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Les puces (4)

mai 30, 2020

PHILIPPE

C’est un souvenir de mon fils qui s’est suicidé et il n’y a pas un maudit qui va y toucher.

GASTON

T’aurais pu le dire avant. Mais, je tiens à t’avertir… la décoration dans la maison (en haussant la voix) c’est MON AFFAIRE.

PHILIPPE

T’as rien et tu vas décider OÙ (il insiste) TU (il insiste encore plus) vas mettre nos affaires et lesquelles en plus, j’imagine… Pour qui te prends-tu? Le roi?

GASTON

Non! Le colocataire qui a aussi ses droits. Tu passes ton temps à me dominer… j’en ai assez.

Philippe est sidéré. Il a de la difficulté à retenir sa colère. Il replace les chaises autour de la table avec fracas. Il s’avance vers Gaston comme pour le confronter.

PHILIPPE (avec mépris)

Moi, te dominer? T’es malade! Je ne domine même pas la situation. Quant à toi, c’est vrai que tu n’as presque rien à dominer. Tu n’as rien qui t’appartient.

GASTON

J’ai signé le bail. C’est moi le locataire principal. Si tu n’es pas content, crisse ton camp! D’ailleurs, puisqu’on a payé moitié-moitié, on va l’appliquer tout de suite.

Gaston se rue vers les armoires. Il y déplace tout. Mettant ses affaires d’un bord et celles de Philippe de l’autre. De son côté, les tablettes sont pratiquement vides alors qu’il doit mettre sur la table les choses de Philippe qui n’entrent plus dans leur « espace réservé ». Elle est vite remplie.

GASTON

Je ne veux plus que tu touches à MES (insistant) AFFAIRES. PHILIPPE

Je ne l’ai jamais fait.

GASTON

Qu’importe! À partir de maintenant, chacun pour soi!

PHILIPPE

OK! OK! Je reprends tout ce que je t’ai passé. Le lit. Le bureau pour ton ordinateur, la lampe sur la table de cuisine. Bonne chance! Maudit niaiseux.

GASTON

On sait bien, t’as presque tout. Tu peux tout reprendre. J’aime autant ne rien te devoir.

Gaston se dirige vers sa chambre, le temps de reprendre un autre ton, sans perdre la face.

GASTON

Bon. Disons qu’on oublie ça. C’est fou le moitié-moitié. Je te permets de mélanger mes choses aux tiennes à condition cependant que ça fasse plus d’espace à tous les deux.

PHILIPPE

Tu deviens raisonnable. Si on doit vivre ensemble, on doit essayer de se rendre la vie agréable au lieu de toujours se chicaner.

GASTON

C’est l’évidence même. Mais, je ne serais pas ici, si tu ne m’y avais pas obligé.

PHILIPPE

Obligé? Je ne t’ai jamais obligé à quoi que ce soit. Tu m’as écrit un poème d’amour, me menaçant de te suicider, si je te rejetais moi aussi. T’étais tellement en détresse que j’ai décidé de me sacrifier pour te sauver la vie. J’ai tout laissé pour toi.

GASTON

Ce n’est pas ça du tout. On m’a informé que tu paniquais, tu trouvais que la police cernait trop notre mouvement révolutionnaire. On a eu peur que tu fasses tout manquer à cause de ta maudite panique. Je suis ici pour t’appuyer parce que tu es trop lâche pour faire face à la musique. Tu te sauves de toi-même comme si tu étais le seul à avoir été repéré. Tu n’avais qu’à ne pas attirer l’attention avec tes affaires de cul, si tu ne voulais pas être dérangé.

PHILIPPE

Je peux me passer de ton aide. Je n’ai pas plus peur que les autres membres  de la cellule. Ils s’imaginent peut-être que je suis le seul à vivre une vie sexuelle en dehors du mouvement. J’ai déménagé parce qu’on m’a affirmé qu’on ferait une équipe du tonnerre ensemble…

GASTON

Ce n’est pas ce que l’on m’a dit. On dit que tu déménages tout le temps parce que t’es trop parano pour demeurer plus d’un an à la même place.

