826 )

Avant que d’être l’endroit d’une fin de tuyau, servant de l’écoulement des eaux d’un toit, la Gargouille était d’abord un monstre d’une laideur abominable et qui avait « une physionomie changeante et mobile et on ne pouvait saisir la ressemblance de la Bête :


On voit mille et mille têtes

Qui sortent de ce grand corps,

Et qui paru un seul ressort

Ou bien s’agitent ou s’arrêtent:

Si ça n ‘était effrayant

Ça serait divertissant»


On promenait en procession la figure monstrueuse de la Gargouille dans la ville de Rouen (France) et dans quelques autres villes. On y voyait le symbole du paganisme vaincu. Donc, la Gargouille était associée pour cette raison au beau vice.

La Complainte de la Gargouille composée par des auteurs anonymes comprend 32 couplets. Évidemment, les deux couplets qui nous intéressent ici mentionnent le besoin de la Gargouille de séduire les petits garçons et son impudicité.


XV. Réflexions sur la galanterie qui semblait régner dans les démarches de la bête.

On eût dit qu’à la tendresse

Le monstre avait un penchant,

Parfois, d’un geste touchant

Leur prodiguant la caresse,

Il promettait des bonbons

Aux jolis petits garçons.


XVI. La bête prend des libertés.

Croirait-on qu’un coeur farouche

Pour le sexe eût de l’amour?

Faisant patte de velours

Et même petite bouche,

Le monstre avec la beauté

Lâchait l’impudicité.

INDEX ALPHABÉTIQUE

PRÉFACE de Jean Simoneau I-X

Ahmad Al-Tîfâchî 8

Anacréon 10

Aristophane 13

Artémon de Cassandrée 14

Augustin 15

Jean~Antoine de Baïf 16

Honoré de Balzac 17

Matteo Bandello 18

William Beckford 20

Bion 23

Constantin Cavafy 25

Paul Chamberland 29

Jean Cocteau 33

Aleisler Crowley 36

Roi David 37

Lord Alfred Douglas 39

Eubolos 41

Bénédict Fiser 42

Tou Fou 45

Jean Genêt 47

Stefan George 49

Armand Gouffé 51

Viatcheslav Ivanovitch Ivanov 52

Henry James 53

Mikhail Kousmine 54

Lautréamont 55

Thomas~Edward Lawrence 56

Claude Le Petit 7

RamonLlul 57

Jean Lorrain 60

Lucien 62

Pierre de Marboeuf 63

Christopher Marlowe 64

Martial 68

Massinî 71

Président (François) Maynard 72

Maléagre 73

Michel-Ange 75

Gabriel Montoya 77

Robert Von Musil 78

162

Grégoire de NaZÎance 81

Abû Nuwâs 82

Ovide 84

Marc Papillon de Lasphrise 85

John-Allen Pateusham 86

Pétrone 94

Charles~Louis Philippe 96

Philostrate 97

Patrice de la Tour du Pin 98

Pindare 99

Platon 100

Plutarque 102

Politien 103

Raoul Ponchon 104

Jacques Prévert 106

Henri de Régnier 107

Rhianos 108

Arthur Rimbaud 109

Antonio Rocco 112

Frcderick Rolfe 114

Pierre de Ronsard 116

Ruteboeuf 117

Denys-Sanguin de Saint-Pavin 118

Straton de Sardes 119

William Shakespeare 122

Jean Simoneau 124

Solon 129

Achille Tatius 130

Théocrite 131

Théognis de Mégare 135

Paul:Jcan Toulet 136

Émile Verhaeren 137

Paul V criaine 140

Théophile de Viau 148

Walt Whitman 151

Oscar Wilde 153

John Wilmot 156

Johann-Joachim Winckelmann 157

Xénophon 158

Stephan Zweig 159

Les Anonymes 160

163

164

SOURCES

Ahmad Al-Tîpâchî

Anacréon

Aristophane

Artémon de Cassandrée

Augustin

Jean-Antoine de Baïf

Honoré de Balzac

Matteo Bandello

William Beckford

Bion

Constantin Cavafy

Paul Chamberland

Jean Cocteau

Aleisler Crowley

Roi David

Lord Alfred Douglas

Eubolos

Poètes arabes. Traduction Djamel Mamed.

Histoire de l’amour grec, Pogey-Castries. Guy Le Pratt, 1952.

Les Nuées, traduction par Hilaire van Dacle et Victor Coulon, Société

d’édition des Belles-Lettres, 1923.

