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Virus 10

juillet 2, 2020

Les troubles commencent.

Dès qu’Amfèpétéléplom s’est présentée au travail à la mine des marais, un patron est venu l’avertir qu’elle ne pouvait plus occuper son poste et qu’elle était transférée au triage. Un endroit beaucoup plus dangereux où des accidents souvent mortels survenaient souvent.

Évidemment, Virus fut immédiatement averti par des compagnons et décida d’aller plaider la cause de sa petite amie.

Patron

De quoi te mêles-tu ? Tu l’as achetée, c’est vrai, mais en ce faisant, tu lui enlèves le titre d’esclave et, comme tu le sais, aucune femme libre n’a le droit d’être employée à certaines tâches de la mine. C’est contre les règles.

Une femme mariée doit s’occuper de sa famille et de la gestion de la ferme de son mari. Sa priorité doit être de procréer et d’élever les enfants . Ça permettra à l’homme de s’occuper de politique. C’est la règle. Voilà tout.

Virus

Mais, c’est complètement débile. En quoi n’est-elle plus capable de fournir le même travail qu’avant? Qu’elle soit esclave ou libre, elle peut laver l’or. Elle le faisait avant.

Patron

Je le sais. Sache que je n’ai rien contre ta petite amie; mais la cité en a décidé ainsi. Les lois, c’est fait pour tout le monde. La loi, c’est la loi.

Virus

Je suis tout à fait d’accord quand la loi a un certain bon sens. Quand elle est le fruit d’étroitesse d’esprit,  je ne vois  pas pourquoi on obéirait aveuglément. Qu’est-ce que le sexe et le statut social peuvent bien changer dans sa capacité de faire un travail ?

Patron

Ce n’est pas moi qui fais les lois. Si tu n’es pas content, tu n’as qu’à te rendre en ville et plaider pour que cette loi soit abolie.

Bonne chance ! Ça fait des siècles que tout le monde est d’accord avec cette règle. Tu crois vraiment que tu peux y changer quelque chose ?

Ce n’est pas à la société à s’adapter à un individu, mais l’individu qui doit s’adapter à la société.

Virus

On vit en démocratie. Les individus ne forment pas un troupeau bêlant qui ne peut pas décider de son sort.

Patron

Oui, justement ! Puisque tout le monde a le droit de vote et que ceux-ci se prennent à plus de 5,000 votants, je me demande comment tu peux arriver à modifier quoi que ce soit.

C’est inscrit dans nos mœurs. Personne n’acceptera de changer ce que les dieux ont soumis comme règle de vie.

Virus

La vie n’est pas réglée exactement comme ceci ou cela pour chaque individu. Les dieux ne sont pas des humains ; pourquoi pourraient-ils nous dire ce qui est mieux pour nous ?

Si on ne peut pas vivre, selon ce que l’on est, aussi bien dire que la liberté est un esclavage. Être libre, c’est  de pouvoir exercer un choix. C’est  de pouvoir  dire aussi bien oui que non.

Patron

Si tout le monde est heureux avec ce genre de règles pourquoi les changerait-on pour quelques individus? Les exceptions conduisent à l’anarchie. Comment peut-on être démocratique, si chacun peut vivre comme il l’entend?

Virus

Ça changerait quoi pour les autres que ma mignonne travaille à la mine comme avant ?

Patron

Ça changerait nos contrats. Comment le roi achètera-t­ il des produits chez nous, s’il sait que nous ne respectons pas les lois de la cité ? Il n’est pas assez fou pour risquer une révolte juste pour te faire plaisir. Pour qui te prends-tu pour vouloir vivre au-dessus de la loi?

Virus

Je ne veux pas vivre au-dessus des lois. Je ne veux pas devoir me plier à celles qui n’ont pas de sens. En quoi le travail d’Amfèpétéléplom nuit-il aux autres? N’a-t-elle pas elle aussi le droit de gagner correctement sa vie ?

Patron

Taurais dû y penser avant. Maintenant, tu dois vivre en fonction de tes décisions. Ici, seules les esclaves ont droit au travail qu’elle faisait. Un point, c’est tout !

Si tu n’es pas content, vous n’avez qu’à nous quitter.

Bon débarras, si c’est ce que tu décides.

Virus et Amfèpétéléplom durent quitter le chantier. Ils se dirigèrent chez Platon, où les nuages annonçaient un orage digne de Zeus lui-même en personne.

Virus en tabarnache !

Virus est entré à la maison en tabarnache. Dès qu’il aperçut Ypontife, il se précipita vers lui. Il le prit par le collet, mais ne le frappa point.

