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Thérèsa 10

janvier 27, 2021

Simoneau. Théâtre 25

Thérèsa 10

Le soir, tout le monde est convié à une assemblée spéciale. Mgr Lambert et M. Caouette distribuent les payes.

On décide de danser un peu. L’institutrice va chercher son magnétophone et ses disques. Mgr Lambert se révèle le roi de la grande valse. 

M. Caouette en profite pour faire remarquer à son épouse, durant un «slow», que Mgr Lambert a les mains bien agriffées aux fesses de l’institutrice.

Mgr Lambert couche chez les Caouette où, le matin, il dit sa messe sur le bord du foyer.

Mme Caouette lui demande si le slow n’est pas une danse diabolique étant donné la façon dont les femmes sont prises par les hommes. 

Mgr Lambert est catégorique : les péchés d’impureté n’existent que s’ils sont faits sans le consentement de l’autre. 

Mme Caouette affirme n’avoir jamais entendu dire ça. 

Mgr Lambert essaie de lui expliquer qu’un péché existe que si on est conscient, Il y a péché que s’il est accompli dans le but spécifique de mépriser Dieu. 

                                                Mgr Lambert

C’est bien normal qu’il y ait tout un éventail de points de vue, selon que l’on est plus ou moins scrupuleux. 

Rares sont ceux qui méprisent Dieu puisque Dieu, c’est l’Être suprême, celui à qui on doit tout. Donc, d’une certaine façon, les péchés mortels n’existent pas à toutes fins pratiques.


                                 Mme Caouette (sèchement)

Pour moi, un péché, c’est un péché.

                                   Mgr Lambert

Un esprit qui refuse de s’ouvrir pourrit vite d’asphyxie.   Cette stagnation tue l’âme. L’âme ne peut pas se nourrir que de pourriture, d’absence, de vide, de pseudo-péchés. Elle a besoin de mouvement, de vie, de liberté et d’amour. Ce sont tous des synonymes.

Le péché, ce n’est pas une caresse, un geste d’amour. Le mal, c’est l’absence de l’amour.

                                 Mme Caouette
  
On ne doit pas avoir la même religion.

                                Mgr Lambert (cinglant)

Tout fanatisme, tout intégrisme religieux est condamnable et méprisable quelle que soit la religion. L’essentiel est d’aimer Dieu et son prochain.

                      ———————————————————–


Le lendemain soir, Mgr Lambert se rend chez les mineurs célibataires. Ces derniers sont à se raconter des histoires cochonnes quand il arrive. On peut sentir partout le malaise des hommes quand ils l’aperçoivent.

                             Mgr Lambert

Pourquoi ne continuez-vous pas? Vous pensez que je suis trop niaiseux pour les entendre. Tiens. Je vais vous raconter l’histoire d’un gars qui veut se marier…

À la fin, tous rient comme des fous.

                               Ephrem

Êtes-vous capables de m’expliquer Monseigneur pourquoi tous les membres du clergé en Ontario sont ouverts, aiment faire des farces, même grivoises, alors qu’au Québec, le clergé est complètement constipé.

                                  Emmanuel

Au Québec, le clergé mène tout le monde par le bout du nez. Ici, ils auraient trop de misère.   Alors, il nous donne un peu de liberté pour nous garder. Je les vois mal dire à un bûcheron qu’il n’a aucune chance de salut parce qu’il sacre ou qu’il boit. 

Le clergé partage le pouvoir avec les bourgeois. Au Québec, Duplessis mange dans la main du clergé. Le système, c’est la pire des mafias parce qu’il permet à la bourgeoisie de se nourrir légalement, en exploitant le peuple, en lui faisant croire que c’est son bien. Par contre, aucune force n’est aussi grande qu’un peuple uni, comme une famille unie. Si les plus forts veulent être respectés, ils doivent respecter les plus faibles.

Regarde les Caouette, ils sont pires que les curés. Sa femme surtout. L’été, le chapelet à tous les jours devant la statue. C’est exagéré. Et, ne t’en fais pas, ils ne vivent pas dans la misère.
   
Caouette est comme tous les hommes. Il s’imagine avoir du pouvoir, mais le vrai, le seul boss, c’est sa femme. Elle le mène par le bout du nez et, lui, pour l’avoir, elle, il accepte de ne plus exister.

Mme Caouette étant le scrupule incarné, Caouette l’est aussi.

                             Ephrem

C’est bizarre pareil. S’il y a quelqu’un qui se fait écraser dans la Bible, c’est bien les femmes. Pourtant, elles sont les premières à revendiquer qu’on vive comme des eunuques. On dirait qu’elles ne peuvent pas s’accepter comme êtres sexués. Juste le mot cul les rend malades … Comme si elles ne jouissaient jamais. De vraies psychoses ambulantes. Toujours paranoïaques, dès qu’il y a un homme autour … Elles sont devenues tellement folles qu’on ne peut même plus faire une farce cochonne s’il y a une femme autour.

                            Mgr Lambert

Elles ne sont pas toutes comme ça, sinon elles auraient déjà un contrôle absolu.

Être trop scrupuleux, c’est plus gravement malade que pas assez. Cela signifie qu’on accepte que d’autres définissent pour nous ce qui est bien ou mal ainsi que notre raison de vivre.
                     
                              Ephrem
 
Si tous les curés étaient comme vous, peut-être que la vie serait plus endurable. Mais, il y a toujours les purs de la tolérance zéro et automatiquement de l’intelligence zéro. 

Des hommes et des femmes qui ne vivent que pour la beauté de leur corps et la force de leurs muscles, tout en ayant un esprit borné. Ce sont des gens incapables de se développer l’esprit. Ils ne sont pas foutus un brin de comprendre combien il serait paradisiaque de vivre dans un monde de tolérance. 

Vivre et laissez vivre. La vie privée est sacrée tant qu’elle respecte l’autre.

Mais avouez que si tout est péché, c’est plus facile de contrôler le monde, n’est-ce pas? Plus il y a de règles, plus il y a de chances qu’un grand nombre les transgresse.   La culpabilité, c’est le germe de l’esclavage, du colonialisme.


                                    David

Tu vas un peu loin, mon gars. Dieu, dans sa sagesse, ne nous a pas donné ses
commandements pour rien.

                             Éphrem

Dieu est un esprit. Quand il dit comment agir avec notre corps ou nos sentiments, il parle à travers son chapeau ou plutôt les curés parlent pour lui. On lui fait dire, ce qu’il n’a jamais voulu dire.

J’ai bien de la misère à croire qu’il soit aussi écœurant qu’on nous le montre dans la Bible. D’ailleurs, toute les Églises sont multimilliardaires.

                                Mgr Lambert

En fait, il n’y a qu’une seule règle vraiment importante. Aime-toi comme tu aimes ton Dieu et aime ton prochain comme toi-même pour l’Amour de Dieu. Dieu est amour. C’est ça, l’essentiel.

Mgr Lambert retourne chez les Caouette avant de quitter la mine.

                           Mgr Lambert (aux Caouette)

 Si j’étais vous, je me méfierais d’Éphrem. Il comprend trop vite. C’est un gars dangereux.

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Le mineur qui va chercher la boisson s’engage sur la rivière.

À un moment donné, la glace se rompt et il s’enfonce avec son chargement dans l’eau. 

Heureusement, un de ses camarades l’entend crier et le sauve. Il l’amène dans une famille à Longlac pour se sécher et y passer la nuit.

Le lendemain matin, puisqu’il n’est pas entré, c’est la battue générale pour le retrouver. La recherche est complétée quelques heures plus tard, grâce aux traces retrouvées dans la neige et sur la glace. En voyant le trou, on le croit mort. C’est la tristesse au village.

Le midi, il arrive avec son ami sauveteur. C’est la consternation à la mine.

Caouette s’informe. Il a des doutes, avant même que les commères aient ouvert le bec. 

                                  Caouette


Que faisait un mineur dans le bois au coucher du soleil ?
     
Les mineurs décident de cacher aux Caouette que celui-ci achète de la boisson pour toute la communauté, personne n’a le droit de boire comme l’exige un gros actionnaire, les Lacordaire.  

Les femmes, réunies pour laver leur linge dans un coin de la salle commune aménagée à cette fin, prétendent que cet accident est un avertissement divin. Un homme saoul, c’est un batteur de femmes potentiel. Elles décident d’en parler aux Caouette.

Il est évidemment expulsé sur le champ, même si avant de monter à la Thérèsa, il a vendu sa ferme. 

Il vendait la boisson pour améliorer le sort de ses sept enfants. Il sait d’où vient la dénonciation. Il est furieux.

Avant de partir, il se rend à la salle des lavages voir ces dames.

                                      Mineur (furieux)

Vous êtes de belles salopes avec vos grandes langues sales !  

Vous pouvez bien vous grattez le cul sur les bancs de la petite chapelle à tous les matins, je suis certain qu’un jour vous aurez à payer pour tout le mal que vous avez fait à ma famille.

                                    Solange

Tu n’avais qu’à suivre les règles. Nous avons fait notre devoir. Quand on est montées ici, ce n’était pas vivre en enfer. Ici, ce sont les femmes qui mènent, même si on est que quelques-unes.

                                     Mineur

Un jour vous paierez pour votre manque de charité. Des âmes pures comme les vôtres, ça salit la beauté de la création par leur présence. Vos langues, vos sales langues, mangeuses de prochain, ce doit être pour ça qu’Êve a été chassée du paradis. Comment peut-on vivre dans une société assez débile pour encourager de se couillonner ?
 
Quand j’étais petit, un «stool», c’était un sale. Ça demeure un sale, que ce soit un homme ou une femme. Un «stool», ça mérite d’être exclus de tous. C’est de la pourriture ambulante. Il n’y a que la police, une race foncièrement obsédée par le crime, et les féminounes, une race foncièrement paranoïaque, qui peuvent rêver d’une société où les mouchards ont une valeur quelconque… Un mouchard, ça vaut moins que de la merde.

Vous pouvez continuer de bouffer votre prochain, d’avoir peur de tout ce qui est mâle. J’ai compris, moi, que les hommes n’existent plus dans la structure de certaines familles, l’état les a supplantés comme pourvoyeur. 

Maintenant, il suffit de remplacer l’homme comme géniteur et vous aurez votre pouvoir tant recherché : le pouvoir absolu. 

L’homme n’aura plus d’espace à occuper. Ce sera la dictature du matriarcat. Voilà longtemps que j’ai compris.

Votre système crée des lois sachant qu’aucun homme digne de ce nom ne pourra les respecter à cent pour cent. Vous culpabilisez celui qui les enfreint afin que les hommes justifient eux-mêmes leur sentence. Ils deviennent leur propre prison. C’est habile. 

Mais, vous échouerez parce que vous n’avez jamais su accepter qu’un humain ait un corps.   Vous serez des anges déchues tant que vous n’aurez pas compris cette vérité de la nature. Une vérité que le patriarcat a su exploiter avant vous, mais contre vous, en inventant les modes.

Les femmes ne seront pas libres et heureuses tant qu’elles n’auront pas échappé à ce que le patriarcat avait créé pour les emprisonner : le péché de la chair et la femme tentation.

Notre société ne saura pas survivre, si elle ne comprend pas qu’il faut abolir ces deux modes d’esclavage pour en arriver à une égalité entre l’homme et la femme, à l’indifférenciation des rôles, des sexes afin de vivre un véritable partenariat.  

L’Homme, avec un grand H, est sur terre pour être heureux … 
      
                       Solange (s’approche et parle à voix très basse)

C’est pour ça que tu dois disparaître de notre communauté. Tu as compris, le pouvoir de chantage qu’auront dorénavant les femmes. Bientôt, il n’y aura que les femmes au pouvoir avec leurs hommes qui se prennent pour des femmes. 

Les vrais hommes seront totalement bannis, annihilés, INEXISTANTS, de la structure familiale. Vous devrez vous trouver d’autres trous.

                                 Solange

Que tu le veuilles ou pas, tant que la femme contrôle l’éducation des enfants, c’est elle qui a le pouvoir de transmettre la culture qu’elle veut. Tu pars parce que t’es un danger pour nous, les femmes.

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La Thérèsa 9

janvier 26, 2021

Simoneau. Théâtre 24

La Thérèsa 9

C’est le printemps. Des mineurs reviennent de Géraldton, de la boue jusqu’aux genoux.
 
Tout à coup, un groupe arrive de la mine, tirant un chariot. Ils sont excités. On leur demande ce qui se passe. C’est Charline qui va bientôt accoucher. On se dépêche pour arriver à la voiture, de l’autre côté de la rivière. De là, on les conduira à Hearst.

À leur retour, on apprend que Charline a accouché dans l’auto, avant même d’arriver. Conrad, le père de l’enfant, dit que le petit s’appellera Maxime, mais qu’on lui ajoutera un surnom pour se rappeler l’événement. Il l’a surnommé « Transcanada », pour marquer l’endroit où il est né.

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On est à la salle communautaire. Paul et Maurice terminent un match de ping pong. Paul n’aime pas un jeu de Maurice. Ils commencent à se pousser. Aussitôt, tout le monde autour intervient.

On rappelle qu’à la Thérèsa tout le monde forme une grande famille où la violence n’a pas sa place. « Quand on est perdu dans les bois, il faut savoir se tenir ensemble, pas se casser la gueule. », lance un des intervenants.

Un des mineurs prend une guitare et commence à chanter des chansons à répondre de l’abbé Gadbois. Aussitôt, la bonne atmosphère est rétablie.  

                                      Un mineur

Je suis certain qu’il n’y a pas un seul endroit dans tout le monde où l’on connaît une aussi belle et grande fraternité qu’ici. 

 C’est notre bien le plus précieux. Rien ne doit nous diviser.

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C’est l’automne. Fête de Ste-Thérèse, donc, l’assemblée des actionnaires. Plus de 100 sont présents. Ils habitent chez les mineurs et certains chez les Caouette même. Un groupe de visiteurs sortent de la mine. Ils sont littéralement éblouis.
 
Le soir, chez les Caouette, un groupe de visiteurs (Leblanc, Simoneau, Dubé, Gélinas) discutent avec Caouette. 

Ils décident de se servir des structures des mouvements nationalistes du Québec auxquels ils appartiennent pour créer les clubs thérèsiens. 

                                       Leblanc
      
Ce sera une arme terrible. Une telle structure pourra augmenter le nombre d’actionnaires dans un temps record. Par contre, si jamais le club se tourne contre la mine, ce sera sa fin.

Le photographe Dubé est chargé de visiter la mine pour produire des cartes postales, ce qui fera encore plus connaître la Thérèsa. Premier objectif : doubler le nombre d’actionnaires.Aucune grosse compagnie ou grosse somme d’argent ne seront acceptées, sauf des institutions religieuses. L’évêché de Sherbrooke ainsi que le Petit Séminaire du même endroit sont d’ailleurs parmi les plus gros actionnaires. 

La paroisse Ste-Thérèse étant aussi une mission, elle reçoit l’aide la Propagation de la foi.                    

                                              Marcel Caouette
 
La mine doit être la propriété des pauvres qui ont décidé de devenir riches

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Puisqu’il y a maintenant quatre adolescents et trois adolescentes, Caouette décide d’engager une seconde institutrice. 

Mlle Duval arrive toute guindée. Elle reconnaît son cousin de la sixième génération avec qui elle se tient presque toujours, en dehors de son travail. 

Sa jeunesse et sa jolie trémousse en font jaser plus d’un (e). Sa beauté a quelque chose de diabolique. Les femmes essaient de ne pas laisser leur mari trop près et ne cachent pas qu’elles ne peuvent plus maintenant vivre en sécurité. 

 Son cousin lui rappelle que « toutes les femmes sont malades quand il s’agit de sexe. Plus colonisées que les hommes, elles croient davantage dans les sermons des curés. Les femmes seront libres quand elles pourront accepter leur corps et comprendront que l’amour est plus important que les péchés qu’elles y voient. Le mal a été inventé par les religions pour les dominer, mais elles ne s’en rendent pas compte. Elles sont trop occupées à surveiller leur apparence et nourrir leur jalousie.»

 Un dimanche, Mlle Duval et son cousin ne vont pas à la messe à laquelle tous doivent assister sans exception. Le Père Corriveau rend immédiatement visite à Mlle Duval pour lui rappeler que son rang exige plus de sérieux. 

                                         Père Corriveau     

 Si Félix n’était pas votre cousin, je n’hésiterais pas à vous questionner en confession afin de savoir si une liaison charnelle existe entre vous. Une enseignante doit toujours être pure pour donner l’exemple aux jeunes.   
    
 Mlle Duval, loin d’être intimidée, porte le soir même une nouvelle robe, plus décolletée, lors de la projection des films. 

 Elle traverse la salle de la première rangée jusqu’à l’arrière où des bancs sont plus élevés et réservés aux notables de la mine. (Caouette, ingénieur, institutrices)
 
 De jeunes mineurs la sifflent au passage. Mme Caouette est insultée et quitte les lieux. Son mari court derrière elle. 

 Un groupe de femmes, visiblement jalouses, se rencontrent pour dénigrer la nouvelle institutrice que les élèves apprécient grandement à cause de son ouverture d’esprit.

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Les mineurs tiennent une réunion pour créer une coop. Celle-ci verra à installer l’aqueduc et les égouts à tout le monde. Discours sur la solidarité. 
    
On espère bientôt créer des caisses populaires et on discute de la règle de l’achat chez nous qui prévaut au Québec. Que doit-on en penser? Comment se faire respecter par la majorité anglophone ?

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Un dimanche après-midi, les garçons décident de procéder à l’initiation des deux nouveaux à la mine. Benoît a13 ans, Gérard, 12. 

Cet après-midi-là, on présente un film de cowboy comme d’habitude, mais celui-ci a déjà été montré, il y a quelques mois. C’est le temps d’en profiter. Il fait froid, les jeunes à la fenêtre seront moins nombreux pour la projection du film pour adulte.
 
Seuls, les plus vieux se rendront à la cabane secrète pour ne pas que Suzanne Fortin s’aperçoive de leur absence. Celle-ci a toujours voulu découvrir le nouvel emplacement de la cabane. 

À la construction de la première cabane, Suzanne avait donné une dizaine de planches dès les débuts. Peu après, la chicane a éclaté et Suzanne a exigé ses planches. Les gars avaient ainsi perdu leur cabane.
 
Ils sont une dizaine à se rendre à la cabane, après avoir emprunté différents sentiers pour être certains de ne pas avoir été suivis par les filles. 

Pour l’initiation, les deux nouveaux doivent se coucher entre deux couvertures sur le plancher et se déshabiller. Le dernier deviendra le trou-de-cul, c’est-à-dire celui qui sera au service des autres. 

Quand ils sont déshabillés, ils doivent mettre les bras au-dessus de la tête, hors des couvertures. Cependant, dès que le dernier met les bras en dehors, les autres tirent les couvertures et les initiés se ramassent nus devant les autres. 

Ils doivent ensuite parader nus pour prouver leur courage. Seul, le trou-de-cul a le devoir d’être obéissant à ses supérieurs. Une fois, le nouveau trou-de-cul nommé, celui qui l’a précédé devient un membre comme les autres. Après la cérémonie, le nouveau trou-de-cul devient le chef du gang durant six mois. Question de goûter autant les joies que les difficultés.

Benoît décide d’ouvrir le rond de la truie rougie pour griller des guimauves. Une des guimauves prend feu. Elle tombe sur le plancher et le feu éclate dans la cabane. Les jeunes ont beau tirer de la neige, la cabane est complètement détruite. Ils retournent à la maison. Nos deux nudistes ont réussi à se rhabiller, mais on n’a pas trouvé les bas de Gérard. Il arrive à la maison les pieds gelés. Il reçoit toute une dégelée de sa mère qui ne comprend pas qu’il puisse avoir été assez fou pour oublier ses bas.
                     
 
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Tous les élèves de Mlle Charbonneau doivent faire leur confirmation. 

Ils sont en haut dans l’école. Ils ont mis leur brassard. Les filles ont leur robe blanche. Ils attendent dans la classe, l’arrivée de Mgr Landry, le nouvel évêque de Hearst. Tout le monde attend avec impatience, surveillant la porte qui conduit directement de l’appartement de l’abbé Corriveau aux classes.
 
Soudain, la trappe s’ouvre dans le plancher. On voit le bout de la mitre s’avancer. C’est le rire général quand l’évêque arrive cul-le-premier. L’abbé Corriveau s’est trompé et il a fait monter l’évêque par l’échelle de secours.

Malgré la présence de l’invité, Paul Arnould a décidé en servant la messe de se moquer un peu des pertes de mémoire de l’abbé Corriveau. Tel qu’il l’avait gagé, il recommence deux fois l’offertoire, en se présentant deux fois avec le vin et l’eau. 

L’abbé Corriveau se fait souvent jouer de pareils tours par ses servants de messe. Ils ont compris qu’ils peuvent ainsi s’amuser de ses pertes de mémoire.

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Il faut cacher les livres français, car, c’est la visite de l’inspecteur. 

On amène le visiteur dans la classe de Mlle Charbonneau parce qu’elle parle parfaitement l’anglais. Congé pour les plus vieux parce que Mlle Duval ne parle que français. 
    
Une jeune fille récite un poème en anglais. L’inspecteur est étonné et satisfait. Il insiste sur l’interdiction d’utiliser le français à l’école en Ontario.

                                    L’inspecteur                                            

La langue des faibles, des colons et de ceux qui refusent de vivre une véritable culture. En plus, d’être des papistes.

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Mlle Charbonneau déménage : les enfants Drouin l’empêchent de dormir. Elle demeurera au même endroit que Mlle Duval, dans la même chambre. 

Chicane entre la vieille institutrice et la jeune Duval. Mlle Charbonneau prétend que la Duval l’empêche de dormir par ses ronflements. En réalité, elle est jalouse de Mlle Duval. 
     
La vieille prend trois mois de vacances, sous prétexte d’une dépression nerveuse.

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Une soirée est organisée à l’occasion de la visite de l’abbé Gadbois. 

Mme Dupuis fait remarquer à Mme Caouette que son époux semble prendre plaisir à bien ceinturer l’institutrice quand il danse avec elle. Elle insiste sur le danger de péché que constitue une belle femme dans une mine d’hommes.

À la maison, Mme Caouette commence une crise de jalousie. 

                              
                                             Mme Caouette  

Tu semblais aimer ça danser avec l’institutrice ? 
                                        

                                           Monsieur Caouette
 
Elle a beaucoup d’esprit.


                                             Mme Caouette

Alphonse, je t’aime. Tu dois savoir que toutes les femmes de la mine sont liguées contre elle. Elle est célibataire et trop belle. Un danger pour toutes les femmes mariées. 

                                         Monsieur Caouette

Elle est une excellente institutrice. Elle se mêle, elle, de ses affaires. La discussion est close à moins que tu aies, toi, des choses à me reprocher.


                               Mme Caouette (qui s’avance).

Tu as certainement raison. Il ne faut pas céder à cette maladie des cancans pour le cancan.» 

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M. Caouette se rend au bureau de l’évêché à Hearst rencontrer Mgr Lambert.

La mine n’est pas assez rentable pour permettre d’effectuer la paye des mineurs. Mgr Lambert l’assure qu’il se rendra bientôt à la Thérèsa et apportera l’argent nécessaire.

                         ——————————–

Trois jours plus tard, Mgr Lambert arrive à la mine dans un drôle de véhicule : un Bombardier. Son inventeur en a fait don à l’évêché. 

C’est le vendredi. Mgr Lambert se rend chez les Durand. Quand vient le temps de manger, Mme Durand lui offre de beaux dorés puisque c’est vendredi. Mgr Lambert refuse, il veut son steak. 

                                                       Mme Durand

Mme Durand lui fait remarquer que c’est péché de manger de la viande le vendredi, ce à quoi Mgr Lambert rétorque qu’il est permis de manger de la viande quand on a fait un long voyage ou que l’on a beaucoup travaillé.

Mme Durand ne perd pas une seconde :

                            Mme Durand

Avec cinq enfants, je devrais avoir une permission perpétuelle.


La Thérèsa 8

janvier 25, 2021

Théâtre. Simoneau 23

Thérèsa 8

6-

Automne. L’ingénieur Cloutier est à Géraldton. Il a neigé et la chaussée est très glissante. Au moment où il vient pour passer au coin d’une intersection, une automobile lui entre dans le côté. La camionnette de la Thérèsa est un peu endommagée. L’aile gauche est enfoncée et la lumière est brisée.

Cloutier amène le véhicule au garage afin de le faire réparer. 

Après le travail, le propriétaire anglais lui présente une facture de 200 dollars, un prix nettement exagéré. 

Cloutier est scandalisé et s’informe pourquoi un tel prix. Le propriétaire se contente de lui dire qu’il déteste les « frogs ». 

Cloutier lui dit qu’il ne paiera jamais ce prix de fou. L’Anglais s’entête et refuse que l’ingénieur parte avec le véhicule avant d’avoir payé.
 
Le lendemain, Cloutier arrive au garage.

                                Cloutier

Puis, que décidez-vous? Je vous offre 100 dollars. C’est déjà beaucoup trop. Même plus que vous auriez de n’importe qui d’autre.

                                L’Anglais

Pas question. Les « frogs » n’ont pas d’affaire dans notre pays. Vous n’avez qu’à retourner chez vous.

                                Cloutier

T’as le choix : ou tu acceptes ou je m’occupe de toi.

                                L’Anglais.

Tu ne me fais pas peur.
               

                           Cloutier

Peur de moi, peut-être pas. Mais d’eux probablement. Hey les gars par ici !

Quatre mineurs arrivent avec des barres à clou.

                                   Cloutier

C’est le même prix pour moi que pour les autres ou on défait ta baraque.
Si vous voulez la paix, vous avez besoin de ne pas commencer à agir en racistes avec nous. C’est-y clair ?

L’Anglais accepte 50$ à contrecœur.

                              Cloutier

Dis-le à tous les autres racistes, red necks de ton espèce. Nous voulons la paix, mais nous ne nous laisserons pas écraser ou exploiter par vous. Vous allez apprendre qu’un Français, on respecte ça.

                              Cloutier (à ses hommes)

Dommage qu’il faille parfois donner quelques coups de pied au cul pour se faire comprendre !

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On voit dans le bois un mineur suivi d’une traîne sauvage sur laquelle sont placées des caisses de bière. Il se rend près d’un arbre, coupe des branches et dissimule son trésor. Il repart en traçant un chemin. Arrivé au village, il dit à un compagnon que c’est fait. L’autre rétorque.

                              L’autre

Caouette peut bien se prendre pour un saint, mais on ne le laissera pas nous voler toute notre jeunesse.

Son compagnon lui rappelle que tout cela doit demeurer secret. Seuls, ceux qui sont « sûrs » doivent le savoir et seulement pour les grandes occasions, en petite quantité pour que personne ne puisse vraiment se saouler.

                       —————————————————-

On est dans le nouveau presbytère du Père Couture. Mgr Charbonneau l’aide à peinturer.

                                     Caouette (au Père Couture)

Y était pas question que vous continuiez à vivre avec vos rats !

                                     Père Couture

Ils me manqueront. À quoi servira mon fusil maintenant, dans cette prison trop élégante? J’ai l’impression de me prendre pour un riche alors que d’autres gèlent dans leur tente.

                               Caouette

Rien ne vous empêche de vous servir de quelques chambres pour héberger des Indiens. Nous n’avons pas revu, depuis trois semaines, le dernier de ceux que l’on avait engagé. On ne peut pas se fier à eux. Ils préfèrent leur liberté à la sécurité du travail.

                                 Mgr Charbonneau (s’adressant au Père Couture)

Dieu ne vous demande pas de vivre dans d’éternels sacrifices. Ne trouvez-vous que votre ceinture sacrificielle est suffisante? Vous avez tout le bas du corps en sang.

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7-

Marcel Caouette arrive en larmes. Il vient de chez le Père Couture.

                                   Marcel

Il est mort dans mes bras comme un petit oiseau


Son père le console. Madame Caouette propose de dire un chapelet.

                  —————————————————-

        
À la petite chapelle, près du lac, Mgr Charbonneau officie aux funérailles. Il rappelle que le Père Couture est un saint homme qui s’est toujours dévoué pour les Indiens.

Ces derniers sont très nombreux à l’arrière de la petite chapelle et à l’extérieur.

Caouette est surpris du nombre incroyable d’actionnaires qui se sont rendus aux funérailles. 

Un repas est servi pour les actionnaires à la salle communautaire. Ils se présentent très nombreux pour réinvestir dans la mine, un projet du Père Couture, pensent-ils

                                Caouette (s’adressant à son fils Marcel)

Le Père Couture nous aide déjà de son ciel. Jamais nous n’avons eu autant d’entrée d’argent.


Deux mineurs discutent :

                                  Le premier

Caouette devrait être moins fier. Il a pratiquement tué le Père Couture. D’abord, il a congédié tous les Indiens de la mine et ensuite il est allé lui construire un château dans lequel le saint homme ne pouvait pas vivre.

Il était habitué dans son « shack ». Il était pauvre, comme il le voulait.   Je le revois encore. Il nous parlait, le fusil à la main, puis, tout d’un coup « bang », tu voyais tomber un rat.

                                Deuxième mineur

Pauvre Père Couture! C’était un humble, lui !

                   ————————————————–

8-

Deux Indiens, tôt le matin, déposent des cuisses d’orignaux sur le balcon de la maison des Caouette.
  
Madame Caouette trouve le cadeau en sortant de la maison.

                 Mme Caouette (s’adressant à son mari, en entrant)

Ces gens sont formidables. Je n’aurais jamais cru qu’ils aient autant de reconnaissance

                            Caouette (de l’intérieur)

Je sais. Dommage qu’on ne puisse pas se fier à eux. S’ils abandonnent leur travail sans avertir comme ils le font généralement, ce peut être la vie des autres qui est en danger. On ne peut pas tolérer ça. Le Père Couture avait bien de la misère à comprendre ça.

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9-  

C’est la veille de Noël, M. Caouette est au bureau avec Marcel et Gilbert (le mari de sa fille Thérèse). Ils examinent des cartes quand le facteur arrive avec la poste. Il dépose une boîte sur le bureau.

                              Caouette

Qu’est-ce? Une boîte pour nous? As-tu commandez quelque chose ? (en regardant Marcel)

                             Facteur

C’est pour Charles Fortin. 

M. Caouette fait demander Charles. Quand celui-ci arrive, M. Caouette l’engueule immédiatement.
                             Caouette
Ouvre-moi cette boîte immédiatement.

Charles Fortin refuse.

                               Charles Fortin

C’est personnel. Je ne suis pas dans l’armée. J’ai le droit à ma vie privée. 

                                Caouette (furieux)

Si tu n’avais rien à cacher, tu n’hésiterais pas à me montrer ce qu’il y a dans cette boîte.

Ouvre! T’as peur que je découvre ton manège. Tu fais venir de la boisson pour les Fêtes.   Je le sais. Tu penses que tu vas te faire des revenus supplémentaires en désobéissant ?

                                 Charles Fortin

Vous vous trompez. Ce n’est pas de la boisson.

                                 Caouette

Prouve-le alors !

Charles ouvre la boîte. Il s’agit de parfums et d’articles de beauté.

                                Charles Fortin

Vous êtes content ?  Vous pourriez essayer au moins de faire confiance à ceux avec qui vous travaillez. Vous voyez un peu trop le diable partout.

Si le «petit vicaire» peut se faire un peu plus d’argent en repassant et en reprisant le linge des célibataires, je ne vois pas pourquoi je n’aurais pas le droit d’essayer de trouver un moyen d’aider ma famille à vivre plus confortablement. J’ai cinq enfants à nourrir, moi.
    
Vous pouvez vous mettre toutes sortes d’idées dans la tête. Vous ne nous connaissez pas. Si vos petits-enfants jouaient avec les nôtres plutôt que d’aller dans des écoles privées peut-être sauriez-vous que nous sommes aussi de bons catholiques. On n’est probablement pas assez bien pour vous…?


Caouette est furieux. Il quitte les lieux avec précipitation

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Le lendemain, c’est la grande fête à la salle communautaire. Tout le monde y est. À l’avant, Mgr Lambert et quelques prêtres venus du Québec.

Les jeunes font leur entrée en chasubles blanches et avec des ailes d’anges. Certains chantent des cantiques de Noël, sous le regard de l’institutrice qui a organisé le spectacle.

Le petit Maclure est terriblement gêné. Quand il récite la fable connue du renard et du corbeau, on voit une trace s’agrandir sur son pantalon, n’ayant pas pu se retenir.

Caouette se présente devant la foule pour souhaiter de joyeuses fêtes. À la surprise de tous, il y a un cadeau pour tout le monde. Cigarettes pour les hommes, roses pour les femmes et patins pour les petits. 

Suzanne Cloutier, quant à elle, reçoit une caméra parce que c’est la plus âgée.

Pendant que l’on célèbre, deux femmes sont dans les toilettes. Une d’elle pleure tandis que l’autre la console.
                    
                             Suzanne

Cesse de pleurer Melvina. On ne peut pas être au Québec. Faut bien se faire à l’idée. Tu verras bien, Benoît va s’occuper de toi. C’est tellement un bon mari. Mets ta belle rose.

                           Melvina

Je n’en veux pas des roses de Caouette.

                           Suzanne

Pourquoi? Elles sont magnifiques.

                           Melvina

Tu peux bien faire les plus beaux cadeaux du monde quand tu les donnes avec l’argent des autres …

                             Suzanne

Qu’est-ce que tu veux dire ?

                            Melvina

C’est pourtant clair. Caouette n’a pas un sou à lui. Ces cadeaux-là ont été achetés avec l’argent des actionnaires, pardi !

                            Suzanne

Puis? C’est quand même un beau geste de sa part.

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M. Caouette est autour de la table avec Marcel, Gilbert son gendre, et Cloutier, l’ingénieur principal. Ils discutent de la richesse de la nouvelle veine d’or, la St-Joseph, que l’on a découverte dans le tunnel creusé à 300 pieds de profondeur.


                                Cloutier
     
Je n’ai jamais vu autant d’or de toute ma vie.

                                Caouette

On n’y touchera pas. On va garder cette beauté pour les actionnaires. Ils seront époustouflés quand ils verront ça.

                                 Marcel

Il y a beaucoup d’or, mais il y a aussi beaucoup de pérîtes de fer.
  
                                 Caouette

Les actionnaires ne verront pas la différence. L’important, c’est qu’ils sortent exaltés par la richesse de la mine. Ils doivent vouloir immédiatement réinvestir.

                              Marcel

Ce n’est pas très catholique.

                               Caouette

Absolument pas. On n’a rien à leur dire. Ils verront par eux-mêmes. La veine est d’une richesse incroyable, malgré la périte. On n’a pas à mentir. On a juste à taire la différence.  

On pourrait même donner de vraies roches pleines d’or aux plus vieux, comme Eugène Gauthier et son épouse Clara. Ce sera une propagande impayable. Tout le monde perd la tête devant l’or.


La Thérèsa 7

janvier 24, 2021

Théâtre. Simoneau 22

Thérèsa 7

Cloutier profite d’une visite éclair de Caouette pour décider où sera installé le chevalement.       

Caouette le voudrait à l’ouest de la rivière, mais Cloutier fait remarquer que le quai existe déjà. Aussi, les découvertes d’or en surface démontrent hors de tout doute, selon Cloutier, que le meilleur endroit est situé à l’est, près du village.
     
Marcel Caouette est nommé directeur général, en charge de tous les travaux, tandis que Gilbert, le mari de Thérèse Caouette, s’occupera de toutes les tâches comptables et administratives. Une affaire de famille, quoi!

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3-

Deux camions arrivent près de la rivière, chargés de meubles. On s’affaire à mettre les meubles sur un gros radeau qui les transportera au quai de la mine.
    
 En chemin, un câble lâche et une partie de la cargaison tombe à l’eau. Une femme pleure. « Tous mes livres étaient dans les tiroirs. »– « Il faudra vous en acheter quand vous irez au Québec. Ici, il ne s’en vend pas. » Tranche un jeune mineur pour qui les livres ne représentent pas grand-chose.

 Malgré cet incident, tous les autres meubles sont amenés à la mine et placés dans un hangar en attendant que les maisons soient construites.

 Le lendemain, on amène deux gros moteurs diésel. Ces derniers activeront les ascenseurs et les outils pour travailler.
     
 Le village est construit à une vitesse phénoménale. Les familles s’installent dans les maisons. 

 Dès que les diésels sont mis en opération, un électricien installe l’électricité dans les maisons. Paterson est le seul anglophone, un Irlandais, parce qu’il est catholique et indispensable. 

Le plus jeune mineur est son assistant, pour le moment. Paterson est émerveillé de la vitesse à laquelle cet enfant apprend tout de lui. Son frère, Camille, lui, assiste le forgeron. Il est surtout très paresseux.
     
 Déjà, une cinquantaine de jeunes sont au travail. Ils construisent les maisons des Caouette, de vrais petits châteaux, puis, de petites maisons carrées, toutes identiques, près de la rivière, du même côté que les Brassard… le village de la Thérèsa.
     
 À un certain endroit, on doit bulldozer beaucoup de terre puisqu’il y a des marais.
     
 « On serait mieux d’y mettre plus de roches, crie un travailleur anonyme.
     
 On voit déjà poindre le réservoir d’eau et on entend les pompes.
   
 Le soir, un jeune grimpe sur le bord du réservoir. On lui demande ce qu’il fait là. Il dit monter pour échapper aux mouches noires qui sont légion… et très en appétit.

 À son arrivée, Caouette est renversé par la somme de travail qui a été abattu pendant son absence prolongée de deux semaines. Il avait prolongé son séjour étant donné l’intérêt que le projet suscitait en Beauce. Il convoque une réunion pour pouvoir s’adresser à tous.
     
                                 M. Caouette

Il faut accélérer la construction des maisons. Nous avons déjà une trentaine de familles qui viendront nous rejoindre.
     
Les mouches font un vrai carnage. Il y a plus de claques que de mots.
      
                                M. Caouette
   
 Nous ne pouvons pas continuer à nous réunir ainsi à l’extérieur. Dès demain, nous tracerons les plans d’une salle communautaire qui répondra à ce besoin et à ceux que nous devons prévoir avec la création du village. Soyez fiers d’être ici, à la Thérèsa. Il élève la voix en prononçant le mot Thérèsa.

Gosselin, j’ai appris que tu viens d’arriver avec ta nouvelle épouse. C’est regrettable, mais tu as toujours été un sacreur et nous n’en voulons pas ici. Demain, tu repartiras.

                            Gosselin

Quand je suis parti pour Sherbrooke, vous saviez que j’allais me marier avant de revenir ici. Vous me connaissiez et vous ne m’avez jamais averti ou dit quoi que ce soit. Si vous ne vouliez pas que je revienne, vous auriez pu nous avertir avant.

                            Caouette

Tu ne me l’as pas demandé. Demain, tu partiras, sinon on brûlera sur place toutes tes affaires. Les flammes de l’enfer ne valent pas qu’on s’y enlise pour toi.
     
 Caouette est sur le bord du quai. Gosselin a tout chargé. Il est prêt à partir.

                                 Gosselin

C’est ce que votre Dieu vous a montré. C’est probablement ce que vous appelez la charité chrétienne. « Aimez votre prochain comme vous-même pour l’amour de Dieu.»  

Je vous plains… Mon Dieu à moi, c’est l’Amour. Un être de bonté et de miséricorde. Je suis certain qu’après notre mort, c’est vous qui brûlerez en enfer. S’il y a un enfer!

                                Caouette

Je n’ai pas de leçons de religion à recevoir de la bouche d’un suppôt de Satan.


Caouette retourne chez lui. Il annonce à Marcel qu’il doit partir encore une fois au Québec pour aller chercher des fonds. « Au rythme où la Thérèsa se construit, nous avons de la difficulté à conserver la marge de manœuvre que se garde le clergé pour attirer les colons. »

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4-
  

Un mois plus tard, les maisons sont construites ainsi que trois nouveaux dortoirs et une salle communautaire. On y installe là le bureau de poste et une épicerie. Il y a aussi une salle de jeux. La Thérèsa compte maintenant presque 1,000 personnes, presque toutes venues de la Beauce.


Caouette arrive avec une statue de Ste-Thérèse, hauteur nature. Il fait aménager un socle, en plein centre du village.

                                      Caouette

Puisque Ste-Thérèse est notre patronne, elle doit avoir la meilleure place.

                                      Caouette (à l’endroit de M. Brassard)

Dimanche, Mgr Charbonneau viendra bénir la statue ainsi que le village que vous avez érigés en un temps record. Je ne peux pas cacher ma fierté à votre endroit.

Le dimanche, Mgr Charbonneau arrive accompagné de Mgr Lambert, du Père Couture et d’un nouveau prêtre que personne ne connait encore. Il est vieux, mais il se mêle déjà aux ouvriers, serrant des mains, distribuant des bénédictions.

Mgr Charbonneau présente le nouveau prêtre aux mineurs.

                         Mgr Charbonneau

Voici l’abbé Corriveau. Ce sera l’aumônier de la mine et de votre nouvelle paroisse. La paroisse Ste-Thérèse. Cependant, pour le moment, celle-ci sera officiellement reconnue comme une mission. Ainsi, elle pourra bénéficier, pour un temps encore, de l’œuvre de l’Enfant Jésus, directement dirigée par Rome.

Les nouveaux paroissiens sont en délires.

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5-

Vendredi soir. Un groupe de jeunes décident de se rendre à Géraldton afin de boire un peu et danser, profitant ainsi de l’absence des Caouette. Le samedi après-midi, ils retournent à la mine, encore assez ivres.

Dans la chaloupe, les jeunes chantent des chansons à répondre grivoises. 

Trois décident de se déshabiller et de se baigner nus. 

 De retour dans la chaloupe, ils s’installent dans chacun des coins pour pisser. Tout à coup, on aperçoit une autre chaloupe qui vient en sens inverse.   Deux dames de la mine y ont pris place.

                                    Une dame

Rhabillez-vous, bande de jeunes salauds! Vous n’avez-pas honte ?  Que diront les Caouette quand ils reviendront de voyage? Ne comptez pas sur nous pour leur cacher la vérité. Nous sommes ici pour donner l’exemple de vie chrétienne, pas pour exhiber nos vices !

Comme prévu, les Caouette sont vite informés par une des femmes que les jeunes manquent de pudeur. Caouette en profite pour exiger une réunion à la salle communautaire. La première à cet endroit.

S’adressant au plus jeune qui faisait partie de l’expédition, il le pointe du doigt et Caouette lance.

                               Caouette 

T’as pas honte, jeune abruti. Qu’aurais-tu dit si l’une de ces dames avait été ta propre mère? Tu veux donc la faire mourir de chagrin ?

Vous vous confesserez au Père Corriveau. Ce n’est pas une suggestion, c’est un ordre. Et je vous avertis solennellement, cette fois, je passe l’éponge parce que Mgr Lambert est intervenu en votre faveur, mais c’est votre dernière chance.

Toi, le jeune, j’écrirai à tes parents.   Ils décideront si tu dois rester ici.

Le jeune fond en larmes.

Cependant, l’attention fut vite détournée quand Mme Caouette fit son entrée, accompagnée par une autre dame âgée d’une quarantaine d’années, bien habillée.

                              Caouette

Il est temps que l’on songe à bien organiser notre vie sociale à la mine. Nous ne pouvons pas nous permettre de refuser de l’aide sous prétexte que nous vivons complètement dans le bois. Pourtant, contrairement à bien des cultivateurs du Québec, nous, nous avons tous de l’électricité (Rires) 

Par contre, nous devons songer aux enfants. C’est pourquoi nous avons engagé les services de Mlle Charbonneau. Ce sera notre institutrice. Dans deux semaines, ici, comme ailleurs, vos enfants pourront aller à l’école. Le haut de la salle communautaire sera aménagé de façon à ce que le Père Corriveau ait son propre logement alors que le reste de l’espace servira de locaux pour l’école.

Les mineurs et leurs épouses applaudissent à tout rompre.

L’institutrice est présentée alors que les jeunes hommes se rendent aux tables de ping pong. On peut voir sur les affiches que les ligues sont déjà organisées. Les enfants sont les seuls à mal accueillir la nouvelle.

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La Thérèsa 6

janvier 23, 2021

Théâtre 21

Thérèsa 6

Un après-midi, Mme Caouette se rend à la mine pour retrouver son mari. Elle est scandalisée parce qu’une dizaine de jeunes Indiens se baignent nus là où l’on a construit un quai aux abords de la rivière. 

Elle essaie de les convaincre de cesser de se baigner ou de s’habiller, mais les jeunes se moquent d’elle. 

Irritée par ces rires, elle retourne furieuse à la maison, en récitant son chapelet.

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La guerre mondiale est déclenchée, clame la radio. 

Marcel Caouette s’engage comme aviateur. Le départ est pathétique. Madame Caouette s’évanouit.


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Devant la montée du prix de l’or, Lee Mines veut se réapproprier la mine. Sachant que Caouette obéit aveuglément au Père Couture, il envoie une prostituée pour le corrompre. Le Père résiste.
    
Puisque les tournées du missionnaire sont devenues trop difficiles pour lui, Lee Mines lui donne un hydravion. Un jeune aviateur de 20 ans offre de partager sa vie au service du Père Couture et de ces missions. Une cérémonie est organisée à Hearst pour bénir l’appareil. Caouette furieux s’y rend. 
   
Au début de la cérémonie, il met le monde en garde contre ce don diabolique et exhorte les dirigeants religieux de le refuser pour ne pas créer de conflit entre eux et lui. 
    
Des amis l’entraînent à l’écart pendant qu’il vocifère : « C’est le diable! C’est la tentation du diable! Ne comprenez-vous pas? »


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Caouette est assailli par un groupe de fier-à-bras, dirigé par l’employé qu’il avait congédié. Il est hospitalisé trois semaines. Il confie à son épouse qu’il y voit l’œuvre de Lee Mines.

Tous ces gros trusts anglais sont une mafia raciste anti francophone et autochtone. Une bande d’exploiteurs.  

La grande mafia, explique-t-il, englobe le système judiciaire et la pègre. La grande mafia, ce n’est pas la petite pègre, mais des hommes d’affaires d’influence qui sont avides de pouvoir et d’argent. La discussion se termine dans la prière.

Deux hommes de Lee Mines arrivent à l’hôpital. Ils tentent de persuader Caouette d’abandonner le projet et de leur vendre ses parts,

Caouette refuse à nouveau et demeure majoritaire dans la Thérèsa.

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Pendant ce temps, à la mine, tous les Indiens, sauf un, ont déserté le travail ou ont été congédiés.

Le Père Couture vient pour rassurer son ami, mais il lui reproche l’absence des Indiens, rappelant que l’entreprise avait été fondée à la demande de l’évêque, frère de son épouse, pour leur venir en aide. 

Caouette tente de lui faire comprendre qu’on ne peut pas se fier à eux, car ils se présentent seulement quand ça leur dit alors que le travail ne peut pas attendre.

Selon Caouette, on ne peut pas faire des sédentaires avec des nomades.   Ce beau rêve est contre nature, contre la nature même de ceux qu’ils veulent aider. 

Caouette souligne que les travailleurs à la mine ne sacrent pas. Ce sont tous avec lui et son épouse des catholiques convaincus et pratiquants comme on l’avait aussi souhaité.

Caouette avise le Père Couture qu’il envisage de devoir cesser les opérations parce que la souscription est trop ardue.

Le Père Couture prétend que ça ne peut pas se faire, qu’il ne faut pas abandonner les Indiens. 

Caouette est sur le point de se laisser convaincre quand Mme Caouette intervient. 

L’autre jour, j’ai surpris un groupe de jeunes Indiens se baignant nus. Ils ont ri de moi plutôt que de se couvrir, nous ne pourrons jamais en faire de vrais catholiques puisque le péché de la chair ne semble pas exister pour eux. 

Elle tranche vite. Il faut se faire une idée, dit-elle, c’est un rêve impossible. On n’en fera jamais de bons chrétiens.

Le Père Couture fond en larmes, en gémissant : « Dieu ne peut pas les abandonner. Ce serait toute ma vie qui n’aurait pas de sens»

 
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Caouette manque de liquidité et est contraint d’abandonner la partie. La mine ferme une première fois.

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Un actionnaire et employé de Caouette, fâché de la tournure des événements, décident de poursuivre Caouette à la Société immobilière de l’Ontario puisqu’il était travailleur et actionnaire dans la Thérèsa. 

Il ne voulait pas perdre son salaire qui n’entrait plus depuis six mois. La Cour lui donne raison. Caouette devra lui remettre l’argent investi, le salaire en retard et la Commission interdit à Caouette de vendre des parts minières dans l’avenir.

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Caouette est ruiné. C’est la déprime. Deux hommes seulement, dont un nommé Gosselin, venu de Sherbrooke, décident de rester avec lui.  

Ils essaient de survivre en vendant l’or qu’ils auront extrait à la pioche.

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M. et Mme Caouette rencontrent d’abord Mgr Lambert qui leur explique que la structure légale en Ontario fait en sorte que les paroisses constituent des municipalités. Ainsi, plus il y aura de paroisses catholiques et francophones, plus le pouvoir sera entre les mains de francophones.

Cependant, selon lui, pour créer de nouvelles paroisses, il faut avoir de l’argent liquide pour entreprendre la construction d’églises et de presbytères. 

Aussi, a-t-il pensé qu’en remettant sur pied la mine Ste-Thérèse, celle-ci, grâce à l’argent reçu des actionnaires, pourrait fournir cette liquidité nécessaire et urgente que l’Église se hâterait de rembourser.
     
C’est juste une petite opération de vases communicants afin de structurer le Nord-Ontario de façon à ce que les francophones catholiques soient majoritaires ou, du moins, bien implantés. 

Un prolongement de la colonisation en Abitibi. La sédentarité est essentielle pour définir la possession d’un territoire.
    
Le Père Couture intervient à nouveau pour qu’on donne une dernière chance aux Indiens de s’intégrer au travail. « Des chèques de bien-être, c’est la mort de l’individu. »  Il plaide leur cause.

Caouette a des réticences. Les riches ne veulent pas devenir actionnaires parce que l’or rapportera moins de profits sans la guerre.   

De plus, il est contre les cartels et toute la mafia économique des trusts. 

La mine doit être une garantie pour les petits de pouvoir un jour devenir riches.

Caouette réaffirme sa conviction que la Thérèsa est une mine super riche. Il prétend que Lee Mines a faussé les cartes d’exploration pour le décourager et l’amener à vendre. 

Caouette ne demande pas mieux que de recommencer l’exploitation de la mine. Cependant, depuis le procès perdu et surtout parce qu’il refuse d’enregistrer la Thérèsa à la bourse, Caouette n’a pas le droit de vendre des actions. 
    
« Si la mine est enregistrée à la bourse, elle pourrait tomber sous le contrôle des Anglophones. »

Mgr Lambert préconise, dans ce cas, que les actions soient plutôt des prêts remboursables dès que la mine sera mise en production.

Le plan est accepté.

Mgr Lambert informe M. Caouette qu’il a même trouvé l’homme qu’il lui faut pour construire de petites maisons et ainsi permettre de peupler la Thérèsa non seulement de jeunes célibataires, comme les bûcherons, mais des familles pour ainsi créer une véritable communauté. 

La Thérèsa sera un village catholique et francophone, un exemple de vie pour tous les catholiques d’Amérique.

Mgr Lambert fait entrer les Brassard avec leurs huit enfants (sept gars, une fille). La conversation est très courte. 

Caouette propose que Brassard fournisse sur place le moulin à scie qu’il exploitera avec sa famille. 

Pour sa part, la mine achètera le bois nécessaire pour opérer le moulin à scie. Elle paiera le sciage en fournissant des parts à Brassard pour la valeur du bois scié. De plus, la mine fournira tout ce qui est nécessaire « au quotidien» pour la famille Brassard, soit un bond d’achats permanent au magasin de la mine, en attendant que celle-ci soit en production.

Marché conclu. Brassard dit : « Nous commençons immédiatement à déménager et nous y installerons le plus vite possible. »

Mgr Charbonneau fait son entrée. Il félicite Caouette pour le support qu’il a décidé d’apporter au clergé. La rencontre est brève et chaleureuse puisque la sœur de l’évêque, épouse de Caouette, se joint au groupe.
    
Caouette annonce qu’il se rendra dans la Beauce avec Mgr Lambert et le Père Couture afin de recruter les mineurs et les premiers investisseurs. Les mineurs recevront le salaire minimum de l’Ontario, plus une « action » par jour. Ainsi, dit Caouette, ils pourront dire que la mine leur appartient.

                          ————————————————————-

M. Caouette quitte l’endroit où s’est installé Brassard et sa petite famille, à l’est de la rivière Suicide. Les travaux avancent rapidement pour l’aménagement du moulin à scie.

                            Brassard

Nous aurons déjà, à votre retour, tout le bois nécessaire pour construire les premières maisons.

                            Caouette


N’oubliez pas de commencer par livrer ce dont on aura besoin pour construire trois maisons sur la colline, là, vous voyez. Ce seront ma maison et celles de ma fille Thérèse et de mon garçon Marcel. Le village sera en bas, ici, près de votre moulin.

C’est le départ pour le Québec.

Mgr Lambert et le Père Couture ont pris place à l’avant de l’auto alors que M. et Mme Caouette sont à l’arrière. Ils arrivent dans la Beauce où ils sont reçus par le curé de la paroisse.

Le curé leur explique qu’il a déjà discuté avec le marchand de la place. Ce dernier semble souhaiter investir, mais non à déménager. Il doit amener des amis à qui il en a déjà parlé ainsi que des jeunes qui seraient intéressés à se rendre à la mine.

Le soir, une petite foule d’une vingtaine de personnes est assemblée au sous bassement de l’église paroissiale. Les représentants de la mine font leur entrée sous les applaudissements.  

Mme Caouette rougit et se penche vers son mari. Elle dit en s’y appuyant : « J’ai les jambes toutes molles ! ».  Elle s’assoit rapidement pour ne pas tomber.

Le Père Couture explique aux Beaucerons qu’il faut sauver les pauvres Indiens de la ruine et de la déchéance, car les Blancs pillent leur territoire de chasse. La mine sera pour eux un moyen de survie.

Mgr Lambert est plus politique, il insiste sur la nécessité de peupler le Nord-Ontario de catholiques. « Le sud de l’Ontario est fortement peuplé. Qu’une ville s’appelle Toronto ou Montréal, c’est la même chose : un repère où les démons de la concupiscence règnent en maîtres. Avec la Thérèsa, ce seront les bonnes œuvres que nous mettrons dans la balance, capable de nous faire oublier que Satan est parmi nous. La pointe de la flèche du Bien dans le royaume du Mal, dans le protestantisme avec ses « Rednecks » et un gouvernement qui interdit aux francophones de l’Ontario d’avoir leurs écoles françaises et catholiques».

M. Caouette explique qu’une maison sera construite gratuitement pour chaque famille. Les célibataires, par contre, vivront dans un dortoir commun. 

« La Thérèsa a besoin de tous les bras. À la mine, aucune boisson et aucun sacre ne seront tolérés. Ceux qui manqueront à cette règle seront expulsés». Caouette garde sous silence que cette règle est fixée pour obéir aux exigences des Lacordaire qui investissent un gros montant dans la mine.

Il fait miroiter la possibilité de devenir riche rapidement et discute avec ceux qui ne sont pas encore convaincus de vendre leur ferme pour se rendre dans une mine faire un métier qu’ils ne connaissent pas. Un couple de jeunes qui ont déjà deux petites filles hésitent. Caouette leur affirme que ce voyage, c’est comme l’appel des missions :

« Il ne faut pas décevoir Dieu, sinon on risque de le payer pour le reste de sa vie.»

Puis, un homme plus âgé explique à Caouette qu’il ne peut pas vendre pour partir à son âge.   Caouette, voyant qu’il n’y a rien à faire, insiste pour qu’il envoie ses trois fils.

                                            Le cultivateur

Mais le plus jeune n’a que 14 ans.

                                            Alphonse Caouette

«Travailler pour Dieu les mûrira», tranche Caouette.

Le vieux est secoué, mais ravi que ses fils aient un si bel avenir.

À la fin de la soirée, le curé de la paroisse attire Caouette dans son bureau, sous prétexte qu’il a une surprise pour lui.

À son entrée, le curé lui présente un jeune ingénieur qui vient tout juste de sortir de l’université Laval. Celui-ci sollicite immédiatement l’emploi.

                                         Cloutier
M. le curé m’a tout expliqué. Votre projet est exaltant.

Caouette prend connaissance de ses résultats scolaires.

                                        Caouette

Fort impressionnant ! Quand êtes-vous prêt ?

                                         Cloutier

Demain matin, si vous voulez. ! 

Caouette sourit.   

                                      Caouette

Dans trois jours, j’ai d’autres gens à rencontrer avant de partir. Une mine, ça ne fonctionne pas à l’eau. D’ailleurs, à bien y penser, à trois derrière l’auto, nous serions à l’étroit. 

Il serait préférable que vous montiez en train. Vous n’avez pas d’objection? Vous êtes mariés? Des enfants?

                                     Cloutier

Oui. Mon épouse est infirmière et j’ai une petite fille.

                                     Caouette

À la bonheur! En train, vous pourrez monter toute votre famille.

                                     Cloutier

C’est ce que j’ai pensé. — on se revoit à Longlac!


Et, quelques jours plus tard, la Thérèsa avait son premier ingénieur minier.

Les premiers jours, le nouvel arrivant visite le terrain ainsi que les tunnels déjà creusés. Impressionné, il confie qu’il n’a jamais vu autant d’or en surface. C’est même mieux qu’à Val-d’Or.

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La Thérèsa 5

janvier 22, 2021

Théâtre 20

Thérèsa 5

                                           Traitement

Alphonse Caouette a 20 ans. C’est un prospecteur qui aime prendre un coup et se battre d’où son surnom de « Lion du Nord ».
      
Un soir, dans une taverne, il se porte à la défense d’un Indien et blesse grièvement l’un des assaillants. Il est arrêté et condamné à trois mois de prison. 

Partageant une cellule avec un autochtone, il a pu constater que les Indiens et les Francophones sont très mal traités en prison en Ontario. Révolté, il se promet qu’il aidera ces deux minorités à se faire respecter.

Caouette, effectuant son travail de prospecteur, arrive sur le bord d’une rivière où deux Indiens maîtrisent de force un missionnaire qu’ils menacent de tuer parce que ce dernier a baptisé la fille aînée du chef de la tribu, sans sa permission, voire son interdiction.

Caouette intervient et reconnaît ce chef. C’est l’Indien qu’il a secouru dans la taverne. Puisque le prêtre est son ami, le chef, en reconnaissance pour lui avoir sauvé la vie, le laisse partir avec le missionnaire.

Caouette en profite pour faire comprendre au prêtre que la charité exige le respect des traditions de ceux qui ne partagent pas le même point de vue.

Entre-temps, la maison des Caouette devient un refuse pour les missionnaires et les Indiens qui, l’hiver, sont pris dans la tempête.

Il ne refuse personne et n’hésite pas de vider ses réserves de nourriture pour leur venir en aide. Caouette aime leur culture. Il est déjà un héros chez les Cris. On lui remet d’ailleurs une plume d’aigle, le signe de l’amitié le plus élevé chez les Cris, lors d’une soirée de danses indiennes, devant sa cabane en bois rond.

 
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Il rencontre par hasard, à la sortie de l’église, une femme qui le fascine. Puisqu’elle va à la messe tous les jours, Caouette décide d’en faire autant pour la revoir. Il est littéralement hypnotisé.

Plus tard, il se décide de la demander en mariage. Elle refuse à cause de sa réputation de bagarreur

On le revoit à la taverne durant une bagarre générale. Caouette prend tranquillement sa bière. Il rencontre toujours sa bien-aimée à l’église, même s’il ne lui parle que très peu.

Un petit peu plus tard, il se risque à nouveau à la demander en mariage, mais elle refuse toujours, cette fois, sous prétexte qu’il consomme de l’alcool. 

Ses amis ont beau, ensuite, le supplier, rien à faire. Caouette refuse toujours de se rendre à la taverne. Il interdit même dorénavant toute boisson dans sa maison. Il lit sans arrêter sur la prospection et les mines.

Finalement, il décide de redemander la main à sa belle qui cette fois accepte, à la condition qu’il se trouve un bon emploi. Il s’engage au CN comme contremaître.

Caouette est un bon époux. Il aide sa femme à élever les enfants. On le voit faisant la vaisselle, donnant un bain dans une cuve aux deux enfants (un gars de 10 ans et une fille de huit ans) et finalement, dire le chapelet.

Dans la maison, c’est la femme qui donne les ordres.

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Le Père Couture se rend au village indien en compagnie de Marcel, le fils aîné de Caouette, maintenant âgé de 16 ans, puisqu’on l’a prévenu de l’agonie du chef. Ce dernier avant de mourir confie une carte au Père Couture, marquant l’emplacement de trois importants gisements d’or dans la région. Informé, Caouette se rend sur les lieux et constate l’existence de larges veines d’or de surface, aux emplacements indiqués par le chef.

Le Père Couture essaie de persuader Caouette de la possibilité d’exploiter ces trésors afin de fournir aux Indiens une alternative future puisque leurs terrains de chasse sont de plus en plus détruits par les coupes forestières. 

Mme Caouette a le dernier mot : « Puisque c’est la Volonté de Dieu », Alphonse doit s’exécuter. Caouette laisse son emploi au CN.

Caouette (claim) marque les droits d’exploration sur ces terrains en compagnie de Marcel et un ami de ce dernier.

Ils partent ensuite pour la ville afin d’enregistrer la découverte et chercher des moyens financiers pour l’exploiter même s’il est sans ressource financière.

Un de ses ex-patrons, qu’il rencontre dans un restaurant, lui suggère de transiger avec Lee Mines qui exploite déjà avec succès une grosse mine d’or à Timmins.

La séance de négociation avec Lee Mines est très serrée. Lee Mines a trois ans pour ouvrir une ou des galeries souterraines et aménager un petit moulin d’extraction, sinon le territoire et le résultat de tout ce qui aura été entrepris deviendra propriété de Caouette.

Lee Mines entreprend l’exploitation (une galerie, un moulin aménagé du côté sud-ouest de la rivière Suicide), mais deux ans plus tard, il décide d’abandonner les travaux sous prétexte que le gisement n’est pas assez riche. Caouette n’y croit pas. Il prétend que Lee Mines a trafiqué les données.

Comment opérer la mine? 

Caouette persuade d’abord des hommes d’affaires de Hearst d’investir. Il a de la difficulté parce que plusieurs prétendent que si Lee Mines a abandonné, c’est ce qu’il n’y a rien de mieux à faire.

Un ami francophone met Caouette et le Père Couture en contact avec un groupe d’hommes d’affaires du Lac St-Jean. Ceux-ci se regroupent en syndicat minier et investissent dans la mine. On décide que cette mine s’appellera La Thérèsa en hommage à Ste-Thérèse-de-Lisieux et aussi parce la fille de Caouette s’appelle Thérèse, ce qui permettra de dissimuler les intentions trop religieuses au goût des autorités ontariennes.

Caouette entreprend les travaux avec une dizaine d’hommes. De plus, il décide d’aller en faire la promotion au Québec. Il rencontre des individus lors de réunions de cuisines ainsi que des hommes politiques de l’Union nationale qui investissent personnellement.

Caouette met même sur pied, voyant le succès de ses entrevues au Soleil de Québec, une petite revue qui servira de liens avec eux sans à avoir toujours à se déplacer

Les actionnaires organisent une expédition pour la coulée de la première brique d’or.

Tous les travailleurs sont célibataires. Un ou deux volent facilement de l’or. L’un d’eux se fait pincer et il est chassé du site. Il se promet de se venger de Caouette.

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Thérèsa 4

janvier 21, 2021

Théâtre 19

Thérèsa 4

La Thérèsa. Le film.

                     INCIPIT

1-

On entend frapper à la porte. Maggie ouvre, une tasse de café à la main. Elle a juste le temps de se tasser pour laisser passer Ti-Jean.

                                   Maggie

Mon Dieu! T’es bien excité. Qu’est-ce qui t’arrive ?

Ti-Jean danse sur place. Il est fou comme un balai.

                                      Ti-Jean

J’ai été accepté! Accepté!

                                      Maggie

Accepté où ?

                                      Ti-Jean

Au Conseil des Arts… J’ai une bourse pour enquêter sur la Thérèsa Gold Mines. Tu sais la mine en Ontario dans laquelle mes parents ont investi dans les années 1950.

                                      Maggie

Faut fêter ça. Comment vas-tu t’y rendre?

                                      Ti-Jean

Sur le pouce. Même avec une subvention, je dois faire attention à mes dépenses. J’ai même trouvé un vieil enregistrement d’un bulletin de nouvelles de Radio-Canada sur la mort du président de la mine, M. Alphonse Caouette.


                                      Maggie
      
Amène ça tout de suite, qu’on écoute ça au plus vite.
                                     
                            La télévision

M. Alphonse Caouette s’est éteint, hier, à la suite d’un cancer. M. Caouette, on le sait, a été le président fondateur d’une petite mine d’or, à Longlac, dans le Nord-Ontario, au début des années 1950.

Même si la Thérèsa Gold Mines a été abandonnée après une faillite, il y a quelques années à peine, cette petite mine d’or a permis que le Nord-Ontario devienne, grâce aux structures politico sociales mises en place par le clergé, le plus grand foyer francophone hors Québec.  

M. Caouette avait aussi fait sa marque par son attachement aux autochtones de cette région, ce qui explique une aussi grande présence de ceux-ci à ses funérailles.

Ce personnage légendaire est né à St-Ignace, au Québec. Avant d’être président de la Thérèsa, M. Caouette était contremaître à la compagnie de chemin de fer Canadien National, en Ontario.

Avec la mine, il voulait en collaboration avec les plus hautes autorités religieuses de la région, créer un endroit réservé exclusivement à des mineurs catholiques et français afin de prouver aux Canadiens anglais que les Canadiens français ne sont pas des saoulons et des sacreurs. Quant au clergé, il rêvait de la reconquête du Canada par les francophones

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2-

On revoit Ti-Jean dans une automobile avec un vieux monsieur. 

                                    Conducteur
      
Qu’est-ce que tu fais par ici? Des pouceux n’y en a pas des tonnes dans le coin. Trop dangereux de se faire manger par les mouches…
 
                                   Ti-Jean

Je viens faire une recherche sur une vieille mine du Nord-Ontario : la Thérèsa Gold Mines.

                                     Conducteur

Je ne connais pas. Pourtant, je connais l’histoire de mon coin. Savais-tu qu’autrefois, vers les années 1940-50, les Canadiens-français avaient un grand projet de création d’un nouveau pays? On voulait l’appeler l’AURORA. Il aurait inclus le Nord-Ontario jusqu’aux Basses-Laurentides. C’était un projet de l’Ordre de Jacques-Cartier, la Patente.   Ça te sonne une cloche? L’Aurora était une autre version de la Laurentienne du curé Labelle.

Le plus drôle, on voulait exclure Montréal. Une ville, c’est le vice, les étrangers, l’infâme.
             
                               Ti-Jean
     
Ne connais pas.

                                   Conducteur

Dommage. Ça aurait été un bon sujet. Qu’est-ce que tu vas faire avec l’histoire d’une mine qui n’a même pas réussi? Pour intéresser les gens, il faut du sang et du cul.

                                    Ti-Jean

J’aurai qu’à trouver moyen d’en inventer.

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3-

Ti-Jean arrive à Longlac. Même s’il est 20 h 30, il ne fait pas encore noir. Il se rend seul au restaurant francophone de la place. Des vieux sont assis dans un coin, dégustant une bière, alors qu’un groupe d’Indiens sont installés dans l’autre coin.

                         Serveur

Boire ou manger? Je ne t’ai jamais vu dans le coin.

                                     Ti-Jean

Je viens de Montréal. J’enquête sur l’histoire d’une vieille mine : la Thérèsa.

                                        Serveur

Je ne la connais pas.

Ti-Jean prend son café. Son sac à dos est sur une chaise et sa caméra sur la table. Un jeune Indien arrive. 

                                         Jeune Indien

Tu vas à la chasse? Chanceux! J’aime ça partir dans le bois, surtout que cette année, il n’y a presque pas de mouches pour te dévorer les oreilles.

C’t’as-toi, la caméra? Prends ma photo.

Ti-Jean accepte. Il prend ses affaires et sort pour prendre la photo.

                                  Ti-Jean

J’enquête sur l’histoire d’une vieille mine. Je sais qu’il y avait des Indiens, car dans les films que l’on nous montrait, il y avait toujours des Indiens. Mais tu ne peux pas le savoir, t’es trop jeune.

                                 Jeune Indien

Mon grand-père la connaît sûrement. Il était le chef de notre tribu à cette époque. Si tu veux, je t’y amènerai demain. Où restes-tu? Je vais dormir chez toi.

                                  Ti-Jean

Il faut le demander à tes parents.

                                  Jeune Indien

Impossible. Ils sont partis à la pêche. Y a des tonnes de dorées dans les lacs ici.
            
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4-
            

Ti-Jean et le jeune Indien regardent la télévision dans une chambre. Le jeune Indien se prend une bière dans le frigidaire de la chambre.

                                      Ti-Jean

Qu’est-ce que tu fais là? T’es bien trop jeune pour boire.

(Fastfoward)

Le jeune Indien fait comme si Ti-Jean n’existait pas. Il consume quatre bières durant le film. Tout à coup, il se lève, se déshabille flambant nu et se jette ainsi sur le dos dans le seul lit de la chambre. Ti -Jean le regarde. Ferme la TV. Il se couche tout habillé près de lui. Le lendemain matin, Ti-Jean est réveillé par le bruit de la douche. Le jeune Indien reprend ses vêtements comme si de rien n’était.

                         Ti-Jean

C’est dans vos mœurs de coucher nu?

                         Jeune Indien

Non, mais c’est plus confortable.

                         Ti-Jean

T’as pas honte?

                           Jeune Indien

Honte de quoi? Pourquoi? Personne ne vient au monde habillé. Et, t’es un gars à ce que je sache.

                              Ti- Jean

Mal, c’est mal !

                             Jeune Indien

Quel con t’a fait croire une telle imbécilité? Les péchés ont été inventés par vos religions pour vous contrôler. Les religions vous lavent le cerveau. Elles vous font croire ce qu’elles veulent bien parce que vous chiez dans vos culottes à la pensée de mourir un jour et d’aller en enfer.
  
T’es bien comme les autres blancs. Un hypocrite. Vous tuez sans remords tous ceux qui sont différents de vous sur la planète, mais vous vous culpabilisez dès que vous voyez un sein ou une queue en liberté… Bande de malades!

                            Ti-Jean

T’as sûrement raison… Péché pas péché, t’es sublimement beau à regarder.

Ti-Jean et le jeune Indien partent pour la réserve afin de rencontrer son grand-père. Un des premiers témoignages sur une centaine qui expliquera vraiment ce qui s’est passé.

                                           Traitement

La Thérèsa 3

janvier 20, 2021

Simoneau. Théâtre 18

Thérèsa 3

La Thérèsa (synopsis)

Un film est une histoire romancée. 

 Ti-Jean, un ex-journaliste de Sherbrooke, entreprend de reconstituer l’histoire de la Thérèsa. Ses recherches lui permettent de voir se dérouler les événements.
 
 Son contact avec les Amérindiens remet en cause sa culture, voire la civilisation, principalement en ce qui a trait à la sexualité. Il peut ainsi mieux comprendre le processus du colonialisme entre un peuple que l’on a écrasé et un peuple qui veut naître. L’indépendance du Québec sera impossible tant qu’on aura peur.

 Alphonse Caouette, le Lion du Nord, est un jeune prospecteur, buveur et bagarreur, qui est emprisonné pour avoir défendu trop efficacement un Amérindien attaqué dans un bar.

 Caouette laisse tous ses petits vices pour sa Delvia et s’engage au CN.
 
Quelques années plus tard, lui, son ami le Père Couture, un jésuite, et son fils, Marcel, apprennent de cet Amérindien l’existence de trois sites aurifères d’importance.  

 À la demande de son ami, le Père Couture, Alphonse abandonne son travail et entreprend l’exploitation de ces gisements potentiels. Il tente d’abord, n’ayant pas l’argent pour le faire, de s’associer à Lee Mines, une grosse entreprise anglophone pour réaliser son projet.   Lee Mines a trois ans pour réaliser cette entreprise ou tout remettre à Caouette. 

Lee Mines ne réussit pas et Caouette croit avoir été berné par ce gros trust. Il se tourne vers des investisseurs du Lac St-Jean pour continuer l’exploitation d’un gisement qu’on appellera dorénavant la Thérèsa, en l’honneur de Ste-Thérèse-de-l’Enfant-Jésus.

 Même si on coule une première brique, la guerre vient déjouer tous les plans d’Alphonse Caouette. Son fils part pour la guerre et la mine doit cesser d’opérer. Caouette et quelques amis survivent en arrachant de l’or au pic et à la pelle.

 Caouette est accusé d’avoir menti aux actionnaires et condamné de ne plus pouvoir émettre d’actions.

 En 1949, au nord de l’Ontario, le clergé est pressé de créer des structures civiles qui correspondent à celles des paroisses afin de poursuivre leur œuvre de colonisation. 

 À cette fin, Caouette accepte de reprendre l’exploitation de la mine. Il se rend dans la Beauce recruter les mineurs alors que les actionnaires (ou plutôt les prêteurs) viennent surtout de l’Estrie, de Drummondville et de St-Hyacinthe. Surprise pour Caouette !  Un jeune ingénieur, M. Fernand Cloutier, offre ses services… vite acceptés. 
 
 Caouette et le clergé veulent créer un village strictement francophone, et surtout, catholique.

 Grâce au moulin à scie des Brassard, les maisons sont vite construites. Le village prend forme à une vitesse phénoménale. Caouette décide cependant de renvoyer un ancien, sous prétexte qu’il sacre, afin de donner l’exemple.

 À son retour d’une tournée du Québec, où il va amasser des fonds, Caouette décide que l’on construise une salle communautaire pour échapper aux mouches noires. Il place aussi une statue de Ste-Thérèse en plein centre du village. À l’occasion de la bénédiction de la statue, la Thérèsa reçoit son premier aumônier, l’abbé Corriveau (puisque la paroisse est considérée comme une mission) ainsi que sa première institutrice, Mlle Charbonneau.

 Le village de la Thérèsa, c’est le paradis, même si on y travaille avec acharnement. Selon les règles, la mine est aussi la propriété des mineurs. Les mineurs sont presque tous des jeunes dans la vingtaine, mais de plus en plus de familles s’y installent avec de nombreux enfants. Ils doivent emprunter la rivière pour se rendre à la mine à partir de Longlac, ce qui ne se fait pas toujours sans incident.

Sur le site de la Thérèsa, tout est basé sur l’amitié et chacun veille à ce qu’il n’y ait pas de conflit.  Malgré l’interdit de Caouette, la boisson fait parfois partie des vagues. Des jeunes profitent de leur visite à Geraldton et à leur retour en chaloupe pour se baigner nus. Une femme les aperçoit.   C’est le scandale et Caouette en profite pour marquer son autorité.

 Les relations avec les anglophones de l’extérieur sont très tendues et les mineurs doivent parfois se servir de la force pour se faire respecter. D’ailleurs, l’ingénieur Cloutier le fait bien comprendre à un garagiste qui tente de l’exploiter.

 La prospérité de la Thérèsa est telle que Caouette décide de construire un nouveau presbytère au Père Couture, mais ce dernier meurt peu après. 

 Si la mort du Père Couture est un coup dur pour les Caouette, une entrée de fonds substantielle offre un nouveau souffle à la Thérèsa.

 Caouette a tellement peur de la boisson qu’il accuse malencontreusement Fortin d’en faire la vente alors qu’il a tout simplement fait venir toutes sortes de produits pour les vendre avant Noël. La fête est célébrée en grandes pompes, permettant à Caouette de jouer au Père Noël. Il donne des cigarettes aux mineurs et des jouets à leurs enfants. 

 La découverte d’une veine très riche est aussi un vrai cadeau du ciel. Même s’il s’y trouve beaucoup de pérîtes de fer, Caouette décide qu’on ne la touchera pas et qu’on gardera la découverte secrète afin de la montrer aux actionnaires et les épater.

 À l’occasion de la première assemblée des actionnaires, un groupe de bénévoles mettent sur pied les Clubs Thérèsiens afin de multiplier les adhésions et les investissements. D’autre part, les mineurs créent une coop pour installer un système d’aqueduc et d’égouts.

Le succès de la Thérèsa est tel que Caouette doit engager une deuxième institutrice, beaucoup plus jeune et plus belle, entichée de son cousin, pour enseigner aux adolescents. 

Même les jeunes se sont créé une vie sociale et sportive qui comprend sa part d’initiation quoique le visionnement des films de cowboys demeure ce qu’il y a de plus populaire. Pour, les jeunes, c’est aussi le temps de la confirmation, de l’extraction des dents et de la visite de l’inspecteur fanatiquement anglophone de leurs classes.

La liberté des prêtres catholiques de l’Ontario, dans leur interprétation des règles de la Sainte Église, ne cesse d’étonner les mineurs, pour ne pas dire les scandaliser. Les mineurs font aussi le rapport direct entre l’arrivée de Mgr Lambert et celle de la paye.

Scandale! Le mineur qui fournit les autres en boisson est porté disparu. Quand il est retrouvé, les plus bigotes de la communauté féminine voient à ce qu’il soit expulsé. 

La vie a beau être paradisiaque, la GRC qui n’aime pas les francophones en territoire ontarien met le feu à la boutique de forge. La contestation des mineurs tourne à l’émeute, mais l’abbé Corriveau parvient à calmer les esprits. D’ailleurs, la GRC se sert d’un accident survenu chez les jeunes alors qu’ils jouaient au cowboy avec un vrai fusil pour inculper et faire emprisonner un des mineurs, ce qui n’a rien pour détendre l’atmosphère.

Un deuxième drame se produit : la plus jeune institutrice se suicide parce qu’elle est enceinte et qu’elle craint d’affronter l’esprit borné de certaines femmes de la communauté minière. 

Le Dr Noël, un libéral, décide de se présenter à la direction de la Thérèsa afin de connaître le véritable bilan financier de la Thérèsa. Il veut connaître les vrais chiffres avant que son oncle et l’archevêché de Boston investissent. 
 
L’été est marqué par une grande épluchette de blé d’Inde, à Katevale, en Estrie, fournissant ainsi la chance au Club Thérèsien de faire la preuve de son efficacité. Plus de 500 convives participent à l’événement, marqué par la prière et la fraternité.

Par contre, à la Thérèsa, la mort d’un mineur, accentue la peur des femmes quant à leur isolement : Caouette est forcé d’aménager une route qui se rend de Longlac à la mine.

Cela arrive à point puisqu’à l’automne, on recoule une première brique d’or, les invités ne sachant pas qu’il y a déjà eu la même cérémonie quelques années auparavant avec d’autres actionnaires du Lac St-Jean. 

L’abbé Gadbois, de la Bonne Chanson, tente de faire accepter que les argents soient d’abord investis dans son entreprise avant d’être versés à la Thérèsa. Les membres se déchirent face à cette nouvelle proposition, plusieurs y voyant une entreprise d’affaires avant d’être une entreprise religieuse.

En réalité, tout ne va pas pour le mieux. La piètre performance de la mine fait regimber certains mineurs qui commencent à flairer une vaste combine religieuse, sinon une vaste fraude, mais l’abbé Corriveau parvient encore une fois à faire taire les mécontents afin de ne pas alarmer ceux qui ont la foi : les actionnaires.

Pour améliorer le rendement de la mine, trois mineurs spécialisés sont engagés à Timmins. Leur manie de se parler en anglais révolte les mineurs beaucerons déjà installés. La chicane s’installe peu à peu. On prétend même à un complot communiste parce qu’un jeune mineur a voulu faire une farce aux élections et a voté pour le parti communiste, surtout par ignorance et pour jouer un tour à ses compagnons. Un geste qui a créé bien des vagues.  

L’insatisfaction prend de l’ampleur et s’étend même jusqu’au Québec où l’on multiplie pourtant les grands rassemblements des actionnaires pour préserver la foi. 

À Drummondville, des femmes portent une statue de la Vierge en procession afin de chasser les démons qui veulent que Caouette rembourse immédiatement les prêts puisqu’il a fait construire l’usine de transformation. Dans les contrats de prêts, il est spécifié que la mine respectera la valeur investie, dès qu’elle sera en production.
     
Caouette pense que son principal ingénieur le vole. Il engage deux autres ingénieurs et un soir, il menace Cloutier de son marteau, en visitant la mine avec lui : « Où est caché mon or? »  Cloutier affolé se sauve durant la nuit, accentuant les rumeurs voulant que Lee Mines travaille hypocritement à reprendre en main l’entreprise.

À l’assemblée des actionnaires, le fils Caouette, Marcel, est démis de ses fonctions de gérant et remplacé par un mineur du bord du Dr Noël, pendant que des Amérindiens, en présence de la police, réclament aussi leur dû puisque depuis le début, la mine doit verser un pourcentage des profits aux Amérindiens.

Suite à cette réunion houleuse, plus de la moitié des mineurs quittent la Thérèsa. 

Comme si tous les malheurs s’étaient donné rendez-vous, la cathédrale de Hearst prend feu. On s’aperçoit alors que les argents amassés pour la construction d’une nouvelle basilique Ste-Thérèse à Hearst ont mystérieusement fondu au soleil. On se demande si ces argents n’ont pas été versés à la Thérèsa.

L’archevêque de Boston obtient de Rome la tenue d’une enquête dont les résultats seront gardés secrets pendant 100 ans. Mais, aussitôt l’enquête terminée, l’évêque et son prélat domestique sont chassés du diocèse, en pleine nuit, comme des bandits. Plus tard, Mgr Charbonneau sera, quant à lui, déporté sur l’île de Vancouver. 
 
Caouette est ruiné. Il travaille à une station de pompage avant de conduire un autobus scolaire. Sa fille Thérèse ouvre un salon de coiffure alors que son fils Marcel se recycle dans l’assurance. Il achète une grosse maison, ce qui fera penser à certains anciens mineurs que c’est là qu’est passé l’argent de la Thérèsa.

Quelques années plus tard, Caouette s’éteint à la suite d’un cancer. 

Aujourd’hui, la mine est devenue propriété d’une firme de la Colombie britannique, après que plusieurs compagnies ontariennes aient envisagé d’essayer à leur tour de trouver l’or qui serait véritablement là en très grande quantité, mais pratiquement impossible à récupérer parce qu’elle serait trop profondément enfouie dans la terre.

Les Amérindiens quant à eux ont créé une tout autre légende sur la fin de la Thérèsa : des chasseurs auraient fait exploser de la dynamite dans la rivière, créant une fissure qui noya tous les tunnels de la mine.

Pour l’histoire véritable de la Thérèsa, sans le prisme de Jean Simoneau et ses obsessions sexuelles, il faut lire le livre qu’il a produit à la suite de ses recherches. Il faut aussi consulter le livre de M. Jean –Louis Fortin, Les enfants de la Thérèsa Gold Mines, il raconte l’histoire de cette mine à travers le regard d’un enfant des mineurs alors que celui de Simoneau est construit à partir des interrogations des actionnaires..

Tout le matériel  de Jean Simoneau est maintenant exposé et la propriété du ministère de la Culture, à Sherbrooke.

Inutile de dire que le film ne reflète pas l’histoire exacte de la Thérèsa. Aucune personne ne s’est suicidée et il n’y a jamais eu de violence dans l’histoire de la Thérèsa.

Thérèsa 2

janvier 19, 2021

Simoneau. Théâtre 17

La Thérèsa 2

La Thérèsa (Introduction)

 Cette enquête m’a permis d’amasser une masse extraordinaire de documents. J’ai réussi à interviewer presque tous les principaux acteurs de l’histoire. J’ai gardé plus de 65 documents (entrevues audio) et des centaines de photos. Tout ce matériel a ensuite été remis aux Archives nationales du Québec, à Sherbrooke. Plusieurs de ces figures sont décédées depuis (Mme Caouette, sa fille, Thérèse, Laval Pagé, Mme Émile Simoneau)

Par la suite, j’ai écrit un volumineux rapport de plus de 500 pages La Thérèsa ainsi qu’un roman Le jeune espion.   Ce dernier est né à partir d’un événement récolté dans la petite histoire de la mine : un actionnaire qui doutait des propos de Caouette décida d’envoyer son fils, alors dans la vingtaine, séminariste, à la mine afin d’espionner.

 Le jeune espion est un récit strictement fictif.C’est surtout l’histoire d’un jeune gai, qui découvre et assume graduellement et naïvement sa sexualité. Il se marie avec le prêtre duquel il est tombé amoureux dans cette aventure.  

 La Thérèsa est devenue dans ce roman la Maria. La minen’est que la toile de fond du cheminement intérieur de Jean-François, face à sa sexualité.

 Je me suis aussi servi de la Thérèsa pour réaliser ma thèse de maîtrise en français à l’université de Sherbrooke. Ces travaux me permettaient de réaliser les buts fixés au début de l’entreprise, soit de reconstituer le plus fidèlement possible l’histoire de la Thérèsa.   Les éditeurs qui s’étaient montrés intéressés par le projet n’existaient plus quand j’ai terminé mon travail. Aussi quand vint le temps de publier tout ça, personne ne voulut, considérant le livre comme trop volumineux. Je ne pouvais pas me lancer dans une nouvelle rédaction sans obtenir de l’aide. J’avais adopté deux garçons et je devais m’occuper d’eux en priorité.
     
 Ainsi, le rapport global et le roman ne sont que le fruit de mon obstination à réaliser ce que j’ai projeté en 1980.

 J’avais aussi réalisé cette enquête pour créer un jour un film à partir de la Thérèsa.Ça explique que je me suis, dans les entrevues, arrêté à de petits détails qui pourraient s’avérer intéressants dans un scénario.

 Même si la Thérèsa est en soi une belle histoire, un fait historique, la majorité des actionnaires n’ont jamais su comment cela s’est terminé.   Pour réussir un film, il fallait absolument y ajouter une part de fiction, soit la mort de l’institutrice, l’attaque de la GRC.    
      
 La Thérèsa, même si elle révèle l’état d’esprit qui existait à la fin du règne de Duplessis, n’est pas un événement politique en soi, encore moins une réussite économique.  Il faut lire aussi Les enfants de la Thérèsa Gold Mines, écritpar M. Jean-Louis Fortin.  Il explique le problème à partir du prix de l’or à cette époque. M. Fortin est un des enfants de la Thérèsa qui étant donné le plaisir de vivre cette aventure a absolument voulu nous laisser un portrait vécu de l’intérieur.

La vie communautaire était tellement riche, tellement remplie de leçons qu’elle pourrait encore servir d’exemple de solidarité pour la naissance du Québec. L’histoire de la Thérèsa mérite, ne serait-ce que pour ça, d’être connue.
 
Tout comme dans Le jeune espion, jene crois pas que le scénario doive être strictement basé sur l’histoire réelle de la Thérèsa, mais plutôt sur la diégèse de l’espoir que portait cette communauté, issue de la droite religieuse, ainsi que sur le danger que le corporatisme ou les institutions représentent pour des humains qui n’aspirent qu’à des jours meilleurs. Si les institutions sont détournées de leur but initial, elles servent à créer une bourgeoisie qui se fiche du peuple.

 La Thérèsa peut être une profonde réflexion sur la naissance de nos institutions et une façon de voir comment elles ont été détournées de leurs objectifs originaux au détriment d’une minorité privilégiée.

 En ce sens, il faut que la diégèse porte plus sur la communauté à travers différents personnages. 

 Caouette a le rôle principal puisqu’il est le porteur du rêve et aussi parce qu’il nous permet de comprendre comment le peuple peut céder une grande partie de ses rêves à un individu dans lequel il met sa confiance.

 Les institutrices (particulièrement la plus jeune) ainsi que les contestataires du rêve de Caouette, les prétendus communistes, servent à poser un oeil critique et réaliste sur l’entreprise. La communauté thérèsienne est le peuple québécois. Le Québec est encore en partie prisonnier des scrupules des Caouette.

 Si un jour le Québec devient indépendant, il ne doit pas être duplessiste, c’est-à-dire basé sur l’hypocrisie et le mensonge du colonialisme psychologique que constitue la répression sexuelle, fortement exploitée par toutes les religions. Cette réalité est vivante dans Mme Caouette qui mène tout, sans en avoir l’air.

La scène de l’incipit prend ici toute son importance, car les Amérindiens ont tout perdu, leur culture et même leurs valeurs morales (société matriarcale où le nu n’était pas encore condamné à l’enfer). Les Amérindiens furent tués par la boisson, le chômage. Même leur morale fut piétinée par les Blancs venus les sauver.

 Le Québec ne doit pas être trudeauiste, car ce crachat sur le peuple entretient
dans notre esprit que nous sommes des minables, incapables de réaliser de grandes choses sans l’appui du colonialisme canadien. Comme disait Franz Fanon : Le « nous commun » est notre seule et plus grande force…

 En ce sens, il est important de se souvenir de cette page de notre petite histoire afin de connaître nos origines et notre identité.

La démarche.

 Le film sur la Thérèsa doit être réalisé hors temps pour des raisons d’économie, mais aussi pour indiquer la possibilité que de telles sectes ou mouvements religieux puissent encore exister.

 Cette fiction devrait se contenter d’opposer les Thérèsiens aux Rednecks, afin de mieux faire ressortir la vraie faiblesse de cette communauté : sa fragilité et surtout son isolement. Le pire ennemi est intérieur : le doute autant des mineurs que des actionnaires.

 Tout peut se dérouler dans un décor qui existe aussi bien de nos jours (village minier, à Val-d’Or, par exemple).

 Il pourrait s’agir du scénario d’un film ainsi qu’une série de quatre épisodes d’une heure pour la télévision.

 En ayant une approche qui tiendra plus de la science-fiction que d’une aventure réelle passée, tout en se référant continuellement à la véritable histoire de la Thérèsa, il est possible de mieux faire ressortir le caractère universel de cette aventure.

 Qui ne rêve pas de l’Eldorado? Qui ne se demande pas la place de l’intervention du divin dans sa vie? Qui ne doute pas? Il ne s’agit pas de juger, mais d’observer avec un point de vue omniscient le développement et la chute de cette petite communauté.

 L’aventure de la Thérèsa permet de mettre les gens en garde contre le danger des grands gourous ainsi que de la possibilité de créer un monde où il fait bon vivre de ses illusions, une réalité tout éphémère. Si la Thérèsa est la vie idéale pour les mineurs et un grand rêve pour les actionnaires, encore faut-il que la mine soit assez riche pour enregistrer des profits et non des pertes.

 Par contre, elle démontre que si le rêve est essentiel pour réaliser de grandes choses, il est aussi impérieux que ce rêve soit bien assis, sur une bonne dose de réalisme. Ste-Thérèse n’est pas une très bonne financière.

 La Thérèsa parle de richesse humaine plus que de richesses terrestres. La richesse de l’amitié et de la solidarité.

 La place des Amérindiens, dans ce contexte, sert de « faire-valoir » aux personnages principaux. 


 Elle permet à Ti-Jean de constater la déchéance et l’écrasement de la culture des peuples Amérindiens, avenir qui semble vouloir être le même pour les francophones.


Simoneau.Théâtre 16. La Thérèsa 1

janvier 18, 2021

Théâtre 16

La Thérèsa Gold Mines 1

                       Traitement


Puisque la Thérèsa Gold Mines semble intéresser plus d’une personne, je vais publier en rafale le traitement que j’ai préparé dans le but de créer un film. Le traitement, c’est la phase juste avant de terminer un scénario. Tout y est presque, il suffit d’inventer les dialogues. 

Évidemment, l’histoire a été dramatisée. J’ai ajouté des éléments qui ne sont pas historiques. Je me suis servi de mes connaissances sur le sujet pour donner vie à ce texte, tout en étant le plus près possible de cette réalité. Peut-être un jour, un scénariste voudra bien retoucher le traitement pour en faire un scénario et un film. 
 

                         Déclaration d’intention



1.1- Les intentions

La Thérèsa est une fiction, basée sur une histoire réelle. Une mine d’or religieuse située à Longlac, Ontario.
 
Au début des années 1950, le clergé du Nord-Ontario, avec l’aide d’un prospecteur, M. Alphonse Caouette, a décidé d’exploiter un gisement d’or dont l’existence lui avait été révélée par les Autochtones.

Caouette et le clergé voulaient créer un village catholique et francophone qui serait un exemple de foi pour tout le reste du Canada.

La Thérèsa devait montrer aux Anglophones qu’il est possible de créer une entreprise rentable, grâce à la foi et la coopération des travailleurs-actionnaires.

Selon Alphonse Caouette, il fallait faire la preuve que l’on peut construire une entreprise rentable, autant avec le signe de la croix qu’avec le signe de piastres.

La mine devait être aussi un moyen de continuer l’œuvre de colonisation du curé Labelle et de l’Abitibi, en ayant des francophones plus sédentaires dans le Nord-Ontario, ce qui permettait de créer les institutions civiles, grâce aux structures religieuses.

Le village minier vit le jour et connut même ses moments de gloire.

Tous les mineurs (ou presque) venaient du Québec, plus particulièrement, de la Beauce alors que tous les actionnaires étaient Québécois, venant surtout de l’Estrie, de la région de Drummondville et St-Hyacinthe, du Lac St-Jean et de la ville de Québec.

Mon père était non seulement un actionnaire important, mais aussi un directeur du club Thérèsien. Il me traînait partout, dans toutes ses sorties. Je fus sans le vouloir un témoin privilégié, même si j’étais âgé seulement d’une dizaine d’années, de cette merveilleuse aventure, car, même si tous ont perdu leur argent, la Thérèsa a créé des amitiés indissolubles.

 Ce n’est que 30 ans plus tard, alors que je montrais à un ami, le grand compositeur de musique Gabriel Charpentier, les nombreuses photos que notre famille gardait de la Thérèsa que l’idée de reconstituer l’histoire est apparue. 

 Dans les années 1980, j’ai ainsi, grâce à une subvention dans le cadre du projet EXPLORATIONS au Conseil des Arts du Canada, fait enquête sur l’histoire fascinante de la Thérèsa.

 J’étais plus intéressé à connaître tous les détails qu’à trancher à savoir si la Thérèsa avait été ou non une vaste fraude.

 J’ai appris la participation à cette entreprise de beaucoup de personnages connus au Québec au fur et à mesure que mon enquête progressait : Bombardier, Casavan, Mgr Charbonneau, le ministre unioniste Bégin, membre du gouvernement Duplessis, et les archevêques de Québec et de Sherbrooke.

La Thérèsa fut même citée dans le scandale du gaz naturel, lequel entraîna la chute de Duplessis. On y fit aussi allusion dans le Crime d’Ovide Plouffe, de Roger Lemelin

Simoneau. Théâtre 15

janvier 18, 2021

Théâtre 15

Les puces 8

29— Intérieur — Maison — Cuisine — 29

Philippe est au téléphone. Il parle à voix basse.


                             PHILIPPE


C’est Philippe. Y a un petit problème ici. Gaston a fait une crise d’épilepsie. Je sais que ce n’est pas la première fois et que l’on m’en avait informé. Là, n’est pas le problème. On s’est battu.

                              AGENT DE LIAISON

 Battu?   Pourquoi?


                                 PHILIPPE


Pourquoi? Quoi? On s’est battu parce qu’il voulait prendre toutes les couvertures et tout le lit tant qu’à y être. 

                                 AGENT DE LIAISON


T’as voulu en profiter, mon cochon. C’est ce qui arrive quand on veut violer quelqu’un et que l’autre n’est pas d’accord…


                                     PHILIPPE


Mais non, tabarnak! Je n’ai pas essayé de le violer. Je sais qu’il n’a que seize ans, qu’il est beau comme un cœur, mais…

 
                              AGENT DE LIAISON


T’aurais pas pu te retenir.

 
                                   PHILIPPE

T’es bien un hétéro. Tu ne peux pas concevoir que d’autres peuvent penser et voir la vie autrement que toi.   Vas-tu me laisser parler pour que je puisse enfin t’expliquer ce qui arrive pendant qu’il dort.
 
                                  AGENT DE LIAISON


Vas-y, mais la vérité.


                                  PHILIPPE


Enfin! Ce n’est pas trop tôt… Ma vie privée, ça ne regarde que moi. On s’est entendu là-dessus…

 
                              AGENT DE LIAISON (ricanant)


Il baise bien ou tu as dû lui donner des leçons ?


                               PHILIPPE


S’il baise bien? C’est divin, mais on en est encore qu’à la soupe; ce n’est pas le problème. L’avenir du pays passe bien avant les joies de l’alcôve… 

Quand Gaston a fait sa crise, j’ai essayé de lui enfiler ses sous-vêtements, il avait mis son pantalon sur le bord de la chaise dans sa chambre. 

Quand je suis allé pour chercher du linge pour le vêtir avant de faire venir de l’aide, son portefeuille est tombé ainsi qu’un badge.


                              AGENT DE LIAISON

Un badge?   Un badge de police ?


                                PHILIPPE


 Un badge de la GRC. C’est peut-être pour ça qu’il m’a attaqué dans le lit…. Je n’aime pas coucher avec un flic quel que soit son âge et sa beauté… J’ai pourtant encore de la difficulté à le concevoir comme un infiltré. C’est impossible, pourtant, le maudit badge est là? Y a peut-être une autre explication. Je ne pouvais pas partir au cœur de la nuit en bobettes…

  
                              AGENT DE LIAISON


T’essaies de m’en passer une bonne. Les affaires de cul ce n’est pas ce qu’il y a de plus important, mais ça ne peut pas compromettre nos objectifs. Si vous ne vous faites pas confiance, il faut changer l’équipe.


                                 PHILIPPE


Tu penses que je te mens? L’alcôve n’a rien à faire là-dedans. Il a l’air régulier, d’être un petit anarchiste, mais…


Philippe est de plus en plus anxieux. Il regarde parfois le corridor, situé près de la cuisine, pour s’assurer que Gaston n’arrive pas à l’improviste ou l’entende…


                                  AGENT DE LIAISON


Que proposes-tu ?


Philippe hésite. Il ne voudrait pas se séparer de Gaston, mais dans les circonstances, le devoir l’exige presque…


                            PHILIPPE


Trouve- moi une autre piaule. Ça urge! Je vais me préparer en attendant. J’apporterai que mon linge et de menues affaires. On verra comment réagir plus tard, quand on comprendra ce qui s’est passé. Je te rappelle dès que je suis prêt à partir.


                               AGENT DE LIAISON


On fera une enquête. Si le jeune est un infiltré, tu connais la règle.

                                PHILIPPE (se sent mal)


Assurez-vous bien que c’est le cas, avant de le buter. Il ne faut pas se tromper. Des choses comme ça, ça peut jeter toute l’organisation à terre. 
                              


                                 AGENT DE LIAISON


Tu l’aimes ?

