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Les derniers amours de Platon 11

juin 13, 2020

Le retour à la maison.

Surpris par l’arrivée de leurs pères, Nicomaque et Virus n’eurent guère le temps de dissimuler leur entrain dans leur séance de masturbation mutuelle. L’exploration semblait leur apporter beaucoup de plaisirs.

Platon et Aristote se demandaient cependant ce qui était si drôle.

Mais, ils firent comme s’ils n’avaient rien vu. Ils se rappelèrent quelques bons moments vécus dans leur enfance. Ils savaient que ces jeux de comparaison du pénis arrivent chez presque tous les garçons normaux ; car, la morale des féminounes du Québec n’existait pas encore.

Chez les philosophes de cette époque, on n’avait pas encore marié la bourgeoisie et la religion. La pudeur était vue plutôt comme une espèce de gêne, un malaise dû à une éducation pudibonde.

Ce mariage religion-bourgeoisie donna naissance avec le temps à une morale pudique et idiote consacrée pour homogénéiser la pensée populaire. En semant le péché de la chair, personne ne peut échapper à l’œil du voisin et il est impossible de vivre une certaine différence. Si on ne peut pas te dégrader à cause de tes idées, on peut t’ostraciser, en te dénonçant pour des raisons sexuelles. Le pouvoir du chantage deviendra un des plus payants départements de la mafia.

Les deux pères se dirigèrent immédiatement au salon.

Nos philosophes n’avaient pas à consulter Épicure. Il savait déjà que ce genre de jeux entre garçons permet de mieux se mesurer aux autres et obtenir une meilleure estime de soi, tout en se procurant bien du plaisir. C’est une façon d’établir qu’on est normalement constitué. Ces rituels permettent aussi de créer une relation qui aboutit souvent à des amitiés à vie.

Platon et Aristote étaient assez conscients pour respecter la vie privée, intime, de leurs garçons. Est-ce la même chose entre jeunes filles ? Ni l’un ni l’autre ne le savait. Ils ne se posaient même pas la question.

Comment ces philosophes auraient-ils pu croire que ce sport national de la jeunesse puisse un jour être dénoncé, sous prétexte de protéger les gamins d’un danger effrayant : avoir du plaisir ? Ça ne pouvait même pas effleurer le plus petit racoin de leur intelligence.

Ils savaient que la culpabilisation existe, qu’entre les deux oreilles, pour obéir à une morale religieuse carrément stupide puisqu’elle est basée sur une ignorance crasse de la nature humaine. Comment obéir à sa nature peut-il être négatif pour les gamins ? La chasteté absolue, qu’importe l’âge, est pure folie !

Ce n’était pas ce qui intéressait le plus nos deux grands philosophes.

Platon

Ce que je trouve le plus exigeant dans la paternité, c’est d’être à la fois le père et la mère. Je prépare moi-même les repas et j’aide Virus dans ses devoirs, tous les soirs. Je l’accompagne souvent aux jeux.

Par contre, ça nous permet d’être très près l’un de l’autre. Il y a une affection qui se dégage de nos échanges qui valent tous les voyages de découvertes sur cette planète. Virus est un enfant adorable ! À mon âge, c’est une bénédiction des dieux de l’avoir rencontré. Je crois que, sans lui, la vie ne vaudrait pas la peine d’être vécue.

Aristote Couchez-vous ensemble ?

Platon

Le début de notre relation était strictement amant- amant. Il m’a même appris certains petits trucs. Puis, avec le temps, nous nous sommes soudés ensemble. Plus je m’en occupe, moins il est mon amant, et plus, il est mon fils.

Je crois qu’être père, c’est de découvrir une responsabilité et une projection de ce que l’on veut que soit notre descendance. Être père n’est pas que le partage de la jouissance ; mais l’arrivée de la responsabilité. Amant, tu ne penses qu’au plaisir à apporter à l’autre ; mais père tu sens la responsabilité d’enseigner l’art de vivre et d’être heureux. Tu dois parfois sévir, ce qui ne se fera jamais dans une relation amourajeuse.

Mon seul plaisir sexuel avec lui, depuis un certain temps, est de l’aider à se laver. Je le vois et je le touche discrètement, à moins qu’il me demande d’en faire plus. Ça me suffit. Je n’ai pas besoin de chercher quelqu’un d’autre. On dirait que le sexe n’est plus la source première de tous mes désirs. Je sacrifierais le sexe à l’affection, si Virus me disait qu’il ne veut plus rien savoir. Je ne le toucherais plus, de peur de mal influencer la prise de conscience de son orientation sexuelle.

L’orientation sexuelle est un droit individuel strictement indiscutable. Ton orientation sexuelle n’est pas un choix, mais un état d’être.

