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Les derniers amours de Platon 7

juin 9, 2020

Platon fait une première crise cardiaque…

Épicure n’arrivait vraiment pas à trouver quel bel adolescent avait pu transformer ainsi Platon.

Pourquoi, lui, un membre de la Sainte Famille des orthodoxes était-il devenu en une nuit un émule inconditionnel du plaisir ? Platon aurait-il enfin été frappé par un coup de foudre ? Platon se prenait-il dorénavant pour Saint-Paul ? Aurait-il trouvé moyen de s’amuser, malgré son problème d’éjaculation précoce ?

Les grandes questions que se posait Épicure furent détournées par la présence d’un quasi-prophète, aussi étranger qu’étrange, qui lui parlait sûrement d’une religion à venir puisqu’Épicure ne comprenait pas de ce dont il voulait parler.

Son discours était surprenant. Il disait que les lois de la charia sont tellement vieillottes qu’elles ne collent pas aux révélations de la science actuelle. « Il faut être débile, pour croire de telles conneries », disait l’étrange étranger.

Platon et Épicure se regardèrent interrogatifs.

L’étranger continua en affirmant : « C’est d’ailleurs pourquoi les islamistes courront les universités. Ils voudront se persuader que leur perception, d’être membre d’une religion morbide et dépassée, n’est pas fondée. Ce qui entraînera une vague de dépressions sans précédent. Ils réaliseront qu’on ne vit plus dans le désert pour faire la guerre aux impies et qu’on a maintenant des frigidaires pour ne pas s’empoisonner en mangeant du cochon ».

Épicure n’y comprit rien. Il vivait quand même quelques siècles plus tôt et il ne savait pas lire dans les tripes de corbeaux morts. Il connaissait encore moins Mahomet, qui arrivera sur terre que bien plus tard.

Les savants de la Grèce antique de cette époque étaient très forts. Ils avaient découvert les atomes. Ils savaient d’instinct que la sexualité dépend de nos gênes et de nos hormones. Donc, l’individu est attiré par des forces qu’on ne connaît pas, d’où il n’y a-t-il rien de mal à se donner du plaisir, tant qu’il n’y a pas de violence et qu’existe un consentement mutuel.

Mais, de toute évidence, ça n’avait rien à voir avec le fait de manger ou non du cochon. De quoi parlait donc cet étranger bizarre ?

  • Il y en a même qui trouveront scandaleux de croire que la terre tourne autour du soleil, poursuivit le visionnaire écarté. Les écrits n’ont pas évolué depuis… les scrupuleux non plus… La rage de la foi est féroce. Que ce soit Mahomet, le pape ou la reine d’Angleterre, ils sont tous dépassés depuis belle lurette. On sait que « leur pouvoir » est un abus systématique, que l’on a appelé « économie ». Une forme de viol légalisé de l’intelligence à travers les siècles. C’était aussi un passeport que les dieux s’offraient pour savourer des sacrifices. Des voleurs du temple, quoi !

Un croyant inconditionnel prêt à mourir pour ses croyances est un malade mental, un schizophrène ou un paranoïaque. Tout individu doit rechercher l’autonomie, l’estime de soi, et non se sacrifier pour des enseignements dont on ne peut même pas vérifier le bien-fondé. Accepter de se voir abaisser au rôle de pécheur parce qu’on se permet de vivre dans la joie et la confiance en soi, c’est contre nature. Le fondement même des interdits sexuels est le mépris de soi. Et, croire qu’un serpent fut à l’origine du péché, prouve que certaines gens sont capables de croire n’importe quelle imbécilité.

Épicure était fatigué d’entendre cette voix du futur et lui appliqua un solide coup de pied dans le trou du futur.

Platon, plus civilisé, donna immédiatement quelques sous au visionnaire pour qu’il retourne boire.

Pour Épicure, la vraie question du moment était : qui  a fait tourner la tête de Platon ?

Épicure savait qu’il y a un plaisir évident à « cruiser », mais ne pouvait pas voir quel personnage était assez beau pour amener Platon à agir, surtout une personne ayant un nom qui commence par Dio. Il finit par donner sa langue au chat, mais Platon la refusa.

