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Petite anthologie de textes érotiques masculins par Jean Ferguson.

mars 29, 2020

THÉOPHILE DE VIAU
(Français, 1590-1626)

Poète intéressant, original, talentueux, charmant esprit el coeur sensible, Théophile de Viau avait une personnalité attachante, il était beau et spirituel. Né dans une famille protestante, il connaît vite le succès de la vie de cour au service du comte de Candale. Assez jeune, il est déjà considéré comme un grand poète et on va jusqu’à lui donner les titres de Prince des poètes, Apollon de notre âge, Roi des Esprits.

Il fait paraître en 1616 des vers jugés scandaleux et paillards dans un ouvrage collectif. « Je me laisse aller à ma fantaisie, et quelque pensée qu’il se présente, je n’en détourne point ma plume. »  Devant le tollé que suscite sa poésie, Théophile s’exile et va s’installer à Londres, mais il s’ennuie et quatre ans plus tard, il revient à Paris.

C est à cette époque qu’il fait la connaissance du jeune Jacques Vallée, sieur Des Barreaux  dont il tombe tendrement amoureux. Dans ses poèmes, il lui donne le nom de Tircis. Conseiller de la Cour, Des Barreaux, esprit vif et pénétrant est aussi un écrivain; il a la sulfureuse réputation d’être sodomite et dans le milieu on se regorge d’un quatrain dont il est le sujet:       

« Du vilain plaisir de la vie

Que l’on nomme Sodomie

Le conseiller Des Barreaux:

y sait tous les plaisirs nouveaux. »

Un jésuite, le Père Garasse, se déchaîne à la publication du Parnasse satirique, en 1623, dans lequel figure un poèrne de Théophile jugé licencieux. Le père l’accuse d’être hanté par le désir de corrompre la jeunesse.

Devant les attaques de l’accusateur, le procureur Mathieu Mollé décide d’entreprendre des poursuites contre la poète. Théophile réussit à fuir. Il est cependant condamné et on brûle son mannequin en place de Grèves en grandes pompes, pour l’exemple.         

Le
19 septembre 1623, Théophile est arrêté dans sa cachette de Saint-Quentin. Le procureur Mollé décide d’un nouveau procès avant d’exécuter la sentence. On l’enferme dans un affreux cachot sans feu, ni lumière pourvu de seulement une méchante paillasse. Théophile, après des mois, ne peut plus supporter son emprisonnement et il entreprend une grève de la faim. Il obtint gain de cause et on adoucit son incarcération : il a la permission de lire et d’écrire.

Des Barreaux reste un ami fidèle et encourage Théophile à se défendre avec acharnement au cours de son procès. Le poète nie avec véhémence tout ce dont on l’accuse, notamment d’avoir écrit des poèmes immoraux.

Théophile est libéré. On lui propose l’exil. Celui-ci n’est pas très rigoureux et au bout de quelques mois, il obtient sa grâce et revint à Paris. Mais la prison a durement affecté la santé du poète. Un an seulement après sa libération, il s’alite en proie à une violente fièvre et il meurt le 25 septembre 1626 dans les bras de son ami Des Barreaux.

PLAINTE DE THÉOPHILE DE VIAU À  SON AMI

Tircis, tu connais bien le mal qui me presse,

Qu’un peu d’ingratitude est jointe à ta paresse;

Tout contre mon brasier je te vois sommeiller,

Et sa flamme et son bruit te devraient réveiller.

Tu sais bien qu’il est vrai que mon procès s’achève,

Qu’on va bientôt brûler mon portrait à la Grève;

Que déjà mes amis ont travaillé sans fruit

A prévenir l’horreur de cet infâme bruit.

Que si mon mauvais sort a fini la durée

De la sainte amitié que tu  m’avais jurée,

Comment suivant le cours du naturel humain,

Tu me vois trébucher sans me donner la main,


Pour le moins, fais semblant d’avoir un peu de peine,

Voyant le précipice où le destin me traîne,

Afin qu’un bruit fâcheux ne vienne ne me blâmer

D’avoir si mal connu qui je devais aimer.