Histoire de l’amour grec, Pogey-Castries. Guy Le Pratt, 1952.

Les Confessions.

Anthologie des poèmes polissons de la littérature française. Marc

Chevèze, éditions Les Presses Noires, 1968.

La reconnaissance du gamin, La Caricature, 11 novembre 1830.

Nouvelles. Traducteur Alcide Bonneau, Lisieux.

Vathek. Londres, 1876.

Anthologie de la poésie grecque. Traduction Robert Brasillach, Livre de

Poche, 1965.

Poèmes anciens et retrouvés. Gilles Ortlied et Pierre Legris. Seghers!

Autour du moude, 1978.

Les poètes grecs modernes. Traduction Jean Tadros et Yvonne Y ouakis.

Éditions Icaros, Athènes, 1973.

Poèmes. Theodore Grivas, Held, Lauzanne, 1947.

Le Prince de Sexamour. Hexagone, 1976.

Poésies. Éditions Gallimard.

White Stains. Michael Taylor, The litarary remains of George

Archibald Bishop. 1977.

La Bible de Jérusalem — La Bible Osty.

Poèmes. Mercure de France, 1896.

Les poètes grecs marginaux. Traduction Jean Trados. Éditions Hélion,

2000.

Bénédict Fiset La lampe noire, poèmes de Bénédict Fiset.

Tou Fou Poètes chinois anciens. Éditions Xin Su, Chine, 1988. Traduction Vhin

Tram.

Jean Genêt Notre-Dame-des Fleurs. Gallimard, 1951.

Stefan George Poèmes. Traducteur M. Boucher. Éditions Aubier-Montaigne.

Armand Gouffé Poètes et poèmes licencieux. Éditions Hélion, 1955.

Viatcheslav Ivanovitch Ivanov Anthologie de la poésie russe. Emmanuel Rais, Jacques Robert. Éditions

Bordas, 1947.

Henry James Lettres à Hendrik Andersen.

Mikhail Kousmine Les Ailes. Traduction Genevière Mangin, 1977.

Lautréamont Oeuvres complètes. Au Sans Pareil, 1927.

Thomas-Edward Lawrence Les sept piliers de la Sagesse. Traduction Ch. Mauron. Payot.

Claude Le Petit Anthologie des poèmes polissons de la littérature française. Marc

Chevèse. Éditions Les Presses Noires, 1968.

Ramon Llul Poèmes traduits par Juan Expédita.

Jean Lorrain Monsieur de Phocas. Éditions P. Ollendorf. Paris 1901.

Lucien Oeuvres amoureuses. Éditions Bernard Laville, 1970.

Pierre de Marboeuf Site internet.

Christopher Marlowe Marlowe et Chapman. Éditions Aubier-Montaigne, 1950.

Martial Épigrammes. Traduction S. M. Isaac. Société d’édition des Belles-

Lettres, 1933.

Massini Poème traduit par Alonzo Bruno.

Président (François) Maynard Anthologie des poèmes polissons de la littérature française. Marc

Chevèse. Les Presses Noires, Paris, 1968.

Maléagre

1965.

Anthologie de la poésie grecque. Robert Brasillach. Livre de Poche,

166

Michel-Ange

Gabriel Montoya

Robert Von Musil

Grégoire de Naziance

1965.

AbûNawâs

Ovide

Marc Papillon de Lasphrise

John-Allen Pateusham

Pétrone

Charles-Louis Philippe

Philostrate

Patrice de la Tour du Pin

Pindare

Platon

Plutarque

Politien

Raoul Ponchon

Prévert

Henri de Régnier

Rhianos

Arthur Rimbaud

Michel-Ange. Marcel Mornat. Éditions Gallimard, 1974.

Écrivains amusants, Roma, 1961.

Les désarrois de l’élève Torless. Éditions du Seuil, 1974.

Anthologie de la poésie grecque. Robert Brasillach, Livre de Poche,

Oeuvres en arabe. Traduction Djamel Mamed.

Poésies grecques. Traduction Jean Tadros.

Les premières amours poétiques du Capitaine Lasphrise. Besselin, 1599.

Paysages amoureux. Avec la permission de l’auteur.

Le Satiricon. Traduction Alfred Ernout. Société d’édition des BellesLettres,

1931.

Le mouton à cinq pattes. Le Canard sauvage, juillet 1903.

Livre d’Amour des Anciens. Bibliothèque des curieux, 1928.

Les enfants de septembre. Gallimard.

