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Un sourire venu d’enfer 42

novembre 28, 2020

Autobiographie approximative

pp.353 à 358

Robert était de plus en plus fréquemment chez moi. On se sentait de plus en plus en plus attaché l’un à l’autre. Pour l’encourager à faire du sport, je lui avais acheté ainsi qu’à ses deux petits copains, chacun une paire de patins seconde main. Cela leur faisait plaisir, car on aurait dit qu’il n’avait que très rarement des cadeaux.

Un matin, où j’avais la libido un peu plus élevée, j’ai demandé à Robert, moyennant un petit cadeau, de me montrer sa petite quéquette. Ce qu’il accepta volontiers. Il revint cependant assez vite à la charge en me demandant de lui acheter cette fois un costume complet de gardien de but. Je ne pouvais pas faire face à une telle dépense. Je n’ai jamais compris comment des parents peuvent acheter autant de choses à leurs enfants. Il faut être millionnaire pour être parent.

  • Tu ne pourras pas faire autrement que de me l’acheter.
  • Comment ça?
  • Je vais dire à ma mère et à toutes les mères du quartier que nous avons fait ensemble ce matin.

Les jeunes savent quel pouvoir ils ont quand ils évoquent une relation sexuelle entre un adulte et un jeune, c’est pire que la bombe atomique. Tout le monde devient fou.

J’étais furieux d’autant plus que j’avais affreusement peur. La prison n’est jamais une perspective intéressante. Robert ajoutait les autres femmes, car il savait que s’il en avait parlé à sa mère, tout ce qui serait arrivé : il n’aurait pas pu revenir me voir. Le voisinage rendait le chantage plus efficace. Toutes les femmes ne sont pas aussi intelligentes que sa mère. Elle était libérée, mais elle n’aurait jamais accepté qu’il revienne s’il n’aimait pas ce qui se passait. « Si tu n’aimes pas ça, tu n’as qu’à ne plus y aller ». Il avait prévu le coup.

Comment me défendre d’un petit gars qui se sert de nos relations pour me forcer à lui faire des cadeaux mirobolants? Je ne pouvais pas le frapper, c’est absolument contre mes principes. D’ailleurs, je l’aimais trop pour envisager cette solution.

Par contre, je ne pouvais pas céder, c’était l’encourager dans une voie qui l’aurait conduit directement à la délinquance. Que faire? Je croyais aussi que sa mère, connaissant nos relations, l’empêcherait probablement de revenir, ce qui m’attristait encore plus. L’affaire mourrait là, mais je ne pourrais plus vivre cette amitié avec Robert. Je pensais aussi que si elle se mettait en fusil, on ne sait jamais comment réagissent les femmes, je serais « caput », si elle en avisait la police. Il était sûr que la police en voyant mon dossier se ficherait de mes conceptions sur la liberté sexuelle. Loin de chercher la vérité, elle essaierait de m’accabler et me mettre longtemps dedans.

Plus j’y pensais, plus je paniquais. Je ne me reprochais rien, mais je ne suis pas assez fou pour ne pas saisir le danger et ne pas savoir que les gens deviennent complètement fous dès qu’il est question d’un rapport sexuel entre deux gars qui ne sont pas du même âge.

J’ai opté pour une solution à la Summerhill. Une solution de force. J’ai averti Robert que je ne lui achèterais pas l’équipement simplement parce qu’il faisait du chantage.

  • Quand tu aimes quelqu’un, tu n’agis pas ainsi envers lui.

La bombe était temporairement désamorcée. J’ai réussi à clore l’opération quand ses petits copains lui demandèrent s’il était vrai que je l’équiperais pour l’hiver.

  • Je l’aurais fait si j’avais été capable et si Robert n’avait pas essayé de me faire chanter avec ses histoires de cul. Aussi, il n’aura rien.

Ses petits copains se sont rangés de mon côté. Ce n’est pas un moyen à employer pour avoir des cadeaux. Robert venait d’apprendre que tu peux aimer quelqu’un pour son physique autant que pour son caractère. D’ailleurs, Robert avait tellement une petite queue qu’il n’aurait certes pas voulu que le jeu des regards s’élargisse. Quant à moi, il n’était plus question de recommencer. Je n’avais jamais vu une si petite quéquette à cet âge. Et surtout, je ne pouvais plus y faire autant confiance.

On m’a toujours dit que j’étais demeuré un enfant, d’où cette possibilité de vivre en toute égalité, d’une façon tout à fait sincère avec les jeunes, sans chercher à profiter du fait que je suis un adulte. Peut-être est-ce parce que j’étais trop naïf ou que dans ma tête, l’égalité humaine ne repose pas sur le sexe, la couleur ou l’âge? L’égalité est inscrite dans le fait même d’être humain et ça se résume à la phrase évangélique de ne pas faire à autrui ce qu’on ne voudrait pas qu’il nous soit fait.

J’ai vécu ma sexualité comme l’explique Freud. J’étais très curieux, un adepte des comparaisons; mais je ne comprenais pas pourquoi les adultes viraient fous dès qu’il était question de sexe. Pourquoi tous les jeunes avec qui je partageais mes curiosités sexuelles étaient-ils très heureux d’y avoir participé alors que l’on prétendait que ça les traumatisait? Je n’y voyais réellement rien de mal. Le mal existe-t-il seulement dans la tête des adultes?

Je ne comprenais pas l’obsession des adultes. Ils manquaient de mourir dès qu’on posait une question sur le sujet. Probablement que ce silence est le premier responsable du fait que la masturbation était devenue chez moi un élément compulsif dans le développement de ma personnalité. Par contre, ma relation avec les filles était pire puisqu’elle me conduisait à l’alcoolisme.

Qu’est-ce qu’il y a de mal dans le fait de tomber en amour avec un petit gars? Alors que l’Évangile prônait l’amour presque à chaque phrase, tomber en amour avec un petit gars et vouloir partager son intimité devenait un péché mortel. Va donc voir pourquoi. Remarquez que même aujourd’hui je me pose la même question. Plus je cherche, plus je découvre que notre haine du sexe est absolument débile. Avec les expériences, j’ai compris qu’il faut avoir du fun en cachette et que rien n’est mal si on ne se fait pas prendre.

Robert m’apprenait simplement que les jeunes peuvent te manipuler autant que les adultes. Il savait qu’il pouvait faire sauter le quartier juste à en parler; mais il ne semblait pas mesurer tout le mal que ça ferait autour de lui. Comment sa mère réagirait dans un tel tôlé, car elle passerait bien évidemment comme mère indigne alors que c’était une des meilleures mères que j’ai connues.

L’étroitesse d’esprit est quasi planétaire quand il question de sexe, car nous nous sommes tous fait laver la cervelle dès l’enfance par les religions. On commence à condamner le sexe dès la petite enfance, en criant au meurtre dès qu’un jeune se promène nu. Pas besoin de scènes interminables, les jeunes perçoivent mille fois mieux le langage non verbal que les adultes. Juste à voir et entendre les parents, ils savent, tout en ne comprenant pas, qu’ils font quelque chose de mal.

Puisque les prémisses des parents sont fondées sur l’ignorance de l’enfance et une imagination absolument sautée quant à ce qui est bien et mal, il est évident que la tradition n’a eu qu’à maintenir ses erreurs et en faire des dogmes pour que chaque individu soit à la merci des règles religieuses et entame la vie avec un vif sentiment de mésestime de soi. On savait qu’en interdisant les jeux sexuels, puisque tout le monde naît sexué, tout le monde se sentirait redevable à la religion de les sauver de l’enfer. On ne pouvait pas prôner un châtiment sur terre (sauf pendant l’Inquisition) alors on inventa la vie après la mort, ce qui devenait la justification de tous les interdits et la naissance de toutes les peurs. Aujourd’hui, le système judiciaire a pris la place des religieux dans l’interdiction du plaisir charnel.

Je ne comprends vraiment pas pourquoi on peut rester figer à l’intérêt que représentent la forme et la longueur des quéquettes. C’est une curiosité d’enfance. Pourquoi y rester fixer? C’était un de mes comportements que je ne comprenais pas et qui ont servi pour me culpabiliser. C’est une obsession complètement folle.

J’ai l’impression que c’est tout simplement parce que ma curiosité ne fut pas rassasiée, un refoulement qui ne s’est jamais réalisé assez fortement pour éliminer le besoin. Mon homosexualité à cet âge m’était encore inconnue. Il s’agit définitivement d’une des expériences qui m’a fourni le plus de satisfaction partielle, tout en étant la plus frustrante, car elle ne se réalisait que très rarement. Plus c’était rare, plus ça m’obsédait. Pourtant, ça ne fait de mal à personne et ça rend fou de rêves. D’où venait cet intérêt? Des questions demeurées sans réponse.

C’est probablement que dans notre société, c’est quelque chose de défendu. La curiosité sexuelle prend une importance qu’elle ne devrait pas occuper dans notre vie, car ce n’est qu’une curiosité qui voudrait être satisfaite. On ne passe pas sa journée à penser au sexe. Même si je suis supposément un obsédé, le sexe occupe qu’un petit pourcentage du temps qui lui est consacré dans une journée et parfois même des semaines.

Avant douze ans, ça ne voulait rien dire, sinon des jeux comme les autres. J’aurais été incapable de comprendre d’une manière ou d’une autre. Ma peur est apparue quand on se mit à discuter des meurtres de petits gars, à voir la violence à la télévision et ne pas comprendre pourquoi les Indiens étaient vêtus dans les films alors qu’on apprenait que les missionnaires étaient rendus fous par la nudité des autochtones. Pourquoi cet illogisme? Qu’est-ce qu’on nous cachait de si grave et de si important?

Pour moi, voir le corps nu d’un petit compagnon c’était plutôt un objet d’adoration. Je voulais voir, toucher quelqu’un que je trouvais beau. Pourquoi disait-on que c’est cochon? Cela créait en moi une curiosité encore plus globale de l’autre. Je voulais savoir si ces réactions concordaient avec son allure. J’étais admiratif devant certains autres petits gars ou un vieillard. Je voulais tout voir, tout sentir de lui parce que je sentais qu’il y a quelque chose qui m’échappait et que je voulais découvrir à tout prix. Ça dépassait le corps, c’était comme le besoin d’intégrer l’autre pour mieux partager ses sentiments. C’était comme la vie, une beauté que tu ne peux vivre que si tu la possèdes de l’intérieur. Est-ce que le linge constituait un empêchement de contempler la beauté dans son essence? Un mur qui t’empêche de tout partager de l’autre? Jusqu’à un certain point, mais surtout du côté de la complicité. La complicité rapproche.

Devant un plus vieux, j’ai un peu le même sentiment qui est ordinairement plus asexué, plus intellectuel. Est-ce ça l’amitié? Je trouve certains vieux et vieilles d’une très grande beauté. On dirait que ces personnes arrivent dans un regard, dans une larme, une moue à te faire sentir tout leur désespoir ou leur bonheur, toute leur fatigue, tout cet écrasement, cette impuissance et cette résignation d’être condamné à la solitude et une mort proche.

Dans les deux extrémités de la vie, on dirait que les choses essentielles de l’esprit sont plus faciles à percevoir. Est-ce parce que le désir n’y est pas ou est- ce simplement parce que je suis plus sensible ?

Je ne percevais rien de mal dans mes obsessions, car je ne faisais que tomber en amour avec la beauté des visages. Quand le reste faisait surface, c’étaient des prières et des prières pour cesser d’avoir ces idées folles. La morale religieuse rend fou.

Ma relation avec les jeunes élevés librement était la suite normale de ce que j’avais vécu plus jeune. Mon problème avec les filles s’était tout simplement résorbé avec leur absence dans ma vie. Pas de femme, pas de problème. Mais, il y a plus de femmes que d’hommes dans notre société. Impossible de faire comme si elles n’existent pas. D’autant plus, qu’elles dominent présentement tous les domaines reliés à l’art, l’écriture et l’enseignement. Il faut agir comme elles le veulent sinon on est mis de côté. C’est leur manière de se croire égale aux hommes. Les remplacer au pouvoir.

J’essayais de vivre sans elle et ainsi éviter les problèmes. Les femmes sont trop compliquées. Elles ne comprennent rien aux hommes et voudraient que l’on pense exactement comme elles. Elles nous repassent les sermons des curés contre la sexualité en pensant qu’elles sont ainsi progressistes. Elles ne se rendent même pas compte qu’elles voudraient nous faire vivre comme ce que les vrais féministes progressistes ont combattu. Je peux critiquer, je suis un peu comme elles.

Je ne faisais pas encore de nuance entre la pédérastie et être gai, mais je sentais qu’il y en avait une. Le fossé s’est agrandi quand les féministes réactionnaires inventèrent le terme pédophile. C’était un moyen pour écraser sa progéniture et de propager sa peur de femmes qui n’acceptent pas la sexualité parce qu’elles ont peur. Aussi, confondent-elles être « cruisé » et être violé.

Les termes de relation intergénérationnelle n’étaient pas encore inventés. On invente des termes pour définir des situations, ainsi, on doit en inventer d’autres au moindre changement. Les mots servent à définir l’orientation morale.

Un sourire venu d’enfer 41

novembre 27, 2020

Autobiographie approximative

pp.344 à 353

42

L’après-école libre, chez Ted.

Septembre 1976. J’étais encore une fois assisté social. Je demeurais chez Ted, un animateur à l’école libre.

Il ne m’aimait guère puisque privé de l’école libre, j’ai transposé l’expérience à la maison. Des enfants de nos connaissances nous rendaient visite. Ça le fatiguait, moi, ça me choquait de l’entendre chialer. Presque toutes les fins de semaine, la maison était pleine à craquer. J’avais laissé le hangar aux petits gars pour qu’il se fasse une cabane. C’était la période expérimentale au cours de laquelle les jeunes font les 400 coups pour savoir s’ils sont vraiment libres.

À l’intérieur, ils dirigeaient mes travaux de peinturage. Tout le monde participait, avant de passer au hangar travailler à l’aménagement de leur local. La cour était devenue un véritable dépotoir.

Parfois, Patrick et Yanie venaient faire leur tour. Patrick était jaloux. Si je m’étais pris pour le père, il s’était pris pour le fils ou du moins en revendiquait-il tous les privilèges. Même Yanie affirmait aux petites Haïtiennes à la maison quand elles ne voulaient pas l’écouter : « Je connais Jean depuis bien plus longtemps que vous. Il a même resté chez nous. » Grand verdict irréfutable, signifiant qu’elle avait plus d’influence sur moi et que je lui appartenais plus qu’à elles.

J’adorais recevoir les enfants desquels je pouvais difficilement me différencier.

Quel pouvoir avais-je de plus? Je vivais parfaitement l’égalité entre tous les êtres telle qu’enseignée à l’école libre. Je n’avais plus qu’à apprendre, moi aussi, à dire oui ou non. Pour moi, le non a toujours été un grand problème. Plus tard, un de mes fils adoptifs me disait : « Avec Jean, c’est facile, il suffit de dire qu’on l’aime pour qu’on ait tout ce que l’on veut. »

La cuisine ou le salon devenait vite une salle de jeux. Je regardais faire les petits ou je dessinais avec eux, tout dépendant combien j’étais occupé dans mes préoccupations d’adulte. En dessin, j’étais toujours un peu mal à l’aise d’être beaucoup moins talentueux qu’eux. Quand j’étais au collège, je n’ai jamais été capable de faire un dessin convenable et je n’étais pas mieux en vieillissant. Comme avec la musique, il suffisait que je chante pour que tout le monde autour perde la mélodie. Une cruche parfaite.

En quoi suis-je bon? Devenait souvent la question de circonstance. Une chose certaine, je les aimais encore plus que je m’aimais moi-même. J’admirais leur talent.

Les vacances avaient été extraordinaires. J’ai fait connaissance avec deux petites Haïtiennes dont l’une était extrêmement belle. Elles avaient un frère aîné. J’avais aussi rencontré Steve, un magnifique petit garçon qui m’a aussitôt fait sauter les fusibles.

Au début, sa mère voyait d’un mauvais œil mon contact avec lui. Elle dut convenir que le petit adorait se promener sur mes épaules et se laisser parfois tâter et chatouiller. Le soir, Steve exigea de coucher dans la même tente que moi où il roucoula des heures, allongé contre moi, bandé comme un cheval, pendant que je le caressais et le mangeait des yeux. Le noir lui conférait un profit encore plus divin.

Ce petit gars était d’une beauté archangélique. Brun. Les cheveux bouclés. Un peu gêné et très sensible aux moindres attentions. Il avait quasi la voix d’une fille et les os d’une telle délicatesse que j’avais peur de les briser quand je jouais avec lui.

Hélas! Nous avons vécu très peu longtemps ensemble, car il déménagea. Je ne l’ai revu qu’une année plus tard. À le voir me chercher dans la voiture où j’étais assis alors qu’il était à l’extérieur, la figure rayonnante de curiosité, je savais qu’il ne m’avait pas oublié. Je rêve de lui comme à bien d’autres. Juste leur souvenir confirme que la vie mérite d’être vécue, ne serait-ce que pour les avoir rencontrés, même si peu longtemps. Que ça choque ou pas, pour moi, vivre  avec eux est le plus grand cadeau que Dieu m’a fait.

Sachant que tous les jours ne peuvent pas être une fête et vivre en compagnie de petits gars, je me suis développé une mémoire quasi nucléaire tant visuelle que tactile de chacun d’eux. Je peux ainsi, quoique je vive autre chose, me référer à eux pour reprendre le goût de vivre.

Les petites Haïtiennes m’accaparaient beaucoup. Elles me croyaient un martien à cause de la couleur noire et blanche de ma peau. Ce qui me fait dire que je suis un nègre blanc d’Amérique authentique. Elles adoraient vivre avec moi. Ainsi, elles venaient souvent avec leur grand frère passer quelques jours. Malheureusement pour moi, le grand frère n’était pas intéressé par mes sollicitations. Je devais encore une fois apprendre à me contenter d’espérer, de développer et partager d’autres formes de jouissance en sa compagnie. C’était assez facile. Marco était très beau, extrêmement intelligent, précoce comme pas un et un amateur de bonne musique, musique que l’on écoutait en prenant notre bain ensemble. J’aurais aimé être plus riche pour l’amener toujours avec moi, lui faire entendre ce qu’il y a de mieux en spectacles. Seul, je n’en avais même pas le goût. La vie a l’intérêt de celui avec qui tu la partages. C’est le pouvoir d’être comme en couple. Un façonne l’autre.

Malgré leurs visites sporadiques, septembre laissait de grands vides dans mon emploi du temps. Aussi, je me suis enregistré à des cours fournis aux Ateliers populaires.

J’ai choisi le théâtre et la radio. Le théâtre m’aiderait à rendre plus vivants mes poèmes quand j’aurai à réciter; alors que la radio me permettrait de m’impliquer davantage dans la vie du quartier. Je me sentirais ainsi un peu moins inutile.

Le cours de radio se poursuivait en collaboration avec Radio Centreville, une station communautaire, à Montréal.

J’étais fier de collaborer à cette station de quartier, car, elle m’apparaissait la seule radio libre au Québec. Le seul endroit où il était possible de critiquer le gouvernement ou de parler de sujets tabous.

J’appréciais particulièrement la notion de quartier. Pour moi, cette radio devait servir à faire connaître les services communautaires dont le quartier pouvait jouir. Un instrument efficace pour combattre la pauvreté et redonner espoir aux gens. Un mécanisme pour trouver un consensus local, des solutions à nos problèmes.

Une fois par semaine, nous nous rendions à la station apprendre à nous servir de l’équipement et à monter des émissions.

Quant au théâtre, il reposait surtout sur la spontanéité et la création. J’adorais ce passe-temps à cause de l’atmosphère d’amitié, de solidarité. Notre professeur était excellent. J’ai compris que si j’avais eu plus de mémoire, j’aurais pu devenir un bon acteur.

Avec ma grande famille, j’ai tôt fait de suggérer une émission avec les enfants. J’aurais aimé dans cet élan créer une série d’émissions qui auraient été faites strictement par les enfants. Marco aurait pu facilement en être l’animateur. L’idée fut tout de suite retenue.

À part de courir les cours d’école pour organiser des entrevues, j’ai dû passer de nombreuses heures à travailler au montage. J’ai trouvé ça fascinant.

Je découvrais cette technique en même temps que l’auteur américain William Burroughs. Je ne comprends pas pourquoi les critiques s’entendent pour affirmer le génie de cet écrivain à partir du Festin nu où il est question d’expériences de la CIA alors que La machine molle et Les garçons sauvages sont des ouvrages bien supérieurs. Dans La machine molle, il nous fait pénétrer techniquement dans le continuum espace-temps par la descente spiralée à travers le trou du cul d’un petit gars et nous fait aboutir dans la vision fantastique de l’espace-temps appliquée à la civilisation. Ce qui est grandiose dans ce texte, tu en sors comme t’es entré par le cul du petit soldat, phénomène qui structure vraiment son roman sous forme de spirale.

Quant aux Garçons sauvages, il ne fait penser aux Gamins de Caracas, ces petits bouts d’hommes qui deviendront dans quelques années, le point central de tout Occidental. Ce sera le prochain épisode de ma recherche, car au Québec, sauf dans les sermons, ce n’est pas pour demain que les parents accepteront le droit de l’enfant à sa sexualité, encore moins sur le choix de sa famille, de son école, de sa pensée.

La civilisation occidentale est encore mille ans en arrière de ce règne d’espérance et la Russie quant à elle, l’est de dix mille ans. Ce n’est encore rien à côté des talibans qui sont restés coincés à l’époque du désert avec Mahomet. Pas surprenant que pour nous faire vivre d’une manière aussi arriérée, les islamistes aient besoin de prendre les armes pour faire écouter leur message.

Aujourd’hui, les parents qui se prétendent les plus progressistes te diront fièrement que leur enfant c’est leur propriété. « C’est à moi, cet enfant. Que je ne vois jamais un maudit salaud lui toucher. » Et, ces enfants deviendront alcooliques ou drogués pour oublier qu’ils n’ont jamais connu la tendresse de leurs parents parce qu’on leur a appris que se caresser est un péché. Heureusement, Freud était plus intelligent, il faisait une nuance entre la sexualité et la génitalité.

La sexualité est tout ce qui touche à l’affection alors que la génitalité concerne les parties du corps qui servent à la reproduction ou à créer du plaisir. Les zones érotiques ont beaucoup changé depuis que l’on essaie de couvrir tout le corps, une manière de manifester sa honte d’être un être matériel. Une bêtise

consacrée comme étant normale et une vérité qui a franchi les siècles, grâce au mensonge et à la violence… L’Inquisition en témoigne.

Je préférais pouvoir me présenter carrément comme pédéraste aux parents et amis, car ça garantissait que jamais je ne pourrais me servir de ma force pour obtenir une relation sexuelle avec un petit. J’avais bien trop peur de devenir un prédateur sexuel, ce qui impliquait la violence. En étant aussi ouvert, si par hasard un jeune s’était senti inconfortable dans notre relation, il n’aurait pas peur d’en parler à ses parents. Peut-on devenir violent à force d’être frustré? C’est ce dont j’avais peur.

L’essentiel de la relation était que je sois amoureux et que mon partenaire le soit aussi de moi. Ce sont des choses qui se sentent. Comment l’amour pourrait-il nuire à quelqu’un? Je dirais que 98 pour cent d’une relation sexuelle pédéraste est pure affection et tendresse. La complicité est aussi un des éléments essentiels.

Robert, un petit voisin, venait fréquemment à la maison. Nous étions assez intimes.

Le matin, il n’attendait plus que je lui ouvre la porte. Il savait ce qu’il voulait voir, car je préfère coucher nu. Les jeunes sont beaucoup moins niaiseux que se l’imaginent les adultes.

.Dire que je suis pédéraste était me garantir que je ne sois jamais un agresseur. Si notre relation devenait pénible pour le jeune garçon, puisqu’il peut habituellement en parler, il se confierait facilement à ses parents. Ma grande question demeurait : peut-on devenir violent à force d’être frustré? C’est ce dont j’ai toujours eu peur panique.

Les questions posées n’étaient pas celles de la société qui ne voit que du mal à travers les relations sexuelles entre les générations, mais est-il préférable de ne pas obéir aux lois débiles de la société pour s’empêcher d’être un danger pour les jeunes que l’on aime. Loin d’être violente, la pédérastie (amourajoie) est strictement émotion amoureuse et tendresse.

Aimer, c’est d’être bien avec quelqu’un. (Gabriel Charpentier)

La capacité de communiquer entre les enfants et les parents de notre milieu garantissait que jamais un jeune ne soit assez honteux ou peureux pour ne pas pouvoir parler directement entre eux de notre relation. Si le jeune peut parler sans honte de sa sexualité, il en parlera à ses parents ou ses amis si quelque chose cloche. Le jeune ne se sentait pas juger ou étouffer parce qu’il m’aimait.

Cette  confiance  devrait  exister  dans  toutes  les  familles  et  tous  les  jeunes devraient pouvoir parler sans peur, ni honte avec leurs parents d’un événement qui le blesse ou le trouble ou le rend heureux. Si les parents sont inconfortables d’en parler, c’est qu’ils ont un sérieux problème. Quoi de plus naturel que le sexe? Pourquoi la peur de la nudité rend-elle tant de gens malades? Je suis persuadé que la manière répressive de vivre la sexualité chez les jeunes crée beaucoup plus de traumatismes que le fait de jouer librement à des jeux sexuels, même avec un adulte qu’ils aiment.

Après tout, si j’avais pu aller plusieurs jours en examen psychiatrique pour m’assurer que jamais je ne pourrai être un danger pour un garçon avec qui j’aurais une relation sexuelle, il est inutile de dire que j’étais très préoccupé par les effets de ma pédérastie sur les jeunes.

Cependant, rien, moins que rien, dans ce que je voyais et ressentais me permettait de croire que mes relations pouvaient avoir le moindre effet négatif. Les      arguments          que  l’on     inventait        pour          interdire        des    rapports              sexuels intergénérationnels sont totalement faux. Il suffit que les jeunes se sentent vraiment libres et non écrasés par la morale pour que la sexualité devienne un sujet comme les autres. Pourquoi les autorités nous mentent-elles tout le temps quant à la sexualité ?

J’étais révolté quand j’ai appris que ce que n’est pas vrai que te masturber te donne des boutons ou crée plus tard un problème d’éjaculation précoce, ce que les religieux et la médecine essayaient de nous faire croire. J’admets que ma manière compulsive de me masturber quand j’étais jeune avait quelque chose d’anormal, mais je ne le savais pas. Masturber permet d’oublier les problèmes. C’est quand même mieux que de boire puisque trop boire n’est qu’un résultat de la mésestime que l’on a de soi.

Évidemment, ce n’étaient pas tous les parents qui comprenaient mon point de vue. C’était même une très très petite minorité qui connaissait assez leurs enfants pour leur laisser le droit de choisir eux-mêmes et n’intervenir que s’ils sentaient qu’il y avait quelque chose qui cloche. . Je dirais même que ce n’était possible que dans un cercle fermé. Ceux qui cherchaient à comprendre la vraie vie. Ceux qui voulaient vraiment le bonheur des enfants et ne partaient pas en croyant avec les prérequis que le sexe est mal et honteux.

Un jeune élevé dans un milieu sexuel libéral ne peut pas être perturbé s’il rencontre quelqu’un qui vit ainsi; mais s’il vient d’une famille scrupuleuse, si on apprend ce qui se passe, c’est l’enfer et le jeune peut être marqué pour le reste de sa vie. Le jeune a bien plus peur de la réaction des autres que de ce qui s’est passé. C’est le fun de jouer aux fesses quoiqu’en disent les autorités.

Les gens ne semblent pas comprendre que tous les enfants n’apprennent pas seulement à travers les paroles. Ils sont des lecteurs nés de tout langage non verbal. La meilleure preuve est qu’ils apprennent à parler en nous regardant faire. La façon dont les parents réagissent face à la sexualité les marque à vie. C’est une empreinte qui nous marque avant même que l’on commence à comprendre qui on est. C’est pourquoi les adultes croient que la sexualité est si importante. C’était ce que leurs parents leur apprenaient.

Des tonnes d’affaires se déroulent durant notre enfance et dont on ne se rappelle pas. On apprend sans même s’en rendre compte. C’est ce qui constitue notre inconscient.

Personnellement, j’avais l’art, m’a-t-on raconté, de placer des couteaux, fourchettes dans les prises électriques pour savoir ce que ça faisait. Je n’en ai pas le moindre souvenir, sauf qu’aujourd’hui, j’ai peur de l’électricité. Alors pourquoi si une aventure sexuelle, comme un toucher survenait, ce qui n’est pas désagréable en soi, me pourchasserait-elle toute ma vie?

Plus j’y pensais, plus je trouvais cela stupide. Pourquoi mentons-nous toujours sur tout ce qui touche la sexualité? Combien de gens vivent parfaitement équilibrés et ont déjà connu les jeux du docteur dans leur enfance? Qui ne s’est pas déjà masturbé? Il n’y a pas qu’une façon.

Par contre, combien ont été traumatisés parce qu’on leur a fait peur quand ils ont été pris? Combien de jeunes se sont suicidés parce qu’ils ne se croyaient pas aimés par leurs parents? On risque d’être beaucoup plus traumatisé par un manque d’affection dans notre enfance que par des caresses.

Quand on est jeune, la sexualité ça ne veut absolument rien dire, sauf l’affection, se sentir désiré, aimé. Par contre, en voyant les adultes devenir fous dès qu’on parle de sexe ou quelque chose qui s’y rapproche, on s’imagine que c’est aussi affreux que l’apparition du diable.

Si on n’attache pas une importance outre mesure à la sexualité, pour les enfants, la vie sexuelle est pratiquement presque toujours inexistante avant 10 ans. C’est d’ailleurs pourquoi je suis contre l’enseignement de la sexualité pour tout le monde à l’école, avant la fin du primaire. Pourquoi parler d’un sujet qui n’intéresse pas un jeune, qui n’en a pas besoin, sinon pour lui laver le cerveau et lui transmettre ses bibittes. Je suis contre les lavages de cerveau religieux et moralisateurs. S’en prendre à la sexualité pour un rien, c’est une connerie propre aux religions.

Par contre, l’école doit pouvoir répondre aux cas particuliers, à ceux qui veulent savoir, soit en ayant des spécialistes dans cet enseignement ou des moyens (livres, films) qui permettent de répondre aux questions des plus précoces.

Robert entrait et venait me trouver dans ma chambre. Je couchais nu, comme d’habitude, et ça ne le dérangeait pas. Il venait s’asseoir à mes côtés, attendant patiemment que je sorte du lit. Il connaissait mon intérêt pour les bites des petits gars, mais il ne semblait pas se sentir concerné.

Robert avait l’art de se faire aimer. Il avait des yeux champagne, bouillonnant d’intelligence. L’allure d’un petit détestable, juste assez pour le rendre sympathique. C’était une machine ambulante de questions. Y en avait des pourquoi et des comment avec lui.

Fort de mieux me connaître, Robert avait commencé à demander des cadeaux pour savoir jusqu’où il pouvait aller et compter sur moi. J’accédais à ses demandes, dans la mesure où je le pouvais. Ces dépenses pouvaient être assez facilement absorbées par mon budget. J’avais juste à manger du macaroni Kraft quelques fois de plus pour lui donner ce qu’il voulait.

D’ailleurs, Robert aimait d’autant plus venir me voir que sa mère était bien d’accord. On peut penser qu’elle était folle de me faire confiance, mais c’est poser le problème en dehors de la réalité. Elle faisait confiance à son garçon, sachant très bien qu’il pouvait décider lui-même s’il aimait être avec moi ou non. Souvent les adultes paniquent, refusent de considérer ce que le jeune ressent sentimentalement et prétendent le défendre en lui interdisant toute fréquentation suspecte, oubliant que rien d’intelligent ne justifie une telle peur si on connait aussi les fréquentations de son petit gars. Les pédérastes sont en amour alors que les prédateurs dangereux sont psychopathes ou attaché à un racket de la pègre.

Si j’aimais la visite des enfants, même s’ils faisaient beaucoup de désordre, mon colocataire Ted ne goûtait plus au plaisir de les voir venir s’amuser chez nous. À son avis, l’école libre exigeait trop d’énergies pour devoir encore supporter des enfants à la maison.

Je voyais dans cette décision, une tactique pour m’empêcher de rencontrer les petits gars, décision assez surprenante de sa part, car, il croyait comme moi que la vie serait plus heureuse pour les jeunes si on éliminait l’interdit sexuel et le bourrage de crâne qui l’entoure. Jusque-là, il n’avait jamais démontré de réserve quant à ma pédérastie.  Au contraire, il m’avait lui-même présenté des petits gars, dont Steve n’était pas le moindre.

Ted n’avait plus le courage d’entendre crier les enfants, surtout avant 11 heures du matin.

Je le trouvais bien paresseux. Je ne me gênais pas pour lui dire. Pire, je n’acceptais pas sa foi religieuse. Elle me faisait peur. Ted prétendait toujours que l’avènement de Dieu était pour bientôt et que ce serait un Arabe. Il me prédisait la chute prochaine du Chah d’Iran, le début de la guerre au Moyen-Orient par la France, l’indépendance du Québec, pendant cette guerre, et finalement, l’assassinat du pape au Québec. Tant de violence me faisait peur. Aussi, je ridiculisais toutes ses vues macabres.

Plus il me parlait de religion pour me convertir, plus il m’en éloignait.

Un autre problème, Ted se comportait avec moi comme si j’étais son épouse. Je devais lui obéir, me soumettre comme toute bonne femme au foyer. Ce n’était pas tout à fait mon genre et contrairement aux femmes, ces scènes de violence ne me faisaient pas peur. Le mâle dominateur violent est une notion que je déteste autant que les féministes ou les gais qui se prenaient pour une femme. La féminité n’est pas que dans l’allure extérieure. Je n’avais pas encore beaucoup évolué quant aux travestis. J’étais comme tous les autres qui les jugent sans même essayer de comprendre parce que notre éducation nous a mis dans la tête que ce sont des gens malades. Heureusement avec le temps, j’ai compris que les travestis ont autant le droit de vivre comme ils le veulent que moi ou n’importe quel hétéro.

Les crises de Ted se faisaient de plus en plus violentes et de plus en plus fréquentes. Ted a dû apprendre assez vite que pour moi la libération de la femme, ce n’est pas qu’un appui intellectuel. J’ai horreur qu’un humain essaie de dominer un autre humain. J’ai horreur de cette race de mâles hétéros. J’ai horreur de cette race de mâles qui ne peuvent pas se passer d’une femme dans leur lit et qui les traitent comme de vulgaires servantes. J’en ai autant horreur que d’entendre certaines féministes brailler sur leur exploitation, sans chercher à en secouer le joug. On est exploité quand on veut l’être.

J’ai toujours admiré les féministes qui se tiennent debout et qui ne sont pas toujours à nous casser les oreilles avec leur manie de mettre tous les hommes dans le même panier et ne pas réaliser qu’elles sont aussi une partie du problème si elles ne prennent pas leur place dans la société. Je suis pour l’égalité absolue des êtres humains quelle que soit la race, la couleur, le sexe, l’âge. Un être humain, c’est un être humain. Il n’y en a pas qui sont meilleurs ou pires que les autres. Nous sommes le produit de notre génétique et de notre éducation.

La   situation   se   corsa   encore   plus   entre   moi   et   Ted,   mon  colocataire.

Les enfants en jouant ont brisé une vitre dans la porte de la salle de bains. Ted y vit un moyen que j’aurais inventé pour espionner les jeunes dans la toilette. Quand tu es scrupuleux, tu as tellement l’esprit croche que tu imputes toutes sortes d’intention aux autres pour transgresser tes scrupules. Je n’étais pas là quand les jeunes ont brisé la vitre. J’étais frustré d’être ainsi faussement accusé.

Pour corriger cette situation, Ted plaça un tableau, une grosse croix pour remplacer la vitre cassée. Quand j’ai aperçu ça, je me suis rappelé tous les péchés qu’on m’avait mis sur la conscience quand je me masturbais.

La guerre a pris. Je n’aurais probablement rien dit s’il s’était contenté de boucher le trou; mais autant de symboles religieux avaient de quoi me faire perdre le goût de rire.

Un sourire venu d’enfer 40

novembre 26, 2020

Autobiographie approximative

pp. 335 à 344

Encore chômeur, j’ai douté de ma compétence au point d’essayer d’être accepté dans un cours de communication à l’UQAM; mais on me refusa pour , « expérience pertinente». Je n’ai jamais su ce qu’ils voulaient dire dans ce verdict.

À force de réfléchir à la question, j’ai convenu qu’il est possible que je sois complètement incompétent, trop paranoïaque et trop radical, pour pouvoir faire un bon journaliste.

Encore une fois, je ne savais pas quoi faire de ma vie. J’apprenais à m’en ficher royalement. Tout ce qui comptait, c’était le moment présent, pas une seconde de plus. Survivre, c’était mon défi quotidien.

Quelques semaines avant les Olympiques, j’ai voulu me rendre chez Suzanne. J’avais une bonne heure à attendre. Le métro était rempli à craquer. J’ai décidé de m’y promener et y chercher une âme sœur.

Ma recherche n’a pas été vaine, j’en ai trouvé deux qui m’ont conduit au bureau de la police du métro. Ces policiers en civil m’avaient souvent vu passer à Berri. Ils avaient trouvé mon comportement suspect, après tout la reine serait bientôt là. Et je suis classé parmi les dangereux de ce monde dans les fiches fédérastes.

Évidemment, les policiers n’ont pas pu me retenir, car rien n’interdit de perdre son temps en se promenant dans le métro. Par contre, ils m’ont flanqué une charge de flânage avant de me laisser partir. Je leur avais dit que je suis journaliste, ce qui m’a probablement valu d’être emmerdé moins longtemps. Même si je n’avais pas été longtemps au bureau de la police, j’avais eu le temps d’apprendre que la police de Vancouver, une bande de royalistes, ne m’avait pas oublié.

  • T’es mieux de ne pas remettre les pieds à Vancouver. On t’y attend depuis longtemps.

Un autre point : la police était surprise du nombre de livres que j’amenais avec moi, comme elle se disait agacée par la longueur de mes cheveux et mon allure de « petit voyou ».

Effectivement, grâce à Gaétan D, je faisais des critiques payées pour le journal indépendantiste Le JOUR. C’est peut-être niaiseux, mais cela me revalorisait énormément, car j’avais un pied dans le journalisme. Il y avait au moins une personne sur terre, Gaétan D, qui croyait que je pouvais faire quelque chose de bien dans la vie. Comme le dit si bien Félix Leclerc : « Si vous voulez tuer quelqu’un, empêchez-le de travailler. » Sans Gaétan D, c’est probablement ce qui serait arrivé, car je me sentais de plus en plus un idiot. Je me demandais si je n’étais pas fou puisque personne ne voulait me prendre au sérieux.

J’avais payé mon billet pour me promener dans le métro. Cette expérience m’a pourtant bien servi pour la critique d’un livre sur le caractère cumulatif de la violence psychologique des gens dans la foule qui attendent les services communautaires. J’ai été condamné à l’amende ou trois jours de prison, malgré mes explications.

J’ai interprété cette arrestation comme une tactique préventive pour me coffrer illico si jamais il arrivait quelque chose à Sa Majesté durant les Olympiques.

Trois jours, c’était juste le temps nécessaire pour me garder à l’ombre, grâce à nos taxes, et permettre à Trudeau de mépriser les Québécois un peu plus encore une fois. J’ai, de par cette injustice, été réveillé de ma longue léthargie post prison. J’étais encore une fois en guerre avec les libéraux.

Je ne savais pas comment répliquer à ces méthodes antidémocratiques préventives. L’occasion s’est présentée avec la littérature.

Gaétan Dostie organisait des soirées de poésie à l’occasion des Olympiques. J’ai été inscrit comme poète dans la soirée des « intervenants », en plein go-gauche, avec les marxistes-léninistes et les féministes. Puisque je me croyais un très mauvais poète, cela me suffisait amplement. J’étais dorénavant à l’abri des arrestations arbitraires.

Je ne me tairais plus. J’étais d’autant plus révolté que le fédéral s’apprêtait à déposer une loi contre les armes, visant particulièrement le Québec (avec le temps je suis devenu un partisan de l’enregistrement des armes à feu, car je pense qu’au Québec rien n’en justifie le moindrement la possession d’une arme).

Il y avait aussi une autre loi permettant d’emprisonner à deux ans indéfinis tout délinquant sexuel récidiviste. Cela veut dire que pour un petit attouchement, une petite masturbation ou fellation, tu peux passer le reste de ta vie en prison parce que cela s’est produit avec un mineur qui a probablement adoré l’expérience jusqu’à ce qu’il se fasse prendre. C’est pire que la prison à perpétuité, car alors tu es à la merci de tes juges et des entreprises de recherches comme du temps de la Gestapo pour le reste de ta vie. Ta vie devient un réservoir sans fond d’incertitude.

Pour moi, puisqu’on se servait de mes goûts sexuels pour m’écraser politiquement, cela signifiait être assuré très bientôt de finir mes jours en prison. Je n’avais plus rien à perdre. Je crèverais en prison, si je me faisais reprendre. Notre seul droit était de croire ce que le système veut que l’on croie, rien d’autre. La liberté sexuelle existe seulement pour ceux et celles qui n’en ont pas besoin, car ils vivent comme le système veut qu’ils vivent. C’était payé cher des petites masturbations en couple ou des 34 et demi, car souvent les jeunes aiment seulement être sucés. La réciproque ne les intéresse pas et je ne l’ai jamais demandée.

En participant aux activités du COJO, il devenait impossible que je sois arrêté, séquestré arbitrairement, sans que l’alarme soit donnée. En fait, j’ai passé ma vie à me battre pour la liberté sexuelle alors que le fait de combattre pour cet idéal me condamnait à ne pas pouvoir vivre cette même liberté pour laquelle je combats. Je pouvais à nouveau agir librement.

J’ai d’abord écrit un texte ridiculisant la bagarre qui devrait exister sur la valeur inestimable des crottes de la reine, jetée dans le Saint-Laurent, lors du passage de son bateau. Je disais qu’il faudrait les récupérer et les exposer en permanence au stade olympique, comme on le fait pour le cœur du frère André, à l’Oratoire Saint-Joseph. J’y préconisais aussi un plan de location de maisons de loyalistes le long du fleuve. Je terminais en me moquant de la venue des cadets de l’armée en disant que je ne m’y opposerais pas, bien au contraire, je serais le premier à les faire « venir ».

Ce texte jugé scandaleux fut refusé dans tous les journaux, même dans Hobo- Québec. Peut-être n’aimait-on pas le passage où je disais en riant que le prince Philippe serait le juge de nos athlètes, faisant ainsi allusion à sa présumée homosexualité ?

Je me suis présenté à La Place aux poètes organisée par Janou Saint-Denis. Ce retour à la poésie m’entraîna à Radio Centreville, une radio communautaire FM, diffusant au centre de Montréal.

41

La venue de la reine

J’étais fier de cette découverte : une radio libre à Montréal.

J’ai immédiatement organisé une émission de poésie en collaboration avec Janou St-Denis. Ce fut un succès.

Le groupe de poètes invités s’est ensuite rendu au restaurant où il fut décidé de créer un mouvement littéraire pour aider Janou dans ses revendications pour que les poètes aient un coin sur la montagne à l’occasion de la Saint-Jean. C’était normal. La majorité des poètes étaient nationalistes alors pourquoi ne pas leur rendre le droit à la parole.

Les poètes sont considérés comme des moins que rien dans la culture québécoise.

Ce groupe fut nommé le Comité d’action poétique. Ce mouvement de jeunes poètes a été mis sur pied à la Place aux poètes, animée toutes les semaines par Janou St-Denis.

Nous avons décidé de tenir une manifestation contre la Société Saint-Jean- Baptiste qui décidait qui participait aux fêtes de la Saint-Jean. De plus, Jean- Marc Castilloux avait déniché un permis de la police. Le CAP était un regroupement bizarre. Il comprenait des membres de l’Atelier des Idées nouvelles, le baron Philippe, toujours habillé en femme et se battant pour les féministes, et bien d’autres.

Cet événement fut spectaculaire non par le nombre de participants, mais parce que pour la première fois à ma connaissance, des poètes prenaient la rue pour protester.

La poésie perdait son caractère pédant. Nous distribuions des poèmes à tout le monde, même aux flics qui en lisaient probablement pour la première fois dans leur vie. Les poètes ont dû même pousser la moto d’un flic tombée en panne. La poésie prenait droit de cité. Elle vivait enfin. Plusieurs personnes étaient ravies d’une telle initiative. « Gauvreau ne se taira plus, les poètes non plus. », disait-on avec foi.

La victoire symbolique de la parole nous entraîna par hasard dans une nouvelle aventure.

Adrien Vilandré, un ami de Québec, nous demanda de participer à une soirée de poésie, programmée comme par hasard, le soir même de l’arrivée de la reine Élizabeth pour les Jeux olympiques à Montréal.

Le récital a été organisé, malgré les protestations de la police. Elle ne pouvait rien faire contre nous, car tout se déroulait sur un terrain privé, soit au séminaire de Montréal, dans l’ouest, sous le signe de l’orignal épormyable, de Gauvreau. Il s’agissait d’une soirée de la jeune poésie et une fête populaire de la chanson amérindienne. Chanter les Indiens et réciter des poèmes sur les signes avant- coureurs de l’indépendance en souvenir autant de Gauvreau que de Louis Riel, le soir de l’arrivée de la reine, ne troubla personne, sauf les autorités.

Ce fut une très belle soirée. Récital à l’extérieur. Tout était survolté. Avant le récital, la police nous avait nargués, empruntant un chemin pour aller se stationner en haut de la butte qui nous servait de scène pour réciter nos textes devant la foule à nos pieds. Nous étions examinés comme si nous avions été de vulgaires bandits. Par contre, pour couronner notre entreprise poétique, nous avions la visite du consul américain ainsi que du chef de l’Opposition,

M. Jacques-Yvan Morin. J’étais fier d’y réciter un seul poème, mais très provocateur, une espèce de slam avant le temps.

Je n’aurais jamais cru qu’un jour un de mes textes fassent un tel tabac. Ce n’est pas qu’on le trouvait baveux, mais plutôt drôle. On ne voyait pas encore dans la poésie une tournure d’esprit qui se permet de rire des événements.

Je m’appelle Élisabeth

I am the queen du mois de juillet j’ai été choisi pour mes deux fleurs deux gerbes de poil près du pénis.

J’aime autant que Philippe

les belles fesses rondes de nos athlètes et quoiqu’en dise le maire Drapeau

le stade ne vaudra jamais

la beauté de nos olympistes..

Vive le Québec !

Au moins icitte

on tripe en Christ…

Laissez laissez venir

à moi les petits soldats laissez-les

je m’en occuperai

de mille et une façons qu’ils aimeront.

Bourassa,

j’ai le cul plus vierge que tes promesses La vie aussi poignée que tes lois

je ne veux rien sinon ma dignité ma liberté.

Vasez, vasez

vos gens durant ce temps jasent jasent

et paient leurs taxes.

Je me promenais depuis cette première manifestation avec une pancarte sur laquelle était écrit : Qu’osse ça veut dire : Le PD à Bourassa, l.d !

Je promettais de révéler bientôt le sens de ces lettres et j’invitais Bourassa à tenir des élections. C’était aussi le fruit d’une gageure avec un ami. Une vengeance de la prison.

En fait, le PD à Bourassa : l.d. : voulait simplement dire : Qu’osse ça veut dire : LE PEUPLE DEMANDE À BOURASSA, LÈVE-TOI DEBOUT.

Je m’en étais aussi servi dans une manifestation que l’on avait tenue sur la rue Saint-Denis où j’avais d’ailleurs récité un texte intitulé : l’archange Foin – Foin.

Je me promenais déguisé en un archange enceinte d’une bonne nouvelle. Deux pénis décoraient mes ailes larges de deux pieds, chaque côté de moi.

Je n’étais pas tellement reconnaissable. J’étais bien heureux de défiler quand j’ai passé devant les deux flics qui m’avaient arrêté dans le métro. Cependant, n’ayant ni fait les trois jours de prison ou payé l’amende dans les délais pour crier ma non-culpabilité, j’étais en quelque sorte apte à être arrêté n’importe quand. J’avais la chienne.

Je me promenais alors avec de grandes ailes pour faire un peu plus archange. Une parade plus qu’une manifestation.

Le Cap voulait réunir tous les arts dans le même panier. Avec la poésie, on peut faire des tableaux et des pancartes, on peut accompagner le tout de musique. Être un artiste, c’est aussi être un poète. Le rire fait aussi partie de la beauté et des bonnes choses de la vie.

Ce soir-là, les poètes étaient en révolte et exigeaient la défaite prochaine du gouvernement Bourassa.

Si Janou refusait toute ingérence de la politique dans la poésie; moi, avec ma pancarte, je revivais le parti Rhinocéros en poèmes.

Manifester était devenu une grande fête intérieure.

Le Comité d’action poétique a été élargi à tous les artistes en vue d’un regroupement général. Le nouveau nom fut le Mouvement d’Action Poétique, le MAP.

L’Atelier des idées nouvelles qui venaient d’ouvrir ses portes dans le quartier chinois de Montréal décida d’organise avec le Comité d’Action poétique une manifestation poétique.

La prochaine manifestation devait s’appeler : « D’l’aut’bord d.chassis ». Ce titre un peu trop joual a créé quelques dissensions mineures. Pour organiser cet événement, nous avons organisé une conférence de presse. Tous les journaux importants sont venus, tous y déléguèrent un photographe, sauf Le Devoir, qui obtint les détails par téléphone.

Aucun des journaux ne publia les résultats de cette conférence de presse, car à chaque fois que je me présentais avec ma pancarte Le P.D. à Bourassa l.d. tout le monde « freekait ». On trouvait que j’allais trop loin. Aujourd’hui, je dirais qu’on avait raison. Exaltation d’avoir été en dedans ne justifiait pas ma manière de contester. Je n’avais pas à m’en prendre à Bourassa, mais plutôt au système judiciaire qui exagère le mal des relations sexuelles entre adultes et jeunes au point de ressembler à l’Inquisition. Mais, la rage était là, bien humaine. Radio-Canada n’en parlait pas, nous y avons tenu une manifestation, devant les studios lors de l’émission « Ce soir ».

Cette manifestation était un spectacle nouveau à Montréal.

Un camion, muni d’un haut-parleur, ouvrait la parade en scandant :

« Le temps de se taire, de se faire fermer la gueule est révolu. Face à la répression culturelle qui sévit au Québec avec CORRIDART, les poètes sur la montagne, les Gens de l’air et le Jour (les libéraux refusaient d’y annoncer, consacrant la faillite du journal) ne peut y avoir qu’une réplique. Nous, artistes de toutes les disciplines et de partout, nous nous élevons dans une lutte à mort pour la libération de toutes formes d’expression. Nous sortons du châssis, écrasant toute frontière, toute classe sociale, tout vedettariat, toute limite morale, sociale, formelle qui nous étreint. Nous prenons la rue. Nous la fêtons. Nous la gardons.»

Le soir, dans le Vieux-Montréal, nous avons tenu une soirée de poésie. J’y ai présenté qu’un seul texte qui malgré son contenu créa moins d’émoi que les poèmes du Baron Philippe qu’on a déjà oublié.

Mon poème de l’Archange Foin-Foin se lisait ainsi :

Je suis l’archange mère Foin-Foin ici à titre personnel

pour imager un coin de ciel.

Échappé des hautes sphères malgré vos  » Empires building  »
votre pollution senteur fond de pet

vos asphaltes assassins de sensations je vous annonce : la fin des temps durs.

Bientôt, mes camarades piqueniqueront dans des pétales de roses

au Jardin botanique.

J’entends vos questions.

Combien de temps encore durera

le règne des crapauds alourdis, des serpents à la langue fourchue, de la drapolice, de la boubouphalie et de la trudeaumanie?

Quand ce cruel Boubou vendra-t-il l’autonomie culturelle du Québec in English? N’attendez pas les anges pour vous le dire

Ils font l’amour. Ils font la foire.

Valser ! Valser ! Vaux mieux que se faire fourrer

Un texte dans lequel j’annonçais la fin prochaine de tout ce qui était libéral tant au Québec qu’au fédéral.  En novembre, il fut annoncé qu’il y aura des élections. C’était l’euphorie. Ce n’était pas de la prophétie, mais un sens de la prévision qui me fait parfois grandement peur. On dirait que je sens les événements arrivés. Le Grand Robert disait que je pourrais lire l’avenir si je le voulais.

Dans le cadre de ces combats, je me suis présenté au Solstice de la poésie, à l’occasion des Jeux olympiques, à Montréal, avec ma pancarte. Je savais que les organisateurs y tournaient une vidéo qui devait être distribuée un peu partout, surtout dans les écoles afin de faire connaître la poésie à la jeunesse.

Avec ma pancarte, je savais très bien que ce n’était pas tout le monde qui y voyait le sens que je lui prêtais. Je voulais créer une pression de plus sur Bourassa et le forcer à démissionner. Je n’avais rien à perdre : ou je me faisais descendre pour avoir eu cette audace ou je risquais de passer le reste de ma vie en prison. Je me défendais avec ce qui me semblait lui faire le plus peur.

J’ai profité de ma présentation pour donner un véritable réquisitoire pour les prisonniers politiques à la suite de la lecture d’un dossier que j’avais préparé sur le sujet. Malheureusement, presque toute ma participation à la vidéo a été ratée. Le message n’a pas débordé le cap d’un tout petit auditoire d’une centaine de personnes.

À la suite de cette soirée, j’étais fier de moi. Janou St- Denis me dit que de tous les révolutionnaires qui avait paradé sur le théâtre, j’étais le seul qu’elle aurait vu aux barricades. J’étais authentique à en être un peu fou.

Par  contre,  j’étais  triste  de  la  façon  dont  Paul  Chamberland  m’avait  perçu :

« t’avais l’air d’un vrai bum », me dit-il. C’était une claque, car j’adorais Chamberland. Je ne voulais pas être un voyou, mais un vrai révolutionnaire. J’ai été consolé plus tard quand Francoeur a sorti sa chanson « Beau bummage ».

La poésie, c’est une espèce de drogue effervescente. Une rivière intérieure de grand printemps. La Chaudière en pleine débâcle. Aucun barrage ou dynamitage ne peut en venir à bout.

Je n’ai pas eu besoin de me faire reprocher de ne pas avoir caché ma pancarte de malheur, supposément trop politique pour être poétique. J’ai plongé seul dans les remords de conscience. Pourquoi ne pas avoir eu l’intelligence d’oublier ma lutte personnelle pour le bien de toute la communauté artistique?

Publicisée ou pas, la parade fut tout un succès. Même Armand Vaillancourt, le sculpteur, y présenta une œuvre originale.

Une autre fois, j’avais écrit un texte pour une revue d’Amérique du Sud, à la demande de Gilbert Langevin, dans lequel en m’adressant à Nixon, après avoir crié ma solidarité pour les Noirs des États-Unis, je disais quelque chose comme :

M. le Président, il est temps de vous tuer. Je ne voulais pas parler d’assassinat, mais je sentais qu’il serait renversé. Le texte a été refusé bien évidemment, mais quelques mois plus tard, Nixon abdiquait à cause du Watergate. Dans l’esprit de mon texte, il venait d’être tué. Il venait d’être expulsé de son travail.

Prédire de tels événements est simplement que de la logique appliquée. Mais, j’ai parfois des intuitions qui me font peur. Un soir, je me suis réveillé en sueurs. J’avais rêvé que Nixon voulait déclarer une guerre atomique. Quand je racontais ces choses, tout le monde riait de moi. T’apprends à la fermer. Plus tard, il fut confirmé que Nixon a effectivement à cette époque voulu attaquer la Russie. Comment expliquer ça? Je ne le sais pas. Ça n’a pas grande importance. Ça n’arrive plus. J’ai tué ces voix intérieures.

Selon ce que j’ai appris, un an après la chute de Bourassa, il semblerait que la décision de Ryan au Devoir d’appuyer le Parti québécois serait issue de sa peur des rumeurs quant aux goûts sexuels de Bourassa. Est-ce vrai? J’en doute, mais on ne sait jamais. Je crois que la vie sexuelle de toute personne qu’elle soit en politique ou non ne regarde que les gens qui la vivent. Rien n’est aussi privé que la vie sexuelle.

C’est une des grandes et belles choses au Canada, les journalistes ne parlent jamais de la vie sexuelle de nos politiciens. Avec Ryan et sa religion, tout est possible. Et, si c’est vrai, ma pancarte ne fut peut-être pas aussi inutile dans le sens de la révolution. Je reconnais aujourd’hui que c’était de la folie de ma part que d’introduire ainsi la politique dans la poésie; mais aucun sujet ne doit échapper à la poésie. Il y a une manière de rendre poétique le discours politique et il peut même être non vindicatif. Même la politique se doit de s’exprimer poétiquement. Elle fait connaître les sentiments vis-à-vis les choses et porte ainsi la politique à un niveau qui n’a plus la forme d’un discours. La poésie est un cri du cœur.

Pour plusieurs, je n’écrivais plus de poésie. D’une certaine façon, j’en convenais. C’était plutôt un cri de névrose ou de révolte. Est-ce que la révolte fait aussi partie de la poésie? La poésie a été la source de toutes les révolutions.  Pourquoi en serait-il autrement au Québec? Ailleurs dans le monde, on sublimait même la maladie mentale. Serait-ce qu’on est trop moumoune au Québec?

Évidemment, j’aurais pu en avoir honte; mais la névrose n’est-elle pas une invention des psychologues pour justifier la répression sexuelle? Pour rendre des souris névrosées, il suffit de produire des décharges électriques dans leur nourriture. Elles deviennent folles ne sachant plus si elles doivent répondre à un besoin naturel impérieux ou subir la décharge électrique. C’est exactement ce qui se passe avec la sexualité.

Moi, les petits gars sont ma nourriture spirituelle. Le système a perverti la sexualité pour élaborer la classification selon les classes sociales et entretenir des modes. Le sexe est devenu une denrée économique. Je ne suis pas électrocuté, mais je suis enfermé ou humilié par tout le monde qui me refuse ce droit à la VIE VRAIE, À L’AMOUR, À ÊTRE CE QUE JE SUIS VRAIMENT.

Je ne voulais pas abdiquer à ce besoin, car, j’étais persuadé que ma pédérastie, dans mon cas, de la manière que je la vis, est un moyen de sublimer l’Homme, de résister à la violence, de garder un peu le goût de vivre.

De plus, j’ai la certitude de ne pas nuire à mes jeunes partenaires, au contraire, je leur apporte une part de mon bonheur. Un petit poème résume ce que je ressens :

Sur le cadavre

D’un soldat de quinze ans Paul et Serge s’embrassent.

La ville autour d’eux en nuages s’évapore
Paul est capitaliste Serge communiste

dans les bras l’un de l’autre

Paul et Serge sont des Hommes .

La jeunesse sacrifiée

à chaque éclat d’obus crie : l’humanité est folle.

Quelle est l’ombre qui nourrit ce brasier d’ignorance?

Qui arrache à la folie ces deux soldats enlacés dans le feu?

L’Amour serait-il l’épouse de Satan?

Je pourrais résumer ma pensée politique d’alors par :

NI LES ÉTATS-UNIS NI LE CHILI

NI LA RUSSIE

VIVE LE QUÉBEC, TERRE HUMAINE !

Un sourire venu d’enfer 39

novembre 25, 2020

Autobiographie approximative

pp. 325 à 335

40

SAQ et les olympiques

Grâce aux fêtes et mon ami Pierre, j’ai trouvé un emploi à la Société des Alcools. Je demeurais juste en face du stade olympique.

J’ai pu constater comment pour le système, en exaltant la fierté des gens, il fut possible de littéralement voler la population en construisant ce stade.

Souvent les travailleurs n’avaient rien à faire. Ils attendaient les plans et les ordres. Cela donnait souvent naissance à d’interminables périodes d’incertitude.

Les compagnies ne s’en plaignaient pas. Ce n’était pas grave, car presque tous les contrats étaient à « coût plus ». Plus c’est long, plus c’est payant pour les constructeurs.

Dans un cas comme celui-là, tout le monde en profite, sauf ceux qui payent la note. Cette fois, c’était la population du Québec, excepté quelques peanuts payées par le fédéral pour se donner le droit de fourrer le nez dans un autre domaine généralement réservé aux provinces : le sport.

Le fédéral se nourrit de notre argent, il ne fait que nous remettre une partie de ce qu’il nous doit. On se sert de la péréquation pour faire oublier que c’est le gouvernement québécois qui paye pour tous les services alors qu’il ne reçoit que 48 pour cent des impôts. Le fédéral, lui, retire 52 pour cent des impôts et ne paye presque aucun service coûteux. On paye plus qu’on en reçoit, même avec la péréquation.

Les interventions du gouvernement ont entraîné un changement de compagnies de construction.

Avant, il avait été possible de compter jusqu’à 300 grues sur le terrain, 24 heures par jour, à des taux de plus de 200 $ de l’heure. Il y avait tellement de grues qu’il était impossible de s’en servir.

Que dire des vols? Il y a eu des camions complets de bois qui sont passés par une porte et sortis par une autre sans s’arrêter. Des moteurs sont disparus.

Le chantier olympique en a enrichi plusieurs comme ce fut le cas dans la construction de la Baie James.

Il est curieux que la Commission Malouf n’ait pas enquêté sur les détournements de fonds et de matériels par de grosses compagnies. Avec le huis clos et la Protection de la Cour, presque au moins le tiers du coût de la construction des installations olympiques a été un vol.

Les mêmes compagnies opéraient à la baie James. Cela a changé avec l’arrivée au pouvoir du Parti Québécois. Grâce à ce changement de gouvernement, on a pu sauver presque un milliard en une année pour les contribuables. La corruption dans la construction n’est pas un nouveau phénomène.

La vraie mafia n’est pas celle dont on entend parler dans les journaux. Elle, c’est la petite pègre. Les bras. La mafia, c’est le gros business, les grosses piastres, les grosses compagnies. Elles peuvent faire crever des milliers de jeunes au Biafra pour du pétrole, faire assassiner le président Kennedy, renverser le président Allende. C’est le langage de la finance. Un langage qui fait trembler tout le monde. La vraie mafia est légale, internationale, voire planétaire.

Elle décide du moment où une guerre est payante, comme le moment où cette guerre doit cesser. C’est la grande machine de l’exploitation. Celle qui décide à quelle classe de gens tu vas appartenir, qui décide ce tu dois croire, toi, le petit subalterne.

Le plus lucratif de toute la machine, c’est la violence. Sans la violence, la domination devient quasi impossible. Les vrais boss vivent de la violence.

Le trafic d’armes et l’exploitation des richesses naturelles, c’est ce qu’il y a de plus payant pour la mafia internationale qui se prétend légale, ce qui est vrai parce que c’est le système dans lequel la plupart des vivants sont esclaves. Personne n’échappe au pouvoir de l’argent.

La mafia, composée des dirigeants des plus grandes multinationales, est savamment aidée dans ses exploits de profits par un deuxième pouvoir : la religion. Elle cherche à rendre les gens dociles. Elle culpabilise pour mieux dominer chaque individu. La religion est la glaise, le ciment qui maintient l’édifice debout. Sans foi aveugle, l’homme ne rêve plus de vie dans l’au-delà. Sans foi, l’homme risque d’exiger d’être heureux durant son passage sur terre. Sans foi aveugle, l’homme risque de se rebeller.

Le troisième pouvoir est celui des communications. Après avoir été « élevés » depuis leur enfance, les hommes réagiront selon leurs connaissances. C’est pourquoi il est important de manier et manipuler l’information. Le quatrième pouvoir est le savoir. Devenir professionnel te permet d’échapper à des salaires de misère. Le gros mange toujours le plus petit.

La société est ainsi prise dans des modes d’intégration qui font que tu dois toujours te mouler à ce que l’on attend de toi avant de pouvoir franchir le cap du succès. Il faut assez t’emprisonner pour que tu ne puisses pas tout fracasser. Parmi les grands moules : le mariage, le couple, la morale sexuelle. Tout le monde est ainsi divisé et doit ainsi tendre vers la société pour échapper au cauchemar de la solitude. Il faut appartenir à un groupe pour maintenir sa confiance en soi. Cela permet une meilleure classification : hétéro, gai, féministe, féminounes, bi, etc.

Depuis 1971, je suis convaincu que la plus grande révolution qui puisse exister sur terre, c’est de cesser de faire le jeu. Cesser toute violence. Forcer les riches à nous respecter, en cessant toute forme de surconsommation. Créer des réseaux de survivance qui garantissent à tous un minimum vital.

Infailliblement, tout va s’écraser. La grande révolution, ce sera quand tous les hommes dans un geste de lucidité s’assoiront et refuseront de se battre. La vraie Révolution, c’est la paix. Alors, le vrai système celui qui manipule autant le christianisme que le communisme, écrasera. Les multinationales seront remplacées par des institutions nationales.

La vraie révolution, c’est une assistance sociale mondiale qui garantit la survivance individuelle partout dans le monde. Un minimum vital qui permet de vivre décemment, un salaire minimum mondial. Et, un salaire maximum mondial.

Il n’y a aucune solution sans solidarité internationale dans un respect intégral partout des droits de la personne.

Je ne crois pas dans les mouvements marxistes-léninistes ou autres, car très vite, ce n’est plus le bien de l’individu, de l’homme qui est visé, ce n’est plus la libération de l’homme qui est récoltée, mais l’esclavage à une autre idéologie, une autre forme de religion.

L’important ce n’est pas le système, ni la nationalité ou la race, c’est chaque être humain. La solidarité de la race humaine est le fondement de l’égalité absolue. Il faut voir à ce que les vrais droits de l’homme soient respectés par tout le monde, partout, quitte s’il le faut d’éliminer les religions et les services économiques actuels pour les remplacer par une structure qui pense d’abord en fonction du bien de l’humanité.

Je crois dans la révolution de la PENSÉE devenue PAROLE.

Il faut lire Les vrais propriétaires de Montréal, de Benoît Aubin. Cela nous permet de comprendre l’étendue de l’exploitation des Québécois par la mafia internationale.

J’aimais bien mon travail à la SAQ.

J’avais perdu l’habitude de la politique, car, ma paternité artificielle avait permis un miracle. Durant une année, à cause des enfants, parce que j’avais peur d’influencer le verdict du procès de Suzanne, je me suis abstenu de presque toutes interventions politiques.

Les libéraux n’étaient jamais parvenus à me fermer la gueule aussi longtemps. Ils n’avaient pas pu m’acheter, ils n’avaient pas pu me faire assez peur pour me faire abdiquer au combat. Il ne leur restait plus qu’à mettre en liens mes antagonismes. La pédérastie et la politique ne vont pas ensemble.

La pédérastie est une reconnaissance de la liberté et du plaisir beaucoup trop grande pour qu’un jour elle soit honorée comme dans la Grèce antique. C’est pour cette affinité qu’on me classe anarchiste. Si je n’étais pas pédéraste, je serais certainement en politique sans aucune restriction. Plus vieux, je serai gai, mais je ferai de la politique.

Pour une première fois, j’ai été aux prises avec quelque chose de plus important que la politique : mon amour des enfants. Les enfants avec qui je vivais. Ils étaient encore plus importants que toutes mes fibres révolutionnaires.