[ … ]

Si le moindre rayon de la vertu t’éclaire,

Souviens-toi qu’on t’a vu dans le soin de me plaire.

Et qu’avant la disgrâce où tu me vois soumis

Tu faisais vanité d’être de mes amis.

Regarde que ton coeur se lâche et m’abandonne

Dès le premier essai que mon malheur te donne,

Et tu sais que mon sort n’est aujourd’hui battu

Que par des trahisons qu’on fait à ma vertu.

[ … ]

Si ma condition peut devenir meilleure,

Que le roi me permette une retraite sûre,

Que je puisse trouver en France un petit coin

Où mes persécuteurs me trouvent assez loin,


Dans le doux souvenir d’être sorti de peine,

De quelles gaietés je nourrirai ma veine!

Lors tu seras honteux qu’en mon adversité

Je t’aie tant de fois en vain sollicité


D’avoir abandonné le train d’une fortune

Qu’il te fallait avoir avec moi si commune.

Recherche en tes désirs, déjà si refroidis,

Si tu m’es aujourd’hui ce que tu fus jadis.

Je t’eusse fait jadis passer les Pyrénées,


J’eusse attaché tes jours avec mes années,

Et conduit tes desseins au cours de mon destin

Des bords de l’Occident jusqu’au flot du matin.

Et je n’ai rien commis, même dans mon courage,

Qui te puisse obliger à me tourner visage;

Depuis je n’ai rien fait et j’en jure les Dieux,

Que t’aimer, ô Tircis! Tous les jours un peu mieux.

SONNET PAR LE SIEUR THÉOPHILE

Phillis, tout est foutu! Je meurs de la vérole,

Elle exerce sur moi sa dernière rigueur:

Mon vit baisse la tête et n’a point de vigueur,

Un ulcère puant a gâté ma parole.


J’ai sué trente jours, j’ai vomi de la colle;

Jamais de si grands maux n’eurent tant de longueur.

L’esprit le plus constant fut mort à ma langueur,

Et mon affliction n’a rien qui la console.


Mes amis plus secrets ne m’osent approcher;

Moi-même en cet état je m’ose toucher.

Phillis, le mal me vient de vous avoir foutue!


Mon Dieu, je me repens d’avoir si mal vécu,

Et si votre courroux à ce coup ne me tue,

Je fais vœu désormais de ne foutre qu’un cul.

WALT WHITMAN
(Américain, 1819-1892)

Walt Whitman travailla chez un imprimeur et il garda toujours un certain attrait pour le métier de typographe. Il aimait rencontrer les gens de cette profession à qui il prêtait des livres et avec qui il récitait Shakespeare.

Il fut aussi journaliste, mais sa façon idéaliste d’aborder ses thèmes ne le prédisposait pas à connaître le succès dans ce domaine précis.

En 1855, il publie à compte d’auteur un recueil de douze poèmes, la première édition de Feuilles d’herbe. La critique est féroce, car il libère la poésie de ses conventions et il écrit en vers libres dans une langue populaire. Il exalte la sexualité d’une manière dionysiaque, ce qui choque.

À partir de ce moment, la vie de Whitman se confond avec les éditions successives de Feuilles d’herbe qu’il ne cesse d’augmenter et de remanier jusqu’à sa mort. Il y aura neuf éditions. Pour cette œuvre, il est encore aujourd’hui considéré comme le plus grand des poètes américains. Il a été un grand poète lyrique et il a donné un ton nouveau à la littérature américaine la libérant de ces règles strictes et formelles dans une langue populaire et accessible. Il ne fit pas étalage de son homosexualité, car il savait la société américaine homophobe et pudibonde, mais certains poèmes équivoques permettent de discerner sa véritable nature.