  • Comme ça, mon Platon, le soleil a enfin envahi ta caverne ! Lança Épicure.
    • Quelle merveille que ce Dio ! Répliqua Platon.
    • Tu me dis son nom et j’ordonne à cinq de mes petits lycéens de t’offrir le même paradis que ce fameux Dio. Ne me fais plus languir.
    • Diogène, parbleu ! Diogène !
    • Ah ben, tabarnak, répliqua Épicure, tu t’es fait enculer par ce mollusque, pris dans son baril. Tu n’as pas honte, une personnalité, comme toi ? C’est une tête enflée. Il s’imagine tout savoir. Il se prend pour un devin. C’est un cochon qui essaie de profiter de l’État. Il n’a rien, même pas de caleçon. Et toi, tu te laisses séduire par cet animal.
  • Je te demande bien pardon, ce petit Diogène, est un libre penseur. Tu diras ce que tu voudras, lui, au moins, il a construit ses tonneaux. Toi, avec ta grande gueule, tu fais payer les parents pour t’offrir leurs petits. Qui est le plus profiteur ? Tu vis des subventions de l’État, tu jouis à expérimenter ta philosophie et tu reproches à un être libre de vouloir demeurer libre. Je ne te reconnais pas, Monsieur Liberté !

Épicure se sentit faiblir et dut se piquer pour se revigorer un peu, mais cet élan de passion dans la réponse fit s’écrouler Platon.

Épicure, même s’il avait reçu le soufflet, se précipita sur Platon, pour lui donner le bouche-à-bouche.

Platon ne bougeait pas. Épicure était certain de l’avoir terrassé avec ses calomnies ; mais Platon tout sourire, s’assit sur le gazon et conclut :

  • Tu embrasses très mal.

Platon s’enlise…

Épicure fut toujours bon joueur.

  • Tu m’as dit par qui tu fus séduit ; maintenant, je te dois de te présenter mes cinq petits minets. Ils sont très jeunes, mais bâtis comme Zeus. Comme lui, ils ne se fatiguent jamais de forniquer. Ils ont tous les avantages de la vie, sauf, la responsabilité. Ils ont la fougue de la jeunesse, la force d’Arès ; la beauté de Ganymède. Ils sont membres de mon école, donc, ils aiment jouir, affirma Épicure.

Ils savent déjà que l’éternité, c’est la seconde que l’on vit, étant la seule dont on est conscient. La mémoire est déjà un acte du passé. La vie est un regard qui flotte à travers les sentiments créés par l’amour, cette force qui nous pousse de transformation en transformation depuis le début des temps.

Mes petits amours sont de véritables Cronos, ajouta Épicure. Ils sont les plus beaux adonis que je connaisse. Ils n’ont pas besoin, comme moi, de rêver être Zeus pour pouvoir changer de forme et séduire quiconque leur plaît. À mon âge, je ne tente plus personne. Comme toi, j’imagine. Mon sexe tombe ! Le plaisir de la vie se restreint à un bon livre de lecture, en présence de Dionysos. Je ferais tout au plus un bon amant des Moires qui filent la vie des humains. Nous ne sommes pas Zeus pour échapper à la mort.

  • Oui, Zeus est le dieu des dieux. Il a tous les privilèges, dit Platon. Parfois, par contre, je me demande si son histoire n’est pas un peu bidon.
    • Attention que les dieux nous rappellent à l’ordre ! S’écria Épicure.

Platon ne savait pas encore qu’il serait le premier à voir la vie des dieux comme une fiction, précédant Évhémériste qui, lui, expliquera que la mythologie est l’histoire des rois et leurs exploits, présentés sous forme de dieux. La mythologie créa ensuite les religions.

Tout le monde croyait encore que les dieux existaient, comme eux, qu’ils étaient le côté obscur des forces qui s’agitaient dans l’univers. Ils dansaient dans le ciel et vivaient comme nous de leurs amours et leur jalousie. Zeus trompait Gaïa qui, comme toutes les femmes, piquait sa crise de jalousie. Chaque crise créait un monstre.

Les hommes ont toujours été de grands naïfs qui aiment se laisser bercer par des contes pour rêver de pouvoir. Pas étonnant que les humains croient que les dieux rayonnent dans les cieux, dit Platon.