Je me suis assis et j’ai compris que la vie n’est pas la même quand tu as des enfants.

La grève commençait à faire des siennes à la SAQ. J’étais solidaire aux permanents, mais je ne pouvais pas dire un mot, car j’étais seulement un employé en période de probation.

Après avoir travaillé durant les fêtes dans un magasin du centre-ville, j’ai été transféré dans un magasin dans l’est de Montréal, car, les patrons étaient très satisfaits de mon travail.

La situation syndicale m’a entraîné à nouveau à la vie politique.

J’ai appris d’un Italien fort sympathique que la communauté italienne ne partageait pas souvent les prises de position de ses leaders et de ses journaux. Émilio m’a raconté comment, au cours d’assemblées de sa communauté, souvent l’idée de Cotroni de mettre sur pied une espèce de Ku Klux Klan contre les francophones a été écartée de justesse.

Ma vie affective était en plein déclin. J’en étais rendu à percevoir l’amour comme les Américains : une source intarissable de souffrances.

J’étais la souris dont la nourriture céleste était électrisée. Je doutais de mes conceptions sexuelles, de leurs effets sur les jeunes. Pourquoi, contrairement à mes habitudes, avais-je développé mon côté autoritaire avec Patrick? Pourquoi faut-il qu’un rôle social modifie les croyances profondes en la liberté absolue? Pourquoi se pose-t-on autant de nouvelles questions quand on a des enfants?

Je me sentais coupable d’user d’autorité avec Patrick et Yanie, mais je ne pouvais pas accepter l’idée de les laisser tout faire sans intervenir. La liberté absolue, sans limites, me paraissait contre nature.

J’aurais voulu qu’au contraire mon côté pédéraste prenne le dessus. Je constatais que la grande différence entre la pédérastie et la paternité : c’est que le père à moins de tolérance, qu’il est plus écrasant parce qu’il se sent responsable. Il dirige plus sévèrement la vie d’un autre que la sienne. Il connaît sa force et n’a pas confiance dans son enfant. Il a peur pour lui. Quand on se prend pour un père, on s’imagine qu’il faut donner l’exemple, sévir. J’étais grugé par ce que disaient les autres. La vie était devenue quasi impossible. Je travaillais et je buvais. Je ne vivais plus avec eux.

Ma vie amoureuse a pris toute une fouille quand je me suis rendu à une fête du journal Le Jour, à Vaudreuil.

J’ai d’abord bu comme un cochon. Les participants étaient si nombreux qu’on y était serrés comme des sardines. Tassé, écrasé, j’ai été envahi par la beauté d’un petit gars qui se trouvait près de moi. J’ai décidé de le cruiser comme dans les clubs gais que je fréquentais parfois. On passe hypocritement la main là où l’intérêt nous guide. Si tu n’aimes pas, tu te tasses, un signal facile à comprendre.

Mes doigts se sont promenés là où ils n’avaient pas d’affaire. Mes caresses ont vite créé une belle petite pyramide sur le pantalon de mon nouveau dieu. Il s’est écarté, mais j’ai insisté, j’ai recommencé. Quand tu fais des efforts et qu’on t’écrase, tu as comme réflexes de te dire que ça ne sert à rien de vouloir bien faire. J’aurais dû m’apercevoir qu’il ne partageait pas mes goûts, évaluation que j’arrivais habituellement à faire très facilement, l’espace de quelques regards. La boisson aidant, j’ai mal évalué ses réactions. J’ai mis fin à mes grandes aspirations à un défoulement digital et il s’est perdu dans la foule.

Plusieurs minutes plus tard, trois solides adolescents m’ont saisi par le collet.

  • Viens, icitte ! Je vais t’apprendre qu’on ne touche pas à mon chum.

J’étais assez saoul que je ne me rappelais même pas de qui il parlait. J’ai pu faire le lien avec le jeune quand il est venu vérifier sur place la tendresse de ses copains.

Il était tellement beau, j’aurais remis les doigts à la même place et, comme les martyrs canadiens, j’aurais enduré les pires atrocités pour lui dire à travers ma souffrance que je l’aime d’être aussi éblouissant.

Les jeunes m’ont entraîné en dehors de la foule et ils m’ont maudit la raclée de ma vie. Je ne voulais pas me défendre, car j’avais agi en idiot. Je n’avais pas respecté le jeune et j’avais ce que je méritais. De toute façon, ils étaient bien   plus solides que moi.

J’ai eu durant au moins les trois semaines suivantes, le visage tellement tuméfié et enflé que les enfants auraient pu facilement me confondre avec Frankenstein.

Cette aventure en plus de me coûter une nouvelle paire de lunettes a exigé que je me rende à plusieurs reprises à l’hôpital pour des blessures au dos. Il m’a fallu plusieurs semaines avant de pouvoir me déplacer sans douleur et sans canne.

Après on dira que les enfants ne savent pas se défendre… c’est oublier le pouvoir de la « gang».

À Montréal, on fermait les yeux sur le fait que des gais étaient tués ou blessés dans les parcs. La police était aveugle quand il s’agissait d’un cas impliquant un homosexuel battu. Il suffisait qu’un jeune prétende que sa victime avait été tuée parce qu’elle lui avait fait des avances sexuelles pour faire non seulement pardonner son meurtre, mais convertir son geste dégueulasse en bravoure et convertir le meurtrier en héros.

Après des siècles de lavage de cerveau, c’est impossible de contrer le discours de l’autorité, même s’il est basé sur des mensonges et des interprétations farfelues de la vie. Notre très sainte nation a besoin qu’on la purifie de ses membres trop libertins. On peut tuer, blesser, ce n’est pas pire qu’un attouchement sexuel. Il faut vraiment être fou pour en être rendu là grâce aux sermons des curés puis maintenant des féminounes. Je me rappelle pourtant que dans mon enfance, quand les autres me touchaient, je ne me mettais pas à brailler. J’aimais ça.

Deux gais sont des adultes et leur fornication ne changera pas grand-chose dans les statistiques des naissances. S’ils prennent leur condom, il en sera de même du côté de la santé. D’ailleurs, quand on s’est aperçu que la vie de gais permettait à plusieurs d’être plus riches et de dépenser plus, on modifia les règles pour obéir aux besoins économiques. On créa le Village, à Montréal. Un ghetto pour gais. Et, on reconnut le droit aux femmes de faire carrière plutôt que d’être mère. Un droit tout à fait légitime, mais les salaires inférieurs justifiaient cette nouvelle reconnaissance.

Quand on se rendra compte que la pédérastie est un facteur important pour devenir un bon prof, on commencera à comprendre que tuer la tendresse pour obéir à une paranoïa nationale est le meilleur moyen d’augmenter le décrochage chez les gars. On est encore loin du compte, notre système d’éducation, notre culture sont de plus en plus une exclusivité féminine.

Cet incident ne m’a pas arrêté de travailler. J’ai dit à mes confrères que j’avais mis les doigts à la mauvaise place. L’incident fut clos. J’avais ce que je méritais, selon eux, et j’avais couru après, selon moi.

J’aimais mon travail et tout le monde s’accordait bien avec moi. J’étais d’ailleurs le seul à pouvoir dire tout ce que je pensais au gérant sans qu’il s’emporte, car je m’amusais à imiter Trudeau quand je parlais. J’étais une espèce de clown, bien travaillant. J’ai toujours aimé travailler, même si je ne suis bon en rien. J’étais parfois un peu chialeur sur les bords. On ne peut pas être parfait.

Un matin, sans avertissement, j’ai reçu l’ordre de changer de magasin. C’était le transfert ou la porte.

Je me suis rendu aux désirs des patrons la première journée; mais j’ai laissé l’emploi quand on a voulu m’envoyer travailler dans un magasin de la SAQ dans Verdun. J’habitais complètement dans l’est de Montréal, avec Roland, mon frère aîné. Accepté ce transfert signifiait que j’aurais dorénavant à payer davantage pour me loger. Arrangé ainsi, avec les nouvelles dépenses, ça ne me donnait absolument rien de travailler. Je devais me lever à des heures de fou pour me rendre à ce nouveau boulot. Je devais passer presque autant de temps dans le métro et en autobus qu’à l’ouvrage. Les autorités de la SAQ ne voulaient rien savoir. C’était ça ou rien.

J’ai porté plainte au Ministère du Travail qui, après enquête, me donna raison.

La grève était éminente. J’ai retardé à poser à nouveau ma candidature pour un nouveau poste afin de ne pas passer pour un « briseur de grève ». Quand j’ai voulu faire respecter le verdict du Ministère du Travail, la direction de la SAQ m’a envoyé promener. Selon eux, j’avais trop attendu.

Cette fois, je n’y voyais pas de raison politique, même si ce transfert coïncida au fait que je recommençais à discuter politique avec les autres employés.

C’était moins évident qu’au moment où j’avais, à Sherbrooke, été expulsé d’un cours de cuisine, parce que je manifestais trop de plaisir à remettre sur le nez des libéraux qui m’enseignaient, la série d’articles de Pierre Vallières sur la mort de Pierre Laporte. Selon Vallières, Laporte a été une victime du système qui l’a sacrifié à l’unité nationale canadienne puisqu’on en a fait un instrument pour combattre le Parti Québécois. Les fédérastes savaient que sa mort serait condamnée par les Québécois qui refusent la violence. Le gouvernement de Robert Bourassa a-t-il versé la somme d’un million de dollars demandée par la pègre pour retrouver Laporte?

Est-il vrai que Pierre Laporte a été blessé à nouveau quand un sergent, pris de panique à l’idée que l’auto des felquistes puisse être piégée, a tiré dans la serrure, atteignant un Pierre Laporte moribond à l’intérieur du coffre de la voiture? La rumeur alors lancée par les médias électroniques voulait que Laporte ait été attaqué par des maniaques sexuels d’où viendrait de la blessure de cette décharge de fusil. Ce point a été vite démenti à la radio et lors de l’autopsie,  mais  il  a  quand  même  existé  pour  démolir  la  réputation  du FLQ.

Est-il vrai que le FLQ était tellement bien infiltré que chaque minute le gouvernement fédéral était informé de la santé des deux kidnappés (Cross- Laporte) ? C’est pourquoi le fédéral savait très bien que Pierre Laporte était vivant dans le coffre de l’auto, mais le ministre de la Justice fédéral exigeait que l’on s’assure d’abord qu’il n’y avait pas de bombe dans l’auto avant d’ouvrir et venir au secours d’un Laporte mourant. Cela demanda tellement de temps que Laporte en est mort.

Pourquoi Paul Rose a-t-il été reconnu coupable du meurtre de Pierre Laporte alors qu’il n’était même pas présent sur la rue Armstrong quand Pierre Laporte aurait été tué? Pourquoi n’a-t-on pas tenu un nouveau procès quand on a appris ce fait essentiel? La Justice en temps de crise cesse-t-elle d’exister?

Je n’y connais rien, mais je crois que ce sont des questions très pertinentes pour comprendre ce qui s’est vraiment passé. Paul Rose n’a été qu’un bouc  émissaire pour permettre aux autorités de ne pas perdre la face et devoir subir l’opinion publique informée que ce prétendu meurtre était l’œuvre des fédérastes. Ces derniers auraient eu à expliquer : pourquoi n’avait-il pas aussitôt ouvert le coffre et ainsi sauver Pierre Laporte.

À Sherbrooke, j’avais remis le cas de mon renvoi entre les mains d’un avocat de l’aide juridique. Le moins que l’on puisse dire ce ne sont pas des gars qui battent leurs œufs longtemps et fermement.

De plus, j’ai été assez naïf pour croire un conseil des responsables des cours de cuisine, pris pour me trouver un métier me permettant de ne pas vivre aux crochets de la société. Selon eux, si j’en faisais la demande, je serais admis à l’école de Montréal. Je me suis fait avoir encore une fois. Suis-je fou pour être aussi naïf?

J’ai recommencé à boire. J’enfilais la bière et le vin à une allure vertigineuse.

Saoul, je me suis ramassé, sans que j’aie conscience du voyage, chez des gens de Montréal, identifiés à la direction de la grosse pègre. Ils voulaient que je collabore avec eux. Ils me feraient entrer comme journaliste au Journal de Montréal et je n’aurais que de temps en temps à avoir à passer de petits messages pour ceux qui sont en prison. C’était normal si on m’avait remarqué en prison. Sauf que les personnages étaient les dirigeants de la pègre. Je ne me rappelle presque rien de cet entretien. J’ai décliné cette invitation, car je ne suis pas collaborateur de police ou de la pègre. Je suis un homme libre. Je leur fis valoir que je ne pouvais pas leur être utile puisque j’étais un journaliste en chômage et pour longtemps, car personne ne voudra de moi. Je suis retourné chez moi comme j’étais venu, sans même me rappeler si j’étais en auto ou en avion. J’ai pensé avoir été drogué.

Si je gueulais contre la visite de la reine quand j’étais saoul, prétendant même que j’irais y faire la peau, sur le plan politique, je ne faisais plus rien. Je ne croyais plus. J’avais perdu mes illusions. Non seulement Bourassa se vantait, m’avait-on dit, que j’étais son pire ennemi, les péquistes me boudaient. Par contre, je faisais des critiques de livres parus dans le quotidien Le Jour.

Un sourire venu d’enfer 37

novembre 23, 2020

Un sourire sorti d’enfer 37

Autobiographie approximative

pp. 303 à 313

39

L’école libre.

Cette fois, plutôt que de retourner à la religion, de m’enliser dans leur folie quant à la sexualité, j’assumais mes contradictions comme une guenille qu’on déchire.

J’ai travaillé plusieurs mois à la construction de l’école libre et à la rédaction d’une constitution pour la République du Québec. Avec un ami, l’école libre est devenue une obsession quant à ce qu’il fallait faire pour vraiment changer la société et la rendre plus heureuse, plus autonome.

Patrick m’accompagnait souvent. Il s’était créé une espèce d’osmose entre nous deux. Je me sentais responsable de lui et de Yanie, comme si c’eut été mes propres enfants. Une complicité extraordinaire. Patrick était devenu un sosie. Je respectais sa volonté, ses désirs et dans la mesure du possible, je réalisais quelques-uns de ses rêves. J’étais fier que Patrick ait moins de difficulté à s’exprimer. Je crois que c’était parce qu’il avait plus confiance en lui. Je me sentais un petit peu responsable de ce changement plus que positif.

La pédérastie offre aussi de très grands avantages quant à la communication avec les jeunes. Des adultes qui refusent de devenir adultes, ça comprend plus vite les jeunes.

Ce travail manuel difficile, mais sain, de construction me permettait d’oublier la vie politique; quoique j’en parlais encore. La drogue de la politique est comme l’héroïne. Aucune cure ne t’en détache complètement. À l’école libre, on était trop socialiste pour être péquiste. Ça ne me touchait pas tellement puisque je me suis toujours cru un révolutionnaire.

J’étais tout à ma paternité. Tout respectueux de la philosophie de l’école : intervenir le moins possible dans la vie des enfants. N’être là que pour répondre à leurs demandes.

J’ai travaillé plusieurs mois à la construction de cette école parce que je me sentais accepté. L’école libre, c’était la « grande révélation », le « grand espoir » de créer un Nouveau Monde où le respect de la spécificité de l’individu l’emporte sur les tabous.

Après avoir travaillé avec acharnement à sa construction, j’ai commencé à craindre que ma pédérastie ne nuise à sa réalisation et à sa réputation.

Les gens du Québec quand il est question de sexe, surtout à l’école, où ce sont très majoritairement des femmes qui s’y retrouvent, sont incapables de se raisonner et de voir qu’on fait tout un plat avec la sexualité. On est malade de scrupules, alors qu’il n’y a rien là, s’il n’y a pas de violence. On ne peut pas se détacher des siècles de répression sexuelle où ce qu’on nous montrait reposait sur l’ignorance de notre corps.

J’ai tenté de devenir animateur quoique mon incompétence me fasse peur.

J’étais encore divisé entre ce que je crois fondamentalement et ce que nous prêche la société. Serais-je un exemple de « culpabilisé » toute ma vie? Je ne me faisais pas confiance. D’où vient cette mésestime de soi quand on vit sa sexualité différemment des autres? Être prisonnier de sa propre nature.

J’étais moins poison pour les jeunes que ceux qui me faisaient la leçon. Je croyais que l’éducation c’est d’abord et avant tout créer des êtres autonomes et fiers d’eux. Et, aussi fou que ça puisse être, dans ce cas pour moi, il n’y avait aucune différence entre un garçon et une fille. Les deux sont égaux, même si l’un nous attire plus que l’autre.

De toute façon, ils étaient trop jeunes pour faire des enfants, même s’ils avaient joué aux fesses toute la journée, c’était sans réelle conséquence. Donc, pourquoi s’énerver ?

Digne de ma naïveté, j’ai décidé d’informer le groupe de ma pédérastie. Je me disais que je ne pourrais jamais être un danger pour un jeune si tout le monde était averti de mes tendances.

Question aussi d’honnêteté pour que l’école ne se ramasse pas dans un ouragan à cause de moi, parce que j’étais trop lâche pour dire la Vérité. Je n’ai jamais voulu qu’une personne autour de moi ait à souffrir de cette révélation en apprenant sous forme de dénonciation que je suis pédéraste. D’autant plus qu’ainsi surveillé, je ne pourrais jamais provoquer le goût chez un jeune de me flirter, sans qu’il soit protégé. Je ne pourrais certes pas profiter de mon expérience pour obtenir les faveurs de qui que ce soit. En le disant, je devenais la cible de tous les regards.

Quelle erreur ! Je n’avais pas compté sur la bêtise de ceux et celles qui prétendent être les étendards des droits des jeunes. Certaines femmes, qui pivotaient autour du projet, n’attendaient que ça pour laisser éclater leur stupidité et bien évidemment essayer de me faire expulser de l’école.

Si j’ai été plus tard en quelque sorte écarté de l’école par les féminounes avec la complicité de mâles hétéros, leur victoire était loin d’être définitive. Elle trahissait plutôt leur faiblesse et leur ignorance. Elles provoquaient une curiosité malsaine.

Ces femmes me reprochaient mon hypocrisie. L’histoire avait été déclenchée à partir d’un geste anodin.

J’avais aidé un jeune garçon à monter d’un étage à l’autre, il n’y avait pas encore d’escalier. L’autre animateur, au deuxième, prenait le jeune par les mains pour le grimper alors que moi je le soulevais pour que ça devienne possible de le tirer. Une nouvelle animatrice y voyait là une raison de scandale.

Selon elle, je manifestais dans mon visage une trop grande jouissance pour que ce soit normal, surtout parce que j’avais dû le pousser par les fesses pour le soulever davantage. À son avis, ce geste banal était une forme de sollicitation. Quant à moi, quand elle en parla, je pensais plutôt qu’elle avait un urgent besoin

de se faire soigner, car elle était stupidement scrupuleuse et peut-être jalouse.

Je n’étais quand même pas à me mettre à pleurer parce que je devais le tenir par les fesses pour être assez haut. Tout le monde agit comme je le faisais sans qu’il y ait de problème. Elle capotait parce que j’avais dit que j’aimais les petits gars. Donc, elle extrapolait quant à ce que je ressentais et le jeune aussi… Le jeune, qui soit dit en passant ne s’en était même pas aperçu, tant tout cela se passa normalement.

Non seulement elle s’attachait aux gestes, mais elle me prêtait des intentions que je n’avais même pas. Elle me savait pédéraste, donc, ça devait être ainsi. Comment peut-elle le savoir puisqu’elle ne sera jamais pédéraste. Les féminounes sont trop aliénées pour comprendre qu’il n’y a rien là. Pas de violence, rien de particulièrement indécent; mais elle avait l’imagination et la critique perverse. Elle se projetait intérieurement sur moi. Pourquoi une personne normale évaluerait-elle mon degré de satisfaction à travers mes yeux ou mes sourires, à moins d’être complètement perverse elle-même?

Les féminounes m’en voulaient d’être populaire auprès des enfants. Dans leurs petites têtes, elles auraient voulu que je réponde complètement au stéréotype véhiculé par les journaux jaunes sur la pédérastie : un pédéraste est un sanguinaire qui écrase les enfants de son âge ou avec sa force.

On avait beau me reprocher quoi que ce soit, je respectais complètement la décision de l’équipe voulant que jamais un adulte ne puisse faire les premiers pas pour être en contact avec les jeunes.

Il y a des adultes qui plaisent automatiquement à un certain type de jeunes. La confiance, l’amitié, l’affection sont automatiques. Je n’y pouvais rien, c’est ce qui se produisait. On était bien obligé de s’en rendre compte. Les adultes ne connaissent rien aux plus jeunes parce qu’ils sont tellement imbus de leur vocation de parents qu’ils n’arrivent pas à comprendre le cheminement du développement de leurs jeunes. Ils ont peur pour eux et les étouffent, ils les empêchent de vivre leurs expériences. Ils s’imaginent que tous les jeunes sont pareils à eux, ce qu’il y a de plus faux.

Malgré les coups de gueule sale, on laissa les choses se développer normalement, grâce au fait que je m’étais mis complètement à nu et qu’on considérait que jusqu’à preuve du contraire, j’avais un comportement non seulement satisfaisant, mais exemplaire.

À cette époque, dans ce milieu, les esprits étaient moins tordus qu’aujourd’hui. On essayait vraiment de comprendre et de changer les choses. Il y avait des féministes en nombre croissant, mais elles ne partageaient pas l’étroitesse d’esprit des féminounes. Elles aussi s’interrogeaient sur la réalité des jeunes, sans vouloir leur imposer leurs valeurs.

On décida de ne pas tenir compte des réactions de la mégère. La directrice de l’école conclut que peut-être les jeunes vivaient leur sexualité différemment de ce qu’on leur avait appris. La seule chose importante, c’était leur liberté. On souligna aussi que Neil, le fondateur de Summerhill, n’aurait jamais toléré un gai dans son école libre quoiqu’il ne faisait pas de montagne dès qu’un incident sexuel s’y passait. Elle termina en disant qu’elle croirait que les jeunes sont plus ouverts sexuellement quand Donald, son garçon le plus âgé, initierait librement un jeu sexuel.

Malgré toutes nos projections, c’est Antoine, son second fils, qui a été le premier à m’inviter à coucher dans sa chambre. Que fallait-il répondre ? Fallait-il me faire confiance et courir le risque? Les jeunes invitent ceux qu’ils aiment bien à coucher dans la même chambre qu’eux. C’est comme partager une amitié. C’est un partage qui officialise qu’il t’aime bien.

À moins d’avoir un jeune à qui on interdit ce genre de rapport, il est difficile d’expliquer pourquoi ce serait indécent. D’ailleurs, pour les jeunes même le mot indécence est difficile à comprendre. Ils ne sont pas encore conditionnés à la pruderie. Un corps c’est un corps, il n’y a rien de mal là-dedans, même la nudité est naturelle. Ils ont raison, sauf qu’on ne se met pas nu n’importe où, n’importe quand. D’ailleurs, tu peux coucher dans le même lit sans qu’il y ait des ébats sexuels.

Sa mère ne s’y opposa pas, mais elle manifesta son mépris pour cette décision avec beaucoup d’arrogance. Il était cependant entendu que c’étaient les jeunes qui menaient et décidaient de leur vie. Il était évident qu’elle craignait que son fils ait des attraits pour les hommes. Mais, comment justifier qu’elle refuse que je couche dans sa chambre? Ça la forçait à s’interroger, car elle savait très bien que je n’avais rien fait pour valoir cette invitation. J’étais moi-même très surpris par cette invitation.

Pour elle, l’homosexualité était encore anormale, contre nature, mais elle avait l’honnêteté de ne pas me juger et décider pour ses enfants.

Elle me reprochait autre chose. Elle ne digérait pas mes reproches quant à son habitude de trop brailler sur son sort et sur la condition d’infériorité des femmes. Dans un groupe de féministes, rien n’est plus grave que de reprocher aux femmes de brailler sur leur sort plutôt que d’agir en toute égalité. Agir au lieu de se plaindre. Si on se croit inférieure, on n’a pas à blâmes les autres d’agir en mâles envers nous. L’égalité commence par sa propre façon de se voir. Elle avait cependant l’honnêteté d’être franche.

Pour d’autres, j’étais l’insulte suprême parce qu’au lieu de m’intéresser aux femmes, je disais que j’étais intéressé par les petits gars. Elles ne pouvaient pas digérer un tel outrage à leur magnétisme supposément invulnérable.

Ma vie me posait beaucoup de questions. Comment un gars peut-il être pédéraste et vivre avec une femme? Le pire, le sexe n’existait qu’avec Suzanne. Une passe dans le temps où j’étais temporairement strictement hétéro. Un temps où je me questionnais encore plus profondément sur mon identité sexuelle.  Vivre en toute liberté avec des petits gars, ça soulève d’autres questions.

Est-ce qu’ils perçoivent la sexualité comme nous? Comment savoir qu’on agit vraiment en égaux? Peut-être que les féministes avaient raison quand elles prétendaient que juste le fait d’être adultes les influençait. Que sans s’en rendre compte on attire le jeune vers ce que l’on veut? Que le jeune ne peut pas penser sexe sans qu’on l’ait amené à le faire. Ce sont des questions très importantes, fondamentales, quand tu crois dans la liberté absolue.

Patrick venait me trouver dans le lit sans que je lui demande et même si on couchait ensemble, pas question d’y toucher parce qu’il ne voulait pas. Il se sentait plus en sécurité en étant avec moi. Point à la ligne.

Les féminounes projettent-elles leur propre peur sur les jeunes pour justifier leurs valeurs morales ? C’est aussi très possible.

Les femmes s’étaient mises d’accord pour prouver que la pédérastie n’est pas normale en formulant que jamais Donald, par exemple, n’accepterait une telle expérience.

Or, à la suite de cette réunion où j’avais fait part de mes amours et de mes scrupules, de ma peur de nuire aux jeunes et au bon déroulement de l’école, j’ai sans que je n’aie eu rien à dire, dût confronter ma réalité à la grande sagesse, basée sur l’ignorance des gens qui se disent normaux.

Je travaillais à la construction de la nouvelle école, gelé comme une balle quand trois jeunes apaches sont apparus nus, courant autour de la maison qui était en même temps l’école.

Je ne pouvais pas me cacher mon intérêt visuel, je ne suis pas le curé d’Ars. Les jeunes l’ont sans doute remarqué et ont continué leurs petits jeux en m’apparaissant de plus en plus près. Je les croquais ou les dévorais des yeux. J’étais follement mal à l’aise d’en jouir autant. J’étais un radiateur surchauffé.

Le même soir, ils m’ont invité à aller jouer au Monopoly avec eux. Donald était du groupe.

J’étais le seul adulte sur le terrain et je n’avais plus rien d’autre à faire. J’ai aussi

accepté avec un plaisir immense. J’espérais en silence, en jouant la sainte âme, qu’ils répéteraient leur exploit de nudité. On est tous plus ou moins hypocrites quand il s’agit de profiter d’une situation qui nous éblouit même si elle devrait nous paraître mauvaise. On souhaite que ça recommence tout en s’en voulant d’être aussi cochon.

Le soir, en jouant, ils ont très vite introduit l’obligation d’effeuillage, à laquelle je ne me suis absolument pas opposé. Pourquoi l’aurais-je fait, sinon pour obéir à une règle morale que je trouve dépravée, car elle repose sur la honte de son corps.

Nous nous sommes tous retrouvés à poil.

Donald s’est même permis des attouchements sur moi et je fus invité de lui rendre la pareille. Quel plaisir ! Nous étions en pleine séance de Monopoly quand nous avons entendu plus prématurément que prévu probablement, le bruit d’une auto qui arrivait.

Nous nous sommes rhabillés en vitesse comme des criminels. Pourtant, à l’école libre, la sexualité était libre, si elle était consentie par tous ceux qui étaient impliqués.

Je regrettais ma réaction d’aliéné, mais trop tard.

Je suis demeuré très scrupuleux, malgré toute la théorie que je prône. Mais, ce fut une fausse alarme.

Nous avons ensuite discuté au cours de la soirée autant de ma pédérastie que des étoiles. Les petits déambulaient à nouveau nus, se cachant parfois derrière les meubles pour me voir les chercher du regard. L’un d’eux ressemblait comme deux gouttes d’eau à l’acteur principal, dans Mort à Venise, en plus beau et en plus jeune. Ils m’excitaient comme un fou. Ils aimaient jouer à la danseuse. Il se cachait et me réapparaissait en se dandinant nu. C’était un délice de les voir.

Quand je me suis couché, j’ai entendu les jeunes discuter à savoir s’ils devaient venir coucher avec moi. J’aurais bien aimé ça, mais il était entendu que jamais l’incitation ne devait venir d’un adulte. Finalement, ils ont eu peur. « Ils auraient dû faire la femme », disaient-ils. Ils ne voulaient pas se faire enculer. Une chose que je n’aime pas, mais comment pouvaient-ils le savoir? Ils pensaient comme les adultes : un pédéraste encule nécessairement. Ce qui est absolument faux. Où sont-ils allés chercher cette image du pédéraste?

Laisser libres, les jeunes raffolent de ce genre d’expériences, quand ils se sentent en sécurité, mais les adultes le nient, car ils s’imaginent que les jeunes sont encore de petits innocents. Ce pourrait être dangereux, j’en conviens, si le pédéraste était un psychopathe, donc victime d’une maladie mentale qui n’a rien à voir avec la pédérastie .

Bien des sociétés ne s’offusquent pas de cette tradition qu’ont les jeunes de jouer à des jeux sexuels.

Or, nous, on nous a appris à en avoir honte et à y voir quelque chose de malsain, de sale, de pervers. La pudeur que l’on croit naturelle est en fait ce que l’on appelle « une marque primaire » en éducation. C’est la certitude intérieure que c’est mauvais parce que l’on constate très jeune à travers le non-dit des adultes que la sexualité est le pire des crimes. En même temps, il arrive qu’on expérimente quelque chose de profondément amusant, parfois drôle, d’où cette double manière d’aborder la sexualité. Nous ne sommes pas encore adultes que nous sommes intérieurement divisés entre la réalité humaine et les enseignements religieux.

Au Québec, on vit nos contradictions comme si elles n’existaient pas. C’est un des plus grands plaisirs, et sans que ce soit vraiment justifié, il faut absolument le répudier. C’est tellement grave qu’on doit avoir honte d’en parler. Si on en parle dans les écoles, c’est juste pour te montrer que c’est mal ou éviter les maladies vénériennes.

Si on étudie l’histoire de la répression sexuelle, on se rend compte que la folie tient à ce langage qui place la sexualité au rang des perversions. Pourtant rien n’est aussi fabuleux que la sexualité. La reproduction est un phénomène qu’aucune machine n’arrivera à reproduire. C’est le miracle le plus grandiose de la nature et pourtant on le place comme étant le plus sale.

Peut-être que les plus fous ne sont pas ceux que l’on pense; mais les ignorants qui s’imaginent que sans le sexe l’humanité aurait survécu. Pourquoi avoir honte d’une chose aussi naturelle? Qu’est-ce qu’il y a de plus beau, de plus magique qu’un spermatozoïde qui rencontre son ovule qui développe un enfant?

La modération a toujours meilleur goût. . Il faut être libre, mais pas trop, car, la liberté comprend aussi la responsabilité.

Enseigner que la sexualité est mauvaise, c’est un crime; mais apprendre à dominer ses plaisirs, comme le voulaient les philosophes de la Grèce antique, c’est un pas dans la direction de la SAGESSE. La sexualité est grande et belle dans la vérité.

On veut tout savoir sur ce qui se passe quand de telles situations arrivent, mais quand on l’apprend, on réagit comme si le ciel nous était tombé sur la tête.

Il faut dénoncer parce qu’on ne peut pas garder son sang-froid quand ça se produit.

Ce fut bien évidemment le scandale total quand les jeunes racontèrent nos expériences. Ces pauvres femmes n’en sont pas revenues, oubliant que dans une éducation libre, ces genres de jeux sont tout simplement normaux. Qu’on le veuille ou non, les jeunes sont sexués et très intéressés s’ils ne sont pas réprimés.

Quand les jeunes se sentirent vraiment libres de faire tout ce qu’ils voulaient, leur première réaction fut de déshabiller les animateurs. Si ces derniers pouvaient demeurer de bois, pas moi. On aurait dit que les jeunes me percevaient plutôt comme un complice alors que pour les adultes je ne suis qu’un pervers.

C’est évident quant à moi qu’il faut même si on veut être libre d’une manière absolue reconnaître qu’il y a une limite, soit de respecter le « oui » ou le « non » de l’autre.

Notre réaction à la sexualité dépend strictement de notre éducation quand on était très jeune. Si on devient fou au Québec dès qu’il est question de liberté sexuelle, c’est qu’on a été élevé dans cette atmosphère. Il ne fallait même pas y penser si on ne voulait pas être vu comme des cochons. C’est complètement contre nature, mais on croyait ce que les curés nous prêchaient. Entendre le contraire, nous rend malades. On s’imagine que les jeunes n’ont aucun droit à la sexualité; mais qu’on le veuille ou pas, ils sont sexués. On se dit libérer des religions, mais on obéit aux règles des religions à travers ce que nos parents nous ont appris.

Les pauvres femmes venaient d’être démenties dans leur propre raisonnement à l’effet qu’elles ne pourraient croire dans la possibilité que les jeunes aiment les expériences sexuelles que si Donald si prêtait. Et à la première occasion, il était le premier au front…

Ce ne sont pas les jeunes qui ont succombé à mes avances. C’est moi qui ai répondu favorablement à leurs invitations. J’en suis encore très heureux et je recommencerais n’importe quand dans les mêmes circonstances.

Si les animatrices étaient sérieuses et voulaient être honnêtes, elles devaient convenir dans la possibilité que des jeunes soient les initiateurs de tels événements. C’est normal puisque c’est un des plus grands plaisirs humains.

La Grèce antique le reconnaissait, mais considérait qu’il fallait l’encadrer. Ce que j’appelle le consentement. Tu ne sautes pas sur n’importe qui et tu dois t’assurer que le plaisir est partagé.

Elles auraient dû reconnaître que leur position ne tenait pas. Tu ne peux pas refuser absolument de te mêler de la vie du jeune, à moins qu’il y ait violence, lui

donner le droit de faire tout ce qu’il veut et, en même temps, lui interdire ce à quoi il pensera dès la première fois qu’il se sentira vraiment assez libre. Pas besoin d’un adulte, ses hormones se chargeront de lui apprendre.

La notion de respect ne s’intègre pas facilement à celle de consentement, mais c’est à mon avis, là où il faut aller. Le respect est l’accord de l’autre. La complicité est aussi un plaisir. C’est la base de l’amitié, du partage et de la réciprocité.

Les femmes, en particulier, mélangent le respect et leur peur de ne pas être aussi belles que les autres. C’est d’ailleurs ce qui les anime lorsqu’elles combattent la nudité. Elles ne peuvent pas concevoir qu’une belle femme puisse être objet d’admiration, tout en étant, elle, privée de cette même capacité de séduction. La séduction, pensent-elles, devrait leur appartenir en propre et ne peuvent pas concevoir que la beauté des autres puisse leur faire concurrence. Les femmes sont jalouses des autres.

Si elles se croient moins belles, elles jalousent tout ce qui est mieux qu’elles. Leur peur guide leur façon d’interpréter leur besoin de respect. Chaque individu est à la fois égal, pareil en étant un humain et différent parce qu’on se constitue à partir de notre génétique, mais aussi de notre éducation. L’inné et l’acquis. Ce sont des éléments fondamentaux dans le développement de sa manière de percevoir la liberté sexuelle.

Le problème avec les féminounes, c’est de refuser de voir que la perception quant à la sexualité est tout à fait différente entre un homme et une femme, même si les deux sont égaux.

L’égalité n’a rien à faire avec les accessoires. Les humains ne sont égaux qu’en fonction de leur nature profonde. C’est un élément rattaché directement à notre évolution sociale.

Les sociétés d’aujourd’hui viennent de celles qui les ont précédées avec quelques nuances près. Elles suivent les lois de l’évolution.

On ne peut pas voir la sexualité du même œil quand on a compris qu’elle est interdite parce qu’on croyait que faire l’amour pouvait modifier notre état de santé. On croyait que le sperme était une partie du cerveau ou de la moelle épinière ou encore l’écume du sang.

On ne peut pas continuer de croire les religions quand elles condamnent la sexualité, car elles sont fanatiquement contre toutes formes d’activités en dehors de la procréation. On sait ce que leur célibat a donné.

Si tu crois qu’aucun adulte ne peut intervenir dans la vie d’un enfant comme on le préconisait à l’école libre, pourquoi ferait-on un drame parce que le jeune cherche à établir un rapport de nature sexuel? On est absolument libre ou on ne l’est pas. La vie est fondée sur la logique.

Quand on était jeune, on ne pouvait pas comprendre ce qui se passait. On n’avait pas le droit de rien faire et pire, on commettait un péché seulement en y pensant. On se demandait pourquoi on devenait aussi fou dès qu’il était question de sexe.

Pour ma part, je ne comprenais rien. Je n’ai jamais été trop vite sur le plan sentimental. Je trouvais pénible de parler de quoi que ce soit, particulièrement avec les filles.

Un sourire venu d’enfer 36

novembre 22, 2020

Autobiographie approximative

pp. 292 à 303

Un matin, les gardiens ont commencé leur grève de zèle. Nous étions retenus dans la salle commune plutôt qu’en cellule. La tension montait. Cela entraînerait- il une manifestation? Qu’arriverait-il? La violence s’insinue facilement dans de telles occasions. Des prisonniers appelaient à la révolte. Nous étions sur les 100,000 volts.

Les gardiens aimés dans notre secteur sont venus faire leur tour et assurer tout le monde que nous n’aurions pas à payer pour leur action. Ils ont presque aussitôt réussi à faire baisser la tension. Cette journée de grève se passa bien. Nous avons même été plus libres qu’à l’habitude.

En prison, le sentiment de frustration est si grand qu’il ne faut presque rien pour que la situation dégénère en violence.

Un autre événement a attiré mon attention. Un groupe de jeunes ont fait danser un vieux robineux. À cause des applaudissements, celui-ci s’exécuta comme s’il devenait une vedette.

Les gardiens l’ont amené dans le trou, malgré nos protestations. Il n’avait rien  fait de mal, sinon de détendre l’atmosphère.

Un autre prisonnier cherchait à obtenir son transfert. Il était malade dans la tête de toute évidence. Pourquoi lui refusait-on d’aller dans une autre prison où il serait soigné? La pire chose qui existe en prison est le comportement des normaux vis-à-vis ceux que l’on croit fous. Quant aux crimes sexuels, les accusés sont en danger perpétuel d’être sévèrement battus, d’où sont-ils aujourd’hui dans une aile de protection.

Le tour de la libération de Roger était arrivé. Il me demanda de l’accompagner seul à sa cellule, où il me fit ses aveux.

  • J’ai un aveu à te faire. Je ne suis pas professeur. Je suis prêtre. J’ai été reconnu coupable d’avoir eu des relations sexuelles avec une petite fille, mais je suis innocent.

Le problème ce n’est pas qu’il ait eu une aventure si elle était partagée, mais qu’on a des lois assez folles pour ne pas faire la nuance entre une aventure consentie et jouie par les deux partenaires et une relation où il y a violence ou domination claire.

C’est ainsi au Québec parce qu’on refuse de revoir nos notions sur la sexualité. Pour nous, tout ce qui est sexe en dehors de la procréation demeure le péché par excellence. On se fiche de ce que la science nous a appris. On préfère des lois qui reposent sur l’ignorance et la répression. On voit la sexualité comme la répression nous l’a appris.

Il m’expliqua comment s’était déroulée la soirée et comment il a été faussement accusé. Ça fait tellement longtemps que je ne me rappelle pas si ça avait du sens. Avec l’attitude de la société face à ces situations tout le monde a intérêt de mentir. On ne cherche pas le bien des accusés et encore moins celui des victimes. On ne veut qu’interdire toute forme de sexualité en dehors de ce que l’on a décrété normal. Plaisir et violence sont synonymes dans la tête de ceux qui appliquent la loi.

Roger connaissait Jérôme Choquette parce que ce dernier venait de se convertir à un nouveau mouvement charismatique. Je comprenais maintenant pourquoi nos discussions portaient surtout sur la religion.

J’étais renversé. Roger était prêtre. Il a conclu la discussion en affirmant qu’il m’avait trouvé bien courageux de m’entendre raconter mon aventure avec les petits gars, sans peur, ni honte. Je suis pédéraste et je l’assume, car, il faut trouver une solution humaine à savoir comment vivre cet état qu’on ne choisit pas, mais qu’il faut endurer jusqu’à notre mort, bien malgré nous.

Est-ce qu’un aveugle passe son temps à brailler sur son sort ? Absolument pas. Il faut agir de la même façon. Faudrait-il être malheureux toute notre vie pour un choix qui ne nous appartient même pas ou trouver une manière de la vivre sans créer de problème? C’est la peur du sexe de la société qui est complètement folle.

C’est pourquoi j’en parle dans mes écrits. Pour qu’on y réfléchisse. Cependant, je suis bien d’accord avec mes ex-psychiatres, la société est dangereuse pour les pédérastes, car elle devient folle dès qu’il est question de sexualité.

Nous souffrons d’une mauvaise éducation quand il est question de sexualité. Nous vivons à plein tube les effets de l’histoire de la répression sexuelle. Nous sommes les victimes du fascisme qui existe envers tous ceux qui sont différents. Le petit groupe à haïr pour se défouler.

Les prochains jours ont été beaucoup plus longs, car j’avais perdu trois amis. Augusto ne voulait plus me parler parce que j’avais dit que les immigrants nuisaient au Québec en envoyant leurs enfants dans des écoles anglophones. Il ne voulait rien comprendre.

Pour les immigrants, la tentation anglophone est grande. Cela signifie une plus grande possibilité d’emploi et un élément de plus pour favoriser leur passage ailleurs au Canada ou aux États-Unis, le pays qui les attire vraiment. Ceci dit ne veut pas dire que tu es contre l’immigration. J’étais bien peiné qu’il ne saisisse pas la nuance. J’ai longuement discuté avec le Cid et son ami Gérard, le jeune marginal de Drummondville, qui me l’avait présenté.

Gérard me demanda si, en manifestant toujours seul, je ne faisais pas, sans le vouloir, le jeu du système. Je ne pouvais pas voir comment cela serait possible. Je préférais agir seul justement pour ne pas impliquer personne d’autre. Et surtout, si cela était possible pourquoi serais-je derrière les barreaux? Je serais plutôt payé.

Gérard a vite convenu de la justesse de mon raisonnement. Pourtant cette question m’a trotté dans la tête pendant quelques jours. Elle méritait d’être posée… on ne sait jamais. J’ai la conscience très fragile de ce côté-là. J’aurais été le plus malheureux des gars s’il avait fallu qu’il subsiste un seul doute après cet examen de conscience.

Je ne pouvais pas me tromper, le bilinguisme ne sert qu’à protéger la minorité anglophone au Québec. Il permet à la majorité anglophone canadienne d’espérer qu’un jour le Québec sera aussi anglais que le Manitoba. Il suffit de voir leurs efforts contre la loi 101 pour comprendre que c’est vrai. Quand Trudeau défend-il le fait français? Pourtant, Ottawa subventionne les mouvements qui s’attaquent à la loi 101. Comment espérer qu’un jour le Canada respecte les francophones quand tous les partis fédéraux rejettent les propositions culturelles de la Commission Pépin-Robarts?

Le fédéral a toujours cherché à angliciser le Québec à petites doses. Il force le Québec à privilégier les anglophones. Il entraîne les immigrants vers les écoles anglaises et permet une anglicisation lente, mais constante des francophones par le biais de la radio et de la télévision. Comme cela a été fait dans l’Ouest canadien. Si le Parti Québécois ne fait qu’un terme, ce sera la fin du Québec français, l’assimilation ayant déjà de bonnes racines.

Le fédéral agit en provocateur. Il sait qu’il n’y a qu’un moyen d’empêcher à long terme l’indépendance du Québec : la guerre. Sans un autre octobre 1970, le fédéral est fini, si les Québécois se tiennent debout et votent pour leur indépendance.

Je ne pouvais pas faire le jeu du gouvernement libéral en l’informant sans le vouloir, sur des plans de libération, je ne suis au courant d’absolument rien. Tout ce que je dis est strictement mon opinion personnelle et je ne suis pas comme Ryan, guidé par la main de Dieu.

Rhinocéros, j’ai déjà eu cette discussion avec un gars que je croyais correct dans la Tribune, de Sherbrooke. « Tu peux toujours te faire avoir, sans le savoir. »

Suzanne aurait-elle été complice de la police? Impossible. Elle n’était pas membre du Parti québécois, mais je l’aurais plutôt classée dans la go-gauche.

Un événement plus important s’est produit. J’ai été fasciné par un petit Haïtien qui devait être déporté lui aussi, sans qu’il y ait de raisons majeures. Le fédéral n’a pas de cœur avec les immigrants francophones. Les immigrants n’ont aucun moyen de se défendre : pas d’avocat, pas d’appel. Un autre racket.

Ce jeune haïtien était demeuré au Québec après ses études. Il acceptait son sort et ne voulait aucune intervention extérieure.

Je l’aurais bien rencontré dans un petit coin, à l’abri des regards. Je vous jure que je ne lui aurais pas fait mal. Il n’y a que les imbéciles qui croient qu’une pipe peut te traumatiser.

Pas de chance. J’ai dû me contenter de l’examiner dans la douche commune, en attendant de le remplacer. J’ai toujours été attiré par les jeunes de couleurs et les autochtones. Ils ont les fesses fermes, super belles à regarder et sont très jeunes déjà bâtis comme des étalons. Je les trouve très envoûtants quoique je préfère une petite bite.

Avec l’été, nous avons pu nous servir de la piscine. J’en ai profité pour serrer un peu le petit haïtien, en jouant avec lui dans l’eau. Ils ont la peau encore plus douce que la nôtre. La sienne était extrêmement intéressante à caresser, en luttant. Par la suite, il fut plus facile de se rencontrer, car il semblait bien aimer ma présence et mes caresses.

La mode estivale était de se griller au soleil. C’est alors qu’on a inventé l’histoire des vacanciers venus se dorer la bedaine à Bordeaux Beach. Cela neutralisait chez plusieurs la honte d’être en prison. L’humour a une force incroyable sur le psychisme humain. J’ai rarement vu un chien s’étouffer de rire. Le pouvoir du symbolisme.

J’ai rencontré un drôle de bonhomme qui prétendait illégal d’être emprisonné pour ne pas avoir payé ses billets de circulation ou de stationnement. Si c’était vrai, notre aile aurait été vidée d’au moins 80 % de ses effectifs. C’est dire que le système respecte la loi quand ça fait son affaire.

Finalement, il devait dire la vérité, car il fut libéré. C’est d’ailleurs lui qui m’a montré les articles de lois qui faisaient que mon procès avait été illégal, à cause la présence des enfants en dehors des témoignages. Poursuivre un accusé après qu’un premier juge se soit récusé, c’est du harcèlement.

Il ne me restait pas beaucoup de temps à faire. Les deux mois s’étaient bien passés. À ma surprise, j’ai été invité à rencontrer un des chefs de la mafia de Montréal qui était là à cause de la CECO.

Il m’a confié avoir été coffré non seulement parce qu’il avait refusé de reconnaître Cotroni comme parrain, mais aussi, et surtout, parce qu’il était membre actif de l’Union nationale. Selon lui, ce serait la raison principale pour laquelle il n’aurait pas bénéficié de la même clémence que les autres. Il se disait ainsi un prisonnier politique.

À ma connaissance, il avait été condamné à un an pour outrage au tribunal parce qu’il refusait de témoigner. On m’a dit que dans la pègre, si tu témoignes t’es un mort en sursis. Selon mon père, quand tu es avec eux, tu n’en sors que les deux pieds par devant.

Je n’ai pas trop bien tout compris ce mafieux quand il affirmait que le parti libéral a toujours utilisé des moyens pas trop propres pour gagner les élections. Il a même prétendu avoir déjà été enlevé et séquestré par les libéraux, lors d’une campagne électorale.

Prisonnier politique ou non, cela ne m’enlevait pas mes préjugés sur la pègre. Je ne pourrai jamais appuyer l’existence d’un mouvement qui utilise la violence pour gagner de l’argent.

  • Nous ne sommes qu’un groupe d’homme d’affaires, disait-il.

Au fur et à mesure qu’il parlait, je me demandais si la mafia n’est pas qu’une secte à l’intérieur du système judiciaire qui opère à l’échelle mondiale.

Les incendies criminels à Montréal nous font s’interroger quant aux liens entre la mafia, les incendiaires et le gouvernement municipal, puisque ces incendies permettent de créer des aires de stationnement? L’immobilier est aussi une part importante des activités de la mafia, surtout concentrées autour du blanchiment d’argent, grâce à la construction de condos.

Pourquoi l’enquête sur les viandes avariées a-t-elle servi qu’à éliminer un concurrent francophone, à Magog ? Les autres compagnies anglophones utilisaient les mêmes moyens, mais on n’en a jamais entendu parler.

Pourquoi si les juges ne font pas partie de la mafia ne sont-ils pas tués? Ce ne sont pas les raisons qui manquent pour la mafia? Pourquoi si la loi n’est pas un racket pour faire travailler le plus d’avocats possible, et le plus longtemps possible, la loi n’est-elle pas périodiquement réécrite de façon à être modernisée?

Selon lui, je devais accepter de me prostituer un peu, car, du côté du pouvoir, je pourrais agir plus efficacement.

  • Ce n’est pas en te battant inutilement que tu feras passer tes idées. L’important, ce n’est pas d’avoir des idées, mais de leur faire rapporter de l’argent.

Pourquoi le hasard faisait-il que je rencontre en prison un organisateur conservateur, un ami du ministre de la Justice du Québec et deux autres prétendus prisonniers politiques? Ça fait beaucoup de hasards.

Est-ce qu’en étant politisé, j’attire automatiquement vers moi tout ce qui tourne autour de la politique ?

Même si Bourassa avait une chienne de moi, je ne faisais quand même pas branler le gouvernement à moi seul.

Quelques jours avant mon départ sont arrivés trois syndiqués, emprisonnés pour avoir  incité à la violence.  Je trouvais  ça dégueulasse,  mais  je n’y pouvais rien.

Un  nouveau  mot  était  maintenant  utilisé  dans  les  conversations  en  prison :

révolution.  Et,  ce  n’était  pas  moi  qui  l’utilisais  toujours  ou  le  plus souvent.

Les gars lisaient mon livre et riaient de me voir engueuler les libéraux. J’ai appris, comme tout le monde en prison, que Jérôme Choquette démissionnerait bientôt. Cela me semblait plus qu’invraisemblable, mais j’ai fait parvenir l’information au journal Le Jour. Quand tu as été journaliste, une primeur, ça veut toujours dire quelque chose.

Jusqu’à quel point les libéraux étaient-ils liés à la pègre pour qu’on sache en prison plusieurs jours d’avance ce qui se produirait dans la vie politique du Québec ?

Si le dernier message que j’ai eu alors n’était pas politique, c’est moi qui rêve. C’était à peu près ceci : « Ne refais jamais de politique, sinon tu n’auras pas besoin d’avoir fait quelque chose pour retourner plus longtemps dedans. »

C’était court, net et clair. Tu fermes ta gueule ou tu passeras ta vie en prison.

J’ai pensé que la prochaine fois on essaiera dans un coup monté de faire croire aux gens que j’ai été violent avec des petits gars ou qu’on fera sauter quelque chose en me le mettant sur le dos.

À ma sortie de prison, je n’ai pas pu récupérer le seul dollar qui me restait pour

survivre et que j’avais à la cantine. C’est comique de te faire voler par les gardiens de prison.

Quand je suis retourné à la maison, même si j’aimais encore Suzanne, mes doutes paranoïaques avaient tellement pris d’ampleur qu’au début je n’arrivais même plus à éjaculer. J’étais physiquement atteint.

Je ne voulais pas la laisser, j’en étais incapable; mais je ne pouvais plus croire de façon absolue qu’elle n’était pas mêlée à ce piège politique.

La politique avait encore une fois brûlé ma vie.

Alors qu’avant je m’en sortais plus baveux et plus brave, cette fois, j’étais grugé par en dedans.

Je n’arrivais pas à rattraper les énergies perdues.

J’étais écartelé entre mes opinions politiques et ma famille artificielle.

Cela ne m’empêcha pas de multiplier les démarches pour obtenir la libération du Cid, ce que nous avons obtenu assez vite.

J’avais perdu mes capacités au lit. Une bonne partie des Américains souffrent d’une maladie qui consiste à avoir peur d’aimer, l’amour étant devenu symbole de souffrance. Je devais en être atteint. Les Américains, obsédés par le mythe du mâle, trouvent leur bandage plus important que d’aimer la personne qui les accompagne dans leurs relations sexuelles. Cette peur de ne pas venir à temps ou de ne pas pouvoir bander était nouvelle, mais surtout très embarrassante.

38

L’amourajeux.

À ma sortie de prison, j’étais heureux, mais brisé.

J’ai rencontré un ami poète avec un petit blond d’une grande beauté. J’en fis presque une crise de jalousie. C’était décevant de réagir aussi bêtement, car, cet ami était un excellent poète de la libération et un ami que j’admire.

Entre deux actes de paternité, j’ai travaillé avec Pierre Brisson à la rédaction d’un nouveau recueil de poésie.

La littérature jusqu’à ce que le Québec soit indépendant est un moyen, un outil d’information, de prise de conscience pour faire comprendre aux gens le comment et le pourquoi les fédérastes essaient de nous écraser.

Quand l’indépendance sera faite, l’écrit aura perdu son caractère d’urgence, sa carcasse temporelle. Il deviendra rêve, création, recherche.

Ce sera fini les sermons et il faudra vivre la vie par la racine pour toucher davantage l’universel. Il faudra chercher plus en profondeur pour comprendre ce qu’est d’être un humain.

Ce petit livre de poésie L’amourajeux affichait mes convictions et mes peurs.

La vie de franc-tireur a des problèmes qui lui sont propres, surtout, quand tu n’y es pas préparé. Je voulais les exorciser en les nommant. Je n’étais pas encore l’homme libre que je suis devenu. Je souffrais de la morale avec laquelle on nous avait intoxiqués. Je devrais plutôt dire avec le silence que l’on nous imposait sur tout ce qui touchait la sexualité. On apprenait sur le tas, à partir de nos expériences parce qu’on ne pouvait pas faire confiance aux adultes qui devenaient       hystériques        juste       à       dire       le       mot        « cul       ».                                

J’aurais aimé que quelqu’un me dise que j’ai tort de me sentir aussi inférieur parce que je suis différent, pédéraste. J’avais besoin d’être rassuré sur mon authenticité comme si un pédéraste ne pouvait pas évoluer et être un individu aussi bien que n’importe quel autre. J’aurais voulu me sentir épaulé, mais ce n’est jamais venu.

Le bouquin fut d’abord refusé aux Herbes rouges avant d’être présenté à l’Hexagone. C’était important, surtout à l’Hexagone. C’était pour moi être reconnu comme poète. J’avais hâte de connaître le verdict.

L’Hexagone accepta le manuscrit. Le temps passait sans publication. Elle était retardée, disait-on, pour des raisons financières. Mon éditeur y ajouta ensuite ses préoccupations personnelles pour excuser le retard. Gaston Miron avait toujours une peine d’amour en sursis ou en trop.

Le livre a été scindé. La partie exécutée par mon frère de mots, Pierre Brisson, fut publiée alors que la mienne mourut sur les tablettes. Avec le PQ au pouvoir, il était, disait-on, dépassé. Comme si le PQ avait réalisé l’indépendance.

J’ai bien mal pris ces refus. Avant j’écrivais parce qu’on me demandait d’écrire. Je travaillais comme un fou sur mon écriture, d’autant plus qu’au début j’étais plus que pourri en français. Je me sentais comme quelqu’un qu’on a utilisé le temps que ça faisait leur affaire. Ça n’a pas tellement changé depuis.

Janou St-Denis avait-elle raison en disant n’avoir jamais trouvé une goutte de poésie dans mes textes. Par contre, elle avait l’ouverture d’esprit lui permettant de me laisser m’exprimer. Jamais Janou ne m’a refusé le micro. La droite jubilait de rage, mais elle croyait dans ce qu’elle disait.

C’était une authentique poète, elle. Une grande femme de la littérature qui m’a fait beaucoup réfléchir sur ma position face aux femmes. Je n’ai rien contre les féministes, au contraire, elles ont fait évoluer le Québec à une vitesse extraordinaire; mais les féminounes, elles, essaient, sans même sans rendre compte, de nous faire revivre dans la merde religieuse quant à la sexualité. Une haine et une honte maladive de son corps. Les féminounes sont les récupérées…

Je revivais mes éternelles angoisses quant à mon talent littéraire. Une fois de plus, je croyais n’être qu’un imbécile qui se leurre quant à son talent. J’avais mal à la plume. L’imagination crevait avec le goût de crier. Un autre espoir venait de s’écraser dans la fenêtre de la réalité.

J’ai pris une décision. Dorénavant, j’écrirai parce que j’adore ça. Je complèterai mes livres pour aller sur les tablettes. Ce sera mieux ainsi. Ce sera moins frustrant. Ça ne donne rien de se casser la tête, de travailler un an et parfois plus pour te faire dire non par tous les éditeurs.

Au Québec pour réussir, il faut être un loup et être dans le bon clan, celui qui est au pouvoir.

La plume a eu très vite raison de mes complexes d’infériorité. Je n’avais pas décidé de tout laisser tomber que déjà j’écrivais un nouveau roman L’État de Grâce. Ce fut refusé par Jean Basile, sous prétexte qu’il faudrait trop travailler pour le rendre académiquement acceptable.

La prison avait tout de même fait son œuvre. Je pouvais maintenant constater sans paniquer que ma vraie prison ce n’était pas Bordeaux Beach, mais la société. Tout ce que je pense est toujours mal, car, à la base on y retrouve une perception de pédéraste. Tout ce que je fais est toujours mal aux yeux des autres. La peur d’être seul, d’avoir tort, et surtout de mal aimer m’envahissait.

Je me sentais bien solitaire devant mon juge le Québec, le système politico judiciaire. Je me sentais cuit comme un homard par la vie elle-même. Plus je me révoltais contre cette injustice, plus je me divisais contre moi-même. Je gueulais contre le manque de radicalisme des autres alors que j’avais peur, je paniquais. Dans les gestes pour me dompter, la société n’y allait pas d’une manière virtuelle. Je me ramassais dedans; mais j’arrivais encore à échapper à une très profonde culpabilisation.

Quelque chose me disait qu’ils exagéraient et qu’ils étaient incapables de comprendre en dehors de leur petit nombril, de leur petite réalité. Je sentais que ma perception de la vie vraie était de plus en plus exacte. Elle me condamnait de moins en moins, sauf, à la solitude. Avec les enfants, grâce à l’école libre, j’étais jusqu’à ce que les adultes s’en mêlent, l’ami, l’égal, le Simopette. Mais en tant que père de Patrick et Yanie, j’étais l’autorité. Le père poule. Je voulais forcer Yanie à suivre une diète parce que j’avais peur que plus vieille elle souffre de ne pas avoir su contenir son appétit. J’étais aussi celui qui avec Patrick avait peur d’être amourajeux pour ne pas le traumatiser. Je ne savais plus où mettre les doigts.

Mes croyances l’emportaient pourtant sur tout ce que l’on inventait pour m’écraser.

J’avais peur d’irriter Patrick. S’il connaissait mon attirance pour les autres garçons, serait-il jaloux? Se sentirait-il abandonné, trahi? On ne sait jamais ce que les jeunes se mettent dans la tête. Ils sentent les choses différemment et plus facilement que les adultes. C’est d’ailleurs pourquoi il est facile pour eux de nous juger avec une précision chirurgicale. Disons immédiatement pour qu’il n’y ait pas de confusion : il ne sait pas passer une seconde ou un geste qui fut génital entre moi et Patrick.

Pour lui, j’étais un bon gars, je ne voulais pas le décevoir. C’est ainsi que la paternité nous entre tranquillement dans la peau.

Je suis juste quelqu’un de plus lent sur le plan émotif que les autres. J’en suis resté à définir la sexualité comme un plaisir. J’aurais été au ciel si j’avais vécu dans la Grèce antique, qui soit dit en passant, même si elle acceptait l’esclavage, était plus évoluée que le Québec poigné dans sa peur de la sexualité.

Je n’étais plus sûr de rien. J’étais toujours divisé entre mon nouveau statut de paternel artificiel et ma réalité sexuelle. Quand tu es pédéraste, tu ne peux pas le changer. Tu nais ainsi et tu meurs ainsi, du moins, quant aux désirs. Tu ne peux qu’apprendre à le vivre comme du monde. J’avais retrouvé mon insécurité des années 1963, comme lors de ma première sortie de prison.

Un sourire venu d’enfer 35

novembre 21, 2020

Autobiographie approximative

pp. 282 à 292

À mon arrivée en prison, je rêvais qu’à me venger. Je n’aurais jamais cru avait qu’il soit possible de sentir physiquement le besoin de tuer quelqu’un. Je n’avais jamais viscéralement ressenti une telle rage. C’était parce que cette fois ça touchait nos enfants et non seulement moi. Je me sentais responsable. J’aurais voulu partir avec un complice, me rendre au bureau du juge équipé d’un vidéo, l’amener au bout d’un revolver sur la rue Ste-Catherine et le forcer à parader nu, ce vieux maudit salaud.

Je jouissais juste à penser à son sang qui me coulait entre les doigts. Il ne briserait plus d’enfants, car je crois avec certitude que ces vieux scrupuleux n’ont aucune âme et font plus de mal que je ne pourrai jamais le faire, même si je suçais tous les petits garçons de mon quartier. Comment pouvait-il agir ainsi sans tenir compte de l’existence de Patrick et de Yanie?

J’ai eu de la difficulté à m’enlever ça de la tête, et pourtant, j’ai toujours été profondément non-violent. Mais, il y a des limites ! Il a fallu bien des jours avant de passer à autre chose que la haine et le goût de vengeance.

L’écriture m’a encore une fois sauvé. Toute cette haine a passé dans un poème, Hymne à la folie, puis dans le projet d’un livre l’État de grâce. L’écriture est souvent mieux qu’une cure.

Après ma libération, j’ai voulu faire ressortir le côté illégal de mon procès. Aucun avocat n’y a consenti. Ils disaient tous que les juges se tiennent entre eux et que celui qui prendrait en main une telle cause serait aussi bien de dire adieu à la pratique du droit. Et, on passe notre temps à nous répéter la loi, c’est la loi pour tout le monde. Bande de maudits hypocrites!

J’ai voulu en saisir les journaux, même Mainmise a refusé, ses directeurs disant qu’ils ne voulaient pas faire détruire leurs ateliers par la police. Belle justice !

À la prison, le lendemain soir, en allant porter mon cabaret après le souper, j’ai rencontré le bonhomme qui m’avait frappé en 1963, lors de ma première incarcération.

La prison, ce sont les autres. L’atmosphère. C’est l’enfer. Ça n’à rien avoir avec le fait d’y être bien ou pas. Tout est dans la vie entre prisonniers. L’incertitude globale et l’impossibilité de circuler où tu veux, quand tu veux.

J’en ai assez blêmi qu’en remontant, un garde qui ne me digérait pas, me dit que j’avais l’air moins brave.

Le prisonnier m’avait reconnu de toute évidence. Il m’avait promis en 1963 de me tuer s’il me revoyait dans une prison. Je n’étais pas plus certain d’y faire que trois mois. Allais-je y laisser ma peau?

Mon avocat a obtenu, après deux ou trois jours, la révision de ma sentence. Je suis allé aussitôt chercher mon chèque au bien-être. Je l’ai  eu  sans complication : j’avais une bonne raison d’être en retard.

C’est bizarre qu’un juge ne respecte pas la loi juste pour faire ses petites leçons de morale.

Il y a deux sortes de mafias, celle qui est illégale et celle qui est légale; mais les profits des deux vont dans la même poche de ceux qui dirigent, juste au-dessus. C’est le même principe que le système économique : seul le profit compte.

La loi a besoin de règles avec des zones grises pour permettre au système judiciaire de faire ses profits. Il faut une zone de travail pour les avocats. Le vrai boss est celui qui détermine ce qui est bien et ce qui est mal. Cela permet de pousser au maximum l’établissement d’une pensée unique.

Pourquoi n’ai-je pas le droit de croire dans une société où la liberté sexuelle est absolue tant qu’il n’y a pas de violence ou de domination? Pourquoi n’ai-je pas le droit de tomber en amour avec un petit gars?

Les raisons d’exister des lois pour des gestes sexuels sans violence sont carrément stupides et basées sur des connaissances complètement dépassées. On sait maintenant que les raisons motivant ces lois sont de la pure ignorance.

L’école libre ne prouve-t-elle pas que l’égalité est possible entre deux personnes d’âges différents ? C’est une question de motivation et de perception et surtout d’attitude. Ça dépend de l’image que l’on se fait de l’autorité. Est-ce que l’autorité peut être gentille? Toutes ces lois sont formulées par la même clique, le même regard religieux. Les mêmes mensonges.

À mon deuxième procès, j’avais pris toutes les dispositions pour que les enfants ne souffrent pas de mon emprisonnement.

Je me suis même fait couper les cheveux, car, en plus de devoir le faire de temps en temps pour leur propre santé, cela permet parfois d’amoindrir les préjugés du juge à ton égard. L’habit fait le moine quoiqu’on essaie de nous faire croire le contraire.

Le juge de mon rappel a refusé de changer la sentence, car, disait-il, la transcription de mon procès présentait un contenu tellement grave qu’il n’osait même pas en lire les passages au procès. Quel constipé!

Dans mon premier procès, le juge posait des hypothèses pour rendre ça plus croustillant alors que les jeunes réfutaient ses dires. Je me demande bien où il allait chercher ses passages intolérables à l’oreille. Serait-ce que les juges ne savent pas lire? Lisait-il en voyant seulement les bouts qui faisaient son affaire?

En fait, il voulait parler du moment où Réjean racontait comment je le tenais quand il s’assoyait sur moi. Mon avocat a fait valoir le témoignage de Réjean à savoir qu’il n’y avait jamais eu de gestes indécents. Il a insisté sur le fait que cette sentence me révoltait plutôt que m’aider à me réadapter. Il ajouta que dans bien d’autres causes, pour des actes beaucoup plus graves de récidives où des jeunes avaient été sucés, même enculés, ces derniers avaient eu de légères amendes et des condamnations avec sursis alors que je n’avais pas d’antécédent judiciaire (sur le plan légal, car on n’avait pas le droit de faire allusion ou de sortir ce qui s’était passé quand je n’avais pas 21 ans, âge de la majorité canadienne). Mais, ça n’avait pas d’importance pour le juge. Il faut accepter et obéir aux lois quand ça fait notre affaire. La justice, c’est de la merde quand il s’agit de sexe.

C’est alors que j’ai commencé à croire que la seule différence était que ces messieurs n’avaient pas avalé que j’aie manifesté parce que j’avais perdu mon emploi pour avoir écrit en français». En fait, j’étais puni pour m’être tenu debout, plus que pour avoir été indécent dans leur façon de voir la vie. Finalement, cette affaire arrivait dans le bon temps pour le système qui veut garder les Québécois endormis.