Homme profondément généreux, il n’hésitait  pas à rendre service à n’importe qui autour de lui. Il aimait donner des gants et des manteaux aux cochers des fiacres. Il écoutait les gens et il s’intéressait à leur travail. Il voulut fonder la cité des futurs amis destinée à cultiver les affections viriles et à planter le compagnonnage aussi serré que tous les arbres le long de tous les fleuves d’Amérique ».

Whitman a terminé sa vie comme fonctionnaire, profession qu’il dût quitter ne 1873 après une attaque de paralysie. Il passa le reste de son existence à Camden, petite ville du New Jersey, près de New York, où il mourut.         

CALAMUS

(Le calamus est une espèce de glaïeul des marais, très répandu aux États-Unis et que le poète transpose en symbole phallique.)

Nous deux, les amis, l’un à l’autre attachés,

Jamais l’un sans l’autre,

Montant et descendant les routes,

Faisant des voyages au Nord et au Sud,

Jouissant de notre force, bras tendus, la main dans la main.

Armés et sans peur, mangeant~ buvant, dormant, aimant,

Ne reconnaissant pas d’autre loi que nous-mêmes,

Navigant, flemmardant, volant, menaçant,

Faisant peur aux avares, aux valets, aux prêtres,

Respirant l’air, buvant de l’eau, dansant sur l’herbe

Et sur les plages,

Chantant avec les oiseaux — nageant avec les poissons
Laissant pousser des branches

Et des feuilles avec les arbres.

Torturant les villes, méprisant le bien-être, nous moquant

Des règlements, pourchassant la faiblesse,

Menant à bien notre razzia.

POÈME DU CRÉPUSCULE

J’ai été appelé par mon petit nom

par des voix claires et fortes de jeunes hommes.


J’ai senti leur bras sur mon cou lorsque nous étions debout,

ou la pression négligente de leurchair contre moi

lorsque nous étions assis.

J’en ai vu beaucoup que j’aimais dans la rue,

sur le bac ou dans les réunions publiques,

et pourtant je ne leur ai jamais dit un mot …

OSCAR WILDE
(Irlandais, 1845-1900)

Poète, dramaturge et penseur, il s’appelait Oscar Fingal O’Flahertie Wilde. Deuxième garçon d’une famille irlandaise étonnante, le père: petit, laid, boiteux et coureur de jupons qui s’intéressait à l’occultisme. La mère, elle, assez jolie de traits, de stature imposante, poétesse à ses heures.

Adolescent aux lèvres épaisses, aux paupières lourdes, il affectait une mine perpétuellement alanguie et sensuelle. À Trinity Collège et à l’université de Dublin, Wilde se fit remarquer par ses excentricités: culottes et bas de soie, cravate librement laissée sur la poitrine et vestes de velours. Il déambulait dans les rues de Londres où il vint habiter avec à la main un lys ou un tournesol qu’il semblait prendre pour interlocuteur.

Commence alors une vie de permissivité avec les garçons, il rencontre, en 1886, Robert Baldwin Ross, un beau jeune bomme de dix-sept ans, distingué et cultivé, qui a déjà l’expérience de l’amour avec les hommes plus âgés que lui.

En même temps, il commence sa vie d’écrivain, il publie dans des revues des textes remarquables. Puis, il fait paraître Le portrait de Dorian Gray, roman sociologique et sarcastique. La critique se déchaîne et traite l’ouvrage de Wilde tout juste digne de satisfaire « des aristocrates tarés ou des télégraphistes pervertis ». L’auteur ironise selon son habitude : « C’est parfaitement tragique, de tous côtés Dorian Gray a été parfaitement compris ».

