Aller au contenu principal

Diogène 8

juillet 19, 2020

Grangalop joue au héros.

Quand Grangalop sortit de la maison chez Platon, il se rendit immédiatement à la caserne enregistrer son retour.

Périclès se rendit lui-même à sa rencontre pour le féliciter d’avoir ramené Virus, ce qui permettrait peut-être la survie de Platon. « Au moins, se dit Périclès, nous avons tout fait ce qui était possible. »

Dans son rapport, Grangalop fit état de son statut de prisonnier. Il fit remarquer la mauvaise nourriture, la présence incessante des gardiennes, la mort affreuse des mâles, mutilés par pur plaisir et « sa » fidélité à son petit serin, Danielos.

Grangalop

Malgré l’effort de ces diaboliques créatures, j’ai su résister et demeurer fidèle à Danielos. Jamais je ne me serais pardonné de tromper mon petit ami. Il est toute ma vie.

Ça permettait à Grangalop d’avoir davantage les faveurs de Danielos, qui avait rencontré un certain Piratos, qui lui plaisait énormément. Devenir l’aimé d’un héros national prodiguait à Danielos une popularité sur laquelle il n’avait qu’à se laisser bercer pour lui ouvrir tous les cœurs en pâmoison. D’ailleurs, Piratos conscient du danger, ne lui avait jamais autant tourné autour.

Voyant que sa situation lui procurait une renommée de plus en plus grande, Grangalop rechercha toutes les occasions pour faire état de son récit héroïque.

Tous les autres soldats-messagers voulaient en savoir plus et ne perdaient pas une occasion de souligner le courage de leur confrère dans tous les milieux. Grangalop se mit à mettre de la crème sur le gâteau.

Il faisait maintenant état de grands combats qu’il avait dû mener avant d’être fait prisonnier. Il fit croire dans à la mort atroce de l’Assistant, torturé, scalpé, brûlé vif. Il affirma que certaines Amazones mangeaient leurs prisonniers. « Des cannibales, des animaux sans âme. », lançaient-ils avec fierté.

« Elles voulaient mon sexe, comme on rêve de gagner un trophée aux olympiques », ajoutait-il avec fierté. Grangalop oublia de leur dire que s’il n’avait pas succombé, c’est qu’il était gros et ne bandait pas. Mais, ça, personne n’était là pour le savoir.

Danielos était bien trop content d’être l’envie de tous pour confirmer que la libido de Grangalop était au point mort.

Grangalop répandait toutes les obscénités possibles sur les Amazones, prétendant ainsi prouver combien les sociétés matriarcales sont dépravées.

Le dimanche, on organisa une grande parade dans la Cité et une fête familiale pour rendre hommage à ce héros.

Personne n’avait l’intelligence de se demander pourquoi Virus était aussi bien portant et pourquoi Amfèpétéléplom était revenue. La rumeur, voulant qu’elle soit enceinte, se propagea comme un typhon. Mais, la grande question demeurait : que font trois Amazones chez Platon ?

La foule se rendit devant la résidence de Platon manifester contre la présence de personnages aussi dangereux dans le quartier.

« Nos enfants sont en danger », scandait-on.

Grangalop se prend pour un héros.

À force de mentir, de se présenter comme un héros qui a échappé aux Amazones, ces femmes buveuses de sang, ces homophobes innées, Grangalop fit naître un mouvement contre le matriarcat, voire contre toutes les femmes du pays.

Pour donner plus de poids à son message, il commença à se servir d’exemples locaux qui indiquaient jusqu’à quel point leurs épouses se laissaient conquérir par toutes ces idées féministes.

Il ne manquait pas une occasion de raconter comment une telle avait agi en pure jalousie et mesquinerie féministe.

« Des idées et des goûts de femme ! » Lançait sa voix désespérée. Il se mit même à interroger les femmes sur leur capacité d’élever les petits gars.

Grangalop

Les hommes porteront-ils bientôt la sacoche ? Serons- nous écartés de nos biens ? Regardez la recrudescence dans la construction de temples d’Athéna. Ça veut tout dire. Bientôt, les femmes nous déposséderont.

Grangalop se promenait à travers toute la Grèce, même à Sparte, pour nourrir le danger que représentaient les femmes.

Grangalop

Qui n’a pas eu de la difficulté au cours des derniers mois à laisser la maison afin de s’occuper de sa fonction principale : la politique ? Qui n’a pas subi les foudres de son épouse, à son retour sur “sa” ferme ? Que ferait-on si elles revendiquaient la propriété, car, ce sont elles qui les administrent déjà ?