Quant à l’avocat de la Couronne, il a rappelé que la Couronne avait de fait demandé une petite sentence. Le juge, pour sa part, prétendait que sur cinq ans d’emprisonnement, trois mois, c’était une petite sentence.

  • Je maintiens les trois mois de prison. Tu peux même te compter chanceux que je ne te donne pas plus de temps.

Cela confirmait ce que l’on m’avait déjà dit. Rien ne sert de faire appel. Les juges considèrent cela comme un affront et ils te donnent généralement plus de temps pour t’apprendre à respecter la cour. Maudite belle institution. La vraie mafia. Celle du pouvoir et de l’argent.

37

Bordeaux Beach

J’ai repris le chemin de Bordeaux, mais cette fois, je le prenais avec calme. Les enfants ne seraient pas privés de marger parce que je ne serais pas là pour aider à payer. Tout était prévu.

À Parthenais, un policier m’a fait parader nu durant plusieurs minutes.  Je n’avais encore de bedaine, j’étais donc plus regardable. Il a fallu un autre policier qui lui rappelle qu’on m’attendait pour aller à Bordeaux. Je pouvais enfin me rhabiller grâce à son intervention.

Mon séjour en prison fut très agréable, mais très politisé.

À mon arrivée à Bordeaux, j’ai affirmé à ceux qui me questionnaient me considérer comme un prisonnier politique.

Je leur ai raconté mon histoire, même si je savais qu’en prison parler de relations sexuelles avec des mineurs, c’est t’assurer de faire du temps dur, d’autant plus que j’étais dans l’aile commune. On oublie de considérer que le système décide ce qui est majeur et mineur comme si le temps se coupait au couteau et que tout le monde a la même notion de la capacité de conscience et de décision. Si on écoutait les féminounes et la police, on serait encore mineur à 50 ans.

Les gars ont tout de suite été solidaires. À leur avis, plusieurs prisonniers étaient incarcérés pour des raisons politiques camouflées derrière des raisons criminelles. Un autre individu, condamné par la CECO, disait être lui aussi un prisonnier politique. J’avais trop peur de la mafia pour me mêler de ça, mais je voulais bien savoir pourquoi il pensait ainsi. Sept ans de journalisme, ça développe le sens de la curiosité.

Il considérait probablement sa fidélité au parti libéral et à la pègre comme un engagement politique.

Au cours des premiers jours, les gardiens étaient assez baveux, surtout l’équipe du soir. Ils n’ont absolument rien à faire de la nuit, à part écœurer des prisonniers sans défense et se plaindre de toujours être fatigués. Le matin, au réveil, tu ne pouvais absolument rien leur demander. Il fallait attendre l’équipe de jour qui, elle, n’était pas composée de policiers qui viennent se chercher un deuxième emploi, un deuxième salaire, en devenant gardien de nuit.

Les gardiens de nuit étaient plus mordus pour le rétablissement de la peine de mort. Sans peine de mort, ils ont toujours la chienne qu’en ayant abusé d’un prisonnier il s’en trouve un pour aller les descendre comme cela s’est déjà produit.

Tout a changé quand j’ai rencontré un professeur. Je suis vite devenu son ami. Il connaissait très bien le ministre de la Justice, Jérôme Choquette. Il pouvait, disait-il, le rencontrer aussi souvent et aussi vite qu’il le voulait.

Je ne lui ai pas caché mon mépris non seulement de Choquette, mais aussi de Bourassa. Roger tenta de me les faire voir sous un nouvel éclairage, mais ce ne fut pas un succès.

J’ai hésité à continuer d’être ami avec lui, mais Roger était très sympathique, très humain et très agréable de discussion. On n’a pas 10,000 amis en prison. Quand on en a un, c’est important de le garder. Pourquoi serais-je assez fou pour ne pas garder un ami sous prétexte qu’il connaît un ministre que je n’aime pas? Nous discutions d’ailleurs très peu de politique. Les sujets étaient tout naturellement orientés vers l’éducation et la religion.

Roger était très intéressé par ma notion de liberté en éducation. Dans ce dernier domaine, j’étais plus conservateur que Suzanne, car je croyais encore dans une forme de discipline. Cependant, ma tolérance était beaucoup plus profonde ou large que la plupart du monde. Ma limite était la violence ou la domination. On peut être égal aux jeunes dans nos relations avec eux, mais dans une situation de parent ou de prof, on ne peut pas échapper à la nécessité d’établir des frontières qui soient complètement justifiées. On devient automatiquement l’AUTORITÉ.

Pourquoi telle ou telle règle est-elle le fondement de notre façon d’agir? Est-ce que cette règle est justifiée? Les jeunes expérimentent la vie et se fient à notre expérience pour les aider à définir leurs propres valeurs. Qu’on le veuille ou non, en devenant parent, on n’est plus leurs égaux. Par ailleurs, plusieurs parents s’imaginent à tort être les propriétaires de leurs enfants.

Roger concevait son internement comme moi : trois mois à aider les moins instruits; trois mois à connaître des gars souvent très charmants; trois mois à chercher moyen de ne pas s’ennuyer.

En prison, la monotonie est écrasante. Il vient un temps où tu ne sais plus comment l’étouffer. C’est bien beau les cartes, la télévision, les poids et altères; tu t’ennuies de ceux que tu aimes, tu trouves le temps long; tu te sens impatient, car même pour téléphoner, tu dois obtenir la permission.

Le bruit des portes est infernal. On te garroche ta ration de cigarettes comme si tu étais un chien. On fouille ta cellule pour s’assurer que tu n’as pas deux couvertures, même si tu gèles la nuit. La prison, c’est perdre ta dignité.

Cependant, il faut admettre qu’à Bordeaux, c’était tout de même bien moins dur qu’en 1963 à St-Joseph de Beauce.

Il est possible de se faire très vite des amis et de passer quelques mois agréables. C’est ce que je me suis forcé de faire. J’ai reluqué ceux que je trouvais beaux. J’ai assisté à une soirée des AA pour connaître ce mouvement.

Le nombre de copains a vite grandi, mais nous étions trois inséparables : Roger, dont j’ai déjà parlé. Jérôme, quant à lui, était comme par hasard, un petit industriel, organisateur du parti conservateur, incarcéré parce qu’il n’avait pas payé ses billets de circulation. Il y avait aussi Éric.

Jérôme m’a appris qu’en 1972 le parti conservateur avait tenu une réunion spéciale à Montréal pour réagir à un candidat farfelu à Sherbrooke. De toute évidence, c’était moi, le rhinocéros. La belle époque de l’humour. J’étais flatté de l’apprendre. Nous avons discuté de politique. Jérôme prenait très mal son incarcération.

S’il avait été en prison une semaine de plus je crois qu’il serait devenu fou. Il était préoccupé par sa famille et le fait qu’il s’aventurait dans une nouvelle production dans son commerce.

Je ne lui ai pas caché ce que je pensais de la venue de la reine Élizabeth aux Olympiques : « C’est encore une provocation de Trudeau pour justifier la répression. Il espère qu’elle se fasse tuer au Québec, cela permettrait à l’armée de refaire le coup d’octobre 1970. L’unité canadienne à la Trudeau ne peut pas se réaliser sans un coup militaire qui fasse disparaître les indépendantistes. Il provoque ainsi depuis toujours. Certains qui l’ont connu plus jeune m’ont raconté qu’il se rendait dans les quartiers pauvres avec son gros char pour écœurer les gens, en espérant qu’ainsi ils se réveilleraient. Pet Trudeau déteste les Québécois. Comme disait mon père, il a été élu parce qu’il a promis aux Anglais de nous écraser; mais au lieu de nous assommer, il nous a réveillés.

Quant à Éric, il travaillait à la gare des chemins de fer. Sa grande obsession : repérer les gais et surtout ne pas perdre un seul de leurs gestes. Pas le moindrement clignement de paupière ne lui échappait. Il était tout œil et toute ouïe. Rien ne lui échappait. Chanceux, je n’ai jamais été pris, même s’il fut un temps où je courais ses toilettes.

Finalement, Augusto était un jeune Espagnol qui avait été arrêté pour le pot, je crois. Il parlait très peu et nous rejoignait pour jouer aux cartes. C’était mon partenaire habituel.

En prison, c’est toujours la même chose. Heureusement, ce ne sont pas toujours les mêmes prisonniers. La tôle, ça te rend forcément plus cordial, plus amical. Il ne faut pas avoir d’ennemis, sinon le temps est très long.

Nous passions l’avant-midi à marcher et discuter ou encore plus longtemps à regarder la télévision commune.

À la même époque, le canal 10 présentait une annonce dans laquelle un petit bonhomme franchissait un appartement avant de sauter et apparaître complètement nu. Les scrupuleux sont assez fous pour vêtir même les bébés, mais celle-ci leur a échappé. C’était très surprenant. Je ne sais pas pourquoi, mais j’étais accroché à cette publicité. Ce nu me rassurait intérieurement. Peut- être qu’un jour les humains seront moins fous quand il est question de sexualité? Serait-ce que la prison nous rend encore plus vicieux? Tant qu’à payer, autant en profiter un peu avant.

L’après-midi, je passais la plupart de mon temps à lire ou à écrire. J’ai écrit une nouvelle littéraire : Dead City; une histoire de camp de concentration pour francophones dans l’Ouest.

J’écrivais aussi des tentatives de petites fables pour nos petits. Cela leur plaisait beaucoup quoique Yanie trouvait que je dessinais mal. Ce fut toujours le cas. J’aurais voulu marier la poésie et le dessin. Ce n’était pas une découverte, Gaston Gouin le faisait bien avant moi. C’était une expérience qui m’intéressait, mais je suis encore plus tarte dans les arts que dans l’écriture.

J’ai aussi fait connaissance en prison de personnages gais comme dans les textes de Tremblay. La duchesse m’a bien plus et je l’ai refilé aux « grandes »  qui vivaient dans notre aile.

Même si je trouvais le temps long, je ne réagissais pas à la prison comme en 1963 alors que je me sentais coupable de tous les crimes de la terre. Je ne me sentais plus coupable et j’étais bien moins scrupuleux. J’aurais au contraire eu un « oui » facile.

Puisque les petits n’étaient pas condamnés à crever de faim, je pouvais respirer. Je prenais mon nouveau rôle de père artificiel bien au sérieux, trop même. J’étais conservateur dans mon éducation et parfois même autoritaire, soit le contraire de ce que j’ai toujours prêché. Cette fois ce n’était pas de la théorie, les problèmes étaient réels.

Il n’en était pas de même pour Jérôme qui, pris de remords, courait chaque jour plus vite à la dépression nerveuse. Évidemment, il s’est converti et Dieu est devenu toute sa vie. Je me suis alors rendu compte qu’il s’agit d’une réaction moins individuelle et particulière que je l’aurais cru.

La prison a souvent des effets régressifs, surtout religieux, la première fois qu’on y va.

Je faisais mon temps de façon assez agréable. Ma bonne vieille paranoïa d’un rêve dans lequel je me faisais tuer juste après avoir dit que j’aurais été mieux de rester en prison n’arrivait même plus à me rendre malheureux. Ce n’était pas masochiste, mais je n’avais pas à  avoir  honte.  La honte  est  la  pire  infamie qui s’attaque à l’estime de soi. C’est le meilleur moyen pour nous rendre esclaves des autres.

Parfois, je craignais que la prison soit le prolongement du « piège politique », s’il y en avait un. Je me reprochais de parler avec Roger et Jérôme, puis j’envoyais promener cette peur. Même si j’avais parlé à un infiltré de la police que pouvais- je dire de si grave, sinon leur apprendre ce qu’ils savent déjà, soit que je suis en pleine guerre avec les libéraux et le fédéral.

Je commençais à croire que tout ça était complètement fou. Un genre de cauchemar. Pourquoi un si gros système s’occuperait-il d’un petit baveux comme moi? Pourquoi toutes mes bibittes ne seraient-elles pas imaginaires? Pourquoi Gaston Gouin ne serait-il pas mort dans un vrai accident ?

Pourtant, que la police me maudisse la raclée, qu’une auto nous rentre dedans alors qu’on voit le chauffeur qui semble le faire exprès, ça n’a rien d’une illusion. Ce sont des faits. Mais, comme disait Suzanne, tout ça n’a pas de sens, simplement parce que je suis seulement un ti-cul.

J’étais bien avec les prisonniers. C’est ton rapport avec les autres qui fait toute la différence en prison. Si tu tombes sur un groupe qui te fait manger tes bas, le temps est éternel; mais si les autres sont gentils, ce n’est pas pire qu’ailleurs.

J’aimais jouer aux cartes et faire de l’exercice physique. Je pouvais ainsi observer un prisonnier qui avait manifestement un goût des plus jeunes. Certains de ses petits serins m’auraient vraiment plu, mais comment avoir des relations sexuelles en prison, tu es toujours surveillé. C’est ça la prison, selon le philosophe Foucault. « Ne pas réussir à se sauver du regard de l’autre. L’œil de Dieu, scrutateur et vengeur.»

J’aurais bien voulu comme Jean Genêt tomber en amour avec un prisonnier. Cela était impossible. Pourtant, plusieurs pensaient que j’étais le petit amant de Jérôme. Celui-ci était assez gros et bien bâti pour décourager tout concurrent un peu entreprenant, mais en réalité c’était de la soie.

C’est ainsi qu’une fois, Ti-Noir fut très heureux de se retrouver seul dans ma cellule. Il n’avait pas tellement élaboré son baratin. Les propositions pour que l’on se retrouve à la Baie James commençait quand Jérôme est arrivé. Ti-Noir rampait sur le plancher. C’était comme s’il essayait de « cocuer » Jérôme. Pauvre Jérôme, il ne comprenait pas pourquoi il lui avait tant fait peur. J’ai dû lui expliquer.

Jérôme faisait depuis semblant dans la salle publique d’être « mon sugar dady ». Tout le monde l’a cru, d’autant plus que nous étions presque toujours ensemble. Quelle farce monumentale ! Jérôme était homophobe.

Grâce à ces farces, j’ai pu lui faire comprendre qu’il n’y a rien de méprisant ou de honteux à être gai. Nous en avons souvent discuté et il semblait avoir perdu ses préjugés quand il quitta la prison.

Parfois, je faisais ouvertement des propositions à Éric, question d’avoir un peu de plaisir. Je commençais à lui passer les doigts sur les cuisses qu’il enlevait aussitôt. Je faisais des scènes à Roger, disant qu’il m’avait enlevé Éric. Nous nous amusions bien à travers ces comédies instantanées. Pour plusieurs, cela était totalement la vérité. C’est ainsi que nous nous sommes rendus dignes de l’amitié de toutes les grandes et des costauds qui les protégeaient.

Les gardes riaient bien de toutes ces paroles en l’air. L’atmosphère était très détendue. Le plus drôle, j’ai appris en dehors de la prison qu’Éric était vraiment gai.

Ma bonne conduite m’a permis d’obtenir une libération conditionnelle de trois jours afin d’aider Suzanne à déménager de façon à ce que nous soyons plus près de l’école libre. C’est avec anxiété que j’ai attendu ce moment.

Je me suis présenté au gardien avec la nouvelle que je venais d’écrire afin de la sortir ainsi sans censure si possible. Les messages contre Choquette, je les écrivais habituellement sur des papiers à l’extérieur des enveloppes de façon à ce que les gardiens puissent les lire et ne soient pas tentés d’en faire autant de mes autres textes. Une autre façon de faire de la politique. Je me suis présenté avec mon texte.

  • Qu’est-ce que c’est ça?
  • Une nouvelle littéraire.
  • Une nouvelle?
  • Bien oui. Il y a des romans et des nouvelles littéraires. Les nouvelles sont, si tu veux, des petits romans très courts.
  • Le gardien semblait encore plus perdu. Il estampilla le texte et je sortis sans qu’il lise une ligne.

Ce fut une fin de semaine invraisemblable. Le Richelieu profitait des premières chaleurs de l’été pour gazouiller dans les verts abords de la rivière. J’étais au paradis avec Suzanne et les deux petits. Une fin de semaine mémorable de bonheur.

Le dimanche, j’ai décidé, en retournant en prison, d’apporter de la cire pour un compagnon qui créait de petits pendentifs intéressants.

Je l’ai d’abord caché dans mon pantalon, mais à mon arrivée à la barrière, j’ai cru que je serais immédiatement fouillé. Certain d’être pris, j’ai enfoui la main sous ma ceinture. Les gardiens ont blanchi. Je leur ai donné les cierges. La tension a immédiatement diminué.

Ils avaient cru sans doute que j’avais une arme.

  • Pourquoi cette cire?
  • Pour sculpter.
  • En as-tu beaucoup comme ça?

Je ne comprenais rien. Je pensais qu’on avait découvert quelque chose d’irrégulier, mais quoi? J’avais peur de compromettre Suzanne qui m’avait donné la cire.

Les officiers m’ont fait croire que je pourrais avoir plus de temps pour avoir amené cette cire. J’ai su seulement deux jours après que je n’en entendrais plus parler. Pourquoi m’avoir fait autant peur pour rien? Je venais de vieillir de deux ans en deux jours. Quand on n’est pas un bandit, on ne pense pas à tout ce qu’ils peuvent inventer.

J’ai compris beaucoup plus tard, en y réfléchissant et à la suite d’un film, qu’effectivement la cire pouvait être dangereuse, dans le sens, que certains pouvaient s’en servir pour faire des armes de poing. Je n’avais même pas été effleuré par cette idée. Il faisait de jolis pendentifs, c’est tout ce que j’avais vu.

Nous étions à jouer aux cartes, quand un jeune que je ne connaissais pas s’est présenté en demandant à parler à l’ancien journaliste que j’étais.

  • C’est moi.
  • C’est écœurant ce qui t’arrive, mais ils le paieront au centuple. On ne met jamais la conscience d’un peuple en prison.

C’était très élogieux, mais je refusais de plus en plus à me percevoir comme aussi important. Je ne voulais pas m’enfler la tête et devenir encore plus paranoïaque. J’avais déjà assez de misère à savoir si j’étais là pour des raisons de mœurs, comme ils le disaient, ou politiques comme je le croyais.

Le jeune m’apprit qu’un Mexicain était aussi prisonnier pour des raisons politiques. Celui-ci était complètement désespéré.

Le Cid Magané (comme je l’appelais) avait été arrêté pour rien en 1970 et déporté. Sa famille était au Québec, il est revenu dans le but de s’installer et de s’occuper de sa famille, son épouse, son garçon et sa fillette. Son histoire faisait vraiment pitié. Je n’aurais jamais cru que l’immigration fédérale s’en prenne aussi atrocement aux immigrants.

Le Cid était en prison depuis plusieurs jours pour des accusations, qu’il me garantissait, en larmes, absolument fausses. Il ne savait pas quand aurait lieu son procès et pourquoi encore une fois l’immigration voulait le déporter.

Il était évident que je ne pouvais pas faire grand-chose pour lui, sauf avertir le représentant de la Justice au Parti québécois, Me Robert Burns, en qui j’avais toute confiance. Il fallait aussi alerter le seul quotidien indépendantiste, le Jour. Mais comment ? C’est ainsi que j’ai recommencé à inventer des moyens pour parvenir à expédier des lettres clandestines qui échapperaient à la censure.

Puisqu’il en était ainsi, je me suis fait apporter deux copies de Il était une fois les Cantons de l’Est que je distribuais aux prisonniers qui voulaient le lire. Tant qu’à être en prison à cause des libéraux, autant leur faire regretter leur geste. J’étais respecté et plusieurs voulaient lire mon livre. Quant à Re-jean, il se promenait aussi en prison, mais dans des circuits plus spécialisés.

Jérôme fut le premier à quitter Bordeaux Beach. Il était heureux comme un enfant.

Un sourire venu d’enfer 34

novembre 20, 2020

Un sourire sorti d’enfer 34

Autobiographie approximative

pp. 272 à 282

Puisque les jeunes ne rêvaient que de Suzanne, j’ai appris à garder à regret mes désirs pour moi. Ce n’était pas grave : j’ai passé ma vie à désirer inutilement ou à ne pas avoir l’audace de prendre ce qui m’était offert. Je ne voulais pas les brusquer, même si j’espérais qu’un jour, ils auraient autant d’intérêt pour moi. C’était presque inscrit dans la nature puisque de façon générale les gars vont plutôt rechercher une femme. Un besoin qui les emporte vite à l’adolescence. Tous les jeunes veulent se sentir normaux.

C’était très frustrant de voir les jeunes s’exciter sexuellement devant le mot liberté et d’être privé de pouvoir en profiter véritablement. Suzanne me reprochait d’être hypocrite, car souvent, disait-elle, en jouant, je touchais aux jeunes. C’étaient des touchers pseudo accidentels que j’aimais bien. Je suis certain qu’ils n’avaient aucune influence néfaste sur les jeunes qui, au contraire, aimaient les provoquer, surtout en voulant lutter. Ils profitaient autant que moi du fait que je me laissais faire sans crier au meurtre. Vu de l’extérieur, c’était différent.

Avec cette liberté, les jeunes étaient plus volubiles, plus curieux, mais aussi plus créatifs. Ils étaient plus chaleureux et plus rassurés quant à leur possibilité de tout nous raconter et de se mettre l’âme à nu.

Nous étions au ciel, nous venions de trouver une maison, près du Richelieu.

De plus, c’était un vrai miracle : je n’étais pas paranoïaque du fait que Suzanne, pour  nourrir  les  enfants,  avait  jusqu’à  que  là  travailler  pour  le  parti  libéral.

Je comprenais ses préoccupations. Les enfants sont toujours plus importants que n’importe quelle idéologie. Mère, seule, c’est une vie exceptionnellement difficile. Souvent le mari ne paie pas la pension alimentaire qu’il doit payer ou le bien-être refuse de continuer à verser des prestations à cause d’un emploi à temps partiel. Les fins de mois, même si je contribuais maintenant aux dépenses familiales, étaient extrêmement difficiles.

Devant toutes ces explications, je trouvais ridicule d’attacher trop d’importance aux peurs et aux idées politiques. D’autant plus que je considérais plutôt Suzanne comme une anarchiste, une féministe enragée plus qu’une vraie libérale. Elle m’introduisait à un monde formidable : l’éducation.

Nous travaillions à la préparation du déménagement avec fébrilité. C’était merveilleux. Nous aurions  une  maison  à  nous.  Et,  j’aurais  ma  famille  à  moi. J’étais enfin devenu comme les autres.

Le dimanche, les petits gars se sont chicanés. Cela arrivait souvent, car, les plus grands essayaient toujours d’imposer leurs jeux à Patrick. Il voulait cette fois que Patrick partage leurs vols. Patrick leur a résisté, convaincu qu’il pouvait compter sur moi pour sa protection.

Le vase a débordé quand Patrick a aussi refusé de partager son sac de croustilles.

Pour se venger de lui, nos trois beaux merles sont allés raconter à leurs parents que l’on vivait souvent nus à la maison. C’est en soi très banal, il n’y a rien de grave à être nu. On n’est pas né tout habillé. Mais, les parents hystériques ont appelé immédiatement la police.

Patrick est entré à la maison complètement fou de peur. Il pleurait. Il criait :

  • La police va venir vous chercher.

Nous avons essayé de lui calmer les nerfs le plus vite possible.

  • C’est ta faute aussi, gros Christ. Si l’autre jour, t’avais laissé entrer dans la maison Daniel et Réjean, il n’aurait pas bavassé.

Je leur avais interdit d’entrer, car nous étions encore nus et nous ne voulions pas mettre fin à notre déjeuner.                                           .

Il fallait à tout prix rassurer Patrick et Yanick. Éviter que cette situation les traumatise. J’avais une peur affreuse. Je ne me pardonnerais jamais d’avoir rendu des enfants malheureux.

Le soir, Daniel et Réjean sont venus à ma rencontre alors que je retournais au logement chez Suzanne. Ils m’ont offert des croustilles, tout en confirmant que leurs parents avaient appelé la police. Ils étaient ravis que je ne sois pas fâché après eux.

Au cours de la semaine, nous avons commencé le déménagement. Le samedi, un ami venait nous donner un coup de main avec sa camionnette.

Entre temps, Suzanne avait été chargée de rencontrer un de ses amis, avocat, afin de savoir ce que nous pourrions faire pour nous tirer de l’impasse. Celui-ci aurait recommandé de plaider coupable avec explications, sous prétexte, que dans ces cas c’est le seul moyen de ne pas être roué de coups de la part de la police.

Nous étions très occupés le samedi après-midi à déménager quand les détectives sont arrivés à la maison. Nous avons été interrogés séparément.

À ma grande surprise, Suzanne était à dire aux policiers, quand je fus amené à la cuisine, que je travaillais encore pour Québec-Presse, même si je n’étais pas payé. Je me suis demandé ce que venait faire ma collaboration politique exceptionnelle dans cette affaire. Voulaient-elles leur signifier qu’on était des gens importants? Drôle de défense. Les policiers étaient du poste 4, réputés mener les opérations d’ordre politique; mais nous habitions dans le quartier sous le ressort de ce poste de police. Que fallait-il en conclure? Suzanne voulait sûrement nous protéger en leur affirmant que je suis journaliste, mais elle avait aussi sa carte de membre du parti libéral. Avais-je été piégé? Il m’arrive toutes sortes de mésaventures dès que je m’occupe de politique.

L’ambiance avait bien changé. Les jeunes étaient devenus agressifs avec nous à cause de la réaction de leurs parents. Ils sont même venus d’essouffler nos pneus alors que la camionnette était complètement remplie.

Suzanne rencontra les mères des petits, au cours de la semaine suivante, afin de leur expliquer la situation et si possible obtenir qu’elles retirent les plaintes. Ce fut peine perdue. Nous avons seulement appris que le père d’un des petits, reconnu comme un trouble-fête dans tous les mouvements sociopolitiques du quartier jurait d’avoir ma tête. Pourtant, il ne me connaissait même pas.

Suzanne continuait d’y voir une vulgaire affaire de mœurs. Elle avait peut-être raison. Moi, j’y faisais un rapprochement avec mes engagements politiques. Ça ne pouvait pas être encore une fois qu’une simple coïncidence.

Les problèmes causés le samedi à la camionnette avaient dramatiquement retardé notre déménagement.

Le soir, après ses cours. Suzanne se rendait à l’appartement qu’elle laissait pour faire du ménage. Elle a reçu à nouveau la visite des policiers qui apportaient deux mises en accusation.

Tout allait mal. Les enfants ne pouvaient voyager en autobus que le matin, il fallait le soir aller les chercher sur le pouce à quelque dix milles de chez nous. La fournaise ne fonctionnait pas et l’huile s’était répandue à la grandeur de la cave sur le plancher. Il fallait maintenant, en plus des problèmes de finance et de déménagement, se rendre en cour répondre à leurs accusations, les unes plus folles que les autres.

Suzanne a été la première à subir son procès.

La déposition de Réjean était particulièrement accablante. Il prétendait que nous lui avions donné des cigarettes pour avoir des rapports sexuels avec lui. Il ajoutait que Suzanne l’avait initié à faire l’amour alors que moi, le torse nu et en culotte, je m’étais appliqué durant ce cours de « baise » à lui peser sur les fesses. Un des petits témoins y alla même du refrain selon lequel je les terrorisais avec mes gros yeux méchants.

Suzanne était complètement révoltée contre les petits alors que j’essayais toujours de les disculper sous prétexte que ce n’était pas de leur faute, mais celle de leurs parents devenus complètement fous.

Une situation bien normale au Québec puisqu’on nous a prêchés toute notre vie que le sexe c’est le péché des péchés.

À mon avis, en principe, les enfants sont des êtres très propres que la société n’a pas encore corrompus d’où l’impossibilité que ce soit eux qui aient inventé ces histoires. Règle générale, les aveux sont contenus dans les questions des enquêteurs. Les jeunes les répètent pour leur faire plaisir et n’osent pas les contredire par la suite. Ils ont trop peur des réactions.

Comme cerise sur le gâteau, le père d’un des petits, qui ne s’occupait jamais de son garçon en d’autres occasions est venu témoigner que son fils avait été terriblement traumatisé par la nudité. Ce doit être pour ça qu’ils voulaient tous toujours revenir…

J’étais, au contraire, convaincu que la réaction stupide des adultes et l’obligation de venir en cour les avaient bien plus marqués. Ce ne doit pas être un cadeau pour un jeune que de voir la police venir s’intéresser à leurs petits jeux de cul et de  voir  les  adultes  explosés  comme  s’ils  avaient  tué  le  président  du  pays.

Après avoir pris la cause en délibéré, le juge a rendu un verdict de culpabilité envers Suzanne, disant que même s’il reconnaissait que de plus en plus de familles en Europe partagent notre option sexuelle et conçoivent une plus grande liberté sexuelle, la voulant même bénéfique aux enfants, il devait prendre cette position,  car   « il  fallait   éviter  que   trop  de   jeunes   soient  traumatisés   par fascination et courent chez tous les nudistes de leur voisinage pour en profiter eux aussi. »

Il insista surtout sur le fait que nous n’avions pas à éduquer tout le quartier. Il remit sa sentence à plus tard, tout en interdisant que d’autres enfants viennent chez nous à moins que les parents soient avertis auparavant de nos conceptions sexuelles.

Pendant quelques jours, j’ai paniqué plus que jamais, car l’avocat de la Couronne nous menaçait de nous enlever Patrick et Yanie. Non seulement notre avocat nous a rassuré qu’il ne pouvait pas en être question, mais le juge lui- même concéda qu’il est impossible de rendre des enfants malheureux sous le prétexte que de « bonnes mœurs » avaient été transgressées. Il y avait au moins une personne intelligente dans le système judiciaire.

Ce fut tout un soulagement de recevoir confirmation que la cour ne répondrait pas favorablement à cette demande fasciste. Je voyais le procureur de la Couronne comme un vieux garçon, eunuque et sans tête, pour avoir des idées aussi méprisantes de la famille et de l’ignorance du besoin des enfants de vivre avec leurs parents.

J’avais déjà passer mon temps en prison, la sentence de Suzanne était remise de semaine en semaine, de mois en mois, ce qui nous compliquait joliment la vie. Cela m’empêchait, entre autres, de pouvoir trouver un emploi stable et nous sortir des problèmes financiers qui m’insécurisaient affreusement.

Plusieurs mois plus tard, Suzanne a connu sa sentence. Selon le juge, j’y avais assez goûté puisque j’avais été condamné à la prison. Il ne voulait pas que ce soit la famille qui paye pour cette situation, car nos enfants devaient aussi assumer une part des inconvénients. Suzanne fut condamnée à payer une amende de 50 $. Je l’ai payé, car je me sentais responsable de ses malheurs.

À mon avis, si je ne les avais pas connus, cela ne serait jamais arrivé. Pire, j’avais indirectement incité Daniel et Réjean à venir le matin, car je leur avais dit qu’ils risquaient ainsi de nous trouver nus. Une tentation de voyeurisme qu’il ne laisserait pas tomber. Je doutais de mes avertissements peu sincères pour les empêcher de venir. Je le faisais, mais j’espérais le contraire. J’avais été égoïste et irresponsable. Mes petits désirs cochons l’avaient emporté sur le bon sens et le bien général.

J’avais manqué à une responsabilité qui constitue une première différence entre la pédérastie et la paternité. La responsabilité familiale. Je ne connaissais pas encore le mur entre le désir et la réalisation du désir. Je commençais à m’interroger sur la répercussion de mes gestes. La vie m’apprenait qu’il y a des différences, selon les situations.

Si tu es le père, passer aux actes peut vraiment être négatif pour le jeune, car avec la morale sociale acceptée dans le milieu, le père devient alors une forme de délinquant aux yeux de son garçon. Pédéraste, tu es un être de l’extérieur. Tu n’es pas celui de qui on attend un exemple, mais un partenaire de jeu. Donc, pour toi, franchir le mur du passage à l’acte n’a pas le même sens, ça n’a pas la même répercussion. Le jeune te voit autrement que le père. Si tu es père, passer à l’acte peut être un abus significatif si le jeune est élevé dans un milieu scrupuleux alors que pour le pédéraste, le refus de franchir ce mur peut être perçu par le jeune comme un manque d’amour et de confiance. Une forme d’indifférence, de rejet.

Je n’avais rien à être fier de moi, mais personne ne peut nous enseigner comment se conduire dans de telles occasions, sinon la stupidité de la chasteté de l’Église pour les jeunes. Je n’avais pas encore apprivoisé le contrôle de mes désirs pour protéger les autres. C’était mon seul remords. La leçon servait à ériger les premiers murs endiguant ma notion de liberté absolue. On peut être libre, mais il faut surtout comprendre la responsabilité qu’incarne cette liberté.

Je pensais devenir fou d’avoir ainsi créé autant de problèmes. Mais, je considérais la réaction des parents des jeunes encore plus folle. Il n’avait pas souffert, il n’avait été que plus heureux. Si les parents de ces jeunes avaient réagi d’une manière intelligente, les jeunes auraient oublié l’événement. Ils vivaient déjà des choses bien pires quand pour se faire des sous ils s’offraient aux bonshommes d’alentour.

J’avais trois chiffres d’accusation contre moi, trois chiffres d’accusation concernant Réjean, Daniel et Alain.

Ainsi, je les avais incités à la délinquance par ma nudité, mes propositions et mes gestes indécents.

Aujourd’hui, on essaierait de faire croire que ma démarche est un crime contre l’humanité. La folie existe et je ne pense pas qu’elle soit dans mon camp. Les jeunes étaient beaucoup trop excités et empressés de jouer avec moi pour avoir été fortement traumatisés. S’ils furent traumatisés, c’était de bonheur.

Je regrettais déjà de ne pas avoir accepté leur invitation à les sucer quand je les ai gardés; au moins, je ne comparaîtrais pas pour rien, pour  m’être retenu afin de donner le bon exemple.

Idiot, j’avais cru qu’il était maintenant de mon devoir de me retenir, car je croyais dans l’éducation libre et je ne voulais pas bousiller cette expérience. Je ne voulais pas abuser de mon âge et de mon expérience et ainsi faire déraper ces moments privilégiés, tout en respectant ce en quoi je crois.

Il va sans dire que voir des petits gars aussi beaux, aussi assoiffés de jeux sexuels, me rendait infiniment heureux. On naît pédéraste à vie. La pédérastie est profondément inscrite en nous. Est-ce que d’être tenté à l’infini constitue en soi un crime? Serions-nous coupables de ce que nous sommes en naissant? Il serait hypocrite d’en nier l’existence. Pouvoir dire que tu es pédéraste est une protection pour les jeunes et non un danger supplémentaire.

Je voulais bien en profiter, mais en même temps, je trouvais ces moments trop sacrés pour les détruire. Les petits gars étaient exactement ce que j’ai toujours cru que sont les garçons quand ils sont libres : curieux, affectueux et fort sympathiques.

Le procès débuta d’abord en analysant les accusations de Daniel.

Quand ce fut le temps de juger s’il savait ce qui se passait réellement. Coup de théâtre !

Daniel ne savait plus quoi répondre, quant à savoir ce qu’il pensait du péché et de l’enfer. Il a lancé :

  • Je ne sais pas si c’est ce qui s’est passé ou si je dis ce que les policiers m’ont dit de dire.

Le juge était furieux. Devant ce témoignage, il affirma qu’il ne lui restait plus qu’à se retirer de ce dossier.

L’avocat de la Couronne, affolé, a retiré toutes les accusations contre moi. Cependant, un peu plus tard, il a changé d’avis et a demandé au juge de rétablir les accusations concernant Réjean et Alain.

Le procès fut reporté à plus tard jusqu’à ce qu’un nouveau juge soit affecté à ma cause, un juge plus susceptible de me planter.  Il était dans l’ordre de choisir  une date et ainsi le juge officiant. On remettait ainsi bien des causes, en attendant d’avoir un juge favorable à sa cause. Une tradition qui existe encore.

Daniel ne se présenta pas à mon procès, sous prétexte qu’il avait été traumatisé par sa comparution. J’imagine le savon qu’il a dû subir. J’ai appris qu’il a dû être hospitalisé par la suite, souffrant d’une dépression nerveuse, probablement parce que ses parents s’étaient montrés très compréhensifs à son égard.

On tue des jeunes au nom de la morale sexuelle, par nos scrupules et on est trop stupide pour s’en rendre compte. On continue de croire l’Église qui nous a toujours menés par le bout du nez en tout ce qui concerne le sexe.

Juste avant mon procès, le père d’un des petits m’a crié :

  • Ils ont besoin de t’enfermer, mon hostie, sinon je m’occuperai pour que tu y goûtes quand même. Tu ne te rendras jamais chez toi.

J’ai eu peur d’un tel fou et j’en ai averti mon avocat.

J’ai été amené devant un vieux juge scrupuleux, une espèce d’écœurant qui semblait ne jamais en avoir entendu assez. Il se complaisait dans le problème. Un vieux cochon pour qui l’histoire manquait définitivement de piquant. Je n’ai jamais vu un être chercher autant de détails, comme nos confesseurs jadis et espérer entendre des choses plus croustillantes. Malheureusement, les jeunes ne disaient pas grand-chose d’explosif.

Quand je l’écoutais, je me demandais comment un vieux trou-du-cul de son espèce peut être appelé à juger des enfants. Il n’y connaissait vraiment rien. Je plaignais intérieurement les petits d’être aux prises avec un malade de cette espèce. Pour qui, il n’y avait jamais assez de détails sexuels. Un vieux paternaliste répressif.

Dans leur témoignage, les petits gars ont parlé que nous avions joués au jeu du silence le soir que je les avais gardés. Les plaintes ne portaient que sur cette soirée dont la date devait être précisée après le procès. Sans cette entente, le procès ne pouvait pas avoir lieu. Pour éviter ce genre d’inconvénients et pouvoir en condamner plus, le système judiciaire a fait disparaître depuis la nécessité de la date exacte.

Les  petits  ont  dit  ignorer  que  je   ne  portais  pas  de  sous-vêtement.  Ils    ont témoigné que mon exposition avait été très courte.

La meilleure, ils ont affirmé avoir appris le jeu du silence d’un moniteur dans un camp de la Cour du Bien-être social. Le vieux juge en avait les cheveux

« drette » sur la tête. Selon Réjean, nous avions passé le reste de la soirée à écouter de la musique. Je n’avais pas touché, ni incité qui que ce soit.

Réjean affirma aussi qu’en le tenant par la taille, les doigts entrés dans son pantalon à la hauteur des hanches, je n’avais jamais essayé d’aller plus loin, pas plus que je lui aurais fait de mauvaises propositions.

Le juge insistait, visiblement passionné, mais Réjean a maintenu ses affirmations, en lui faisant ainsi mordre la poussière. Le juge était visiblement, pitoyablement désappointé qu’il ne se soit pas passé autre chose. On aurait dit que  le  vieux  salaud  ne  pouvait  plus  jouir,  ce  qui  le  contrariait  clairement.

Alain, avec qui il ne s’était jamais rien passé, même pas des attouchements

rapides, affirma que j’avais essayé de lui poigner le moineau et que j’avais proposé aux autres de leur en faire autant.

  • Il m’a traité de scrupuleux comme Patrick. Il ne m’a rien dit d’autre.

Les policiers étaient furieux.

  • Le maudit, il va s’en sortir, pouvais-je entendre.

Le juge était encore plus furieux. Le vieux cochon ne se satisfaisait pas de ce qu’il entendait. La laverie des consciences devait être plus complète. « Dites tout, je veux jouir.»

Dans mon témoignage, j’ai raconté comment je me rappelais les événements, sauf nos discussions et que Réjean s’était baissé les culottes pour s’assurer que j’en fasse autant. Ses parents le menaçaient de le « placer » s’il était établi qu’il avait consenti à participer à ces jeux. Il faut être ignorant de ce que sont les jeunes pour réagir aussi bêtement.

Même si cette réaction parentale est tout bonnement débile, le système appuie ce genre de réaction et agit même comme si c’était ça la vie normale. Comment des parents peuvent-ils être assez sans-cœurs pour préférer l’abstinence sexuelle au bonheur de leur propre enfant? La religion rend débile.

Je ne voulais pas que ça lui arrive; mais je ne voulais pas non plus faire de faux témoignage. J’ai retenu les informations pour aider Réjean. Puisque je ne disais pas ce que les petits prétendaient, car j’affirmais que nous avions joué au mime après avoir baissé mes culottes, j’ai passé pour un menteur. Mon avocat était en maudit, car, à son avis, seul mon témoignage pouvait me faire condamner.

Deux faits ont pourtant été carrément illégaux dans ce procès. D’abord, le juge m’a demandé si j’avais un dossier judiciaire.

  • Vagabondage. Des brosses.

Le juge demanda à la sténographe de cesser d’écrire et a insisté à poser sa question en me rappelant que j’étais sous serment.

Pourquoi insistait-il autant? Selon la loi, puisqu’au moment où j’avais été condamné, plus de dix ans plus tôt pour des délits sexuels, étant mineur, la majorité était de 21 ans, je n’avais pas de dossier judiciaire en devenant un adulte. Pourquoi était-il au courant? La police lui avait-elle refilé, sous le couvercle, l’information voulant que mineur j’avais déjà fait trois mois de prison pour des délits sexuels avec des petits gars. (Je l’ai raconté en y ajoutant un peu de mordant dans Laissez venir à moi les petits gars, publié par Parti pris).           

Cet aveu changeait toutes les perspectives, d’autant plus qu’il n’a jamais été question des petites filles qui avaient été bien présentes et très actives à d’autres moments. Mais, c’était plus facile en s’en tenant aux petits gars. C’était moi qu’on voulait épingler, la vérité n’avait aucune importance, comme c’est le cas dans bien des procès. Ayant peur que le juge sorte ce dossier contre moi, je l’ai avoué. C’était illégal, mais ils sont plus forts que moi. Ils prétendent défendre la justice. Ils peuvent utiliser tous les moyens pour te mettre en cabane. Eux ne respectent pas la loi.

Les menaces du juge n’apparaissent pas dans les transcriptions du procès. J’ai pu le vérifier plus tard. Suzanne a pu les avoir grâce à notre mon avocat. Elle avait fait valoir que je voulais m’en servir pour écrire un futur livre.

Après mon procès, je me suis longuement demandé s’il est vrai que les dossiers des mineurs sont détruits, comme le dit la loi. Mon dossier était-il dans le rapport des policiers?

L’avocat de la Couronne reconnut que seul avoir baissé mes culottes quelques secondes en jouant avec les petits pouvait être retenu contre moi. Cela devenait somme tout assez banal et il recommanda que j’aie une petite sentence.

Mon avocat, pour sa part, a soutenu que je vivais simplement quelques années avant mon temps puisque cette pratique est courante en Europe et dans bien d’autres régions du monde où le sexe n’est pas encore un crime contre l’humanité.

À la fin du procès, le juge demanda que l’on fasse venir les jeunes, mais ça s’avéra inutile, car ils étaient déjà dans la salle, ce qui est contraire à la loi sur la délinquance juvénile et peut être puni pour deux ans d’emprisonnement.

Le vieux juge, sans se soucier de la loi, m’a servi un long sermon, tout en demandant, après avoir posé quelques questions aux enfants, à savoir s’ils avaient trouvé pénible de témoigner; d’être attentif à la sentence pour ne jamais oublier durant toute leur vie que ces petits jeux défendus peuvent conduire à la prison.

C’est incroyable que même un juge désobéisse à la loi pour te planter devant les jeunes.

  • Trois mois!, a-t-il lancé.

Je paniquais. Ce n’était pas tant à cause des trois mois de prison, mais parce les postiers entraient en grève. Comment irais-je chercher mon chèque d’assistance sociale? Comment vivraient Suzanne, Patrick et Yanie? Nous avions déjà toutes les misères du monde à manger à toutes les fins de mois.

J’étais convaincu de m’en sortir en ayant à payer une amende. C’était tellement niaiseux ce qui s’était passé. On ne pouvait quand même pas devenir fou parce qu’un gars avait baissé ses culottes quelques secondes. Y a des choses bien plus importantes sur terre.

Avec trois mois, ce vieux cochon sans jugement condamnait autant Patrick et Yanie que moi à connaître des heures difficiles puisque je ne ramènerais plus mon chèque mensuel. Ce fait ne le troublait pas comme tous les scrupuleux ne se soucient pas des résultats de l’application de leur bêtise. Ils sont trop centrés sur leur petit nombril pour essayer de comprendre les autres, et surtout supporter que d’autres aient le droit de penser autrement qu’eux. Pour lui, la leçon de morale était plus importance. Protection de la jeunesse, mon cul!

L’avocat de la défense m’a calmé les nerfs en disant qu’il interjetterait appel de la sentence et qu’entre les deux procès, je pourrais arranger les affaires pour que les petits n’aient pas trop de misère.

Un sourire venu d’enfer 33

novembre 19, 2020

Autobiographie approximative

pp. 262 à 272

36

La vengeance des libéraux.

Les procès

Approcher la sexualité librement exige une pleine conscience des limites humaines et l’importance de la culture dans les rapports amoureux. Il faut aussi un profond respect de la beauté et de l’intelligence. Une telle liberté exige l’approfondissement quasi quotidien de ce qu’est l’Homme et le pourquoi de ses réactions. C’est une réflexion quasi quotidienne de ta responsabilité face à l’être aimé. C’est une vie plus exigeante, car elle demande d’être plus à l’écoute des autres.

Les manifestations terminées, la vie continuait. Ainsi, mon ami, Pierre qui connaissait mon intérêt pour Summerhill, décida de me présenter Suzanne dont les deux enfants fréquentaient une école de type Summerhill, l’école libre. Elle habitait aussi Montréal.

Le charme de Suzanne résidait dans la voix, le regard et le sourire parfois triste. Elle avait une intelligence brillante et une approche séduisante de la vie et de la liberté.

Ses enfants, Patrick, 10 ans, et Yanie, huit ans, fréquentaient cette école dite libre.

J’étais captivé par cette approche nouvelle en éducation. En aucun moment, il n’était permis d’intervenir violemment. Il fallait aussi demeurer sans cesse à l’écoute des enfants pour capter tous leurs désirs, comprendre leurs besoins et s’assurer que chaque jour fournisse une nouvelle occasion aux enfants d’expérimenter leur autonomie.

Notre vie était fabuleuse. L’équivalent de n’importe quel conte de fées. La maison était toujours pleine à craquer d’enfants. Je n’avais ni les yeux, ni les oreilles assez grandes pour enregistrer toutes leurs réactions.

Si au début, je me suis tenu à distance; à force de me rendre chez Suzanne, les enfants m’ont entraîné dans leurs activités les unes plus captivantes que les autres. J’étais heureux, car je n’avais pas à combattre ma nature profonde.

En ville, les complexes et les frustrations d’être toujours anonyme, sans importance, sans amour, s’incrustent dans la peau des enfants sans que l’on s’en aperçoive. Les enfants sont souvent rejetés par les adultes, tenus à l’écart comme si c’étaient des lépreux. Leur compagnie semble chez les adultes ajouter des problèmes différents et supplémentaires.

Chez Suzanne, ça n’existait pas. Chaque petit bout d’homme ou de femme était important. Leurs désirs étaient souvent des ordres. Ils étaient les rois. Le principe même de l’éducation libre était que l’adulte ne devait jamais intervenir avec son autorité d’adulte. Ce que je respectais  scrupuleusement.

Laissez libres, les enfants nous désorientent complètement. Ils ne sont jamais ce que nous aurions cru qu’ils sont.

Pour eux, tout est jeux, plaisirs, découvertes, rires et parfois, il faut bien l’admettre, des mesquineries, des jalousies. Les enfants qu’on prend naturellement pour des anges peuvent être d’une cruauté inouïe entre eux.

Patrick, souvent écrasé par ses petits copains, était très heureux que j’accepte de jouer avec eux. Il se sentait probablement mieux protégé, du moins, j’étais un atout dans ses cartes.

Je luttais souvent avec Patrick et ses petits copains. Je me permettais de temps en temps, après qu’ils l’aient eux-mêmes fait, de vérifier leurs petits appareils de jouissance. Je les aimais bien et ils me le rendaient au centuple. Cela les amusait passablement à en juger les lamentations quand je refusais de lutter avec eux.

Les jeunes faisaient souvent la queue à la porte chez Suzanne dans l’espoir que j’accepte d’aller jouer avec eux. Partager le jeu des enfants, c’est leur faire le plus beau des cadeaux.

Si Patrick ne m’intéressait pas physiquement, il était trop jeune et trop petit, ses deux amis, Daniel et Réjean, me faisaient tourner le cœur à grande vitesse. Quant au troisième du groupe, Alain, il ne m’intéressait pas du tout, même que je ne l’aimais pas tellement. Ce n’était pas sa légère infirmité qui me fatiguait, mais il était jaloux et hypocrite. C’était un petit frustré qui ne sortait jamais des dentelles ou des slips de sa mère.

J’essayais autant que je le pouvais de m’adapter à leur façon d’être, de voir. Je les adorais. J’aimais cette situation, car j’apprenais beaucoup sur le comportement des jeunes. Pourquoi nous nous fascinent-ils autant ?

Pour une fois, je n’étais pas toujours contraint d’agir contrairement à ce que je ressentais. Patrick m’intriguait plus qu’il ne m’attirait physiquement. J’étais curieux de savoir pourquoi il s’excitait autant dès qu’on s’occupait de lui. Il n’a pas fallu des mois pour que j’ouvre mon aile protectrice et que je commence à confondre amourajoie et instinct paternel.

Plus le temps passait, plus j’étais souvent chez Suzanne.

Les enfants se réunissaient pour élaborer une foule de jeux auxquels j’étais très souvent invité à participer. Le jeu le plus populaire consistait à faire tenir grâce à la salive un bout de papier hygiénique sur l’ouverture d’un verre, d’y déposer une cenne et essayer par la suite, à tour de rôle de percer le papier avec le bout d’une cigarette allumée sans faire basculer la cenne à l’intérieur.

Parfois, les jeunes en profitaient pour fumer. Nous n’y faisions aucune objection, à condition qu’ils ne fument pas à la cachette et qu’ils ne jouent pas avec le feu sans la présence d’un adulte. C’était moins dangereux pour les incendies.

Les jeunes aimaient surtout se costumer, danser, fêter pour toutes sortes de

raisons. Aussi quand j’ai eu mon chèque mensuel de BS, j’ai amené Patrick et Yanie, dans une salle de jeux, juste pour leur faire plaisir et avoir la joie de les voir ainsi goûter le plaisir. Daniel et Réjean les regardaient avec envie. Je les aimais trop pour ne pas tenter un effort supplémentaire. Ce fut une soirée délicieuse. L’électricité de leurs regards valait mille mots et autant d’argent. Je suis très vite devenu aussi jeune qu’eux. J’étais pendu à leurs gestes, ébloui, même si cela m’a coûté l’équivalent de deux paires de lunettes en peu de temps.

Je vivais avec Suzanne et les enfants une expérience surnaturelle : des adultes complices à part entière avec des enfants. Jamais je n’avais ressenti une atmosphère d’amour aussi dense et aussi saine.

Si les enfants sont libres, le souci de se déculotter, la curiosité de voir l’autre dans son intégralité ne tardent pas. C’était chose assez fréquente à l’école libre et nécessairement une prolongation à la maison ne tarda pas.

Je devais m’habituer à ne pas en faire un drame pour respecter la philosophie que l’on se faisait de l’éducation. La seule règle : le jeu ne devait jamais être mis en œuvre par l’adulte.

Si tu ne voulais pas, pour ne pas les traumatiser, tu ne faisais pas de drame, mais t’inventais une façon d’attirer leur attention vers autre chose qui convenait mieux. Même si on est ouvert d’esprit, notre éducation a fait de nous des scrupuleux.

J’ai pratiquement fondu sur ma chaise quand la petite m’a demandé pour la première fois de lui montrer mon pénis. Devant mes hésitations, elle m’a aidé à répondre à ses désirs. J’étais beaucoup plus gêné que je ne l’aurais jamais cru possible. Si c’eut été Patrick, ça aurait certainement été beaucoup plus facile pour moi. Dans notre éducation, on est toujours plus scrupuleux quand il s’agit de rapport avec le sexe opposé. Ce qui me prouva que même adulte, l’éducation reçue enfant nous mène encore par le bout du nez.

La nudité a quelque chose de terrifiant quand il s’agit la première fois de rompre avec les habitudes de notre culture qui valorise extrêmement l’esprit aux dépens du corps, en fonction de se mériter une éternité spirituelle dont l’existence n’a jamais été prouvée.

L’approche sexuelle de Suzanne a été lente et plus fignolée. Nous sommes passés dans le même lit qu’après de longues discussions et plusieurs verres.

De visiteurs, je suis devenu l’amant.

Nous couchions ensemble, habituellement, quand les petits étaient endormis. Patrick et Yanie désiraient presque toujours coucher dans notre chambre, sur leurs matelas, ce qui nous compliquait un peu l’organisation de moments d’intimité.

Nos nouveaux amours étaient marqués par la tendresse, la musique, les enfants, la complicité d’esprit. Toute la vie nous entraînait comme dans un cyclone de bonheur.

Patrick était très bizarre. Il se servait de ses scrupules comme moyen d’attirer l’attention. Alors que nous nous couchions tous nus, lui préférait garder ses sous- vêtements. Certains y verraient là un acte normal quoique ce soit la réaction d’un enfant dont la sexualité a été réprimée dans son entourage alors qu’il était tout petit.

Il accouchait des mêmes scrupules que ses camarades, même s’il vivait dans une famille très ouverte. Mais, notre cheminement acceptait ça comme un droit individuel au même titre que de ne pas aimer les épinards. Cependant, on craignait que ça cache souvent un problème, car il agissait comme si cette honte de son corps dissimulait autre chose. Il ne se lavait pas et devenait affreusement sale.

Être scrupuleux cache presque toujours un fort complexe d’infériorité, la peur de ne pas être aussi beau que les autres. Pour éliminer ce problème « possible », car c’est son droit le plus absolu de coucher avec ou sans sous-vêtement, nous avions pris l’habitude de lui dire qu’il est beau, de jouer son jeu et de ne jamais lui parler de ses scrupules, sinon pour le taquiner.

À long terme, ça eut des effets très positifs. Il s’est senti plus valorisé, ses agissements le montraient très clairement plus francs, même s’il continuait à être scrupuleux. Il riait plus. Il s’amusait plus. Il était plus sécurisé. Donc, je faisais partie du problème.

Suzanne et moi, nous passions de longues heures à nous définir, à mieux nous faire connaître l’un à l’autre. Notre drogue d’amour était certains disques que nous écoutions en faisant l’amour au même rythme, après avoir fumé un bon joint.

Suzanne avait connu des felquistes, ce dont je ne pouvais pas me vanter. Elle me les peignit telle qu’elle les avait connus à la Maison du pêcheur, en Gaspésie. Elle n’avait pas la même admiration pour eux que moi qui les vénérait tout simplement. Loin de là. Elle était étonnée de voir jusqu’à quel point je m’étais identifié au FLQ, même si je n’avais connu personnellement aucun membre de ce mouvement, encore moins une cellule. J’avais tout au plus rencontré à l’occasion Pierre Vallières, Charles Gagnon et Robert Lemieux.

Je lui ai raconté comment je m’étais servi de ma petite réputation pour hâter la réalisation des projets gouvernementaux dans les Vauxcouleurs (Estrie) parce que le fédéral me croyait plus dangereux que je l’étais en réalité. J’étais très fier de ces exploits.

Nous nous sommes souvent endormis sans faire l’amour, ne cessant jamais de placoter et, le matin, les petits nous tiraient du lit, ce qui nous privait de reprendre le temps perdu. On ne pouvait même pas y rêver. Toutes les situations possibles nous arrivaient pour nous empêcher de vivre notre vie de couple.

Un soir, j’ai gardé les enfants pour permettre à Suzanne de sortir avec une amie. Cela me faisait plaisir. J’avais appris avec assez de rapidité à me faire écouter sans commander. Pour être l’invité des enfants dans ce cénacle de confiance, j’acceptais leur façon de vivre, d’être pleinement complice dans tous leurs désirs. J’avais appris que ce n’est pas parce que tu es un grand que ton point de vue a plus d’importance que celui d’un petit. Nous devions tous être des égaux quel que soit l’âge et le sexe. Le fondement même d’une éducation libre.

Je lisais dans la cuisine, les jeunes jouaient au « strip-tease » ou au docteur dans leur chambre. Je respectais le code de discipline de l’école libre : ne jamais intervenir, sinon pour des raisons de violence afin de s’assurer que personne ne soit blessé. Yanie n’a pas tardé à proposer à ce que je sois inclus dans le cercle des jeux en cours.

  • Jean n’est pas comme les autres, l’entendais-je dire. Il va vouloir jouer avec nous et se montrer la bizoune. Je l’ai déjà vue. Elle est grosse de même (en écartant les bras).

Même si intérieurement cela me faisait énormément plaisir, j’hésitais. Que doit- on faire dans un tel cas? On prêche une chose, mais dès qu’il faut la vivre, ça prend une tout autre dimension. J’ai essayé de créer un moyen pour m’en sortir.

  • Je me déculotte que si vous vous déculottez aussi.

L’ambiance d’excitation et de curiosité était refroidie, avant de disparaître complètement.

Réjean relança, devant mes hésitations :

  • Tu le fais, je le fais.

Je me sentais pris au piège. J’étais aussi curieux que lui. Je désirais lui voir autant qu’il voulait me la voir.

  • Si je le fais, tu ne le feras pas. Je me suis déjà fait avoir comme ça. J’étais sûr que Réjean abandonnerait la partie.

Les autres criaient à Réjean de dire oui. Il a longuement hésité à son tour, puis il baissa ses culottes jusqu’aux genoux. Il me regardait tout gêné.

  • Pis toué !

Je n’avais plus le choix : si je me dégonflais, j’étais un hypocrite, pire un menteur; si je ne faisais pas comme lui. Je devais trouver moyen que ça n’aille pas plus loin.

Je me suis exécuté en toute vitesse. Je pouvais d’autant plus aller vite que je ne portais pas de sous-vêtement. Je n’ai rien dans le pantalon pour effrayer qui que ce soit, les jeunes sont déjà presque tous déjà aussi bien bâtis que moi. Les yeux avaient quitté Réjean et se concentraient sur moi. J’ai fait valser mon petit

« boutte » en descendant mon pantalon, question de montrer qu’il n’y a rien là et j’ai remonté mes culottes en vitesse.

  • Ça ne te fait rien d’être nu?, demanda Alain.
  • Pourquoi ça me ferait quelque chose ? C’est agréable. Le zizi, c’est un morceau de chair comme un autre.
  • C’est péché.
  • C’est de la folie. Avant tu pouvais être damné parce que tu mangeais de la viande le vendredi. Aujourd’hui, il n’en est plus question. Pourtant, rien ne justifie ce changement. Ce sont les curés qui ont inventé les péchés. Il n’y a rien de mal à être nu. Pourquoi serait-il péché d’admirer un corps que Dieu a pris tant de mal à créer?
  • T’aime ça, jouer aux fesses?
  • Oui, avec les petits gars, surtout quand ils ont beaux comme vous.
  • Un bonhomme m’a dit qu’il me donnerait deux piastres si je le suçais. Tu aimes ça, toi, te faire sucer?
  • Je comprends j’adore ça, mais quant à moi c’est plus agréable de le faire que de me le faire faire.
  • Tu me donnes deux piastres et je vais me laisser faire. L’autre fois, ce fut bien le fun.
  • Je ne paye jamais. Si tu joues aux fesses, il faut que ce soit parce que tu aimes ça. C’est bien trop important pour faire cela pour de l’argent.

Je ne voulais pas passer la soirée à refuser les invitations des petits gars. Même un saint peut flancher. Cela me tentait trop pour respecter plus longtemps ce scrupule, d’autant plus que je n’ai rien contre la prostitution pourvu que cela ne t’humilie pas. Je me suis forcé à trouver un moyen pour changer la conversation.

Nous avons passé le reste de la soirée à jouer à des charades.

Les petits venaient s’asseoir sur moi à tour de rôle quand ça leur disait. J’évitais de les inviter. Je profitais de l’esprit de liberté qui se répandait, je serais très hypocrite de dire que ça ne me plaisait pas.

Réjean est venu s’asseoir sur moi. Je me suis aperçu qu’il aurait pu être accusé au hockey de bâton trop élevé. Je pouvais sentir les pulsions des « push-up » sous le pantalon, surtout si je pesais un peu du bout des doigts.

Réjean me regardait les yeux en feu, le sourire encore plus beau que celui de la Joconde. Il essayait en agitant les traits de son visage d’indiquer à Daniel de regarder où j’avais les doigts, ce qui déchaînait les rires chez Daniel. Alain essayait de comprendre ce qui se passait. Il ne pouvait pas voir, à cause d’une chaise dans son champ de vision. Réjean préférait s’asseoir sur moi plutôt que d’aller mimer à son tour comme tous les autres. Il ne voulait pas courir le risque de perdre sa place. Nous nous amusions follement.

Quand ce fut mon tour, je me suis rendu près du sofa où Patrick et Alain étaient assis. J’ai fait semblant de les saisir et Alain m’a écarté la main, en ajoutant de ne pas lui poigner la poche. Je n’y avais pas songé le moindrement. Je l’ai regardé, étonné.

  • Tiens, un autre scrupuleux comme Patrick !

Patrick me regardait les yeux en feu. Il était ravi que je le replace au centre du jeu et de mes commentaires. J’ai fini mon mime et je suis retourné m’asseoir. Réjean est vite venu reprendre sa place.

Réjean et Daniel voulaient bien savoir si Suzanne partageait mon ouverture d’esprit. Je leur ai dit que c’était leur problème, en leur soufflant une solution.

  • Nous dormons nus et nous ne nous habillons que tard le matin.

Je n’aurais jamais cru pouvoir bénéficier d’une telle ouverture d’esprit même si je sais par expérience que les jeunes en profitent dès qu’ils sentent qu’ils peuvent agir  à leur guise. Les gestes d’amourajoie (de pédérastie) sont toujours consentis  ou  presque.

Les jeunes espéraient maintenant voir les seins de Suzanne. Je n’ai pas découragé leur curiosité, bien au contraire. Pourquoi aurions-nous accepté de vivre le contraire de ce que l’on pensait? Nous assumions pleinement cette éducation libre et je me comportais en véritable apôtre de ce nouvel Évangile.

Les jeunes sont revenus souvent, le matin, dans l’espoir de nous prendre lorsque nous étions nus. Malheureusement, pour eux, l’occasion ne se présentait pas aussi souvent qu’il l’aurait souhaité. Si nous ne refusions pas de les voir vouloir vivre la liberté sexuelle, nous ne les provoquions pas. Suzanne leur avait demandé de ne pas se présenter le matin afin que l’on puisse être nus aussi longtemps qu’on le désirait.

Cette ouverture d’esprit amenait les jeunes à me raconter leurs expériences. Comment s’y prenaient-ils pour grimper et aller voir par un petit trou les danseuses nues dans un club situé pas loin d’où ils demeuraient? Il me parlait du vieux qui leur donnait une piastre tous les jours.

À la toilette, Réjean est venu pisser à côté de moi. Je me suis aperçu qu’il était gêné et inquiet d’avoir le pénis aussi croche. C’était son moyen de m’en parler puisqu’il savait que je n’en ferais pas un drame. C’était un problème très grave pour lui. Nous avons échangé sur le sujet, après avoir comparé nos avoirs. Comment lui permettre d’avoir un examen médical puisque normalement ça ne me regarde pas et que je ne suis pas censé le savoir? Pourtant, à mon avis, il en avait besoin. La liberté sexuelle permet aux jeunes de parler de leur problème à ceux en qui ils ont confiance.

Notre vie de couple nous poussait dans le dos. Les enfants m’acceptaient de plus en plus. Par ailleurs, pour des raisons financières l’école ne pouvait pas fournir un système de transport. Yanie et Patrick devaient l’abandonner à moins que j’aille vivre avec eux près de l’école libre.

La décision de déménager pour se rapprocher de l’école fut vite prise. Cependant, nous avions un nouveau problème : Patrick s’y opposait. Nous comprenions mal son comportement. S’il m’aimait, pourquoi cette réaction ? Après plusieurs efforts de communication, nous avons découvert le pot aux roses : Patrick avait peur, car il croyait que si j’allais vivre avec eux il serait obligé de vivre dans la cave de notre nouvelle demeure.

Nous l’avons rassuré. Cela nous a aussi permis d’apprendre que Patrick n’était pas toujours en sécurité quant à ses parents. Il avait trouvé très pénible que son père les abandonne et il craignait très facilement que sa mère en fasse autant. Il avait peut-être aussi été marqué du fait que sa mère, durant les événements d’octobre, avait été emprisonnée. Son engagement pour la lutte en faveur des femmes pensait-elle, l’avait mené là. Pourtant, elle était libérale.

Nous nous sommes mis à la recherche d’un endroit qui rende l’école plus accessible. Nous avons dû mettre fin aux visites de Réjean et compagnie parce qu’ils auraient toujours été à la maison espérant des petites aventures. Nous voulions garder autant que possible nos minutes pour nous, car nous vivions ensemble depuis si peu longtemps.

Cela n’avait rien à voir avec la possibilité que les jeunes nous causent des problèmes. Personnellement, j’étais convaincu qu’ils ne parleraient pas de notre liberté, et si ça arrivait, nous étions convaincus de pouvoir expliquer notre point de vue à leurs parents. Si, après de bonnes discussions, ils n’acceptaient pas notre façon de voir la liberté sexuelle, ils n’auraient qu’à empêcher les jeunes à revenir chez nous. Sans la permission de leurs parents, nous ne les aurions jamais admis.

C’était fabuleux quand ils venaient. Tout était libre, gratuit, tendre. La vie tenait dans la chaleur de nos câlins, la flamme de nos regards, le rire de nos pupilles, les vibrations de nos touchers, les ondes de nos rires.

Les jeunes s’intéressaient autant à leur corps que les femmes le font généralement. Un vrai rappel de l’importance pour un jeune de se sentir beau, d’attirer l’attention des adultes.

Un sourire venu d’enfer 32

novembre 18, 2020

Un sourire sorti d’enfer 32

Autobiographie approximative

pp.250à262

35

Congédié pour avoir écrit en français à Montréal.

J’ai accepté un emploi dans une imprimerie au département d’expédition à la Ronald Federated Graphic, à Montréal.

À la Ronald, le travail allait bien; mais il y avait la loi 22 qui, à mon sens, prétendait rendre le Québec français, alors qu’en réalité, les articles de la loi permettaient une plus grande assimilation. Je me sentais un traitre de ne rien faire après avoir connu comment opère les assimilateurs

Au début, j’ai voulu franciser les titres dans les adresses des collants pour les paquets expédiés à l’intérieur du Québec.

Averti par les patrons, j’ai cessé ces opérations. Je voulais de l’argent pour retourner en Amérique du Sud d’où je ne pouvais pas me permettre d’être chômeur.

Tout le monde me blâmait de vouloir franciser ces communications. On trouvait ça irraisonnable, sans possibilité d’apporter quoi que ce soit. Je rugissais de travailler en anglais au Québec, après avoir vécu « comment » dans l’Ouest les francophones sont assimilés. Je trouvais cela scandaleux. Que pouvais-je faire seul contre une telle machine?