Tu peux être hétérosexuel, homosexuel, pédéraste ou pédophile, ce n’est pas toi qui le décides. Tu es né, ce que tu es, et tu dois apprendre à vivre avec, en société, d’où l’importance capitale du consentement.

Malheureusement, il y aura toujours des scrupuleux qui essaieront de propager leur inertie mentale, en forçant les autres à ne pas avoir de plaisir avec le sexe. La débilité de la dénonciation est la plus horrible des débilités, à moins que ce soit toi la victime.

Aristote

Si je comprends bien, tu en es amoureux ?

Platon

Absolument ! À la folie ! La vie est vide sans lui.

Aristote

Malheureusement, je n’ai pas beaucoup de temps à consacrer à Nicomaque. Alexandre est beaucoup trop exigeant. Un véritable enfant gâté. On dirait qu’il a sans cesse besoin de se prouver qu’il est roi. Je ne peux pas m’absenter comme je le veux.

Les deux garçons arrivèrent en courant. Ils étaient très enjoués. La masturbation les avait transformés, enveloppés dans une gaieté contagieuse.

Virus vint faire un câlin à Platon.

Puis, les jeunes racontèrent avoir joué longuement aux cartes avant d’aller visiter la ville.

Virus

Tu ne peux pas savoir qui on a vu.

Platon

Non, je ne vois pas.

Aristote

Serait-ce le même champion de lutte que dimanche dernier ? Il devait faire un spectacle au centre-ville et tirer, avec ses dents, un éléphant sur un tapis.

Platon

Il est sûrement l’homme le plus fort sur terre ?

Virus

Qu’est-ce que tu racontes ? Les dieux de la forêt m’ont parlé des hommes forts du Québec. Nous avons vu Hercule, mais eux, ils auront Louis Cyr et le grand Antonio. Wow! Tu devrais voir ces gars-là. De vrais bulldozers !

Nicomaque (en riant aux éclats)

Le grand Antonio est aussi gros que l’arbre que l’on aperçoit dehors, mais il a une toute petite quéquette.

Platon

C’est donc ce souvenir qui vous fait tant rire ?

Virus

C’est vrai ! La mienne est déjà plus longue que la sienne. Il en a une grosse rabougrie. Eurk ! Pas très joli.

Platon (comme illuminé d’un coup)

Si vous savez ça, c’est que vous avez essayé de nous suivre dans le bois ? Tu sais que c’est défendu. Ce peut être très, très dangereux. Si ton ami n’était pas là, je te punirais sévèrement. On ne joue pas avec sa vie. Il faut reconnaître le danger et le fuir.

Virus

Voyons ! Nous nous sommes rendus qu’à l’entrée. Oui, on n’a presque pas pénétré, juste un petit peu, même très peu. C’est alors que nous parlions d’hommes forts que ces gens sont apparus. On n’a pas eu peur.

Nicomaque

On était assez prêt pour courir immédiatement à l’extérieur, s’il était arrivé quelque chose. C’est vrai ! N’est- ce pas Virus ? Le bois est interdit aux adultes, mais rien ne parle des garçons.

Aristote

Je suis d’accord avec Platon. La prudence est une qualité.

Virus Qu’est-ce qu’on mange ?

Platon

C’est bien un garçon, ça ne pense qu’à jouer et à manger. Mais, tu ne nous as pas dit ce que tu as vu en ville.

Virus (s’adressant à Platon)

C’est le gars qui était couché ici, hier soir ; mais cette fois, son tonneau était un triangle.

Il dormait quand un chevalier est arrivé. Il s’est placé devant lui et lui a demandé où tu habites. Notre homme- triangle s’est contenté de lui demander de se tasser, car, il lui cachait le soleil. Le chevalier était en maudit. Il a aussitôt déguerpi. Il n’avait sûrement pas déjà lu Philémon, car dans ce monde, il y a toujours deux soleils.

Nicomaque

C’était le roi Alexandre. J’ai reconnu son cheval.

Aristote

Qu’est-ce qu’Alexandre vient faire ici ? Qu’est-ce qu’il me veut ? Il me cherche, bien évidemment !

Platon

Les jeunes l’ont probablement vu dans la forêt. Je ne crois pas qu’Alexandre perdrait son temps à rendre visite à Diogène.

Aristote

Ça commence à être mélangeant. Je pense que je ne retournerai plus dans cette forêt. J’irai plutôt voir la Pythie.

On entendit un bruit d’enfer. Tous se retournèrent vers la porte, alors que le roi Alexandre entrait. Il s’adressa immédiatement à Aristote.

Alexandre

Viens ! J’ai besoin de toi. Je n’ai pas de bateau et je ne trouve plus le chemin pour aller aux Indes. Sors tes cartes.

Descartes

(qui se reposait sur le bord de la forêt magique l’entendit)

Pas un autre. Je viens juste d’échapper à mon sort dans l’Homo-vicièr, de Simoneau.