  • Jupiter a-t-il précédé l’existence de Gaïa ? Les dieux seraient-ils des éclats du soleil ? Se demandait encore Platon, habitué à réfléchir à haute voix.
  • Hey paquet ! Tu n’es pas un Inca, mais un Grec. Reviens sur terre, lui lança Épicure, sans hésitation. Mais, il se demanda très vite qui étaient les Incas. Si Zeus peut vouloir toutes les femmes qui lui tombent dans l’œil, même mère ou sœur, tout le monde le peut, rajouta Épicure.
  • Moi, je suis amourajeux, alors je lui laisse les femmes. Répondit Platon.
  • T’as bien raison. Ainsi, tu ne te feras pas mener par ta passion pour Diogène.
  • Ce n’est pas pareil, Diogène a un petit quelque chose de spécial.
  • On m’avait dit que c’était un taureau. Une vierge  peut-être ? Demanda Épicure.
  • Je ne connais pas son signe astrologique, mais je peux t’affirmer qu’il est aussi puissant que le Verseau. Un vrai fleuve quand ça vient ! Les inondations de la Beauce ne sont que des rumeurs comparées aux éjaculations de Diogène.
  • Les hommes n’ont pas les mêmes règles. Verrais-tu ça, si les hommes pouvaient changer d’orientation sexuelle à volonté ? Seul, Zeus peut changer de forme pour séduire un humain. Regarde ce qui est arrivé à Pasiphaé. Ses rugissements en faisant l’amour, ont donné naissance au Minotaure. Puis, Diogène me suffit, ajouta Platon.
  • Voyons donc ! Il ne s’est jamais laissé approcher, sous prétexte de protéger sa propriété, son maudit baril.
    • Oui, mais l’espace entre lui et le baril est international. Il peut être visité comme les cieux par des mains étrangères. Il suffit qu’il accepte.
    • Tu ne veux pas de mes petits amours ? Demanda Épicure.
    • J’hésite. Diogène est peut-être jaloux ? Je ne voudrais pas, non plus, me détester parce que je lui ai manqué de fidélité, avoua Platon avec gêne.
    • Bin, voyons donc. Il ne se rappelle probablement même pas de toi. Je te donne jusqu’à la semaine prochaine pour revendiquer ta récompense. Tous les soirs, tu peux les retrouver, au Sélect. J’y suis toujours. On t’y attend.
    • Je crois que je vais inventer, à la place, l’amour platonique, dit Platon.
    • C’est ça, innocent ! Prive-toi des plaisirs de la vie. C’est complètement idiot, de lancer Épicure, vexé de voir Platon hésiter entre le plaisir futur et un passé qui sera sûrement vite oublié.

Platon se rend au club.

Même si Platon était frileux dans ses intentions envers les cinq minets, il décida quand même de se rendre au club.

Au mieux, il verrait les gamins. Au pire, ils lui feraient oublier Diogène.

Selon Épicure, ces petites tentations étaient encore plus belles qu’un lever de soleil. La rumeur disait qu’Éros lui-même s’était dissimulé dans le corps d’un de ces petits danseurs. Ils étaient tellement beaux que Zeus se lamentait sur l’Olympe de ne pouvoir descendre profiter d’eux. Gaïa, comme toutes les épouses, veillait au grain et le dieu des dieux devait s’enfermer dans les toilettes pour se masturber, en rêvant à ces beautés. Chaque fois, le ciel pétait de rage.

  • Sont-ils blonds ou noirs ? Se demandait Platon. Cheveu frisé ou raide ? Comment les reconnaîtrait-il parmi les cinq cents danseurs ? C’était peut-être là, l’arnaque d’Épicure : devoir trouver ces cinq petites beautés parmi tant de gens ?
  • J’aurais dû en profiter immédiatement, se dit le roi de l’hésitation. Ça m’apprendra à ne pas savoir ce que je veux.

Platon en avait l’eau à la bouche. Évidemment, il tenta de dissimuler son intérêt. Cinq tentations valent-elles un péché ? Qu’est-ce qui aurait pu trahir le grand philosophe, sinon un tremblement de la langue, dès qu’il passait en revue un des minets en imagination ?

Platon tremblait juste à pressentir la tendresse qui l’envahirait. Il sentait couler ses mains sur le corps de ces petits anges qui pointeraient au ciel leur petit chalumeau : invitation particulière pour une partie de sucre divine. Ils lècheraient sûrement la palette, avant de boire l’eau d’érable ou laisser fondre la tire dans sa bouche.

Que la passion est belle quand on ferme les yeux et qu’on ouvre l’imagination !

Platon entra presque de reculons dans le Sélect. Il ne voulait pas être reconnu parce qu’il n’avait pas encore opéré son « coming out ». Sans le savoir, il provoqua bien des regards, car malgré ses 80 ans, il avait une belle paire de fesses. Quelques-uns, le nez en l’air, hypocritement, lui frôlèrent le derrière avec une main perdue.

  • Pas si mal », Pensa Platon. J’aurais dû venir ici avant… peut-être que je me serais dégêné plus vite. Mais, ça ne vaut pas les bosquets, se rappelant Diogène, étendu dans son baril.