Il en profitait à chaque occasion pour insister sur le danger que représentaient les femmes du pays. Qu’arriverait- il si elles cessaient d’administrer nos terres ? Pourraient-elles, sous l’impulsion de la pensée amazone, vouloir prendre le pouvoir ? Domineraient-elles, comme c’est naturel, à cause de l’Amazone qui dort en elles ?

Grangalop commença à avoir son petit groupe de fanatiques. Un incendie intérieur les dévorait : les femmes devaient être traitées au même titre que les esclaves. Lavage, bain, faire à manger devinrent l’équivalent féminin du slogan qui naîtra plusieurs siècles plus tard chez les travailleurs : boulot, métro, dodo.

Si Grangalop savait que sa mission n’avait pas de sens, ses disciples, eux, voyaient ça autrement. Ils trouvaient que les hommes étaient beaucoup peu pressés quant au besoin de modifier leur statut social.

Aussi, pour galvaniser davantage les esprits contre les Amazones, ceux-ci tuèrent en cachette une couple de vieux robineux et firent croire que ces meurtres étaient l’œuvre des Amazones, vivant chez Platon.

Il n’en fallait pas plus pour que des soldats fussent dépêchés chez Platon. Les trois Appendices de Virus furent arrêtées et conduites en prison.

Virus était en furie.

« Nous vivons dans une société complètement folle », disait-il, dans ses dépêches envoyées à Aristote et Périclès.

Les Amazones devant l’héliée.

Grangalop, qui aurait dû s’appeler “mauvaise langue”, n’aurait jamais cru que ses histoires provoqueraient un tel engouement. Le débat a vite porté sur trois éléments fortement émotifs et sociaux : les Amazones sont-elles des femmes ? Quelle est la place de la femme dans la société, et finalement, l’esclavage dans une société évoluée devrait-il être permis ?

Puisque les Amazones seraient traduites devant l’héliée, l’assemblée judiciaire d’Athènes, Périclès décida d’inclure le procès dans sa grande Commission de la réforme sociale. Ainsi, on n’aurait pas à doubler le travail, car, ce procès risquait de provoquer une discussion plus profonde qu’il n’aurait jamais su susciter, dans un contexte moins émotif.

Les groupes de support s’étaient déjà formés. Le plus grand était sans nul doute celui des hommes conservateurs, avec Grangalop, qui espéraient que l’hélée reconnaisse, l’authenticité de la parole de Dieu, proclamant la subordination des femmes et des esclaves à leur mari ou leur propriétaire.

Pour s’y opposer, un petit groupe de femmes en voie de devenir féministes, jouissait d’un appui inconscient de toutes les femmes. Elles étaient dirigées par une prêtresse, nommée « La mère de la virginité promise ».

Yjasebien fut, quant à lui, nommé avocat pour représenter les Amazones. Étant des étrangères, il fut aussi décidé qu’elles incarneraient le sort de toutes les esclaves.

Ce procès, qui se voulait être un débat de société fondamental, animait fortement toutes les discussions sociales dans tous les milieux.

Évidemment, plusieurs pensaient qu’on n’était pas obligé de recréer le monde, mais dans l’esprit des philosophes, il fallait profiter de l’occasion pour poser le problème en profondeur.

« Plus on visera une grande connaissance, plus il y aura de chance que le monde à venir repose sur des balises solides », pensaient-ils.

Si les philosophes étaient au ciel, Virus était en maudit.

« Comment les gens peuvent-ils être assez stupides pour croire que les Amazones ne sont pas des femmes ? C’est tellement évident qu’elles le sont ! »

Ce n’est pas si évident pour tout le monde. On sait que des centaines d’années plus tard, les Européens détruiront des tribus entières, en prétendant que les autochtones n’étaient pas des hommes parce qu’ils ne croyaient pas dans le petit Jésus. L’homme qui se prétend si intelligent a-t-il évolué depuis ce temps ? Rien de plus sûr ! La technique a évolué, mais certainement pas la partie émotive du cerveau humain.

Le choix des jurys et la mort de Platon.

Pour s’assurer d’une certaine forme de neutralité, l’héliée décida que le procès soit tenu devant jury. Douze hommes, douze femmes. Une exception, puisque Périclès tenait à ce qu’on réponde à la question : Quel genre de société voulons-nous créer dans l’avenir ?

Il fallait prendre le temps de vider le sujet. On poussa même un peu pour s’assurer que tous les aspects soient couverts à fond. Aucun doute ne devait subsister à cette profonde réflexion.