Il savait qu’un geste violent contre Ypontife pouvait lui valoir la mort. Platon lui avait raconté la mort de Socrate.

Platon

(Virus le réentend dans sa tête)

Socrate est un grand homme puisqu’il est mort, par orgueil, pour la Vérité. Il a tenu tête aux stoïciens. Ces stoïciens sont des branleurs de mots, comme les moralistes et les féminounes. Ils font semblant de tout connaître. Ils changent les mots pour changer la réalité. Ce sont des professionnels en« miroirs déformants». Le règne du mal et du mépris. Ils rendent coupables ceux qui sont bien dans leur peau. La morale est une forme de jalousie. Celle de ceux qui ne peuvent pas croire qu’on puisse être heureux dans sa différence. Aussi, l’accusa-t-on de corrompre la jeunesse.

Virus (s’adressant à Ypontife)

Vieux tabarnache de sale ! C’est à cause de vos maudits péchés, si le monde est aussi méchant. Vous devriez avoir honte, bande de constipés.

Le mal ne peut exister que pour ceux qui peuvent le concevoir. C’est pourquoi on dit que les enfants sont innocents, ils ne peuvent pas concevoir le mal. Le mal, c’est la haine, le mépris des autres, quel qu’en soit le degré ou sa façon de s’exprimer. Le mal, c’est la médisance et la calomnie, ça n’a rien à voir avec la sexualité. La chasteté n’est pas la pureté.

Pourquoi vos catégories de gens : hommes – femmes ; gentils – impies ; gais – hétéros ; game – agace ; blancs ou colorés? C’est le moyen le plus efficace, après l’ignorance, à être employé pour diviser les humains. Diviser, c’est régner. Ces catégories se retrouvent toutes dans notre perception de l’humanité à partir de nos expériences passées.

Les catégories sexuelles n’existent pas. Elles ont été inventées parce qu’elles permettent de se justifier et de faire valoir ses valeurs comme étant les seules acceptables.

Qu’on le veuille ou non : un homme, c’est un humain ; une femme, c’est aussi un humain. Ni plus valable, ni moins valable, l’un que l’autre. Sauf qu’à cause de vous, la femme a toujours été perçue comme la pécheresse, d’où a-t-elle peur de sa sexualité et qu’elle essaie maintenant de nous faire croire qu’on devrait aussi en avoir peur pour redevenir pur.

En créant le mal à partir de la sexualité, on crée la division, il fallait juste y penser. Et, comme les stoïciens savent très bien le faire, ils ont créé l’opposé absolu pour donner un sens au premier: le bien et le mal; l’amour et la haine ; la matière et l’esprit ; le vice et l’idéal. Les deux extrêmes. C’est la base de toutes les discriminations humaines. C’est le résultat de l’ignorance.

Une ignorance devenue, grâce à la censure, la civilisation, l’emboîtement, la tradition.

La tradition, comme vous dites, c’est le refus d’évoluer, parce que l’évolution entraîne la peur de perdre le contrôle. Le refus de connaître, parce que connaître, c’est angoissant. La vérité n’est pas toujours ce que l’on pense et ce que l’on voit.

La base de nos amours et de notre sexualité est la vie émotive.

Croisos

Comme tu as raison! Nous aussi, les jeunes, on a droit à notre sexualité. C’est aussi le plaisir, la découverte de ses sens. C’est le moyen utilisé pour se découvrir et découvrir l’autre. La communication par le non verbal. La sexualité fait partie de notre intégrité physique et psychique.

Vous n’avez pas le droit de décider pour nous de notre orientation sexuelle, sous prétexte de nous défendre d’un mal inventé par vos conventions sociales.

Un jeune qui vit une expérience sexuelle ne souffre pas. Il peut en souffrir que si les adultes lui font croire qu’il a fait quelque chose de mal. Les féminounes pensent qu’un jeune garçon souffre parce qu’il fait l’amour avec un  adulte. Elles ne peuvent pas échapper à leurs propres expériences sexuelles, mais elles ont tort, le sexe est le plaisir.

Le plaisir est naturel et nécessaire pour qu’un individu soit attiré par un autre. Sa personnalité la plus profonde, la plus inconsciente, sa libido , le guidera vers la personne qui lui apportera ce qu’il recherche, sans souvent même savoir pourquoi exactement; car son ADN, ses gênes, ont une mémoire historique et sont le fruit de milliers d’années d’essais. C’est ça l’orientation sexuelle.

Ta façon de vivre ta sexualité, c’est ta façon d’être en communication avec les autres. C’est ce qui constitue ta différence, ta personnalité. C’est la chose la plus importante pour être libre. C’est ce qui fera que tu t’aimeras ou que tu te détesteras. C’est ça, la liberté.