                                  PHILIPPE (les larmes à l’œil)

De plus en plus…


Philippe se hâte de préparer ses affaires dans la cuisine et le salon avant de se rendre dans sa chambre. Il a beau se faire discret, un livre tombe d’une caisse.

Gaston se réveille et se rend aussitôt au miroir situé sur le bureau pour constater l’état de ses lèvres enflées et son œil au beurre noir. Il se rend près de Philippe.


                           GASTON


Kâliss! Tu ne m’as pas manqué! La complicité, on en reparlera.


                           PHILIPPE


Je ne pensais pas qu’un jour on se taperait dessus, surtout qu’on risque notre vie en se retrouvant ensemble. 

 

                         GASTON


Tu paranoïes. T’es pas assez important pour qu’on nous recherche. C’est quoi ton affaire? Essaie d’arrêter d’avoir aussi peur. Pourquoi m’as-tu fait ça?


                         PHILIPPE


Tu m’agressais. Je ne pouvais rien faire d’autre que me défendre. De toute façon, c’est fini. Je change de cellule.


                          GASTON

Tu quoi ? 


                           PHILIPPE

Je déménage (presque en gueulant). J’ai assez d’ennemis, sans avoir un camarade qui me buche dessus.
         

Philippe sort avec une autre caisse qu’il va porter dans la cuisine.

Gaston le suit, même s’il est nu, qu’il n’y a pas de rideaux et c’est le jour.


                             GASTON


C’est ça! Mets-moi tout sur le dos. Ce doit être moi qui t’ai arrangé la face de même. Tu ne l’emporteras pas comme ça. Tu ne partiras pas d’ici. J’ai besoin de toi. Tu es mon mentor. J’ai besoin de toi pour avancer dans mes connaissances littéraires. C’est ça la solidarité. Tu l’as toujours dit : la cause passe avant tout.


Gaston comprend soudain.  


                          GASTON


Où as-tu pris les médicaments quand j’ai fait ma crise ?


                                PHILIPPE


Ça n’a pas d’importance. Sur ton bureau, pourquoi ?


                               GASTON


C’est de la drogue très forte. On m’a donné ces cachets hier et je les ai mis sur le bureau pour ne pas oublier de les jeter à la toilette. Tu m’as drogué au bout en voulant me soigner. Voilà pourquoi je ne me rappelle de rien.

                                   PHILIPPE

Tout s’explique… ou presque.


                              GASTON (décontenancé)

 
Qu’est-ce qui te prend? Je croyais vivre le paradis avec toi. Je travaillais avec celui qui fut toujours mon modèle, le seul que je croyais capable de m’aider à évoluer dans ma littérature et il veut me quitter. On se tape sur la gueule. Maudite drogue! Je n’aurais pas dû apporter ces pilules ici pour les jeter. Pardonne-moi !


                              PHILIPPE

 C’est dommage, en effet! Je ne faisais que commencer à t’aimer. Mais la vie est remplie d’imprévus. Je t’assure que celui-là, je ne l’ai pas vu venir.
     

On entend aux mêmes instants le carillon de la porte avant de l’appartement retentir. Philippe se rend répondre, mais invective d’abord Gaston.



                          PHILIPPE (autoritaire, puis très sarcastique)


Rentre au moins dans ta chambre… va te cacher le cul.

As-tu idée de qui peut bien venir sonner à notre porte à cette heure-là? Peut-être tes amis flics.
          

Philippe ouvre la porte, il blanchit. Ce sont effectivement deux policiers. Ils lui tendent une photo et lui demandent s’il connaît ce visage. 


Philippe reconnaît Gaston. Une rumeur de vengeance lui monte à la tête.


                                            PHILIPPE

Moins que vous, messieurs…

Gaston vient voir, t’as une visite de famille.
     

Gaston arrive en enfilant son pantalon. Il blêmit. Il ne sait plus comment réagir. Ce n’est pas le temps d’avoir des problèmes avec la police… surtout pas la journée de l’attentat programmé…


                                                           GASTON

C’est quoi la farce ?



                            LE POLICIER (regardant son coéquipier)


C’est bien celui qu’on a vu sur le vidéo.   T’étais bien au Chien qui rit, hier soir ?

                            GASTON (incertain, regard interrogatif)

Ouais !   Ouais !   Pourquoi ?


Gaston ahuri secoue les épaules. Il regarde les policiers, en essayant de dissimuler le visage pour ne pas devoir expliquer ses blessures. Il fait signe à Philippe qu’il ne comprend pas.


                               DEUXIÈME POLICIER

 
Peut-on visiter l’appartement ?
       


                         GASTON


Qu’est-ce qui vous prend ?   Vous avez un mandat ?


                         DEUXIÈME POLICIER


Ne te fatigue pas. On sait que la loi, ce n’est pas votre fort. Tous les jeunes font semblant de la connaître…


                         PREMIER POLICIER (plus baveux)


Ne fais pas le malin! C’est ton père, ce gars-là ?

 
                        GASTON


C’est mon amant, voyons, c’est évident !


                        DEUXIÈME POLICIER


Vos histoires de tapettes, on n’en veut rien savoir. On est normal, nous autres. 


                        PHILIPPE (visiblement vexé et furieux)


La normalité quand elle signifie que la majorité ne déborde pas d’intelligence. Qu’est-ce que vous nous voulez ?


Philippe prend son portefeuille et tend sa carte professionnelle. L’expression des policiers change aussitôt, car cette carte indique qu’il est avocat.


Gaston regarde la scène, étonné, car il sait, lui, que Philippe était enseignant.


                        PREMIER POLICIER (s’adressant à Philippe)

 
Hier soir, votre jeune a volé un manteau. Du moins, on a la preuve sur vidéo que c’est lui qui l’a pris. Ce ne serait pas si grave, si ça n’avait pas été le manteau d’un sergent de la GRC en mission.


                        GASTON


Je n’ai rien volé. J’étais un peu saoul, je l’admets et il faisait très noir, mais je n’ai rien pris qui ne m’appartenait pas.   Une minute, je vais aller voir. Me serais-je trompé ?


                        PHILIPPE (il rit)


Un sergent de la montée… faut le faire !


                       DEUXIÈME POLICIER


Ce n’est pas si drôle que ça…   Si c’est vous qui avez le manteau, on oublie tout. Avez-vous regardé le nom sur les papiers dans les poches ?


                        PHILIPPE


Pourquoi on aurait regardé? On ne s’est même pas aperçu qu’il s’était trompé de manteau.


                        DEUXIÈME POLICIER

Vous ne le saviez pas ?



                         PHILIPPE

Pas du tout,                                      


                          GASTON


Si j’ai bien compris, si c’est le bon manteau,  je vous redonne le badge et le portefeuille intacts et on a la paix.   Mais, comment vais-je récupérer le mien ?

 
                         PREMIER POLICIER


Ça, c’est ton problème…


                          PHILIPPE


Vous ne l’arrêtez pas et vous ne l’amenez pas.


                          PREMIER POLICIER


Pourquoi? Vous coopérez! Le bureau nous a demandé d’être très discret et de ne pas faire de problème, même si ça avait été un vol, tant que le voleur aura oublié le nom qu’il aurait pu lire sur les papiers.


                         PHILIPPE


Assez spécial, merci !


                          LE DEUXIÈME POLICIER


C’est le nom d’un policier qui a infiltré le mouvement terroriste. Personne ne doit…

 


                         LE PREMIER POLICIER (il frappe le premier sur le bras de l’autre.)


Ta gueule! C’est un secret d’État…

                         PHILIPPE

Intéressant.
                  


Il se tourne vers la chambre et crie à Gaston.


                          PHILIPPE


Ne regarde surtout pas le nom du gars. C’est important. (Il tousse) C’est même une condition pour avoir la paix. Fait ça vite, ils attendent après toi.


Gaston revient. Il tend le manteau aux policiers avec un sourire en coin. Les policiers sont radieux et bien contents de voir qu’il s’agit bien du bon manteau. Il s’assure que le badge soit dans une des poches.


                      PHILIPPE


Tu n’as pas regardé, j’espère. Il ne fallait pas…

                       GASTON

Regarder quoi ?


                         DEUXIÈME POLICIER (souriant)

Tout est là. On s’excuse de vous avoir dérangé. Bonne journée !

Philippe prend de l’assurance. La cache n’est pas brûlée. 

 
                     GASTON


Ce sera pour la prochaine fois…


Il se dandine en faisant un bye bye aux policiers. 

Ceux-ci se dirigent vers l’extérieur, heureux que cette récupération fût aussi facile.

Dès que les policiers sont partis, Philippe et Gaston s’effondrent sur le sofa, situé tout près, dans le bord du salon.


                      PHILIPPE


As-tu le nom du gars? C’est important. Ce serait celui du policier qui a infiltré le mouvement.

 
                     GASTON

Oui. C’est un certain Stan Lafortune.


Philippe se précipite au téléphone et raconte l’aventure à l’agent de liaison, faisant bien attention de ne pas faire allusion aux peurs qu’il avait eues auparavant. Il lui spécifie le nom de l’informateur, tout en soulignant qu’on n’aurait jamais pu faire mieux, même si on l’avait prévu.

Le téléphone terminé, Philippe saisit Gaston et l’embrasse passionnément. Il le regarde ensuite les yeux pleins d’eau.


                         PHILIPPE

Petit Christ! T’aurais pu te faire tuer pour ça. Dans le fond, je suis loin de te haïr. Je ne pars plus. Je t’aime trop. Nous avons plein de choses à vivre ensemble. Un nouveau livre à écrire. 


                   GASTON

Nous l’appellerons : MON PAYS : MA LIBERTÉ.

                                            FIN                          

Simoneau. Théâtre 14

janvier 17, 2021

Théâtre 14

Les puces 7

21— Intérieur — Chambre de Philippe — Corridor — Cuisine — nuit — 21

Philippe éteint sa cigarette et se dirige vers la cuisine, après avoir enfilé des boxers.

Gaston le suit, il est toujours nu.

Dans la cuisine, Philippe verse deux verres de coke alors que Gaston s’appuie sur le bord du poêle.

Soudain, Gaston râle, il lève la tête. Il a les yeux révulsés.


                                PHILIPPE  (en plaisantant)

 Arrête-moi ça. Je sais que je t’ai excité, mais pas au point de faire une crise d’épilepsie.

Gaston s’écroule sur le plancher au pied du poêle. La bave commence à lui sortir de la bouche. Il sautille de partout.

Philippe tourne Gaston sur le côté et lui relève légèrement la tête vers l’arrière. Il court ensuite dans la chambre de Gaston. Il ne voit aucun médicament, mais un petit sachet portant encore les marques de ce qui semble être de la drogue.

22— Intérieur — maison — chambre de Gaston – nuit — 22

Philippe cherche un sous-vêtement pour Gaston. Il soulève le pantalon étendu sur la chaise. Les poches sont vides.   Puis, il empoigne le manteau qu’il tient à l’envers. Un portefeuille tombe sur le plancher ainsi qu’un badge de policier. 

Philippe est secoué. Il se penche et ramasse le badge. Il le regarde longuement. C’est bien un badge de la GRC.  

                                     PHILIPPE
Ce ne peut pas être vrai! Il ne peut pas être un policier. Pourtant, c’est l’évidence même.


Philippe est furieux. Il replace le badge d’un geste fou dans les poches du manteau. Il est de plus en plus nerveux.   Il est si stupéfié qu’il commence à se frapper la tête sur le cadre de la porte de chambre, en répétant :                                   

                                    PHILIPPE
Ah! Le sale! Le sale! J’aurais dû me méfier davantage. C’était trop beau. Un jeune qui était tombé amoureux de moi. Je n’aurais jamais dû le laisser me toucher. Je suis bien puni maintenant.       

Il frappe à coups de poing dans le cadre de porte. Des larmes coulent sur ses joues.

23— Intérieur — Maison — Cuisine — nuit — 23

Philippe revient dans la cuisine. Il est surexcité à l’idée que son jeune ami puisse être un policier qui aurait infiltré la cellule dans laquelle il fait partie intégrante. Il ne sait plus exactement comment se comporter.  Doit-il se sauver de Gaston ou le laisser crever ? Il ne sait plus que faire. Il appelle finalement le 911. 

Il essaie inutilement de lui enfiler des sous-vêtements ; mais Gaston est trop mou. Il le tourne aussitôt sur le dos. Quand Philippe arrive à lui glisser des sous-vêtements dans chaque jambe, il ne peut pas les monter assez, car Gaston a une jambe prise chaque bord de la patte de table.

Il regarde Gaston nu, le sexe pendant.

                                PHILIPPE  (à haute voix)
Je ne peux pas le laisser ainsi. Les secours vont arriver et ils peuvent se servir de ça contre moi.

Il se lève prend le téléphone et compose 911.


                                     PHILIPPE (à haute voix)
Je vais leur dire de ne pas venir, qu’il va maintenant beaucoup mieux.

Philippe tourne en rond, le téléphone à la main, le numéro partiellement composé.

                                    PHILIPPE  (à haute voix)
Je ne peux pas le laisser de même. Flic pas flic ; cochon pas cochon ; c’est un être humain, kâliss! Je ne peux pas le laisser mourir…

Philippe raccroche bruyamment le téléphone, marquant sa contradiction intérieure.

                                  PHILIPPE  (à haute voix)

Oui, mais tout à coup que les secouristes me dénoncent pour avoir été avec un plus jeune que moi. La société est devenue folle. Elle ne sait même pas pourquoi elle interdit de telles relations. C’était de même avant, c’est de même maintenant. Je ne veux pas moisir en prison… Qu’importe !

Philippe tente toujours, sans succès, d’enfiler les sous-vêtements à Gaston qui, en étant trop mou, lui rend la tâche impossible. Il a beau levé une jambe, passer celle-ci dans le trou du sous-vêtement, il n’arrive pas à lever l’autre pour ne pas être empêcher l’enfilade à cause de la patte de table qui sépare les deux jambes. Philippe est trop excité pour réussir.

 Tout à coup, Gaston lui demande ce qui est arrivé.

                                    PHILIPPE
Ce n’est pas grave. T’as eu une crise d’épilepsie, je crois. Repose-toi. J’ai appelé du secours.


                                    GASTON
Fallait pas !   Fallait pas! Aide-moi, je vais me rendre dans ta chambre.

Philippe aide Gaston à se relever. Il le conduit dans son lit.

23— Intérieur — Chambre de Philippe — nuit — 23

Philippe regarde Gaston, étendu nu sur les couvertures. Il prend une nouvelle couverture dans la garde-robe et l’étend sur Gaston.
  
Soudain, on sonne. Il court. Les secouristes s’occupent de Gaston. 

                                 SECOURISTE (s’adressant à Gaston)
Voulez-vous venir à l’hôpital? Quand avez-vous fait votre dernière crise? Avez-vous des médicaments ?

                               GASTON

Laissez- moi tranquille! Je suis bien. J’ai tout ce qu’il me faut pour me remettre.

Il demande à Philippe d’aller chercher ses médicaments sur le bureau, près de l’ordinateur. Gaston avale quelques pilules.

Les secouristes quittent la chambre, faisant signe à Philippe de les suivre.


24 — Intérieur — Corridor — nuit — 24

                            SECOURISTE
Laissez-le se reposer. Il n’y a aucun danger.

                                     PHILIPPE
Il ne va pas mourir ?
                                 SECOURISTE (amusé)
Bien non! On ne meurt pas d’une petite crise d’épilepsie. Vous lui avez donné ses médicaments. Demain, il sera déjà en pleine forme…
             
 25— Intérieur — à la maison — chambre de Philippe — 25

Philippe s’assoit sur le bord du lit. Il regarde Gaston, tout ému. Il s’endort tellement qu’il décide de se glisser près de Gaston dans le lit. 
                                                GASTON
    Je t’ai finalement eu…
                                               PHILIPPE
Peut-être. Mais une relation sexuelle ne nous rend pas amoureux. Aimer, c’est autre chose que d’avoir du sexe pour du sexe.

                                                GASTON

C’est vrai, mais je sens que nous serons à jamais amoureux l’un de l’autre. 

                                               PHILIPPE
Si à chaque fois, que nous nous touchons, tu fais une crise; nous sommes condamnés à la chasteté.

                                               GASTON

Quel prétentieux? Tu ne crois tout de même pas que cette crise a un rapport avec le fait que je t’ai sucé. Tu m’excites, je te veux, mais ça ne me rend pas malade. Je n’ai pas fait cette crise parce que j’étais excité ; mais à cause de l’odeur d’eau de javel dans le passage.

26— Intérieur — Maison — Chambre de Philippe — la nuit — 26

Malgré la fatigue, Philippe caresse Gaston, tendrement, comme un massage. Il ne peut s’empêcher de se demander intérieurement :

                                        PHILIPPE (Voix hors champ)
Gaston est-il vraiment de la police? Un infiltré? Ça n’a aucun sens. Il ne le faut pas. Juste au moment où je redécouvre l’amour, mon bien-aimé serait mon pire ennemi. Je dois lui faire confiance. Il a sûrement une explication. Nous risquons notre vie ensemble. Nous avons accepté de former notre cellule parce que tout nous attire l’un vers l’autre. Et tant qu’à mourir, autant le faire ensemble, dans les bras l’un de l’autre.  


Philippe s’endort et est réveillé peu de temps après. Quand il se réveille, Gaston est collé sur lui. Il a trop chaud, donc, Philippe s’en éloigne.


                                   GASTON


Pourquoi te tasses-tu? Je suis un bébé qui a besoin de chaleur. Je suis l’ourson dans le froid sibérien. Je vais mourir de froid.


Effectivement, Philippe sent Gaston frissonner, mais comme il a trop chaud, il refuse de se laisser coller.

                                   PHILIPPE
Laisse-moi un peu respirer…
    
Philippe se tasse vers le mur. Gaston se tourne et commence à frapper Philippe dans le dos avec ses poings. Philippe ne sait pas comment réagir. Il encaisse les coups alors que Gaston biboye.


                          GASTON (biboyant : parlant en dormant)


Maudit qu’il fait froid dans cette tranchée. Il faut mieux me vêtir. J’ai froid et ce poêle qui me refuse sa chaleur. La vie disparaît.
    
 Gaston le martèle de coups. Philippe ne sait plus comment réagir. Gaston agit comme s’il dormait, mais sans dormir.

                              PHILIPPE (voix hors champ)

Qu’est-ce qui lui prend?   Serait-il devenu fou? Pourtant, il ne s’est pas frappé la tête en tombant. L’épilepsie ne rend pas fou d’habitude.

 
Finalement, Philippe se lève et se rend à la toilette où il chuchote à voix haute. Il se met à paranoïer.

27— Intérieur — maison — salle de bains — Chambre de Philippe — la nuit — 27

 
                            PHILIPPE


 S’il est vrai que les plans de la GRC sont de me tuer en prison, ils ont peut-être désigné Gaston pour m’exécuter avant. 

Voyons donc! C’est purement paranoïaque. Le petit m’aime vraiment. Ça se voit, ça se sent. Ce n’est pas parce que tu es jeune que tu ne te sens pas, que tu ne peux pas tomber amoureux. 

C’est vrai que les services secrets ont essayé de me tuer deux fois auparavant, mais je ne suis pas assez important pour qu’il prenne autant de risques. Infiltré ou non, il y aurait une enquête. C’est impossible. Et, Gaston ne peut pas être un traitre. Il m’aime trop pour ça. 

Je suis aussi bien de retourner me coucher si je ne veux pas devenir fou.

De retour, dans son lit. Gaston recommence à le caresser. Philippe s’abandonne. Il n’a pas trop chaud et il se tasse de nouveau.

Gaston recommence à le frapper. Puis, il tire toutes les couvertures de son bord.

Philippe essaie de les tirer à son tour. Gaston commence à le frapper à coups de pied. Il n’y a plus de doute, Gaston ne dort pas, il est conscient de ce qu’il fait. Gaston y va maintenant de coups de plus en plus forts.

Philippe prend peur et décide de passer à l’attaque, avant de se faire trop sonner.

Il saute sur Gaston et lui assène quelques bons coups de poing au visage. 

Gaston a le visage en sang.

Philippe essaie de l’immobiliser sur le lit, en le tenant par les poignets, mais Gaston est très solide.

Philippe sent qu’il est déjà épuisé alors que Gaston à la vue du sang devient fou furieux. Philippe tient toujours Gaston par les poignets alors que le torse de celui-ci a glissé entre le lit et le mur.

Gaston sort du lit et Philippe essaie de le calmer, de le raisonner.
 
                                  PHILIPPE
Arrête-moi ça! Qu’est-ce qui te prend ?
Gaston est face à lui. Tenant ses bobettes d’une main, car elles sont trop larges, elles lui descendent souvent sur les jambes et il les remonte au fur et à mesure.

                                 GASTON (l’air furieux)

Ah! Mon tabarnak! Regarde, je saigne. Pourquoi tu m’as fait ça? Tu vas me le payer.
      
Il tire ses bobettes devant lui. Il est nu devant Philippe, le visage déformé par la rage, les poings serrés et les yeux exprimant nettement la folie…

                                     PHILIPPE 
C’est quoi ton problème? T’as un contrat? Tu veux me tuer… ?   Tu veux mon lit? Tu veux l’appartement à toi seul? Pourquoi me fesses-tu? Je ne t’ai rien fait.

Gaston ne semble pas comprendre ce qui se passe. Il est cependant de plus en plus hors de lui-même. Il agite les poings, faisant signe à Philippe de s’approcher.

 
                                      GASTON
Viens, mon crisse, viens !

                                      PHILIPPE
Calme-toi !   Je ne veux pas me battre avec toi. Si t’aimer, c’est s’assurer de manger la raclée, je pense que tu t’es trompé de gars. Je ne suis pas masochiste.
                                  GASTON
T’as peur, en mon tabarnak !
Philippe sent un point brûlant à la poitrine.   

28— Intérieur — Maison — Cuisine — tôt le matin — 28

Philippe sort de la chambre et se rend dans la cuisine. Gaston suit Philippe, les poings ronds, jusqu’à la cuisine.   Philippe essaie de téléphoner, mais Gaston lui arrache le téléphone. Philippe se dirige de l’autre côté de la cuisine, près de la porte de l’extérieur ; mais il ne peut pas s’enfuir, car il est en bobettes.

Philippe observe Gaston et se dit qu’au moins il est loin des couteaux déposés sur l’armoire. Philippe est de plus en plus certain que finalement Gaston veut le tuer. Il essaie de négocier…

                    PHILIPPE
OK !   Tu veux l’appartement à toi tout seul, je m’en irai donc.
 
                  GASTON
C’est ça, crisse ton camp tout de suite !

                       PHILIPPE
J’ai payé le mois, je vais partir dès qu’il sera terminé.
        
Gaston se calme un peu. Il cesse de serrer les poings. Il semble ne pas trop comprendre ce qui se passe. Il s’effondre en larmes sur le plancher. Il regarde Philippe comme s’il appelait au secours. Philippe de plus en plus amoureux ne peut pas résister. Il s’approche de Gaston lentement et essaie de le consoler, persuadé qu’il se passe quelque chose qui lui échappe. 

Philippe amène Gaston dans sa chambre et le laisse se reposer. Dès que Gaston s’est endormi, Philippe en profite pour retourner dans sa chambre où il enfile un jean.

Gaston arrive dans le cadre de porte de sa chambre.   Il a l’air éberlué. Il se tient la main sur la joue comme s’il avait un mal de dents.
                                    GASTON

Qu’est-ce qui arrive?    Pourquoi suis-je en sang ?

                                        PHILIPPE

Je ne le sais pas. Tu as commencé à me frapper et j’ai dû me défendre. Que veux-tu, j’étais champion de boxe quand j’avais de ton âge.

Philippe sort de la chambre et revient avec une serviette. Philippe fait des compresses sur les blessures de Gaston qui a déjà un œil au beurre noir et une lèvre fendue. Philippe est bien navré de la situation. Il met beaucoup de zèle à soigner Gaston.

Philippe réexamine Gaston. Il a l’air bouleversé. Philippe s’aperçoit soudain, en avalant, qu’il a sans doute été blessé lui aussi; car sa salive goutte le sang. Il vérifie en passant un doigt dans sa bouche. Il en ressort tout rouge.

Philippe et Gaston ont retrouvé leur calme.

                       GASTON
Il faudrait dormir. Je vais chercher mes pilules.

En arrivant à son bureau, Gaston se rend compte que Philippe lui a donné, par mégarde, quand il a fait sa crise d’épilepsie, les cachets de drogue qu’il avait laissés sur son bureau. 

 Gaston et Philippe se recouchent, mais cette fois, Philippe se laisse caresser. Gaston s’endort, la tête au creux de l’épaule de Philippe.     

 Philippe profite du sommeil de Gaston pour quitter la chambre.

 Philippe ne sait plus que penser. Même s’il est de plus en plus amoureux, il ne veut quand même pas trahir son pays, en tentant la chance.  Le mouvement de résistance ne pouvait pas être trahi grâce à un agent infiltré. Il profite donc du sommeil de Gaston pour téléphoner à son agent de liaison dans l’organisation terroriste.


Simoneau.Théâtre 13

janvier 16, 2021

Théâtre 13

Les puces 6

15— Maison — Chambre de Philippe — Vers 18 h 30-      15

Gaston quitte l’appartement.

Philippe se rend à son garde-robe. Il examine quelques habits, des manteaux, des pantalons et en met quelques-uns de côté pour Gaston.

À son retour, Gaston crie : « Philippe! Philippe! », puis se rend dans la chambre de celui-ci.


                                               PHILIPPE

Essaie ça !

Philippe lui présente un habit assorti d’une veste. Gaston, visiblement heureux, lui remet le 5.50 $ et enfile l’habit, mais les pantalons sont deux fois trop grands à la ceinture.


                                              GASTON
Ce n’est pas grave. Je vais mettre la veste et le manteau.


                                            PHILIPPE


Ça n’a pas de sens. Ça ne se fait pas. C’est un tout. Sans ça, ça l’air fou.


                                         GASTON

Si moi, j’aime ça, ça pas d’importance. 

Gaston saisit le manteau d’automne. Il l’enfile avec fierté.


                                           GASTON


Un vrai manteau de la gauche.

Philippe sourit. Il est visiblement joyeux de voir Gaston heureux. Philippe retourne à la cuisine où il met une dernière main au riz et fait cuire les steaks pendant que Gaston est de bonne humeur. Ce dernier place deux chandelles et fait brûler de l’encens.

Gaston tout sourire, la veste et le manteau sur le dos, avec une cravate, mais une paire de jeans.


                                   GASTON (excité)


Il ne faut pas manger tout de suite, il faut d’abord fêter notre union…
          
Philippe sursaute au mot union. Il regarde Gaston, vient pour l’engueuler, mais le sourire ce celui-ci est si radieux qu’il n’en est pas capable.

                                                 GASTON

 
Tu récites le poème qui te représente le mieux et nous trinquerons au pouvoir des mots.


Philippe prend son manuscrit de L’amourajeux et cherche son poème. On entend alors la chanson « Le mouton noir », de Plume Latraverse, à la radio.

Terminé, Gaston baisse le son du poste de radio.

Philippe récite ensuite « À droite toute »…

Quand il a terminé, Gaston applaudit à tout rompre, mais Philippe lui fait signe de garder le silence quand on entend en sourdine « Cette blessure », de Léo Ferré. 

Philippe s’approche et lève un peu le son…


                                           GASTON


Maudit que j’aurais aimé avoir écrit ce texte. C’est bien toi : deux passions : la beauté des petits gars et la liberté de notre nouveau pays, la République du Québec.


                                          PHILIPPE

Une seule et même passion. La jeunesse et le pays.

Philippe et Gaston trinquent.

Ils soupent en silence avec avidité. On y entend « Québec, mort ou vivant », de Pauline Julien. Puis, c’est un classique, le Boléro, de Maurice Ravel.


                                             GASTON


Les 70, c’était le bon temps. T’as pu connaître tous les grands de notre littérature. Parle-moi un peu de Miron et Langevin. Tu les as connus, toi.


                                           PHILIPPE


C’étaient des monuments. Godin, le sourire, l’œil taquin ; Miron, l’intelligence, la parole et ce cher Gilbert Langevin, la lucidité incarnée, l’engagement contre la misère des petits. Les vrais piliers de notre culture.
                                         GASTON

Ce qui est écœurant, c’est qu’à cause de mon âge, je ne les aurai jamais rencontrés.


                                       PHILIPPE


Tu ne seras pas le seul. Très peu de jeunes les connaissent. Au Québec, on n’a pas encore compris que la culture, c’est le pays.
        
Philippe devient soudainement triste.

Gaston se lève et tire du sac une deuxième bouteille de vin. 


                                      GASTON

Surprise!   J’en ai aussi payé une. Fêtons d’être ensemble.


                                       PHILIPPE

Je suis d’accord; mais je veux que tu saches que je suis dû pour Haïti. Je suis écœuré d’être ici, dans un pays de féminounes.

                                      GASTON
Je te vois en Haïti, rôtir au soleil avec ton problème de peau. Tu serais pire qu’un Bar-B-Q.

Philippe se met à rire comme un fou.


                                        PHILIPPE

Enfin libre! Plus de dictature féminoune, plus de fédérastes…


                                      GASTON

Fuck les femmes! Vive le célibat et l’amour gai…   Comme ça t’as vraiment eu une aventure avec un jeune quand tu t’es fait prendre? Je ne comprends pas pourquoi maintenant tu ne veux plus rien savoir. Était-il plus beau que moi?   Je ne suis pas si vieux que ça, je ne suis pas encore passé date pour un pédéraste.


                                       PHILIPPE


T’as rien compris. L’amour, ça ne se commande pas. Il a eu peur que je le trompe et il a voulu se venger…

 
                                      GASTON


Oublie ça. Je suis là maintenant. Ce n’est pas le temps d’être triste. Chantons un peu, ça te fera oublier un peu.


Philippe et Gaston finissent la bouteille de vin en chantant <Chevaliers de la Table ronde >. 

18— Intérieur — Maison — salon — 18


Après avoir chanté, ils se rendent au salon où ils écoutent de la musique particulièrement du Léo Ferré.

On entend Ferré : « Le problème avec la morale, c’est que c’est toujours la morale des autres.»

Philippe prend le livre Tribunal d’honneur. On entend le Concerto no 1, de Tchaïkovski, pendant qu’il lit.

Gaston s’approche et pose sa tête sur son épaule. Il regarde Philippe amoureusement. 

Philippe sourit à Gaston et enlève lentement la main de Gaston qui se glisse vers son entrecuisse.

 Puis, on entend Bob Marley dire : « Don’t worry, be happy »

 Philippe pleure, car c’était la chanson favorite de son fils ainsi que le message qu’il avait laissé lorsqu’il s’est suicidé quelque trois ans plus tôt.

Gaston essaie, impuissant,  de consoler Philippe. Il le prend dans ses bras, mais Philippe s’en défait avant de se rendre dans sa chambre. Gaston l’entend pleurer et dire :

                            PHILIPPE

 Maudite vie! Je serais mieux mort. Pourquoi? Pourquoi t’es-tu enlevé la vie ?

19— Intérieur —   Maison — Chambre de Gaston —   Nuit.   19

Gaston arrête la musique et s’en va dans sa chambre. Il s’étend sur son matelas dans le centre de sa chambre. Il fixe le plafond.

                          GASTON


Philippe !   Philippe?   Dors-tu ?


                     PHILIPPE (voix hors champ)


Pas encore. Mais, si tu peux te taire, ce ne sera pas long…

                     GASTON

Ce n’est pas juste. Moi, je couche par terre et toi t’as un beau lit douillet.

 
                     PHILIPPE


Veux-tu te fermer. Pis dormir !  (Il lève la voix).


20— Intérieur — Chambre de Gaston — Chambre de Philippe – nuit — 20


Gaston se lève. Il est nu. Il se rend dans la chambre de Philippe au pied de son lit. Il appelle Philippe, empruntant une voix braillarde.


                    GASTON


Philippe ! Je peux juste venir coucher à côté de toi ?  J’ai trop mal au dos sur ce matelas-là. Si je ne peux plus dormir et que je tombe malade, ce sera de ta faute. T’auras tué un écrivain (avec une voix encore plus insistante).

                      PHILIPPE

Arrête de jouer au bébé. !

                    GASTON

J’ai mal au dos (avec une voix de plus en plus braillarde)


                      PHILIPPE  (impatient)

OK, d’abord! Mais, tu restes de ton bord. Tu ne me touches pas.
  

Gaston est heureux. Il se rend près de la fenêtre et l’ouvre toute grande.
Il s’enfile ensuite auprès de Philippe, tenant bien ses distances, au début.
Il regarde la fenêtre, espérant que le froid fera le reste. Il sourit.

Effectivement, Philippe finit par se coller sur lui.   Gaston commence du bout des doigts à le caresser sur la poitrine, sans que Philippe s’y oppose.
Gaston le caresse avec insistance jusqu’à ce que Philippe se tourne et lui rende la pareille. Philippe, à son tour, effleure le dos de Gaston du bout des doigts.
Gaston essaie sans succès d’embrasser Philippe. Gaston est surexcité. Il met toutes ses énergies. Il prend la main de Philippe et la place sur son sexe.
Puis, Gaston se penche et suce Philippe. Philippe se laisse faire. Il caresse la chevelure de Gaston, de plus en plus excité. Gaston constate que Philippe garde toujours les yeux fermés quoiqu’un large sourire trahisse sa profonde satisfaction. Philippe, après voir éjaculé, repousse la tête de Gaston. Il se relève et fume une cigarette.

 
                           PHILIPPE


Ça fait si longtemps, je ne me rappelais pas que c’était aussi divin.


                         GASTON


Je savais que t’étais pour aimer ça. Tu n’avais qu’à te laisser aller. Pourquoi as-tu toujours gardé les yeux fermés ?  


                           PHILIPPE

Pour mieux goûter tout, même si je ne veux pas y prendre goût. C’est plus important de l’écrire, de le chanter; mais comme tu dis pour ce faire, il faut d’abord le vivre…

                           GASTON

C’est tellement plus agréable de vivre que de le chanter…


                             PHILIPPE


Si je veux continuer ma carrière d’enseignant, je n’ai pas le choix. Je dois me plier aux normes et vivre en hypocrite.

                               GASTON


Pas du tout. J’ai l’âge de consentement. Nous avons le droit. Le système est assez fou qu’il veut maintenant établir un nombre d’années maximum entre les deux amants pour s’assurer que les vieux ne touchent pas aux plus jeunes. Quelle Gestapo! Ils font semblant de vouloir nous protéger, mais tout ce qui les intéresse c’est de nous dominer, de diriger jusqu’à notre sexualité, la source même de notre personnalité. Il n’y a pas d’âge qui soit mieux l’une que l’autre. De quoi se mêle-t-on?  Bandes de fascistes !

  
                             PHILIPPE


Merci de la leçon. Je vais prendre un coke dans la cuisine. Ce fut tout simplement divin…


Philippe embrasse Gaston pour le remercier.



Simoneau.Théâtre 12

janvier 15, 2021

Théâtre 12

Les puces 5

10— Intérieur — Maison — corridor — 17.30 —    10

Philippe et Gaston s’appliquent à nettoyer le corridor. Le passage est assez étroit, mais très long. Il passe devant les chambres. 

Philippe et Gaston se lancent parfois de l’eau et rient de leur mésaventure.

                                GASTON
On aura au moins appris à laver des planchers, si on ne s’entraide pas comme écrivain. On saura mieux effacer les taches.
Philippe constate que Gaston frotte toujours à la même place.
                             

                               PHILIPPE

Tu pourrais frotter ailleurs de temps en temps. À ce rythme-là, on va être encore là, l’an prochain.
                                               GASTON
Ceux qui ont peinturé le plafond n’ont pas fait attention. Y a des taches de peinture blanches partout. Je n’aime pas ça, ce n’est pas beau.
                                   PHILIPPE (s’impatiente)
Je m’en sacre des taches blanches. Le temps n’est pas à l’esthétisme, mais à ce qui est pratique… Éliminer la possibilité de puces. Nettoyer pour rendre l’appartement viable. On verra ensuite si on peut l’améliorer. Ce soir, je ne veux pas commencer à devoir me gratter…

                                       GASTON

Fais ce que tu voudras. Je fais ce que je veux. Je ne peux pas vivre dans ce qui est laid…

                                       PHILIPPE
Moi, je ne peux vivre dans ce qui est malpropre…
                                           GASTON

Petit bourgeois !

                                           PHILIPPE

Il faut bien venir de la rue pour jouer au snob !

Philippe multiplie sa vitesse pour compenser les lenteurs de Gaston. Même si Gaston frotte toujours aux mêmes places à la laine d’acier, les taches persistent. Il frotte, regarde, puis recommence.
                                           GASTON
Ça ne part même pas…
Philippe passe vite le corridor à la moppe.

Gaston découragé se relève et va s’asseoir dans la cuisine. 

11— Intérieur – maison – salon — 19 heures — 11

Philippe lave le salon et crie à Gaston de venir l’aider à entrer les meubles par la fenêtre.

Le sofa prend tout un mur. Même s’ils sont dans les coins, la causeuse et la chaise de salon prennent plus d’espace que prévu. Quant au meuble du système de son, il occupe le reste de la place. Il y a même une table et une lampe qu’ils n’arrivent pas à entrer par la fenêtre, faute d’espace.

                                              GASTON
Tabarnak! On n’a même pas de place pour nos ordinateurs.
                                            PHILIPPE
Il ne reste plus qu’une solution : on les met dans ta chambre. Avec les mousses au centre, on pourra placer les ordinateurs tout autour…
                                                GASTON
Pas question! Je veux vivre moi aussi. J’ai besoin d’espace pour marcher et travailler la nuit.

                                          PHILIPPE
Tu feras comme tout le monde, tu travailleras de jour.   De toute façon, je t’ai averti avant que durant la nuit je veux dormir. Ce fut la seule condition posée pour venir habiter avec toi.
                                            GASTON
Moi aussi, je t’ai averti que je travaille la nuit. La lune m’inspire.

                                            PHILIPPE

Tu travailleras sur la table dans la cuisine, en attendant de savoir écrire à l’ordi. Dans ta chambre, tu n’as pas de bureau pour écrire.

                                          GASTON
Je ne me suis pas loué un grand appartement pour être obligé de travailler dans une cuisine.
                                             PHILIPPE

Grand appartement, mon œil! Tu vois bien qu’on a pu d’espace.

                                         GASTON
Tu n’as qu’à jeter les meubles dont on ne sert pas tous les deux. Je ne pensais pas que tu étais aussi bourgeois.
                                        PHILIPPE
Moi, bourgeois?   Je vis maintenant sur l’Assistance sociale. Ne viens pas jouer au petit Christ de go-gauchiste qui essaie de culpabiliser tous ceux qui réussissent et qui sont incapables de faire un effort pour gagner leur vie. Ça ne prend pas avec moi. Quand tu veux, t’es un hostie de petit mongol. Il y a une demi-heure, tu étais prêt à coucher dans mon lit, dans ma chambre. Maintenant, tu joues au génie qui a besoin de sa solitude pour pondre. Je n’ai jamais vu un gars incarné autant deux extrêmes à la fois.
                                        GASTON
 Énerve-toi pas! Prends ça cool! Moi, une rue, un parc, un banc me suffisent. Je n’ai pas besoin de drap santé pour m’y frotter le zizi et provoquer des rêves.
 
                                       PHILIPPE

Si t’es si bien que ça dans la rue, retournes-y. J’assumerai seul le coût du loyer. Je suis amplement capable.

                                     GASTON
C’est ça, les grands révolutionnaires… Ça révolutionne tout tant que ça ne les dérange pas.

C’est bon! On va mettre les ordinateurs dans ma chambre. Pas parce que ça me plaît, ni pour faire plaisir à Monsieur, mais parce qu’il faut bien qu’il y en ait un de raisonnable…

                                       PHILIPPE
OK!   Et, je te passe mon bureau pour y mettre ton ordinateur. Je te ferai même une place dans mes filières. Je te passe les deux du bas. Comme ça, n’y aura pas de raison que tu laisses traîner tes cochonneries.
                                     GASTON
Ce ne sont pas des cochonneries. C’est mon travail d’écrivain. Tu pourrais au moins me respecter dans mon professionnalisme.

                                  PHILIPPE

Pardon ! Tu sais que j’apprécie tes créations. Je voulais parler de tes brouillons. Tu les gardes tous comme si tu voulais fournir à toi seul toutes les archives du Québec. 

Gaston lit quelques poèmes que Philippe écoute religieusement, applaudissant entre chacun. Gaston est visiblement fier comme un paon.

12— Intérieur — Maison — Chambre de Gaston– environ 19 h 30 — 12

Les deux ordinateurs sont placés le long des murs. Une fois la chambre installée, Gaston constate que c’est plus qu’acceptable puisqu’on peut voyager assez librement autour de la mousse synthétique qui sert de matelas…

Gaston court autour de celui-ci comme un gamin.
                                   GASTON
J’ai maintenant mon ranch…
Gaston fait semblant de se servir d’un lasso. Il s’approche de Philippe et l’entoure de ses bras.  


                                   GASTON (murmure à Philippe)


Je t’aime bien, tu sais. Plus que tu te l’imagines. Un peu chialeur, mais tellement compréhensif.

 
Philippe se sent inconfortable, gêné, mais il enlace Gaston à son tour. Un large sourire prouve qu’il a retrouvé un peu de bonheur.


                              PHILIPPE (presque amoureusement)


Je te tiens, mon petit poulain !      

Gaston est ravi. Il se sent enfin désiré par un homme. Il aura un père. Il tente d’embrasser Philippe qui tourne la tête.
 
                             GASTON

 Ce n’est pas grave. Tu fais des progrès. C’est la première fois que tu me sers dans tes bras.
 
Comme si Philippe en prenait soudainement conscience, il laisse Gaston et se dirige vers la cuisine. Soudainement, il revient sur ses pas et crie :
 

                         PHILIPPE


Faudrait pas que tu te fasses des idées. Je me suis oublié, c’est tout. J’ai tellement besoin de tendresse moi aussi…
 
 Il entre dans la chambre. Gaston lui saute sur le dos.

                      GASTON
 Envoye ! Envoye ! Joly Jumper! T’as ton Lucky Lucke !
  
Philippe court partout avec Gaston accroché au dos.

Quand ils passent près du matelas, au centre de la chambre de Gaston, Gaston saute sur celui-ci et court s’asseoir à son ordinateur.

                     GASTON

     Tu vas m’apprendre à m’en servir ?

Philippe, quant à lui, s’allonge sur le dos sur le matelas. Il regarde Gaston avec un grand sourire et des yeux devenus subitement follement amoureux.

                       PHILIPPE
Sûrement! Je t’apprendrai tout ce que tu veux. Finalement, l’appartement, ça va être bien… même si c’est encore un peu petit. Quand on sera un peu plus riche, nous nous en prendrons un plus grand. On ne peut pas changer maintenant, on devrait payer deux loyers à la fois.

                          GASTON
Oui, mais j’y serai probablement seul. Tu ne m’aimes pas assez pour qu’on vive en couple.
Gaston ferme l’ordinateur, se lève et vient s’allonger près de Philippe. Il caresse la joue de Philippe. Lui donne un petit bec, mais se relève d’un bond.

                              GASTON

Merde! J’ai oublié mes pilules. Laisse-moi tranquille un peu, j’aimerais dormir. Tous ces malentendus me tuent.

Philippe surpris quitte la chambre, penaud. Il se rend à la cuisine, tout en allumant une cigarette.


13— Intérieur — Maison — cuisine — vers 18 h 15–  13

Philippe s’assoit et s’aperçoit soudainement que le buste de son robot C-3 PO, de la Guerre des Étoiles, a disparu. Il cherche sous la table, sur les tablettes et le retrouve enfin dans l’armoire de l’évier.

Philippe, visiblement offusqué, le replace à nouveau sur le frigidaire et se rend devant la chambre de Gaston. Il se plante devant la porte pour respecter l’espace de son colocataire.

                          PHILIPPE
Gaston! Gaston! Ne fais pas semblant de dormir. Je vois tes yeux, hypocrites. Pourquoi as-tu enlevé le buste sur le frigidaire ?

                           GASTON
Y me plaît pas !   Yé laid !

                            PHILIPPE
Maudit! J’aimerais bien savoir pour qui tu te prends pour juger de mes goûts. Je l’ai remis là où il était et il va rester là.

                         GASTON
Y en est pas question. Je vis ici moi aussi. Et, je ne me ferai pas imposer la laideur.
      
14 — Intérieur — Maison — Cuisine — trois minutes plus tard — 14

Gaston sort de sa chambre et vient trouver Philippe dans la cuisine. 

Il entre dans la cuisine, prend le buste sur le frigidaire et le replace sous l’évier. Philippe lui arrache des mains, s’arrête, avant de le frapper, quoique le geste est clair.


                               PHILIPPE


C’est un souvenir de mon fils qui s’est suicidé et il n’y a pas un maudit qui va y toucher.


                            GASTON


T’aurais pu le dire avant. Mais, je tiens à t’avertir… la décoration dans la maison (en haussant la voix) c’est MON AFFAIRE.

                          PHILIPPE
 T’as rien et tu vas décider OÙ (il insiste) TU (il insiste encore plus) vas mettre nos affaires et lesquelles en plus, j’imagine… Pour qui te prends-tu? Le roi ?

 
                      GASTON
Non! Le colocataire qui a aussi ses droits. Tu passes ton temps à me dominer… j’en ai assez.
Philippe est sidéré. Il a de la difficulté à retenir sa colère. Il replace les chaises autour de la table avec fracas. Il s’avance vers Gaston comme pour le confronter.

 
                     PHILIPPE (avec mépris)


Moi, te dominer? T’es malade! Je ne domine même pas la situation. Quant à toi, c’est vrai que tu n’as presque rien à dominer. Tu n’as rien qui t’appartient.

                      GASTON
J’ai signé le bail. C’est moi le locataire principal. Si tu n’es pas content, crisse ton camp! D’ailleurs, puisqu’on a payé moitié-moitié, on va l’appliquer tout de suite.

Gaston se rue vers les armoires. Il y déplace tout. Mettant ses affaires d’un bord et celles de Philippe de l’autre. De son côté, les tablettes sont pratiquement vides alors qu’il doit mettre sur la table les choses de Philippe qui n’entrent plus dans leur «espace réservé». Elle est vite remplie.

                     GASTON

Je ne veux plus que tu touches à MES (insistant) AFFAIRES.

                   PHILIPPE


Je ne l’ai jamais fait.
                     GASTON

Qu’importe !   À partir de maintenant, chacun pour soi !


                     PHILIPPE


OK! OK !   Je reprends tout ce que je t’ai passé. Le lit. Le bureau pour ton ordinateur, la lampe sur la table de cuisine. Bonne chance! Maudit niaiseux.

                    GASTON
On sait bien, t’as presque tout. Tu peux tout reprendre. J’aime autant ne rien te devoir.
  
Gaston se dirige vers sa chambre, le temps de reprendre un autre ton, sans perdre la face.

                                       GASTON
Bon. Disons qu’on oublie ça. C’est fou le moitié-moitié. Je te permets de mélanger mes choses aux tiennes à condition cependant que ça fasse plus d’espace à tous les deux.

                              PHILIPPE

Tu deviens raisonnable. Si on doit vivre ensemble, on doit essayer de se rendre la vie agréable au lieu de toujours se chicaner.

                         GASTON

C’est l’évidence même. Mais, je ne serais pas ici, si tu ne m’y avais pas obligé.


                        PHILIPPE

Obligé? Je ne t’ai jamais obligé à quoi que ce soit. Tu m’as écrit un poème d’amour, me menaçant de te suicider, si je te rejetais moi aussi. T’étais tellement en détresse que j’ai décidé de me sacrifier pour te sauver la vie. J’ai tout laissé pour toi. 


                     GASTON

Ce n’est pas ça du tout. On m’a informé que tu paniquais, tu trouvais que la police cernait trop notre mouvement révolutionnaire. On a eu peur que tu fasses tout manquer à cause de ta maudite panique. Je suis ici pour t’appuyer parce que tu es trop lâche pour faire face à la musique. Tu te sauves de toi-même comme si tu étais le seul à avoir été repéré. Tu n’avais qu’à ne pas attirer l’attention avec tes affaires de cul, si tu ne voulais pas être dérangé.

                         PHILIPPE
Je peux me passer de ton aide.   Je n’ai pas plus peur que les autres membres de la cellule. Ils s’imaginent peut-être que je suis le seul à vivre une vie sexuelle en dehors du mouvement.   J’ai déménagé parce qu’on m’a affirmé qu’on ferait une équipe du tonnerre ensemble…
                 GASTON

 Ce n’est pas ce que l’on m’a dit. On dit que tu déménages tout le temps parce que t’es trop parano pour demeurer plus d’un an à la même place.

                   PHILIPPE

Je ne me sauve pas. Je demeure où je peux, selon les besoins. Si j’ai terminé ma mission, il faut bien que je déménage. C’est vrai que je n’ai pas la vie facile, ces temps-ci.   Le suicide de son enfant unique, ça gruge en maudit un caractère. Tu devrais comprendre. 


                     GASTON


Ce n’est pas une raison pour me mépriser.
                      
À ces mots, Philippe regrette de s’être laissé emporter et d’avoir agi comme s’il n’affectionnait pas particulièrement Gaston. 

Pendant une seconde, il se demande si cette rencontre ne servait pas à essayer inconsciemment d’oublier son fils. 

Il essaie donc, lui aussi, de changer de ton. Il s’approche de Gaston et vient pour lui passer la main dans les cheveux, mais il se retient et arrête son geste.

 
                   PHILIPPE

C’est absolument faux, ce que tu dis là. Si j’avais le moindre mépris pour toi, je ne serais pas ici. Je t’aime à ma façon. Tu as peut-être un caractère de fou; mais je trouve que tu as un talent tout aussi fou. Il faut donc te laisser t’exprimer… même à travers les bêtises d’un gars de ton âge.

Gaston est flatté. Il se rapproche de Philippe, visiblement pour en entendre davantage.

                  GASTON

Tu es le premier qui me dit que j’ai du talent. Venant de toi, ce n’est pas rien…


                  PHILIPPE

Je le crois vraiment, mais je ne veux pas que tu t’enfles la tête davantage, elle est déjà assez grosse comme ça.
     
Philippe lui caresse la joue et Gaston a enfin un sourire.
  
                  GASTON
Tu me mens peut-être, mais je te crois parce que je sais que j’ai un talent fou.
 
                  PHILIPPE
C’est malheureux que l’on s’engueule tout le temps. Peut-être est-ce ma faute? On ne change pas à mon âge. Puis, j’ai de la difficulté à m’endurer moi-même ces temps-ci.
                       GASTON
Laisse donc un peu ton passé. Pense à nous. Au merveilleux hasard qui fait que nous soyons ensemble. Tu es un merveilleux poète et moi aussi. Mais, tu ne connais rien en théâtre et même si je suis beaucoup plus jeune que toi, je peux t’être mauditement utile.

                  PHILIPPE
T’as raison. Mais, ce n’est pas facile d’oublier quelqu’un qu’on a autant aimé. La mort de mon fils me tue.
Philippe se tourne pour ne pas laisser voir qu’il pleure. Gaston le prend dans ses bras et l’embrasse sur les joues. Philippe s’abandonne aux caresses.

Philippe se rend à l’armoire et sort un plat, puis, au frigidaire, où il prend deux            « steaks ».

                                                      PHILIPPE

Je fais à souper. On le mérite bien. On a assez travaillé. 

Philippe verse une tasse de riz et une tasse d’eau dans un plat. Il prend un poêle.

                                                   PHILIPPE

Comment veux-tu ton steak ?

                                                GASTON
Laisse faire, je n’en veux pas. Je vais me faire mon souper moi-même.


                                                  PHILIPPE
Je ne comprends pas. Un steak ce n’est pas assez bon pour toi? Je te l’offre de bon cœur.

                                                  GASTON

Je ne peux rien prendre de toi. Je dois protéger mon indépendance. Tout ce que je veux de toi, tu ne veux pas me le donner.


                                                  PHILIPPE


Encore cette maudite histoire d’amour. T’es fatigant avec ça. Ce n’est pas parce qu’on se ferait l’amour qu’on s’aimerait. Je ne sais pas dans quel maudit livre t’as pris ça.

Si je suis avec toi, c’est parce que tu as du talent. Pas autre chose. Parce qu’on rêve tous les deux de créer un nouveau pays. C’est comme ça. Je te vois comme un petit Mozart assassiné par l’establishment et l’argent.   Au Québec, on déteste les radicaux. Ils sont trop lucides. Tu es un danger venu du futur.

                                               GASTON
Moi, un agent? Tu peux bien manger de la merde… Je n’ai rien à faire avec la police. La police a défoncé chez moi aussi parce que j’écris. Elle cherchait aussi mes textes. Le Québec est actuellement un état policier.


                                              PHILIPPE (insistant)


Je n’ai pas dit agent, j’ai dit « argent ». Si je pensais que tu es un agent double, je ne vivrais pas avec toi une seule seconde.


Gaston se lève. Il prend une assiette et y dépose deux tranches de pain qu’il graisse généreusement de beurre de peanuts.


                                  PHILIPPE (Philippe ahuri, mange Gaston des yeux)
Tu ne me feras quand même pas ce coup-là. Comment veux-tu que je mange en paix du steak quand tu t’offres du beurre de peanuts.


                                 GASTON (provocateur)

Monsieur veut avoir bonne conscience. Il ne peut pas tolérer le vrai visage de la pauvreté. Eh oui! C’est ainsi.   Monsieur ne paye plus de vin, depuis qu’il me tient. Je suis devenu un poids. Un esclave.

                                            PHILIPPE
 

Ah bon ! Monsieur Gaston veut du vin maintenant.   Le steak ne lui suffit plus. Et, évidemment, c’est moi qui paye.
 
  Philippe sort machinalement son portefeuille. Il n’a que 20 $.

                                           PHILIPPE
Tu vois bien que je n’ai pas les moyens de garrocher l’argent par les fenêtres.

                                       GASTON
L’autre soir, t’étais pourtant assez riche pour payer la bière à André.

                                          PHILIPPE   

Ce n’est pas pareil.   Je voulais le récompenser parce qu’il venait de nous trouver un appartement.
 
                                       GASTON
Un trou, tu veux dire. Un nid de puces.

                                        PHILIPPE
Tu prétendais pourtant l’aimer. C’est toi qui as plaidé pour qu’on s’installe ici.
                                       GASTON

Ne change pas de sujet. Avec André, pas problème. Tu lui achèterais le ciel et l’enfer. Penses-tu que je n’ai pas vu lui faire les yeux doux ?

                                     PHILIPPE

En plus d’être obsédé, Monsieur est jaloux.


Philippe, fatigué de cette nouvelle discussion inutile, lui fait une grimace, mais tend le 20 $ à Gaston


                                          PHILIPPE

Rien au-dessus de 15 $, j’ai besoin du reste pour manger demain à la cafétéria. J’ai deux cours. Je ne peux pas y assister le ventre creux.
  

Gaston sourit. Il prend victorieusement l’argent, son manteau et son petit foulard et s’élance vers la porte.

                                        PHILIPPE (désabusé)
Tu pourrais au moins laisser ton petit maudit foulard ici. Tu n’es pas obligé d’avoir l’air fou.

                                       GASTON
C’est tout ce que j’ai, et je m’habille comme je veux.

                                       PHILIPPE
Attends un peu !

Simoneau. Théâtre 11

janvier 14, 2021

Simoneau. Théâtre 11

Les puces 4

9— Intérieur — Maison — Chambre de Philippe. — vers 17 heures — 9

Gaston se pointe dans la porte de la chambre de Philippe et observe les meubles.

                            GASTON
T’n’as pas besoin de deux bureaux et d’un si grand lit. On peut coucher tous les deux là-dedans.

                              PHILIPPE
C’est vrai que ça pourrait être une solution. Ta chambre pourrait être notre bureau de travail. Ce n’est pas parce qu’on couche dans le même lit qu’on doit.   De toute façon, c’est notre vie. On a droit à notre vie privée autant que n’importe quel riche. On n’est pas obligé de se toucher, même si on vit ensemble.
 
                              GASTON
T’es donc bien scrupuleux pour un gars qui écrit qu’il faut s’émanciper de la haine et des peurs religieuses. Ce n’est pas tout de le dire, il faut le vivre, sinon on est comme tous les autres, des aliénés.

                                PHILIPPE
Pis non! On a dit chacun sa chambre. Alors, si on se chicane, ce qui n’arrive jamais, jamais, on aura un endroit à nous pourrons nous retrouver. 

Si tu veux, j’ai un petit matelas et deux « foams », ils sont très confortables. Je peux te les passer. Il suffira de laver le plancher pour s’assurer qu’il n’y a pas plein de puces. Je tiens à vivre dans une maison propre… avec mon…

                              GASTON
Ton intimité, je présume. N’aie pas peur de le dire. Moi, je suis le gueux dans cette demeure. Je n’ai pas de lit, mais ça, tu t’en fiches. Ta petite personne d’abord, n’est-ce pas? Tu gardes le bon lit pour toi et tu m’offres les restants. Tu devrais les jeter, nous n’avons pas assez de place pour les garder. L’important, c’est que Monsieur soit confortable.

                              PHILIPPE (exaspéré, enragé)
Ce n’est quand même pas de ma faute si tu n’as pas de lit. Si j’avais su, jamais je ne serais venu rester avec toi. Une vraie maison de fous. Tu n’es jamais content. Veux-tu mes bobettes aussi, tant qu’à y être ?

                             GASTON
T’es écœurant! Je n’ai rien et tu t’acharnes contre moi. Qu’est-ce que je t’ai
fait de mal ?

Tu tiens tellement à tes choses que tu ne me vois même pas. Tu te fiches que moi, je t’aime à la folie. C’est ça quand on est devenu bourgeois : les choses ont plus d’importance que les gens. On sait bien quand on est une vedette littéraire, les petits poètes qui commencent n’ont aucune importance.

                           PHILIPPE
C’est ça, c’est de ma faute maintenant si je fus publié, moi. Eh bien sache! Si ça peut te faire plaisir, que les éditeurs me refusent maintenant. Je dérange trop. Ils ont peur et veulent tout censurer. Ils se colonisent. Il ne faut jamais parler du plus bel amour de la race humaine : l’amour des garçons. 

Les éditeurs comme nos dirigeants ne comprennent pas combien il est important de se respecter soi-même, de s’accepter et de s’affirmer, si l’on veut changer la société pour qu’elle soit un jour plus humaine. Ce que tu écris et ce que tu vis, ce sont deux choses différentes. L’écriture suit souvent le vécu, car le vécu est la source d’inspiration autant que l’imagination. Il faut le vivre avant de l’écrire.

Bientôt, on prétendra que l’amour pédéraste de la Grèce antique n’a jamais existé. Nous vivons dans un monde où seule l’hétérosexualité a vraiment sa place. Un monde qui nie la réalité humaine pour contrôler les individus et par le fait même tout diriger dans la société. Il n’y aura plus d’hommes bientôt…

Par contre, ce n’est pas parce que je suis pédéraste que je suis obligé d’être à genoux devant tous les jeunes qui me croisent. On ne peut pas tomber en amour avec tout un chacun. Il y a une différence fondamentale entre une petite aventure pour faire retomber le trop-plein et être en amour. T’es jeune, mais tu devrais déjà avoir expérimenté la différence.

                           GASTON
Je suis d’accord! Plus le temps passe, plus nos sociétés se comportent comme au temps des Inquisitions en s’attaquant aux pédérastes, mais cette peur n’est pas une raison pour que tu me rejettes. T’es devenu trop parano. Tu es devenu niaiseux. J’ai 14 ans, donc, l’âge de consentement. Si je le désire, tu as le droit de coucher avec moi. 

                             PHILIPPE
Bientôt, on voudra interdire tout rapport intergénérationnel. Ils ont peur que l’homosexualité l’emporte sur l’hétérosexualité… Quels idiots! En mélangeant la pédophilie et la pédérastie, le système arrive à maintenir la peur chez tous les parents et tous les enfants. On croit que ce que les médias veulent bien nous faire croire. La police invente toujours des scénarios, soit en se servant de la notion d’autorité ou des excuses du genre pour t’envoyer quand même en dedans. On vit dans une société qui est le germe d’un monde fasciste à outrance.

                              GASTON
T’as raison. On nous dit : rêver! Rêver petits, mais surtout tenez-vous loin. C’est exactement ce que tu fais.

                               PHILIPPE
Pour ce que t’en sais… La pédérastie platonique, c’est de l’hypocrisie. Il faut être malade pour vivre de ses frustrations. La beauté, une branlette; la beauté; une autre branlette.

Tu ne peux plus regarder personne sans qu’elle pense que tu la harcèles. Le regard doit faire fondre les individus. Le monde est rendu malade. Bientôt on va interdire de regarder les autres et la masturbation à la cachette. Quand ça arrivera, je me suiciderai.

                               GASTON
Tu devrais arrêter d’avoir aussi peur et t’apercevoir que je suis là. La pédérastie ce n’est pas qu’une belle théorie.

                               PHILIPPE
Il n’en est pas question. Point final. J’ai trop peur. Ainsi, tu ne pourras pas te vanter que je t’ai violé et me déculotter de tous mes biens dans le temps de le dire. Chacun sa chambre !
   

Philippe prend les « mousses » dans la garde-robe et les donne à Gaston. Gaston les apporte dans sa chambre, puis revient.  

                                PHILIPPE (en voyant Gaston)
On pourrait peut-être mettre les deux ordinateurs dans le salon. Ça te ferait plus d’espace ainsi qu’à moi.


Gaston semble réfléchir. Il se gratte la tête et retourne dans sa chambre. Il crie finalement.

                              GASTON
Faudrait pas que tu penses que je veux profiter de toi. Je ne veux pas lire tes textes et je ne veux surtout pas que tu touches aux miens. Comme ça, je serai certain de ne pas subir ton influence. Si les ordinateurs sont au même endroit, il n’y a rien qui m’assure que toi tu ne liras pas mes textes et voler mes idées.


                              PHILIPPE
Y a un problème que tu ignores. Non seulement ma chambre est pleine et je ne pourrais pas y installer mon ordinateur, mais je ne veux plus écrire. Ainsi, tu n’auras pas à être jaloux de mon succès.


                              GASTON
On avait dit « les ordinateurs dans chacune de nos chambres ». Ce n’est pas ma faute si t’as trop d’affaires. Tu n’as qu’à m’en donner.


                              PHILIPPE
Je sais. Ce n’est pas toi qui as le plus besoin d’espace, même si ta chambre est petite… Tu n’as que tes ustensiles et tes livres. Ça te suffit, voilà tout; mais je ne suis pas obligé d’être aussi nu que toi pour être aussi zen.  

Viens m’aider. On va laver le corridor. Ce sera facile le plancher est en bois.

Simoneau. Théâtre 10

janvier 13, 2021

Théâtre 10
Les puces 3

5—     Intérieur          Maison — cuisine — matin          5

Philippe et Gaston se dirigent à la cuisine. Ils placent les meubles, mais la sécheuse est de trop.   Ils la sortent à l’extérieur en attendant de trouver une solution définitive.

Gaston lève son bord beaucoup trop haut et essaie d’aller le plus vite possible.

Philippe manque de trébucher… Il a le bout le plus difficile à manœuvrer.


                                   PHILIPPE (durant les manœuvres).


Ne pousse pas si fort !     Ne lève pas si haut !    Tabarnak! Veux-tu me tuer? Tu ne sais pas travailler ?

Gaston le fusille des yeux. Il marmonne…

                                        GASTON
Yé comme mon père, ce t’hostie-là, je vais le tuer. Je vais le tuer.

6— Int  — Maison — Cuisine — Midi    6

Philippe prépare un café. Il s’assoit ensuite près de Gaston à la table.
Il lui tâte les muscles du bras, question d’être plus amical et d’oublier l’échec des communications durant le travail.

                                               PHILIPPE

Y a du muscle là-dedans !

                                             GASTON

Ne me touche pas Christ. Je n’ai pas envie de faire rire de moi, ce matin. Alors, fiche-moi la paix.

                                            PHILIPPE

Est-ce qu’il t’arrive d’être de bonne humeur ?
        

Gaston se relève, il examine la cuisine déjà surchargée de meubles. Il essaie la micro-onde, question de voir s’il fonctionne bien. Allume tous les ronds du poêle et ouvre le frigidaire qui est affreusement sale.

                                                 PHILIPPE
On a qu’à laver. Ce n’est pas pire que les puces dans la salle de bains. Il faudra frotter. On est aussi bien de s’y habituer. Je n’ai jamais vu un logement aussi sale.


                                                GASTON


Ce n’est pas grave. De toute façon, tu n’as rien d’autre à faire.


                                                 PHILIPPE  (touché)


Me prends-tu pour ta mère ou ton père? T’as besoin d’aller chercher ailleurs si tu veux te faire torcher.

                                                GASTON

Les nerfs! Les nerfs!   Je n’ai pas dit que je ne t’aiderai pas…


                                                  PHILIPPE


Tu pourrais commencer par fermer les ronds du poêle avant qu’on passe au feu. Tu vois bien que tout fonctionne merveilleusement bien.

                                               GASTON

Je voulais juste savoir. Je ne veux pas payer 50 $ par mois pour des cochonneries.


                                               PHILIPPE

25 $. On paie moitié-moitié. C’est un marché conclu parce qu’on aurait dit que t’avais peur que je me sauve avec les meubles avant de payer la facture.


                                          GASTON

On ne sait jamais. Je ne te connais pas tellement finalement. Ce n’est pas parce qu’on dit que t’es un des dirigeants de la révolution que ça veut dire que tu ne me volerais pas.


                                           PHILIPPE


On voit que tu ne connais pas grand-chose à la révolution. Entre nous, c’est la solidarité absolue. Tu peux être tout ce que tu voudras, tant que tu respectes les objectifs de la révolution.


                                        GASTON (se montrant aimable)


C’est mieux ainsi. Tu ne pourras pas me laisser tomber aussi facilement. J’ai le bail et la moitié des meubles de la cuisine que nous avons achetés en signant le bail.

                                             PHILIPPE


La confiance règne à ce je vois! Viens prendre ton café avant qu’il ne soit froid…


                                           GASTON


Je ne bois que du thé. Merci quand même.

   

Philippe étonné regarde la cafetière, prête pour au moins deux tasses chaque. 
   

                                       PHILIPPE


  Ce café-là coûte 10 $ le 550 grammes.

                                        

                                     GASTON
 
Pis? 

                                    PHILIPPE


Dommage pour toi, il est excellent.

 Question de détendre un peu l’atmosphère et ne pas trop regretter de s’être installé avec Gaston, Philippe sort une bouteille de vin et une vidéo québécoise.
                                              

                                   PHILIPPE


Ça te dit de prendre un bon petit verre de vin en regardant ce film. Gaston lit le titre de DVD, sourit et s’exclame.


                                               GASTON


Ça fait des mois que je rêve de voir ce film. Y paraît que c’est drôle à mourir.
 

Ils s’installent dans le salon sur le seul sofa dans la place. Philippe est touché d’entendre rire Gaston. Il est si ému qu’il ne se rend même pas compte que Gaston lui plaît autant qu’il peut le haïr quand Gaston se met à jouer à l’enfant gâté. 

Gaston a les yeux tellement électrisants que Philippe le trouve de plus en plus séduisant.
« Je ne dois pas m’attacher. Je dois demeurer libre. », se dit Philippe.
Après quelques verres de vin, Gaston est plus euphorique. Philippe en profite pour le questionner.


                                       PHILIPPE

Qu’est-ce qui s’est passé entre toi et ton père ?


                             Gaston (subitement maussade)

Ça ne te regarde pas. Je le hais, c’est tout. Pour lui, je n’existe pas. Je suis un perverti parce que je suis gai. Il m’a fichu à la porte.


                              Philippe (comprenant mieux les réactions de Gaston) 

Je m’excuse, je ne voulais pas tourner le fer dans la plaie.


                                           Gaston


Ce n’est pas grave quand tu me traites comme un nul, je te sens comme mon père.        

 

Gaston se met à pleurer. Philippe le prend dans ses bras et l’embrasse sur la tête. 


7— Intérieur — Maison — Chambre de Gaston — vers 16 h 30 — 7

Après avoir rangé son ordinateur près du mur, Gaston éparpille tous les livres et papiers, contenus dans ses cinq boîtes, sur le plancher. Gaston est à quatre pattes et les examine. 

Voyant cela, Philippe, obsédé par la propreté, ne peut pas se contenir. Il revoit les puces dans la toilette et se demande si ces petites bibittes ne se sont pas installées ailleurs.

                                         PHILIPPE

Tu ne trouves pas que c’est assez en désordre sans y ajouter le tien. Il serait préférable de laver le plancher et le désinfecter. Ainsi, tu ne seras pas victime des puces de la maison.

                                   GASTON (surpris)


Je suis dans ma chambre. Je fais ce que je veux. Ça ne regarde personne, pas plus toi qu’un autre. D’ailleurs, c’est toi qui devrais avoir honte… On paie cet appartement moitié-moitié et tu occupes toute la place. Je suis envahi


Gaston se relève. Il s’avance vers Philippe, en faisant bien attention de ne pas piler sur ses papiers.

                                GASTON (vindicatif et presque sanglotant)


J’ai nulle part où respirer! Égoïste! Tu te fous de moi complètement… Tout ce que tu veux, c’est mon argent pour t’installer. Moi, je ne suis qu’un meuble.


Philippe est complètement décontenancé par cette sortie imprévue. Il pensait que ses caresses avaient replacé Gaston au rang qu’il occupe dans sa vie et que Gaston en était maintenant conscient.

  
                                         PHILIPPE

Tu sais très bien que ce n’est pas vrai. Je prends plus de place, tout simplement parce que j’ai plus de meubles que toi. Le riche ici, c’est moi. Je n’y peux rien. J’ai toujours travaillé et économisé le plus d’argent possible. Ce n’est pas moi qui ai choisi cet appartement. J’en aurais pris un bien plus grand.

 
Philippe laisse Gaston à ses affaires et va plutôt placer ses choses dans sa chambre.


Simoneau. Théâtre 9

janvier 12, 2021

Simoneau. Théâtre 9

Les puces 2

4— Int.   Maison. Cuisine-corridor — Matin   4


Philippe regrette d’avoir été aussi dur avec Gaston. Il essaie de se faire pardonner. Il se lève d’un coup et court après Gaston. Rien comme le jeu pour se faire pardonner. Philippe attrape Gaston, le chatouille et lui frappe doucement les fesses. Gaston crie comme si on le tuait, même si très visiblement, ils s’amusent tous les deux.

                                             GASTON

Lâche-moi! Lâche-moi! Je ne veux pas que tu me touches ! 
Si tu m’aimais vraiment tu m’aurais au moins embrassé pour ne souhaiter la bienvenue. Pour toi, je ne suis visiblement qu’un autre colocataire.
                                             PHILIPPE

J’étais occupé. J’ai aussi d’autres préoccupations. J’ai une cause, moi. Il faut savoir sacrifier le plaisir pour sa cause.

Gaston rit. Il se relève et il se promène dans le corridor. Il agite les bras comme s’il était une poule et avait des ailes. Il crie :

                                       GASTON
   Cose !    Cose! Quoik! Quoik !   Quoik !

Philippe est visiblement blessé. Personne ne peut et ne doit ridiculiser le courage de se battre pour son pays.

Quant à Gaston, il réagit comme si cette remarque l’humiliait encore plus, comme s’il prenait conscience qu’il est le deuxième dans le cerveau de Philippe.

Gaston se promène et frappe du pied dans les boîtes que Philippe a laissé dans le corridor. Il jette de petits objets par terre comme si la place n’était pas déjà assez sale.
       
                                        PHILIPPE

La cause, c’est la liberté, une vie agréable pour tous. Pas juste des besoins égoïstes. Si on l’emporte, il n’y aura plus de guerre nulle part… plus de misère pour les plus démunis. Ce n’est pas une farce… Ce n’est surtout pas risible. !

Philippe est sur le point d’éclater. Il suit Gaston, ramassant au fur et à mesure ce que Gaston jette par terre.

                                          PHILIPPE

Quand on est libre, on assume ses limites et ses responsabilités… On n’est pas seul sur terre…
                                  GASTON

Je vois ça… justement…    T’aurais au moins pu penser qu’on sera deux dans ce petit maudit appartement. Non seulement tu ne me fais aucun câlin en arrivant pour montrer que tu es heureux de vivre avec moi, mais tu prends tout l’espace. J’existe moi aussi.
                             
                                    PHILIPPE

Je n’ai apporté que le minimum vital. Ce n’est pas parce que je déménage souvent que je dois abandonner tout ce que j’ai. On a pris cet appartement parce que tu n’es pas assez riche pour m’aider à en prendre un plus grand. 

                                  GASTON

Minimum?   T’appelle ça un minimum, toi? On n’a même plus place pour aller chier… les toilettes sont envahies par tes lotions…

Gaston se promène dans le corridor, s’amusant à jeter d’autres boîtes par terre, après avoir regardé à l’intérieur. Gaston est visiblement en colère. Il s’avance devant un miroir qu’il fracasse d’un coup de pied.

                                   GASTON

   Les miroirs, c’est bourgeois. Ça me fait chier !

Philippe, retenant sa colère, se penche et ramasse quelques gros morceaux qu’il dépose dans une poubelle qu’il va chercher dans la cuisine.

                                PHILIPPE

Ce n’est pas la faute de mon miroir, si t’as encore l’air d’un itinérant et le comportement d’un adolescent frustré. Je comprends que tu aies de la misère à accepter ton image. Si t’avais été mon fils, je t’aurais appris à respecter les choses.

                                GASTON

T’es pas assez intelligent pour comprendre. T’es pas un anarchiste, toi, ça se voit! T’admire ta sainte face. Pas moi! Je ne suis pas un hostie de bourgeois.

Même si le miroir est en mille miettes, Gaston frappe dans les plus gros morceaux de verre qui sont encore debout contre le mur.

                                  GASTON

Je suis écœuré de votre hostie d’éducation. J’aurai l’air de que je voudrai, au moins, moi je suis libre. Je ne suis pas un esclave de.

                                 PHILIPPE

Pourquoi t’as des trous dans tes jeans, si ce n’est pas pour obéir à la mode ?

                                  Gaston

J’aurais pensé que toi au moins tu serais capable d’assumer ce que tu prétends être dans tes écrits. Mais t’es aussi sale que les autres qui se prennent pour des vedettes. Pour toi, que je t’aime, ce n’est qu’un jeu. 1984.  C’est notre réalité à nous les jeunes parce que les vieux bornés ont décidé de notre vie, ont fixé leurs règles, sans jamais nous consulter. La vie, c’est rien que de la merde! Les humains sont tous des maudits hypocrites.

Philippe s’approche de Gaston et tente de lui passer la main dans les cheveux pour le calmer un peu.


                                       PHILIPPE (tendrement)

On serait aussi bien de tout abdiquer, si la vie était comme tu dis. Si c’est vrai que tout le monde est pourri.

Gaston se tasse pour ne pas se laisser caresser la tête.

                                 GASTON

Ne me touche pas! Je ne suis pas ton fils. Il n’y a qu’un moyen de s’en sortir : sauver sa peau. Ne penser qu’à soi. Ce ne sera pas mieux demain, ce sera pire. La solidarité, ça n’existe que dans les livres. Les victoriennes sont au pouvoir et nous apprennent à s’entre-stooler. Le problème du Québec, c’est qu’il ne sait pas encore s’il est un gars ou une fille… mais il a bien l’air d’une fille, il aime se faire fourrer.

                                  PHILIPPE

T’as pas l’air de savoir ce que tu dis. T’es même vulgaire. Dire que j’ai laissé ma maison pour m’installer avec toi.


Gaston hausse les épaules. Il se promène de plus en plus vite. Il s’arrête quelques secondes devant les portes de chambres, cherchant visiblement quelque chose. Il s’arrête derrière Philippe qui ramasse maintenant les miettes de miroir dans un porte-poussière.

                                         GASTON

   Où vais-je m’installer ?
 
                                  PHILIPPE

Ce n’est pas si pire. Tu charries. Viens voir. Il y a moyen de s’arranger.   

Philippe et Gaston entreprennent la visite des lieux. Ils examinent tout, pièce par pièce, tout en demeurant dans le corridor. Ils constatent que cet appartement est finalement très petit pour deux locataires.

                               PHILIPPE
Il n’y a pas que les toilettes qui sont affreusement sales, il faudra tout laver avant de s’installer. La salle de bain était bourrée de puces. Je ne peux pas endurer une telle saleté. Je lave depuis ce matin très tôt. Je croyais que tu viendrais m’aider puisque tu vivras ici toi aussi.

                                GASTON

   Je ne t’ai pas obligé à vivre avec moi.   À part les puces, je peux tout endurer.

                                 PHILIPPE

   Je vais prendre la chambre la plus près de la cuisine. C’est la plus grande.
             
                                  GASTON

   Pourquoi aurais-tu la plus grande? C’est moi qui ai signé le bail.

                               PHILIPPE

Tu ne voulais pas que je signe. Tu voulais de nouvelles responsabilités. Vrai ou faux? Il me semble qu’en ayant le plus de meubles, c’est juste normal que j’aie la plus grande chambre.

                                   GASTON

   Justement! Moi, je ne suis rien…

                                     PHILIPPE

T’es malade! Tu sais très bien que je te considère comme un très bon poète, même si tu es très jeune.

                                    GASTON

Parce qu’étant très jeune, on a moins de talent. Évidemment, les vieux…

                                    PHILIPPE

On a plus vécu, donc, nos textes sont plus profonds.

                                    GASTON

Vous avez été tellement censurés que vous ne pouvez plus rien créer d’original. Vous êtes pris dans vos règles d’antan. Vous êtes prisonniers de votre maudite tradition. Le petit Jésus vous tient par les couilles. Non, ce serait trop agréable pour vous…

                                       PHILIPPE

Ne sois pas ridicule! Même si je te connais très peu, je trouve que ton manuscrit est très fort pour un gars de ton âge. Je n’ai pas d’intérêt à te mentir.
                                       GASTON

Ne perds pas ton temps. Je sais que tu me prends pour un nul.

                                        PHILIPPE

Pas du tout. Je t’ai laissé signer le bail pour que tu te sentes responsable. 
                                          GASTON

T’n’as pas signé le bail parce que tu veux pouvoir ficher le camp dès que je te casserai les pieds. Ça ne change rien dans ma vie. J’ai toujours été un rejet. Une fois de plus, je n’en mourrai pas. Mais, cette fois, c’est différent. Je t’aime, je t’adore. T’es mon héros.

                                                PHILIPPE
Ne me recommence pas ça. Ça été clair. Je suis à la branlette depuis dix ans parce qu’on ne peut plus faire confiance aux jeunes qui essaient de nous faire chanter dès qu’ils commencent à consommer de la drogue. Non seulement les jeunes coûtent une fortune à entretenir, mais dans dix ou vingt ans, ils nous feront encore chanter pour nous vider les poches grâce à un système mis en place par les autorités de concert avec la pègre qui arrive à faire croire que le plaisir blesse. Tant que le chantage sera un commerce lucratif, je préfère avoir confiance à mes doigts. Je peux endurer encore un peu à vivre ma solitude. Je me nourris d’esthétique. 

La beauté est devenue interdite. Je ne serais pas surpris que les fous du judiciaire deviennent plus malades que les SS. S’ils savaient qu’ils ne peuvent rien contre nous, ils nous crèveraient les yeux pour qu’on ne voie plus un petit gars. Ils ne comprennent pas qu’on peut jouir à contempler le Beau. 

T’es bien beau. T’es même mauditement de mon goût, mais je ne veux pas perdre le reste ma vie à moisir en prison parce que nos sociétés sont incapables d’évoluer.  

T’as même un autre avantage, t’es bourré de talent. Je suis certain que nous nous aiderons tous les deux à devenir de plus grands créateurs. 

Par contre, je suis avec toi pour la poésie et la poésie seulement. Mets-le-toi dans la tête.

                                        GASTON

Hypocrite! Tu sais que j’ai l’âge de consentement. Tu savais dès que l’on s’est vu que je suis gai. Je suis jeune, mais gai quand même. Ça ne commence pas à 16 ans. On est ce qu’on est bien avant.    


                                        PHILIPPE

Pense ce que tu veux. Pour moi, c’est comme ça. Même si je voyais un jeune crever sur le trottoir, je ne courrais pas le risque de l’aider, car on ne sait jamais quand et comment il s’y prendra pour nous ruiner comme leur apprend le système de débiles qui nous gouverne.

Psychose pas psychose, je préfère me masturber.

Mais, je n’ai jamais laissé tomber personne, surtout si elle a du talent. Comme toi! Tu manques un peu d’assurance, c’est bien normal à ton âge. Moi, je n’avais même pas encore soupçonné la vocation de poète en moi à 19 ans.

                                     GASTON
 
 Je n’ai pas 19 ans, j’en ai 15 comme Rimbaud.
 
                                   PHILIPPE

Raison de plus pour que je ne m’entiche pas de toi     Tu perds ton temps. Je me demande si on ne fait pas une erreur en s’installant ensemble. Il y a des gens comme ça. Ils peuvent être d’excellents amis, mais ils ne peuvent pas vivre une seconde sous le même toit sans se chamailler sans cesse. Les pareils s’éloignent.

De toute façon, nous sommes condamnés à la solidarité. Tu n’as pas les moyens financiers de vivre sans moi et si tu laisses l’appartement je suis pris à payer la location durant les prochains mois, car je devrai assumer ce coût même si tu as signé le bail. Je suis le seul à voir l’argent pour le payer. Tu le sais comme moi. Donc, en attendant, Rimbaud va venir m’aider à la cuisine. On a un maudit problème. Nous avons trois fois trop de meubles. C’est trop petit ici.  

Simoneau. Théâtre 8

janvier 11, 2021

Simoneau .Théâtre 8

Les puces 1

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Le texte fut préparé pour un cours de scénarisation, à l’UQAM, en vue de réaliser un film qui doit se dérouler dans un seul lieu, clos, avec le minimum de personnages.

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Un poète d’une cinquantaine d’années, Philippe, rencontre Gaston, un jeune poète qui tombe en amour avec lui.

Il est persuadé qu’en vivant avec son aîné, il parviendra à avoir autant de talent et ainsi publier plus rapidement ses écrits. 

Les refus répétés de Philippe d’accepter Gaston comme colocataire découragent Gaston et l’amènent à se mépriser lui-même davantage. 

Gaston parvient à la longue à faire accepter cette cohabitation avec Philippe.

C’est oublier la différence qui existe entre les plus âgés et les plus jeunes. Ils décident de vivre ensemble, mais cette rencontre fait naître alternativement l’amour et la haine à cause d’une jalousie intergénérationnelle. 

Philippe est-il le révolutionnaire pourchassé par le système qu’il croit et prétend être? Son petit ami Gaston arrivera-t-il à se faire aimer, malgré son caractère de chien?


 1— Int.   Maison — cuisine — Matin 1

PHILIPPE, malgré ses cinquante ans, travaille comme un fou à nettoyer le nouvel appartement qu’il occupera avec Gaston. Il place des meubles qui débordent de partout quand Gaston, un jeune poète de 16 ans, qui a même l’air plus jeune que son âge, arrive avec son baluchon, son ordinateur, son système de son, son téléphone et ses cinq caisses de livres.


2— Int.    Maison — cuisine — matin 2



GASTON dépose les cinq caisses de livres dans une chambre, installe sa chaîne stéréo et se rend dans la cuisine.


3— Int. Maison — cuisine — matin 3



Gaston place ses affaires dans les armoires : une tasse, une fourchette, un couteau, une cuillère, du riz, du beurre de peanuts et de la mayonnaise. Il écoute Léo Ferré, dans « Poètes, vos papiers », qui résonne en sourdine dans la cuisine.

Philippe le regarde amusé.
                                         
 

                      PHILIPPE (moqueur)
        
Ça t’a pris l’avant-midi pour ramasser tous ces meubles. Une chance qu’il n’y en avait pas trop, sinon j’imagine qu’on aurait dû pendre la crémaillère le printemps prochain…

Pendant que tu perdais ton temps à faire ton pseudo ménage, je frottais comme un fou. C’est une vraie porcherie, ici. Il y a de merde de chat partout. Celle qui vivait ici avant nous était une vraie cochonne ou une irresponsable.

Juste à faire le ménage, j’en ai mal à la tête.

Gaston le regarde, faisant semblant de rire. Il répète ce qu’il entend en gesticulant et en se moquant de Philippe. Il se casse les poignets comme une grande et se promène sur le bout des orteils comme s’il dansait un ballet, tout en disant :

                                          GASTON

J’imagine qu’on aurait pu pendre la crémaillère le printemps prochain.


Gaston s’arrête devant Philippe, bat des paupières et lui fait les yeux doux…                                                                
Gaston prend Philippe par le cou.
           
                                          PHILIPPE

Moque-toi de moi tant que tu voudras. Mais, détrompe-toi, je ne suis pas intéressé à toi… sexuellement, j’entends. Tu es beaucoup trop jeune.
    

Philippe enlève gentiment les bras de Gaston et il va s’asseoir à la table, sirotant un café.


                                           GASTON

T’es pédéraste, non ?

Le Jean Genêt du Québec… Voyons donc, Langevin ne les connaissait pas pour te surnommer ainsi. Ta vie, ce serait plutôt « La mort de Jonathan» ou encore plus précisément « Les amitiés particulières », en moins bon, évidemment… Toi, le marginal des marginaux, fuck you !

   
 Gaston se tourne, relève le derrière. Puis, se retourne et se place la main entre les deux jambes… l’agitant comme s’il se cajolait.

                                     PHILIPPE
   
 Ce n’est pas parce que je suis pédéraste que je dois nécessairement être amoureux de toi. Je ne saute pas au cou de tous les garçons.

                                     GASTON

Avoue que c’est tout ce qui t’intéresse de moi. Je suis comme les autres garçons dans ta vie. Les vieux sont tous des vicieux, c’est bien connu. Il faut bien qu’ils prennent ce qui se présente. Ils n’ont plus rien à offrir en contrepartie.
    

Philippe demeure indifférent. Il se prend un livre et commence à lire.
    
Gaston est visiblement choqué par cette attitude. Il range ses affaires, en déplaçant tout simplement les objets avec fracas.


                                      GASTON
    
 C’est malheureux que l’on soit encore aussi aliéné. Ça permet de croire que les enfants sont des anges et les anges, tout le monde le sait, n’ont pas de sexe. Christ de monde d’hypocrites!     Ce n’est pas tout d’écrire, il faut vivre… Aime-moi comme je t’aime !
    

Philippe encaisse les sarcasmes en lui faisant la moue et en lui tirant la langue. Il essaie de produire des grimaces qui soient drôles.
                                      
                                     PHILIPPE

Je te l’ai dit t’es trop jeune. Je suis pédéraste, pas pédophile.


                                      PHILIPPE (en haussant la voix)


J’ai plus que 10 ans, tu ne viendras pas me dire, toi un écrivain, que tu ne sais pas qu’un pédophile ne s’intéresse qu’à des enfants qui ont moins de 10 ans. T’es un perverti sexuel introverti. La vérité choque.
   

Gaston bouscule une chaise pour manifester sa colère de ne pas être plus désiré.

Simoneau. Théâtre 7

janvier 10, 2021

Simoneau. Théâtre 7

Fuck la reine 7

Dans le coin retentit une voix :

                                            Voix

Sa Majesté la Reine !  

Tout le monde se jette par terre et l’encarte comme un mahométan.    La voix poursuit :

                                         Voix

Contre Eugène Ti-Moineau

Tout est silencieux, sauf le Québécois qui commence à chanter :

             Prenons un verre. Buvons en deux.
             À la santé des amoureux
            et merde à la Reine d’Angleterre
             qui nous a déclaré la guerre.


Tout le monde se regarde ahuri. Le crieur reprend :

                              Voix

              Joseph Eugène Ti-Moineau.

                         Le Québécois

Ah bin! Bout de viac! C’est moi, ça.

Il s’étire. Il s’élance vers le centre et crie :

                             Le Québécois

C’est moi. C’est moi. Qui m’appelle ?

                               Voix

La reine d’Angleterre

                              Le Québécois

Voyons donc !   Elle est bien trop loin pour m’avoir entendu.

Y manquait plus que ça… Je me mets à entendre tout de travers. Ce doit être comme les apparitions de la vierge des bérets blancs à Bay Side, New York. Elle est rendue qu’elle se promène entre St-Bruno, au Québec, et New York. Elle flye la veille. Pour se faire plus d’argent, elle s’approche des milieux d’affaires. Ce doit être que la CIA paye plus que la RCMP.

Il regarde le juge, le renifle presque.

                                  Le Québécois

C’est ça, la reine ? Je la croyais plus belle, plus jeune. C’est vrai qu’avec les camps d’entraînement anglais à Belfast, elle doit avoir drôlement peur qu’ils déménagent à Londres. D’ailleurs, les soldats anglais sont à Belfast pour se pratiquer en cas de révolution en Angleterre, comme au Canada, les soldats se pratiquent près d’Edmonton et Lennoxville pour envahir le Québec en cas de crise.

Le gouvernement aura suffisamment exaspéré les Québécois avec la langue et l’inflation que les Québécois auront pris le mors aux dents. Maudite belle société! Les gouvernements créent les crises pour choquer les gens, les rendre à bout; puis, quand ils réagissent, ça leur sert d’excuse pour éliminer ceux qui nuisent au pouvoir. On envoie des soldats pour protéger ceux qui nous exploitent et nous trahissent. 

Tabarnache! Sa Majesté a-t-elle aussi des parts dans Esso, Shell, Ford. Comme Rockefeller, Kissinger, Paul VI, Nixon et Cie ont des parts dans les puits de pétrole du Moyen-Orient?   Combien de millions de dollars a-t-on dans le cas du Biafra? Élisabeth songe-t-elle aussi à la guerre nucléaire, si les récalcitrants ne sont pas mis au pas prochainement? Pourquoi ne pas habiter Mars si on fait sauter la planète ?

Ça ne changera donc jamais. Après le Biafra, la Tchétchénie, le Tibet, puis, les Arabes, les Nègres blancs d’Amérique, les nègres, tout court. Une petite maladie, une petite bactérie, peut-être? Ça lave tout un territoire dans un clin d’œil et sans effort.

Une colombe rouge est lancée sur la scène. Tous les participants essaient de la saisir en criant :

Prix Nobel! Prix Nobel! Viens qu’on te mange. Ça ne vaudra pas un rat, mais ce sera différent des œufs trouvés dans les nids.

                        

                            Le juge

À l’ordre!   À l’ordre !

Joseph Eugène dépose un canif devant lui dans un geste solennel.   Il le tourne vers lui. Le juge le regarde et crie :

                                  Le juge

Mais il va se tuer? Il va se tuer !

Joseph-Eugène sourit et réplique :

                                    Joseph-Eugène

Je préfère tuer mon juge à me trancher les couilles.

Il s’avance vers le juge.

                                    Joseph-Eugène

Juge! Juge! Juge ! Où es-tu? Qui es-tu ? Qui habite cette loque bien payée? Ce détritus à perruque? Toi, que l’on dit cent visages et cent noms, montre-moi ton vrai visage…

Le juge tremble. Il s’épivarde comme une poule à qui l’on a coupé la tête.

                                  Le juge

Flic!  Flic!  Flic!   Please, poak!  Please, poak! poak ! poak!  Flic! Flic !   Flic ! (en battant des ailes)  flac! Flac ! 

Le policier de tout à l’heure s’interpose entre le juge et Joseph Eugène, et entre eux l’interprète et l’avocat qui porte soutane et col romain.

                                   Avocat

Vous me donnerez 30 $ de l’heure pour que je perroquète vos histoires. Parfois, j’en changerai quelques mots : pour mon style, voyez-vous. Maintenant, mettez-vous à genoux, je vais vous confesser.

Le flic passe la tête sous le bras de l’avocat, ne faisant plus qu’un avec lui.

                                    Joseph-Eugène

Je ne sais pas de quoi je suis accusé.                                           

                                L’interprète (regardant l’avocat)

Je plaiderai non coupable. Plus ça dure longtemps, plus ça paye.

Le flic sort de sous le bras de l’avocat, court près du juge et lui glisse à l’oreille :

                                         Le flic

Il veut nous tuer.

Le juge s’affole.

                                     Juge

Comment? Pourquoi? Qu’on le dise au ministre de la Justice, qu’on renforce la garde, qu’on appelle l’armée. Est-il de la pègre ?

                                    Le flic

Sûrement pas, la pègre, c’est nous deux. Vous le savez pourtant. On est la justice de l’homme d’affaires pour lui permettre d’empocher au maximum. S’il était de la pègre, il serait de notre bord. Vous devriez connaître l’importance de savoir s’il est de la confrérie ou pas. T’es du côté du pouvoir, de la mafia légale ou t’es contre. On a appelé nos ennemis « pègre» pour les différencier de la mafia légale. Ce sont des pauvres qui veulent faire de l’argent super vite.

                               Le juge

Demandez à l’avocat de la Couronne qu’il procède pour moi. Il dira tout ce que vous voulez lui faire dire. Aussi, si quelqu’un est tué, ce sera lui et pas moi. Je suis trop important pour crever inutilement. Comment les libéraux pourraient-ils se maintenir au pouvoir sans moi? Quoique je deviendrais célèbre… je passerais à l’histoire… je…

                                        Flic

C’est un FLQ…

                                   L’avocat de la Couronne

Comment le savez-vous ?

                                     Le flic

Tout individu demeurant au Québec et qui refuse de se plier à la majorité anglaise du Canada est un membre du FLQ. Toute personne qui refuse la domination est rebelle et, par conséquent, elle doit être condamnée pour subversion et exécutée par accident ou autrement.

                       L’avocat de la Couronne (tremblant)

J’aurai beaucoup de témoins, votre Honneur. Plus nous serons, moins il pourra agir. Aussi, nous servirons-nous de ceux qui sont en prison comme otages pour l’immobiliser. On va s’en sortir, hein ?

                            L’avocat de la Couronne crie :

SPEAK WHITE !

                              Joseph-Eugène

Tu es mon juge? De quel droit exiges-tu que je m’identifie? De quel droit pourrais-tu me forcer à avouer un crime?   Le seul crime que je puisse avoir commis à mes yeux est d’avoir refusé de me prostituer à vos jeux. Je ne suis pas votre esclave. L’homme est un être libre.

                              L’avocat (s’approchant du flic puis de Joseph-Eugène)

On verra. On verra.   Quand tu connaîtras bien les hommes, tu sauras ce que nous en avons fait, à quoi nous les avons réduits, tu seras enchanté de nous servir puisque le rôle de l’homme est de servir fidèlement son dieu, et dieu, c’est… l’économie, la corruption.

                             Joseph-Eugène

Pour vous, Dieu c’est ce qui conduit à la fortune et au pouvoir. C’est le système, la vacherie, la machine. Qui crée les lois? Qui crée les interdits? Qui dominent les lois et les interdits ont le pouvoir d’exploiter. Qui a ce pouvoir a aussi la richesse. C’est vous la pègre et la loi. Le bien et le mal. L’homme vous semble exister que pour vous servir. C’est vous, l’esprit dominateur… l’aliénation. Vous êtes les recettes du savoir et la drogue du péché. Vous jouez aux curés pour posséder le pouvoir de la pensée colonisatrice. L’autre doit être inférieur pour justifier votre autorité. Qui domine le conscient et l’inconscient est le maître absolu…

                             L’avocat

Tu blasphèmes !

                             Joseph-Eugène

Je m’en crisse. Je ne crois pas à votre dieu et à votre droit de m’imposer vos ignorances, vos règles sexuelles. Mes valeurs ne sont pas les vôtres. Mon Dieu est miséricordieux. C’est la beauté, la bonté, la liberté, la conscience et le bonheur. Mon Dieu, c’est l’amour, la non-violence, le partage, le refus total de juger les autres… Aime-toi et aime ton prochain comme toi-même pour l’amour de Dieu.

Alors l’escouade antiémeute entre après un coup de sifflet. Elle entoure le juge et le sort de la salle.  Les policiers chantent :
                Gloire aux dieux
                qui ferment les yeux
                avec 10,000 $ piastres
                y a pas de problèmes !

                Pourquoi penser
                ça donne des frissons-malaises
                mieux vaut fesser
                ça détermine qui peut payer le mieux.

                       Merci Trou d’eau !
                       Merci Boubou

Les policiers restés sur place continuent de frapper alors que Joseph-Eugène crie :

                       Vive le Québec libre !
                        À bas le colonialisme sino-anglo-américain !
                       Vive le Québec vraiment libre !

Joseph-Eugène Ti-Moineau se déshabille flambant nu. Il lève les bras de façon à créer le signe du Peace and love et crie :

Nous vaincrons !
                                    
                                                Fin

Vancouver 1975
révisé en 2005

Simoneau.théâtre 6

janvier 9, 2021

Simoneau. Théâtre 6

Fuck la reine 6

Scène 3

Dans un coin, sur une table, un jeune garçon de 14 ans, nu, vivant, fume un joint. Il demeure là, tout au long de cette scène pour le plaisir – voyeur de l’auteur et de tous ceux qui partagent ses goûts -.

Dans l’autre coin, un banc ordinaire, un peu plus loin, venant du corridor, quelqu’un tape, sans arrêter, à la dactylo.

Au centre de la scène, sur une plate-forme, devant une balustrade avec une statue de la reine et, plus en avant, une table avec un porte-papier, au centre. À gauche, un autre banc, un autre lutrin et une horloge grand-père.

                               Le mignon

Il est bon ce maudit pot- là. Ce n’est pas de la merde comme d’habitude pour augmenter les profits aux dépens de nos vies.

Le mignon se flatte le corps

                                 Le mignon

C’est bon d’être nu. Je me demande quel fou a inventé la décence. Ce doit être un curé, un bourgeois ou une féminoune qui rejetait son corps; un ou une malade qui ne peut pas accepter que son Dieu ne l’ait pas créé parfait. Tous les fanatiques religieux sont des malades mentaux.

Tout devient calme, silencieux. La lumière se promène, découvrant le décor.   Après un tour, la lumière revient au centre et s’arrête sur un bonhomme, un bûcheron, avec sa scie à chaîne. Il examine la pièce attentivement.

                      Le bonhomme

Tabarnak! C’est beau icitte… Obstination! Ça aurait été le fun d’avoir ça comme décor dans ma chiotte au camp. Le soir, plutôt que de niaiser à regarder des revues cochonnes, j’aurais pu sculpter de beaux petits tétons. Saint-Crème, ça aurait été le fun. Kossé que tu veux, dans le bois, il faut bien tuer le temps comme on peut? C’est comme en prison. Le soir, tu dois regagner ta cellule, tu te couches et tu rêves de rencontrer le monde. Bien des créatures. Heureusement, tu t’endors bien vite parce que t’es pété d’avoir trop forcé. Le bois, la mine, les barrages, ça veut dire travailler parce que tu n’as rien d’autre à faire, rien d’autre à penser, t’es loin de tout. Ça veut dire digérer leur maudite cochonnerie puisque tout est cuit dans la graisse, le beurre, ça coûte trop cher. Heureusement, travailler dans le bois, c’est comme prendre un bain d’eau frette, ça ne dure pas tout l’hiver.