Platon se rendit au bar s’acheter un verre de vin et commença comme les autres à regarder discrètement la marchandise exposée. Parfois, il se laissait aller, lui aussi, à tâter la réalité.

Puis, il s’avança près de la piste de danse. Il était littéralement envoûté par la musique d’Athéna. « All you need is love », chantait-elle. Une si belle chanson que l’écho la rendit aux hommes, avec les Beatles, plusieurs siècles plus tard.

Platon se déhanchait déjà quand il aperçut Diogène, qui portait son tonneau-fusée et qui sautait devant les cinq petits. Quelle horreur ! Platon venait de comprendre que si l’on est trop niaiseux pour faire les premiers pas, il ne faut pas être surpris d’être précédé par quelqu’un de plus vite, et surtout, de plus beau.

Il tourna sur ses pas. Il se dirigeait vers la sortie quand il fut abordé par un jeune à lunettes, qui l’envoûta comme un cobra. Le Satan de Platon venait de naître. La tentation n’a pas toujours les mêmes beautés à proposer. Ce petit se présenta à Platon comme un excellent moyen d’oublier son humiliation.

Diogène ainsi que les petits danseurs venaient de disparaître des phantasmes de Platon.

C’était évident que ce petit ange le suppliait des yeux de ne pas le laisser moisir sur le plancher.

Platon eut pitié de lui et se rendit dans les toilettes partager avec lui les plaisirs de la pompe mutuelle. Malgré son air diablotin, le petit s’avéra aussi digne que tout professionnel.

Platon décida de l’amener vivre avec lui afin de pouvoir écrire son Banquet.

  • Tu te nommes ?
  • Virus, pour te servir.

Dans sa tête, Platon remercia le ciel de lui prodiguer à nouveau un amour-passion, grâce à ce petit miracle de la sortie, qui acceptait de se rendre chez lui. Que peut-on demander de mieux ?

L’amour platonique.

Le petit Virus, qui l’avait séduit la veille, à la sortie du club, ne voulut rien savoir quant à retourner dans sa famille parce qu’il n’en avait pas. Il se croyait déjà l’esclave de Platon, le petit chasseur d’Orion.

Il s’offrait dans toutes ses grâces, n’espérant rien de moins, que de percer le cœur de ce vieillard, qui semblait soudainement avoir perdu le goût de la vie.

Platon demeurait insensible à ses charmes et se promenait dans le salon comme s’il était prêt à pondre un nouveau livre. Il ressemblait à s’y méprendre au penseur de Rodin quand il prenait quelques secondes de repos.

La vie, sans avoir le sexe excité par la beauté, conduit, dit-on, nécessairement au désespoir, car elle rappelle à l’homme qu’il est mortel. S’il n’est plus aiguisé par la beauté, c’est qu’il sera bientôt un outil à jeter aux déchets.

Virus tenta de ramener le vieux philosophe dans les chemins de la vie. Mais Platon, lui, faisait la nique. Une forme d’amour que l’on appelle depuis l’amour platonique. Cet amour consiste à demeurer de pierre devant les attraits qui, habituellement, font revivre le petit Hector de chaque individu, comme un dieu triomphant.

  • Avec toi, écrivit Virus pour Platon, sous la dictée d’Apollon, on boit et on s’amuse. On court les robes courtes et, comme les dieux, on enfile notre aiguillette entre les monts du postérieur. On se prend pour Zeus, on peut même se croire bâti comme un bœuf blanc, pour mieux séduire. Dionysos accompagne chacun de nos pas. Tu es la douceur noire dans mon âme égarée. Ma Séléné. Je me vêts de ton ombre durant la nuit. Tu es mon Éros, le matin venu.

Mais, Platon ne le voyait plus avec le même « œil de cyclope », un produit fourni avec le billet d’entrée au club, pour s’assurer que personne ne quitte les lieux en désespoir de cause et, du même coup, que chacun ait dans l’œil un partenaire avant le départ. (Au coût des billets, le proprio se devait bien de faire un effort spécial.) Virus semblait plus laid que la veille et Platon se remémorait la scène où Diogène éclatait au-dessus de sa robe dans le club. À chaque rebondissement, Platon se croyait condamné à la jalousie, car les cinq petits qui l’entouraient s’étaient bien graissé les mains pour laisser le corps de Diogène leur filer entre les doigts. Ces gestes prirent un tel sens que Platon pressentit la création des massages suédois

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