Vous ne nous donnez pas le droit de choisir à partir de nos expériences, simplement parce que ça vous permet de décider pour nous, de nous enfermer dans le moule. Vous voulez nous contrôler. Vous prétendez nous protéger, mais vous nous interdisez des aspects de la vie qui ne présentent aucun danger. En quoi la nudité, par exemple, est-elle un danger ? Qui a déjà fondu en étant regardé ?

Il n’y a aucun mal dans la sexualité. C’est ce qu’il y a de plus normal chez un être humain. Les attraits qui animent notre sexualité constituent notre différence.

Et, comme le dit si bien Socra te, notre différence est ce qui a le plus besoin d’être protégé. Il en est ainsi pour que nous ne soyons pas tous attirés par le même type de personnes. Une expérience de milliers d’années à travers la transmission de la vie. Et vous voulez tuer cette évolution, en la qualifiant de mal.

Virus (fulminant)

Les jeunes n’ont pas d’argent, donc, ils n’ont donc pas de pouvoir. C’est comme s’ils n’existaient pas. Les adultes décident pour nous ce qui est bien ou mal.

La vie, c’est apprendre à être autonome. C’est apprendre à avoir des responsabilités. Et, vous nous tenez prisonniers de vos jugements. Comme sil’amour et le plaisir ne commençaient qu’à un certain âge.

Bande d’imposteurs puisque vous prétendez parler au nom d’un dieu ! Bande de dictateurs puisque vous nous imposez vos valeurs, votre façon de lire la vie !

Si Amfèpétéléplom a un enfant, je suis capable de m’occuper d’elle et de l’enfant. Et, je m’en occuperai.

Qu’est-ce que ça peut bien vous faire qu’un jeune ait des relations sexuelles? Sera-t-il blessé parce qu’il est caressé?

La sexualité est à la base de la liberté, le chemin de l’amour. Ta libido, c’est ce qui te façonne comme individu. La façon de la vivre, c’est ta différence. Alors, pourquoi l’étouffer au nom d’un mal qui n’existe même pas ?

La sexualité est aussi la forme première de la communication. Si les gens sont libres dans leur enfance, ils auront appris à vivre dans le plaisir et ils ne seront pas disposés à s’en priver.

Pire, la liberté est ce qui permet la démocratie ; mais vous vous en fichez, tout ce que vous voulez, c’est avoir des sacrifices pour vous emplir les poches aux dépens de ceux qui travaillent. Parasites !

Pis, ça ne donne rien ! Vous ne pouvez pas réfléchir par vous-mêmes. On vous a dit que les choses sont comme ça, et voilà tout. Vous êtes incapable d’autonomie. Bande de moutons bêlants. Un jour, vous vous ferez tondre.

Pendant que Virus se vidait le cœ ur. Diogène est entré avec sa petite amie prostituée. Il s’approcha de Virus.

Diogène

Maudit que t’es beau quand tu es en colère!

Il saisit Virus par un bras et l’amena à l’autre extrémité de la pièce. Il riait comme un perdu.

Diogène

Viens. Je vais te caresser, ça va te calmer.

Virus

Je t’ai déjà dit de me ficher la paix. Si tu veux faire quelque chose de positif, viens m’aider à persuader l’assemblée du peuple que l’on est sexué, même si on est jeune. Il n’y a rien de mal à avoir des relations sexuelles quand on est jeune, car on ne peut pas avoir d’enfant. On éjacule que plus tard, donc, notre cerveau n’est pas touché.

Si on veut une morale sexuelle, qu’on l’enseigne, mais surtout qu’on dise la vérité. Quel’on parle de responsabilités et non de mal.

Diogène

Laisse tomber ! La foule est toujours quelques années plus jeune que ceux qui la composent. Une foule, ça ne réfléchit pas, ça suit celui qui gueule le plus. Tu veux une preuve ?

Déshabille-toi et viens avec moi. Nous serons trois à être nus dans la rue. Les gens ont peur de la nudité en dehors des jeux. La cité sera dans tous ses émois, je te le jure.

Virus

Ça ne me tente pas de me promener nu.

Diogène

Comme tu voudras. Moi, je le fais. Diogène ne parlait pas pour parler.

Il partit seul à l’entrée de la cité, se déshabilla complètement et prit une lanterne avant de s’avancer dans les rues, en criant :

Je cherche un homme ! Ecce homo!

Rien n’est plus sourd qu’un sourd qui veut être sourd.