PHILIPPE

Je ne me sauve pas. Je demeure où je peux, selon les besoins. Si j’ai terminé ma mission, il faut bien que je déménage. C’est vrai que je n’ai pas la vie facile, ces temps-ci. Le suicide de son enfant unique, ça gruge en maudit  un  caractère. Tu devrais comprendre.

GASTON

Ce n’est pas une raison pour me mépriser.

À ces mots, Philippe regrette de s’être laissé emporter et d’avoir agi comme s’il

n’affectionnait pas particulièrement Gaston.

Pendant une seconde, il se demande si cette rencontre ne servait pas à essayer inconsciemment d’oublier son fils.

Il essaie donc, lui aussi, de changer de ton. Il s’approche de Gaston et vient pour lui passer la main dans les cheveux, mais il se retient et arrête son geste.

PHILIPPE

C’est absolument faux, ce que tu dis là. Si j’avais le moindre mépris pour toi, je ne serais pas ici. Je t’aime à ma façon. Tu as peut-être un caractère de fou; mais je trouve que tu as un talent tout aussi fou. Il faut donc te laisser t’exprimer… même à travers les bêtises d’un gars de ton âge.

Gaston est flatté. Il se rapproche de Philippe, visiblement pour en entendre davantage.

GASTON

Tu es le premier qui me dit que j’ai du talent. Venant de toi, ce n’est pas rien…

PHILIPPE

Je le crois vraiment, mais je ne veux pas que tu t’enfles la tête davantage, elle est déjà assez grosse comme ça.

Philippe lui caresse la joue et Gaston a enfin un sourire.

GASTON

Tu me mens peut-être, mais je te crois parce que je sais que j’ai un talent fou.

PHILIPPE

C’est malheureux que l’on s’engueule tout le temps. Peut-être est-ce ma faute? On ne change pas à mon âge. Puis, j’ai de la difficulté à m’endurer moi-même ces temps-ci.

GASTON

Laisse donc un peu ton passé. Pense à nous. Au merveilleux hasard qui fait que nous soyons ensemble. Tu es un merveilleux poète et moi aussi. Mais, tu ne connais rien en théâtre et même si je suis beaucoup plus jeune que toi, je peux t’être mauditement utile.

PHILIPPE

T’as raison. Mais, ce n’est pas facile d’oublier quelqu’un qu’on a autant aimé. La mort de mon fils me tue.

Philippe se tourne pour ne pas laisser voir qu’il pleure. Gaston le prend dans ses bras et l’embrasse sur les joues. Philippe s’abandonne aux caresses.

Philippe se rend à l’armoire et sort un plat, puis, au frigidaire, où il prend deux

« steaks ».

PHILIPPE

Je fais à souper. On le mérite bien. On a assez travaillé.

Philippe verse une tasse de riz et une tasse d’eau dans un plat. Il prend un poêle.

PHILIPPE

Comment veux-tu ton steak?

GASTON

Laisse faire, je n’en veux pas. Je vais me faire mon souper moi-même.

PHILIPPE

Je ne comprends pas. Un steak ce n’est pas assez bon pour toi? Je te l’offre de bon cœur.

GASTON

Je ne peux rien prendre de toi. Je dois protéger mon indépendance. Tout ce que je veux de toi, tu ne veux pas me le donner.

PHILIPPE

Encore cette maudite histoire d’amour. T’es fatigant avec ça. Ce n’est pas parce qu’on se ferait l’amour qu’on s’aimerait. Je ne sais pas dans quel maudit livre t’as pris ça.

Si je suis avec toi, c’est parce que tu as du talent. Pas autre chose. Parce qu’on rêve tous les deux de créer un nouveau pays. C’est comme ça. Je te vois comme un petit Mozart assassiné par l’establishment et l’argent. Au Québec, on déteste les radicaux. Ils sont trop lucides. Tu es un danger venu du futur.

GASTON

Moi, un agent? Tu peux bien manger de la merde… Je n’ai rien à faire avec la police. La police a défoncé chez moi aussi parce que j’écris. Elle cherchait aussi mes textes. Le Québec est actuellement un état policier.