Fragments. Traductions Aimé Ruech. Société d’Édition des BellesLettres,

1923.

Le Banquet. Traduction L. Robin. Gallimard, 1970.

Poètes grecs. Traduction Jean Tadros.

La fable d’Orphée. Traducteur Jacques Remo. Édition Altre Poesie,

Milan. Éditions Sta Typografica de Classici Italinani, 1808.

La Muse frondeuse. Éditions Bernard Grasset, 1971.

Paroles. Gallimard, 1946.

Les jeux rustiques et divins.

Histoire de l’amour grec. Traduction Pogey-Castries. Éditions Guy Le

Prat, 1952.

Oeuvres complètes. La Pléiades, 1988.

167

Antonio Rocco

Frederick RoHe

Pierre de Ronsard

Ruteboeuf

Écrivains italiens. Traduction Alonzo Bruno.

Le désir et la poursuite de tout. Traducteur Jules Castier. Gallimard

1963.

Anthologie des poèmes polissons de la littérature française. Marc

Chevèse. Éditions Les Presses noires, 1968.

Le Livre d’Or de la Poésie française. Pierre Seghers. Marabout
université.

Denys-Sanguin de Saint-Pavin Recueil complet des poèmes de St-Pavin. Édition Techener, 1861.

Straton de Sardes

William Shakespeare

Jean Simoneau

Solon

Achille Tatius

Théocrite

Théognis de Mégare

Paul-Jean Toulet

Émile Verhaeren

Paul Verlaine

Théophile de Viau

Walt Whitman

Oscar Wilde

John Wilmot

Histoire de l’amour grec. Traduction Pegey-Castries. Éditions Guy Le

Prat, 1952.

Oeuvres complètes. La Pléiade. Gallimard, 1982.

L’Amourajeux, Édition du Temps, Montréal, 1998.

Anthologie de la Poésie grecque. Robert Brasillach. Le livre de Poche,

1965.

Oeuvres amoureuses. Édition Bernard Laville, 1970.

Les bucoliques grecques. Ph. E. Legrand. Société d’édition des BellesLettres,

1927.

Poètes grecques anciens. TraductïonJean Tadros.

Contrerimes. Éditions Émile-Paul, 1921.

Villes tantaculaires. Mercure de France, 1895.

Toute la Flandre. Mercure de France.

Oeuvres poétiques complètes. La Pléiade. Gallimard, 1984.

Oeuvres poétiques de Théophile de Viau. Librairie Garnier, 1906.

L’évolution de Walt Withman. Roger Asselinau. Belknap Press.

Harvaard University, 1962.

Les trois procès d’Oscar Wilde et Lettres. Traduction Annie Brière.

Denoël, 1951.

Sodome. Traduction Michael Taylor, 1977.

168

Johann-Joachim Winckelmann La Renaissance. Traduction Walter Pater. Payot, 1917.

Xénophon

Stephan Zweig

Les Anonymes

Histoire de l’amour grec. Traduction Pogey-Castries. Éditions Stendhal,

1930.

La confusion des sentiments. Traduction Algir Helea et Olivier

Bournac. Éditions Stock, 1926.

Poésies et chansons paillardes et populaires. Éditions Brème, 1977.

Fin de ce livre.

Petite anthologie de textes érotiques masculins par Jean Ferguson.

mars 29, 2020

THÉOPHILE DE VIAU
(Français, 1590-1626)

Poète intéressant, original, talentueux, charmant esprit el coeur sensible, Théophile de Viau avait une personnalité attachante, il était beau et spirituel. Né dans une famille protestante, il connaît vite le succès de la vie de cour au service du comte de Candale. Assez jeune, il est déjà considéré comme un grand poète et on va jusqu’à lui donner les titres de Prince des poètes, Apollon de notre âge, Roi des Esprits.

Il fait paraître en 1616 des vers jugés scandaleux et paillards dans un ouvrage collectif. « Je me laisse aller à ma fantaisie, et quelque pensée qu’il se présente, je n’en détourne point ma plume. »  Devant le tollé que suscite sa poésie, Théophile s’exile et va s’installer à Londres, mais il s’ennuie et quatre ans plus tard, il revient à Paris.