Le bonhomme marche en rond.

                                     Le bonhomme

Y vas-tu arriver ce maudit juge-là? Un autre hostie de mafioso travesti en vertu, qui cale son cognac et s’aiguise les dents sur le clitoris d’une petite fille, durant les partys de la haute. Y a rien qu’eux qui ont ce droit…

Il se dirige vers la porte à droite, sort du décor. On l’entend.

                                       Le bonhomme

Cour deux. C’est bien ça. C’est ici que le juge, propriétaire de bordels, est censé se tenir. Y faut qu’il vienne si je veux trouver l’adresse de Sweet Heart. Cré Sweet Heart!  La dernière fois, elle m’a demandé 50 piastres pour 15 minutes et m’en a pris 1,200 avec son pourvoyeur, sans compter la semaine à l’hôpital. C’est une botte qui coûte cher.

Le bûcheron se promène impatient.

                            Le bûcheron

Y doit être dans son lit, le vieux christ, à son âge, ça lui prend du temps à venir. Vibrateur électrique ou pas.

Il se rend près de la porte d’où vient le bruit de la dactylo.

                            Le bûcheron

Tiens, encore un Anglais qui a oublié d’arrêter de travailler. Y pensent jamais à s’amuser, ces maudits-là.

La jeune statue vivante, un magnifique petit garçon, les fesses bien rondes et le corps superbement éloquent, racontant à lui seul la gracieuseté d’un paysage immortel, se penche, prend le pot de chambre et pisse un coup, en s’exclamant:

                                   Jeune statut

Wow! Une seconde de plus et j’aurais pissé sur la tête du procureur de la Couronne… une belle fripouille qui défend les intérêts de la mafia légale, en faisant croire qu’il se soucie de l’intérêt du peuple.

Le bûcheron écoute à la porte, retourne presque au centre. Le Québécois arrive avec sa guitare. La musique retentit de partout. Il s’avance jusqu’au bûcheron qu’il ne voit pas puisqu’il regarde la statue du mignon, le bouscule et va s’asseoir sur le banc à gauche.

 

                               Le Québécois

Encore personne. La ponctualité ce n’est pas ce qui étouffe la reine. Ça fait deux siècles que je l’attends celle-là. La reine versus Ti-Moineau, ça va être tout un combat. Je vais lui sauter sur la tête et lui « picosser » les yeux. Elle ne pourra plus rien faire, Sa Majesté. Elle va être aussi aveugle que sa Justice. Je serai déclaré schizophrène puisque je me serai pris pour un pic-bois. Et, la reine criera à tue-tête, en tombant de son trône.

                                   La reine

Il y a des tempêtes. Des bancs d’oiseaux sifflent par milliers dans le vent. Ils s’effoirent comme des mouches dans mon pare-brise. (La reine frotte ses lunettes)

                                   Le Québécois

Baptême! Arrive, vieille putain. Des chevaux? Tiens des chevaux, ce doit être elle. Elle doit être folle, elle se parle à la troisième personne

Le bûcheron se rend à la porte. Il écoute.

                                    Le bûcheron

Cé pas des sabots, ça, cé des dactylos. Les secrétaires ont fini leur dîner dans le temps record d’une pause-café. Chez les Anglais, le socialisme, c’est de travailler et de donner son salaire en impôts pour nourrir la petite gagne qui en profite. Tout pour la rentabilité, rien pour les Indiens. Puis, je ne l’attends plus, le vieux moribond. L’esprit fané. Fuck le juge! Fuck les putains! Je vais aller à l’Ambassadeur, la taverne à tapettes, ça va être différent. Je gage (s’adressant à la statue du mignon) mon jeune que je vais la voir la queen bien avant toué.

Le bûcheron sort. Le Québécois commence à gratter sa guitare et se gratter lui-même.

                                 Le Québécois

Bout de bordel! De bout de bordel! Encore des puces… je dois avoir pris ça au Park Hôtel ou au Blue House. Il me semble que les gouvernements de l’Ouest sont assez riches pour pouvoir acheter les « instincteurs à poux » qu’il faut pour leur hostel du bien-être social.

Il chante en se tortillant comme un yogi qui n’arrive pas à décider quelle position prendre… se gratter ou gratter la guitare…

                                  Le Québécois

Sur le bord de la route, mon Bourassa, je pense à toué.   Ça fait des jours que je n’ai pas mangé. C’est encore pire que ton bien-être social, versé grâce à Trou-d’eau, à la Canadian John’s Manville. Toué t’es trop pauvre, après les Simard, pis ITT, t’as pu d’argent pour les décrocheurs, les affamés, ces mères nécessiteuses de la LIBERTÉ.

    Il s’endort sur le banc, en mastiquant le manche de sa guitare et soupirant :


                                  Le Québécois

Je ne peux pas manger de ballonné. Si je ne peux pas gagner ma vie avec mes chansons. Je ne suis pas manœuvre, opérateur de heavy mécanique. Je vais manger les notes de mon talent en rêvant d’une bourse du Conseil des Arts ou d’une paye de la Salvation Army.

Après j’irai chanter le soir entre sept et huit pour les assistés sociaux voyageurs, pour les ramener direct au petit Jésus ou aux SS, avant de pouvoir sacrer mon camp avec des pains un peu raidis.   Des soirs, y fait frette en maudit, trop pour coucher dans le stationnement couvert à Vancouver.  Aujourd’hui, y a qu’un moyen de devenir riche… c’est d’inventer « sa » religion…

Dans un silence plat, alors qu’il dort, un à un s’installe : le Procureur de la Couronne, habillé comme un revenant direct du 18e siècle, le sténographe qui porte son oie sous le bras pour y arracher les plumes nécessaires, deux secrétaires en costumes de majorettes et dans l’extrémité droite un policier pleure dans son mouchoir en s’exclamant :

                                 Le policier

Chu malheureux. Chu malheureux. Je n’ai pas encore eu d’appareil de télévision comme le chef de police de Montréal. Où est donc rendue la moralité? Faut-y être riche pour avoir droit d’être soudoyé ?  

Près du Québécois s’installe un bonhomme d’une quarantaine d’années, vêtu dernier cri, qui polit ses lorgnons avec une meule. Chaque personnage prend des lunettes d’approche et examine à tour de rôle ses voisins. Et les photos de la reine collées partout.

Tous ( ensemble.  sauf le policier qui pleure)

         Et l’accusé ! 

Ils se jettent à quatre pattes, regardent sous la table, sous le trône. Sauf le policier qui continue de gémir.
 
                                      Le policier

Monsieur le Maire! Monsieur le Maire! Flag! Flag ! M’auriez-vous abandonné? Monseigneur, moderne… le dieu des gros immeubles, des terrains de stationnement, l’obsédé du ciment Lamontagne, le fou du progrès à reculons. Pourtant, je te rends de bons services… Flag! Flag! Ti-Jean de ton prénom. Je t’ignore quand tu reluques les petites filles. Petite. Petite. (Presque en murmurant.)

Il balance la tête pour s’assurer qu’on ne le regarde pas, alors que tous les personnages à ses pieds l’observent :

                              Tous

C’est lui! C’est lui! T’es sûr ?  Il ressemble à Vic Cotroni. Regarde dans ses poches, s’il a l’adresse de Peter, Pier the door? Ce doit être lui… a-t-il des reçus de caisses électorales ?

Les regards des autres rejoignent celui du flic qui, de plus en plus mal à l’aise, tombe de sa chaise. Tout le monde s’approche, le renifle. Un, ayant le nez au derrière du policier, s’exclame :

                    L’avocat de la défense

Qui pue! Cé pas possible. On ne peut pas envoyer ça en prison, y va y avoir une émeute quinze minutes après son entrée. Il faut un jury… il faut surtout le laver de ses péchés.

Le policier se relève. Offensé. Prend son mouchoir, le fait virevolter en faisant un demi- tour sur ses talons. Chacun à tour de rôle fait comme s’il était un taureau à mâter dans un rodéo alors qu’une jeune fille surgissant de nulle part s’exclame :

                              La fillette

Ne devenez pas tous riches ensemble. Prenez un billet sur le taureau gagnant. Sortez votre deux, approchez-vous de la famille Pépin, de la députation de Sherbrooke, et cherchez les chanceux qui boiront les gouttes d’une nouvelle taxe indirecte sur le plaisir.

Après avoir passé sous le mouchoir, les taureaux se mettent à genoux, en rond.

                           Le policier

Je suis le chef de l’escouade antiémeute, pour vous servir. J’attends que la GRC pose son pétard, le 24 juin, avant de créer une nouvelle danse : le bain de sang. Plus de 100 blessés, la dernière fois, ce sera encore mieux la prochaine fois. Je suis heureux quand le sang coule, surtout celui des dames et des enfants…

Les autres à genoux se mettent à pleurer.

                                           Ensemble

Ce n’est pas notre accusé. 

                                       Le policier

Vous auriez pu le deviner. Je n’ai pas l’air innocent. J’ai les cheveux courts… je travaille pour la reine, moi…

On entend rire la statue de la reine en sourdine, de plus en fort…

Le policier sort de sa poche une photo de la reine qu’il place sur la chaise devant laquelle il se met à genoux.

                          Le policier

Je vous salue, Élizabeth, mère de Michaël Jean, votre gouverneur général, presque princesse de l’Église anglicane, une grande gueule qui se fait aller comme si elle représentait quelque chose…

                       Tous s’exclament (ils lui mettent la main sur la bouche à tour de rôle)

Té pas drôle ! C’est la reine des féminounes…

                        Le policier crie :

Frappez-moi pour que je vous frappe. Si vous ne frappez pas assez fort, j’engagerai des agents de la RCMP, escouade de la provocation.

On recommence les recherches jusqu’à ce qu’une de participantes, face à l’horloge, s’exclame :

                                  Vieille

Mé cé le temps! Debout les minous! La reine va bientôt entrer.

Tout le monde se met à l’attention. La musique commence. Le juge entre. Il est grand, mince, déguisé en travesti. Sa robe dans le dos laisse voir ses fesses. Il se rend au centre de la scène. Danse d’une façon érotique comme pour se flatter, sur l’air de hey Kids, d’Elton John (ce qu’imite le petit gars-statue).

Derrière, le procureur de la Couronne s’avance, simulant de l’enculer, tout en le masturbant. Le juge rugit de joie. Après sa danse, il monte sur son trône. Les deux jeunes filles prennent sur la table un miroir et le placent face au juge qui ajuste ses faux cils. 


Simoneau. Théâtre 5

janvier 8, 2021

Simoneau. Théâtre 5

Fuck la reine 5

               Fin de la première partie.

                                              Scène 2

Çase passe dans les locaux des prisonniers. Cependant, ces derniers ne sont pas encore entrés puisque la direction procède à un examen auparavant, en vue de la visite des ministres de la Justice, dont celui du Québec, en visite à Vancouver. La scène présente à gauche un lavabo et une toilette, séparée d’une cloison. À droite, quelques lits. Le centre est inoccupé. Un grand bruit de pas.
 
Six personnages (policiers) arrivent habillés de façon bouffonne. Ces policiers ont tous des badges qui leur couvrent la moitié de la poitrine. Ils ont à droite un pistolet à l’eau, à la ceinture un masque à gaz et un walkie-talkie. Par -dessus une chaîne, pendue à l’arrière de leur pantalon, un annuaire téléphonique de la ville de : Montréal, avec une photo de Drapeau, Dieu-le-Père. À gauche, un livre avec le titre : » Sur ce que tout bon policier doit frapper ». Ils sont surchargés et peuvent à peine se mouvoir. Les bœufs s’enlignent. 

                                   Flic 3

Penses-tu qu’il va accepter de me signer un autographe?

                                    Flic 2

Ce n’est pas une vedette de cinéma, tabarnak, c’est le ministre de la Justice du pays voisin, le Québec..

                                Flic 3

Ça ne l’empêche pas de jouir quand sa crisse de face passe à la tv.  Hin! Hin! Hin!   Hin ?

                                  Flic 2

Il doit parler au monde de temps en temps, sinon, les gens croiraient qu’il n’y a pas de justice

                                 Flic 3
Y en a une?

Un bruit sourd.

                             Policier- officier

Attention! Présentez vos armes! S’il y a des jeunes de moins de seize ans, vous êtes priés de ne pas jouer avec le feu. Jouez aux fesses, c’est plus de votre âge.

Les flics en rangs sont raides comme des statues. Trois officiers arrivent. L’officier supérieur monte sur un banc, tire de sa poche arrière une loupe et une lampe de poche. Il examine un par un les policiers. Au dernier :


                                  Officier 

Votre numéro?   Vous n’avez pas honte, écœurant! Race de chien! Vous avez un poil de six centimètres.

Le policier est confus.

Ne rouspétez pas… juste là, sur la pomme d’Adam. Deux semaines de suspension !

Le flic est à genoux, les deux mains jointes.

                                  Le flic

Capitaine! Ce n’est pas ma faute. Ma maison est passée au feu et j’attends la prochaine paye pour m’acheter un rasoir. Deux de mes fils ont péri dans l’incendie; mais dès que je le pourrai, je vous le promets, je vais…

                              Officier

Depuis quand oses-tu contester un ordre? Deux autres semaines de suspension. Dans la police, surtout quand elle s’occupe de politique, il ne faut pas de sentiment.

Le flic braille comme un veau.

                               L’officier (hystérique)

Du calme, mon ami. À la guerre chacun risque de perdre tout et, de nos jours, chaque membre de l’ordre est à la guerre (il crie presque) à la guerre contre ceux qui veulent détruire l’autorité, à la guerre contre le laisser- aller, à la guerre contre les ennemis de l’état, à la guerre avec Dieu contre le diable lui-même.

Dieu apparaît.

                                       Dieu

Wow! Arrête un peu! Pour quelle sorte de baveux veux-tu me faire passer? Je n’ai jamais voulu tuer personne. Si vous êtes malades, vous n’êtes pas obligés de me le faire passer sur le dos.

Dieu disparaît.

Les officiers se retirent à gauche, examinent les toilettes.

                                 Un officier

Vous êtes sûrs qu’il n’y a pas une bombe là-dedans?

Un des officiers s’y enfonce le bras et le ressort, plutôt brun et puant. 

                            L’officier

Tabarnouche! Vous ferez torcher ça par le Québécois et l’Indien. Ils ne sont pas ici pour leurs beaux yeux.

Pendant ce temps, les flics entourent leur collègue, pour le moins éploré.

                                              Flic 2

Il faut comprendre le capitaine. Le règlement, c’est le règlement.

                                              Flic 4

Y aurait tout de même pu être un peu plus humain.

                                            Flics 4 et 1

Syndicaliste! Communiste !   Révolutionnaire !

                                              Flic 1

Il faut avertir les autorités. Nos rangs sont infiltrés

Les flics 1, 2, 3 et 5 récitent un poème.

                           Flics 1, 2, 3,5

Que ferons-nous de ces polissons
de ceux qui osent ne pas nous appeler monsieur
comme il se doit selon la politesse
qui ignorent tout du danger de tant de familiarité
De quel droit puis-je appeler mon fils André ou Réginald
un tel laisser-aller peut nous conduire à nous aimer,
nous, hommes, créés pour travailler, peiner, crever.
Ah ! Que ce mal porte le monde, faute de respect, d’obéissance.
Souffrons !   Souffrons !    Souffrons !
Nous voulons souffrir.
Nous avons besoin de souffrir.
Faites une guerre! Faites quelque chose !
Sinon, nous croulerons enchaînés par la tendresse.
Déjà la passion nous appelle
la nature se réveille
Tuons- la! C’est urgent ! Nous risquons de devenir humains.

Chacun récite une des phrases en astiquant son insigne.
Dans les moments de silence, apparaît un père de famille qui mime de manger alors qu’à côté, son enfant, les yeux sortis de la tête, espère avoir une miette de pain. À intermittence, de gros cochons gras, bien riches, viennent voler des morceaux dans l’assiette du père.
Un curé entre en scène avec un fouet, attache les mains de l’enfant nu dans le dos alors que le père demeure indifférent. Le curé force l’enfant à tirer une charrette dans laquelle il s’est installé avec sa servante. Il frappe l’enfant en criant :
                                              Curé
Ainsi, mon petit bonhomme, tu ne te toucheras pas le zizi.
Le curé s’avance devant l’enfant, mime de descendre sa braguette pour ne pas voir sa nudité et lui saisit le pénis.
                             Curé

C’est quand même agréable, je dirais même délicieux. Viens voir… (en regardant sa servante.)  Puis non, je préfère un esclave. Un cerveau drainé par mes fables. Il frappe l’enfant et le force à avancer, tout en caressant sa putain.

                                         Curé. (Il crie à l’enfant)

Tu dois te repentir de m’avoir fait succomber à la tentation. Tu dois travailler pour la société puisque tu as commis une faute envers la société. Tu es beau. Travaille. Travaille. Tu as offensé la société en n’étant pas aussi laid qu’elle. Travaille pour te faire pardonner de Dieu qui voit tout, et des hommes qui aimeraient toucher tout. Il faut travailler pour te déculpabiliser.

Rendu devant le père, qui en est rendu à son dernier morceau de pain, l’enfant s’écrase près de la table. 

Le curé s’écrie :

                                        Curé 

Il n’a pas salué son père, l’écœurant.


Le curé frappe à nouveau l’enfant en criant :

                                     Curé

Tu dois aimer ton père. Ton père est bon comme Dieu est bon.                                   

L’enfant se relève, saisit un couteau sur la table et frappe à tour de rôle le curé et le père qui s’affaissent, les yeux jouisseurs, en criant :

Il faut aimer la police. C’est notre dieu. Son bras droit. Sa couille droite. Dieu serait-il un eunuque comme ses curés ?

Durant ce temps et pendant qu’on entend la chanson de Gilbert Langevin, chantée par Pauline Julien Le temps des vivants, sur un écran, se déroule un bout de film sur le matraquage durant les émeutes.

À différents moments, le curé, la bonne et le père crient ensemble à tue-tête :

                            Il faut aimer la police !
                            Vive l’autorité !

L’enfant se traîne sur le bord de la scène. Il se lève et crie :

                                            L’enfant

Dieu! Dieu! Si tu existes, dis-moi pourquoi toutes ces guerres, toute cette misère.
Pourquoi n’aie-je rien à manger? Pourquoi ne suis-je jamais heureux, moi, alors que d’autres tuent, pillent, s’enrichissent et tuent encore en ton nom? Si tu existes, tu n’es qu’un salaud de les laisser agir ainsi.

L’enfant s’écrase lentement en criant :

Dieu, je te cracherai dans l’œil. Je ne veux pas t’endurer dans ton hypocrisie durant toute une éternité. Mon dieu, à moi, ne tue jamais. Mon dieu à moi caresse et console. Il est plus chaud que le soleil et plus beau que l’Infini. Pour lui, la vie d’un être humain est plus importante que le pouvoir et l’argent.

Dieu réapparaît. Il se rend près de l’enfant et l’embrasse.

                                                Dieu

Tu es bien mon fils puisque tu sais que je ne suis pas l’écœurant qu’ils font de moi. Toutes les religions sont des mensonges. Je suis l’AMOUR. L’Amour est beauté et le bonheur. Ils sont la haine, le mensonge, la cupidité… la mafia légale, LUCIFER.

L’enfant se relève. Son visage resplendit de bonheur.

                                L’enfant

Merci mon Dieu! Merci d’exister !

Les officiers, sauf un, qui arrive en retard, reviennent à l’avant, alors que tout disparaît à l’arrière.

                                    Un officier

Que ferons-nous du lit 37? Nous avons enlevé les couvertures puisque ce matin le lit n’était pas fait proprement ?


                                   Un officier

Qu’on le lui rende, il ne faut pas que la presse juge mal notre service. Vous le lui enlèverez quand les journalistes seront partis.

                                  Un flic

Que ferons-nous du Québécois? C’est un danger…

                                  L’officier

Au trou. Il ne doit y avoir que les prisonniers contents d’être en prison. Mieux que le trou… que ceux qui posent des problèmes soient libérés sous cautionnement si les familles acceptent de payer…

Les officiers repartent. Entrent le ministre anglais et le ministre de Justice du Québec avec les journalistes. Les prisonniers sont gardés par les gardes qui les frappent dans les jambes pour les faire applaudir alors que le ministre déclare :

                                         Le ministre

Je constate que votre service pénitentiaire s’est amélioré. Certes, à vous voir (en s’adressant aux prisonniers) les dix derniers suicides ne sont pas justifiés ainsi que les plaintes selon lesquelles vous êtes maltraités.

Le ministre, après examen, quitte la scène en récitant :

                                    Le ministre

Un loup rebelle n’avait que la peau et les os tant policiers et magistrats faisaient leur devoir. S’évader? C’est impossible! La prison, oui! Je l’affirme, elle est dans la rue. Qu’il y ait des morts, c’est naturel. Les riches ne peuvent pas, c’est vrai, nourrir les pauvres. L’homme est sur terre pour souffrir pour la société. Bien payé, sont ceux qui gagnent deux piastres par jour… il ne faut pas exagérer si l’on veut que les compagnies, le gouvernement, la mafia… une seule et même institution, aient leurs parts de profits… Comme cela est juste et raisonnable. Après tout, ce sont les maîtres…

Le ministre tourne sur lui-même, il revient saluer en bouffon les prisonniers, avec un grand sourire d’imbécile. Les journalistes portent les insignes Tribune, Devoir, Presse, CJMS, Montreal Star. 

                                  Les journalistes (en chœur) :

                Il est si beau, si grand notre ministre
               Cotroni en liberté! Lemieux en prison !
                Les moutons bientôt ne pourront plus bêler !
                 En Chine, en Russie, aux É.-U., au Canada           
                  les prisonniers politiques attendent
                  que les gens comprennent enfin
                   que la mafia est internationale
                            c’est le pouvoir
                                    la dictature
                             en un mot : la démocrassie.     


                               L’économie.

Les lecteurs ne sauront jamais qu’au même moment deux manifestants de la grève de la faim ont été abattus au cours d’un prétendu soulèvement quelques étages plus bas.

                    Fin de la scène 2 

Simoneau.théâtre 4

janvier 7, 2021

Théâtre. Simoneau 4

Fuck la reine 4

Au mot “ petit gars ”, le Québécois se lève d’un bond, il regarde autour de lui en sifflotant tendrement.

                                   Le Québécois

Astérix? Où es-tu? Pst! Sacré farceur… je pense que tu m’as fait manger un peu trop de Bison ravi, j’ai dormi tout le long du voyage… je t’ai fait un de ces maudits voyages… je me croyais pris par la police, battu au «boutte» parce que je suis français du Québec. Ce n’est pas croyable.

Le Canada bilingue, ce serait-t’ y comme à la Ronald Federated Graphic, 6300 Park Avenue, Montréal… Ce serait un pays bilingue exclusivement anglais. Le bilinguisme, ce doit être pour marquer les accents. Un bilinguisme que MM. Springate et Chia Chia représentent très bien, en devenant les martyrs, grassement payés, d’une cause qui n’existe pas puisque les Anglais ne perdent aucun droit avec le bill 22, mais au contraire, en reprennent. 

C’est écœurant, non, de toujours essayer de fourrer les Québécois comme ça, de toujours nous prendre pour des imbéciles.

Des Anglais qui braillent quand on leur donne plus de droits que nous, puisqu’eux au moins ils peuvent travailler dans leur maudite langue. Que dire des policiers de GRC qui foutent des bombes ou engagent des manifestations violentes en provoquant les autres comme à Murray Hill, aux fêtes de la St-Jean, chez Steinberg, comme tant d’autres qu’on ne sait pas encore parce que le gouvernement ne veut pas dire qu’il accepte et encourage ces tactiques pour péter la gueule au monde qui ne pense pas comme lui.

Bande de Christs de sales! Ça mériterait qu’on s’arme, qu’on s’arme vite et qu’on leur plombe le cul… Pauvres enfants!   Assister à une telle dégénérescence sociale…

Un long silence. Le jeune Québécois pose la main sur le comptoir alors que le flic en blanc escalade ce comptoir avec effort, faisant tout pour ne pas être remarqué, allant même jusqu’à se cacher le visage derrière une feuille de papier blanc, tachée de rouge. Soudain, il saute d’un bond sur les doigts du Québécois qui hurle de douleur.

                               Policier en blanc

Voilà les empreintes sont prises !

Le Québécois hurle en se secouant les doigts.

                              Policier en blanc

T’es rien qu’un étranger. Si tu ne veux pas avoir de trouble, reste dans ton goddem frogs paradise. Funny looking queer !

Il se sauve, le Québécois à ses trousses.

                                        Le Québécois

Viens ici, mon hostie, je vais te montrer ce qu’elle peut faire la grenouille !

Le policier en blanc se réfugie derrière les autres. Ils entourent le Québécois, qu’ils battent. Celui-ci tombe et se relève. Le policier en blanc lui présente une planche de bois avec un numéro dessus.

                            Le policier en blanc

Tiens-moi ça !

Le Québécois prend le bout de bois alors que le policier en blanc saisit une caméra et le photographie. Le Québécois, au même moment, lui lance la planche sur les orteils.

                                    Le Québécois

Je ne veux pas voir votre « Wiziwézo ». J’en connais rien qu’un qui a bien du bon sens, pis du rythme, pis y é pas dans l’Ouest, y é au Québec. C’est du gai monde, ce gars-là!

Deux policiers arrivent, le déchaussent, pendant que le policier en blanc reprend sa photo en tenant cette fois, pour lui calmer les nerfs, une photo de Raoul Yogourt Duguay.

                                Policier en blanc

Tiens-toi tranquille,  pis on te fera entendre la bite à Ti-Bi.

                                Un policier (chante avec accent)

Il faut bien que ça marche.

Un autre policier tient le menton du jeune Québécois…

                              Autre policier

L’important, c’est que l’on s’aime.

Cet autre policier  avance et crache au visage du jeune Québécois.  Le premier policier crie encore plus fort :

                                 Le policier

Moi, j’aime assez les Québécois pour les chasser et leur manger dans le crâne. J’aimerais tuer un Québécois. (Il tient toujours le jeune par le menton) J’aimerais même davantage tuer un Québécois qu’un Indien. Les Indiens pour avoir du courage mangeaient le cœur des missionnaires, peut-être que nous en mangeant une cervelle de Québécois, ça nous donnerait enfin une culture.  

Ah! S’il peut survenir d’autres mesures de guerre, qu’on va t’y en profiter. J’ai hâte. Ça fait si longtemps que je n’ai pas bien frappé quelqu’un; je meurs d’ennui.

Le policier entonne alors:

                  I am a lonely boy
                  lonely and blue
                  I am all alone
                  with nothing to do

Une autre voix poursuit:

                    I’ve got everything
                    you can think of
                    but I still alone
                    with no fun to live.

Un troisième continue:

                     Lonely, lonely
                     hate all over the world
                     some time I think
                     I am an American.


Le jeune Québécois pleure et dit :

C’est- y triste d’être aussi seul; mais quelle idée aussi d’être des maudits Américains.

Il ajoute sur l’air du Tempo mergo (religion en moins)
                     Yankee go home
                      au plus collé, bine
                      nous n’avons plus besoin
                      de vos bombes au napalm
                      y a assez que vos expériences
                      en Afrique
                      nous ont laissé le sida
                      la main de Dieu
                     avec l’esprit du diable
                             Amen

Un flic s’approche du Québécois
 
                             Policier

Veux-tu téléphoner?

Le Québécois hoche la tête en réponse affirmative. Le flic lui tire un livre. Le Québécois s’assied avec le téléphone sur les genoux.

                          Le Québécois

À quatre heures du matin, à qui pourrais-je bien téléphoner?

Il se met à chanter en feuilletant les pages jaunes…

               Gaston y a le téléphon qui sonne
                pis y a jamais person qui y répond…

                             Le Québécois

C’est-y pas curieux… Y manquent sept pages, pis ce sont justement les pages où sont inscrits les numéros des avocats.

Le Québécois entonne un chant sur un air bien connu, grâce à la baie James, qui a relancé la Manic :

          C’est fou comme on s’ennuie
           à Vancouver. Y pleut tout le temps
           les gens sont froids
           à Vancouver, BC.


           J’aimerais bien mieux être chez ma mère
           à 3,000 milles d’ici. Qu’ai-je pensé
           de venir m’échouer à Vancouver BC?
            Y a des Chinois, ça parle anglais
            tape les français et pis cé plate à Vancouver BC.

Théâtre.Simoneau 3

janvier 6, 2021

Fuck la reine  3

Le numéro 1 s’étire les doigts comme Laurel and Hardy, il se les passe le long des pantalons, se les entrent dans le nez, ils restent pris, un confrère l’aide à les lui retirer, en lui tirant sur le bras. Puis, il continue de se tortiller de gêne.

Le Québécois se relève tout chambranlant.

Le policier no 4 s’approche, le saisit par l’épaule, la tête, s’arrêtant plus qu’il faut à la hauteur de la braguette. Puis, enlève un genre de sacoche que le Québécois porte enlacé à l’épaule et la dépose sur le comptoir. Il le plie et lui passe les doigts sur les fesses.

                            Policier 4

Je dois t’y regarder?

                              Policier 1
Non, tu n’es pas chez vous icitte.

                             Policier 4

 Y me semblait aussi. Je suis toujours frustré dans mon travail.

Il lui repasse la main en avant en insistant.

                            Policier 4

Je sens quelque chose.

Il est tout excité.

                             Policier 1

C’est-y du pot ou de l’acide ?

                            Policier 4 (en riant)

Je ne pense pas, ça plutôt l’air d’une gomme baloune. Plus je touche, plus je pèse pour mieux sentir, plus ça se gonfle.

Le policier 1 s’approche du Québécois, prêt à lui tordre une oreille avec une clé anglaise.

                                 Policier 1

Ton nom?

                                 Le Québécois

Hein !   Quoi?   Je ne parle pas anglais. Je ne comprends pas.

                                 Policiers ensemble

C’est un Québécois. C’t’un tuff.

Ils tremblent devant la bravoure de leur collègue.

Le prisonnier demeure silencieux.

          Le policier no 3 (s’approche et lui flanque un coup de pied sur les orteils.)


                                     Policier 3

Ton nom?   Tu ne connais pas l’anglais! Tu n’es pas au Québec icitte, tu es au Canada, et le Canada, c’est un pays anglais. Si tu ne le sais pas, nous allons te l’apprendre.

Il lui donne un coup de coude dans le ventre et un coup de judo dans le cou. Le Québécois s’effoire. Au même moment, où le policier 1 vient pour le frapper avec la clé anglaise, un policier s’écrit :

                                         Policier 4

Laissez-le faire, j’ai son passeport. Narcisse — Eugène — Ti-moineau.

                             Le policier 6 ( il fait répéter chaque lettre et les tape à la dactylo).

Le policier 5 accourt.

                                        Policier 5   

Ce n’est pas possible. Voyons!  Montre-moi. Ce n’est pas possible, ce doit être un ami du premier ministre d’Ottawa. Ces Anglais qui se font passer pour des Français.

                                   Policier 1 (blanc de peur)

Qu’est-ce qui te fait dire ça?

                                   Policier 5

Son troisième nom. Il n’a pas de troisième nom et c’est connu que tous les Français, vendus ou pas, ont trois « midle » name : Jos Pierre Elliot Trudeau; Jos Jean Alexandre Turcotte, Jos Jean Noël Tremblay.

                               Un des policiers

Trudeau, Marchand, ce ne sont pas des Français. Ce sont des Anglais avec des noms français. Les colonisateurs du « French écrasement Power ». Des libéraux.

                            Un autre policier

Cela n’a pas d’importance, ce sont des exemples de noms qui pourraient sembler français à cause de la consonance.


                             Policier   5

C’est comme si tu disais seulement Jacques Hébert, Claude Ryan, Patrick Straham. Qui les reconnaîtrait? Il pourrait bien être de ces FLQ qui se promènent dans les rues et poignardent tous les Anglais qu’ils rencontrent… Ah ! Les fucking Québécois, je les haïs, moi. Il faut trouver un troisième nom.

                             Policier 2

Arrête-moi ça, tout de suite. Je n’en dormirai pas de l’avant-midi. 

                                  Policier 5

Bin! On ne sait jamais. Mieux vaut prévenir que de guérir. Vérifions!

                                    Policier 5

Qu’est-ce que l’on va faire à quatre heures du matin, on ne peut tout de même pas appeler le bureau des passeports pour se tirer du trou. Il faudrait peut-être appeler le chef, c’est un cas d’urgence?

                                  Policier 2

Pas question. Tu sais comme moi que c’est sa « nuitée de bordel » à soir. Je n’ai pas envie qu’il nous fasse passer une heure de piquet sur le bout des orteils ou qu’il nous câlisse par la tête un trois jours de suspension, demain matin, sous prétexte que l’on ne s’est pas bien rasé. Comme au collège, on nous enlevait nos couvertures, si l’on ne faisait pas nos lits, le matin. Tout ça parce que monsieur n’est pas venu…

                                  Policier 1

Attends! Peut-être que si tu tournais la page…

Tout le monde le regarde accusateur.

                                   Policier 1 (l’air super niaiseux)

On ne sait jamais…

Le policier 5 tourne la couverture.

                                             Policier 5

Bien oui. Regarde donc ça. Son nom est bien écrit là aussi.

Un ouf général. Tout le monde se prend par le bras et « swing la basquaise dans le fond de la boîte à bois ».


                                  Policier 1

Narcisse Jos Eugène Ti-Moineau.

Les policiers s’épongent le front. Ils se sortent une bière et après un toast calent quelques gorgées.

                                 Policier 1

Une chance qu’on n’a pas à faire un effort intellectuel de même tous les jours. Moi, je démissionnerais tout de suite.
 
                                Tous les flics
Moi, itou !

                                 Policier 1

D’où qui vient, lui?

                                 Policier 2

C’est marqué : Voyageur. Sans domicile. Nous aurons des problèmes en maudit ce soir.   Amène-le au bout du comptoir.

                               

                                      Policier 5

Quand même! Ces Québécois ce sont des tuffs. Il n’a pas encore accepté de parler anglais. Bilingue, vous êtes supposé être, doit-il se dire en dedans de sa maudite tête de cochon… Il est peut-être du FLQ? Y paraît qu’il y en a déjà eu un à Dawson Creek. S’il y en a déjà eu un dans le Nord, y va bientôt en avoir partout.

Les bœufs prennent leur bière, jouant au cowboy entre les bureaux. Ils se bousculent un peu. Un pleure dans son coin, mais peu de temps après, ils recommencent tous à jouer, mais cette fois, en se prenant pour leur idole : un Jerry Lewis, un autre Batman, Mannix, Paul IV, Luky Luke et Joly Jumper.

Entre un bonhomme, tout de blanc vêtu, un bandage de guenilles au visage comme un chirurgien et des gants de caoutchouc. Il s’assied près du Québécois. 

                                     Policier blanc

Ne leur dis pas que je suis ici, ils ne m’ont pas vu entrer…

Les six policiers sont sur les bureaux, ils prennent toutes sortes de pauses de leurs héros alors que l’un d’eux, à tour de rôle, fait semblant de les photographier.

       

                           Policier 5


Ça va faire une bonne photo pour mon petit gars. Y aura pu la regarder à la télévision. Ça va coûter moins cher.  Aujourd’hui, avec le coût de la vie, si ça continue nous allons être obligés de recommencer à manger les chats, pis les rats.

Théâtre.simoneau 2

janvier 5, 2021

Fuck la reine 2

Je vais le dire à mon frère, le maire, que vous me persécutez. Vous verrez. Il vous fera ravaler vos paroles.

                                Policier 4 (les poignets cassés)

Mais non, voyons… viens, viens, je vais faire le cheval moué. Tiens. Voilà !

Il se place en cheval.

Dis-toi que t’es le plus grand, le plus beau des GRC, que t’es dans les parades. Le premier en avant.

Le policier embarque dessus, en reniflant. Il se tient par une seule bretelle.

                                       Policier 1

T’es heureux, là. Tu ne le diras pas à ton frère, hein, on ne riait pas de la RCMP, hein, tu sais!  

Le sixième policier se promène. Il court, imitant un cheval, alors que les deux autres font semblant de le poursuivre avec des lassos.

Un nouveau policier s’avance à droite et crie :

Prenez vos airs de cochons. Je pense qu’y arrive un client.
Tous les six, gros gaillards, avec des gueules de chefs de mafia reprennent le travail quand rentrent deux autres « bœufs », pas plus jolis, tenant sous leur bras, pendant, un jeune gros, dans le plus ordinaire, habillé d’un drapeau du Québec. À côté, un Indien sidéré de peur et planté comme un poteau, à l’autre bout, après y avoir été déposé par deux autres policiers. Il observe sans mot dire. C’est ainsi qu’étudient les Indiens.

                               Policier 1

                     Dyou qui sort celui-là?

Les policiers se regardent, haussent les épaules.

Nous ne le savons pas, nous.


                               Un des nouveaux

Faites attention, s’tun dur… y vient de défoncer une vitrine.

Les policiers se grugent les ongles.  

Ensemble

  S’tun Québécois? Le Royal 22e régiment? Le régiment de la Chaudière?

                                Un des nouveaux policiers

Oui! Pis y é dur. On a beau accélérer avec le panier à salade, tourner d’un coup, l’entendre avec l’Indien, qui y é avec lui. se péter la tête dans les bords, ils ne sont pas assommés.

                                  Les policiers

Wow! Tenons-nous en gang, ce sera moins dangereux.

Le numéro 1 s’approche du Québécois, le touche du bout des doigts. Le gars tombe à terre, après avoir posé sa guitare et sa flûte sur le comptoir. Le policier recule. Il tremble de partout.

                                  Le policier (le regarde sur le plancher)

T’es certain qu’il est dangereux.

                                 Un des nouveaux flics

Bien sûr, mais plus maintenant. On lui a donné quelques dizaines de coups de poing dans le ventre pour qu’il ait l’air stone quand on a pris sa photo. Ça paraît mieux quand tu déposes en cour, le juge est plus sévère.

Tu sais que les autorités municipales veulent débarrasser Vancouver des Québécois et du pot pour laisser libre cours à la mafia asiatique et à l’héroïne. Ça paye plus. Il faut en profiter.

                                   Policier 1

T’es brillant, toi, ce n’est pas pour rien que t’es rendu capitaine.

                                    Policier 5

C’est surtout parce que mon frère est conseiller municipal.

Théâtre 1

janvier 4, 2021

Fuck la reine                                             Premier acte
                                               Scène 1

Une moitié de scène. Un grand comptoir avec à droite une armoire. Partout sur les murs des photos de la reine, en alternance avec des photos de la GRC et de chevaliers en habit moyenâgeux. Derrière le comptoir, deux autres policiers.

Les policiers laissent leur place, se ramassent devant le comptoir, s’enlacent et commencent :

                    Une, deux… cha cha
                     une, deux… cha cha cha

                                Policier 1

C’est-y plate à soir! Pas d’arrestation. Vous avez bien fouillé tous les jeunes, dans tous les restaurants et toutes les tavernes? Vous avez pris la précaution d’interroger tous les cheveux longs, tous ceux qui ont des bagages? Rien? On manque de stock… le marché de la dope est à sec à Vancouver. Il nous manque des labos pour avoir plus de MDA.

                               Policier 2 (de plus en plus hystérique)

Attends. Ça va s’arranger. L’été arrive, les Québécois aussi. Il va y avoir du pot en circulation. Des amendes parce qu’on ne respecte pas les feux de circulation, des descentes inutiles, quelques gueules à péter. Fais-t-en pas, mon noir, les Québécois y vont y voir. Cette race de rats sait gruger la loi, ils ne respectent rien, pas même notre belle Queen. J’aime ça…

                           Policier 2

Quand il y a un Québécois, ça me permet de frapper. Wow! Wow! Wow! Wow !

Il se frappe dans les mains, jouit des yeux et tombe sur le cul.

                          Policier 2

Qu’il sera beau! Qu’il sera grand le jour où les chars d’assaut sur les Plaines d’Abraham feront trembler jusqu’au Rocher Percé! Un monde coast to coast anglais. Aussi anglais que le policier de Calgary, vice-président de l’Association francophone. Qu’il sera bon de frapper aussi fort que l’escouade anti-émeute de Montréal! O mon Canada! Mon très cher Canada! Grenier de pot et de champignons magiques. Terre idyllique de mon maître Jésus.

                                 Tous les policiers

Amen !

Ils se mettent à genoux et récitent :

Le Seigneur est mon berger, rien ne saurait me manquer, même si ça coûte cher en beau joual vert.

Les policiers se relèvent.

                                  Policier 3

J’ai couché, hier, avec le ministre de l’Injustice. C’est tout un homme, même si y a pu de revolver. Y en a pu besoin. La mafia va le protéger alors que son gouvernement va défendre la langue des Italiens immigrants… Chia Chia Chia… l’anglais évidemment. C’est tout un marché. Le gouvernement protège la mafia et la pègre protège le gouvernement. Il faut concéder aux Français que leur langue les sert très bien… pour faire l’amour.

Tout le monde rit. On se « garroche » par terre. On frappe sur le plancher. Un policier se relève et entonne, après avoir un peu turluté :

              Le cheval fait le tour de la montagne
               la montagne fait le tour du cheval

                                       Policier 3   (plié en deux)

Quelle coulture !   Quelle coulture! Et dire qu’on se casse la gueule dans les rues pour conserver un folklore aussi bête.

Il se tord de rire, mais un autre flic s’amène devant lui. C’est le plus grand, le plus fort, le numéro cinq. Il tire un petit cheval de bois. Il s’arrête, se met à l’attention, se cire les moustaches.

                                Policier 5

Cesse de te tordre ainsi sans-dessin. Tu ne te rends pas compte que tu profanes ainsi le groupe le plus brave, le plus intrépide, le plus intelligent du monde — 42 de quotient intellectuel de moyenne –. Tu ne reconnais pas, dans la chanson de Wellie Lamothe, les héros de notre histoire.  Ceux qui courent les Esquimaux et qui empêchent les puits de pétrole du Nord de fumer. Ceux qui combattent les Indiens qui ont déterré la hache de guerre parce qu’ils ne veulent plus se contenter de bien-être social pour boire dans nos tavernes.  Nos braves RCMP, la toute Royal Canadian Mounted Police qui vient à peine de fêter ses 100es anniversaires de fondation et échapper à un scandale politique en Alberta. Ceux auxquels j’aurais aimé appartenir, mais dont je n’ai pas pu n’ayant que 22 de QI.  Pire, mes parents sont autochtones, comme si c’était de ma faute.

Il se met à pleurer alors que tous les autres policiers l’entourent.

                                         Policier 3

Mais non! Mais non! Ne pleure pas mon gros nounours…

Les policiers essaient de le consoler.

                                  Policier 1

Tiens, Frank, y va te donner un beau gros suçon.

                                  Policier 5

Je n’en veux pas, bon !

Il frappe sur le plancher.

Simoneau et le théâtre

janvier 3, 2021

Je constate que j’ai déjà publié Les derniers amours de Platon. Pour faire changement je me lance dans le théâtre. Si c’est trop difficile de le mettre en page, je change de texte.

Simoneau et le théâtre

J’ai écrit seulement deux pièces de théâtre et un scénario de film sur l’histoire d’Alphonse Caouette, président de la Thérèsa Gold Mine.

Dans cette partie on retrouve, deux pièces de théâtre, soit Fuck la reine et Les puces ainsi que le traitement de Caouette et la Thérèsa.

Fuck la reine   page 1

Les puces page 30

Caouette et la Thérèsa page 93

Fuck la reine a été écrit à la suite de mes deux voyages sur le pouce à Vancouver, dans les années 1973-1975.

Les dernier amours de Platon. présentation.

janvier 2, 2021

Puisque je ne suis pas assez riche pour publier les trois tomes de Les derniers amours de Platon et que le livre a été retiré chez mon éditeur français, Edilivre, qui a rompu unilatéralement avec son contrat pour des raisons obscures,je vais les présenter sur mes deux blogues (carnets), soit Centerblog et WordPress. C’est un  roman de 595 pages qui a été publié en trois tomes : Platon (Les « derniers amours » de Platon, Virus  (Un hétéro chez les gais) et Diogène (La banque de sperme). Tout y est absolument imaginatif.

J’écrivais alors un carnet sur radioactif.tv et pour m’amuser j’ai écrit ce qui est devenu ce roman. Ce fut le roman le plus agréable à produire.

Le style du texte se veut de l’école de Boris Vian et du groupe Panique. Une forme de critique sociale, en établissant un certain parallèle entre l’époque de Platon et celle du Québec, dans une forme d’humour à la Simoneau. Que je suis le seul apparemment à apprécier. C’est documenté, comme dirait mon ami David Goudreault, un petit génie de la littérature d’ici..

Le but de ces écrits était de comprendre pourquoi le sexe est-il condamné de nos jours et que cet interdit touche particulièrement les jeunes au moment où ces relations ne peuvent pas avoir de répercussions sociales.  

D’une part, le garçon est encore incapable d’éjaculer donc de procréer.  Les jeux sexuels ne sont alors que purs plaisirs. D’autre part, les filles ne sont pas davantage capables de se muter en fille-mère. On sait combien la charité chrétienne a élevé à son maximum la punition du péché de la chair et que dans tous les cas c’était la pauvre fille et son enfant qui devaient endosser les foudres d’un dieu d’amour

Il n’y a pas de faute de grammaire française dans le titre puisque amour dans ce cas représente les garçons de qui Platon est amoureux et non la foudre de cet amour ou de cette passion.  Les parenthèses signifient que l’auteur savait que dans le sens de foudre amoureuse le mot amour au pluriel est toujours féminin. Question de sens donné au mot! Beauté de la langue française.

Les éditions du temps. Québec viennent de publier le deuxième  tome, soit Virus. Pourquoi? Parce que je trouve que c’est le meilleur. Je n’aime pas particulièrement le premier qui a été écrit qu’en essayant d’être divertissant. La recherche d’un but précis ne m’avait même  pas effleuré l’esprit. En tous cas, je me suis amusé et j’espère qu’on aura autant de plaisir que moi en lisant ce texte.

Death’s City

décembre 31, 2020

Death city 6

Par ailleurs, Claude était fatigant avec sa vantardise comme s’il avait besoin de se faire rassurer sur sa sécurité ou ses possibilités psychologiques. À l’entendre, il aurait pu à lui seul faire trembler l’Empire britannique.

Cette estime de lui-même, ce narcissisme, n’était certes pas étranger à sa paranoïa. Il avait si peu confiance en lui qu’il devait se vanter pour ne pas se détester et oublier sa soif d’autodestruction. Après un flot de paroles commençaient automatiquement ses troubles de conscience, pour savoir s’il n’avait pas trop parlé, si son interlocuteur n’était pas un mouchard.  

Ne sachant pas ce que c’était « trop parler », ces moments devenaient de véritables tortures presque impossibles à surmonter et qui en l’étant ne pouvaient faire autrement que de le gonfler encore plus d’orgueil.

Il soupçonnait tout le monde comme s’il avait été un officier maquisard, trempé dans de grands secrets. Pourtant, il n’était qu’un beau parleur, presque intérieurement et intellectuellement vide, ce qui amenait plusieurs à ne plus s’intéresser à lui après quelques discussions.           

Ce vingt-deuxième dimanche se passa sans grand intérêt. Maurice et André s’étaient couchés tout l’après-midi alors que Claude  et Daniel avaient discuté de la Bible. André soutenait la bonté de Dieu alors que Daniel essayait de lui faire comprendre que la religion sert à exploiter les peuples et maintenir les tyrans au pouvoir, grâce à la psychologie de la culpabilité et au masochisme de l’aliénation qu’elle engendre.    

Le lundi matin, Daniel était malade. Il crachait le sang et s’évanouissait souvent. C’était une suite logique de l’état pitoyable dans lequel il travaillait. Trop de poussière.

Maurice prit le risque d’un retard et s’arrêta éponger le front du malade jusqu’à ce qu’un médecin arrive juste assez vite pour constater le décès.          

À son arrivée à la cuisine, le chef de département fit demander Maurice. Furieux, celui-ci lui annonça qu’il passerait les prochains mois en réclusion, c’est-à-dire dans une cellule, sans autre accessoire que le lit.   

— We are not here for nursing but for working and a pig like you …         

Même s’il était déjà acquis que bientôt il aurait sa vengeance, étant tombé dans l’oeil du gouverneur de la prison, Maurice ne put tolérer cette nouvelle balafre à sa dignité humaine. Il saisit un couteau et transperça son adversaire qui s’effondra, grimaçant, devant lui.

Un bruit sourd retentit. Maurice sentit une vive douleur à la nuque. L’image de sa famille lui traversa l’esprit et il s’écroula sur le plancher alors qu’un sergent clamait : 

— Too bad!  We won’t have a show tomorrow!

La nouvelle fit le tour du camp et à travers les murmures, on pouvait savoir que la révolte était proche, qu’elle s’organisait patiemment et qu’elle éclairait comme une bombe. Tout y passerait. La vengeance aurait de mesure que l’humiliation subite.

Les deux morts précipités firent sur la santé mentale d’André l’effet d’un véritable coup de massue.

Il commença à se terrer dans la lecture de la Bible. Il craignait de plus en plus la vengeance de Dieu dans les signes extérieurs alors qu’en temps normal il aurait imputé ça au hasard.      

Persuadé que Dieu le pourchassait parce qu’il était français, il commença à apprendre l’anglais avec acharnement.         

Un dimanche midi, il se leva et commença son sermon :     

-Maudits Français! Race de putains! Crevez pour que s’achève la malédiction du Seigneur. Le Seigneur est bon. C’est vous, charognards, qui avec vos Rimbaud, Verlaine, Simoneau, sèment le mal que Dieu doit extirper par le feu et le sang. Repentez-vous!

Avec la verve qu’il y mettait, André fut conduit en cellule : les Anglais croyaient y avoir entendu une exhortation à la rébellion. Les gardes le laissèrent alors dans les couloirs où résonnait :        

— Vous pouvez m’enfermer, me tuer, je ne cesserai pas de prêcher la parole de Dieu. Je suis la vie, la vérité, le pénis gonflé de l’univers…      

Le lendemain, André fut exécuté devant ses compatriotes. 

Claude retourna complètement découragé à sa chambre.

Pourtant, il fut le seul à voir la rébellion et l’écrasement de Dead City. Cela survint plus vite qu’il l’avait prévu, mais quand il eut perdu espoir, bien après avoir accepté sa propre mort comme prix à payer pour vivre « la liberté »       .

Prison de Bordeaux,

 juin 1975.

14 Août 2008                            Bonne et  heureuse année 2021

Death’s City 5

décembre 30, 2020

Death’s  city 5

Il était de plus paranoïaque, se sentant coincé par son ignorance. « Je ne veux rien savoir, mais pour aider à la libération,  j’ai fait du mieux que je pouvais ». Il était très fier de son engagement.   En réalité, Claude avait plus peur de la trahison par ignorance que de la mort. La vie du Québec et la sienne n’étaient qu’une seule et même vie.

Puisqu’il croyait en son peuple, il ne pouvait malgré les risques que ça comportait s’empêcher de parler en classe ou ailleurs contre le régime répressif et de la beauté de l’action des maquisards. Par contre, tenant d’une liberté anarchiste, Claude ne pouvait accepter la rigueur fanatique de certains partisans. Il s’était beaucoup plus investi à améliorer le sort du peuple qu’à la rébellion quoiqu’il n’écartait pas cette voix si absolument nécessaire. Sa crainte de voir mourir des enfants le torturait au point de douter parfois que les armes soient le seul moyen de libération.

À son avis, il devait sûrement exister un moyen démocratique capable de faire respecter les Québécois et leur culture.         

Conscient que plusieurs livraient un combat beaucoup plus par intérêt personnel que par patriotisme, il ne savait jamais par naïveté discerner l’ivraie du bon grain, Claude était souvent entraîné dans des aventures d’où il sortait toujours un peu dégoûté. À force d’être humilié, autant d’un bord que de l’autre, il décida de se suicider intellectuellement et psychologiquement en buvant le plus possible. Cette contradiction entre le besoin de poursuivre le combat et cet appel du néant continuèrent, à le ronger jusqu’à son arrestation. Il était devenu un être sans importance, sans influence, qui ne vit que du passé comme les robineux. D’une certaine façon, il s’en fichait, ayant toujours été écrasé, considéré comme un être de second plan, plein de promesses, mais trop faible pour monter plus haut que sa réminiscence d’une ou deux années de sa vie… avant de boire comme un trou.

— Ils peuvent me traiter de froussard, de mésadapté, d’ex-libéral. Ils peuvent me dire que je n’ai pas de talent et d’imagination, ils peuvent me barrer partout, mais n’empêche que l’on était bien heureux de me voir agir là et comme personne l’aurait fait. J’été hypocritement méprisé. J’ai commencé pur, franc, honnête. J’en suis sorti menteur par névrose, souillé par la haine et le désir de vengeance ainsi que voleur par nécessité. 

Cette chambre à quatre sera à la fois la nouvelle demeure et la nouvelle communauté de Maurice, sauf au repas où les prisonniers allaient manger par groupe de cent en silence. Une vie de travail, des soirées à aller jouer aux cartes, à toujours reprendre les mêmes discussions, les mêmes remarques sur le camp.

Après quelques semaines, tous perdaient espoir, coupaient avec le passé et acceptaient qu’à moins de se tuer, il n’y eût qu’une chose à faire : oublier qu’il existe quelque part sur terre une autre forme de vie. Cette résignation était à la base d’une vie saine. Dans un tel endroit, il n’y a que la folie pour s’empêcher de « péter au fret ». Il se créait des liens à travers l’entraide, qui faisaient dire à plusieurs : « Avant j’avais des chums, maintenant j’ai des amis. »  Tout le monde s’acceptait intégralement ou était complètement indifférent à l’autre. La tolérance étant strictement nécessaire pour ne pas rendre infernal ce décompte de l’agonie puisque l’on était bel et bien condamné à la mort.  

N’ayant pas de privilégiés, peu de gens acceptaient de parler d’un passé trop saignant. Il était impossible de créer des castes pouvant dominer par la force à cause de la surveillance des gardiens, qui punissaient sévèrement les mouvements de colère. Il fallait apprendre à s’aimer ou à crever, travailler ensemble à améliorer la qualité de vie puisqu’il y avait aucun autre issu possible. Tout le monde savait que cette incarcération n’était rien d’autre leur agonie : vivre avec la mort dans la peau comme un cancer dont on connaît l’existence. Reste juste à savoir quand sera exactement la dernière minute.           

Maurice fut affecté aux services de la cuisine. Il y travaillait très tôt le matin jusqu’à huit heures, le soir. Le directeur de ce département le méprisa dès la première journée, mais il ne put mettre à exécution tous ses plans d’humiliation puisque, durant de longs moments, le commandant du camp venait regarder travailler Maurice. L’officier ne parlait jamais, souriant à quelques rares occasions.

Cela n’empêcha pas Maurice de devoir voguer aux travaux les plus vils : vider les vidanges, nettoyer poêles, tablettes, toilettes, etc.  Tout ce qui était désagréable à faire lui retombait automatiquement sur les épaules. De plus, le directeur du département trouvait toutes sortes de moyens pour l’écœurer. C’est ainsi qu’il se mit à exiger avec entêtement que chacun, même entre Québécois, se disent « sir », comme il l’avait appris dans l’armée. Ce sadique psychologue trouva moyen d’exiger que le lit de Maurice fût soigneusement fait, le matin, même s’il était le seul à devoir se plier à cette règle. Pendant les inspections sanitaires, il trouvait moyen de faire parader Maurice nu, jaune de gêne. Un jour, ayant refusé d’appeler son compagnon « sir », arguant, selon la Charte des droits de l’Homme, que cela était contraire à sa religion, Maurice fut obligé de laver le plancher durant une semaine à quatre pattes. Toutes les demi-heures, un directeur de service venait trouver une tache, l’obligeant à tout recommencer.

Heureusement, le dimanche, Maurice ne travaillait pas. C’était la vie communautaire à trois puisque Daniel ne participait que très superficiellement aux activités du groupe qui n’étaient pas tellement variées : marcher en bavardant, jouer aux cartes, faire des exercices physiques. Bientôt, les copains de chambre apprirent à créer un genre de petit carnet mondain, où les amours du camp, le passé des autres prisonniers et surtout leurs habitudes étaient largement discutés. Puis, petit à petit, chacun entrait un peu dans sa vie privée, laissant tomber un pan du mystère sur leurs pensées et leurs préoccupations. Cette nourriture à la source était si graduelle qu’elle ne semblait pas dangereuse. Parfois, quelques-uns, histoire de s’amuser, jouaient aux travestis. Mais il ne fallait pas faire de bruit, le plaisir étant aussi mal accueilli par les gardes que la violence.

Death’s City 4

décembre 29, 2020

Death’s city 4

Il était de plus paranoïaque, se sentant coincé par son ignorance. « Je ne veux rien savoir, mais pour aider à la libération,  j’ai fait du mieux que je pouvais ». Il était très fier de son engagement.   En réalité, Claude avait plus peur de la trahison par ignorance que de la mort. La vie du Québec et la sienne n’étaient qu’une seule et même vie.

Puisqu’il croyait en son peuple, il ne pouvait malgré les risques que ça comportait s’empêcher de parler en classe ou ailleurs contre le régime répressif et de la beauté de l’action des maquisards. Par contre, tenant d’une liberté anarchiste, Claude ne pouvait accepter la rigueur fanatique de certains partisans. Il s’était beaucoup plus investi à améliorer le sort du peuple qu’à la rébellion quoiqu’il n’écartait pas cette voix si absolument nécessaire. Sa crainte de voir mourir des enfants le torturait au point de douter parfois que les armes soient le seul moyen de libération.

À son avis, il devait sûrement exister un moyen démocratique capable de faire respecter les Québécois et leur culture.         

Conscient que plusieurs livraient un combat beaucoup plus par intérêt personnel que par patriotisme, il ne savait jamais par naïveté discerner l’ivraie du bon grain, Claude était souvent entraîné dans des aventures d’où il sortait toujours un peu dégoûté.

À force d’être humilié, autant d’un bord que de l’autre, il décida de se suicider intellectuellement et psychologiquement en buvant le plus possible. Cette contradiction entre le besoin de poursuivre le combat et cet appel du néant continuèrent, à le ronger jusqu’à son arrestation. Il était devenu un être sans importance, sans influence, qui ne vit que du passé comme les robineux.

D’une certaine façon, il s’en fichait, ayant toujours été écrasé, considéré comme un être de second plan, plein de promesses, mais trop faible pour monter plus haut que sa réminiscence d’une ou deux années de sa vie… avant de boire comme un trou.       

— Ils peuvent me traiter de froussard, de mésadapté, d’ex-libéral. Ils peuvent me dire que je n’ai pas de talent et d’imagination, ils peuvent me barrer partout, mais n’empêche que l’on était bien heureux de me voir agir là et comme personne l’aurait fait. J’été hypocritement méprisé. J’ai commencé pur, franc, honnête. J’en suis sorti menteur par névrose, souillé par la haine et le désir de vengeance ainsi que voleur par nécessité. 

Cette chambre à quatre sera à la fois la nouvelle demeure et la nouvelle communauté de Maurice, sauf au repas où les prisonniers allaient manger par groupe de cent en silence. Une vie de travail, des soirées à aller jouer aux cartes, à toujours reprendre les mêmes discussions, les mêmes remarques sur le camp.

Après quelques semaines, tous perdaient espoir, coupaient avec le passé et acceptaient qu’à moins de se tuer, il n’y eût qu’une chose à faire : oublier qu’il existe quelque part sur terre une autre forme de vie. Cette résignation était à la base d’une vie saine.

Dans un tel endroit, il n’y a que la folie pour s’empêcher de « péter au fret ». Il se créait des liens à travers l’entraide, qui faisaient dire à plusieurs : « Avant j’avais des chums, maintenant j’ai des amis. »  Tout le monde s’acceptait intégralement ou était complètement indifférent à l’autre. La tolérance étant strictement nécessaire pour ne pas rendre infernal ce décompte de l’agonie puisque l’on était bel et bien condamné à la mort.  

N’ayant pas de privilégiés, peu de gens acceptaient de parler d’un passé trop saignant. Il était impossible de créer des castes pouvant dominer par la force à cause de la surveillance des gardiens, qui punissaient sévèrement les mouvements de colère.

Il fallait apprendre à s’aimer ou à crever, travailler ensemble à améliorer la qualité de vie puisqu’il y avait aucun autre issu possible.

Tout le monde savait que cette incarcération n’était rien d’autre leur agonie : vivre avec la mort dans la peau comme un cancer dont on connaît l’existence. Reste juste à savoir quand sera exactement la dernière minute.     

Maurice fut affecté aux services de la cuisine. Il y travaillait très tôt le matin jusqu’à huit heures, le soir. Le directeur de ce département le méprisa dès la première journée, mais il ne put mettre à exécution tous ses plans d’humiliation puisque, durant de longs moments, le commandant du camp venait regarder travailler Maurice. L’officier ne parlait jamais, souriant à quelques rares occasions.

Cela n’empêcha pas Maurice de devoir voguer aux travaux les plus vils : vider les vidanges, nettoyer poêles, tablettes, toilettes, etc.  Tout ce qui était désagréable à faire lui retombait automatiquement sur les épaules.

De plus, le directeur du département trouvait toutes sortes de moyens pour l’écœurer. C’est ainsi qu’il se mit à exiger avec entêtement que chacun, même entre Québécois, se disent « sir », comme il l’avait appris dans l’armée. Ce sadique psychologue trouva moyen d’exiger que le lit de Maurice fût soigneusement fait, le matin, même s’il était le seul à devoir se plier à cette règle. Pendant les inspections sanitaires, il trouvait moyen de faire parader Maurice nu, jaune de gêne.

Un jour, ayant refusé d’appeler son compagnon « sir », arguant, selon la Charte des droits de l’Homme, que cela était contraire à sa religion, Maurice fut obligé de laver le plancher durant une semaine à quatre pattes. Toutes les demi-heures, un directeur de service venait trouver une tache, l’obligeant à tout recommencer.

Heureusement, le dimanche, Maurice ne travaillait pas. C’était la vie communautaire à trois puisque Daniel ne participait que très superficiellement aux activités du groupe qui n’étaient pas tellement variées : marcher en bavardant, jouer aux cartes, faire des exercices physiques.

Bientôt, les copains de chambre apprirent à créer un genre de petit carnet mondain, où les amours du camp, le passé des autres prisonniers et surtout leurs habitudes étaient largement discutés. Puis, petit à petit, chacun entrait un peu dans sa vie privée, laissant tomber un pan du mystère sur leurs pensées et leurs préoccupations. Cette nourriture à la source était si graduelle qu’elle ne semblait pas dangereuse. Parfois, quelques-uns, histoire de s’amuser, jouaient aux travestis. Mais il ne fallait pas faire de bruit, le plaisir étant aussi mal accueilli par les gardes que la violence.


Death’s City

décembre 28, 2020

Death City 3

Le silence. Puis Maurice se tournant cria :      

— Fuck you!

Aussitôt, une balle siffla près de lui. D’autres gardiens accouraient. Ils se précipitèrent dans la chambre et se saisirent du résistant. Ils s’aperçurent alors que Maurice était en sueurs. Une fois debout, il fit face à un sergent qui le regardait avec pitié pour ne pas dire sympathie. Tout se mit à tourner. Ce fut le vide, le noir total.  

Maurice s’éveilla dans une chambre. Peu de temps après, une infirmière se pressait contre lui. Il passa trois semaines en délires, fiévreux, sous les soins attentifs et tendres de cette fille qui de plus en plus illuminait ses rares moments de lucidité. Après avoir vaincu la mort, il devait vaincre ses sentiments. Comment peut-on ne pas aimer une fille qui s’occupe aussi bien de vous dans des moments aussi difficiles à passer?

Maurice en frissonnait à la pensée d’être réduit entre humains à se demander si aimer quelqu’un peut être un acte répréhensible. Après tout, la guerre, ce n’est pas elle qui la veut. La guerre est un meurtre légal en soi. En partant, elle est inhumaine. C’est une bêtise de l’homme pour justifier son orgueil et sa cupidité… Il n’eut pas à trancher le problème, ayant retrouvé la chambre de ses compagnons, après avoir circulé dans Death’s City, guidé par sa petite garde-malade.          

Death’s City était une ville en huit. Un bout réservé aux Français; l’autre bout, pour les Anglais. Le tout était séparé par d’énormes murs et des portes d’accès à chaque bout, fortement gardées. D’un bout, des baraques; de l’autre, des châteaux. Maurice pensa aussitôt à Montréal et Westmount. Il est impossible d’y échapper. Impossible de communiquer avec l’extérieur, on entrait à Death’s City pour y mourir, d’où le nom. C’est ainsi que s’était créée chez les prisonniers une nouvelle société, caricature de la première, avec ses couples homosexuels, seuls éléments de fraternité tolérés pour ne pas dire encouragés par les gardiens. Souvent une personne ne songe pas à son bien-être, mais ne peut tolérer que sa douce moitié souffre. Un pouvoir de plus des geôliers sur les prisonniers. C’est le drame. C’était d’ailleurs la seule chose qui permettait à plusieurs de continuer à vivre sans capoter. Il n’était donc pas question de déprécier qui que ce soit qui tombait en amour avec son compagnon puisque l’on savait que tout le monde finissait plus ou moins par succomber ou se suicider. Il y avait assez de problèmes sans y ajouter le scrupule. Les hommes sont généralement différents des féministes qui embrassent les religions qui les ont toujours abaissées. Parfois, être victime, c’est une façon de se croire un héros… même si toute forme de chantage et de dénonciation fait de toi automatiquement un zéro…    

C’était le dimanche. Seul jour de congé. Maurice, de retour à la chambre des prisonniers, put connaître quelques-uns de ses compagnons.

Daniel était jadis un machiniste. Il avait trois enfants. Il avait été arrêté pour activités syndicales. Il avait été dénoncé par un « chum» qui voulait sa femme et qui ne recula pas devant ce sinistre manège pour arriver à ses fins. Mais, l’épouse de Daniel le repoussa et, quelque temps plus tard, ironie du sort, il fut dénoncé à son tour. Il se serait suicidé en montant à Death’s City, disait-on, pour ne pas faire face à Daniel.

Emprisonné depuis cinq ans, Daniel n’a jamais pu oublier sa famille, espérant chaque jour que la rébellion accorde au Québec son indépendance et permette la libération des prisonniers politiques. Une fois, un prisonnier avait réussi à passer clandestinement un journal du Québec. Daniel avait éprouvé une telle joie en le lisant qu’à plusieurs reprises il avait fondu en larmes. C’est très difficile de décrire  la souffrance éprouvée quand la nostalgie du pays nous prend. Cette sensation d’impuissance! Un cri d’amour  qui semble inutile de crier parce qu’il ne sera pas entendu et partagé, mais qui monte de l’intérieur de vous jusqu’à vous arracher les tripes, vous arracher à vous-mêmes. Il faut avoir été privé de français et de culture québécoise pour apprécier combien au Québec cette vie essentielle à l’esprit est riche comparée à ce qui se passe ailleurs dans le Canada anglais à cause de la concentration culturelle anglophone à Toronto. Et déjà, les miettes de la culture canadienne sont noyées dans la grande vague américaine. Pour les prisonniers, il n’y avait que les photos de Playboy qui étaient autorisées sur le camp.     

André était un ex-homme d’affaires assez prestigieux. Il avait bien connu la richesse et ses folies. Il n’avait plus que Dieu auquel se rattacher. Cependant, il gardait assez bien le moral en devenant parfois un bon bouffon. Il avait un enfant. Sa vie reposait sur cet enfant qu’il avait laissé alors qu’il était atteint d’une maladie grave. Il ne savait pas, après sept ans, ce qu’il était advenu de sa femme et de son enfant.   Avait-il survécu à la maladie? Et sa femme? C’était certainement devenu très difficile pour elle qui n’avait jamais connu la misère. Elle n’aurait sûrement pas toutes les possibilités d’adaptation que connaissent les démunis. André devenait taciturne et solitaire quand ces pensées faisaient irruption.
— Je ne peux m’empêcher, même si je crois à la Providence, de me révolter et de demander des comptes à celui qui est censé m’aimer. Alors, je lis le Nouveau Testament et presque toujours je tombe sur un passage qui répond à mes faiblesses et je comprends qu’il nous aime comme nous sommes. C’est moi qui prêche le Seigneur, et pourtant, je doute jusqu’à me révolter contre lui.  

Quant à Claude, c’était un ex-professeur. Sans avoir été engagé dans le maquis, il ne cachait pas sa sympathie à son égard et le fait qu’il y aurait coopéré dans la mesure du possible. Ces opinions si franchement exprimées lui valurent un tas d’ennuis. D’abord, il fut appuyé par un collègue qu’il croyait maquisard, comme le voulait la rumeur, qui scrutait à fond ses peurs.     

— Tu sais avec le maquis, si tu parles trop ou si tu dénonces quelqu’un, tu te fais liquider, que ce soit accidentellement ou non.

Claude plus grand discoureur que rebelle acharné avait stupidement pris à son compte un tel avertissement. Aussi était-il toujours divisé intérieurement,  grugé par la peur de trop parler ou de faire le jeu des exploitants en se taisant. Ne faisant rien de violent, ne connaissant rien de l’organisation du maquis, il demeura quand même traumatisé par cet avertissement d’autant plus qu’il rencontra nombre de gens, ne sachant pas toujours s’il s’agissait de « stool » ou de véritables rebelles. Il devait faire confiance à son propre jugement qu’il savait faible,  de par son ignorance réelle de la situation.

À quelques reprises, il dut, du moins le croyait -il, mettre sa vie en danger pour appuyer ses amis indépendantistes.   Cette peur eut pour effet de diminuer de beaucoup la crédibilité des autres en sa sincérité, et pourtant, il était un des rares civils qui aurait risqué sa peau pour le Québec, si cela avait été nécessaire.  


D’autre part, pour plusieurs, Claude était bourré de contradictions. C’était un pacifiste jusque dans l’âme, mais  il parvenait à comprendre que les maquisards n’avaient plus que le fusil pour sauver le Québec. Tous les autres moyens avaient échoué et ça ne servait plus qu’à reculer l’échéance du grand affrontement, retard qui ne pouvait servir qu’aux Anglais.

Death City

décembre 27, 2020


Death City 2

Il franchit le Canada, entassé dans un wagonnet de fer, nourri de charognes, comme sous le régime politique libéral. Il faisait froid et l’odeur était suffocante. Les groupes des 22 arrivèrent à cinq cent vingt-deux milles au nord de Dawson Creek, un soir, noir comme chez le diable. C’était le premier janvier, à Death’s City.

Arrivé au camp, Maurice était fiévreux. Il ne pensait à rien, mais observait faits et gestes. Il entra dans le «bunk house » qui serait dorénavant sa demeure. Il suivit un long corridor où se trouvaient des chambres de chaque côté. Devant le 22, les officiers lui enlevèrent les menottes, ouvrirent la porte et le poussèrent à l’intérieur. Il faisait juste assez clair pour distinguer un lit libre. Il s’y glissa et s’endormit.           

Le matin, Maurice se réveilla alors qu’un homme d’une quarantaine d’années le secouait fébrilement en chuchotant :

— Le nouveau!   Hé, le nouveau! Arrives-tu du Québec?    

— Oui.          

— T’es parti depuis longtemps?  

— Une semaine.    

Les yeux du bonhomme s’illuminèrent et les larmes aux yeux, il s’empressa de savoir ce qui s’y déroulait. Parfois, il ravalait bruyamment et serrait davantage les poings. Il écoutait religieusement Maurice lui raconter comment les Anglophones du Québec, appuyés par l’armée canadienne, exigeaient maintenant que l’anglais soit la seule langue parlée au Québec, hors des foyers.           

Les ouvriers ont perdu tout droit de grève et plus aucun francophone n’a droit à un poste de commande. Nous sommes traités pires que les Indiens avant qu’ils ne soient exterminés. Puisqu’il y avait trop de chômage et d’assistance sociale au goût des Anglais, les gens ont été mis à la ration. Ils ne peuvent rien obtenir sans passer par un groupe de direction anglais qui prend son temps fou avant d’accorder les permis. Des enfants meurent de faim et d’autres de maladies, n’ayant que très difficilement accès aux médicaments, mais la résistance…        

Maurice s’interrompit, regarda son interlocuteur. Le silence se faisait de plus en plus lourd. Le bonhomme, devant lui, crispé, attendait qu’il continue comme un enfant à qui l’on cesse sans raison de lui raconter l’histoire commencée.         

— Ici, comment est-ce?     

Son interlocuteur comprit que Maurice ne lui faisait pas encore assez confiance pour discuter des derniers événements. C’était normal. Il ne se connaissait pas et tout le monde sait que les camps sont infestés de vendus, pour des faveurs, ou encore pour cesser d’être maltraités. 

— C’est un camp de concentration, ce n’est pas un camp de vacances. Tu travailles comme un chien. Tu te fais engueuler à cœur de journée. Tu te fais jouer dans le cul, en entrant et en sortant de la mine, comme si tu pouvais y cacher une roche pour assommer ton gardien. Tout de suite, après souper, tu es enfermé ici. Une fois par semaine, on tire un tabac comme un os à son chien. Malgré la poussière, tu n’as droit qu’à deux douches par semaine ainsi qu’à te changer de vêtements.


À date, 22 ont été fusillés parce qu’ils refusaient d’enseigner le français québécois aux Anglais. C’est le seul avantage. Ils ne nous comprennent pas notre façon de parler, parce qu’ils apprennent le français de Paris… mais nous ne pouvons parler joual que deux minutes par jour. Il est presque impossible de se transmettre des plans d’évasion collective ou autre. T’es chanceux. Tu es jeune et beau. Les dirigeants ici ne demandent pas mieux que d’avoir un beau « serin ». Ils disent que personne au monde ne mange aussi bien une petite graine qu’un petit Québécois…           

— Je les tuerai, s’ils me touchent!          

— Minute papillon! Ici, c’est le seul moyen, surtout quand le jeune comprend l’anglais, de connaître les ordres d’avance et d’essayer de parer les coups : les confidences des lits nuptiaux. On se défend comme on peut. Pour certains, le meilleur acte patriotique est de sacrifier leur virginité. C’est comme en tôle, même dans nos rangs, à force d’être privé de femmes, l’amitié, souvent même l’amour, sert de palliatif et fleurit entre hommes. Attention!   Ils viennent, les écœurants. 

Ce fut un bruit d’enfer : des portes s’ouvrant, des gardes gueulant les présences. À leur chambre, seuls les trois anciens furent appelés: 

— Daniel D. Claude B et Jean S.!          

Maurice demeura seul, derrière la porte qui s’était refermée sur lui dans un bruit d’enfer.   Il se rendormit et se réveilla quelques heures plus tard en hurlant. De nouveau le bruit. Et un garde s’adressa à lui comme si on s’adresse à un chien que l’on méprise.

— Diner time!          

Maurice ne broncha pas. Le soldat s’installa dans la porte ouverte, le fusil à la main.  

— Diner time! Hurry up!  We won’t wait for you a very long. 

Maurice le fixa des yeux. Le soldat ne devait pas avoir plus de 22 ans.   


Death’s City 1

décembre 26, 2020

Death’s city 1

Maurice faisait partie du vingt-deuxième groupe à être déporté dans un camp de travail de la Colombie-Britannique. Ils étaient 22, enchaînés les uns aux autres. Les gardiens armés ne manquaient pas une occasion de les frapper avec la crosse de leur fusil à chaque ralentissement, chaque chuchotement.           

« Walk! DEM Frog! We will teach you the language of the country. »
Si quelqu’un rouspétait ou s’interposait, il était sauvagement battu. Maurice était de ce ceux accusés d’avoir insulté la reine d’Angleterre au Québec, en refusant d’apprendre l’anglais. Il n’avait que dix-sept ans. Blond, les yeux bleus. De bonne éducation.      

Maurice était né durant la guerre qui opposa sept ans l’armée canadienne à un groupe de patriotes québécois insurgés contre le régime policier du parti libéral. Même si les pertes devaient être grandes, les Québécois en étaient venus à la rébellion à cause de nombreux assassinats pénétrés par les autorités de gens reconnus « irrécupérables » par le régime. Cette période de terreur avait fait suite à une longue opération de provocation anti syndicalisme, menée par le ministre de la Justice.

Les États-Unis furent souvent tentés d’intervenir, mais le monde entier voulait savoir si le Canada serait la Tchécoslovaquie du monde libre. Le peuple américain, difficilement remis des dernières guerres, était loin de supporter les dirigeants du pays, opinant que la guerre canadienne était interne, et par conséquent, ne les concernait pas à moins qu’elle déborde les frontières. Les multinationales avaient pressé en vain les autorités yankees d’intervenir, mais l’opinion publique les empêchait. D’autant plus que l’Amérique était fortement occupée à inventer toutes sortes de formes de répression camouflées pour remettre la jeunesse au pas. Il fallait panser les blessures et trouver des coupables plutôt que d’inventer des moyens pour parer à une situation économique dangereusement malade.     

Maurice fut arrêté le 22 décembre dans sa famille.    

Les miliciens, après avoir soigneusement encerclé la maison, avaient pris d’assaut pièce par pièce. Maurice discutait avec Serge, son frère cadet, quand entrèrent trois véritables bœufs de l’Ouest.    

— Maurice D.?        

— C’est moi.

— Come fucking bastard, we’ll teach you to obey      

Serge qui tentant d’intervenir s’écroula devant son frère, la tête littéralement arrachée des épaules. Maurice quitta la maison familiale révolté d’y voir surgir les flammes aux quatre coins. À partir de ce moment, il n’était plus un homme, mais l’immatricule 22-22.           

Sans procès, il fut condamné à travailler à perpétuité dans les mines de l’Ouest. Auparavant, il passa sept jours dans une prison commune, enfermé dans une cellule. Il crut bon de se tuer tant les journées étaient longues, la nourriture affreuse, mais aucun moyen ne s’y prêtait… Et surtout, malgré toutes les calamités, Maurice croyait toujours dans la victoire du peuple québécois.                      


Xénéphon 8

décembre 24, 2020

Xénéphon 8

Xénéphon avait longuement songé à savoir comme disparaître de la circulation.

Il ne pouvait pas se suicider pour trois raisons : 1-  il prêche la vie et par conséquent ne peut pas se tuer 2-  il aime Éros à la folie 3-  à quoi ça sert de s’éliminer quand il est possible de continuer d’être?    

Par contre, Xénéphon même s’il dérangeait bien du monde ne pouvait pas être assassiné parce qu’il serait vite devenu un martyr, donc, un danger encore pire pour ses ennemis. Luther King et Kennedy ont été tués et les É.-U. ne pourront plus jamais avoir la conscience tranquille. Ce qui sera impossible tant que ce message ne sera pas entendu et compris :        

Les prophètes sont tués et leur sang retombe sur la tête de ceux (et leur peuple) qui les ont assassinés.           

Xénéphon le savait et ses ennemis encore plus.       

Comme solution, Xénéphon décida de perdre la voix. Redevenu normal, cessant d’être un bœuf-vache sacrée, Xénéphon put vivre ses amours comme les autres avec Éros, qui possédait depuis peu une verge qui avait sûrement une couple de pouces en plus… Ce qui ravissait encore plus Xénéphon. Xénéphon oublia sa mission devenue inutile; car, la lucidité est contagieuse. À l’avenir, il sera une vache prophétesse, ce qui veut dire qu’il appartient dorénavant au passé. Xénéphon s’aperçut qu’il avait oublié de crier à la fin de ses sermons : ce qui est passé reste en arrière! Mais, se dit-il, il y aura bien un poète pour rappeler aux gens que le monde est évolution et que les religions font du sur-place… pour ne pas dire traîne la patte dans le monde de l’intelligence…     

Redevenu vache bien ordinaire, Xénéphon passa ses journées à brouter, à chiquer et à faire l’amour avec Éros. Il avait compris que l’orientation sexuelle doit être éclatée pour avoir un sens complet, y compris la procréation et le plaisir de la procréation, sans même parfois procréer. Après tout, dans tous les rapports ,le génital, comme dirait Freud, le cul comme dirait Simoneau, n’occupe qu’une infime partie de nos relations, même amoureuses. L’important, c’est le lien tracé dans la vie… la beauté du souvenir quand tout est terminé qui importe le plus…    

Inconsciente qu’un jour elle fut ce que les hommes appelèrent plus tard un dieu, Xénéphon s’en fichait.

Les hommes ne savent pas ce qu’est Dieu, mais pour paraître intelligents, ils ont créé dans les universités de grands cours de théologie, une forme de masturbation cérébrale. Ça permet aux religions de faire semblant de savoir de quoi elles parlent.      

Le tout n’étant qu’une parcelle du tout, la vie sur terre n’étant qu’une seconde d’éternité, Xénéphon comprît que le bonheur est de vivre pleinement sa réalité comme on en a conscience, sans toujours chercher à devenir un ange ou un dieu…

Ainsi,,, ce n’est pas une erreur, ce sont bien trois virgules, mais en réalité, ce sont trois points grimpés sur leurs orteils…  Le ballet cosmique.de l’éternel recommencement.

           
Sherbrooke, 1971  

Joyeux Noël !

Xénéphon 7

décembre 23, 2020

Xénéphon prêchait son expérience quand soudain elle entendit à l’intérieur d’elle-même :

« Si tu continues de parler comme ça, tu vas te faire emprisonner. La Vérité n’est jamais bien acceptée, surtout quand elle tend à libérer tout le monde. Ça dérange les gros, les moyens et ceux qui se croient moyens. Aussi, la majorité t’écrasera-t-elle. Tu devras accepter de te battre presque seul. Pour tuer la honte, il faut d’abord tuer cette espèce de serre chaude qu’on a appelé “la réputation” et qui n’est en somme qu’un moyen pour empêcher l’individu de transgresser la loi. »           

Xénéphon était en crisse.

« S’il faut maintenant que cette maudite machine que j’ai dans les tripes se mette à penser et essayer de me créer une conscience personnelle, ce ne sera pas un maudit cadeau… Quand on sait : les choses n’ont plus le même visage…»  

Xénéphon devint les yeux rouges, le corps blanc et les cuisses ainsi que la queue verte. Un Québécois qui passait par là pensa aussitôt au drapeau des patriotes. Il fut rempli d’une telle émotion qu’il se précipita pour embrasser Xénéphon; mais juste avant de l’atteindre son petit pied droit resta figé sur une roche alors que son gros orteil retenait toute l’attention par ses élancements hors du seuil de la douleur. Quel cri! Le pauvre Québécois tomba bouche première sur la corne gauche de Xénéphon  et y laissa reposer un gros morceau de dent en or. De quoi faire penser que Xénéphon était un nouvel Eldorado… mais Xénéphon ne connaissait pas les pierres précieuses. Quand il déambulait sous les rayons de la lune, il n’en croyait pas ses yeux : il avait dorénavant une étoile à sa corne. Xénéphon avait ainsi complètement l’allure du drapeau des patriotes et devant marcher la queue en l’air, elle prenait souvent l’allure d’une vache patriote comme on en retrouve souvent dans les communiqués du Front de libération des Vaches… qui ne voulaient plus être sacrées, mais libres. Xénéphon vieillissait. Il était fatigué. Il avait son voyage de la révolution, même s’il ne retirait pas son appui à la cause. Ainsi, décida-t-il d’en finir.      

Il partit pour Bombay. Rendu en ville, il se dirigea directement vers le bureau d’enregistrement radiophonique. Il y enregistra durant des jours et des jours discours par-dessus discours. Il composa ses dix commandements et décida de sacrer le camp incognito pendant quelques années. La radio commença à diffuser ses enregistrements.        

« Le beau Xénéphon  (petit rire puisque l’annonceur savait que c’était en réalité une vache sacrée) est présentement dans nos studios, enregistrant de nouveaux sermons. Écoutons ces messages de notre vache sacrée qui valent bien les messages des prophètes de l’Ancien Testament » :       

« Amis! Amies! Frères! Veaux! Vaches! Cochons! Poulets! Gens de La Fontaine! Sachez qu’il faut vivre. Vivre le karman, le brama et le Brahms. Tant pis pour Mozart, Beethoven et Liszt !

La religion vous tient, en vous défendant de vous nourrir des plaisirs de la matière. Elle vous ment. Sachez que la religion, quand cesse la révolution d’un peuple, doit devenir un outil pour appeler à la VIE ou un moyen national de psychanalyse pour aider les âmes faibles à supporter les peurs et le changement.

Oui! nous mourons, mais nous nous réincarnons, selon nos vœux, nous aspirons à naître sur la feuille de Lotus du NIRVANA, le “no where” sidéral, tant que nous n’y serons pas parvenus. En refusant la terre, vous refusez le nirvana; car, sachez-le bien, il est impossible de rejoindre Bouddha, hors de la terre, puisque Bouddha, le cachottier, reviendra éternellement par nous, vivre de nous et avec nous, des partouzes bien terrestres. Le fun est dans déjà la bécosse.     

Pour atteindre le nirvana, il faut un tel degré de perfection spirituelle, d’énergie, qu’il faut se réincarner pour réajuster la vie à ses nouvelles dimensions.       

Aussi, devons-nous pour que l’éternité vienne, pour que le nirvana se fonde en nous, améliorer le monde dans lequel nous vivons pour qu’à notre prochaine réincarnation le monde soit déjà meilleur, de plus en plus heureux. Le nirvana n’existera qu’au moment où la plus petite parcelle d’existence sera rendue au maximum de sa perfection. Nous créons ce phénomène…

Nous devons dès maintenant semer la joie pour qu’à travers la communauté humaine et animale, la communauté vivante, devrais-je dire, donc, en transformation, soit créée le plus vite possible le nirvana, la stabilité éternelle, à travers la perfection infinie. Soyons heureux. Profitons de la vie, mais ne nous attachons à rien.            

C’était un message réservé et payé par ses frères Krishna et Çiva. Allez !  Faites l’Amour. Vivez tant qu’il en est encore temps. »

Xénéphon 6

décembre 22, 2020

Xénéphon 6

La première journée, Xénéphon fuma un peu trop et se retrouva dans sa vingt et unième vie alors qu’il avait vécu la première année de la révolution au Québec.

Xénéphon était courbé de rire et criait dans une taverne :   

« Kâliss que c’était le fun l’année dernière. Tout le monde s’était donné le mot pour fucker les envahisseurs canadiens et américains. À chaque usine qui fermait les portes pour nous dompter, cinq mille chômeurs refusaient de faire leur paiement à la finance. Chacun ne donnait plus que le dixième de leur perception d’assurance-chômage. Pas d’emploi, pas d’argent, pas de moyen de payer la banque pis la finance. Ces sacrifices-là! On leur a montré comment le système en créant des rôles sociaux avait créé des classes et divisé les gens.       

L’éducation, voulant que ce soit honteux de se faire vivre au frais de l’état, avait été remplacée par le dicton : “Pour qu’un boss soit boss, il faut qu’il respecte ceux qui travaillent pour lui.” Le Québec, même encore dominé, avait mis sur pied tout un système de prêteurs indépendants qui n’avaient pas droit de prendre un intérêt de plus de trois pour cent pour venir en aide à ceux qui avaient une famille et étaient mal pris. Les riches aidaient ainsi les plus pauvres. Les maisons de finance et les banques étaient fuckées. Ainsi, les grosses compagnies qui faisaient chanter tout le monde se virent-elles à leur tour poigner dans leur propre système économique.            

Les grosses compagnies tentèrent de monter les travailleurs contre les chômeurs. Les grosses compagnies pensaient avoir le gros bout du bâton puisqu’en ayant fait pression sur les gouvernements, elles furent épargnées de payer de l’impôt sur la machinerie et tant que la campagne d’éducation ne fut pas assez solide, elles obtinrent des prêts et des octrois pour garder les portes ouvertes. Les syndicats ne dénonçaient pas tellement ce régime puisque ça mettait leur existence en jeu. Ils étaient coincés. Plus d’industries, plus de travailleurs, plus de cotisations; mais par contre, ils voyaient l’intérêt de faire durer le conflit, tout comme l’employeur. Pendant ce temps, les travailleurs moyens payaient les taxes alors que les industriels attendaient que les travailleurs et les chômeurs s’entre-tuent pour reprendre le contrôle, appuyé par les travailleurs moyens qui se rendaient compte de la manigance et constituaient la majorité silencieuse. »  

Xénéphon mit alors sur pied un journal particulier pour dénoncer à tue-tête cette situation :

« Écoutez !  dit-il aux travailleurs éberlués, c’est à qui le pays? Qui se sert de nos richesses naturelles? Qui se fait des profits? Finies les folies. Wake up, cria-t-il, comme il l’avait déjà lu dans les bulletins des Témoins de Jéhovah!       


Il leva la queue et fit jouer : All you is love, des Beatles.  Les disciples revenaient en dansant, ce qui prouve que toute révolution est d’abord culturelle et passe par la sexualité. Entre deux joints, tu pourrais faire queuque chose, criait Charlebois, pendant que Pierre Bourgault rassemblait les foules en prononçant le discours d’introduction.   Pendant ce temps, Xénéphon dansait avec Éros.


Aussitôt, une nouvelle formation politique prit en main l’avenir du pays. Cette année-là, un travail fou a été accompli pour nationaliser les mines,  les forêts ainsi que l’eau. Ça faisait sec. De grandes compagnies se mirent à fermer leurs portes. On leur enleva d’un coup leur propriété, on les reconduisit poliment à la frontière et on leur dit comment elles paieraient les dommages sociaux.   “On est chez nous, pas vous autres, vous êtes des étrangers, des exploiteurs.”   Les big boss avaient le choix entre se mettre au pas ou sacrer le camp.

Le problème prit une telle ampleur que les bleus devinrent rouges et les rouges devinrent turquoise, de sorte que tout le monde était presque aussi vert que Stéphane Dion. Pour la première fois dans l’histoire d’un peuple, tout le monde s’était mis ensemble pour se protéger. Avant d’en arriver là, il a fallu que les bourgeois soient privés comme la masse de façon à ce qu’ils soient sensibilisés à la misère de de ceux qui les entouraient et de telle façon à ce que tout le monde soit individuellement touché et embarqué dans le mouvement.          

Les vieux profiteurs de la situation antérieure essayaient de regimber, mais ça n’avait pas d’importance puisque tout le monde savait qu’il est impossible de gouverner pour tous tant qu’on est pris à défendre son tiroir-caisse. Pour gouverner pour le peuple, il faut être libre, surtout des riches, pis des profiteurs. Les gens avaient appris que le meilleur moyen de diviser une population est de faire du patronage : ça crée une classe de privilégiés à combattre et ainsi en se battant contre la corruption, on oublie de se battre contre les vrais problèmes et on y laisse parfois sa peau. Le vrai malaise, c’est toujours le même petit groupe de gros qui domine tout      .

Les syndicats du temps avaient mis sur pied un système d’information de façon à ce que tout le monde soit au courant de la situation et puisse immédiatement comprendre les tentatives d’intimidation du système : on te frappe ou on te privilégie pour que tu te prostitues. Tout le monde savait que le pouvoir de domination est à la solde du dieu dollar, la religion des riches.   Le système est organisé comme un ensemble ce qui fait que chaque pouvoir est au service et intégré à un autre à divers degrés d’oppression et de domination, de façon à ce qu’il soit impossible pour un individu de s’en sortir seul. Tout le monde est pris par les tripes, l’âme, le cerveau et les sens. Comme les cartels du pétrole et des médicaments. C’est du joli. En premier lieu, pour y résister, il faut s’assurer sa survie physique, sans que ce soit au détriment de sa vie sociale et intellectuelle. Le reste vient par surcroît.   Ainsi, est-il possible d’échapper à la principale forme d’oppression qui vise à avoir honte de revendiquer ses droits. Avec cette liberté, il faut connaître ses droits et en user sans en abuser. Il faut cesser de penser qu’on doit quelque chose à la société, sinon le devoir de se réaliser pleinement. Bien beau se demander ce que l’on doit à l’état, mais il faut aussi demander ce que l’état nous doit… itou…          


Xénéphon 6

décembre 21, 2020

Xénéphon 6

Camarades!

Le temps de l’éducation est venu. Vivez maintenant. La liberté ne prise aucune frontière, sinon le respect des Autres. Hors de la violence, toutes les idées, les versions, les interprétations sont bonnes. L’Amour est au-delà de la loi.  »   

Les disciples se dispersèrent et vécurent de leur mieux la non-violence, imitant ainsi le beau Xénéphon, bonze sacré. Ils faisaient l’amour, ils fumaient du pot, ils respectaient les autres, mais se fichaient des lois qui ne sont pas raisonnables. Ils vivaient de musique et de méditation. C’étaient de belles vaches! Les apôtres avaient appris que la seule révolution possible pour un individu est de vivre heureux et de demeurer disponible à combattre avec son cerveau et son imagination pour la justice, la paix et l’Amitié. Et ce, même dans la vie des vaches.  

Xénéphon comprenait qu’en 1972, il était impossible de faire de véritables guerres. Les Américains, grâce à la CIA, apprenaient en même temps qu’il n’est pas toujours possible de faire ce qu’ils veulent des peuples aspirant à la liberté, comme le Vietnam. Au Québec, on avait su prévoir que le monstre américain tenterait par toutes les formes de contraintes de les pousser à utiliser les armes afin d’ensuite les envahir, les écraser et les dominer. Xénéphon avait opté pour la non-violence, la résistance pacifique et entreprit la guerre verbale par la dénonciation des abus et il se servit aussi de l’occupation raffinée.        

Xénéphon s’installa sur une montagne et se mit à prêcher aux vaches et aux bœufs combien il pourrait être plus agréable de vivre dans la bonne entente plutôt qu’à s’entre-déchirer dans sa propre famille. Elle conçut donc un plan, insérant comme au Québec, la libération sexuelle dans son projet de révolution et dans lequel l’art jouait un rôle de tout premier plan. « Tu ne peux pas aimer les autres, si tu ne t’aimes pas toi-même. » Tous les moyens pour éliminer la violence furent essayés. Plutôt que l’individu porte sur lui des argents pour avoir du blé, les vaches prirent des cartes. Tout ce service était concentré dans un grand édifice régional qui établissait la possibilité d’achats pour chacun. Un autre édifice central comprenait aussi ces détails pour permettre aux gens de voyager à l’intérieur du pays. Par ailleurs, on offrait à la vache qui se rendait à l’étranger, l’argent international nécessaire. Par contre, les besoins fondamentaux étaient assumés par l’état : nourriture, logement, habillement, éducation, santé. D’autre part, une organisation indépendante surveillait de façon à ce qu’il n’y ait pas d’erreur, à ce que chaque individu ait justice, à ce que le régime ne devienne pas un moyen de favoritisme ou de répression contre ceux qui ne partageaient pas ces vues d’où la nécessité auparavant d’apprendre la  Co évaluation pour que l’individu puisse aussi porter jugement sur ce qu’il faisait. Ce régime devint même la cause de la création de nouveaux biens, de nouveaux emplois : enquêteurs, défenseurs et tout le pataclan.      

Il fit aussi réviser à cette fin le système d’éducation pour apprendre à l’enfant à devenir son propre moteur d’évolution sans toujours compter sur des motivations extérieures,  des craintes ou autres.   Ainsi, l’enfant laissé libre, à sa propre curiosité, à sa propre vitesse d’évolution devenait-il un être responsable et non un robot servile. La découverte de sa responsabilité vis-à-vis la société, par sa propre expérience sur lui-même,  permit à l’enfant de tuer la jalousie, le fol orgueil et par conséquent, le besoin de tricher et de mentir. Les autorités avaient appris que ce désir prend racine qu’au moment où un individu se sent frustré ou incapable de parvenir à retenir l’affection dont exige sa sensibilité. Un être heureux rejette la violence, ne vole pas et respecte naturellement et automatiquement la vie.          

Xénéphon prêchait nuit et jour. Pas une maudite vache ne l’écoutait, sauf ses apôtres de moins en moins nombreux. Il décida donc de s’adresser directement aux hommes. Il se mit dans la panse un tourne-disque et deux haut-parleurs, un dans la bouche, l’autre, dans le trou-du-cul, d’où Xénéphon devait toujours garder la queue raide, dans toutes ses conversations avec les hommes. Les Japonais n’avaient pas encore miniaturisé tout le matériel nécessaire à cette transplantation de la parole, mais c’était déjà un pas en avant dans la révolution technique. 

Il partit ainsi passer sa bonne nouvelle, entre deux joints et deux Blacks Label.

Xénéphon 5

décembre 20, 2020

Xénéphon 5

Au Québec, on mit fin au régime de la peur. Tout le monde chercha d’abord à être heureux et ensuite, tenter d’aider les autres à être heureux. On savait que toute forme de corruption est un manque d’amour, une tentative d’avoir plus ou de se croire mieux que les autres. Une attitude commerciale, contrairement, à la jouissance contemplative de la beauté de la vie, de la grandeur de Dieu.   

On savait que les religions sont une déformation de la parole de Dieu par les hommes pour exploiter et dominer les individus. Que l’être humain est créé pour être heureux. Toute forme de corruption naît d’un manque d’amour, de l’égoïsme ou du désir de dominer les autres, de l’orgueil. 

Les chômeurs construisirent des habitations là où il y avait des taudis. Les médecins et les professionnels, plutôt que d’abuser de leur savoir, travaillèrent au même salaire que les autres, sachant très bien que l’intelligence est un don et non un droit.         

Des hôpitaux furent construits, tout comme de nouvelles usines qui répondaient aux vrais besoins du peuple. Puisqu’elles étaient presque complètement automatisées, les profits étaient redistribués en services à la population.  

Les pauvres furent chauffés gratuitement ou presque, selon leur indigence, grâce à l’électricité de l’état. Les agriculteurs apprirent à vendre leurs produits dans des marchés régionaux à si bas prix qu’ils redécouvrirent qu’ils travaillent la terre parce qu’ils l’aiment et non pour s’enrichir. Les peintres, les poètes et les chansonniers jouaient et permettaient au peuple d’être gai. Ils étaient nourris, logés et vêtus par ceux qu’ils amusaient, souvent en échange de la tendresse et de l’amour qui les nourrit.


Les travailleurs ne bossaient plus que vingt heures par semaine, passant le reste du temps à s’amuser dans des sports, des loisirs culturels. Les plaisirs de l’esprit avaient autant d’importance que les plaisirs corporels. On apprit à jouir autant de son cerveau que de son pénis.       