Le jury fut difficile à mettre en place. Tous les hommes voulaient manifester leur supériorité et asseoir leur argument sur le fait que tous les dieux raisonnables considéraient la femme comme une servante. Quant aux douze femmes, inutiles de dire qu’elles professaient déjà un credo féministe. Elles voulaient qu’enfin les hommes reconnaissent qu’elles sont leurs égales, leurs partenaires et non leurs servantes.

Le jury fut ainsi formé pour que tous les aspects soient sujets à discussion. Il fut établi que la première question serait de prouver que les trois Amazones sont bien des femmes.

Virus trouvait ce cirque tout à fait déplacé. Il ne comprenait pas que les hommes soient si peu compréhensifs envers les différences hommes femmes, tout en reconnaissant leur égalité. Il se demanda même s’il était seul à avoir connu l’amour.

Aussi, décida-t-il qu’au début, il laisserait Diogène et Yjasebien mener la stratégie de la défense des trois Amazones. Cependant, il exigea de pouvoir leur rendre visite avec Amfèpétéléplom tous les jours, pour que les Appendices ne croient pas qu’une société dans laquelle on retrouve des hommes, est automatiquement l’endroit par excellence de l’injustice et de la violence. Elles ne connaissaient pas la différence entre un homme et un macho.

Ce petit détail réglé, Virus s’installa près de Platon et tenta de le ramener à la vie.

Platon avait les yeux grands, ouverts, animés. Il reconnaissait sûrement son petit Virus, car Platon ne cessait de répéter : « Comme tu es beau, mon petit ! »

Virus pensait qu’il parlait de lui. Il prit le temps de replacer ses cheveux frisés et il se pencha sur le malade. « Je suis de retour. Ne me laisse pas tomber. » Platon se contenta d’un large sourire avant de rendre l’âme.

Virus se demandait s’il n’avait pas plutôt vu le petit Cupidon. Y paraît que les mourants, qui dépassent le corridor habituel, voient, après la lumière, un petit garçon au moment où la mort est confirmée. Dieu serait-il un petit gars ? Il n’en fallait pas plus pour que la pédérastie devienne une volonté divine.

Quelle souffrance ressentit Virus, quand il comprit que Platon venait d’y passer.

Le plan de Virus.

Platon mort, il n’y avait plus rien qui retenait Virus, à Athènes.

Virus n’espérait plus que l’esprit des gens de chez lui s’ouvre assez pour que ça vaille la peine d’essayer de leur faire comprendre ses sentiments et sa perception de la réalité.

« Ils préfèrent l’ignorance, ainsi, ils n’ont pas besoin de changer quoi que ce soit », pensait Virus.

Les aristocrates et les bourgeois ne veulent pas que l’on réfléchisse. « Penser, c’est dangereux pour leur pouvoir, surtout quand celui-ci est assis sur les mensonges religieux, mensonges qui sont de la schizophrénie pure », pensait-il.

Diogène

Quand t’es bouché durant des siècles, que tu es aliéné, il ne faut pas croire que c’est possible de changer du jour au lendemain. C’est trop vite.

Tu n’arriveras jamais seul, même si tu as raison, de vouloir changer les règles « Préjudices ». Les gens pensent que ces lois vont de soi. Qu’elles n’ont pas besoin d’être remises en question, car elles ont toujours été ainsi.

Elles sont nommées « Préjudices » parce que personne ne croit qu’il faut les changer. C’est impossible de s’y attaquer. Tu ne peux qu’avoir tort. Ces lois sont ancrées chez les individus dès leur enfance.

Quand les gens pensent trop longtemps la même chose, cette chose devient comme une vérité. Notre civilisation a été établie par les choix qui ont été faits au cours des siècles. Si la prémisse était fausse au début, comment pense-t-on qu’elle deviendra vraie avec le temps ? » Se disait Diogène.

Aristote, pour une fois, lui donna raison. Ils en parlèrent tout le long du trajet, lors des funérailles de Platon.

Aristote

Pour que les gens comprennent, ils doivent l’expérimenter. Pour connaître la pédérastie, il faut la vivre, mais tous les hommes ne sont pas pédérastes. Loin de là. Si on veut savoir ce que c’est, il serait donc normal d’écouter les pédérastes. C’est la même chose pour toi. On t’imagine un démon parce que tu es tombé en amour avec une petite fille. Que veux-tu, ici, il faut tomber en amour avec un garçon pour être normal. Le contexte crée la loi.

Si tu étais né dans un siècle, où la société est hétérosexuelle, tu n’aurais pas ces problèmes, car ce serait la règle générale. Le mode de vie accepté par la majorité est le malheur pour les autres qui débordent de la norme. Les minorités sont toujours vues d’un mauvais œil.