C est à cette époque qu’il fait la connaissance du jeune Jacques Vallée, sieur Des Barreaux  dont il tombe tendrement amoureux. Dans ses poèmes, il lui donne le nom de Tircis. Conseiller de la Cour, Des Barreaux, esprit vif et pénétrant est aussi un écrivain; il a la sulfureuse réputation d’être sodomite et dans le milieu on se regorge d’un quatrain dont il est le sujet:       

« Du vilain plaisir de la vie

Que l’on nomme Sodomie

Le conseiller Des Barreaux:

y sait tous les plaisirs nouveaux. »

Un jésuite, le Père Garasse, se déchaîne à la publication du Parnasse satirique, en 1623, dans lequel figure un poèrne de Théophile jugé licencieux. Le père l’accuse d’être hanté par le désir de corrompre la jeunesse.

Devant les attaques de l’accusateur, le procureur Mathieu Mollé décide d’entreprendre des poursuites contre la poète. Théophile réussit à fuir. Il est cependant condamné et on brûle son mannequin en place de Grèves en grandes pompes, pour l’exemple.         

Le
19 septembre 1623, Théophile est arrêté dans sa cachette de Saint-Quentin. Le procureur Mollé décide d’un nouveau procès avant d’exécuter la sentence. On l’enferme dans un affreux cachot sans feu, ni lumière pourvu de seulement une méchante paillasse. Théophile, après des mois, ne peut plus supporter son emprisonnement et il entreprend une grève de la faim. Il obtint gain de cause et on adoucit son incarcération : il a la permission de lire et d’écrire.

Des Barreaux reste un ami fidèle et encourage Théophile à se défendre avec acharnement au cours de son procès. Le poète nie avec véhémence tout ce dont on l’accuse, notamment d’avoir écrit des poèmes immoraux.

Théophile est libéré. On lui propose l’exil. Celui-ci n’est pas très rigoureux et au bout de quelques mois, il obtient sa grâce et revint à Paris. Mais la prison a durement affecté la santé du poète. Un an seulement après sa libération, il s’alite en proie à une violente fièvre et il meurt le 25 septembre 1626 dans les bras de son ami Des Barreaux.

PLAINTE DE THÉOPHILE DE VIAU À  SON AMI

Tircis, tu connais bien le mal qui me presse,

Qu’un peu d’ingratitude est jointe à ta paresse;

Tout contre mon brasier je te vois sommeiller,

Et sa flamme et son bruit te devraient réveiller.

Tu sais bien qu’il est vrai que mon procès s’achève,

Qu’on va bientôt brûler mon portrait à la Grève;

Que déjà mes amis ont travaillé sans fruit

A prévenir l’horreur de cet infâme bruit.

Que si mon mauvais sort a fini la durée

De la sainte amitié que tu  m’avais jurée,

Comment suivant le cours du naturel humain,

Tu me vois trébucher sans me donner la main,


Pour le moins, fais semblant d’avoir un peu de peine,

Voyant le précipice où le destin me traîne,

Afin qu’un bruit fâcheux ne vienne ne me blâmer

D’avoir si mal connu qui je devais aimer.

[ … ]

Si le moindre rayon de la vertu t’éclaire,

Souviens-toi qu’on t’a vu dans le soin de me plaire.

Et qu’avant la disgrâce où tu me vois soumis

Tu faisais vanité d’être de mes amis.

Regarde que ton coeur se lâche et m’abandonne

Dès le premier essai que mon malheur te donne,

Et tu sais que mon sort n’est aujourd’hui battu

Que par des trahisons qu’on fait à ma vertu.

[ … ]

Si ma condition peut devenir meilleure,

Que le roi me permette une retraite sûre,

Que je puisse trouver en France un petit coin

Où mes persécuteurs me trouvent assez loin,


Dans le doux souvenir d’être sorti de peine,

De quelles gaietés je nourrirai ma veine!

Lors tu seras honteux qu’en mon adversité

Je t’aie tant de fois en vain sollicité


D’avoir abandonné le train d’une fortune

Qu’il te fallait avoir avec moi si commune.

Recherche en tes désirs, déjà si refroidis,

Si tu m’es aujourd’hui ce que tu fus jadis.

Je t’eusse fait jadis passer les Pyrénées,


J’eusse attaché tes jours avec mes années,

Et conduit tes desseins au cours de mon destin

Des bords de l’Occident jusqu’au flot du matin.

Et je n’ai rien commis, même dans mon courage,

Qui te puisse obliger à me tourner visage;

Depuis je n’ai rien fait et j’en jure les Dieux,

Que t’aimer, ô Tircis! Tous les jours un peu mieux.