À cette époque aussi, Wilde voyage beaucoup. Il a un train de vie fastueux: On le voit souvent à Paris, une ville qu’il aime parce qu’il y rencontre des écrivains qui l’intéresse beaucoup: Gide de qui il dit qu’il a les lèvres trop étroites pour savoir mentir et le très beau Pierre Louÿs qui corrigera la première version de Salomé et de qui il dira: « Il est trop beau pour n’être qu’un homme, qu’il prenne garde aux dieux ». Il rencontre aussi Victor Hugo qu’il trouve somnolent, Verlaine, perpétuellement ivre, et Catulle Mendès qui est enchanté:« J’aime ce jeune anglais, il a tous les vices ».Wilde ne demeure que six mois en France, mais il reviendra souvent visiter Paris.

De retour à Londres, il s’installe dans un appartement avec vue sur la Tamise; il y reçoit de jeunes étudiants qui se disent poètes et des garçons peu instruits, souvent frustes qu’il nourrit et garde à coucher.

En décembre 1891, de retour à Paris, dans une chambre d’hôtel, Oscar Wilde s’enferme et écrit sans arrêt. Il remplit deux cahiers. Lorsqu’il s’arrête, il est onze heures du soir et Salomé, une pièce de théâtre, est terminée.

Wilde fait des démarches pour qu’elle soit montée, mais elle est refusée par la censure britannique sous prétexte que la morale ne saurait supporter la transposition au théâtre de personnages bibliques. Salomé sera quand même créée à Paris six ans plus tard.

Wilde triomphe avec ses autres pièces de théâtre, les meilleures œuvres de sa génération, L’éventail de Lady Windermere, Une femme sans importance, Un mari idéal, Il importe d’être constant.

Chacune des pièces de Wilde est un événement. Il a quarante ans, il est au faîte de sa gloire.

À l’été 1891, c’est la visite de Lord Alfred Douglas dans son appartement de Londres et le début d’une liaison parfaite. Lord Douglas est beau, c’est un jeune homme au regard clair et à la chevelure blonde. Mais le père de Lord Douglas n’accepte pas les penchants de son fils el fait scandale. Il accuse Wilde d’être sodomite. Celui-ci le traîne devant les tribunaux. Erreur fatale dans cette Angleterre pudibonde et puritaine. D’accusateur, Wilde devient accusé et il est condamné à deux ans de prison.

Ses amis l’abandonnent et Wilde qui sort de prison en 1897 est un homme brisé par le malheur et l’humiliation. Il quitte définitivement l’Angleterre et se réfugie en France.

Ruiné, désemparé, il sombre dans l’alcool et poursuit ses aventures homosexuelles, en particulier, avec de jeunes garçons. À ce sujet, il se moque de ses entreprises:« Décidément, la pédérastie est le plus sain de tous les vices,presque tout se passe en plein air et il faut tellement marcher … »

Oscar Wilde meurt le 30 novembre 1900 dans une modeste chambre d’un hôtel parisien. Il a quarante-six: ans.

Cet extrait du roman de Wilde, Dorian Gray, a été cité par le procureur au procès de celui-ci contre Lord Douglas, père. Ce même procureur a posé ensuite des questions pour incriminer l’auteur qu’il accusa d’entraîner les jeunes gens dans la voie du vice et de les façonner selon ses goûts de dépravation.

LE PORTRAIT DE DORIAN GRAY


Soudain, je me trouvai face à face avec le jeune homme dont la personnalité m’avait si étrangement troublé. Nous étions tout près l’un de l’autre, presque à nous toucher. Nos regards se croisèrent de nouveau. C’était folie de ma part, mais je demandai à lady Brandon de nous présenter. Peut-être, après tout, n’était-ce pas si fou! C’était simplement inévitable. Nous nous serions parlé même sans présentation. J’en suis certain. Dorian aussi, il me le dit plus tard, sentit que nous étions destinés à nous connaître.

— Parlez-moi encore de Dorian Gray. Le voyez-vous souvent?

— Tous les jours. Je ne pourrais être heureux sans le voir tous les jours. Bien sûr, ce n’est parfois que quelques minutes, mais quelques minutes avec quelqu’un qu’on adore, c’est beaucoup.

— Mais vous ne l’adorez pas vraiment?

— Si.