Platon et la crise

Platon pressentit que de grandes guerres finiraient par détruire son pays. Il décida donc de préparer un mémoire sur la question pour le remettre à Aristote.

La mondialisation est une structure permanente pour garder les pauvres en état d’esclavage.

Après l’esclavage aux divinités, un jour, les hommes passeront à l’esclavage de la finance et de l’économie.

Les dieux se disputent ensemble afin d’établir leur royaume et déterminer leur rang. Qui sera l’empereur ? N’en est-il pas ainsi avec les mortels ?

La mondialisation, même si elle n’englobe pas encore toute la terre permet aux riches, et aux riches seulement, de continuer à s’enrichir. Qui a assez d’argent pour investir à l’étranger ? Qui a les moyens techniques de le faire ? Ceux qui sont déjà riches. Les multinationales, les religions et les banques. Poser la question, c’est y répondre.

Quand les banques refusent de prêter pour permettre à la vie, à l’argent, au sang, de circuler, il arrive ce qui arrive dans le corps humain : un infarctus. Une crise. Qu’arrive-t-il si le sang n’est pas compatible pour les transfusions ? Une autre crise.

Avec la mondialisation, les « bras à peu de frais » ne manqueront jamais. Qui peut survivre sans travailler puisqu’il faut de l’argent pour se nourrir ? On ne peut pas produire seul, tout ce dont on a besoin. Par conséquent, il faut travailler pour survivre. Qui en profite vraiment ? Ceux qui dirigent les entreprises pour lesquelles les gens ordinaires sont obligés de travailler, car elles sont les seules à pouvoir payer des salaires. C’est simple : tu es dépendant ou tu es maître. Le travail n’a de sens que s’il te permet de survivre avec ce qu’il rapporte.

Par ailleurs, les parasites que sont les systèmes bancaires, religieux et judiciaires se multiplient avec les conquêtes. Qui pourra les nourrir tous ? Les états ? Les impôts ?

On a beau multiplier les infractions, les désobéissances ne permettent pas au système judiciaire de faire ses frais. Il faut donc que le peuple investisse, comme dans l’armée, pour faire respecter les lois. Un poids de plus sur le dos des travailleurs qui payent de l’impôt. Atlas est devenu Sisyphe.

Quant aux dieux, on ne peut croire en tous. Il faut en éliminer. Mais, malheureusement, la foi dans les dieux est comme la morale sexuelle. Elle est basée strictement sur l’irrationalité. Les gens croiront toujours plus les prêtres que la science, malheureusement, pour eux.

Plus tu offres de salaires médiocres, moins tu dois dépenser pour produire ; mais si les consommateurs ne sont plus capables de se procurer les produits de consommation, la demande est moins grande et par conséquent, les profits s’amincissent.

Le système capitaliste est pris dans cette contradiction. Il étouffe d’une manière ou d’une autre parce que la richesse se retrouve trop concentrée dans les mêmes mains d’un petit nombre.

Quand tu dois voler pour te nourrir, est-ce que voler un riche, qui refuse de partager ses excès d’avoir, est toujours un vol ?

Plus le système sera volumineux, moins il pourra y échapper, car les riches ne voudront jamais comprendre la nécessité absolue de partager la richesse. Les nouvelles guerres seront-elles des révoltes ? Un jour, les humains comprendront. Ils ne voudront plus accepter leur sort comme leur commandent les prescriptions religieuses. La misère est une fatalité humaine et non le sort que les dieux nous imposent.

Plus la population sera grande, moins le grenier de la terre sera capable de répondre aux besoins, car les richesses ne sont pas inépuisables.

La loi du marché est d’exiger un plus grand prix selon la rareté. Ce manque ne deviendra-t-il pas tel qu’il faudra prendre les grands moyens pour s’assurer d’avoir  l’essentiel ? On réinvestira dans l’armée et la police pour protéger les riches. Si vous cherchez un emploi, vous savez où chercher.

Plutôt que de s’échanger les produits, les rois, Alexandre le Grand y compris, préfèrent coloniser les nouveaux espaces.

Ainsi, l’empire sera plus riche ; mais on oublie qu’en étant trop gros, le royaume ne suffira plus à répondre aux besoins de l’armée. Pire, les armées trouveront leur force dans le nombre de soldats et dans l’intelligence des commandants. Il est bien évident qu’un jour, la cité manquera de soldats.

À la première occasion, Platon fit part de ses réflexions à Aristote.

Aristote

Plus l’empire s’agrandira, moins le peuple s’enrichira ; car, les marchands s’accapareront de tous les produits pour mieux s’enrichir.

La guerre ne fera qu’introduire le cycle des dépressions. Plus de pays à reconstruire, donc plus de travail pour tous. Il faudra une nouvelle guerre pour employer tous ceux qui n’ont plus de travail.

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