PHILIPPE (insistant)

Je n’ai pas dit agent, j’ai dit « argent ». Si je pensais que tu es un agent double, je ne vivrais pas avec toi une seule seconde.

Gaston se lève. Il prend une assiette et y dépose deux tranches de pain qu’il graisse généreusement de beurre de peanuts.

PHILIPPE (Philippe ahuri, mange Gaston des yeux)

Tu ne me feras quand même pas ce coup là. Comment veux-tu que je mange en paix du steak quand tu t’offres du beurre de peanuts?

GASTON (provocateur)

Monsieur veut avoir bonne conscience. Il ne peut pas tolérer le vrai visage de la pauvreté. Eh oui! C’est ainsi. Monsieur ne  paye plus de vin, depuis qu’il me  tient. Je suis devenu un poids. Un esclave.

PHILIPPE

Ah bon! Monsieur Gaston veut du vin maintenant. Le steak ne lui suffit plus. Et, évidemment, c’est moi qui paye.

Philippe sort machinalement son portefeuille. Il n’a que 20 $.

PHILIPPE

Tu vois bien que je n’ai pas les moyens de garrocher l’argent par les fenêtres.

GASTON

L’autre soir, t’étais pourtant assez riche pour payer la bière à André.

PHILIPPE

Ce n’est pas pareil.   Je voulais le récompenser parce qu’il venait de nous trouver un appartement.

GASTON

Un trou, tu veux dire. Un nid de puces.

PHILIPPE

Tu prétendais pourtant l’aimer. C’est toi qui as plaidé pour qu’on s’installe ici.

GASTON

Ne change pas de sujet. Avec André, pas problème. Tu lui achèterais le ciel et l’enfer. Penses-tu que je n’ai pas vu lui faire les yeux doux?

PHILIPPE

En plus d’être obsédé, Monsieur est jaloux.

Philippe, fatigué de cette nouvelle discussion inutile, lui fait une grimace, mais tend le 20 $ à Gaston

PHILIPPE

Rien au-dessus de 15 $, j’ai besoin du reste pour manger demain à la cafétéria. J’ai deux cours. Je ne peux pas y assister le ventre creux.

Gaston sourit. Il prend victorieusement l’argent, son manteau et son petit foulard et s’élance vers la porte.

PHILIPPE (désabusé)

Tu pourrais au moins laisser ton petit maudit foulard ici. Tu n’es pas obligé d’avoir l’air fou.

GASTON

C’est tout ce que j’ai, et je m’habille comme je veux.

PHILIPPE

Attends un peu!

15— Maison — Chambre de Philippe — Vers 18 h 30-        15

Gaston quitte l’appartement.

Philippe se rend à son garde-robe. Il examine quelques habits, des manteaux, des pantalons et en met quelques-uns de côté pour Gaston.

À son retour, Gaston crie : « Philippe! Philippe! », puis se rend dans la chambre de celui-ci.

PHILIPPE

Essaie ça!

Philippe lui présente un habit assorti d’une veste. Gaston, visiblement heureux, lui remet le 5.50 $ et enfile l’habit, mais les pantalons sont deux fois trop grands à la ceinture.

GASTON

Ce n’est pas grave. Je vais mettre la veste et le manteau.

PHILIPPE

Ça n’a pas de sens. Ça ne se fait pas. C’est un tout. Sans ça, ça l’air fou.

GASTON

Si moi, j’aime ça, ça pas d’importance.

Gaston saisit le manteau d’automne. Il l’enfile avec fierté.

GASTON

Un vrai manteau de la gauche.

Philippe sourit. Il est visiblement joyeux de voir Gaston heureux. Philippe retourne à la cuisine où il met une dernière main au riz et fait cuire les steaks pendant que Gaston est de bonne humeur. Ce dernier place deux chandelles et fait brûler de l’encens.

Gaston tout sourire, la veste et le manteau sur le dos, avec une cravate, mais une paire de jeans.