— C’est extraordinaire! J’aurais cru que vous ne vous seriez jamais soucié d’autre chose que de votre peinture — de votre art, devrais-je dire. Art sonne mieux, n’est-ce pas?


— Il est maintenant pour moi tout mon art. Il m’arrive de croire parfois, Harry, qu’il n’y a dans l’histoire du monde que deux époques importantes. La première est l’apparition d’une nouvelle technique d’art, et la seconde, l’apparition d’une nouvelle personnalité pour l’art aussi: il y eut l’invention de la peinture à l’huile pour les Vénitiens, le visage d’Antinoüs à la fin de la grande époque de la sculpture grecque et il y aura un jour, pour moi, le visage de Dorian Gray. Ce n’est pas seulement parce que je le peins, je le dessine, je le modèle. Bien sûr, j’ai fait tout cela. Il a posé en Pâris vêtu d’une armure délicate et en Adonis, chasseur armé d’une lance étincelante. Couronné de lourdes fleurs de lotus, il s’est tenu à la proue de la barque d’Adrien, le regard plongé dans des eaux vertes et bourbeuses du Nil. Penché sur la surface immobile de l’étang d’une forêt grecque, il a vu dans le reflet argenté des eaux silencieuses la splendeur de sa propre beauté. Mais il est bien plus pour moi que tout cela. Je ne dis pas que je suis mécontent de ce que j’ai fait de lui ou que sa beauté soit si parfaite que je ne puisse l’exprimer. Il n’y a rien que l’art ne puisse exprimer et je sais que ce que j’ai fait depuis que j’ai rencontré Dorian Gray est du bon travail, le meilleur travail de ma vie. Mais n’est-ce pas curieux – je me demande si vous me comprendrez? Sa personnalité m’a fait entrevoir une manière entièrement nouvelle, un style entièrement savoureux. Je vois les choses différemment, je les conçois différemment. Je pense maintenant recréer la vie d’une façon que je ne soupçonnais pas. On rêve de beauté dans les jours de pensée. Qui a dit cela? Je ne me souviens plus, mais c’est ce que Dorian Gray a été pour moi.           

La seule présence visible de cet adolescent — car il ne me paraît guère qu’un adolescent, bien qu’en réalité il ait plus de vingt ans — sa seule présence visible ah! Je me demande si vous pouvez réaliser tout ce qu’elle signifie. Inconsciemment, il trace pour moi les lignes d’une nouvelle école, une école qui enfermera en elle toute la passion de l’esprit romantique, toute la perfection de l’âme grecque. L’harmonie de l’âme et du corps. Quelle valeur cela représente! Nous, dans notre folie, nous avons séparé les deux et avons inventé un réalisme bestial et un idéalisme creux. Harry! Harry! Si vous saviez seulement ce que Dorian Gray est pour moi! Vous vous rappelez ce paysage dont Agnew m’a offert un prix si élevé et dont je ne voulais pas me séparer? C’est une des meilleures choses que j’aie faites. Et pourquoi? Parce que, tandis que je peignais, Dorian Gray était à mes côtés.

— Voilà qui est extraordinaire, Basil! Il faut que je voie Dorian Gray.

Après cette lecture, le procureur demande à [‘accusé:

En bien, Wilde, je vous demande si d’après cette description, le sentiment éprouvé par un homme envers un adolescent vous paraît convenable ou non?

— Il me semble que c’est la plus parfaite description du sentiment qu’un artiste éprouverait devant une personnalité merveilleuse qui serait en quelque sorte nécessaire à son art, à sa vie» répondit Oscar Wilde.

(Le procureur lit alors cette lettre) :          

Dearest of all Boys,
Ta lettre était exquise, remontante comme un vin capiteux, mais je suis triste, déprimé. Bosie, il ne faut pas faire de scènes. Elles me tuent et détruisent la douceur de vivre. Je me refuse à te voir défiguré par la colère, toi dont la grâce évoque toute la beauté grecque. Je ne puis écouter les mots atroces que profèrent tes lèvres aux courbes exquises. Plutôt que de te voir, injuste et méchant… j’aimerais mieux … Il faut que je te voie bientôt. Tu es cet élément divin dont j’ai besoin, élément de grâce et de beauté. Mais je ne sais que faire. Irai-je à Salisbury? Ici ma note pour la semaine s’élève à quarante-neuf livres.