J’ai abandonné mes expériences durant un mois environ. Il était de plus en plus question de la loi 22, une loi qui, tout en faisant semblant de nous franciser, permettait en réalité une plus grande anglicisation du Québec, grâce à différents articles de la loi. Je rageais. Pourquoi personne ne voyait le stratagème?

Un bon matin, j’ai décidé que je n’avais pas le droit de me laisser assimiler sans rouspéter. En faisant mes collants postaux pour envoyer les paquets d’imprimés, j’ai commencé à réécrire » Directeur général » plutôt que ‘Director general’. J’employais le français pour tout ce qui était destiné au Québec et dans le Canada, puisque le Canada est censé être un pays bilingue. Les paquets pour les États-Unis étaient adressés en anglais. Je ne leur touchais pas.

Après quelques jours de cette pratique, le chef de l’expédition m’a averti que si  je continuais je serais congédié. C’était l’anglais ou le chômage.

Je ne pouvais pas me résigner à voir le Québec emprunter les chemins de l’assimilation. J’ai continué comme avant. Selon le chef de l’expédition, l’ordre de cesser d’écrire les titres en français venait du vice-président de la compagnie.

Je devais vider la question. Je ne pouvais pas accepter une telle prostitution.

Je suis entré au bureau. J’ai rempli toutes les formules de la régie interne en français. J’ai traduit les Black Wash par les Monstres noirs; Bell Canada, par Cloche Canada (selon le Devoir, je ne m’en souviens pas. Ça me surprendrait parce que je croyais dans le sérieux de mon opération). C’était bien peu de chose, mais ça a eu le même effet que vouloir enlever le mot ‘stop’.

Le lendemain matin, le chef du département est venu me trouver pour m’annoncer mon congédiement. J’ai demandé à voir le vice-président puisque l’ordre venait de lui.

  • Penses-y, dit mon chef de département. Tu es bien ici. Nous sommes satisfaits de ton travail. Même si tu laisses ton emploi, personne ne voudra te suivre. Rien ne sera changé. Personne ne saura pourquoi tu as été congédié.

J’ai insisté pour voir le vice-président et c’est à contrecœur que j’ai été conduit au bureau du chef du personnel plutôt qu’au bureau du vice-président.

Je me suis installé à son bureau. Je lui ai fait part de mon point de vue. J’ai sorti une pomme ou une tomate apportée pour dîner. Je l’ai soigneusement coupée durant que nous discutions.

  • Veux-tu me faire peur avec ton couteau?
  • Non, mais je suis heureux que vous vous rappeliez qu’un gars a déjà fait sauté trois des vôtres. Un employé venait de tuer ses supérieurs.
  • Ce sont des menaces?
  • Je suis seul et non violent, mais si les travailleurs dans les compagnies continuent à travailler dans une autre langue, à devoir toujours se contenter des emplois subalternes, vous pourriez venir qu’à faire face à des gars qui, eux, seront violents.

En moussant la loi 22, vous vous préparez un maudit bon carnage. Ce n’est pas quand vos usines seront occupées ou qu’on vous fera sauter qu’il sera temps de commencer à réfléchir.

  • Je ne parle pas avec les terroristes.
  • Je ne suis pas un terroriste. Je vous avertis simplement que si vous ne changez pas de direction, ça va aller mal au Québec. (Ce que je croyais et ressentais.)

La discussion devenait impossible. S’il m’avait écouté religieusement quand je lui ai expliqué ce que signifiait pour moi la francisation des entreprises, il goûtait un peu moins mes avertissements. Je les croyais pourtant justifier : le mépris n’aura qu’un temps. Les Québécois ne se laisseront pas toujours faire.

J’avais l’air fin avec mes « jamais plus je ne toucherai à la politique ».

Encore chômeur, cassé comme un clou, en pleine guerre sainte pour le français au Québec. J’avais réussi à me remettre dans la merde.

Il ne faut pas croire que cette décision m’a valu bien des heures de gloire. Je me suis fait dire le plus honnêtement du monde que je n’étais qu’un « one man  show », que je me prenais pour un autre.

Ce fut un peu l’histoire de ma vie. On dirait qu’il faudrait que je me méprise parce que je suis différent des autres.

La campagne pour la francisation à la Ronald a été similaire à bien des égards émotifs à ma campagne Rhinocéros.

Je ne voulais pas comme à l’époque entendre parler des héros et encore moins me prendre pour un cas de bande dessinée. En même temps, je ne pouvais pas admettre d’être indifférent à l’avenir du peuple auquel j’appartenais.

C’est la crotte au cul que le jeudi je me suis présenté devant l’usine avec une pancarte sur laquelle était écrit Congédié pour avoir écrit en français à Montréal. Mon arrivée n’a pas tardé à bouleverser les habitués du coin.

Durant tout l’après-midi, deux travailleurs ont surveillé ce qui m’arrivait. D’autres auraient voulu que le syndicat s’en mêle, mais c’était une perte de temps : je n’avais pas encore ma permanence.

Il a fallu peu de temps pour que surviennent deux autos de police.

  • Ton nom et ton adresse.
  • Jean Simoneau. 3911 Berri. Je ne vous dirai rien d’autre comme m’en autorise la loi et si vous m’arrêtez, je porterai plainte pour arrestation illégale.
  • Minute papillon !

Un des policiers est alors allé discuter avec un autre. Ils ont communiqué avec leurs supérieurs avant de me revenir.

  • Tu connais la loi. Tu peux rester.

Ils se sont installés ensuite en auto à chaque bout de la rue. C’était la première fois de ma vie que la police me protégeait, tout en me surveillant. Ça faisait

nouveau et surtout très bizarre. L’atmosphère était quand même tendue dans ma petite tête. Je marchais les fesses serrées, mais avec fierté.

Depuis Sherbrooke, dès que la température montait, j’avais la certitude de me faire tuer. Les sueurs étaient d’autant plus de mise que le hasard a voulu qu’il se produise deux accidents de la circulation à proximité.

Quand les patrons ont quitté l’usine, à la fin de la journée, ils étaient protégés par des hommes à manteaux longs. Mon message avait bien passé. Ils avaient peur de moi ou, du moins, ce que je représentais comme présage à leur loi sur le français.

En descendant chez moi, un bonhomme m’a accosté pour m’offrir du travail beaucoup plus payant, si je perdais ma pancarte. J’aurais dû accepter, mais j’étais engagé dans la lutte patriotique. Un chevalier abandonne-t-il son épée devant son ennemi?

À cette époque, je n’avais pas seulement peur de la police qui pouvait comme aux États-Unis ou en Amérique du Sud commencer à éliminer les opposants au régime. Mon expérience à Sherbrooke me faisait craindre la pègre et la police locale au service des libéraux. Je craignais plus souvent les attentats venant d’eux, attentats que l’on passait ensuite sur le dos du FLQ. Ouvrage partagé avec la GRC.

Je voulais continuer, mais je ne voulais pas agir seul. J’avais trop peur. « À deux, si on me descend, j’aurai un témoin. » Personne n’était intéressé. C’était à désespérer, puis un miracle.

Mireille Despard, la petite amie de Gilbert Langevin, a décidé de m’accompagner, lors de ma prochaine manifestation, soit à la fête du Canada, le premier juillet, Place du Canada, à Montréal.

Mireille était une bonne indépendantiste qui n’avait pas peur de ses convictions. Elle trouvait l’expérience particulièrement intéressante. Ça valait le dérangement, disait-elle.

Comme convenu, je suis parti avec ma pancarte pour rejoindre Mireille devant l’édifice, près de la Place du Canada. Puisque je n’arrive jamais à me retrouver dans Montréal, j’ai passé seul dans une foule de quelque 800 personnes qui assistaient à un défilé de mode pour fêter le Canada.

J’ai retrouvé Mirelle, plus peureux que jamais. Je divaguais en grande. « J’étais pour aller à Barnston, même si craignais me faire tuer ». La peur de me faire tuer est un vieux traumatisme depuis mon emprisonnement en 1963. Le temps n’était pas aux rêves, aux cauchemars, mais à l’action.

Mireille souriait. Elle participait à cette manif, curieuse de connaître les réactions. Elle fut étonnée que personne ne nous prenne à partie. J’ai toujours eu beaucoup d’admiration pour Mireille. Elle se promenait avec sa pancarte  » Le Québec aux Québécois. Le Canada aux Canadians », comme si de rien n’était alors que j’étais fou de peur. Mireille présageait-elle le côté culturel des recommandations de la commission Pépin-Robarts, affirmant la spécificité québécoise?

Une première couverture journalistique fut faite par le quotidien Le Jour. L’affaire prenait de l’ampleur.

J’ai participé à une seconde manifestation. Il pleuvait et faisait tellement tempête que nous ne pouvions plus avancer dans la rue avec nos pancartes. Je me suis mis à l’abri et un journaliste du Journal de Montréal a croqué à nouveau cet évènement. Je ne voulais pas être vedette, je me fichais que l’on ne sache pas qui j’étais, mais je voulais que les gens comprennent ce qui se passe au Québec. Les Québécois sont de plus en plus étrangers chez eux.

J’étais décidé à crever s’il le fallait pour que ça change.

Que pouvais-je faire de plus, sinon me présenter devant le parlement de Québec où on étudiait la loi 22?

J’ai ajouté un deuxième message à la pancarte. J’y ai dessiné un petit revolver symbolisant toutes mes lettres échangées avec le gouvernement à cette époque. On pouvait lire sur un bord de ma pancarte le message habituel; mais de l’autre côté avec le petit revolver, on lisait : La 22 sur le 22. Le message initial devait être la 22 sur le 22 ou la 222, selon la chanson de Pauline Julien, la Croqueuse de 222.

Je dessine très mal. Je ne suis pas parvenu à tout écrire. C’est ainsi que mon message a pris une tout autre dimension dans la tête de certains ministres du gouvernement Bourassa. Quand je rencontrais un ministre, je tournais toujours la pancarte du côté de la 22. Cela semblait plus de circonstances.

  • As-tu vu? disaient certains ministres énervés. Ils ne pouvaient rien faire. Je me promenais seul et quand il pleuvait les surveillants au parlement me craignaient si peu qu’ils me permettaient d’attendre le soleil à l’intérieur. Lorsque je suis arrivé, un des surveillants était venu me demander :
  • Est-ce que beaucoup d’autres de ta gang viendront?
  • Je ne sais pas. Pour l’instant, je suis seul à avoir perdu mon emploi pour avoir écrit en français.

L’après-midi, j’ai rencontré deux beaux petits gars. J’en ai profité pour faire de l’œil au plus vieux et lui chanter un peu la pomme. Comme dans la campagne rhino, cet événement me permit de prendre mon action moins au tragique et de donner ainsi un meilleur rendement.

Les journalistes ne le prenaient pas de cette façon. Certains ont écrit que pour un gars qui venait de perdre son emploi, j’étais pas mal souriant. Ceux-ci ne savaient pas que j’avais déjà pleuré parce que j’avais perdu mon emploi.

Avec le temps, ça devient presque une habitude, même si ça fait toujours mal. À chaque fois, tu te demandes, si ce n’est pas toi qui es tout de travers. Tu doutes de tes compétences et de ta lucidité.

Mes manifestations ne visaient qu’à faire comprendre qu’au Québec il est possible d’être congédié pour avoir utilisé la langue de la majorité. Quelle injustice sociale voulez-vous plus criante?

À la fin de la journée, le ministre du Travail, Jean Cournoyer, est sorti seul du parlement et s’est dirigé droit vers moi.

  • As-tu porté plainte au Ministère?
  • Évidemment !
  • Que t’a-t-on répondu?
  • Rien, comme d’habitude.

J’ai décidé de me présenter en Commission parlementaire, même si j’avais la conviction que je ne serais jamais écouté.

Mon sourire m’ouvrait toutes les portes.

J’ai laissé ma pancarte à l’entrée et je me suis rendu là où les députés délibéraient sur la langue.

Dans la salle d’audience, j’ai sorti de ma sacoche une pancarte miniature exprimant mes revendications. J’avais mis des cartons pour pouvoir réécrire le message si on me l’enlevait. À la demande de Bourassa, un policier est venu me l’enlever.

J’avais apporté une petite tablette pour écrire et crayon-feutre rouge. J’ai refait la pancarte à des dimensions misérables. J’ai levé le carton au bout de mes bras en direction des députés. La police est revenue, même si Bourassa était parti.

L’ordre était venu cette fois de Dracula Cloutier. J’ai recommencé, mais quand le policier s’est présenté pour m’exhorter de cesser ou de partir, j’ai choisi la porte. Curieusement, le policier s’excusa de devoir appliquer la loi. Il est interdit de manifester à l’intérieur du Parlement. Je n’en revenais pas : la police du parlement avait la réputation d’amener les belligérants dans les toilettes pour leur faire comprendre à coups de poing de ne pas penser de telle ou telle façons. Pourquoi un officier s’excusait-il de m’expulser?

J’avais réussi. Mon texte était entre les mains des députés et des journalistes. J’y posais des questions quant à la mort de Laporte et la crise d’octobre. J’affirmais que la loi 22 était un moyen hypocrite d’imposer dans les faits le bilinguisme, en faisant semblant de vouloir tout franciser.

J’y voyais un moyen de provoquer une guerre civile qui justifierait une nouvelle intervention de l’armée. Cela permettait d’écraser encore plus les indépendantistes sous le couvert de la sécurité nationale. Comment recommencer le coup de 1970 à moins de créer un mouvement de masse pour le justifier? Je ne sais pas ce qu’en ont pensé les ministres, mais le Conseil des ministres ordonna une enquête sur mon cas.

L’animateur de CKVL, M. Mathias Rioux, me demandait sur les ondes de la radio de faire confiance à son ami le ministre du Travail, M. Cournoyer. Pourtant, M. Rioux ne m’a pas aidé à faire savoir aux gens que la Ronald Federated Graphics avait refusé de répondre à l’enquête du gouvernement, comme le l’a prouvé un employé du ministère du Travail.

J’ai continué de boire, le soir. C’est le meilleur moyen d’oublier la peur. C’est difficile de faire autrement quand tu sens que personne ne t’appuie réellement. J’étais peut-être trop paranoïaque pour poursuivre seul de telles manifestations. Pourtant, je m’amusais en le faisant. Ce devait être autre chose. Je me prenais peut-être trop au sérieux.

Je devais continuer même si tout le monde riait de moi. L’affaire du couteau était survenue après que je fusse irrévocablement congédié. Je n’avais rien à perdre et rien à me reprocher. C’était un moyen pour attirer l’attention et un peu, mon entêtement à vouloir passer pour un grand révolutionnaire.

Je me rappelle une de nos discussions avec le grand poète Vannier qui me disait qu’il était, un grand révolutionnaire. Il venait de publier « La fée des étoiles » et une photo du clitoris de sa blonde. Je lui avais dit :

  • Il n’y a rien de révolutionnaire là-dedans puisque tout le monde va jouir à la regarder. Si tu veux faire la révolution, parle de choses que les gens détestent. Parle comme moi de pédérastie.

Je me croyais un vrai révolutionnaire comme je me suis cru capable d’être un jour un bon écrivain. Pour moi, la révolution c’était changer le monde pour que chaque individu ait sa place et le respect qu’il mérite juste du fait d’être un humain.

J’étais certain de la véracité de ce que je disais. L’assimilation, je l’avais vécue. Je savais de quoi je parlais. La défaite du NPD, je l’avais ressentie avant même qu’elle arrive. Pourquoi n’aurais-je pas raison quant à la loi 22 et ses intentions ?

Faute d’avoir justice au Québec, je me suis tourné vers le Parlement d’Ottawa où j’ai réussi à montrer ma pancarte à Trudeau quand il a quitté le parlement, le midi. J’étais près de sa voiture. Il ne pouvait absolument pas ne pas m’avoir vu.

L’après-midi, il donnait une conférence de presse. Je l’ai attendu plus d’une heure devant la salle de presse quand arriva un véritable groupe de guêpes. C’était Trudeau et sa meute de journalistes. Il était si mal gardé que j’ai pu m’installer juste derrière lui pour l’escorter jusqu’à la salle des conférences. Il ne m’a pas dit un mot. C’était mieux ainsi.

Les journalistes ne se sont pas occupés de ma présence. J’étais un francophone et ma pancarte était écrite seulement en français. Perdre son emploi au Québec aurait été grave s’il s’était agi d’un anglophone qui aurait perdu son emploi pour avoir écrit en anglais.

J’aurais pu lui casser ma pancarte sur la tête, mais ça n’aurait rien apporté de positif. Je me serais dé frustré tout au plus. J’aurais été jugé et proclamé malade mental.

À la fin de la conférence, Trudeau devait retourner au parlement en automobile. À sa sortie, il y avait une très belle femme qui l’attendait. J’ai d’abord pensé qu’il s’agissait d’une autre pâmée de la Trudeau manie, plus belle et plus jeune que celles que nous montrait habituellement la télévision.

Malgré les exhortations des policiers et de cette femme, Trudeau a décidé de se rendre à pied au parlement avec Marguerite. Eh oui, c’était son épouse. Si Trudeau et Marguerite étaient très calmes, les policiers eux étaient très nerveux

Les agents de la GRC essayaient dorénavant d’empêcher ma pancarte de pouvoir être prise par les photographes. En route, dans les escaliers, un photographe a trébuché alors qu’il marchait à reculons. Trudeau l’a aidé à se relever. Les policiers m’ont oublié et j’ai pu ainsi faire photographier ma pancarte pendant que Trudeau lui tendait la main. La photo reprise par l’agence de presse fut envoyée aux journaux. J’avais réussi ma mission : j’avais passé le message à la grandeur du Canada, mais…

Dans les journaux, les éditeurs assoiffés de noirceur ne voulaient peut-être pas voir le message. Ils pouvaient noircir la pancarte et rendre presque impossible la capacité de lire ce qui s’y trouvait. C’était peut-être aussi une question de foyer?

Je ne savais pas quoi penser de Trudeau. Il avait définitivement recherché un tel événement. Pourquoi? J’avais une nouvelle peur. Les libéraux avec la GRC ou la pègre (ou les deux, car ils travaillent parfois ensemble) organiseraient-ils un attentat contre la Ronald? J’y serais certes le premier soupçonné. Je pourrais bien être comme certains felquistes condamnés pour des crimes qu’ils n’ont jamais commis. Pierre Paul Geoffroi est l’exemple le plus plausible. Était-ce un scénario vraiment fou?

Le soir même ou dans les jours qui suivirent, la GRC découvrait une bombe qu’elle avait probablement déposée elle-même, près de son bureau, à Ottawa. Drôle de hasard !

Pendant la crise de la loi 22, l’agent Robert Samson de la GRC sautait en allant porter une autre bombe chez Steinberg. Presque personne ne savait qu’il y avait un conflit syndical chez Steinberg, mais tout le monde connaissait le projet de loi 22. Pourquoi essayait-on de minimiser l’importance de l’agent Samson, en prétendant que c’était une espèce de fou qui aime les petites filles ?

Fallait-il d’autres preuves que la violence au Québec est souvent l’acte de la GRC comme l’ont démontré par après les Commissions d’enquête Keable et Macdonald sur le terrorisme et les agissements de la police fédérale ?

Est-ce que les communiqués reliant le FLQ à Cuba étaient tous des inventions de la GRC pour prétendre que le FLQ était un mouvement communiste? Est-ce que la go-gauche, surtout dirigée par les Anglophones de la gauche montréalaise, était responsables de ces textes? Y a-t-il un rapport stratégique entre les affirmations de Trudeau aux États-Unis, les communiqués de ces dites cellules et vouloir faire croire que le Québec est le second Cuba du Nord? Jusqu’où la CIA avait-elle les coudées franches? Le FLQ marxiste aurait-il été inventé pour donner plus de crédibilité à Trudeau aux États-Unis? Voulait-on ainsi, connaissant la peur maladive des communistes chez les Américains, faire cautionner le besoin d’écraser le Québec? Être francophones en plus d’être communistes, ça fait bien plus peur.

J’ai écrit à Keith Spicer, commissaire aux langues. Ce fut évidemment sans succès. Spicer ne protège que les Anglais. Il suffit de lire sa chronique dans La Presse pour en avoir la preuve. Le Protecteur des droits linguistiques des Canadiens ne  m’a  même pas répondu, encore  moins  soutenu  dans  ma  lutte.

Il ne restait qu’une possibilité faire appel aux Nations Unies. C’est ce que j’ai fait.

J’ai exprimé l’avis que les Nations Unies pourraient enquêter sur ce qui se passait au Québec en s’intéressant au cas des felquistes qui étaient privés des droits fondamentaux garantis par les pays signataires de la Charte des droits de l’homme. Je n’ai pas été écouté davantage. Je me suis rendu à la Ligue des droits de l’homme. Je n’ai pas plus été écouté. Serait-ce que l’on ne me prenait pas au sérieux? Même la ligue avait perdu la langue.

Les droits individuels, ça existe, mais pas pour Simoneau, les pédérastes et les pédophiles. C’est un francophone, un radical, une espèce de fou.

Les libéraux étaient-ils infiltrés partout par la pègre et la GRC? Pourquoi ce mariage Trudeau et go-gauche? Mariage qui est encore plus plausible depuis l’élection du Parti Québécois. Les libéraux sont liés avec la go-gauche surtout dans les dossiers du logement, de la libération des femmes, l’assistance sociale, dans les syndicats, particulièrement dans les hôpitaux et les CLSC. C’est quasi invraisemblable, mais c’est pourtant une réalité.

L’extrême gauche combat avec l’extrême droite de Ryan contre le gouvernement péquiste. Ce gouvernement est nationaliste donc un ennemi des deux autres formations qui se veulent canadiennes.

Mon père l’a compris bien avant moi. Je ne voulais pas le croire parce que j’ai une foi inébranlable dans les syndicats

Mes péripéties ne m’empêchaient pas de boire, surtout quand je participais à une soirée de poésie avec Gilbert Langevin. C’est à qui paierait le prochain verre.

Un soir, j’ai été ramassé par la police. Langevin était parti et je me suis endormi sur un banc.

Au poste, j’ai été reçu par des policiers en civil. L’un d’eux portait la barbe. Je me rappelle peu de cette rencontre, sinon que le barbu voulait savoir de qui je parlais quand je nommais Pier Elliot, dans mon carnet d’adresses (probablement celle du parlement).

  • Trudeau, évidemment !

J’ai gueulé en affirmant que je rencontrais des journalistes le lendemain matin.

  • Touchez-moi pour voir. Vous n’aurez pas fini d’en entendre parler.

Les policiers ne m’ont pas battu, du moins, je ne m’en rappelle pas. Ils avaient été plus brillants que la fois où ils s’en sont pris à une femme qui se disait conseillère municipale à Montréal et qui l’était effectivement.

Quand j’ai exigé d’appeler un avocat, la police me concéda ce droit. Ne sachant qui appeler, il n’y a pas de services juridiques, 24 heures par jour où tout détenu peut appeler, j’ai demandé le bottin téléphonique. J’en ai eu un, mais toutes les pages où il était possible d’avoir la liste des avocats avaient été arrachées auparavant.

J’ai été conduit en cellule. J’essayais de dormir sur le plancher quand un policier s’amena en criant :

  • Aie ! Simoneau, est-ce toi qui as perdu son emploi pour avoir écrit en français?

J’ai fait semblant de dormir et je ne lui ai pas répondu. J’avais déjà assez mangé de raclées à Sherbrooke, sans recommencer à Montréal. Je n’aime pas souffrir.

J’ai été transféré au poste no 1, dans une cellule où s’y trouvaient déjà quelque cinq personnes. Tout à côté, un autre individu était enfermé seul dans une cellule dont la porte donnait sur la nôtre.

Dans ma cellule, un prisonnier, de toute évidence gai, me faisait des clins d’œil, des petits sourires. Si j’avais été seul, j’aurais volontiers passé à la caisse. Les relations sexuelles me font un grand bien contrairement à celles qui geignent parce qu’elles se sont fait faire de l’œil. Malheureusement, dans une autre cellule, le prisonnier seul s’est mis à gueuler en anglais contre le FLQ.

  • Tu pourrais au moins parler français, lui ai-je lancé.

L’Anglais continua avec plus d’énergie. Il ajouta vulgairement vouloir se faire sucer par un Frog. Nous nous regardions, nous demandant comment lui fermer la gueule. Je me suis approché de sa cellule et je lui ai demandé :

  • En as-tu une belle toujours?
  • Va donc chier, maudit singe!
  • Je te l’avais dit que tu parles français!

Les prisonniers riaient ainsi qu’un gardien qui s’était approché.

Le matin, je gueulais parce que l’on ne m’avait pas laissé mes lunettes, contrairement, aux dispositions des accords de Genève ou quelque chose du genre. J’avais appris l’existence de cette règle un peu plus tôt dans une discussion.

  • C’est pour te protéger, de me dire un des policiers. Que t’arriverait-il, baveux comme tu es? Que ferais-tu si tu te trouvais seul avec un Anglais comme cette nuit dans ta cellule?

Je me suis présenté en Cour. Le juge a lu l’accusation et m’a demandé si je plaidais coupable ou non coupable.

  • Coupable, de dire le policier qui m’accompagnait.

Quand j’ai voulu rouspéter le policier m’a poussé en me disait :

  • Envoie, file, t’es libre.

J’étais tellement fou que j’ai chialé quand on m’a remis mes affaires personnelles parce qu’on avait écrit « wallet » au lieu de « portefeuille ». Je ne voulais pas partir avant qu’on l’ait écrit en français.

J’ai décidé de poser un dernier geste patriotique en me présentant à l’ouverture des fêtes de la francophonie, à Québec.

Dans l’autobus, en route pour Québec, un jeune riait de moi.

  • Tu perds ton temps, seul, avec une pancarte. Tu dois être complètement malade.

En arrivant devant le parlement, les journalistes se sont précipités sur moi alors que les policiers tentaient de m’empêcher de répondre aux questions des journalistes étrangers. Grâce aux jeunes sur place qui m’ont aidé, j’ai grimpé sur la plate-forme d’un monument devant le parlement d’où je pouvais être vu par les manifestants.

Le jeune qui m’accompagnait dans l’autobus se présenta et tira une photo de ma pancarte.

  • Je vais te photographier pour avoir un souvenir. Tu dois être un gars pas mal grave. Avant que tu arrives, le cordon de policiers était de l’autre côté. Maintenant, ils sont rendus près d’ici.

Effectivement, les policiers s’étaient rapprochés tout près. Aucun cependant ne m’emmerda.

J’ai participé au défilé. J’étais très gêné. Je me sentais comme un petit gars espiègle. Souvent, la foule applaudissait en voyant ma pancarte. Une dame m’a crié :

  • Tu peux bien avoir perdu ton emploi, avec les cheveux que t’as.

Et, je lui ai répondu du tac au tac :

  • Je n’écris pas avec mes cheveux.

Ma visite a été remarquée puisque le journal Le Jour mentionna, en éditorial, je crois, que même en Afrique, un journal a fait mention de ma pancarte, mais Ronald était encore une entreprise anglaise.

J’ai passé le reste des fêtes avec des petits gars. L’un d’eux avait particulièrement laissé ses scrupules à la maison. Ce fut de très belles manifestations. Juste les yeux de ce petit Québécois me prouvaient que je n’avais pas travaillé pour rien. Les petits sont si beaux que tu peux risquer quelques claques sur la gueule pour te donner le droit de les aimer. Quant aux Africains, ils sont simplement fascinants. Je ne savais pas que les tamtams me rendaient si euphorique.

Je craignais me faire descendre pendant que je manifestais. Il n’en fut rien. Trop de gens savaient ce qui se passait et s’inquiétaient de mes retards. Par la suite, j’ai participé au Tribunal de la femme, un groupe de femmes qui s’étaient regroupées pour juger le gouvernement libéral. Ces dernières, ayant appris que j’avais été expulsé, se sont rendues après moi au Parlement, à la Commission sur la langue, et elles se sont enchaînées aux chaises pour qu’on ne puisse pas les expulser à leur tour.

J’ai eu le temps de tout oublier avant que les libéraux répliquent. Je savais que j’y goûterais quand je serais moins suivi par la presse.

Ils se servirent évidemment de ma sexualité pour me planter. La sexualité est un besoin naturel réprimé par les autorités pour leurs profits.

Le plaisir est au centre du besoin sexuel. Il est l’acceptation et la fierté de son corps. C’est essentiel à la capacité de s’aimer et d’aimer les autres.

Un sourire sorti d’enfer 31

novembre 17, 2020

Autobiographie approximative

pp.244à249

34

Le retour au Québec

Le Québec fut d’abord le premier panneau de signalisation en français. Un grand espace et un petit gars qui s’amusait sur le bord de la route, le ventre au vent… Un signe divin?

J’étais surexcité d’être de retour au Québec. Le pays me semblait plus beau que jamais. Si le Québec s’identifiait au fait français; sa beauté, elle, naissait de ses petits gars.

Mon  année  dans  l’Ouest  m’avait  fait  oublier   que   les petits   Québécois  sont terriblement beaux. Je n’en finissais plus de les découvrir aussi attachants. Ils rient plus qu’ailleurs au Canada et aux États-Unis. Ils sont moins froids et plus latins. Ils sont plus attachants, voilà tout. Ils sont vivants.

Les petits me sont apparus encore plus beaux à Sherbrooke. C’était comme redécouvrir le paradis terrestre. Je visitais le festival des Cantons quand j’ai rencontré Michaël, un jeune que je connaissais déjà ainsi que sa famille.

Je l’ai accompagné dans les rues. Le cœur me dansait comme une soucoupe volante. Il m’amena rencontrer un de ses petits amis qui s’amusait dans une tente. Il sculptait de la glaise. Je suis parti pour un voyage au pays des séraphins quand il a fait une tête d’éléphant. La trompe était, à ne pas s’y tromper, un pénis. Il s’amusait, sachant que j’avais compris, en me tirant des regards moqueurs. Il riait des yeux et modelait des trompes de toutes les longueurs et toutes les grosseurs qui ne laissaient aucun doute. Les éléphants étaient un symbole.

J’étais hypnotisé par sa beauté et son audace. Comment y résister? Je suis immédiatement tombé dans une de mes petites manies. Je lui ai mis la main à l’entrecuisse, en lui demandant s’il me prenait comme modèle. Le petit était bien bandé. Nous avons ri d’émotions. Je tremblais comme feuille au vent. Un ouragan bourdonnait dans mes veines. Nous sommes partis tous les trois dans les rues.

Si la vie est une expérience cosmique dont le corps est le vaisseau spatial, le sien valait bien un voyage dans la Voie lactée. J’en oubliais l’enfer, car le ciel l’emporte toujours contre les flammes. La peur est une descente aux enfers, elle grossit davantage à chaque marche en descendant.

Nous sommes arrêtés regarder un jeu. Alain était debout, collé à moi. Je laissais mes doigts jouer sur son pantalon. J’apprenais le piano aux soubresauts de son petit pénis dont j’essayais dans ma tête d’imaginer les formes et les contours. Comme un aveugle découvre avec ses doigts une œuvre d’art. Je sentais un jazz marié avec ses rires. Une symphonie marquée de sourires, de regards semblables à des éclairs complices, des roulements de hanches afin de se rapprocher encore plus de moi pour me permettre de mieux accomplir mes accords. C’était un flux d’énergies sur la harpe de son corps. Alain ne semblait pas haïr l’expérience. Une expérience que je voyais maintenant comme une mission. Semer le plaisir.

Soudain, un de ses amis est apparu. Alain a craint d’avoir été vu dans son offrande alors que je fréquentais frénétiquement le cénacle de sa vie.

J’ai compris son désarroi à sa façon de s’écarter de moi, aux regards successifs qu’il a roulés des yeux de son ami à ma main. Le sang afflua dans ses joues comme un tsunami. Je sentais que tout basculait. Il pensait qu’il venait d’être pris au piège.

Après quelques minutes de discussion, je lui ai demandé si nous allions changer d’endroit.

  • Je ne vais plus avec toi, tu n’es qu’un maudit fifi.
  • Qu’est-ce qui te prend? Demanda son nouveau camarade.

C’était trop tard. Alain ne pouvait plus expliquer sa réaction qui visait à prouver qu’il n’était pas consentant, qu’il ne voulait pas être identifié à un fifi. Comment répliquer sans le mettre encore plus dans un mauvais drap? J’ai manqué de présence d’esprit. Je n’avais plus qu’à partir tandis qu’Alain jouait à la nouvelle victime. Une victime de la joie.

J’étais jaune. Ma soucoupe volante venait de s’aplatir sur un tabou, une peur, une folie d’adultes. Je sentais les engrenages me tourner dans l’estomac. La brume coupait les yeux qui m’entouraient et venaient de perdre leurs sourires. Tout était devenu une zone grise. Les rites étaient devenus des grincements suraigus. Mon essence sanguinaire s’était congelée. Seul le cœur me battait aux tempes des « tilts » de trop de jouissance qui se métamorphosaient en fosses dans le cimetière de mes sentiments. J’avais les nerfs comme des serpentins devenus soudainement trop petits dans mon corps.

Michaël et Alain se racontèrent probablement l’incident. Ils répétèrent les faits et gestes à Hélène qui scandalisée, même si elle me connaissait très bien, brula instantanément toutes les lettres et les nouvelles littéraires que je lui avais fait parvenir. Deux à trois mois de travail.

Son Henry Miller québécois venait de l’offenser, il ne vivait pas seulement des lettres de l’alphabet. Il écrivait le verbe « aimer » avec elles.

Ma littérature amourajeuse m’avait déjà valu d’autres moments de frustration semblable. Le curé de la paroisse avait déjà organisé une véritable campagne auprès de ma mère pour me convertir. Incapable de me faire changer d’avis, le curé m’a affirmé qu’il me livrerait personnellement la lutte si jamais une copie de L’Homo-vicièr forçait les frontières de sa paroisse.

  • Trop de gens aimeraient ça, de dire le curé.

J’ai quitté Sherbrooke. Il pleuvait dans mon âme des barbelés. Entre les échos de mes doigts qui refusaient d’oublier Alain, l’humiliation se faufilait et dressait des dents de cobra.

Allais-je être mordu?

À Barnston, la réception fut émouvante. Tout était le plaisir des retrouvailles.

J’ai été particulièrement heureux de découvrir que mon père se portait bien. Un poids de moins sur ma petite conscience. Cependant, il avait terriblement vieilli. Papa était plus nationaliste que jamais.

  • Il est urgent, dit-il, de se débarrasser de Bourassa. Il nous endette trop. Les libéraux semblent avoir décidé de nous ruiner pour que l’on ne puisse plus s’en sortir si le PQ prenait le pouvoir. On sera assez endetté qu’on ne pourra plus envisager l’indépendance.

J’étais complètement d’accord avec lui. Leur stratégie semblait bien de nous écraser économiquement à jamais. Le fédéral voulait nous forcer à croire que l’on a absolument besoin de lui pour s’en sortir, nous mettre à genoux par l’économie.

Stupidement, je gardais mes distances. Je ne cherchais pas autant à parler avec mon père qu’avec ma mère. Pourtant, il aimait bien discuter avec moi. J’aurais bien voulu me corriger à temps de ce restant de révolte qui en réalité n’a jamais eu raison d’exister. J’aurais voulu lui dire combien je l’admirais, mais à chaque fois, j’étais porté à prouver que jamais je n’abandonnerai la lutte pour la libération de la pédérastie (amourajoie).

Était-ce de la méchanceté ou de la mesquinerie? J’aurais bien voulu lui dire une fois « je t’aime », mais c’était difficile de le dire à un homme, même si c’était mon père. Je crois même que le mot  « je t’aime » n’existait pas en moi. Je n’arrivais pas à le dire, même si j’étais en amour par-dessus la tête.

J’étais parti pour Montréal, le matin, plus non violent que jamais. Je ne voulais même plus tuer une mouche par respect de la vie. Je remerciais Dieu pour tant de beauté et je méditais sur le besoin que chaque homme soit le serviteur de l’humanité.

Le talent est un don, plus nous en avons, plus nous devons le partager avec ceux qui en ont moins. J’ai parfois de ces élans qui font de moi un curé manqué. J’en profitais puisque le dimanche les « rides » sont plus difficiles à avoir. Puis, j’ai fini par être embarqué par un prêtre.

  • Tu crois en Dieu? Me demanda le prêtre.
  • Certainement, mais pas dans l’Église.
  • Tu n’as pas encore rencontré Jésus puisque tu ne dirais pas ça.
  • C’est un point de vue.
  • Tu vas à la messe?
  • Non. Je suis chrétien, mais je n’admets pas une Église qui s’engraisse sur le dos des pauvres. Je ne pardonne pas à des évêques de bénir des fusils. Les guerres, ça paye l’Église, comme tous ceux qui vivent de cette économie de guerre. Elle ne peut pas faire autrement, c’est une multinationale. Elle pense à ses profits.

L’Église catholique pouvait difficilement condamner le régime militaire brésilien qui massacre le bas clergé. Les Jésuites participaient à la Brascan qui, grâce à l’électricité, maintenait la dictature.

Qu’attend-on pour dénoncer le capitalisme aussi fortement que le marxisme? Ce serait moins payant, n’est-ce pas? Quand les pauvres se battent contre les riches, l’Église crie aux marxistes. Elle garde le pouvoir de son côté. On oublie de dire que si le marxisme a grandi dans ces pays, c’est justement parce qu’ils sont opprimés par les peuples riches et chrétiens. Il n’y a que les marxistes qui osent combattre autrement que par la prière.

Si l’Église était du côté des pauvres, elle ferait éclater la vérité dans les pays riches. Elle forcerait, grâce à ses fidèles riches, les multinationales à agir de façon plus humaine. Elle exigerait des gouvernements riches qu’ils cessent de soutenir les dictatures où les peuples sont opprimés, grâce à leur aide. Elle ne fait rien de ça. L’Église lutte plutôt pour sa richesse, son pouvoir.

Quand l’Église cessera d’être complice des superpuissances, elle n’aura plus à tenir des conciles et dénoncer Marx.

Les hommes comprendront qu’elle est une voie de libération. L’Église se fera l’apôtre de la Vérité.

Quand tu crèves de faim, tu te fiches que ton Libérateur s’appelle Lénine, Marx ou Jésus. Quand tu crèves de faim, le paradis après la mort est la solution. Tu veux mourir, car t’espères que ce sera mieux ailleurs. Pourtant, nous n’avons qu’une seule vie à vivre. Qu’une expérience du genre.

Que l’on cesse d’exploiter l’homme par l’homme et l’impérialisme ne pourra plus exister. Que l’on combatte la violence et l’économie ne pourra plus se fonder sur la guerre. C’est ça la révolution chrétienne. L’Église l’a trahi depuis longtemps. Elle aura à payer pour le sang des enfants dont elle a permis la mort.

Il n’y a pas que l’argent et le pouvoir dans l’Évangile. Il y a aussi l’Amour. Jésus nous oblige à vivre heureux, en harmonie avec le Cosmos : « Soyez parfaits comme mon père céleste est parfait. » Comment vivre l’Évangile de l’Amour quand tu demeures immobile, sans faire un geste pour sauver tes enfants condamnés à mourir de faim?

  • Tu n’es pas un bon chrétien. Tu juges ton prochain.
  • Jésus a aussi combattu les voleurs du Temple.

– Tu n’es qu’un sale petit orgueilleux. Un prétentieux.

Les vapeurs négatives montaient trop vite. Pour mettre fin à cette guerre verbale, je me suis tu. J’ai médité. J’aurais voulu projeter de meilleures ondes. Pourquoi, m’étais-je ainsi défoulé? En sortant, le curé a ajouté :

  • Tu n’es qu’un baveux. J’espère que tu auras ce que tu mérites.

Encore un bel exemple de charité chrétienne. Je suis reparti tout bouleversé. Avais-je manqué à la charité ?

Je me suis installé à Montréal chez Gaétan Dostie. Au cours des premiers mois, j’ai, grâce à Gilbert Langevin et son amie Mireille Despard, fait connaissance avec le milieu littéraire. Que de discussions nous avons tenues sur la littérature! J’ai toujours été impressionné par ces génies du verbe. Avec eux, j’apprends plus dans dix minutes qu’avec d’autres en dix ans.

Pour plusieurs, j’étais le Jean Genêt du Québec. J’ai donc dû lire Jean Genêt pour comprendre la comparaison. Elle est très mince. Lui, au moins, il a du talent.

Je me replantais dans le jardin du Québec. J’étais un arbre bien perdu qui ne savait plus exactement quoi faire pour participer au combat de la libération du Québec. Un paranoïaque facile à briser, grâce à sa pédérastie. Il suffit de le d’essouffler, briser ses contacts. Je ne voulais plus faire de politique, mais j’en gardais le gigotons. J’étais devenu encore plus peureux. Je n’avais plus de héros national à imiter. J’étais devenu le Don Quichotte de la désespérance.

J’ai écrit aux magistrats du BC (British Colombia) que je paierais mon amende lorsque les policiers qui m’avaient frappé parce que j’étais francophone seraient inculpés pour assaut. Manger une raclée par la police quand tu te fais arrêter, c’est fréquent. On veut t’apprendre que le Canada est anglais. La Commission de police du BC m’a demandé de comparaître. Je n’avais pas d’argent pour payer, encore moins pour me rendre à Vancouver. Si la GRC m’amène à Vancouver, qu’est-ce qui me garantit que je n’en reviendrai pas en pièces détachées? J’y voyais bien plus un piège qu’une tentative de me donner justice. Je gueulais tièdement comme bien de nos révolutionnaires de taverne.

J’ai préparé un dossier sur l’assimilation dans l’Ouest francophone, dossier que Le Jour a perdu. Quant à Québec-Presse, je lui ai remis si tard qu’il n’a pu publier qu’un article avant sa fermeture.

Le Jour refusait de m’engager comme journaliste. Certains prétendaient que c’était à cause de mon amourajoie (ma pédérastie). D’autres pensaient, que j’étais trop radical. Un germe de trouble partout où je passe. J’ai cru que la vérité était toute autre : on me prenait pour un farfelu ou pour un « voyou ». Ainsi, j’étais un petit révolutionnaire sans envergure.

Comment expliquer la disparition de mon dossier prouvant que le bilinguisme ne sert qu’à angliciser le Québec? Quel est leur intérêt? L’indépendance du Québec traîne-t-elle en longueur parce que la période de préparation est payante autant pour l’establishment gouvernemental que l’establishment révolutionnaire ?

Je comprenais que le PQ ou du moins le journal qui le représentait, même s’il se disait indépendant, ne pouvait pas m’engager. Il aurait été mauvais pour eux de m’utiliser à cause de ma réputation de pédéraste. Il ne me restait plus qu’à voyager pour ne pas nuire à la cause. Mais, il faut bien vivre.

Le soir, j’allais boire. La boisson m’a toujours tué, car elle entretient mon complexe d’infériorité. Quand je me crois inférieur, je bois pour l’oublier.

Dans le milieu littéraire, les gens ne me voyaient pas comme un étrangleur de petits gars, tout simplement parce qu’ils me connaissaient assez bien pour savoir que dans ma philosophie, le consentement est essentiel. On ne peut pas avoir un sexe gai, si on n’est pas heureux de partager les plaisirs. Le sexe sans plaisir, ce n’est plus du sexe.

On arrivait cependant difficilement à comprendre que les jeunes garçons s’y prêtent avec autant de complaisance. Cependant, on en était témoin et on savait que les jeunes étaient très heureux avec moi. Je ne pouvais pas accepter que l’on prétende qu’un jeune garçon soit traumatisé par une relation sexuelle. Tout est plaisir en dehors de la paranoïa inventée par les bien-pensants qui ne l’ont jamais essayé,

Le sexe est une partie intégrante de la réalité humaine, ce que les religions ont toujours essayé de nier. Et, qu’on le veuille ou non, c’est un élément de plaisir. Peut-on aller au ciel en s’amusant autant qu’en se sacrifiant ?

  • Toi, ce n’est pas pareil, me disait-on. On te voit vivre, tu le dis franchement. On sait que tu n’es pas un danger pour nos petits gars, mais tu dois comprendre qu’ils ne sont pas tous comme toi.
  • Mais, c’est à vous aussi de comprendre qu’en refusant de décriminaliser la sexualité, non seulement vous faites l’affaire de la pègre, mais vous créez les tueurs d’enfants. La frustration conduit à la violence.

Ce n’est pas la sexualité qu’il faut défendre, mais la violence et la domination dans la sexualité. C’est un point de vue aussi important pour les femmes que pour les enfants. C’est pourtant simple à comprendre.

Vous forcez les pédophiles à devenir fous.  Ils sont pris entre le besoin normal de leur orientation sexuelle, car, c’est leur nature, et leur peur de la prison ou d’être dénoncés, ce qui revient au même.

Qui peut vivre en ayant tous les jours la possibilité de se ramasser en prison pour une aventure vécue 20 ans plus tôt ? Qui peut survivre sans travail et sans même le droit de quitter le pays ? Qui peut s’accepter quand chaque jour on les rend à travers les médias encore plus laids et dangereux ? L’inquisition se poursuit sous un autre nom : la sécurité des enfants.

Les pédophiles savent qu’en prison, ils seront battus et ils auront à subir pour le reste de leur vie le mépris public, la raclée. Le chantage sera ouvert à tous les jeunes qu’ils ont déjà connus pendant le reste de leur vie, car il suffit pour ces jeunes de dire que c’est arrivé entre eux jadis, alors qu’ils avaient aimé ça, pour que tu sois un homme mort. La parole du jeune vaut autant que la tienne. Il peut mentir, c’est lui qu’on croira, car c’est lui qui est proclamé victime. Et, souvent la police leur dit ce qu’il leur faut dire.

La peur, ça conduit à la folie et à la violence. Est-ce qu’un parent hystérique qui veut venger son fils est moins malade que le pédophile? Il ne fait pas montre de plus de jugement et de tempérance, en tous cas.

Tout devrait dépendre de ce qui s’est passé. S’il y a eu violence ou non. Il devrait y avoir une différence entre des jeux sexuels sans violence et un viol. Pour un gars, il n’y a que la sodomie qui fait souffrir, le reste n’est que plaisir et ceux qui disent le contraire sont des hypocrites et des menteurs ou des gens qui ne l’ont jamais essayé.

C’est comme l’urgence d’apprendre aux hommes que le mariage ne les rend pas propriétaire de leur épouse. Une extrême jalousie hétéro dégénère en une maladie mentale. Il suffit de pousser la paranoïa. Un problème d’identité qu’il soit sexuel ou autre ne peut que créer des déséquilibres de la personnalité. La honte et la haine qui entourent la pédophilie peuvent les rendre violents. C’est le facteur qui m’a incité à écrire sur le sujet. Combattre le mensonge des scrupuleux (ses).

Il ne faut pas empêcher les jeunes de connaître les plaisirs sexuels seulement parce que notre société est trop scrupuleuse pour admettre que la sexualité est une grande chose. Quelle est à base de la liberté de conscience, du libre arbitre? Si on est libre, on n’a pas que le droit de dire non, mais aussi le droit de dire oui. Quel est l’humanisme manifesté dans la condamnation d’une fille qui tombe enceinte? En quoi est-ce chrétien de juger et condamner un pédophile? C’est peut-être normal de les rejeter d’instinct, mais c’est faire preuve d’intelligence que d’être tolérant.

Les catholiques pleurent sur l’avortement avec raison. C’est affreux. Mais, ils oublient que s’il y a des avortements, c’est que l’on est assez peu humain pour admettre l’erreur de protection commise lors de l’accouplement. Il faut protéger la mère et son enfant plutôt que de les accabler. Un bébé, ça ne se fait pas seul, mais souvent le père disparaît. L’intolérance sociale est une raison valable pour vouloir se faire avorter.     

Il y a tellement de gens qui se mettent le nez dans ce qui ne les regarde pas. Aujourd’hui, avec l’ADN, on devrait forcer les mâles à prendre leurs responsabilités dans le cas d’une naissance non désirée.

Tu ne combats pas l’avortement en stagnant sur un plan de stricte morale, mais en humanisant la société, en revalorisant la naissance, en offrant une forme de vie valable à la mère célibataire pour qu’elle ne songe pas à se débarrasser de son problème. L’enfant est un cadeau de Dieu si on est croyant.

Percevoir la sexualité comme quelque chose de sale, c’est de la folie pure. C’est comme dire : je suis croyant, mais je pense que Dieu s’est trompé. Cette imbécillité nait du fait que les religions exigent la procréation que dans la sacro- sainte obligation d’être dans le cadre du mariage.

Les religions rendent tout le monde fou quand il s’agit de sexualité. L’Église ne vit que pour la combattre, une obsession générer par la frustration de ses curés. La vie  est  plus  importante  que  les  considérations  morales  nées   de religions de frustrés. Vous remarquerez que les chefs, eux, ne se privent de rien.

Il faut cesser d’envisager la sexualité en hypocrite et prendre les moyens pour lui redonner un sens intelligent. Il faut minimiser au maximum la possibilité de faire naître des drames, voir des mortalités, pour une morale qui n’en vaut pas la peine. Personne ne meurt asséché à la suite d’une masturbation ou d’une fellation. Personne ne fond si tu es nu et qu’on te regarde. Le sexe est moins important que la vie. Et, de nombreux adolescents se tuent à cause de notre morale de « poignés ».

Vaut-il mieux être scrupuleux et répressif que de vivre enfin dans une société de tolérance et de non-violence? Une société qui incarne le droit à la conscience individuelle.

L’exemple nous vient de Jésus lui-même qui a défendu Marie-Madeleine. Ses apôtres pêchaient nus. Ses disciples étaient nus aussi au jardin des Oliviers. C’est écrit en toutes lettres dans l’Évangile selon Jean. Pourquoi aujourd’hui le nudisme serait-il devenu mal? Peut-être que Jésus n’était pas aussi fou que son Église?

J’ai l’impression que les Initiés comme Jésus étaient trop intelligents pour les curés qui devaient aveuglément appliquer les lois promulguées par les dirigeants religieux. Les scrupuleux sont fous, car, ils nient notre réalité d’humain. La beauté de notre corps et la richesse de celui-ci. Ils ne savent pas reconnaître la beauté de la création et de son créateur.

En me battant pour légaliser la pédérastie, j’étais plus encore un prophète qui crie dans le désert. Les gens ne sont pas encore capables d’assumer les responsabilités d’une conscience personnelle. Il leur faut des lois pour respecter autrui.

Je n’ai pas assez d’argent pour combattre un système qui nous fait croire n’importe quoi. Comment croire que les relations sexuelles sont encore plus honteuses, plus sales que l’assassinat des multinationales et leurs serviteurs?

Ces discussions avaient au moins l’intérêt de me permettre de prendre une bonne brosse.

Un soir, je buvais avec Gilbert Langevin. J’étais dans un état d’ébriété pas mal avancé quand le garçon de la taverne a refusé de nous servir d’autres bières. Fort de mon expérience dans l’Ouest et pour prouver que je n’en inventais pas, je suis allé chercher un petit couteau de cuisine pour forcer la commande.

Le garçon de table n’a pas eu peur, mais il a pris ça bien au sérieux. Je me suis ramassé aussi vite que l’éclair sur le trottoir. Mon pauvre Langevin, en bon camarade, en pleine solidarité, a commencé à vouloir expliquer mon comportement et demander ma réintégration. Il est sorti si vite qu’il est arrivé le front sur le trottoir. Nous avons été réintégrés quelques semaines plus tard alors que le patron de la place nous a expliqué que c’était une mesure pour     « me » protéger.

  • Quelqu’un aurait pu te prendre au sérieux et t’abattre pour nous. Il n’y a pas que des poètes à la taverne Chérier.

J’avais gravé quelques manies de voyage dans mon appareil mémoire. Ainsi, quand j’étais nerveux, je me croyais toujours plein de puces. À l’hôpital, les médecins m’ont expliqué que j’avais probablement été traumatisé par les puces quand j’en ai eu dans l’Ouest. À chaque fois, que les nerfs me prenaient, les puces réapparaissaient. Elles n’avaient rien de réel, mais ça piquait en « joli boire ».

Je buvais du café comme un défoncé, ce qui me rendait encore plus nerveux. Je devenais un véritable accélérateur, plus fanatique, plus peureux, plus violent en pensées et surtout en paroles. La bière me ramenait les nerfs, mais dès que je dépassais trois bouteilles, elle me rendait complètement fou. Je devenais paranoïaque à cent pour cent et plus. C’est encore pareil, mais aujourd’hui, c’est le vin. Ce sera ainsi tant que je pourrai boire.

C’est mon petit côté voyou, révolté.

Un sourire sorti d’enfer 30

novembre 16, 2020

Un sourire sorti d’enfer 30

Autobiographie approximative

pp. 236 à 244

33

Accident de parcours

Je voulais surtout retourner au Québec parce que je m’ennuyais comme un fou du français. Je voulais crever en français. Vigneault et Pauline Julien vivaient dans ma tête. Je pleurais de joie quand j’entendais de la musique québécoise.

Le matin, j’ai rencontré un voleur des années 1930 qui me raconta comment dans le temps, les voleurs se sauvaient à la course, en passant à travers les appartements. C’était très drôle et plus que vivant. Je l’ai écouté plus de deux heures. L’après-midi, je suis allé porter mon article au Soleil et j’ai commencé le bal pour fêter mon retour au Québec.

J’étais tellement saoul que je ne me rappelais plus dans quel hôtel j’avais loué une chambre. J’étais perdu. Je me suis arrêté au premier hôtel sur mon chemin question de m’informer. La porte était sous verrou et le jeune surveillant ne semblait pas m’entendre, surtout que je gueulais en français. Il ne comprenait rien et avait peur. Il est parti téléphoner, j’imagine, à la police. Réalisant que je me trompais de langue, j’ai crié un peu plus fort en anglais, tout en frappant plus durement du pied le bas de la porte.

  • Je ne veux pas te voler, je veux des informations.

À mon grand étonnement, la porte vitrée a volé en éclats.

J’étais pris de panique. Ce n’était pas le temps de me faire arrêter, je partais le lendemain pour Montréal. Fort des histoires du matin, je me suis sauvé en courant, tout en essayant d’enlever mon manteau pour ne pas avoir le même signalement, comme on me l’avait si bien raconté. Cependant, je ne pouvais pas passer dans les mêmes appartements, il était trop tard dans la nuit. Je ne sais pas comment j’ai fait, mais dans ma griserie, je suis retourné juste devant l’hôtel où j’ai essayé de prendre un taxi pour continuer, mais la police n’avait plus qu’à me cueillir. Ce qui ne tarda pas.

J’étais accompagné d’un autochtone dans le panier à salade. Les flics allaient vite exprès, tournant le plus carrément possible, d’où étions-nous comme des balles de ping-pong à l’intérieur du panier à salade.

Les autochtones subissent encore plus de répression que les francophones. Même si nos journaux n’en parlent jamais, ceux-ci ont même organisé une révolte armée au BC et en Ontario. Des routes ont été occupées et des attentats se sont succédé principalement au gazoduc Canada-USA.

À notre arrivée, les flics commencèrent leurs interrogations.

  • Pardon, je ne comprends pas l’anglais.

C’était baveux de ma part, car je connais très bien l’anglais. Il n’a fallu rien de plus pour recevoir un solide coup de coude à la poitrine et un maudit bon coup de pied sur les orteils. Leur festin était commencé.

  • You have to learn that Canada is an English country!

Heureusement qu’ils ont trouvé mon passeport, car je n’aurais pu un membre intact. Ainsi c’était vrai, la police de Vancouver mérite un trophée pour son racisme.

Un policier complètement fou s’est mis à gueuler qu’il trouverait un beau petit coin, ayant rêvé toute sa vie de tuer un « pea soup ».

J’étais convaincu que s’il trouvait une cellule libre, j’en mangerais une maudite. J’avais même décidé de me défendre si ça arrivait.

Il a suffi de faire semblant de ne pas comprendre l’anglais pour que le racisme de la police de Vancouver éclate. Elle a su profiter de l’occasion pour se défouler. Les flics ont tellement de trucs pour te maudire une raclée sans laisser de marques que tu n’as qu’un moyen de te protéger : joindre la pègre. Le système judiciaire est la pierre angulaire de la mafia. Heureusement, je n’étais pas seul. On ne pouvait pas me tuer.

L’autochtone me regardait étonné, le sourire complice aux lèvres. Les autochtones admirent ceux qui font preuve de bravoure ou du moins ce qui lui ressemble. Les autochtones sont encore une race fière.

J’ai continué de résister en essayant de brouiller mes empreintes. Je retirais mon doigt d’un coup avant la fin. Cela m’a valu plusieurs coups supplémentaires.

Heureusement, il n’y avait plus de place hormis dans une salle commune. J’y fus placé pour y passer la nuit.

Le lendemain matin, je suis passé devant le juge. Il a remis le procès aussitôt parce que même si je plaidais coupable, je refusais de parler anglais. Il fallait donc trouver un interprète.

Les francophones disaient que la pire chose que tu peux faire dans le BC, c’est de demander un interprète : tu passes assez souvent en Cour avant d’avoir ta sentence que c’est pire que de plaider coupable. Mon instinct de journaliste voulait savoir si c’était vrai.

J’ai été libéré, mais la police a refusé de me remettre mes souliers, disant que c’était une de leurs preuves contre moi. J’ai blagué à ce sujet au point d’obtenir la sympathie du juge. Il a fait appeler au secrétariat pour traduire mes demandes. Je répétais une seule chose en Cour : Where are my shoes ?

  • J’ai appris le français au Québec. Pourtant, j’ai de la difficulté à comprendre ce qu’il dit. Il parle trop vite, dit le juge.

Le juge avait appris le français dans les Vauxcouleurs. J’aurais bien aimé parler avec lui, mais je n’avais aucune confiance en ce juge comme tous les autres d’ailleurs. Ce sont presque tous des hypocrites, des marionnettes du système et parfois même de purs débiles. Mais, il était très sympathique.

Avec les sandales à acheter, ce que m’avait coûté ma brosse; je ne pouvais plus me payer une chambre. Je suis retourné dans une auberge  de  jeunesse,  située en dehors de Vancouver.

À ma deuxième comparution, autre juge, mon procès a encore été retardé. J’ai baragouiné une défense en disant ne pas avoir les sous nécessaires pour rester plus longtemps au BC et je plaidais coupable.

En remettant encore la cause, l’avocat de la Couronne a souligné que le seul témoin ne voulait plus venir témoigner contre moi. Le juge a demandé que l’on fasse des efforts pour convaincre le témoin à venir  donner  sa  version  des faits. Pour me punir de vouloir utiliser le français, le juge a retardé le procès d’une semaine supposément à cause de la non-disponibilité de l’interprète. Ça confirmait ce que les francophones disaient, mais je n’avais plus à cœur de rapporter l’expérience dans le Soleil, je voulais partir le plus vite possible pour le Québec.

J’étais en Christ, non seulement les flics étaient racistes, mais le je juge aussi. Je suis donc sorti en levant le poing et en chantant :

Prenez un verre buvez-en deux

à la santé des amoureux.

Et, merde à la reine d’Angleterre qui nous a déclaré la guerre.

Ce n’était pas très brave. Je ne chantais pas trop fort et personne ne comprenait le français d’une manière ou d’une autre. J’ai filé alors qu’on me regardait comme une chose étrange. Ils auraient certes voulu, j’imagine, comprendre ma chanson, mais c’étaient des unilingues Anglais.

La visite du ministre de la Justice du Québec, à Vancouver, Jérôme Choquette, m’a fait sortir ma plume.

Il affirmait ne plus avoir peur du FLQ au point de ne plus porter d’arme. J’ai aussitôt écrit que si Choquette ne portait plus d’arme, c’était plutôt parce qu’il n’avait plus à avoir peur de la  mafia.  Je rappelais aussi qu’il fut  interdit  que  l’on se serve des mesures de guerre contre la mafia. La mafia et les libéraux ne font qu’un celle-ci étant devenue l’allier naturel du parti libéral. Il était évident que Choquette n’avait plus aucune raison de porter une arme pour se protéger de la pègre puisqu’ils étaient des frères siamois.

La pègre avait d’ailleurs offert au gouvernement de trouver Pierre Laporte, moyennant une récompense. Qu’est devenue cette entente? Qui a tué Laporte puisque Paul Rose n’était pas là, même s’il a été condamné pour ce meurtre.

La pègre ou la GRC, même famille, poches différentes, mais siamoises.

J’ajouterais aujourd’hui : est-ce l’attente pour ouvrir le coffre de l’arrière de la voiture où le FLQ avait déposé Laporte vivant qui l’aurait tué? Il serait-il mort au bout de son sang parce que le fédéral ne voulait pas, sous prétexte d’avoir peur qu’on ait déposé une bombe dans l’auto que l’on ouvre immédiatement le coffre. Est-il vrai que Laporte avait été amené à cet endroit précis parce qu’il y avait un hôpital militaire qui pouvait le soigner? Le FLQ était, dit-on, assez infiltré pour que le gouvernement soit informé à la minute près de la condition de détention de Cross et Laporte. On ne parlait pas que M. Laporte s’était gravement blessé en essayant de se sauver par une fenêtre. Pourquoi?

La version officielle du meurtre de Laporte permettait d’accuser les souverainistes d’être des assassins et les libéraux ne se gênaient pas pour utiliser cette fronde.

J’ai écrit un texte pour affirmer que Paul Rose n’était pas là quand M. Laporte a été tué, même s’il avait pourtant été reconnu coupable. Je l’ai fait parvenir au journal anglais de Vancouver.

Le journal a aussitôt publié le texte. Probablement parce que dans l’Ouest tout ce qui se disait sur le FLQ était bon vendeur.

Les élections fédérales s’en venaient. Je devais choisir entre garder mon billet ou me présenter aux élections comme Rhinocéros, à Vancouver.

Je me serais alors proclamé en conférence de presse : « The  Queen  of Canada », habillé en travesti.

Ce titre éminemment gai aurait fait bondir tous les conservateurs anglais. De nombreux Québécois au BC avaient décidé de fournir à ma caisse électorale; mais voulais-je encore vivre une aventure politique?

La semaine s’écoula à respirer la grandeur des Rocheuses. J’avais décidé d’entrer au Québec et je le ferais.

À Vancouver, je n’avais plus un sou. J’étais allé pisser au terminus quand je fus   « accosté » par un petit vieux. En réponse à ses questions, je lui ai révélé que je n’étais pas de la ville, je n’avais plus d’argent, donc que je ne pouvais pas aller coucher dans un hôtel et pire, je n’avais pas mangé depuis la veille.

  • Je vais t’amener au restaurant et nous prendrons une chambre d’hôtel ensemble. Ne t’imagine rien de mal. Nous prendrons deux lits.

Je savais juste à voir l’intensité de la façon dont il me regardait ce qu’il voulait. J’ai toujours aimé jouer au scrupuleux, ça force l’autre à avoir plus d’imagination pour réaliser ses désirs. C’est plus intéressant.

Être une putain trop facile, ça n’a pas de charme. C’est pourquoi, dans la Grèce antique, le jeune se devait de manifester son intérêt pour le vieux de son choix, mais le savoir-vivre exigeait qu’il résiste un certain temps pour ne pas être identifié à un gars trop facile. Je devais avoir une gêne qui me venait directement de cette époque. Par contre, je dois avouer que d’être le gars gêné n’est pas un jeu, je le suis vraiment.

Je me suis rendu au restaurant, puis à l’hôtel. J’étais convaincu que les petits jeux sexuels en compensation ne dureraient pas longtemps, car le vieux avait déjà 78 ans.

La conversation fut très rapide.

  • Tu ne prends pas ta douche?
  • J’ai toute la soirée devant moi.
  • Tu te sentiras mieux.

C’était vrai, j’avais hâte de me laver, mais je ne voulais pas trop le montrer. Je suis déménagé à la douche. L’eau n’avait pas commencé à couler que le vieux nu fit irruption.

  • Comme t’es beau !
  • Vous devez être complètement aveugle. Il s’installa près de la douche et attendit, tout ne me mangeant des yeux.
  • Viens, ne perdons pas te temps. Je vais t’essuyer.
  • Je suis capable seul.

Je l’ai finalement laissé faire. C’était pour lui un moyen inoffensif et agréable de me toucher. Je n’en suis pas mort. Bien au contraire, ce fut très agréable. Il avait beaucoup de doigté et c’était évident que pour lui j’étais très précieux.

Je n’étais pas couché que le vieux me rejoignit dans mon lit. Pour un petit vieux, il n’en finissait plus de me caresser, de me manger. J’ai rarement vu un homme avoir un tel appétit.

Non satisfait, après me l’avoir fait essayer, il s’assit près de mon lit et se servit de son vibromasseur pour s’exciter davantage pendant qu’il me regardait nu sur le lit. Je n’ai pas trouvé quel plaisir peut nous procurer de plus un bout de métal, sauf le chatouillement différent à celui du bout de la langue. Mais, c’est très agréable. Il a passé la nuit près de mon lit à se masser avec son vibrateur, les yeux fixés sur moi.

De retour en cour, le lendemain matin, j’ai écopé d’une amende. Pour les Anglais, c’était un signe d’une double victoire. Mais pour moi, ça ne voulait rien dire. Trudeau venait de déclencher des élections. Je n’avais aucun rapport avec cet événement, sinon que j’étais un symbole de plus pour prouver la défaite des francophones dans leurs têtes de racistes.

J’ai à nouveau fait rire l’auditoire en réclamant mes souliers. La police a dû me les rendre.

L’interprète m’empêcha de parler anglais disant que si je le faisais j’aurais droit à une sentence d’outrage au tribunal, ayant refusé de parler anglais alors que je le pouvais. Pourtant, à maintes reprises, il ne traduisait pas tout ce que je lui disais ou il traduisait ce que je disais tout de travers. Il était bien le bras droit de la police. Il cherchait à savoir ce que j’allais faire.

  • Je publierai partout que la police m’a frappé.

Il me paya le repas, ce qui justifiait une meilleure interrogation.

  • T’es un radical?
  • Si ne pas accepter la société dans sa merde actuelle, c’est être radical; j’en suis un pour sûr.
  • T’es communiste ?
  • Non, je suis anarchiste.

Pour moi, anarchiste voulait seulement dire : refuser l’autorité. C’est ce que je me croyais depuis que Pierre avait fait une caricature de moi, disant « Je suis contre tout », ayant les doigts sur le pénis d’un petit gars à côté de moi. Une très belle caricature ! L’anarchie, c’était aussi Léo Ferré que j’avais connu grâce à la belle Hélène.

  • Tu n’as pas d’argent pour manger en descendant.
  • Non.
  • Attends-moi ici.

Pendant que l’interprète allait me chercher 20 $ pour manger en descendant à Montréal, j’écrivais des lettres pour les journaux et le ministère de la Justice du BC.

  • Tu devrais oublier ces incidents. Nous ne sommes pas si méchants, grâce à la Salvation Army, tu pourras manger.
  • Merci, mais je ne suis pas à acheter.
  • J’espère qu’au moins tu retourneras les 20 $ à la Salvation Army pour qu’ils aident encore des gars comme toi. Avant d’envoyer tes lettres, penses-y comme il faut.

Quand on se prend pour un révolutionnaire, tous les bons gestes deviennent des tentatives de récupération.