Cependant, la place des martyrs avait été rétablie. Le petit Traqueux ne devenait pas martyr pour ne pas s’être laissé poigner le cul. On savait que ce n’était pas péché, mais parce qu’il refusait de travailler et coopérer à une société pour qui même l’amour était devenu un commerce. Il devenait martyr parce qu’il refusait de servir le dieu d’alors (comme l’argent américain d’aujourd’hui) c’est-à-dire César, ce César qui opprimait son peuple. Il devenait martyr parce qu’il ne pouvait pas vivre dans une société où la violence sous quelque forme que ce soit puisse exister. Il exigeait d’être respecté dans son intégrité — il était prêt à mourir pour l’être — et s’efforçait de respecter les autres dans leur être et dans leur liberté. Sa loi : vivre sa Conscience. 

Les Québécois avaient compris que la non-violence ne signifie pas soumission, mais la conquête de sa liberté par des moyens non violents. Rien ne vaut la liberté, qui n’existe pas sans responsabilité.   

Ils savaient que le péché d’impureté et autres, tout ce vocabulaire répressif était dans le vrai christianisme directement rattaché à la révolution et signifiait la coopération avec l’ennemi. Les révolutionnaires pacifiques n’utilisèrent jamais la peine de mort, pas plus que la punition ou la torture pour s’imposer.   On respectait la liberté de chaque individu qui adhérait au mouvement ou s’en isolait.

Les Québécois avaient compris que chaque individu est responsable dans chaque geste qu’il pose de son propre bonheur et de celui des autres… que dans chaque geste qu’il pose dans un système qui permet la guerre, si ce geste n’est pas pour défendre la justice, la paix et la liberté, il coopère aux meurtres faits par le système.      

Les gens qui croyaient en l’Homme sont devenus non plus un pays, mais une communauté. Chacun s’efforçait d’être non-violent, car on savait que la violence engendre la violence, comme la douleur engendre la douleur, ce qui constitue dans l’immédiat une arme pour le pouvoir et dans la construction du Québec, un danger pour obtenir un changement profond.

La force de persuasion était le bonheur de chaque membre de la communauté. Les curés ne prêchaient plus peur et péché parce que c’est plus payant, mais étaient devenus ceux qui consolaient les malheureux. C’étaient des psychanalystes.    

La souffrance d’un être devint le symptôme d’un malaise dont toute la communauté était appelée à trouver une solution équitable et cette solution devait être acceptée par la communauté et l’individu. Le bonheur de tout un chacun était la plus grande préoccupation de chacun. Plutôt que de se battre, on essayait de se comprendre. Ainsi, dès qu’un individu était persécuté par un exploiteur, tous les hommes cessaient de travailler pour lui à travers le monde. Dès que la violence était signalée des centaines tous ceux qui le voulaient, hommes, femmes, enfants s’assoyaient dans les rues, nus, pour la dénoncer.           

Dans une année, les adeptes de la liberté mirent ainsi fin aux guerres locales, car la horde des journalistes veillait sur les pacifistes pour les protéger, faisant voir à tous les hommes comment on punissait sans raison les pacifistes. Nul ne pouvait dire qu’ils étaient dangereux, ils étaient nus.    

Tout ce processus était suivi de danses, de chants, de plaisir, sans boisson, ni drogue dangereuse pour éviter les erreurs. Tout était à la fraternité. Dès que ce manifestait la violence, tout était paralysé et des centaines de milliers de gens refusaient de participer à la vie économique tant que la non-violence n’était pas rétablie.


Xénéphon se leva et proclama:  

 « Chers disciples. Il faut tuer la peur. Il faut tuer la violence. L’enfer n’existe pas. C’est une forme de répression psychologique pour maintenir l’homme dans la peur, l’asservissement et l’agressivité. Si l’homme refuse de participer à la société américaine et les sociétés qui ont pour but de maintenir l’esclavage raffiné, il est persécuté et parfois même assassiné d’où dit-on qu’il est puni pour l’éternité et même si cette forme de répression physique n’existe plus, la répression psychologique est plus forte que jamais. Soyez sans crainte, si vous vivez l’Amour et la Liberté, vous ne serez jamais tué, vous ne serez jamais violenté, sinon par le système qui s’y oppose. La vie ne souffre aucune contrainte. »

Xénéphon était bien malheureux. La guerre faisait rage dans le pays… pauvre pays. Xénéphon n’avait pas voulu provoquer de guerre en prêchant la liberté au Pakistan. La liberté est-elle donc un bien qui s’apprend nécessairement dans le sang parce que les hommes ne sont pas encore assez sages pour être libres?   

Xénéphon aurait voulu proclamer :       

« Puisque l’homme ne veut pas changer, l’extermination totale et globale de la terre demeure malheureusement la seule solution. »  

Mais Xénéphon savait fort bien qu’il faut, pour que le monde vive éternellement dans la paix que la libération s’opère comme la mutation de la pierre à l’esprit, avec le temps, par une série de défaites, de morts, de naissances et de renaissances.

Xénéphon savait que la permanence s’acquiert par la persévérance et la répétition. La masse des gens n’en était encore qu’à une phase matérialiste. Il était donc normal face à cette vérité que les plus évolués souffrent de cette situation et acceptent même la mort pour que se poursuive la longue marche vers la paix et l’amour. Xénéphon avait peine à maintenir la haine et la violence qui naissaient de son impuissance. Afin d’éliminer ce problème, Xénéphon s’attacha davantage à Éros. Il l’amena souvent au cinéma, lui fit de longues lectures et dans la musique et les caresses prodiguées, Xénéphon réapprit à maîtriser ses mots et ses gestes. Xénéphon s’appliqua à nouveau à vivre sa paix et sa liberté intérieure personnelle. À aimer même ses ennemis.       

« Finies les folies! », proclama-t-il de suite et convoqua ses disciples.     


Xénéphon 4

décembre 19, 2020

Xénéphon 4

Xénéphon comprenait le sens de sa mission : démontrer que les religions antérieures sont rattachées à l’expérience et la vie de la libération d’un peuple. Les interprétations de la présence sur terre des extra-terrestres n’ont rien d’immuable, même souvent, au contraire, elles sont transformées pour être adaptées au besoin de tel ou tel peuple. C’est ainsi que sont nés les prophètes. 

Xénéphon donna le Québec en exemple de cette grande vérité à Éros.   

« Au Québec, de dire Xénéphon, le christianisme était grugé par le puritanisme et le jansénisme. Par l’éducation donnée aux enfants, Dieu était devenu un tyran et un assassin. Il avait le visage de Sodome et de Gomorrhe, l’allure du guerrier et la voix de l’enfer. Tout le contraire de Dieu qui est Amour pur et sans limites.

La vérité, du moins une partie, triompha. En tous cas, ç’a changé. Le christianisme redevint la tolérance, la non-violence ainsi que la recherche du bonheur de chaque individu, tel qu’il est, par sa réalisation personnelle.      

Les prisons furent transformées en service d’aide. Plutôt que de punir, elles servirent à la réadaptation et à inculquer à ceux qui devaient s’y rendre d’avoir la chance de réapprendre le respect de l’autre. On savait bien que la violence naît toujours d’une carence en amour ou d’une peur.         

Pendant un temps qui parut une éternité, tout le monde conscientisé par une campagne d’éducation fit un effort de libération totale de l’homme. La chasteté, le mépris hypocrite de son corps, son rejet, furent relégués aux oubliettes. Les enfants purent explorer leur sexualité sans être pénalisés ou humiliés. La sexualité reprit ses lettres de noblesse, car on fut assez intelligent pour reconnaître que la sexualité est essentielle à la survie des espèces et non un péché… tout fut dorénavant permis pourvu que ce soit un geste d’amour, un acte responsable. On cessa de combattre la sexualité avec la peur des autres.
Les rapports sexuels n’étaient plus jugés en fonction de la morale, mais à partir du critère à savoir si la relation était positive ou négative pour les personnes engagées. Plus question d’âge, de race, de sexe. Le seul critère étant à savoir : est-ce que cette relation affective est bénéfique à ceux qui la vivent? J’aime ou je n’aime pas.

Ce fut un effort sans précédent de libération totale de l’homme. On savait que le péché, le mal n’existent pas dans les relations sexuelles, mais dans l’exploitation quelle qu’elle soit de l’Autre.         

La chasteté fut reléguée aux oubliettes, car parents et législateurs savaient que le refoulement sexuel est la principale cause des névroses, des psychoses et de la violence.  

Au lieu d’avoir honte de leur corps, les jeunes apprirent la beauté et la grandeur de ce temple de bonheur. Le nu fut revalorisé comme hymne à la grandeur et la beauté de la création divine.           

L’Amitié au-delà des sexes était valorisée. Dès leur enfance, les petits étaient éduqués dans la recherche et le respect de l’ami et la réalisation absolue passait par le service à la communauté. Tout être était responsable individuellement du bonheur de la communauté. On reconnaissait que l’Amitié peut être d’abord l’attraction d’un corps avant celui d’un esprit.

Quant à la tolérance, elle s’appliquait à tout… On savait que la répétition de l’échec est le chemin qui conduit le plus rapidement au suicide. Les religions redevenaient, grâce au message d’espoir, la médecine des âmes et l’on comprenait que l’appel à la perfection quand il devient une obligation de vie est une forme de mépris de Dieu. On comprenait dorénavant que l’Amour, l’Amitié, c’est l’acceptation inconditionnelle de l’Autre. On savait que l’Amour et l’Amitié sont des degrés de plus en plus grands de liberté. Il ne peut y avoir d’Amitié, sans liberté. Tout est en fonction de la Connaissance.           


Xénéphon 3

décembre 18, 2020

Xénéphon 3

Les Initiés ranimèrent son cadavre et dans cette pratique magique, ils lui permirent de revivre ses 107 vies précédentes et de découvrir une solution à long terme au problème qui l’affectait encore : la libération de son peuple.

Xénéphon s’est réveillé transformé. Ses poils luisaient comme la barbe de Moïse et ses grands yeux de vache s’illuminaient comme les feux rouges de la circulation.

Xénéphon fut initié à tous les problèmes de la civilisation. Il méditait suspendu dans les airs et les grands prêtres lui apprenaient à parler.

Xénéphon rendit visite à Calcutta aux dirigeants du Pakistan oriental à qui il proposa l’indépendance. Il n’en fallait pas plus pour que le gouvernement central entre ne communication avec Trudeau pour savoir comment il avait remis le Québec à sa place en octobre 1970. Les mesures de guerre furent proclamées. L’occupation débuta, mais les Pakistanais ne sont pas des Québécois, ils ne sont pas les voisins de l’Ontario, mais des Indes.

Imbue de religion, la moitié du pays partit à la découverte de Xénéphon à un tel point que l’Inde demanda à Xénéphon de s’exiler 40 jours dans le désert. « Il y a déjà assez de deux religions pour exploiter les gens sans avoir une troisième. », se disaient-ils.        

Xénéphon avait 20 ans. Sa mutation, grâce aux secrets de l’Initiation en avait fait un bœuf.  Il se mit à la recherche d’une belle vache.     

La voie des cieux est insondable, surtout depuis qu’elle est en asphalte. Xénéphon tomba amoureux d’un petit veau nommé Éros. C’était sûrement le plus veau des Indes.

 Xénéphon passa de longues heures à brouter avec Éros. De temps en temps, il lui léchait gentiment le ventre et le petit veau s’amusait à foncer contre l’immense panse de Xénéphon, en le tétant allégrement.

Même si Xénéphon était transgenre, qu’elle était un bœuf, elle avait conservé sa laiterie à cause de son utilité pendant les quarante jours passés dans le désert… Faute d’eau, il faut au moins du lait en poudre. Ce fut une année consacrée entièrement à l’amour, car avant de prêcher, il est toujours préférable de vivre ce que l’on enseigne. Le temps de sa vie publique était arrivé. Xénéphon appela Éros et lui tint ce langage :

                 J’ai dansé tout l’été       
                 mon corps s’est imprégné de ton corps       
                 viens nous irons à la montagne jeûner       
                 Viennent les temps de la fin  
                 je sais maintenant        
                 le Bangladesh sera indépendant.    

Xénéphon pleura sur Calcutta et sur les patriotes qui alimentaient la garnison de leurs espoirs à venir et de leur rêve de liberté.

Ces larmes furent mises en bouteille et expédiées au Moyen-Orient pour les ablutions du midi. Par bonheur, une bouteille s’égara et fut saisie par les blancs d’Afrique du Sud qui en pensant qu’il s’agissait de whisky en prirent une grande « shot ».

C’étaient les larmes de la transformation qui donnaient à ceux qui les buvaient la joie de prendre à jamais la couleur des yeux de Xénéphon.       

Depuis, la Rhodésie a un gouvernement noir, le jour, pour la galerie, et bleu, la nuit, pour ressembler à Xénéphon.   .

Inutile de dire que l’Angleterre aurait été heureuse de dire : « Le commun wealth (blé commun) est heureux de vous recevoir »; mais le « blé commun dit argent » s’était effrité avec l’indépendance du Québec.

Cette chute fut entraînée, du fait que le Canada a mis autant d’agressivité à blâmer la mère patrie de l’avoir laissé tomber que les Québécois avaient été vexés auparavant d’avoir été abandonnés par la France.  

Les pauvres Canadiens ne pouvaient même plus aller chier sans avoir devant eux sur le papier de toilette avec la face de la reine d’Angleterre… Nostalgie!      

Pauvre Angleterre! Tout lui était arrivé cette année-là. Elle avait dû reconnaître l’indépendance de l’Irlande et abandonner les belles jupes des Écossais d’où leurs petits moineaux libres se mirent à sautiller, n’ayant pas de caleçon pour les retenir. Tout un coup d’œil pour un certain petit Jean Simoneau, assoiffé de visions de pénis en liberté.

Maintenant, n’ayant plus à remplir les caisses de l’Église anglicane, l’Irlande prospère en sagesse et en grâces…        

Tous les Fils de l’indépendance créèrent un grand marché d’idées nouvelles qui enraya la misère et, par conséquent, mit fin au règne américain. Tout le monde en parlait, même que Radio-Canada en fit une émission spéciale.

Les Américains étaient tellement menacés de l’intérieur qu’ils ne pouvaient plus supporter l’extérieur. Les USA étaient malades,  les USA  avaient la leucémie.    
Puisqu’il était convenu qu’au cours de ces trois années de sa vie publique de bœuf-sauveur, Xénéphon et Éros ne pourraient se voir autant que désiré, Xénéphon se prit onze autres amants pour s’assurer qu’Éros ait la liberté d’esprit nécessaire pour accepter ce sacrifice. Et, avoir du fun, en rodant dans son “pacage”.        

Éros se retira trois jours et trois nuits. Il revint par la suite, un billet à la lèvre qu’il passa à Xénéphon (après s’être lavé les dents avec pepsodent parce qu’il broutait de l’herbe dans les champs de tabac).   Éros pressa ses dents contre la mâchoire divine qui assurerait la libération du peuple.       

Xénéphon écouta le poème de son amant et s’exclama :    

— Chéri, chéri, vous m’avez compris.   

Xénéphon avait pris cette habitude à la télévision, imitant ainsi la vedette « générale » de la RTF et de toute la Gaule.        

Le poème d’Éros, intitulé : La légende de Xénéphon, se lisait :      

        « Qu’hommages te soient rendus au grand Xénéphon, vache-bœuf sacré,  qui des yeux et de la mâchoire délivra nos âmes de l’esclavage de l’antre-nirvana. Hommage à toi, saint bœuf, qui tua le mensonge. Tu t’es manifesté à nous. Les vaches brouteront éternellement. L’éternité de l’anti monde les bercera. Nous t’avons vu t’illuminer, parlant nos langues. Nous t’avons entendu parler aux hommes. Nous avons vu nos chairs en leur bouche piloter leurs cerveaux au pays de la Vérité. Nous te sommes reconnaissants Xénéphon de t’offrir, toi, en communion pour les autres. Votre avènement sauvera notre race. Ô beau Xénéphon, symbole de l’amour, je t’aime.»     
 
Xénéphon pleura de joie et interdit immédiatement la consommation de porc avant de proclamer :  

“En vérité, en vérité, je te le dis. Éros, tu seras la pierre angulaire de la révolution, grâce à toi, cesseront les guerres, la famine et le froid. »         

(Xénéphon avait un ixième sens lui permettant d’anticiper le réchauffement de la planète.)


Xénéphon 2

décembre 17, 2020

Xénéphon 2

Il retourna rue Principale, où il apprit que son travail avait échoué à cause des normes : 22-63, article 4. Il s’est présenté deux jours plus tard devant le comité politique et religieux des Vaches unies… du VU comme on dit.         

— Mesdames!         

Les Indes dansent dans l’espace sur le fil tendu de vos nerfs étirés. De cette tire Ste-Catherine, occupons le plancher (d’où naquit l’expression le plancher des vaches)… blablabla!…                       

Xénéphon parlait. Les vaches dormaient.        

Vexé, Xénéphon décida de créer des ligues de citoyens pour contester le gouvernement et les prêtres. Il procéda par animation. Quelques semaines plus tard, un comité était en place et l’idée faisait son chemin. Xénéphon était fier. Il avait maintenant un but dans la vie. Il se voyait déjà dans tous les livres d’histoire.

— La brave vache Xénéphon, grâce à son esprit d’avant-garde, a réussi à recycler la profession religio vachiste dans le monde industriel, peut-on lire sur l’encyclopédie Wikipédia, section histoire.          

Mais chaque jour, Xénéphon s’enfonçait dans d’autres prisons plus vastes. Avant de poser un geste, il devait chaque fois s’informer auprès de ses comparses afin d’obtenir leur permission. La démocratie est une démarche très lente, car trop pesante…    

Les chaînes étaient plus solides dans cet organisme que dans les rues de Bombay. Les esprits y étaient plus étroits, certains auteurs de l’AAACE probablement… ils avaient, semble-t-il, emprunté l’épaisseur des corps indiens qu’on doit incinérer pour ne pas précipiter la décomposition des autres.    

Xénéphon était malheureux dans ce monde d’esprits trop sains. Il était prisonnier, mais il devait poursuivre son travail à cause d’un sentiment inconnu des autres vaches : le goût et le plaisir de jouir.           

Xénéphon écrivit toute une bibliothèque. Ce fut la première bibliothèque nationale des Indes. Il démissionna ensuite et il s’enfuit à Singapour vivre quelques heures mémorables.    

Évidemment, pour une vache, Singapour n’a pas le même cachet que pour un américain. L’américain s’est installé partout des comptoirs où l’on vend des hot dog et de la gomme.  Malheureusement, le commerce n’est pas trop bon puisque les jeunes touristes, de plus en plus ingénieux, achètent des gommes et ils s’en servent ensuite pour voler les hot dog, en les collant sous leur manteau.

Un touriste se contente facilement de ces hot dog, mais Xénéphon était plus capricieuse. Il rêvait de la découverte d’un beau petit bœuf à la peau blanche,  tirant sur le brun, avec des yeux bleus. Des yeux romantiques qui semblent regarder partout et nulle part en même temps.           

Xénéphon se répétait d’ailleurs un poème qu’il s’était composé :  

                   Tes yeux s’enfoncent dans ton ventre       
                    ils scrutent ton ventre comme un lac        
                    et refusent la porte du soleil.           

                     Ils ignorent ma présence à leur porche   
                     puisqu’ils me regardent sans me voir      
                     aussi, vais-je m’enfoncer en eux…           

À Singapour, tout était mauve ou Xénéphon commençait de souffrir de daltonisme. Les chiens n’aboyaient pas à la lune, mais aux passants. Ils n’aboyaient pas pour faire peur aux enfants ou se défendre des adultes, ils jappaient en sifflant pour avoir un bout de viande à sucer.   

Ces chiens rêvaient au Vietnam où chaque jour se perdent dans la décomposition les corps de milliers de soldats tués et abandonnés sur les champs de bataille. Ils avaient si faim qu’ils se seraient même contentés d’un Biafrais.

C’étaient des chiens contre nature, maîtrisant très mal leurs instincts de travestis. C’étaient des chiens hyènes. Un de ceux-ci passa d’ailleurs deux jours pendu à la queue de Xénéphon se nourrissant davantage de la phrase qu’il avait dans la tête que de sa queue:  

— Enfin! J’en ai plein la gueule!

Xénéphon s’était promené la queue raide durant deux jours, le chien pendu à cette noble partie comme un pantalon givré sur une corde à linge québécoise. Personne ne l’avait remarqué.   

Xénéphon se foutait aussi des chiens. Dans la maison, les enfants offraient aux rats leurs os rachitiques. Ce n’était pas le rite d’un culte, mais le prix de la civilisation.

La belle Xénéphon aurait voulu un cœur en auberge de jeunesse à la dimension de l’humanité. Chaque ventricule métamorphosé en fournaise au-dessous des continents réchaufferait ceux qui ont froid en Amérique ou ailleurs. Sa douce chaleur fondrait les gants de givre collés aux os des enfants grelottants, remplaçant sur eux la peau et la chair. Ainsi, de son désir, des enfants se trouveraient baignés dans un immense océan d’eau tiède… et dans l’autre ventricule s’agiterait pour eux une forêt où les bouleaux, les érables, les sapins se mêleraient aux forêts brésiliennes. Les animaux cesseraient leur guerre pour la survie et avec ruse pour se faire flatter ramperaient lécher les pieds des gamins. Forêt musicale !  Ces rires seraient si doux que les tempêtes n’oseraient plus franchir ce lieu sacré.            

Malheureusement, Singapour n’était pas son cœur. Comme au pied de toutes grandes villes, la mer s’était formée de pleurs des hommes qui, comme les serpents, muent l’écorce de leur enfance. Les habitants avaient emprunté le langage de la civilisation occidentale, même si des îlots orientaux flottaient ci et là dans ces masses élancées de pierres. À Singapour, comme ailleurs, déjà, les enfants devaient sur le bord des trottoirs s’user les mains à des outils, symbole de l’esclavage. Et sous des cheveux noirs s’évaporait le pays des merveilles. La faim dévorait la fondation des châteaux chimériques et le rêve se mutait en réalité rachitique.          

Le pauvre Xénéphon (à remarquer son androgenèse)  avait pourtant fui Bombay pour découvrir ailleurs un pays où les adultes auraient des âmes d’enfant, où les hommes fraterniseraient au-delà des tabous et des préjugés, où l’essentiel serait d’être artisan de poésie, de musique et de peinture… un pays où la connaissance de l’homme permettrait de communiquer par les sourires et les couleurs. Mais ce monde parfait n’était que dans son cœur.         

À la recherche de ce paradis, Xénéphon s’engagea sur le chemin de l’Himalaya. Elle se reposa sur une moraine aux flancs du Pinacle. Et quelques jours plus tard, la pauvre Xénéphon était emportée par la mort dans la déception la plus absolue. Son sang dans une alchimie vertigineuse devenait une immense terra où s’installait comme des gitans un groupe d’Initiés.         

Xénéphon n’était pas perdu. Devant la mort, il est possible de découvrir bien des choses, même la vérité.           


Xénéphon 1

décembre 16, 2020

Xénéphon 1

Xénéphon: la vache révolutionnaire

Il y a des guerres pour créer des frontières. Des frontières, des divisions, des catégorisations, pour empêcher les hommes de s’aimer; car si tout me monde s’aimait et s’entraidait, ce serait la catastrophe pour les capitalistes, communistes, exploiteurs de tout acabit : il n’y aurait plus de guerre.     

La vie aurait fait peau neuve. Il n’y aurait plus de misère.    

Aujourd’hui, la vie est comme un bol de navets. Rouge. Elle ne coupe jamais la faim. Tu dois en manger, car si tu t’obstines à la refuser, nous pourrions te soupçonner de ne pas aimer les marinades.           

Que veux-tu? Nous n’avons qu’une vie à vivre. Il faut la vivre jusqu’au bout…    Aime ça ou pas!                  

Tu te réveilles un bon matin… avec le soleil… autour de toi… dix affamés de soleil… et pourtant il n’y en a qu’un.           

Tu regardes en haut : deux bidons de lait. Formidable! Mais tu ne les a pas encore touchés qu’un grand maudit vienne te crier:      

— Tu ne laisseras pas ce petit monstre te tâtonner! C’est fini. Tu bois du lait en conserve.

 Ce n’est pas grave. Monter, descendre, avancer, reculer, c’est ridicule. La vie est une spirale.         

Tu grandis. Tu ne peux pas t’en empêcher. Tu désires faire des enfants. Tu as mûri, tu as durci. Tu te trouves très important : tu fais des choses que tu ne pouvais pas faire avant.    

Par exemple, tu te lèves à huit heures le matin. Pas une minute de plus. Tu serais en retard à l’usine. Jusqu’au jour où les patrons se rendent compte que tu es en retard sur les machines. Ils te congédient. Ils te remplacent par une machine. Tu ne dis pas un mot. Tu seras plus important. Tu seras un assisté social. C’est la seule profession où l’homme à sa place et ne peut être remplacé. L’homme est un embarras pour ceux qui veulent faire plus de profits. Il veut toujours être payé davantage comme s’il participait à une couse avec le coût de la vie.       

L’homme congestionne l’économie avec son idée de partage!       

Les journaux le crient tous les jours. Les autorités perdent la tête et te vendent leurs usines à l’enchère. Tu es devenu un oiseau migrateur. Tu recommences jusqu’à ce que tu aies ton voyage. Tu t’inquiètes. Tu te demandes pourquoi on n’a pas encore songé avant : de ne créer que des machines… Tu pourrais te mettre le derrière à l’eau et te la couler douche durant que les industriels paieraient les impôts.

Mais non, il faut encore travailler. Ce doit être la faute de dieu. Il ne peut pas se passer de sacrifice.           

Tu prends une bonne dose de drogue et tu te promènes. Tu rencontres toutes sortes de gens. Xénéphon, le premier, le brave d’entre les braves.    

La semaine passée, il s’est levé dans une assemblée. Il a dit à tous les assistants :

— Je suis écœuré…          

C’est un avant-gardiste. Il s’est rassis et il n’a pas dit un mot depuis. Il ne sait pas pourquoi il est écœuré. Il n’a plus rien à dire. Il est dépassé.      

Xénéphon a bien voyagé… dans le temps… c’est un bouddhiste. Il a vécu plusieurs vies. L’autre jour, il racontait sa plus belle expérience : celle de vache sacrée.

Il demeurait alors à Bombay. Xénéphon se promenait dans les rues comme un roi. Vache orgueilleuse et un peu malicieuse, il s’emmerdait de ne jamais avoir de problème ou de ne jamais jouer de tour aux autres.
Il entra dans un grand magasin et s’amusa de jeter par terre toutes les étagères. C’était un magasin de fusils. Le propriétaire était à genoux devant lui :                    

— Beau Xénéphon, je t’en prie par tous les dieux, va faire ton carnage ailleurs.           

Xénéphon rigolait. Il avait antérieurement vécu en Amérique. Dans le temps, il était chrétien et croyait dans la puissance humaine.       

L’homme était à genoux devant lui/elle, un homme réincarné en vache, qui posait comme une belle vache.   

Xénéphon était un dieu éveillé, c’était toute la différence. Xénéphon savait très bien que le pauvre marchand serait trop bête pour lui tirer dessus. Il s’est retourné, il a levé la queue et il est reparti en lui disant :

— Toi, mon vieux, tu ne peux pas en faire autant.     

Xénéphon avait la tête dure. Il voulait absolument libérer son peuple de la religion. 

Il s’est rendu rue Principale, rencontrer ses compagnes.     

— Mes amies! Vive la révolution! Vive les Indes libres! L’humanisme vaincra. Et cessera mon pi d’être délaissé. Et, de la chaleur manuelle s’envolera ma vessie-blocus-manus comme le froid sibérien, sous le contrôle automatique des fournaises de l’enfer.    

Toutes les vaches se sont agitées. Plusieurs ont promis de le suivre dans sa révolution. Xénéphon avait parfois des allures de bœuf.        

Xénéphon s’engagea dans la rue. Il était fier. Soudain, par intuition, il s’est retourné… il était seul. Pas une maudite vache n’avait grouillé.

Xénéphon était en maudit.          

Le temps de rêver.

décembre 15, 2020

Moïse laissa la maison paternelle. Dix piastres en poches. La grande ville l’attendait. La carrière politique et tout le pataclan. À son avis, il lui était impossible d’échouer, voulant le bien de son peuple, qu’il chérissait plus que la plus belle femme de son village. À vrai dire, il préférait Antoine, mais c’était son secret.

Restaurer l’honnêteté en politique, rétablir le droit à chacun de participer à la création d’une société où les outils d’émancipation du peuple ne serviraient pas qu’une bourgeoisie avide de pouvoir et d’argent, où la loi du plus fort ne serait pas la meilleure, voilà ce qui l’obsédait.     

Arrivé à Québec, il décida de parfaire ses études avant de se lancer dans la grande aventure. Comme il est presque aussi difficile de se trouver un emploi que de ramasser un premier million, Moïse dut se contenter d’un travail dans un club de danse de réputation plutôt sombre.  » Aux grands idéaux, les grands moyens, il n’y a pas d’assez grands sacrifices.  »       

Après une semaine ardue de labeurs, Moïse dut abandonner son emploi, étant suivi de trop près par un groupe de mâles joliment intéressés aux formes arrières de ses seize ans… surtout qu’il était loin d’être laid… les bonhommes salivaient juste à rêver de le déculotter.       

Après quelques jours, Moïse se retrouvait sans le sou. Le taquet à terre. Couchant dans les hospices pour robineux et mangeant grâce aux quelques sous qu’il réussissait à soutirer de ses quêtes. Il maigrissait à vue d’oeil.   Le bien-être social, Moïse ne connaissait pas ça, ses parents ayant toujours insisté sur la noblesse du travail. Grugé par la faim, il se laissa persuader d’aller vivre chez un bonhomme qui avait su attirer sa sympathie. Il l’avait écouté une soirée durant se plaindre des malheurs de ce bas monde où la morale s’effondre dans un coin, fatiguée d’être pointée du doigt, chaque fois qu’elle montre le bout du nez.     

Moïse couchera sur le sofa : ainsi la vertu sera assurée… Moïse avait été élevé religieusement et tout le monde sait que les religions lavent le cerveau dès la petite enfance, en inventant le péché de la chair pour dissimuler son pouvoir de violence personnelle… Quand pour faire croire à tes sornettes tu dois avoir recours à la violence et aux mensonges, c’est que tes sornettes ne valent pas grand-chose et servent à exploiter les hommes plutôt que les servir.   Il faut bien, pour qu’on y croie, inventer ce qu’on appelle des religions révélées : si Dieu l’a dit, qui peut dire autre chose?

Son protecteur, un homme vertueux, travaillait au bureau d’un ministre. Quelle occasion! Ce « mécène » lui enseignerait probablement aussi les dessous de la vie politique.           

Moïse « courut dans les pages jaunes » jusqu’à ce qu’il ait déniché un travail dans un restaurant. À cet endroit, tout le monde était patron… le cuisinier, la serveuse, le placier, enfin tous, n’arrêtaient de se relancer : « lave ceci, épluche-moi ça » à un point tel qu’un soir, on le ramassa dans un coin, grelottant de colère. Moïse surpris, dans ses manifestations d’hystérie, ne put retenir le couteau qui siffla au-dessus de la tête du patron, allant s’arrêter dans le ventre d’une dinde pendue au mur, à l’autre extrémité de la salle. Un employé recueillit le sang dans une bouteille de vin.   « Dans quelques heures, dit-il, ça fera un bon apéro. »  

Ecœuré, Moïse saisit une pile d’assiettes, grimpa à la salle à manger et se mit à la distribuer aux chics clients, en leur criant dans un geste solennel :          

« Vous pourriez au moins nous garder les restes!  »   

Les Américains éblouis, croyant qu’il s’agissait d’un numéro pour leur apprendre le français, se mirent à applaudir, en clamant :     

            A song, please, a song !   

Moïse entra dans une colère plus bleue que la barbe du premier jupitérien avec qui il jasait depuis quelque temps sur les Plaines d’Abraham. Il saisit sa chemise l’enleva d’un coup et la lança à la femme du président Bush qui buvait un verre d’essence. Celle-ci jacassant comme une poule qui vient de découvrir son coq s’élança dans la place, le président à ses trousses. D’un bond, elle fit face à Bush qui, musclé d’un jaune de honte, grelottant de colère, se mit à pleurer.

« Darling, j’ai besoin d’autre chose qu’un palais réservé à la bureaucratie », s’écria la femme du président.     

Sa libido devint tellement forte qu’elle se souleva et se muta petit à petit en chauve-souris. Elle tira l’aile droite, vola quelques secondes de côté et alla se pendre dans la chevelure d’un jeune puceau qui la fit prisonnière en lui ouvrant son pantalon… décidément, la présidence américaine aime bien les pipes… Moïse, toujours présent d’esprit, se précipita au lavabo et ayant rempli l’évier alla chercher la chauve-souris dans le pantalon du jeune puceau qui n’arrêtait pas de crier de joie quand Moïse par exprès se trompa quelques fois de chauve-souris. Il la noya dans ce nouvel instrument aquatique, servant de passage à l’éternité… une nouvelle formule de torture américaine…         

Bush, qui pleurait sur l’épaule de Dick, s’approcha du jeune homme et le félicita de l’avoir débarrassé de son pire ennemi… après Ben Laden.    

                                         Bush       

« Voilà six mois que cette vipère a joint les mouvements de libération de la femme.

Dès que j’entre dans la Maison-Blanche, je dois laver la vaisselle, nettoyer les planchers, jouer avec les enfants et j’en passe. D’autant plus que la Maison Blanche, c’est grand en crisse!      

Est-ce là la vie pour un président d’Amérique?   Vous croyez difficile de bavarder politique tout un après-midi en sirotant une vodka? Attendez d’être proclamé maîtresse de maison. Vous verrez dans quel marasme se trouverait l’Amérique s’il fallait que les femmes abandonnent leur vocation de connes, de bonnes et de mères. Si elles laissaient la cuisine, ce serait une catastrophe.      

Le vrai pouvoir en Amérique, ce sont les femmes. Elles sont numériquement plus nombreuses que les hommes, plus intéressées au pouvoir que les hommes qui ne rêvent plus que d’un bon joint. Elles mènent toutes leurs époux par le bout du nez, sinon elles se refusent au lit. Quel malheur!  

Aussi, que ferions-nous pour entamer des guerres et augmenter sinon du moins assurer les profits des quelques “pauvres” multinationales qui se nourrissent sous notre protection? Si les femmes atteignaient les hauts échelons, nous risquerions d’avoir un monde humain… Il y aurait une place aux sentiments plutôt qu’à la froideur circoncise des chiffres et des piastres. Elles ne cesseraient de gémir sur le sort des enfants malheureux. Il faut à tout prix éviter que l’humanité s’effondre dans ce mièvre romantisme : il faut des guerres pour que ça rapporte… On n’a pas inventé Israël pour rien… »

Moïse était aux anges, le président d’Amérique lui ayant dit juste avant de partir : « Petit !  N’importe quand, ma porte t’est ouverte. » Moïse n’avait pas remarqué que le président avait un faible pour son arrière-train. Chainy en profita pour tirer une aile de la première dame et lire les lignes des ailes qui ressemblent à des pistes d’atterrissage chauffées à blanc… il devait voyager pour protéger ses intérêts qu’il confondait comme tous nos dirigeants avec ceux de la nation d’où le credo politique     

 » I beleive in thé nation bécause IBM is thé nation. »  

Moïse rentra à la maison et ne dit rien de ses aventures à son nouveau papa qui arriva fort tard, ayant eu à épousseter tous les anciens amis des grands de la politique, laissés sur les tablettes.   

Le lendemain, les deux solitaires, après une longue marche sur le fleuve, pour faire changement, décidèrent d’aller se coucher. À ce moment précis, le jupitérien le siffla d’un buisson où il était affairé à faire l’amour à un escargot (c’est plus long)… Moïse était bien incommodé. Que dirait Narcisse, son protecteur, d’une telle apparition? Un petit gars de cinq pouces, la barbe bleue, les joues roses avec des pattes de lièvre et une queue d’écureuil… le jupitérien s’était légèrement trompé dans ses processus de réintégration, occupé à reluquer une Vénusienne… 

Le pire, cet être né dans une ampoule électrique – on ne choisit pas ses cocons – parlait anglais… une abomination pour l’humanité.     

« What Jupiter wants ? », demanda Moïse, en faisant semblant de pisser dans le buisson, au grand plaisir de l’escargot qui en profitait pour prendre une douche.       

                                      Jupitérien                      

De la tarte au sucre, une douzaine de homards, une centaine de salades du chef, trois tonnes de pommes de terre et une quinzaine de cafés, voilà qui ferait bien mon affaire. C’est une tradition chez vous, ici, sur votre maudite planète, de crever de faim?        

                                    Moïse           

Maudite marde! Tu es gros comme une puce et tu voudrais…         

                                          Jupitérien           

Je ne suis pas pire que chez vous où un pour cent du monde possède quatre-vingt-dix-neuf pour cent des richesses de la terre. On pourrait partager, non?

Moïse blêmit. Son protecteur jaunit. Que faire pour trouver autant de nourriture?         

Moïse réfléchit. « Cours chercher l’adresse de la United Fruit. Nous ferons croire aux gardes qu’il s’agit d’un nouveau chat. Ils le garderont pour se protéger des rats. Ils s’apercevront plus tard avec quelle sorte de termite ils sont aux prises : un jupitérien bien capable de bouffer des diamants.      

                          Narcisse (qui venait de faire connaissance avec le jupitérien)     

   Mais s’il décidait d’inviter les siens à le rejoindre sur notre terre?

                            Moïse       

Ce n’est pas notre problème, les lois de l’immigration, ça relève du fédéral. Il ne prévoit rien dans le cas des extra-terrestres. On pourrait le donner en cadeau à Harper qui rêve d’anéantir la culture québécoise au nom de l’unité canadienne.   

La solution fut admise. Trois mois plus tard, c’était la grande pagaille à Washington et à Moscou. Les termites avaient dévoré toutes les richesses. Les politiciens, devant répondre aux besoins de la population, durent restreindre les crédits militaires. En désespoir de cause, vingt généraux se brûlèrent sur la place publique à San Diego, effrayés, honteux qu’un jour les armes nucléaires russes soient plus astiquées que les ogives nucléaires américaines. Ils payaient de leur vie la chute de l’honneur qui suivait de quelques jours celle des dollars.     

L’ONU était en état d’alerte : non seulement un termite à richesses dévorait tout, mais l’autorité, fatiguée des abstractions, s’était « enchaînée ». Elle devint une grande dame des quartiers homophiles de Las Vegas. Que deviendrait le monde sans loi? Sans personne pour écraser la liberté?

Le système entier était en danger… plus un gouvernement était sûr de son avenir. L’autorité rencontra un hippie surnommé Nécessité, car il devait mendier les baisers et les caresses, d’où son nom portait sur sa carence affective. Afin de vivre le grand Amour avec cet hurluberlu qui devait se planter le bout d’un parapluie dans le derrière pour pouvoir éjaculer, l’Autorité se fit appeler La Tronche. Elle ne voulait pas être reconnue pour ne pas scandaliser les enfants qui déjà ne voulaient pas être une tronche. Ils laissèrent donc les cowboys pour la grande ville. La pauvre Tronche fut abandonnée à New York. Suffoquant dans son mouchoir, elle avait attrapé la rage, maladie vénérienne de la police et de ceux qui couchent avec elle. Les habitants fatigués de se faire sauter au cul décidèrent de s’en débarrasser. Connaissant sa vanité et avec quelle jalousie de coq elle défendait  » son exclusivité d’être « , ils placèrent des miroirs sur tous les murs du quartier. Tronche ou pas Tronche, l’autorité combattit son image sans broncher et jusqu’à la mort.           

Tout allait mal. Le termite nucléaire mangeait tout. L’autorité n’existait plus. Les grandes puissances voyaient les colonisés leur rire au nez. Le FBI tirait sur a CIA. La CIA se vengeait sur l’armée, laquelle entra en grève. Que peut-on faire quand il devient impossible d’organiser ses petites guerres locales? Que la faim n’a plus, comme avant, la puissance d’écraser les faibles? Que même la population se met à réfléchir? Rien, sinon se suicider. On prépara la bombe la plus forte… mais la population en fut avertie à temps et fit sauter le gouvernement;  ce n’est pas encore pour demain qu’on mangera des champignons! Pas de Kouhoutek, cette année-là…                 

Plus personne ne voulait travailler. On n’a qu’une vie à vivre! On est aussi bien de prendre le temps qu’il faut pour s’aider à se la couler douce plutôt que de travailler comme des imbéciles pour créer des armées qui ne servent qu’à assurer l’exploitation du peuple. Qui paye pour les armes?          

De grands pique-niques furent organisés dans les rues et la population docile comme toujours ne voyageait plus sans roulotte puisque, par exemple, il fallait trois semaines juste pour traverser Boston. Les politiciens avaient beau multiplier les Jesus Freak, les Jesus Association, crier au grand jugement, faire croire aux extra-terrestres maléfiques et dangereux : ninine (ce n’est pas un mot sorti de la même famille que Staline) personne ne croyait plus autre chose qu’en son devoir d’assumer son bonheur, sa conscience personnelle.                 

Cette époque fut appelée la décennie de la Tortue et dura cent ans.       

La situation internationale mobilisa tant d’énergies qu’elle permit à Moïse, perdu dans son idéal, de poursuivre son œuvre littéraire sans être interrompu.           

Il rédigea d’abord sept cents livres sur l’art de purifier les mœurs politiques ( ça n’a pas suffi et eût à peine le temps de s’attaque à la corruption de la justice… Dans ce cas,  il faudrait une éternité et tout recommencer parce que le système judiciaire n’est rien d’autre qu’une forme de corruption organisée… Toute son attention portait sur cette recherche qui fatiguait de plus en plus Narcisse , obligé le jour de prêcher les bonnes mœurs, et, le soir, sans grand succès à ce jour, de ramper jusqu’au sofa tenter quelques caresses à son chérubin qui, tout en faisant semblant de dormir, se tournait sur le dos, en l’entendant venir afin de lui faciliter la tâche. Narcisse attendait avec impatience que Moïse découvre que la vraie vertu croit avec les caresses données avec amour.    

Narcisse, privé de la manne céleste (son autre chérubin avait onze ans et n’éjaculait pas encore) devint irritable. Un après-midi, il fit le premier cauchemar de sa carrière : alors qu’il discutait du bien-être social qui se multipliait comme un essaim d’abeilles, une femme, sous la table, lui faisait du genou. Narcisse se leva d’un bond, fonça sur la femme, blanche de peur, et lui appliqua la respiration artificielle française… Il s’en excusa ensuite en disant : « Je pensais qu’elle allait crever de cafard. », taisant bien qu’il avait plutôt vu Moïse dans cette femme au genou léger… une vraie prémonition du changement global des commandements de dieu quand l’homme aura découvert que l’impureté n’a rien à voir avec le sexe, mais avec les intentions et la responsabilité…         

Les menus étaient exclusivement en anglais, Moïse, pour cela, quitta son emploi. N’avait-il pas franchi le porche qu’une escouade de policiers lui tomba dessus.    

Une fois, au bureau, les policiers prirent soin d’écarter les témoins avant de lui écarter une couple de côtes. Toute la leçon tenait à exprimer la haine envers ceux qui se paient encore le loisir de réfléchir et de rêver à la liberté.           

— « Ici, mon gars, criaient les policiers, on parle la langue du boss. On travaille à ce que les boss veulent bien,  pour leurs profits. Personne ne peut critiquer, il faut obéir : un point, c’est tout. »        

Jugé dangereux, Moïse fut fiché au cas où il surviendrait quelque chose et tout était prêt pour qu’il en survienne. La police, l’armée, les provocateurs, les boss, les poseurs de bombe à la Samson, même la reine. La mafia ou la police posaient les bombes pour le même boss. La police officielle criait à la révolte. Le gouvernement informait la population d’un soulèvement (ce qui justifiait la répression) et lui assurait une entière protection contre les insurgés, l’armée arrivait en renfort. Les opposants du régime pouvaient ainsi être liquidés ou contraints à se taire sous peine de mort. Et la paix, dans l’esclavage, était à nouveau assurée.

Si le peuple avait eu assez peur, il suffisait de temps en temps de lui rafraîchir la mémoire, surtout juste avant les élections ou les référendums. Comme Bush fait appel à Ben Laden dès que sa popularité baisse. Les journaux, c’est là pour ça. Si un peuple peut avoir une foi aveugle dans la Providence, qui lésinera à lui remettre quelques biens volés pour jouer au bon papa. C’est plus facile avec un individu : on l’achète plus simplement.       

Moïse n’y comprenait rien. Non seulement personne ne lui était reconnaissant d’avoir peiné à améliorer la race humaine, mais maintenant, il était dénoncé par la police (que tout le monde croit), même si elle est parfois tellement croche.
Il prit son courage à deux mains, s’en frotta les jambes et partit à travers la ville avec un porte-voix, criant : « Les Anglais veulent nous prouver qu’ils sont les boss. »  La majorité étonnée se demandait :    « Qu’est-ce qu’il a à se plaindre celui-là?   Nous sommes bien payés. Un bon steak vaut bien une langue et une culture! » Le masochisme populaire de masse est une invention toute religieuse qui dépasse souvent l’entendement même des boss…         

D’autres, probablement jaloux, l’accusaient d’être « un one man show ». Tout le monde y prêtait toutes sortes d’intentions, sauf la vraie. Voyant qu’il lui était impossible de sortir de chez lui sans se faire lapider d’injures par les pros, les antis, les anté et les post; Moïse décida de changer de nom. Il s’appellera désormais : SILENCE DÉSESPÉRANT. 

Et ce soir-là, pour obéir à la folie de la décence publique, il se coucha sur le ventre… tandis que dans ses larmes, le jupitérien nageant dans la mer, après s’être fait cuire sur le buisson ardent, se mit à chanter la liberté.   

La liberté !


Prison de Bordeaux,

juin 1975. Revu en 2005. 

Module Xle93

décembre 14, 2020

Module XIe93 ou un jour avant…     

                        1

Texte d’adolescence.        

    Je suis le module XIe93, situé quelque part dans l’espace, en quête d’une identité propre. Le module est condamné à crever dans une période déterminée, de la main même d’un destin irréversible de refus à être de la masse informe que le système veut pétrir.          

Crever cette année ou l’an prochain, ce n’est pas tellement important. L’essentiel, c’est de demeurer le module XIe93, tel qu’il a toujours été envers et contre toute forme de sociétés dominatrices et exploiteuses.          

Certains modules courent dans l’espace comme des amibes, d’autres rampent comme des serpents. Module XIe93, je ne sais quel est mon mode de locomotion il emploie.

Je suis perméable au vent et à la tempête. Je suis le feu qui me dévore et qui étouffe dans la fumée des usines qui tentent de me pétrir.              

Il y a place dans ce monde à beaucoup de changements climatiques. L’oxygène se prête à bien des sauces. Quant à moi, je n’ai pas encore découvert la mienne.

Je suis entre deux étoiles. Immobiles sont mes pensées fixées sur cette identité que j’aimerais bien définir. Qu’importe, cette recherche après tout, je mourrai bientôt comme ça, pour le bien de la sainte vache humanité puisque le roi l’a décidé. 

Je n’ai pas à chercher à échapper à ce destin, la vie est ainsi faite. Je suis né avec la mort écrite sur le front, avec l’impuissance installée au creux de ma main. J’ai au rein, greffée toute une époque de frustrations, de misères et de cris inutiles.

Module XIe93, j’appelle la terre. Terre, m’entendez-vous?   

Qu’importe tant de précipitation, la terre ne peut m’entendre, elle est sur une autre orbite autour du soleil. Et l’étoile devant moi ne sait que dire à tant de refrains saccadés de désœuvrement.  

Je suis seul. Irrévocablement seul.       

Il faut se faire à tout, même à son non-être dans l’espace et le temps. Il faut apprendre à jouir de cette non-participation aux conflits de la vie. Mais comment? Il est inutile de songer au suicide, le suicide est une forme d’euthanasie active. Il suffit de le faire pour que le lendemain soit découvert le processus de se mettre au monde, sans avortement.   La vie est un pas tracé dans l’infini de l’univers.       

Il faut attendre patiemment. Regarder autour de soi où se cache l’orgasme. Il faut oublier que jadis il aurait été possible, par le fumier, de rencontrer un virus-transport et de ramper jusque dans la matière encore inarticulée d’une pierre tombale. Et de là, à l’improviste, sauter dans le monde d’une plante ou d’un insecte, par la sueur.           

Il faut être vide, malgré tout. Contre tout. Jamais je ne remplirai ce rôle. Je suis le vide même de l’antimatière.           

Je suis un trou dans l’espace, un mauvais souvenir dans le temps.         

Je vis dans un sac de polystyrène. Je suis rasé et j’ai les ongles arrachés. En plus de l’air irrespirable, mes geôliers chaque jour m’injectent de nouvelles peurs, de nouvelles hontes. Les autres qui m’entourent sont des bêtes affamées qui, comme moi, cherchent un moment qui leur permettra de vivre au-delà de cet enfer. Pourtant, nous savons tous que nous ne pouvons-nous en sortir autrement que les deux pieds par en avant. Nous sommes les prisonniers de nos propres phobies. Nous sommes prisonniers de notre état d’homme.       

Nous naissons avec dans le sang le poison qui nous tuera. Nous naissons avec le goût d’aimer. Nous voudrions être des arbres. Seuls. Entourés de personne, sinon quelqu’un pour nous flatter, nous gaver de plaisir, un autre nous puisque l’amour se vit nécessairement en couple et que le couple est un mode de vivre sa solitude à deux miroirs. Vivre la même schizophrénie, la partager pour la rendre moins pesante. Voilà tout ce qui nous hante, ce qui nous déchire et nous brûle jusqu’au moment où, en plus, pour nous revaloriser, nous allons jusqu’à mettre nous-mêmes sur nos blessures le sel qui nous électrocutera. Nous aimons notre déchéance jusqu’à la boire dans les tavernes. Les tavernes sont bien les seuls endroits de la terre où les prisonniers proclament à tout rompre la liberté en s’enchaînant aux autres.          

Oui! Nous vivons dans un monde de chiens au sens péjoratif du mot. Dans le monde de Lucifer, celui de la répression de l’amour, de la glorification de la puissance et de la violence. De la déification de l’argent. Nous sommes fidèles à notre esclavage. Nous le léchons et le respectons, en laissant les autres, les dirigeants du système, de la mafia légale, toujours débiles de pouvoir et d’argent, hypocrites, crosseurs et menteurs, décider du bien et du mal. Nous les laissons nous laver le cerveau et nous imposer les valeurs diaboliques au nom de leur dieu : l’or noir, le pétrole.   Nous avons besoin, tout aussi grands que nous soyons, d’un autre pour nous posséder, nous tyranniser. Nous avons besoin de notre misère pour nous donner l’illusion de vivre. Nous parlons d’un pays, notre corps, qui n’existe pas puisque nous sommes trop lâches pour l’aimer assez pour le forcer à naître. Nous rêvons d’amour, de feu, de sang, pour nous sentir héros ou martyrs. Nous embrassons dans nos lectures ceux qui ont su à leur époque défoncer le sac de polystyrène et nous crachons sur eux pour nous faire croire que nous sommes encore mieux.    

Pourtant, nous sommes de maudits lâches. Nous sommes des peureux. Nous avons peur de vivre notre révolte jusqu’à la démence, parce que nous savons que cette révolte nous conduira jusqu’au suicide. Un mort n’apporte rien à la révolution.

Dans notre sac de polystyrène, nous pouvons toujours croire en l’amour, mais nous savons que c’est faux. Il est impossible d’aimer avant d’avoir haï, avant de s’être haï, avant de s’être oublié dans un autre. Et presque tout le temps, le monde est tellement écrasé, refoulé, vidé, l’homme n’a pas le temps de découvrir l’autre avant d’avoir appris à se reconnaître et à se faire l’amour à soi-même. On cherche dans le yoga une méthode scientifique de se sucer, de jouir, tout en n’ayant pas la colonne vertébrale fatiguée. On cherche dans la religion le moyen de vivre sa quote-part de péchés nécessaires à la vie sans danger d’être damnés. On cherche dans la révolution un moyen de se réaliser par autrui afin de s’aimer et d’oublier la honte qui nous monte à la gorge quand on se regarde dans un miroir. On cherche dans les grands discours de taverne les actes héroïques, un moyen qui nous fera oublier notre insignifiance dans notre quotidien. La révolution est devenue un emploi ayant perdu son noble caractère d’acte de conscience; perdu sa vocation d’exister pour améliorer le sort de tous les humains.           

J’ai honte de moi. De ma perméabilité vis-à-vis des autres. J’ai honte de n’être qu’un vulgaire individu, égaré quelque part, et si j’essaie de me proclamer fort, j’ai peur. J’ai peur d’être tué. J’ai peur de la chair. J’ai peur des rats. J’ai peur d’être mal jugé. J’ai peur d’être trop ignorant pour pouvoir le dissimuler. J’ai peur de me voir en face parce que je suis vide. Je suis le vide. J’ai peur du vide.     

Les autres ne m’ont presque jamais rien apporté, sinon des emmerdements. Pour me déculpabiliser, j’ai adoré des gens que je ne connais même pas. J’ai marché sur les eaux tumultueuses d’une tempête de l’océan, contenue dans un verre d’eau. J’ai ouvert ma poitrine et l’on m’a volé le cœur. J’avais à la tête une foule de chirurgiens spécialistes en détraction des énergies pas comme les autres qui peuvent bondir après un violent mal de tête. On a vu un héros naître et mon plaisir a bien été de leur chier dans les mains. Je ne veux rien savoir de ces vies de héros et de vedettes. Je ne suis pas le petit René Simard. Je ne suis pas aussi beau que lui, je n’ai plus douze ans et ainsi, je ne peux plus intéresser les pédérastes. Dommage! Quand j’ai eu cet âge, déjà, on m’avait appris que les pédérastes mangent les enfants avec de la sauce au chocolat. On m’avait déjà appris la peur au lieu de la jouissance. On m’avait appris que les pédérastes mangent les enfants et les laissent en charpies dans des boîtes qu’ils font parvenir à la police avec la mention : « Appelez Allo-police!  Ça vaut une manchette, ça fera encore plus peur aux enfants et ça aidera les parents.  »  Nous sommes éduqués et éducables à la peur. Si nous n’avions pas peur, quel genre de vie aurions-nous? À quoi bon sang nous nous occuperions- nous? Nous risquerions de découvrir que d’être mangé par un pédéraste, c’est le plus beau, le plus agréable moment de son existence… un ticket à l’ouverture d’esprit, un passeport pour le septième ciel.           

À Sherbrooke, même un peu partout, il y a des gens qui, pour le kik, vont se faire peur. C’est ainsi qu’on a inventé les péchés de la chair. Qu’allons-nous inventer pour avoir plus peur quand on aura découvert que le péché de la chair n’existe pas ? 

Pour bien y arriver, il faut d’abord être comme le système en y retirant autant que possible tous les avantages;  puisque fourrer le système, c’est comme faire l’amour et si vous ne faites pas votre brin de 69, vous ne faites l’amour qu’à moitié. Les policiers qui ont peur que l’ordre soit troublé feront peur aux troubleurs et à tous ceux qui, voyeurs, regardent se dérouler les événements. Alors on invente ce que l’on appelle la droite et la gauche. Ce sont deux idéologies, termes vulgaires, deux idioties inventées pour tenir les imbéciles occupés, car, ils font partie d’une même maudite patente du système : le bien et le mal. La structure sociale. Résultat : tout le monde a peur. Là, c’est le fun. Ça permet d’exploiter en tout repos les plus faibles, les plus petits, les plus dépendants de la pensée d’en haut.     

Les héros naissent dans les toilettes et meurent dans les vitrines. Les marchands font vivre les artistes qui se préoccupent surtout de peindre les phobies ou de créer à côté une industrie, antipollution de la cervelle. Les bruits montent. Le tonnerre gronde. Le nouveau dieu créé existe et tombe dans la merde de chèvre. On le ressuscite d’entre les morts et on le plante à une croix. Tout le monde tremble, la propriété privée est en danger et l’on s’ouvre le ventre pour jouir à se faire dévorer les tripes. Pendant ce temps, la police apporte une contravention au crucifié pour s’être exhibé nu devant des femmes en chaleur. C’est la révolution. Tout le monde a peur et pendant que tout le monde a peur, on oublie de rire… et le système nous fait les poches. Ceux qui ne croient pas dans cette grande invention du système pour contrôler le taux de natalité par les guerres sont vus comme traitres. Il faut avoir peur et surtout quand l’exige le salut de la finance.    

À ce jour, étant plutôt niaiseux de nature, j’ai servi de cobaye. J’ai été la mesure de la peur. Ne pourrais-je pas pour un moment servir à autre chose? J’en ai plein le cul d’avoir peur… ça coûte cher en sous-vêtements… J’en ai plein le cul d’être un fusil à l’eau. Je ne veux plus éteindre des feux, je veux en mettre dans le plus de cœur possible… embrasser tous ces beaux petits gars, tout mignons, tout chauds. Je ne veux pas travailler pour les exploiteurs, vendre de la viande avariée ou poser des bombes comme l’agent Samson, de la GRC. Je veux mettre le feu dans les cerveaux, allumer des joints dans l’imagination de la jeunesse, les réveiller à l’Amour et la Beauté. Leur apprendre qu’on est sur terre pour être heureux et que tous ceux qui au nom de leur dieu nous prêchent le contraire sont les vrais imposteurs… Cesser la violence, la remplacer par une caresse, c’est ça le seul vrai sens de la VIE et de la révolution.           

Je sais. Je ne peux plus servir à révéler la vraisemblance. Je ne crois plus en rien. Tout est faux. Tout est à refaire.

Mes bibittes fonctionnent à l’eau et c’est beaucoup moins payant que le pétrole… mais au moins, je suis porteur d’eau… Je suis VERSEAU.       

Sherbrooke, 1973  

Mario 10

décembre 13, 2020

Mario 10

Notes d’un professeur de littérature sur le texte : Mario .      

Note : Il faut savoir que j’accepte l’âge de consentement de la Charte québécoise des droits de la personne soit de 14 ans.  Le Canada a imposé la sienne à 16 ans, ne respectant pas le droit des jeunes à une intégrité physique et psychique absolue. Le Canada a une justice punitive alors que le Québec compte sur la prévention et la réhabilitation. On est cependant passé partout de la pudeur à la paranoïa.           

———————————–

Ce texte duquel Voltaire aurait certainement écrit, comme en réponse à Châteaubriant : « Crève, ainsi tu cesseras de nous casser les oreilles avec tes pleurnichages ». Ce texte tient du délire. L’auteur a transfiguré les événements dont la trame comprenait trois faits marquants :   

D’abord, une rumeur voulant que l’assassinat de Mario Bachand, du  FLQ (Front de libération du Québec) ait été perpétré par la Gendarmerie Royale du Canada, qui a fortement insisté pour faire croire à un règlement de compte interne du FLQ et ainsi provoquer un mouvement de panique chez tous les jeunes qui auraient pu avoir l’intention de poursuivre la lutte révolutionnaire de ce felquiste au Québec.           

Puis, la beauté ahurissante d’un petit camelot de la Tribune dont l’anniversaire de naissance était le 25 avril. Ce fait inconnu a suscité bien de suspicions envers l’auteur — à cause du 25 avril — chez ses amis, allant jusqu’à croire que celui-ci pouvait jouer double-jeu; car, croyait-on il arrivait que la police fournisse les jeunes pour les petits jeux charnels aux mouchards, aux juges et à certains politiciens, en échange de services rendus.

Cette paranoïa suscita toutes sortes de fables, les unes plus risibles que les autres. Sartre avait bien raison de dire que la gauche est paranoïaque. Mais, quand tu fais trois fois de la prison, et qu’à chaque fois, c’est de plus en plus clairement pour des motifs politiques déguisés en raison morale, tu es loin d’être acheté par le système. Ton combat ne peut pas être plus authentique que ça.   

D’autant plus que dans un Québec, sous le joug du clergé, on devrait savoir que le 25 avril est la fête du « Jour de la Libération », dans la liturgie catholique. C’était donc un pur hasard. Et les chiffres inventés n’avaient aucune autre connotation politique ou révolutionnaire, mais ils se voulaient une imitation, à la suite des nombreuses lectures de l’auteur du Petit Prince, d’Antoine de St-Exupéry. Le Petit Prince serait d’ailleurs un petit gars de Montréal que St-Exupéry aurait rencontré et de qui il serait tombé très amoureux.   

Finalement, une soirée au cours de laquelle l’auteur en quête de chair fraîche             (Comme disent les féministes constipées) ou du grand amour, comme le pense l’auteur, dénicha deux jeunes garçons qui, après avoir fait valoir leur expérience dans la prostitution à Montréal (était-il en fugue?) acceptaient l’hospitalité du dit auteur, avant de prendre la poudre d’escampette à la suite d’un petit larcin de 20 $ et une tentative de chantage dans les jours qui suivirent.

Quelques mois plus tard, l’auteur mangeait, en cellule, une bonne raclée pour avoir eu des relations sexuelles avec le fils d’un flic. Était-ce Mario? L’auteur avait plus d’une de ces merveilleuses aventures. La police politique n’a pas de décence, elle utilise des gamins parce qu’elle est au-dessus des lois. Ainsi, elle peut jouir dans tous les sens du mot du vice combattu et écroué toute personne qui ose enfreindre les lois qui sont créées pour contrôler les individus… La police est donc à la fois le bandit et le shérif, ce qui permet aux juges et aux politiciens de s’assurer que ni la loi, ni la pègre n’échappent à leur contrôle… C’est ça le pouvoir.         

C’est ainsi la vie : la police doit protéger les enfants contre leur sexualité, contre les mauvais maniaques qui pourraient profiter de leur désir de caresses, quitte à fournir quelques jeunes pour coincer celui qui en profite, hors du système rentable de la prostitution organisée. Il ne faut pas toucher un jeune qui n’a pas son proxénète parental. Ce n’est pas assez rentable pour le système… mais, le système, lui, acceptera que l’on fasse sauter la cervelle d’un jeune avec des drogues confectionnées par le système, ce qui prouve bien que pour le système la queue a plus d’importance que le cerveau.

D’ailleurs, les jeunes qui ont perdu les pédales ne sont pas soignés, ils sont emprisonnés… les enfants de Duplessis ou de Rochon, ça existe encore… Encore une fois, le système est à la fois la police et le pusher. On ne légalise pas le pot parce qu’il ne peut pas être créé en laboratoire et les graines peuvent provenir de la nature… ce qui n’est pas assez payant, surtout si on permet une culture pour consommation personnelle à la maison. Tuer, le cerveau des jeunes est un nouveau moyen de contrôler la masse… Les drogues fortes ont déjà tué toute une génération. (À noter que depuis le pot a été légalisé au Canada)     

La Justice est une bête à deux têtes, une portant la Couronne; l’autre ayant la forme d’un glaive. Malheur à ceux qui n’ont pas d’argent ou ne pensent pas comme le pouvoir… une apparence de sagesse… Tout ce qui appartient à la violence vient de Lucifer, vrai maître de la violence, le dieu de la guerre. Les États-Unis et la Chine  peuvent bien vivre dans l’obsession de Mars…                  

Autre fait fondamental, celui avec qui l’auteur a passé la nuit s’appelait Mario… La force de l’évocation et du délire naît de la beauté corporelle de Mario, marié à la poésie de l’auteur…seule petite nuance Mario n’avait pas 12 ans.

        Voici donc le texte retrouvé dans une pile de documents après sa mort :    

Aux révolutionnaires de tavernes et à la go-gauche pancanadienne… Maria.          

Mario 9

décembre 12, 2020

Mario 9

                      3è partie   

Maudit! Il y a des guerres partout. Les guerres servent à nourrir l’économie. Les catastrophes naturelles sont des produits de nos armées qui testent leurs armements. Ils aident à nourrir la voracité de certains êtres humains qui ont perdu toute conscience… Les catastrophes naturelles ne font qu’obéir à une mafia préhistorique qui les crée dans les laboratoires de nos armées. N’y a-t-il pas moyen d’y mettre fin?           

Je rêve au jour où les hommes n’auront plus à empiler leurs liasses parce qu’il n’y aura plus d’argent.           

Je rêve au jour où l’intelligence ne sera plus au service de la gloire et de la domination, mais au service du cœur, de l’Amour et de la compassion. Je rêve au jour où nous aurons construit notre paradis, car un jour, c’est sûr :

                                  L’AMOUR VAINCRA.         

Le roc a en son sein la première énergie qui s’élève de la terre jusqu’à l’esprit. L’énergie se mute par degré de qualité. Plus elle s’approche de son achèvement, plus elle est Amour et Liberté.     


J’oublie le temps de la dague en mes mains. Du désir serein de voir couler le sang entre mes doigts pour me venger de la tyrannie quotidienne du système qui m’épiait alors que peut-être un peu masochiste j’errais dans l’air pur, conscient de ma condamnation. J’étais seul parmi les miens et j’ai refusé de fuir. J’aspirais à la purification. Les autres par leurs jugements nous rendent trop facilement coupables, errants… la seule loi de Dieu est de tendre au bonheur, patio de l’adoration.

J’avais hâte de payer. Et j’ai payé pour rien! Je n’avais rien à payer. Rien à me reprocher. Merde de merde. Cependant, cela m’a permis de te connaître mon bien-aimé. Je me condamnais d’avoir aimé et désiré ta chair et par l’absence de celle-ci, j’en apprends la valeur et son caractère essentiel. La répression sexuelle est une maladie mentale de bourgeois qui consacre le sacrifice et l’entrepose pour une éternité qui n’existe peut-être même pas. Qui en est revenu? Le sacrifice prépare à la soumission. La culpabilité nourrit le besoin de sacrifices purificatoires…

L’enfer! L’enfer! J’ai connu les derniers jalons de l’écrasement, les dernières balafres à la dignité humaine. J’ai connu combien les folies sociales de la morale peuvent avoir l’art inné de briser un humain, de le rendre méprisant à lui-même alors qu’il est impossible d’aimer l’Autre sans s’aimer d’abord soi-même. Kâliss! Le Canada est un pays fasciste, l’hypocrisie incarnée. Le chef d’œuvres des multimilliardaires… où l’on rend le peuple complice de l’exploitation… Le Canada n’est qu’un appendice américain.    

La folie est entrée dans mes pores. Elle soufflait de partout des airs de culpabilité. Je suis devenu par la force de leurs mots plus coupable que le peuple américain qui s’apprêtait à baigner le Moyen-Orient dans le sang. Je me sentais plus coupable que tous les «boss» qui tuent à longue haleine des centaines et des millions d’humains. Plus coupable que les compagnies d’essence qui mettent l’Afrique à sang. Plus coupable que les laboratoires des armées qui inventent des sidas ou d’autres épidémies pour tester leurs nouvelles armes bactériologiques… Plus coupable que ces crimes organisés. Plus coupable que la mort du petit Daniel Desrochers dont on laisse les meurtriers en paix. Pour un attouchement sexuel, quelques petites pipes qui t’envoient au septième ciel, le cirque du réseau des féminounes de chantage international obtient qu’il suffise de la parole du maître-chanteur pour te condamner. On laisse passer le meurtre d’un enfant par la drogue ou autrement. Il faut des preuves à n’en plus finir alors qu’une caresse, incarnée dans l’amour d’un garçon, est aux yeux des exploiteurs d’une morale bourgeoise, un crime éternel… Quels hypocrites!     

Eh oui, j’aime les garçons. … « Si ce n’est pas écœurant », diront les débiles qui ne peuvent pas faire la nuance entre l’Amour et l’exploitation des mafias internationales. Pauvre Mario, qui n’a que douze ans, et qui sait déjà jouir de son corps grâce à mon expérience et de la liberté comme tu dois souffrir de cette méconnaissance des adultes de tes besoins les plus primaires, les plus essentiels à ton développement. Il n’y a que les femmes perverties par la morale des prêtres pour croire qu’une caresse est une souffrance… pour se sentir déposséder par un baiser… d’ignorer le plaisir, la joie, la tendresse d’une fellation et du parcours pour y arriver… 

Oui. Je n’ai commis qu’un crime : ne pas avoir assez souvent aimé… ne pas avoir été plus cochon comme le disent les imbéciles.   

Mais, l’AMOUR se multipliera partout. Il fera couler la sève dans le roc puisqu’il est mutation, orgasme.           

J’aurais voulu crever tant j’avais honte de ne pas avoir la fierté de porter « mon crime », celui d’être ce que je suis, mais d’instinct je savais que crever ne conduit nulle part et qu’il est parfois plus difficile de vivre que de crever.           

Cette saison en enfer m’a créé tel que je suis. Cet enfer a semé en moi la peur, mais aussi le courage et la détermination d’abandonner le combat que le jour de la victoire. Mario, je ne t’oublierai jamais puisque je suis toi et que tu es moi. Deux âmes en une, depuis qu’on a fait l’amour. Puisque tu es la terre et que je t’aime. Aucune frontière ne peut m’atteindre et restreindre mon amour, ma bien-aimée Terre-Mario. Chaque pays s’éveillera. La vie empruntera aux pierres leurs atomes en mutations et nourrira les sillons nécessaires aux récoltes. 

     NOUS SERONS DES ENFANTS POLISSONS, MAIS ADORABLES. 

Oui. Nous vaincrons. Nous vivrons sur terre le Royaume des Hommes libres. Le royaume de ceux pour qui la VÉRITÉ d’être est plus fondamentale que l’argent et le pouvoir. Un Québec libre.        

L’important… c’est de t’avoir connu. C’est d’avoir appris que la non-violence vaincra l’ordre et le fascisme quand les hommes seront maîtres de leur destinée. Quand la forêt aura vaincu la ville. Quand la poésie aura pris sa place au trône de chaque humain. La non-violence vaincra quand nos mains affamées d’amour se tendront vers les autres, caresses et baisers partagés.   Redécouverte du toucher… interdit pour tuer la tendresse. Communication-aimant-amant. Les humains ne sauront survivre à la voracité de l’argent, sans la CARESSE.        

Même si le système économique s’ingénie à tuer ceux qui pensent, à briser leur conscience et leur lucidité, viendra le jour où l’amour vrai, la passion, non hypocrite et libre, triomphera. Alors les gens sauront qu’aimer n’est pas exclusif, ni possessif, mais qu’il est le visage, le corps que l’on cherche et que l’on découvre. L’âme sœur.             

Tu ne peux savoir Mario-Réjean-Mathieu-Gabriel- Shuded-Rouhed-Tuan-Éric à quel point j’aimerais que l’exemple de notre amour, par vos lèvres qui dictent l’exemple, dans l’ivresse d’un geste de passion, permette que cessent les Biafra, Nigéria, Cambodge, Palestine, Bangladesh, Haïti. Serait-ce que la terre est plus pesante à la conscience que le Cosmos? La vie est-elle une larme? De toute façon, tous les soldats sont des assassins, décorés ou non. Mais parfois, il nous en faut pour établir la paix. Ce sont alors des héros exigés le temps d’un sacrifice.

Mario-Réjean, mon Cosmos, je t’adore!       

                                                     Fin

Sherbrooke 1972; texte revu et adapté à Montréal, 1997.     

Mario 8

décembre 11, 2020

Mario 8

2è partie  

Je suis entré en prison : ivre de remords. Même si on m’a brisé en me faisant croire en ma culpabilité. Je renais dans ma liberté, plus fort, plus pur, qu’au temps des cauchemars. On m’a tué en me faisant croire un monstre. C’est peut-être ça la monstruosité : être amant du Soleil. Le vrai Soleil, non les lumières artificielles des villes. La monstruosité est peut-être de juger les autres.

                               Seuls les enfants sont des Hommes!        

Le seul péché que je connaisse est de se prostituer à la pollution. Le pouvoir et l’argent. Êtres de la pollution. L’amour est notre oxygène. Tabarnak! Qu’il faille être aliéné pour croire que l’amour ne confère pas presque tous les droits. Seule la violence doit être éliminée. Aussi, donc, de par la vie et à cause de la vie :     
 
Je proclame la vie. Malgré les barreaux.          

Je proclame la pureté. Malgré les tâtonnements pernicieux de la chasteté.        

Je proclame l’Amour. Malgré les tâtonnements, les exigences. Un grand souffle de responsabilité.            

Je suis comme la terre; on y sème l’avoine de l’avenir. Et les hommes libres ratisseront leurs haines pour les faire brûler.          

Malgré les fers qui m’ont marqué aux poignets et m’ont imposé le geste de me trahir en refusant la sève en moi, je demeure libre. Ma candeur proclame l’Amour au-delà de baisers malheureux. Ma cellule s’est mutée en immense vestibule de rêves.

                           Je crois dans la délivrance.     

                                     Je suis libre!          

                   Je suis un enfant et mon langage est la Liberté.

                            Je suis de non-violence absolue!     

J’ai la liberté de faire et de dire ce qui me plaît tant qu’il n’y a pas de violence et le respect des autres. La liberté de créer ce que je veux.   

La Liberté de me taire ou de crier pour autant que mon cri soit celui de la non-violence pour ceux que j’aime.   

J’ai choisi l’amour malgré la peur qui m’étrangle. J’ai choisi la passion malgré la répression. J’ai choisi la Liberté pour assurer Ta Liberté.  

À tous ceux qui proclament que l’Amour tue, je leur flanque à la figure la résurrection. Je ne crèverai point. Je suis déjà mort à la Vie, grâce à l’hypocrisie de vos lois de bourgeois-exploiteurs.     

Je suis le dernier de cette race pour qui la Vie est plus importante que la survie, que l’argent.    Pour qui la passion est plus importante que la prison qu’elle réserve à coup sûr? Je t’aime Mario! Je t’aime, car maintenant les étoiles parlent d’amour. Mon Mario- Réjean! Mon Mario-Québec!         

Kalvair! Je t’adore, mon petit Mario. J’adore ton corps et sa façon de se déhancher. Tes petites fesses bien rondes et ta petite, toute petite queue bien raide. Je t’adore mon petit Québec à moi. Libre de tout. Je t’aime malgré tes yeux croches et la prison.           

Chez nous certains prétendent qu’il est mal d’aimer ainsi l’amour. Contre la loi sénile qui te prive de ton droit d’être maître de ton corps. Contre les si nécessaires caresses. La Vie n’est pas enfermée dans les lois pour y étouffer.   En principe, les lois sont là pour nous protéger des exploiteurs. La Vie ne se laisse jamais séquestrer. La vie court dans les champs. La vie est un équilibre.           

J’en ai plein les yeux de sa beauté. Être libre, c’est être soi-même. Authentique. Franc. Sincère. Bien vivant.           

Ô Québec, comment peux-tu supporter le joug de l’argent? De la bourgeoisie? Pourquoi survis-tu plutôt que de vivre? Un jour viendra, crois-moi, où nous serons libres. Notre joug sera bientôt chose du passé, éternellement fini. Les temps des barreaux seront oubliés et viendra le temps des mots magiques. Des baises.

 Je t’aime sera notre credo. Tous les deux nous serons un. Nous serons des enfants. Ils ne comprennent pas encore Mario. Ils ne peuvent savoir que le temps ne nous touche pas. Les jeux ne nous fatiguent guère.   Je t’aime, malgré les lois, la police et sa pègre, malgré le système pourri.    Le système est une mafia légale, une institution de riches pour leur permettre l’exploitation des plus pauvres. Je n’obéis pas. Ma sincérité est la même envers toi. Ma foi en toi est complète. Je crois en toi, Mario-Québec. Je crois dans la lutte à la pauvreté, dans l’égalité des chances. Nous sommes là pour apprendre la beauté du Dieu-créateur, une énergie purement immatérielle.      

             Il n’y a qu’une Vie : la Liberté en Amour.        

             Il n’y a qu’une route qui conduit à la vie : l’Amour.   

Mario, je suis toi, comme tu es moi. Pourtant, je suis impuissant à te dire. J’ai été forgé dans la peur des faussetés religieuses, de règles sexuelles bourgeoises et stupides. Mon amour. Je te veux plus libre que moi. Je te veux en pleine splendeur et non malade. J’ai peine à te dire, tu es trop beau. Un jour viendra où nous aurons conquis notre indépendance. Ce jour-là est proche. Il est déjà en nous. Restera notre Liberté… notre responsabilité. Nous sommes sculptés à la musique… L’amour est plus important que l’argent, le statut social. La Vie sert à créer la paix. Le paradis sur terre sera créé quand les hommes obéiront à leur coeur et non à l’avidité de leur portefeuille. Le coeur est parfois plus important que l’intelligence.          

Je souffre une vie entière dans un espace quelconque, dans un temps si court. J’ai mal de vivre ma vie, qu’elle me conduise à la déportation ou à être fusillé. Si un jour la pollution prend la terre d’assaut et sort vainqueur : c’est la mort. Je suis prêt à franchir le temps pour te demeurer fidèle. Même la prison ne peut m’arracher cette hantise. Comment puis-je te trahir? Pouvons-nous vivre nos rêves?

J’aimerais que partout, comme nous, nous nous aimions tous. Qu’à jamais l’envie soit déracinée en nous. Que la suffisance de notre bonheur individuel soit notre vie et non la recherche d’un bonheur illusoire de pouvoir et de domination.   

Il y a eu trop de Vietnam et de Tchétchénie! Maudit impérialisme! Tout peuple a le droit à sa liberté. Il y a eu trop de guerres. Le monde est assoiffé de paix. Pour avoir la paix, il faut le droit à la passion. Dépasser les frontières des langues, des races et des religions.   

Je t’offre mes lèvres. Je t’offre mes mains. Je t’offre mon corps, mon pénis, mon cerveau. Tout. Mario, utilise-les comme tu veux. Dicte paroles et gestes. Et par la suite… advienne que pourra. Ce sera pour nous le paradis ou la pollution. Ce sera pour nous la campagne ou la ville, le cheval ou l’auto, la victoire ou la prison. La liberté ou l’exécution    .

J’ai foi en vous. La Liberté sera notre Amour. Notre vie sera celle que nous aurons choisie. Il n’y aura plus de « démocrassie » capitaliste ou d’autoritarisme communiste, mais une participation de tous à sculpter ton corps, notre corps, notre propre épanouissement et notre propre destinée. Nous serons tous un même JE dans une gamme que l’on ne saura jamais détruire. La démocratie sera d’être tous nous-mêmes, au service de tous, selon notre propre vie, nos talents et nos possibilités. Si je dois mourir pour avoir le droit de t’aimer qu’on me tue.

Mario. La Liberté aura vaincu l’espace et le temps. Il n’y aura plus de capitalistes, de communistes, de socialistes, il n’y aura plus de mahométans, de bouddhistes ou de chrétiens;  il n’y aura plus d’hommes et de femmes, mais des HUMAINS… des HOMO-FEMMES-ENFANTS , des HUMAINS libres, assez intelligents pour vivre au-delà de tous ces rackets, de toutes ces formes de violence, de vivre la VIE pour VIVRE.         

Mario 7

décembre 10, 2020

Mario 7

Je réclame au nom et en tant qu’Homme, la dignité que l’on bafoue. J’accuse haut et fort ma lâcheté et ma peur pour l’exorciser. Et contre le regret, je m’accuse d’être un salaud… main un salaud en quête d’un amour plus grand, plus pur que la demi-saison. Un amour- passion, un vice, seul guide au-delà des contingences du quotidien. Un amour libre. Je suis salaud parce que l’on me force à être salaud. Parce que c’est ainsi qu’on me désigne. Je suis un salaud comme je suis anarchiste, comme je suis pédéraste… par dignité humaine. Je suis un salaud par rapport à la pollution, la domination, la répression. Je suis un salaud parce que je suis un homme debout. Même en prison, je demeure ton amant. Tu es ma région, mon pays.

Continent de jeunesse. Fleur de l’enfance trompée dans sa naïveté. Je suis le justicier. Le strip-poker. Mes paroles sont de feu et mon pouvoir ronge le noir tombeau des siècles. En Amérique comme à se dénouer la trame de l’avenir qui se joint au passé par la route du nord.   

J’enfile à mon aiguille les glaces du mépris, les mensonges de la vie. La lune a mis le nez au hublot du navire-terre. Vogue Québec sur les eaux qui t’entourent. 
          Demain, nous serons des francophones libres du Québec.             
                             Souffle le temps comme souffle le vent.     
                                    Demain, nous serons vivants    
                                            Nobles survivants.    

Et New York englouti cherche du bout des doigts à poser sur une bande de terrain qui flotte à l’horizon son maque de nausée.    

L’histoire retourne sur ses pas, à la source. Au cœur de la terre. La terre d’auparavant, d’avant le chaos. De la terre où l’on nous disait fous.       

Sains de corps et d’esprit, nous dicterons comment passer de la servitude à l’autonomie, de la matière à l’esprit.          

Modeste compagnon ainsi se termine ma chanson. La nuit n’a plus d’emprise sur ma prison.          
J’ai oublié mon nom, mais mon pays est le Québec…
     

Mario 6

décembre 9, 2020

Mario 6

L’amour est plus fort que les empreintes digitales, les photos numérotées;  l’amour c’est le feu qui fond le mur des prisons, qui tue, qui transforme. L’Amour, c’est la vie.        

Mario. On t’a bafoué. On t’a écrasé. Et l’on te garde loin de moi… puisque tu ne veux pas te sauver, je le ferai pour toi. Nous sèmerons ta famille dans la tempête et le vent. L’ouragan sera si fort que l’on te cédera plutôt que de fondre au rocher. Les doigts nazis qui s’infiltrent entre tes épaules seront coupés et brûlés à la place publique. Mario , tu seras libre. Nous poursuivons notre chemin.     

La rédemption est dans la foi de notre libération.    

Mario. Je me suis fait prisonnier pour te porter dans mon cœur, toi, ma région, mon enfance, mon pays. Mario chéri !  Je revois dans tes yeux la douce lueur d’espoir qui agitait nos parents, nos amis, nos frères du peuple. Nous que la terre choyait de ses fruits. Nos lapins, petits et mignons…         

Je me rappelle cet amour qui animait nos mains en posant délicatement sur la porte du fourneau, dans une boîte, des lapins enroulés. Des lapins qui nous semblaient mourir de froid, mais qui succombaient au poison que nous leur donnions trois fois par jour pour les nourrir. Combien de larmes lessivaient nos joues blanches de peur? Nous les aimions tant nos lapins que la terre tuait parce qu’elle n’était pas soigneusement tamisée. Sans le savoir, nous les avons tués avec notre bonté, notre générosité.       

O Mon chéri! Reviens vite. Malgré le délire de ton absence, je jouis à la pensée que demain, un demain plus près de nous, tu seras libre. Je t’aurai enseigné la poésie des étoiles et la grandeur du blanc de la neige. Je t’aurai appris à marcher à travers les mots. Tu seras imperméable au sommeil. Tu m’auras appris à dessiner des paysages comme ceux jadis avant l’orage. Malgré les barreaux qui nous séparent, ces barreaux-tombeaux, je sais que tu continues à vivre l’apprentissage de la liberté des vers et la couleur de ton enfance. Toi, mon paradis terrestre. Mon pays du Québec à libérer.   Mon prince charmant. Mais sache que souvent le prince du fond de son cachot est encore plus libre que son peuple dans les champs.        

J’ai mal à la Vérité. J’ai le cœur noir de servitude. Je suis né de l’enfance. J’ai gardé son langage au-delà des actes. La révolte qui m’anime n’a de réalité que dans la situation qui l’engendre. En dehors de cette situation, nous ne sommes qu’amour. Qu’importe!  les baisers fonderont le masque qu’on nous impose.   

Je suis le clairon d’un peuple en guerre de son mal d’aimer, d’un peuple qui se crée, qui naît à sa propre identité. Toi, Mario-Réjean.

Peuple -Mario, je veux t’aimer tendrement et cesser à jamais de voir en nous dans les enfants qui nous entourent la haine qui m’obsède. Je veux bannir en toi tout désir de violence. Toute frustration qui engendre ce désir. Je suis la pierre lancée dans les eaux du lac. J’ai fissuré l’armure. Je suis l’écho d’un désir inlassable de paix et d’amour.           

       Je crois en l’amour plus que dans les obus.     
       Je croix à la force du Verbe plus que dans l’argent.    
       Je crois en la création plus qu’en la guerre.     
       Je crois en l’anarchie pour retrouver l’enfance.           
       Je crois en l’Homme, malgré sa difficulté à naître.      
   
Pour vaincre la mort, je vivrai de la nature. Qu’importe le temps, les murs et les prisons. Qu’importe les mots. Demain, par l’alchimie de la Justice, la tendresse aura reconquis la Terre.          

Mario 5

décembre 8, 2020

Mario 5

Je suis, selon eux et par eux, le monstre que l’on promène de labo en labo pour photographier, analyser les gestes, déceler les tendances.                     

Je suis un monstre parce que je ne suis pas pourri. Je suis un monstre à la pollution. Je la combats avec mes lèvres et je la tue en la broyant sur ton ventre vierge à coups de caresses et de regards passionnés.

Mario. Je t’adore. Tu es arrivé dans ma vie comme le vent à la veille d’une tempête. Beau Satan! Tu te fichais bien d’ailleurs d’avoir à boire ou à manger, tu découvrais ta dix-huitième planète où je me trouvais. Où je t’attendais à travers les siècles.           

Je communiquais au silence des hommes pour mieux te voir, mon petit Lucifer. Mon diablotin quotidien. Je me rappelle tu étais si joli, je t’aurais croqué. Et, de cette envie, je t’ai enfoui dans ma gorge. Douceur exquise!       

Tu m’es apparu, nu, plus beau que les anges, le plus merveilleux de la création. Mario, j’adore ton innocence. Tes lèvres chaudes d’une tendresse qu’elles n’ont jamais goûtée. Comme tu es beau endormi. Laisse-moi te regarder et poser ma main sur ton ventre. Tu es si pur. Laisse-moi emprunter ton corps, j’irai jusqu’à l’étoile centrale…      

Je vaincrai l’enfer et la désolation, grâce à ton corps enfilé au mien… Mario!     

Pourquoi veut-on te dérober à moi? Mes caresses seraient-elles plus vides que les fessées de ta mère? Plus néfastes à ton éducation? Mes rêves dans lesquels tu serais l’enfant chéri d’un monde qui ne brise pas la candeur, seraient-ils pires que l’asphyxie que l’on t’impose? Je ferai de toi le plus heureux des enfants. À même tes désirs, je briserai les murs-prisons de mon innocence. Rien ne prévaudra contre notre amour. Je t’aime. Mario — Réjean. Nous marcherons tous les deux ensemble dans un même voyage, vers les mêmes paysages et nous serons silencieux. Nous goûterons Dieu. 

Mario pour te retrouver je briserai les murs. Rien ne prévaudra contre notre amour.

Les hommes d’aujourd’hui ne savent plus ce qu’est l’amour. Ils brisent les larmes des enfants comme s’il s’agissait de leur poupée. Ils crient caprices à chacun de leurs désirs. Les hommes sont de glaise et de boue. Ils meurent séchés de ne savoir goûter la tentation ultime d’un paradis terrestre.          

Il était une fois hors du temps et de l’espace terrestre, un prince qui avait égaré son royaume. Il s’en fut sur la septième planète de la galaxie des temps innommables et y rencontra un enfant. Le prince hésita longtemps à parler de son malheur. L’enfant s’impatienta et tua le prince.          

Caïn venait de naître. Abel renaîtra parmi nous pour racheter son frère qui le tua.

Mario 4

décembre 7, 2020

Mario 4

J’ai vécu avec les mutants. Ils m’ont appris à parler.  

Les mutants étaient d’éternels enfants venus d’on ne sait de quel univers. Ils avaient emprunté des corps de gamins pour jouer avec nous et parfois, comme les chiens, ils nous guidaient dans d’étranges univers. Je me rappelle d’eux une chanson :
   Crachez sur cette société         
   Exigez d’elle tout ce qui est possible. 
   Hors la mort toute frontière est abolie 
   Voyez et créez le monde comme le voient les enfants.     
   La terre a dans ses veines des champs sans clôture         
   des montagnes droites comme des falaises qui attendent l’escalade    
   dans son sein des prairies plus riches que les palettes au soleil
   sous son masque des enfants qui regardent qui écoutent           
   des enfants qui se donnent la main et s’embrassent sans rougir           
   des enfants qui n’ont pas encore compris que la survie exigera 
                                    « la mort »   
   Les enfants pour manger ne deviennent-ils pas machines?       
   Les enfants présents abdiquent la connaissance pour le savoir
   ils perdent l’égalité primitive et se sectionnent         
   ils se divisent se décomposent accordant aux organes pétrifiés 
   des étiquettes de valeurs, des jugements et des choix      
                           « Société de décomposition » 
   Au nom de la morale, de la jalousie et de la possession   
   les jambes roses des gamins sont arrachées des champs
   leurs lèvres écumantes sont à jamais soudées       
   leurs corps allègres sont brûlés, sacrifiés     
                            « Société désincarnée  »          
   pour sauver l’esprit la chair est mise à mort  
   pour nourrir l’esprit le corps est incendié      
   animaux voraces, sans visage, comme des usines
                              »  Société dépravée  »   
   Nous voulons pour les enfants qui verront l’incroyable    
   d’un monde où l’âme sera le corps, où le corps sera l’âme           
   un monde sans possession, un monde de relatif   
   un monde sans main, un monde de baisers            
                         « Monde de la communion »     
   où boire à l’Être sera l’ineffaçable présent.   
   Ère de la beauté du corps enfant, du feu de l’âme.
  

Les mutants riaient de me voir tendre l’oreille sans paraître absorbé par ce paysage qui déjà poussait en moi ses longues herbes. J’ai été élevé dans ce paradis de liberté à travers les lances funèbres de mon entourage. J’ai vécu jusqu’à dix ans dans ce paradis qu’avec la haine on me dérobe. J’ai chanté l’unique préface qui réveille à la Liberté. Cette préface, taillée dans le verre et qui, à compter de ce jour, marquera le Temps du début. Pour l’instant, je m’enfonce dans le miroir de notre mort-prison pour créer à trois l’Amour. J’avais tant de choses à dire auparavant, je les ai criées. Maintenant, le verre est brisé et file le temps de l’alchimie du verbe. Je voyagerai quinze ans dans ton âme. Un voyage qui vaut bien tous les voyages à la lune.          
 
Le temps du réveil aura été brutal. Ce n’était plus un jeu d’enfant, mais la triste réalité des adultes où l’amour est condamné. D’ailleurs, chez les adultes, un enfant est toujours coupable d’une désobéissance quelconque.                  

Mario! Mario!   Je t’aime. Je ne t’ai pas trahi. Pourtant, les vaches gueules de vipères avaient réussi à répandre en moi le doute de ma propre identité. L’innocence de mon enfance coule entre leurs dents comme un fleuve de sang. De l’enfant que je suis, on a fait un monstre… ils ne savent comprendre que je suis endormi à toutes leurs réalités terrestres. Je suis le voyageur spatial qui s’entraîne dans la cour de l’arrière-boutique, chez lui, dans son propre univers de beauté et de drames. Je suis à jamais cramponné à mes rêves et la sueur du jour m’étouffe quand je sors.        

Qu’importe! Pour les adultes,  je suis un monstre et leur seul intérêt est de me le faire croire.


Mario 3

décembre 6, 2020

Mario 3

Mario chéri!  Aujourd’hui, plus puissant que la tempête. Le sable élève entre nous le mur des siècles à ne jamais aimer, des siècles à toujours proclamer l’hypocrisie du péché et du mensonge de nos gestes, de nos baisers.

Même le papier, notre autel des poèmes, est profané et le vert chandail de la mer s’étend en camisole de force sur nos cœurs. Ne pouvons-nous pas nous aimer? Malgré ton jeune âge? Ne pouvons-nous pas renverser toutes les règles qui, entre nos lèvres, sèment des frimas et du givre? Je voudrais restituer aux baisers de nos regards le vrai sens de la vie : aimer et créer.          

S’aimer tout est là. Envers et contre tous. Hors des règles. Comme des fous. S’aimer à renverser le pouvoir des tyrans qui auscultent nos cœurs muets de peur. S’aimer à feindre la mort pour vivre notre union secrète. 25 avril.  Ce sera le jour de ta fête et celle de ceux qui refusent le compromis vicieux de la gloire et du plaisir.

Ce sera jour de fête pour tous ceux qui croient dans l’amour et la liberté. Jour de ta fête. Jour qui proclame notre amour par la liberté que nous nous accordons.     
S’aimer malgré notre impuissance à se le dire, à le proclamer à la face du monde. S’aimer, malgré les ronces qui écorchent nos doigts et crèvent nos yeux. S’aimer à briser le cycle de l’enfer.

 À chaque rouage, il faudra substituer ta salive pour que coule sur nos langues l’ombre de tes joues roses du printemps. 25 avril.  Et nous serons grands. Nous serons des fantômes qui préparons les champs de blé. Nous serons semeurs de sourires pour qu’au jour où nous serons réunis naisse la jouissance. 25 avril.  Nous serons grands. Sous serons des fantômes qui préparent les champs de blé. Nous serons des semeurs de sourires. Le jour où nous serons réunis naîtra la jouissance. 25 avril. Et tout nous sera permis.      

Nous serons plus puissants que les dieux et plus sages que les démons.

« Je » sera l’Homme d’hier, d’aujourd’hui et de toujours. L’Homme que l’on a tenté d’étouffer, mais qui résiste à la nuit, derrière les pierres tombales sculptées à nos noms. L’Homme attend sa résurrection dans les corps fantômes de nos ruelles et de nos usines. Nous nous éveillerons à la jouissance de vivre. 

Nous sommes de boue et de glaise. Sur nos lèvres languit le temps. La vie déjà nous possède, combattants du midi, dormeurs du VAL. Nous, soldats de quinze années-lumière. Les chiffres magiques se forment avec nos doigts. Un. Trois. Sept. Neuf, Treize. Où est le deux de tes treize ans? Le deux policier et ses nombres pairs. La répression aurait-elle disparue ?

Où marche dans le froid de notre double amour de la Vérité et de la Liberté? Où commence le un? Le un de la Vie, de l’Amour, de la Liberté. Le un au temps d’être Homme.

Moi, qui ne suis que le trois. Le système nouveau. Le triangle à la base de toutes pyramides. Je suis l’enfant. Je me forme à la musique des gitans.

Comme un serpent, je suis charmé par le ruisseau qui coule à la mer pour la nourrir et nous impressionner. L’oxygène est si rare dans nos villes. 

Mario 2

décembre 5, 2020

On a tué le cheval blanc, mi-homme et mi- bête, qui nous portait à l’autel où la vie s’offrait à nous dans l’élixir vin-hachisch de Vérité. Sonne le glas de tes années de paix. La liberté nous est dérobée comme nos bourses. Nous sommes pauvres en ce cachot de nos souvenirs d’hier… je m’ennuie de te serrer dans mes bras…     

Où es-tu passé? Qu’es-tu devenu? Je t’adore pourtant… La vie a-t-elle le droit de jouer ainsi avec la mort pour tracer en nos âmes une immense cicatrice de feu et de sang? Les armes ont remplacé l’amour, le duel s’est substitué aux baisers. Et nos mains qui cherchaient à s’étonner sur les corps nus de notre solitude sont plus vides que l’ardeur à retrouver ce temps où l’illusion de notre éternité nous berçait de quiétude. Où sont les bras qui guidaient nos mains hors de cette nausée dans laquelle nous sommes plongés?      

Je t’ai revu quelque part, près d’un fleuve, en vacances de rire. Mon chéri, ta mère voulait me dire, je ne sais quoi de belliqueux. Et je t’ai bercé dans mes yeux, malgré l’offensive de mes rides. Les flammes de son regard ont consumé ma hantise. Je t’ai vécu quand je te croyais mort. Petit chéri, tu étais plus beau qu’à l’époque. Ton visage avait trouvé la cire des fresques grecques et ta libération s’était opérée à contretemps. Je t’ai revu, près de moi, toujours aussi divin dans l’attente de mes caresses. Réjean, tu m’attendais dans ton corps Mario. Tu te pressais contre moi dans notre paysage. Tu découpais le temps. Tu échappais à la tentative de viol répété d’un peuple de glaive et de papier. Tu m’attendais avec ton sourire provocateur : la vie a retrouvé en toi l’oiseau dans son nid.          

Oui. Malgré les fers, nous serons ensemble tous les deux, prisonniers du même rêve. Nous reviendrons d’au-delà de la mort… Elle nous aura unis par le quadrille dans la grande gigue de nos sens… La vie a besoin d’amour pour respirer. La vie, chambre à gaz qu’habitent nos frères. Nous serons de marbre. Et nous vivrons aussi longtemps que volera en nous l’hirondelle de la nouvelle liberté… avant que la pluie dessèche à nouveau nos lèvres gercées d’absence et qu’en nos frères nous semions la vie d’un tendre mouvement de la main sur leur corps nu, endormi.   

Nous sculpterons en leur chair le mot : AIMER.         

Mais tout cela se passera dans un autre monde, hors de ma cellule, dans le monde qui germe en moi, des grabats de ma cellule, je proclamerai la vie. Moi.

                               Français. Libre. Québécois. 
Moi qui suis né avant mon temps. Dans un cimetière. Plus pisseux que les Anglais, mais un peu moins que la moyenne des nègres blancs du Québec. Juste un peu quétaine. Ce n’est pas un cadeau d’être quétaine en naissant, c’est pire qu’être vampire et se promener avec des bigoudis pour faire croire aux gens que l’on déteste la bourgeoisie. C’est pire que de porter orgueilleusement sous son pantalon des petites culottes de dentelles roses, assorties de pépites d’or pour attirer les chercheurs.         

Pourtant… ma peur était un peu spéciale. C’était une peur-citron. J’en détestais la saveur. J’aurais eu plaisir à l’uriner, mais on n’urine pas la peur. Ce vinaigre dans le sang. Elle commence toujours par ravager les reins, tirer les tripes et serrer les couilles. Elle rend plus stérile que le pape et plus dépouillé qu’un chat de gouttière. Avec ma peur, j’avais l’impression d’être plus laid qu’un bonze asiatique pris de constipation ou un saint catholique avec un nœud de douleurs dans le sexe gangreneux à force de ne jamais servir.           

Pourtant… j’avais bonne volonté. Je ne voulais pas venir au monde avec une gueule de lèche-fesse et les yeux ferreux de lapins capitalistes qu’on a savamment passés au feu pour les pétrir et les rendre imperméables à la vie. Je ne voulais pas non plus être volaille chez Steinberg, qu’on vend quinze cent de plus pour construire de grands magasins dans les pays qui s’éveillent à la $$$ civilisation $$$. 

Je voulais être libre. Je voulais réveiller tous ces morts, jouer aux fesses dans l’herbe avec leurs os et raconter de grandes histoires de fantômes.   Il était une fois une fois des enfants de l’innocence. Des enfants de la paix. Les enfants du val. Les fils de la liberté qui jouaient à la rose et s’ouvraient à la vie dans un fleuve de sperme.          

Je voulais, hélas, trop… je les ai retrouvés. On m’a assassiné. Je suis depuis un mort-vivant. 