J’ai un nouveau fumoir … Pourquoi n’es-tu pas ici, mon cher, mon merveilleux enfant? Je crains d’être obligé de partir … pas d’argent, pas de crédit et un coeur de plomb.          

Ton Oscar à toi.


Le représentant du ministère publique demande:

— Est-ce là une lettre ordinaire?

— Rien de ce que j’écris n’est ordinaire. Je ne pose pas à l’homme ordinaire. Grand Dieu! Posez-moi sur ce sujet toutes les questions que vous voudrez.

— Est-ce le genre de lettres qu’un homme écrit à un autre?

— C’était l’émouvante expression de ma grande admiration pour lord Alfred Douglas.

JOHN WILMOT
(Anglais, 1647-1680)

Second duc de Rochester, il fut un poète lyrique et inspiré. Il a eu la réputation d’être un joyeux vivant assez libertin de la cour de Charles II où il a été considéré comme un poète mondain. En effet, il fut un des derniers poètes mondains de la Restauration. Il est [‘auteur de nombreuses lettres d’une délicatesse charmante qui ont été publiées en 1686. De son œuvre, on a conservé seulement une vingtaine de poèmes et sa pièce satirique Sodome, tout le reste ayant été détruit par ses héritiers qui n’appréciaient pas l’esprit corrupteur et impur du duc. Il faut dire à leur décharge qu’avant de mourir, il se rapprocha de la religion et il fit brûler lui-même beaucoup de ses écrits légers et libertins. Nous avons choisi ici un extrait d’un fabliau comique et burlesque de Sodome.

Le Roi Gracouille a décidé de permettre l’amour entre les hommes de son royaume et les soldats sont enjoints à ne plus utiliser les femmes pour leur plaisir.

Gracouille, Roi de Sodome

Percecul, Enculeur général

Tronchetout, Général des armées.

Gracouille

Depuis que j’enfile les culs virils, il me semble que mon membre a perdu tout son goût pour les cons des femmes. Cette mode nouvelle est fort simple, mais elle est bien acceptée et je vous jure que j’aime un cul Turque à la folie. L’ardeur que je ressens chez ces êtres-là dépasse de loin toute volupté que l’on peut concevoir. Leurs trous bien faits s’ajustent et deviennent fort habiles à procurer le plaisir, ce n’est pas comme les cons toujours plus aisés à l’usure qui deviennent si larges et si moches l’on croirait mettre dedans un grosse cloche; le con est tout vide, sa chair ne peut retenir ni embrasser les muscles puissants de l’engin; tandis que dans les culs Turques tout est solide et ferme, ce qui donne aux hommes un plaisir infini.

Percecul

Le Ciel n’a accordé aux femmes qu’une seule façon, mais il a donné aux hommes plusieurs façons de faire l’amour. Que celui qui inventa le jeu de l’amour par le cul soit reconnu immortel et chéri des Dieux.

Percecul

Mon Roy, voici le général Tronchetout …

Gracouille

… Vaillant homme de guerre! Eh bien, Tronchetout, que disent-ils, ces braves soldats de mon nouveau décret qui proclame qu’à travers le Pays tout entier l’enculage soit permis?

Tronchetout

En l’honneur de Sa Grâce, ils l’ont tous accepté. Lorsqu’ils sont ardents, ce n’est pas vers les femmes que se portent leurs désirs, mais plutôt vers le cul de leurs camarades.

Gracouille

Qu’ils s’entrebaisent et s’enculent partout et toujours.

Tronchetout

Et qu’ils vivent désormais comme mari et femme.

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