L’après-midi, je jetais mes lettres à la poste et je prenais place dans l’autobus. Rien d’intéressant ne s’y déroula, sauf qu’un jeune Indien  adorable  trouvait aussi hilarantes que moi les photos de son magazine américain dans lesquelles le pape, Nixon et Élizabeth II étaient nus.

Un sourire sorti de l’enfer 29

novembre 15, 2020

Autobiographie approximative

pp. 226 à 236

De retour à l’école, j’ai appris avoir perdu mon compagnon de chambre. Une décision bien curieuse en si peu de temps.

Le soir, je me suis rendu à la piscine. Burney est venu me rejoindre. Il voulait savoir d’où venait le pot vendu à l’école. Puisque je fumais, j’avais les cheveux en parachute, je devais le savoir. Et, il espérait que je le lui dise.

Au restaurant, trois jeunes mangeaient et buvaient bruyamment. L’un d’eux était le principal « pusher » de l’école. Nous nous sommes assis avec eux et j’ai profité d’une tentative de blague sur la marijuana pour passer le message.

  • Je crois qu’au cours de cuisine, les autres ont raison. Ils pensent que Burney travaille pour la police. Depuis que je suis arrivé, il me questionne sans cesse sur la drogue. Ou peut-être notre vieux Burney a l’intention de commencer à fumer?

Burney fulminait. Rouge de colère, il me dit laconiquement.

  • Ne recommence jamais ça, je te tuerai.

J’ai joué l’imbécile et je suis entré avec lui à l’école.

Tout se déroula presque normalement durant une semaine. Presque, car, depuis mon arrivée le professeur de cuisine du département me tombait sur le dos à la moindre occasion. N’ayant plus de petite Indienne à massacrer, j’étais devenu,  le « Frog »,  la  cible  toute  rêvée.  Le  petit  français  devait  manger  de  la merde.

Burney ne me réveilla pas un matin pour me punir de ne pas avoir coopéré à son enquête. Le professeur en profita aussitôt pour m’expulser. J’avais le feu  au cul.

  • Ce n’est pas de ma faute si je n’ai aucun « fucking » cadran.

Le professeur réagit comme si je venais de le tuer. Je venais d’être vulgaire en employant ce mot anglais qui fait mourir toutes les âmes anglaises conservatrices. C’est pourtant une expression qu’on entend dans tous les bars ou toutes les tavernes du Canada, tous les soirs.

J’ai décidé de défier son ordre. Je me suis habillé quand même et je me suis mis à l’ouvrage. Je coupais des légumes quand j’ai été invité au bureau de l’aide- principal de l’école. Je m’y suis rendu, le couteau à la ceinture. Le professeur du département me regardait avec haine.

L’adjoint principal confirma mon renvoi. Je ne m’intéressais pas assez aux cours et j’avais, disait-il, une mauvaise influence sociale. Je sentais la moutarde me monter au nez.

J’ai regardé mes deux interlocuteurs. Je me suis approché du professeur responsable du département et j’ai sorti l’immense couteau pendu à ma ceinture. J’ai commencé à l’engueuler sur son racisme, de façon à ce que les étudiants m’entendent très bien de l’autre côté de la fenêtre. Je pianotais mes syllabes avec le bout du couteau en direction du professeur.

  • Je vais sortir de l’école. C’est vous le boss, mais ça ne veut pas dire que ça finira là. On se reverra. Vous allez apprendre que le racisme, ça se tourne souvent contre nous. Je ne suis peut-être pas fort, mais je ne me laisse pas manger la laine sur le dos.
  • Si vous êtes intéressé à nos cours, vous arriveriez à temps.
  • Ce n’est tout de même pas de ma faute si je n’ai pas l’argent pour acheter immédiatement un cadran et que Burney ne m’a pas réveillé tel qu’il l’avait promis. Si je n’étais pas intéressé à ces études, je serais demeuré plus longtemps à Vancouver. J’avais la permission. Pourquoi me serais-je fait geler sur le bord de la route, si je ne veux pas suivre cet enseignement? J’ai besoin de ce métier pour voyager. Pour moi, c’est important.
  • Nous ne pouvons pas vous réintégrer au cours. Vous avez été indiscipliné et

vous avez employé un langage vulgaire.

  • Si vous étiez mis à la porte pour des raisons aussi stupides n’emploieriez-vous pas le même langage? À part cet incident, vous n’avez aucun dossier de discipline contre moi. La réalité, c’est que vous n’êtes qu’un maudit fasciste. Même si nous sommes des adultes, vous nous traitez comme des enfants. L’école a une politique du moyen âge. Même en prison, si vous ne faites pas votre lit le matin, on ne vous enlève pas vos couvertures durant deux jours comme ici. Qu’est-ce que ça donne votre socialisme, si ça fait de nous des robots, des soldats! La discipline excessive, ça rend bête. Tout ce qui est militaire, je l’ai de travers dans le cul.
  • Il ne peut pas être fasciste, de dire le  principal adjoint, il a fait la  guerre     aux Allemands.
  • Il aurait été mieux de ne pas y aller, cela en a fait un maudit raciste.
  • Il faut respecter les règlements.
  • Vous devriez comprendre qu’on ne traite pas des adultes comme des enfants. Vous devriez connaître les principes de Summerhill, cela fait partie de la culture. Puis, vos règlements, faites-en ce que vous voudrez. Je ne suis pas ici pour diriger une rébellion. Ce que je veux, c’est poursuivre mes cours sans problème.

Le directeur du département et mon professeur blanchissaient à chaque coup de couteau donné sur le bureau alors que je le regardais intensément. Plus le temps passait, plus je gueulais, plus je frappais fort avec le couteau, plus il était pointé en direction de la poitrine de celui que je dénonçais.

  • Pourquoi t’accepterions-nous? Tu n’apportes rien à la communauté.
  • C’est votre point de vue. Je suis déjà socialement impliqué. J’ai déjà effectué des démarches pour réorganiser une émission de radio pour les francophones. Un programme pour améliorer la compréhension du milieu francophone par les autres. Ce n’est pas assez ?

Rien ne pourrait être fait pour changer la conclusion de ce débat.

À la demande de l’adjoint au principal, je suis retourné dans ma chambre. Il prenait mon cas en délibéré.

Les étudiants en cuisine me manifestaient beaucoup de sympathie puisque non seulement j’avais revendiqué mes droits, mais j’avais aussi dénoncé l’état répressif qui prévalait dans cette école.

À ma surprise, le principal m’a fait demander, insistant pour que je me rende à son bureau sans couteau.

  • C’est la première fois qu’un de mes chefs de département est menacé par un élève avec un couteau, me dit-il dès mon arrivée.

Nous avons rediscuté calmement de ma situation. Il a admis qu’à bien des égards, j’avais dû subir depuis mon arrivée des humiliations qui n’étaient sûrement pas étrangères à mon statut de francophone. Il reconnut la parenté de ce traitement avec celui infligé à la petite Indienne.

À la fin, celui-ci me fit part de sa décision de me ré accepter aux cours, à condition qu’il n’y ait jamais plus de plaintes contre moi. Il me prêta un cadran en badinant sur les règlements.

J’ai bien aimé ce directeur parce qu’il était objectif. Il a su reconnaître les manquements de part et d’autre et s’en tenir à un degré de discussion fort intéressant et civilisé. Plutôt que de chercher à me casser, il m’a appris que cette école servait aussi en grande partie à la réhabilitation des prisonniers juvéniles (ce que je ne savais pas) d’où il ne pouvait pas me laisser faire tout ce que je voulais. Il a fait appel à mon sens de responsabilité, car il avait senti que j’avais beaucoup d’impact sur les autres étudiants.

Le soir, je suis retourné à la piscine. J’étais heureux. Je tenais vraiment à ces cours et j’adorais Dawson Creek à cause de ses petits Indiens.

C’était une situation affreuse, car j’avais dû menacer quelqu’un, même si je ne l’avais jamais touché, pour enfin être écouté, pour obtenir un minimum de respect et de justice. Ce n’était pas moi qui l’avais cherché, je défendais mes droits et ma peau.

J’apprenais que devant le racisme, il n’y a qu’un moyen : être le plus fort. Je songeai à la situation politique du Québec. C’est exactement la même chose.

Ce n’est pas pour rien que le Canada prépare l’occupation armée du Québec. Le fédéral espère en refusant de négocier la souveraineté-association pousser le Québec à un affrontement militaire. Il est persuadé qu’il écrasera facilement, avec son armée, toute forme de rébellion. Voilà pourquoi le Québec doit organiser maintenant sa propre armée. Il ne faut pas que se répète l’histoire de Louis Riel et de 1837. Il faut prévenir pour être certain que tout se déroulera pacifiquement.

Pour le fédéral, il sera bientôt, et plus que jamais, dans son intérêt que le FLQ, renaisse. Si ça devait être le cas, que ce ne soit pas organisé par les fédérastes, le FLQ devrait être assez fort pour que les États-Unis et la Russie forcent le Canada à négocier pour éviter que le conflit dégénère chez eux. Il faut forcer le Canada à essayer de trouver une solution pacifique.

Le danger de la violence vient du Canada et non du Québec. Le Canada doit comprendre que la souveraineté-association est le seul compromis acceptable entre la séparation absolue et le statu quo ou ses équivalents. Un Québec indépendant pourrait être son meilleur allié, car il serait dans leur intérêt commun d’améliorer la vie de leurs citoyens. Un Québec où le français est la langue, où la laïcité est reconnue, où les pouvoirs essentiels à sa survie lui appartiennent. C’est faisable. C’est même possible à l’intérieur du Canada. M. Paul Gérin-Lajoie appelait ça des états associés.

La question est fondamentale et claire : les Québécois sont-ils disposés à vivre dans un pays qui ne les respecte pas? Les anglophones du Québec veulent-ils vivre avec les francophones d’égal à égal dans un Québec francophone, mais respectueux de ses minorités ?

Durant la nuit, j’en vins à une tout autre conclusion : la direction avait décidé de gagner du temps, car sur le plan public, l’école avait plus tort que moi. C’était un congédiement différé pour mieux l’excuser.

Même si le chef de département a eu peur, cela ne l’empêchera pas, un peu plus tard, de m’embarquer encore sur le dos. Je me sentais déjà un gars fini. Il ne me restait plus qu’à m’en sortir honorablement. Je voulais montrer au petit ami du chef de département ce qu’est un « Funny Looking Queer » et lui faire savoir une fois pour longtemps que le FLQ n’est pas un sigle dont on se moque.

Je me suis préparé un plan à exécuter le lendemain midi, alors que presque tous les étudiants seront à la cafétéria.

J’ai profité de la pause-café pour faire comprendre aux autres étudiants que je ne croyais pas que je puisse rester, même si j’avais gagné la première bataille, grâce à mon jeu de couteau.

À l’heure prévue, je me suis rendu à l’arrière, aux toilettes, pour y laisser mes vêtements de rechange et mettre les vêtements qu’on avait pour cuisiner. Puis, je me suis rendu à la cuisine à l’avant et je suis sorti nu comme un ver de terre.

Je me suis faufilé dans la cafétéria qui était alors pleine à craquer jusqu’à ma case de vestiaire située à l’arrière-cuisine. L’émotion fut plus forte que prévu. Pour la première fois, « streaker » me servait à contester une situation. Les bonnes femmes criaient comme si elles assistaient à un meurtre. Ce fut tout un spectacle. Pour les Anglais, c’était le sommet de la révolte. Les Anglais scrupuleux sont encore pires que les Québécois dans leur peur du cul. De vrais bons chrétiens. Je me suis rhabillé avec mon linge ordinaire à mon vestiaire et je me suis dirigé vers ma chambre où mes bagages m’attendaient.

À l’extérieur, un groupe de gardiens du campus me cherchaient. Quand ils m’aperçurent, j’étais déjà habillé.

  • Have you seen that dem french man ?
  • Non, je ne l’ai pas vu, et vous ?
  • We should blow your fucking head !

Aucun d’eux pourtant ne s’approcha de moi. Je me suis rendu dans ma chambre. J’entendais partout un tapage inusité. Trois gars vinrent en délégation me demander ce que je voulais qu’ils fassent.

  • Ordonne et on défait le campement au complet. Certains ont déjà commencé.

Je pouvais prendre la tête d’une révolte qui aurait pu être grave. Les jeunes voulaient tout démolir. Je leur ai expliqué que j’avais posé ce geste en désespoir de cause : il me semblait impossible d’obtenir un traitement juste, mais je n’avais pas l’intention de les diriger.

J’avais plutôt hâte de déguerpir avant que les flics ne reçoivent une plainte. Je suis retourné sur le bord du chemin, là, où est ma vie, car, je ne suis accepté nulle part ailleurs.

J’ai d’abord été embarqué par un cultivateur. Il avait l’air d’un Indien. C’était un bonhomme bizarrement attachant. Il me regardait avec des yeux fascinants à la fois ironiques et sympathiques.  Des yeux sourires comme j’en avais vu qu’une fois, soit quand j’ai rencontré le Dr Jacques Ferron. Il en était le portrait parfait.

Il rigola quand je lui racontai mon aventure, mais il m’a fait réaliser que j’aurais bien pu passer quelques années en prison. Le bonhomme aurait bien pu crever de peur… j’en avais des frissons dans le dos. J’avais été trop niaiseux pour y penser. Ce cultivateur essaya de me faire réaliser que tous les habitants du BC ne sont pas des racistes, bien au contraire.

Le second bon samaritain m’a parlé longuement des possibilités de gagner facilement sa vie au Canada. Je lui ai expliqué que cela était vrai à la condition que tu penses comme tout le monde et que tu acceptes leur maudite discipline dont te couper les cheveux.

Il fut intrigué par la fermeté de mes convictions voulant qu’il n’y ait qu’un avenir pour le Québec : la séparation. Selon lui, le Canada était un bien trop beau pays pour le briser.

  • Bien des gens parlent du beau pays qu’ils n’ont jamais visité.
  • Ce n’est pas mon cas. Je l’ai parcouru d’un bout à l’autre.
  • Comment avez-vous aimé Montréal?
  • Je ne me suis rendu qu’à Toronto.
  • C’est bien ça, vous n’avez vu que le Canada.

Nous nous sommes regardés avant d’éclater de rire. Sans le vouloir, il venait de me donner raison. Il parlait comme les cartes géographiques ou climatiques vendues par les grandes compagnies opposées à la séparation du Québec, cartes sur lesquelles le Québec n’existe déjà plus.

  • Le Canada, c’est payant pour les multinationales qui ont ainsi des subventions en double. De la province et du fédéral. Pour les gens, la population, tant de l’Ouest que du Québec, c’est un luxe qui entretient la haine.

Il s’est arrêté en cours de route pour me payer une bière. Mon amour pour le peuple augmentait. Se pourrait-il que le racisme existe seulement chez les dirigeants? Je souhaitais encore que le sort Québec-Canada se règle sans violence.

Comment faire pour que la majorité non raciste ne se fasse pas entraîner dans un conflit racial? La presse anglaise est trop raciste pour être démocratique. Comment parvenir à passer le message? J’étais convaincu qu’une population hors Québec bien informée ne se prêterait pas à un massacre inutile, mais comment établir ce dialogue si les journaux anglophones déforment tout?

À Vancouver, j’ai retrouvé Jimmy. Contrairement à mes craintes, tout s’était bien passé en prison. Même si des capsules de drogue avaient été retrouvées sur lui, aucune plainte n’avait été déposée à cet égard. Lors de son arrestation, les policiers avaient trouvé en sa possession le « jack-kniffe » que sa sœur lui avait fait parvenir comme cadeau, lors de son retour d’un voyage en Algérie. Les policiers ne parvenant pas à faire sortir la lame du couteau, mon fou de Jimmy, complètement gelé, leur a donné une leçon sur le maniement qu’ils n’ont pas du tout apprécié.

Jimmy me raconta son histoire, tout en me soulignant que l’interprète français semblait travailler pour la police, car parfois, il déformait totalement ce qu’il disait en français.

J’ai passé une semaine à attendre le chèque de l’assistance sociale. Certains mettaient en doute ce qui m’était arrivé à Dawson Creek affirmant que j’étais toujours seul quand il se passait quelque chose sortant de l’ordinaire. Pour eux, je n’étais qu’un fabulateur.          

Le premier soir au restaurant, nous avons été fouillés par la police : les cheveux longs, ça ne plaît pas à ces supers mâles. J’étais presque mort de peur, croyant être recherché en rapport à mes agissements à Dawson Creek. Comment pouvais-je être brave à Dawson et peureux en groupe à Vancouver?

  • Tu fais toujours tes bons coups quand on n’est pas là. Que personne ne peut en témoigner!

C’est fou combien l’opinion des autres est importante quant à l’image que l’on se fait de soi. Pourtant, ça ne devrait avoir aucune importance. Il en sera ainsi en 1970 : alors que je me prendrai pour un felquiste, certains croiront que je suis un indicateur de police parce que je parle de l’amourajoie sans être arrêté. J’ai pourtant fait quatre fois de la prison pour mes amours illicites.

En réalité, j’étais aussi peureux à une place qu’à l’autre. Seul, je panique plus vite pour ma peau — on est toujours prêt à mourir jusqu’à ce que ce soit vrai ou du moins qu’on le croit –, mais j’ai moins peur seul parce que personne ne peut écoper à cause de moi. C’est une peur personnelle, donc, moins grande que celle d’être responsable du bien ou du mal des autres.

Je dois dompter des lions avec mes épines. C’est comme la rose de St-Exupéry. C’est comme si je me sentais devenir un officier responsable de la troisième guerre mondiale, celle où le prolétariat se soulèvera universellement contre tous les impérialistes et les dictateurs, où la population aura décidé que le monde actuel ne vaut plus la peine d’être vécu, où les gens penseront que tant qu’à crever de faim, de l’esprit, il vaut mieux crever au complet.

La guerre sainte sera sans dieu. Une guerre pour la survie individuelle. Un après 1929 moderne, un autre déboire absolu de la finance. La guerre sera la recherche de son morceau de pain.

En groupe, je me sens responsable des autres, je ne fais pas confiance à ma discrétion. J’ai peur de les vendre par accident, d’où je me terre pour ne pas attirer l’attention. Je ne me fais pas confiance, c’est tout.

Plus jeune, je me détestais parce que j’étais pédéraste. Je ne me pardonnais pas d’être un aussi grand pécheur. Il a fallu bien du temps pour que je m’apprécie. Aujourd’hui, je m’apprécie peut-être trop. Mais, au moins, j’ai compris que j’ai peut-être raison de croire que la majorité des gens sont malades quand ils pensent à la sexualité. On nous écrase dès l’enfance… On fait de nous des paranoïaques. On s’imagine qu’un chatouillement dans le bas du ventre quand tu viens, c’est pire qu’une crise d’épilepsie comme chez les ignorants. Le plus curieux les hommes de la Grèce antique pensaient ainsi, ce qui prouve qu’on n’évolue pas vite, et ce surtout à cause des religions qui nous emprisonnent dans leur idéologie.

J’ai recommencé à écrire dans les journaux de gauche ainsi que le journal des marginaux. J’ai présenté un article sur le droit de l’individu lors des perquisitions ainsi que des articles favorables à la légalisation de la marijuana.

Mon argumentation était simple : le trafic du pot permet l’écoulement de produits de mauvaise qualité, voire dangereux. Auparavant, au contraire, on pouvait récolter notre consommation personnelle et ainsi n’avoir rien à craindre.

Les principaux bénéficiaires de la loi sont la petite pègre et les policiers qui fournissent sur le marché noir les produits saisis auparavant. Il faut que les jeunes vivant aujourd’hui de la vente de cannabis puissent honnêtement gagner leur vie en écoulant des produits de qualité.

Je ne me penchais pas encore sur la mainmise quasi complète des marchés par la mafia internationale. Cette mainmise serait souhaitée par les gouvernements, car, les expériences auraient prouvé qu’il est possible de contrôler les jeunes par la drogue d’où leur prolifération.

La renaissance religieuse, grâce à la drogue, est en soi la plus grande preuve de l’intérêt du système à voir les jeunes se droguer avec les produits de leur choix? Contrôler la masse…

Nous nous sommes contentés de rêver de phallus : Pépé était trop vieux pour ne pas être un brin conservateur. Retour à Vancouver.

J’ai écrit mon dernier article pour le Soleil et j’ai acheté mon billet de retour à Montréal par autobus. J’étais déjà un peu plus bourgeois. Je ne voulais plus de problèmes.

J’avais décidé de retourner à l’école et de devenir un jour un grand écrivain. Puisque pour avoir droit à ce titre, il faut savoir bien écrire et ne rien dire d’original, je devais réapprendre ma grammaire. Les éditeurs ne savent pas encore que les correcteurs sont engagés pour corriger.

Ainsi, la poésie fout le camp avec le reste de la littérature, car, ce qui compte maintenant c’est d’expérimenter des structures de phrases. Que ça emmerde tout le monde ou pas. La forme écrase le fond. La poésie en se raffinant est devenue scrupuleuse, frileuse et peureuse, car elle cherche à dissimuler ce que l’on ressent. Il faut s’attendre à ce que la littérature meurt de sa belle mort puisqu’on l’aura vidé de toute sa substance et comme l’avait dit Marx elle est devenue ascétique. L’art est bourgeois quand il est à droite. Comme  disait Janou St-Denis : Tuer la poésie, c’est assassiner la race humaine. Et parfois ce sont les poètes eux-mêmes qui tuent la poésie en voulant se croire des dieux de la censure.

Un sourire sorti d’enfer 28

novembre 14, 2020

Un sourire venu d’enfer 28

Autobiographie approximative

pp. 216 à 226

Je me suis dirigé vers un club fréquenté par des Québécois. Comme prévu, j’y ai rencontré des amis de Jimmy qui, eux, n’étaient pas en tôle. Ceux-ci étaient tout particulièrement excités par l’arrivée d’une belle fille de seize ans environ, venue du Québec. Nancy, après avoir absorbé quelques comprimés de drogue, était partie sur le pouce. Un voyage sans but, ni itinéraire.

J’ai discuté près d’une heure avec les copains, sans attacher d’importance à la nouvelle venue, sans manifester mon intérêt pour elle. Cette indifférence a eu raison de sa curiosité. Pourtant, je l’avais observée depuis son arrivée. Je la trouvais fort belle.

  • Tu n’as pas l’air d’aimer les femmes ?
  • Je n’ai rien contre les femmes, ce sont des êtres humains. Elles ne m’intéressent tout simplement pas sexuellement.  J’aime les petits gars.
  • C’est contre nature…
  • Ce doit être pour cette raison qu’il existe des gars comme moi depuis le début de l’humanité. En Grèce comme à Rome, le sommet de l’amour a toujours été la passion de l’adulte pour son privilégié. Un homme comprend mieux un autre homme. Ce sont les institutions économiques qui ont inventé la nécessité d’être un couple hétéro. Dans notre société, on force les jeunes à devenir hétérosexuels. Si tu n’obéis pas à ce moule, tu es la risée de tout le monde. Vers dix ans, tes parents te pointent du doigt si tu n’as pas une petite blonde.

Pourtant, avec la surpopulation, les sociétés devront finir par admettre que l’orientation sexuelle est à la fois génétique et en grande partie culturelle. L’homosexualité est la solution la plus respectable et la plus naturelle contre la surpopulation. Les gens vont se lasser des guerres pour dépeupler et équilibrer les marchés. Les peuples n’ont plus autant besoin de soldats et l’homme mérite plus que d’être une fonction sociale ou guerrière.

  • Il n’y aura plus d’enfants ?
  • Il y en aura toujours, mais l’amour ne sera plus intimement lié à la procréation. Quand ces distinctions naturelles seront faites, il importera peu que la passion éclose entre gens de sexes différents ou du même sexe. L’amour est au-delà de la couchette. Le plaisir est une chose, l’amour en est une autre.

Les enfants ne seront plus considérés comme un symbole de réussite. Les adultes s’en occuperont par amour, donc, dans la gratuité. Ce ne sera plus leur simple projection pour rêver d’être immortels.

Combien d’hommes se marient pour échapper à l’opinion des autres? Combien d’hétéros ne connaissaient rien aux femmes, les méprisent même, en faisant semblant d’être normaux alors qu’ils se seraient mieux réalisés en tant qu’être

humain, s’ils avaient été seuls ou avec un autre homme? Il est aussi urgent que l’on recommence à reconsidérer la femme comme un être humain, non plus comme un simple rôle social, celle qui donne des enfants.

J’ai de la difficulté à comprendre les femmes. Je leur reproche leur masochisme, leur jalousie, leur obsession contre tout ce qui est sexuel, leur hystérie religieuse, leur hypocrisie pour dominer en se servant de leur capacité de pleurer pour te rendre coupable. Il suffit pour une femme de pleurer pour faire ramper n’importe qui. Elles crient contre leur état d’inférieures et pourtant elles se proclament toujours victimes.

Généralement, les femmes bénéficient d’une multitude de privilèges, dans nos lois civiles surtout, mais elles prétendent encore qu’elles sont exploitées. Elles blâment les mâles pour leur faible salaire alors qu’elles sont contre les syndicats. Donc, elles encouragent les boss à les exploiter. Elles n’ont qu’à se syndicaliser comme les hommes. Les femmes devront apprendre à accepter une critique constructive et cesser de se comporter toujours comme si elle était un être inférieur. Elles ont un pouvoir qu’elles ne font que commencer à exercer.

Quant à moi, elles ne m’excitent pas sexuellement autant qu’un petit gars. Je suis comme ça et je n’y peux rien. Je ne fais que commencer à découvrir leur beauté.

  • Les petits gars, tu peux les…
  • Je ne les pervertis pas. Je ne les traumatise pas. Ce sont des légendes urbaines pour permettre au système judiciaire de continuer à faire croire dans le danger de la sexualité chez les jeunes, comme les curés l’ont toujours prétendu. La peur de la sexualité entre un adulte et un garçon est devenue une véritable mafia du chantage. On regardera bientôt comment tu agissais alors que tu étais encore dans tes couches. Qui peut se rappeler ce qui s’est passé il y a plus de dix ans ? Même si on te met en prison est-ce que ça change ce qui s’était passé. La justice est la pire des injustices parce que le judiciaire ne devrait pas avoir un mot à dire sur la vie sexuelle à moins qu’il y ait violence de part ou d’autre. Je ne fais que leur permettre de découvrir leur beauté et l’apprécier. La pédérastie ou l’amourajoie, c’est la même chose, c’est une histoire d’amour.

Je suis bien moins néfaste pour eux que la violence dans les jeux vidéo et à la télévision. C’est un stéréotype de croire que les hommes sont automatiquement forts, riches et dominateurs. Ce ne sont pas tous les hommes qui vivent leur sexualité en se servant de violence, c’est même tout le contraire, j’espère. Les hommes, selon les féminounes ne sont que des muscles, sans cerveau pour les animer.

  • C’est contre nature…
  • Qui nous fait croire cela? Les ignorants. Les curés. Les juges. On croyait que le sperme était une partie du cerveau ou de la colonne vertébrale d’où a-t-on attaché autant d’importance aux éjaculations. Dans la noblesse, le sperme déterminait ton rang. Est-ce encore justifiable aujourd’hui? Pourquoi un homme doit-il nécessairement être hétérosexuel? Il y a en a qui sont gais, d’autres qui sont bisexuels, et alors? Il faut évoluer au fur et à mesure que nos connaissances sont plus évoluées. Si tu cherches à recommencer un jeu sexuel avec un adulte, ce n’est sûrement pas parce que tu t’es senti violenté, mais, au contraire, que l’expérience précédente a été fascinante, jouissante.

Aurait-on peur que le petit gars aime trop ça? Aurait-on peur que cette connaissance remette en question l’approche débile que nos sociétés ont de la sexualité? D’ailleurs, on ne fait pas la distinction entre sexuel et génital.        

C’est faux de prétendre qu’un jeune qui a des relations sexuelles dans sa prime jeunesse aura de la difficulté à éjaculer et vivre correctement sa sexualité quand il sera adulte. On nous ment, mais ça fait l’affaire de la majorité donc, on le croit. Un psychologue perdrait son droit de professer si jamais il disait que le jeune peut aimer ses relations avec un adulte. On préfère croire que le jeune est automatiquement une victime, qu’il ait aimé ça ou pas.      

On peut faire l’amour pour l’amour. On n’est pas obligé de remplir sa fonction de mâle géniteur pour prouver sa force, sa fertilité. Les femmes valent plus que l’espace qu’on leur accorde dans nos sociétés. Elles ne sont pas qu’un objet de réalisation, un bijou qu’on met en montre, un porte-petits, un nettoie tout, un cuisinier gratuit. Il est temps que la société révise toutes ses conceptions dépassées en ce qui touche à la sexualité, car l’inégalité homme femme repose sur les idées que l’on se fait de la sexualité.

  • Pas un jeune ne peut accepter la pédérastie… C’est contre sa nature. Il doit être initié de force pour accepter de se livrer à des rapports sexuels.
  • La belle farce! J’ai toujours été amourajeux (pédéraste) et je n’ai jamais forcé un jeune. Les jeunes savent le plaisir qu’on peut trouver à se faire sucer, mais les adultes refusent de croire que les jeunes peuvent y rêver par eux-mêmes. Ils pensent ainsi parce qu’on ne sait pas faire la nuance entre la pédérastie et la sodomie.
  • Il est possible de sucer, se masturber, se caresser, sans être sodomite. La sodomie est d’ailleurs l’objet d’un interdit particulier dans nos lois. C’est la seule chose qui puisse nous permettre de croire dans la violence lors d’un rapport sexuel gai, quel que soit l’âge. Se faire enculer, ça fait mal. Je ne sais pas pourquoi on peut aimer ça.

Il y a quelques semaines, je me promenais en autobus. J’étais assis seul à mon siège. J’essayais de dormir. En ouvrant les yeux, j’ai aperçu la main d’un petit vieux entre les jambes d’un magnifique petit bonhomme de quatorze ans environ, qui le laissait faire en faisant semblant de dormir. Le vieux a cessé en voyant que je le regardais. Le jeune a fait semblant de se réveiller pour savoir pourquoi le vieux lâchait la distribution de ses délices paradisiaques. Il m’a aperçu. Je lui ai souri et je me suis gratté entre les deux jambes. Le jeune me dévisageait. Il était de plus en plus excitant. Il a simplement dit « il fait trop chaud ici». Il s’est levé et est venu s’asseoir à mes côtés. Je savais ce qu’il voulait. J’ai profité de la noirceur pour laisser couler la vie dans ma gorge. Il se pâmait tellement, j’avais peur que les gens s’en aperçoivent. J’ai fini de le sucer quelques secondes avant que la lumière revienne lorsque nous sommes entrés en ville.

Crois-tu vraiment que ce jeune ne savait pas ce qu’il voulait? Et, je t’assure ce n’est pas un cas exceptionnel. Ceux qui prétendent qu’on force les jeunes ne savent pas de ce dont ils parlent. Ils projettent leur façon de voir et n’essaient

même pas de savoir ce que les jeunes veulent ou pensent réellement. Nous avons terminé le trajet dans les bras l’un de l’autre.

À l’arrêt de l’autobus, il m’a présenté sa sœur. Nous avons fumé un joint ensemble et il m’a dit où je pouvais le retrouver, si jamais je repassais dans cette ville.

Les adultes refusent d’admettre que les jeunes ont une sexualité depuis leur naissance. Les jeunes se sentent. Ils bandent et jouissent, même s’ils n’éjaculent pas encore.

Les adultes refusent la pédérastie parce qu’ils craignent l’homosexualité. Les femmes parce qu’elles ont peur d’être privées de mâles un jour s’il y a trop de gais. Les hommes parce qu’ils ont peur de ce que les autres peuvent penser d’eux. Quand tout au long de ton enfance, tu as appris à mépriser les tapettes; c’est tout un miracle que d’échapper aux tensions et de vivre heureux comme gai. Même les gais ne savent pas la différence entre un pédéraste et un sadomasochiste. Ils ne peuvent pas imaginer une relation sexuelle sans sodomie.

Un adulte qui utilise la violence ou la force contre un enfant pour avoir une relation sexuelle avec lui n’est pas normal qu’il soit hétéro ou gai.  Je crois que cet individu est tellement frustré  qu’il est devenu incapable de gérer ses émotions ou sentiments. C’est en quelque sorte une victime de la peur et de la honte que la société a engendrée en se servant de la répression sexuelle. C’est le résultat de notre façon de vivre l’existence de la pédérastie. On en a fait un objet de paranoïa. Et, ça joue dans les deux sens.

Si un pédéraste peut agir sans avoir toujours peur de la prison, ouvertement, avec un consentement mutuel, un amour profond, la brutalité ne peut  pas exister, ni même la domination qui est remplacée par la complicité. Il faut créer une nouvelle atmosphère sociale si on veut en arriver à ce respect des jeunes qui leur donne droit de dire autant oui que non. Il faut permettre au jeune de parler de sa sexualité sans gêne, ni honte. Ainsi, s’il a un problème il n’hésitera pas à en parler à ses parents.

La relation avec un petit gars peut être très profitable pour lui. J’ai bien des jeunes qui se sont sentis revalorisés parce que j’ai eu une relation sexuelle avec eux. Cependant, les relations avec un jeune ne se passent absolument pas comme les adultes le pensent. Les adultes sont incapables de ressentir quelque chose de différent à leurs propres expériences.

Les jeunes ont une approche plus saine de la sexualité que la majorité des adultes qui ont été élevés dans la croyance que le sexe est un péché en dehors de la procréation. Ils ne voient pas le plaisir, la jouissance, comme un péché, mais comme une expérience de son propre développement. L’amitié est une tout autre chose, mais l’un n’empêche pas l’autre. Tu peux être ami avec quelqu’un sans qu’il y ait du sexe. Comme disait Freud, il y a le côté génital et la tendresse, les sentiments.

Des jeunes ont déjà voulu se sauver de leur famille avec moi. N’aurait-il pas été mieux avec moi? Peut-être, mais ça ne se fait pas. La famille est la base de  notre société. On pourrait dès la préadolescence avoir le droit de vivre indépendant, mais c’est bien plus hypothétique que réaliste. Quel jeune pourrait assurer sa survie? J’en ai aussi empêché quelques-uns de se suicider. J’admets cependant que le rôle que je joue avec eux est très important. Si je représente l’autorité et que je me permets de les inciter au sexe, je peux effectivement les briser. La situation crée les règles de vie.

Il y a une très grande responsabilité quand on est pédéraste. Il faut savoir vraiment écouter l’autre pour être certain que nos gestes ne les brisent pas, mais au contraire, qu’ils les aident à se développer, à se connaître plus profondément. Mon contact avec eux en est surtout un de pur amour. Je les adore tellement qu’ils ne peuvent pas ne pas s’en apercevoir. Cet amour est partagé.

À Vancouver, la bière coulait toujours à flot. J’ai su où il me serait possible de trouver le repaire des copains de Jimmy. Ce n’était pas facile d’y accéder puisqu’il s’agissait d’une espèce de petite pègre de la marijuana. Je ne pouvais me rendre les rencontrer que sur rendez-vous. J’y serais attendu.

À la fin de la soirée, je suis entré à la maison avec un jeune d’une vingtaine d’années.  Il  connaissait  ma  pédérastie,   car   il   nous   avait   écoutés discuter. Nancy, quant à elle, était partie avec un des gars. Nous avions abandonné notre discussion pour nous amuser davantage. Cela a permis à Nancy d’apprendre que même pour une fille un amourajeux (pédéraste) peut-être très agréable à rencontrer. En s’acceptant mutuellement pour ce que l’on est vraiment, les frustrations disparaissent et les rapports humains prennent une tout autre dimension. L’amitié est toujours au rendez-vous quand on rit ensemble.

Le lendemain matin, le jeune est venu me trouver dans mon lit. C’était sa première expérience. Il en avait rêvé toute la nuit. J’ai dû deviner ce qu’il voulait parce qu’il n’osait pas me le dire. À force de vivre avec les jeunes, tu viens que tu as des antennes. Il a tourné autour du pot jusqu’à ce que je lui dise qu’il me plaisait et que j’aborde la question de front. Je l’ai sucé à quelques reprises. C’est étonnant comme ces jeunes ont du pouvoir quand il s’agit de sexe.

Le lendemain comme convenu, je suis entré en contact avec l’autre groupe de Québécois. J’étais déjà presque une légende : c’est rare qu’un pédéraste ou amourajeux le dise ouvertement. Un des jeunes me plaisait particulièrement, mais il ne voulait rien savoir évidemment. Il avait pourtant le tour d’agacer quelqu’un. Il me confia aller souvent boire chez son concierge, car celui-ci lui tournait après plus assidûment qu’un inspecteur de police en filature.

Pour tuer le temps, nous avons fumé et regardé la BD, Les échos de la savane dont le sens de l’humour nous plaisait énormément.

  • Voilà des mois que j’aimerais voir quelqu’un mourir de peur. Nous allons refumer et nous rendre à la représentation du film L’exorcisme. Celui qui gagne a droit à la récompense de son choix. Tu sais ce que je veux? Te manger. Quant à toi que veux-tu?
  • Tu m’amènes au restaurant.

D’accord, mais pour ne pas nous ennuyer, nous essaierons d’imaginer une situation plus terrifiante.

Nous voilà tous les deux au cinéma, crampé de rire grâce à la marijuana, tandis que les gens autour de nous vivent dans l’épouvante totale. Certains s’enragent même de notre absence de peur et de nous entendre rire. C’est ainsi que j’ai songé à la même position d’un bonhomme gelé qui aurait lui une once de pot sur lui et qui ne peut s’empêcher de rire en écoutant un film d’horreur alors qu’il se sent traqué par trois flics des narcotiques qui essaient de le repérer dans le cinéma. Il ne peut pas s’empêcher de rire, malgré sa peur.

Nous sommes retournés à l’appartement plus joyeux que jamais. Nous avons à nouveau fumé. Je m’amusais comme un fou. Nous sommes allés prendre une bière chez le concierge qui me manifesta aussitôt une antipathie qui ne laissait aucun doute. Il était déjà jaloux de moi. Les aventures pédérastes sont tellement rares que la jalousie est encore plus présente chez eux que chez les hétéros ou les gais.

Le soir, je me suis enfin rendu dans le groupe des nouveaux amis de Jimmy. Eux ne me connaissaient pas.

À la maison, la table était garnie de pot. On travaillait à le mettre en sacs après l’avoir haché. Évidemment, on ne pouvait pas me faire confiance plus qu’il ne faut. J’étais nouveau, même si on me savait invité.  C’était déjà un miracle que je m’y trouve.

J’ai fumé à n’être plus qu’un nuage. Je me suis couché pour mieux jouir de la musique. Les filles défilèrent dans ma chambre. Elles en étaient fatigantes. Elles ne me tentaient pas, car j’avais peur de ne pas bander et d’être ainsi humilié. Comme il était entendu, le lendemain matin, je devais rencontrer leur grand patron.

Le matin, c’était presque la panique dans l’appartement. On me regardait de travers. Pour eux, je ne pouvais être qu’un flic puisque dans la nuit, je m’étais intéressé à aucune. Les questions fusaient de plus en plus pressantes, mais on n’osait pas aborder le sujet avec moi.

Nancy est apparue dans la porte d’une des chambres. En m’apercevant, elle n’a pas pu se retenir et s’est mise à rire comme une folle. Je n’y comprenais rien.

– Pépé! Ce n’est pas un flic, c’est Pépé (elle m’avait ainsi surnommé). C’est pour ça que vous avez toutes mangé de la poussière. Il est aux petits gars.

Le voile était déchiré. Nous avons ri, bu et fumé ensemble. À l’étranger, tu te tiens avec les tiens comme une bande de loups.

Nancy m’excitait de plus en plus. Gelé, je suis autant hétéro que quiconque. Un petit pervers polymorphe. Mes cauchemars d’adolescent sont  bien  loin derrière. Gelé, je n’ai pas peur d’être découpé en morceaux comme nous le disait Allo Police dans mon enfance. Mes peurs de ne pas bander disparaissaient aussi. Le plaisir l’emportait.

Malheureusement, son cavalier arriva. Il était très beau, ce qui compensait pour le désagrément d’avoir de la compétition. Il s’est joint à nous. Finalement, j’ai pu rencontrer le grand boss du gang. Rien n’avait été fait pour sortir Jimmy du trou. On craignait que la police repère le groupe si quelqu’un agissait en sa faveur. Quelle bravoure! J’avais le feu. Pauvre Jimmy !

Après quelques démarches téléphoniques auprès de la police, j’ai appris que Jimmy devait être libéré sous peu. Je ne pouvais pas aller le voir. J’étais descendu de Dawson Creek, de l’autre bout du BC, pour rien. Je me suis rendu au club retrouver mes nouveaux amis, ayant décidé de retourner le plus tôt possible dans le Grand Nord, à la porte du Yukon. Je ne voulais pas perdre trop de cours. J’aimais étudier la cuisine et je voulais avoir le plus tôt possible un métier qui me permette de travailler partout où je me rendrais. Cela me permettrait de voyager plus facilement, sans danger, car, je pourrais le faire en autobus.

Sur le pouce, le soir, j’ai dû m’arrêter à une auberge de jeunesse. Il y avait là un bonhomme extrêmement laid. Il me mangeait sans arrêt des yeux.

Habituellement, j’aime me sentir reluqué, c’est mon petit côté guidoune. C’est un contrepoids à mes complexes selon lesquels je suis trop laid pour attirer qui que ce soit. Je pensais aussi à cette époque que de me laisser tripoter, c’est parfois rendre service à un individu. Ça lui permet de déjouer ses scrupules. Un peu de plaisir lui donne l’occasion de laisser un peu de côté sa nature de martyr par frustration; mais dans ce cas je ne me sentais pas particulièrement attiré par ce sacrifice. Lui, il ne me plaisait vraiment pas. Il était encore plus laid que moi. On aurait dit le diable. Je ne me sentais pas en compétition avec La vraie nature de Bernadette, un film de Gilles Carl.

À la fin de la soirée, il m’invita à coucher avec lui dans la tente indienne. On manquait de place dans la maison. J’y voyais déjà nager l’anguille, même s’il n’y avait pas de roche. Par contre, je le trouvais tellement triste que je ne pouvais pas lui refuser ce privilège. En plus, ce n’était peut-être pas pour pouvoir m’enfourcher. Il y avait beaucoup de belles filles et c’était peut-être une façon de tirer d’embarras les responsables de l’auberge qui ne savaient pas comment répartir les endroits pour dormir.

Les filles sont toujours un problème quand il s’agit de se coucher. Elles ont toujours peur pour leur sexe. J’avoue que j’en avais un peu peur. La gêne est souvent la cause la plus importante de frustrations sexuelles, tout comme l’impression d’être laid, non désiré ou trop vieux pour plaire. À force d’être frustré, tu deviens plus malin, plus violent.

Dans la tente, celui-ci se coucha dans son sac à quelques pieds de moi. Il fit immédiatement semblant de dormir. Je l’avais mal jugé. Je me suis endormi jusqu’aux petites heures du matin. Je me suis réveillé parce que j’avais froid et je l’entendis sangloter en répétant : « No, I want do it. »

  • Il veut me poigner le cul et qu’il n’en a pas le courage, pensais-je. Il faisait vraiment pitié.

Était-il vraiment scrupuleux ou rêvait-il? Je ne savais plus quoi penser. Une seule chose était certaine, j’avais froid pour dix.

J’avais depuis quelques années une perception quasi missionnaire en ce qui a trait à la sexualité avec les vieux ou les laids. J’ai la certitude que la violence vient la plupart du temps des frustrations sexuelles. Aussi, je me suis presque créé un devoir de conscience d’être disponible à quiconque exprime une frustration que je peux soulager. Je le fais gratuitement, en me disant que vieux je serai bien content si un jour un jeune pense ainsi. J’ai souvent choisi le plus laid quand deux personnes me faisaient de l’oeil, en pensant : « qu’il doit avoir moins souvent l’occasion de vivre une telle expérience. Un geste qui lui sera profitable».

Nous avons qu’une vie à vivre, pourquoi la vivre dans la souffrance? C’est ma façon de combattre la violence et la misère. Si je pouvais faire plus, je le ferais.

Fort de cet esprit de solidarité humaine et voulant cesser de geler le plus vite possible; je me suis tassé contre mon compagnon. Je l’entendais avaler sa salive.

  • Quoiqu’il en pense, aie-je pensé, au moins je n’aurai plus froid.

J’en étais venu à souhaiter qu’il se décide s’il avait un problème de conscience. Il a fallu peu de temps avant que je sente une main à la recherche d’un endroit par où pénétrer dans mon sac de couchage. J’ai facilité l’opération et devenez le reste.

Ce bonhomme-là était devenu absolument heureux. Jamais je n’avais vu quelqu’un en profiter avec autant d’intensité et de joie. Il devait être affreusement frustré pour en profiter ainsi. Je suis persuadé que personne n’aurait pu lui rendre un plus grand service. Il était rayonnant, même beau dans son sourire. Cela l’avait tellement excité qu’il en pleurait, même s’il avait de la difficulté à éjaculer. J’étais fier de moi, promu dans ma vocation de « soulager les âmes en détresse ». Pourquoi ceux que les scrupules n’étouffent pas, comme moi, ne se prêteraient-ils pas aux besoins des autres ?

Au-delà des tabous ! Le besoin sexuel dans notre société est lié à la répression. Je suis convaincu que les crises diminueraient de 50 % si la société acceptait une approche sexuelle, basée sur la liberté, la compréhension de ce besoin naturel. Cependant, il faudrait du même coup être beaucoup plus sévère face à la violence et démythifier la sexualité.

Par expérience personnelle, je sais que si tu as fréquemment des relations sexuelles, tu perds tes obsessions. Celles-ci deviennent de moins en moins importantes, moins nécessaires. La qualité des relations avec les autres s’en trouve améliorer d’autant. L’autre n’est plus qu’un objet de désir, mais de découverte, une merveille à connaître. Je trouvais même parfois que j’avais trop de sexe. Ce n’est pas tout que d’avoir du sexe, il faut que cette relation comble aussi les besoins affectifs.

Le matin, après la vaisselle, j’ai remercié tout le monde sauf mon partenaire de nuit.

  • Tu ne me dis pas bonjour comme tout le monde?
  • Non, non. Je voulais te le dire dehors.
  • Je te remercie du fond du cœur. Tu es bien gentil de m’avoir non seulement deviné, mais m’avoir laissé me défrustrer un peu.

Mon bonhomme était au ciel. Pour un mystique, il était impossible d’espérer mieux. J’étais finalement fier de moi d’avoir rendu un autre gars temporairement heureux.

J’ai fumé et je suis parti à pied sur le bord de la route, goûtant aux merveilleuses Rocheuses, tout en faisant de l’autostop. Comme leur beauté avait été longue à découvrir!

C’était un dimanche, et le dimanche sur le pouce c’est souvent pénible. Je m’en fichais j’avais les deux yeux en pleine prière de remerciements pour une vue aussi belle. Comment ne pas parler avec Dieu devant d’aussi beaux paysages?

Un bonhomme s’arrêta et me fit embarquer.

  • Tu peux rendre hommage au Seigneur que je me sois récemment converti. Si je n’avais pas rencontré Jésus, je ne t’aurais jamais embarqué.
  • Curieux! J’ai toujours cru que Jésus ne veut pas que l’on se vante d’être charitable.

J’étais un peu furieux. Je déteste être embarqué par quelqu’un pour y subir un sermon. J’aime mieux me faire silencieux devant ces monologues stupides. Vivre son christianisme, en se vantant, c’est de l’hypocrisie. J’ai vite trouvé une raison pour débarquer.

J’ai été repêché par une fille qui craignait être violée, tout en le désirant. Elle m’a ainsi entretenu longuement sur les cours de défense qu’elle avait prise au cas où quelqu’un voudrait s’en prendre à sa virginité qu’elle avait certainement perdue il y a bien longtemps.

Me voyant examiner les montagnes, écouter la musique, sans chercher à parler, elle a compris que j’étais bien trop gelé pour être dangereux.

L’atmosphère s’améliora tellement qu’avant de me débarquer elle me proposa que nous prenions une chambre ensemble. Si j’avais eu de l’argent, cela aurait été un plaisir, car elle avait de jolis petits nichons, Valentine !

Bizarre, plus j’avais des petits gars, plus je m’intéressais aux femmes. Le jardin du voisin est toujours plus beau, j’imagine.

Je ne comprenais pas mon attraction pour les garçons et je voulais comprendre pourquoi je suis ainsi.

J’ai été embarqué à nouveau par un groupe de jeunes et comme ça arrive souvent sur le pouce, j’ai refumé avec mes bons samaritains. Ceux-ci se rendaient à Prince George.

Sur le bord de la route, la nuit était tombée, je me suis mis à craindre d’être devenu possédé du diable. Pendant la projection d’Exorciste, les apparitions du diable étaient plus vite que l’œil. D’ailleurs, la Cour les a fait enlever, c’était une façon de nous violer l’esprit. Cela était d’autant plus effrayant qu’elles ressemblaient comme deux gouttes d’eau au bonhomme avec qui j’avais passé la nuit.

Mon obsession était : « Tu as couché avec le diable. Tu ne peux échapper à ton destin qu’en te jetant devant une auto. C’est le pot, pensais-je. Gelé, je suis paranoïaque. Je dois résister. Il faut que je rendre en ville. Je coucherai en prison. Je ne peux pas y aller, les bœufs m’attendent pour me casser  les jambes ».

À chaque voiture, je n’avais qu’un espoir : résister jusqu’à ce que l’effet se dissipe. Résister. Résister.

Un camionneur m’a pris à bord de son vaisseau. J’ai voyagé avec lui jusqu’à ce qu’il s’arrête à un hôtel pour la nuit. Je gelais comme un dingue en petite blouse au pied des montagnes aux neiges éternelles.

La Colombie-Britannique (BC) est une province canadienne extraordinaire. Les montagnes au Nord ont un tout autre charme que les Rocheuses près de Vancouver.

Si je m’étais écouté, je me serais volontiers rendu en Alaska. On dit que c’est très beau.

Un sourire sorti d’enfer 27

novembre 13, 2020

Autobiographie approximative

pp. 208 à 215

Mes visites à Vancouver étaient marquées de plus en plus par des brosses à n’en plus finir.

Jimmy m’avait laissé tomber. Il avait fait connaissance avec un gai qui lui payait des gueuletons dans des restaurants étrangers et il forniquait avec un groupe de jeunes spécialisés dans la vente de marijuana. Jimmy essayait des drogues fortes plus souvent qu’à son tour. Qu’y pouvais-je? Je n’étais tout même pas son père. Plus je lui faisais voir les dangers de la drogue, plus il en mettait pour m’épater, croyant ainsi me faire peur.

J’ai profité dans l’après-midi de ma carte de membre du YMCA de Sherbrooke pour me baigner dans les magnifiques piscines du YMCA de Vancouver. Plusieurs personnes, des familles entières s’y baignaient nues. On était loin de la stupidité des Québécois face à la sexualité. Pas de paranoïa et le respect du corps comme quelque chose de très grand et non comme un péché ambulant.

J’ai rencontré un dirigeant syndical qui m’a expliqué que tout n’allait pas pour le mieux dans la province. Les syndicats étaient très déçus des politiques du NPD, particulièrement dans le domaine du travail. Les syndicats ne voulaient pas se taire, mais dès qu’ils ouvraient la bouche pour critiquer; les journaux, propriétés d’Américains anti socialistes étalaient en page une et de la façon la plus voyante possible toutes les critiques les plus virulentes. Tout était noirci, amplifié.

Les syndiqués considérant le gouvernement trop conservateur poussaient de plus en plus les dirigeants vers la contestation. Ainsi, le gouvernement était la cible des progressistes et des conservateurs.

C’est exactement ce qui se passe au Québec avec la manipulation des syndicats par la go-gauche. La go-gauche se fiche éperdument de l’Indépendance du Québec.

Le marxisme a toujours méprisé les minorités. Pour elle, il n’y a qu’une lutte : abolir le système capitaliste.

La go-gauche profite surtout aux libéraux fédéraux, car, elle mine petit à petit la crédibilité du Parti Québécois qui, bourgeois tant qu’on voudra, est le seul instrument pour obtenir pacifiquement l’indépendance.

En oubliant ses propres folies, la go-gauche pousse les conflits de façon à les rendre insolubles. Plus ça va mal, plus la révolution se fera vite. Elle oublie que la majorité a toujours choisi plus de conservatisme dans ces situations.

Cela fait l’affaire des anglophones qui refusent un Québec français. Les mouvements socialistes actuels au Québec sont dominés par les anglophones. La go-gauche au Québec joue ainsi en faveur de ceux qui s’opposent à la francisation. Ces mouvements emmerdent assez les gens qu’ils accélèrent un retour au conservatisme, mouvement concentré autour de Claude Ryan qui aimerait prendre le pouvoir en faisant renaître le vieil épouvantail de l’époque duplessiste: la peur des communistes et les crucifix qui disparaissent dans nos écoles.

Les Québécois même si plusieurs ne pratiquent plus sont encore très sensibles aux cordes de la harpe religieuse. Le Québec se suicidera-t-il comme la communauté francophone du Manitoba pour sauver les intérêts de l’Église catholique au Québec? Quand un peuple a besoin de deux saints pour dormir, c’est une réalité inquiétante.

En Colombie britannique, le BC, une bonne partie de la population craignait une invasion américaine si le parti au pouvoir réalisait son programme. Toute personne renseignée le moindrement connaissait la volonté américaine par le biais de la CIA de mettre fin à l’expérience socialiste au Canada.

Cette opération était connue sous le vocable : « Opération Étoile du Nord ». À mon avis, cette peur d’une intervention armée était non justifiée quoique l’intervention américaine à travers les journaux et les associations patronales fût évidente.

On aurait dit que le NPD avait le tour de se mettre tout le monde à dos en n’étant pas assez radical. Les industries qu’il étatisait étaient toujours en faillite ou presque. Plutôt que de changer la direction, la firme reprenait vie avec les mêmes administrateurs, mais sous un autre nom. Les gens interprétaient cela comme du patronage et une mauvaise capacité de gestion.

Avec le temps, les gauchistes ont fini par trouver le NPD aussi mauvais que le Crédit social, de droite. D’ailleurs, souvent le Crédit social avait des politiques plus socialistes que le NPD. Plusieurs ont abandonné la lutte. Pour les travailleurs, un parti ou un autre, ça ne changeait rien. Les grèves étaient recommencées de plus belle.

Les jeunes espéraient une libération de la marijuana et la légalisation des plages de nudistes. Ce fut un rêve vite abandonné. Les autorités ont essayé d’interdire le nudisme pour des motifs hypocrites. À Vancouver, on invoquait le danger des bancs de sable. Sur l’île, on prétendait que le nudisme nuisait au tourisme. Les vieux ont toujours paniqué avec la sexualité partout au Canada. La peur du sexe est une ignorance qui frise la maladie mentale à l’échelle humaine.

La jeunesse qui espérait un renouveau n’a pas pardonné un tel recul du gouvernement.  Pour les jeunes et les travailleurs, plus il y avait de changements, plus c’était pareil.

Sur le pouce, les plus vieux parlaient souvent de l’inflation, du problème de l’habitation à Vancouver. Pour eux, il s’agissait de la même  situation  qu’en 1929.

« Nous crevions de faim. Tout était rationné et pourtant un peu partout dans les hangars, la nourriture pourrissait à la tonne. Les grandes compagnies faisaient la pluie et le beau temps, mais aussi de bien meilleurs profits.»

Partout, les gens étaient insatisfaits, mais ils ne voyaient pas comment s’en sortir, car, les USA apparaissaient dans le portrait. « Il faudrait aller plus loin », disait-on, mais… la peur les a étouffés.

Le socialisme en Colombie britannique me déplaisait. Tout n’était qu’économique comme si les hommes étaient des robots. Exactement, comme cela se passe dans les syndicats du Québec. Le membre n’est qu’une cotisation.

J’ai écrit une lettre ouverte dénonçant la situation que le journal titra : « Are BC workers money monkeys ? »

Je ne voulais pas m’embarquer davantage dans le débat. Je n’étais pas chez moi au Canada. De plus, je n’ai rien contre le socialisme, bien au contraire. C’est une réponse très intelligente à nos problèmes. Par contre, comme toutes les idéologies, la réponse communiste considère encore l’homme comme un

membre à exploiter par le parti. Entre le capitalisme et le communisme, à cause du manque de respect de l’individu, je préfère le capitalisme, mais un capitalisme profondément modifié, un capitalisme beaucoup plus socialiste.

J’ai été choisi au Centre de la main-d’œuvre pour suivre un cours de cuisine, à Dawson Creek. C’était encore plus au nord, dans le BC, à la porte du Yukon. Cela m’enchantait. Je découvrais ainsi un nouvel aspect des magnifiques montagnes de cette province canadienne.

Malheur de malheur, dans mon dernier voyage à Vancouver, ayant dû coucher dans un terrain de stationnement couvert pour échapper aux pluies, j’avais attrapé des poux. C’est la pire chose qui puisse arriver à quelqu’un avant de se rendre à une nouvelle école. J’étais effrayé à l’idée d’en avoir encore et de les passer à mes compagnons. J’ai travaillé une semaine à les faire disparaître. J’avais de la difficulté à dormir à cause de la peur de ne pas arriver à me départir assez vite des grattements qu’ils provoquent. J’ai plus honte des poux que du sexe et dans les deux cas, je ne suis pas le principal responsable.

À mon arrivée à l’école, j’étais fasciné. Non seulement j’ai pris une douche avec les plus jeunes et les plus beaux étudiants; mais je partageais la chambre avec celui qui me plaisait le plus. Un magnifique petit bonhomme de seize ou dix-sept ans. Très intelligent.

Celui-ci trouvait comiques et dangereuses les caricatures que je faisais parvenir à notre Boubou national, premier ministre du Québec. Cependant, je n’ai pas écrit la lettre ouverte dénonçant la Société générale de financement du Québec, comme le voulait Jimmy. Celui-ci prétendait que la SGF servait à un groupe de libéraux pour créer des industries que le gouvernement rachetait, dès que le déficit devenait trop pesant. Un système de patronage scandaleux! Mais, je n’avais pas de preuves et j’étais loin de la politique québécoise.

Le premier avant-midi fut sans incident. Le midi, nous nous présentions les uns aux autres. Si mon intérêt porta immédiatement sur une magnifique Indienne, pour la majorité des autres étudiants, j’étais l’objet parfait de la curiosité parce que je venais du Québec.

Évidemment, les questions ne tardèrent pas à fuser sur mon pays.

  • Es-tu en faveur du Parti Québécois ?
  • Il n’est pas assez radical, mais il présente un compromis acceptable, pourvu qu’il ne finisse pas aussi conservateur que le NPD.
  • T’es donc pour le FLQ ?
  • Fais attention à ce que tu dis ici, nous pensons que Burney est un indicateur de la police RCMP (GRC).

Il faut dire que la GRC a toujours placé des indicateurs dans les milieux étudiants. Cela avait même été dénoncé à l’université Bishop, à Lennoxville, une université où ni le FLQ, ni la go-gauche n’ont encore mis le gouvernement en danger. Après cela, le Canada fait croire qu’il respecte la liberté de penser.

Quant à Burney, il se prétendait non seulement curé d’une paroisse d’Alberta, mais aussi le maire de cette petite municipalité. Cette présomption que Burney était de la GRC a augmenté quand celui-ci refusa de répondre à nos questions.

La solidarité entre jeunes dépasse souvent les frontières artificielles des pays, ces espèces de jouets politiques des aînés. À cet âge, tu n’as pas encore de placement à défendre et tu te sens plus humain.

Tout allait pour le mieux. Je m’entendais à merveille avec tout le monde. Je vivais avec des petits gars charmants et une petite Indienne venait émerveiller mes regards. Elle était vraiment très belle.

À la fin de l’après-midi, le chef du département est venu me trouver.

  • Tu ne sais pas encore comment te raser ?
  • Je ne peux pas. Je n’ai pas de rasoir et je n’ai pas encore été payé. Je ne peux pas en acheter un maintenant, je n’ai pas un sou. Je le ferai dès que je le pourrai.
  • Si tu ne t’es pas rasé demain, ne reviens pas.

J’étais bien malheureux. Je voulais absolument suivre ce cours et je risquais d’être congédié parce que je n’avais pas assez d’argent pour m’acheter un rasoir. Une affaire archi- stupide.

Un des jeunes qui m’appelait « Gros Jambon » m’invita à souper chez lui. Ce jeune me fournit aussi le rasoir tant espéré.

Ce soir-là, nous avons longuement discuté de politique. J’ai essayé autant que j’ai pu d’atténuer le mythe du Québécois raciste et violent. J’ai essayé de lui faire comprendre qu’à mon avis le FLQ a toujours été une arme défensive contre les fédérastes. C’est comme le coup de poing que tu donnes à force de te faire écœurer. Pour te défendre.

J’ai poursuivi mes études dans un état de quasi-pauvreté, car j’ai réussi à obtenir une petite avance et m’acheter un rasoir. J’avais une excellente relation avectous les étudiants, sauf un, qui détestait les francophones et qui inventait toutes sortes de bêtises pour me provoquer. Ainsi, un jour pour m’écœurer, a-t-il traduit le sigle FLQ par Funny looking Queer ou drôle de tapette. Cet étudiant ne jouissait pas d’une grande popularité auprès des autres, mais cette blague était bien rie.

La ségrégation s’est accentuée plus fortement sur l’Indienne qui, exaspérée, a laissé les cours.

En dehors des cours, je me rendais à la bibliothèque ou à la piscine où j’avais une foule de petits amis Indiens. Je vivais le parfait bonheur. Personne ne m’emmerdait, je ne pouvais pas demander mieux. Seul, l’argent manquait, c’est l’histoire de ma vie comme pour c’est le cas pour beaucoup.

Quand nous devions recevoir notre chèque, ce fut toute une déception. La grève de la poste paralysait tous les services. Comment survivre? C’était déjà un miracle d’avoir tenu jusque-là. Cet événement m’a cependant permis de voir comment les autorités me saisissaient :

  • Tu n’as qu’à téléphoner à ton chum et lui demander de régler la grève plus vite.
  • Quel chum ?
  • Le premier ministre du Canada, ton ami Trudeau, voyons !

J’oubliais facilement cette vision bien particulière des gens de l’Ouest. À leur avis, P.-E. Trudeau était le seul vrai et unique chef du FLQ. C’est une bien bizarre idée. Trudeau a beau être devenu un conservateur libéral, il demeure un leader antinationalisme québécois. La nomination du dernier gouverneur général le  démontre  bien.  Les  libéraux  sont  prêts  à  se  liguer  avec  la  go-gauche  et l’extrême droite dirigée par Claude Ryan pour battre l’indépendance du Québec.

Certains anglophones sont tellement racistes qu’ils n’arrivent pas à comprendre que Trudeau a vendu le Québec pour un plat de lentilles depuis belle lurette

Pour eux, il suffit que Trudeau porte un nom français pour le haïr. Au contraire, au Québec, ce nom français permet d’anéantir le Québec autonome. C’était d’un ridicule absolu. Trudeau est haï par les nationalistes québécois, donc, ce n’est sûrement pas le chef de file nationaliste québécois.

J’avoue que bien des Québécois se sont un jour demandé si Trudeau ne s’est pas fait élire pour écœurer les Québécois et ainsi les aider à prendre conscience de leurs contradictions et accéder plus vite à l’indépendance.

C’était l’avis des anglophones d’où ceux-ci le détestaient-ils autant. Trudeau pour un Anglais, c’est le suprême affront : un francophone au pouvoir, qui plus est, un francophone qui réussit, là où échouent tous les anglophones. C’est humiliant pour un groupe ethnique qui se croit supérieur. Plus les années passent, plus c’est évident.

Cette vie joyeuse m’a permis de rêver de faire renaître l’émission radiophonique francophone, qui éblouissait les ondes à Dawson Creek.

J’ai donc rencontré un groupe de francophones pour discuter de l’assimilation, essayer de comprendre comment elle se fait et comment s’y opposer.

Le principal problème des francophones de l’Ouest : ils doivent payer pour étudier dans leur langue. Le Québec est la seule province à fournir un réseau d’écoles bilingues, un réseau où souvent les anglophones ont même plus d’avantages que la majorité francophone.

Pour suivre des cours universitaires, les jeunes francophones de l’Ouest doivent s’expatrier. Pourquoi? Pour revenir dans un pays qui, d’une autre langue et d’une autre culture, refuse leurs diplômes et leur compétence.

Parce que tu es un francophone, tu es perpétuellement un immigrant dans ton propre pays, le Canada. Tu es consacré par ta culture à être un                  « inférieur». Les bons emplois, ce sont les Anglais qui les ont. C’est l’essentiel du problème. Le bilinguisme sert à cacher cette réalité.

Pour faire croire dans le bilinguisme, il faut bien lâcher des miettes: dans les hebdos, parfois à la radio.

En refusant la culture québécoise et en ne présentant que du western, les jeunes sont sans cesse en état culturel de minoritaires. Comment ne pas avoir honte d’une culture aussi maigre? Comment s’intéresser au problème en rejetant le Québec, la voix française en Amérique? La France a d’autres problèmes. Sur le plan social, elle est même cent ans en arrière du Québec. C’est un pays figé. Plutôt que de passer pour des arriérés, les petits francophones s’anglicisent.

Avec le bilinguisme, il ne reste plus au fédéral que d’attendre que s’éteignent les francophones de l’Ouest et que le bilinguisme au Québec mine assez la francité pour qu’il passe aussi au broyeur de l’assimilation. Tout devient clair.

Ce n’est pas pour rien que la radio francophone présente autant de succès américains et anglais dans le domaine de la musique. L’assimilation passe par le chemin de l’oreille, de l’âme. Il faut amener l’individu à choisir l’anglais pour

améliorer son standard social, sa fierté. Les communications ont pour objet d’angliciser le Québec à long terme.

Je voulais organiser une émission pour faire renaître chez les jeunes francophones la fierté de leur culture, une culture bien supérieure à tout ce qui existe en terre du Canada anglais.

Si à l’école le chef du département cherchait tous les moyens et toutes les raisons pour me tomber dessus, la chaleur des jeunes compensait bien.

Burney, pour sa part, me collait de plus en plus comme une mouche. Je lui ai raconté les plaisirs de la vie de candidat Rhinocéros alors qu’en échange, il me raconta sa candidature dans un parti d’extrême droite. J’étais de plus en plus certain qu’il était indicateur de la GRC.

Je ne lui ai pas caché ma pédérastie. Je l’ai même invité à m’accompagner à la piscine rencontrer mes petits amis. Il jouissait déjà de sa capacité à me faire prendre sur le fait. Ce ne pouvait pas être plus dangereux.

Malheureusement pour lui, dès que j’ai mis les orteils à l’eau, une dizaine de jeunes me sautaient dessus, aux rires de leurs parents qui nous observaient.

La décence scrupuleuse est une paranoïa  religieuse,  une  forme  de schizophrénie, un délire entretenu depuis l’enfance qui nous répète que nous sommes pécheurs. On entretient ainsi la peur de la mort, la haine de son corps. L’ultime punition étant l’enfer. Le jugement est même double : particulier et général.

Ces jeux avec les petits Indiens me rendaient le plus heureux des humains. Ils n’ont pas du tout plu à Burney qui a quitté la piscine ouvertement en colère. Ces fous de la victimologie quand ils se rendent compte qu’ils se trompent préfèrent ne rien voir, ne rien écouter, et conserver leur idée que ces pauvres enfants souffrent quand ils jouissent.