Le vent du Québec souffle encore en moi, telle une épée dans mes chairs. Commence le voyage au-delà des murs de l’espoir et l’espace serrée de la Vérité.

La prison, c’est la mort. Un trou formé dans l’espace que l’on occupait chez les autres jusqu’à leur oubli dans la vie quotidienne. J’emprunte le chemin de ma cellule. La Nécessité m’étrangle de rires. La Nécessité, c’est l’enfer qui nous arrache un temps à l’enfance. Un temps qui nous semble si long qu’on croit qu’il ne finira jamais. Heureusement, je t’aime et je veux demeurer ainsi fidèle à ma planète, à mon univers, celui que j’ai quitté pour vivre un poème cosmique.          

À cause des hommes, leur outrage à l’amour, j’ai été marqué à même la plaie formée au dos de mon pays. Et mes larmes sur ton corps ont lavé les taches de rousseur de tes épaules. Pauvre chéri, j’ai été pour toi le vent sur la mer. La pénétration des âmes pures qui nous avait brûlés aux yeux.    

Je t’adore et je te cherche en ma folie contre ma prison. Tu es ma liberté et ma prison. Trop libre on cesse de rêver.       

Mario 1

décembre 4, 2020

                    Mario

Les salauds! Les salauds! Ils m’ont arraché à mes rêves. Entre le passé et l’avenir, ils ont infiltré leurs insinuations de haute trahison. Mais qui ai-je trahi? Les bigs-boss qui exploitent le peuple? Les billets Dominion qui nous fourrent irrémédiablement en enfer? Les vaches qui abusent de l’ignorance et de la servitude des gars du textile, du bois et de la pierre.               

Je m’en fous! Je ne veux rien savoir de toutes leurs mesures de guerre anti libération… J’aime le bois. Le ruisseau. Les vagues du lac Memphrémagog. Le soleil somnolant sur le Pinacle et l’Orford. Mon seul tort est d’avoir les cheveux longs et d’aimer les petits gars et avoir les cheveux longs.                     

Est-ce ma faute si l’exploitation n’est pas éternelle? Est-ce ma faute si à Sherbrooke; 18,000 chômeurs traînent dans les rues pour proclamer leur peur? Est-ce ma faute si j’aime ce peuple comme j’aime les garçons?        

J’ai huit enfants, messieurs, huit enfants qui mangent des hot dog et du beurre de peanuts depuis 10 jours. Deux ont la grippe. Je n’ai plus d’argent pour leur acheter des vitamines. Maudit kâliss! Je dois payer Household Finance, si je ne veux pas me ramasser sur le trottoir avec les autres. Le gouvernement se paie de beaux immeubles, pour permettre à ses hauts fonctionnaires de s’en mettre plein les poches, pendant qu’à nous, on réserve l’assurance-chômage et le bien-être social. On veut une job…o-n-v-e-u-t-u-n-e-j-o-b-o-n-v-e-u-t-u-n-e-j-o-b-o-n-v-e-u-t–u-n-e-j-o-b.         

Et, dans la rue, les travailleurs spécialistes en chômage défilent comme des sardines. Pauvre politicien, il en oublie sa Molson. C’est un agréable tumulte. Les chômeurs de l’Estrie claquent les talons entre la boue et l’asphalte pour ne plus crier que leur révolte prolétaire. Ça l’air d’un régiment appréhendé pour une guerre appréhendée. Et, toutes les guerres profitent aux religions et aux multinationales qui les activent. 

Je rêve d’un autre monde appréhendé. Plus humain. Fini le travail obligatoire! Finies les perles d’un corps qui pleure de rage… nous sommes à l’ère des loisirs. Les 18,000 chômeurs, nus s’ébattent sur la plage. Les gamins tranquilles… par la force de leur faim de mots… assistent à de grandes soirées littéraires. Les films y sont aussi très bons… L’esprit a vaincu les mains qui, souvent, cherchent dans un territoire inconnu, une pulsion de plaisir à définir les lignes corporelles. Qu’il est bon de la sentir s’éveiller et s’étirer!           

La réalité du système n’est pas ma réalité.  

Je ne campe pas les vieux dans des asiles pour contrôleur de pilules anti vieillissement. Mafia de la maladie! 

Bon dieu! j’aurais dû écouter et demeurer bien au chaud dans mon lit, avec toi, plutôt que de courir l’image d’un peuple en famine de liberté. 

Je me suis laissé emporter par ce monde où ne subsistent plus les usines pour approvisionner les guerres. J’étais ravi de cet âge d’or 1900 « queuque » ou un an après. Je me suis laissé entraîner et j’ai crié avec eux plus que le tocsin :           

À bas la tapette! À bas la tapette divorcée! À bas le trou d’eau! Et, j’ai été emprisonné pour lucidité séditieuse.              

Qu’y a- t-il de mauvais à être tapette? Qui ne sait pas que tout le monde l’est potentiellement? Le gouvernement! Et je paie pour apprendre son ignorance crasse de l’homme.

Depuis six jours, je m’interroge dans ma cellule à savoir si la tapetterie n’a pas été confisquée comme le hasch et la mari afin de permettre aux autorités de poursuivre leur commerce et éviter les augmentations de taxes. Ainsi, la morale est sauvée puisqu’il est difficile de vivre dans un monde où la société décide à la fois de ta liberté et de ton bonheur. Comme si les enfants n’avaient pas le droit à la liberté.    

Les enfants comme des soldats jaillissent derrière les buissons et leur corps sveltes, nus, flambant de beauté, de leurs lèvres-sang brisent les lois,  en les mâchouillant. Qu’importe pour eux que la reine soit au papier ce que la putain est au bordel. Pour eux, les jeux sont faits; la reine et la putain sont de la même famille : celle de la nécessité. Et la nécessité pour les enfants n’existe pas plus que la révolution. Tout ce qui importe, c’est le jeu. Et les étoiles tombent dans les yeux du chat qui boit au ruisseau, près de la brebis,  amoureuse de sa moustache. Les doigts des enfants glissent dans ces manteaux invoquant la poussée à leur bas-ventre d’une toison d’or, voyage-symbole de leur découverte du monde de la jouissance, de l’air et du tourbillon. D’ailleurs, les enfants n’ont du monde que leurs yeux et le cachemire de leur ventre à peine différent de la moisson. Ils n’ont de pays que la poussière lunaire, empreinte de leurs pas dans le monde nouveau de leurs sens, hors du temps, hors de l’espace. Ils sont les ruisseaux du Cosmos. Leur cerveau de feu couche dans l’avenir d’une ruelle de briques. Ils provoquent à l’amour et à la création. Ils sont les archipels d’une Atlantide nouvelle. Ils sont l’amour comme toi que la brise me rend dans ma geôle. Toi, le vrai mur de ma prison. Mon obsession. Beau péché qui me dérobe à moi-même.            
 
Eh oui! On m’a volé l’amour, on m’a même dérobé mon pays. Les traits de ma vie ont changé dans mes mains. Du monde de l’innocence première, viscérale de l’enfance, du pays de la sincérité et du bonheur où je courais allégrement à la chasse sous les peupliers de la mort, je n’ai qu’un vague souvenir. Mes mains courent entre les ruines d’un temple que seuls mes rêves ne profanent plus.           

Mario. Présentation.

décembre 3, 2020

Mario. Présentation.

J’ai écrit Mario au début des années 1970.  C’est du même genre que Re-jean. Une sorte de délires poétiques.

Ce livre a été dédié à Mario Bachand, un felquiste qui a été assassiné à Paris. Je ne l’ai jamais rencontré, mais c’est un grand homme parce qu’il se battait pour la République francophone du Québec.  À cette époque, on parlait déjà de la mort suspecte de Gaston Gouin, poète de Sherbrooke.

En fait, ces crimes, devrais-je dire ces meurtres, auraient  été commis par les  Services secrets canadiens.

Ceux qui prétendent que la violence n’a jamais servi les intérêts du gouvernement fédéral canadien devraient se  rappeler du coup de la Brinks.

On a inventé le transfert des avoirs banquiers des Québécois à l’extérieur, sous prétexte de faire peur au peuple et l’empêcher de se révolter. Une autre fois, le fédéral a organisé un déploiement militaire dans les rues de Québec pour assagir les Québécois avant une élection. Et, il ne faudrait pas oublier la crise d’octobre et ses mesures de guerre, faisant du Québec un pays occupé par le Canada anglais.

La haine fédérale se poursuit à travers les coups de cochon du système judiciaire canadien.

La loi 101 a été déchiquetée par  la Cour suprême du Canada  d’où le Québec se retrouve maintenant  devant le danger de voir disparaître le français comme langue commune à Montréal  d’où Montréal est en train de perdre son statut de métropole du français en Amérique. Le fédéral a financièrement et juridiquement appuyé la majorité anglophone qui se fait passer pour une minorité,  mettant à long terme en danger la francité du Québec.

Actuellement, ce sont surtout des mouvements musulmans de l’Ontario qui, avec le gouvernement fédéral du Canada, combattent la laïcité votée et approuvée par le gouvernement du Québec.

Si ce n’est pas ça une occupation colonisatrice, qu’est-ce que c’est ?

Un sourire venu d’enfer 47

décembre 3, 2020

Autobiographie approximative

pp. 387 à la fin

À cette époque, je me prenais pour un grand poète incompris. L’écriture comptait déjà autant, sinon plus, que les petits gars. Je devais trouver un métier que j’aime et oublier ma révolution. Mais, en même temps, j’étais assailli par une remarque de Raoul Roy, l’écrivain.

  • Karl Marx essayait de sauver le monde avec ses grandes théories alors que sa famille crevait de faim.

Je ne voulais pas être un de ces « preachers ». Je ne cherchais pas le pouvoir, je cherchais ma place dans une société de plus en plus puritaine. Était-ce un retour à nos sources canadiennes-françaises, Port-Royal, le royaume des chercheurs de sainteté.

Plus je réfléchissais, plus devenir enseignant me semblait le premier pas à faire dans la bonne direction.

C’était la fin de ma carrière de révolutionnaire. Le hasard fit que je m’en irais dans l’enseignement puisque c’est tout ce que je savais faire. Il fallait enclencher le passage progressif de la pédérastie à la vie gaie. Il me fallait apprendre à jouir de la vue de la jeunesse sans la boire.

Je dois avouer que ma vie sexuelle fut toujours pour moi celle de l’enfant : un pervers polymorphe. Tant qu’il y a du plaisir, le sexe est un maudit beau passe- temps. Il n’y a aucune violence dans le sexe, seulement du plaisir. Les pervers sont ceux qui sont guidés par leur frustration.

Je découvrais la vie gaie. Les soirées dans les clubs à espérer qu’une personne me remarque et m’invite à terminer la nuit avec elle.

Quelles joies d’avoir rencontré Raymond Paquin, un professeur de Rouyn- Noranda, perdu dans les tavernes gaies, de Montréal, où nous nous sommes croisés. Tout ce qui comptait avec lui, c’était de rire et de baiser.

Une autre découverte incroyable : des bonshommes pouvaient croire que j’étais beau et me vouloir. J’avais ce besoin intérieur : me sentir désiré physiquement, mi, qui m’ai toujours cru très laid.

Rien n’était capable de nous arrêter. On aimait se rendre dans un restaurant et après avoir commencé à manger, se lever et chanter « L’Internationale« , l’hymne communiste, juste pour le plaisir de voir les gens capoter.

Une autre fois, nous nous étions rendus dans un club de danse hétéro et nous avons d’abord dansé un rock and roll ensemble, puis, un « slow cochon ». Les gens voulaient nous tuer. J’ai sauté sur une table, mais en rejoignant le plancher, je me suis tordu une cheville. J’en ai eu pour des semaines à en rire et à boiter.

Paquin pouvait payer la traite à tout le monde, mais il y avait toujours une condition : être drôle, agréable. Quand j’étais trop sérieux, il me faisait fumer  un petit joint: un party garanti.

Parfois, on se rendait sur la montagne, là, où j’ai connu ce que c’est de devenir le centre d’une orgie collective, d’avoir une dizaine de langues qui essaient de trouver un pouce de chair à lécher. C’était bien des plaisirs, mais ça ne me conduisait nulle part.

J’aimais autant aider Raoul Roy dans son imprimerie. Le soir, quand je ne savais pas où aller coucher, je me rendais chez lui et il me prêtait son divan. Le lendemain, je l’aidais à imprimer ses multiples livres. Je me suis beaucoup attaché à ce personnage inconnu de notre révolution alors qu’il en fut un des plus grands intellectuels.

Sauf pour l’indépendance du Québec, on n’avait pas toujours les mêmes idées, loin de là, mais il m’apprenait que la révolution est un travail sans relâche de communication et d’éducation. Fidèle au Général de Gaule, Raoul Roy était un passionné de l’indépendance et du socialisme. Nous parlions peu, nous agissions. On passait des journées à imprimer ses livres.

C’est un personnage très coloré, avec sa petite barbiche à la Lénine. Par contre, il était prisonnier de notre passé collectif. Il refusait qu’un individu se dise Québécois plutôt que canadien-français. Cette évolution était, selon lui, une régression, un moyen de diluer notre désir de créer une République. Il n’acceptait pas que les Canadiens anglais nous aient volé jusqu’à notre nom. Il prétendait aussi que si le Parti Québécois prenait le pouvoir, l’indépendance ne se ferait jamais parce que les gens commenceraient à déléguer cette mission de créer un pays à nous au parti péquiste plutôt que de continuer à s’investir pour la cause.

Raoul s’était aussi rendu en Israël faire une recherche sur Jésus qui donna son livre Jésus, guerrier de l’indépendance, publié à Parti pris, une des plus grosses maisons d’édition à cette époque.

C’est à partir de lui que je tenais que Jésus était profondément en amour avec son petit cousin de quinze ans, Saint-Jean l’évangéliste. Dans l’Évangile de Saint-Jean, bible de Jérusalem, l’auteur indique que ses disciples bien-aimés étaient couchés nus, en attendant Jésus au Jardin des Oliviers. Raoul prétendait qu’à cette époque de l’année, les gens ne pouvaient pas être couchés nus à moins d’être collés les uns aux autres.  C’est difficile de vérifier puisqu’on n’y était pas.

C’est aussi pourquoi j’ai dit dans une émission de radio sur les Rhinocéros en Abitibi, puisque Raymond Paquin s’était présenté candidat aux élections fédérales comme rhinocéros, que j’étais St-Jean, le petit serein de Jésus-Christ.

Nous buvions et fumions beaucoup. Ce n’est pas une excuse, mais une réalité. J’ai dû redescendre à Montréal sur le pouce puisqu’on voulait me faire la peau, tellement ça avait choqué beaucoup de gens.

Dans ce voyage, en passant à Val-d’Or j’ai pressenti que cette ville serait très importante dans ma vie, mais je ne savais pas pourquoi. Je suis passé par le lac Saint-Jean pour le retour. J’ai dû coucher en prison, car la police craignait que je sois attaqué par un ours durant la nuit.  Ce détour me permettait de connaître une autre partie de notre merveilleux Québec.

Je suis maintenant convaincu que la peur qu’on entretenait quand j’étais petit concernant les gros méchants loups qui rôdaient pour décapiter les petits gars m’a profondément marqué. Elle a manifestement retardé mon évolution sexuelle vers l’homosexualité, ce qui est quand même mieux accepté que la pédérastie. La pédérastie est une forme de fixation dans son identification sexuelle. Un mécanisme de défense. C’était du moins mon cas.

Durant des années, j’ai voulu affirmer mon exclusivité aux petits gars, mais la vie m’amenait lentement à cesser de croire dans les peurs de mon enfance. Freud a bien raison, nous sommes d’abord des pervers polymorphes. Il était inévitable qu’un jour je me retrouve dans la peau d’un gai. Il suffisait de rencontrer l’homme qui me ferait faire le pas de la transformation quant à mon identité intérieure. Dans ce domaine, l’évolution est très lente.

Par contre, le plus fondamental dans une orientation sexuelle demeure ce par quoi tu es attiré. Je ne crois pas que l’on change dans notre vie à ce point de vue.

Ma peur des hommes n’était pas toujours consciente, c’était un traumatisme enfantin.  Mon attrait pour la beauté juvénile était ce que je vivais de plus profond.  Par contre, ce qui me permit de modifier ma façon de voir les choses; fut que j’étais disponible à tout ce qui m’attirait, me fascinait. J’appelais ça mon « petit côté putain ».

C’était d’abord les petits gars à cause de leur jovialité, leur complicité et l’absence de peur inconsciente. L’inconscient joue un rôle déterminant dans tes choix sexuels. La vie humaine est très compliquée à comprendre et la vérité est encore plus difficile à déterminer. J’ai commencé à justifier la pédérastie en y voyant l’avantage de ne pas être mis en danger par le sida et un moyen de combattre la surpopulation.

J’ai aussi compris que la bigoterie conduit à l’homophobie.

C’est aussi ce qui se passe aujourd’hui au Québec. En condamnant globalement la sexualité, les jeunes ne saisissent pas les nuances.

Ton rapport avec la sexualité est fondamentalement le même qu’avec la liberté.

C’est surtout vrai chez les filles. Pourquoi les féminounes sont-elles incapables de valoriser la sexualité? Le discours sexuel est nettement plus négatif pour les filles que pour les garçons. C’est strictement une question d’éducation. La société a créé les règles pour éviter que les problèmes des pauvres se répercutent sur les bourgeois, en créant une morale mur à mur.

Le sexe est associé au mal plutôt qu’au plaisir sans aucune raison valable. La phobie du sexe chez les femmes est strictement à mon avis due au fait qu’elles sentent, même si ce n’est pas ouvertement dit, toutes les peurs que notre civilisation charrie depuis des siècles. Ce sont des peurs sociales qui viennent particulièrement des religions.

La société a été composée à partir des lubies des mâles. Ce n’est pas étonnant que les gais soient presque sur la même longueur d’onde que les femmes, car celles-ci n’ont pas à craindre la pénétration avec eux, tout en ayant droit à toute l’affection, la tendresse qu’elles cherchent.

J’ai toujours été très mélangé dans ces choix sexuels pleins de nuances. La seule chose dont j’étais certain, c’est que le plaisir sexuel ne peut pas tolérer la violence. Les rapports sexuels sont un échange d’énergie, de complicité, de fascination autant que le plaisir charnel, lui, est strictement génital  et se limite souvent par la pénétration par en avant comme par en arrière.

Dans le fonds, je préférais probablement les petits gars parce que je détestais et craignais la sodomie. J’ai même découvert les plaisirs de la fellation que devenu adulte.

La vie me prouvait quotidiennement que ce que l’on racontait sur la pédérastie était absolument faux. Le sexe avec les petits gars passe nécessairement par le jeu, par l’affection mutuelle. Une masturbation. Des caresses. Une fellation. Et pour certains, la sodomie. Pour voir ce que ça fait. Quel plaisir ça apporte.

C’est pourquoi c’est absolument faux de prétendre qu’un jeune peut être traumatisé par de telles expériences, s’il n’y a pas de violence ou de domination. Dans la pédérastie, le vrai et seul maître est le jeune. Il a le pouvoir de te rendre heureux et celui de t’envoyer en enfer s’il décide d’en parler. Il ne ressent pas les joies sexuelles différemment d’un adulte. Le plaisir peut-il traumatiser ?

Mais, il existe des psychopathes qui sont dangereux parce qu’ils sont frustrés sexuellement. C’est le contraire de ce que prétend la loi qui appelle un jeu sexuel, un abus, une agression. Je ne pouvais pas supporter de tels mensonges d’où je me suis créé une vocation, soit de rétablir la vérité et d’éliminer ce qui m’avait tant blessé, soit la peur des relations sexuelles avec des gars plus âgés. Je ne voulais pas qu’à l’avenir, les jeunes aient à souffrir de l’ignorance quant au sexe que moi j’avais vécu. Mon livre Dieu et le sexe visera strictement la nécessité d’avoir des cours d’éducation sexuelle qui ne soient pas une mise en garde, mais une source d’informations. La vérité, voilà ce qu’il faut enseigner et non les débilités religieuses.

J’identifiais le problème sexuel à l’ignorance, rien d’autre.

J’avais rencontré un groupe de jeunes garçons qui prenaient plaisir à venir me visiter strictement pour une fellation. Ils prétendaient même que je leur appartenais. Une voisine qui aimait boire avec moi l’apprit à ses dépens. Les jeunes se sont présentés à mon insu chez elle pour la menacer si elle continuait de me fréquenter.

Les jeunes ne se sentent jamais inférieurs à un adulte, à moins que celui-ci joue le gars en situation d’autorité. L’égalité homme femme sera bien plus difficile à réaliser que l’égalité homme petit gars. On ne parle jamais d’égalité homme femme enfant.

Les jeunes savent qu’il n’y a pas que les bras musclés dans notre monde. Le gabarit adulte n’a rien à voir avec la peur du jeune, à moins que l’on parle de pédophilie, là, où l’enfant à moins que l’âge de consentement.

Les autorités peuvent très facilement te faire mettre en prison pour des raisons sexuelles et les jeunes le savent très bien. Les féminounes prêchent leur censure aux jeunes. Ce sont des adeptes inconditionnelles de la censure. Elles imaginent les jeunes comme elles, soit  à la merci de tout ce qui bouge. Elles les sentent comme elles se sentent.

Ainsi, on maintient chez les jeunes la honte du sexe. Les jeunes doivent se cacher de leurs parents ou aux adultes pour vivre une expérience. C’est à mon sens ce qui amène ce genre de relations à pouvoir être dangereuses, car le jeune qui est vraiment en danger ne voudra pas en parler, avec raison, car on a créé un véritable enfer autour du mot sexe. Il ne veut pas être identifié à sa sexualité.

Si au contraire il pouvait en parler très librement, l’exploitation et la domination ne pourraient pas exister. En ce sens, les parents et les éducateurs doivent mettre les jeunes à l’aise pour parler de ce qui pourrait les troubler.

Mais dans notre société puritaine actuelle qui serait assez fou pour oser le dire?  Si les jeunes vont à répétition avec un bonhomme, c’est qu’ils y trouvent des avantages et des cadeaux. Il n’y a rien qui les oblige, sauf que la morale veut que ce ne soit pas possible. Les jeunes sont innocents. Une vérité d’aveugles. Les « spécialistes » seraient mieux d’avoir vécu un peu avant de répandre de tels mensonges.

La pédérastie est basée sur la séduction et non la domination.

On a beau dire que ce n’est pas grave, tout le monde en parle, donc, c’est sûrement quelque chose d’important. Par contre, on confond pédérastie et pédophilie comme si c’était la même chose. Le cerveau des jeunes ne changent pas.

La pédérastie est fondamentalement un plaisir, sinon jamais un jeune ne consentirait. Elle fut un sourire dans ma vie. J’ai connu les plaisirs sexuels dans mon enfance et je peux jurer que je n’ai pas haï ça et que je n’en ai jamais souffert.

La pédérastie m’a amené à adopter deux petits gars adorables. Et, finalement, chercher à me connaître fit que je ne retrouve en couple avec un gars de mon âge. Mon père serait sûrement bien content de l’apprendre, s’il ne le sait pas déjà. Contrairement à ce que je croyais, un pédéraste peut devenir un gai.

C’est étrange que ce plaisir sexuel soit plus décrié que la domination économique des gens. Une fraude modifie la vie de ceux qui la subissent. Les drogues détruisent des vies des jeunes. Ces actes ont pourtant plus de répercussions sur les gens que le plaisir de se faire masturber ou sucer, mais eux, ils ne sont pas criminalisés. La morale sexuelle religieuse sculpte la grande mafia mondiale économique.

J’ai écrit sur la pédérastie pour défendre le droit des adolescents à leur sexualité. Ce ne sont pas que de beaux mots à l’intérieur d’une charte, mais un droit fondamental.  Ils ont droit à leur intégrité physique. Ils ont le droit à une vie personnelle, en dehors du regard et du jugement  des adultes.

L’autre motif fut de faire comprendre que de jeunes victimes sont tuées parce que les prédateurs ont peur de ce que pensent les autres, de ce que la société exigera comme vengeance, si jamais le jeune à qui il laissera la vie, les dénonce. C’est aussi une réalité. La vie est beaucoup plus importante et fondamentale que la chasteté.  La mort d’une seule victime exige que l’on s’interroge à savoir si l’isolement dans lequel on essaie de cloîtrer les pédophiles n’est pas responsable d’avoir créé par la peur cette maladie mentale qui fauchera une vie.

Finalement, même si j’ai réussi à être détesté par la majorité des humains parce j’aurai eu le courage de dire que je suis pédéraste.

Il est essentiel de s’aimer, même si on est pédéraste (amourajeux) si on veut être capable d’aimer les autres.  

Les religions nous noient dans une culpabilité qui modifie notre réalité humaine. Il est impossible que Dieu ait créé le péché de la chair parce que s’il existe, il sait que l’amour  est ce qu’il y a de plus important dans la vie de chaque humain. Dieu n’est pas assez débile pour créer des catégories d’amour.

1978

Révisé en 2012

Un sourire venu d’enfer 46

décembre 2, 2020

Un sourire sorti d’enfer 46

Autobiographie approximative

pp. 381 à 387

La majorité des Québécois ne savent pas que la Grèce antique, le pilier de notre civilisation, a déjà existé et favorisé l’amour pédéraste (l’amourajoie).

La pédérastie était même une fierté. Cette ignorance du passé est normale puisqu’on n’en parlait jamais avant la fin de notre cours classique. Avant, on avait pour références que les écrivains qui s’acharnaient contre l’homosexualité. Personne ne se levait pour combattre cette fausseté. Qui veut passer pour un malade mental ?

En fait, je me rends compte que la peur idiote de la sexualité transmise par les féminounes actuelles est la même que celle de la religion quand j’étais petit. Quoique la religion ne nous mettait pas en prison pour apaiser les scrupuleux.

Les jeunes n’existent pratiquement pas dans l’esprit des adultes. Ils sont absents et sans pouvoir.

Alors, on ne nous faisait pas de grands sermons sur le danger des méchants vieux messieurs qui auraient pu avoir le désir de toucher à notre petit zizi. Les adultes s’imaginaient que tous les jeunes sont des niaiseux. La peur du sexe est une peur féminine, fruit d’un système qui est né avec la peur des religieux frustrés. Une peur qui nous vient aussi de la télévision. La peur des autres, une paranoïa. Le mépris que les femmes ont d’elles-mêmes parce qu’elles sont femmes d’où leur besoin de tant crier leur féminisme. La femme est la victime des religions. La femme est victime du rejet de sa sexualité et sa réalité.

Jusqu’à l’adolescence, le danger sexuel ne nous transperce même pas régulièrement  l’esprit.  Même  les  plus  vicieux  n’y  songent  probablement pas.

À cette époque, la sexualité était le dernier de mes soucis. Surtout que j’étais trop idiot pour comprendre les mots employés par les adultes correspondaient parfois à mes tentations amicales. Ce discours venait dans les cours d’école, à la cachette. Certains essayaient même de se prétendre mieux bâtis que leurs chevaux alors que les autres comme moi pensaient que ce petit tube ne servait qu’à faire pipi.

Mieux encore, nous n’avions pas la télévision pour présenter une bande de vieilles obsédées sexuelles qui essaient de nous faire croire que l’on pouvait être en danger en jouant aux fesses ou en voyant de la chair fraîche. Le scrupule traumatise plus que le plaisir. La chasteté est une forme de limite mentale. Qui peut proscrire un plaisir qui ne représente aucun danger?

Ces femmes projettent leur peur et leur dégoût du sexe sur leurs enfants. La peur du sexe est une obsession féminine, à cause des machos, je l’accorde. Si elles ont eu un peu de plaisir, il est évident qu’elles seront un peu plus ouvertes d’esprit. Le sexe ne sera pas un sacrifice exigé par la Bible. Il ne faut pas oublier qu’en 1967, les Québécois (es) ont souffert le martyr quand des noires d’Afrique sont venues en spectacles nous montrer de très beaux seins. On a du chemin à parcourir pour se sortir de la grande noirceur des adversaires des Fées ont soif.

Je me rappelle aussi que mes parents avaient discuté d’articles de journaux jaunes où on racontait comment certains garçons avaient été déchiquetés pour le plaisir sexuel d’un vieux cochon.

Je n’aurais jamais cru que de souhaiter que M. Pope me mette la main entre les deux jambes aie d’une certaine manière un rapport avec ce danger. Je rêvais de savoir ce que ça faisait quand c’était un adulte qui nous touche.

Dans le fonds, c’est tout un hommage que je lui rends sans même qu’il ne l’ait jamais su. Je souhaitais avoir une relation sexuelle avec lui.. Je le croyais assez correct pour ne pas avoir peur de lui et vouloir vivre cette expérience au-delà de ce que je connaissais sans peur, ni honte. Je n’avais même pas dix ans.

Pourtant plus tard, si je suis resté accroché à la pédérastie, c’est justement en partie parce que je me rappelais ces histoires de dangers qui m’avaient totalement traumatisé. Comment discerner un M. Pope d’un de ces sales qui te coupent en morceaux après avoir vérifié la rigidité de ton petit pipi?

L’homosexualité était tellement mal vue qu’à part les latrines publiques, tu ne savais pas où rencontrer des gais, ce qui conférait encore plus le statut de pervers à ceux qui s’y rendaient.  Moi, mon fou, j’avais encore peur des vieux. Je voulais bien, mais à reculons (sans jeu de mots), c’est-à-dire en tremblant de peur.

J’ai en très grande partie décroché de la pédérastie quand je me suis d’abord aperçu que ce n’était pas tous les gais qui rêvaient de faire de toi un chop suey ou une tourtière. Même que la plupart des gais étaient délicats, respectueux.

Est-ce qu’on nous avait menti ou est-ce qu’on exagérait un danger parce qu’on n’en connaissait rien?

Le « cruising » est une des choses les plus intéressantes de la vie sexuelle gaie, même si souvent ça ne tourne à rien. Ça vaut la peine de vaincre ta peur pour te sentir désiré.

Cette peur n’a pas eu d’effets néfastes sur moi simplement parce qu’à Barnston, les gais ne courent pas dans les rues. J’ai dû affronter ces histoires d’horreur à cause des journaux. Cette peur fut si envahissante que beaucoup plus tard et sans m’en rendre compte j’ai opté pour ce qui était le plus sécuritaire. Je faisais du pouce en trimbalant une roche dans mes poches. À cette époque, on n’était pas encore devenus assez fous pour croire qu’on peut être un monstre en jouant aux fesses sans violence et dans le plaisir. On pouvait faire la nuance entre plaisir et danger.

L’école libre me permit de me rendre compte que je pouvais vivre 24 heures sur 24 en rut, sans même toucher les petits gars qui me tentaient. Je pouvais aussi avoir des jeunes qui étaient absolument consentants et heureux de me connaître. Ainsi, je n’avais pas à forcer qui que ce soit à me fréquenter et à avoir peur des rapports sexuels. Je m’apercevais que les moumounes qui combattent avec tant d’acharnement la sexualité sont beaucoup plus aigries, plus jalouses que moi.

Leur discours est faux, car dans une relation pédéraste les deux sont strictement consentants. Et quand tu n’es pas frustré, tu n’as pas besoin de violer une autre personne pour assouvir tes besoins. Assouvi, le sexe occupe une proportion infime de tes pensées. Les désirs tombent avec l’éjaculation.

Ce fut cette transformation qui me donnait le choix. Ce fut ce qui me permit de découvrir que je pouvais aimer être le jouet sexuel d’un gars de mon âge ou d’un aîné et aimer ça. L’exclusivité quant à aimer juste des petits gars, comme le prône la majorité des pédérastes, volait en éclats à travers mes expériences. Par contre, j’étais déjà prisonnier de mes textes sur la pédérastie et identifié à cette orientation sexuelle. J’étais vraiment polymorphe.

Je trouvais la petite Hélène assez belle pour désirer une femme. Les seins sont encore plus beaux quand la fille n’est pas encore âgée. Ils sont plus petits, plus « poires ». Elle avait probablement environ 25 ans.

Même si nous nous étions séparés, Suzanne demeurait une connaissance que j’appréciais grandement. Elle m’avait appris à me connaître et vivre différemment ma pédérastie. Suzanne m’amenait, à cause de sa maturité, à une recherche intérieure plus profonde que le pouvait un petit gars. Avec un petit gars, tu vis et tu ne te poses pas de question, car t’es au ciel. Avec Suzanne, je pouvais me demander ce qu’eux pouvaient ressentir. Tout le sexe dont j’avais besoin, je l’avais avec elle.

Je découvrais qu’il y a chez les adultes un pouvoir d’aimer qui se compare très bien avec celui des petits gars à cause de sa différence. Ces relations permettent une autre forme de développement : le développement intellectuel. Une bonne discussion apporte aussi un énorme plaisir. J’apprenais à être tout aussi éberlué par l’intelligence des autres que par leur beauté physique.

Mon besoin de séduire des bonshommes quand nous allions prendre un coup était, sans que je m’en rende compte, une des solutions retenues par les psychiatres que j’étais allé voir pour être certain de ne jamais être un danger pour un petit gars.

Je disais que c’était mon côté féminin, mon côté « guidoune », mon côté Marie- Madeleine. Ce besoin d’appartenir à quelqu’un par simple séduction. Une exclusivité sur laquelle je cracherai une bonne partie de ma vie soit jusqu’à ce que j’aie rencontré l’homme, la femme ou le jeune de ma vie. Nous avons tous intérieurement une partie des deux sexes masculin et féminin.

Notre développement sexuel en homme ou en femme, notre identification sexuelle, ne se fait qu’à la fin de notre développement embryonnaire.

Selon les psychiatres, pour ne pas souffrir inutilement de l’étroitesse d’esprit de notre société, il était préférable que je sois gai plutôt que pédéraste, et ce, même si ma façon de vivre ma pédérastie leur semblait tout à fait correcte, probablement parce que je n’aimais pas la sodomie. Mon dédain pour la peur et la violence faisait en sorte que je ne pouvais pas être un danger pour qui que ce soit.  Mes recherches étaient axées sur la tendresse et les caresses.

Mon désir de devenir père et enseignant est né dans ces circonstances.

Je pouvais être un bon professeur parce que j’avais une bonne connaissance de l’âme des jeunes. Je pouvais facilement me mettre dans leur peau et réussir les cours universitaires qui nous y conduisent.

D’autre part, rien ne m’empêchait de vivre ma vie sexuelle en dehors de ma profession d’enseignant, à moins que l’on soit assez idiot pour croire que l’on est professeur 24 heures sur 24 à cause de l’exemple qu’il faut donner.

L’enseignement devenait une porte de sortie très intéressante, adaptée à ce que je suis profondément. Enseigner sacrifiait ma pédérastie sous l’aspect génital, mais n’éliminait en rien les sentiments. Je devais au préalable terminer ce que j’avais entrepris au niveau de l’écriture.

Je me prenais déjà pour un écrivain, mission qui se confondait avec la révolution.

Au début, Avant de se retrouver tout nu dans la rue ou le problème du logement devait être un livre d’une centaine de pages. Je pouvais aussi compter sur mon très bon ami Gaétan Dostie et Parti pris pour le publier.

J’ai voulu innover en résumant la position de tous ceux qui étaient concernés par le logement et combien le fédéral est encore une fois de trop dans ce domaine. Chaque groupe fut invité à présenter son mémoire à un colloque sur le logement en vue de ce livre. Je devais ensuite faire la sélection des mémoires. Puisque je voulais toucher tous les aspects, le livre devint immense, plus de 400 pages.

Parti pris n’était pas très content du volume des textes, surtout que le ministre qui appuyait le projet trouvait que ce serait un livre beaucoup trop volumineux.

Je dois avoir eu raison dans mes choix, car ce livre a servi longtemps de livre de référence dans les universités. En y publiant beaucoup de statistiques, malheureusement, le livre devenait très vite dépassé. Mais, à cette époque, écrire était pour moi mon arme de combat. Rien n’empêchait les mises à jour.

La correction fut faite par Louis Geoffroy. Celui-ci me dit qu’il m’avait toujours considéré comme un bon écrivain, mais qu’en lisant mes textes, il avait totalement changé d’idée. Selon lui, le livre était plein de fautes de français, totalement monotone, sauf le chapitre sur les feux dans le secteur Saint-Louis, à Montréal

Malgré ce jugement défavorable, j’aimais bien Geoffroy et c’était son droit le plus légitime de ne pas aimer mon livre, même si mon orgueil en prenait une claque.

De toute façon, j’étais devenu un écrivain connu par accident. Si je n’avais pas connu Gaétan Dostie et Gaston Gouin, je serais demeuré un parfait inconnu quoiqu’à cette époque les journaux publiaient beaucoup mes lettres ouvertes. Mes écrits sur la pédérastie n’auraient jamais été connus si je n’avais pas participé à la publication de Sortir avec Jean Basile, en 1978, et fait un dossier avec Paul Chamberland dans le Berdache, le 15 novembre 1980.

Mon texte entraîna une recherche à l’Université de Montréal pour savoir quels effets pouvaient avoir mes textes en prison puisque tout le monde peut les comprendre.

J’étais perçu comme un baveux, un provocateur, par bien d’autres écrivains qui ne comprenaient pas que je prenais mes écrits pour une mission à accomplir.

Comme tout fanatique, j’étais prêt à mourir pour défendre mes causes : l’indépendance du Québec et le droit à la pédérastie, si elle non violente et consentie.

Je ne savais pas que cette étude était commandée par le ministère fédéral de la Justice.

Une fin de semaine, je partis pour rendre visite à ma famille à Barnston. La petite Hélène m’a joint au téléphone pour m’annoncer une très mauvaise nouvelle, mon éditeur était décédé.

Au début, j’ai cru que c’était mon ami Gaétan Dostie, mais dès mon arrivée à Montréal, j’ai appris qu’il s’agissait de Geoffroy, mon correcteur et non mon éditeur.

Il demeurait dans le secteur Saint-Louis et il venait de mourir à la suite d’un incendie dans sa demeure. Les photos pour la publication d’Avant de se retrouver tout nu dans la rue étaient sur son bureau au moment du sinistre. Elles étaient partiellement brûlées. On décida de s’en servir quand même pour illustrer le livre.

Ces funérailles furent particulières. Rien de religieux, Janou Saint-Denis y lut des textes poétiques à l’église. Ce fut suivi d’une rencontre où l’on s’enivra avec une chaise vide pour marquer la présence et les goûts de Louis. Je suis sorti de ces funérailles complètement « paqueté ».

C’est aussi peu de temps après que je fis la connaissance de Marcel Raymond qui étudiait déjà sur Geoffroy.

Quand le livre fut terminé, j’ai décidé de prendre des vacances en me rendant sur le pouce voir ce fameux Lac-Saint-Jean. Je suis parti accompagné de Patrick et deux des trois garçons de ma cousine. Nous avions une tente pour dormir et des pouces pour nous y rendre.

À notre retour, nous étions sur le bord du chemin quand une patrouille de la police s’arrêta pour nous embarquer et faciliter un bout de chemin. C’était évidemment un moyen pour me questionner. Un vieux avec trois jeunes, c’est automatiquement très suspect. On fut laissé un peu plus loin et les policiers avaient pu constater que rien d’anormal ne se produisait.

Quelques minutes plus tard, la police revenait et nous demanda d’embarquer. Il avait appris que des changements devaient être effectués dans mon livre sur le logement et qu’il y avait un avis de recherche pour me retrouver d’urgence. Nous nous sommes rendus jusqu’au parc, sirène et tout le pataclan. On me dit que c’était pour me faciliter les choses un peu plus loin, car d’autres conducteurs n’auraient pas peur de nous embarquer en nous ayant vus dans une auto- patrouille. Les policiers ne pouvaient pas m’amener jusqu’à Montréal.

Un seul autre élément me revient à l’esprit quand je songe à ce livre. J’avais rencontré le nouveau ministre de la Justice, Marc-André Bédard, par accident, et je lui avais fait part de mes peurs et constatations concernant les incendies répétitifs dans les maisons abandonnées. Je lui ai dit que ceux-ci étaient l’œuvre de la pègre qui procédait ainsi pour obtenir l’espace afin d’ouvrir de nouveaux terrains de stationnement. Une de mes grandes intuitions journalistiques. Ce fut les rires et les « yé malade celui-là. Quel paranoïaque! » C’est vrai  que  je n’avais pas de preuves, mais ça sautait aux yeux. On a découvert quelques années plus tard que j’avais raison. Si on ne mérite pas un rire, on ne vaut pas grand-chose.

Un sourire venu d’enfer 45

décembre 1, 2020

Autobiographie approximative

pp. 373 à 381

46

La mort de papa

L’époque de mon livre Avant de se retrouver tout nu dans la rue, publié par Parti pris, a aussi été marquée par des événements tristes et marquants.

Au début de février, je m’étais rendu à Barnston rencontrer mes parents. J’étais accompagné de Gilles Laflamme qui était devenu un véritable ami. Il faisait aussi des prédictions en lisant dans les mains et réalisait des cartes du ciel. D’ailleurs, selon ses prédictions, je mourrai dans la mendicité et les souffrances les plus totales.

C’est bien parti pour ça, mais pour l’instant, je suis encore assez béni des dieux. Les autres tireuses de bonne aventure m’ont prédit des événements complètement différents. Dans un cas, je suis censé devenir très riche; dans l’autre, je finis sur une île entourée de petits gars et j’écris sur la philosophie, ce qui me rendrait assez célèbre pour être reconnu durant des décennies après ma mort.

Ces prédictions sont tellement contradictoires que je n’en crois aucune. La vie sera ce qu’elle sera. Je vis maintenant en couple avec un homme de mon âge ce que je n’aurais jamais été capable de prévoir. Je n’aurais jamais cru que la pédérastie finirait par être chose du passé.

Gilles a lu dans les mains de tous, sauf mon père.

Papa était très heureux d’apprendre que j’avais un nouvel emploi et que je travaillais à écrire un livre sur le problème du logement.

Il me croyait d’autant plus devenu sage qu’à cette époque, j’habitais avec une petite amie, la belle Hélène. Celle-ci devint différente sous l’influence des féministes. Alors qu’au début, nos interrogations sexuelles étaient au centre de toutes nos préoccupations, de nos aventures et de nos recherches; à la fin, elle mesurait au quart de seconde près le temps consacré à la vaisselle et aux planchers pour être certaine que « la femme n’en fasse pas plus que l’homme ».

Cette vision du féminisme était à la mode. Je trouvais Hélène très belle et très ouverte. De plus, je venais de retrouver une de mes cousines qui avaient été une de mes flammes quand j’étais petit. Elle avait trois fils et elle partageait mon point de vue à l’effet qu’il appartient à l’individu de décider de ses expériences sexuelles, tant que celles-ci sont mutuellement consenties et bénéfiques pour le plus jeune.

Ce fut une période où les femmes comptaient beaucoup dans tout ce que je faisais. Pour elle, ma pédérastie était un objet de curiosité plutôt qu’un motif de culpabilisation. On me regardait vivre et on était bien d’accord à l’effet que ma façon de vivre ma petite nature était profitable aux jeunes.

Après m’avoir laissé, la petite Hélène se maria à un Algérien, je crois, et finit par se suicider.

L’Islam est condamnable ne serait-ce que pour sa façon de percevoir les femmes et les homosexuels.  La Charia est une loi criminelle, car elle invite au meurtre et aux mutilations. Les hommes ne comprennent pas encore qu’on ne peut pas vivre comme à l’époque de Mahomet. Les femmes sont nos égales. Même Mahomet le reconnaissait, lui. Le pire, chaque fois qu’un crime est commis au nom de l’Islam, ce sont les musulmans qui se font encore plus détester. Pourtant, être musulman c’est comme être chrétien.

Dans ma tête, l’égalité de la femme est aussi essentielle pour modifier la vie que l’acceptation de la pédérastie qui signifie le droit de l’individu sur son corps et son esprit, car à l’avenir, l’individualisme sera une valeur plutôt qu’un obstacle à la socialisation.

En visite, j’étais parti faire un tour avec Gilles. Devant le cimetière à Barnston, je me demandais qui était enterré sous la neige, près de la clôture. J’avais beau chercher, je ne trouvais pas. Je m’y suis rendu pour voir, mais je n’appris rien, car il y avait trop de neige pour pouvoir lire sur les monuments.

Gilles me reprocha d’avoir dérangé les morts. Stupidement, j’ai commencé à me demander ce qui me ferait le plus de peine si quelqu’un mourait. Le choix était clair : papa ou mon chien Kiki. Je n’avais rien fait, à ma connaissance pour penser à ce choix.  J’avais honte intérieurement de m’offrir ce choix, car, même si je m’ennuyais énormément de Kiki, ce n’était quand même qu’un chien. Mon père est un humain à qui je dois tout, donc, aucune comparaison possible. Pourquoi une telle idée m’était-elle venue ?

De retour à Montréal, je dus me rendre un bon matin à l’hôpital pour des examens à l’estomac comme d’habitude. Je pensais à papa et j’ai décidé de lui dédier mon prochain livre Laissez venir à moi les petits gars. Dans ma tête, c’était le meilleur moyen pour lui rendre hommage. Même si papa n’acceptait pas ma pédérastie, il m’aimait bien et je l’admirais pour son courage. Il a toujours fait en sorte que nous ne manquions de rien, même si on était huit enfants vivants et il aida aussi de nombreuses familles à se tirer de la misère.

Quand je suis arrivé au bureau, on me dit qu’on avait une très mauvaise nouvelle à m’annoncer. Papa venait de mourir. Quel choc ! Quelle peine !

Ce n’est que quelques mois plus tard que je rêvais à lui. Il me montrait un mur que je trouvais affreusement laid. On aurait dit un paquet de merde. Il me fit avancer avec lui.  Je pouvais de plus en plus distinguer qu’il s’agissait d’une forêt. Elle était de plus en plus belle. À la fin, j’étais estomaqué de constater comment ce monde était merveilleux. La forêt devint un arbre. C’est alors qu’il me dit que s’il en était ainsi, c’est que chaque branche d’arbre était un petit gars de qui j’avais été amoureux.

J’en ai déduit que de l’autre côté mon père a pu vraiment juger ce que je vis. Il savait dorénavant que mes rapports avec les jeunes n’étaient pas des agressions, mais des romans d’amour.

Le problème avec les humains est que nous sommes pour le reste de notre existence marqués par les premières années de notre vie. Tout se passe avant six ans. Nous évoluons au fur et à mesure que notre corps se transforme. Notre capacité intellectuelle est correspondante à ce développement physique puisque maintenant on sait que le cerveau se développe tout comme le corps jusqu’à notre vie adulte. Nos réactions, nos impulsions sont les effets créés par les sécrétions chimiques ou électromagnétiques, d’hormones dans notre corps.

Nous sommes beaucoup plus dépendants de notre corps que les religions nous l’ont appris. Les religions nient le corps et sa beauté. Une erreur fondamentale, car si Dieu avait créé quelque chose de mauvais, il ne serait qu’un sale. Je n’en étais pas encore à me demander si nous avons été créés par Dieu ou le fruit de l’évolution. Freud disait que nier la mort est une forme de schizophrénie, surtout en y ajoutant une vie après la mort. Freud parlait aussi d’étapes dans nos développements personnels et même dans le développement de la conscience de notre réalité sexuelle. Le problème ce n’est pas la sexualité, mais la violence. C’est aussi l’ignorance dans laquelle on nous garde.

Devenir adulte, c’est devenir autonome. Pouvoir, penser par soi-même à partir de ses découvertes sur la vie.

Je suis devenu un adulte simplement plus lentement, plus tardivement que les autres. J’ai passé ma vie à me percevoir comme un être inférieur. J’étais fort comme un pou depuis ma naissance. J’étais plus noir qu’à la normale. J’apprenais à l’école qu’il faut devenir quelqu’un, influencer le cours des choses; mais je n’avais rien pour y parvenir. Je m’accrochais à ce qui me semblait mon point fort : croire que la vie est belle.

Quand j’ai découvert plus tard le corps des autres, je me suis mis dans la tête, comme bien des petits gars, que j’avais un zizi très peu développé comparativement aux autres ne sachant pas que j’étais dans le plus normal des normaux. La grosseur et la longueur ne sont pas les mêmes pour tous et surtout pas les mêmes pour tous à un certain âge donné. Si j’avais pu en parler, ça aurait changé les choses. J’aurais su que ça change vers 13-14 ans et plus tôt pour les plus précoces. J’étais bourré de complexes sans le savoir et si je n’avais pas voulu autant me comprendre, je n’aurais jamais eu la liberté d’esprit que j’ai maintenant.

En fait, mon cheminement a été pénible parce que les adultes autour de moi faisaient tout un plat de la sexualité. Je n’ai jamais cru sincèrement qu’il y a du mal ou de la perversité à vivre sa sexualité tant que c’est sans violence et consenti.  Autant les jeunes que moi n’avons jamais éprouvé autre chose que de l’amour dans sa plus pure complicité. Le plaisir fut toujours au rendez-vous.

Malheureusement, je suis trop vieux pour recommencer les luttes d’antan.

J’ai énormément lu et assez vécu pour me poser de nouvelles questions. Depuis, je suis capable prouver que notre société est absolument arriérée quand il s’agit de sexualité. Nous voyons la sexualité comme l’Église nous l’a enseignée et nous sommes incapables d’échapper à leur ignorance.

En fait, j’ai commencé ma vie d’adulte, en adoptant Shuhed et Rouhed et en devenant  enseignant. J’ai commencé à vivre le jour où j’ai cessé d’avoir peur. J’ai commencé à vivre quand j’ai cru en moi. Ce n’est pas pour rien que depuis je crois que l’essentiel quand on est jeune est de s’accepter tel que l’on est.

J’essayais de comprendre pourquoi je suis ce que je suis. Ma vie sexuelle était sûrement un facteur prépondérant. Ma pédérastie était une forme de fixation à ma vie d’enfant. Pourtant, je n’avais jamais été réprimé et puni pour mes agissements sexuels pour la simple raison que mes parents ne le savaient pas et pour moi il n’y avait rien là. Cette manière de voir les choses n’a pas changé d’un iota. Ma sexualité était un geste de curiosité comme pour tous les enfants du monde. Un plaisir a partagé. J’étais plus normal que l’Église à ce sujet, car elle s’obstine à y voir du mal.

Pour moi, comme à l’époque de la Grèce antique, la sexualité était bonne, un plaisir. La société était un frein, un arrêt dans mon évolution, car elle me privait de vivre une relation physique avec ceux qui me fascinaient. Elle m’empêchait de me créer une morale personnelle. Je ne l’acceptais pas parce que les lois à ce sujet sont ridicules et basées sur la peur et non sur la compréhension et la responsabilité.

On fait toujours croire qu’il y a de la violence, des traumatismes dans des rapports pédérastes alors que c’est absolument faux. Ces relations sexuelles sont la recherche du plaisir, de faire plaisir à celui de qui on est amour. C’est loin d’être la recherche d’un pouvoir. Le pouvoir est une obsession d’adulte. Le vrai pouvoir en pédérastie c’est le jeune qui l’a; car on ne veut que lui faire plaisir. Il a un pouvoir émotif extrêmement grand. Le pédéraste cherche que son bien au- delà de la sexualité..

La peur de la pédérastie des féminounes est une projection de leur propre peur de la sexualité. La peur de la pédérastie est une peur de l’homosexualité. C’est la peur de l’autre, de celui qui est différent.

Quant à la pédophilie, on la retrouve surtout chez les hétérosexuels probablement simplement parce qu’ils sont plus nombreux.

Notre société veut tout niveler. Elle accepte seulement l’hétérosexualité et prétend que le seul but de la sexualité est la procréation. En fait, on a peur que l’enfant aime tellement un rapport sexuel gai qu’il change d’orientation sexuelle à partir de ce moment. Ce qui est impossible. Cette conception est basée sur l’ignorance puisqu’elle ne fait aucune nuance entre la sexualité, l’affectivité, et la génitalité strictement localisée aux organes de plaisir. Pour y arriver, on ne fait aucune différence entre un pédéraste et un psychopathe. On essaie de nous faire croire que toutes relations pédérastes reposent sur la sodomie, ce qui est très loin d’être vrai pour tout le monde.

La sodomie est un choix individuel. Dans le Code pénal, c’est un acte visé en particulier. La sodomie, à mon avis, ne se réalise pas sans douleur, ce qui la rend très peu intéressante. Peut-être qu’un jour quand je l’aurai essayé, je changerai d’avis.

D’autre part, la société idéale que j’avais perçue dans ma compréhension de l’Évangile devenait une société hautement hypocrite. « Fais ce qu’on te dit et non ce que l’on fait.»

L’instruction, le savoir, me révélait que ceux qui nous prêchent cherchent à nous diriger, à nous écraser pour conserver leur pouvoir. Ce sont des exploiteurs. Ils nient les connaissances de la science. Comment peut-on croire sans douter? Qui peut affirmer sans crainte de se tromper que ce qu’on nous enseigne s’est vraiment passé, il y a plus de 2,000 ans? Qui peut en témoigner, personne de cette époque vit encore? Comment Lazare pouvait-il être mort, ressuscité et mourir encore? Ça n’a pas de sens. Mais, réfléchir à partir des textes bibliques me semblait toujours un moyen de rechercher la Sagesse.

Je n’ai jamais été un être docile qui accepte tout ce qu’on veut lui faire croire. Je veux et je dois d’abord comprendre. Et, pire j’ai appris chez les Jésuites que ma vision de la religion était d’une naïveté sans borne. La religion repose sur l’ignorance et l’émotivité. La spiritualité est différente des religions. Les religions sont des règles et non des dogmes. Les Jésuites m’ont ouvert les yeux.

La vieillesse est un autre stade que je vis présentement. On se met à reculer avec la dégradation physique.

Qu’on le veuille ou non, notre vie intellectuelle, émotive, spirituelle dépend de notre corps. Le corps est l’instrument de la perception et de l’interprétation de notre réalité. Si le corps se dégrade trop, l’esprit est perturbé.

Par contre, nous ne sommes pas qu’un corps. Il est seulement le conducteur de la vie. Le « Je », notre conscience, se forme et se dégage pour enfin se distinguer du grand « Tout énergétique » qu’est notre réalité totale, réelle. C’est une des plus grandes découvertes faite sur nous, les humains. Nous ne sommes pas ce que nous pensons être. Nous sommes une infiniment petite énergie perdue dans un univers infiniment grand. Pouvons-nous être en contact avec lui et en être conscients? Notre destin est-il autre chose que le fruit de notre contact avec notre environnement? Un hasard intelligent, comme disait Einstein.

La faculté la plus essentielle est la conscience. Sans elle, nous existons, mais nous ne le savons pas? Est-ce ça la vie après la mort? Un trou absolu. Une énergie qui ne sait même pas qu’elle existe?

C’est la conscience, qui interprète tout. Nous sommes la continuité de  l’existence de la vie et notre corps est l’instrument de conscience qui nous permet de nous en apercevoir. C’est la réponse à la grande question à savoir s’il y a une vie ou non après la mort. Cette question, cette peur, est à la source des religions. Ce sont des interprétations qui mises au service des institutions devient une force plus grande que les multinationales. L’insécurité humaine est la plus grande source de revenus à exploiter.

Enfant, sans qu’on puisse réfléchir, nous développons nos qualités et nos défauts. Nous sommes alors à la merci de notre environnement. Nous ne pouvons pas avoir déjà un esprit critique simplement parce qu’on n’a pas assez d’expériences pour pouvoir mesurer les événements. Nous ne pouvons pas nous défendre. Nous sommes une éponge. C’est la raison fondamentale pour laquelle je suis contre la pédophilie.

Le pouvoir responsable de choisir est à mon avis inexistant avant au moins 10 ans.  À partir de 10 ans, la force des hormones et l’arrivée de la symbolisation entrent en ligne de compte et réveillent nos besoins sexuels. Nous sommes un individu plus complet. Un individu qui rêve de durer et faire sa marque. Tout cela se vit dans l’espace de quelques années et non à une date précise.

.Mais comment développer notre connaissance sur la sexualité si nous ne pouvons rien expérimenter? Comment se définir si on a peur de tout?

Les religions tiennent absolument à être vécues et enseignées dès l’enfance parce qu’elles produisent une empreinte indélébile qui agira sur nous le reste de notre vie, grâce à son approche sur la sexualité.. On confond ce que l’on doit croire, ce qui est spirituel avec les religions comme modes de vie. Les rites ne sont que des inventions humaines. Un moyen de se faire de l’argent ou de dominer. Les rites sont comme les commandements de l’Église et la Charia des règles inventées par les autorités religieuses. Ces règles sont souvent complètement débiles.

Les religions peuvent en inventant des modes de vie diriger tous les gestes et toutes les pensées de chaque individu. C’est une déformation de ce qu’elles devraient être.

C’est la raison fondamentale pour laquelle il ne faut pas que les religions soient enseignées à l’école, du moins, avant le cégep. C’est trop tôt pour qu’un individu puisse en toute liberté se créer une conscience personnelle. La seule voie pour enseigner les religions plus hâtivement est le respect que tous doivent avoir les uns envers les autres et le droit de ne pas penser comme tous tant qu’il n’y a pas de violence. Or, depuis toujours, les religions sont des sources de haine et de discriminations de toutes sortes.

La confession, un outil religieux, avait le pouvoir absolu sur notre vie intellectuelle et émotive. Le philosophe Foucault démontre dans ses écrits le pouvoir de l’aveu et de la confession dans la vie quotidienne des gens au 17e siècle. La confession est au centre de la répression sexuelle. Ce fut l’instrument privilégié. Ce fut ensuite les médecins qui ont inventé tout un vocabulaire monstrueux autour de la sexualité de manière à développer une forme de haine des déviances sexuelles que l’on n’arrivait pas à expliquer. On a alors créé un index de ce qui est normal et ce qui ne l’est pas. Évidemment, tout tenait sur la fréquence des comportements rencontrés, niant la sexualité des enfants. La masturbation ou la précocité devinrent des comportements à proscrire.

La religion est un héritage familial, culturel. Ce savoir sera une empreinte qui te marquera toute ta vie. Elle dirigera tes croyances et ton jugement sur tout ce qui adviendra dans le futur. Nous apprenons à réagir devant ce qui nous rend heureux ou malheureux. Nous ingurgitons la vie quotidienne et sans s’en souvenir plus tard, ce sont ces événements qui feront de nous ce que nous sommes. Ils créeront notre inconscient. La religion forme notre émotivité. Notre capacité à juger grâce à notre faculté de comparaison. Plus nous sommes riches d’expériences, plus nous sommes capables de porter un jugement. De plus, notre mémoire alimente nos décisions, notre esprit critique. . Il est donc normal de s’assurer que ce qui nous marquera soit quelque chose qui améliorera notre jugement et non des explications imaginaires comme dans les religions.

Les expériences créeront notre capacité à saisir les choses en dehors de leur apparence, c’est-à-dire qu’avec l’adolescence, il ne se produit pas que des changements physiques, mais notre capacité intellectuelle s’arme d’un autre pouvoir, celui de la symbolisation et les hormones orientent différemment nos besoins.

Les événements ne reproduisent plus nécessairement qu’une réalité. Nous devenons capables de les comparer, les classer et réagir différemment, même en dehors de ce que l’on nous a appris. Avec ce nouveau pouvoir intérieur, on peut former notre propre jugement, notre propre morale.

Avec l’adolescence, on devient de plus en plus enfin « soi-même ». On est capable de plus en plus d’évaluer les situations. L’autonomie est le but fondamental de l’éducation.

Bébé, nous cherchons à obtenir l’amour de nos parents et de nos petits copains/copines puisque nos sentiments deviennent une partie de soi. Presque tout est de l’ordre du non verbal au point de vue émotif, ce qui constitue notre prise de conscience et notre mémoire émotive. C’est pourquoi les enfants qui ont été caressés génitalement par leurs parents dans le cadre de leur culture ont une personnalité plus heureuse, plus stable et plus épanouie. Ces sociétés ne font pas face au suicide à l’adolescence parce que les enfants ont connu, grâce aux parents, ce qu’est la stabilité et le plaisir. Ils ne sont pas divisés par la dualité corps esprit comme dans nos religions. Ils n’ont pas honte d’être sexués. Ils obéissent à la leur nature qui à travers les expériences de vie modèle une morale personnelle.

À partir de l’adolescence, nous créons notre propre personnalité. Enfant, on se développe en imitant les autres et en craignant de ne pas être aimé, ce qui nous guidera durant toute notre vie d’adulte. Comme le disait mon bon ami Freud, dans le développement d’un individu, la personne peut demeurer fixée à un stade de développement, régresser vers un autre ou sublimer un besoin que l’on n’arrive pas à admettre dans notre personnalité réelle. C’est ainsi que la sexualité fut remplacée par l’argent, les biens, le pouvoir, car ces gens n’arrivaient pas à vivre une vie sexuelle intéressante. La sublimation est la marque et l’origine de notre civilisation.

Dans mon cas, le fait d’avoir vécu avec un curé qui me confessait presque tous les matins parce que je m’étais masturbé la veille a été une façon de me déculpabiliser, car je pouvais ainsi continuer de communier et de vouloir devenir un petit saint. Objectif que tout bon-chrétien poursuit malgré ses faiblesses.

Ce qui était intéressant dans la religion catholique, c’est que la confession était devenue avec le temps un moyen de te déculpabiliser. « Va, mais ne pêche plus». Tu pouvais pécher, mais avec l’absolution, tu redevenais blanc comme neige.

C’est sans le vouloir ce qui à mon avis confère au christianisme sa supériorité sur les religions plus scrupuleuses et par conséquent moins humaines. Il laisse une place à l’erreur. Personne n’est parfait et ce n’est pas une raison pour se haïr. On ne peut pas aimer les autres si on ne s’aime pas soi-même. C’est la suite normale du « Connais-toi toi-même » de Socrate.

Un sourire venu d’enfer 44

novembre 30, 2020

Autobiographie approximative

pp. 367 à 373

De la pédérastie à la paternité

À la maison, mes rapports avec Robert s’étaient à nouveau améliorés. Il venait plus souvent à la maison. J’aurais aimé qu’il me parle de son père pour savoir ce que je représentais exactement dans sa vie. Quant aux petites Haïtiennes, à cause des classes, elles venaient moins souvent. Leurs travaux scolaires étaient plus exigeants. Je vivais presque une vie rangée. Je m’ennuyais un peu.

Que je le veuille ou non, mon désir d’être père avait démesurément augmenté avec Patrick. Sans m’en rendre compte, cette expérience avec lui avait imprimé en moi le désir d’être responsable d’un petit gars et surtout de l’aider à devenir grand. Par contre, la paternité donnait naissance à un nouveau problème : un père ne joue pas aux fesses avec son petit gars, car ça peut le mélanger.

Un pédéraste est un ami très intime, très complet; mais ce n’est pas un père parce que le père doit se servir de son autorité et l’autorité est le pire ennemi de la pédérastie. La paternité exige d’être un cran différent de la pédérastie, car elle ne permet pas une intimité aussi complète que la pédérastie. Par contre, sur le plan de la survie, la paternité est plus engagée et plus responsable. La relation pédéraste est plus d’ordre émotif et d’échanges. Elle est condamnée à ne pas durer, ce qui est tout à fait différent de la paternité. Et, il faut s’assurer que la séparation ne traumatisera pas émotivement le jeune.

Le père est considéré plus comme un pourvoyeur. Il doit donner de manière tout à fait gratuite, alors que la pédérastie repose sur l’amour qui s’établit entre les deux amants. Un échange. La fonction n’est pas la même; la fin, non plus.

Je n’étais peut-être pas encore rendu à ma dernière prise de conscience.

Avec le temps, Ted devenait de plus en plus écrasant. Il voulait savoir comment se présentaient les élections.

Je ne lui faisais pas complètement confiance à cause de la violence de son discours et surtout parce qu’il était issu des Jeunes Canadiens, un mouvement que les journaux ont décrié comme étant complètement infiltré par la GRC.

Devant mon peu d’intérêt à tout lui raconter, Ted décida d’employer les grands moyens. Sa violence verbale, loin de me faire ouvrir la trappe, me portait à être encore plus méfiant.

Cette situation rendait les élections encore plus électrisantes.

Le jour du scrutin, alors que je travaillais pour Gérald Godin dans un bureau de vote, Robert Bourassa fit son entrée. Il donnait la main à tous ceux qui y travaillaient.

Quand il s’est présenté à moi, j’ai refusé de lui serrer la main. Bourassa est devenu un peu plus rouge et son entourage sembla tout à fait décontenancé. Bourassa fit quelques pas, puis se retourna vers moi et dit :

  • T’as bien la face du parti que tu représentes.
  • Laisse faire mon Bourassa, tu as assez écrasé les gens de l’Estrie, des Vauxcouleurs, que jamais on ne t’oubliera.

La représentante libérale trouvait que mon geste n’était pas très poli, mais elle se dit étonnée de l’attitude de Bourassa.

  • Ce n’est pas la première fois que des gens refusent de lui serrer la main aux élections, mais jamais je ne l’ai vu réagir aussi violemment. Habituellement, il leur passe la main dans les cheveux en leur disant que le « péquisme » leur passera.

Je lui ai expliqué que Bourassa et Jean Marchand étaient, selon ce qu’on m’avait raconté, les responsables de mon renvoi à La Tribune de Sherbrooke.

« Ils ont fait pression pour me faire perdre mon emploi, mon assurance-chômage et mon bien-être social. C’est à mon tour d’essayer de lui faire perdre son emploi.»

La dame dit comprendre ma réaction et m’avoua que ses enfants étaient tous membres du Parti Québécois.

À la fin de la journée quand Bourassa réapparaissait dans le décor, il se tenait à l’autre bout de la salle.

Le soir, je n’étais pas encore sorti que les résultats étaient déjà connus. J’avais peur que les libéraux volent les boîtes de scrutin et qu’ils en changent le contenu. Cela c’était déjà vu. C’est toute la confiance que j’ai dans l’honnêteté des libéraux.

À mon arrivée au rassemblement des partisans de Gérald Godin, j’ai été accueilli par la grande nouvelle. Je n’osais pas le croire :

  • Godin élu, le Parti Québécois majoritaire.

J’aurais pleuré de joie, mais la surprise était trop grande pour y croire. Même si depuis une semaine, j’étais convaincu que le Parti Québécois serait élu, à moins que les libéraux réussissent à voler les élections ou fassent un coup de cochon sans précédent, ça semblait tenir du rêve.

Au cours de la même semaine alors que j’entrais à pied à la maison, je me fais klaxonner. C’était le Cid, le Mexicain que j’avais contribué à faire sortir de la prison de Bordeaux qui m’appelait.

Le Cid m’a dit avoir reçu sa citoyenneté canadienne grâce à mes démarches et la collaboration du journal Le Jour. Non seulement il était maintenant citoyen canadien, mais toutes les accusations qui avaient été portées contre lui avaient été retirées.

  • Je demeure dans le comté de Mercier et j’ai voté pour le Parti Québécois. J’ai longuement hésité. Les libéraux nous disaient que si nous votions pour le Parti Québécois, nous serions tous déportés dans nos pays d’origine.

Un soir, en allant mené Bourassa dans un restaurant grec, je l’ai vu en compagnie des manias de la pègre. Voyant avec quelle belle famille il se tenait, j’ai décidé d’appuyer le PQ, me dit-il.

Était-ce vrai? Je n’en sais rien, mais le chantage a toujours été la base de la politique des libéraux contre l’indépendance.

Les libéraux sont les vrais terroristes.

45

Enfin du travail!

Quelques jours plus tard, je me trouvais un emploi dans un bain sauna, rue St- Laurent. Je nettoyais les planchers. J’aimais beaucoup ce travail, car bien des petits vieux me faisaient des yeux doux.

Par contre, les ordres étaient formels, sous menace de congédiement : en aucun temps, nous ne devions accepter qu’il y ait racolage dans les corridors. Nous devions aussi empêcher quiconque d’y introduire de la drogue.

J’y travaillai un petit bout de temps, renouant avec mon désir de plaire aux vieux. Ce désir s’affirmait au point de concurrencer ma pédérastie. Cette démarche de putain ne me rendait-elle pas aussi heureux tout en étant moins dangereuse?

Deux jours après, mon départ du bain sauna, j’ai rencontré un confrère de travail qui m’apprit que la veille, la police avait fait une descente. Puisque je venais de partir, certains ont même pensé que je m’y étais infiltré pour la police. Après lui avoir exposé ma position, il a vite conclu que ces rumeurs n’avaient aucun sens. Je détestais alors trop la police pour collaborer avec elle. Si j’avais été un indicateur, je n’aurais pas fait deux fois de la prison. Il s’engagea à passer le message auprès de mes anciens patrons.

La descente de police a été effectuée sous prétexte qu’il y avait de la drogue. Dans ses recherches, la police a effectué sans raison pour 2,000 $ de dommages matériels. La police avait agi en véritable sauvage. Ils savent se comporter en écœurant quand ils ne sont pas forcés de répondre de leurs actes.

La police de Montréal se comporte vis-à-vis les homosexuels (gais) comme de vrais  hitlériens.  Si  elle  pouvait  tous  nous  tuer,  elle  le  ferait  probablement volontiers avec la bénédiction des Drapeau-Ryan. Elle ne respecte même pas la loi des droits de la personne. Elle brutalise et s’excuse ensuite, si l’opinion publique manifeste une certaine réprobation.

Ted ne voyait pas ma décision de travailler chez les gais du même œil. Il était irrité que je ne profite pas de l’accession du PQ au pouvoir pour me dénicher un emploi. Il a décidé de me faire comprendre à coup de gifles que ma place n’était pas dans un bain sauna.

Pour la première fois de ma vie adulte, j’ai répliqué aux coups. Je lui ai sauté dessus et je lui ai montré, sans le frapper, que j’étais aussi fort que lui. Je me contentais de le retenir par terre.

J’interprétais son geste comme étant celui d’un indicateur de la GRC. À force de me faire critiquer et écraser, j’avais peut-être développé une petite paranoïa, basée sur la sous-estime de « moi ». J’ai décidé d’entreprendre des démarches pour aller vivre ailleurs.

Pourquoi Ted voulait-il que je travaille absolument au gouvernement? Quelles informations espérait-il?

Ma décision de déménager a été sans retour quand un ami me demanda ce que je faisais avec un indicateur de la GRC. J’étais encore bien plus énervé.

Ted a changé de tactique. Ted a laissé son travail d’éboueur et il a trouvé un emploi comme animateur dans un projet « Canada au travail ». L’employeur  était la Fédération des Unions de familles, un mouvement de droite.

Ted a proposé que je sois approché pour le seconder dans ce travail, ce qui fut fait. Ce mouvement de droite était dirigé par un ancien de Sherbrooke qui me connaissait de réputation.

J’hésitais parce que j’étais maintenant convaincu que Ted était un indicateur; quoiqu’aussi souvent je me disais que c’était complètement impossible. Je me méfiais de ma paranoïa qui, qu’on le veuille ou non, est une forme de maladie mentale.

Quant à mon futur patron, les pressions étaient nombreuses. Tout le monde lui conseillait de ne pas m’embaucher.

Il a décidé de risquer sa chance, et moi, après réflexions, j’ai opté pour le fait que je ne pouvais pas vivre toute ma vie sur le bien-être social. Je devais travailler. J’étais certain de trouver un moyen de travailler, être efficace, tout en n’ayant pas

à craindre de me faire espionner par Ted.

J’ai commencé mon travail en l’orientant sur le problème qui me semblait le plus urgent à résoudre : le logement.

J’ai travaillé six mois à la Fédération des Unions de famille : le temps d’organiser un colloque sur le logement et de publier avec Parti pris, mon livre sur le logement : Avant de se retrouver tout nu dans la rue, un livre essentiel pour comprendre le problème du logement. C’était la première fois qu’un livre traitait du sujet.

Ted mit tous ses efforts pour torpiller le sommet sur le logement et le récupérer pour la go-gauche. Je paniquais au travail, sans exprimer mes doutes sur les allégeances de Ted, d’où j’écopais de tous les reproches des patrons de l’Union des familles.

À cause de mes doutes, je ne pouvais pas trop compter sur Ted. J’étais convaincu qu’il ne ferait pas son travail pour faire échouer mes efforts. Au colloque, il n’a même pas vérifié la qualité du son, ce qui entraîna l’effacement complet de tous les vidéos qui avaient été tournés.

Les patrons me percevaient de plus en plus comme un extrémiste. J’étais le premier soupçonné dès qu’il y avait une menace d’avoir un témoignage marxiste.

Je voulais seulement laisser tout le monde s’exprimer. Quand les responsables des mouvements de go-gauche empiétaient sur le temps des autres, j’étais immédiatement perçu par les patrons comme celui qui avait tout manigancé en ce sens. Ils songèrent même à me congédier sur-le-champ.

Après discussions, ils durent convenir que j’avais simplement fait montre de sagesse en n’intervenant pas, laissant ainsi le débat prendre de la qualité en profondeur. Cela avait aussi permis un compromis qui empêcha le colloque d’éclater en plein milieu des discussions tant les tensions étaient grandes.

En plus d’avoir toujours été dans l’eau bouillante, j’ai produit Avant de se retrouver tout nu dans la rue dans un temps record, quoiqu’il ait des centaines de pages de plus que prévu. Parti pris n’appréciait pas que le manuscrit ressemble plutôt à un dictionnaire brouillon. J’étais convaincu que dans les circonstances personne n’aurait pu faire mieux.

J’ai réussi à écarter Ted en l’orientant sur un autre projet touchant les mères monoparentales alors que je travaillais sur celui que j’avais créé. Je ne l’informais jamais, ce qui fit monter les tensions entre nous à un tel point que les dirigeants ont cru que le projet n’arriverait jamais à se rendre à terme.

Ce fut une expérience extraordinaire, mais épuisante. Je me sentais déjà brûlé après six mois. Malheureusement, la Fédération des familles ne voulait pas me réengager pour poursuivre l’expérience en septembre. La raison état bien simple: je publierais avec Parti pris mon livre Laissez venir à moi les petits gars.

C’était pour le moins que l’on puisse dire incompatible avec leur philosophie. La Fédération est un mouvement de droite et ce livre est une dénonciation de l’hypocrisie et de l’oppression inhumaine de l’Église face à la pédérastie.

Comme il fallait le prévoir, un pays qui se pourfend à se prétendre le royaume de la liberté d’expression me forçait à me taire et avaler ma pilule.

Un sourire venu d’enfer 43

novembre 29, 2020

Autobiographie approximative

pp. 358 à 367

Crise à Radio Centreville

À Radio Centreville, j’avais fait part à notre responsable de mon projet de mettre sur pied une série d’émissions qui porteraient sur l’homosexualité.

En principe, le projet fut vite retenu. J’ai même commencé à organiser mes entrevues. Ce projet était d’autant plus important que de nombreux gais vivaient dans le quartier.

Ayant longtemps travaillé dans ce milieu en écrivant des articles, il me semblait possible de facilement relever ce défi. Je voulais dans ces émissions faire connaître toutes les versions du problème et particulièrement celles de ceux qui les vivent.

C’était encore tout un problème de vivre gai. À part Montréal, la police avait souvent un comportement véritablement malade face aux gais, ces anormaux.

Un autre de mes projets était d’organiser le plus d’entrevues possible avec les mouvements du quartier, suivre leur évolution à la semaine ou du moins au mois et fournir des blocs d’information aux émissions animées par les permanents. Les média sont pratiquement les seuls à permettre une évolution de la pensée. Un petit travers que j’ai gardé comme journaliste : la recherche de la Vérité.

Même si j’étais assisté social, j’avais un bagage de sept ans de journalisme. J’étais fou de joie de pouvoir retourner dans le monde de l’information.

J’aurais travaillé gratuitement toute ma vie dans l’information tant je trouvais ça intéressant et important. C’est le métier le plus important, après l’éducation et la médecine, pour aider une société à évoluer.

Ce métier permet à lui seul à implanter une vraie démocratie.

À mon avis, un bon journaliste se doit à la population qu’il dessert. Aussi, il ne peut pas être un simple transmetteur d’informations, il doit s’assurer que ces informations sont pertinentes et surtout vraies. Comment un journaliste consciencieux peut-il transmettre des informations biaisées pour un pouvoir quelconque? La vérité est le fondement absolu de l’information. Puis, l’analyse devient tout aussi importante pour comprendre.

Tout le monde devrait avoir le droit absolu de parole, tant que l’on ne prône pas la violence. C’est un droit qui devrait même exister dans toutes les religions, chez les communistes, les capitalistes, les syndicats et les minoritaires. Les gens décideront ensuite ce qu’ils veulent retenir. La censure est le mépris de l’intelligence.

Ma lutte pour la liberté absolue de la presse est aussi vieille que mon expérience du journalisme. Elle ne souffre aucun compromis.

Un dimanche, j’ai rencontré Gilles Laflamme, un animateur bénévole qui organisait quelques émissions chaque semaine. Gilles accepta mon invitation à venir prendre une tisane à la maison. Nous avons discuté de la possibilité que je participe à ses émissions de poésie. Gilles était un bonhomme intrigant et fort cultivé. Un gars très agréable dans une discussion.

Il fut convenu que celui-ci se servirait de certains de mes travaux pour alimenter ses émissions. J’étais bien content. Puisque Gilles semblait un gars ouvert, j’étais persuadé que ce serait très facile de travailler avec lui.

Octobre 1976. Un vrai miracle. Bourassa a enfin déclenché des élections. Je suis décidé plus que jamais à faire tout ce qu’il est en mon pouvoir pour le faire battre.

Certains étudiants en radio décident de s’informer à savoir ce que la station fera à l’occasion de cette campagne électorale. La direction demeure silencieuse. J’écris une lettre, après avoir tenu une réunion à ce sujet, mettant la direction en demeure de nous recevoir et de s’expliquer.

Durant ce temps, un étudiant s’informe auprès du Conseil de la Radio et de la Télédiffusion (CRTC) de nos droits. Comme étudiant, nous proposons de faire  un travail semblable à celui réalisé à l’occasion de la grève des hôpitaux et des transports publics. Nous voulions réaliser des entrevues avec le public et rencontrer les candidats des comtés desservis par Radio Centreville ou Cinq FM.

Nous étions persuadés que la direction réagissait ainsi, en se servant de ses avocats, pour camoufler le désir d’autocensurer l’information, en réponse à un chantage appréhendé d’Ottawa. La station n’avait pas encore reçu les subventions promises par le fédéral et devait se présenter bientôt devant le CRTC. Nous n’avions pas l’intention d’accepter un tel bâillon d’Ottawa.

Nous avons obtenu une rencontre avec les dirigeants où nous avons fait prévaloir la pertinence de nos suggestions puisqu’aucune grande station de radio ne fait connaître les candidats locaux. Il est important de savoir ce que ceux-ci nous réservent à l’échelle du comté. Ces politiques influenceront directement la vie de quartier et une radio communautaire doit suppléer à ce manque d’information. Pour nous, tous les partis, même le Parti des travailleurs devait avoir le même temps d’antenne. Tout le monde devait répondre à nos questions.

La direction de Cinq FM prétendait que le CRTC obligeait les stations à consacrer un temps égal à chaque parti politique; mais que ce travail devait être fait par les permanents seulement.

Les discussions en dehors des réunions faisaient mieux ressortir la vérité.

Cette attitude antidémocratique visait un autre but politique qui servait les libéraux à maints égards. Les permanents clamaient toutes les cinq minutes qu’il n’était pas question d’accorder ne serait-ce que cinq minutes à Claude Charron, dont le comté faisait pourtant partie intégrante du territoire de Cinq FM. Les responsables nous interdisaient même de nommer les candidats péquistes de nos comtés.

Pour toute information, le public avait droit à la lecture des articles du Devoir et du commentaire des permanents francophones qui appuyaient de plus en plus ouvertement le Parti des Travailleurs du Québec. De toute évidence, les responsables de la station étaient anti péquistes.

Je ne cherchais pas un affrontement avec les annonceurs. Comme eux, je trouvais souvent le Parti québécois trop à droite. Aux élections, j’optais cependant pour un regroupement derrière le Parti québécois puisqu’il était le seul à pouvoir réaliser l’indépendance du Québec.

Il était évident qu’en élisant un gouvernement marxiste, jamais les États-Unis n’accepteraient une telle situation. Je ne voulais pas du Chili à Pinochet au Québec. La CIA est le pire ennemi de la démocratie. On devrait parfois se demander le rôle que la CIA a joué dans les événements d’octobre.

Pour éliminer les tensions et quand même aider la population du quartier, j’ai réalisé, lors d’une convention péquiste, un sondage à savoir quel était le problème le plus crucial du secteur. Je rejetais, par autocensure, toutes les solutions se basant uniquement sur le besoin de changer de gouvernement. Je voulais des solutions concrètes, à des problèmes concrets, pas du pelletage de broue. Ainsi, hors de toute partisannerie, il était possible de faire ressortir les besoins de la population et leur faire émettre leurs opinions quant à la solution.

Il fut établi hors de tout doute qu’au centre-ville de Montréal, le problème numéro un était le logement.

J’ai voulu organiser des entrevues sur ce problème. Le responsable de l’organisme, Sauvons Montréal, Michael Fish, a accepté mon invitation.

Dans une longue entrevue, il résumait la situation et prenait position contre le socialisme. Même si à mon avis, il se trompait, l’impartialité demandait que son opinion soit entendue. J’ai élaboré le montage de deux entrevues à être diffusées séparément.

Entre temps, j’avais commencé à travailler pour Lyne Bourgeois, candidate péquiste dans St-Louis. Ma participation fut à peu près nulle. J’étais quasi ignoré.

Devant cette inutilité, j’ai offert mes services dans le comté de Mercier où j’ai été accepté comme représentant de Gérald Godin, un poète et dirigeant à Québec- Presse. On se connaissait déjà. J’étais encore plus ravi de lui donner un coup de pouce.

J’étais bien fier de faire du porte-à-porte. J’apprenais ainsi à mieux connaître les objections de la population à la souveraineté-association. Dans Mercier, une forte partie de la population est âgée. Les libéraux leur faisaient croire toutes les peurs possibles et impossibles. La plus caractéristique était de prétendre que les personnes âgées perdraient leur pension de vieillesse avec l’avènement du Parti québécois. Le PQ est au pouvoir depuis deux ans et rien de cela n’est encore arrivé.

Je prenais ce travail bien au sérieux. Je me suis même rendu à une joute de hockey pour réaliser la véracité des dires d’un électeur qui faisait ressortir le besoin de construire un nouvel aréna pour répondre aux besoins de la population du centre de Mercier.

L’atmosphère dans le clan Godin était nettement meilleure. La méfiance n’existait pas comme dans St-Louis où plusieurs cherchaient des postes plutôt que de remporter l’élection.

Apprenant que Lyne Bourgeois et Harry Blank devaient se rencontrer à la réunion de Sauvons Montréal, j’ai obtenu la permission de Cinq FM de couvrir l’événement pour la radio.

Le lendemain, lors de l’entrevue en direct, j’en ai profité pour contrevenir à l’ordre absurde de ne pas nommer la candidate du comté. J’ai rappelé que Lyne Bourgeois a sommé le député libéral sortant de se présenter dans un débat public. Quand je parlais de la candidate péquiste, je l’appelais Lyne Bourgeois quand je parlais d’Harry Blank, je le nommais « le candidat libéral sortant ». Une guerre de bébé finalement. Faire le contraire des ordres parce que je les trouvais antidémocratiques alors que je ne faisais pas mieux.

Ce fut le scandale. Les discussions ont repris à plus vive allure.

  • Le Parti québécois est un parti de bourgeois.
  • Même s’il est souvent à droite, il est le seul à pouvoir réaliser pacifiquement l’indépendance.
  • En appuyant un parti de gauche forcément minoritaire, c’est faire le jeu des libéraux.

Petit à petit, j’ai pris conscience de certains points secondaires. Si j’étais éloigné du Parti québécois; je l’étais encore plus sur l’essentiel de la pensée de ces nouveaux curés du marxisme. Je n’appuie pas l’idée qu’il faille que les gens crèvent le plus possible de faim pour les amener à la révolution.

Je commençais à saisir les nuances entre la gauche et la go-gauche. La go- gauche est fanatique et antidémocratique, tout le contraire de la vraie gauche. Elle vise qu’à renverser le capitalisme et elle se fiche bien de la population pourvu que sa pensée pénètre, que le message passe. Elle caricature tellement la gauche qu’elle engendre un appui au statu quo.

Pour les adeptes de la go-gauche, rien n’existe après Marx. Aussi, comme Marx, ils rejettent tout nationalisme. Selon eux, le nationalisme, c’est un nouveau péché.

Pour la go-gauche très souvent infiltrée par la GRC, le Parti québécois est un ennemi terrible.

Tout en étant de centre gauche, le PQ laisse entrevoir la possibilité d’une société nouvelle qui ne rejette pas carrément intégralement le capitalisme, mais essaie plutôt de le civiliser, tout en n’intégrant pas complètement le marxisme, mais en servant de sa grille d’analyse sociale. C’est le rejet du Chili de Pinochet comme de la Russie, ces nouveaux pays dominés par le capitalisme d’État que l’on appelle communisme.

Il a fallu peu de temps pour que je sois identifié comme petit bourgeois. Je comprenais de moins en moins : comment puis-je être un petit bourgeois tout en vivant de l’assistance sociale.

Ma participation à Radio Centreville devenait de plus en plus une guerre ouverte.

J’ai à nouveau rencontré Gilles Laflamme et nous nous sommes entendus à savoir que je participerais en direct à son émission. Nous avons établi une feuille de route qui comprenait une entrevue avec le président de Sauvons Montréal, Michael Fish, sur le problème du logement; quelques farces sur les pannes d’électricité appréhendées; l’annonce d’une série d’émissions sur l’homosexualité.

Être gai ne concernait en rien Gilles puisque ce n’était pas son orientation sexuelle; mais il était assez évolué pour comprendre que la vie des gais est parfois loin d’être rose.

Dans une seconde partie, je ferais part de mes expériences à la Tribune et de mes voyages dans l’Ouest. Le tout devait être couronné par une lecture de « SPEAK WHITE« , de Michèle Lalonde.

Je voulais y mettre le paquet, tout en respectant les ordres de la direction. J’étais encore très loin de considérer l’équipe comme des ennemis. J’espérais qu’elle se rallierait à mon point de vue : il faut profiter des élections pour décrocher des solutions aux problèmes des gens que l’on dessert.

Je rêvais en couleurs. Pour les permanents, j’étais la pourriture introduite dans un panier de bonnes poires.

À mon arrivée à la station, avant d’entrer en ondes avec Gilles, j’en ai profité  pour travailler à d’autres montages. Je m’attendais à de vives protestations de la direction, si le contenu de l’émission leur était connu avant. Si mes craintes étaient justifiées, tout ce qui pourrait aider directement ou indirectement le PQ serait interdit. La liberté d’expression était encore une fois menacée… Je m’en faisais encore une fois le défenseur, même si parfois je n’utilisais pas les bonnes armes.

Pour moi, la situation était devenue plus claire : la station était de toute évidence au service indirect des libéraux, l’objectif étant de diviser les votes nationalistes entre les gens de la droite et de la gauche.

Parfois plus paranoïaque, je pensais que la station était entre les mains des Américains, car le principal responsable était un Américain. Donner le droit d’opérer une station libre permet de bien savoir ce qui se passe aussi dans l’opposition. De toute évidence, elle était l’instrument de la gauche anglophone, juive et grecque, donc, carrément opposée à la libération nationale.

La transmission, pour les immigrants, d’émissions traitant des révolutions un peu partout autour du monde n’a rien de rassurant. La plupart, venant de pays qui viennent de connaître une révolution, craignent d’être encore pris dans un autre piège. Comment les rassurer? Certainement pas en essayant de créer dans leur esprit un parallèle entre le Québec et les pays où la révolution a tout saccagé.

Certains craignaient que je parle sur les ondes de ma campagne-devinette sur Bourassa.

  • Avec Simoneau, on peut s’attendre à tout. C’est un maudit voyou.

Je travaillais docilement, étonné du grand nombre de permanents en studio. Un premier coup de téléphone retentit et selon les expressions, il était évident que l’on parlait de moi.

  • Y parait que tu dois passer à l’émission de Gilles ?
  • Oui, il en est responsable et il m’invite.
  • Mais, il n’a pas le droit de faire des entrevues. Il a été entendu à son arrivée qu’il présentera seulement de la musique.

Le coup de téléphone visait à avertir les dirigeants de ma participation et probablement de mon intention de ne pas vouloir y mettre la pédale douce. L’atmosphère était déjà très tendue.

Qui avait appelé pour me dénoncer? Qu’avait-on pu leur faire croire pour qu’ils craignent mon intervention à ce point? Avais-je encore un ami qui servait de « stool » au système ?

Quelques secondes plus tard, Gilles laissait traîner la feuille de route comme s’il avait voulu que les responsables prennent connaissance du contenu de l’émission. Évidemment, elle fut miraculeusement trouvée par un des permanents.

Je lui ai fait remettre à Gilles. Nerveux, celui-ci la laissa à nouveau traîner avant d’être ramassée par un autre responsable. Le fouillis général commença. Tous les moyens devaient être pris pour m’empêcher d’entrer en ondes.

À leur avis, il s’agissait d’une émission trop pro péquiste. Pourtant, en aucun endroit le Parti québécois n’était nommé. Est-ce que j’avais simplement à raconter ma vie pour que ce soit une claque aux libéraux?

Les Anglophones de Cinq FM ont décidé de faire intervenir la responsable de l’équipe francophone, sous prétexte qu’elle avait plus de facilité à discuter avec moi. Dans de telles circonstances, je deviens très peu coopérant, manifestement sarcastique, polisson, pour ne pas dire carrément baveux.

J’ai accepté après, une courte discussion, de prouver ma bonne volonté en enregistrant l’émission avec Gilles pour la faire approuver après coup par l’équipe francophone avant de la diffuser.

L’argument de la responsable était valable. « Comment pouvait-elle me faire confiance après le coup de Lyne Bourgeois, ayant déjoué les prévisions et refusé d’obtempérer aux règles de la radio communautaire? »

J’étais prêt à quitter le studio quand Gilles m’a invité à participer quand même à son émission. Je ne pouvais pas refuser quoique je pense qu’il s’agissait d’un coup monté.

  • Dès que j’aurai fait l’émission, je serai accusé d’avoir occupé illégalement les ondes d’une station de radio, me dis-je.

Au micro, tandis que des responsables s’installaient de chaque côté de nous pour nous épeurer, je dénonce la censure de cette émission. J’annonce, après avoir raconté ce dont j’aurais normalement dû parler que mon cas sera réglé le lendemain. Je quitte la station le poing en l’air. Un signe révolutionnaire.

Même dans cette dénonciation de la censure, je me suis conformé aux règles établies. En acceptant d’enregistrer l’émission, je prouvais que notre émission ne serait ni partisane, ni de la propagande péquiste.

Ce travail complété, nous avons été reçus par l’équipe francophone. Elle refusa, cette fois l’émission en camouflant les vraies raisons qui étaient, elles, strictement politiques.

La direction refusait l’entrevue avec Michael Fish, prétendant que la station ne travaille pas avec Sauvons Montréal, un organisme dont on ne connaissait pas les vraies attaches. La réalité était plutôt que la direction soupçonnait Michael Fish d’être péquiste, car celui-ci travaillait avec le Parti Québécois de Saint-Louis dans deux dossiers : le mont Saint-Louis et l’institut des sourds-muets.

Quant à la série d’émission sur l’homosexualité, annoncée pour bientôt, la direction prétendit n’en avoir jamais entendu parler. Elle affirmait préférer travailler avec le CHAR, groupe qui venait d’être dissous. Puisque je connaissais très bien le fondateur-responsable, j’en savais quelque chose.

Quant au moment où je racontais comment et pourquoi j’avais dû quitter La Tribune, cela était évidemment indirectement politique, car, quatre ans après, le candidat de Bourassa se trouvait confronter aux mêmes accusations de pots de vin qui m’avaient valu d’être chassé des Vauxcouleurs en 1972 en voulant le dénoncer.

Les responsables me disaient qu’ils étaient contre, car selon la politique de la maison, la station ne diffusait pas d’entrevues avec des individus, préférant celles faites avec des groupes.

Ainsi, je venais de me faire avoir encore une fois. Il est impossible d’être honnête au Québec sans se faire rouler. L’émission ne serait jamais diffusée.

De toutes les raisons invoquées, une seule chose transparaissait : l’émission ne faisait pas l’affaire des libéraux.

De tous les reproches, je n’étais d’accord qu’avec un : c’est probablement vrai que je me prends pour un autre. Je me croyais un révolutionnaire et j’étais prêt à mourir pour changer le monde.

Notre travail en vue d’obtenir des entrevues avec les candidats avait aussi porté des fruits.

Une table ronde devait être organisée pour répondre aux normes du CRTC. Or, la station a fait parvenir une seule invitation à la candidate péquiste de St-Louis, Lyne Bourgeois. Elle était invitée à participer à une table ronde avec les représentants de tous les partis en lice, mais en anglais seulement. C’était l’insulter.

Cette cerise sur le gâteau a fait déborder le vase. Même si l’on m’avait dit que jamais je ne remettrais les pieds à la station, si je portais plainte contre Radio Centreville, j’ai commencé à préparer la dénonciation de cette censure au Conseil de Presse et au CRTC.

Je venais de trouver une nouvelle raison d’être contre la go-gauche : elle ne respectait absolument pas la liberté d’expression, le droit de parole à ceux qui ne partagent pas son point de vue. Elle refusait la liberté d’opinion.

Je n’en avais pas contre le fait que les responsables de la station favorisent le Parti des travailleurs du Québec, c’est leur droit. Cependant, je ne pouvais pas admettre qu’on ne fournisse pas à tous les clans politiques le droit de s’exprimer et encore moins qu’on insulte la candidate péquiste du comté de St-Louis.

Cette aventure me mettait dans une drôle de position : j’ai toujours été, jusqu’à un certain point, plus ou moins ouvertement, rejeté par le Parti Québécois, sous prétexte que je suis trop radical, trop à gauche ou pire pédéraste.

Or, pour faire nouveau, voilà que j’étais rejeté par la go-gauche parce que je suis trop bourgeois, trop à droite. J’étais, selon eux, un fanatique. C’était vrai dès que je me battais pour une cause. Je n’ai jamais pu accepter la censure. La censure était et reste pour moi une offense à l’intelligence humaine.

Je ne comprenais plus rien. Se pouvait-il que les mouvements de contestation que j’admirais soient sous la gouverne de la gauche anglophone? Faudrait-il comprendre que non seulement les francophones du Québec sont dominés par les big boss, mais aussi par l’établissement des mouvements de contestation? La go-gauche n’est-elle pas caricaturale dans sa dénonciation sociale dans l’espoir d’effrayer les gens et les pousser à se sécuriser en réélisant les libéraux?

La situation est payante quand un système contrôle les deux  extrêmes  et les fait agir selon son caprice. Est-ce moi qui étais totalement dépassé?

Chose certaine, les mouvements de go-gauche étaient bien implantés dans les secteurs hospitaliers, les CLSC, le logement, le bien-être social, au Centre de référence des femmes et certains autres mouvements féministes radicaux. Pouvaient-ils tous sévir contre la population pour avantager une idéologie? Si tel est le cas, la révolution culturelle au Québec n’est pas pour demain. Où finit la gauche à laquelle je m’identifie politiquement et commence la go-gauche? Je crois dans un mouvement politique qui recherche le bien du peuple et non son propre bien en priorité.

J’étais intérieurement très divisé entre le nationalisme et mon penchant naturel à considérer l’analyse marxiste comme une des meilleures.

C’était peut-être là la différence, l’analyse marxiste donne une bonne idée de la situation, mais quand il s’agit de proposer des solutions, elle est souvent complètement dans la merde.

J’ai continué mon engagement social après l’aventure de Cinq FM. Je suis devenu président d’une section de la SSJB de Montréal. On l’appelait la section Plateau Mont-Royal.

Par contre, nous avons été blâmés, Gilles et moi, pour notre façon d’avoir agi à la radio par le Conseil de Presse. Ce fut, je crois, le début de mon rejet de toutes institutions. Je trouvais leur décision carrément injuste.

Notre système est crapuleux en ce qui concerne la démocratie et la liberté d’expression. Une société d’hypocrites.

La société accepte des compromis inacceptables. Pour elle, la vérité ne compte pas. Cela confirmait que pour tout le monde, je suis un objet à rejeter. Que j’aie raison ou tort, tout ça n’a pas d’importance. Il ne faut pas m’écouter parce que je suis pédéraste. Et selon eux, un pédéraste, c’est un pervers.

Un sourire venu d’enfer 42

novembre 28, 2020

Autobiographie approximative

pp.353 à 358

Robert était de plus en plus fréquemment chez moi. On se sentait de plus en plus en plus attaché l’un à l’autre. Pour l’encourager à faire du sport, je lui avais acheté ainsi qu’à ses deux petits copains, chacun une paire de patins seconde main. Cela leur faisait plaisir, car on aurait dit qu’il n’avait que très rarement des cadeaux.

Un matin, où j’avais la libido un peu plus élevée, j’ai demandé à Robert, moyennant un petit cadeau, de me montrer sa petite quéquette. Ce qu’il accepta volontiers. Il revint cependant assez vite à la charge en me demandant de lui acheter cette fois un costume complet de gardien de but. Je ne pouvais pas faire face à une telle dépense. Je n’ai jamais compris comment des parents peuvent acheter autant de choses à leurs enfants. Il faut être millionnaire pour être parent.

  • Tu ne pourras pas faire autrement que de me l’acheter.
  • Comment ça?
  • Je vais dire à ma mère et à toutes les mères du quartier que nous avons fait ensemble ce matin.

Les jeunes savent quel pouvoir ils ont quand ils évoquent une relation sexuelle entre un adulte et un jeune, c’est pire que la bombe atomique. Tout le monde devient fou.

J’étais furieux d’autant plus que j’avais affreusement peur. La prison n’est jamais une perspective intéressante. Robert ajoutait les autres femmes, car il savait que s’il en avait parlé à sa mère, tout ce qui serait arrivé : il n’aurait pas pu revenir me voir. Le voisinage rendait le chantage plus efficace. Toutes les femmes ne sont pas aussi intelligentes que sa mère. Elle était libérée, mais elle n’aurait jamais accepté qu’il revienne s’il n’aimait pas ce qui se passait. « Si tu n’aimes pas ça, tu n’as qu’à ne plus y aller ». Il avait prévu le coup.

Comment me défendre d’un petit gars qui se sert de nos relations pour me forcer à lui faire des cadeaux mirobolants? Je ne pouvais pas le frapper, c’est absolument contre mes principes. D’ailleurs, je l’aimais trop pour envisager cette solution.