SONNET PAR LE SIEUR THÉOPHILE

Phillis, tout est foutu! Je meurs de la vérole,

Elle exerce sur moi sa dernière rigueur:

Mon vit baisse la tête et n’a point de vigueur,

Un ulcère puant a gâté ma parole.


J’ai sué trente jours, j’ai vomi de la colle;

Jamais de si grands maux n’eurent tant de longueur.

L’esprit le plus constant fut mort à ma langueur,

Et mon affliction n’a rien qui la console.


Mes amis plus secrets ne m’osent approcher;

Moi-même en cet état je m’ose toucher.

Phillis, le mal me vient de vous avoir foutue!


Mon Dieu, je me repens d’avoir si mal vécu,

Et si votre courroux à ce coup ne me tue,

Je fais vœu désormais de ne foutre qu’un cul.

WALT WHITMAN
(Américain, 1819-1892)

Walt Whitman travailla chez un imprimeur et il garda toujours un certain attrait pour le métier de typographe. Il aimait rencontrer les gens de cette profession à qui il prêtait des livres et avec qui il récitait Shakespeare.

Il fut aussi journaliste, mais sa façon idéaliste d’aborder ses thèmes ne le prédisposait pas à connaître le succès dans ce domaine précis.

En 1855, il publie à compte d’auteur un recueil de douze poèmes, la première édition de Feuilles d’herbe. La critique est féroce, car il libère la poésie de ses conventions et il écrit en vers libres dans une langue populaire. Il exalte la sexualité d’une manière dionysiaque, ce qui choque.

À partir de ce moment, la vie de Whitman se confond avec les éditions successives de Feuilles d’herbe qu’il ne cesse d’augmenter et de remanier jusqu’à sa mort. Il y aura neuf éditions. Pour cette œuvre, il est encore aujourd’hui considéré comme le plus grand des poètes américains. Il a été un grand poète lyrique et il a donné un ton nouveau à la littérature américaine la libérant de ces règles strictes et formelles dans une langue populaire et accessible. Il ne fit pas étalage de son homosexualité, car il savait la société américaine homophobe et pudibonde, mais certains poèmes équivoques permettent de discerner sa véritable nature.

Homme profondément généreux, il n’hésitait  pas à rendre service à n’importe qui autour de lui. Il aimait donner des gants et des manteaux aux cochers des fiacres. Il écoutait les gens et il s’intéressait à leur travail. Il voulut fonder la cité des futurs amis destinée à cultiver les affections viriles et à planter le compagnonnage aussi serré que tous les arbres le long de tous les fleuves d’Amérique ».

Whitman a terminé sa vie comme fonctionnaire, profession qu’il dût quitter ne 1873 après une attaque de paralysie. Il passa le reste de son existence à Camden, petite ville du New Jersey, près de New York, où il mourut.         

CALAMUS

(Le calamus est une espèce de glaïeul des marais, très répandu aux États-Unis et que le poète transpose en symbole phallique.)

Nous deux, les amis, l’un à l’autre attachés,

Jamais l’un sans l’autre,

Montant et descendant les routes,

Faisant des voyages au Nord et au Sud,

Jouissant de notre force, bras tendus, la main dans la main.

Armés et sans peur, mangeant~ buvant, dormant, aimant,

Ne reconnaissant pas d’autre loi que nous-mêmes,

Navigant, flemmardant, volant, menaçant,

Faisant peur aux avares, aux valets, aux prêtres,

Respirant l’air, buvant de l’eau, dansant sur l’herbe

Et sur les plages,

Chantant avec les oiseaux — nageant avec les poissons
Laissant pousser des branches

Et des feuilles avec les arbres.

Torturant les villes, méprisant le bien-être, nous moquant

Des règlements, pourchassant la faiblesse,

Menant à bien notre razzia.

POÈME DU CRÉPUSCULE

J’ai été appelé par mon petit nom

par des voix claires et fortes de jeunes hommes.


J’ai senti leur bras sur mon cou lorsque nous étions debout,

ou la pression négligente de leurchair contre moi

lorsque nous étions assis.

J’en ai vu beaucoup que j’aimais dans la rue,

sur le bac ou dans les réunions publiques,

et pourtant je ne leur ai jamais dit un mot …

OSCAR WILDE
(Irlandais, 1845-1900)

Poète, dramaturge et penseur, il s’appelait Oscar Fingal O’Flahertie Wilde. Deuxième garçon d’une famille irlandaise étonnante, le père: petit, laid, boiteux et coureur de jupons qui s’intéressait à l’occultisme. La mère, elle, assez jolie de traits, de stature imposante, poétesse à ses heures.