Tout allait pour le mieux quand j’ai reçu une lettre voulant que Jimmy et tout son groupe d’amis soient en prison. J’étais seul à parler anglais, aussi j’ai cru de mon devoir d’ami de me rendre à Vancouver. Être en prison, à plus de 5,000 milles de chez toi, dans un pays étranger et une langue étrangère, ce doit être affreux. Au nom de l’amitié, je ne pouvais pas rester égoïstement à Dawson Creek. Je suis descendu sur le pouce le plus vite possible à Vancouver.

Je n’avais pas d’endroit où me rendre à Vancouver. Je ne voulais pas coucher encore une fois sur le plancher d’un terrain de stationnement de peur de rattraper des poux.

Un sourire venu d’enfer

novembre 12, 2020

Un sourire venu d’enfer 26

Autobiographie approximative

pp. 200 à 208

Les journées se ressemblaient toutes, sauf quand je me rendais à Prince George.

J’y retrouve ma seule raison de vivre : les petits gars.

Le soir, je me rends à la piscine ou dans les toilettes du terminus, car j’y rencontre souvent un petit Indien de quatorze ou quinze ans qui fait tout pour m’aiguiser. Ou encore, je partage la chambre avec des petits gars de passage. Ils m’arrivent comme sur un plateau. On dirait que le directeur connait mes goûts et m’envoie les jeunes qui se présentent.

J’ai vécu ainsi une aventure d’une semaine avec un jeune albertain de seize ans. Francophone, il avait été assimilé à cent pour cent. Il ne savait plus un mot de français. Nous partagions la même chambre, aussi n’avais-je pas hésité à lui tenir la conversation, glissant à quelques reprises ma fascination pour  sa beauté.

Il était très scrupuleux, très attentif à tout ce que les autres pensaient de lui. Quand il s’est déshabillé, il semblait mal à l’aise comme s’il aurait pu être vu par toute la ville.

  • Sois sans crainte, les fenêtres sont trop hautes. Personne ne peut te voir ici.
  • T’en es sûr ?

J’écrivais une lettre dans laquelle j’exprimais mon vif désir pour ce petit  blondin et le désappointement de demeurer sur ma faim. Plus je le regardais, plus je le trouvais beau. Je ne pouvais pas m’empêcher de le toucher. Comment faire? Je discutais avec lui, tout en le mangeant des yeux.

Un moment donné, j’ai vaguement eu l’impression qu’il venait de comprendre mon intérêt. Non seulement il me tenait compagnie, mais il se mit à poser, à se la poigner.

C’est invraisemblable! Combien de jeunes se trouvent laids et sont étonnés que quelqu’un puisse, au contraire, en être fasciné. Dans ce cas, les jeunes trouvent beaucoup d’avantages à connaître la pédérastie. Ils se sentent enfin revalorisés, voulus, aimés, adorés quand ils rencontrent un véritable pédéraste (amourajeux).

Les compliments sur la beauté de sa peau m’ont permis de lui demander de le toucher pour comparer les sensations de la vue et du toucher. J’ai fini dans son lit, l’esprit au ciel profitant sans doute de ce privilège que l’on appelle contempler Dieu face à face. L’extase.

Seul un beau petit gars comme lui me permet de connaître cet état d’esprit. C’est une espèce d’ensorcellement, d’envoûtement, une dégustation de l’âme dont la faim ne s’épuise jamais. Au lieu d’être coupable d’être pédéraste ou amourajeux, je ressentais davantage le privilège relié à cette déformation de l’attrait sexuel. Une raison de remercier Dieu. L’amourajoie est une félicité indescriptible, le langage d’âme à âme. Une complicité. Un échange d’énergies vitales. Elle enveloppe la pédérastie qui elle est plus génitale.

Cette aventure passionnée avait des effets très positifs sur lui. En ma compagnie, il semblait moins gêné, plus capable de converser avec les autres, plus sûr de lui et plus fier de son corps. Sans qu’il ne dise mot, je le savais auparavant un petit complexé. Il ne passait plus d’heures seul à se tourner les pouces et à brasser du noir. Depuis notre aventure, il nous accompagnait au restaurant, prenait part aux discussions.

Quand je l’ai quitté, ce n’était plus le même petit gars. Il ne m’attachait plus d’importance. Il cherchait ailleurs pour savoir s’il pourrait revivre avec un autre ce qu’il venait de découvrir. Et, ça semblait très bon. Il avait enfin saisi le vrai sens de la vie : chercher le bonheur. Notre société nous force à nous mépriser si on a le malheur d’avoir la libido un peu forte.

Dans la Colombie-Britannique, les gens étaient généralement très gentils. C’était un charme d’y faire du pouce. Les vieux étaient particulièrement attachants.

L’un d’eux a déjà fait 200 milles de plus parce qu’il aimait discuter avec moi. Il prétendait être un ami du premier ministre du BC. Tout y  est  passé : l’éducation, la révolution, les problèmes du Québec, etc. À la fin de la journée, il me laissa sur le bord de la route puisqu’il devait se trouver un endroit où passer la nuit. La pluie commence à tomber. Le vieux revient presque aussitôt parce qu’il ne veut pas que j’aie de la misère. Nous discutons à nouveau jusqu’à minuit et le lendemain, il fait un cent milles de plus pour nous donner le temps de finir nos argumentations.

Quand il m’a laissé, nous étions devenus de bons amis. Il m’a souhaité la meilleure chance possible et en me regardant du coin de l’œil, il me dit, sourire aux lèvres : « pas trop de FLQ! ».

Je n’avais à aucun moment parlé de violence. Peut-être m’avait-il perçu autrement que je le croyais. Ce vieux était formidable. Il a abandonné une haute situation pour s’acheter une ferme, vivre une dernière idylle avec sa maîtresse d’école et voyager. Il était bien plus jeune, malgré son âge, que bien des jeunes que je connais.

J’étais aussi très fasciné par les clochards. J’apprenais beaucoup de choses d’eux, même si plusieurs après quelques paragraphes se mettent à déparler.

Comment peuvent-ils vivre dans un tel état de mendicité? D’où tiraient-ils leur courage? Souvent ce sont des gens qui ont eu une fortune ou de belles situations. Ce sont toujours des gens qui n’ont pas su surmonter leur difficulté. Ils ont décroché lors d’une trop grande épreuve qui les a marqués à jamais. Ils sont beaucoup plus à plaindre qu’à blâmer. J’y voyais ma vocation. Un ami qui a fait ma carte du ciel m’a prédit que je mourrais dans la mendicité la plus absolue… il suffit d’une crise économique pour que sa prédiction se réalise, car je vis seulement avec ma pension de vieillesse.

Je me retrouvais en eux. Comme eux, j’étais banni. Politiquement rejeté, socialement scandalisant. Notre société ne peut pas admettre que nos réflexions la remettent en question. Il faut obéir aveuglément.

Comment échapper à ce destin? Je ne voulais plus endurer les jugements des supposés gens de bien. Je me voyais déjà un clochard. J’aime boire. Je suis un raté par excellence. Trop honnête pour être journaliste, trop vieux pour changer de métier, trop radical et politisé pour avoir un emploi stable. Comme Samson (pas le policier, mais le vrai Samson), je tenais à mes  cheveux  et  à  ma  langue.  Vivre  sans  passion,  sans  petits gars, autant crever.

Je ne pouvais pas avoir un autre avenir que l’échec. Après être exclus des journaux, je serai oublié dans la mer littéraire. On trouvera bien une raison pour m’empêcher de publier. J’irai mourir dans une chambre de Bagota, poignardé par un gamin. Je mourrai en l’embrassant ou en le suçant, en pleine éjaculation. Ce jour-là, le soleil sera heureux. Il aura récupéré quelques rayons perdus dans ma carcasse. Le seul moyen de bien mourir, c’est de bien vivre. L’éternité est à l’image de l’instant même de ta mort d’où faut-il bien vivre chaque instant pour ne pas être surpris au moment où tu es malheureux, car tu le serais à jamais, si éternité il y a.

Je vivais mes meilleurs moments sur le pouce. Je goûtais de plus en plus la beauté des Rocheuses. J’aimais me sentir dans ce décor grandiose, si petit dans un si grand panorama. L’air pur jouait aussi un rôle important. Le ciel sent certainement bon…

Souvent le pot me permettait une perception plus poreuse des décors, une pénétration plus intime des vibrations. Le pot est un produit assez extraordinaire. Ceux qui sont contre n’y ont jamais goûté. Quiconque a fait l’amour une fois drogué sait que rien ne peut égaler cette sensation de bien-être particulièrement quand tu viens.

Le pot n’a pas le même effet pour tout le monde. Il ne fait qu’amplifier ta personnalité, la qualité de tes sens.

Quant à moi, il me rend plus contemplatif et parfois plus peureux, plus paranoïaque. Je suis en même temps plus niaiseux et plus drôle. Drogué, parfois, je sens que je n’ai pas de culture. Je m’en veux d’être aussi vide, si peu intelligent. Je n’ai pas d’argent et je n’y tiens pas. Je suis heureux d’être ainsi, de me contenter de peu.

J’admire. Je bois la vie. Je suis fasciné. Parfois, c’est un trait de caractère déplaisant parce que je me sens souvent inférieur aux autres. J’avoue ne pas savoir ce qu’est de se sentir aimé.

Je n’ai pas toujours besoin de pot pour être drogué. J’ai souvent failli me faire tuer parce qu’en méditation je passais sur des feux rouges que j’avais vus verts. Je vois ce que je veux. J’oubliais le volant alors que je conduisais une auto; je m’apercevais que l’autobus était plein sans avoir vu personne entrer. Je pleurais parce que je me sentais subjuguer par une trop grande beauté. Je suis toujours accroc devant un petit gars. Je ne peux pas dissimuler mes sentiments. Je m’excite ou encore, comme me disait Frédéric : « Toi, c’est facile de savoir si un petit gars te plaît, tu bandes des yeux. »

Jamais un sens n’aura été aussi important pour moi que la vue. La vue, c’est un moyen de connaître, d’apprécier, de jouir. Je suis pédéraste amourajeux juste à cause mes yeux. Je ressens une jouissance foudroyante quand le visage d’un petit gars me plaît. Je cherche aussitôt à voir si son corps est en harmonie avec son visage. Je veux savoir s’il est aussi beau de partout. Si tout est bien balancé. Si sa peau est comme le duvet, lisse et tendre? Quelle est sa réaction quand il jouit? Quel est son caractère? J’aime les petits gars intellectuellement curieux et éveillés. Il me pousse dans mon besoin de connaissance aux derniers retranchements. La jouissance intellectuelle est encore meilleure que la jouissance physique.

Aimer un petit gars, c’est comme contempler une peinture qui nous éblouit; c’est être aveuglé et découvrir l’objet contemplé du bout des doigts. C’est chercher à le connaître, chercher dans sa voix, s’il est timide ou vaniteux, actif ou passif. C’est vouloir percer son langage non verbal. Le connaître à travers sa démarche physique.

Je devrais aimer les pigeons parce que je réagis comme eux devant un petit gars. La contemplation, c’est quasiment un don. C’est jouir par la beauté, l’harmonie, les vibrations. Le langage sensuel. Faire le vide pour tout recevoir, tout goûter d’eux. La lumière est un pas dans l’infini. Un regard à l’échelle des atomes. Une sensation de la fluidité des choses, même des roches. Le sourire est un éclair de joie. Un voyage dans l’apesanteur. C’est vivre plus vite que la lumière. Un clin d’oeil à l’énergie cosmique.

J’ai bien aimé le BC, mais Pauline Julien me manquait. Je voulais entendre du français.

Je me suis présenté au journal francophone « Le Soleil », de Vancouver. Après diverses rencontres, il fut entendu que j’écrirais de temps en temps des articles sur la communauté francophone. Rien de difficile, un petit réajustement temporaire de circuit dans ma vie.

À cette époque, j’ai rencontré un groupe de Québécois. Le plus jovial venait du Lac-Saint-Jean. Obélix était un gars de Sherbrooke. On l’appelait ainsi parce qu’il ressemblait à celui de la bande dessinée et avait une obsession parallèle : il aurait toujours voulu claquer un Anglais plutôt qu’un Romain. Nous avons essayé de tuer l’ennui que l’on nomme ça « voyou » ou pas. On avait du plaisir, même si c’était souvent complètement fou.

Un après-midi, nous nous sommes mis en cagoule, question de savoir comment réagiraient les gens. À la bibliothèque de Vancouver, pas un geste. Les gens nous regardaient et retournaient aussi vite à leur lecture. Ils n’avaient  même  pas la curiosité de savoir ce que faisaient des cagoulards à cet endroit. Les anglophones sont de vrais morts ambulants. Je n’ai jamais rencontré, sauf en province, en France, après 11 heures le soir, de gens aussi peu vivants.

Fort de cette expérience, nous nous sommes rendus dans un chic hôtel de Vancouver où nous nous sommes prosternés devant quelques mots de français. Un Québécois qui y séjournait est venu s’informer à savoir ce qui se passait. Nous lui avons expliqué que nous voulions créer une nouvelle secte religieuse, car c’est le meilleur moyen pour devenir riche le plus rapidement et avoir le maximum d’occasions de faire l’amour, tout en l’interdisant aux autres pour ne pas avoir de concurrents.

Devant le peu d’intérêt de la population, nous sommes repartis pour visiter cette fois, un centre de vente d’objets précieux. Nous n’avions même pas songé dans notre délire au danger que la police interprète mal notre présence et nous tire dessus. Cela aurait pu arriver. Quels cons!  Aucun de nous n’avait de mauvaises intentions, nous voulions rire et connaître la réaction des gens. Il n’y en a pas eu. Heureusement, pas de policiers non plus.

Vancouver, c’était la mort. Nous sommes partis pour le nord à la recherche de nouvelles sensations. Nous avons bien ri ensemble.

Dans les auberges de jeunesse, il était souvent possible d’y voir pendre une photo de la reine Élisabeth II. Nous avions trouvé dans un magazine une caricature de sorcière qui ressemblait beaucoup à la souveraine du Canada. La nuit nous subtilisions la photo d’Élisabeth par cette caricature. Quand les Anglais s’en apercevaient, c’était le remue-ménage. Pire qu’un vol à main armée dans lequel toute la population de toute la ville aurait été tuée. Un tel fanatisme pour la reine nous faisait bien rire. Comment des gens peuvent-ils être aussi arriérés ?

Si vous voulez pousser l’Ouest au séparatisme, le Québec n’a qu’à s’afficher carrément contre la souveraine et demander qu’elle soit retirée de nos institutions. Toucher à l’image de la souveraine, c’était plus grave que le rapace violant la vierge, dans Les fées ont soif, de Denise Boucher. Nous n’avions rien contre la reine elle-même. Ce serait même une personne assez gentille. Juste pour la beauté du prince André, j’apprendrais à marcher sur des œufs. Cependant, ce culte des vieux Anglais est la marque de leur conservatisme et l’affirmation de leur prétendue supériorité.

Malgré mes efforts, il m’était impossible d’obtenir un emploi.

Les proposés au travail m’ont formellement défendu de travailler dans  les  mines : un gars de ta trempe intellectuelle n’a pas le droit de se polluer le cerveau dans un travail aussi servile. Belle invention ! Je ne pouvais rien faire. C’était comme au Québec : je ne peux pas être journaliste, je suis trop radical. Je peux travailler dans une usine, mais je n’ai pas assez d’expérience, on ne m’embauche pas. Je ne peux pas travailler au gouvernement, j’ai un dossier judiciaire et je ne peux pas travailler dans les associations qui me plairaient, je suis amourajeux (pédéraste) et je ne m’en cache pas, bien au contraire. La lutte pour de droit d`être de n’importe quelle orientation sexuelle, pourvu qu’on y respecte la non-violence et le consentement mutuel, faisait partie intégrante de ma révolution.

Évidemment, je suis aux yeux des autres, un paresseux ou un « bum ».

Je reçois du bien-être social et ça me révolte. Je veux travailler. Baptême ! Vouloir travailler, ce n’est pas en demander tant que ça.

Je pourrais physiquement faire autre chose qu’écrire. Mais quoi? J’avais parfois envie de faire comme un gars de la construction à Prince George : entrer avec un bâton de baseball et menacer tout le monde de leur casser les deux jambes, si je ne trouvais pas un emploi. Quand tu t’ennuies, ou t’apprends à rire ou tu te révoltes.

Au début, je riais, j’étais avec un groupe pour qui, le rire est aussi important que le boire.

Seul, j’ai commencé à trouver ça moins drôle. J’ai même cherché un emploi dans ceux réservés aux femmes. Ils m’ont refusé évidemment parce que je suis un homme. Dans un monde libre, il ne devrait pas y avoir de différence entre le fait d’être un homme ou une femme. Évidemment, on me regardait de travers. Pourtant, personne n’a jamais été capable de me prouver que je ne peux pas être un aussi bon secrétaire ou gardien d’enfants qu’une femme. Elles veulent bien des emplois masculins… J’aurais été moins manipulable qu’une femme?

J’aurais cherché à faire augmenter les salaires? Les femmes sont toujours moins bien payées. Bizarre que les femmes aient plus peur des pédérastes que des machos. Ce sont pourtant les machos hétéros qui les battent. C’est vrai que j’aurais eu l’air bête sur les genoux du patron. Un trou dans le fond de mon jean.

Il ne me restait plus qu’à rire, boire, chanter et voyager. Vivre mon adolescence. Je suis retourné à Vancouver.

Mes relations avec le journal francophone le Soleil ont fait renaître une vieille passion : le journalisme. C’est ainsi que j’ai pu constater que si la population du BC n’est pas raciste, il n’en est pas du tout de même pour les fonctionnaires. L’intérêt pour l’information me replongea nette, drette, frette, sec, en politique. On ne peut pas se sortir de la politique : même la qualité de l’air que l’on respire est politique.

À Prince George, j’ai appris que les francophones ne peuvent pas bénéficier du service français de radio et télévision à cause de la présence d’une base militaire canado-américaine qui refuse une langue étrangère dans son environnement.

À Terrasse, les gens se plaignaient que les services sociaux du fédéral donnaient des cours  de personnalité  qui excluent toute remise en question de  la société. Le fédéral acceptait une francisation désincarnée. Ces cours étaient de vrais services de propagande au service de l’unité nationale. Dans ces cours, tout ce que l’on apprenait est : le Canada est bon puisqu’il vous offre ses cours.

Le fédéral a toujours eu un besoin maniaque de se faire valoir, car il sait qu’il vit aux dépens des provinces. Il a les revenus, mais ce sont les provinces qui ont les dépenses… C’est une des différences essentielles entre une fédération et une confédération.

Après quelques articles, j’ai dû constater les limites du Soleil.

Le journal vivait en grande partie avec des abonnements anglophones et gouvernementaux, car le Ministère de l’Éducation du BC s’en servait pour l’enseignement du français dans les écoles. Les autres moyens de survivance provenaient d’Ottawa qui favorisait la culture venant de France, moins subversive pour l’unité nationale que celle du Québec.

Les subventions étaient surtout accordées aux organismes regroupés autour des curés. Et, dans l’histoire du Canada, comme ailleurs, le haut clergé a toujours été du côté du plus fort.

J’ai temporairement été tenté par ce messianisme voué à plus ou moins brève échéance à la faillite.

Le Soleil ne devait rien dire d’important ou crever; mais j’avais enfin grâce à ce journal, l’opportunité d’avoir un emploi. Le directeur du journal m’a dit avoir communiqué avec la direction de la Tribune qui aurait dit : « Simoneau. C’est un ultra-radical. Si vous le maîtrisez, vous avez le meilleur journaliste qui soit; mais s’il vous échappe, vos problèmes commencent. »

J’étais extrêmement fier de cette appréciation de mes ex-patrons, si vraiment le Soleil a communiqué avec eux. Le constat était très juste à mon avis. J’ai beaucoup de difficulté à me calmer les nerfs et comprendre qu’on ne vit pas dans une société sans défauts. Je suis beaucoup plus frileux sur l’honnêteté, la justice sociale que sur la chasteté.

J’ai quitté le Nord pour participer à une entrevue à Vancouver. Faute de fonds, j’ai dû coucher dehors. Journaliste, je perdrais à nouveau ma liberté. J’ai vite ravisé mes positions. Pourquoi encore me sacrifier pour une cause perdue? Plutôt que le dire aussi franchement, j’ai posé des conditions quant à la liberté d’expression. Elles étaient si peu réalistes que moi-même si j’avais été patron je les aurais refusées. J’exigeais d’y débattre la liberté sexuelle, de faire la guerre au racisme de la police de Vancouver, d’écrire tout ce que l’on me déclarait, même les appels aux armes. Je ne voulais pas être un journaliste-diplomate, mais écrire la vérité toute nue. Le journal ne pouvait pas accepter un tel point de mire, c’était se condamner à disparaître. C’est une réalité pour laquelle j’ai toujours eu des problèmes de compréhension. Pourquoi l’honnêteté est-elle impossible dans nos institutions d’information surtout politiques ?

Le Soleil ne pouvait même pas dénoncer les fonctionnaires du ministère de la Main-d’œuvre qui répondaient à l’association provinciale regroupant plus de 100,000 francophones : « Si vous n’êtes pas contents, vous n’avez qu’à déménager au Québec.»

Une autre preuve que le bilinguisme en dehors du Québec a toujours servi de paravent, de mensonge aux politiques linguistiques de Trudeau.

Le Québec a toujours eu une âme de missionnaire. Tant qu’il fut possible de faire croire que les programmes pour les francophones sont réellement aptes à assurer la survie du français, l’unité canadienne était consacrée. C’est pourquoi le fédéral a artificiellement maintenu la francophonie dans l’Ouest. Enlever le monopole de la francophonie au Québec et jouir en même temps des avantages d’être dans le Commonwealth britannique.

Même les francophones n’aidaient pas le journal, lequel était pourtant un outil essentiel de survie. À Maillardville, la seule école française, établie grâce aux dons des lecteurs du Devoir, était devenue anglophone.

Les   journaux anglais   commençaient   à    combattre    la    loi 22    parce qu’elle prétendait faire du français la seule langue officielle au Québec.

Pas un journal anglophone n’acceptait de présenter les Québécois sous leur vrai visage. Défendre le droit du français au Québec, c’était selon eux être raciste.

Malgré nos écrits pour démontrer les preuves à l’appui que la minorité anglophone au Québec est mieux traitée que toutes les minorités partout au Canada, aucune lettre ne fut publiée en ce sens. Même les journaux socialistes et marginaux refusaient de sortir  la  vérité.  La  solidarité  coast  to  coast  existait seulement quand ça faisait leur affaire : pour avoir des votes.

Le NPD était aussi raciste que les conservateurs et les libéraux, mais un peu plus hypocrite.

Pour le gouvernement provincial, le moyen inventé pour accélérer l’assimilation, tout en se blanchissant les doigts, était de ne rien faire, d’attendre. Beaucoup de gauchistes à Vancouver se demandaient pourquoi le Canada serait français- anglais et non chinois-anglais, cette minorité étant aussi importante en nombre au BC que les francophones.

Un sourire venu d’enfer 25

novembre 11, 2020

Un sourire venu d’enfer 25

Autobiographie approximative

pp. 191 à 200

Par contre, la chicane est de plus en plus vive entre moi et Jimmy. Je lui pardonnais mal sa peur maladive des Mexicains alors qu’il avait toujours joué au brave, à l’exploiteur en herbe.

Le travail est rare et la rémunération est très faible. Nous nous sommes embarqués dans un bateau qui prenait l’eau : travailler en voyageant. C’est plus facile à dire qu’à faire. Les Chicanos sont surexploités, c’est connu de tout le monde. Et, nous sommes avec eux à chercher le même soutien économique.

Le soir, nous décidons d’aller coucher dans un Jesus Save. Nos finances sont trop basses pour se payer une chambre. Nous avons dû attendre plus d’une heure avant d’entrer dans le Jesus Save, à San Francisco. Les dirigeants nous mangeaient au nez un succulent repas.

Pour avoir droit à la nourriture, il fallait nécessairement assister au sermon. Nous attendions impatiemment. À l’église, un gros bonhomme me sourit à pleines dents. Il vint s’asseoir près de moi. Après le sermon, il commence à me tâter les mains, me priant de me rendre avec lui à la confession. Je n’étais pas d’humeur à me laisser charrier dans leur folie religieuse.

À la salle à manger, nous avons eu droit à un petit bouillon de poulet, probablement extrait de ceux que nous les avions vus manger par les dirigeants.

Un des responsables s’installa devant moi et commença à me sermonner.

J’aurais dû aller à la confession. Je suis trop jeune pour voyager. Mon pays a besoin de toutes nos énergies. Je devrais cesser de voyager et me faire couper les cheveux.», me disait-il. Je l’ai laissé aller jusqu’à ce qu’il me tape trop sur les nerfs.

  • Je voudrais, Monsieur, que vous me fichiez la paix. Je ne suis pas Américain et je ne veux rien savoir de religions subventionnées par la CIA.
  • Tu ne crois pas à la Bible ?
  • La Bible est un bien beau livre. C’est l’histoire de la résistance, de la délivrance d’un peuple. Le peuple Juif.  Ce sont les enseignements que les chefs juifs tiraient des événements et qu’ils expliquaient au peuple dans des fables. Vous le savez comme moi.
  • Vous ne croyez pas en Jésus ?
  • Écoutez! Je sais que votre mission est subventionnée par la CIA. C’est un moyen d’essayer de récupérer les jeunes qui une fois écrasés dans leur misère essaient d’y échapper, en faisant semblant, le pire en y croyant parfois, que Jésus vint les sauver.

Quand tu n’as rien à manger, tu peux croire n’importe quoi pour bouffer. Vous savez, comme moi, que la religion est une institution carrément politique. On en a inventé de toutes les sortes pour diviser les hommes, car les guerres, c’est ce qui paye le plus. Les gens sont simplement trop bêtes pour se rendre compte que l’ensemble de l’humanité est dans la misère pour engraisser les trafiquants d’armes, les producteurs d’idéologies, de peurs et de tabous.

Les vieux m’écoutaient, malgré mon mauvais anglais. Le curé rougit. Il ne sait plus trop quoi dire. Il ne s’attendait pas à se faire répondre ainsi.

Aux États-Unis, plusieurs sectes religieuses ont été formées par la CIA. Elles devaient essayer de récupérer les jeunes drogués. C’est pourquoi les voyageurs devaient assister à des séances religieuses pour avoir droit à manger.

D’autres ont été une réponse à la répression. Les mouvements de gauche devant la persécution, l’assassinat par centaines de Black Panthers, ont essayé de se sauver en s’impliquant dans une nouvelle forme de révolution sociale : la Bible. Ce livre est un des meilleurs exemples de communisme dictateur.

Certains ont conservé cette illusion, plusieurs ont pris cette recherche au sérieux.

Les plus affectés par la persécution de la police américaine ont démesurément poussé leur paranoïa. Sous cet angle, le suicide de Guyane de plus de 900 personnes se comprend plus facilement. Il sert à discréditer les sectes. Leur rôle ayant échappé à la police.

D’autre part, un peu partout des gens avides de profits vite acquis ont sauté sur la religion, le moyen par excellence d’exploiter la naïveté humaine, surtout les pauvres.

Le curé m’a laissé tranquille. Nous devions attendre avant de pouvoir nous coucher.

Un des responsables nous a avertis de l’obligation de prendre une douche pour avoir un lit.

Tout m’a paru bien normal jusqu’à ce que je m’aperçoive de l’intérêt du gardien quand je me suis déshabillé. J’ai dès lors compris l’intérêt spirituel des dirigeants qui passaient par un regard qui valait bien mieux qu’une confession.

Si le surveillant avait pu me faire fondre la queue du regard, j’en aurais pu depuis longtemps. Je n’ai jamais autant fasciné quelqu’un. Ça flattait mon égo, mais en même temps, j’étais vexé à cause de l’hypocrisie.

Je savais qu’en Californie être gai est chose courante. Pourquoi ne pas le dire carrément plutôt que de trouver mille artifices pour te faire descendre le pantalon? C’est tellement mieux quand on est tous d’accord.  Je  demeure malgré tout un gars profondément prude.

Le lendemain matin, Jimmy était gravement malade. Il faisait une fièvre de cheval. J’ai demandé au responsable que Jimmy reste au lit jusqu’à ce qu’il soit passablement rétabli. Ce fut refusé. Toute la charité chrétienne ressortait avec son vrai visage.

Nous nous sommes rendus à l’hôpital où nous avons bénéficié du service de l’assurance maladie du Québec à l’étranger. C’est quand même assez extraordinaire. Le médecin nous a fait savoir que les voyageurs attrapent facilement cette maladie en se rendant au Mexique. C’est la vengeance des Dieux contre les Blancs qui ont presque exterminé tout le monde au nom de leur foi et de l’or.

J’ai par la suite contracté la même maladie. Une fièvre à te faire fondre, accompagnée par de soudains maux de ventre et une envie de chier immédiate. C’était plutôt déplaisant.

À San Francisco, le premier soir, je m’installe chez les Krishna. J’ai cru mourir en rampant dans les escaliers vers les toilettes.

Je suis dans le quartier noir. J’aime bien la ville, quoique je la trouve trop violente. Partout, tu sens une grande tension. C’est la visite des parcs. La parade du Jour de l’an chinois, le jour de ma fête.

Je recommence à vivre un peu plus libre. Je demande à un noir ma direction, il me renvoie à un blanc quand je lui dis que chez nous le racisme n’existe pas. Il est étonné. Peut-il exister un pays où les Blancs ne sont pas racistes ?

Nous discutons et je continue avec toutes les informations nécessaires. Il vient d’apprendre l’existence du Québec, un pays dont il rêve déjà.

Avant de partir, je me rends à la gare avec Jimmy. Je décide de passer la prochaine et dernière soirée en m’offrant un service d’accueil gai. Jimmy ne veut rien savoir, il est hétéro. Nous nous chicanons, car il ne veut pas qu’on se sépare, mais nous décidons de respecter, comme convenu, notre autonomie individuelle.

Le soir, j’aboutis dans les draps d’un directeur de journal qui n’en revient pas d’être enfin couché avec un Québécois, car, nous avons une réputation nettement exagérée chez les gais Américains.

C’est ensuite le retour à Vancouver. Je retrouve Jimmy qui m’explique avoir couché avec un noir. Je suis épaté. Jimmy est bourré de pognons. Est-ce vrai ou encore une de ces inventions? Une chose certaine, ça semble avoir payé…

J’avais appris beaucoup quant à la solidarité internationale.

Je croyais possible une intervention politique des pays riches comme le Québec en faveur des pays sous-développés. Je m’étais trompé.

D’abord parce que les gouvernements riches protègent toujours les multinationales. Dans les pays faibles, la syndicalisation n’a pas encore assez de force pour que soit créée mondialement une échelle minimale des salaires et de conditions de travail.

Presque tous les pays pauvres sont soumis à des exploiteurs bourgeois ou une dictature. Les seules interventions possibles sont une meilleure circulation de l’information internationale; l’organisation à l’échelle planétaire du boycottage des produits des multinationales qui ne respectent pas les peuples.

Il faut forcer les pays riches à ne pouvoir aider les pays pauvres qu’en versant directement des allocations familiales pour garantir que l’aide se rende vraiment au peuple. C’est le seul moyen de s’assurer que les argents ne sont pas toujours récupérés par une petite clique.

Chose certaine, le communisme est pour de nombreux peuples le seul moyen de s’en tirer sur un plan économique, mais ils sont malheureusement les esclaves du communisme idéologique, qui n’a aucun respect pour l’individu. La liberté n’est pas au rendez-vous.

Quant au capitalisme, s’il veut survivre, il n’a qu’un moyen de combattre efficacement le communisme : fournir une qualité de vie qui ne sera jamais atteinte par le communisme.

Le capitalisme doit aussi dompter ses multinationales pour qu’elles apprennent que la vie humaine est plus importante que les profits.

Quant à la domination armée, il semble évident qu’elle ne sera bientôt plus possible à une échelle planétaire. C’est la raison pour laquelle, on organise des guerres régionales, car sans guerre ou dépenses inutiles le système ne peut pas survivre. Il faut créer une concurrence entre les pays pour garder un degré nécessaire de patriotisme. Le patriotisme joue d’une certaine façon le même jeu d’entraînement psychologique des masses.

C’était    de    bien   grandes   considérations   pour   des   personnes   aussi   peu importantes que moi et Jimmy.

Les dix mois suivants ont été presque sans histoire. Je travaillais quasi quotidiennement   à   la   rédaction  d’un  nouveau   roman :   La  fin   d’un  état.

De temps en temps, j’écrivais des lettres ouvertes ou je faisais parvenir au Québec des découpures importantes de journaux politiques. Parfois, j’envoyais des découpures de MAD au gouvernement du Québec. Question de rappeler mon existence à Bourassa et de remettre mon petit grain de sel dans le combat.

J’étais tombé dans le piège de la monotonie. Non seulement les journées se ressemblaient, mais leur platitude compétitionne avec les gouttes d’eau, car, il pleut tout le temps, à Vancouver.

À Vancouver, l’hiver, c’est de la pluie, de la pluie et de la pluie. La pluie, c’est suicidaire.

Les jours de soleil, nous passions des heures à examiner les pigeons se fasciner avant de copuler ou les chauves-souris étendre les ailes, au Stanley Park.

Je me tenais avec les Québécois. Nous discutions du pays sous toutes ses coutures. Jamais je ne me suis autant ennuyé de la culture du Québec.

Un des bonshommes rencontrés, se disant au fait du FLQ, m’a appris que Paul Rose n’était pas sur la rue Armstrong quand Pierre Laporte a été assassiné. Cela correspondait avec ce que j’avais déjà lu dans le Journal de Montréal, avant mon départ.

Selon lui, le FLQ n’avait jamais exécuté Laporte, d’où Paul Rose n’avait jamais eu de procès régulier. La justice à même dérogé à la Constitution canadienne dans ce dossier. Il fallait un très bon bouc émissaire et ce fut lui.

Cela me semblait fort plausible, mais pourquoi alors les felquistes taisaient-ils la vérité? Leur silence répondait-il à des menaces de mort contre eux, leurs familles ou tout autre felquiste? Voulait-on préserver la peur que les autorités avaient du FLQ, donc, d’une manière son pouvoir de faire trembler ?

Celui-ci me rappela également que la pègre a offert à Bourassa de retrouver Laporte pour un million de dollars. Pourquoi la pègre voulait-elle être incluse dans les négociations ? On dit que Pierre Laporte a obtenu du FLQ de lui laisser la vie, s’il dénonçait par la suite, en fournissant les preuves, le lien direct entre la pègre et le parti libéral. Ce serait la raison pour laquelle on l’aurait étendu vivant dans le coffre de l’auto, oreiller pour lui protéger la tête, afin de le remettre aux autorités. En choisissant la base militaire, on savait que Laporte pouvait y être soigné, mais les choses ont mal tourné. On n’avait pas prévu la paranoïa des autorités fédérastes qui n’ont pas voulu que l’on ouvre immédiatement le coffre. Même 50 ans plus tard, on s’interroge toujours sur comment est mort Laporte dont la mort a définitivement accidentelle. S’il n’avait pas paniqué et essayé de se sauver, ce ne serait pas arrivé.  Son fils Jean a sûrement raison. Si le fédéral avait négocié comme pour Cross, probablement que Laporte serait encore vivant.

Les discussions étaient souvent plus détendues.

Plusieurs jeunes Américains étaient convaincus que la fin du monde était pour bientôt. Cela correspond bien à leur peur du péril jaune, du péril communiste, du péril économique, du péril d’être descendu en faisant du pouce, des périls de toutes sortes, inventés par le système pour conserver de bonnes raisons de maintenir un arsenal de premier ordre de peureux, tout en laissant poiroter ceux qui n’ont pas la chance d’être riches. La peur devient la raison maîtresse de croupir dans son impuissance.

Presque tous les jeunes Américains attendaient un Messie. J’avais fait la connaissance de ce phénomène en Europe, en 1972. Plusieurs jeunes étaient convaincus de la renaissance prochaine du Christ.

Cela peut plaire aux curés, mais c’est plus un danger qu’un élan vers la sagesse. Espérer un messie, c’est exprimer le désespoir qu’engendre notre civilisation.

Pire, c’est le désespoir de ne jamais voir une solution pointer à moins d’une intervention extérieure, au-delà des forces humaines.

La religion avait pris des proportions inquiétantes. Ces nouveaux disciples du scrupule, les puritains modernes, étaient radicaux comme les Blancs à leur arrivée en Amérique. Ceux-ci tuaient au nom du Dieu de l’Amour. Hors de la foi en Jésus pas de salut !

À l’inverse, un noir rencontré à San Francisco s’exerçait tous les jours en vue du grand jour où les Noirs balanceraient les Blancs dans l’éternité. La révolution est un geste basé sur l’optimisme, un rêve d’un monde meilleur.

Tous ces jeunes étaient désespérés, perdus, le disant de différentes façons.

Le désespoir, c’est de cesser de croire dans la société et encore pire, en l’Homme. C’est la solitude, l’échec de sa sensibilité.

Pour tenir conversation et mieux connaître ces jeunes, j’ai aussi raconté mes rêves à caractère religieux. Deux de ces rêves les excitaient particulièrement. Le premier se résumait comme suit :

« Je descendais l’escalier avec un autre garçon. Soudain, des bruits à l’étage supérieur. Nous comprenons tout d’un coup. Nous sommes les deux seuls survivants de l’humanité. Nous courons sachant très bien qu’il faut assurer la survie de la race humaine alors que l’on veut attenter à nos vies. Comment procréer, car il n’y a plus de femmes? Nous réfléchissons. Des images s’accélèrent dans ma tête. En cinq minutes, je visualise et ressens l’histoire de l’humanité. Plus cette vision s’accélère, plus je suis impressionné, plus je me sens heureux. À la fin de cette vision, je comprends le principe de la création du monde. Dieu a créé le monde en se masturbant. Je ressens une douleur dans la nuque et je m’effondre.»

Le second rêve était beaucoup plus messianique :

« Je suis soudainement englouti dans une tempête. Le vent. La pluie. La grêle. Un tremblement de terre. Le mont Orford, devant moi, se d’essouffle comme un ballon libéré de son air. Je suis près d’un poteau et d’une auto. Les éclairs surgissent de partout. Je suis touché. Je sens l’électricité me mordre et se propager dans tout mon corps. Un autre éclair frappe un buisson devant moi. Il brûle, mais ne se consume pas. Je comprends tout à coup la fascination exercée par ce phénomène. C’est le Dieu de la Bible.

Enragé, je lui reproche les guerres et la violence. Soudain, je ressens à l’intérieur de moi, la réponse. Je revis en moi la création et l’évolution du monde. J’admets mon orgueil. Chaque étape de la vie défile devant moi avec ses changements. Je suis émerveillé par la Sagesse de Dieu. Je me prosterne et je m’excuse pour mon orgueil. Je me lève. Je vois un prophète aux cheveux et à la barbe totalement blanche comme Moïse. Il marche avec son bâton de pèlerin. Ce nouveau prophète, c’est moi. »

À cause de ces rêves, je pouvais difficilement reprocher aux jeunes de s’aventurer dans les sentiers émotifs vilement exploités par les gouvernements. J’en connaissais leur force d’attraction. J’ai toujours été très profondément religieux, même si j’écris contre les religions. Mon rapport à Dieu n’a rien à voir avec les règles débiles sur la sexualité qu’ont inventé une bande de frustrés.

Cette fièvre religieuse chez les jeunes laisse présager beaucoup plus de violence, de folie que d’amour. C’est le lien entre le désespoir et la révolte. Les balbutiements de la négation de la foi par la foi, car cet élan de conscience, de mysticisme, ce cri de culpabilité entraînent impitoyablement une autre révélation encore plus dure à prendre : la corruption de toutes les religions.

La religion servait anciennement de code criminel, civil et moral. Les prêtres veillaient à maintenir le ciment de l’autorité, autorité qu’ils partageaient avec grands profits. Ils étaient les guides, les médecins, les juges. C’étaient eux, en vertu du pouvoir religieux, qui conféraient la divinité au pouvoir civil, au roi. Les prêtres se sont petit à petit enfermés dans leur caste, continuant à régir et à interpréter la vie, selon leurs visions et les connaissances de leur temps. Ils ont essayé d’imposer leur chasteté pour des raisons militaires et économiques. On croyait qu’un soldat sans relation sexuelle était plus enragé, donc, plus efficace.

La femme était reléguée au second rang. Elle était la mère. Leur enseignement a été dévié, il ne servait plus à explorer, mais à dominer.

Leurs recherches, étant inscrites comme vérité avant même de connaître les résultats, ont donné lieu à des règles morales et sont devenues un grand réservoir d’hystéries et de névroses. Les prêtres ont fondé des règles sur la sexualité en pure projection, ignorant que leur manière de la vivre était complètement contre nature.

Peu d’intelligence peut sortir des religions, car, elles rejettent la réalité : le corps et la matière. Tout le reste découle de cette folie. La peur de la mort en est le summum et l’aboutissement de cette erreur de point de vue. La religion se nourrit de la peur, engendre l’hypocrisie et la violence, car, en partant elle nie notre réalité, notre existence. Au lieu de nous amener à admirer Dieu, à cause du péché, on apprend à avoir peur de cet être qui a tous les pouvoirs.

Avec les religions, rien n’est bon ici-bas, tout est fonction de l’autre bord, de l’après-mort. Et pourtant, personne ne sait ce qui se passe de l’autre bord. Il n’y a peut-être rien. C’est aussi possible que le jugement dernier, même plus plausible.

Scientifiquement, il semble invraisemblable qu’il puisse y avoir conscience après la mort. Comment pourrait-on ressentir notre réalité si nous n’avons pas un corps pour nous transmettre nos perceptions? On ne fait que commencer à comprendre la conscience, une force reliée directement à la vie et rendue possible grâce à notre corps. Pas de corps, pas de cerveau, pas de conscience. La conscience est un système de comparaisons entre les éléments perçus par notre corps. La mémoire nous permet de comparer nos savoirs.

Par instinct, on s’accroche à la vie. Mais toutes ces interprétations ne sont que de la spéculation. Une seule chose est certaine : chaque individu devra mourir et la vie continuera sans nous. Qu’est-ce que la vie? Des forces qui s’épuisent se transforment? Puisque c’est un cycle, reviendrons-nous? Continuerons-nous à avoir une conscience, même si elle doit être différente? Avons-nous vraiment une âme? Qu’est-elle ?

La morale a été inventée en fonction de la vie pour la mort. Elle doit avoir la capacité d’annihiler la peur, de maintenir l’ordre. Elle n’est pas mauvaise en soi, ce qui la rend pernicieuse c’est d’avoir inventé le péché pour culpabiliser les individus. En réalité, le Bien et le Mal n’existent pas. Ce sont des inventions humaines.

Les religions sont de vastes fraudes intellectuelles et émotives auxquelles la jeunesse ne peut pas échapper, n’ayant aucune solution à présenter. On ne réfléchit sur la mort, qu’au moment où elle commence à nous interpeler. On découvre la vie à travers les années.

Notre philosophie de la vie est toujours pensée d’avance et très souvent instinctive.  Les religions, elles, sont négatives, car plutôt que de porter sur la  vie, elles cherchent à dominer en exploitant notre instabilité, à imposer leur point de vue comme si personne ne pouvait avoir raison en pensant autrement. Comme si un curé était déjà ressuscité et qu’il avait confirmé leurs hypothèses.

Depuis des millénaires, malgré les découvertes de la science, rien n’a jamais été remis en question dans ce domaine qui guide pourtant notre quotidien. N’est-il pas temps que l’on commence à s’y ré intéresser ?

La religion est un mensonge. Si le Christ est Dieu, c’est qu’il a ressuscité. Est-ce qu’un homme peut faire autant qu’un Dieu? En contrepartie, pourquoi Dieu ne nous aurait-il pas enseigné à travers le Christ qu’il y a une vie après la mort? Notre réalité en tant qu’énergie le permet. Rien ne se perd, selon Einstein. Il n’y a qu’un problème, cette énergie est-elle suffisante pour être consciente? Ne sommes-nous pas relégués qu’à la fusion avec les autres énergies éliminant ainsi notre réalité individuelle?

La religion est une interprétation, une incantation, comme chez les païens des siècles derniers, pour subjuguer la mort, d’où à chaque fois que ces valeurs sont remises en question, il y a un retour vers le conservatisme. La peur nous gèle dans notre passé, dans une fausse sécurité en appartenant à la majorité. Freud ne nous a-t-il pas appris que la régression est un mécanisme de défense ?

Cela n’enlève rien à la valeur du Christ. Sa force et sa philosophie sont axées sur l’amour et la tolérance. Les livres saints sont des livres de réflexion. La Bible et la Charia nous offrent le contraire des valeurs de notre société actuelle. Elles prônent la vengeance et la haine. C’est pourquoi le christianisme est novateur. Il prêche la tolérance. Le christianisme est la plus belle des religions si on oublie ses obsessions basées sur l’interprétation de ce qu’on prétend être la vérité. Les religions auraient intérêt à écouter davantage ce que la science nous apprend.

Jésus fut le chef d’une rébellion qui mérite encore toute notre admiration, car, son mouvement a renversé l’Empire romain. Sans sa tolérance, son appel au bonheur, le christianisme ne vaut rien de plus que les religions païennes d’où il a tiré son inspiration spirituelle. Il a basé sa force sur le nombre d’adeptes, de martyrs, plutôt que sur la force de la violence et de la domination armée. Le monde évolue vers la non-violence et la conscience personnelle et individuelle.

Le christianisme est même moins intéressant à certains égards que la philosophie. Il est en net recul par rapport à certains éléments de la philosophie de la Grèce antique.

Il faut avoir au moins l’humilité de reconnaître que devant la mort et le sens de la vie nous sommes encore des ignorants. Les curés sont aussi ignares autant que les autres, puisqu’en aucun temps aucun d’eux n’est revenu de l’autre bord pour nous dire ce qui s’y passe.

Un sourire venu d’enfer 24

novembre 10, 2020

Un sourire venu d’enfer 24

Autobiographie approximative

Mes relations avec Gérald avaient empiré. Non seulement il exigeait mon exclusivité comme une femme, mais il me menaçait. Il était assez gros pour me faire labourer le plancher sur une bonne distance. Cela ne m’empêchait pas de me moquer de lui; car, non seulement, je devais être son petit serin soumis, mais je devais, comme lui, me convertir. J’ai le fanatisme religieux en horreur. Il voulait faire un saint avec le diable.

Gérald laissa son emploi et se mit à lire la vie du petit Dominique Savio. Un petit saint d’une très grande beauté que j’aurais bien aimé soigner. Il avait décidé de me sauver beau gré, mal gré. Il voulait me mettre au pas.

Gérald est arrivé un soir dans le dortoir rouge de colère. Après un long sermon, c’est à coups de taloches qu’il a voulu me faire comprendre le sens de la charité chrétienne. Cela n’a pas tellement réussi, j’ai décidé que je quitterais Edmonton, seul, s’il le fallait, mais sans lui. Finie la pensée de couple. Encore plus la pensée religieuse rétrograde.

Je n’ai jamais regretté ma décision, mais je me suis inquiété. Était-il dans la misère? M’en voulait-il? Dans le fond, je l’aimais bien, mais j’avais peur de lui. Ce serait quoi après les gifles?

Jimmy quant à lui attendait fiévreusement son admission et son affectation dans l’armée.

Son rêve s’est estompé le jour où on lui demanda s’il accepterait, connaissant la langue française, d’être affecté à l’escouade spéciale. Qu’est cette affaire-là? Après quelques recherches, nous avons appris que l’armée se livrait à des manœuvres d’entraînement dans le but d’envahir le Québec si jamais l’indépendance devenait vraiment possible. Les bras nous sont tombés… l’armée préparait l’occupation militaire du Québec.

Ma dépolitisation venait d’en prendre une claque. Jimmy, n’ayant rien d’un traitre, décida que nous allions poursuivre notre route ensemble.

Gérald devait se rendre à l’évidence. C’était fini entre nous. Il nous a annoncé son désir de nous quitter, car ayant reçu une lettre de sa mère, il devait se rendre à New York. Gérald voulait être du grand pèlerinage à Bayside, New York, où prétendait-on la Vierge Marie apparaissait et devait venir nous livrer un dernier message avant la fin du monde.

Selon ces dernières révélations, la fin du monde devait être l’écrasement de la comète  Kouhoutek,  comète  qui  devait  bientôt  apparaître  dans  le firmament.

Est-ce que la terreur annoncée ne serait pas un essai en haute altitude d’unenouvelle bombe atomique? Pourquoi la Vierge Marie voulait-elle se rapprocher de Wall Street ?

Gérald avait vraiment peur des foudres du Seigneur. Sa violence était un geste de frustré qui voulait absolument mon salut. Aussi fou que ce soit, c’était une violence d’amour. Il m’aimait trop pour me voir crever entre les mains du diable. C’est ainsi que naît le fanatisme.

J’ai constaté plus que jamais que la force de l’Église est la peur de la mort. C’est sa force sur les individus. Personne ne veut admettre le non-sens de la vie.

Freud a-t-il raison d’affirmer que la foi est une forme plus ou moins avancée de schizophrénie? La réponse est évidente.

Je comprenais mieux qu’en 1963, après plusieurs années de révolte religieuse, pourquoi je m’étais si totalement converti durant mes trois premiers mois de prison. Je reprenais ma révolte, là, où je l’avais laissée avant d’être enfermé, donc pour me détruire intérieurement. La foi devant une peur qui nous  submerge apparaît comme un acte régressif et salutaire. Nous nous cramponnons à ce qui constituait notre sécurité quand nous étions enfants. Voilà pourquoi l’Église tient si ardemment à l’enseignement de la religion aux enfants. Celui-ci devient une empreinte primaire, un guide inconscient pour le reste de notre vie, plus l’enseignement aura frappé notre imaginaire et notre sensibilité plus nous en serons esclaves. C’est une espèce de lavage de cerveau par l’émotif ou la peur. La chasteté est contre nature : l’annihilation d’un besoin, d’un instinct inscrit à l’intérieur même de tout être humain pour assurer la survie de l’espèce humaine.

Les curés essaient de protéger leur phobie pour se justifier,  se  faciliter  la  tâche. Voilà pourquoi ils sacralisent leur état, tout en donnant fonction de péché à la chair, pour ne pas être tenté par les femmes. La chair est leur ennemi, car on pense que le corps nous éloigne de Dieu, cet être jaloux qui n’accepte pas qu’on lui préfère quelqu’un d’autre.

L’Église  a  souvent  dirigé  et dicté  sa  morale  à  partir   de   malades   mentaux. Comment associer l’infaillibilité du pape quand on songe aux Borgia?  À l’amour chrétien, durant les croisades et l’Inquisition? Saint-Thomas d’Aquin, le père de la doctrine sociale chrétienne n’enseignait-il pas que les femmes n’ont pas d’âme ?

La religion est-elle en soi une maladie mentale ou un mécanisme de défense si elle était utilisée à bonne dose? Serait-ce un bouclier contre l’hystérie? Quand on écoute les féminounes, on serait porté à croire le contraire.

Les femmes sont généralement plus émotives que les hommes, et forcément plus religieuses. La foi est irrationnelle. Quant à moi, la religion est un beau rêve d’enfant : une terre où tous les humains s’aiment. Rien de plus.

En ce sens, seulement, je crois que le Christ est le sauveur des hommes. Et, à ce titre, qu’il est l’idéal à atteindre. C’est mieux que Mahomet qui était un guerrier. Que Jésus ait couché avec Marie-Madeleine ou Saint-Jean pour faire l’amour, ça n’a pas d’importance. Qui était le petit soldat au Jardin des Oliviers qui dormait nu? Que Jésus ait été le chef pacifique d’un groupe de rebelles contre Rome ce n’est pas ce qui fut le plus important. L’important, c’est son message : aimez-vous les uns, les autres, pour l’amour de Dieu. Les balises pour un paradis terrestre.

Mahomet a marié une petite fille sous prétexte qu’elle était la seule à pouvoir transmettre par sa pureté le message divin? S’il faut imiter le prophète en tout ne devrions-nous pas tous être pédophiles ? Cependant, il faut savoir qu’à cette époque, ça se passait ainsi et que la notion de pédophile n’existait pas encore.  Le nombre de femmes permis dans les harems fut décrété après la mort de Mahomet et lui seul a eu droit à autant.

Tout comme l’admiration est le premier pas vers l’amour, la fascination est la pierre  angulaire  de  l’amourajoie,  pédérastie.  La  religion  est  un   rêve collectif. Aujourd’hui, les Églises et les sectes religieuses sont des moyens d’exploiter les plus naïfs. Il suffit de connaître leur richesse pour en avoir la preuve.

Nous nous sommes installés, Jimmy et moi, à Prince George, Colombie- Britannique, à l’hostel du gouvernement. C’était toujours la même chanson, nous grattions les fonds de l’étagère française de la bibliothèque. Je n’avais jamais autant lu d’auteurs québécois.

Grâce au responsable de l’hostel, j’ai trouvé un emploi à la piste de ski. C’était surtout de la pelle, mais le travail ne m’a jamais fait peur. Nous avons aménagé la piste. Jimmy fut ajouté à l’équipe de travail.

Notre patron immédiat était d’abord un homme charmant avec une moustache blanche comme la neige. Il faisait montre de beaucoup de gentillesse, particulièrement à mon égard. Il aimait me faire raconter le Québec et rêver de voyages.

Grâce à lui, j’ai pu dès que la piste fut prête, recevoir les jeunes et les moins jeunes au haut de la piste pour les aider à débarquer du monte-pente. Je devais arrêter cet appareil dès que je croyais qu’il y avait un danger, maître de la sécurité. J’étais heureux, je chantais, je dansais. Je donnais des croustilles aux enfants en passant. Les jeunes et leurs parents me le rendaient bien.

Pour Jimmy, la vie était moins facile. Son grand patron était une espèce de raciste, un Anglais qui avait quitté le Québec avec octobre 1970. Il lui donnait toujours les pires corvées.

Un après-midi, après une tempête, il fit courir Jimmy devant son Bombardier  pour qu’il écarte les « T » plus vite. Plus Jimmy courait plus le patron faisait grimper la vitesse. Je n’en revenais pas. Je n’avais jamais voulu croire Jimmy quand il me parlait de discrimination. Je le pensais plutôt trop paresseux. Jimmy était à bout de souffle, près du Bombardier. « J’aurais voulu avoir un revolver et le tirer », de dire Jimmy.

Notre amitié m’attira les mêmes ennuis. Plus question de travailler avec mon moustachu que j’avais surnommé Papa. Il le regrettait bien, mais il ne voulait pas perdre son emploi, car il était moins élevé dans la hiérarchie des boss par rapport à celui qui s’occupait de Jimmy. J’ai été muté à la pelle, puis, à laver les toilettes. Je m’en fichais c’était de l’argent pour notre voyage au Mexique.

Le grand patron a doublé d’ardeur. Il cherchait par tous les moyens à m’humilier, même si j’étais moins bien servi que Jimmy quant à ce qu’il fallait endurer. Peut- être était-ce aussi parce que Jimmy en plus d’être francophone ressemblait comme deux gouttes d’eau à un Indien.

Les jeunes manquaient leur Alouette. Après leurs démarches en ma faveur, j’ai été réinstallé dans mes fonctions en haut de la piste. Cette fois le grand patron se mit dans la tête que j’arrête à la main… tous les « T » à leur arrivée. J’ai obéi. Ce n’était pas assez dangereux, il exigea que je les arrête plus loin. J’ai refusé, je risquais à chaque fois d’être blessé. Pour m’assurer que je lui obéisse, il a nommé son petit favori pour m’observer. Peu de temps après, j’avais un nouveau patron. Le jeune riait de nous faire exécuter toutes les sales besognes. À tout moment, il nous lançait des bêtises parce que nous étions francophones.

J’ai écrit une lettre de protestation au conseil municipal de la ville. Le lendemain, le jeune y allait plus fort que jamais. Je me suis emporté et en anglais je  lui ai  dit : « Tu es jeune. T’es très beau. Tu es en bonne santé. Si tu veux le rester, fiche le camp tout de suite, sinon je te casse les deux jambes. »

Le jeune s’est mis à rire de son « frog ». Je n’ai pas perdu une seconde et je suis parti après lui, la pelle dans les airs, prêts à lui faire avaler ses sarcasmes.  Il a eu peur en maudit. Il s’est rendu pleurnicher à son cher grand patron. Ce dernier n’en revenait pas, non seulement je maintenais mes menaces, mais je l’informais d’avoir déposé une plainte au conseil municipal; plainte que j’avais aussi fait parvenir au journal local.

La semaine suivante, j’ai reçu une lettre qui m’a profondément bouleversé. Jeff Brown et son épouse, d’Edmonton, m’annonçaient avoir perdu leur emploi. J’étais consterné. Je me sentais coupable, car si je n’étais pas passé à Edmonton, cela ne serait jamais arrivé.

Mme Brown avait décidé de publier intégralement ma lettre ouverte dénonçant la francophonie de l’Ouest comme artificielle et bénéficiant qu’à une petite bourgeoisie, appuyée principalement sur le clergé.

Même si Mme Brown travaillait depuis neuf mois au Franco-Albertain, qu’elle était bien correcte avant, elle avait accepté de publier ma lettre, ce qui la rendait incompétente. Quelle liberté d’expression! Son mari qui travaillait à la station de radio a démissionné pour appuyer son épouse. Il a lu entièrement sa lettre de démission sur les ondes.

Ce sentiment de culpabilité m’était presque inconnu. Je me rappelai qu’un attaché de presse de la John’s Manville avait perdu son emploi pour avoir été franc avec moi alors que j’étais journaliste. Il m’avait donné des informations qu’il ne devait pas livrer. La liberté de presse existe seulement pour les patrons. Mon ami Jean en avait profité pour me discréditer à la CSN, comme si j’en avais été responsable.

J’ai protesté dans les journaux tant de l’Ouest que du Québec, contre ce congédiement dégueulasse, mais personne n’en a parlé.

J’ai écrit au Secrétariat d’État et au bureau de M. Spicer, ça n’a rien donné. Je commençais à apprendre pourquoi au Canada les deux peuples fondateurs n’ont jamais su se comprendre. Les francophones bourgeois censurent tout ce qui ne leur convient pas comme le faisait l’Église quand il était question de sexe.

Après discussions, nous avons décidé de quitter l’emploi à Prince George, malgré nos démarches pour nous faire respecter; nous ne voulions pas nous occuper de politique. Notre but était d’avoir des sous pour voyager.

Avant de partir, nous avons appris qu’il y avait eu sabotage à la baie James. La nouvelle a eu l’éclat d’un retour en force du FLQ. Je ne sais pas si la nouvelle a été aussi fracassante quand il a été prouvé que le principal accusé était libéral.

Le sabotage de la baie James a-t-il été pensé dans les officines du parti libéral pour faire croire qu’il s’agissait de l’œuvre de péquistes, seul groupe officiellement opposé au projet, car il préférait le nucléaire?

À Vancouver, nous nous sommes installés dans un nouvel hostel du gouvernement. Au cours de ces journées, j’ai pu constater que le bilinguisme n’existe en fin de compte qu’à l’été.  Ainsi, les jeunes pensent vivre dans un vrai pays bilingue.

Certains travaux temporaires étaient permis sans nous enlever le droit de recevoir le bien-être. Les francophones étaient toujours les derniers servis. Nous avons contesté cette situation, ce qui nous a valu d’être menacés d’expulsion.

Fort heureusement, j’ai passé une journée seul à l’auberge ce qui a permis au dirigeant de mieux me connaître. J’ai appris à mieux tirer mes épingles du jeu en sachant dorénavant qu’il était gai et que je lui étais tombé dans l’œil. Quelques jours plus tard, je travaillais avec Jimmy dans une espèce de marché de fourrures.

Notre patron était un Juif de Montréal. Il parlait français et il était extrêmement gentil avec nous. Il nous expliqua tout ce que nous voulions savoir, ce qui le payait bien d’ailleurs. Nous devancions ainsi les expertises pour lui indiquer les plus belles peaux, ce qui lui permettait de précéder tous les autres acheteurs.

En voyageant sans argent, tu apprends à être moins puritain.

Mes petites tendances à l’alcoolisme avaient trouvé moyen d’être assouvies, sans que nous ayons à travailler ou nous servir de ce que nous avions amassé.

Nous quêtions le premier 0.25 $ nécessaire à payer la première chope de bière et nous nous rendions dans une taverne gaie. Nous nous faisions ensuite payer la traite pour le reste de la journée et de la soirée. Ça ne manquait jamais. Les propositions étaient très nombreuses. Nous étions bien accueillis et bien aimés. Il m’est arrivé deux fois de tomber sur des racistes. Chaque fois, la conclusion était la même. Je m’emportais. Un petit exemple.

J’ai été racolé aux pissotières du terminus par un bonhomme d’une cinquantaine d’années. Il m’amena chez lui dans un magnifique appartement surplombant Vancouver. Le bonhomme me fit boire et nous avons commencé à nous  caresser sur le tapis du salon. Le bonhomme voulait que j’aille avec lui partager un plus petit logement dont j’aurais évidemment payé une partie des dépenses. Nous avons bu et le bonhomme m’a à nouveau sucé. Jeune, tu fais vite le    plein. Nous avons continué de boire.

À un moment donné quand je bois trop, je pète les plombs. Il s’est mis à parler contre les francophones. Nous étions malpropres, mal élevés, sans élégance. Savait-il que j’en étais un? À cette époque, je parlais anglais sans trop d’accents. Je lui ai fait savoir. Il sembla très surpris, mais trop orgueilleux, il a continué à gueuler contre les miens, tout en me disant bien évidemment très différent. Il comparaît les francophones à des maringouins, sans âme, ni tête.

Je me lève, je me dirige vers lui. Je devais avoir l’air de ce que je ressentais.

  • Qu’est-ce que t’as?

Je savais que je ne ferais rien, car je ne suis pas violent; mais je voulais qu’il réalise, en ayant un peu peur, la stupidité de ce qu’il disait.

  • Je vais te tuer. Je suis aussi bien de le faire tout de suite. Je ne peux pas être accusé, je suis un insecte irresponsable.

Le pauvre s’est mis à blanchir. Il m’a invité à continuer à boire avec lui que nous ferions à nouveau l’amour. Il m’a raconté avoir été danseur, tout en me donnant une démonstration. Puis, il m’a invité au restaurant où il a profité de ne plus être seul avec moi pour filer à l’anglaise. Dommage, il me plaisait vraiment au début. Maudite boisson! Maudit racisme !

Non seulement j’étais moins puritain quant à me laisser payer la bière, mais j’avais l’entrejambe en offre permanente à prix très abordable (je ne demandais jamais un sou, c’est contre ma vision de la sexualité); mais j’acceptais de profiter du bien-être. On poussait même la légalité au pied du mur.

  • Il en coûte 500 millions $ par année au Québec pour être citoyen du Canada, n’est-il pas normal et juste que nous en profitions un peu?

Après avoir reçu le bien-être social, nous prenions, Jimmy et moi, notre billet d’autobus pour la Californie.

Jimmy avait l’intention d’aller vivre dans les tribus primitives. J’en faisais presque dans mes culottes, juste à y penser. Pour moi, le Mexique signifiait encore plus de petits gars, pourvu que le portefeuille s’ouvre facilement et fraternellement. C’était la réputation de ce pays.

San Francisco. Un arrêt d’une heure ou deux. Los Angeles, nous choisissons un hôtel à prix modique. Je suis ravi. Quelques pensionnaires ont tourné de l’œil en m’apercevant. Ce sont tous des vieux. Ma conversion vers ce que j’ai appelé « mon petit côté guidoune » se faisait sans même que j’y réfléchisse.

J’aurais voulu rencontrer un ami californien, tiré de mon enfance et que j’ai toujours appelé mon oncle Rosaire. Il demeurait à Barnston, quand j’étais petit. Il m’a fait don de jumelles parce que jeune j’adorais regarder les étoiles. Je lui vouais encore, malgré les années, une vénération surprenante. Ces jumelles m’avaient permis de regarder la constellation des Pléiades, d’où je croyais être issu. Je me rappellerai toujours de lui comme d’un homme souriant et tendre. Quand j’aurais pu le voir, je n’avais pas son adresse; plus tard, je n’avais plus d’argent pour m’y rendre. Maintenant, c’est trop tard, il est mort. On dirait que la vie a sa petite destinée. On ne rencontre que ceux que l’on doit rencontrer.

À Los Angelès, j’ai appris que mon père était très sérieusement malade. Même si j’avais voulu, je n’aurais pas eu les fonds pour retourner assez vite, si le pire était survenu. J’ai alors regretté d’être parti. Étais-je une des raisons de sa maladie? J’étais responsable de la souffrance de mes parents avec ma maudite manie d’aimer les petits gars.

Je lui ai écrit une lettre dont l’essentiel portait sur le fait qu’un jour, si je parvenais à lui faire honneur, ce serait grâce à ce qui l’avait tant fait souffrir : ma pédérastie. L’inquiétude et les remords m’ont fait comprendre une fois de plus comment il est important d’aimer ses parents quand ils sont toujours vivants. C’est dans l’anxiété la plus complète que j’ai appris qu’il se portait mieux.

San Diego. Tous les journaux étaient  de  vrais  romans  d’espionnage.  Il  y  avait toujours une histoire d’infiltration communiste. C’était une vraie maladie mentale. Une semence de guerre civile. Ces explications justifiaient bien les envies de Nixon d’entrer en guerre avec la Russie, de quoi rendre furieux, car les guerres sèment la mort.

Entre Los Angelès et San Diego, nous avons visité Disneyland, un autre rêve de mon enfance avec ses personnages et ses sciences fiction. J’étais un mordu des émissions scientifiques de Disney.

J’ai eu droit à deux petites prises de bec. J’ai discuté avec un universitaire qui a été insulté d’apprendre qu’il est impossible de voyager en bateau entre le Québec et la Californie.

  • Si vous êtes aussi fort en d’autres sciences qu’en géographie, je comprends que vous vivez dans un monde à l’envers où la haine est plus adulée que l’Amour.

Dans le deuxième cas, il s’agissait d’un soldat. Il affichait ses médailles victorieusement  remportées  dans  des  escarmouches  au  Vietnam.  Il  était  fier comme un gamin de quatre ans. Aussi, a-t-il cru à l’effondrement prochain des États-Unis quand je lui ai dit ce que je pensais :

  • Chez nous, pour avoir des médailles nous n’avons pas besoin d’aller tuer tout le monde. Nous les cueillons dans les boîtes de Crake Jack.

San Diego est une ville splendide à cause de son jardin. Elle fait cependant mieux ressortir le contraste avec Tijuana, la ville frontière du Mexique. Comment peut-on passer d’un tel luxe à une telle misère dans un instant? Nous nous n’étions jamais doutés d’une telle misère, d’une pauvreté aussi grande. On aurait dit qu’à Tijuana, tout était pour tomber en lambeaux. Les hommes nous regardaient comme des ennemis. Ils étaient tous les uns plus gros que les autres ou plutôt plus terrifiants. Jimmy, malgré ses protestations, a dû payer deux fois son repas. Une peur qui lui collera à la peau tout au long de notre voyage au Mexique.