Par contre, je ne pouvais pas céder, c’était l’encourager dans une voie qui l’aurait conduit directement à la délinquance. Que faire? Je croyais aussi que sa mère, connaissant nos relations, l’empêcherait probablement de revenir, ce qui m’attristait encore plus. L’affaire mourrait là, mais je ne pourrais plus vivre cette amitié avec Robert. Je pensais aussi que si elle se mettait en fusil, on ne sait jamais comment réagissent les femmes, je serais « caput », si elle en avisait la police. Il était sûr que la police en voyant mon dossier se ficherait de mes conceptions sur la liberté sexuelle. Loin de chercher la vérité, elle essaierait de m’accabler et me mettre longtemps dedans.

Plus j’y pensais, plus je paniquais. Je ne me reprochais rien, mais je ne suis pas assez fou pour ne pas saisir le danger et ne pas savoir que les gens deviennent complètement fous dès qu’il est question d’un rapport sexuel entre deux gars qui ne sont pas du même âge.

J’ai opté pour une solution à la Summerhill. Une solution de force. J’ai averti Robert que je ne lui achèterais pas l’équipement simplement parce qu’il faisait du chantage.

  • Quand tu aimes quelqu’un, tu n’agis pas ainsi envers lui.

La bombe était temporairement désamorcée. J’ai réussi à clore l’opération quand ses petits copains lui demandèrent s’il était vrai que je l’équiperais pour l’hiver.

  • Je l’aurais fait si j’avais été capable et si Robert n’avait pas essayé de me faire chanter avec ses histoires de cul. Aussi, il n’aura rien.

Ses petits copains se sont rangés de mon côté. Ce n’est pas un moyen à employer pour avoir des cadeaux. Robert venait d’apprendre que tu peux aimer quelqu’un pour son physique autant que pour son caractère. D’ailleurs, Robert avait tellement une petite queue qu’il n’aurait certes pas voulu que le jeu des regards s’élargisse. Quant à moi, il n’était plus question de recommencer. Je n’avais jamais vu une si petite quéquette à cet âge. Et surtout, je ne pouvais plus y faire autant confiance.

On m’a toujours dit que j’étais demeuré un enfant, d’où cette possibilité de vivre en toute égalité, d’une façon tout à fait sincère avec les jeunes, sans chercher à profiter du fait que je suis un adulte. Peut-être est-ce parce que j’étais trop naïf ou que dans ma tête, l’égalité humaine ne repose pas sur le sexe, la couleur ou l’âge? L’égalité est inscrite dans le fait même d’être humain et ça se résume à la phrase évangélique de ne pas faire à autrui ce qu’on ne voudrait pas qu’il nous soit fait.

J’ai vécu ma sexualité comme l’explique Freud. J’étais très curieux, un adepte des comparaisons; mais je ne comprenais pas pourquoi les adultes viraient fous dès qu’il était question de sexe. Pourquoi tous les jeunes avec qui je partageais mes curiosités sexuelles étaient-ils très heureux d’y avoir participé alors que l’on prétendait que ça les traumatisait? Je n’y voyais réellement rien de mal. Le mal existe-t-il seulement dans la tête des adultes?

Je ne comprenais pas l’obsession des adultes. Ils manquaient de mourir dès qu’on posait une question sur le sujet. Probablement que ce silence est le premier responsable du fait que la masturbation était devenue chez moi un élément compulsif dans le développement de ma personnalité. Par contre, ma relation avec les filles était pire puisqu’elle me conduisait à l’alcoolisme.

Qu’est-ce qu’il y a de mal dans le fait de tomber en amour avec un petit gars? Alors que l’Évangile prônait l’amour presque à chaque phrase, tomber en amour avec un petit gars et vouloir partager son intimité devenait un péché mortel. Va donc voir pourquoi. Remarquez que même aujourd’hui je me pose la même question. Plus je cherche, plus je découvre que notre haine du sexe est absolument débile. Avec les expériences, j’ai compris qu’il faut avoir du fun en cachette et que rien n’est mal si on ne se fait pas prendre.

Robert m’apprenait simplement que les jeunes peuvent te manipuler autant que les adultes. Il savait qu’il pouvait faire sauter le quartier juste à en parler; mais il ne semblait pas mesurer tout le mal que ça ferait autour de lui. Comment sa mère réagirait dans un tel tôlé, car elle passerait bien évidemment comme mère indigne alors que c’était une des meilleures mères que j’ai connues.

L’étroitesse d’esprit est quasi planétaire quand il question de sexe, car nous nous sommes tous fait laver la cervelle dès l’enfance par les religions. On commence à condamner le sexe dès la petite enfance, en criant au meurtre dès qu’un jeune se promène nu. Pas besoin de scènes interminables, les jeunes perçoivent mille fois mieux le langage non verbal que les adultes. Juste à voir et entendre les parents, ils savent, tout en ne comprenant pas, qu’ils font quelque chose de mal.

Puisque les prémisses des parents sont fondées sur l’ignorance de l’enfance et une imagination absolument sautée quant à ce qui est bien et mal, il est évident que la tradition n’a eu qu’à maintenir ses erreurs et en faire des dogmes pour que chaque individu soit à la merci des règles religieuses et entame la vie avec un vif sentiment de mésestime de soi. On savait qu’en interdisant les jeux sexuels, puisque tout le monde naît sexué, tout le monde se sentirait redevable à la religion de les sauver de l’enfer. On ne pouvait pas prôner un châtiment sur terre (sauf pendant l’Inquisition) alors on inventa la vie après la mort, ce qui devenait la justification de tous les interdits et la naissance de toutes les peurs. Aujourd’hui, le système judiciaire a pris la place des religieux dans l’interdiction du plaisir charnel.

Je ne comprends vraiment pas pourquoi on peut rester figer à l’intérêt que représentent la forme et la longueur des quéquettes. C’est une curiosité d’enfance. Pourquoi y rester fixer? C’était un de mes comportements que je ne comprenais pas et qui ont servi pour me culpabiliser. C’est une obsession complètement folle.

J’ai l’impression que c’est tout simplement parce que ma curiosité ne fut pas rassasiée, un refoulement qui ne s’est jamais réalisé assez fortement pour éliminer le besoin. Mon homosexualité à cet âge m’était encore inconnue. Il s’agit définitivement d’une des expériences qui m’a fourni le plus de satisfaction partielle, tout en étant la plus frustrante, car elle ne se réalisait que très rarement. Plus c’était rare, plus ça m’obsédait. Pourtant, ça ne fait de mal à personne et ça rend fou de rêves. D’où venait cet intérêt? Des questions demeurées sans réponse.

C’est probablement que dans notre société, c’est quelque chose de défendu. La curiosité sexuelle prend une importance qu’elle ne devrait pas occuper dans notre vie, car ce n’est qu’une curiosité qui voudrait être satisfaite. On ne passe pas sa journée à penser au sexe. Même si je suis supposément un obsédé, le sexe occupe qu’un petit pourcentage du temps qui lui est consacré dans une journée et parfois même des semaines.

Avant douze ans, ça ne voulait rien dire, sinon des jeux comme les autres. J’aurais été incapable de comprendre d’une manière ou d’une autre. Ma peur est apparue quand on se mit à discuter des meurtres de petits gars, à voir la violence à la télévision et ne pas comprendre pourquoi les Indiens étaient vêtus dans les films alors qu’on apprenait que les missionnaires étaient rendus fous par la nudité des autochtones. Pourquoi cet illogisme? Qu’est-ce qu’on nous cachait de si grave et de si important?

Pour moi, voir le corps nu d’un petit compagnon c’était plutôt un objet d’adoration. Je voulais voir, toucher quelqu’un que je trouvais beau. Pourquoi disait-on que c’est cochon? Cela créait en moi une curiosité encore plus globale de l’autre. Je voulais savoir si ces réactions concordaient avec son allure. J’étais admiratif devant certains autres petits gars ou un vieillard. Je voulais tout voir, tout sentir de lui parce que je sentais qu’il y a quelque chose qui m’échappait et que je voulais découvrir à tout prix. Ça dépassait le corps, c’était comme le besoin d’intégrer l’autre pour mieux partager ses sentiments. C’était comme la vie, une beauté que tu ne peux vivre que si tu la possèdes de l’intérieur. Est-ce que le linge constituait un empêchement de contempler la beauté dans son essence? Un mur qui t’empêche de tout partager de l’autre? Jusqu’à un certain point, mais surtout du côté de la complicité. La complicité rapproche.

Devant un plus vieux, j’ai un peu le même sentiment qui est ordinairement plus asexué, plus intellectuel. Est-ce ça l’amitié? Je trouve certains vieux et vieilles d’une très grande beauté. On dirait que ces personnes arrivent dans un regard, dans une larme, une moue à te faire sentir tout leur désespoir ou leur bonheur, toute leur fatigue, tout cet écrasement, cette impuissance et cette résignation d’être condamné à la solitude et une mort proche.

Dans les deux extrémités de la vie, on dirait que les choses essentielles de l’esprit sont plus faciles à percevoir. Est-ce parce que le désir n’y est pas ou est- ce simplement parce que je suis plus sensible ?

Je ne percevais rien de mal dans mes obsessions, car je ne faisais que tomber en amour avec la beauté des visages. Quand le reste faisait surface, c’étaient des prières et des prières pour cesser d’avoir ces idées folles. La morale religieuse rend fou.

Ma relation avec les jeunes élevés librement était la suite normale de ce que j’avais vécu plus jeune. Mon problème avec les filles s’était tout simplement résorbé avec leur absence dans ma vie. Pas de femme, pas de problème. Mais, il y a plus de femmes que d’hommes dans notre société. Impossible de faire comme si elles n’existent pas. D’autant plus, qu’elles dominent présentement tous les domaines reliés à l’art, l’écriture et l’enseignement. Il faut agir comme elles le veulent sinon on est mis de côté. C’est leur manière de se croire égale aux hommes. Les remplacer au pouvoir.

J’essayais de vivre sans elle et ainsi éviter les problèmes. Les femmes sont trop compliquées. Elles ne comprennent rien aux hommes et voudraient que l’on pense exactement comme elles. Elles nous repassent les sermons des curés contre la sexualité en pensant qu’elles sont ainsi progressistes. Elles ne se rendent même pas compte qu’elles voudraient nous faire vivre comme ce que les vrais féministes progressistes ont combattu. Je peux critiquer, je suis un peu comme elles.

Je ne faisais pas encore de nuance entre la pédérastie et être gai, mais je sentais qu’il y en avait une. Le fossé s’est agrandi quand les féministes réactionnaires inventèrent le terme pédophile. C’était un moyen pour écraser sa progéniture et de propager sa peur de femmes qui n’acceptent pas la sexualité parce qu’elles ont peur. Aussi, confondent-elles être « cruisé » et être violé.

Les termes de relation intergénérationnelle n’étaient pas encore inventés. On invente des termes pour définir des situations, ainsi, on doit en inventer d’autres au moindre changement. Les mots servent à définir l’orientation morale.

Un sourire venu d’enfer 41

novembre 27, 2020

Autobiographie approximative

pp.344 à 353

42

L’après-école libre, chez Ted.

Septembre 1976. J’étais encore une fois assisté social. Je demeurais chez Ted, un animateur à l’école libre.

Il ne m’aimait guère puisque privé de l’école libre, j’ai transposé l’expérience à la maison. Des enfants de nos connaissances nous rendaient visite. Ça le fatiguait, moi, ça me choquait de l’entendre chialer. Presque toutes les fins de semaine, la maison était pleine à craquer. J’avais laissé le hangar aux petits gars pour qu’il se fasse une cabane. C’était la période expérimentale au cours de laquelle les jeunes font les 400 coups pour savoir s’ils sont vraiment libres.

À l’intérieur, ils dirigeaient mes travaux de peinturage. Tout le monde participait, avant de passer au hangar travailler à l’aménagement de leur local. La cour était devenue un véritable dépotoir.

Parfois, Patrick et Yanie venaient faire leur tour. Patrick était jaloux. Si je m’étais pris pour le père, il s’était pris pour le fils ou du moins en revendiquait-il tous les privilèges. Même Yanie affirmait aux petites Haïtiennes à la maison quand elles ne voulaient pas l’écouter : « Je connais Jean depuis bien plus longtemps que vous. Il a même resté chez nous. » Grand verdict irréfutable, signifiant qu’elle avait plus d’influence sur moi et que je lui appartenais plus qu’à elles.

J’adorais recevoir les enfants desquels je pouvais difficilement me différencier.

Quel pouvoir avais-je de plus? Je vivais parfaitement l’égalité entre tous les êtres telle qu’enseignée à l’école libre. Je n’avais plus qu’à apprendre, moi aussi, à dire oui ou non. Pour moi, le non a toujours été un grand problème. Plus tard, un de mes fils adoptifs me disait : « Avec Jean, c’est facile, il suffit de dire qu’on l’aime pour qu’on ait tout ce que l’on veut. »

La cuisine ou le salon devenait vite une salle de jeux. Je regardais faire les petits ou je dessinais avec eux, tout dépendant combien j’étais occupé dans mes préoccupations d’adulte. En dessin, j’étais toujours un peu mal à l’aise d’être beaucoup moins talentueux qu’eux. Quand j’étais au collège, je n’ai jamais été capable de faire un dessin convenable et je n’étais pas mieux en vieillissant. Comme avec la musique, il suffisait que je chante pour que tout le monde autour perde la mélodie. Une cruche parfaite.

En quoi suis-je bon? Devenait souvent la question de circonstance. Une chose certaine, je les aimais encore plus que je m’aimais moi-même. J’admirais leur talent.

Les vacances avaient été extraordinaires. J’ai fait connaissance avec deux petites Haïtiennes dont l’une était extrêmement belle. Elles avaient un frère aîné. J’avais aussi rencontré Steve, un magnifique petit garçon qui m’a aussitôt fait sauter les fusibles.

Au début, sa mère voyait d’un mauvais œil mon contact avec lui. Elle dut convenir que le petit adorait se promener sur mes épaules et se laisser parfois tâter et chatouiller. Le soir, Steve exigea de coucher dans la même tente que moi où il roucoula des heures, allongé contre moi, bandé comme un cheval, pendant que je le caressais et le mangeait des yeux. Le noir lui conférait un profit encore plus divin.

Ce petit gars était d’une beauté archangélique. Brun. Les cheveux bouclés. Un peu gêné et très sensible aux moindres attentions. Il avait quasi la voix d’une fille et les os d’une telle délicatesse que j’avais peur de les briser quand je jouais avec lui.

Hélas! Nous avons vécu très peu longtemps ensemble, car il déménagea. Je ne l’ai revu qu’une année plus tard. À le voir me chercher dans la voiture où j’étais assis alors qu’il était à l’extérieur, la figure rayonnante de curiosité, je savais qu’il ne m’avait pas oublié. Je rêve de lui comme à bien d’autres. Juste leur souvenir confirme que la vie mérite d’être vécue, ne serait-ce que pour les avoir rencontrés, même si peu longtemps. Que ça choque ou pas, pour moi, vivre  avec eux est le plus grand cadeau que Dieu m’a fait.

Sachant que tous les jours ne peuvent pas être une fête et vivre en compagnie de petits gars, je me suis développé une mémoire quasi nucléaire tant visuelle que tactile de chacun d’eux. Je peux ainsi, quoique je vive autre chose, me référer à eux pour reprendre le goût de vivre.

Les petites Haïtiennes m’accaparaient beaucoup. Elles me croyaient un martien à cause de la couleur noire et blanche de ma peau. Ce qui me fait dire que je suis un nègre blanc d’Amérique authentique. Elles adoraient vivre avec moi. Ainsi, elles venaient souvent avec leur grand frère passer quelques jours. Malheureusement pour moi, le grand frère n’était pas intéressé par mes sollicitations. Je devais encore une fois apprendre à me contenter d’espérer, de développer et partager d’autres formes de jouissance en sa compagnie. C’était assez facile. Marco était très beau, extrêmement intelligent, précoce comme pas un et un amateur de bonne musique, musique que l’on écoutait en prenant notre bain ensemble. J’aurais aimé être plus riche pour l’amener toujours avec moi, lui faire entendre ce qu’il y a de mieux en spectacles. Seul, je n’en avais même pas le goût. La vie a l’intérêt de celui avec qui tu la partages. C’est le pouvoir d’être comme en couple. Un façonne l’autre.

Malgré leurs visites sporadiques, septembre laissait de grands vides dans mon emploi du temps. Aussi, je me suis enregistré à des cours fournis aux Ateliers populaires.

J’ai choisi le théâtre et la radio. Le théâtre m’aiderait à rendre plus vivants mes poèmes quand j’aurai à réciter; alors que la radio me permettrait de m’impliquer davantage dans la vie du quartier. Je me sentirais ainsi un peu moins inutile.

Le cours de radio se poursuivait en collaboration avec Radio Centreville, une station communautaire, à Montréal.

J’étais fier de collaborer à cette station de quartier, car, elle m’apparaissait la seule radio libre au Québec. Le seul endroit où il était possible de critiquer le gouvernement ou de parler de sujets tabous.

J’appréciais particulièrement la notion de quartier. Pour moi, cette radio devait servir à faire connaître les services communautaires dont le quartier pouvait jouir. Un instrument efficace pour combattre la pauvreté et redonner espoir aux gens. Un mécanisme pour trouver un consensus local, des solutions à nos problèmes.

Une fois par semaine, nous nous rendions à la station apprendre à nous servir de l’équipement et à monter des émissions.

Quant au théâtre, il reposait surtout sur la spontanéité et la création. J’adorais ce passe-temps à cause de l’atmosphère d’amitié, de solidarité. Notre professeur était excellent. J’ai compris que si j’avais eu plus de mémoire, j’aurais pu devenir un bon acteur.

Avec ma grande famille, j’ai tôt fait de suggérer une émission avec les enfants. J’aurais aimé dans cet élan créer une série d’émissions qui auraient été faites strictement par les enfants. Marco aurait pu facilement en être l’animateur. L’idée fut tout de suite retenue.

À part de courir les cours d’école pour organiser des entrevues, j’ai dû passer de nombreuses heures à travailler au montage. J’ai trouvé ça fascinant.

Je découvrais cette technique en même temps que l’auteur américain William Burroughs. Je ne comprends pas pourquoi les critiques s’entendent pour affirmer le génie de cet écrivain à partir du Festin nu où il est question d’expériences de la CIA alors que La machine molle et Les garçons sauvages sont des ouvrages bien supérieurs. Dans La machine molle, il nous fait pénétrer techniquement dans le continuum espace-temps par la descente spiralée à travers le trou du cul d’un petit gars et nous fait aboutir dans la vision fantastique de l’espace-temps appliquée à la civilisation. Ce qui est grandiose dans ce texte, tu en sors comme t’es entré par le cul du petit soldat, phénomène qui structure vraiment son roman sous forme de spirale.

Quant aux Garçons sauvages, il ne fait penser aux Gamins de Caracas, ces petits bouts d’hommes qui deviendront dans quelques années, le point central de tout Occidental. Ce sera le prochain épisode de ma recherche, car au Québec, sauf dans les sermons, ce n’est pas pour demain que les parents accepteront le droit de l’enfant à sa sexualité, encore moins sur le choix de sa famille, de son école, de sa pensée.

La civilisation occidentale est encore mille ans en arrière de ce règne d’espérance et la Russie quant à elle, l’est de dix mille ans. Ce n’est encore rien à côté des talibans qui sont restés coincés à l’époque du désert avec Mahomet. Pas surprenant que pour nous faire vivre d’une manière aussi arriérée, les islamistes aient besoin de prendre les armes pour faire écouter leur message.

Aujourd’hui, les parents qui se prétendent les plus progressistes te diront fièrement que leur enfant c’est leur propriété. « C’est à moi, cet enfant. Que je ne vois jamais un maudit salaud lui toucher. » Et, ces enfants deviendront alcooliques ou drogués pour oublier qu’ils n’ont jamais connu la tendresse de leurs parents parce qu’on leur a appris que se caresser est un péché. Heureusement, Freud était plus intelligent, il faisait une nuance entre la sexualité et la génitalité.

La sexualité est tout ce qui touche à l’affection alors que la génitalité concerne les parties du corps qui servent à la reproduction ou à créer du plaisir. Les zones érotiques ont beaucoup changé depuis que l’on essaie de couvrir tout le corps, une manière de manifester sa honte d’être un être matériel. Une bêtise

consacrée comme étant normale et une vérité qui a franchi les siècles, grâce au mensonge et à la violence… L’Inquisition en témoigne.

Je préférais pouvoir me présenter carrément comme pédéraste aux parents et amis, car ça garantissait que jamais je ne pourrais me servir de ma force pour obtenir une relation sexuelle avec un petit. J’avais bien trop peur de devenir un prédateur sexuel, ce qui impliquait la violence. En étant aussi ouvert, si par hasard un jeune s’était senti inconfortable dans notre relation, il n’aurait pas peur d’en parler à ses parents. Peut-on devenir violent à force d’être frustré? C’est ce dont j’avais peur.

L’essentiel de la relation était que je sois amoureux et que mon partenaire le soit aussi de moi. Ce sont des choses qui se sentent. Comment l’amour pourrait-il nuire à quelqu’un? Je dirais que 98 pour cent d’une relation sexuelle pédéraste est pure affection et tendresse. La complicité est aussi un des éléments essentiels.

Robert, un petit voisin, venait fréquemment à la maison. Nous étions assez intimes.

Le matin, il n’attendait plus que je lui ouvre la porte. Il savait ce qu’il voulait voir, car je préfère coucher nu. Les jeunes sont beaucoup moins niaiseux que se l’imaginent les adultes.

.Dire que je suis pédéraste était me garantir que je ne sois jamais un agresseur. Si notre relation devenait pénible pour le jeune garçon, puisqu’il peut habituellement en parler, il se confierait facilement à ses parents. Ma grande question demeurait : peut-on devenir violent à force d’être frustré? C’est ce dont j’ai toujours eu peur panique.

Les questions posées n’étaient pas celles de la société qui ne voit que du mal à travers les relations sexuelles entre les générations, mais est-il préférable de ne pas obéir aux lois débiles de la société pour s’empêcher d’être un danger pour les jeunes que l’on aime. Loin d’être violente, la pédérastie (amourajoie) est strictement émotion amoureuse et tendresse.

Aimer, c’est d’être bien avec quelqu’un. (Gabriel Charpentier)

La capacité de communiquer entre les enfants et les parents de notre milieu garantissait que jamais un jeune ne soit assez honteux ou peureux pour ne pas pouvoir parler directement entre eux de notre relation. Si le jeune peut parler sans honte de sa sexualité, il en parlera à ses parents ou ses amis si quelque chose cloche. Le jeune ne se sentait pas juger ou étouffer parce qu’il m’aimait.

Cette  confiance  devrait  exister  dans  toutes  les  familles  et  tous  les  jeunes devraient pouvoir parler sans peur, ni honte avec leurs parents d’un événement qui le blesse ou le trouble ou le rend heureux. Si les parents sont inconfortables d’en parler, c’est qu’ils ont un sérieux problème. Quoi de plus naturel que le sexe? Pourquoi la peur de la nudité rend-elle tant de gens malades? Je suis persuadé que la manière répressive de vivre la sexualité chez les jeunes crée beaucoup plus de traumatismes que le fait de jouer librement à des jeux sexuels, même avec un adulte qu’ils aiment.

Après tout, si j’avais pu aller plusieurs jours en examen psychiatrique pour m’assurer que jamais je ne pourrai être un danger pour un garçon avec qui j’aurais une relation sexuelle, il est inutile de dire que j’étais très préoccupé par les effets de ma pédérastie sur les jeunes.

Cependant, rien, moins que rien, dans ce que je voyais et ressentais me permettait de croire que mes relations pouvaient avoir le moindre effet négatif. Les      arguments          que  l’on     inventait        pour          interdire        des    rapports              sexuels intergénérationnels sont totalement faux. Il suffit que les jeunes se sentent vraiment libres et non écrasés par la morale pour que la sexualité devienne un sujet comme les autres. Pourquoi les autorités nous mentent-elles tout le temps quant à la sexualité ?

J’étais révolté quand j’ai appris que ce que n’est pas vrai que te masturber te donne des boutons ou crée plus tard un problème d’éjaculation précoce, ce que les religieux et la médecine essayaient de nous faire croire. J’admets que ma manière compulsive de me masturber quand j’étais jeune avait quelque chose d’anormal, mais je ne le savais pas. Masturber permet d’oublier les problèmes. C’est quand même mieux que de boire puisque trop boire n’est qu’un résultat de la mésestime que l’on a de soi.

Évidemment, ce n’étaient pas tous les parents qui comprenaient mon point de vue. C’était même une très très petite minorité qui connaissait assez leurs enfants pour leur laisser le droit de choisir eux-mêmes et n’intervenir que s’ils sentaient qu’il y avait quelque chose qui cloche. . Je dirais même que ce n’était possible que dans un cercle fermé. Ceux qui cherchaient à comprendre la vraie vie. Ceux qui voulaient vraiment le bonheur des enfants et ne partaient pas en croyant avec les prérequis que le sexe est mal et honteux.

Un jeune élevé dans un milieu sexuel libéral ne peut pas être perturbé s’il rencontre quelqu’un qui vit ainsi; mais s’il vient d’une famille scrupuleuse, si on apprend ce qui se passe, c’est l’enfer et le jeune peut être marqué pour le reste de sa vie. Le jeune a bien plus peur de la réaction des autres que de ce qui s’est passé. C’est le fun de jouer aux fesses quoiqu’en disent les autorités.

Les gens ne semblent pas comprendre que tous les enfants n’apprennent pas seulement à travers les paroles. Ils sont des lecteurs nés de tout langage non verbal. La meilleure preuve est qu’ils apprennent à parler en nous regardant faire. La façon dont les parents réagissent face à la sexualité les marque à vie. C’est une empreinte qui nous marque avant même que l’on commence à comprendre qui on est. C’est pourquoi les adultes croient que la sexualité est si importante. C’était ce que leurs parents leur apprenaient.

Des tonnes d’affaires se déroulent durant notre enfance et dont on ne se rappelle pas. On apprend sans même s’en rendre compte. C’est ce qui constitue notre inconscient.

Personnellement, j’avais l’art, m’a-t-on raconté, de placer des couteaux, fourchettes dans les prises électriques pour savoir ce que ça faisait. Je n’en ai pas le moindre souvenir, sauf qu’aujourd’hui, j’ai peur de l’électricité. Alors pourquoi si une aventure sexuelle, comme un toucher survenait, ce qui n’est pas désagréable en soi, me pourchasserait-elle toute ma vie?

Plus j’y pensais, plus je trouvais cela stupide. Pourquoi mentons-nous toujours sur tout ce qui touche la sexualité? Combien de gens vivent parfaitement équilibrés et ont déjà connu les jeux du docteur dans leur enfance? Qui ne s’est pas déjà masturbé? Il n’y a pas qu’une façon.

Par contre, combien ont été traumatisés parce qu’on leur a fait peur quand ils ont été pris? Combien de jeunes se sont suicidés parce qu’ils ne se croyaient pas aimés par leurs parents? On risque d’être beaucoup plus traumatisé par un manque d’affection dans notre enfance que par des caresses.

Quand on est jeune, la sexualité ça ne veut absolument rien dire, sauf l’affection, se sentir désiré, aimé. Par contre, en voyant les adultes devenir fous dès qu’on parle de sexe ou quelque chose qui s’y rapproche, on s’imagine que c’est aussi affreux que l’apparition du diable.

Si on n’attache pas une importance outre mesure à la sexualité, pour les enfants, la vie sexuelle est pratiquement presque toujours inexistante avant 10 ans. C’est d’ailleurs pourquoi je suis contre l’enseignement de la sexualité pour tout le monde à l’école, avant la fin du primaire. Pourquoi parler d’un sujet qui n’intéresse pas un jeune, qui n’en a pas besoin, sinon pour lui laver le cerveau et lui transmettre ses bibittes. Je suis contre les lavages de cerveau religieux et moralisateurs. S’en prendre à la sexualité pour un rien, c’est une connerie propre aux religions.

Par contre, l’école doit pouvoir répondre aux cas particuliers, à ceux qui veulent savoir, soit en ayant des spécialistes dans cet enseignement ou des moyens (livres, films) qui permettent de répondre aux questions des plus précoces.

Robert entrait et venait me trouver dans ma chambre. Je couchais nu, comme d’habitude, et ça ne le dérangeait pas. Il venait s’asseoir à mes côtés, attendant patiemment que je sorte du lit. Il connaissait mon intérêt pour les bites des petits gars, mais il ne semblait pas se sentir concerné.

Robert avait l’art de se faire aimer. Il avait des yeux champagne, bouillonnant d’intelligence. L’allure d’un petit détestable, juste assez pour le rendre sympathique. C’était une machine ambulante de questions. Y en avait des pourquoi et des comment avec lui.

Fort de mieux me connaître, Robert avait commencé à demander des cadeaux pour savoir jusqu’où il pouvait aller et compter sur moi. J’accédais à ses demandes, dans la mesure où je le pouvais. Ces dépenses pouvaient être assez facilement absorbées par mon budget. J’avais juste à manger du macaroni Kraft quelques fois de plus pour lui donner ce qu’il voulait.

D’ailleurs, Robert aimait d’autant plus venir me voir que sa mère était bien d’accord. On peut penser qu’elle était folle de me faire confiance, mais c’est poser le problème en dehors de la réalité. Elle faisait confiance à son garçon, sachant très bien qu’il pouvait décider lui-même s’il aimait être avec moi ou non. Souvent les adultes paniquent, refusent de considérer ce que le jeune ressent sentimentalement et prétendent le défendre en lui interdisant toute fréquentation suspecte, oubliant que rien d’intelligent ne justifie une telle peur si on connait aussi les fréquentations de son petit gars. Les pédérastes sont en amour alors que les prédateurs dangereux sont psychopathes ou attaché à un racket de la pègre.

Si j’aimais la visite des enfants, même s’ils faisaient beaucoup de désordre, mon colocataire Ted ne goûtait plus au plaisir de les voir venir s’amuser chez nous. À son avis, l’école libre exigeait trop d’énergies pour devoir encore supporter des enfants à la maison.

Je voyais dans cette décision, une tactique pour m’empêcher de rencontrer les petits gars, décision assez surprenante de sa part, car, il croyait comme moi que la vie serait plus heureuse pour les jeunes si on éliminait l’interdit sexuel et le bourrage de crâne qui l’entoure. Jusque-là, il n’avait jamais démontré de réserve quant à ma pédérastie.  Au contraire, il m’avait lui-même présenté des petits gars, dont Steve n’était pas le moindre.

Ted n’avait plus le courage d’entendre crier les enfants, surtout avant 11 heures du matin.

Je le trouvais bien paresseux. Je ne me gênais pas pour lui dire. Pire, je n’acceptais pas sa foi religieuse. Elle me faisait peur. Ted prétendait toujours que l’avènement de Dieu était pour bientôt et que ce serait un Arabe. Il me prédisait la chute prochaine du Chah d’Iran, le début de la guerre au Moyen-Orient par la France, l’indépendance du Québec, pendant cette guerre, et finalement, l’assassinat du pape au Québec. Tant de violence me faisait peur. Aussi, je ridiculisais toutes ses vues macabres.

Plus il me parlait de religion pour me convertir, plus il m’en éloignait.

Un autre problème, Ted se comportait avec moi comme si j’étais son épouse. Je devais lui obéir, me soumettre comme toute bonne femme au foyer. Ce n’était pas tout à fait mon genre et contrairement aux femmes, ces scènes de violence ne me faisaient pas peur. Le mâle dominateur violent est une notion que je déteste autant que les féministes ou les gais qui se prenaient pour une femme. La féminité n’est pas que dans l’allure extérieure. Je n’avais pas encore beaucoup évolué quant aux travestis. J’étais comme tous les autres qui les jugent sans même essayer de comprendre parce que notre éducation nous a mis dans la tête que ce sont des gens malades. Heureusement avec le temps, j’ai compris que les travestis ont autant le droit de vivre comme ils le veulent que moi ou n’importe quel hétéro.

Les crises de Ted se faisaient de plus en plus violentes et de plus en plus fréquentes. Ted a dû apprendre assez vite que pour moi la libération de la femme, ce n’est pas qu’un appui intellectuel. J’ai horreur qu’un humain essaie de dominer un autre humain. J’ai horreur de cette race de mâles hétéros. J’ai horreur de cette race de mâles qui ne peuvent pas se passer d’une femme dans leur lit et qui les traitent comme de vulgaires servantes. J’en ai autant horreur que d’entendre certaines féministes brailler sur leur exploitation, sans chercher à en secouer le joug. On est exploité quand on veut l’être.

J’ai toujours admiré les féministes qui se tiennent debout et qui ne sont pas toujours à nous casser les oreilles avec leur manie de mettre tous les hommes dans le même panier et ne pas réaliser qu’elles sont aussi une partie du problème si elles ne prennent pas leur place dans la société. Je suis pour l’égalité absolue des êtres humains quelle que soit la race, la couleur, le sexe, l’âge. Un être humain, c’est un être humain. Il n’y en a pas qui sont meilleurs ou pires que les autres. Nous sommes le produit de notre génétique et de notre éducation.

La   situation   se   corsa   encore   plus   entre   moi   et   Ted,   mon  colocataire.

Les enfants en jouant ont brisé une vitre dans la porte de la salle de bains. Ted y vit un moyen que j’aurais inventé pour espionner les jeunes dans la toilette. Quand tu es scrupuleux, tu as tellement l’esprit croche que tu imputes toutes sortes d’intention aux autres pour transgresser tes scrupules. Je n’étais pas là quand les jeunes ont brisé la vitre. J’étais frustré d’être ainsi faussement accusé.

Pour corriger cette situation, Ted plaça un tableau, une grosse croix pour remplacer la vitre cassée. Quand j’ai aperçu ça, je me suis rappelé tous les péchés qu’on m’avait mis sur la conscience quand je me masturbais.

La guerre a pris. Je n’aurais probablement rien dit s’il s’était contenté de boucher le trou; mais autant de symboles religieux avaient de quoi me faire perdre le goût de rire.

Un sourire venu d’enfer 40

novembre 26, 2020

Autobiographie approximative

pp. 335 à 344

Encore chômeur, j’ai douté de ma compétence au point d’essayer d’être accepté dans un cours de communication à l’UQAM; mais on me refusa pour , « expérience pertinente». Je n’ai jamais su ce qu’ils voulaient dire dans ce verdict.

À force de réfléchir à la question, j’ai convenu qu’il est possible que je sois complètement incompétent, trop paranoïaque et trop radical, pour pouvoir faire un bon journaliste.

Encore une fois, je ne savais pas quoi faire de ma vie. J’apprenais à m’en ficher royalement. Tout ce qui comptait, c’était le moment présent, pas une seconde de plus. Survivre, c’était mon défi quotidien.

Quelques semaines avant les Olympiques, j’ai voulu me rendre chez Suzanne. J’avais une bonne heure à attendre. Le métro était rempli à craquer. J’ai décidé de m’y promener et y chercher une âme sœur.

Ma recherche n’a pas été vaine, j’en ai trouvé deux qui m’ont conduit au bureau de la police du métro. Ces policiers en civil m’avaient souvent vu passer à Berri. Ils avaient trouvé mon comportement suspect, après tout la reine serait bientôt là. Et je suis classé parmi les dangereux de ce monde dans les fiches fédérastes.

Évidemment, les policiers n’ont pas pu me retenir, car rien n’interdit de perdre son temps en se promenant dans le métro. Par contre, ils m’ont flanqué une charge de flânage avant de me laisser partir. Je leur avais dit que je suis journaliste, ce qui m’a probablement valu d’être emmerdé moins longtemps. Même si je n’avais pas été longtemps au bureau de la police, j’avais eu le temps d’apprendre que la police de Vancouver, une bande de royalistes, ne m’avait pas oublié.

  • T’es mieux de ne pas remettre les pieds à Vancouver. On t’y attend depuis longtemps.

Un autre point : la police était surprise du nombre de livres que j’amenais avec moi, comme elle se disait agacée par la longueur de mes cheveux et mon allure de « petit voyou ».

Effectivement, grâce à Gaétan D, je faisais des critiques payées pour le journal indépendantiste Le JOUR. C’est peut-être niaiseux, mais cela me revalorisait énormément, car j’avais un pied dans le journalisme. Il y avait au moins une personne sur terre, Gaétan D, qui croyait que je pouvais faire quelque chose de bien dans la vie. Comme le dit si bien Félix Leclerc : « Si vous voulez tuer quelqu’un, empêchez-le de travailler. » Sans Gaétan D, c’est probablement ce qui serait arrivé, car je me sentais de plus en plus un idiot. Je me demandais si je n’étais pas fou puisque personne ne voulait me prendre au sérieux.

J’avais payé mon billet pour me promener dans le métro. Cette expérience m’a pourtant bien servi pour la critique d’un livre sur le caractère cumulatif de la violence psychologique des gens dans la foule qui attendent les services communautaires. J’ai été condamné à l’amende ou trois jours de prison, malgré mes explications.

J’ai interprété cette arrestation comme une tactique préventive pour me coffrer illico si jamais il arrivait quelque chose à Sa Majesté durant les Olympiques.

Trois jours, c’était juste le temps nécessaire pour me garder à l’ombre, grâce à nos taxes, et permettre à Trudeau de mépriser les Québécois un peu plus encore une fois. J’ai, de par cette injustice, été réveillé de ma longue léthargie post prison. J’étais encore une fois en guerre avec les libéraux.

Je ne savais pas comment répliquer à ces méthodes antidémocratiques préventives. L’occasion s’est présentée avec la littérature.

Gaétan Dostie organisait des soirées de poésie à l’occasion des Olympiques. J’ai été inscrit comme poète dans la soirée des « intervenants », en plein go-gauche, avec les marxistes-léninistes et les féministes. Puisque je me croyais un très mauvais poète, cela me suffisait amplement. J’étais dorénavant à l’abri des arrestations arbitraires.

Je ne me tairais plus. J’étais d’autant plus révolté que le fédéral s’apprêtait à déposer une loi contre les armes, visant particulièrement le Québec (avec le temps je suis devenu un partisan de l’enregistrement des armes à feu, car je pense qu’au Québec rien n’en justifie le moindrement la possession d’une arme).

Il y avait aussi une autre loi permettant d’emprisonner à deux ans indéfinis tout délinquant sexuel récidiviste. Cela veut dire que pour un petit attouchement, une petite masturbation ou fellation, tu peux passer le reste de ta vie en prison parce que cela s’est produit avec un mineur qui a probablement adoré l’expérience jusqu’à ce qu’il se fasse prendre. C’est pire que la prison à perpétuité, car alors tu es à la merci de tes juges et des entreprises de recherches comme du temps de la Gestapo pour le reste de ta vie. Ta vie devient un réservoir sans fond d’incertitude.

Pour moi, puisqu’on se servait de mes goûts sexuels pour m’écraser politiquement, cela signifiait être assuré très bientôt de finir mes jours en prison. Je n’avais plus rien à perdre. Je crèverais en prison, si je me faisais reprendre. Notre seul droit était de croire ce que le système veut que l’on croie, rien d’autre. La liberté sexuelle existe seulement pour ceux et celles qui n’en ont pas besoin, car ils vivent comme le système veut qu’ils vivent. C’était payé cher des petites masturbations en couple ou des 34 et demi, car souvent les jeunes aiment seulement être sucés. La réciproque ne les intéresse pas et je ne l’ai jamais demandée.

En participant aux activités du COJO, il devenait impossible que je sois arrêté, séquestré arbitrairement, sans que l’alarme soit donnée. En fait, j’ai passé ma vie à me battre pour la liberté sexuelle alors que le fait de combattre pour cet idéal me condamnait à ne pas pouvoir vivre cette même liberté pour laquelle je combats. Je pouvais à nouveau agir librement.

J’ai d’abord écrit un texte ridiculisant la bagarre qui devrait exister sur la valeur inestimable des crottes de la reine, jetée dans le Saint-Laurent, lors du passage de son bateau. Je disais qu’il faudrait les récupérer et les exposer en permanence au stade olympique, comme on le fait pour le cœur du frère André, à l’Oratoire Saint-Joseph. J’y préconisais aussi un plan de location de maisons de loyalistes le long du fleuve. Je terminais en me moquant de la venue des cadets de l’armée en disant que je ne m’y opposerais pas, bien au contraire, je serais le premier à les faire « venir ».

Ce texte jugé scandaleux fut refusé dans tous les journaux, même dans Hobo- Québec. Peut-être n’aimait-on pas le passage où je disais en riant que le prince Philippe serait le juge de nos athlètes, faisant ainsi allusion à sa présumée homosexualité ?

Je me suis présenté à La Place aux poètes organisée par Janou Saint-Denis. Ce retour à la poésie m’entraîna à Radio Centreville, une radio communautaire FM, diffusant au centre de Montréal.

41

La venue de la reine

J’étais fier de cette découverte : une radio libre à Montréal.

J’ai immédiatement organisé une émission de poésie en collaboration avec Janou St-Denis. Ce fut un succès.

Le groupe de poètes invités s’est ensuite rendu au restaurant où il fut décidé de créer un mouvement littéraire pour aider Janou dans ses revendications pour que les poètes aient un coin sur la montagne à l’occasion de la Saint-Jean. C’était normal. La majorité des poètes étaient nationalistes alors pourquoi ne pas leur rendre le droit à la parole.

Les poètes sont considérés comme des moins que rien dans la culture québécoise.

Ce groupe fut nommé le Comité d’action poétique. Ce mouvement de jeunes poètes a été mis sur pied à la Place aux poètes, animée toutes les semaines par Janou St-Denis.

Nous avons décidé de tenir une manifestation contre la Société Saint-Jean- Baptiste qui décidait qui participait aux fêtes de la Saint-Jean. De plus, Jean- Marc Castilloux avait déniché un permis de la police. Le CAP était un regroupement bizarre. Il comprenait des membres de l’Atelier des Idées nouvelles, le baron Philippe, toujours habillé en femme et se battant pour les féministes, et bien d’autres.

Cet événement fut spectaculaire non par le nombre de participants, mais parce que pour la première fois à ma connaissance, des poètes prenaient la rue pour protester.

La poésie perdait son caractère pédant. Nous distribuions des poèmes à tout le monde, même aux flics qui en lisaient probablement pour la première fois dans leur vie. Les poètes ont dû même pousser la moto d’un flic tombée en panne. La poésie prenait droit de cité. Elle vivait enfin. Plusieurs personnes étaient ravies d’une telle initiative. « Gauvreau ne se taira plus, les poètes non plus. », disait-on avec foi.

La victoire symbolique de la parole nous entraîna par hasard dans une nouvelle aventure.

Adrien Vilandré, un ami de Québec, nous demanda de participer à une soirée de poésie, programmée comme par hasard, le soir même de l’arrivée de la reine Élizabeth pour les Jeux olympiques à Montréal.

Le récital a été organisé, malgré les protestations de la police. Elle ne pouvait rien faire contre nous, car tout se déroulait sur un terrain privé, soit au séminaire de Montréal, dans l’ouest, sous le signe de l’orignal épormyable, de Gauvreau. Il s’agissait d’une soirée de la jeune poésie et une fête populaire de la chanson amérindienne. Chanter les Indiens et réciter des poèmes sur les signes avant- coureurs de l’indépendance en souvenir autant de Gauvreau que de Louis Riel, le soir de l’arrivée de la reine, ne troubla personne, sauf les autorités.

Ce fut une très belle soirée. Récital à l’extérieur. Tout était survolté. Avant le récital, la police nous avait nargués, empruntant un chemin pour aller se stationner en haut de la butte qui nous servait de scène pour réciter nos textes devant la foule à nos pieds. Nous étions examinés comme si nous avions été de vulgaires bandits. Par contre, pour couronner notre entreprise poétique, nous avions la visite du consul américain ainsi que du chef de l’Opposition,

M. Jacques-Yvan Morin. J’étais fier d’y réciter un seul poème, mais très provocateur, une espèce de slam avant le temps.

Je n’aurais jamais cru qu’un jour un de mes textes fassent un tel tabac. Ce n’est pas qu’on le trouvait baveux, mais plutôt drôle. On ne voyait pas encore dans la poésie une tournure d’esprit qui se permet de rire des événements.

Je m’appelle Élisabeth

I am the queen du mois de juillet j’ai été choisi pour mes deux fleurs deux gerbes de poil près du pénis.

J’aime autant que Philippe

les belles fesses rondes de nos athlètes et quoiqu’en dise le maire Drapeau

le stade ne vaudra jamais

la beauté de nos olympistes..

Vive le Québec !

Au moins icitte

on tripe en Christ…

Laissez laissez venir

à moi les petits soldats laissez-les

je m’en occuperai

de mille et une façons qu’ils aimeront.

Bourassa,

j’ai le cul plus vierge que tes promesses La vie aussi poignée que tes lois

je ne veux rien sinon ma dignité ma liberté.

Vasez, vasez

vos gens durant ce temps jasent jasent

et paient leurs taxes.

Je me promenais depuis cette première manifestation avec une pancarte sur laquelle était écrit : Qu’osse ça veut dire : Le PD à Bourassa, l.d !

Je promettais de révéler bientôt le sens de ces lettres et j’invitais Bourassa à tenir des élections. C’était aussi le fruit d’une gageure avec un ami. Une vengeance de la prison.

En fait, le PD à Bourassa : l.d. : voulait simplement dire : Qu’osse ça veut dire : LE PEUPLE DEMANDE À BOURASSA, LÈVE-TOI DEBOUT.

Je m’en étais aussi servi dans une manifestation que l’on avait tenue sur la rue Saint-Denis où j’avais d’ailleurs récité un texte intitulé : l’archange Foin – Foin.

Je me promenais déguisé en un archange enceinte d’une bonne nouvelle. Deux pénis décoraient mes ailes larges de deux pieds, chaque côté de moi.

Je n’étais pas tellement reconnaissable. J’étais bien heureux de défiler quand j’ai passé devant les deux flics qui m’avaient arrêté dans le métro. Cependant, n’ayant ni fait les trois jours de prison ou payé l’amende dans les délais pour crier ma non-culpabilité, j’étais en quelque sorte apte à être arrêté n’importe quand. J’avais la chienne.

Je me promenais alors avec de grandes ailes pour faire un peu plus archange. Une parade plus qu’une manifestation.

Le Cap voulait réunir tous les arts dans le même panier. Avec la poésie, on peut faire des tableaux et des pancartes, on peut accompagner le tout de musique. Être un artiste, c’est aussi être un poète. Le rire fait aussi partie de la beauté et des bonnes choses de la vie.

Ce soir-là, les poètes étaient en révolte et exigeaient la défaite prochaine du gouvernement Bourassa.

Si Janou refusait toute ingérence de la politique dans la poésie; moi, avec ma pancarte, je revivais le parti Rhinocéros en poèmes.

Manifester était devenu une grande fête intérieure.

Le Comité d’action poétique a été élargi à tous les artistes en vue d’un regroupement général. Le nouveau nom fut le Mouvement d’Action Poétique, le MAP.

L’Atelier des idées nouvelles qui venaient d’ouvrir ses portes dans le quartier chinois de Montréal décida d’organise avec le Comité d’Action poétique une manifestation poétique.

La prochaine manifestation devait s’appeler : « D’l’aut’bord d.chassis ». Ce titre un peu trop joual a créé quelques dissensions mineures. Pour organiser cet événement, nous avons organisé une conférence de presse. Tous les journaux importants sont venus, tous y déléguèrent un photographe, sauf Le Devoir, qui obtint les détails par téléphone.

Aucun des journaux ne publia les résultats de cette conférence de presse, car à chaque fois que je me présentais avec ma pancarte Le P.D. à Bourassa l.d. tout le monde « freekait ». On trouvait que j’allais trop loin. Aujourd’hui, je dirais qu’on avait raison. Exaltation d’avoir été en dedans ne justifiait pas ma manière de contester. Je n’avais pas à m’en prendre à Bourassa, mais plutôt au système judiciaire qui exagère le mal des relations sexuelles entre adultes et jeunes au point de ressembler à l’Inquisition. Mais, la rage était là, bien humaine. Radio-Canada n’en parlait pas, nous y avons tenu une manifestation, devant les studios lors de l’émission « Ce soir ».

Cette manifestation était un spectacle nouveau à Montréal.

Un camion, muni d’un haut-parleur, ouvrait la parade en scandant :

« Le temps de se taire, de se faire fermer la gueule est révolu. Face à la répression culturelle qui sévit au Québec avec CORRIDART, les poètes sur la montagne, les Gens de l’air et le Jour (les libéraux refusaient d’y annoncer, consacrant la faillite du journal) ne peut y avoir qu’une réplique. Nous, artistes de toutes les disciplines et de partout, nous nous élevons dans une lutte à mort pour la libération de toutes formes d’expression. Nous sortons du châssis, écrasant toute frontière, toute classe sociale, tout vedettariat, toute limite morale, sociale, formelle qui nous étreint. Nous prenons la rue. Nous la fêtons. Nous la gardons.»

Le soir, dans le Vieux-Montréal, nous avons tenu une soirée de poésie. J’y ai présenté qu’un seul texte qui malgré son contenu créa moins d’émoi que les poèmes du Baron Philippe qu’on a déjà oublié.

Mon poème de l’Archange Foin-Foin se lisait ainsi :

Je suis l’archange mère Foin-Foin ici à titre personnel

pour imager un coin de ciel.

Échappé des hautes sphères malgré vos  » Empires building  »
votre pollution senteur fond de pet

vos asphaltes assassins de sensations je vous annonce : la fin des temps durs.

Bientôt, mes camarades piqueniqueront dans des pétales de roses

au Jardin botanique.

J’entends vos questions.

Combien de temps encore durera

le règne des crapauds alourdis, des serpents à la langue fourchue, de la drapolice, de la boubouphalie et de la trudeaumanie?

Quand ce cruel Boubou vendra-t-il l’autonomie culturelle du Québec in English? N’attendez pas les anges pour vous le dire

Ils font l’amour. Ils font la foire.

Valser ! Valser ! Vaux mieux que se faire fourrer

Un texte dans lequel j’annonçais la fin prochaine de tout ce qui était libéral tant au Québec qu’au fédéral.  En novembre, il fut annoncé qu’il y aura des élections. C’était l’euphorie. Ce n’était pas de la prophétie, mais un sens de la prévision qui me fait parfois grandement peur. On dirait que je sens les événements arrivés. Le Grand Robert disait que je pourrais lire l’avenir si je le voulais.

Dans le cadre de ces combats, je me suis présenté au Solstice de la poésie, à l’occasion des Jeux olympiques, à Montréal, avec ma pancarte. Je savais que les organisateurs y tournaient une vidéo qui devait être distribuée un peu partout, surtout dans les écoles afin de faire connaître la poésie à la jeunesse.

Avec ma pancarte, je savais très bien que ce n’était pas tout le monde qui y voyait le sens que je lui prêtais. Je voulais créer une pression de plus sur Bourassa et le forcer à démissionner. Je n’avais rien à perdre : ou je me faisais descendre pour avoir eu cette audace ou je risquais de passer le reste de ma vie en prison. Je me défendais avec ce qui me semblait lui faire le plus peur.

J’ai profité de ma présentation pour donner un véritable réquisitoire pour les prisonniers politiques à la suite de la lecture d’un dossier que j’avais préparé sur le sujet. Malheureusement, presque toute ma participation à la vidéo a été ratée. Le message n’a pas débordé le cap d’un tout petit auditoire d’une centaine de personnes.

À la suite de cette soirée, j’étais fier de moi. Janou St- Denis me dit que de tous les révolutionnaires qui avait paradé sur le théâtre, j’étais le seul qu’elle aurait vu aux barricades. J’étais authentique à en être un peu fou.

Par  contre,  j’étais  triste  de  la  façon  dont  Paul  Chamberland  m’avait  perçu :

« t’avais l’air d’un vrai bum », me dit-il. C’était une claque, car j’adorais Chamberland. Je ne voulais pas être un voyou, mais un vrai révolutionnaire. J’ai été consolé plus tard quand Francoeur a sorti sa chanson « Beau bummage ».

La poésie, c’est une espèce de drogue effervescente. Une rivière intérieure de grand printemps. La Chaudière en pleine débâcle. Aucun barrage ou dynamitage ne peut en venir à bout.

Je n’ai pas eu besoin de me faire reprocher de ne pas avoir caché ma pancarte de malheur, supposément trop politique pour être poétique. J’ai plongé seul dans les remords de conscience. Pourquoi ne pas avoir eu l’intelligence d’oublier ma lutte personnelle pour le bien de toute la communauté artistique?

Publicisée ou pas, la parade fut tout un succès. Même Armand Vaillancourt, le sculpteur, y présenta une œuvre originale.

Une autre fois, j’avais écrit un texte pour une revue d’Amérique du Sud, à la demande de Gilbert Langevin, dans lequel en m’adressant à Nixon, après avoir crié ma solidarité pour les Noirs des États-Unis, je disais quelque chose comme :

M. le Président, il est temps de vous tuer. Je ne voulais pas parler d’assassinat, mais je sentais qu’il serait renversé. Le texte a été refusé bien évidemment, mais quelques mois plus tard, Nixon abdiquait à cause du Watergate. Dans l’esprit de mon texte, il venait d’être tué. Il venait d’être expulsé de son travail.

Prédire de tels événements est simplement que de la logique appliquée. Mais, j’ai parfois des intuitions qui me font peur. Un soir, je me suis réveillé en sueurs. J’avais rêvé que Nixon voulait déclarer une guerre atomique. Quand je racontais ces choses, tout le monde riait de moi. T’apprends à la fermer. Plus tard, il fut confirmé que Nixon a effectivement à cette époque voulu attaquer la Russie. Comment expliquer ça? Je ne le sais pas. Ça n’a pas grande importance. Ça n’arrive plus. J’ai tué ces voix intérieures.

Selon ce que j’ai appris, un an après la chute de Bourassa, il semblerait que la décision de Ryan au Devoir d’appuyer le Parti québécois serait issue de sa peur des rumeurs quant aux goûts sexuels de Bourassa. Est-ce vrai? J’en doute, mais on ne sait jamais. Je crois que la vie sexuelle de toute personne qu’elle soit en politique ou non ne regarde que les gens qui la vivent. Rien n’est aussi privé que la vie sexuelle.

C’est une des grandes et belles choses au Canada, les journalistes ne parlent jamais de la vie sexuelle de nos politiciens. Avec Ryan et sa religion, tout est possible. Et, si c’est vrai, ma pancarte ne fut peut-être pas aussi inutile dans le sens de la révolution. Je reconnais aujourd’hui que c’était de la folie de ma part que d’introduire ainsi la politique dans la poésie; mais aucun sujet ne doit échapper à la poésie. Il y a une manière de rendre poétique le discours politique et il peut même être non vindicatif. Même la politique se doit de s’exprimer poétiquement. Elle fait connaître les sentiments vis-à-vis les choses et porte ainsi la politique à un niveau qui n’a plus la forme d’un discours. La poésie est un cri du cœur.

Pour plusieurs, je n’écrivais plus de poésie. D’une certaine façon, j’en convenais. C’était plutôt un cri de névrose ou de révolte. Est-ce que la révolte fait aussi partie de la poésie? La poésie a été la source de toutes les révolutions.  Pourquoi en serait-il autrement au Québec? Ailleurs dans le monde, on sublimait même la maladie mentale. Serait-ce qu’on est trop moumoune au Québec?

Évidemment, j’aurais pu en avoir honte; mais la névrose n’est-elle pas une invention des psychologues pour justifier la répression sexuelle? Pour rendre des souris névrosées, il suffit de produire des décharges électriques dans leur nourriture. Elles deviennent folles ne sachant plus si elles doivent répondre à un besoin naturel impérieux ou subir la décharge électrique. C’est exactement ce qui se passe avec la sexualité.

Moi, les petits gars sont ma nourriture spirituelle. Le système a perverti la sexualité pour élaborer la classification selon les classes sociales et entretenir des modes. Le sexe est devenu une denrée économique. Je ne suis pas électrocuté, mais je suis enfermé ou humilié par tout le monde qui me refuse ce droit à la VIE VRAIE, À L’AMOUR, À ÊTRE CE QUE JE SUIS VRAIMENT.

Je ne voulais pas abdiquer à ce besoin, car, j’étais persuadé que ma pédérastie, dans mon cas, de la manière que je la vis, est un moyen de sublimer l’Homme, de résister à la violence, de garder un peu le goût de vivre.

De plus, j’ai la certitude de ne pas nuire à mes jeunes partenaires, au contraire, je leur apporte une part de mon bonheur. Un petit poème résume ce que je ressens :

Sur le cadavre

D’un soldat de quinze ans Paul et Serge s’embrassent.

La ville autour d’eux en nuages s’évapore
Paul est capitaliste Serge communiste

dans les bras l’un de l’autre

Paul et Serge sont des Hommes .

La jeunesse sacrifiée

à chaque éclat d’obus crie : l’humanité est folle.

Quelle est l’ombre qui nourrit ce brasier d’ignorance?

Qui arrache à la folie ces deux soldats enlacés dans le feu?

L’Amour serait-il l’épouse de Satan?

Je pourrais résumer ma pensée politique d’alors par :

NI LES ÉTATS-UNIS NI LE CHILI

NI LA RUSSIE

VIVE LE QUÉBEC, TERRE HUMAINE !

Un sourire venu d’enfer 39

novembre 25, 2020

Autobiographie approximative

pp. 325 à 335

40

SAQ et les olympiques

Grâce aux fêtes et mon ami Pierre, j’ai trouvé un emploi à la Société des Alcools. Je demeurais juste en face du stade olympique.

J’ai pu constater comment pour le système, en exaltant la fierté des gens, il fut possible de littéralement voler la population en construisant ce stade.

Souvent les travailleurs n’avaient rien à faire. Ils attendaient les plans et les ordres. Cela donnait souvent naissance à d’interminables périodes d’incertitude.

Les compagnies ne s’en plaignaient pas. Ce n’était pas grave, car presque tous les contrats étaient à « coût plus ». Plus c’est long, plus c’est payant pour les constructeurs.

Dans un cas comme celui-là, tout le monde en profite, sauf ceux qui payent la note. Cette fois, c’était la population du Québec, excepté quelques peanuts payées par le fédéral pour se donner le droit de fourrer le nez dans un autre domaine généralement réservé aux provinces : le sport.

Le fédéral se nourrit de notre argent, il ne fait que nous remettre une partie de ce qu’il nous doit. On se sert de la péréquation pour faire oublier que c’est le gouvernement québécois qui paye pour tous les services alors qu’il ne reçoit que 48 pour cent des impôts. Le fédéral, lui, retire 52 pour cent des impôts et ne paye presque aucun service coûteux. On paye plus qu’on en reçoit, même avec la péréquation.

Les interventions du gouvernement ont entraîné un changement de compagnies de construction.

Avant, il avait été possible de compter jusqu’à 300 grues sur le terrain, 24 heures par jour, à des taux de plus de 200 $ de l’heure. Il y avait tellement de grues qu’il était impossible de s’en servir.

Que dire des vols? Il y a eu des camions complets de bois qui sont passés par une porte et sortis par une autre sans s’arrêter. Des moteurs sont disparus.

Le chantier olympique en a enrichi plusieurs comme ce fut le cas dans la construction de la Baie James.

Il est curieux que la Commission Malouf n’ait pas enquêté sur les détournements de fonds et de matériels par de grosses compagnies. Avec le huis clos et la Protection de la Cour, presque au moins le tiers du coût de la construction des installations olympiques a été un vol.

Les mêmes compagnies opéraient à la baie James. Cela a changé avec l’arrivée au pouvoir du Parti Québécois. Grâce à ce changement de gouvernement, on a pu sauver presque un milliard en une année pour les contribuables. La corruption dans la construction n’est pas un nouveau phénomène.

La vraie mafia n’est pas celle dont on entend parler dans les journaux. Elle, c’est la petite pègre. Les bras. La mafia, c’est le gros business, les grosses piastres, les grosses compagnies. Elles peuvent faire crever des milliers de jeunes au Biafra pour du pétrole, faire assassiner le président Kennedy, renverser le président Allende. C’est le langage de la finance. Un langage qui fait trembler tout le monde. La vraie mafia est légale, internationale, voire planétaire.

Elle décide du moment où une guerre est payante, comme le moment où cette guerre doit cesser. C’est la grande machine de l’exploitation. Celle qui décide à quelle classe de gens tu vas appartenir, qui décide ce tu dois croire, toi, le petit subalterne.

Le plus lucratif de toute la machine, c’est la violence. Sans la violence, la domination devient quasi impossible. Les vrais boss vivent de la violence.

Le trafic d’armes et l’exploitation des richesses naturelles, c’est ce qu’il y a de plus payant pour la mafia internationale qui se prétend légale, ce qui est vrai parce que c’est le système dans lequel la plupart des vivants sont esclaves. Personne n’échappe au pouvoir de l’argent.

La mafia, composée des dirigeants des plus grandes multinationales, est savamment aidée dans ses exploits de profits par un deuxième pouvoir : la religion. Elle cherche à rendre les gens dociles. Elle culpabilise pour mieux dominer chaque individu. La religion est la glaise, le ciment qui maintient l’édifice debout. Sans foi aveugle, l’homme ne rêve plus de vie dans l’au-delà. Sans foi, l’homme risque d’exiger d’être heureux durant son passage sur terre. Sans foi aveugle, l’homme risque de se rebeller.

Le troisième pouvoir est celui des communications. Après avoir été « élevés » depuis leur enfance, les hommes réagiront selon leurs connaissances. C’est pourquoi il est important de manier et manipuler l’information. Le quatrième pouvoir est le savoir. Devenir professionnel te permet d’échapper à des salaires de misère. Le gros mange toujours le plus petit.

La société est ainsi prise dans des modes d’intégration qui font que tu dois toujours te mouler à ce que l’on attend de toi avant de pouvoir franchir le cap du succès. Il faut assez t’emprisonner pour que tu ne puisses pas tout fracasser. Parmi les grands moules : le mariage, le couple, la morale sexuelle. Tout le monde est ainsi divisé et doit ainsi tendre vers la société pour échapper au cauchemar de la solitude. Il faut appartenir à un groupe pour maintenir sa confiance en soi. Cela permet une meilleure classification : hétéro, gai, féministe, féminounes, bi, etc.

Depuis 1971, je suis convaincu que la plus grande révolution qui puisse exister sur terre, c’est de cesser de faire le jeu. Cesser toute violence. Forcer les riches à nous respecter, en cessant toute forme de surconsommation. Créer des réseaux de survivance qui garantissent à tous un minimum vital.

Infailliblement, tout va s’écraser. La grande révolution, ce sera quand tous les hommes dans un geste de lucidité s’assoiront et refuseront de se battre. La vraie Révolution, c’est la paix. Alors, le vrai système celui qui manipule autant le christianisme que le communisme, écrasera. Les multinationales seront remplacées par des institutions nationales.

La vraie révolution, c’est une assistance sociale mondiale qui garantit la survivance individuelle partout dans le monde. Un minimum vital qui permet de vivre décemment, un salaire minimum mondial. Et, un salaire maximum mondial.

Il n’y a aucune solution sans solidarité internationale dans un respect intégral partout des droits de la personne.

Je ne crois pas dans les mouvements marxistes-léninistes ou autres, car très vite, ce n’est plus le bien de l’individu, de l’homme qui est visé, ce n’est plus la libération de l’homme qui est récoltée, mais l’esclavage à une autre idéologie, une autre forme de religion.

L’important ce n’est pas le système, ni la nationalité ou la race, c’est chaque être humain. La solidarité de la race humaine est le fondement de l’égalité absolue. Il faut voir à ce que les vrais droits de l’homme soient respectés par tout le monde, partout, quitte s’il le faut d’éliminer les religions et les services économiques actuels pour les remplacer par une structure qui pense d’abord en fonction du bien de l’humanité.

Je crois dans la révolution de la PENSÉE devenue PAROLE.

Il faut lire Les vrais propriétaires de Montréal, de Benoît Aubin. Cela nous permet de comprendre l’étendue de l’exploitation des Québécois par la mafia internationale.

J’aimais bien mon travail à la SAQ.

J’avais perdu l’habitude de la politique, car, ma paternité artificielle avait permis un miracle. Durant une année, à cause des enfants, parce que j’avais peur d’influencer le verdict du procès de Suzanne, je me suis abstenu de presque toutes interventions politiques.

Les libéraux n’étaient jamais parvenus à me fermer la gueule aussi longtemps. Ils n’avaient pas pu m’acheter, ils n’avaient pas pu me faire assez peur pour me faire abdiquer au combat. Il ne leur restait plus qu’à mettre en liens mes antagonismes. La pédérastie et la politique ne vont pas ensemble.

La pédérastie est une reconnaissance de la liberté et du plaisir beaucoup trop grande pour qu’un jour elle soit honorée comme dans la Grèce antique. C’est pour cette affinité qu’on me classe anarchiste. Si je n’étais pas pédéraste, je serais certainement en politique sans aucune restriction. Plus vieux, je serai gai, mais je ferai de la politique.

Pour une première fois, j’ai été aux prises avec quelque chose de plus important que la politique : mon amour des enfants. Les enfants avec qui je vivais. Ils étaient encore plus importants que toutes mes fibres révolutionnaires.

Je me suis assis et j’ai compris que la vie n’est pas la même quand tu as des enfants.

La grève commençait à faire des siennes à la SAQ. J’étais solidaire aux permanents, mais je ne pouvais pas dire un mot, car j’étais seulement un employé en période de probation.

Après avoir travaillé durant les fêtes dans un magasin du centre-ville, j’ai été transféré dans un magasin dans l’est de Montréal, car, les patrons étaient très satisfaits de mon travail.

La situation syndicale m’a entraîné à nouveau à la vie politique.

J’ai appris d’un Italien fort sympathique que la communauté italienne ne partageait pas souvent les prises de position de ses leaders et de ses journaux. Émilio m’a raconté comment, au cours d’assemblées de sa communauté, souvent l’idée de Cotroni de mettre sur pied une espèce de Ku Klux Klan contre les francophones a été écartée de justesse.

Ma vie affective était en plein déclin. J’en étais rendu à percevoir l’amour comme les Américains : une source intarissable de souffrances.

J’étais la souris dont la nourriture céleste était électrisée. Je doutais de mes conceptions sexuelles, de leurs effets sur les jeunes. Pourquoi, contrairement à mes habitudes, avais-je développé mon côté autoritaire avec Patrick? Pourquoi faut-il qu’un rôle social modifie les croyances profondes en la liberté absolue? Pourquoi se pose-t-on autant de nouvelles questions quand on a des enfants?

Je me sentais coupable d’user d’autorité avec Patrick et Yanie, mais je ne pouvais pas accepter l’idée de les laisser tout faire sans intervenir. La liberté absolue, sans limites, me paraissait contre nature.

J’aurais voulu qu’au contraire mon côté pédéraste prenne le dessus. Je constatais que la grande différence entre la pédérastie et la paternité : c’est que le père à moins de tolérance, qu’il est plus écrasant parce qu’il se sent responsable. Il dirige plus sévèrement la vie d’un autre que la sienne. Il connaît sa force et n’a pas confiance dans son enfant. Il a peur pour lui. Quand on se prend pour un père, on s’imagine qu’il faut donner l’exemple, sévir. J’étais grugé par ce que disaient les autres. La vie était devenue quasi impossible. Je travaillais et je buvais. Je ne vivais plus avec eux.

Ma vie amoureuse a pris toute une fouille quand je me suis rendu à une fête du journal Le Jour, à Vaudreuil.

J’ai d’abord bu comme un cochon. Les participants étaient si nombreux qu’on y était serrés comme des sardines. Tassé, écrasé, j’ai été envahi par la beauté d’un petit gars qui se trouvait près de moi. J’ai décidé de le cruiser comme dans les clubs gais que je fréquentais parfois. On passe hypocritement la main là où l’intérêt nous guide. Si tu n’aimes pas, tu te tasses, un signal facile à comprendre.

Mes doigts se sont promenés là où ils n’avaient pas d’affaire. Mes caresses ont vite créé une belle petite pyramide sur le pantalon de mon nouveau dieu. Il s’est écarté, mais j’ai insisté, j’ai recommencé. Quand tu fais des efforts et qu’on t’écrase, tu as comme réflexes de te dire que ça ne sert à rien de vouloir bien faire. J’aurais dû m’apercevoir qu’il ne partageait pas mes goûts, évaluation que j’arrivais habituellement à faire très facilement, l’espace de quelques regards. La boisson aidant, j’ai mal évalué ses réactions. J’ai mis fin à mes grandes aspirations à un défoulement digital et il s’est perdu dans la foule.

Plusieurs minutes plus tard, trois solides adolescents m’ont saisi par le collet.

  • Viens, icitte ! Je vais t’apprendre qu’on ne touche pas à mon chum.

J’étais assez saoul que je ne me rappelais même pas de qui il parlait. J’ai pu faire le lien avec le jeune quand il est venu vérifier sur place la tendresse de ses copains.

Il était tellement beau, j’aurais remis les doigts à la même place et, comme les martyrs canadiens, j’aurais enduré les pires atrocités pour lui dire à travers ma souffrance que je l’aime d’être aussi éblouissant.

Les jeunes m’ont entraîné en dehors de la foule et ils m’ont maudit la raclée de ma vie. Je ne voulais pas me défendre, car j’avais agi en idiot. Je n’avais pas respecté le jeune et j’avais ce que je méritais. De toute façon, ils étaient bien   plus solides que moi.

J’ai eu durant au moins les trois semaines suivantes, le visage tellement tuméfié et enflé que les enfants auraient pu facilement me confondre avec Frankenstein.

Cette aventure en plus de me coûter une nouvelle paire de lunettes a exigé que je me rende à plusieurs reprises à l’hôpital pour des blessures au dos. Il m’a fallu plusieurs semaines avant de pouvoir me déplacer sans douleur et sans canne.

Après on dira que les enfants ne savent pas se défendre… c’est oublier le pouvoir de la « gang».

À Montréal, on fermait les yeux sur le fait que des gais étaient tués ou blessés dans les parcs. La police était aveugle quand il s’agissait d’un cas impliquant un homosexuel battu. Il suffisait qu’un jeune prétende que sa victime avait été tuée parce qu’elle lui avait fait des avances sexuelles pour faire non seulement pardonner son meurtre, mais convertir son geste dégueulasse en bravoure et convertir le meurtrier en héros.

Après des siècles de lavage de cerveau, c’est impossible de contrer le discours de l’autorité, même s’il est basé sur des mensonges et des interprétations farfelues de la vie. Notre très sainte nation a besoin qu’on la purifie de ses membres trop libertins. On peut tuer, blesser, ce n’est pas pire qu’un attouchement sexuel. Il faut vraiment être fou pour en être rendu là grâce aux sermons des curés puis maintenant des féminounes. Je me rappelle pourtant que dans mon enfance, quand les autres me touchaient, je ne me mettais pas à brailler. J’aimais ça.

Deux gais sont des adultes et leur fornication ne changera pas grand-chose dans les statistiques des naissances. S’ils prennent leur condom, il en sera de même du côté de la santé. D’ailleurs, quand on s’est aperçu que la vie de gais permettait à plusieurs d’être plus riches et de dépenser plus, on modifia les règles pour obéir aux besoins économiques. On créa le Village, à Montréal. Un ghetto pour gais. Et, on reconnut le droit aux femmes de faire carrière plutôt que d’être mère. Un droit tout à fait légitime, mais les salaires inférieurs justifiaient cette nouvelle reconnaissance.

Quand on se rendra compte que la pédérastie est un facteur important pour devenir un bon prof, on commencera à comprendre que tuer la tendresse pour obéir à une paranoïa nationale est le meilleur moyen d’augmenter le décrochage chez les gars. On est encore loin du compte, notre système d’éducation, notre culture sont de plus en plus une exclusivité féminine.

Cet incident ne m’a pas arrêté de travailler. J’ai dit à mes confrères que j’avais mis les doigts à la mauvaise place. L’incident fut clos. J’avais ce que je méritais, selon eux, et j’avais couru après, selon moi.

J’aimais mon travail et tout le monde s’accordait bien avec moi. J’étais d’ailleurs le seul à pouvoir dire tout ce que je pensais au gérant sans qu’il s’emporte, car je m’amusais à imiter Trudeau quand je parlais. J’étais une espèce de clown, bien travaillant. J’ai toujours aimé travailler, même si je ne suis bon en rien. J’étais parfois un peu chialeur sur les bords. On ne peut pas être parfait.

Un matin, sans avertissement, j’ai reçu l’ordre de changer de magasin. C’était le transfert ou la porte.

Je me suis rendu aux désirs des patrons la première journée; mais j’ai laissé l’emploi quand on a voulu m’envoyer travailler dans un magasin de la SAQ dans Verdun. J’habitais complètement dans l’est de Montréal, avec Roland, mon frère aîné. Accepté ce transfert signifiait que j’aurais dorénavant à payer davantage pour me loger. Arrangé ainsi, avec les nouvelles dépenses, ça ne me donnait absolument rien de travailler. Je devais me lever à des heures de fou pour me rendre à ce nouveau boulot. Je devais passer presque autant de temps dans le métro et en autobus qu’à l’ouvrage. Les autorités de la SAQ ne voulaient rien savoir. C’était ça ou rien.

J’ai porté plainte au Ministère du Travail qui, après enquête, me donna raison.

La grève était éminente. J’ai retardé à poser à nouveau ma candidature pour un nouveau poste afin de ne pas passer pour un « briseur de grève ». Quand j’ai voulu faire respecter le verdict du Ministère du Travail, la direction de la SAQ m’a envoyé promener. Selon eux, j’avais trop attendu.

Cette fois, je n’y voyais pas de raison politique, même si ce transfert coïncida au fait que je recommençais à discuter politique avec les autres employés.

C’était moins évident qu’au moment où j’avais, à Sherbrooke, été expulsé d’un cours de cuisine, parce que je manifestais trop de plaisir à remettre sur le nez des libéraux qui m’enseignaient, la série d’articles de Pierre Vallières sur la mort de Pierre Laporte. Selon Vallières, Laporte a été une victime du système qui l’a sacrifié à l’unité nationale canadienne puisqu’on en a fait un instrument pour combattre le Parti Québécois. Les fédérastes savaient que sa mort serait condamnée par les Québécois qui refusent la violence. Le gouvernement de Robert Bourassa a-t-il versé la somme d’un million de dollars demandée par la pègre pour retrouver Laporte?

Est-il vrai que Pierre Laporte a été blessé à nouveau quand un sergent, pris de panique à l’idée que l’auto des felquistes puisse être piégée, a tiré dans la serrure, atteignant un Pierre Laporte moribond à l’intérieur du coffre de la voiture? La rumeur alors lancée par les médias électroniques voulait que Laporte ait été attaqué par des maniaques sexuels d’où viendrait de la blessure de cette décharge de fusil. Ce point a été vite démenti à la radio et lors de l’autopsie,  mais  il  a  quand  même  existé  pour  démolir  la  réputation  du FLQ.

Est-il vrai que le FLQ était tellement bien infiltré que chaque minute le gouvernement fédéral était informé de la santé des deux kidnappés (Cross- Laporte) ? C’est pourquoi le fédéral savait très bien que Pierre Laporte était vivant dans le coffre de l’auto, mais le ministre de la Justice fédéral exigeait que l’on s’assure d’abord qu’il n’y avait pas de bombe dans l’auto avant d’ouvrir et venir au secours d’un Laporte mourant. Cela demanda tellement de temps que Laporte en est mort.

Pourquoi Paul Rose a-t-il été reconnu coupable du meurtre de Pierre Laporte alors qu’il n’était même pas présent sur la rue Armstrong quand Pierre Laporte aurait été tué? Pourquoi n’a-t-on pas tenu un nouveau procès quand on a appris ce fait essentiel? La Justice en temps de crise cesse-t-elle d’exister?

Je n’y connais rien, mais je crois que ce sont des questions très pertinentes pour comprendre ce qui s’est vraiment passé. Paul Rose n’a été qu’un bouc  émissaire pour permettre aux autorités de ne pas perdre la face et devoir subir l’opinion publique informée que ce prétendu meurtre était l’œuvre des fédérastes. Ces derniers auraient eu à expliquer : pourquoi n’avait-il pas aussitôt ouvert le coffre et ainsi sauver Pierre Laporte.

À Sherbrooke, j’avais remis le cas de mon renvoi entre les mains d’un avocat de l’aide juridique. Le moins que l’on puisse dire ce ne sont pas des gars qui battent leurs œufs longtemps et fermement.

De plus, j’ai été assez naïf pour croire un conseil des responsables des cours de cuisine, pris pour me trouver un métier me permettant de ne pas vivre aux crochets de la société. Selon eux, si j’en faisais la demande, je serais admis à l’école de Montréal. Je me suis fait avoir encore une fois. Suis-je fou pour être aussi naïf?

J’ai recommencé à boire. J’enfilais la bière et le vin à une allure vertigineuse.

Saoul, je me suis ramassé, sans que j’aie conscience du voyage, chez des gens de Montréal, identifiés à la direction de la grosse pègre. Ils voulaient que je collabore avec eux. Ils me feraient entrer comme journaliste au Journal de Montréal et je n’aurais que de temps en temps à avoir à passer de petits messages pour ceux qui sont en prison. C’était normal si on m’avait remarqué en prison. Sauf que les personnages étaient les dirigeants de la pègre. Je ne me rappelle presque rien de cet entretien. J’ai décliné cette invitation, car je ne suis pas collaborateur de police ou de la pègre. Je suis un homme libre. Je leur fis valoir que je ne pouvais pas leur être utile puisque j’étais un journaliste en chômage et pour longtemps, car personne ne voudra de moi. Je suis retourné chez moi comme j’étais venu, sans même me rappeler si j’étais en auto ou en avion. J’ai pensé avoir été drogué.

Si je gueulais contre la visite de la reine quand j’étais saoul, prétendant même que j’irais y faire la peau, sur le plan politique, je ne faisais plus rien. Je ne croyais plus. J’avais perdu mes illusions. Non seulement Bourassa se vantait, m’avait-on dit, que j’étais son pire ennemi, les péquistes me boudaient. Par contre, je faisais des critiques de livres parus dans le quotidien Le Jour.

Un sourire venu d’enfer 37

novembre 23, 2020

Un sourire sorti d’enfer 37

Autobiographie approximative

pp. 303 à 313

39

L’école libre.

Cette fois, plutôt que de retourner à la religion, de m’enliser dans leur folie quant à la sexualité, j’assumais mes contradictions comme une guenille qu’on déchire.

J’ai travaillé plusieurs mois à la construction de l’école libre et à la rédaction d’une constitution pour la République du Québec. Avec un ami, l’école libre est devenue une obsession quant à ce qu’il fallait faire pour vraiment changer la société et la rendre plus heureuse, plus autonome.

Patrick m’accompagnait souvent. Il s’était créé une espèce d’osmose entre nous deux. Je me sentais responsable de lui et de Yanie, comme si c’eut été mes propres enfants. Une complicité extraordinaire. Patrick était devenu un sosie. Je respectais sa volonté, ses désirs et dans la mesure du possible, je réalisais quelques-uns de ses rêves. J’étais fier que Patrick ait moins de difficulté à s’exprimer. Je crois que c’était parce qu’il avait plus confiance en lui. Je me sentais un petit peu responsable de ce changement plus que positif.

La pédérastie offre aussi de très grands avantages quant à la communication avec les jeunes. Des adultes qui refusent de devenir adultes, ça comprend plus vite les jeunes.

Ce travail manuel difficile, mais sain, de construction me permettait d’oublier la vie politique; quoique j’en parlais encore. La drogue de la politique est comme l’héroïne. Aucune cure ne t’en détache complètement. À l’école libre, on était trop socialiste pour être péquiste. Ça ne me touchait pas tellement puisque je me suis toujours cru un révolutionnaire.

J’étais tout à ma paternité. Tout respectueux de la philosophie de l’école : intervenir le moins possible dans la vie des enfants. N’être là que pour répondre à leurs demandes.

J’ai travaillé plusieurs mois à la construction de cette école parce que je me sentais accepté. L’école libre, c’était la « grande révélation », le « grand espoir » de créer un Nouveau Monde où le respect de la spécificité de l’individu l’emporte sur les tabous.

Après avoir travaillé avec acharnement à sa construction, j’ai commencé à craindre que ma pédérastie ne nuise à sa réalisation et à sa réputation.

Les gens du Québec quand il est question de sexe, surtout à l’école, où ce sont très majoritairement des femmes qui s’y retrouvent, sont incapables de se raisonner et de voir qu’on fait tout un plat avec la sexualité. On est malade de scrupules, alors qu’il n’y a rien là, s’il n’y a pas de violence. On ne peut pas se détacher des siècles de répression sexuelle où ce qu’on nous montrait reposait sur l’ignorance de notre corps.

J’ai tenté de devenir animateur quoique mon incompétence me fasse peur.

J’étais encore divisé entre ce que je crois fondamentalement et ce que nous prêche la société. Serais-je un exemple de « culpabilisé » toute ma vie? Je ne me faisais pas confiance. D’où vient cette mésestime de soi quand on vit sa sexualité différemment des autres? Être prisonnier de sa propre nature.

J’étais moins poison pour les jeunes que ceux qui me faisaient la leçon. Je croyais que l’éducation c’est d’abord et avant tout créer des êtres autonomes et fiers d’eux. Et, aussi fou que ça puisse être, dans ce cas pour moi, il n’y avait aucune différence entre un garçon et une fille. Les deux sont égaux, même si l’un nous attire plus que l’autre.

De toute façon, ils étaient trop jeunes pour faire des enfants, même s’ils avaient joué aux fesses toute la journée, c’était sans réelle conséquence. Donc, pourquoi s’énerver ?

Digne de ma naïveté, j’ai décidé d’informer le groupe de ma pédérastie. Je me disais que je ne pourrais jamais être un danger pour un jeune si tout le monde était averti de mes tendances.

Question aussi d’honnêteté pour que l’école ne se ramasse pas dans un ouragan à cause de moi, parce que j’étais trop lâche pour dire la Vérité. Je n’ai jamais voulu qu’une personne autour de moi ait à souffrir de cette révélation en apprenant sous forme de dénonciation que je suis pédéraste. D’autant plus qu’ainsi surveillé, je ne pourrais jamais provoquer le goût chez un jeune de me flirter, sans qu’il soit protégé. Je ne pourrais certes pas profiter de mon expérience pour obtenir les faveurs de qui que ce soit. En le disant, je devenais la cible de tous les regards.

Quelle erreur ! Je n’avais pas compté sur la bêtise de ceux et celles qui prétendent être les étendards des droits des jeunes. Certaines femmes, qui pivotaient autour du projet, n’attendaient que ça pour laisser éclater leur stupidité et bien évidemment essayer de me faire expulser de l’école.

Si j’ai été plus tard en quelque sorte écarté de l’école par les féminounes avec la complicité de mâles hétéros, leur victoire était loin d’être définitive. Elle trahissait plutôt leur faiblesse et leur ignorance. Elles provoquaient une curiosité malsaine.

Ces femmes me reprochaient mon hypocrisie. L’histoire avait été déclenchée à partir d’un geste anodin.

J’avais aidé un jeune garçon à monter d’un étage à l’autre, il n’y avait pas encore d’escalier. L’autre animateur, au deuxième, prenait le jeune par les mains pour le grimper alors que moi je le soulevais pour que ça devienne possible de le tirer. Une nouvelle animatrice y voyait là une raison de scandale.

Selon elle, je manifestais dans mon visage une trop grande jouissance pour que ce soit normal, surtout parce que j’avais dû le pousser par les fesses pour le soulever davantage. À son avis, ce geste banal était une forme de sollicitation. Quant à moi, quand elle en parla, je pensais plutôt qu’elle avait un urgent besoin

de se faire soigner, car elle était stupidement scrupuleuse et peut-être jalouse.

Je n’étais quand même pas à me mettre à pleurer parce que je devais le tenir par les fesses pour être assez haut. Tout le monde agit comme je le faisais sans qu’il y ait de problème. Elle capotait parce que j’avais dit que j’aimais les petits gars. Donc, elle extrapolait quant à ce que je ressentais et le jeune aussi… Le jeune, qui soit dit en passant ne s’en était même pas aperçu, tant tout cela se passa normalement.

Non seulement elle s’attachait aux gestes, mais elle me prêtait des intentions que je n’avais même pas. Elle me savait pédéraste, donc, ça devait être ainsi. Comment peut-elle le savoir puisqu’elle ne sera jamais pédéraste. Les féminounes sont trop aliénées pour comprendre qu’il n’y a rien là. Pas de violence, rien de particulièrement indécent; mais elle avait l’imagination et la critique perverse. Elle se projetait intérieurement sur moi. Pourquoi une personne normale évaluerait-elle mon degré de satisfaction à travers mes yeux ou mes sourires, à moins d’être complètement perverse elle-même?

Les féminounes m’en voulaient d’être populaire auprès des enfants. Dans leurs petites têtes, elles auraient voulu que je réponde complètement au stéréotype véhiculé par les journaux jaunes sur la pédérastie : un pédéraste est un sanguinaire qui écrase les enfants de son âge ou avec sa force.

On avait beau me reprocher quoi que ce soit, je respectais complètement la décision de l’équipe voulant que jamais un adulte ne puisse faire les premiers pas pour être en contact avec les jeunes.

Il y a des adultes qui plaisent automatiquement à un certain type de jeunes. La confiance, l’amitié, l’affection sont automatiques. Je n’y pouvais rien, c’est ce qui se produisait. On était bien obligé de s’en rendre compte. Les adultes ne connaissent rien aux plus jeunes parce qu’ils sont tellement imbus de leur vocation de parents qu’ils n’arrivent pas à comprendre le cheminement du développement de leurs jeunes. Ils ont peur pour eux et les étouffent, ils les empêchent de vivre leurs expériences. Ils s’imaginent que tous les jeunes sont pareils à eux, ce qu’il y a de plus faux.

Malgré les coups de gueule sale, on laissa les choses se développer normalement, grâce au fait que je m’étais mis complètement à nu et qu’on considérait que jusqu’à preuve du contraire, j’avais un comportement non seulement satisfaisant, mais exemplaire.

À cette époque, dans ce milieu, les esprits étaient moins tordus qu’aujourd’hui. On essayait vraiment de comprendre et de changer les choses. Il y avait des féministes en nombre croissant, mais elles ne partageaient pas l’étroitesse d’esprit des féminounes. Elles aussi s’interrogeaient sur la réalité des jeunes, sans vouloir leur imposer leurs valeurs.

On décida de ne pas tenir compte des réactions de la mégère. La directrice de l’école conclut que peut-être les jeunes vivaient leur sexualité différemment de ce qu’on leur avait appris. La seule chose importante, c’était leur liberté. On souligna aussi que Neil, le fondateur de Summerhill, n’aurait jamais toléré un gai dans son école libre quoiqu’il ne faisait pas de montagne dès qu’un incident sexuel s’y passait. Elle termina en disant qu’elle croirait que les jeunes sont plus ouverts sexuellement quand Donald, son garçon le plus âgé, initierait librement un jeu sexuel.

Malgré toutes nos projections, c’est Antoine, son second fils, qui a été le premier à m’inviter à coucher dans sa chambre. Que fallait-il répondre ? Fallait-il me faire confiance et courir le risque? Les jeunes invitent ceux qu’ils aiment bien à coucher dans la même chambre qu’eux. C’est comme partager une amitié. C’est un partage qui officialise qu’il t’aime bien.

À moins d’avoir un jeune à qui on interdit ce genre de rapport, il est difficile d’expliquer pourquoi ce serait indécent. D’ailleurs, pour les jeunes même le mot indécence est difficile à comprendre. Ils ne sont pas encore conditionnés à la pruderie. Un corps c’est un corps, il n’y a rien de mal là-dedans, même la nudité est naturelle. Ils ont raison, sauf qu’on ne se met pas nu n’importe où, n’importe quand. D’ailleurs, tu peux coucher dans le même lit sans qu’il y ait des ébats sexuels.

Sa mère ne s’y opposa pas, mais elle manifesta son mépris pour cette décision avec beaucoup d’arrogance. Il était cependant entendu que c’étaient les jeunes qui menaient et décidaient de leur vie. Il était évident qu’elle craignait que son fils ait des attraits pour les hommes. Mais, comment justifier qu’elle refuse que je couche dans sa chambre? Ça la forçait à s’interroger, car elle savait très bien que je n’avais rien fait pour valoir cette invitation. J’étais moi-même très surpris par cette invitation.

Pour elle, l’homosexualité était encore anormale, contre nature, mais elle avait l’honnêteté de ne pas me juger et décider pour ses enfants.

Elle me reprochait autre chose. Elle ne digérait pas mes reproches quant à son habitude de trop brailler sur son sort et sur la condition d’infériorité des femmes. Dans un groupe de féministes, rien n’est plus grave que de reprocher aux femmes de brailler sur leur sort plutôt que d’agir en toute égalité. Agir au lieu de se plaindre. Si on se croit inférieure, on n’a pas à blâmes les autres d’agir en mâles envers nous. L’égalité commence par sa propre façon de se voir. Elle avait cependant l’honnêteté d’être franche.

Pour d’autres, j’étais l’insulte suprême parce qu’au lieu de m’intéresser aux femmes, je disais que j’étais intéressé par les petits gars. Elles ne pouvaient pas digérer un tel outrage à leur magnétisme supposément invulnérable.

Ma vie me posait beaucoup de questions. Comment un gars peut-il être pédéraste et vivre avec une femme? Le pire, le sexe n’existait qu’avec Suzanne. Une passe dans le temps où j’étais temporairement strictement hétéro. Un temps où je me questionnais encore plus profondément sur mon identité sexuelle.  Vivre en toute liberté avec des petits gars, ça soulève d’autres questions.

Est-ce qu’ils perçoivent la sexualité comme nous? Comment savoir qu’on agit vraiment en égaux? Peut-être que les féministes avaient raison quand elles prétendaient que juste le fait d’être adultes les influençait. Que sans s’en rendre compte on attire le jeune vers ce que l’on veut? Que le jeune ne peut pas penser sexe sans qu’on l’ait amené à le faire. Ce sont des questions très importantes, fondamentales, quand tu crois dans la liberté absolue.

Patrick venait me trouver dans le lit sans que je lui demande et même si on couchait ensemble, pas question d’y toucher parce qu’il ne voulait pas. Il se sentait plus en sécurité en étant avec moi. Point à la ligne.

Les féminounes projettent-elles leur propre peur sur les jeunes pour justifier leurs valeurs morales ? C’est aussi très possible.

Les femmes s’étaient mises d’accord pour prouver que la pédérastie n’est pas normale en formulant que jamais Donald, par exemple, n’accepterait une telle expérience.

Or, à la suite de cette réunion où j’avais fait part de mes amours et de mes scrupules, de ma peur de nuire aux jeunes et au bon déroulement de l’école, j’ai sans que je n’aie eu rien à dire, dût confronter ma réalité à la grande sagesse, basée sur l’ignorance des gens qui se disent normaux.

Je travaillais à la construction de la nouvelle école, gelé comme une balle quand trois jeunes apaches sont apparus nus, courant autour de la maison qui était en même temps l’école.

Je ne pouvais pas me cacher mon intérêt visuel, je ne suis pas le curé d’Ars. Les jeunes l’ont sans doute remarqué et ont continué leurs petits jeux en m’apparaissant de plus en plus près. Je les croquais ou les dévorais des yeux. J’étais follement mal à l’aise d’en jouir autant. J’étais un radiateur surchauffé.

Le même soir, ils m’ont invité à aller jouer au Monopoly avec eux. Donald était du groupe.

J’étais le seul adulte sur le terrain et je n’avais plus rien d’autre à faire. J’ai aussi

accepté avec un plaisir immense. J’espérais en silence, en jouant la sainte âme, qu’ils répéteraient leur exploit de nudité. On est tous plus ou moins hypocrites quand il s’agit de profiter d’une situation qui nous éblouit même si elle devrait nous paraître mauvaise. On souhaite que ça recommence tout en s’en voulant d’être aussi cochon.

Le soir, en jouant, ils ont très vite introduit l’obligation d’effeuillage, à laquelle je ne me suis absolument pas opposé. Pourquoi l’aurais-je fait, sinon pour obéir à une règle morale que je trouve dépravée, car elle repose sur la honte de son corps.

Nous nous sommes tous retrouvés à poil.

Donald s’est même permis des attouchements sur moi et je fus invité de lui rendre la pareille. Quel plaisir ! Nous étions en pleine séance de Monopoly quand nous avons entendu plus prématurément que prévu probablement, le bruit d’une auto qui arrivait.

Nous nous sommes rhabillés en vitesse comme des criminels. Pourtant, à l’école libre, la sexualité était libre, si elle était consentie par tous ceux qui étaient impliqués.

Je regrettais ma réaction d’aliéné, mais trop tard.

Je suis demeuré très scrupuleux, malgré toute la théorie que je prône. Mais, ce fut une fausse alarme.

Nous avons ensuite discuté au cours de la soirée autant de ma pédérastie que des étoiles. Les petits déambulaient à nouveau nus, se cachant parfois derrière les meubles pour me voir les chercher du regard. L’un d’eux ressemblait comme deux gouttes d’eau à l’acteur principal, dans Mort à Venise, en plus beau et en plus jeune. Ils m’excitaient comme un fou. Ils aimaient jouer à la danseuse. Il se cachait et me réapparaissait en se dandinant nu. C’était un délice de les voir.

Quand je me suis couché, j’ai entendu les jeunes discuter à savoir s’ils devaient venir coucher avec moi. J’aurais bien aimé ça, mais il était entendu que jamais l’incitation ne devait venir d’un adulte. Finalement, ils ont eu peur. « Ils auraient dû faire la femme », disaient-ils. Ils ne voulaient pas se faire enculer. Une chose que je n’aime pas, mais comment pouvaient-ils le savoir? Ils pensaient comme les adultes : un pédéraste encule nécessairement. Ce qui est absolument faux. Où sont-ils allés chercher cette image du pédéraste?

Laisser libres, les jeunes raffolent de ce genre d’expériences, quand ils se sentent en sécurité, mais les adultes le nient, car ils s’imaginent que les jeunes sont encore de petits innocents. Ce pourrait être dangereux, j’en conviens, si le pédéraste était un psychopathe, donc victime d’une maladie mentale qui n’a rien à voir avec la pédérastie .

Bien des sociétés ne s’offusquent pas de cette tradition qu’ont les jeunes de jouer à des jeux sexuels.

Or, nous, on nous a appris à en avoir honte et à y voir quelque chose de malsain, de sale, de pervers. La pudeur que l’on croit naturelle est en fait ce que l’on appelle « une marque primaire » en éducation. C’est la certitude intérieure que c’est mauvais parce que l’on constate très jeune à travers le non-dit des adultes que la sexualité est le pire des crimes. En même temps, il arrive qu’on expérimente quelque chose de profondément amusant, parfois drôle, d’où cette double manière d’aborder la sexualité. Nous ne sommes pas encore adultes que nous sommes intérieurement divisés entre la réalité humaine et les enseignements religieux.

Au Québec, on vit nos contradictions comme si elles n’existaient pas. C’est un des plus grands plaisirs, et sans que ce soit vraiment justifié, il faut absolument le répudier. C’est tellement grave qu’on doit avoir honte d’en parler. Si on en parle dans les écoles, c’est juste pour te montrer que c’est mal ou éviter les maladies vénériennes.

Si on étudie l’histoire de la répression sexuelle, on se rend compte que la folie tient à ce langage qui place la sexualité au rang des perversions. Pourtant rien n’est aussi fabuleux que la sexualité. La reproduction est un phénomène qu’aucune machine n’arrivera à reproduire. C’est le miracle le plus grandiose de la nature et pourtant on le place comme étant le plus sale.

Peut-être que les plus fous ne sont pas ceux que l’on pense; mais les ignorants qui s’imaginent que sans le sexe l’humanité aurait survécu. Pourquoi avoir honte d’une chose aussi naturelle? Qu’est-ce qu’il y a de plus beau, de plus magique qu’un spermatozoïde qui rencontre son ovule qui développe un enfant?

La modération a toujours meilleur goût. . Il faut être libre, mais pas trop, car, la liberté comprend aussi la responsabilité.

Enseigner que la sexualité est mauvaise, c’est un crime; mais apprendre à dominer ses plaisirs, comme le voulaient les philosophes de la Grèce antique, c’est un pas dans la direction de la SAGESSE. La sexualité est grande et belle dans la vérité.

On veut tout savoir sur ce qui se passe quand de telles situations arrivent, mais quand on l’apprend, on réagit comme si le ciel nous était tombé sur la tête.

Il faut dénoncer parce qu’on ne peut pas garder son sang-froid quand ça se produit.

Ce fut bien évidemment le scandale total quand les jeunes racontèrent nos expériences. Ces pauvres femmes n’en sont pas revenues, oubliant que dans une éducation libre, ces genres de jeux sont tout simplement normaux. Qu’on le veuille ou non, les jeunes sont sexués et très intéressés s’ils ne sont pas réprimés.

Quand les jeunes se sentirent vraiment libres de faire tout ce qu’ils voulaient, leur première réaction fut de déshabiller les animateurs. Si ces derniers pouvaient demeurer de bois, pas moi. On aurait dit que les jeunes me percevaient plutôt comme un complice alors que pour les adultes je ne suis qu’un pervers.

C’est évident quant à moi qu’il faut même si on veut être libre d’une manière absolue reconnaître qu’il y a une limite, soit de respecter le « oui » ou le « non » de l’autre.

Notre réaction à la sexualité dépend strictement de notre éducation quand on était très jeune. Si on devient fou au Québec dès qu’il est question de liberté sexuelle, c’est qu’on a été élevé dans cette atmosphère. Il ne fallait même pas y penser si on ne voulait pas être vu comme des cochons. C’est complètement contre nature, mais on croyait ce que les curés nous prêchaient. Entendre le contraire, nous rend malades. On s’imagine que les jeunes n’ont aucun droit à la sexualité; mais qu’on le veuille ou pas, ils sont sexués. On se dit libérer des religions, mais on obéit aux règles des religions à travers ce que nos parents nous ont appris.

Les pauvres femmes venaient d’être démenties dans leur propre raisonnement à l’effet qu’elles ne pourraient croire dans la possibilité que les jeunes aiment les expériences sexuelles que si Donald si prêtait. Et à la première occasion, il était le premier au front…

Ce ne sont pas les jeunes qui ont succombé à mes avances. C’est moi qui ai répondu favorablement à leurs invitations. J’en suis encore très heureux et je recommencerais n’importe quand dans les mêmes circonstances.

Si les animatrices étaient sérieuses et voulaient être honnêtes, elles devaient convenir dans la possibilité que des jeunes soient les initiateurs de tels événements. C’est normal puisque c’est un des plus grands plaisirs humains.

La Grèce antique le reconnaissait, mais considérait qu’il fallait l’encadrer. Ce que j’appelle le consentement. Tu ne sautes pas sur n’importe qui et tu dois t’assurer que le plaisir est partagé.