Adolescent aux lèvres épaisses, aux paupières lourdes, il affectait une mine perpétuellement alanguie et sensuelle. À Trinity Collège et à l’université de Dublin, Wilde se fit remarquer par ses excentricités: culottes et bas de soie, cravate librement laissée sur la poitrine et vestes de velours. Il déambulait dans les rues de Londres où il vint habiter avec à la main un lys ou un tournesol qu’il semblait prendre pour interlocuteur.

Commence alors une vie de permissivité avec les garçons, il rencontre, en 1886, Robert Baldwin Ross, un beau jeune bomme de dix-sept ans, distingué et cultivé, qui a déjà l’expérience de l’amour avec les hommes plus âgés que lui.

En même temps, il commence sa vie d’écrivain, il publie dans des revues des textes remarquables. Puis, il fait paraître Le portrait de Dorian Gray, roman sociologique et sarcastique. La critique se déchaîne et traite l’ouvrage de Wilde tout juste digne de satisfaire « des aristocrates tarés ou des télégraphistes pervertis ». L’auteur ironise selon son habitude : « C’est parfaitement tragique, de tous côtés Dorian Gray a été parfaitement compris ».

À cette époque aussi, Wilde voyage beaucoup. Il a un train de vie fastueux: On le voit souvent à Paris, une ville qu’il aime parce qu’il y rencontre des écrivains qui l’intéresse beaucoup: Gide de qui il dit qu’il a les lèvres trop étroites pour savoir mentir et le très beau Pierre Louÿs qui corrigera la première version de Salomé et de qui il dira: « Il est trop beau pour n’être qu’un homme, qu’il prenne garde aux dieux ». Il rencontre aussi Victor Hugo qu’il trouve somnolent, Verlaine, perpétuellement ivre, et Catulle Mendès qui est enchanté:« J’aime ce jeune anglais, il a tous les vices ».Wilde ne demeure que six mois en France, mais il reviendra souvent visiter Paris.

De retour à Londres, il s’installe dans un appartement avec vue sur la Tamise; il y reçoit de jeunes étudiants qui se disent poètes et des garçons peu instruits, souvent frustes qu’il nourrit et garde à coucher.

En décembre 1891, de retour à Paris, dans une chambre d’hôtel, Oscar Wilde s’enferme et écrit sans arrêt. Il remplit deux cahiers. Lorsqu’il s’arrête, il est onze heures du soir et Salomé, une pièce de théâtre, est terminée.

Wilde fait des démarches pour qu’elle soit montée, mais elle est refusée par la censure britannique sous prétexte que la morale ne saurait supporter la transposition au théâtre de personnages bibliques. Salomé sera quand même créée à Paris six ans plus tard.

Wilde triomphe avec ses autres pièces de théâtre, les meilleures œuvres de sa génération, L’éventail de Lady Windermere, Une femme sans importance, Un mari idéal, Il importe d’être constant.

Chacune des pièces de Wilde est un événement. Il a quarante ans, il est au faîte de sa gloire.

À l’été 1891, c’est la visite de Lord Alfred Douglas dans son appartement de Londres et le début d’une liaison parfaite. Lord Douglas est beau, c’est un jeune homme au regard clair et à la chevelure blonde. Mais le père de Lord Douglas n’accepte pas les penchants de son fils el fait scandale. Il accuse Wilde d’être sodomite. Celui-ci le traîne devant les tribunaux. Erreur fatale dans cette Angleterre pudibonde et puritaine. D’accusateur, Wilde devient accusé et il est condamné à deux ans de prison.

Ses amis l’abandonnent et Wilde qui sort de prison en 1897 est un homme brisé par le malheur et l’humiliation. Il quitte définitivement l’Angleterre et se réfugie en France.

Ruiné, désemparé, il sombre dans l’alcool et poursuit ses aventures homosexuelles, en particulier, avec de jeunes garçons. À ce sujet, il se moque de ses entreprises:« Décidément, la pédérastie est le plus sain de tous les vices,presque tout se passe en plein air et il faut tellement marcher … »

Oscar Wilde meurt le 30 novembre 1900 dans une modeste chambre d’un hôtel parisien. Il a quarante-six: ans.

Cet extrait du roman de Wilde, Dorian Gray, a été cité par le procureur au procès de celui-ci contre Lord Douglas, père. Ce même procureur a posé ensuite des questions pour incriminer l’auteur qu’il accusa d’entraîner les jeunes gens dans la voie du vice et de les façonner selon ses goûts de dépravation.