Dans quel enfer nous étions-nous embarqués? Nous regrettions tous les deux  de nous être rendus aussi loin, dans un milieu aussi hostile. Seul un miracle pouvait nous y faire rester.

En me promenant, j’ai remarqué le sourire d’un petit cireur de souliers. J’étais pâmé, conquis. Comme les petits Mexicains sont beaux! Ils sont même plus beaux que les fleurs. Plus attirant que les pentes de la Sierra. Ils éclatent comme des comètes entre les eaux sur les bords de la plage du Pacifique. Je lui ai donné des sous pour mieux ressentir mon effusion de joie à contempler autant de beauté. Quelques minutes plus tard, il est arrivé avec un petit compagnon encore plus beau. Mais, plutôt que de sourire, celui-ci me montra un poignard. Ça annonçait rien de bien.

Nous avons parcouru le pays en autobus à toute vitesse. Ce peuple me fascinait. J’aurais couru dans les montagnes où sans l’image de la Madone, tu respires pour la dernière fois. J’étais aussi étonné de l’aridité du sol. De la pauvreté des petites villes, mais aussi par leur beauté, leur originalité. Hasard? Des dames et leurs petites filles tentaient de nous faire la conversation.

Dans les terminus, alors qu’on nous demandait le double du prix quand on voulait acheter des produits, des gens du pays intervenaient pour les faire descendre. Pour eux, nous n’étions pas des Américains.

À notre arrivée à Mexico, deux jeunes Mexicains nous ont servi de guides. L’un d’eux était de toute beauté. Le plus vieux avait déjà saisi mes attraits, car à un moment donné, il m’a fait remarquer que son petit compagnon avait un très joli derrière. Quoi de plus clair? Nous nous sommes installés dans un hôtel de la rue des Enfants perdus. J’ai été surpris du degré de pollution à Mexico. Je croyais que les pays que l’on disait pauvres avaient au moins échappé au cancer de l’automobile.

Nous nous sommes rendus aux pyramides. Sur la pyramide du Soleil, j’ai fait des incantations. Les pyramides expliquent bien comment la religion a toujours joué un rôle politique. Lorsque les Indiens avaient assez de prisonniers, ils devaient être offerts au Soleil. Le peuple était rassemblé. Il y avait une fête et l’on fumait des drogues légères. Les prisonniers étaient alors montés sur le sommet de la pyramide pour y être sacrifiés. Les Mexicains nient l’existence de ces sacrifices humains.

Les premières marches se montent facilement. Plus tu montes, plus l’escalier est étroit et plus la pyramide est difficile à escalader. Quand tu redescends, tu dois te tenir pour ne pas piquer du nez. Cela permettait aux prêtres de prouver que près du Soleil, personne ne peut demeurer debout. C’est grâce à ces pyramides que les religieux avaient autant de pouvoir. Les marches étaient telles que, souvent en descendant, des prêtres tombaient en bas et se tuaient.

Lors de notre retour des pyramides à Mexico, nous avons rencontré un blanc qui prétendait venir d’Australie et qui voulait assurer notre protection. Il nous disait trop jeunes pour voyager seul. Ce fut le seul personnage qui, je crois, en a voulu à nos portefeuilles.

Nous parcourions des distances effarantes en autobus. Jimmy ne voulait plus se rendre dans les forêts, il voulait à peine sortir de la chambre d’hôtel. Il expliquait sa peur sous le prétexte de ne pas parler la langue du pays. À cause de cela, je n’ai presque rien vu du Mexique, du moins, à mon goût. J’y ai trouvé des jeunes extrêmement sympathiques. Le Mexique est dix fois plus vivant que l’Ouest canadien.

Un midi, je me suis garroché à l’eau pour suivre un petit gars et j’ai découvert que l’eau du Pacifique est chaude, à Puerto Vallarta.

J’étais tellement heureux, j’ai oublié d’enlever la ceinture dans laquelle je gardais tous mes papiers d’identité et mes chèques de voyage.

J’étais fasciné par les petits qui se baignaient nus et un des leurs qui portaient une belle petite culotte par laquelle je pouvais me rendre témoin à savoir que les petits Mexicains ne sont pas circoncis, ce qui ajoute à leur charme. J’ai suivi ce garçon. Il me regardait, me souriait. Je l’adorais davantage. Il me conduisit directement à sa famille. J’ai pu y boire de la téquila et manger des huîtres que les adultes allaient directement pêcher à la mer. Tout ce que je savais dire en espagnol de manière à me faire comprendre : « Je n’ai plus d’argent. Je ne suis pas Américain. Je suis français du Québec. Vive la révolution ! » Ce fut un après- midi extraordinaire. Je me sentais comme un touriste plus que bienvenu. Pratiquement, un frère en visite.

Le retour obligatoire m’a enlevé la joie de pousser plus loin ma curiosité quant aux usages de ce peuple. Voyager, ce n’est pas toujours aussi simple que ça parait. J’ai dû faire des milliers de milles sans rien voir de particulier. Ce fut presque le cas pour le reste du voyage.

J’ai, dans la mesure où j’ai pu m’en faire une idée, trouvé le peuple mexicain extraordinairement vivant et beau. Il est vrai qu’à cette époque, en voyage, je n’avais d’yeux que pour les petits gars. Chez les Mexicains, je n’étais pas un gros cochon, un monstre, mais un gars très sympathique. Je suis certain que les parents avaient très bien compris mon centre d’intérêt, car, ils invitaient les jeunes à se tenir avec moi. Je me sentais un ami qui essaye de parler espagnol et qui manifestement aime les petits gars. Un voyageur mexicain, m’a ensuite appris qu’au Mexique aimer les enfants, c’est rendre le plus grand hommage possible aux habitants de ce pays, car, les enfants, c’est leur fierté. On est loin de la paranoïa québécoise qui voit des prédateurs sexuels partout… comme si on sautait automatiquement sur tous les jeunes que l’on rencontre.

Une seule chose m’a royalement déplu : la saleté des toilettes publiques. C’était carrément dégueulasse.

Retour à Los Angelès. Nous décidons d’entrer dans les terres pour y dénicher un travail et pouvoir retourner au Mexique et si possible, en Amérique du Sud, dès qu’on aura assez d’argent.

Un sourire venu d’enfer 23

novembre 9, 2020

Un sourire venu d’enfer 23

Autobiographie approximative

Quant à mon amour pour les petits gars, mon père n’y comprenait rien.

« Comment un gars aussi intelligent que toi peut-il être pédéraste (amourajeux)? »

Ma mère, elle, me disait que je serais mieux mort plutôt que de répandre mon vice et ainsi me permettre d’être sauvé. C’était sa façon de m’aimer parce qu’elle était très croyante.  J’eus plus tard la preuve de son amour pour moi. Personne à cette époque, et même aujourd’hui, ne pouvait croire que ce soit vraiment notre nature. Si on était si méchant, c’est qu’on était  la réincarnation de quelque chose de mauvais. Ces croyances stupides étaient la vérité absolue. Ma mère n’était pas mauvaise, au contraire, c’était une femme merveilleuse. Elle était comme toutes les femmes de son époque au Québec, trop religieuse. Même si les femmes sont dénigrées par la Bible, la Bible a raison.  Elles perpétuent la peur du sexe. Elles n’ont pas changé depuis, au contraire, elles remplacent l’Église dans sa lutte pour la chasteté. Les féministes sont devenues des féminounes.

Grâce à la bêtise religieuse, jouer au docteur, c’était le mal d’entre tous les maux, même si c’était pour plusieurs le jeu le plus amusant. C’était pire que d’assassiner. Il suffisait à un jeune de dire que l’adulte tué avait peut-être voulu l’agresser sexuellement pour qu’on lui pardonne son crime et qu’il devienne presque un héros. Une martyre sainte nitouche qui préfère mourir à succomber au plaisir. L’éducation des femmes fait que le sexe est pour elle encore plus important que la vie. Nous sommes une société rendue débile par la chasteté.

Il y avait même un groupe de folles qui se battaient pour interdire la vente des Playboys, car un enfant pouvait mettre la main dessus. C’était, d’ailleurs, le rêve normal de tous les jeunes garçons de plus de dix ans, sauf ceux qui se déniaisaient plus vieux, faute d’en avoir entendu parler avant.

La censure était présente partout. Ces folles pensaient qu’elles protégeaient la société. Elles n’avaient certainement pas lu grand-chose pour être aussi arriérées. Ça n’a pas évolué depuis au Québec, ça même empiré partout dans le monde, toujours à cause des religions. La censure est omniprésente et se gave maintenant de politique autant que de chasteté.

Aujourd’hui, pour ces mêmes folles, on crée des services de police spéciaux pour combattre la pornographie enfantine pendant que les jeunes se font défoncer le cerveau par les drogues ou attrapent des maladies vénériennes, car il ne faut surtout pas parler de sexe. Ils naissent avec des jeux qui sacralisent la violence, mais ça n’a pas d’effets néfastes sur les jeunes. Il n’y a rien que la nudité qui doit être proscrite. Voir un corps nu, ça te traumatise plus que tuer. Quelle maladie mentale !

Nos jeunes deviennent fous, mais au moins ils sont chastes. Ils sont fous à cause la drogue et de la violence dans les jeux vidéo, mais ils sont chastes. Ces maniaques de la chasteté capotent même quand il est question de filles en brassières sur les calendriers ou à la télévision. Un bel homme en bobette les fait capoter de rage au lieu de profiter de la scène.

Dans ce temps-là, les féministes n’avaient pas encore inventé le mot pédophile. Elle n’avait pas atteint l’irrationnelle peur du sexe des féminounes. Être pédéraste, c’était comme si j’avais attrapé la peste ou si le diable commençait à me dévorer tout cru.

Mon père était tellement hétéro qu’il ne pouvait certainement pas comprendre mon obsession pour les petites queues. Moi non, plus d’ailleurs. Je ne sais pas comment elles sont devenues aussi importantes dans mes intérêts ou même le sens profond de ce besoin, mais il était de plus en plus envahissant.

Ma pédérastie (amourajoie), c’était d’abord l’émerveillement face à la beauté d’un petit gars. J’aurais passé ma vie à regarder des photos de petits gars, tant je les trouvais beaux. Puis, avec le temps, j’ai commencé à me demander si nus ils étaient tous aussi élégants ou encore plus beaux. J’étais habité par le goût de découvrir toutes les races et toutes les nations. Quelle différence peut-il bien exister entre un petit Québécois et un Inuit? Pourquoi chacun est-il si différent tout en étant si identique, était devenu la question de ma vie.

Je ne m’intéressais plus qu’à la beauté de mes petits camarades de Barnston et de Coaticook, mon interrogation était devenue planétaire, même universelle, car je m’interrogeais même à savoir ce dont un petit gars extra-terrestre aurait l’air.

Plus j’en apprenais sur la sexualité, plus j’étais ébahi par la grandeur de ce phénomène. Comment un petit liquide qui te fait jouir autant peut-il être responsable d’une naissance? Comment la vie pouvait-elle se transmettre ainsi? Par quel miracle le sperme est-il sécrété en chacun, sans même qu’on sache la recette? N’est-ce pas la chose la plus fabuleuse? C’est meilleur qu’un miracle.

La pédérastie (amourajoie) était une forme d’émerveillement, d’envoûtement qui naissait avec la présence du semblable. La présence d’un autre que j’aimais. C’était comme naître dans une autre dimension où le bonheur de l’autre devenait ma principale préoccupation. Si, selon les lois de la nature, le pareil éloigne; dans mon cas, c’était le contraire. J’étais soudé à mon propre sexe. Je recherchais la vitalité et la beauté dans l’énergie d’un petit gars, mais surtout son intelligence et sa gaité. Tout est beau dans un petit pré-adolescent.

Les filles, c’étaient au contraire, la vanité, le scrupule, surtout la jalousie, les problèmes, mais il fallait les endurer pour être normal aux yeux des autres. Par contre, j’adorais mes sœurs et mes cousines. Il y avait une sorte de communication différente qui s’établissait entre nous.

La danse et la poésie étaient rattachées aux filles avec lesquels je correspondais. Elle m’envoûtait intellectuellement.

Pourquoi les filles ne m’attiraient-elles pas physiquement? Je n’arrivais simplement pas à savoir de quoi leur parler. Tout ce que l’on nous présentait comme le plaisir des plaisirs, embrasser par exemple, ne m’excitait pas du tout. Au contraire, « frencher » me semblait assez dégueulasse fort possiblement parce que plus jeune j’associais le péché de la chair à cette forme de baiser. Un cas de parfaite ignorance.

Cette perception normale avant l’adolescence, d’un monde exclusivement de gars lors de la période de latence, a simplement continué quand je suis devenu adulte plutôt que de prendre la direction habituellement hétérosexuelle.

Je ne rêvais pas comme les autres, aux mêmes choses, je m’intéressais surtout à la justice sociale, à la violence dans le monde, à l’immoralité de ceux qui nous prêchaient, mais qui nous disaient de faire le contraire de ce qu’ils prêchaient. Tout ça, simplement pour oublier ou compenser le fait que j’étais amourajeux (pédéraste). D’ailleurs, tous les scrupuleux et scrupuleuses sont habituellement des gens qui combattent le vice pour échapper à leur profonde perversité.

L’incompréhension de ma pédérastie me rendait très malheureux. La réaction de mes parents me peinait énormément, même si je croyais comprendre. J’acceptais comme normale leur condamnation. Et, si on les en blâmait, je les défendais.

Moi et mon père, on a convenu d’une solution au cours d’une brosse. Il m’avait dit, les larmes aux yeux :

  • Si tu es pour toucher les jeunes d’ici; j’aime autant que tu ne viennes pas nous voir.

Et, j’ai décidé pour ne pas leur faire cette peine. J’ai décidé de partir et ne pas revenir; mais je ne suis parti que pour un petit bout de temps.

Nous nous respections trop profondément pour rester sur ces positions. Il n’y avait que ma pédérastie (mon amourajoie)  qui clochait dans ma vie.

À mon avis, mon père ne pouvait pas me comprendre parce qu’il aimait les femmes. Les hétéros n’arrivent pas à comprendre qu’aimer un gars c’est exactement la même chose qu’aimer une femme; mais que cela n’est possible que dans l’authenticité la plus profonde de ce que tu es. Tu ne décides pas ce qui t’attire. C’est là, c’est un fait et tu dois faire avec.

Mon père aurait même dit à une de mes sœurs :

  • Si au moins, il était homosexuel (le mot gai n’avait pas encore été inventé), mais les enfants!

Dans le fond, il était comme les autres à qui les curés ont essayé de refiler leur mystique de haine du plaisir et  de  la chair.  Il croyait  qu’aimer  voir  et  sentir  les jeunes découvrir la jouissance, c’est les profaner. Comme si ceux-ci ne ressentaient pas de la complicité dans ces relations. On refuse de voir la réalité, le mal ne peut pas être un plaisir. La morale sexuelle est une idiotie. Elle est le fruit de la peur de la communication des maladies chez les bourgeois. Elle est devenue avec le temps une obsession de classe sociale. Pourtant, sans violence ou domination, le sexe est le plaisir divin.

Je comprenais ce que mes parents pouvaient ressentir. Je pouvais peut-être être tellement perverti que je n’arrivais pu à voir le mal où il est. Pourquoi le sexe est- il mal ? Je ne voyais rien qui pouvait le justifier. J’ai passé le reste de ma vie à chercher une réponse à cette question.

De retrouver mon père fut très salutaire. Contrairement, à bien d’autres, je n’ai jamais détesté mes parents. Ils agissaient comme c’était normal d’agir avec l’ignorance que l’on avait de la sexualité à cette époque.

Quand je suis parti, j’aimais encore plus mon père et je ne pouvais même pas imaginer que mes parents ne m’aimaient pas. Ils n’aimaient pas ma pédérastie, mais ils savaient que j’étais aussi quelque chose d’autre. Ils n’étaient pas bornés.

J’ai toujours été très fier de mes parents. J’aurais voulu faire quelque chose pour leur témoigner mon amour, mais je ne savais pas quoi. Ma relation avec Dieu était toute aussi houleuse, car je ne comprenais pas pourquoi il m’avait créé ainsi. C’était dégueulasse de sa part, mais encore là, je voyais ça comme une épreuve à surmonter. Je suis aussi très profondément chrétien.

J’avais la certitude que mes parents et moi, nous nous comprenions, nous nous aimions, malgré nos différences de point  de  vue.  Pour  eux,  le  sexe  était  mal; pour moi, le sexe est la preuve la plus profonde de la grandeur du Créateur, s’il y en a eu un. Je devais apprendre à transcender mes désirs de nature physique avec les jeunes et de ce fait m’investir davantage dans l’amélioration de la vie de tous.

Si W. Reich m’avait connu, je crois qu’il se serait servi de moi pour faire comprendre le besoin de se pardonner d’être ce que l’on est. Il faut vieillir avant de comprendre la stupidité de la perception de la sexualité de nos sociétés.

On refuse de comprendre l’évolution parce qu’avec les dernières découvertes, on s’aperçoit du ridicule de l’approche que l’on a de la sexualité. Le diable avait pris la place des hormones. Il est temps qu’on s’aperçoive que nos interprétations sont le fruit d’une imagination pas mal perturbée.

La fraternité et la tendresse entre mon père et moi ne s’étaient jamais exprimées avec autant d’éloquence. Je savais qu’il était malade, mais je ne le croyais pas aussi atteint. Je ne serais jamais parti.

Nous avons filé dès que nous avons reçu notre premier chèque de bien-être social.

Notre première visite fut pour Darryl, à Winnipeg. Il est venu me rencontrer à l’auto, devant chez lui, où nous avons pris quelques photos. Elles ont été malheureusement égarées par hasard dans la poste. Darryl n’a pas voulu me suivre, comme je le savais déjà. Il y a toute une différence entre ce que l’on dit pour épater la galerie et la réalité.

Gérald lui a raconté mes menaces de le kidnapper, s’il ne voulait pas venir avec nous. Darryl s’est contenté de rire. Il me connaissait assez pour savoir que je ne lui imposerais jamais rien, surtout ce qu’il ne voudrait pas. Gérald jouait tellement au protecteur qu’on se demandait si on devait en rire. Il avait même songé à avertir la police. Darryl m’a informé qu’il voulait joindre l’armée.

  • Contre les Québécois? lui demanda un Gérald taquin, car on savait que des escouades spéciales d’intervention militaire se pratiquaient dans l’Ouest canadien pour intervenir si le Québec se déclarait indépendant.
  • Ça jamais, de rétorquer Darryl.

Le petit se promenait en bedaine comme pour me rappeler sa beauté, une beauté qui m’envoûtait. À cette époque, on ne songeait même pas au mariage gai. Je me fichais qu’il soit de langue ou de race différente. L’amourajoie ou pédérastie est une forme de fascination qui déborde toutes ces limites  idiotes. Un humain, c’est un humain, un être sacré. Chaque être a son « diapason », sa tonalité, son énergie, sa force de communication.

J’ai vu dans ses yeux, la façon qu’il me regardait, qu’il me considérait comme un véritable ami. Quand il a répliqué à Gérald, j’ai compris qu’il n’était pas gai, mais qu’il me respectait profondément. J’avais réussi à lui laisser une bonne impression des Québécois, malgré ma pédérastie.

En Saskatchewan, nos portefeuilles étaient déjà crevés. Nous avons obtenu l’aide gouvernementale. À cette époque, l’Ouest canadien était alors plus à gauche et plus généreux que le Québec quant à son aide sociale. Cela nous a permis de continuer notre chemin.

À Saskatoon, nous avons dû nous rendre à un comptoir familial. Puisque nous étions partis pour le soleil du Mexique, nous n’avions pas prévu les rigueurs de l’hiver avant de descendre dans le Sud. J’ai reçu un manteau que, cinq ans plus tard, je porte encore avec fierté.

L’absence des petits gars, une réminiscence de mon passage angélique au paradis, et l’insécurité d’être ainsi à la merci de l’aventure a modifié complètement mes rapports avec Gérald.

Gelé comme un bœuf, Gérald tombait amoureux de moi, même s’il reconnaissait le caractère compensatoire de la situation. J’étais trop aux aguets de petits gars à découvrir pour comprendre ce qu’il ressentait. J’étais sa sécurité. La tension était trop grande quand nous sommes arrivés à Edmonton. Faute de place, j’ai dû aller coucher dans une auberge de jeunesse « un hostel du gouvernement », comme on disait, assez crasseuse.

Quelques jours après, j’avais des rougeurs aux bras et aux mains. Je croyais que je m’étais empoisonné, cela ne faisait aucun doute. J’ai aussitôt couru pour une consultation médicale. Le diagnostic fut une surprise, une honte comme je n’en avais jamais eu : j’étais bourré de puces. Lavages. Rires. Gêne. L’enfer.

Nous étions installés dans un hostel du gouvernement, un endroit où l’on est nourri, logé, jusqu’à ce qu’on trouve un emploi. Jimmy et moi ne faisions pas de grands efforts. Nous passions nos journées à lire des livres québécois à la bibliothèque municipale. J’en profitais aussi pour écrire. Deux nouvelles littéraires furent expédiées à Hélène, à Sherbrooke, pour qu’elle me les garde. J’écrivais aussi mes impressions à Gaétan Dostie et je lui envoyais les découpures d’articles de journaux que je croyais intéressants.

Au moins, mon exil servait à faire savoir aux Québécois ce qui se passe réellement dans l’Ouest, les politiciens ayant toujours un double langage : un pour les francophones, l’autre, pour les anglophones. De soldat de la Révolution, je passais à l’espion. Je me renseignais du mieux que je pouvais.

De temps en temps, j’allais travailler pour que l’on puisse s’acheter des cigarettes

ou se payer une bonne bière. Je voyais là l’occasion rêvée à travers ces voyages de découvrir ce qui est mieux que chez nous. Mieux informés, un jour, au Québec, nous vivrons ces améliorations sociales. Aider le Québec fut une de mes obsessions permanentes. Je vis pour l’indépendance du Québec.

Gérald trouva un emploi de mécanicien. Il s’est installé seul dans un appartement.  Avec lui, la vie était de plus en plus intenable. Il était jaloux de mes relations avec Jimmy. Il me voulait exclusivement.

C’était la première fois que je vivais une telle situation. J’étais plutôt attentif à ce que j’apprenais.

Comment pouvais-je me ramasser avec un bonhomme jaloux alors que j’ai toujours fui les femmes, à cause de leur jalousie et leur maudite manie de vouloir te posséder à elle seule comme si t’étais un meuble de la maison? Une forme de possession que l’on appelle la vie de couple. Une vie automatiquement versée dans la jalousie parce que les humains n’ont pas encore réussi à contrôler leur vie sentimentale.

Un midi, à l’hostel du gouvernement, un anglophone se mit à crier contre les maudits « french man ». Nous n’avons rien dit quand soudain, un vrai bélier mécanique indien saisit l’Anglais par le collet. Il voulait le forcer à s’excuser. À son avis, nous, les francophones avons été là avant les Anglais et nous étions moins racistes qu’eux. « Dans tout français, disait-il, il y a du sang indien. » C’est bizarre que plus tard, Jean Ferguson, un professeur et écrivain Micmac,à Val-d’Or, m’accorde le statut de métis dans son association.

Entre moi et les Indiens, ça cliquait toujours. Les Indiens me reluquaient, je leur souriais. On aurait dit qu’ils ressentaient les sentiments que j’avais pour eux.  Une telle communication est possible seulement quand tu enseignes. J’avais pour eux un grand respect et une tentation formidable de visiter nos « différences ». J’aurais donné la lune pour une expérience sexuelle avec un petit Indien.

J’étais aussi révolté du sort qu’on leur faisait. Règle générale, les Indiens ne couchent pas dans la même bâtisse que nous, dans des lits soyeux et propres, mais sur le plancher, dans un autre édifice. Le racisme n’existait pas qu’envers les Indiens. Gérald ne pouvait même pas parler français avec ses confrères de travail francophones, dans les quinze minutes de détente, sous peine de congédiement.

Edmonton avait un journal francophone et une station de radio française. Le vrai sens du bilinguisme à la Trudeau prenait tout son relief. Ces instruments d’information, subventionnés par Ottawa, refusaient tout ce qui était québécois. Rien n’était bon si ça ne venait pas de la France.

Je reprochais aux journaux francophones de ne pas jouer un rôle positif, non seulement pour une meilleure compréhension du Québec, mais aussi afin d’éliminer bien des préjugés tels : les gouvernements francophones sont automatiquement de la mafia. C’était probablement vrai dans le temps du roman de Roch Carrier, de De l’amour dans la ferraille, mais ce n’est plus aussi vrai aujourd’hui, depuis le passage de René Lévesque.

Je reprochais à la radio francophone de ne pas faire connaître la vraie culture québécoise, une culture hautement d’avant-garde et très humaine. Il n’y avait que du western à la radio, musique bien minoritaire au Québec, pour nous représenter.

Les fonds versés par Ottawa aux associations francophones servaient au culte religieux, à l’organisation de soirées sociales et de bingos. Les activités étaient superficielles et devaient évincer toute forme de contestation. Pour eux, Paris était bien plus important que le Québec.

Le bilinguisme était un mythe pour permettre l’anglicisation du Québec, la seule province qui prenait Trudeau au sérieux.

Une petite ville francophone près d’Edmonton venait d’être noyée dans l’élément anglophone et les moyens économiques de la minorité ne parvenaient plus à faire rêver d’une autonomie quelconque.

Au journal, il fut clairement établi que les francophones de l’Ouest préféraient des relations culturelles avec Paris parce que c’est meilleur pour l’unité canadienne.

Le patron du journal m’a dit, après avoir souligné que le Franco-Albertain avait remporté la médaille du meilleur hebdomadaire canadien : « À Montréal, au terminus ou dans les lieux publics, vous n’avez même pas de musique et de chansons québécoises. Vous n’avez rien à nous montrer.»

Il ne pouvait pas être plus clair : Trudeau maintient folklorique ment la francophonie pour duper les Québécois avec sa politique du bilinguisme, qui ne réussit même pas à stopper l’anglicisation des francophones hors Québec.

J’ai écrit une lettre ouverte dénonçant cette situation malheureuse et hypocrite. Le journal l’a publié intégralement.

J’ai aussi participé à une émission de radio où j’ai affirmé que la crise du pétrole est artificielle et n’existe que pour justifier une augmentation des profits pour les exploiteurs. Cela a eu l’effet d’une bombe. Les deux animateurs de la radio, M. et Mme Jeff Brown ont perdu leur emploi parce qu’ils m’avaient laissé parler sur les ondes de cette station de radio. Un bel exemple de liberté d’expression.

Un sourire venu d’enfer 22

novembre 8, 2020

Autobiographie approximative

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Retour décevant

À mon retour, j’ai été consterné d’apprendre qu’après la censure à La Tribune et à L’R du Q, je faisais face à une nouvelle forme de « tais-toi ».

Il était une fois dans les Cantons de l’Est n’avait pas été distribué. Le responsable de la distribution, toujours mon bon ami Jean, avait décidé que le livre n’était pas assez intellectuel, trop contre-culture pour plaire à la population. Pourtant, ce livre a été exposé au Salon du livre de Paris pour son originalité et comme pamphlet de contre-culture politique d’avant-garde. Il s’est vendu comme des pains chauds. Il avait été tiré à 5,000 exemplaires et quelques années plus tard il était pratiquement introuvable.

J’avais le feu au cul. Ni le Parti Québécois, ni la CSN ne voulaient en faire la promotion. Pour les péquistes, je ne prônais pas assez clairement l’indépendance, mais ce n’était pas le but du livre. Quant à la CSN, je ne l’ai jamais su. En fait, avec le temps, je m’aperçois qu’à cette époque je rêvais beaucoup plus de la révolution que de l’indépendance.

L’indépendance c’est le moyen, le chemin à suivre pour permettre la révolution, c’est-à-dire changer les choses en profondeur. Il est impossible de changer quoi que ce soit si le Québec n’est pas d’abord un pays indépendant.

À mon sens, si avec un tel livre les gens ne savaient pas trouver la solution, c’est qu’ils étaient trop masochistes pour s’ouvrir les yeux et méritaient leur sort. Tu  ne peux quand même pas les aider, malgré eux. Si les gens sont trop bêtes pour comprendre qu’Ottawa écrase toujours et depuis toujours les Québécois, que veux-tu faire? Rien de plus sourd qu’un sourd qui ne veut rien entendre.

À Sherbrooke, déjà ma popularité s’était estompée. Presque plus personne ne savait qui j’étais.

Dans les milieux militants, les dirigeants me trouvaient trop radical, trop « show off ». Je n’étais pas mieux accepté. J’étais haï à mort par les libéraux et  repoussé comme un lépreux par les indépendantistes. C’était ma récompense de m’être battu, malgré la peur peut-être paranoïaque (comme si une peur maladive est moins terrifiante) de me faire battre ou descendre à tout bout de champ. C’était arrivé ailleurs, donc, ça pouvait se répéter.

Pourquoi autant de froideur à mon égard? J’aurais peut-être même été plus considéré si j’avais été un agent de la Gendarmerie royale. On aurait eu au moins une raison de m’écarter.

Cela mettait fin à une grande ambition. Comme tout le monde, j’avais rêvé à la postérité. Je trouvais mon message tellement essentiel et clair qu’il m’apparaissait absurde de susciter autant d’indifférence.

Pourtant, les critiques du livre étaient excellentes. On encensait Il était une fois les Cantons de l’Est dans bien des journaux.

Une jeune fille du journal « Contact », duquel j’avais pourtant été écarté, m’a touché en écrivant : « Il est allé au bout de ce qu’il lui était possible de faire. Il ne nous reste qu’à en faire autant. » J’ai bien apprécié ce geste de reconnaissance.

J’ai difficilement avalé ces moments à cause de mon orgueil démesuré. Une telle indifférence permettait au moins d’éliminer mes peurs.

Quant à la gloire, quand tu n’es pas mort, ça ne donne pas grand-chose. Pire la gloire, c’est un paquet d’emmerdements. C’est ne plus avoir de vie privée, ne plus pouvoir créer. Tu dois répondre à la demande et non plus vivre selon ton rythme. La gloire, c’est la misère. Je l’apprenais lentement, mais sûrement. Il suffisait d’examiner la jalousie qui existe entre les artistes et les auteurs pour se passer de la gloire. Elle a des avantages : plus besoin de t’inquiéter pour faire accepter tes textes, des droits d’auteur, etc.

Mon français était mauvais et en regardant les autres, je me sentais un bien piètre écrivain. Que veux-tu? La réalité, c’est la réalité. Fuck la gloire!

À Sherbrooke, j’ai à nouveau rencontré Gérald, le béret blanc, pédéraste ou amourajeux. Il y avait au moins une personne sincèrement heureuse de me revoir.

À ma consternation, Gérald s’était passagèrement converti. Persuadé d’être responsable de ma damnation, il avait brûlé toutes les revues pornographiques que je lui avais laissées à mon départ. Une valeur de plus de 100 $.  Il avait été l’intermédiaire des achats et il se sentait responsable. Pourquoi faut-il toujours brûler ce qui nous semble sale? Un « relent » d’Inquisition? Pourquoi les autres doivent-ils toujours décider ce qui est bien ou mal à ma place?

Nous avons vite recommencé à faire la noce. Il m’écoutait religieusement raconter mes aventures de voyage et vanter la beauté de Darryl.

Les libéraux ont déclenché des élections.

Ma participation fut très modeste. J’étais persuadé que le vent de droite identifié dans l’Ouest canadien soufflerait aussi au Québec. Je n’avais plus le feu sacré d’antan.

J’ai participé à des émissions radiophoniques ouvertes à la population. J’ai fait ressortir les liens du nouveau chef du parti créditiste avec Cotroni, prétendument le chef de la pègre au Québec. Yvon Dupuis s’emporta et menaça de quitter l’émission si on me laissait continuer de parler. Quant à Robert Bourassa, dans une émission de Radio-Canada, je lui ai dessiné verbalement le fédéralisme rentable durant presque cinq minutes, accusations auxquelles le premier ministre ne put répondre que par : « J’ai souvent eu l’occasion de parler à M. Simoneau et à son avis rien ne va. » L’émission ayant été interrompue pour des annonces publicitaires, les animateurs m’ont demandé de demeurer en ligne. À cause d’une prétendue erreur technique, la communication a été coupée. L’animateur m’a demandé d’entrer à nouveau en communication avec eux; mais c’était pratiquement inutile.

Au passage de Bourassa à Sherbrooke, je me suis rendu à CJRS lui remettre une copie de mon livre sur les Cantons de l’Est (ou Vauxcouleurs). J’ai vite été intercepté par les policiers qui me refusèrent l’accès aux ondes. Un des policiers me demanda si ce dernier livre était comme celui que j’avais déjà remis au premier ministre, soit L’Homo-vicièr. À cette occasion, la présentation de L’Homo-vicièr était afin d’obtenir la libéralisation de la pédérastie (amourajoie) , de la marijuana et un meilleur service de sécurité et d’aide pour les pouceux du Québec. C’était à l’Assemblée nationale et je n’avais jamais vu Bourassa devenir aussi blême, car dans le temps on prétendait que celui-ci était secrètement pédéraste. Ce qui était fort probablement une fausseté.

Un autre policier ajouta : « Tiens, c’est le fou qui est assez fou pour mettre le feu chez son patron et juste assez fin pour l’éteindre. »

Allez comprendre quelque chose.

Évidemment, le député Vaillancourt fut envoyé pour me parler. Pendant qu’il m’entretenait, la police fit approcher une voiture dans laquelle s’engouffra Bourassa comme si j’avais été une menace réelle pour sa sécurité. Ce n’était pas très brillant de me faire avoir pour une deuxième fois par un scénario presque identique à la fois précédente.

Les peintres de Vauxcouleurs avaient organisé une exposition pas mal politisée pour un centre d’achats. Réginald Dupuis y participait et m’invita à la visiter. J’étais fier de nos artistes. Nous sommes repartis prendre une bière et discuter un peu. Aucun incident. Beaucoup de satisfaction.

À notre grande surprise, une rumeur commença à circuler prétendant que j’avais été mêlé, lors de notre visite, à une chicane avec des libéraux, ce qui était absolument faux. Notre étonnement est passé à la consternation quand on a appris que les œuvres de Réginald avaient disparu et des rumeurs voulaient que je sois mêlé au vol mystérieux de ces peintures. Nous n’y comprenions rien. Une autre tentative libérale de me faire passer pour un petit bandit.

Un peu plus tard, l’enquête policière a éclairci les faits. La police a retrouvé les peintures dans un local du parti libéral. C’était toute une leçon à recevoir quant à l’honnêteté des libéraux. Étaient pris qui voulaient prendre. Mais, ça n’avait plus d’importance, les élections étaient passées et cette rumeur m’avait rendu inapte à agir pendant la campagne électorale.

Durant cette campagne et aux complémentaires dans Johnson, je me suis rendu aux assemblées du Parti Québécois vendre mon livre sur l’Estrie. Ce dernier s’envolait comme dans une bourrasque.

J’aurais bien aimé, dans Johnson que la population sache que Maurice Bellemare était celui qui leur avait menti quant à l’appui du gouvernement unioniste pour la construction de l’aéroport international de Drummondville. Contrairement à ses déclarations, son gouvernement s’entêtait à appuyer un site à St-Hubert, ce qui a permis au fédéral de concrétiser son projet à Ste- Scholastique.

Le message n’a pas passé. Même si M. Bellemare et son gouvernement seront responsables durant les prochaines décennies de l’entorse au développement économique du Québec, et particulièrement du cœur du Québec, les électeurs de la région la plus touchée ont élu un député libéral.

Les résultats des élections ne m’ont pas surpris. Presque tous les comtés étaient passés au parti libéral.

La visite surprise des chars d’assaut dans la Vieille Capitale et les spectacles libéraux pour alimenter la peur avaient encore une fois roulé la bonne foi des Québécois.

Au moins, le Parti Québécois devenait l’Opposition officielle. Ainsi, il prendrait le pouvoir la prochaine fois puisque les libéraux ne pourront pas voler les élections aussi facilement. Dans certains comtés, le vol était manifeste. Les libéraux avaient emporté les élections par 100 ou 500 voix. J’ai rencontré un bonhomme qui me raconta avoir voté 17 fois à 20 $ chaque fois contre René Lévesque.

Je ne pouvais pas changer les résultats des élections. Le monde aime se faire fourrer.  Plus  Trudeau  botte  le  cul  des francophones,  plus  il  reçoit  un  appui inconditionnel. Plus Bourassa mentait, plus ses libéraux empochaient, plus les gens votaient pour eux.

Il a suffi à Claude Ryan de mêler la religion à la politique pour faire une entrée fracassante. Pendant que Ryan dénonçait le patronage par ses voies parlementaires, je me suis laissé dire que dans le ministère de l’Agriculture, un sous-ministre libéral gardait sous clé, pendant deux mois, les chèques d’allocation des cultivateurs pour les travaux de drainage dans les comtés qui avaient trop voté en faveur du Parti Québécois. Il espérait ainsi que les agriculteurs rejetteraient encore plus le Parti Québécois.

Pendant que ses amis sortaient le prétendu scandale du divorce de René Lévesque, Ryan se pavanait avec sa famille pour mieux faire ressortir ses qualités chrétiennes. L’hypocrisie, ça paye, surtout en politique. Ça pogne. Les gens aiment se faire charrier par de tels artifices.

J’ai été parfois surpris des pensées de mon nouvel ami Gérald.

Béret blanc, d’une secte religieuse fanatique, il était pourtant, comme moi, contre les big boss. Selon lui, le Vatican a trahi le christianisme depuis belle lurette. Ce dont je suis parfaitement d’accord.

Politiquement, nous étions évidemment à l’opposé. Sa politique combat le communisme dans l’intérêt du capitalisme alors que je considère essentiel d’éliminer toutes formes d’impérialisme et de dictature bénévole ou pas, de gauche autant que de droite.

Le capitalisme est aussi  impérialiste,  dictatorial  est sûrement aussi corrompu que le communisme. Les deux régimes sont aussi sanguinaires l’un que l’autre. Tout ce qui compte c’est le pouvoir et le profit. L’idéal serait un capitalisme très socialiste.

Nous ne parlions que très rarement de nos options religieuses ou politiques, la beauté des petits avait trop d’importance pour être salie par ces mesquineries.

Gérald était béret blanc à cause de sa famille. Il identifiait Gilberte-Côté Mercier à sa mère. C’était touchant de l’entendre parler de la douceur, de la compréhension de Madame Mercier. Il avait pour elle une très profonde admiration : c’était la martyre, celle qui a sacrifié sa richesse pour sa foi. Quant à moi, c’était une névrosée, une frustrée sexuelle.

Gérald refusait d’admettre que les bérets blancs sont aussi riches que les autres sectes religieuses. Par contre, si je considérais leur approche de la sexualité comme parfaitement débile, j’admirais leur solidarité. Une solidarité digne d’un peuple libre et adulte.

Mes récits de voyage aidant, Gérald sentait jaillir en lui l’appel des grandes étendues. Le bruit de la liberté, le goût du petit gars qui en avait assez d’être écrasé et qui voulait fuir la maison paternelle en grimpant dans ses 34 ans.

Malgré nos âges, nous étions tous les deux, devant la grande route, la grande aventure, deux préadolescents qui voulaient être libres. Nous rêvions tous les deux aux fesses de Darryl, même si aucun de nous n’acceptait la sodomie.

Le flo, le petit gars, c’est l’harmonie, la beauté comme le modèle d’un peintre ou d’un sculpteur. Un moyen de rendre positive une obsession du pénis, obsession stupide qui ne disparaîtra chez moi qu’avec ma mort. Nous étions comme deux préadolescents qui ne se sentent pas assez aimés chez eux, deux survenants.

Le voyage, c’était une symphonie. Les petits constructeurs de châteaux sur la plage de Vancouver. Les deux autres qui étaient venus me provoquer pour que je m’amuse avec eux dans le sable. C’était leur rire, leur peau bronzée, la main qui cherche l’attention en se perdant sur un pénis bien bandé vite couvert de sable pour être déterré par la main d’un autre. La surprise du moment où celle-ci le découvre. Les feux qui allumaient alors les yeux du petit qui réagissait comme s’il ne savait pas que c’était nécessairement pour arriver… C’était la sensation de l’espace, de l’air à perte de narines. La fluidité des verts dans la forêt, près de Long Beach, sur l’île de Vancouver. L’éléphant de l’artiste Fafard, en Saskatchewan, sur le toit d’une école. Une impression folle à se rendre malade de vouloir vivre.

Ma fièvre se propageait. Darryl valait plus que nos souleries, nos recherches, toujours infructueuses et dont le seul avantage était de nous épater mutuellement. Nous nous étions contentés de peu assez longtemps, il nous fallait prendre cette liberté coûte que coûte.

  • Nous nous rendrons à Winnipeg et nous inviterons Darryl à nous suivre. Si ces parents s’y opposent, je le kidnapperai. Si tu voyais comme il est beau. Il vaut bien quelques problèmes.

Autres paroles en l’air entre deux bières. On a toujours l’art de se vanter parce qu’on a besoin de se croire un objet qui n’est pas inutile.

La vague a atteint un nouveau paroxysme en rencontrant Jimmy, un gars connu à Vancouver et que le souffle du voyage poussait de Montréal à Sherbrooke.

Jimmy était en rupture de ban avec sa famille. Ses parents étaient dirigeants d’une petite industrie québécoise. Comme tous ceux qui ont de l’argent, ils ne comprenaient pas que dans la vie; il n’y a qu’une chose qui importe : aimé et être aimé, se sentir bien dans sa peau. La vie est une suite d’expériences.

Jimmy n’avait encore connu aucune expérience sexuelle et il avait été entendu que ce ne serait pas moi qui l’initierais. On se parlait franchement entre ceux qui faisaient du pouce. Nous, on ne se racontait pas de mensonge. Une loi de la vérité ou de la survie. Même s’il était trop vieux pour correspondre à mes désirs,

ayant sûrement une trop longue queue, vingt ans, presque six pieds, le défi que représentait son impuissance sexuelle était fort alléchant. Que décidera-t-il quand il saura ce qu’est le plaisir? Le sexe se marie souvent avec les sentiments que l’on ressent l’un pour l’autre. C’est encore plus vrai chez un pédéraste (amourajeux).

Je me sentais un peu comme une « guidoune dans ses chaleurs » tout en étant encore membre assidu des Enfants de Marie. Je ne voulais plus faire de politique, tout en m’engageant un peu. Je voulais travailler, mais pas trop. Je n’avais pas d’emploi et aucune chance d’en trouver : je n’avais pas de métier, j’étais trop vieux ou trop dangereux ayant été journaliste trop longtemps. J’avais les cheveux trop longs et je ne voulais pas être bilingue par fanatisme.

32

Nouveau départ pour l’aventure

Je voulais repartir en voyage, mais je ne voulais pas passer pour un lâche. Les braves s’attaquent au système plutôt que fuir.

La fièvre a fait sauter toutes les barrières. Nous partirions tous les trois pour l’Amérique du Sud. Gérald a laissé son travail; Jimmy, ses études. Nous avons décidé de mettre nos chèques de bien-être en commun et de partir avec l’auto de Gérald.

La vraie révolution est celle qui ne croit pas dans le système. Elle ne croit en rien pour chercher la vérité et qui rejette toutes formes de soumission aux règles débiles qui ont été créées pour mieux exploiter chaque individu.

Cette fois, avant de partir, j’ai passé la dernière soirée avec mon père. Je l’ai vu pleurer pour une des premières fois parce qu’il s’inquiétait pour moi.

Cette fois, j’ai passé la dernière soirée avec mon père. J’étais gelé comme une balle. Les dernières animosités étaient tombées entre nous. Il m’avait pardonné ma pédérastie, mon amourajoie. J’étais moins révolté contre la sorte de monde de sa génération et les générations précédentes qui nous ont légué une perception vraiment débile de la sexualité.

Je l’ai senti très près de moi. Au fond, nous nous sommes toujours aimés. Mes reproches quant à sa froideur n’étaient plus justifiés. Mon père ne combattait jamais en meute, peut-être a-t-il été trop souvent trahi dans sa confiance aux autres pour croire dans la fidélité des autres ? Papa a toujours connu beaucoup de difficultés pour survivre financièrement. Il aidait trop de gens.

D’abord, il s’est fait avoir par la Thérèsa, une mine d’or dans le nord de l’Ontario. Puis, pour que les enfants ne souffrent pas dans les périodes difficiles, il faisait d’énormes crédits à bien des paroissiens en difficulté.

Politiquement, il était fasciné par le nationalisme de Daniel Johnson, père. Jamais il n’a été récompensé d’une manière ou d’une autre pour ses services. Quasi ruiné, il n’y avait pratiquement que la vente de la bière à l’épicerie pour lui permettre de s’en sortir. À deux reprises, aux deux référendums, le curé est monté en chair et a fait battre l’abolition de la prohibition. À cause de ces échecs, mon père a dû s’exiler pour nous faire vivre. Il s’est aussi fait haïr parce qu’il voulait la construction d’une école centrale à Barnston. Les écoles ce n’était pas à la mode dans le temps. Ce fut une très dure lutte, mais la première école centrale en milieu rural fut construite à Barnston.

Toute sa vie, il l’a vécue pour nous, ses enfants. Il l’a vécue aussi à aider les cultivateurs de par chez nous à survivre et s’enrichir. Tout ce qu’il a récolté : en 1978, une année après sa mort, les gens ont refusé de changer le nom de l’école St-Luc de Barnston pour l’école Émile-Simoneau. La paroisse porte pourtant déjà le nom de St-Luc. Cette demande a engendré toute une série de jalousies et de gestes hypocrites. D’abord, les commissaires de Coaticook ont rejeté la demande, car, elle avait été publiée dans le journal du coin. Ils avaient peur puisque je suis un gars très politisé. Ils ne voulaient pas créer de précédent. Il fut entendu qu’un sondage serait tenu le 3 novembre. Il fut devancé sans avertissement. Les articles expliquant ma demande ont ainsi été publiés après le sondage. Les gens ont préféré garder le nom de Saint Luc comme si ce saint avait besoin de ça pour dormir. Une telle mesquinerie m’a révolté. La Commission scolaire et le Comité de parents de l’école ont agi malhonnêtement. La Tribune a publié un article le 4 novembre, confondant ce sondage et les élections municipales.

Pendant qu’on refusait le changement de nom à Barnston; à Sherbrooke, on élevait un monument à un ennemi francophone, Sir Alexander Galt. Il faut être un bandit pour être un héros québécois. C’est un peuple incapable de sortir des jupons des curés. Une race infériorisée et sans identité. Un peuple aussi masochiste mérite presque de disparaître. Cela dépasse ma pensée;  mais il  faut parfois se vider le cœur.

Je reprochais à mon père de trop encaisser et d’être trop à droite. Il n’acceptait pas tout ce qui venait des syndicats. Comment pouvait-il accepter le si peu de gratitude des gens qu’il avait aidés? Comment pouvait-il continuer à croire dans une Église qui l’obligea à bûcher toute sa vie à cause de sa tartufferie, de sa morale maladive? Comment pouvait-il être fier du monde qu’il nous a construit? En fait, je lui reprochais de ne pas être aussi révolté que moi, ce qui d’une manière me condamnait. Il était plus sage que moi. Il savait que ça ne donnait rien. On est juste responsable de créer sa propre vie.

La nausée devant les libéraux nous était commune. Si quelques années plus tôt, j’avais choisi d’appuyer les libéraux pour être en contradiction avec lui, maintenant qu’on en avait chassé René Lévesque, la politique nous réunissait moi et mon père plus que jamais.

Il savait ce que je ressentais et il me reprochait à son tour d’être comme lui en politique : à la recherche de trop d’intégrité. Par exemple : je n’en ai jamais voulu à mes patrons à la Tribune, ils faisaient leur travail. Je comprends combien je devais être un paquet de problèmes, moi et ma maudite politique. Le journalisme d’enquête n’existait pas encore. Que j’aimais faire ce travail !

Un sourire venu d’enfer 21

novembre 7, 2020

Un sourire venu d’enfer 20

Autobiographie approximative

Au cours de ce voyage, je revivais une valeur qui m’a toujours paru essentielle dans le développement humain : la solidarité.

J’attachais beaucoup d’importance aux rencontres des voyageurs comme moi. Ce sont des jeunes qui cherchent non seulement souvent à découvrir des paysages, mais à comprendre la vie. Je croyais plus que jamais dans cette nouvelle génération. J’ai été d’autant plus scandalisé le jour où dans une auberge un jeune en vola un autre. Comment peut-on se voler entre pauvres ?

Tous les soirs où l’occasion se présentait, je me rendais avec un jeune d’Edmonton assister à un coucher de soleil sur le Pacifique. La merveille de ces couleurs nous éblouissait presque autant que le silence et la méditation. Ce nouveau camarade m’invita à lui rendre visite chez lui à Edmonton.

Le voyage était déjà amorcé. Je suis embarqué avec un jeune Américain qui possédait un camion fortement équipé pour le voyage. Celui-ci était d’une gentillesse à te faire rêver de la Californie.

Dans les Rocheuses, à Banff, son camion est tombé en panne. Le jeune américain nous a offert de poursuivre notre chemin afin d’éviter les retards. La majorité des jeunes ont gagné le bord de la route. Nous n’étions plus que deux avec lui. Nous voulions l’aider puisqu’il avait eu l’amabilité de nous amener. L’Américain n’en revenait pas. Il nous dit n’avoir jamais connu un tel geste dans toute sa vie. Nous l’avons assisté jusqu’à ce que son problème soit réglé et que sa route ne concorde plus avec la nôtre.

J’ai fait seul le voyage de Calgary à Edmonton. Les Rocheuses m’ont paru de plus en plus belles dans ce deuxième voyage dans les montagnes, car je ne cherchais plus la surprise, la hauteur, mais à mieux profiter de la vue générale.

Chez mon nouvel ami, j’ai eu la surprise de faire la connaissance de deux petits gars qui prenaient immensément plaisir à jouer avec moi. J’étais au ciel encore une fois. Je remerciais Dieu de me les faire connaître. La pédérastie (amourajoie) est un don de Dieu, celui de se sentir égal avec tous les autres humains, celui de jouir de la gentillesse naturelle des jeunes. C’est une forme d’osmose d’énergies génétiques.

J’ai reparlé politique pour la première fois depuis départ. Un séparatiste en terre canadienne, cela a de quoi attirer l’attention.

Un groupe de jeunes avaient décidé de me passer un savon et mieux me faire apprécier les beautés « canadians ». Ils m’ont amené prendre une bière pour me persuader de mon péché contre ce beau et grand pays qu’est le Canada. Mais, aucun n’avait encore visité ce beau et grand pays. J’aurais préféré courir les jeux forains avec les jeunes, mais j’étais invité et je devais me prêter au jeu.

Ce n’était pas un grand tour de force. La majorité de ceux qui défendent le Canada dans sa forme actuelle n’ont que de très faibles arguments basés surtout sur l’émotivité et une méconnaissance invraisemblable de ce qu’est leur pays. Ceux qui ne sont jamais sortis de chez eux disent qu’il ne faut pas briser un aussi beau et grand pays.

Plusieurs parlent d’égalité et de fraternité, oubliant que les anglophones et les immigrants s’imaginent être les seuls patrons en Amérique du Nord. Une réalité que l’on ne peut pas avaler au Québec.

Le chef d’orchestre apprenant qu’il y avait un Québécois dans la salle en a  profité pour lancer : « Welcome in God’s land », ce qui à mon sens démontrait en soit ce sentiment de supériorité des anglophones vis-à-vis les francophones.

Quand tu sais que le Canada n’est qu’une institution politique et économique artificielle pour avantager les multinationales concentrées dans le sud de l’Ontario; quand tu sais que cette concentration est à la source du déséquilibre entre le centre du pays avec l’est et l’ouest; que cette injustice est tellement flagrante que le nord de l’Ontario veut se séparer du sud pour créer un nouveau pays, l’Aurora; la grandeur du pays tu te la branches quelque part.

Vite, cette étude n’apparaît plus comme une raison de fierté, un petit relent de puissance, de valorisation personnelle ou d’identification nationale.

Quant à la fraternité, elle existe vraiment qu’en dehors des structures nationales entre êtres humains, sinon, elle ne représente que les argents qu’elle procure. C’est payant pour les industriels en majorité américains d’être subventionnés en double. Pour le reste, il suffit d’examiner le sort fait aux francophones pour comprendre que cette belle fraternité n’existera jamais. L’Ouest est assez riche pour être un pays, tout comme le centre et le Québec. Quand les gens de l’Ouest s’y arrêtent, il leur faut peu de temps pour tomber d’accord avec nous. Ils s’imaginent être la vache à lait des provinces de l’Est. Pourquoi s’il en coûte autant pour garder le Québec dans la Confédération, sont-ils prêts à envoyer l’armée pour empêcher le Québec de se séparer?

Pour les gens de l’Ouest, à cause de l’image reflétée dans les journaux, les Québécois sont des racistes qui vivent un couteau à la main pour égorger tous les anglophones sur leur passage. Quand ils nous connaissent un peu, ils sont éblouis. Ils apprennent que quelque part sur le territoire vit un peuple pour qui l’humain est plus important que l’argent.

Si les Québécois sont si racistes pourquoi une très grande partie est bilingue alors que les anglophones, surtout au Québec, s’obstinent à ne pas apprendre la langue de la majorité? Pourquoi les anglophones du Québec, la minorité la mieux traitée dans le monde, colportent-ils à l’extérieur du Québec une image aussi sale des francophones?

Qui sert le fédéral? Le sud de l’Ontario. Qui bénéficie de cette situation? Les Américains. En quoi sont-ils intéressés? Un Canada séparé, sans souveraineté- association signifie en Alberta la création d’un nouvel état américain. Le pétrole ne sera plus alors l’exclusivité des pays arabes et dans une guerre froide, c’est tout un atout. Quant à l’Est du pays, un Québec indépendant, boudé par l’Ontario qui a toujours été foncièrement raciste, permet un marché en électricité et en matières premières fort avantageux. La souveraineté-association se ferait sans Ottawa, de gré à gré entre les provinces canadiennes et le Québec. Finies les chicanes entre l’Est et l’Ouest à cause de l’incompatibilité de leurs intérêts économiques et linguistiques. Les grands perdants seraient les multinationales. C’est pourquoi tout en faisant semblant d’être neutres les États-Unis ont sans cesse le nez dans l’économie canadienne.

Le Canada, c’est une farce économique invraisemblable. Les économies régionales ont souvent des intérêts opposés et non complémentaires comme les fédérastes essaient de le faire croire.

En Alberta, la majorité se fout d’appartenir aux États unis. Heureusement, ces jeunes n’étaient pas de ce groupe et les discussions sont vite devenues très amicales. Ces jeunes étaient plus près d’une sécession de l’Alberta du Canada que d’une fédération canadienne.

La soirée ne s’était pas déroulée comme ils l’avaient prévu : après quelques heures de discussion je les avais persuadés que l’indépendance n’était pas bonne que pour le Québec, mais souhaitable et réalisable pour l’Ouest canadien également.

Nous avons passé le reste de la nuit à courir les effeuillages et à boire.

Je n’ai jamais eu le courage de leur avouer ma pédérastie ou mon amourajoie. Cela n’avait pas grande importance. Qui se préoccupe de la nuance de ma position : « J’aime les femmes, mais je suis plutôt gai et j’adore les petits gars».

Le retour au Québec s’amorçait. Je voyais le Canada très différemment. J’étais surpris que la majorité des gens loin d’être racistes étaient très sympathiques. Ils étaient malheureusement mal informés et influencés par leurs journaux, monopolisés en grande partie entre les mains de propriétaires américains.

Je n’étais plus certain d’avoir raison en étant séparatiste. Je ne les voyais plus comme nos ennemis. D’autant plus que les artistes francophones rencontrés étaient exceptionnellement sympathiques. Même les écrivains anglophones se plaignaient de la concentration culturelle à Toronto, d’où les artistes des Prairies crèvent de faim. Par contre, on ne me cacha pas que le public de l’Ouest est encore plus conservateur qu’au Québec.

Pour survivre, je suis arrêté au Manitoba travailler au journal La Liberté.

Pour la première fois, j’ai dû faire face au vrai sort des francophones hors Québec. L’assimilation se faisait à un rythme effarant.  St-Boniface n’était plus une ville française, mais un quartier de Winnipeg.

Pourquoi dans toutes les auberges de jeunesse, les responsables étaient-ils presque toujours bilingues? Comment cette situation pouvait-elle être compatible avec la réalité ?

J’ai travaillé à un seul reportage : la francisation dans la fonction publique. Il m’a suffi de cet exemple pour comprendre à jamais que le bilinguisme à Trudeau, c’est du tape-à-l’œil. Malgré leur bonne volonté ou le goût d’augmenter leur salaire, certains anglophones, après avoir buché comme des fous pour apprendre le français, le perdent vite, faute de ne pas pouvoir le pratiquer.

Il faut aussi comprendre la population francophone. Pour se faire servir en français, il faut faire venir le fonctionnaire qui connait le français. Ça prend beaucoup de temps avant que leurs confrères les trouvent. On fait payer ainsi le coût du bilinguisme. Les gens sont fatigués de devoir ainsi attendre pour être servis dans leur langue. Ils savent aussi que parler français, c’est de s’assurer de ne pas avoir d’avancement ou du moins ça le rend terriblement difficile. Ils finissent par lâcher. C’est moins d’efforts.

J’étais aussi révolté du fait que l’Église catholique venait de mener une campagne contre le seul ministre francophone du Manitoba, à cause de son appartenance au Nouveau Parti Démocratique (NPD). Il fallait combattre le socialisme aux dépens des francophones. Partout dans l’Ouest, on pouvait voir un virage à droite.

Le christianisme servait à faire oublier que le les capitalistes et les communistes font crever des millions de gens pour conserver leur suprématie économique. Une belle vacherie qui montre le jeu des religions en politique ! Pour se déculpabiliser, il suffit de se dire chrétien, continuer de regarder en silence ces systèmes tuer pour garder le pouvoir et faire de l’argent. Pourvu que le sang paie, l’Église ferme les yeux.

Cette nouvelle vague était facile à comprendre : le Vatican aimerait bien élargir son empire en Amérique du Nord, d’où l’œcuménisme, alors que la CIA veut faire sauter la Russie.

Pour arriver à leurs fins, les deux se sont réunis dans une nouvelle croisade : les mouvements charismatiques. Les proaméricains, comme Ryan, sont poussés au pouvoir. Il faut sauver l’homme du communisme et permettre l’exploitation capitaliste.

Dans une auberge, un anglophone s’en prit à moi tout simplement parce que j’étais francophone. À ma surprise c’est un métis du coin qui prit ma défense disant qu’il y a presque toujours du sang indien dans le sang francophone.

Avec mes nouveaux avoirs financiers, j’ai décidé de faire un pèlerinage à un héros francophone de l’Ouest : Louis Riel. Je me suis rendu à Batoche

.J’ai été conduit aux lieux historiques par des Indiens qui s’efforçaient de me dire quelques mots en français. J’ai visité la classe où Riel a enseigné. À ma surprise, j’ai découvert mes initiales « JS » sur un des bancs de cette école. Cela m’a bouleversé.

On ne nous apprend pas que pour construire le chemin de fer on a massacré les Métis. Riel et son peuple étaient en guerre contre Ottawa, car ils avaient créé un nouveau pays. On ne nous enseigne pas souvent ces massacres qui sont une honte pour le Canada.

De retour sur la route, j’ai été embarqué par une dame qui voyageait en compagnie de deux parents. Son chauffeur était un militaire. Cette dame se disait la cousine de la reine Élizabeth. Je n’en croyais rien au début, mais j’ai dû convenir que c’était possible. Celle-ci parlait un peu le français et voulait que je lui apprenne quelques mots.

  • Votre cousine n’est pas très gentille. Je faisais du pouce près de Toronto et elle m’a passé au nez sans s’arrêter, dis-je, en riant. Elle me répondit qu’Élisabeth n’est pas toujours de nature souriante.

La dame m’a questionné sur la vie politique du Canada. Le militaire essayait à chaque fois de faire valoir le beau côté des choses alors qu’au contraire, je tentais de lui faire comprendre l’injustice du racisme anglo-saxon. La dame me parla de l’homosexualité de Trudeau qui, selon le soldat, avait cessé d’être le sujet de discussion des gens du pays depuis son mariage. Je ne pouvais pas en parler, car je ne sais pas ce qu’il en est vraiment et une chose est certaine : je n’ai jamais couché avec Trudeau.

Je ne sais pas ce qu’elle a pensé de mes opinions, mais pour elle, j’étais définitivement un petit nègre blanc d’Amérique fort sympathique.

Je me suis arrêté dans une auberge de jeunesse dans le nord de l’Ontario. Pour la deuxième fois, il était évident que l’on avait essayé de m’écraser. Alors que je pouçais, une auto conduite par un Indien m’a foncé dessus. Ils étaient alors en guerre contre les Blancs, dans ce coin du pays. Sur le pouce, il est difficile de faire savoir au chauffeur que t’es Québécois, car, les Indiens respectent les Francophones.

Tous les humains sont égaux et on s’en aperçoit très vite. Il fonçait sur un Blanc avec les cheveux longs. À cause des luttes raciales en cours, cela était très compréhensible. Je n’en ai gardé aucune animosité. Je n’étais pas visé comme individu, mais comme Blanc.

C’était la deuxième fois que ça se produisait. C’était arrivé une autre fois dans l’Ouest. Un camion s’est tassé sur moi alors qu’une pipe dépassait à l’arrière. Celle-ci m’a heurté la main. Il n’y avait rien de surprenant dans ce comportement. Dans l’Ouest et aux États-Unis particulièrement, il était fréquent que des voyageurs seuls mangent une raclée ou soient tirés à bout portant par des gens dont le conservatisme rend cinglé. Rien n’est plus stupide et borné qu’un individu qui juge les autres. C’est malheureusement le propre des gens très religieux.

À l’auberge de jeunesse, une jeune fille me proposa de l’accompagner jusqu’au Québec. Cela ne m’intéressait pas particulièrement. J’ai donc refilé l’invitation à un jeune chanteur qui semblait aimer mieux la présence des femmes que moi. Il les aimait assez (avec ses mains, j’imagine) que je l’ai aperçu un peu plus loin sur le bord du chemin. Les femmes aiment rencontrer des gars qui ne pensent pas qu’au sexe en les voyant. C’est d’ailleurs ce qui les rend intéressantes.

Quant à moi, j’ai entrepris le voyage en compagnie d’un petit bonhomme de 15 ans environ. Il venait visiter le Québec. On n’est pas tous paralysés de peur d’être abordés sexuellement… on laisse ça aux femmes.

Nous avons eu toutes les misères à nous trouver une « ride ». Nous sommes arrivés à Thunder Bay, morts de fatigue.

Malgré nos efforts, pas moyen de dénicher l’auberge de jeunesse. Si les informations fournies étaient claires pour les dirigeants de l’auberge, celles-ci ne l’étaient pas pour nous. C’était un vrai casse-tête. Découragés, enragés, nous avons décidé de coucher dans le champ, si dans les dix minutes nous n’avions pas découvert un gîte.

À ma stupéfaction, le jeune lançait des roches, avec succès, dans les feux de circulation. J’étais trop conforme au respect de la propriété privée et publique pour accepter sans rouspéter un tel comportement. C’était la fatigue, ai-je pensé pour l’excuser.

Quelques secondes plus tard, une auto-patrouille fit son apparition. Papiers! Papia!, comme dit Léo Ferré dans une de ces chansons.

La police a pris beaucoup de temps à vérifier mon identité. Il y avait, selon elle,

un autre Jean Simoneau qui lors de son passage avant moi avait la malencontreuse habitude de faire des vols à main armée. Heureusement, je n’avais pas le même numéro d’assurance sociale.

À ma surprise, la police embarqua le jeune. Elle me laissait pour seule explication d’avoir reçu une dépêche de Vancouver les informant de la fuite de mon compagnon. Il était recherché à la demande de ses parents.

C’était la première fois que j’en entendais parler. J’avais chaud. Je me voyais déjà arrêté pour détournement de mineur. Comment pouvais-je prouver que je n’en savais rien? J’hésitais. Peut-être le jeune leur dira-t-il que nous venons à peine de nous rencontrer? Crevé de fatigue devais-je trouver l’auberge ou fuir avant que la police revienne encore m’emmerder. ? De toute façon, je ne pouvais rien faire pour lui. Quand tu as les cheveux longs, t’es coupable automatiquement. C’est encore pire si tu es trop jeune.

Mort de peur, j’ai décidé de continuer ma route. Un camion m’a embarqué et j’ai fait quelque 200 milles avant de m’arrêter. J’étais peiné d’avoir été obligé d’abandonner un aussi beau petit gars.

J’ai passé la journée étendu sur le bord du chemin pendant qu’un nommé Trudeau faisait du pouce avec moi. Je ne me rappelle pas son prénom. Il m’a bien fait rire, en me racontant tous les tours joués à la police, en disant simplement qu’il était de la famille du premier ministre Trudeau.

Il n’avait que le nom de Trudeau de répercutant. Rien à voir avec le célèbre Pierre, même qu’il était séparatiste à 110 %.

« Je suis sûr de frapper », lui ai-je dit, car il fallait bien expliquer mon comportement bizarre, soit de me coucher sur le bord de la route. Aussi bien dire adieu à toutes les chances qui pouvaient se présenter.

La faim a commencé à nous jouer dans les tripes. Je m’étais acheté un macaroni Kraft, sans songer qu’il pourrait y avoir des problèmes pour le faire cuire. Pas très brillant. J’ai cherché autant comme autant à découvrir un endroit assez charitable pour nous donner l’eau nécessaire et nous le laisser cuire. Inutile.

À la fin de l’après-midi, nous nous en allions à l’auberge de jeunesse quand nous avons aperçu deux personnes travaillant à réparer une petite Volks, bourrée de marchandises.

  • Allons les aider, ai-je proposé.

Trudeau refusa sous prétexte que nous n’aurions jamais la chance d’embarquer dans un char aussi bourré de victuailles et que nous devrions, au contraire, voir à nous percher pour la nuit. J’ai insisté pour qu’on les aide, non pour s’attirer leurs faveurs, mais par pure amabilité entre voyageurs.

Nous avons travaillé plus d’une heure. Trudeau était en beau joual vert. Le soir venait et nous avions passé la journée sur le bord de la route pour rien. Nous n’avions même pas été capables de dénicher un endroit où faire cuire nos nouilles. Je commençais aussi à être révolté. « L’Ontario est le paradis des racistes. », dis-je., mais dans le fond c’était à moi d’être assez intelligent pour acheter quelque chose qui ne nous place pas à la merci des autres. Je comptais sur les auberges pour obtenir les plats pour les faire cuire.

À l’auberge de jeunesse, les dirigeants refusèrent à leur tour de nous laisser préparer notre petit repas. Ils riaient de nous. J’avais le feu au cul.

  • On défait la baraque, criais-je à Trudeau, en m’emparant d’un bon gourdin.

Le jeune anglais qui nous répondait a pris peur. Il nous a demandé de patienter un peu. Songeant probablement à ses os plus qu’à notre misère, il nous revint avec quelques sandwichs pour nous aider à patienter jusqu’au repas.