Puisqu’on en est encore à se demander si une Amazone est une femme, il faudra des décennies de bons arguments, seulement pour amener la discussion. Ils ont dans la tête que ce n’est pas le cas.

Que tu fasses n’importe quoi, ils ne changeront jamais d’avis. Ils croient qu’ils ont raison, car ils pensent tous la même chose. Comme tout le monde croit dans les dieux. On s’imagine que si tout le monde pense la même chose, c’est la preuve que c’est vrai.

C’est ainsi que tout le monde a cru que la terre était plate.

Diogène

La foi aveugle est une paralysie complète du cerveau.

Ivoitou

Tu n’as pas à t’en faire, mon petit. Tu ne croiras pas ce que je vais te dire présentement.

Un jour, au Québec, les féminounes essaieront de faire croire que la pédérastie n’existait pas en Grèce antique. Elles rejetteront le fait que les plus grands esprits sont issus de cette façon de vivre. L’amour qui existe entre le maître et son apprenti ou son serin. Elles nieront l’histoire, juste pour avoir raison. Juste parce que ces femmes veulent être les seules à pouvoir approcher la jeunesse. Elles sont incapables de comprendre que certains jeunes garçons connaissent un fort plaisir à être caressé par un homme.

Savoir qu’on a tort et essayer de continuer de faire croire en ses mensonges, c’est de la malhonnêteté intellectuelle. C’est le propre de la bourgeoisie. Une idéologie de têtes enflées et de salauds.

Au Québec, ce sera surtout une question de paranoïa féminine. Les féminounes seront d’ailleurs soutenues dans leur haine par les tribunaux et la pègre. C’est pour cette raison que les gens reconnus coupables de pédérastie seront battus par les prisonniers. Ça n’a rien d’étonnant puisque la prostitution doit être sous l’emprise de la pègre pour être payante. Si la prostitution était libre et un droit individuel, la pègre perdrait énormément de revenus. Par ailleurs, aucune société évoluée ne peut pas accepter le proxénétisme.

Si la prostitution individuelle était acceptée, on aurait plus à protéger les soi-disant victimes. La police et les mouvements de soutien n’auraient plus de subventions ; car, celles-ci sont justifiées par les cas résolus. Aucune victime, aucun besoin.

Tout devrait être permis sur un plan sexuel tant qu’il n’y a pas de violence ou de domination.

Le libre arbitre ne serait plus ainsi une grosse farce.

Mais cette liberté n’existera jamais, car il faut maintenir la condamnation et la peur pour justifier ces mises de fonds.

Cette nouvelle perspective amena Virus à organiser un plan d’évasion pour les trois Appendices. Il fut entendu que Diogène et Aristote retiendraient l’attention pendant que les autres se sauveraient avec les Appendices et regagneraient l’île de Lesbos.

D’autre part, Croisos accepta, même s’il en voulait à Virus, de s’occuper des manifestants chez Platon.

À son retour de la cérémonie d’adieu, après avoir un peu bu, Croisos décida de sortir et de haranguer cette foule d’esprits pervers, car on ne peut concevoir le mal que si on le fait.

« Voir le mal chez les autres, c’est de la projection. On voit la haine que l’on porte contre soi chez celui que l’on blâme », pensait Croisos

Croisos (en criant)

Juger les autres, c’est comme les voler. Calomnier, c’est tuer. Vos sales gueules manifestent sans même connaître ce dont elles parlent. Elles sont la honte de la Cité.

Croisos était bien conscient que si Ypontife n’avait pas persécuté Virus et Platon, jamais une telle situation ne serait survenue. Croisos commençait à croire que les esprits pervers sont du côté de ceux qui se prétendent purs. Les peureux sont souvent des scrupuleux qui ont perdu le contrôle de leurs dictats.

Au moment où il allait entrer dans la maison, des manifestants se séparèrent et s’attaquèrent à Croisos, par derrière. Ils le tuèrent avec une dague.

Croisos baignait dans son sang quand les soldats arrivèrent pour arrêter les Appendices, déjà en cavale, et les ramener à leur procès.

La chasteté était vengée, mais la charité et l’ouverture d’esprit mouraient avec Croisos.

Dorénavant, la ségrégation s’était installée dans la sexualité. Il y aura les bons et les méchants. Les prétendus bons seront toujours la majorité hétérosexuelle et les méchants seront ceux qui vivent une sexualité différente à celle de la majorité.

Les règles bourgeoises engendreront la création de clans et d’échanges économiques. Petit à petit, la famille nucléaire deviendra la seule norme acceptée.

No comments yet

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueueurs aiment cette page :