LE PORTRAIT DE DORIAN GRAY


Soudain, je me trouvai face à face avec le jeune homme dont la personnalité m’avait si étrangement troublé. Nous étions tout près l’un de l’autre, presque à nous toucher. Nos regards se croisèrent de nouveau. C’était folie de ma part, mais je demandai à lady Brandon de nous présenter. Peut-être, après tout, n’était-ce pas si fou! C’était simplement inévitable. Nous nous serions parlé même sans présentation. J’en suis certain. Dorian aussi, il me le dit plus tard, sentit que nous étions destinés à nous connaître.

— Parlez-moi encore de Dorian Gray. Le voyez-vous souvent?

— Tous les jours. Je ne pourrais être heureux sans le voir tous les jours. Bien sûr, ce n’est parfois que quelques minutes, mais quelques minutes avec quelqu’un qu’on adore, c’est beaucoup.

— Mais vous ne l’adorez pas vraiment?

— Si.

— C’est extraordinaire! J’aurais cru que vous ne vous seriez jamais soucié d’autre chose que de votre peinture — de votre art, devrais-je dire. Art sonne mieux, n’est-ce pas?


— Il est maintenant pour moi tout mon art. Il m’arrive de croire parfois, Harry, qu’il n’y a dans l’histoire du monde que deux époques importantes. La première est l’apparition d’une nouvelle technique d’art, et la seconde, l’apparition d’une nouvelle personnalité pour l’art aussi: il y eut l’invention de la peinture à l’huile pour les Vénitiens, le visage d’Antinoüs à la fin de la grande époque de la sculpture grecque et il y aura un jour, pour moi, le visage de Dorian Gray. Ce n’est pas seulement parce que je le peins, je le dessine, je le modèle. Bien sûr, j’ai fait tout cela. Il a posé en Pâris vêtu d’une armure délicate et en Adonis, chasseur armé d’une lance étincelante. Couronné de lourdes fleurs de lotus, il s’est tenu à la proue de la barque d’Adrien, le regard plongé dans des eaux vertes et bourbeuses du Nil. Penché sur la surface immobile de l’étang d’une forêt grecque, il a vu dans le reflet argenté des eaux silencieuses la splendeur de sa propre beauté. Mais il est bien plus pour moi que tout cela. Je ne dis pas que je suis mécontent de ce que j’ai fait de lui ou que sa beauté soit si parfaite que je ne puisse l’exprimer. Il n’y a rien que l’art ne puisse exprimer et je sais que ce que j’ai fait depuis que j’ai rencontré Dorian Gray est du bon travail, le meilleur travail de ma vie. Mais n’est-ce pas curieux – je me demande si vous me comprendrez? Sa personnalité m’a fait entrevoir une manière entièrement nouvelle, un style entièrement savoureux. Je vois les choses différemment, je les conçois différemment. Je pense maintenant recréer la vie d’une façon que je ne soupçonnais pas. On rêve de beauté dans les jours de pensée. Qui a dit cela? Je ne me souviens plus, mais c’est ce que Dorian Gray a été pour moi.           

La seule présence visible de cet adolescent — car il ne me paraît guère qu’un adolescent, bien qu’en réalité il ait plus de vingt ans — sa seule présence visible ah! Je me demande si vous pouvez réaliser tout ce qu’elle signifie. Inconsciemment, il trace pour moi les lignes d’une nouvelle école, une école qui enfermera en elle toute la passion de l’esprit romantique, toute la perfection de l’âme grecque. L’harmonie de l’âme et du corps. Quelle valeur cela représente! Nous, dans notre folie, nous avons séparé les deux et avons inventé un réalisme bestial et un idéalisme creux. Harry! Harry! Si vous saviez seulement ce que Dorian Gray est pour moi! Vous vous rappelez ce paysage dont Agnew m’a offert un prix si élevé et dont je ne voulais pas me séparer? C’est une des meilleures choses que j’aie faites. Et pourquoi? Parce que, tandis que je peignais, Dorian Gray était à mes côtés.

— Voilà qui est extraordinaire, Basil! Il faut que je voie Dorian Gray.

Après cette lecture, le procureur demande à [‘accusé:

En bien, Wilde, je vous demande si d’après cette description, le sentiment éprouvé par un homme envers un adolescent vous paraît convenable ou non?