GASTON (excité)

Il ne faut pas manger tout de suite, il faut d’abord fêter notre union…

Philippe sursaute au mot union. Il regarde Gaston, vient pour l’engueuler, mais le sourire ce celui-ci est si radieux qu’il n’en est pas capable.

GASTON

Tu récites le poème qui te représente le mieux et nous trinquerons au pouvoir des mots.

Philippe prend son manuscrit de L’amourajeux et cherche son poème. On entend alors la chanson « Le mouton noir », de Plume Latraverse, à la radio. Terminé, Gaston baisse le son du poste de radio.

Philippe récite ensuite « À droite toute »…

Quand il a terminé, Gaston applaudit à tout rompre, mais Philippe lui fait signe de garder le silence quand on entend en sourdine « Cette blessure »,  de  Léo Ferré.

Philippe s’approche et lève un peu le son…

GASTON

Maudit que j’aurais aimé avoir écrit ce texte. C’est bien toi : deux passions : la beauté des petits gars et la liberté de notre nouveau pays, la République du Québec.

PHILIPPE

Une seule et même passion. La jeunesse et le pays.

Philippe et Gaston trinquent.

Ils soupent en silence avec avidité. On y entend « Québec, mort ou vivant », de Pauline Julien. Puis, c’est un classique, le Boléro, de Maurice Ravel.

GASTON

Les 70, c’était le bon temps. T’as pu connaître tous les grands de notre littérature. Parle-moi un peu de Miron et Langevin. Tu les as connus, toi.

PHILIPPE

C’étaient des monuments. Godin, le sourire, l’œil taquin ; Miron, l’intelligence, la parole et ce cher Gilbert Langevin, la lucidité incarnée, l’engagement contre la misère des petits. Les vrais piliers de notre culture.

GASTON

Ce qui est écœurant, c’est qu’à cause de mon âge, je ne les aurai jamais rencontrés.

PHILIPPE

Tu ne seras pas le seul. Très peu de jeunes les connaissent. Au Québec, on n’a pas encore compris que la culture, c’est le pays.

Philippe devient soudainement triste.

Gaston se lève et tire du sac une deuxième bouteille de vin.

GASTON

Surprise!   J’en ai aussi payé une. Fêtons d’être ensemble.

PHILIPPE

Je suis d’accord; mais je veux que tu saches que je suis dû pour Haïti. Je suis écœuré d’être ici, dans un pays de féminounes.

GASTON

Je te vois en Haïti, rôtir au soleil avec ton problème de peau. Tu serais pire qu’un Bar-B-Q.

Philippe se met à rire comme un fou.

PHILIPPE

Enfin libre! Plus de dictature féminoune, plus de fédérastes…

GASTON

Fuck  les femmes!  Vive le célibat et l’amour gai…    Comme ça t’as vraiment eu une aventure avec un jeune quand tu t’es fait prendre? Je ne comprends pas pourquoi maintenant tu ne veux plus rien savoir. Était-il plus beau que moi?                               Je ne suis pas si vieux que ça, je ne suis pas encore passé date pour un pédéraste.

PHILIPPE

T’as rien compris. L’amour, ça ne se commande pas. Il a eu peur que je le trompe et il a voulu se venger…

GASTON

Oublie ça. Je suis là maintenant. Ce n’est pas le temps d’être triste. Chantons un peu, ça te fera oublier un peu.

Philippe et Gaston finissent la bouteille de vin en chantant « Chevaliers de la Table ronde ».

18— Intérieur — Maison — salon – 18

Après avoir chanté, ils se rendent au salon où ils écoutent de la musique particulièrement du Léo Ferré.

On entend Ferré : « Le problème avec la morale, c’est que c’est toujours la morale des autres.»

Philippe prend le livre Tribunal d’honneur. On entend le Concerto no 1, de Tchaïkovski, pendant qu’il lit.

Gaston s’approche et pose sa tête sur son épaule. Il regarde Philippe amoureusement.

Philippe sourit à Gaston et enlève lentement la main de Gaston qui se glisse vers son entrecuisse.