Elles auraient dû reconnaître que leur position ne tenait pas. Tu ne peux pas refuser absolument de te mêler de la vie du jeune, à moins qu’il y ait violence, lui

donner le droit de faire tout ce qu’il veut et, en même temps, lui interdire ce à quoi il pensera dès la première fois qu’il se sentira vraiment assez libre. Pas besoin d’un adulte, ses hormones se chargeront de lui apprendre.

La notion de respect ne s’intègre pas facilement à celle de consentement, mais c’est à mon avis, là où il faut aller. Le respect est l’accord de l’autre. La complicité est aussi un plaisir. C’est la base de l’amitié, du partage et de la réciprocité.

Les femmes, en particulier, mélangent le respect et leur peur de ne pas être aussi belles que les autres. C’est d’ailleurs ce qui les anime lorsqu’elles combattent la nudité. Elles ne peuvent pas concevoir qu’une belle femme puisse être objet d’admiration, tout en étant, elle, privée de cette même capacité de séduction. La séduction, pensent-elles, devrait leur appartenir en propre et ne peuvent pas concevoir que la beauté des autres puisse leur faire concurrence. Les femmes sont jalouses des autres.

Si elles se croient moins belles, elles jalousent tout ce qui est mieux qu’elles. Leur peur guide leur façon d’interpréter leur besoin de respect. Chaque individu est à la fois égal, pareil en étant un humain et différent parce qu’on se constitue à partir de notre génétique, mais aussi de notre éducation. L’inné et l’acquis. Ce sont des éléments fondamentaux dans le développement de sa manière de percevoir la liberté sexuelle.

Le problème avec les féminounes, c’est de refuser de voir que la perception quant à la sexualité est tout à fait différente entre un homme et une femme, même si les deux sont égaux.

L’égalité n’a rien à faire avec les accessoires. Les humains ne sont égaux qu’en fonction de leur nature profonde. C’est un élément rattaché directement à notre évolution sociale.

Les sociétés d’aujourd’hui viennent de celles qui les ont précédées avec quelques nuances près. Elles suivent les lois de l’évolution.

On ne peut pas voir la sexualité du même œil quand on a compris qu’elle est interdite parce qu’on croyait que faire l’amour pouvait modifier notre état de santé. On croyait que le sperme était une partie du cerveau ou de la moelle épinière ou encore l’écume du sang.

On ne peut pas continuer de croire les religions quand elles condamnent la sexualité, car elles sont fanatiquement contre toutes formes d’activités en dehors de la procréation. On sait ce que leur célibat a donné.

Si tu crois qu’aucun adulte ne peut intervenir dans la vie d’un enfant comme on le préconisait à l’école libre, pourquoi ferait-on un drame parce que le jeune cherche à établir un rapport de nature sexuel? On est absolument libre ou on ne l’est pas. La vie est fondée sur la logique.

Quand on était jeune, on ne pouvait pas comprendre ce qui se passait. On n’avait pas le droit de rien faire et pire, on commettait un péché seulement en y pensant. On se demandait pourquoi on devenait aussi fou dès qu’il était question de sexe.

Pour ma part, je ne comprenais rien. Je n’ai jamais été trop vite sur le plan sentimental. Je trouvais pénible de parler de quoi que ce soit, particulièrement avec les filles.

Un sourire venu d’enfer 36

novembre 22, 2020

Autobiographie approximative

pp. 292 à 303

Un matin, les gardiens ont commencé leur grève de zèle. Nous étions retenus dans la salle commune plutôt qu’en cellule. La tension montait. Cela entraînerait- il une manifestation? Qu’arriverait-il? La violence s’insinue facilement dans de telles occasions. Des prisonniers appelaient à la révolte. Nous étions sur les 100,000 volts.

Les gardiens aimés dans notre secteur sont venus faire leur tour et assurer tout le monde que nous n’aurions pas à payer pour leur action. Ils ont presque aussitôt réussi à faire baisser la tension. Cette journée de grève se passa bien. Nous avons même été plus libres qu’à l’habitude.

En prison, le sentiment de frustration est si grand qu’il ne faut presque rien pour que la situation dégénère en violence.

Un autre événement a attiré mon attention. Un groupe de jeunes ont fait danser un vieux robineux. À cause des applaudissements, celui-ci s’exécuta comme s’il devenait une vedette.

Les gardiens l’ont amené dans le trou, malgré nos protestations. Il n’avait rien  fait de mal, sinon de détendre l’atmosphère.

Un autre prisonnier cherchait à obtenir son transfert. Il était malade dans la tête de toute évidence. Pourquoi lui refusait-on d’aller dans une autre prison où il serait soigné? La pire chose qui existe en prison est le comportement des normaux vis-à-vis ceux que l’on croit fous. Quant aux crimes sexuels, les accusés sont en danger perpétuel d’être sévèrement battus, d’où sont-ils aujourd’hui dans une aile de protection.

Le tour de la libération de Roger était arrivé. Il me demanda de l’accompagner seul à sa cellule, où il me fit ses aveux.

  • J’ai un aveu à te faire. Je ne suis pas professeur. Je suis prêtre. J’ai été reconnu coupable d’avoir eu des relations sexuelles avec une petite fille, mais je suis innocent.

Le problème ce n’est pas qu’il ait eu une aventure si elle était partagée, mais qu’on a des lois assez folles pour ne pas faire la nuance entre une aventure consentie et jouie par les deux partenaires et une relation où il y a violence ou domination claire.

C’est ainsi au Québec parce qu’on refuse de revoir nos notions sur la sexualité. Pour nous, tout ce qui est sexe en dehors de la procréation demeure le péché par excellence. On se fiche de ce que la science nous a appris. On préfère des lois qui reposent sur l’ignorance et la répression. On voit la sexualité comme la répression nous l’a appris.

Il m’expliqua comment s’était déroulée la soirée et comment il a été faussement accusé. Ça fait tellement longtemps que je ne me rappelle pas si ça avait du sens. Avec l’attitude de la société face à ces situations tout le monde a intérêt de mentir. On ne cherche pas le bien des accusés et encore moins celui des victimes. On ne veut qu’interdire toute forme de sexualité en dehors de ce que l’on a décrété normal. Plaisir et violence sont synonymes dans la tête de ceux qui appliquent la loi.

Roger connaissait Jérôme Choquette parce que ce dernier venait de se convertir à un nouveau mouvement charismatique. Je comprenais maintenant pourquoi nos discussions portaient surtout sur la religion.

J’étais renversé. Roger était prêtre. Il a conclu la discussion en affirmant qu’il m’avait trouvé bien courageux de m’entendre raconter mon aventure avec les petits gars, sans peur, ni honte. Je suis pédéraste et je l’assume, car, il faut trouver une solution humaine à savoir comment vivre cet état qu’on ne choisit pas, mais qu’il faut endurer jusqu’à notre mort, bien malgré nous.

Est-ce qu’un aveugle passe son temps à brailler sur son sort ? Absolument pas. Il faut agir de la même façon. Faudrait-il être malheureux toute notre vie pour un choix qui ne nous appartient même pas ou trouver une manière de la vivre sans créer de problème? C’est la peur du sexe de la société qui est complètement folle.

C’est pourquoi j’en parle dans mes écrits. Pour qu’on y réfléchisse. Cependant, je suis bien d’accord avec mes ex-psychiatres, la société est dangereuse pour les pédérastes, car elle devient folle dès qu’il est question de sexualité.

Nous souffrons d’une mauvaise éducation quand il est question de sexualité. Nous vivons à plein tube les effets de l’histoire de la répression sexuelle. Nous sommes les victimes du fascisme qui existe envers tous ceux qui sont différents. Le petit groupe à haïr pour se défouler.

Les prochains jours ont été beaucoup plus longs, car j’avais perdu trois amis. Augusto ne voulait plus me parler parce que j’avais dit que les immigrants nuisaient au Québec en envoyant leurs enfants dans des écoles anglophones. Il ne voulait rien comprendre.

Pour les immigrants, la tentation anglophone est grande. Cela signifie une plus grande possibilité d’emploi et un élément de plus pour favoriser leur passage ailleurs au Canada ou aux États-Unis, le pays qui les attire vraiment. Ceci dit ne veut pas dire que tu es contre l’immigration. J’étais bien peiné qu’il ne saisisse pas la nuance. J’ai longuement discuté avec le Cid et son ami Gérard, le jeune marginal de Drummondville, qui me l’avait présenté.

Gérard me demanda si, en manifestant toujours seul, je ne faisais pas, sans le vouloir, le jeu du système. Je ne pouvais pas voir comment cela serait possible. Je préférais agir seul justement pour ne pas impliquer personne d’autre. Et surtout, si cela était possible pourquoi serais-je derrière les barreaux? Je serais plutôt payé.

Gérard a vite convenu de la justesse de mon raisonnement. Pourtant cette question m’a trotté dans la tête pendant quelques jours. Elle méritait d’être posée… on ne sait jamais. J’ai la conscience très fragile de ce côté-là. J’aurais été le plus malheureux des gars s’il avait fallu qu’il subsiste un seul doute après cet examen de conscience.

Je ne pouvais pas me tromper, le bilinguisme ne sert qu’à protéger la minorité anglophone au Québec. Il permet à la majorité anglophone canadienne d’espérer qu’un jour le Québec sera aussi anglais que le Manitoba. Il suffit de voir leurs efforts contre la loi 101 pour comprendre que c’est vrai. Quand Trudeau défend-il le fait français? Pourtant, Ottawa subventionne les mouvements qui s’attaquent à la loi 101. Comment espérer qu’un jour le Canada respecte les francophones quand tous les partis fédéraux rejettent les propositions culturelles de la Commission Pépin-Robarts?

Le fédéral a toujours cherché à angliciser le Québec à petites doses. Il force le Québec à privilégier les anglophones. Il entraîne les immigrants vers les écoles anglaises et permet une anglicisation lente, mais constante des francophones par le biais de la radio et de la télévision. Comme cela a été fait dans l’Ouest canadien. Si le Parti Québécois ne fait qu’un terme, ce sera la fin du Québec français, l’assimilation ayant déjà de bonnes racines.

Le fédéral agit en provocateur. Il sait qu’il n’y a qu’un moyen d’empêcher à long terme l’indépendance du Québec : la guerre. Sans un autre octobre 1970, le fédéral est fini, si les Québécois se tiennent debout et votent pour leur indépendance.

Je ne pouvais pas faire le jeu du gouvernement libéral en l’informant sans le vouloir, sur des plans de libération, je ne suis au courant d’absolument rien. Tout ce que je dis est strictement mon opinion personnelle et je ne suis pas comme Ryan, guidé par la main de Dieu.

Rhinocéros, j’ai déjà eu cette discussion avec un gars que je croyais correct dans la Tribune, de Sherbrooke. « Tu peux toujours te faire avoir, sans le savoir. »

Suzanne aurait-elle été complice de la police? Impossible. Elle n’était pas membre du Parti québécois, mais je l’aurais plutôt classée dans la go-gauche.

Un événement plus important s’est produit. J’ai été fasciné par un petit Haïtien qui devait être déporté lui aussi, sans qu’il y ait de raisons majeures. Le fédéral n’a pas de cœur avec les immigrants francophones. Les immigrants n’ont aucun moyen de se défendre : pas d’avocat, pas d’appel. Un autre racket.

Ce jeune haïtien était demeuré au Québec après ses études. Il acceptait son sort et ne voulait aucune intervention extérieure.

Je l’aurais bien rencontré dans un petit coin, à l’abri des regards. Je vous jure que je ne lui aurais pas fait mal. Il n’y a que les imbéciles qui croient qu’une pipe peut te traumatiser.

Pas de chance. J’ai dû me contenter de l’examiner dans la douche commune, en attendant de le remplacer. J’ai toujours été attiré par les jeunes de couleurs et les autochtones. Ils ont les fesses fermes, super belles à regarder et sont très jeunes déjà bâtis comme des étalons. Je les trouve très envoûtants quoique je préfère une petite bite.

Avec l’été, nous avons pu nous servir de la piscine. J’en ai profité pour serrer un peu le petit haïtien, en jouant avec lui dans l’eau. Ils ont la peau encore plus douce que la nôtre. La sienne était extrêmement intéressante à caresser, en luttant. Par la suite, il fut plus facile de se rencontrer, car il semblait bien aimer ma présence et mes caresses.

La mode estivale était de se griller au soleil. C’est alors qu’on a inventé l’histoire des vacanciers venus se dorer la bedaine à Bordeaux Beach. Cela neutralisait chez plusieurs la honte d’être en prison. L’humour a une force incroyable sur le psychisme humain. J’ai rarement vu un chien s’étouffer de rire. Le pouvoir du symbolisme.

J’ai rencontré un drôle de bonhomme qui prétendait illégal d’être emprisonné pour ne pas avoir payé ses billets de circulation ou de stationnement. Si c’était vrai, notre aile aurait été vidée d’au moins 80 % de ses effectifs. C’est dire que le système respecte la loi quand ça fait son affaire.

Finalement, il devait dire la vérité, car il fut libéré. C’est d’ailleurs lui qui m’a montré les articles de lois qui faisaient que mon procès avait été illégal, à cause la présence des enfants en dehors des témoignages. Poursuivre un accusé après qu’un premier juge se soit récusé, c’est du harcèlement.

Il ne me restait pas beaucoup de temps à faire. Les deux mois s’étaient bien passés. À ma surprise, j’ai été invité à rencontrer un des chefs de la mafia de Montréal qui était là à cause de la CECO.

Il m’a confié avoir été coffré non seulement parce qu’il avait refusé de reconnaître Cotroni comme parrain, mais aussi, et surtout, parce qu’il était membre actif de l’Union nationale. Selon lui, ce serait la raison principale pour laquelle il n’aurait pas bénéficié de la même clémence que les autres. Il se disait ainsi un prisonnier politique.

À ma connaissance, il avait été condamné à un an pour outrage au tribunal parce qu’il refusait de témoigner. On m’a dit que dans la pègre, si tu témoignes t’es un mort en sursis. Selon mon père, quand tu es avec eux, tu n’en sors que les deux pieds par devant.

Je n’ai pas trop bien tout compris ce mafieux quand il affirmait que le parti libéral a toujours utilisé des moyens pas trop propres pour gagner les élections. Il a même prétendu avoir déjà été enlevé et séquestré par les libéraux, lors d’une campagne électorale.

Prisonnier politique ou non, cela ne m’enlevait pas mes préjugés sur la pègre. Je ne pourrai jamais appuyer l’existence d’un mouvement qui utilise la violence pour gagner de l’argent.

  • Nous ne sommes qu’un groupe d’homme d’affaires, disait-il.

Au fur et à mesure qu’il parlait, je me demandais si la mafia n’est pas qu’une secte à l’intérieur du système judiciaire qui opère à l’échelle mondiale.

Les incendies criminels à Montréal nous font s’interroger quant aux liens entre la mafia, les incendiaires et le gouvernement municipal, puisque ces incendies permettent de créer des aires de stationnement? L’immobilier est aussi une part importante des activités de la mafia, surtout concentrées autour du blanchiment d’argent, grâce à la construction de condos.

Pourquoi l’enquête sur les viandes avariées a-t-elle servi qu’à éliminer un concurrent francophone, à Magog ? Les autres compagnies anglophones utilisaient les mêmes moyens, mais on n’en a jamais entendu parler.

Pourquoi si les juges ne font pas partie de la mafia ne sont-ils pas tués? Ce ne sont pas les raisons qui manquent pour la mafia? Pourquoi si la loi n’est pas un racket pour faire travailler le plus d’avocats possible, et le plus longtemps possible, la loi n’est-elle pas périodiquement réécrite de façon à être modernisée?

Selon lui, je devais accepter de me prostituer un peu, car, du côté du pouvoir, je pourrais agir plus efficacement.

  • Ce n’est pas en te battant inutilement que tu feras passer tes idées. L’important, ce n’est pas d’avoir des idées, mais de leur faire rapporter de l’argent.

Pourquoi le hasard faisait-il que je rencontre en prison un organisateur conservateur, un ami du ministre de la Justice du Québec et deux autres prétendus prisonniers politiques? Ça fait beaucoup de hasards.

Est-ce qu’en étant politisé, j’attire automatiquement vers moi tout ce qui tourne autour de la politique ?

Même si Bourassa avait une chienne de moi, je ne faisais quand même pas branler le gouvernement à moi seul.

Quelques jours avant mon départ sont arrivés trois syndiqués, emprisonnés pour avoir  incité à la violence.  Je trouvais  ça dégueulasse,  mais  je n’y pouvais rien.

Un  nouveau  mot  était  maintenant  utilisé  dans  les  conversations  en  prison :

révolution.  Et,  ce  n’était  pas  moi  qui  l’utilisais  toujours  ou  le  plus souvent.

Les gars lisaient mon livre et riaient de me voir engueuler les libéraux. J’ai appris, comme tout le monde en prison, que Jérôme Choquette démissionnerait bientôt. Cela me semblait plus qu’invraisemblable, mais j’ai fait parvenir l’information au journal Le Jour. Quand tu as été journaliste, une primeur, ça veut toujours dire quelque chose.

Jusqu’à quel point les libéraux étaient-ils liés à la pègre pour qu’on sache en prison plusieurs jours d’avance ce qui se produirait dans la vie politique du Québec ?

Si le dernier message que j’ai eu alors n’était pas politique, c’est moi qui rêve. C’était à peu près ceci : « Ne refais jamais de politique, sinon tu n’auras pas besoin d’avoir fait quelque chose pour retourner plus longtemps dedans. »

C’était court, net et clair. Tu fermes ta gueule ou tu passeras ta vie en prison.

J’ai pensé que la prochaine fois on essaiera dans un coup monté de faire croire aux gens que j’ai été violent avec des petits gars ou qu’on fera sauter quelque chose en me le mettant sur le dos.

À ma sortie de prison, je n’ai pas pu récupérer le seul dollar qui me restait pour

survivre et que j’avais à la cantine. C’est comique de te faire voler par les gardiens de prison.

Quand je suis retourné à la maison, même si j’aimais encore Suzanne, mes doutes paranoïaques avaient tellement pris d’ampleur qu’au début je n’arrivais même plus à éjaculer. J’étais physiquement atteint.

Je ne voulais pas la laisser, j’en étais incapable; mais je ne pouvais plus croire de façon absolue qu’elle n’était pas mêlée à ce piège politique.

La politique avait encore une fois brûlé ma vie.

Alors qu’avant je m’en sortais plus baveux et plus brave, cette fois, j’étais grugé par en dedans.

Je n’arrivais pas à rattraper les énergies perdues.

J’étais écartelé entre mes opinions politiques et ma famille artificielle.

Cela ne m’empêcha pas de multiplier les démarches pour obtenir la libération du Cid, ce que nous avons obtenu assez vite.

J’avais perdu mes capacités au lit. Une bonne partie des Américains souffrent d’une maladie qui consiste à avoir peur d’aimer, l’amour étant devenu symbole de souffrance. Je devais en être atteint. Les Américains, obsédés par le mythe du mâle, trouvent leur bandage plus important que d’aimer la personne qui les accompagne dans leurs relations sexuelles. Cette peur de ne pas venir à temps ou de ne pas pouvoir bander était nouvelle, mais surtout très embarrassante.

38

L’amourajeux.

À ma sortie de prison, j’étais heureux, mais brisé.

J’ai rencontré un ami poète avec un petit blond d’une grande beauté. J’en fis presque une crise de jalousie. C’était décevant de réagir aussi bêtement, car, cet ami était un excellent poète de la libération et un ami que j’admire.

Entre deux actes de paternité, j’ai travaillé avec Pierre Brisson à la rédaction d’un nouveau recueil de poésie.

La littérature jusqu’à ce que le Québec soit indépendant est un moyen, un outil d’information, de prise de conscience pour faire comprendre aux gens le comment et le pourquoi les fédérastes essaient de nous écraser.

Quand l’indépendance sera faite, l’écrit aura perdu son caractère d’urgence, sa carcasse temporelle. Il deviendra rêve, création, recherche.

Ce sera fini les sermons et il faudra vivre la vie par la racine pour toucher davantage l’universel. Il faudra chercher plus en profondeur pour comprendre ce qu’est d’être un humain.

Ce petit livre de poésie L’amourajeux affichait mes convictions et mes peurs.

La vie de franc-tireur a des problèmes qui lui sont propres, surtout, quand tu n’y es pas préparé. Je voulais les exorciser en les nommant. Je n’étais pas encore l’homme libre que je suis devenu. Je souffrais de la morale avec laquelle on nous avait intoxiqués. Je devrais plutôt dire avec le silence que l’on nous imposait sur tout ce qui touchait la sexualité. On apprenait sur le tas, à partir de nos expériences parce qu’on ne pouvait pas faire confiance aux adultes qui devenaient       hystériques        juste       à       dire       le       mot        « cul       ».                                

J’aurais aimé que quelqu’un me dise que j’ai tort de me sentir aussi inférieur parce que je suis différent, pédéraste. J’avais besoin d’être rassuré sur mon authenticité comme si un pédéraste ne pouvait pas évoluer et être un individu aussi bien que n’importe quel autre. J’aurais voulu me sentir épaulé, mais ce n’est jamais venu.

Le bouquin fut d’abord refusé aux Herbes rouges avant d’être présenté à l’Hexagone. C’était important, surtout à l’Hexagone. C’était pour moi être reconnu comme poète. J’avais hâte de connaître le verdict.

L’Hexagone accepta le manuscrit. Le temps passait sans publication. Elle était retardée, disait-on, pour des raisons financières. Mon éditeur y ajouta ensuite ses préoccupations personnelles pour excuser le retard. Gaston Miron avait toujours une peine d’amour en sursis ou en trop.

Le livre a été scindé. La partie exécutée par mon frère de mots, Pierre Brisson, fut publiée alors que la mienne mourut sur les tablettes. Avec le PQ au pouvoir, il était, disait-on, dépassé. Comme si le PQ avait réalisé l’indépendance.

J’ai bien mal pris ces refus. Avant j’écrivais parce qu’on me demandait d’écrire. Je travaillais comme un fou sur mon écriture, d’autant plus qu’au début j’étais plus que pourri en français. Je me sentais comme quelqu’un qu’on a utilisé le temps que ça faisait leur affaire. Ça n’a pas tellement changé depuis.

Janou St-Denis avait-elle raison en disant n’avoir jamais trouvé une goutte de poésie dans mes textes. Par contre, elle avait l’ouverture d’esprit lui permettant de me laisser m’exprimer. Jamais Janou ne m’a refusé le micro. La droite jubilait de rage, mais elle croyait dans ce qu’elle disait.

C’était une authentique poète, elle. Une grande femme de la littérature qui m’a fait beaucoup réfléchir sur ma position face aux femmes. Je n’ai rien contre les féministes, au contraire, elles ont fait évoluer le Québec à une vitesse extraordinaire; mais les féminounes, elles, essaient, sans même sans rendre compte, de nous faire revivre dans la merde religieuse quant à la sexualité. Une haine et une honte maladive de son corps. Les féminounes sont les récupérées…

Je revivais mes éternelles angoisses quant à mon talent littéraire. Une fois de plus, je croyais n’être qu’un imbécile qui se leurre quant à son talent. J’avais mal à la plume. L’imagination crevait avec le goût de crier. Un autre espoir venait de s’écraser dans la fenêtre de la réalité.

J’ai pris une décision. Dorénavant, j’écrirai parce que j’adore ça. Je complèterai mes livres pour aller sur les tablettes. Ce sera mieux ainsi. Ce sera moins frustrant. Ça ne donne rien de se casser la tête, de travailler un an et parfois plus pour te faire dire non par tous les éditeurs.

Au Québec pour réussir, il faut être un loup et être dans le bon clan, celui qui est au pouvoir.

La plume a eu très vite raison de mes complexes d’infériorité. Je n’avais pas décidé de tout laisser tomber que déjà j’écrivais un nouveau roman L’État de Grâce. Ce fut refusé par Jean Basile, sous prétexte qu’il faudrait trop travailler pour le rendre académiquement acceptable.

La prison avait tout de même fait son œuvre. Je pouvais maintenant constater sans paniquer que ma vraie prison ce n’était pas Bordeaux Beach, mais la société. Tout ce que je pense est toujours mal, car, à la base on y retrouve une perception de pédéraste. Tout ce que je fais est toujours mal aux yeux des autres. La peur d’être seul, d’avoir tort, et surtout de mal aimer m’envahissait.

Je me sentais bien solitaire devant mon juge le Québec, le système politico judiciaire. Je me sentais cuit comme un homard par la vie elle-même. Plus je me révoltais contre cette injustice, plus je me divisais contre moi-même. Je gueulais contre le manque de radicalisme des autres alors que j’avais peur, je paniquais. Dans les gestes pour me dompter, la société n’y allait pas d’une manière virtuelle. Je me ramassais dedans; mais j’arrivais encore à échapper à une très profonde culpabilisation.

Quelque chose me disait qu’ils exagéraient et qu’ils étaient incapables de comprendre en dehors de leur petit nombril, de leur petite réalité. Je sentais que ma perception de la vie vraie était de plus en plus exacte. Elle me condamnait de moins en moins, sauf, à la solitude. Avec les enfants, grâce à l’école libre, j’étais jusqu’à ce que les adultes s’en mêlent, l’ami, l’égal, le Simopette. Mais en tant que père de Patrick et Yanie, j’étais l’autorité. Le père poule. Je voulais forcer Yanie à suivre une diète parce que j’avais peur que plus vieille elle souffre de ne pas avoir su contenir son appétit. J’étais aussi celui qui avec Patrick avait peur d’être amourajeux pour ne pas le traumatiser. Je ne savais plus où mettre les doigts.

Mes croyances l’emportaient pourtant sur tout ce que l’on inventait pour m’écraser.

J’avais peur d’irriter Patrick. S’il connaissait mon attirance pour les autres garçons, serait-il jaloux? Se sentirait-il abandonné, trahi? On ne sait jamais ce que les jeunes se mettent dans la tête. Ils sentent les choses différemment et plus facilement que les adultes. C’est d’ailleurs pourquoi il est facile pour eux de nous juger avec une précision chirurgicale. Disons immédiatement pour qu’il n’y ait pas de confusion : il ne sait pas passer une seconde ou un geste qui fut génital entre moi et Patrick.

Pour lui, j’étais un bon gars, je ne voulais pas le décevoir. C’est ainsi que la paternité nous entre tranquillement dans la peau.

Je suis juste quelqu’un de plus lent sur le plan émotif que les autres. J’en suis resté à définir la sexualité comme un plaisir. J’aurais été au ciel si j’avais vécu dans la Grèce antique, qui soit dit en passant, même si elle acceptait l’esclavage, était plus évoluée que le Québec poigné dans sa peur de la sexualité.

Je n’étais plus sûr de rien. J’étais toujours divisé entre mon nouveau statut de paternel artificiel et ma réalité sexuelle. Quand tu es pédéraste, tu ne peux pas le changer. Tu nais ainsi et tu meurs ainsi, du moins, quant aux désirs. Tu ne peux qu’apprendre à le vivre comme du monde. J’avais retrouvé mon insécurité des années 1963, comme lors de ma première sortie de prison.

Un sourire venu d’enfer 35

novembre 21, 2020

Autobiographie approximative

pp. 282 à 292

À mon arrivée en prison, je rêvais qu’à me venger. Je n’aurais jamais cru avait qu’il soit possible de sentir physiquement le besoin de tuer quelqu’un. Je n’avais jamais viscéralement ressenti une telle rage. C’était parce que cette fois ça touchait nos enfants et non seulement moi. Je me sentais responsable. J’aurais voulu partir avec un complice, me rendre au bureau du juge équipé d’un vidéo, l’amener au bout d’un revolver sur la rue Ste-Catherine et le forcer à parader nu, ce vieux maudit salaud.

Je jouissais juste à penser à son sang qui me coulait entre les doigts. Il ne briserait plus d’enfants, car je crois avec certitude que ces vieux scrupuleux n’ont aucune âme et font plus de mal que je ne pourrai jamais le faire, même si je suçais tous les petits garçons de mon quartier. Comment pouvait-il agir ainsi sans tenir compte de l’existence de Patrick et de Yanie?

J’ai eu de la difficulté à m’enlever ça de la tête, et pourtant, j’ai toujours été profondément non-violent. Mais, il y a des limites ! Il a fallu bien des jours avant de passer à autre chose que la haine et le goût de vengeance.

L’écriture m’a encore une fois sauvé. Toute cette haine a passé dans un poème, Hymne à la folie, puis dans le projet d’un livre l’État de grâce. L’écriture est souvent mieux qu’une cure.

Après ma libération, j’ai voulu faire ressortir le côté illégal de mon procès. Aucun avocat n’y a consenti. Ils disaient tous que les juges se tiennent entre eux et que celui qui prendrait en main une telle cause serait aussi bien de dire adieu à la pratique du droit. Et, on passe notre temps à nous répéter la loi, c’est la loi pour tout le monde. Bande de maudits hypocrites!

J’ai voulu en saisir les journaux, même Mainmise a refusé, ses directeurs disant qu’ils ne voulaient pas faire détruire leurs ateliers par la police. Belle justice !

À la prison, le lendemain soir, en allant porter mon cabaret après le souper, j’ai rencontré le bonhomme qui m’avait frappé en 1963, lors de ma première incarcération.

La prison, ce sont les autres. L’atmosphère. C’est l’enfer. Ça n’à rien avoir avec le fait d’y être bien ou pas. Tout est dans la vie entre prisonniers. L’incertitude globale et l’impossibilité de circuler où tu veux, quand tu veux.

J’en ai assez blêmi qu’en remontant, un garde qui ne me digérait pas, me dit que j’avais l’air moins brave.

Le prisonnier m’avait reconnu de toute évidence. Il m’avait promis en 1963 de me tuer s’il me revoyait dans une prison. Je n’étais pas plus certain d’y faire que trois mois. Allais-je y laisser ma peau?

Mon avocat a obtenu, après deux ou trois jours, la révision de ma sentence. Je suis allé aussitôt chercher mon chèque au bien-être. Je l’ai  eu  sans complication : j’avais une bonne raison d’être en retard.

C’est bizarre qu’un juge ne respecte pas la loi juste pour faire ses petites leçons de morale.

Il y a deux sortes de mafias, celle qui est illégale et celle qui est légale; mais les profits des deux vont dans la même poche de ceux qui dirigent, juste au-dessus. C’est le même principe que le système économique : seul le profit compte.

La loi a besoin de règles avec des zones grises pour permettre au système judiciaire de faire ses profits. Il faut une zone de travail pour les avocats. Le vrai boss est celui qui détermine ce qui est bien et ce qui est mal. Cela permet de pousser au maximum l’établissement d’une pensée unique.

Pourquoi n’ai-je pas le droit de croire dans une société où la liberté sexuelle est absolue tant qu’il n’y a pas de violence ou de domination? Pourquoi n’ai-je pas le droit de tomber en amour avec un petit gars?

Les raisons d’exister des lois pour des gestes sexuels sans violence sont carrément stupides et basées sur des connaissances complètement dépassées. On sait maintenant que les raisons motivant ces lois sont de la pure ignorance.

L’école libre ne prouve-t-elle pas que l’égalité est possible entre deux personnes d’âges différents ? C’est une question de motivation et de perception et surtout d’attitude. Ça dépend de l’image que l’on se fait de l’autorité. Est-ce que l’autorité peut être gentille? Toutes ces lois sont formulées par la même clique, le même regard religieux. Les mêmes mensonges.

À mon deuxième procès, j’avais pris toutes les dispositions pour que les enfants ne souffrent pas de mon emprisonnement.

Je me suis même fait couper les cheveux, car, en plus de devoir le faire de temps en temps pour leur propre santé, cela permet parfois d’amoindrir les préjugés du juge à ton égard. L’habit fait le moine quoiqu’on essaie de nous faire croire le contraire.

Le juge de mon rappel a refusé de changer la sentence, car, disait-il, la transcription de mon procès présentait un contenu tellement grave qu’il n’osait même pas en lire les passages au procès. Quel constipé!

Dans mon premier procès, le juge posait des hypothèses pour rendre ça plus croustillant alors que les jeunes réfutaient ses dires. Je me demande bien où il allait chercher ses passages intolérables à l’oreille. Serait-ce que les juges ne savent pas lire? Lisait-il en voyant seulement les bouts qui faisaient son affaire?

En fait, il voulait parler du moment où Réjean racontait comment je le tenais quand il s’assoyait sur moi. Mon avocat a fait valoir le témoignage de Réjean à savoir qu’il n’y avait jamais eu de gestes indécents. Il a insisté sur le fait que cette sentence me révoltait plutôt que m’aider à me réadapter. Il ajouta que dans bien d’autres causes, pour des actes beaucoup plus graves de récidives où des jeunes avaient été sucés, même enculés, ces derniers avaient eu de légères amendes et des condamnations avec sursis alors que je n’avais pas d’antécédent judiciaire (sur le plan légal, car on n’avait pas le droit de faire allusion ou de sortir ce qui s’était passé quand je n’avais pas 21 ans, âge de la majorité canadienne). Mais, ça n’avait pas d’importance pour le juge. Il faut accepter et obéir aux lois quand ça fait notre affaire. La justice, c’est de la merde quand il s’agit de sexe.

C’est alors que j’ai commencé à croire que la seule différence était que ces messieurs n’avaient pas avalé que j’aie manifesté parce que j’avais perdu mon emploi pour avoir écrit en français». En fait, j’étais puni pour m’être tenu debout, plus que pour avoir été indécent dans leur façon de voir la vie. Finalement, cette affaire arrivait dans le bon temps pour le système qui veut garder les Québécois endormis.

Quant à l’avocat de la Couronne, il a rappelé que la Couronne avait de fait demandé une petite sentence. Le juge, pour sa part, prétendait que sur cinq ans d’emprisonnement, trois mois, c’était une petite sentence.

  • Je maintiens les trois mois de prison. Tu peux même te compter chanceux que je ne te donne pas plus de temps.

Cela confirmait ce que l’on m’avait déjà dit. Rien ne sert de faire appel. Les juges considèrent cela comme un affront et ils te donnent généralement plus de temps pour t’apprendre à respecter la cour. Maudite belle institution. La vraie mafia. Celle du pouvoir et de l’argent.

37

Bordeaux Beach

J’ai repris le chemin de Bordeaux, mais cette fois, je le prenais avec calme. Les enfants ne seraient pas privés de marger parce que je ne serais pas là pour aider à payer. Tout était prévu.

À Parthenais, un policier m’a fait parader nu durant plusieurs minutes.  Je n’avais encore de bedaine, j’étais donc plus regardable. Il a fallu un autre policier qui lui rappelle qu’on m’attendait pour aller à Bordeaux. Je pouvais enfin me rhabiller grâce à son intervention.

Mon séjour en prison fut très agréable, mais très politisé.

À mon arrivée à Bordeaux, j’ai affirmé à ceux qui me questionnaient me considérer comme un prisonnier politique.

Je leur ai raconté mon histoire, même si je savais qu’en prison parler de relations sexuelles avec des mineurs, c’est t’assurer de faire du temps dur, d’autant plus que j’étais dans l’aile commune. On oublie de considérer que le système décide ce qui est majeur et mineur comme si le temps se coupait au couteau et que tout le monde a la même notion de la capacité de conscience et de décision. Si on écoutait les féminounes et la police, on serait encore mineur à 50 ans.

Les gars ont tout de suite été solidaires. À leur avis, plusieurs prisonniers étaient incarcérés pour des raisons politiques camouflées derrière des raisons criminelles. Un autre individu, condamné par la CECO, disait être lui aussi un prisonnier politique. J’avais trop peur de la mafia pour me mêler de ça, mais je voulais bien savoir pourquoi il pensait ainsi. Sept ans de journalisme, ça développe le sens de la curiosité.

Il considérait probablement sa fidélité au parti libéral et à la pègre comme un engagement politique.

Au cours des premiers jours, les gardiens étaient assez baveux, surtout l’équipe du soir. Ils n’ont absolument rien à faire de la nuit, à part écœurer des prisonniers sans défense et se plaindre de toujours être fatigués. Le matin, au réveil, tu ne pouvais absolument rien leur demander. Il fallait attendre l’équipe de jour qui, elle, n’était pas composée de policiers qui viennent se chercher un deuxième emploi, un deuxième salaire, en devenant gardien de nuit.

Les gardiens de nuit étaient plus mordus pour le rétablissement de la peine de mort. Sans peine de mort, ils ont toujours la chienne qu’en ayant abusé d’un prisonnier il s’en trouve un pour aller les descendre comme cela s’est déjà produit.

Tout a changé quand j’ai rencontré un professeur. Je suis vite devenu son ami. Il connaissait très bien le ministre de la Justice, Jérôme Choquette. Il pouvait, disait-il, le rencontrer aussi souvent et aussi vite qu’il le voulait.

Je ne lui ai pas caché mon mépris non seulement de Choquette, mais aussi de Bourassa. Roger tenta de me les faire voir sous un nouvel éclairage, mais ce ne fut pas un succès.

J’ai hésité à continuer d’être ami avec lui, mais Roger était très sympathique, très humain et très agréable de discussion. On n’a pas 10,000 amis en prison. Quand on en a un, c’est important de le garder. Pourquoi serais-je assez fou pour ne pas garder un ami sous prétexte qu’il connaît un ministre que je n’aime pas? Nous discutions d’ailleurs très peu de politique. Les sujets étaient tout naturellement orientés vers l’éducation et la religion.

Roger était très intéressé par ma notion de liberté en éducation. Dans ce dernier domaine, j’étais plus conservateur que Suzanne, car je croyais encore dans une forme de discipline. Cependant, ma tolérance était beaucoup plus profonde ou large que la plupart du monde. Ma limite était la violence ou la domination. On peut être égal aux jeunes dans nos relations avec eux, mais dans une situation de parent ou de prof, on ne peut pas échapper à la nécessité d’établir des frontières qui soient complètement justifiées. On devient automatiquement l’AUTORITÉ.

Pourquoi telle ou telle règle est-elle le fondement de notre façon d’agir? Est-ce que cette règle est justifiée? Les jeunes expérimentent la vie et se fient à notre expérience pour les aider à définir leurs propres valeurs. Qu’on le veuille ou non, en devenant parent, on n’est plus leurs égaux. Par ailleurs, plusieurs parents s’imaginent à tort être les propriétaires de leurs enfants.

Roger concevait son internement comme moi : trois mois à aider les moins instruits; trois mois à connaître des gars souvent très charmants; trois mois à chercher moyen de ne pas s’ennuyer.

En prison, la monotonie est écrasante. Il vient un temps où tu ne sais plus comment l’étouffer. C’est bien beau les cartes, la télévision, les poids et altères; tu t’ennuies de ceux que tu aimes, tu trouves le temps long; tu te sens impatient, car même pour téléphoner, tu dois obtenir la permission.

Le bruit des portes est infernal. On te garroche ta ration de cigarettes comme si tu étais un chien. On fouille ta cellule pour s’assurer que tu n’as pas deux couvertures, même si tu gèles la nuit. La prison, c’est perdre ta dignité.

Cependant, il faut admettre qu’à Bordeaux, c’était tout de même bien moins dur qu’en 1963 à St-Joseph de Beauce.

Il est possible de se faire très vite des amis et de passer quelques mois agréables. C’est ce que je me suis forcé de faire. J’ai reluqué ceux que je trouvais beaux. J’ai assisté à une soirée des AA pour connaître ce mouvement.

Le nombre de copains a vite grandi, mais nous étions trois inséparables : Roger, dont j’ai déjà parlé. Jérôme, quant à lui, était comme par hasard, un petit industriel, organisateur du parti conservateur, incarcéré parce qu’il n’avait pas payé ses billets de circulation. Il y avait aussi Éric.

Jérôme m’a appris qu’en 1972 le parti conservateur avait tenu une réunion spéciale à Montréal pour réagir à un candidat farfelu à Sherbrooke. De toute évidence, c’était moi, le rhinocéros. La belle époque de l’humour. J’étais flatté de l’apprendre. Nous avons discuté de politique. Jérôme prenait très mal son incarcération.

S’il avait été en prison une semaine de plus je crois qu’il serait devenu fou. Il était préoccupé par sa famille et le fait qu’il s’aventurait dans une nouvelle production dans son commerce.

Je ne lui ai pas caché ce que je pensais de la venue de la reine Élizabeth aux Olympiques : « C’est encore une provocation de Trudeau pour justifier la répression. Il espère qu’elle se fasse tuer au Québec, cela permettrait à l’armée de refaire le coup d’octobre 1970. L’unité canadienne à la Trudeau ne peut pas se réaliser sans un coup militaire qui fasse disparaître les indépendantistes. Il provoque ainsi depuis toujours. Certains qui l’ont connu plus jeune m’ont raconté qu’il se rendait dans les quartiers pauvres avec son gros char pour écœurer les gens, en espérant qu’ainsi ils se réveilleraient. Pet Trudeau déteste les Québécois. Comme disait mon père, il a été élu parce qu’il a promis aux Anglais de nous écraser; mais au lieu de nous assommer, il nous a réveillés.

Quant à Éric, il travaillait à la gare des chemins de fer. Sa grande obsession : repérer les gais et surtout ne pas perdre un seul de leurs gestes. Pas le moindrement clignement de paupière ne lui échappait. Il était tout œil et toute ouïe. Rien ne lui échappait. Chanceux, je n’ai jamais été pris, même s’il fut un temps où je courais ses toilettes.

Finalement, Augusto était un jeune Espagnol qui avait été arrêté pour le pot, je crois. Il parlait très peu et nous rejoignait pour jouer aux cartes. C’était mon partenaire habituel.

En prison, c’est toujours la même chose. Heureusement, ce ne sont pas toujours les mêmes prisonniers. La tôle, ça te rend forcément plus cordial, plus amical. Il ne faut pas avoir d’ennemis, sinon le temps est très long.

Nous passions l’avant-midi à marcher et discuter ou encore plus longtemps à regarder la télévision commune.

À la même époque, le canal 10 présentait une annonce dans laquelle un petit bonhomme franchissait un appartement avant de sauter et apparaître complètement nu. Les scrupuleux sont assez fous pour vêtir même les bébés, mais celle-ci leur a échappé. C’était très surprenant. Je ne sais pas pourquoi, mais j’étais accroché à cette publicité. Ce nu me rassurait intérieurement. Peut- être qu’un jour les humains seront moins fous quand il est question de sexualité? Serait-ce que la prison nous rend encore plus vicieux? Tant qu’à payer, autant en profiter un peu avant.

L’après-midi, je passais la plupart de mon temps à lire ou à écrire. J’ai écrit une nouvelle littéraire : Dead City; une histoire de camp de concentration pour francophones dans l’Ouest.

J’écrivais aussi des tentatives de petites fables pour nos petits. Cela leur plaisait beaucoup quoique Yanie trouvait que je dessinais mal. Ce fut toujours le cas. J’aurais voulu marier la poésie et le dessin. Ce n’était pas une découverte, Gaston Gouin le faisait bien avant moi. C’était une expérience qui m’intéressait, mais je suis encore plus tarte dans les arts que dans l’écriture.

J’ai aussi fait connaissance en prison de personnages gais comme dans les textes de Tremblay. La duchesse m’a bien plus et je l’ai refilé aux « grandes »  qui vivaient dans notre aile.

Même si je trouvais le temps long, je ne réagissais pas à la prison comme en 1963 alors que je me sentais coupable de tous les crimes de la terre. Je ne me sentais plus coupable et j’étais bien moins scrupuleux. J’aurais au contraire eu un « oui » facile.

Puisque les petits n’étaient pas condamnés à crever de faim, je pouvais respirer. Je prenais mon nouveau rôle de père artificiel bien au sérieux, trop même. J’étais conservateur dans mon éducation et parfois même autoritaire, soit le contraire de ce que j’ai toujours prêché. Cette fois ce n’était pas de la théorie, les problèmes étaient réels.

Il n’en était pas de même pour Jérôme qui, pris de remords, courait chaque jour plus vite à la dépression nerveuse. Évidemment, il s’est converti et Dieu est devenu toute sa vie. Je me suis alors rendu compte qu’il s’agit d’une réaction moins individuelle et particulière que je l’aurais cru.

La prison a souvent des effets régressifs, surtout religieux, la première fois qu’on y va.

Je faisais mon temps de façon assez agréable. Ma bonne vieille paranoïa d’un rêve dans lequel je me faisais tuer juste après avoir dit que j’aurais été mieux de rester en prison n’arrivait même plus à me rendre malheureux. Ce n’était pas masochiste, mais je n’avais pas à  avoir  honte.  La honte  est  la  pire  infamie qui s’attaque à l’estime de soi. C’est le meilleur moyen pour nous rendre esclaves des autres.

Parfois, je craignais que la prison soit le prolongement du « piège politique », s’il y en avait un. Je me reprochais de parler avec Roger et Jérôme, puis j’envoyais promener cette peur. Même si j’avais parlé à un infiltré de la police que pouvais- je dire de si grave, sinon leur apprendre ce qu’ils savent déjà, soit que je suis en pleine guerre avec les libéraux et le fédéral.

Je commençais à croire que tout ça était complètement fou. Un genre de cauchemar. Pourquoi un si gros système s’occuperait-il d’un petit baveux comme moi? Pourquoi toutes mes bibittes ne seraient-elles pas imaginaires? Pourquoi Gaston Gouin ne serait-il pas mort dans un vrai accident ?

Pourtant, que la police me maudisse la raclée, qu’une auto nous rentre dedans alors qu’on voit le chauffeur qui semble le faire exprès, ça n’a rien d’une illusion. Ce sont des faits. Mais, comme disait Suzanne, tout ça n’a pas de sens, simplement parce que je suis seulement un ti-cul.

J’étais bien avec les prisonniers. C’est ton rapport avec les autres qui fait toute la différence en prison. Si tu tombes sur un groupe qui te fait manger tes bas, le temps est éternel; mais si les autres sont gentils, ce n’est pas pire qu’ailleurs.

J’aimais jouer aux cartes et faire de l’exercice physique. Je pouvais ainsi observer un prisonnier qui avait manifestement un goût des plus jeunes. Certains de ses petits serins m’auraient vraiment plu, mais comment avoir des relations sexuelles en prison, tu es toujours surveillé. C’est ça la prison, selon le philosophe Foucault. « Ne pas réussir à se sauver du regard de l’autre. L’œil de Dieu, scrutateur et vengeur.»

J’aurais bien voulu comme Jean Genêt tomber en amour avec un prisonnier. Cela était impossible. Pourtant, plusieurs pensaient que j’étais le petit amant de Jérôme. Celui-ci était assez gros et bien bâti pour décourager tout concurrent un peu entreprenant, mais en réalité c’était de la soie.

C’est ainsi qu’une fois, Ti-Noir fut très heureux de se retrouver seul dans ma cellule. Il n’avait pas tellement élaboré son baratin. Les propositions pour que l’on se retrouve à la Baie James commençait quand Jérôme est arrivé. Ti-Noir rampait sur le plancher. C’était comme s’il essayait de « cocuer » Jérôme. Pauvre Jérôme, il ne comprenait pas pourquoi il lui avait tant fait peur. J’ai dû lui expliquer.

Jérôme faisait depuis semblant dans la salle publique d’être « mon sugar dady ». Tout le monde l’a cru, d’autant plus que nous étions presque toujours ensemble. Quelle farce monumentale ! Jérôme était homophobe.

Grâce à ces farces, j’ai pu lui faire comprendre qu’il n’y a rien de méprisant ou de honteux à être gai. Nous en avons souvent discuté et il semblait avoir perdu ses préjugés quand il quitta la prison.

Parfois, je faisais ouvertement des propositions à Éric, question d’avoir un peu de plaisir. Je commençais à lui passer les doigts sur les cuisses qu’il enlevait aussitôt. Je faisais des scènes à Roger, disant qu’il m’avait enlevé Éric. Nous nous amusions bien à travers ces comédies instantanées. Pour plusieurs, cela était totalement la vérité. C’est ainsi que nous nous sommes rendus dignes de l’amitié de toutes les grandes et des costauds qui les protégeaient.

Les gardes riaient bien de toutes ces paroles en l’air. L’atmosphère était très détendue. Le plus drôle, j’ai appris en dehors de la prison qu’Éric était vraiment gai.

Ma bonne conduite m’a permis d’obtenir une libération conditionnelle de trois jours afin d’aider Suzanne à déménager de façon à ce que nous soyons plus près de l’école libre. C’est avec anxiété que j’ai attendu ce moment.

Je me suis présenté au gardien avec la nouvelle que je venais d’écrire afin de la sortir ainsi sans censure si possible. Les messages contre Choquette, je les écrivais habituellement sur des papiers à l’extérieur des enveloppes de façon à ce que les gardiens puissent les lire et ne soient pas tentés d’en faire autant de mes autres textes. Une autre façon de faire de la politique. Je me suis présenté avec mon texte.

  • Qu’est-ce que c’est ça?
  • Une nouvelle littéraire.
  • Une nouvelle?
  • Bien oui. Il y a des romans et des nouvelles littéraires. Les nouvelles sont, si tu veux, des petits romans très courts.
  • Le gardien semblait encore plus perdu. Il estampilla le texte et je sortis sans qu’il lise une ligne.

Ce fut une fin de semaine invraisemblable. Le Richelieu profitait des premières chaleurs de l’été pour gazouiller dans les verts abords de la rivière. J’étais au paradis avec Suzanne et les deux petits. Une fin de semaine mémorable de bonheur.

Le dimanche, j’ai décidé, en retournant en prison, d’apporter de la cire pour un compagnon qui créait de petits pendentifs intéressants.

Je l’ai d’abord caché dans mon pantalon, mais à mon arrivée à la barrière, j’ai cru que je serais immédiatement fouillé. Certain d’être pris, j’ai enfoui la main sous ma ceinture. Les gardiens ont blanchi. Je leur ai donné les cierges. La tension a immédiatement diminué.

Ils avaient cru sans doute que j’avais une arme.

  • Pourquoi cette cire?
  • Pour sculpter.
  • En as-tu beaucoup comme ça?

Je ne comprenais rien. Je pensais qu’on avait découvert quelque chose d’irrégulier, mais quoi? J’avais peur de compromettre Suzanne qui m’avait donné la cire.

Les officiers m’ont fait croire que je pourrais avoir plus de temps pour avoir amené cette cire. J’ai su seulement deux jours après que je n’en entendrais plus parler. Pourquoi m’avoir fait autant peur pour rien? Je venais de vieillir de deux ans en deux jours. Quand on n’est pas un bandit, on ne pense pas à tout ce qu’ils peuvent inventer.

J’ai compris beaucoup plus tard, en y réfléchissant et à la suite d’un film, qu’effectivement la cire pouvait être dangereuse, dans le sens, que certains pouvaient s’en servir pour faire des armes de poing. Je n’avais même pas été effleuré par cette idée. Il faisait de jolis pendentifs, c’est tout ce que j’avais vu.

Nous étions à jouer aux cartes, quand un jeune que je ne connaissais pas s’est présenté en demandant à parler à l’ancien journaliste que j’étais.

  • C’est moi.
  • C’est écœurant ce qui t’arrive, mais ils le paieront au centuple. On ne met jamais la conscience d’un peuple en prison.

C’était très élogieux, mais je refusais de plus en plus à me percevoir comme aussi important. Je ne voulais pas m’enfler la tête et devenir encore plus paranoïaque. J’avais déjà assez de misère à savoir si j’étais là pour des raisons de mœurs, comme ils le disaient, ou politiques comme je le croyais.

Le jeune m’apprit qu’un Mexicain était aussi prisonnier pour des raisons politiques. Celui-ci était complètement désespéré.

Le Cid Magané (comme je l’appelais) avait été arrêté pour rien en 1970 et déporté. Sa famille était au Québec, il est revenu dans le but de s’installer et de s’occuper de sa famille, son épouse, son garçon et sa fillette. Son histoire faisait vraiment pitié. Je n’aurais jamais cru que l’immigration fédérale s’en prenne aussi atrocement aux immigrants.

Le Cid était en prison depuis plusieurs jours pour des accusations, qu’il me garantissait, en larmes, absolument fausses. Il ne savait pas quand aurait lieu son procès et pourquoi encore une fois l’immigration voulait le déporter.

Il était évident que je ne pouvais pas faire grand-chose pour lui, sauf avertir le représentant de la Justice au Parti québécois, Me Robert Burns, en qui j’avais toute confiance. Il fallait aussi alerter le seul quotidien indépendantiste, le Jour. Mais comment ? C’est ainsi que j’ai recommencé à inventer des moyens pour parvenir à expédier des lettres clandestines qui échapperaient à la censure.

Puisqu’il en était ainsi, je me suis fait apporter deux copies de Il était une fois les Cantons de l’Est que je distribuais aux prisonniers qui voulaient le lire. Tant qu’à être en prison à cause des libéraux, autant leur faire regretter leur geste. J’étais respecté et plusieurs voulaient lire mon livre. Quant à Re-jean, il se promenait aussi en prison, mais dans des circuits plus spécialisés.

Jérôme fut le premier à quitter Bordeaux Beach. Il était heureux comme un enfant.

Un sourire venu d’enfer 34

novembre 20, 2020

Un sourire sorti d’enfer 34

Autobiographie approximative

pp. 272 à 282

Puisque les jeunes ne rêvaient que de Suzanne, j’ai appris à garder à regret mes désirs pour moi. Ce n’était pas grave : j’ai passé ma vie à désirer inutilement ou à ne pas avoir l’audace de prendre ce qui m’était offert. Je ne voulais pas les brusquer, même si j’espérais qu’un jour, ils auraient autant d’intérêt pour moi. C’était presque inscrit dans la nature puisque de façon générale les gars vont plutôt rechercher une femme. Un besoin qui les emporte vite à l’adolescence. Tous les jeunes veulent se sentir normaux.

C’était très frustrant de voir les jeunes s’exciter sexuellement devant le mot liberté et d’être privé de pouvoir en profiter véritablement. Suzanne me reprochait d’être hypocrite, car souvent, disait-elle, en jouant, je touchais aux jeunes. C’étaient des touchers pseudo accidentels que j’aimais bien. Je suis certain qu’ils n’avaient aucune influence néfaste sur les jeunes qui, au contraire, aimaient les provoquer, surtout en voulant lutter. Ils profitaient autant que moi du fait que je me laissais faire sans crier au meurtre. Vu de l’extérieur, c’était différent.

Avec cette liberté, les jeunes étaient plus volubiles, plus curieux, mais aussi plus créatifs. Ils étaient plus chaleureux et plus rassurés quant à leur possibilité de tout nous raconter et de se mettre l’âme à nu.

Nous étions au ciel, nous venions de trouver une maison, près du Richelieu.

De plus, c’était un vrai miracle : je n’étais pas paranoïaque du fait que Suzanne, pour  nourrir  les  enfants,  avait  jusqu’à  que  là  travailler  pour  le  parti  libéral.

Je comprenais ses préoccupations. Les enfants sont toujours plus importants que n’importe quelle idéologie. Mère, seule, c’est une vie exceptionnellement difficile. Souvent le mari ne paie pas la pension alimentaire qu’il doit payer ou le bien-être refuse de continuer à verser des prestations à cause d’un emploi à temps partiel. Les fins de mois, même si je contribuais maintenant aux dépenses familiales, étaient extrêmement difficiles.

Devant toutes ces explications, je trouvais ridicule d’attacher trop d’importance aux peurs et aux idées politiques. D’autant plus que je considérais plutôt Suzanne comme une anarchiste, une féministe enragée plus qu’une vraie libérale. Elle m’introduisait à un monde formidable : l’éducation.

Nous travaillions à la préparation du déménagement avec fébrilité. C’était merveilleux. Nous aurions  une  maison  à  nous.  Et,  j’aurais  ma  famille  à  moi. J’étais enfin devenu comme les autres.

Le dimanche, les petits gars se sont chicanés. Cela arrivait souvent, car, les plus grands essayaient toujours d’imposer leurs jeux à Patrick. Il voulait cette fois que Patrick partage leurs vols. Patrick leur a résisté, convaincu qu’il pouvait compter sur moi pour sa protection.

Le vase a débordé quand Patrick a aussi refusé de partager son sac de croustilles.

Pour se venger de lui, nos trois beaux merles sont allés raconter à leurs parents que l’on vivait souvent nus à la maison. C’est en soi très banal, il n’y a rien de grave à être nu. On n’est pas né tout habillé. Mais, les parents hystériques ont appelé immédiatement la police.

Patrick est entré à la maison complètement fou de peur. Il pleurait. Il criait :

  • La police va venir vous chercher.

Nous avons essayé de lui calmer les nerfs le plus vite possible.

  • C’est ta faute aussi, gros Christ. Si l’autre jour, t’avais laissé entrer dans la maison Daniel et Réjean, il n’aurait pas bavassé.

Je leur avais interdit d’entrer, car nous étions encore nus et nous ne voulions pas mettre fin à notre déjeuner.                                           .

Il fallait à tout prix rassurer Patrick et Yanick. Éviter que cette situation les traumatise. J’avais une peur affreuse. Je ne me pardonnerais jamais d’avoir rendu des enfants malheureux.

Le soir, Daniel et Réjean sont venus à ma rencontre alors que je retournais au logement chez Suzanne. Ils m’ont offert des croustilles, tout en confirmant que leurs parents avaient appelé la police. Ils étaient ravis que je ne sois pas fâché après eux.

Au cours de la semaine, nous avons commencé le déménagement. Le samedi, un ami venait nous donner un coup de main avec sa camionnette.

Entre temps, Suzanne avait été chargée de rencontrer un de ses amis, avocat, afin de savoir ce que nous pourrions faire pour nous tirer de l’impasse. Celui-ci aurait recommandé de plaider coupable avec explications, sous prétexte, que dans ces cas c’est le seul moyen de ne pas être roué de coups de la part de la police.

Nous étions très occupés le samedi après-midi à déménager quand les détectives sont arrivés à la maison. Nous avons été interrogés séparément.

À ma grande surprise, Suzanne était à dire aux policiers, quand je fus amené à la cuisine, que je travaillais encore pour Québec-Presse, même si je n’étais pas payé. Je me suis demandé ce que venait faire ma collaboration politique exceptionnelle dans cette affaire. Voulaient-elles leur signifier qu’on était des gens importants? Drôle de défense. Les policiers étaient du poste 4, réputés mener les opérations d’ordre politique; mais nous habitions dans le quartier sous le ressort de ce poste de police. Que fallait-il en conclure? Suzanne voulait sûrement nous protéger en leur affirmant que je suis journaliste, mais elle avait aussi sa carte de membre du parti libéral. Avais-je été piégé? Il m’arrive toutes sortes de mésaventures dès que je m’occupe de politique.

L’ambiance avait bien changé. Les jeunes étaient devenus agressifs avec nous à cause de la réaction de leurs parents. Ils sont même venus d’essouffler nos pneus alors que la camionnette était complètement remplie.

Suzanne rencontra les mères des petits, au cours de la semaine suivante, afin de leur expliquer la situation et si possible obtenir qu’elles retirent les plaintes. Ce fut peine perdue. Nous avons seulement appris que le père d’un des petits, reconnu comme un trouble-fête dans tous les mouvements sociopolitiques du quartier jurait d’avoir ma tête. Pourtant, il ne me connaissait même pas.

Suzanne continuait d’y voir une vulgaire affaire de mœurs. Elle avait peut-être raison. Moi, j’y faisais un rapprochement avec mes engagements politiques. Ça ne pouvait pas être encore une fois qu’une simple coïncidence.

Les problèmes causés le samedi à la camionnette avaient dramatiquement retardé notre déménagement.

Le soir, après ses cours. Suzanne se rendait à l’appartement qu’elle laissait pour faire du ménage. Elle a reçu à nouveau la visite des policiers qui apportaient deux mises en accusation.

Tout allait mal. Les enfants ne pouvaient voyager en autobus que le matin, il fallait le soir aller les chercher sur le pouce à quelque dix milles de chez nous. La fournaise ne fonctionnait pas et l’huile s’était répandue à la grandeur de la cave sur le plancher. Il fallait maintenant, en plus des problèmes de finance et de déménagement, se rendre en cour répondre à leurs accusations, les unes plus folles que les autres.

Suzanne a été la première à subir son procès.

La déposition de Réjean était particulièrement accablante. Il prétendait que nous lui avions donné des cigarettes pour avoir des rapports sexuels avec lui. Il ajoutait que Suzanne l’avait initié à faire l’amour alors que moi, le torse nu et en culotte, je m’étais appliqué durant ce cours de « baise » à lui peser sur les fesses. Un des petits témoins y alla même du refrain selon lequel je les terrorisais avec mes gros yeux méchants.

Suzanne était complètement révoltée contre les petits alors que j’essayais toujours de les disculper sous prétexte que ce n’était pas de leur faute, mais celle de leurs parents devenus complètement fous.

Une situation bien normale au Québec puisqu’on nous a prêchés toute notre vie que le sexe c’est le péché des péchés.

À mon avis, en principe, les enfants sont des êtres très propres que la société n’a pas encore corrompus d’où l’impossibilité que ce soit eux qui aient inventé ces histoires. Règle générale, les aveux sont contenus dans les questions des enquêteurs. Les jeunes les répètent pour leur faire plaisir et n’osent pas les contredire par la suite. Ils ont trop peur des réactions.

Comme cerise sur le gâteau, le père d’un des petits, qui ne s’occupait jamais de son garçon en d’autres occasions est venu témoigner que son fils avait été terriblement traumatisé par la nudité. Ce doit être pour ça qu’ils voulaient tous toujours revenir…

J’étais, au contraire, convaincu que la réaction stupide des adultes et l’obligation de venir en cour les avaient bien plus marqués. Ce ne doit pas être un cadeau pour un jeune que de voir la police venir s’intéresser à leurs petits jeux de cul et de  voir  les  adultes  explosés  comme  s’ils  avaient  tué  le  président  du  pays.

Après avoir pris la cause en délibéré, le juge a rendu un verdict de culpabilité envers Suzanne, disant que même s’il reconnaissait que de plus en plus de familles en Europe partagent notre option sexuelle et conçoivent une plus grande liberté sexuelle, la voulant même bénéfique aux enfants, il devait prendre cette position,  car   « il  fallait   éviter  que   trop  de   jeunes   soient  traumatisés   par fascination et courent chez tous les nudistes de leur voisinage pour en profiter eux aussi. »

Il insista surtout sur le fait que nous n’avions pas à éduquer tout le quartier. Il remit sa sentence à plus tard, tout en interdisant que d’autres enfants viennent chez nous à moins que les parents soient avertis auparavant de nos conceptions sexuelles.

Pendant quelques jours, j’ai paniqué plus que jamais, car l’avocat de la Couronne nous menaçait de nous enlever Patrick et Yanie. Non seulement notre avocat nous a rassuré qu’il ne pouvait pas en être question, mais le juge lui- même concéda qu’il est impossible de rendre des enfants malheureux sous le prétexte que de « bonnes mœurs » avaient été transgressées. Il y avait au moins une personne intelligente dans le système judiciaire.

Ce fut tout un soulagement de recevoir confirmation que la cour ne répondrait pas favorablement à cette demande fasciste. Je voyais le procureur de la Couronne comme un vieux garçon, eunuque et sans tête, pour avoir des idées aussi méprisantes de la famille et de l’ignorance du besoin des enfants de vivre avec leurs parents.

J’avais déjà passer mon temps en prison, la sentence de Suzanne était remise de semaine en semaine, de mois en mois, ce qui nous compliquait joliment la vie. Cela m’empêchait, entre autres, de pouvoir trouver un emploi stable et nous sortir des problèmes financiers qui m’insécurisaient affreusement.

Plusieurs mois plus tard, Suzanne a connu sa sentence. Selon le juge, j’y avais assez goûté puisque j’avais été condamné à la prison. Il ne voulait pas que ce soit la famille qui paye pour cette situation, car nos enfants devaient aussi assumer une part des inconvénients. Suzanne fut condamnée à payer une amende de 50 $. Je l’ai payé, car je me sentais responsable de ses malheurs.

À mon avis, si je ne les avais pas connus, cela ne serait jamais arrivé. Pire, j’avais indirectement incité Daniel et Réjean à venir le matin, car je leur avais dit qu’ils risquaient ainsi de nous trouver nus. Une tentation de voyeurisme qu’il ne laisserait pas tomber. Je doutais de mes avertissements peu sincères pour les empêcher de venir. Je le faisais, mais j’espérais le contraire. J’avais été égoïste et irresponsable. Mes petits désirs cochons l’avaient emporté sur le bon sens et le bien général.

J’avais manqué à une responsabilité qui constitue une première différence entre la pédérastie et la paternité. La responsabilité familiale. Je ne connaissais pas encore le mur entre le désir et la réalisation du désir. Je commençais à m’interroger sur la répercussion de mes gestes. La vie m’apprenait qu’il y a des différences, selon les situations.

Si tu es le père, passer aux actes peut vraiment être négatif pour le jeune, car avec la morale sociale acceptée dans le milieu, le père devient alors une forme de délinquant aux yeux de son garçon. Pédéraste, tu es un être de l’extérieur. Tu n’es pas celui de qui on attend un exemple, mais un partenaire de jeu. Donc, pour toi, franchir le mur du passage à l’acte n’a pas le même sens, ça n’a pas la même répercussion. Le jeune te voit autrement que le père. Si tu es père, passer à l’acte peut être un abus significatif si le jeune est élevé dans un milieu scrupuleux alors que pour le pédéraste, le refus de franchir ce mur peut être perçu par le jeune comme un manque d’amour et de confiance. Une forme d’indifférence, de rejet.

Je n’avais rien à être fier de moi, mais personne ne peut nous enseigner comment se conduire dans de telles occasions, sinon la stupidité de la chasteté de l’Église pour les jeunes. Je n’avais pas encore apprivoisé le contrôle de mes désirs pour protéger les autres. C’était mon seul remords. La leçon servait à ériger les premiers murs endiguant ma notion de liberté absolue. On peut être libre, mais il faut surtout comprendre la responsabilité qu’incarne cette liberté.

Je pensais devenir fou d’avoir ainsi créé autant de problèmes. Mais, je considérais la réaction des parents des jeunes encore plus folle. Il n’avait pas souffert, il n’avait été que plus heureux. Si les parents de ces jeunes avaient réagi d’une manière intelligente, les jeunes auraient oublié l’événement. Ils vivaient déjà des choses bien pires quand pour se faire des sous ils s’offraient aux bonshommes d’alentour.

J’avais trois chiffres d’accusation contre moi, trois chiffres d’accusation concernant Réjean, Daniel et Alain.

Ainsi, je les avais incités à la délinquance par ma nudité, mes propositions et mes gestes indécents.

Aujourd’hui, on essaierait de faire croire que ma démarche est un crime contre l’humanité. La folie existe et je ne pense pas qu’elle soit dans mon camp. Les jeunes étaient beaucoup trop excités et empressés de jouer avec moi pour avoir été fortement traumatisés. S’ils furent traumatisés, c’était de bonheur.

Je regrettais déjà de ne pas avoir accepté leur invitation à les sucer quand je les ai gardés; au moins, je ne comparaîtrais pas pour rien, pour  m’être retenu afin de donner le bon exemple.

Idiot, j’avais cru qu’il était maintenant de mon devoir de me retenir, car je croyais dans l’éducation libre et je ne voulais pas bousiller cette expérience. Je ne voulais pas abuser de mon âge et de mon expérience et ainsi faire déraper ces moments privilégiés, tout en respectant ce en quoi je crois.

Il va sans dire que voir des petits gars aussi beaux, aussi assoiffés de jeux sexuels, me rendait infiniment heureux. On naît pédéraste à vie. La pédérastie est profondément inscrite en nous. Est-ce que d’être tenté à l’infini constitue en soi un crime? Serions-nous coupables de ce que nous sommes en naissant? Il serait hypocrite d’en nier l’existence. Pouvoir dire que tu es pédéraste est une protection pour les jeunes et non un danger supplémentaire.

Je voulais bien en profiter, mais en même temps, je trouvais ces moments trop sacrés pour les détruire. Les petits gars étaient exactement ce que j’ai toujours cru que sont les garçons quand ils sont libres : curieux, affectueux et fort sympathiques.

Le procès débuta d’abord en analysant les accusations de Daniel.

Quand ce fut le temps de juger s’il savait ce qui se passait réellement. Coup de théâtre !

Daniel ne savait plus quoi répondre, quant à savoir ce qu’il pensait du péché et de l’enfer. Il a lancé :

  • Je ne sais pas si c’est ce qui s’est passé ou si je dis ce que les policiers m’ont dit de dire.

Le juge était furieux. Devant ce témoignage, il affirma qu’il ne lui restait plus qu’à se retirer de ce dossier.

L’avocat de la Couronne, affolé, a retiré toutes les accusations contre moi. Cependant, un peu plus tard, il a changé d’avis et a demandé au juge de rétablir les accusations concernant Réjean et Alain.

Le procès fut reporté à plus tard jusqu’à ce qu’un nouveau juge soit affecté à ma cause, un juge plus susceptible de me planter.  Il était dans l’ordre de choisir  une date et ainsi le juge officiant. On remettait ainsi bien des causes, en attendant d’avoir un juge favorable à sa cause. Une tradition qui existe encore.

Daniel ne se présenta pas à mon procès, sous prétexte qu’il avait été traumatisé par sa comparution. J’imagine le savon qu’il a dû subir. J’ai appris qu’il a dû être hospitalisé par la suite, souffrant d’une dépression nerveuse, probablement parce que ses parents s’étaient montrés très compréhensifs à son égard.

On tue des jeunes au nom de la morale sexuelle, par nos scrupules et on est trop stupide pour s’en rendre compte. On continue de croire l’Église qui nous a toujours menés par le bout du nez en tout ce qui concerne le sexe.

Juste avant mon procès, le père d’un des petits m’a crié :

  • Ils ont besoin de t’enfermer, mon hostie, sinon je m’occuperai pour que tu y goûtes quand même. Tu ne te rendras jamais chez toi.

J’ai eu peur d’un tel fou et j’en ai averti mon avocat.

J’ai été amené devant un vieux juge scrupuleux, une espèce d’écœurant qui semblait ne jamais en avoir entendu assez. Il se complaisait dans le problème. Un vieux cochon pour qui l’histoire manquait définitivement de piquant. Je n’ai jamais vu un être chercher autant de détails, comme nos confesseurs jadis et espérer entendre des choses plus croustillantes. Malheureusement, les jeunes ne disaient pas grand-chose d’explosif.

Quand je l’écoutais, je me demandais comment un vieux trou-du-cul de son espèce peut être appelé à juger des enfants. Il n’y connaissait vraiment rien. Je plaignais intérieurement les petits d’être aux prises avec un malade de cette espèce. Pour qui, il n’y avait jamais assez de détails sexuels. Un vieux paternaliste répressif.

Dans leur témoignage, les petits gars ont parlé que nous avions joués au jeu du silence le soir que je les avais gardés. Les plaintes ne portaient que sur cette soirée dont la date devait être précisée après le procès. Sans cette entente, le procès ne pouvait pas avoir lieu. Pour éviter ce genre d’inconvénients et pouvoir en condamner plus, le système judiciaire a fait disparaître depuis la nécessité de la date exacte.

Les  petits  ont  dit  ignorer  que  je   ne  portais  pas  de  sous-vêtement.  Ils    ont témoigné que mon exposition avait été très courte.

La meilleure, ils ont affirmé avoir appris le jeu du silence d’un moniteur dans un camp de la Cour du Bien-être social. Le vieux juge en avait les cheveux

« drette » sur la tête. Selon Réjean, nous avions passé le reste de la soirée à écouter de la musique. Je n’avais pas touché, ni incité qui que ce soit.

Réjean affirma aussi qu’en le tenant par la taille, les doigts entrés dans son pantalon à la hauteur des hanches, je n’avais jamais essayé d’aller plus loin, pas plus que je lui aurais fait de mauvaises propositions.

Le juge insistait, visiblement passionné, mais Réjean a maintenu ses affirmations, en lui faisant ainsi mordre la poussière. Le juge était visiblement, pitoyablement désappointé qu’il ne se soit pas passé autre chose. On aurait dit que  le  vieux  salaud  ne  pouvait  plus  jouir,  ce  qui  le  contrariait  clairement.

Alain, avec qui il ne s’était jamais rien passé, même pas des attouchements

rapides, affirma que j’avais essayé de lui poigner le moineau et que j’avais proposé aux autres de leur en faire autant.

  • Il m’a traité de scrupuleux comme Patrick. Il ne m’a rien dit d’autre.

Les policiers étaient furieux.

  • Le maudit, il va s’en sortir, pouvais-je entendre.

Le juge était encore plus furieux. Le vieux cochon ne se satisfaisait pas de ce qu’il entendait. La laverie des consciences devait être plus complète. « Dites tout, je veux jouir.»

Dans mon témoignage, j’ai raconté comment je me rappelais les événements, sauf nos discussions et que Réjean s’était baissé les culottes pour s’assurer que j’en fasse autant. Ses parents le menaçaient de le « placer » s’il était établi qu’il avait consenti à participer à ces jeux. Il faut être ignorant de ce que sont les jeunes pour réagir aussi bêtement.

Même si cette réaction parentale est tout bonnement débile, le système appuie ce genre de réaction et agit même comme si c’était ça la vie normale. Comment des parents peuvent-ils être assez sans-cœurs pour préférer l’abstinence sexuelle au bonheur de leur propre enfant? La religion rend débile.

Je ne voulais pas que ça lui arrive; mais je ne voulais pas non plus faire de faux témoignage. J’ai retenu les informations pour aider Réjean. Puisque je ne disais pas ce que les petits prétendaient, car j’affirmais que nous avions joué au mime après avoir baissé mes culottes, j’ai passé pour un menteur. Mon avocat était en maudit, car, à son avis, seul mon témoignage pouvait me faire condamner.

Deux faits ont pourtant été carrément illégaux dans ce procès. D’abord, le juge m’a demandé si j’avais un dossier judiciaire.

  • Vagabondage. Des brosses.

Le juge demanda à la sténographe de cesser d’écrire et a insisté à poser sa question en me rappelant que j’étais sous serment.

Pourquoi insistait-il autant? Selon la loi, puisqu’au moment où j’avais été condamné, plus de dix ans plus tôt pour des délits sexuels, étant mineur, la majorité était de 21 ans, je n’avais pas de dossier judiciaire en devenant un adulte. Pourquoi était-il au courant? La police lui avait-elle refilé, sous le couvercle, l’information voulant que mineur j’avais déjà fait trois mois de prison pour des délits sexuels avec des petits gars. (Je l’ai raconté en y ajoutant un peu de mordant dans Laissez venir à moi les petits gars, publié par Parti pris).           

Cet aveu changeait toutes les perspectives, d’autant plus qu’il n’a jamais été question des petites filles qui avaient été bien présentes et très actives à d’autres moments. Mais, c’était plus facile en s’en tenant aux petits gars. C’était moi qu’on voulait épingler, la vérité n’avait aucune importance, comme c’est le cas dans bien des procès. Ayant peur que le juge sorte ce dossier contre moi, je l’ai avoué. C’était illégal, mais ils sont plus forts que moi. Ils prétendent défendre la justice. Ils peuvent utiliser tous les moyens pour te mettre en cabane. Eux ne respectent pas la loi.

Les menaces du juge n’apparaissent pas dans les transcriptions du procès. J’ai pu le vérifier plus tard. Suzanne a pu les avoir grâce à notre mon avocat. Elle avait fait valoir que je voulais m’en servir pour écrire un futur livre.

Après mon procès, je me suis longuement demandé s’il est vrai que les dossiers des mineurs sont détruits, comme le dit la loi. Mon dossier était-il dans le rapport des policiers?

L’avocat de la Couronne reconnut que seul avoir baissé mes culottes quelques secondes en jouant avec les petits pouvait être retenu contre moi. Cela devenait somme tout assez banal et il recommanda que j’aie une petite sentence.

Mon avocat, pour sa part, a soutenu que je vivais simplement quelques années avant mon temps puisque cette pratique est courante en Europe et dans bien d’autres régions du monde où le sexe n’est pas encore un crime contre l’humanité.

À la fin du procès, le juge demanda que l’on fasse venir les jeunes, mais ça s’avéra inutile, car ils étaient déjà dans la salle, ce qui est contraire à la loi sur la délinquance juvénile et peut être puni pour deux ans d’emprisonnement.

Le vieux juge, sans se soucier de la loi, m’a servi un long sermon, tout en demandant, après avoir posé quelques questions aux enfants, à savoir s’ils avaient trouvé pénible de témoigner; d’être attentif à la sentence pour ne jamais oublier durant toute leur vie que ces petits jeux défendus peuvent conduire à la prison.

C’est incroyable que même un juge désobéisse à la loi pour te planter devant les jeunes.

  • Trois mois!, a-t-il lancé.

Je paniquais. Ce n’était pas tant à cause des trois mois de prison, mais parce les postiers entraient en grève. Comment irais-je chercher mon chèque d’assistance sociale? Comment vivraient Suzanne, Patrick et Yanie? Nous avions déjà toutes les misères du monde à manger à toutes les fins de mois.

J’étais convaincu de m’en sortir en ayant à payer une amende. C’était tellement niaiseux ce qui s’était passé. On ne pouvait quand même pas devenir fou parce qu’un gars avait baissé ses culottes quelques secondes. Y a des choses bien plus importantes sur terre.

Avec trois mois, ce vieux cochon sans jugement condamnait autant Patrick et Yanie que moi à connaître des heures difficiles puisque je ne ramènerais plus mon chèque mensuel. Ce fait ne le troublait pas comme tous les scrupuleux ne se soucient pas des résultats de l’application de leur bêtise. Ils sont trop centrés sur leur petit nombril pour essayer de comprendre les autres, et surtout supporter que d’autres aient le droit de penser autrement qu’eux. Pour lui, la leçon de morale était plus importance. Protection de la jeunesse, mon cul!

L’avocat de la défense m’a calmé les nerfs en disant qu’il interjetterait appel de la sentence et qu’entre les deux procès, je pourrais arranger les affaires pour que les petits n’aient pas trop de misère.

Un sourire venu d’enfer 33

novembre 19, 2020

Autobiographie approximative

pp. 262 à 272

36

La vengeance des libéraux.

Les procès

Approcher la sexualité librement exige une pleine conscience des limites humaines et l’importance de la culture dans les rapports amoureux. Il faut aussi un profond respect de la beauté et de l’intelligence. Une telle liberté exige l’approfondissement quasi quotidien de ce qu’est l’Homme et le pourquoi de ses réactions. C’est une réflexion quasi quotidienne de ta responsabilité face à l’être aimé. C’est une vie plus exigeante, car elle demande d’être plus à l’écoute des autres.

Les manifestations terminées, la vie continuait. Ainsi, mon ami, Pierre qui connaissait mon intérêt pour Summerhill, décida de me présenter Suzanne dont les deux enfants fréquentaient une école de type Summerhill, l’école libre. Elle habitait aussi Montréal.

Le charme de Suzanne résidait dans la voix, le regard et le sourire parfois triste. Elle avait une intelligence brillante et une approche séduisante de la vie et de la liberté.

Ses enfants, Patrick, 10 ans, et Yanie, huit ans, fréquentaient cette école dite libre.

J’étais captivé par cette approche nouvelle en éducation. En aucun moment, il n’était permis d’intervenir violemment. Il fallait aussi demeurer sans cesse à l’écoute des enfants pour capter tous leurs désirs, comprendre leurs besoins et s’assurer que chaque jour fournisse une nouvelle occasion aux enfants d’expérimenter leur autonomie.

Notre vie était fabuleuse. L’équivalent de n’importe quel conte de fées. La maison était toujours pleine à craquer d’enfants. Je n’avais ni les yeux, ni les oreilles assez grandes pour enregistrer toutes leurs réactions.

Si au début, je me suis tenu à distance; à force de me rendre chez Suzanne, les enfants m’ont entraîné dans leurs activités les unes plus captivantes que les autres. J’étais heureux, car je n’avais pas à combattre ma nature profonde.

En ville, les complexes et les frustrations d’être toujours anonyme, sans importance, sans amour, s’incrustent dans la peau des enfants sans que l’on s’en aperçoive. Les enfants sont souvent rejetés par les adultes, tenus à l’écart comme si c’étaient des lépreux. Leur compagnie semble chez les adultes ajouter des problèmes différents et supplémentaires.

Chez Suzanne, ça n’existait pas. Chaque petit bout d’homme ou de femme était important. Leurs désirs étaient souvent des ordres. Ils étaient les rois. Le principe même de l’éducation libre était que l’adulte ne devait jamais intervenir avec son autorité d’adulte. Ce que je respectais  scrupuleusement.

Laissez libres, les enfants nous désorientent complètement. Ils ne sont jamais ce que nous aurions cru qu’ils sont.

Pour eux, tout est jeux, plaisirs, découvertes, rires et parfois, il faut bien l’admettre, des mesquineries, des jalousies. Les enfants qu’on prend naturellement pour des anges peuvent être d’une cruauté inouïe entre eux.

Patrick, souvent écrasé par ses petits copains, était très heureux que j’accepte de jouer avec eux. Il se sentait probablement mieux protégé, du moins, j’étais un atout dans ses cartes.

Je luttais souvent avec Patrick et ses petits copains. Je me permettais de temps en temps, après qu’ils l’aient eux-mêmes fait, de vérifier leurs petits appareils de jouissance. Je les aimais bien et ils me le rendaient au centuple. Cela les amusait passablement à en juger les lamentations quand je refusais de lutter avec eux.

Les jeunes faisaient souvent la queue à la porte chez Suzanne dans l’espoir que j’accepte d’aller jouer avec eux. Partager le jeu des enfants, c’est leur faire le plus beau des cadeaux.

Si Patrick ne m’intéressait pas physiquement, il était trop jeune et trop petit, ses deux amis, Daniel et Réjean, me faisaient tourner le cœur à grande vitesse. Quant au troisième du groupe, Alain, il ne m’intéressait pas du tout, même que je ne l’aimais pas tellement. Ce n’était pas sa légère infirmité qui me fatiguait, mais il était jaloux et hypocrite. C’était un petit frustré qui ne sortait jamais des dentelles ou des slips de sa mère.

J’essayais autant que je le pouvais de m’adapter à leur façon d’être, de voir. Je les adorais. J’aimais cette situation, car j’apprenais beaucoup sur le comportement des jeunes. Pourquoi nous nous fascinent-ils autant ?

Pour une fois, je n’étais pas toujours contraint d’agir contrairement à ce que je ressentais. Patrick m’intriguait plus qu’il ne m’attirait physiquement. J’étais curieux de savoir pourquoi il s’excitait autant dès qu’on s’occupait de lui. Il n’a pas fallu des mois pour que j’ouvre mon aile protectrice et que je commence à confondre amourajoie et instinct paternel.

Plus le temps passait, plus j’étais souvent chez Suzanne.

Les enfants se réunissaient pour élaborer une foule de jeux auxquels j’étais très souvent invité à participer. Le jeu le plus populaire consistait à faire tenir grâce à la salive un bout de papier hygiénique sur l’ouverture d’un verre, d’y déposer une cenne et essayer par la suite, à tour de rôle de percer le papier avec le bout d’une cigarette allumée sans faire basculer la cenne à l’intérieur.

Parfois, les jeunes en profitaient pour fumer. Nous n’y faisions aucune objection, à condition qu’ils ne fument pas à la cachette et qu’ils ne jouent pas avec le feu sans la présence d’un adulte. C’était moins dangereux pour les incendies.

Les jeunes aimaient surtout se costumer, danser, fêter pour toutes sortes de

raisons. Aussi quand j’ai eu mon chèque mensuel de BS, j’ai amené Patrick et Yanie, dans une salle de jeux, juste pour leur faire plaisir et avoir la joie de les voir ainsi goûter le plaisir. Daniel et Réjean les regardaient avec envie. Je les aimais trop pour ne pas tenter un effort supplémentaire. Ce fut une soirée délicieuse. L’électricité de leurs regards valait mille mots et autant d’argent. Je suis très vite devenu aussi jeune qu’eux. J’étais pendu à leurs gestes, ébloui, même si cela m’a coûté l’équivalent de deux paires de lunettes en peu de temps.

Je vivais avec Suzanne et les enfants une expérience surnaturelle : des adultes complices à part entière avec des enfants. Jamais je n’avais ressenti une atmosphère d’amour aussi dense et aussi saine.

Si les enfants sont libres, le souci de se déculotter, la curiosité de voir l’autre dans son intégralité ne tardent pas. C’était chose assez fréquente à l’école libre et nécessairement une prolongation à la maison ne tarda pas.

Je devais m’habituer à ne pas en faire un drame pour respecter la philosophie que l’on se faisait de l’éducation. La seule règle : le jeu ne devait jamais être mis en œuvre par l’adulte.

Si tu ne voulais pas, pour ne pas les traumatiser, tu ne faisais pas de drame, mais t’inventais une façon d’attirer leur attention vers autre chose qui convenait mieux. Même si on est ouvert d’esprit, notre éducation a fait de nous des scrupuleux.

J’ai pratiquement fondu sur ma chaise quand la petite m’a demandé pour la première fois de lui montrer mon pénis. Devant mes hésitations, elle m’a aidé à répondre à ses désirs. J’étais beaucoup plus gêné que je ne l’aurais jamais cru possible. Si c’eut été Patrick, ça aurait certainement été beaucoup plus facile pour moi. Dans notre éducation, on est toujours plus scrupuleux quand il s’agit de rapport avec le sexe opposé. Ce qui me prouva que même adulte, l’éducation reçue enfant nous mène encore par le bout du nez.

La nudité a quelque chose de terrifiant quand il s’agit la première fois de rompre avec les habitudes de notre culture qui valorise extrêmement l’esprit aux dépens du corps, en fonction de se mériter une éternité spirituelle dont l’existence n’a jamais été prouvée.

L’approche sexuelle de Suzanne a été lente et plus fignolée. Nous sommes passés dans le même lit qu’après de longues discussions et plusieurs verres.

De visiteurs, je suis devenu l’amant.

Nous couchions ensemble, habituellement, quand les petits étaient endormis. Patrick et Yanie désiraient presque toujours coucher dans notre chambre, sur leurs matelas, ce qui nous compliquait un peu l’organisation de moments d’intimité.

Nos nouveaux amours étaient marqués par la tendresse, la musique, les enfants, la complicité d’esprit. Toute la vie nous entraînait comme dans un cyclone de bonheur.

Patrick était très bizarre. Il se servait de ses scrupules comme moyen d’attirer l’attention. Alors que nous nous couchions tous nus, lui préférait garder ses sous- vêtements. Certains y verraient là un acte normal quoique ce soit la réaction d’un enfant dont la sexualité a été réprimée dans son entourage alors qu’il était tout petit.

Il accouchait des mêmes scrupules que ses camarades, même s’il vivait dans une famille très ouverte. Mais, notre cheminement acceptait ça comme un droit individuel au même titre que de ne pas aimer les épinards. Cependant, on craignait que ça cache souvent un problème, car il agissait comme si cette honte de son corps dissimulait autre chose. Il ne se lavait pas et devenait affreusement sale.

Être scrupuleux cache presque toujours un fort complexe d’infériorité, la peur de ne pas être aussi beau que les autres. Pour éliminer ce problème « possible », car c’est son droit le plus absolu de coucher avec ou sans sous-vêtement, nous avions pris l’habitude de lui dire qu’il est beau, de jouer son jeu et de ne jamais lui parler de ses scrupules, sinon pour le taquiner.

À long terme, ça eut des effets très positifs. Il s’est senti plus valorisé, ses agissements le montraient très clairement plus francs, même s’il continuait à être scrupuleux. Il riait plus. Il s’amusait plus. Il était plus sécurisé. Donc, je faisais partie du problème.

Suzanne et moi, nous passions de longues heures à nous définir, à mieux nous faire connaître l’un à l’autre. Notre drogue d’amour était certains disques que nous écoutions en faisant l’amour au même rythme, après avoir fumé un bon joint.

Suzanne avait connu des felquistes, ce dont je ne pouvais pas me vanter. Elle me les peignit telle qu’elle les avait connus à la Maison du pêcheur, en Gaspésie. Elle n’avait pas la même admiration pour eux que moi qui les vénérait tout simplement. Loin de là. Elle était étonnée de voir jusqu’à quel point je m’étais identifié au FLQ, même si je n’avais connu personnellement aucun membre de ce mouvement, encore moins une cellule. J’avais tout au plus rencontré à l’occasion Pierre Vallières, Charles Gagnon et Robert Lemieux.

Je lui ai raconté comment je m’étais servi de ma petite réputation pour hâter la réalisation des projets gouvernementaux dans les Vauxcouleurs (Estrie) parce que le fédéral me croyait plus dangereux que je l’étais en réalité. J’étais très fier de ces exploits.

Nous nous sommes souvent endormis sans faire l’amour, ne cessant jamais de placoter et, le matin, les petits nous tiraient du lit, ce qui nous privait de reprendre le temps perdu. On ne pouvait même pas y rêver. Toutes les situations possibles nous arrivaient pour nous empêcher de vivre notre vie de couple.

Un soir, j’ai gardé les enfants pour permettre à Suzanne de sortir avec une amie. Cela me faisait plaisir. J’avais appris avec assez de rapidité à me faire écouter sans commander. Pour être l’invité des enfants dans ce cénacle de confiance, j’acceptais leur façon de vivre, d’être pleinement complice dans tous leurs désirs. J’avais appris que ce n’est pas parce que tu es un grand que ton point de vue a plus d’importance que celui d’un petit. Nous devions tous être des égaux quel que soit l’âge et le sexe. Le fondement même d’une éducation libre.

Je lisais dans la cuisine, les jeunes jouaient au « strip-tease » ou au docteur dans leur chambre. Je respectais le code de discipline de l’école libre : ne jamais intervenir, sinon pour des raisons de violence afin de s’assurer que personne ne soit blessé. Yanie n’a pas tardé à proposer à ce que je sois inclus dans le cercle des jeux en cours.

  • Jean n’est pas comme les autres, l’entendais-je dire. Il va vouloir jouer avec nous et se montrer la bizoune. Je l’ai déjà vue. Elle est grosse de même (en écartant les bras).

Même si intérieurement cela me faisait énormément plaisir, j’hésitais. Que doit- on faire dans un tel cas? On prêche une chose, mais dès qu’il faut la vivre, ça prend une tout autre dimension. J’ai essayé de créer un moyen pour m’en sortir.

  • Je me déculotte que si vous vous déculottez aussi.

L’ambiance d’excitation et de curiosité était refroidie, avant de disparaître complètement.

Réjean relança, devant mes hésitations :

  • Tu le fais, je le fais.

Je me sentais pris au piège. J’étais aussi curieux que lui. Je désirais lui voir autant qu’il voulait me la voir.

  • Si je le fais, tu ne le feras pas. Je me suis déjà fait avoir comme ça. J’étais sûr que Réjean abandonnerait la partie.

Les autres criaient à Réjean de dire oui. Il a longuement hésité à son tour, puis il baissa ses culottes jusqu’aux genoux. Il me regardait tout gêné.

  • Pis toué !

Je n’avais plus le choix : si je me dégonflais, j’étais un hypocrite, pire un menteur; si je ne faisais pas comme lui. Je devais trouver moyen que ça n’aille pas plus loin.

Je me suis exécuté en toute vitesse. Je pouvais d’autant plus aller vite que je ne portais pas de sous-vêtement. Je n’ai rien dans le pantalon pour effrayer qui que ce soit, les jeunes sont déjà presque tous déjà aussi bien bâtis que moi. Les yeux avaient quitté Réjean et se concentraient sur moi. J’ai fait valser mon petit

« boutte » en descendant mon pantalon, question de montrer qu’il n’y a rien là et j’ai remonté mes culottes en vitesse.

  • Ça ne te fait rien d’être nu?, demanda Alain.
  • Pourquoi ça me ferait quelque chose ? C’est agréable. Le zizi, c’est un morceau de chair comme un autre.
  • C’est péché.
  • C’est de la folie. Avant tu pouvais être damné parce que tu mangeais de la viande le vendredi. Aujourd’hui, il n’en est plus question. Pourtant, rien ne justifie ce changement. Ce sont les curés qui ont inventé les péchés. Il n’y a rien de mal à être nu. Pourquoi serait-il péché d’admirer un corps que Dieu a pris tant de mal à créer?
  • T’aime ça, jouer aux fesses?
  • Oui, avec les petits gars, surtout quand ils ont beaux comme vous.
  • Un bonhomme m’a dit qu’il me donnerait deux piastres si je le suçais. Tu aimes ça, toi, te faire sucer?
  • Je comprends j’adore ça, mais quant à moi c’est plus agréable de le faire que de me le faire faire.
  • Tu me donnes deux piastres et je vais me laisser faire. L’autre fois, ce fut bien le fun.
  • Je ne paye jamais. Si tu joues aux fesses, il faut que ce soit parce que tu aimes ça. C’est bien trop important pour faire cela pour de l’argent.

Je ne voulais pas passer la soirée à refuser les invitations des petits gars. Même un saint peut flancher. Cela me tentait trop pour respecter plus longtemps ce scrupule, d’autant plus que je n’ai rien contre la prostitution pourvu que cela ne t’humilie pas. Je me suis forcé à trouver un moyen pour changer la conversation.

Nous avons passé le reste de la soirée à jouer à des charades.

Les petits venaient s’asseoir sur moi à tour de rôle quand ça leur disait. J’évitais de les inviter. Je profitais de l’esprit de liberté qui se répandait, je serais très hypocrite de dire que ça ne me plaisait pas.

Réjean est venu s’asseoir sur moi. Je me suis aperçu qu’il aurait pu être accusé au hockey de bâton trop élevé. Je pouvais sentir les pulsions des « push-up » sous le pantalon, surtout si je pesais un peu du bout des doigts.

Réjean me regardait les yeux en feu, le sourire encore plus beau que celui de la Joconde. Il essayait en agitant les traits de son visage d’indiquer à Daniel de regarder où j’avais les doigts, ce qui déchaînait les rires chez Daniel. Alain essayait de comprendre ce qui se passait. Il ne pouvait pas voir, à cause d’une chaise dans son champ de vision. Réjean préférait s’asseoir sur moi plutôt que d’aller mimer à son tour comme tous les autres. Il ne voulait pas courir le risque de perdre sa place. Nous nous amusions follement.

Quand ce fut mon tour, je me suis rendu près du sofa où Patrick et Alain étaient assis. J’ai fait semblant de les saisir et Alain m’a écarté la main, en ajoutant de ne pas lui poigner la poche. Je n’y avais pas songé le moindrement. Je l’ai regardé, étonné.

  • Tiens, un autre scrupuleux comme Patrick !

Patrick me regardait les yeux en feu. Il était ravi que je le replace au centre du jeu et de mes commentaires. J’ai fini mon mime et je suis retourné m’asseoir. Réjean est vite venu reprendre sa place.

Réjean et Daniel voulaient bien savoir si Suzanne partageait mon ouverture d’esprit. Je leur ai dit que c’était leur problème, en leur soufflant une solution.

  • Nous dormons nus et nous ne nous habillons que tard le matin.

Je n’aurais jamais cru pouvoir bénéficier d’une telle ouverture d’esprit même si je sais par expérience que les jeunes en profitent dès qu’ils sentent qu’ils peuvent agir  à leur guise. Les gestes d’amourajoie (de pédérastie) sont toujours consentis  ou  presque.

Les jeunes espéraient maintenant voir les seins de Suzanne. Je n’ai pas découragé leur curiosité, bien au contraire. Pourquoi aurions-nous accepté de vivre le contraire de ce que l’on pensait? Nous assumions pleinement cette éducation libre et je me comportais en véritable apôtre de ce nouvel Évangile.

Les jeunes sont revenus souvent, le matin, dans l’espoir de nous prendre lorsque nous étions nus. Malheureusement, pour eux, l’occasion ne se présentait pas aussi souvent qu’il l’aurait souhaité. Si nous ne refusions pas de les voir vouloir vivre la liberté sexuelle, nous ne les provoquions pas. Suzanne leur avait demandé de ne pas se présenter le matin afin que l’on puisse être nus aussi longtemps qu’on le désirait.

Cette ouverture d’esprit amenait les jeunes à me raconter leurs expériences. Comment s’y prenaient-ils pour grimper et aller voir par un petit trou les danseuses nues dans un club situé pas loin d’où ils demeuraient? Il me parlait du vieux qui leur donnait une piastre tous les jours.

À la toilette, Réjean est venu pisser à côté de moi. Je me suis aperçu qu’il était gêné et inquiet d’avoir le pénis aussi croche. C’était son moyen de m’en parler puisqu’il savait que je n’en ferais pas un drame. C’était un problème très grave pour lui. Nous avons échangé sur le sujet, après avoir comparé nos avoirs. Comment lui permettre d’avoir un examen médical puisque normalement ça ne me regarde pas et que je ne suis pas censé le savoir? Pourtant, à mon avis, il en avait besoin. La liberté sexuelle permet aux jeunes de parler de leur problème à ceux en qui ils ont confiance.

Notre vie de couple nous poussait dans le dos. Les enfants m’acceptaient de plus en plus. Par ailleurs, pour des raisons financières l’école ne pouvait pas fournir un système de transport. Yanie et Patrick devaient l’abandonner à moins que j’aille vivre avec eux près de l’école libre.

La décision de déménager pour se rapprocher de l’école fut vite prise. Cependant, nous avions un nouveau problème : Patrick s’y opposait. Nous comprenions mal son comportement. S’il m’aimait, pourquoi cette réaction ? Après plusieurs efforts de communication, nous avons découvert le pot aux roses : Patrick avait peur, car il croyait que si j’allais vivre avec eux il serait obligé de vivre dans la cave de notre nouvelle demeure.

Nous l’avons rassuré. Cela nous a aussi permis d’apprendre que Patrick n’était pas toujours en sécurité quant à ses parents. Il avait trouvé très pénible que son père les abandonne et il craignait très facilement que sa mère en fasse autant. Il avait peut-être aussi été marqué du fait que sa mère, durant les événements d’octobre, avait été emprisonnée. Son engagement pour la lutte en faveur des femmes pensait-elle, l’avait mené là. Pourtant, elle était libérale.

Nous nous sommes mis à la recherche d’un endroit qui rende l’école plus accessible. Nous avons dû mettre fin aux visites de Réjean et compagnie parce qu’ils auraient toujours été à la maison espérant des petites aventures. Nous voulions garder autant que possible nos minutes pour nous, car nous vivions ensemble depuis si peu longtemps.

Cela n’avait rien à voir avec la possibilité que les jeunes nous causent des problèmes. Personnellement, j’étais convaincu qu’ils ne parleraient pas de notre liberté, et si ça arrivait, nous étions convaincus de pouvoir expliquer notre point de vue à leurs parents. Si, après de bonnes discussions, ils n’acceptaient pas notre façon de voir la liberté sexuelle, ils n’auraient qu’à empêcher les jeunes à revenir chez nous. Sans la permission de leurs parents, nous ne les aurions jamais admis.

C’était fabuleux quand ils venaient. Tout était libre, gratuit, tendre. La vie tenait dans la chaleur de nos câlins, la flamme de nos regards, le rire de nos pupilles, les vibrations de nos touchers, les ondes de nos rires.