— Il me semble que c’est la plus parfaite description du sentiment qu’un artiste éprouverait devant une personnalité merveilleuse qui serait en quelque sorte nécessaire à son art, à sa vie» répondit Oscar Wilde.

(Le procureur lit alors cette lettre) :          

Dearest of all Boys,
Ta lettre était exquise, remontante comme un vin capiteux, mais je suis triste, déprimé. Bosie, il ne faut pas faire de scènes. Elles me tuent et détruisent la douceur de vivre. Je me refuse à te voir défiguré par la colère, toi dont la grâce évoque toute la beauté grecque. Je ne puis écouter les mots atroces que profèrent tes lèvres aux courbes exquises. Plutôt que de te voir, injuste et méchant… j’aimerais mieux … Il faut que je te voie bientôt. Tu es cet élément divin dont j’ai besoin, élément de grâce et de beauté. Mais je ne sais que faire. Irai-je à Salisbury? Ici ma note pour la semaine s’élève à quarante-neuf livres.

J’ai un nouveau fumoir … Pourquoi n’es-tu pas ici, mon cher, mon merveilleux enfant? Je crains d’être obligé de partir … pas d’argent, pas de crédit et un coeur de plomb.          

Ton Oscar à toi.


Le représentant du ministère publique demande:

— Est-ce là une lettre ordinaire?

— Rien de ce que j’écris n’est ordinaire. Je ne pose pas à l’homme ordinaire. Grand Dieu! Posez-moi sur ce sujet toutes les questions que vous voudrez.

— Est-ce le genre de lettres qu’un homme écrit à un autre?

— C’était l’émouvante expression de ma grande admiration pour lord Alfred Douglas.

JOHN WILMOT
(Anglais, 1647-1680)

Second duc de Rochester, il fut un poète lyrique et inspiré. Il a eu la réputation d’être un joyeux vivant assez libertin de la cour de Charles II où il a été considéré comme un poète mondain. En effet, il fut un des derniers poètes mondains de la Restauration. Il est [‘auteur de nombreuses lettres d’une délicatesse charmante qui ont été publiées en 1686. De son œuvre, on a conservé seulement une vingtaine de poèmes et sa pièce satirique Sodome, tout le reste ayant été détruit par ses héritiers qui n’appréciaient pas l’esprit corrupteur et impur du duc. Il faut dire à leur décharge qu’avant de mourir, il se rapprocha de la religion et il fit brûler lui-même beaucoup de ses écrits légers et libertins. Nous avons choisi ici un extrait d’un fabliau comique et burlesque de Sodome.

Le Roi Gracouille a décidé de permettre l’amour entre les hommes de son royaume et les soldats sont enjoints à ne plus utiliser les femmes pour leur plaisir.

Gracouille, Roi de Sodome

Percecul, Enculeur général

Tronchetout, Général des armées.

Gracouille

Depuis que j’enfile les culs virils, il me semble que mon membre a perdu tout son goût pour les cons des femmes. Cette mode nouvelle est fort simple, mais elle est bien acceptée et je vous jure que j’aime un cul Turque à la folie. L’ardeur que je ressens chez ces êtres-là dépasse de loin toute volupté que l’on peut concevoir. Leurs trous bien faits s’ajustent et deviennent fort habiles à procurer le plaisir, ce n’est pas comme les cons toujours plus aisés à l’usure qui deviennent si larges et si moches l’on croirait mettre dedans un grosse cloche; le con est tout vide, sa chair ne peut retenir ni embrasser les muscles puissants de l’engin; tandis que dans les culs Turques tout est solide et ferme, ce qui donne aux hommes un plaisir infini.

Percecul

Le Ciel n’a accordé aux femmes qu’une seule façon, mais il a donné aux hommes plusieurs façons de faire l’amour. Que celui qui inventa le jeu de l’amour par le cul soit reconnu immortel et chéri des Dieux.

Percecul

Mon Roy, voici le général Tronchetout …

Gracouille

… Vaillant homme de guerre! Eh bien, Tronchetout, que disent-ils, ces braves soldats de mon nouveau décret qui proclame qu’à travers le Pays tout entier l’enculage soit permis?

Tronchetout

En l’honneur de Sa Grâce, ils l’ont tous accepté. Lorsqu’ils sont ardents, ce n’est pas vers les femmes que se portent leurs désirs, mais plutôt vers le cul de leurs camarades.

Gracouille

Qu’ils s’entrebaisent et s’enculent partout et toujours.

Tronchetout

Et qu’ils vivent désormais comme mari et femme.