Puis, on entend Bob Marley dire : « Don’t worry, be happy »

Philippe pleure, car c’était la chanson favorite de son fils ainsi que le message qu’il avait laissé lorsqu’il s’est suicidé quelque trois ans plus tôt.

Gaston essaie, impuissant, de consoler Philippe. Il le prend dans ses bras, mais Philippe s’en défait avant de se rendre dans sa chambre. Gaston l’entend pleurer et dire :

PHILIPPE

Maudite vie! Je serais mieux mort. Pourquoi? Pourquoi t’es-tu enlevé la vie?

19— Intérieur —   Maison — Chambre de Gaston —  Nuit.     19

Gaston arrête la musique et s’en va dans sa chambre. Il s’étend sur son matelas dans le centre de sa chambre. Il fixe le plafond.

GASTON

Philippe!   Philippe?   Dors-tu?

PHILIPPE (voix hors champ)

Pas encore. Mais, si tu peux te taire, ce ne sera pas long…

GASTON

Ce n’est pas juste. Moi, je couche par terre et toi t’as un beau lit douillet.

PHILIPPE

Veux-tu te fermer, pis dormir! (il lève la voix)

20— Intérieur — Chambre de Gaston — Chambre de Philippe – nuit — 20

Gaston se lève. Il est nu. Il se rend dans la chambre de Philippe au pied de son lit. Il appelle Philippe, empruntant une voix braillarde.

GASTON

Philippe! Je peux juste venir coucher à côté de toi? J’ai trop mal au dos sur ce

matelas-là. Si je ne peux plus dormir et que je tombe malade, ce sera de ta faute. T’auras tué un écrivain (avec une voix encore plus insistante).

PHILIPPE

Arrête de jouer au bébé!

GASTON

J’ai mal au dos (avec une voix de plus en plus braillarde)

PHILIPPE (impatient)

OK, d’abord! Mais, tu restes de ton bord. Tu ne me touches pas.

Gaston est  heureux.  Il  se  rend  près  de  la  fenêtre  et  l’ouvre  toute  grande. Il s’enfile ensuite  auprès  de  Philippe,  tenant  bien  ses  distances,  au  début.  Il regarde la fenêtre, espérant que le froid fera le reste. Il sourit.

Effectivement, Philippe finit par se coller sur  lui.  Gaston commence du  bout  des doigts à le caresser sur la  poitrine,  sans  que  Philippe  s’y  oppose.  Gaston le caresse avec insistance jusqu’à ce que Philippe se tourne et lui rende la pareille. Philippe, à son tour, effleure le dos de Gaston du bout des doigts.

Gaston essaie sans succès d’embrasser Philippe. Gaston est surexcité. Il met toutes ses énergies. Il prend la main de Philippe et la place sur son sexe.

Puis, Gaston se penche et suce Philippe. Philippe se laisse faire. Il caresse la chevelure de Gaston, de plus en plus excité. Gaston constate que Philippe garde toujours les yeux fermés quoiqu’un large sourire trahisse sa profonde satisfaction. Philippe, après voir éjaculé, repousse la tête de Gaston. Il se relève et fume une cigarette.

PHILIPPE

Ça fait si longtemps, je ne me rappelais pas que c’était aussi divin.

GASTON

Je savais que t’étais pour aimer ça. Tu n’avais qu’à te laisser aller. Pourquoi as- tu toujours gardé les yeux fermés?

PHILIPPE

Pour mieux goûter tout, même si je ne veux pas y prendre goût. C’est plus important de l’écrire, de le chanter; mais comme tu dis pour ce faire, il faut d’abord le vivre…

GASTON

C’est tellement plus agréable de vivre que de le chanter…

PHILIPPE

Si je veux continuer ma carrière d’enseignant, je n’ai pas le choix. Je dois me plier aux normes et vivre en hypocrite.

GASTON

Pas du tout. J’ai l’âge de consentement. Nous avons le droit. Le système est assez fou qu’il veut maintenant établir un nombre d’années maximum entre les deux amants pour s’assurer que les vieux ne touchent pas aux plus jeunes. Quelle Gestapo! Ils font semblant de vouloir nous protéger, mais tout ce qui les intéresse c’est de nous dominer, de diriger jusqu’à notre sexualité, la source même de notre personnalité. Il n’y a pas d’âge qui soit mieux l’une que l’autre. De quoi se mêle-t-on? Bandes de fascistes!