Virus était encore trop jeune pour assumer qu’il y a sur terre des gens qui seront bouchés toute leur vie et qui ne feront jamais le moindre effort pour comprendre les autres. Ypontife et sa clique étaient de ceux-là. Ils croyaient justement posséder la Vérité, pouvoir interpréter la volonté des dieux, même si ça n’avait aucun sens.

L’oracle (citant une phrase de Simoneau)

En dehors de la procréation et de la responsabilité qu’elle implique, le sexe est tendresse, jeu, plaisir. (Jean Simoneau)

Malheureusement, cette sage méditation n’a pas été retenue sur les tablettes de Moïse. Si c’eut été le cas, il y aurait eu moins de frustrés en ce bas monde. Et, on cesserait de juger le comportement des autres.

Ypontife croyait que la règle doit s’appliquer sans tenir compte des situations. Il ne comprenait pas que Virus ait pu être touché par la misère de sa petite compagne dans les mines. Qu’est-ce que Virus allait faire dans une mine quand il avait Platon pour s’occuper de lui? Que trouvait-il de plus dans cette petite esclave, cet être répugnant de saleté ? Se demandait Ypontife.

Le fanatisme tient de la foi. Ypontife s’acharnait pour que l’on trouve cette foi aveugle dans la cité bien aimée.

Comment pouvait-il, avec ses couilles d’acier, comprendre l’appel de la nature de Virus? Il n’arrivait même pas à les entendre se frapper ensemble quand il courait parce qu’il était, en plus, un peu sourd.

Ypontife s’était déplacé chez Platon exprès pour lui rappeler que son fils n’observait pas les règles.

À sa surprise, Platon prit la défense de Virus et le présenta même comme la victime d’une morale sans cœur.

Platon

Vous condamnez Virus parce qu’il vit un amour que vous n’admettez pas. Est-ce de la violence quand on l’ostracise à ce point ? Qui est violent ? Se taire ne serait-il pas du masochisme pur? Se taire, c’est consentir. Est-il préférable de laisser s’installer une injustice sociale aussi flagrante?

Qui peut consentir qu’une majorité écrase tous ceux qui ne font pas son affaire ?

Ypontife pensait exprimer le point de vue des dieux. Il défendait un système devenu viscéralement corrompu et violent. Tuer n’est rien. Aimer est un crime .

Quant à Virus, il croyait que l’on ne peut plus survivre dans un tel monde, car il est normal de crier sa colère quand on se croit victime d’injustice.

Qui est le plus violent? Celui qui t’empêche de gagner ta vie durant dix ans pour des raisons sexuelles ou celui qui dénonce cet abus de pouvoir, ce geste purement abject?

Comment ne pouvait-il pas être en tabarnache puisqu’il venait de perdre son emploi ? Il risquait de ne plus jamais pouvoir en avoir un autre. Est-ce violent que d’essayer de faire comprendre son point de vue ?

Le seul problème : il aimait  une  jeune  fille  dans une société qui refuse le droit aux jeunes d’aimer. Tous étaient, d’une certaine manière, castrés jusqu’au mariage. Les prêtres du temps ont vite sauté sur la suggestion des ascètes et ont même créé une loi contre nature, interdisant le mariage chez les gars de moins de 27 ans. Les dieux permettent-ils toutes ces divagations ? Leur mettre sous le nez est-il violent ?

Virus aurait pu s’en tenir aux lèvres de Croisas, à la tendresse de Platon, mais malheur pour lui, Amfèpétéléplom lui était tombée dans l’œil. Il aurait pu se trouver un vieux Cicéron, lui tâter un peu le bâton de vieillesse et ainsi s’assurer une place confortable dans une ces institutions de la Cité ; mais il a désobéi à la règle, il a aimé une jeune fille. C’est là, son crime, son seul crime. Qui a le droit de désobéir à des lois stupides ?

Virus n’avait pas immédiatement compris que sa décision équivalait au prononcé d’une peine d’ostracisme.

L’ostracisme, c’est de ne pas pouvoir travailler ou participer à la vie communautaire, à Athènes, durant 10 ans. Il ne pouvait même pas faire de bénévolat.

Il faut être un peu fou pour accepter de se tenir debout devant une société qui s’arroge le droit de décider pour toi de ce qui est bien ou mal, surtout si tu es contre la violence.

Virus n’aurait jamais pensé que les humains sont, à ce point, mesquins. Il croyait vraiment qu’il trouverait vite un emploi. Aimer, ne rend pas inapte au travail, surtout en temps de crise économique.

Quelques semaines plus tard, il devait se rendre à l’évidence : quand il est question de liberté, on oublie vite que les minorités ont aussi le droit de croire autre chose que ce que la majorité ou le pouvoir prétend l’unique vérité. Et ce, sans nécessairement avoir tort.

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