Les jeunes s’intéressaient autant à leur corps que les femmes le font généralement. Un vrai rappel de l’importance pour un jeune de se sentir beau, d’attirer l’attention des adultes.

Un sourire venu d’enfer 32

novembre 18, 2020

Un sourire sorti d’enfer 32

Autobiographie approximative

pp.250à262

35

Congédié pour avoir écrit en français à Montréal.

J’ai accepté un emploi dans une imprimerie au département d’expédition à la Ronald Federated Graphic, à Montréal.

À la Ronald, le travail allait bien; mais il y avait la loi 22 qui, à mon sens, prétendait rendre le Québec français, alors qu’en réalité, les articles de la loi permettaient une plus grande assimilation. Je me sentais un traitre de ne rien faire après avoir connu comment opère les assimilateurs

Au début, j’ai voulu franciser les titres dans les adresses des collants pour les paquets expédiés à l’intérieur du Québec.

Averti par les patrons, j’ai cessé ces opérations. Je voulais de l’argent pour retourner en Amérique du Sud d’où je ne pouvais pas me permettre d’être chômeur.

Tout le monde me blâmait de vouloir franciser ces communications. On trouvait ça irraisonnable, sans possibilité d’apporter quoi que ce soit. Je rugissais de travailler en anglais au Québec, après avoir vécu « comment » dans l’Ouest les francophones sont assimilés. Je trouvais cela scandaleux. Que pouvais-je faire seul contre une telle machine?

J’ai abandonné mes expériences durant un mois environ. Il était de plus en plus question de la loi 22, une loi qui, tout en faisant semblant de nous franciser, permettait en réalité une plus grande anglicisation du Québec, grâce à différents articles de la loi. Je rageais. Pourquoi personne ne voyait le stratagème?

Un bon matin, j’ai décidé que je n’avais pas le droit de me laisser assimiler sans rouspéter. En faisant mes collants postaux pour envoyer les paquets d’imprimés, j’ai commencé à réécrire » Directeur général » plutôt que ‘Director general’. J’employais le français pour tout ce qui était destiné au Québec et dans le Canada, puisque le Canada est censé être un pays bilingue. Les paquets pour les États-Unis étaient adressés en anglais. Je ne leur touchais pas.

Après quelques jours de cette pratique, le chef de l’expédition m’a averti que si  je continuais je serais congédié. C’était l’anglais ou le chômage.

Je ne pouvais pas me résigner à voir le Québec emprunter les chemins de l’assimilation. J’ai continué comme avant. Selon le chef de l’expédition, l’ordre de cesser d’écrire les titres en français venait du vice-président de la compagnie.

Je devais vider la question. Je ne pouvais pas accepter une telle prostitution.

Je suis entré au bureau. J’ai rempli toutes les formules de la régie interne en français. J’ai traduit les Black Wash par les Monstres noirs; Bell Canada, par Cloche Canada (selon le Devoir, je ne m’en souviens pas. Ça me surprendrait parce que je croyais dans le sérieux de mon opération). C’était bien peu de chose, mais ça a eu le même effet que vouloir enlever le mot ‘stop’.

Le lendemain matin, le chef du département est venu me trouver pour m’annoncer mon congédiement. J’ai demandé à voir le vice-président puisque l’ordre venait de lui.

  • Penses-y, dit mon chef de département. Tu es bien ici. Nous sommes satisfaits de ton travail. Même si tu laisses ton emploi, personne ne voudra te suivre. Rien ne sera changé. Personne ne saura pourquoi tu as été congédié.

J’ai insisté pour voir le vice-président et c’est à contrecœur que j’ai été conduit au bureau du chef du personnel plutôt qu’au bureau du vice-président.

Je me suis installé à son bureau. Je lui ai fait part de mon point de vue. J’ai sorti une pomme ou une tomate apportée pour dîner. Je l’ai soigneusement coupée durant que nous discutions.

  • Veux-tu me faire peur avec ton couteau?
  • Non, mais je suis heureux que vous vous rappeliez qu’un gars a déjà fait sauté trois des vôtres. Un employé venait de tuer ses supérieurs.
  • Ce sont des menaces?
  • Je suis seul et non violent, mais si les travailleurs dans les compagnies continuent à travailler dans une autre langue, à devoir toujours se contenter des emplois subalternes, vous pourriez venir qu’à faire face à des gars qui, eux, seront violents.

En moussant la loi 22, vous vous préparez un maudit bon carnage. Ce n’est pas quand vos usines seront occupées ou qu’on vous fera sauter qu’il sera temps de commencer à réfléchir.

  • Je ne parle pas avec les terroristes.
  • Je ne suis pas un terroriste. Je vous avertis simplement que si vous ne changez pas de direction, ça va aller mal au Québec. (Ce que je croyais et ressentais.)

La discussion devenait impossible. S’il m’avait écouté religieusement quand je lui ai expliqué ce que signifiait pour moi la francisation des entreprises, il goûtait un peu moins mes avertissements. Je les croyais pourtant justifier : le mépris n’aura qu’un temps. Les Québécois ne se laisseront pas toujours faire.

J’avais l’air fin avec mes « jamais plus je ne toucherai à la politique ».

Encore chômeur, cassé comme un clou, en pleine guerre sainte pour le français au Québec. J’avais réussi à me remettre dans la merde.

Il ne faut pas croire que cette décision m’a valu bien des heures de gloire. Je me suis fait dire le plus honnêtement du monde que je n’étais qu’un « one man  show », que je me prenais pour un autre.

Ce fut un peu l’histoire de ma vie. On dirait qu’il faudrait que je me méprise parce que je suis différent des autres.

La campagne pour la francisation à la Ronald a été similaire à bien des égards émotifs à ma campagne Rhinocéros.

Je ne voulais pas comme à l’époque entendre parler des héros et encore moins me prendre pour un cas de bande dessinée. En même temps, je ne pouvais pas admettre d’être indifférent à l’avenir du peuple auquel j’appartenais.

C’est la crotte au cul que le jeudi je me suis présenté devant l’usine avec une pancarte sur laquelle était écrit Congédié pour avoir écrit en français à Montréal. Mon arrivée n’a pas tardé à bouleverser les habitués du coin.

Durant tout l’après-midi, deux travailleurs ont surveillé ce qui m’arrivait. D’autres auraient voulu que le syndicat s’en mêle, mais c’était une perte de temps : je n’avais pas encore ma permanence.

Il a fallu peu de temps pour que surviennent deux autos de police.

  • Ton nom et ton adresse.
  • Jean Simoneau. 3911 Berri. Je ne vous dirai rien d’autre comme m’en autorise la loi et si vous m’arrêtez, je porterai plainte pour arrestation illégale.
  • Minute papillon !

Un des policiers est alors allé discuter avec un autre. Ils ont communiqué avec leurs supérieurs avant de me revenir.

  • Tu connais la loi. Tu peux rester.

Ils se sont installés ensuite en auto à chaque bout de la rue. C’était la première fois de ma vie que la police me protégeait, tout en me surveillant. Ça faisait

nouveau et surtout très bizarre. L’atmosphère était quand même tendue dans ma petite tête. Je marchais les fesses serrées, mais avec fierté.

Depuis Sherbrooke, dès que la température montait, j’avais la certitude de me faire tuer. Les sueurs étaient d’autant plus de mise que le hasard a voulu qu’il se produise deux accidents de la circulation à proximité.

Quand les patrons ont quitté l’usine, à la fin de la journée, ils étaient protégés par des hommes à manteaux longs. Mon message avait bien passé. Ils avaient peur de moi ou, du moins, ce que je représentais comme présage à leur loi sur le français.

En descendant chez moi, un bonhomme m’a accosté pour m’offrir du travail beaucoup plus payant, si je perdais ma pancarte. J’aurais dû accepter, mais j’étais engagé dans la lutte patriotique. Un chevalier abandonne-t-il son épée devant son ennemi?

À cette époque, je n’avais pas seulement peur de la police qui pouvait comme aux États-Unis ou en Amérique du Sud commencer à éliminer les opposants au régime. Mon expérience à Sherbrooke me faisait craindre la pègre et la police locale au service des libéraux. Je craignais plus souvent les attentats venant d’eux, attentats que l’on passait ensuite sur le dos du FLQ. Ouvrage partagé avec la GRC.

Je voulais continuer, mais je ne voulais pas agir seul. J’avais trop peur. « À deux, si on me descend, j’aurai un témoin. » Personne n’était intéressé. C’était à désespérer, puis un miracle.

Mireille Despard, la petite amie de Gilbert Langevin, a décidé de m’accompagner, lors de ma prochaine manifestation, soit à la fête du Canada, le premier juillet, Place du Canada, à Montréal.

Mireille était une bonne indépendantiste qui n’avait pas peur de ses convictions. Elle trouvait l’expérience particulièrement intéressante. Ça valait le dérangement, disait-elle.

Comme convenu, je suis parti avec ma pancarte pour rejoindre Mireille devant l’édifice, près de la Place du Canada. Puisque je n’arrive jamais à me retrouver dans Montréal, j’ai passé seul dans une foule de quelque 800 personnes qui assistaient à un défilé de mode pour fêter le Canada.

J’ai retrouvé Mirelle, plus peureux que jamais. Je divaguais en grande. « J’étais pour aller à Barnston, même si craignais me faire tuer ». La peur de me faire tuer est un vieux traumatisme depuis mon emprisonnement en 1963. Le temps n’était pas aux rêves, aux cauchemars, mais à l’action.

Mireille souriait. Elle participait à cette manif, curieuse de connaître les réactions. Elle fut étonnée que personne ne nous prenne à partie. J’ai toujours eu beaucoup d’admiration pour Mireille. Elle se promenait avec sa pancarte  » Le Québec aux Québécois. Le Canada aux Canadians », comme si de rien n’était alors que j’étais fou de peur. Mireille présageait-elle le côté culturel des recommandations de la commission Pépin-Robarts, affirmant la spécificité québécoise?

Une première couverture journalistique fut faite par le quotidien Le Jour. L’affaire prenait de l’ampleur.

J’ai participé à une seconde manifestation. Il pleuvait et faisait tellement tempête que nous ne pouvions plus avancer dans la rue avec nos pancartes. Je me suis mis à l’abri et un journaliste du Journal de Montréal a croqué à nouveau cet évènement. Je ne voulais pas être vedette, je me fichais que l’on ne sache pas qui j’étais, mais je voulais que les gens comprennent ce qui se passe au Québec. Les Québécois sont de plus en plus étrangers chez eux.

J’étais décidé à crever s’il le fallait pour que ça change.

Que pouvais-je faire de plus, sinon me présenter devant le parlement de Québec où on étudiait la loi 22?

J’ai ajouté un deuxième message à la pancarte. J’y ai dessiné un petit revolver symbolisant toutes mes lettres échangées avec le gouvernement à cette époque. On pouvait lire sur un bord de ma pancarte le message habituel; mais de l’autre côté avec le petit revolver, on lisait : La 22 sur le 22. Le message initial devait être la 22 sur le 22 ou la 222, selon la chanson de Pauline Julien, la Croqueuse de 222.

Je dessine très mal. Je ne suis pas parvenu à tout écrire. C’est ainsi que mon message a pris une tout autre dimension dans la tête de certains ministres du gouvernement Bourassa. Quand je rencontrais un ministre, je tournais toujours la pancarte du côté de la 22. Cela semblait plus de circonstances.

  • As-tu vu? disaient certains ministres énervés. Ils ne pouvaient rien faire. Je me promenais seul et quand il pleuvait les surveillants au parlement me craignaient si peu qu’ils me permettaient d’attendre le soleil à l’intérieur. Lorsque je suis arrivé, un des surveillants était venu me demander :
  • Est-ce que beaucoup d’autres de ta gang viendront?
  • Je ne sais pas. Pour l’instant, je suis seul à avoir perdu mon emploi pour avoir écrit en français.

L’après-midi, j’ai rencontré deux beaux petits gars. J’en ai profité pour faire de l’œil au plus vieux et lui chanter un peu la pomme. Comme dans la campagne rhino, cet événement me permit de prendre mon action moins au tragique et de donner ainsi un meilleur rendement.

Les journalistes ne le prenaient pas de cette façon. Certains ont écrit que pour un gars qui venait de perdre son emploi, j’étais pas mal souriant. Ceux-ci ne savaient pas que j’avais déjà pleuré parce que j’avais perdu mon emploi.

Avec le temps, ça devient presque une habitude, même si ça fait toujours mal. À chaque fois, tu te demandes, si ce n’est pas toi qui es tout de travers. Tu doutes de tes compétences et de ta lucidité.

Mes manifestations ne visaient qu’à faire comprendre qu’au Québec il est possible d’être congédié pour avoir utilisé la langue de la majorité. Quelle injustice sociale voulez-vous plus criante?

À la fin de la journée, le ministre du Travail, Jean Cournoyer, est sorti seul du parlement et s’est dirigé droit vers moi.

  • As-tu porté plainte au Ministère?
  • Évidemment !
  • Que t’a-t-on répondu?
  • Rien, comme d’habitude.

J’ai décidé de me présenter en Commission parlementaire, même si j’avais la conviction que je ne serais jamais écouté.

Mon sourire m’ouvrait toutes les portes.

J’ai laissé ma pancarte à l’entrée et je me suis rendu là où les députés délibéraient sur la langue.

Dans la salle d’audience, j’ai sorti de ma sacoche une pancarte miniature exprimant mes revendications. J’avais mis des cartons pour pouvoir réécrire le message si on me l’enlevait. À la demande de Bourassa, un policier est venu me l’enlever.

J’avais apporté une petite tablette pour écrire et crayon-feutre rouge. J’ai refait la pancarte à des dimensions misérables. J’ai levé le carton au bout de mes bras en direction des députés. La police est revenue, même si Bourassa était parti.

L’ordre était venu cette fois de Dracula Cloutier. J’ai recommencé, mais quand le policier s’est présenté pour m’exhorter de cesser ou de partir, j’ai choisi la porte. Curieusement, le policier s’excusa de devoir appliquer la loi. Il est interdit de manifester à l’intérieur du Parlement. Je n’en revenais pas : la police du parlement avait la réputation d’amener les belligérants dans les toilettes pour leur faire comprendre à coups de poing de ne pas penser de telle ou telle façons. Pourquoi un officier s’excusait-il de m’expulser?

J’avais réussi. Mon texte était entre les mains des députés et des journalistes. J’y posais des questions quant à la mort de Laporte et la crise d’octobre. J’affirmais que la loi 22 était un moyen hypocrite d’imposer dans les faits le bilinguisme, en faisant semblant de vouloir tout franciser.

J’y voyais un moyen de provoquer une guerre civile qui justifierait une nouvelle intervention de l’armée. Cela permettait d’écraser encore plus les indépendantistes sous le couvert de la sécurité nationale. Comment recommencer le coup de 1970 à moins de créer un mouvement de masse pour le justifier? Je ne sais pas ce qu’en ont pensé les ministres, mais le Conseil des ministres ordonna une enquête sur mon cas.

L’animateur de CKVL, M. Mathias Rioux, me demandait sur les ondes de la radio de faire confiance à son ami le ministre du Travail, M. Cournoyer. Pourtant, M. Rioux ne m’a pas aidé à faire savoir aux gens que la Ronald Federated Graphics avait refusé de répondre à l’enquête du gouvernement, comme le l’a prouvé un employé du ministère du Travail.

J’ai continué de boire, le soir. C’est le meilleur moyen d’oublier la peur. C’est difficile de faire autrement quand tu sens que personne ne t’appuie réellement. J’étais peut-être trop paranoïaque pour poursuivre seul de telles manifestations. Pourtant, je m’amusais en le faisant. Ce devait être autre chose. Je me prenais peut-être trop au sérieux.

Je devais continuer même si tout le monde riait de moi. L’affaire du couteau était survenue après que je fusse irrévocablement congédié. Je n’avais rien à perdre et rien à me reprocher. C’était un moyen pour attirer l’attention et un peu, mon entêtement à vouloir passer pour un grand révolutionnaire.

Je me rappelle une de nos discussions avec le grand poète Vannier qui me disait qu’il était, un grand révolutionnaire. Il venait de publier « La fée des étoiles » et une photo du clitoris de sa blonde. Je lui avais dit :

  • Il n’y a rien de révolutionnaire là-dedans puisque tout le monde va jouir à la regarder. Si tu veux faire la révolution, parle de choses que les gens détestent. Parle comme moi de pédérastie.

Je me croyais un vrai révolutionnaire comme je me suis cru capable d’être un jour un bon écrivain. Pour moi, la révolution c’était changer le monde pour que chaque individu ait sa place et le respect qu’il mérite juste du fait d’être un humain.

J’étais certain de la véracité de ce que je disais. L’assimilation, je l’avais vécue. Je savais de quoi je parlais. La défaite du NPD, je l’avais ressentie avant même qu’elle arrive. Pourquoi n’aurais-je pas raison quant à la loi 22 et ses intentions ?

Faute d’avoir justice au Québec, je me suis tourné vers le Parlement d’Ottawa où j’ai réussi à montrer ma pancarte à Trudeau quand il a quitté le parlement, le midi. J’étais près de sa voiture. Il ne pouvait absolument pas ne pas m’avoir vu.

L’après-midi, il donnait une conférence de presse. Je l’ai attendu plus d’une heure devant la salle de presse quand arriva un véritable groupe de guêpes. C’était Trudeau et sa meute de journalistes. Il était si mal gardé que j’ai pu m’installer juste derrière lui pour l’escorter jusqu’à la salle des conférences. Il ne m’a pas dit un mot. C’était mieux ainsi.

Les journalistes ne se sont pas occupés de ma présence. J’étais un francophone et ma pancarte était écrite seulement en français. Perdre son emploi au Québec aurait été grave s’il s’était agi d’un anglophone qui aurait perdu son emploi pour avoir écrit en anglais.

J’aurais pu lui casser ma pancarte sur la tête, mais ça n’aurait rien apporté de positif. Je me serais dé frustré tout au plus. J’aurais été jugé et proclamé malade mental.

À la fin de la conférence, Trudeau devait retourner au parlement en automobile. À sa sortie, il y avait une très belle femme qui l’attendait. J’ai d’abord pensé qu’il s’agissait d’une autre pâmée de la Trudeau manie, plus belle et plus jeune que celles que nous montrait habituellement la télévision.

Malgré les exhortations des policiers et de cette femme, Trudeau a décidé de se rendre à pied au parlement avec Marguerite. Eh oui, c’était son épouse. Si Trudeau et Marguerite étaient très calmes, les policiers eux étaient très nerveux

Les agents de la GRC essayaient dorénavant d’empêcher ma pancarte de pouvoir être prise par les photographes. En route, dans les escaliers, un photographe a trébuché alors qu’il marchait à reculons. Trudeau l’a aidé à se relever. Les policiers m’ont oublié et j’ai pu ainsi faire photographier ma pancarte pendant que Trudeau lui tendait la main. La photo reprise par l’agence de presse fut envoyée aux journaux. J’avais réussi ma mission : j’avais passé le message à la grandeur du Canada, mais…

Dans les journaux, les éditeurs assoiffés de noirceur ne voulaient peut-être pas voir le message. Ils pouvaient noircir la pancarte et rendre presque impossible la capacité de lire ce qui s’y trouvait. C’était peut-être aussi une question de foyer?

Je ne savais pas quoi penser de Trudeau. Il avait définitivement recherché un tel événement. Pourquoi? J’avais une nouvelle peur. Les libéraux avec la GRC ou la pègre (ou les deux, car ils travaillent parfois ensemble) organiseraient-ils un attentat contre la Ronald? J’y serais certes le premier soupçonné. Je pourrais bien être comme certains felquistes condamnés pour des crimes qu’ils n’ont jamais commis. Pierre Paul Geoffroi est l’exemple le plus plausible. Était-ce un scénario vraiment fou?

Le soir même ou dans les jours qui suivirent, la GRC découvrait une bombe qu’elle avait probablement déposée elle-même, près de son bureau, à Ottawa. Drôle de hasard !

Pendant la crise de la loi 22, l’agent Robert Samson de la GRC sautait en allant porter une autre bombe chez Steinberg. Presque personne ne savait qu’il y avait un conflit syndical chez Steinberg, mais tout le monde connaissait le projet de loi 22. Pourquoi essayait-on de minimiser l’importance de l’agent Samson, en prétendant que c’était une espèce de fou qui aime les petites filles ?

Fallait-il d’autres preuves que la violence au Québec est souvent l’acte de la GRC comme l’ont démontré par après les Commissions d’enquête Keable et Macdonald sur le terrorisme et les agissements de la police fédérale ?

Est-ce que les communiqués reliant le FLQ à Cuba étaient tous des inventions de la GRC pour prétendre que le FLQ était un mouvement communiste? Est-ce que la go-gauche, surtout dirigée par les Anglophones de la gauche montréalaise, était responsables de ces textes? Y a-t-il un rapport stratégique entre les affirmations de Trudeau aux États-Unis, les communiqués de ces dites cellules et vouloir faire croire que le Québec est le second Cuba du Nord? Jusqu’où la CIA avait-elle les coudées franches? Le FLQ marxiste aurait-il été inventé pour donner plus de crédibilité à Trudeau aux États-Unis? Voulait-on ainsi, connaissant la peur maladive des communistes chez les Américains, faire cautionner le besoin d’écraser le Québec? Être francophones en plus d’être communistes, ça fait bien plus peur.

J’ai écrit à Keith Spicer, commissaire aux langues. Ce fut évidemment sans succès. Spicer ne protège que les Anglais. Il suffit de lire sa chronique dans La Presse pour en avoir la preuve. Le Protecteur des droits linguistiques des Canadiens ne  m’a  même pas répondu, encore  moins  soutenu  dans  ma  lutte.

Il ne restait qu’une possibilité faire appel aux Nations Unies. C’est ce que j’ai fait.

J’ai exprimé l’avis que les Nations Unies pourraient enquêter sur ce qui se passait au Québec en s’intéressant au cas des felquistes qui étaient privés des droits fondamentaux garantis par les pays signataires de la Charte des droits de l’homme. Je n’ai pas été écouté davantage. Je me suis rendu à la Ligue des droits de l’homme. Je n’ai pas plus été écouté. Serait-ce que l’on ne me prenait pas au sérieux? Même la ligue avait perdu la langue.

Les droits individuels, ça existe, mais pas pour Simoneau, les pédérastes et les pédophiles. C’est un francophone, un radical, une espèce de fou.

Les libéraux étaient-ils infiltrés partout par la pègre et la GRC? Pourquoi ce mariage Trudeau et go-gauche? Mariage qui est encore plus plausible depuis l’élection du Parti Québécois. Les libéraux sont liés avec la go-gauche surtout dans les dossiers du logement, de la libération des femmes, l’assistance sociale, dans les syndicats, particulièrement dans les hôpitaux et les CLSC. C’est quasi invraisemblable, mais c’est pourtant une réalité.

L’extrême gauche combat avec l’extrême droite de Ryan contre le gouvernement péquiste. Ce gouvernement est nationaliste donc un ennemi des deux autres formations qui se veulent canadiennes.

Mon père l’a compris bien avant moi. Je ne voulais pas le croire parce que j’ai une foi inébranlable dans les syndicats

Mes péripéties ne m’empêchaient pas de boire, surtout quand je participais à une soirée de poésie avec Gilbert Langevin. C’est à qui paierait le prochain verre.

Un soir, j’ai été ramassé par la police. Langevin était parti et je me suis endormi sur un banc.

Au poste, j’ai été reçu par des policiers en civil. L’un d’eux portait la barbe. Je me rappelle peu de cette rencontre, sinon que le barbu voulait savoir de qui je parlais quand je nommais Pier Elliot, dans mon carnet d’adresses (probablement celle du parlement).

  • Trudeau, évidemment !

J’ai gueulé en affirmant que je rencontrais des journalistes le lendemain matin.

  • Touchez-moi pour voir. Vous n’aurez pas fini d’en entendre parler.

Les policiers ne m’ont pas battu, du moins, je ne m’en rappelle pas. Ils avaient été plus brillants que la fois où ils s’en sont pris à une femme qui se disait conseillère municipale à Montréal et qui l’était effectivement.

Quand j’ai exigé d’appeler un avocat, la police me concéda ce droit. Ne sachant qui appeler, il n’y a pas de services juridiques, 24 heures par jour où tout détenu peut appeler, j’ai demandé le bottin téléphonique. J’en ai eu un, mais toutes les pages où il était possible d’avoir la liste des avocats avaient été arrachées auparavant.

J’ai été conduit en cellule. J’essayais de dormir sur le plancher quand un policier s’amena en criant :

  • Aie ! Simoneau, est-ce toi qui as perdu son emploi pour avoir écrit en français?

J’ai fait semblant de dormir et je ne lui ai pas répondu. J’avais déjà assez mangé de raclées à Sherbrooke, sans recommencer à Montréal. Je n’aime pas souffrir.

J’ai été transféré au poste no 1, dans une cellule où s’y trouvaient déjà quelque cinq personnes. Tout à côté, un autre individu était enfermé seul dans une cellule dont la porte donnait sur la nôtre.

Dans ma cellule, un prisonnier, de toute évidence gai, me faisait des clins d’œil, des petits sourires. Si j’avais été seul, j’aurais volontiers passé à la caisse. Les relations sexuelles me font un grand bien contrairement à celles qui geignent parce qu’elles se sont fait faire de l’œil. Malheureusement, dans une autre cellule, le prisonnier seul s’est mis à gueuler en anglais contre le FLQ.

  • Tu pourrais au moins parler français, lui ai-je lancé.

L’Anglais continua avec plus d’énergie. Il ajouta vulgairement vouloir se faire sucer par un Frog. Nous nous regardions, nous demandant comment lui fermer la gueule. Je me suis approché de sa cellule et je lui ai demandé :

  • En as-tu une belle toujours?
  • Va donc chier, maudit singe!
  • Je te l’avais dit que tu parles français!

Les prisonniers riaient ainsi qu’un gardien qui s’était approché.

Le matin, je gueulais parce que l’on ne m’avait pas laissé mes lunettes, contrairement, aux dispositions des accords de Genève ou quelque chose du genre. J’avais appris l’existence de cette règle un peu plus tôt dans une discussion.

  • C’est pour te protéger, de me dire un des policiers. Que t’arriverait-il, baveux comme tu es? Que ferais-tu si tu te trouvais seul avec un Anglais comme cette nuit dans ta cellule?

Je me suis présenté en Cour. Le juge a lu l’accusation et m’a demandé si je plaidais coupable ou non coupable.

  • Coupable, de dire le policier qui m’accompagnait.

Quand j’ai voulu rouspéter le policier m’a poussé en me disait :

  • Envoie, file, t’es libre.

J’étais tellement fou que j’ai chialé quand on m’a remis mes affaires personnelles parce qu’on avait écrit « wallet » au lieu de « portefeuille ». Je ne voulais pas partir avant qu’on l’ait écrit en français.

J’ai décidé de poser un dernier geste patriotique en me présentant à l’ouverture des fêtes de la francophonie, à Québec.

Dans l’autobus, en route pour Québec, un jeune riait de moi.

  • Tu perds ton temps, seul, avec une pancarte. Tu dois être complètement malade.

En arrivant devant le parlement, les journalistes se sont précipités sur moi alors que les policiers tentaient de m’empêcher de répondre aux questions des journalistes étrangers. Grâce aux jeunes sur place qui m’ont aidé, j’ai grimpé sur la plate-forme d’un monument devant le parlement d’où je pouvais être vu par les manifestants.

Le jeune qui m’accompagnait dans l’autobus se présenta et tira une photo de ma pancarte.

  • Je vais te photographier pour avoir un souvenir. Tu dois être un gars pas mal grave. Avant que tu arrives, le cordon de policiers était de l’autre côté. Maintenant, ils sont rendus près d’ici.

Effectivement, les policiers s’étaient rapprochés tout près. Aucun cependant ne m’emmerda.

J’ai participé au défilé. J’étais très gêné. Je me sentais comme un petit gars espiègle. Souvent, la foule applaudissait en voyant ma pancarte. Une dame m’a crié :

  • Tu peux bien avoir perdu ton emploi, avec les cheveux que t’as.

Et, je lui ai répondu du tac au tac :

  • Je n’écris pas avec mes cheveux.

Ma visite a été remarquée puisque le journal Le Jour mentionna, en éditorial, je crois, que même en Afrique, un journal a fait mention de ma pancarte, mais Ronald était encore une entreprise anglaise.

J’ai passé le reste des fêtes avec des petits gars. L’un d’eux avait particulièrement laissé ses scrupules à la maison. Ce fut de très belles manifestations. Juste les yeux de ce petit Québécois me prouvaient que je n’avais pas travaillé pour rien. Les petits sont si beaux que tu peux risquer quelques claques sur la gueule pour te donner le droit de les aimer. Quant aux Africains, ils sont simplement fascinants. Je ne savais pas que les tamtams me rendaient si euphorique.

Je craignais me faire descendre pendant que je manifestais. Il n’en fut rien. Trop de gens savaient ce qui se passait et s’inquiétaient de mes retards. Par la suite, j’ai participé au Tribunal de la femme, un groupe de femmes qui s’étaient regroupées pour juger le gouvernement libéral. Ces dernières, ayant appris que j’avais été expulsé, se sont rendues après moi au Parlement, à la Commission sur la langue, et elles se sont enchaînées aux chaises pour qu’on ne puisse pas les expulser à leur tour.

J’ai eu le temps de tout oublier avant que les libéraux répliquent. Je savais que j’y goûterais quand je serais moins suivi par la presse.

Ils se servirent évidemment de ma sexualité pour me planter. La sexualité est un besoin naturel réprimé par les autorités pour leurs profits.

Le plaisir est au centre du besoin sexuel. Il est l’acceptation et la fierté de son corps. C’est essentiel à la capacité de s’aimer et d’aimer les autres.

Un sourire sorti d’enfer 31

novembre 17, 2020

Autobiographie approximative

pp.244à249

34

Le retour au Québec

Le Québec fut d’abord le premier panneau de signalisation en français. Un grand espace et un petit gars qui s’amusait sur le bord de la route, le ventre au vent… Un signe divin?

J’étais surexcité d’être de retour au Québec. Le pays me semblait plus beau que jamais. Si le Québec s’identifiait au fait français; sa beauté, elle, naissait de ses petits gars.

Mon  année  dans  l’Ouest  m’avait  fait  oublier   que   les petits   Québécois  sont terriblement beaux. Je n’en finissais plus de les découvrir aussi attachants. Ils rient plus qu’ailleurs au Canada et aux États-Unis. Ils sont moins froids et plus latins. Ils sont plus attachants, voilà tout. Ils sont vivants.

Les petits me sont apparus encore plus beaux à Sherbrooke. C’était comme redécouvrir le paradis terrestre. Je visitais le festival des Cantons quand j’ai rencontré Michaël, un jeune que je connaissais déjà ainsi que sa famille.

Je l’ai accompagné dans les rues. Le cœur me dansait comme une soucoupe volante. Il m’amena rencontrer un de ses petits amis qui s’amusait dans une tente. Il sculptait de la glaise. Je suis parti pour un voyage au pays des séraphins quand il a fait une tête d’éléphant. La trompe était, à ne pas s’y tromper, un pénis. Il s’amusait, sachant que j’avais compris, en me tirant des regards moqueurs. Il riait des yeux et modelait des trompes de toutes les longueurs et toutes les grosseurs qui ne laissaient aucun doute. Les éléphants étaient un symbole.

J’étais hypnotisé par sa beauté et son audace. Comment y résister? Je suis immédiatement tombé dans une de mes petites manies. Je lui ai mis la main à l’entrecuisse, en lui demandant s’il me prenait comme modèle. Le petit était bien bandé. Nous avons ri d’émotions. Je tremblais comme feuille au vent. Un ouragan bourdonnait dans mes veines. Nous sommes partis tous les trois dans les rues.

Si la vie est une expérience cosmique dont le corps est le vaisseau spatial, le sien valait bien un voyage dans la Voie lactée. J’en oubliais l’enfer, car le ciel l’emporte toujours contre les flammes. La peur est une descente aux enfers, elle grossit davantage à chaque marche en descendant.

Nous sommes arrêtés regarder un jeu. Alain était debout, collé à moi. Je laissais mes doigts jouer sur son pantalon. J’apprenais le piano aux soubresauts de son petit pénis dont j’essayais dans ma tête d’imaginer les formes et les contours. Comme un aveugle découvre avec ses doigts une œuvre d’art. Je sentais un jazz marié avec ses rires. Une symphonie marquée de sourires, de regards semblables à des éclairs complices, des roulements de hanches afin de se rapprocher encore plus de moi pour me permettre de mieux accomplir mes accords. C’était un flux d’énergies sur la harpe de son corps. Alain ne semblait pas haïr l’expérience. Une expérience que je voyais maintenant comme une mission. Semer le plaisir.

Soudain, un de ses amis est apparu. Alain a craint d’avoir été vu dans son offrande alors que je fréquentais frénétiquement le cénacle de sa vie.

J’ai compris son désarroi à sa façon de s’écarter de moi, aux regards successifs qu’il a roulés des yeux de son ami à ma main. Le sang afflua dans ses joues comme un tsunami. Je sentais que tout basculait. Il pensait qu’il venait d’être pris au piège.

Après quelques minutes de discussion, je lui ai demandé si nous allions changer d’endroit.

  • Je ne vais plus avec toi, tu n’es qu’un maudit fifi.
  • Qu’est-ce qui te prend? Demanda son nouveau camarade.

C’était trop tard. Alain ne pouvait plus expliquer sa réaction qui visait à prouver qu’il n’était pas consentant, qu’il ne voulait pas être identifié à un fifi. Comment répliquer sans le mettre encore plus dans un mauvais drap? J’ai manqué de présence d’esprit. Je n’avais plus qu’à partir tandis qu’Alain jouait à la nouvelle victime. Une victime de la joie.

J’étais jaune. Ma soucoupe volante venait de s’aplatir sur un tabou, une peur, une folie d’adultes. Je sentais les engrenages me tourner dans l’estomac. La brume coupait les yeux qui m’entouraient et venaient de perdre leurs sourires. Tout était devenu une zone grise. Les rites étaient devenus des grincements suraigus. Mon essence sanguinaire s’était congelée. Seul le cœur me battait aux tempes des « tilts » de trop de jouissance qui se métamorphosaient en fosses dans le cimetière de mes sentiments. J’avais les nerfs comme des serpentins devenus soudainement trop petits dans mon corps.

Michaël et Alain se racontèrent probablement l’incident. Ils répétèrent les faits et gestes à Hélène qui scandalisée, même si elle me connaissait très bien, brula instantanément toutes les lettres et les nouvelles littéraires que je lui avais fait parvenir. Deux à trois mois de travail.

Son Henry Miller québécois venait de l’offenser, il ne vivait pas seulement des lettres de l’alphabet. Il écrivait le verbe « aimer » avec elles.

Ma littérature amourajeuse m’avait déjà valu d’autres moments de frustration semblable. Le curé de la paroisse avait déjà organisé une véritable campagne auprès de ma mère pour me convertir. Incapable de me faire changer d’avis, le curé m’a affirmé qu’il me livrerait personnellement la lutte si jamais une copie de L’Homo-vicièr forçait les frontières de sa paroisse.

  • Trop de gens aimeraient ça, de dire le curé.

J’ai quitté Sherbrooke. Il pleuvait dans mon âme des barbelés. Entre les échos de mes doigts qui refusaient d’oublier Alain, l’humiliation se faufilait et dressait des dents de cobra.

Allais-je être mordu?

À Barnston, la réception fut émouvante. Tout était le plaisir des retrouvailles.

J’ai été particulièrement heureux de découvrir que mon père se portait bien. Un poids de moins sur ma petite conscience. Cependant, il avait terriblement vieilli. Papa était plus nationaliste que jamais.

  • Il est urgent, dit-il, de se débarrasser de Bourassa. Il nous endette trop. Les libéraux semblent avoir décidé de nous ruiner pour que l’on ne puisse plus s’en sortir si le PQ prenait le pouvoir. On sera assez endetté qu’on ne pourra plus envisager l’indépendance.

J’étais complètement d’accord avec lui. Leur stratégie semblait bien de nous écraser économiquement à jamais. Le fédéral voulait nous forcer à croire que l’on a absolument besoin de lui pour s’en sortir, nous mettre à genoux par l’économie.

Stupidement, je gardais mes distances. Je ne cherchais pas autant à parler avec mon père qu’avec ma mère. Pourtant, il aimait bien discuter avec moi. J’aurais bien voulu me corriger à temps de ce restant de révolte qui en réalité n’a jamais eu raison d’exister. J’aurais voulu lui dire combien je l’admirais, mais à chaque fois, j’étais porté à prouver que jamais je n’abandonnerai la lutte pour la libération de la pédérastie (amourajoie).

Était-ce de la méchanceté ou de la mesquinerie? J’aurais bien voulu lui dire une fois « je t’aime », mais c’était difficile de le dire à un homme, même si c’était mon père. Je crois même que le mot  « je t’aime » n’existait pas en moi. Je n’arrivais pas à le dire, même si j’étais en amour par-dessus la tête.

J’étais parti pour Montréal, le matin, plus non violent que jamais. Je ne voulais même plus tuer une mouche par respect de la vie. Je remerciais Dieu pour tant de beauté et je méditais sur le besoin que chaque homme soit le serviteur de l’humanité.

Le talent est un don, plus nous en avons, plus nous devons le partager avec ceux qui en ont moins. J’ai parfois de ces élans qui font de moi un curé manqué. J’en profitais puisque le dimanche les « rides » sont plus difficiles à avoir. Puis, j’ai fini par être embarqué par un prêtre.

  • Tu crois en Dieu? Me demanda le prêtre.
  • Certainement, mais pas dans l’Église.
  • Tu n’as pas encore rencontré Jésus puisque tu ne dirais pas ça.
  • C’est un point de vue.
  • Tu vas à la messe?
  • Non. Je suis chrétien, mais je n’admets pas une Église qui s’engraisse sur le dos des pauvres. Je ne pardonne pas à des évêques de bénir des fusils. Les guerres, ça paye l’Église, comme tous ceux qui vivent de cette économie de guerre. Elle ne peut pas faire autrement, c’est une multinationale. Elle pense à ses profits.

L’Église catholique pouvait difficilement condamner le régime militaire brésilien qui massacre le bas clergé. Les Jésuites participaient à la Brascan qui, grâce à l’électricité, maintenait la dictature.

Qu’attend-on pour dénoncer le capitalisme aussi fortement que le marxisme? Ce serait moins payant, n’est-ce pas? Quand les pauvres se battent contre les riches, l’Église crie aux marxistes. Elle garde le pouvoir de son côté. On oublie de dire que si le marxisme a grandi dans ces pays, c’est justement parce qu’ils sont opprimés par les peuples riches et chrétiens. Il n’y a que les marxistes qui osent combattre autrement que par la prière.

Si l’Église était du côté des pauvres, elle ferait éclater la vérité dans les pays riches. Elle forcerait, grâce à ses fidèles riches, les multinationales à agir de façon plus humaine. Elle exigerait des gouvernements riches qu’ils cessent de soutenir les dictatures où les peuples sont opprimés, grâce à leur aide. Elle ne fait rien de ça. L’Église lutte plutôt pour sa richesse, son pouvoir.

Quand l’Église cessera d’être complice des superpuissances, elle n’aura plus à tenir des conciles et dénoncer Marx.

Les hommes comprendront qu’elle est une voie de libération. L’Église se fera l’apôtre de la Vérité.

Quand tu crèves de faim, tu te fiches que ton Libérateur s’appelle Lénine, Marx ou Jésus. Quand tu crèves de faim, le paradis après la mort est la solution. Tu veux mourir, car t’espères que ce sera mieux ailleurs. Pourtant, nous n’avons qu’une seule vie à vivre. Qu’une expérience du genre.

Que l’on cesse d’exploiter l’homme par l’homme et l’impérialisme ne pourra plus exister. Que l’on combatte la violence et l’économie ne pourra plus se fonder sur la guerre. C’est ça la révolution chrétienne. L’Église l’a trahi depuis longtemps. Elle aura à payer pour le sang des enfants dont elle a permis la mort.

Il n’y a pas que l’argent et le pouvoir dans l’Évangile. Il y a aussi l’Amour. Jésus nous oblige à vivre heureux, en harmonie avec le Cosmos : « Soyez parfaits comme mon père céleste est parfait. » Comment vivre l’Évangile de l’Amour quand tu demeures immobile, sans faire un geste pour sauver tes enfants condamnés à mourir de faim?

  • Tu n’es pas un bon chrétien. Tu juges ton prochain.
  • Jésus a aussi combattu les voleurs du Temple.

– Tu n’es qu’un sale petit orgueilleux. Un prétentieux.

Les vapeurs négatives montaient trop vite. Pour mettre fin à cette guerre verbale, je me suis tu. J’ai médité. J’aurais voulu projeter de meilleures ondes. Pourquoi, m’étais-je ainsi défoulé? En sortant, le curé a ajouté :

  • Tu n’es qu’un baveux. J’espère que tu auras ce que tu mérites.

Encore un bel exemple de charité chrétienne. Je suis reparti tout bouleversé. Avais-je manqué à la charité ?

Je me suis installé à Montréal chez Gaétan Dostie. Au cours des premiers mois, j’ai, grâce à Gilbert Langevin et son amie Mireille Despard, fait connaissance avec le milieu littéraire. Que de discussions nous avons tenues sur la littérature! J’ai toujours été impressionné par ces génies du verbe. Avec eux, j’apprends plus dans dix minutes qu’avec d’autres en dix ans.

Pour plusieurs, j’étais le Jean Genêt du Québec. J’ai donc dû lire Jean Genêt pour comprendre la comparaison. Elle est très mince. Lui, au moins, il a du talent.

Je me replantais dans le jardin du Québec. J’étais un arbre bien perdu qui ne savait plus exactement quoi faire pour participer au combat de la libération du Québec. Un paranoïaque facile à briser, grâce à sa pédérastie. Il suffit de le d’essouffler, briser ses contacts. Je ne voulais plus faire de politique, mais j’en gardais le gigotons. J’étais devenu encore plus peureux. Je n’avais plus de héros national à imiter. J’étais devenu le Don Quichotte de la désespérance.

J’ai écrit aux magistrats du BC (British Colombia) que je paierais mon amende lorsque les policiers qui m’avaient frappé parce que j’étais francophone seraient inculpés pour assaut. Manger une raclée par la police quand tu te fais arrêter, c’est fréquent. On veut t’apprendre que le Canada est anglais. La Commission de police du BC m’a demandé de comparaître. Je n’avais pas d’argent pour payer, encore moins pour me rendre à Vancouver. Si la GRC m’amène à Vancouver, qu’est-ce qui me garantit que je n’en reviendrai pas en pièces détachées? J’y voyais bien plus un piège qu’une tentative de me donner justice. Je gueulais tièdement comme bien de nos révolutionnaires de taverne.

J’ai préparé un dossier sur l’assimilation dans l’Ouest francophone, dossier que Le Jour a perdu. Quant à Québec-Presse, je lui ai remis si tard qu’il n’a pu publier qu’un article avant sa fermeture.

Le Jour refusait de m’engager comme journaliste. Certains prétendaient que c’était à cause de mon amourajoie (ma pédérastie). D’autres pensaient, que j’étais trop radical. Un germe de trouble partout où je passe. J’ai cru que la vérité était toute autre : on me prenait pour un farfelu ou pour un « voyou ». Ainsi, j’étais un petit révolutionnaire sans envergure.

Comment expliquer la disparition de mon dossier prouvant que le bilinguisme ne sert qu’à angliciser le Québec? Quel est leur intérêt? L’indépendance du Québec traîne-t-elle en longueur parce que la période de préparation est payante autant pour l’establishment gouvernemental que l’establishment révolutionnaire ?

Je comprenais que le PQ ou du moins le journal qui le représentait, même s’il se disait indépendant, ne pouvait pas m’engager. Il aurait été mauvais pour eux de m’utiliser à cause de ma réputation de pédéraste. Il ne me restait plus qu’à voyager pour ne pas nuire à la cause. Mais, il faut bien vivre.

Le soir, j’allais boire. La boisson m’a toujours tué, car elle entretient mon complexe d’infériorité. Quand je me crois inférieur, je bois pour l’oublier.

Dans le milieu littéraire, les gens ne me voyaient pas comme un étrangleur de petits gars, tout simplement parce qu’ils me connaissaient assez bien pour savoir que dans ma philosophie, le consentement est essentiel. On ne peut pas avoir un sexe gai, si on n’est pas heureux de partager les plaisirs. Le sexe sans plaisir, ce n’est plus du sexe.

On arrivait cependant difficilement à comprendre que les jeunes garçons s’y prêtent avec autant de complaisance. Cependant, on en était témoin et on savait que les jeunes étaient très heureux avec moi. Je ne pouvais pas accepter que l’on prétende qu’un jeune garçon soit traumatisé par une relation sexuelle. Tout est plaisir en dehors de la paranoïa inventée par les bien-pensants qui ne l’ont jamais essayé,

Le sexe est une partie intégrante de la réalité humaine, ce que les religions ont toujours essayé de nier. Et, qu’on le veuille ou non, c’est un élément de plaisir. Peut-on aller au ciel en s’amusant autant qu’en se sacrifiant ?

  • Toi, ce n’est pas pareil, me disait-on. On te voit vivre, tu le dis franchement. On sait que tu n’es pas un danger pour nos petits gars, mais tu dois comprendre qu’ils ne sont pas tous comme toi.
  • Mais, c’est à vous aussi de comprendre qu’en refusant de décriminaliser la sexualité, non seulement vous faites l’affaire de la pègre, mais vous créez les tueurs d’enfants. La frustration conduit à la violence.

Ce n’est pas la sexualité qu’il faut défendre, mais la violence et la domination dans la sexualité. C’est un point de vue aussi important pour les femmes que pour les enfants. C’est pourtant simple à comprendre.

Vous forcez les pédophiles à devenir fous.  Ils sont pris entre le besoin normal de leur orientation sexuelle, car, c’est leur nature, et leur peur de la prison ou d’être dénoncés, ce qui revient au même.

Qui peut vivre en ayant tous les jours la possibilité de se ramasser en prison pour une aventure vécue 20 ans plus tôt ? Qui peut survivre sans travail et sans même le droit de quitter le pays ? Qui peut s’accepter quand chaque jour on les rend à travers les médias encore plus laids et dangereux ? L’inquisition se poursuit sous un autre nom : la sécurité des enfants.

Les pédophiles savent qu’en prison, ils seront battus et ils auront à subir pour le reste de leur vie le mépris public, la raclée. Le chantage sera ouvert à tous les jeunes qu’ils ont déjà connus pendant le reste de leur vie, car il suffit pour ces jeunes de dire que c’est arrivé entre eux jadis, alors qu’ils avaient aimé ça, pour que tu sois un homme mort. La parole du jeune vaut autant que la tienne. Il peut mentir, c’est lui qu’on croira, car c’est lui qui est proclamé victime. Et, souvent la police leur dit ce qu’il leur faut dire.

La peur, ça conduit à la folie et à la violence. Est-ce qu’un parent hystérique qui veut venger son fils est moins malade que le pédophile? Il ne fait pas montre de plus de jugement et de tempérance, en tous cas.

Tout devrait dépendre de ce qui s’est passé. S’il y a eu violence ou non. Il devrait y avoir une différence entre des jeux sexuels sans violence et un viol. Pour un gars, il n’y a que la sodomie qui fait souffrir, le reste n’est que plaisir et ceux qui disent le contraire sont des hypocrites et des menteurs ou des gens qui ne l’ont jamais essayé.

C’est comme l’urgence d’apprendre aux hommes que le mariage ne les rend pas propriétaire de leur épouse. Une extrême jalousie hétéro dégénère en une maladie mentale. Il suffit de pousser la paranoïa. Un problème d’identité qu’il soit sexuel ou autre ne peut que créer des déséquilibres de la personnalité. La honte et la haine qui entourent la pédophilie peuvent les rendre violents. C’est le facteur qui m’a incité à écrire sur le sujet. Combattre le mensonge des scrupuleux (ses).

Il ne faut pas empêcher les jeunes de connaître les plaisirs sexuels seulement parce que notre société est trop scrupuleuse pour admettre que la sexualité est une grande chose. Quelle est à base de la liberté de conscience, du libre arbitre? Si on est libre, on n’a pas que le droit de dire non, mais aussi le droit de dire oui. Quel est l’humanisme manifesté dans la condamnation d’une fille qui tombe enceinte? En quoi est-ce chrétien de juger et condamner un pédophile? C’est peut-être normal de les rejeter d’instinct, mais c’est faire preuve d’intelligence que d’être tolérant.

Les catholiques pleurent sur l’avortement avec raison. C’est affreux. Mais, ils oublient que s’il y a des avortements, c’est que l’on est assez peu humain pour admettre l’erreur de protection commise lors de l’accouplement. Il faut protéger la mère et son enfant plutôt que de les accabler. Un bébé, ça ne se fait pas seul, mais souvent le père disparaît. L’intolérance sociale est une raison valable pour vouloir se faire avorter.     

Il y a tellement de gens qui se mettent le nez dans ce qui ne les regarde pas. Aujourd’hui, avec l’ADN, on devrait forcer les mâles à prendre leurs responsabilités dans le cas d’une naissance non désirée.

Tu ne combats pas l’avortement en stagnant sur un plan de stricte morale, mais en humanisant la société, en revalorisant la naissance, en offrant une forme de vie valable à la mère célibataire pour qu’elle ne songe pas à se débarrasser de son problème. L’enfant est un cadeau de Dieu si on est croyant.

Percevoir la sexualité comme quelque chose de sale, c’est de la folie pure. C’est comme dire : je suis croyant, mais je pense que Dieu s’est trompé. Cette imbécillité nait du fait que les religions exigent la procréation que dans la sacro- sainte obligation d’être dans le cadre du mariage.

Les religions rendent tout le monde fou quand il s’agit de sexualité. L’Église ne vit que pour la combattre, une obsession générer par la frustration de ses curés. La vie  est  plus  importante  que  les  considérations  morales  nées   de religions de frustrés. Vous remarquerez que les chefs, eux, ne se privent de rien.

Il faut cesser d’envisager la sexualité en hypocrite et prendre les moyens pour lui redonner un sens intelligent. Il faut minimiser au maximum la possibilité de faire naître des drames, voir des mortalités, pour une morale qui n’en vaut pas la peine. Personne ne meurt asséché à la suite d’une masturbation ou d’une fellation. Personne ne fond si tu es nu et qu’on te regarde. Le sexe est moins important que la vie. Et, de nombreux adolescents se tuent à cause de notre morale de « poignés ».

Vaut-il mieux être scrupuleux et répressif que de vivre enfin dans une société de tolérance et de non-violence? Une société qui incarne le droit à la conscience individuelle.

L’exemple nous vient de Jésus lui-même qui a défendu Marie-Madeleine. Ses apôtres pêchaient nus. Ses disciples étaient nus aussi au jardin des Oliviers. C’est écrit en toutes lettres dans l’Évangile selon Jean. Pourquoi aujourd’hui le nudisme serait-il devenu mal? Peut-être que Jésus n’était pas aussi fou que son Église?

J’ai l’impression que les Initiés comme Jésus étaient trop intelligents pour les curés qui devaient aveuglément appliquer les lois promulguées par les dirigeants religieux. Les scrupuleux sont fous, car, ils nient notre réalité d’humain. La beauté de notre corps et la richesse de celui-ci. Ils ne savent pas reconnaître la beauté de la création et de son créateur.

En me battant pour légaliser la pédérastie, j’étais plus encore un prophète qui crie dans le désert. Les gens ne sont pas encore capables d’assumer les responsabilités d’une conscience personnelle. Il leur faut des lois pour respecter autrui.

Je n’ai pas assez d’argent pour combattre un système qui nous fait croire n’importe quoi. Comment croire que les relations sexuelles sont encore plus honteuses, plus sales que l’assassinat des multinationales et leurs serviteurs?

Ces discussions avaient au moins l’intérêt de me permettre de prendre une bonne brosse.

Un soir, je buvais avec Gilbert Langevin. J’étais dans un état d’ébriété pas mal avancé quand le garçon de la taverne a refusé de nous servir d’autres bières. Fort de mon expérience dans l’Ouest et pour prouver que je n’en inventais pas, je suis allé chercher un petit couteau de cuisine pour forcer la commande.

Le garçon de table n’a pas eu peur, mais il a pris ça bien au sérieux. Je me suis ramassé aussi vite que l’éclair sur le trottoir. Mon pauvre Langevin, en bon camarade, en pleine solidarité, a commencé à vouloir expliquer mon comportement et demander ma réintégration. Il est sorti si vite qu’il est arrivé le front sur le trottoir. Nous avons été réintégrés quelques semaines plus tard alors que le patron de la place nous a expliqué que c’était une mesure pour     « me » protéger.

  • Quelqu’un aurait pu te prendre au sérieux et t’abattre pour nous. Il n’y a pas que des poètes à la taverne Chérier.

J’avais gravé quelques manies de voyage dans mon appareil mémoire. Ainsi, quand j’étais nerveux, je me croyais toujours plein de puces. À l’hôpital, les médecins m’ont expliqué que j’avais probablement été traumatisé par les puces quand j’en ai eu dans l’Ouest. À chaque fois, que les nerfs me prenaient, les puces réapparaissaient. Elles n’avaient rien de réel, mais ça piquait en « joli boire ».

Je buvais du café comme un défoncé, ce qui me rendait encore plus nerveux. Je devenais un véritable accélérateur, plus fanatique, plus peureux, plus violent en pensées et surtout en paroles. La bière me ramenait les nerfs, mais dès que je dépassais trois bouteilles, elle me rendait complètement fou. Je devenais paranoïaque à cent pour cent et plus. C’est encore pareil, mais aujourd’hui, c’est le vin. Ce sera ainsi tant que je pourrai boire.

C’est mon petit côté voyou, révolté.

Un sourire sorti d’enfer 30

novembre 16, 2020

Un sourire sorti d’enfer 30

Autobiographie approximative

pp. 236 à 244

33

Accident de parcours

Je voulais surtout retourner au Québec parce que je m’ennuyais comme un fou du français. Je voulais crever en français. Vigneault et Pauline Julien vivaient dans ma tête. Je pleurais de joie quand j’entendais de la musique québécoise.

Le matin, j’ai rencontré un voleur des années 1930 qui me raconta comment dans le temps, les voleurs se sauvaient à la course, en passant à travers les appartements. C’était très drôle et plus que vivant. Je l’ai écouté plus de deux heures. L’après-midi, je suis allé porter mon article au Soleil et j’ai commencé le bal pour fêter mon retour au Québec.

J’étais tellement saoul que je ne me rappelais plus dans quel hôtel j’avais loué une chambre. J’étais perdu. Je me suis arrêté au premier hôtel sur mon chemin question de m’informer. La porte était sous verrou et le jeune surveillant ne semblait pas m’entendre, surtout que je gueulais en français. Il ne comprenait rien et avait peur. Il est parti téléphoner, j’imagine, à la police. Réalisant que je me trompais de langue, j’ai crié un peu plus fort en anglais, tout en frappant plus durement du pied le bas de la porte.

  • Je ne veux pas te voler, je veux des informations.

À mon grand étonnement, la porte vitrée a volé en éclats.

J’étais pris de panique. Ce n’était pas le temps de me faire arrêter, je partais le lendemain pour Montréal. Fort des histoires du matin, je me suis sauvé en courant, tout en essayant d’enlever mon manteau pour ne pas avoir le même signalement, comme on me l’avait si bien raconté. Cependant, je ne pouvais pas passer dans les mêmes appartements, il était trop tard dans la nuit. Je ne sais pas comment j’ai fait, mais dans ma griserie, je suis retourné juste devant l’hôtel où j’ai essayé de prendre un taxi pour continuer, mais la police n’avait plus qu’à me cueillir. Ce qui ne tarda pas.

J’étais accompagné d’un autochtone dans le panier à salade. Les flics allaient vite exprès, tournant le plus carrément possible, d’où étions-nous comme des balles de ping-pong à l’intérieur du panier à salade.

Les autochtones subissent encore plus de répression que les francophones. Même si nos journaux n’en parlent jamais, ceux-ci ont même organisé une révolte armée au BC et en Ontario. Des routes ont été occupées et des attentats se sont succédé principalement au gazoduc Canada-USA.

À notre arrivée, les flics commencèrent leurs interrogations.

  • Pardon, je ne comprends pas l’anglais.

C’était baveux de ma part, car je connais très bien l’anglais. Il n’a fallu rien de plus pour recevoir un solide coup de coude à la poitrine et un maudit bon coup de pied sur les orteils. Leur festin était commencé.

  • You have to learn that Canada is an English country!

Heureusement qu’ils ont trouvé mon passeport, car je n’aurais pu un membre intact. Ainsi c’était vrai, la police de Vancouver mérite un trophée pour son racisme.

Un policier complètement fou s’est mis à gueuler qu’il trouverait un beau petit coin, ayant rêvé toute sa vie de tuer un « pea soup ».

J’étais convaincu que s’il trouvait une cellule libre, j’en mangerais une maudite. J’avais même décidé de me défendre si ça arrivait.

Il a suffi de faire semblant de ne pas comprendre l’anglais pour que le racisme de la police de Vancouver éclate. Elle a su profiter de l’occasion pour se défouler. Les flics ont tellement de trucs pour te maudire une raclée sans laisser de marques que tu n’as qu’un moyen de te protéger : joindre la pègre. Le système judiciaire est la pierre angulaire de la mafia. Heureusement, je n’étais pas seul. On ne pouvait pas me tuer.

L’autochtone me regardait étonné, le sourire complice aux lèvres. Les autochtones admirent ceux qui font preuve de bravoure ou du moins ce qui lui ressemble. Les autochtones sont encore une race fière.

J’ai continué de résister en essayant de brouiller mes empreintes. Je retirais mon doigt d’un coup avant la fin. Cela m’a valu plusieurs coups supplémentaires.

Heureusement, il n’y avait plus de place hormis dans une salle commune. J’y fus placé pour y passer la nuit.

Le lendemain matin, je suis passé devant le juge. Il a remis le procès aussitôt parce que même si je plaidais coupable, je refusais de parler anglais. Il fallait donc trouver un interprète.

Les francophones disaient que la pire chose que tu peux faire dans le BC, c’est de demander un interprète : tu passes assez souvent en Cour avant d’avoir ta sentence que c’est pire que de plaider coupable. Mon instinct de journaliste voulait savoir si c’était vrai.

J’ai été libéré, mais la police a refusé de me remettre mes souliers, disant que c’était une de leurs preuves contre moi. J’ai blagué à ce sujet au point d’obtenir la sympathie du juge. Il a fait appeler au secrétariat pour traduire mes demandes. Je répétais une seule chose en Cour : Where are my shoes ?

  • J’ai appris le français au Québec. Pourtant, j’ai de la difficulté à comprendre ce qu’il dit. Il parle trop vite, dit le juge.

Le juge avait appris le français dans les Vauxcouleurs. J’aurais bien aimé parler avec lui, mais je n’avais aucune confiance en ce juge comme tous les autres d’ailleurs. Ce sont presque tous des hypocrites, des marionnettes du système et parfois même de purs débiles. Mais, il était très sympathique.

Avec les sandales à acheter, ce que m’avait coûté ma brosse; je ne pouvais plus me payer une chambre. Je suis retourné dans une auberge  de  jeunesse,  située en dehors de Vancouver.

À ma deuxième comparution, autre juge, mon procès a encore été retardé. J’ai baragouiné une défense en disant ne pas avoir les sous nécessaires pour rester plus longtemps au BC et je plaidais coupable.

En remettant encore la cause, l’avocat de la Couronne a souligné que le seul témoin ne voulait plus venir témoigner contre moi. Le juge a demandé que l’on fasse des efforts pour convaincre le témoin à venir  donner  sa  version  des faits. Pour me punir de vouloir utiliser le français, le juge a retardé le procès d’une semaine supposément à cause de la non-disponibilité de l’interprète. Ça confirmait ce que les francophones disaient, mais je n’avais plus à cœur de rapporter l’expérience dans le Soleil, je voulais partir le plus vite possible pour le Québec.

J’étais en Christ, non seulement les flics étaient racistes, mais le je juge aussi. Je suis donc sorti en levant le poing et en chantant :

Prenez un verre buvez-en deux

à la santé des amoureux.

Et, merde à la reine d’Angleterre qui nous a déclaré la guerre.

Ce n’était pas très brave. Je ne chantais pas trop fort et personne ne comprenait le français d’une manière ou d’une autre. J’ai filé alors qu’on me regardait comme une chose étrange. Ils auraient certes voulu, j’imagine, comprendre ma chanson, mais c’étaient des unilingues Anglais.

La visite du ministre de la Justice du Québec, à Vancouver, Jérôme Choquette, m’a fait sortir ma plume.

Il affirmait ne plus avoir peur du FLQ au point de ne plus porter d’arme. J’ai aussitôt écrit que si Choquette ne portait plus d’arme, c’était plutôt parce qu’il n’avait plus à avoir peur de la  mafia.  Je rappelais aussi qu’il fut  interdit  que  l’on se serve des mesures de guerre contre la mafia. La mafia et les libéraux ne font qu’un celle-ci étant devenue l’allier naturel du parti libéral. Il était évident que Choquette n’avait plus aucune raison de porter une arme pour se protéger de la pègre puisqu’ils étaient des frères siamois.

La pègre avait d’ailleurs offert au gouvernement de trouver Pierre Laporte, moyennant une récompense. Qu’est devenue cette entente? Qui a tué Laporte puisque Paul Rose n’était pas là, même s’il a été condamné pour ce meurtre.

La pègre ou la GRC, même famille, poches différentes, mais siamoises.

J’ajouterais aujourd’hui : est-ce l’attente pour ouvrir le coffre de l’arrière de la voiture où le FLQ avait déposé Laporte vivant qui l’aurait tué? Il serait-il mort au bout de son sang parce que le fédéral ne voulait pas, sous prétexte d’avoir peur qu’on ait déposé une bombe dans l’auto que l’on ouvre immédiatement le coffre. Est-il vrai que Laporte avait été amené à cet endroit précis parce qu’il y avait un hôpital militaire qui pouvait le soigner? Le FLQ était, dit-on, assez infiltré pour que le gouvernement soit informé à la minute près de la condition de détention de Cross et Laporte. On ne parlait pas que M. Laporte s’était gravement blessé en essayant de se sauver par une fenêtre. Pourquoi?

La version officielle du meurtre de Laporte permettait d’accuser les souverainistes d’être des assassins et les libéraux ne se gênaient pas pour utiliser cette fronde.

J’ai écrit un texte pour affirmer que Paul Rose n’était pas là quand M. Laporte a été tué, même s’il avait pourtant été reconnu coupable. Je l’ai fait parvenir au journal anglais de Vancouver.

Le journal a aussitôt publié le texte. Probablement parce que dans l’Ouest tout ce qui se disait sur le FLQ était bon vendeur.

Les élections fédérales s’en venaient. Je devais choisir entre garder mon billet ou me présenter aux élections comme Rhinocéros, à Vancouver.

Je me serais alors proclamé en conférence de presse : « The  Queen  of Canada », habillé en travesti.

Ce titre éminemment gai aurait fait bondir tous les conservateurs anglais. De nombreux Québécois au BC avaient décidé de fournir à ma caisse électorale; mais voulais-je encore vivre une aventure politique?

La semaine s’écoula à respirer la grandeur des Rocheuses. J’avais décidé d’entrer au Québec et je le ferais.

À Vancouver, je n’avais plus un sou. J’étais allé pisser au terminus quand je fus   « accosté » par un petit vieux. En réponse à ses questions, je lui ai révélé que je n’étais pas de la ville, je n’avais plus d’argent, donc que je ne pouvais pas aller coucher dans un hôtel et pire, je n’avais pas mangé depuis la veille.

  • Je vais t’amener au restaurant et nous prendrons une chambre d’hôtel ensemble. Ne t’imagine rien de mal. Nous prendrons deux lits.

Je savais juste à voir l’intensité de la façon dont il me regardait ce qu’il voulait. J’ai toujours aimé jouer au scrupuleux, ça force l’autre à avoir plus d’imagination pour réaliser ses désirs. C’est plus intéressant.

Être une putain trop facile, ça n’a pas de charme. C’est pourquoi, dans la Grèce antique, le jeune se devait de manifester son intérêt pour le vieux de son choix, mais le savoir-vivre exigeait qu’il résiste un certain temps pour ne pas être identifié à un gars trop facile. Je devais avoir une gêne qui me venait directement de cette époque. Par contre, je dois avouer que d’être le gars gêné n’est pas un jeu, je le suis vraiment.

Je me suis rendu au restaurant, puis à l’hôtel. J’étais convaincu que les petits jeux sexuels en compensation ne dureraient pas longtemps, car le vieux avait déjà 78 ans.

La conversation fut très rapide.

  • Tu ne prends pas ta douche?
  • J’ai toute la soirée devant moi.
  • Tu te sentiras mieux.

C’était vrai, j’avais hâte de me laver, mais je ne voulais pas trop le montrer. Je suis déménagé à la douche. L’eau n’avait pas commencé à couler que le vieux nu fit irruption.

  • Comme t’es beau !
  • Vous devez être complètement aveugle. Il s’installa près de la douche et attendit, tout ne me mangeant des yeux.
  • Viens, ne perdons pas te temps. Je vais t’essuyer.
  • Je suis capable seul.

Je l’ai finalement laissé faire. C’était pour lui un moyen inoffensif et agréable de me toucher. Je n’en suis pas mort. Bien au contraire, ce fut très agréable. Il avait beaucoup de doigté et c’était évident que pour lui j’étais très précieux.

Je n’étais pas couché que le vieux me rejoignit dans mon lit. Pour un petit vieux, il n’en finissait plus de me caresser, de me manger. J’ai rarement vu un homme avoir un tel appétit.

Non satisfait, après me l’avoir fait essayer, il s’assit près de mon lit et se servit de son vibromasseur pour s’exciter davantage pendant qu’il me regardait nu sur le lit. Je n’ai pas trouvé quel plaisir peut nous procurer de plus un bout de métal, sauf le chatouillement différent à celui du bout de la langue. Mais, c’est très agréable. Il a passé la nuit près de mon lit à se masser avec son vibrateur, les yeux fixés sur moi.

De retour en cour, le lendemain matin, j’ai écopé d’une amende. Pour les Anglais, c’était un signe d’une double victoire. Mais pour moi, ça ne voulait rien dire. Trudeau venait de déclencher des élections. Je n’avais aucun rapport avec cet événement, sinon que j’étais un symbole de plus pour prouver la défaite des francophones dans leurs têtes de racistes.

J’ai à nouveau fait rire l’auditoire en réclamant mes souliers. La police a dû me les rendre.

L’interprète m’empêcha de parler anglais disant que si je le faisais j’aurais droit à une sentence d’outrage au tribunal, ayant refusé de parler anglais alors que je le pouvais. Pourtant, à maintes reprises, il ne traduisait pas tout ce que je lui disais ou il traduisait ce que je disais tout de travers. Il était bien le bras droit de la police. Il cherchait à savoir ce que j’allais faire.

  • Je publierai partout que la police m’a frappé.

Il me paya le repas, ce qui justifiait une meilleure interrogation.

  • T’es un radical?
  • Si ne pas accepter la société dans sa merde actuelle, c’est être radical; j’en suis un pour sûr.
  • T’es communiste ?
  • Non, je suis anarchiste.

Pour moi, anarchiste voulait seulement dire : refuser l’autorité. C’est ce que je me croyais depuis que Pierre avait fait une caricature de moi, disant « Je suis contre tout », ayant les doigts sur le pénis d’un petit gars à côté de moi. Une très belle caricature ! L’anarchie, c’était aussi Léo Ferré que j’avais connu grâce à la belle Hélène.

  • Tu n’as pas d’argent pour manger en descendant.
  • Non.
  • Attends-moi ici.

Pendant que l’interprète allait me chercher 20 $ pour manger en descendant à Montréal, j’écrivais des lettres pour les journaux et le ministère de la Justice du BC.

  • Tu devrais oublier ces incidents. Nous ne sommes pas si méchants, grâce à la Salvation Army, tu pourras manger.
  • Merci, mais je ne suis pas à acheter.
  • J’espère qu’au moins tu retourneras les 20 $ à la Salvation Army pour qu’ils aident encore des gars comme toi. Avant d’envoyer tes lettres, penses-y comme il faut.

Quand on se prend pour un révolutionnaire, tous les bons gestes deviennent des tentatives de récupération.

L’après-midi, je jetais mes lettres à la poste et je prenais place dans l’autobus. Rien d’intéressant ne s’y déroula, sauf qu’un jeune Indien  adorable  trouvait aussi hilarantes que moi les photos de son magazine américain dans lesquelles le pape, Nixon et Élizabeth II étaient nus.

Un sourire sorti de l’enfer 29

novembre 15, 2020

Autobiographie approximative

pp. 226 à 236

De retour à l’école, j’ai appris avoir perdu mon compagnon de chambre. Une décision bien curieuse en si peu de temps.

Le soir, je me suis rendu à la piscine. Burney est venu me rejoindre. Il voulait savoir d’où venait le pot vendu à l’école. Puisque je fumais, j’avais les cheveux en parachute, je devais le savoir. Et, il espérait que je le lui dise.

Au restaurant, trois jeunes mangeaient et buvaient bruyamment. L’un d’eux était le principal « pusher » de l’école. Nous nous sommes assis avec eux et j’ai profité d’une tentative de blague sur la marijuana pour passer le message.

  • Je crois qu’au cours de cuisine, les autres ont raison. Ils pensent que Burney travaille pour la police. Depuis que je suis arrivé, il me questionne sans cesse sur la drogue. Ou peut-être notre vieux Burney a l’intention de commencer à fumer?

Burney fulminait. Rouge de colère, il me dit laconiquement.

  • Ne recommence jamais ça, je te tuerai.

J’ai joué l’imbécile et je suis entré avec lui à l’école.

Tout se déroula presque normalement durant une semaine. Presque, car, depuis mon arrivée le professeur de cuisine du département me tombait sur le dos à la moindre occasion. N’ayant plus de petite Indienne à massacrer, j’étais devenu,  le « Frog »,  la  cible  toute  rêvée.  Le  petit  français  devait  manger  de  la merde.

Burney ne me réveilla pas un matin pour me punir de ne pas avoir coopéré à son enquête. Le professeur en profita aussitôt pour m’expulser. J’avais le feu  au cul.

  • Ce n’est pas de ma faute si je n’ai aucun « fucking » cadran.

Le professeur réagit comme si je venais de le tuer. Je venais d’être vulgaire en employant ce mot anglais qui fait mourir toutes les âmes anglaises conservatrices. C’est pourtant une expression qu’on entend dans tous les bars ou toutes les tavernes du Canada, tous les soirs.

J’ai décidé de défier son ordre. Je me suis habillé quand même et je me suis mis à l’ouvrage. Je coupais des légumes quand j’ai été invité au bureau de l’aide- principal de l’école. Je m’y suis rendu, le couteau à la ceinture. Le professeur du département me regardait avec haine.

L’adjoint principal confirma mon renvoi. Je ne m’intéressais pas assez aux cours et j’avais, disait-il, une mauvaise influence sociale. Je sentais la moutarde me monter au nez.

J’ai regardé mes deux interlocuteurs. Je me suis approché du professeur responsable du département et j’ai sorti l’immense couteau pendu à ma ceinture. J’ai commencé à l’engueuler sur son racisme, de façon à ce que les étudiants m’entendent très bien de l’autre côté de la fenêtre. Je pianotais mes syllabes avec le bout du couteau en direction du professeur.

  • Je vais sortir de l’école. C’est vous le boss, mais ça ne veut pas dire que ça finira là. On se reverra. Vous allez apprendre que le racisme, ça se tourne souvent contre nous. Je ne suis peut-être pas fort, mais je ne me laisse pas manger la laine sur le dos.
  • Si vous êtes intéressé à nos cours, vous arriveriez à temps.
  • Ce n’est tout de même pas de ma faute si je n’ai pas l’argent pour acheter immédiatement un cadran et que Burney ne m’a pas réveillé tel qu’il l’avait promis. Si je n’étais pas intéressé à ces études, je serais demeuré plus longtemps à Vancouver. J’avais la permission. Pourquoi me serais-je fait geler sur le bord de la route, si je ne veux pas suivre cet enseignement? J’ai besoin de ce métier pour voyager. Pour moi, c’est important.
  • Nous ne pouvons pas vous réintégrer au cours. Vous avez été indiscipliné et

vous avez employé un langage vulgaire.

  • Si vous étiez mis à la porte pour des raisons aussi stupides n’emploieriez-vous pas le même langage? À part cet incident, vous n’avez aucun dossier de discipline contre moi. La réalité, c’est que vous n’êtes qu’un maudit fasciste. Même si nous sommes des adultes, vous nous traitez comme des enfants. L’école a une politique du moyen âge. Même en prison, si vous ne faites pas votre lit le matin, on ne vous enlève pas vos couvertures durant deux jours comme ici. Qu’est-ce que ça donne votre socialisme, si ça fait de nous des robots, des soldats! La discipline excessive, ça rend bête. Tout ce qui est militaire, je l’ai de travers dans le cul.
  • Il ne peut pas être fasciste, de dire le  principal adjoint, il a fait la  guerre     aux Allemands.
  • Il aurait été mieux de ne pas y aller, cela en a fait un maudit raciste.
  • Il faut respecter les règlements.
  • Vous devriez comprendre qu’on ne traite pas des adultes comme des enfants. Vous devriez connaître les principes de Summerhill, cela fait partie de la culture. Puis, vos règlements, faites-en ce que vous voudrez. Je ne suis pas ici pour diriger une rébellion. Ce que je veux, c’est poursuivre mes cours sans problème.

Le directeur du département et mon professeur blanchissaient à chaque coup de couteau donné sur le bureau alors que je le regardais intensément. Plus le temps passait, plus je gueulais, plus je frappais fort avec le couteau, plus il était pointé en direction de la poitrine de celui que je dénonçais.

  • Pourquoi t’accepterions-nous? Tu n’apportes rien à la communauté.
  • C’est votre point de vue. Je suis déjà socialement impliqué. J’ai déjà effectué des démarches pour réorganiser une émission de radio pour les francophones. Un programme pour améliorer la compréhension du milieu francophone par les autres. Ce n’est pas assez ?

Rien ne pourrait être fait pour changer la conclusion de ce débat.

À la demande de l’adjoint au principal, je suis retourné dans ma chambre. Il prenait mon cas en délibéré.

Les étudiants en cuisine me manifestaient beaucoup de sympathie puisque non seulement j’avais revendiqué mes droits, mais j’avais aussi dénoncé l’état répressif qui prévalait dans cette école.

À ma surprise, le principal m’a fait demander, insistant pour que je me rende à son bureau sans couteau.

  • C’est la première fois qu’un de mes chefs de département est menacé par un élève avec un couteau, me dit-il dès mon arrivée.

Nous avons rediscuté calmement de ma situation. Il a admis qu’à bien des égards, j’avais dû subir depuis mon arrivée des humiliations qui n’étaient sûrement pas étrangères à mon statut de francophone. Il reconnut la parenté de ce traitement avec celui infligé à la petite Indienne.

À la fin, celui-ci me fit part de sa décision de me ré accepter aux cours, à condition qu’il n’y ait jamais plus de plaintes contre moi. Il me prêta un cadran en badinant sur les règlements.

J’ai bien aimé ce directeur parce qu’il était objectif. Il a su reconnaître les manquements de part et d’autre et s’en tenir à un degré de discussion fort intéressant et civilisé. Plutôt que de chercher à me casser, il m’a appris que cette école servait aussi en grande partie à la réhabilitation des prisonniers juvéniles (ce que je ne savais pas) d’où il ne pouvait pas me laisser faire tout ce que je voulais. Il a fait appel à mon sens de responsabilité, car il avait senti que j’avais beaucoup d’impact sur les autres étudiants.

Le soir, je suis retourné à la piscine. J’étais heureux. Je tenais vraiment à ces cours et j’adorais Dawson Creek à cause de ses petits Indiens.

C’était une situation affreuse, car j’avais dû menacer quelqu’un, même si je ne l’avais jamais touché, pour enfin être écouté, pour obtenir un minimum de respect et de justice. Ce n’était pas moi qui l’avais cherché, je défendais mes droits et ma peau.

J’apprenais que devant le racisme, il n’y a qu’un moyen : être le plus fort. Je songeai à la situation politique du Québec. C’est exactement la même chose.

Ce n’est pas pour rien que le Canada prépare l’occupation armée du Québec. Le fédéral espère en refusant de négocier la souveraineté-association pousser le Québec à un affrontement militaire. Il est persuadé qu’il écrasera facilement, avec son armée, toute forme de rébellion. Voilà pourquoi le Québec doit organiser maintenant sa propre armée. Il ne faut pas que se répète l’histoire de Louis Riel et de 1837. Il faut prévenir pour être certain que tout se déroulera pacifiquement.

Pour le fédéral, il sera bientôt, et plus que jamais, dans son intérêt que le FLQ, renaisse. Si ça devait être le cas, que ce ne soit pas organisé par les fédérastes, le FLQ devrait être assez fort pour que les États-Unis et la Russie forcent le Canada à négocier pour éviter que le conflit dégénère chez eux. Il faut forcer le Canada à essayer de trouver une solution pacifique.

Le danger de la violence vient du Canada et non du Québec. Le Canada doit comprendre que la souveraineté-association est le seul compromis acceptable entre la séparation absolue et le statu quo ou ses équivalents. Un Québec indépendant pourrait être son meilleur allié, car il serait dans leur intérêt commun d’améliorer la vie de leurs citoyens. Un Québec où le français est la langue, où la laïcité est reconnue, où les pouvoirs essentiels à sa survie lui appartiennent. C’est faisable. C’est même possible à l’intérieur du Canada. M. Paul Gérin-Lajoie appelait ça des états associés.

La question est fondamentale et claire : les Québécois sont-ils disposés à vivre dans un pays qui ne les respecte pas? Les anglophones du Québec veulent-ils vivre avec les francophones d’égal à égal dans un Québec francophone, mais respectueux de ses minorités ?

Durant la nuit, j’en vins à une tout autre conclusion : la direction avait décidé de gagner du temps, car sur le plan public, l’école avait plus tort que moi. C’était un congédiement différé pour mieux l’excuser.

Même si le chef de département a eu peur, cela ne l’empêchera pas, un peu plus tard, de m’embarquer encore sur le dos. Je me sentais déjà un gars fini. Il ne me restait plus qu’à m’en sortir honorablement. Je voulais montrer au petit ami du chef de département ce qu’est un « Funny Looking Queer » et lui faire savoir une fois pour longtemps que le FLQ n’est pas un sigle dont on se moque.

Je me suis préparé un plan à exécuter le lendemain midi, alors que presque tous les étudiants seront à la cafétéria.

J’ai profité de la pause-café pour faire comprendre aux autres étudiants que je ne croyais pas que je puisse rester, même si j’avais gagné la première bataille, grâce à mon jeu de couteau.

À l’heure prévue, je me suis rendu à l’arrière, aux toilettes, pour y laisser mes vêtements de rechange et mettre les vêtements qu’on avait pour cuisiner. Puis, je me suis rendu à la cuisine à l’avant et je suis sorti nu comme un ver de terre.

Je me suis faufilé dans la cafétéria qui était alors pleine à craquer jusqu’à ma case de vestiaire située à l’arrière-cuisine. L’émotion fut plus forte que prévu. Pour la première fois, « streaker » me servait à contester une situation. Les bonnes femmes criaient comme si elles assistaient à un meurtre. Ce fut tout un spectacle. Pour les Anglais, c’était le sommet de la révolte. Les Anglais scrupuleux sont encore pires que les Québécois dans leur peur du cul. De vrais bons chrétiens. Je me suis rhabillé avec mon linge ordinaire à mon vestiaire et je me suis dirigé vers ma chambre où mes bagages m’attendaient.

À l’extérieur, un groupe de gardiens du campus me cherchaient. Quand ils m’aperçurent, j’étais déjà habillé.

  • Have you seen that dem french man ?
  • Non, je ne l’ai pas vu, et vous ?
  • We should blow your fucking head !

Aucun d’eux pourtant ne s’approcha de moi. Je me suis rendu dans ma chambre. J’entendais partout un tapage inusité. Trois gars vinrent en délégation me demander ce que je voulais qu’ils fassent.

  • Ordonne et on défait le campement au complet. Certains ont déjà commencé.

Je pouvais prendre la tête d’une révolte qui aurait pu être grave. Les jeunes voulaient tout démolir. Je leur ai expliqué que j’avais posé ce geste en désespoir de cause : il me semblait impossible d’obtenir un traitement juste, mais je n’avais pas l’intention de les diriger.

J’avais plutôt hâte de déguerpir avant que les flics ne reçoivent une plainte. Je suis retourné sur le bord du chemin, là, où est ma vie, car, je ne suis accepté nulle part ailleurs.

J’ai d’abord été embarqué par un cultivateur. Il avait l’air d’un Indien. C’était un bonhomme bizarrement attachant. Il me regardait avec des yeux fascinants à la fois ironiques et sympathiques.  Des yeux sourires comme j’en avais vu qu’une fois, soit quand j’ai rencontré le Dr Jacques Ferron. Il en était le portrait parfait.

Il rigola quand je lui racontai mon aventure, mais il m’a fait réaliser que j’aurais bien pu passer quelques années en prison. Le bonhomme aurait bien pu crever de peur… j’en avais des frissons dans le dos. J’avais été trop niaiseux pour y penser. Ce cultivateur essaya de me faire réaliser que tous les habitants du BC ne sont pas des racistes, bien au contraire.

Le second bon samaritain m’a parlé longuement des possibilités de gagner facilement sa vie au Canada. Je lui ai expliqué que cela était vrai à la condition que tu penses comme tout le monde et que tu acceptes leur maudite discipline dont te couper les cheveux.

Il fut intrigué par la fermeté de mes convictions voulant qu’il n’y ait qu’un avenir pour le Québec : la séparation. Selon lui, le Canada était un bien trop beau pays pour le briser.

  • Bien des gens parlent du beau pays qu’ils n’ont jamais visité.
  • Ce n’est pas mon cas. Je l’ai parcouru d’un bout à l’autre.
  • Comment avez-vous aimé Montréal?
  • Je ne me suis rendu qu’à Toronto.
  • C’est bien ça, vous n’avez vu que le Canada.

Nous nous sommes regardés avant d’éclater de rire. Sans le vouloir, il venait de me donner raison. Il parlait comme les cartes géographiques ou climatiques vendues par les grandes compagnies opposées à la séparation du Québec, cartes sur lesquelles le Québec n’existe déjà plus.

  • Le Canada, c’est payant pour les multinationales qui ont ainsi des subventions en double. De la province et du fédéral. Pour les gens, la population, tant de l’Ouest que du Québec, c’est un luxe qui entretient la haine.

Il s’est arrêté en cours de route pour me payer une bière. Mon amour pour le peuple augmentait. Se pourrait-il que le racisme existe seulement chez les dirigeants? Je souhaitais encore que le sort Québec-Canada se règle sans violence.

Comment faire pour que la majorité non raciste ne se fasse pas entraîner dans un conflit racial? La presse anglaise est trop raciste pour être démocratique. Comment parvenir à passer le message? J’étais convaincu qu’une population hors Québec bien informée ne se prêterait pas à un massacre inutile, mais comment établir ce dialogue si les journaux anglophones déforment tout?

À Vancouver, j’ai retrouvé Jimmy. Contrairement à mes craintes, tout s’était bien passé en prison. Même si des capsules de drogue avaient été retrouvées sur lui, aucune plainte n’avait été déposée à cet égard. Lors de son arrestation, les policiers avaient trouvé en sa possession le « jack-kniffe » que sa sœur lui avait fait parvenir comme cadeau, lors de son retour d’un voyage en Algérie. Les policiers ne parvenant pas à faire sortir la lame du couteau, mon fou de Jimmy, complètement gelé, leur a donné une leçon sur le maniement qu’ils n’ont pas du tout apprécié.

Jimmy me raconta son histoire, tout en me soulignant que l’interprète français semblait travailler pour la police, car parfois, il déformait totalement ce qu’il disait en français.

J’ai passé une semaine à attendre le chèque de l’assistance sociale. Certains mettaient en doute ce qui m’était arrivé à Dawson Creek affirmant que j’étais toujours seul quand il se passait quelque chose sortant de l’ordinaire. Pour eux, je n’étais qu’un fabulateur.          

Le premier soir au restaurant, nous avons été fouillés par la police : les cheveux longs, ça ne plaît pas à ces supers mâles. J’étais presque mort de peur, croyant être recherché en rapport à mes agissements à Dawson Creek. Comment pouvais-je être brave à Dawson et peureux en groupe à Vancouver?

  • Tu fais toujours tes bons coups quand on n’est pas là. Que personne ne peut en témoigner!

C’est fou combien l’opinion des autres est importante quant à l’image que l’on se fait de soi. Pourtant, ça ne devrait avoir aucune importance. Il en sera ainsi en 1970 : alors que je me prendrai pour un felquiste, certains croiront que je suis un indicateur de police parce que je parle de l’amourajoie sans être arrêté. J’ai pourtant fait quatre fois de la prison pour mes amours illicites.

En réalité, j’étais aussi peureux à une place qu’à l’autre. Seul, je panique plus vite pour ma peau — on est toujours prêt à mourir jusqu’à ce que ce soit vrai ou du moins qu’on le croit –, mais j’ai moins peur seul parce que personne ne peut écoper à cause de moi. C’est une peur personnelle, donc, moins grande que celle d’être responsable du bien ou du mal des autres.

Je dois dompter des lions avec mes épines. C’est comme la rose de St-Exupéry. C’est comme si je me sentais devenir un officier responsable de la troisième guerre mondiale, celle où le prolétariat se soulèvera universellement contre tous les impérialistes et les dictateurs, où la population aura décidé que le monde actuel ne vaut plus la peine d’être vécu, où les gens penseront que tant qu’à crever de faim, de l’esprit, il vaut mieux crever au complet.

La guerre sainte sera sans dieu. Une guerre pour la survie individuelle. Un après 1929 moderne, un autre déboire absolu de la finance. La guerre sera la recherche de son morceau de pain.

En groupe, je me sens responsable des autres, je ne fais pas confiance à ma discrétion. J’ai peur de les vendre par accident, d’où je me terre pour ne pas attirer l’attention. Je ne me fais pas confiance, c’est tout.

Plus jeune, je me détestais parce que j’étais pédéraste. Je ne me pardonnais pas d’être un aussi grand pécheur. Il a fallu bien du temps pour que je m’apprécie. Aujourd’hui, je m’apprécie peut-être trop. Mais, au moins, j’ai compris que j’ai peut-être raison de croire que la majorité des gens sont malades quand ils pensent à la sexualité. On nous écrase dès l’enfance… On fait de nous des paranoïaques. On s’imagine qu’un chatouillement dans le bas du ventre quand tu viens, c’est pire qu’une crise d’épilepsie comme chez les ignorants. Le plus curieux les hommes de la Grèce antique pensaient ainsi, ce qui prouve qu’on n’évolue pas vite, et ce surtout à cause des religions qui nous emprisonnent dans leur idéologie.

J’ai recommencé à écrire dans les journaux de gauche ainsi que le journal des marginaux. J’ai présenté un article sur le droit de l’individu lors des perquisitions ainsi que des articles favorables à la légalisation de la marijuana.

Mon argumentation était simple : le trafic du pot permet l’écoulement de produits de mauvaise qualité, voire dangereux. Auparavant, au contraire, on pouvait récolter notre consommation personnelle et ainsi n’avoir rien à craindre.

Les principaux bénéficiaires de la loi sont la petite pègre et les policiers qui fournissent sur le marché noir les produits saisis auparavant. Il faut que les jeunes vivant aujourd’hui de la vente de cannabis puissent honnêtement gagner leur vie en écoulant des produits de qualité.

Je ne me penchais pas encore sur la mainmise quasi complète des marchés par la mafia internationale. Cette mainmise serait souhaitée par les gouvernements, car, les expériences auraient prouvé qu’il est possible de contrôler les jeunes par la drogue d’où leur prolifération.

La renaissance religieuse, grâce à la drogue, est en soi la plus grande preuve de l’intérêt du système à voir les jeunes se droguer avec les produits de leur choix? Contrôler la masse…

Nous nous sommes contentés de rêver de phallus : Pépé était trop vieux pour ne pas être un brin conservateur. Retour à Vancouver.

J’ai écrit mon dernier article pour le Soleil et j’ai acheté mon billet de retour à Montréal par autobus. J’étais déjà un peu plus bourgeois. Je ne voulais plus de problèmes.

J’avais décidé de retourner à l’école et de devenir un jour un grand écrivain. Puisque pour avoir droit à ce titre, il faut savoir bien écrire et ne rien dire d’original, je devais réapprendre ma grammaire. Les éditeurs ne savent pas encore que les correcteurs sont engagés pour corriger.

Ainsi, la poésie fout le camp avec le reste de la littérature, car, ce qui compte maintenant c’est d’expérimenter des structures de phrases. Que ça emmerde tout le monde ou pas. La forme écrase le fond. La poésie en se raffinant est devenue scrupuleuse, frileuse et peureuse, car elle cherche à dissimuler ce que l’on ressent. Il faut s’attendre à ce que la littérature meurt de sa belle mort puisqu’on l’aura vidé de toute sa substance et comme l’avait dit Marx elle est devenue ascétique. L’art est bourgeois quand il est à droite. Comme  disait Janou St-Denis : Tuer la poésie, c’est assassiner la race humaine. Et parfois ce sont les poètes eux-mêmes qui tuent la poésie en voulant se croire des dieux de la censure.

Un sourire sorti d’enfer 28

novembre 14, 2020

Un sourire venu d’enfer 28

Autobiographie approximative

pp. 216 à 226

Je me suis dirigé vers un club fréquenté par des Québécois. Comme prévu, j’y ai rencontré des amis de Jimmy qui, eux, n’étaient pas en tôle. Ceux-ci étaient tout particulièrement excités par l’arrivée d’une belle fille de seize ans environ, venue du Québec. Nancy, après avoir absorbé quelques comprimés de drogue, était partie sur le pouce. Un voyage sans but, ni itinéraire.

J’ai discuté près d’une heure avec les copains, sans attacher d’importance à la nouvelle venue, sans manifester mon intérêt pour elle. Cette indifférence a eu raison de sa curiosité. Pourtant, je l’avais observée depuis son arrivée. Je la trouvais fort belle.

  • Tu n’as pas l’air d’aimer les femmes ?
  • Je n’ai rien contre les femmes, ce sont des êtres humains. Elles ne m’intéressent tout simplement pas sexuellement.  J’aime les petits gars.
  • C’est contre nature…
  • Ce doit être pour cette raison qu’il existe des gars comme moi depuis le début de l’humanité. En Grèce comme à Rome, le sommet de l’amour a toujours été la passion de l’adulte pour son privilégié. Un homme comprend mieux un autre homme. Ce sont les institutions économiques qui ont inventé la nécessité d’être un couple hétéro. Dans notre société, on force les jeunes à devenir hétérosexuels. Si tu n’obéis pas à ce moule, tu es la risée de tout le monde. Vers dix ans, tes parents te pointent du doigt si tu n’as pas une petite blonde.

Pourtant, avec la surpopulation, les sociétés devront finir par admettre que l’orientation sexuelle est à la fois génétique et en grande partie culturelle. L’homosexualité est la solution la plus respectable et la plus naturelle contre la surpopulation. Les gens vont se lasser des guerres pour dépeupler et équilibrer les marchés. Les peuples n’ont plus autant besoin de soldats et l’homme mérite plus que d’être une fonction sociale ou guerrière.

  • Il n’y aura plus d’enfants ?
  • Il y en aura toujours, mais l’amour ne sera plus intimement lié à la procréation. Quand ces distinctions naturelles seront faites, il importera peu que la passion éclose entre gens de sexes différents ou du même sexe. L’amour est au-delà de la couchette. Le plaisir est une chose, l’amour en est une autre.

Les enfants ne seront plus considérés comme un symbole de réussite. Les adultes s’en occuperont par amour, donc, dans la gratuité. Ce ne sera plus leur simple projection pour rêver d’être immortels.

Combien d’hommes se marient pour échapper à l’opinion des autres? Combien d’hétéros ne connaissaient rien aux femmes, les méprisent même, en faisant semblant d’être normaux alors qu’ils se seraient mieux réalisés en tant qu’être

humain, s’ils avaient été seuls ou avec un autre homme? Il est aussi urgent que l’on recommence à reconsidérer la femme comme un être humain, non plus comme un simple rôle social, celle qui donne des enfants.

J’ai de la difficulté à comprendre les femmes. Je leur reproche leur masochisme, leur jalousie, leur obsession contre tout ce qui est sexuel, leur hystérie religieuse, leur hypocrisie pour dominer en se servant de leur capacité de pleurer pour te rendre coupable. Il suffit pour une femme de pleurer pour faire ramper n’importe qui. Elles crient contre leur état d’inférieures et pourtant elles se proclament toujours victimes.

Généralement, les femmes bénéficient d’une multitude de privilèges, dans nos lois civiles surtout, mais elles prétendent encore qu’elles sont exploitées. Elles blâment les mâles pour leur faible salaire alors qu’elles sont contre les syndicats. Donc, elles encouragent les boss à les exploiter. Elles n’ont qu’à se syndicaliser comme les hommes. Les femmes devront apprendre à accepter une critique constructive et cesser de se comporter toujours comme si elle était un être inférieur. Elles ont un pouvoir qu’elles ne font que commencer à exercer.

Quant à moi, elles ne m’excitent pas sexuellement autant qu’un petit gars. Je suis comme ça et je n’y peux rien. Je ne fais que commencer à découvrir leur beauté.

  • Les petits gars, tu peux les…
  • Je ne les pervertis pas. Je ne les traumatise pas. Ce sont des légendes urbaines pour permettre au système judiciaire de continuer à faire croire dans le danger de la sexualité chez les jeunes, comme les curés l’ont toujours prétendu. La peur de la sexualité entre un adulte et un garçon est devenue une véritable mafia du chantage. On regardera bientôt comment tu agissais alors que tu étais encore dans tes couches. Qui peut se rappeler ce qui s’est passé il y a plus de dix ans ? Même si on te met en prison est-ce que ça change ce qui s’était passé. La justice est la pire des injustices parce que le judiciaire ne devrait pas avoir un mot à dire sur la vie sexuelle à moins qu’il y ait violence de part ou d’autre. Je ne fais que leur permettre de découvrir leur beauté et l’apprécier. La pédérastie ou l’amourajoie, c’est la même chose, c’est une histoire d’amour.

Je suis bien moins néfaste pour eux que la violence dans les jeux vidéo et à la télévision. C’est un stéréotype de croire que les hommes sont automatiquement forts, riches et dominateurs. Ce ne sont pas tous les hommes qui vivent leur sexualité en se servant de violence, c’est même tout le contraire, j’espère. Les hommes, selon les féminounes ne sont que des muscles, sans cerveau pour les animer.

  • C’est contre nature…
  • Qui nous fait croire cela? Les ignorants. Les curés. Les juges. On croyait que le sperme était une partie du cerveau ou de la colonne vertébrale d’où a-t-on attaché autant d’importance aux éjaculations. Dans la noblesse, le sperme déterminait ton rang. Est-ce encore justifiable aujourd’hui? Pourquoi un homme doit-il nécessairement être hétérosexuel? Il y a en a qui sont gais, d’autres qui sont bisexuels, et alors? Il faut évoluer au fur et à mesure que nos connaissances sont plus évoluées. Si tu cherches à recommencer un jeu sexuel avec un adulte, ce n’est sûrement pas parce que tu t’es senti violenté, mais, au contraire, que l’expérience précédente a été fascinante, jouissante.

Aurait-on peur que le petit gars aime trop ça? Aurait-on peur que cette connaissance remette en question l’approche débile que nos sociétés ont de la sexualité? D’ailleurs, on ne fait pas la distinction entre sexuel et génital.        

C’est faux de prétendre qu’un jeune qui a des relations sexuelles dans sa prime jeunesse aura de la difficulté à éjaculer et vivre correctement sa sexualité quand il sera adulte. On nous ment, mais ça fait l’affaire de la majorité donc, on le croit. Un psychologue perdrait son droit de professer si jamais il disait que le jeune peut aimer ses relations avec un adulte. On préfère croire que le jeune est automatiquement une victime, qu’il ait aimé ça ou pas.      

On peut faire l’amour pour l’amour. On n’est pas obligé de remplir sa fonction de mâle géniteur pour prouver sa force, sa fertilité. Les femmes valent plus que l’espace qu’on leur accorde dans nos sociétés. Elles ne sont pas qu’un objet de réalisation, un bijou qu’on met en montre, un porte-petits, un nettoie tout, un cuisinier gratuit. Il est temps que la société révise toutes ses conceptions dépassées en ce qui touche à la sexualité, car l’inégalité homme femme repose sur les idées que l’on se fait de la sexualité.

  • Pas un jeune ne peut accepter la pédérastie… C’est contre sa nature. Il doit être initié de force pour accepter de se livrer à des rapports sexuels.
  • La belle farce! J’ai toujours été amourajeux (pédéraste) et je n’ai jamais forcé un jeune. Les jeunes savent le plaisir qu’on peut trouver à se faire sucer, mais les adultes refusent de croire que les jeunes peuvent y rêver par eux-mêmes. Ils pensent ainsi parce qu’on ne sait pas faire la nuance entre la pédérastie et la sodomie.
  • Il est possible de sucer, se masturber, se caresser, sans être sodomite. La sodomie est d’ailleurs l’objet d’un interdit particulier dans nos lois. C’est la seule chose qui puisse nous permettre de croire dans la violence lors d’un rapport sexuel gai, quel que soit l’âge. Se faire enculer, ça fait mal. Je ne sais pas pourquoi on peut aimer ça.

Il y a quelques semaines, je me promenais en autobus. J’étais assis seul à mon siège. J’essayais de dormir. En ouvrant les yeux, j’ai aperçu la main d’un petit vieux entre les jambes d’un magnifique petit bonhomme de quatorze ans environ, qui le laissait faire en faisant semblant de dormir. Le vieux a cessé en voyant que je le regardais. Le jeune a fait semblant de se réveiller pour savoir pourquoi le vieux lâchait la distribution de ses délices paradisiaques. Il m’a aperçu. Je lui ai souri et je me suis gratté entre les deux jambes. Le jeune me dévisageait. Il était de plus en plus excitant. Il a simplement dit « il fait trop chaud ici». Il s’est levé et est venu s’asseoir à mes côtés. Je savais ce qu’il voulait. J’ai profité de la noirceur pour laisser couler la vie dans ma gorge. Il se pâmait tellement, j’avais peur que les gens s’en aperçoivent. J’ai fini de le sucer quelques secondes avant que la lumière revienne lorsque nous