PHILIPPE

Merci de la leçon. Je vais prendre un coke dans la cuisine. Ce fut tout simplement divin…

Philippe embrasse Gaston pour le remercier.

21— Intérieur — Chambre de Philippe — Corridor — Cuisine — nuit – 21

Philippe éteint sa cigarette et se dirige vers la cuisine, après avoir enfilé des boxers.

Gaston le suit, il est toujours nu.

Dans la cuisine, Philippe verse deux verres de coke alors que Gaston s’appuie sur le bord du poêle.

Soudain, Gaston râle, il lève la tête. Il a les yeux révulsés.

PHILIPPE (en plaisantant)

Arrête-moi ça. Je sais que je t’ai excité, mais pas au point de faire une crise d’épilepsie.

Gaston s’écroule sur le plancher au pied du poêle. La bave commence à lui sortir de la bouche. Il sautille de partout.

Philippe tourne Gaston sur le côté et lui relève légèrement la tête vers l’arrière. Il court ensuite dans la chambre de Gaston. Il ne voit aucun médicament, mais un petit sachet portant encore les marques de ce qui semble être de la drogue.

22— Intérieur — maison — chambre de Gaston – nuit — 22

Philippe cherche un sous-vêtement pour Gaston. Il soulève le pantalon étendu

sur la chaise. Les poches sont vides. Puis, il empoigne le manteau qu’il tient à l’envers. Un portefeuille tombe sur le plancher ainsi qu’un badge de policier.

Philippe est secoué. Il se penche et ramasse le badge. Il le  regarde  longuement. C’est bien un badge de la GRC.

PHILIPPE

Ce ne peut pas être vrai! Il ne peut pas être un policier. Pourtant, c’est l’évidence même.

Philippe est furieux. Il replace le badge d’un geste fou dans les poches du manteau. Il est de plus en plus nerveux. Il est si stupéfié qu’il commence à se frapper la tête sur le cadre de la porte de chambre, en répétant.:

PHILIPPE

Ah! Le sale! Le sale! J’aurais dû me méfier davantage. C’était trop beau. Un jeune qui était tombé amoureux de moi. Je n’a urais jamais dû le laisser me toucher. Je suis bien puni maintenant.

Il frappe à coups de poing dans le cadre de porte. Des larmes coulent sur ses joues.

23— Intérieur — Maison — Cuisine — nuit – 23

Philippe revient dans la cuisine. Il est surexcité à l’idée que son jeune ami puisse être un policier qui aurait infiltré la cellule dans laquelle il fait partie intégrante. Il ne sait plus exactement comment se comporter. Doit-il se sauver de Gaston ou le laisser crever? Il ne sait plus que faire. Il appelle finalement le 911.

Il essaie inutilement de lui enfiler des sous-vêtements ; mais Gaston est trop mou. Il le tourne aussitôt sur le dos. Quand Philippe arrive à lui glisser des sous- vêtements dans chaque jambe, il ne peut pas les monter assez, car Gaston a

une jambe prise chaque bord de la patte de table. Il regarde Gaston nu, le sexe pendant.

PHILIPPE (à haute voix)

Je ne peux pas le laisser ainsi. Les secours vont arriver et ils peuvent se servir de ça contre moi.

Il se lève prend le téléphone et compose 911.

PHILIPPE (à haute voix)

Je vais leur dire de ne pas venir, qu’il va maintenant beaucoup mieux.

Philippe tourne en rond, le téléphone à la main, le numéro partiellement composé.

PHILIPPE (à haute voix)

Je ne peux pas le laisser de même. Flic pas flic; cochon pas cochon; c’est un être humain, kâliss! Je ne peux pas le laisser mourir…

Philippe   raccroche    bruyamment   le    téléphone,   marquant   sa   contradiction intérieure.

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