Nous  étions  à  notre  sieste  quand   les   voyageurs   que   nous   avions   aidés réapparurent. Ils avaient tout rangé et libéré le siège arrière. Ce fut un tour jusqu’à Toronto, plusieurs centaines de milles plus loin. Ces jeunes étaient des amis d’Angela Davis, ce qui ne fut pas sans provoquer mon admiration.

J’étais ravi de les écouter m’apprendre dans quel sens les jeunes Américains bougeaient. Je me sentais devenu citoyen du monde. Ça me rappelait tout ce que j’avais vécu avec Darryl. L’amour est une fiction même dans la mémoire. Elle est encore plus belle que la réalité.

Le reste du voyage s’est déroulé sans incident. Tout était beau, intéressant.

Les frontières entre jeunes, c’est une aberration. Ça n’existe pas. Les problèmes sont les mêmes partout : l’abus de pouvoir, l’impérialisme, la violence. Les vrais responsables sont toujours intouchables.

La crise canadienne est imaginée aux États-Unis et pour les intérêts des multinationales américaines. Ils ont les moyens pour  s’installer  et  les  politiciens vont chercher dans les poches des contribuables l’argent qui manque.

Mon voyage dans l’Ouest, ce fut Darryl. Darryl. Une rencontre fortuite. Une surprise. Un cadeau de Dieu. Un arc-en-ciel dans ma vie. Darryl, comme tous les petits gars que j’ai aimés, était le symbole parfait de mon idéal de vie. Ma vie n’aurait pas eu de sens sans cette profonde fascination, cet envoûtement pour la beauté des petits gars. Ce besoin d’eux est aussi vital qu’une source d’eau fraîche dans le désert. Ce n’est pas qu’un attrait sexuel quoique ce le soit aussi. Une nuit dans le lit près l’un de l’autre suffit à faire apprécier Dieu et sa création.

La pédérastie (amourajoie) est un échange de vitalité, presque une adoration de la vie à travers leurs jeux, leur beauté. La pédérastie, c’est vivre intérieurement en petit gars, malgré l’âge adulte. C’est un échange émotif. L’osmose de l’adoration avec la beauté. Une vibration sur une même harmonie.

Darryl savait fort bien qu’il me fascinait beaucoup trop pour que je puisse être le moindrement dangereux. Je me suis ruiné pour qu’il ne gèle pas la nuit

Un sourire venu d’enfer 20

novembre 6, 2020

Autobiographie approximative

Partie 2

L’exil

Chu tanné d’être pré-adolescent                                 

me faire piéger, espionner, humilier.

J’en ai assez de passer pour un voyou je ne veux rien casser

je veux sacrer le camp je veux tout aimer

voir le désert, nager dans la mer, caresser un petit gars

ressusciter encore plus jeune

sentir dans chaque fibre de mon corps un concerto d’hallucinations

de lunes-nombrils, de visages-soleils

je veux mourir en terre inculte

être enterré sous un érable

être un printemps en plein hiver.

Je n’avais plus qu’un espoir : me dépolitiser pour vivre comme tout le monde.

J’ai quitté Sherbrooke avec 135 $ en poche. Il est difficile de survivre bien des années avec une telle somme. Il ne me restait plus qu’à voyager pour survivre.

À Montréal, j’ai passé la première soirée dans un club gai. Au Lincoln, les jeunes sont rares. Tu es plus facilement remarqué par les plus âgés, car il n’y a pas de compétition.

J’avais choisi cet endroit, car, je gardais un mauvais souvenir des autres clubs, où même si les jeunes y étaient rarissimes, on ne m’apercevait même pas. Je sortais ordinairement de ces clubs encore plus frustré et humilié. J’étais trop laid pour attirer l’attention.

J’avais souvent l’impression que ces gars sont tellement à la recherche d’une queue à dévorer qu’ils ne pouvaient pas tenir compte du fait que l’on soit beau ou non. C’est tout à fait le contraire du désir chez les (amourajeux) pédérastes. Ordinairement, je ne poignais pas, mais cette fois, je me suis trouvé un endroit où aller coucher sans frais. Je n’avais qu’à faire la planche comme d’habitude et jouir de me faire sucer.

La dernière année à Sherbrooke, la ville scrupuleuse, m’avait permis de connaître quelques belles expériences avec des plus vieux que moi et de cesser de m’imaginer, comme mon éducation le prétendait, que j’allais automatiquement, en allant avec un partenaire plus âgé, être coupé en petits morceaux. Je crois d’ailleurs que cette peur entretenue par le système à travers les journaux a miné mon évolution sexuelle vers quelque chose de plus acceptable pour la société. Serais-je devenu un « gai normal » plus rapidement si je n’avais pas eu ces peurs d’enfance? La (l’amourajoie) pédérastie est d’abord l’appel de la beauté. C’est un échange d’énergies, des énergies que l’on retrouve seulement chez les jeunes, surtout la spontanéité.

Les nouvelles à caractère sexuel servent à faire peur aux enfants et parfois chez nous, on lisait Allo Police, ce qui me rendait méfiant envers tous les étrangers. C’est à partir de cette expérience que j’ai toujours trouvé profondément paranoïaques les annonces demandant aux enfants de toujours avoir peur des étrangers. Une vraie maladie ! Un irrespect total du droit du jeune à décider de sa sexualité, même si toutes les chartes prétendent défendre leur intégrité. Les jeunes doivent automatiquement asexuels. Quel mensonge ! Quelle ignorance!

Le lendemain matin, j’étais sur le bord de la route pour Toronto. C’était à la fois terrifiant et extraordinairement excitant. Comment survivre avec si peu d’argent? Une des pires peurs de mon adolescence : j’étais convaincu que je n’arriverais jamais à m’en tirer dans la vie, car en plus d’être « faiblesse », je ne savais rien faire de mes dix doigts. J’étais devenu journaliste par accident. Je n’avais que 19 ans alors que j’étais responsable du bureau de la Tribune à Lac-Mégantic.

Seul, c’est un vrai charme de voyager sur le pouce. Les gens ont rarement peur de toi et tu te sens vite en terrain ami avec ceux qui t’embarquent. C’est ainsi que dès le premier soir, j’ai couché dans une auberge de jeunesse à Toronto.

J’ai particulièrement aimé cette soirée puisqu’un magnifique petit bonhomme d’environ 15 ans est venu prendre sa douche avec moi. J’aurais bien vécu le

reste de ma vie à Toronto, mais mes avoirs ne me le permettaient pas et, de toute façon, ce premier petit compagnon de rêve prenait le lendemain une autre route que la mienne. Le dimanche, j’ai visité un peu la ville. J’ai commencé à chercher les indications quant à la route à suivre pour continuer mon voyage. Ce n’est pas facile quand tu es en terrain étranger.

C’est alors que j’ai connu mon premier incident. J’étais allé chercher de l’eau dans un garage et m’informer en français  à savoir quelles routes prendre. Tout allait bien, quand près de la clôture, j’ai aperçu un immense chien qui me courait après. J’ai grimpé le plus vite possible et j’ai échappé de justesse aux crocs du chien, mais pas aux barbelés.

J’étais étonné qu’un bonhomme qui m’avait paru si gentil envoie ensuite son chien après moi. Quel raciste !

Je me suis retrouvé sur une autoroute où un cortège de motos est passé à toute allure. Un des conducteurs a ralenti pour m’engueuler. Je me suis cru dans un endroit défendu. J’ai vite appris que mes craintes étaient fondées quand je fus embarqué par un groupe de jeunes qui m’apprirent que ces motos étaient bien l’escorte de la reine en visite dans le coin.

C’était à mourir de rire : je venais de faire du pouce à la reine d’Angleterre.

À Wawa, j’ai rencontré un jeune garçon de 14 ans environ, blond, beau comme un dieu. Il se rendait sur le pouce à Winnipeg. Il était là avec deux autres jeunes de son âge. Quel cadeau du Bon Dieu! Nous avons fait du pouce ensemble toute la journée sans succès.

Le soir, à l’auberge de jeunesse, nous avons couché tous les quatre ensemble. Je n’aurais jamais cru que mon petit blond exigerait de changer de place avec les autres afin d’être encore plus collé à moi. J’ai profité des faveurs de la nuit pour mettre les doigts, là, où mon imagination les poussait. Une chance inouïe! Et, la vie est si courte qu’il ne faut pas la manquer.

Ça valait mieux que le bonhomme venu me conduire à un ou deux milles en dehors de Sault-Ste-Marie, m’examinant sans cesse entre les deux jambes, à un point tel que je n’avais plus à me demander ce qu’il cherchait. Par contre, le bonhomme avait trop peur pour s’aventurer plus loin et je ne me suis pas offert. Il m’a donc laissé choir.

Sur le bord du chemin, j’avais cru ce soir-là devoir marcher les quatre autres milles, mais heureusement, les dirigeants de l’auberge avaient eu le génie d’organiser un système de fourgonnettes qui paradaient les parages afin de récupérer ceux qui n’avaient pas eu de chance et qui était restés sur le bord de la route.

Il est souvent difficile de décoller à Sault-Ste-Marie et c’est encore pire si tu restes pris à Wawa, endroit légendaire. Certains y sont demeurés assez longtemps qu’un pouceux a même eu le temps d’y rencontrer sa pouceuse et de la marier sur place.

À ma surprise, le lendemain matin, les jeunes avaient décidé de se séparer et de laisser le jeune blond poursuivre la route avec moi. Ce que j’ai accepté sans rouspéter, bien évidemment. Cela permettrait à ses compagnons d’avoir plus de chance sur le bord de la route. C’était plus que je ne pouvais en espérer.

Mes palpitations cardiaques ont augmenté du même coup. La liberté a un charme que je n’avais jamais même soupçonné. J’étais déjà follement amoureux. Darryl était superbe. Il avait un sourire aussi éclatant que le soleil qui nous rôtissait sur le bord de la route. C’était plus que je pouvais espérer de la vie.

Nous avons été chanceux et nous avons réussi à faire quelque deux cents milles dans l’arrière d’une camionnette. Mais, le soir, nous étions mal pris. Il était impensable d’avoir une nouvelle « ride » et la température était à la fois trop humide et trop froide pour que nous couchions dehors. L’idée que mon petit privilégié puisse avoir des embêtements me fit vite délasser les cordons de ma bourse, quitte à avoir plus de problèmes plus tard. Nous nous sommes installés dans une chambre d’hôtel à Marathon.

Avant de me coucher, j’ai pris une douche avec Darryl. Jamais je n’avais été aussi séduit par la beauté des rondeurs des fesses d’un petit bonhomme comme lui. J’étais là, comme un imbécile, sans dire un mot, à le contempler se laver. J’avais plein les yeux de la Grèce antique. Comment est-il possible d’être aussi beau? La pédérastie (l’amourajoie) est envahie par la beauté des garçons. C’est son moteur principal. Un pédéraste (amourajeux) jouit juste à voir un garçon qui lui plaît. Partager ses jeux, ses rires, c’est un voyage divin.

Malheureusement, j’étais encore trop scrupuleux pour en profiter sans remords. J’ai avoué à Darryl être pédéraste. J’avais honte d’être aussi profondément charmé. Le petit n’a pas été long à comprendre qu’il pouvait tirer parti de la situation : qu’est-ce que de se laisser embrasser pour s’assurer un maximum de confort et de sécurité? Darryl me regardait comme une bête rare. Comme Daniel, il ne semblait pas comprendre pourquoi j’étais soudainement aussi scrupuleux. Il devait rire intérieurement de moi et se demander comme il est possible d’être aussi stupide. Le scrupule est une forme de fixation émotive négative, une peur de la beauté de l’autre ou son incapacité à régir ses désirs.

J’étais fou de lui, disponible à ses moindres désirs, même à ne plus le retoucher, s’il le voulait, ce qu’il ne tarda pas à comprendre et à me demander. Les becs, ça passe, mais. Je me contentais d’avoir été fasciné par d’aussi belles fesses et de quelques faveurs nocturnes, qu’il savait rendre faciles et qui, étaient après suivies de ma part, par des remords de conscience idiots.

Winnipeg vint trop vite. Cet ange n’avait été qu’un espoir : si Darryl avait été le Canada anglais, je l’aurais vite accepté. C’était une brèche en plein cœur de mon nationalisme.

Darryl savait comme tous les petits gars qui ont du flair, comment instinctivement me mener par le bout du nez afin d’obtenir tout ce qu’il désirait. J’étais le portefeuille; un moyen d’échapper à la misère. Darryl était mon bonheur. Le pont de réconciliation politique. Un pont que la nature a elle-même rendu infranchissable puisque nous devions bientôt nous quitter. Nous sommes deux solitudes.

Darryl avait bien compris qu’il ne devait pas, pour maintenir mes extases, être une proie trop facile. Il avait droit à sa liberté. J’ai rarement vu un gars aussi beau. Non seulement j’étais envouté par la courbure de ses fesses, mais son ventre était un paradis pour l’oeil. Malgré mes scrupules, j’ai vécu des moments inoubliables avec lui. Il avait une vitalité extraordinaire. Un regard de renard. Les paysages se baignaient en lui. Il était un miroir magique.

Winnipeg. Sur le bord de la route, seul, je n’avais plus qu’un dollar en poche. J’hésitais. Devrais-je retourner au Québec ou poursuivre mon chemin? J’étais désespéré. Dans les derniers milles, Darryl avait semblé me fuir. Était-ce parce qu’il n’avait plus besoin de moi? Son amitié avait-elle été hypocrite? Quand tu es en amour, tu n’es jamais satisfait de l’affection que l’autre te témoigne. Tu en veux toujours plus.

Il me fallait choisir. Crever de faim au Québec ou dans l’Ouest canadien? Quelle différence ?

J’ai décidé de continuer et de ne pas abandonner par lâcheté.

J’ai rencontré un bonhomme qui avait fait du pouce longtemps et qui me livra quelques secrets.

À son avis, le seul moyen de voyager heureux, c’est comme dans la vie, de toujours se contenter des occasions qui se présentent, de toujours voir la vie de façon très positive. Il prétendait que si tu es ouvert à la chance, celle-ci ne peut pas faire autrement que de te sourire. Un vrai traitement d’optimisme. Ce n’était pas loin de ma philosophie de vie, car, que je le veuille ou non, j’ai été marqué par la religion et ma foi dans la Divine Providence était inébranlable. Rien ne pouvait m’arriver sans avoir une leçon à en tirer.

C’est bien beau à entendre; mais c’est plus difficile à vivre, surtout sous un soleil

qui te rôtit, l’estomac vide. Un dollar pour survivre, à plus de 2,000 milles de chez toi, sans métier. Mais, j’y croyais. Je survivrais.

La récompense n’a pas tardé. Quelques heures plus tard, un ex-soldat me prit à bord de son auto afin d’avoir quelqu’un à qui parler. Quelque 200 milles plus loin, une femme fut ajoutée à l’équipage. Je devenais un membre inutile. Évidemment, les deux décidèrent de passer la nuit à l’hôtel.

  • Nous te reprendrons demain, si tu n’as pas eu de chance avant.

J’ai profité de l’occasion pour assister à un coucher du soleil dans les Prairies. Ces spectacles sont censés être les plus beaux de la terre. J’en ai effectivement eu plein la vue, mais un coucher de soleil sur le lac St-Jean est aussi un spectacle hallucinant.

Découragé, je me suis blotti près de l’automobile abandonnée devant l’hôtel.

Que veux-tu en voyage, il y a quatre genres de personnes qui t’embarquent : a) pour te rendre service, c’est un voyage silencieux b) pour tenir la conversation c) un gai à la recherche d’un jeune abandonné sur le bord de la route d) un hétéro ou une femme qui ont déjà fait du pouce et qui sont curieux de savoir ce que tu as dans le ventre; car l’auto-stop est une école extrêmement riche.

Si j’avais le cœur gros, j’ai commencé à ressentir l’appel de la route. Aucune vie, aucun moment ne sont comparables à celui qui marque le départ d’un long voyage sur le pouce. C’est la grande aventure. Tout est possible et la plupart du temps, la vie est très agréable. Ça ne donne rien de s’apitoyer sur son sort. Il s’établit une communion entre le pouceux  (auto-stoppeur) et  la  terre  qu’il  foule. D’une part, tu as peur, t’es grugé d’insécurité, et d’autre part, la liberté te pénètre dans les cheveux et les narines comme une naissance ressortie dans chaque pore de ton corps. Quant aux yeux, il est inutile de dire qu’ils font la fête sans avoir le temps de se reposer.

Dès le lendemain, Vancouver est apparu avec le Pacifique. La traversée pour Nanaimo m’a encore plus séduit que les Rocheuses. J’avais tellement aperçu les Rocheuses sur des photos superbes qu’à première vue, elles étaient décevantes. Les Madeleine sont encore plus belles. Elles sont imprévisibles. Elles te précipitent dans le fleuve.

Le soir, j’ai trouvé une auberge de jeunesse et j’ai cherché à me refaire des forces. Même si j’étais pratiquement fauché, les auberges de jeunesse ou du gouvernement m’ont permis de m’en sortir. Je n’avais qu’à voyager de 200 à 300 milles par jour. Ce fut toujours facile, sauf, une fois en Ontario. Un bonhomme m’avait attendu pour m’amener avec lui. Il a passé droit à la route indiquée pour que je débarque et m’a demandé 12 milles plus loin où je devais coucher. J’ai été trop cave pour comprendre l’invitation et j’ai dû marcher les 12 milles pour souper et dormir.

Ce n’était pas que j’étais scrupuleux, mais parfois je n’y pensais même pas. Les scrupuleux manquent d’ouverture d’esprit, ce sont des paranoïaques qui s’imaginent que leur petit zizi est source de tous les maux s’il est partagé. S’ils ouvraient leur braguette, ils découvriraient que ce petit morceau de chair ne peut que nous révéler des plaisirs.

Bien des auberges acceptaient que l’on fasse le ménage comme mode de paiement. Le moins qu’on puisse dire : dans l’Ouest les auberges de jeunesse sont mieux organisées pour les jeunes que dans l’Est. Au Québec, elles coûtent beaucoup plus cher et si tu n’as pas d’argent tu couches dehors. Dans l’Ouest, de nombreuses auberges se font rembourser les repas que nous ne pouvons pas payer par le gouvernement local ou fédéral.

À Vancouver, j’ai volé pour une des très rares fois de ma vie. J’avais des timbres et je n’avais pas de carte postale. Après de longs moments d’hésitation, j’ai décidé d’employer ce seul moyen à ma disposition. Pour quelqu’un qui a le vol en horreur, c’est un événement très important. Pas à cause des sous, mais le danger de prendre ce mauvais pli. C’est une solution peut-être plus dangereuse, mais définitivement plus facile. Un mauvais pli : t’es mal pris, tu voles pour t’en sortir.

À Vancouver, j’ai voulu visiter une amie que j’avais quelquefois rencontrée au Québec. J’étais fier de mon exploit et je voulais lui faire partager. Je fus surpris d’y apprendre son absence et son mari me donna 10 $. J’étais ravi de visiter l’île grâce à ce don.

Je compris plus tard que cette générosité imprévue était seulement un moyen de se débarrasser de moi. À mon retour de l’île, il a prétendu que mon amie était partie pour longtemps, ce qui m’a déplu; car, celui qui m’en reparla, en visite chez ce monsieur, mentait trop mal pour que je ne m’en aperçoive pas. Monsieur n’aimait pas mes cheveux longs… il aurait pu me le dire tout de suite.

La femme avec qui j’avais fait le voyage avec l’ex-soldat habitait Nanaimo. Je me suis rendu prendre un café chez elle. Elle m’indiqua les endroits intéressants à visiter sur l’île, dont un sentier de huit milles dans les bois du Pacifique.

J’ai trouvé cette île si belle qu’elle a renforcé par mille mon goût du voyage. J’étais fasciné par les fleurs de la petite ville. Plus tard, dans le sentier « Rain Forest Trail », j’avais l’impression de m’être trompé de planète. Le vert était si tendre, il avait l’air plus vivant. J’étais fasciné. La beauté de la nature est certainement une des expressions employées par Dieu pour nous le faire découvrir. Dieu est une extase. Une explosion de beauté intérieure, ressentie comme un parfum qui nous habite soudainement, de l’intérieur.

N’ayant plus d’argent, je devais retourner à Vancouver, car, les auberges sur l’île nous nourrissaient très mal. Je n’avais pas assez d’argent pour visiter un parc de fleurs, le Buschard Garden, et j’en étais bien peiné. Fauché, on  ne  peut  pas tout voir.

Je pouçais, près de Victoria, quand un bonhomme chauve m’offrit de faire un bout de chemin. J’ai vite compris son intérêt à le voir essayer de m’effleurer la cuisse du bout des doigts quand il changeait de vitesse.

Il me fit voir de nouveaux paysages, puis m’offrit de visiter le secteur des millionnaires. Il s’arrêtait devant les plus belles maisons et m’expliquait l’originalité de chacune, tout en essayant, en se penchant sur moi, de me tâter la queue. Certain que je ne prendrais pas le mors aux dents, car, je trouvais ça plutôt comique de le voir se donner tout ce mal, il m’entraîna dans une de ces maisons qu’il habitait. Le reste est facile à deviner.

Il vint me reconduire, tout en me donnant les sous nécessaires pour me permettre de visiter le jardin que je souhaitais tant voir. Malheureusement, si le jardin était splendide, à mon avis, il manquait l’aspect sauvage qui m’avait tant plu à Nanaimo.

De retour à Vancouver, j’ai été amené à une plage publique naturiste, derrière l’université, dans les bancs de sable. Ce fut pour moi, toute une révélation. Nus, les rapports avec les gens semblent plus faciles, plus vrais. Tu en viens même à oublier ta nudité et celle des autres. Les cochons sont ceux qui se baladent habillés, les yeux plus grands que la panse pour ne rien manquer.

J’ai longuement joué avec deux petits gars dans un trou d’eau qu’ils avaient aménagé en lac, l’eau de l’océan étant trop froide pour s’y baigner à l’aise. C’était merveilleux! Leurs rires se perdaient dans le chant des vagues. Nous construisions un château. Leur mère nous souriait entre deux regards. Quelle image! Je me rappellerai toujours : en gros plan un magnifique petit bonhomme de onze ans environ, nu, riant comme le Petit Prince à son étoile; la mer à perte de vue qui caquasse pire qu’une vieille pie, le soleil qui te brûle comme un coq sur une brochette, et devant, comme toile de fond, comme si les vagues en surgissaient, une montagne blanche avec ses neiges éternelles. Si Dieu a créé mieux, il l’a gardé pour lui.

J’ai passé tellement de temps dans ce décor, j’en suis reparti brûlé par le soleil (mon vitiligo aujourd’hui), la peau rose comme une truite saumonée, et, marchant comme un pingouin, tant j’avais les cuisses brûlées à l’intérieur. Je m’étais endormi.

Un sourire venu d’enfer 19

novembre 5, 2020

Un sourire venu d’enfer 19

Autobiographie approximative

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Rhinocéros

Ma candidature rhinocéros dans Sherbrooke a été organisée très vite. Je ne pouvais rien faire sur le plan politique. Les gens croyaient encore trop dans les partis traditionnels pour comprendre qu’ils se faisaient avoir autant par les conservateurs que les libéraux. Le peuple est encore plus naïf que moi.

Je payais de ma poche pour défendre les intérêts des Vauxcouleurs puisque toutes les campagnes de financement s’étaient soldées par un échec. On veut que les choses changent, mais on ne veut pas en payer le prix. Quand certains travaillent pour la révolution, on les accuse d’être trop radicaux.                                                                                                                                    À court terme, c’était la seule action possible pour faire comprendre aux gens que le fédéral travaille toujours pour les intérêts de l’Ontario. Les élections fédérales sont une bouffonnerie, car tout ce qui compte pour les fédérastes c’est d’avoir des votes pour garder le pouvoir. Pas de pouvoir, sans le Québec. Voter, c’était choisir le parti politique qui nous exploitera pendant les quatre prochaines années.

À moyen terme, il était évident que cela aurait pour effet de me faire perdre ma crédibilité puisque les gens ne comprenaient pas tout le sérieux d’annuler leurs votes. On croyait plutôt que pour être rhinocéros, il fallait être des ignares. On ne savait pas que j’étais à l’origine de presque tous les plans de développement économique dont il avait été question auparavant.

À ma surprise, si La Tribune ne cherchait qu’à m’ignorer, le Sherbrooke Daily record m’accorda un article de première page. J’ai aussi accepté de participer à un débat entre tous les candidats au cégep de Sherbrooke.

Ma figuration ne fut pas tellement éblouissante, car je me prenais encore trop au sérieux, même si j’essayais de jouer le jeu. Je fumais avec ma pseudo secrétaire quelques joints bien roulés (c’était du vrai pot). Mon déguisement pour donner le ton à cette grande mascarade fut plus apprécié.

Je portais la culotte courte pour signifier le retour à l’enfance, une immense rose à la boutonnière comme Trudeau, des lunettes noires pour avoir la même perspective que les députés d’Ottawa et une grosse montre déréglée pour être à l’heure des fédérastes.

J’ai commencé mon exposé sur le français en affirmant que contrairement à mes adversaires je ne promettrais pas de « peanuts » ou des bonbons, mais que je les donnais. Je lançai immédiatement des bonbons dans la salle. Les étudiants ont surtout apprécié cette distribution de bonbons qui signifiaient que les Québécois acceptent facilement à vendre leur vote pour des peccadilles ou de belles paroles. Cela voulait aussi dire que le Québec doit toujours se contenter des restes du buffet canadien.

M. Irénée Pelletier, candidat libéral, promettait une zone spéciale (un projet que j’avais inventé quand j’étais journaliste). Je savais que ce projet demeurerait sans suite. Ayant travaillé sur ce dossier, je me rappelais que le ministre de l’Expansion économique, Jean Marchand, avait refusé une telle proposition un mois ou deux auparavant.

C’est pour ridiculiser cette promesse que j’ai promis de faire de l’Estrie, le grenier de la culture du pot en Amérique.

Quant aux questions venant de la salle, elles servaient à glorifier le candidat libéral  et   faire   ressortir   qu’il   était   fort   compétent   en   administration.   Les partisans des partis traditionnels étaient en maudit. J’ai dû quitter la salle sous escorte alors que certains me conseillaient de prendre la place à Paris d’un felquiste qui venait d’entrer au Québec.

Cette première expérience était psychologiquement difficile à prendre. J’étais bien conscient que la majorité des gens ne comprenaient rien à mon attitude et me prenait pour un fou. Il était aussi quelques fois très difficile de créer des idioties pires que les promesses des politiciens vieux jeux.

Il n’était pas question d’abandonner, il fallait foncer et mon organisation était fort restreinte.

Jean avait honte de ma performance. Il ne voulait absolument pas être identifié à ce spectacle même s’il avait accepté d’être mon représentant officiel.

Quant à Pierre, mon attaché de presse, il travaillait de jour et il pouvait s’occuper de la campagne qu’à temps partiel. Celui-ci fut quand même d’un grand soutien et à l’origine de bien des idées de campagne. La jeunesse a plus d’imagination, car, elle se prend moins au sérieux. Cette première séance m’apprenait aussi qu’il était préférable que je performe sans prendre de marijuana.

Ce premier débat fut une victoire d’une certaine façon; car, j’ai été invité à participer à deux autres débats. Le premier c’était à l’université Bishop, à Lennoxville et le second à l’université de Sherbrooke. Le candidat libéral voulait refuser, mais les étudiants menaçaient de le dénoncer s’il n’y participait pas. Les étudiants aimaient la bouffonnerie rhinocéros.

Tous les candidats participèrent donc à l’aventure Bishop qui me favorisait davantage, car je devais aussi répondre à toutes les questions posées. Cette rencontre fut excellente. À jeun, j’avais beaucoup plus d’humour et de présence d’esprit.

Je n’ai jamais laissé la chance au candidat libéral de vanter ses qualités. Il en fut réduit à nous faire croire que la Saint-François est polluée parce que les gens

jettent leurs mégots dans la rivière, ce à quoi j’ai répondu qu’étant élu j’interdirais de fumer. Quant au candidat conservateur, il en a perdu complètement les pédales. Ce pauvre psychiatre s’en prenait à tout bout de champ au danger communiste. Je lui ai servi une de nos promesses voulant que l’on fasse venir 700 petits communistes pour remplacer le Bonhomme Sept Heures. J’ai aussi avisé les gens du différent à l’intérieur du parti rhinocéros, à savoir de quel parti du monde, il faudrait faire venir ces petits monstres.

La rencontre fut tellement bénéfique que les étudiants plus sérieux que les candidats ont décidé de mettre sur pied à Bishop un comité d’appui au rhinocéros. Ce sont probablement les seuls anglophones qui ont voté pour moi.

À ce troisième débat, j’ai décidé de m’attaquer au caractère conservateur des Vauxcouleurs  et   à  l’esprit   de   masochisme  religieux  dominant   chez  nous.

J’ai fait mon entrée, déguisé en évêque. Je promettais des taudis, d’administrer péchés et sacrifices, de déménager l’université dans les locaux de Household Finance, sur la rue Wellington.

  • Vous allez y aller au ciel.

De plus, j’avais installé un poster du petit René Simard, devant la place du candidat libéral, M. Irénée Pelletier, et je me plaisais à dire que » le petit René était beaucoup plus joli qu’Irénée « .

C’était la foire générale. J’ai même retrouvé le plaisir du théâtre comme quand j’étais enfant alors que je faisais le petit Herman dans une pièce de théâtre. Herman remettait une pomme à la Vierge que jouait Doriane Laperle. Nous avions eu tellement de plaisir que je m’en souviens encore.

Pendant ce temps, les libéraux me dénonçaient comme felquiste et homosexuel.

Cette fois, j’avais le goût du théâtre. Je me découvrais des talents dont je ne me souvenais plus. C’était la foire. À chaque fois qu’un candidat mentait ou exagérait, je me mettais les pieds sur la table, ou je fumais à noyer tous les candidats ou toutes sortes de farces amenant les gens à éclater de rire à la face du menteur.

Avant le débat, les organisateurs créditistes étaient venus demander mon aide pour dénoncer un coup de cochon de l’organisation libérale. La personne qui avait questionné M. Pelletier sur sa participation à des ventes pyramidales lors du débat au cégep de Sherbrooke risquait de perdre son emploi. Des démarches avaient été entreprises par les libéraux auprès du patron de cet électeur. Au début, j’avais cru à un piège et j’avais soutenu que je ne pouvais rien faire puisque je ne serais pas invité au débat organisé par la Chambre de commerce, l’antichambre du parti au pouvoir et du patronage.

J’ai ainsi appris comment les libéraux me faisaient connaître. « Il ne peut pas être invité, c’est un felquiste. »

Aussi, après avoir vérifié l’exactitude des informations portées contre les libéraux, j’ai décidé de les dénoncer. Ce que j’ai fait en assemblée devant les étudiants de l’université de Sherbrooke.

Que de choses inventées pour tourner les adversaires au ridicule, même l’effeuillage pour échapper au rouge de l’habit d’évêque que je portais. Et pourtant, souvent, mes bêtises étaient encore moins savoureuses que les énoncés de mes sérieux adversaires.

Les conservateurs avaient refusé de se présenter à ce débat si j’y étais présent. Les libéraux, eux, voulaient par leur présence démontrer que M. Pelletier n’avait pas peur de faire face à une salle hostile et mieux faire ressortir mon but de ridiculiser les institutions fédérastes. À regarder le portrait de la reine que je présentais au public, tout le monde pouvait comprendre sans ça.

Après ce débat, j’ai invité tous les candidats, même le libéral, à venir prendre une bière à mes frais. Seule, la candidate du NPD a eu la gentillesse d’y venir. Elle m’a confié avoir eu à plusieurs reprises l’intention de quitter la scène. « Ce n’était pas parlable avec un fou comme toi. » Je l’ai consolé en lui révélant que mes penchants sont de nature portés vers la gauche et non la droite.

Les étudiants de l’université de Sherbrooke se sont toujours montrés favorables au rhinocéros et publiaient les communiqués dans le journal étudiant.

Notre dernière tentative avant les élections fut d’obtenir une entrevue médiatique avec le chef du parti, le Dr Jacques Ferron. L’entente ayant été conclue, nous nous sommes présentés à CHLT et CJRS qui n’ont jamais eu l’honnêteté de reproduire l’entrevue parce que le Dr Ferron affirmait que les mesures de guerre avaient été une vaste supercherie, organisée bien avant octobre 1970 par le cabinet Trudeau.

J’ai aussi participé à une rencontre rhinocéros à Montréal. Michel Chartrand était le maitre de cérémonie. Il affirma après ma présentation (nous on était excellent dans les débats pas les discours) que je devenais de plus en plus terne, même pire que les vieux partis. Par contre, Chartrand nous a appuyés dans la lutte pour L’R du Q et la liberté de presse.

Mes autres activités consistaient à rencontrer périodiquement mes jeunes dans une taverne de Sherbrooke fréquentée par les étudiants.

J’avais été averti que le garçon de table du PUP, un bar que je fréquentais presque quotidiennement était libéral et qu’il m’aimait de moins en moins la face. Je n’ai pas pris cela au sérieux. Rien n’appuyait un tel ressentiment. Je lui donnais toujours de bons pourboires et il me semblait sympathique.

Un vendredi soir, un paraplégique s’approcha de moi. Le garçon de table, un nommé Gaston, vint lui dire de retourner à sa table et de me foutre la paix. Le pauvre handicapé n’avait pas encore eu le temps de s’expliquer et dire ce qu’il voulait, selon son droit de parler avec son futur président de la République, que Gaston lui sautait dessus.

J’ai aussitôt protesté.

  • Laisse-le tranquille, c’est un infirme.

Je n’ai pas fait un geste, les coups s’abattaient déjà sur moi. J’ai été envoyé au plancher où un petit groupe de jeunes sont venus me frapper à coups de pied, en affirmant :

  • Tiens, mon maudit fifi !

Était-ce parce que dans la soirée contradictoire à l’université de Sherbrooke, j’avais mis l’affiche de René Simard, encore enfant, pour dire au candidat libéral qu’il était beaucoup moins joli que lui? Les fanatiques prennent tout au sérieux.

Ce fut le seul incident violent antidémocratique de cette campagne électorale. J’y avais appris que les libéraux n’hésitent pas à mentir et à se servir de la peur, de l’intimidation, des coups pour faire peur à ses adversaires. Dans mon cas, on ajoutait mon orientation sexuelle pour pouvoir frapper plus fort sans remords de conscience.

J’ai obtenu plus de votes que prévu, soit 911, juste un peu moins que Raoul Duguay, en Abitibi.

Le soir des élections, je me suis rendu à la télévision pour des entrevues, lesquelles ont été enregistrées, mais jamais diffusées. C’est un peu normal, car je riais de la réputation de felquistes que l’on me prêtait.

Dans la première entrevue, j’ai voulu monter une copie rescapée de L’R du Q pour dénoncer la manipulation libérale de l’information. L’annonceur en colère m’a enlevé le journal des mains, l’a jeté sur le plancher et piétiné. Rien ne fut présenté de ce qui avait été tourné.

Dans la deuxième entrevue, je présentais ma candidature comme secrétaire du nouveau député, car il ne connaissait rien des problèmes de l’Estrie. La censure fut à nouveau au rendez-vous, car j’avais dit:

  • Imaginez-vous 911 poseurs de bombes dans une petite ville comme Sherbrooke, ça fait peur.

Une telle initiative de ma part ne pouvait pas être laissée sans représailles. Pour les fanatiques, je ridiculisais le système.

Pourtant, un peu plus tard, quand je faisais du pouce entre Montréal et Sherbrooke, j’ai été ramassé par nul autre que M. Irénée Pelletier, le candidat libéral, qui me dit avoir eu beaucoup de plaisir à m’avoir comme adversaire. Il était très sympathique, mais ses organisateurs l’avaient été moins. Le fanatisme en politique ou en religion est une véritable maladie mentale. Pas étonnant que nous ayons des guerres.

Quand de tels événements se produisent, tu deviens nécessairement plus radical. C’est en le laissant faire que le système devient  de  plus  en  plus  pourri. Et, c’est pour ça que j’étais de plus en plus paranoïaque.

J’avais en plus ma pédérastie à porter, un autre danger encore pire, car n’importe qui peut te faire coffrer… juste pour se venger ou te faire chanter. Je me savais très vulnérable, mais je devais avoir un peu de cette maladie mentale qu’on nomme fanatisme pour continuer la lutte. J’ai adoré cette expérience. Elle m’a permis de tuer ma tendance à me prendre un peu trop pour le messie de L’Estrie.

J’ai abandonné mes études au Cégep pour me conformer aux normes du bien- être puisque mon temps d’assurance-chômage était écoulé. Je voulais aussi me consacrer exclusivement à la rédaction de mon deuxième livre sur les Vaucouleurs. Il était une fois dans les Cantons de l’Est.

La vie était alors assez intéressante. Je rencontrais Lynn, qui continuait à venir me voir à la cachette. Je lisais beaucoup. Le soir, quand les moyens nous le permettaient, nous sortions participer à un jam ou encore prendre un verre quelque part à Sherbrooke.

Mes discussions avec Pierre, comme avec tout le monde d’ailleurs, se gâtaient avec le nombre de verres. Faire un livre en quelques mois, c’est pénible, à  cause de la concentration demandée. Aussi avec le temps, entre deux Léo Ferré, les voix s’élevaient. Pierre n’était pas encore habitué à mes crises de paranoïa. Je n’en parlais à personne, de peur de faire rire de moi.

À chaque fois que je me mettais à la dactylo, j’avais la certitude de recevoir une balle dans le cabochon. Je croyais braver la mort pour le triomphe de la Vérité. Rien de moins. Du vrai théâtre antique dans lequel j’avais hâte de finir de jouer. Cette peur resurgissait avec le bruit des frappes de la dactylo, peut-être parce que je me mettais à écrire après quelques bons joints.

J’étais tout à fait changé quand je fumais. Je tripais plus fort. Je parlais de moins en moins. Je divaguais mentalement. Pierre était persuadé que gelé, j’étais parfaitement schizophrène. Il s’amusait à se moquer de moi.

Une seule personne, un visiteur, a compris ce qui se passait. Il avait appris dans le lit à mieux me connaître. Drogué, je m’amusais trop pour vouloir me défendre si je me sentais attaqué. Tout était bizarre, drôle. Je visualisais parfois jusqu’à trois degrés de réalité, en même temps.

Quand j’étais saoul, c’était le contraire, Pierre se ramassait avec des engueulades à n’en plus finir. Il ne comprenait pas les raisons de mes colères, car il pensait que je ne connaissais pas ses moqueries quand je fumais. Quant à Francine, elle ne manquait pas une occasion de me rappeler mon manifeste de la non-violence, même verbale. C’était mon testament écrit à un moment où j’étais certain de me faire descendre parce que j’entrais un peu trop dans le nez de l’establishment. Il faut vraiment se prendre pour un autre pour en arriver à croire ça. Par contre, la plupart du temps, nous vivions des moments fort chaleureux et heureux… à jeun.

Depuis plusieurs mois, je connaissais un béret blanc (un groupe religieux fanatique) qui adorait les petits gars comme moi. Il me fit vite partager ses goûts pour les revues pornographiques américaines. Nous partions souvent ensemble à la chasse autant à la bière qu’aux petits gars. C’était la folie au pluriel : la chanson de Diane Dufresne multipliée par dix.

Le pauvre « stock up » fut aussi amené à goûter au pot. Sa réaction fut très étrange. Avant de se précipiter à l’hôpital, certain que nous avions tenté de l’empoisonner, il se mit à faire des signes de croix, croyant que nous étions des diables. C’est ce qui arrive quand tu ne peux pas comprendre le changement de réalité que t’apporte la drogue. Le fait de se sentir étrange t’apparaît comme le début de ton agonie jusqu’à ce que la musique te fasse péter les plombs de joie. C’était mon cas.

Malgré ces moments, la poésie reprenait place dans ma vie et notre travail avançait à grande vitesse.

Gérald, mon ami béret blanc, me rendait de plus en plus souvent visite. Nous partions ensemble à la recherche de petits gars à admirer. La beauté nous propulsait dans des cieux de plus en plus beaux. Malheureusement, nous finissions saouls la plupart du temps, faute de candidats à vanter les beautés au- delà des paroles et de l’imagination. Les pédérastes passent presque toute leur vie à se rappeler la rare fois où ils furent séduits et en amour par-dessus la tête. Une vie de peur qui se pare de la beauté pour ne pas voir la méchanceté humaine.

Lors d’une de ces excursions, un matin de printemps, j’ai vu le soleil comme un nuage vital s’incruster partout, même dans la pierre.

Nous avions assez bu et fumé pour halluciner. J’étais près de l’auto et j’arrêtais

les petits gars en vantant leur beauté. Les flos repartaient le sourire aux lèvres et bombant le torse.

J’ai essayé de décrire cette vision extraordinaire des éléments de la nature dans un poème que j’ai inclus dans mon livre Il était une fois les Cantons de l’Est.

La fiesta ne peut pas durer éternellement,

Un fonctionnaire décida, sous le prétexte que j’allais encore en classe, de me faire perdre mes allocations du bien-être. Toutes mes tentatives pour faire valoir mes droits et ressortir la vérité furent inutiles.

Il ne me restait que l’exil pour survivre.

Je ne pouvais plus retourner au journalisme. J’étais devenu trop paranoïaque et je n’avais pas assez d’argent pour me permettre de chercher un emploi.

Je devais payer pour le danger potentiel que je représentais pour les libéraux.

Malgré mes dettes, je suis parti en voyage. Je me disais : « Le système m’a mis à la porte, je rembourserai le système quand il m’aura rendu un emploi que j’aime et qui paie autant qu’à l’époque où j’étais journaliste. En attendant, vous n’aurez pas une crisse de cenne! »

J’avais rencontré une tireuse de cartes même si je n’y croyais pas, mais là, la vie lui donna raison. Je voyagerais un peu partout sans jamais sortir du continent. Comme elle me l’avait prédit, quelqu’un me proposerait de devenir millionnaire. Ce fut un fait quand une espèce de psychanalyste me promettait une fortune rapide, car selon lui j’étais assez fou pour faire un bon psychiatre et qu’il suffisait que j’apprenne à me servir positivement de mes énergies. Une seule chose demeurait nébuleuse : la rencontre d’une femme et son enfant. Par contre, elle prétendait que j’aurais deux enfants, mais elle ne comprenait pas d’où ils sortaient. Effectivement, j’ai beaucoup plus tard adopté deux petits gars.

Un sourire venu d’enfer 18

novembre 4, 2020

Un sourire venu d’enfer 18

Autobiographie approximative

Page  149 à 155

Après un certain temps, j’ai dû lui (l’Haïtien) indiquer la porte, car tout le monde était d’avis qu’il nous exploitait. J’ai malheureusement mis la décision de tout le monde en pratique, un soir que j’étais saoul, ce qui a laissé un certain froid.

Quand je suis saoul, autant je peux être un bon gars à jeun, autant je deviens baveux et fou quand je bois trop. C’était d’autant plus malheureux que j’ai toujours eu beaucoup d’attrait pour les étrangers. Une fascination qui m’aide à mieux vivre mon côté primitif de la vie. Je trouvais que le rire de cet Haïtien valait bien les inconvénients, mais ce n’était pas l’avis des autres. J’ai obéi à la majorité.

Je me sentais d’autant plus solidaire avec les Noirs que jeune j’ai souffert de la couleur de ma peau. J’étais trop brun pour un blanc. Je ne vivais pas toutes les injustices qu’ils connaissent, c’est impossible; mais, je vivais en complète solidarité avec eux. Mon vitiligo fit de moi un  nègre blanc d’Amérique.

Comment demeurer indifférent à l’assassinat des noirs américains par le FBI ou la CIA? Comment ne pas avoir honte d’être blanc devant le racisme qui gruge notre histoire, soit à cause des noirs ou des Indiens?

À cause de mon amour des petits gars, du rêve d’en connaître de toutes les races et de toutes les nationalités, de comparer leur corps, je ne pouvais que me révolter encore un peu plus devant le racisme. Comment peut-on aujourd’hui avec toute notre science être assez stupide pour être raciste, pour croire dans la supériorité du blanc chrétien qui doit aimer jusqu’à ses ennemis? De belles paroles, mais les personnes religieuses sont toujours fanatiques quand il s’agit de la tradition. On croit avoir raison et ainsi pouvoir condamner tous ceux qui pensent autrement.

Ma participation à la vie politique était restreinte. Je ne voulais plus rien savoir. J’écrivais parce que je me faisais pousser dans le dos. La démarche du

« péquiste bon curé » qui voulait que j’abandonne mes amours illicites et les outrages de Jean étaient les claques de trop.

Se faire combattre par les libéraux, c’est compréhensif; mais que des amis en fassent autant, c’était impardonnable. J’étais à cent pourcent sincère dans ma démarche révolutionnaire quoique je me sentais indigne de la faire parce que je suis amourajeux (pédéraste). J’avais peur que ce serve de cette faille pour discréditer la cause.

Je comprenais que pour beaucoup être amourajeux, boys lover ou pédéraste, c’était inacceptable, une maladie mentale affreuse.

Je ne respectais pas leurs lois; mais je savais, sans pouvoir me tromper puisque je le vivais,  qu’on mentait quand on en parlait dans les média ou les livres , car rien ne se passe dans ces relations amoureuses comme on le prétend. Il n’y a jamais de violence, mais énormément de plaisirs partagés.

C’était selon notre sainte société un vice impardonnable. Tu ne peux pas prêcher la libération, en acceptant d’être aussi quotidiennement offensé, dénigré. Pour eux, j’étais seulement un vieux christ de cochon.  Ce qui est vrai. Mais, pour moi, c’était une société d’arriérés qui se fait emplir par ses curés.

T’as bien beau être masochiste; mais pas au point de mettre ta vie en danger imaginairement ou autrement, pour aider une région et te faire insulter parce que tu n’as pas la bonne orientation sexuelle. C’est de la folie.

Quand ceux pour et avec qui tu combats décident de te prouver que tu n’es qu’un malade mental, l’enthousiasme s’envole assez vite.

Avec le temps, j’en suis venu à me demander si cela ne faisait pas aussi partie des plans des libéraux. C’était d’une certaine manière la prolongation de la politique de la Tribune de Sherbrooke : me forcer sur tous les plans à aller trop loin afin de perdre toute forme de crédibilité. C’était du moins ce que j’imaginais.

J’étais bien d’accord avec un ami qui disait qu’en quittant la Tribune, j’avais en quelque sorte été désarmé. Le journal était ma seule force, mon arme de révolution. À son avis, ma plume contre les fédérastes était plus importante que dix mitrailleuses. Maintenant, je n’avais rien ou presque.

Je n’avais plus d’instrument pour sensibiliser les gens, sinon un mensuel, dont le champ de rayonnement était très restreint et la publication de livres encore plus restreinte. Or, la publication des livres, ça prend tellement de temps que t’arrives en retard la plupart du temps dans l’actualité.

28

L’R du Q

Les libéraux avaient réussi à me bâillonner. La tâche s’est poursuivie avec L’R du Q, le journal étudiant du CÉGEP de Sherbrooke.

J’avais écrit de nombreux articles pour ce journal, dont un sur  la  liberté sexuelle.

Un soir, Jean me fit part de son intention d’y joindre un article dans le mien sur la liberté de presse, la liberté en général. Il devait rencontrer la jeune fille qui avait pondu l’article afin d’avoir sa permission de le fondre au mien.

Quant à moi, je n’avais pas d’objection pourvu que tout le monde soit d’accord. J’admirais le courage et l’ouverture d’esprit de cette jeune fille que je ne connaissais pas. Une seule fois, j’ai songé à demander à Jean ce qu’il était advenu de ses démarches; mais la mise en page ne me regardait pas.

Jean était le directeur et nous vivions à couteaux tirés à cause de ma pédérastie. J’ai opté pour lui faire confiance et ne pas lui donner l’impression de vouloir tout régenter dans le journal.

Nous avons travaillé à sa préparation, dans les termes convenus. J’écrivais et Jean s’occupait du montage et de la mise en page.

Ma vie amoureuse était quelque peu en souffrance. Des parents avaient porté plainte contre ma présence à la piscine. Les dirigeants m’ont demandé de ne plus y retourner pour ne pas impliquer la police.

Un soir, alors que je jouais à l’extérieur avec Lynn, un bonhomme s’est informé du chemin à suivre pour se rendre à la piscine. Nous sommes embarqués tous les deux, pour lui montrer. Le gars ne semblait pas savoir ce qu’il cherchait et voulait plutôt connaître mes goûts. J’ai poussé la curiosité quant à mon interlocuteur jusqu’à ce que celui-ci m’avoue être un inspecteur de la Sûreté du Québec. On n’avait rien pour justifier une arrestation. Un hasard? Un avertissement ?

Je n’ai pas eu besoin de dessin pour comprendre : si je voulais rester en liberté, je devrais être un bon bout de temps, sans revoir Lynn ou courir les piscines. C’est ce que je fis sans que Lynn sache les vrais motifs de cette absence. Si j’étais assez fou pour accepter de mettre ma vie en danger par amour pour la région, il en était de même pour la pédérastie; car, je ne croyais pas qu’être en amour avec un petit gars puisse lui être le moindrement préjudiciable, à moins de le forcer.

Quelle folie que d’être prêt à endurer le martyre pour proclamer ce que je crois être la VÉRITÉ! Une folie qui m’a hanté toute ma vie et qui est plus vivante que jamais puisque depuis j’ai appris l’histoire de la répression sexuelle, un moyen de dominer chaque individu. Je ne m’en veux plus, je me suis accepté comme je suis, mais j’en veux au système de nous mentir et de nous écraser.

Ma guerre avec Jean dégénéra. J’étais bien d’accord à admettre qu’il n’est pas habituel, pour ne pas dire exceptionnel ou anormal, comme disent les hétéros, d’être pédéraste alors que la société essaie de nous confiner dans la vie de couple. Cependant, pourquoi y aurait-il qu’une façon de vivre sa sexualité ?

Je   ne   croyais   pas   que cet   interdit   reposait   sur   des   motifs   intelligents.        

Cependant, j’étais bien conscient qu’il peut y avoir des gens dangereux pour les jeunes. Je les classais surtout comme psychopathes plutôt que pédérastes. Quel danger peut-on représenter quand on tombe en amour avec un petit gars? Pourquoi parler de vice ? Quand tu aimes quelqu’un, tu travailles à son épanouissement. Est-on la seule société à défendre les rapports intergénérationnels? Y a-t-il des endroits sur terre où ces relations ne sont pas vues comme mauvaises? Pourquoi ces peuples seraient-ils plus stupides que nous qui condamnons tout ce qui n’est pas conforme aux règles établies? La rage des scrupuleux mène au suicide de leurs victimes. Moi, je fais jouir, le système conduit les jeunes trop émancipés au suicide.

J’ai décidé de déménager. Puisque je m’entendais bien mieux avec Pierre, nous avons pris un appartement ensemble.

Tout le temps était consacré à la rédaction d’un nouveau livre sur les Vauxcouleurs (Il était une fois les Cantons de l’Est, deuxième version) puisque la première formule avait été refusée. Cela était d’autant plus intéressant que Pierre avait décidé d’emménager avec une fille à la fois belle et  intelligente.

Ce n’est pas parce que je suis pédéraste que je dois être complètement indifférent aux femmes. Elles ont aussi beaucoup à nous apporter sur le plan de la création. Et, j’aime le féminin. Étonnant, mais vrai.

Le projet ne pouvait que réussir : nous venions de vivre, Pierre et moi, une expérience enrichissante : la campagne rhinocéros à Sherbrooke.

Durant cette campagne, je n’ai pas vu Lynn très souvent. Ces parents voyaient nos rapports d’un très mauvais œil à cause de notre écart d’âge et l’étrangeté pour eux de notre relation.

Plutôt que d’essayer de comprendre, de chercher le bien de leur jeune, les parents s’insurgent et condamnent. Cette façon de réagir rend toute forme de dialogue impossible. Le jeune est rabroué, sans qu’il ait son mot à dire sur sa propre vie.

Ses parents le savaient et n’approuvaient pas.

Cela ne pouvait pas faire autrement, car, j’avais été trop idiot pour refuser à Lynn, de lui donner ce qui lui tenait le plus à cœur : une marque de notre amitié. Je suis allé lui choisir, ce qu’il souhaitait depuis fort longtemps : une alliance. Celle-ci était une forme d’engagement entre nous, comme des fiançailles. Ce n’était pas mon idée, mais la manière de Lynn de vivre les liens qui nous unissaient.

Si les parents avaient moins peur, ils pourraient essayer de comprendre leur garçon.

J’imagine la réaction de ses parents quand ils ont connu la provenance de ce cadeau. Lynn était tout peiné et comprenait très mal la  réaction  de  ses  parents. Pourquoi la différence d’âge entre nous avait-elle autant d’importance? Puisque je demeurais beaucoup plus loin, ces visites se faisaient plus rares.

Lynn, c’était un enfant extraordinaire. Une imagination incroyable et une curiosité très poussée. Il vivait comme il ressentait les choses. À ce point de vue, il était

mon miroir.  Une  authenticité  que  je  n’ai  jamais  voulu  perdre.  La  spontanéité aussi. La valeur du moment présent. Cette capacité de l’enfant à vivre selon son cœur.

Lynn m’introduisait à une nouvelle recherche à savoir comment se comporteraient à moyen terme un enfant et un adulte, si ce dernier le considérait comme son égal. Il était le premier enfant à aiguiser ma curiosité quant à l’éducation, et ce, au moment, où l’on me fit connaître le livre : Les enfants de Summerhill. Lynn, c’était le ciel. Un demain à créer. Une ouverture d’esprit. L’image du monde que nous avons à créer…

J’avais terminé les articles pour L’R du Q et obtenu en récompense, de publier une annonce de L’Homo-vicièr, mon premier roman, quand il fut décidé que je serai candidat rhinocéros dans Sherbrooke.

Cette décision a été prise après quelques joints au cours d’une soirée fort agréable. Le lendemain, je faisais de nouveaux textes pour L’R du Q.

Je me suis immédiatement présenté chez le président des élections, où j’ai versé mon dépôt, soit 200 $. Je les avais économisés avec mon assurance-chômage.

Notre premier pépin fut la saisie de L’R du Q. Cette manigance a été réussie, grâce à un groupe d’amis de la jeune fille qui contresignait l’article sur la liberté sexuelle. Elle prétendait que cette situation l’attaquait dans sa réputation. Ces imbéciles avaient déjà consulté un avocat comme, si informé de la situation, il n’était pas possible de trouver une solution.

Ces faux révolutionnaires ont réussi à faire saisir le journal par l’administration du cégep. Les étudiants du cégep ont été appelés à trancher le débat en assemblée. Je reconnaissais parfaitement que cet article publié, sans le consentement de la jeune fille, si c’était le cas, était une grossière erreur; mais par solidarité pour Jean, j’ai défendu notre position sans expliquer que je n’avais rien à faire dans cette transaction. Du début à la fin, Jean était responsable de cette situation et des négociations. Nous avait-il induits en erreur ?

Il prétendait que cette fille avait accepté que l’on distribue quand même le journal (puisqu’il était déjà imprimé, mais son nom devait être biffé auparavant). Ça me semblait un compromis très raisonnable quand on m’en fit part. En réalité, je n’ai jamais transigé ni de près ni de loin ce problème, car toute l’autorité avait été remise aux mains de Jean. Il m’informait de la situation. Je lui faisais simplement confiance.

Cela a permis à certains de m’accuser de manquer d’impartialité et d’honnêteté comme journaliste. Certains m’ont même accusé de me servir du journal pour des raisons personnelles alors que je n’avais rien à dire dans le montage et la distribution. Mon seul engagement fut de donner mes articles à Pierre et Jean

qui étaient responsables de L’R du Q. J’étais juste un étudiant prolifique parce que je venais de quitter la Tribune. J’avais de l’expérience en journalisme.

À la suite de multiples interventions, nous nous sommes tous mis d’accord à distribuer quand même le journal, en ayant soin de rayer auparavant la signature de la jeune fille, car malheureusement, le journal était déjà imprimé. L’administration du cégep a eu vent de l’entente qui était sur le point d’intervenir. Elle exigea que les copies soient brûlées. C’est devant des cendres que nous nous sommes retrouvés. Quel respect des étudiants. La censure ne venait plus de la jeune fille, mais de l’administration du cégep.

Ce geste antidémocratique nous a finalement servi puisque nous nous en sommes plaints dans tous les journaux du Québec. Nous avons organisé une contre-offensive, soit un concours pour désigner le média régional le plus pourri au Québec. La Tribune de Sherbrooke a remporté le prix haut la main.

Le plus  comique,  le comité d’administration basait sa décision sur  le désir de  la Tribune de nous poursuivre en justice si le journal était publié

À la parution de Il était une fois dans les Cantons de l’Est ou Lettres ouvertes aux gens de par chez nous, le journal n’a jamais osé maintenir ses menaces, sachant très bien que je pouvais prouver tout ce que j’avançais.

Le directeur du cégep s’est contenté de me dire : la liberté, c’est bien beau; mais on ne peut pas tout dire ». La saisie du journal tenait d’une raison politique évidente. L’administration du cégep a confirmé s’y être opposée du fait qu’il n’était pas question du parti libéral alors qu’on parlait des Rhinocéros.

Elle visait aussi les articles touchant la liberté sexuelle, le droit à la masturbation et l’hypocrisie innée du christianisme à partir des textes du psychiatre W. Reich, Révolution sexuelle.

La saisie de ce journal a aussi permis à un péquiste de m’attaquer en tant que pédéraste (amourajeux) dans la Tribune. Selon lui, j’exigeais que tout le monde partage mes options sexuelles ce qui n’a jamais été vrai.

Comme moyen de me dépéquiser, tu ne peux pas trouver mieux ! Un autre bonhomme publia même une conversation privée. À qui se fier?

Quand t’arrives à griller un peu le cul du système, il met tous les moyens à sa disposition pour te détruire le plus irréversiblement possible.

Un sourire venu d’enfer 17

novembre 3, 2020

Un sourire venu d’enfer 17

Autobiographie approximative

Page  126 à 133

Cette saga, d’une manière, faisait l’affaire des deux parties. En ayant un tel dossier, je pouvais accuser la Tribune et prouver ce dont je l’accusais. Pour le journal c’était la chance en or de se débarrasser de moi sans que personne ne le sache. Il ne le publierait certainement pas.

Sur le plan politique, la gratitude n’a pas tardé.

Plusieurs péquistes me trouvaient trop radical. Certains, même s’ils étaient très rares, me croyaient un agent provocateur à cause de mes envolées au profit de la pédérastie, de mon amourajoie. L’un de ces derniers est même venu me voir pour me dire : « Qu’allons-nous faire de toi? Si, au moins, tu lâchais les petits gars.»

Belle mentalité ! C’étaient ceux que j’appelais mes faux prêtres. Ils toléraient que je conteste tout, sauf la religion. En étant plus catholiques que le pape, ils étaient incapables de voir vivre un autre individu plus librement qu’eux, surtout pas un pédéraste.

Ce n’était tout de même pas de ma faute si j’avais réussi à sortir de leurs malaises existentialistes. À force de défendre la pédérastie, j’en étais devenu fier.

Aucune révolution ne réussira tant qu’on n’aura pas le courage de rejeter notre façon d’aborder la sexualité. Même la gauche est trop bornée pour voir la nécessité de réajuster le tir.

Les faux révolutionnaires ne voient pas les liens entre les religions et l’état pour maintenir les Québécois dans le joug du Canada. Le respect d’une autorité qui nous ment est à l’origine de notre aliénation.

L’Église ne prenait plus parti pour un clan politique comme à l’époque de Maurice Duplessis. Elle était devenue plus hypocrite. Son rôle, tout particulièrement dans les Vauxcouleurs (Estrie), demeurait tout aussi néfaste. Il se manifestait surtout dans les lettres ouvertes et dans l’action de différents mouvements.

Dans notre région, le scrupule était la principale force religieuse. Cela permettait d’entretenir, grâce à la haine de la sexualité, le mépris du corps, donnant naissance à des sentiments de culpabilité, allant du masochisme pur et simple à l’obéissance aveugle.

Je connaissais l’influence de l’Église dans la vie politique; mais jamais je n’aurais cru qu’elle avait autant d’importance. Les religieux sont vite apparus comme le ciment de la société; car, leur philosophie constitue pour leurs sujets une façon de voir, de juger la vie et les événements. La religion ne repose-t-elle pas surtout sur la peur de la mort et de la sexualité? L’interprétation de la mort est un domaine purement spéculatif. Personne ne peut affirmer si ce que l’on prétend est vrai.

De tout temps, les systèmes politiques ont été soutenus par des religions, des philosophies, des conceptions ou des interprétations de la réalité. Les pyramides ont été possibles grâce aux croyances du temps sur l’immortalité et la divinité. L’Inquisition a été le meurtre légal de milliers de gens qui voulaient remettre en cause la foi de cette époque. Combien sont morts pour avoir osé prétendre que la terre est ronde? Le Christ lui-même n’était-il pas un révolutionnaire qui contesta aussi sa religion et se fit crucifier par ses paires ?

L’Église au Québec n’a jamais été indifférente à la politique du pouvoir. Elle a toujours soutenu le pouvoir des Anglais et appuyé leur domination tant qu’elle avait sa part du gâteau. Elle ne voulait pas que les gens s’instruisent parce qu’elle craignait de perdre son contrôle. En 1837, elle excommunia les patriotes. Elle leur refusait le droit d’être enterrés dans un cimetière catholique. Elle n’a pas changé depuis, car, aux élections scolaires, pour défendre sa confessionnalité, ses intérêts financiers, l’Église a permis de faire élire à la CÉCM tous ceux qui étaient contre la loi 101. Ces trahisons sont presque impossibles à calculer tant elles sont nombreuses.

Dans les Vauxcouleurs (Estrie), l’Église prenait la relève pour le conservatisme et la peur du changement, là, où le système politique avait échoué. Combien de péquistes sont plus catholiques que le pape et refusent ainsi de voir l’indépendance du Québec comme étant plus qu’un simple réajustement administratif du régime politique ?

L’indépendance, ce n’est pas seulement mettre Ottawa à sa place. C’est un changement de mode de vie dans lequel le plus important soit le respect de l’humain, de la nature, la tolérance, le vrai christianisme, comme il nous a été enseigné. Sauf, sur le plan de l’enseignement sexuel, l’Église a sa raison d’exister. La religion n’apporte pas que de la merde. Nos valeurs sont le résultat de notre foi chrétienne. Pour cela, l’Église doit séparer les affaires religieuses des choses politiques ou judiciaires.

Les religions ont presque toujours conduit au fanatisme et inévitablement aux guerres. Cela est encore vrai même de nos jours. Les religions sont intolérantes : hors de l’Église, point de salut. Avec l’Islam, c’est encore pire. On parle d’une Église de paix et d’amour et pourtant ses membres sont prêts à tuer pour la représentation de Mahomet qui n’est pas dieu, mais prophète. Donc, un homme comme nous.

Je me devais de combattre cet empiétement religieux dans des compétences qui ne la concernent pas. C’est aussi un élément important de la révolution.

Les systèmes politiques s’appuient sur les croyances religieuses pour s’immiscer dans la vie privée des gens. La foi est la plus grande justification des guerres, car c’est ce qui d’obéir à l’aveugle et devoir payer pour se faire pardonner d’avoir osé être humain un petit bout de temps. L’Église a gratifié l’esclavage noir et béatifié la guerre au Vietnam. Sans un appui religieux profond en ce sens, les États-Unis ne pouvaient pas justifier leur intervention militaire. Tout a été mis sur le dos du communisme. Quant au Canada, le défenseur de la paix, celui-ci vit grassement de la vente de ses canons et de ses armes de guerre. Le débat est donc forcément politique.

Quant à l’aspect moral, je n’avais pas besoin de réfléchir longtemps pour saisir l’importance de la vie religieuse dans la vie politique des Vauxcouleurs. (Estrie)

Il suffisait de me dire amourajeux (pédéraste), incroyant ou croyant pratiquant, pour que plus personne ne prête plus attention à mes paroles. Tu ne peux exprimer que le péché si tu es amourajeux.

Je n’ai pas à demander à qui que ce soit le droit de devenir amourajeux (pédéraste). Je le suis que j’aime ça ou pas. On est ce que l’on est et on doit apprendre à vivre avec. Ou on s’auto flagelle ou on essaie de trouver comment vivre de manière acceptable une de nos réalités. Les seules règles que je reconnais sont la non-violence et le consentement mutuel.

Je voulais simplement être accepté et respecté comme n’importe qui, pour ce que je suis. Je me posais déjà la limite la plus raisonnable, soit celle d’être assez honnête pour accepter le droit du petit gars à me dire non. Je ne pensais pas qu’à mon nombril. Je m’interrogeais très souvent à savoir si cela pouvait vraiment nuire aux jeunes. Je m’interrogeais, autant que le font bien des gens, quant à mon comportement et ses effets. Je vivais ma pédérastie en m’assurant que je ne nuisais pas à ceux que j’aimais.

Ma pédérastie dépassait les bornes des pantalons de « mes petites victimes» comme diraient les féminounes ou les curés. Toutes ces bonnes âmes chrétiennes exigent cependant la prison pour te faire comprendre la charité chrétienne. Ce sont des hypocrites qui nous prêchent le christianisme et qui n’ont rien compris de la compassion. « Tu ne jugeras pas », les féminounes ne connaissent pas ça.

On a qu’à écouter l’Église prêcher pour comprendre que le progrès n’est pas sa principale priorité. Les religions veulent toutes nous garder prisonniers de leur imaginaire passé, dans leur morale de constipés.

Cet amour des petits gars m’amenait à prendre conscience que l’économie de notre système autant que celle du système communiste repose sur la nécessité d’avoir des guerres. Or, aimer les petits gars implique d’éliminer la violence sur le globe terrestre pour diminuer la mort des enfants. Forcer un enfant à travailler en bas âge au lieu d’aller à l’école ou pire à être un enfant soldat, c’est mille fois plus condamnable qu’une pipe ou une caresse.

Pour satisfaire les exigences de la vie économique, il faudrait remplacer la violence physique faite à des millions d’êtres humains par un amour volontairement gai, qui soit apte tout autant que la violence à garantir un jour un mur contre la surpopulation. Évidemment, sont gais ceux que leur nature font qu’ils sont gais. Pas question de dénaturer qui que ce soit pour obéir à une idéologie ou un impératif économique.

Comment un système qui pousse tant d’enfants à la mort peut-il m’accuser de leur nuire en les faisant jouir ? Comment un tel système sans âme peut-il prétendre défendre les jeunes en leur imposant l’ascétisme sexuel? Pourquoi emprisonner ceux qui ne partagent pas cette morale? A-t-on le droit d’aimer jouir? Se faire sucer n’a jamais blessé qui que ce soit. Mais, le système trouve ça pire que de frauder la population de centaines de millions de dollars ou d’abuser violemment des vieux qu’on garde.

Être caressé, masturbé ou sucé n’a jamais détruit psychiquement une personne, à moins, qu’elle soit élevée dans un monde de scrupuleux, ce qui peut créer une distorsion entre ce qu’elle a besoin de vivre physiquement et ce que la morale exige. Il y a plus de gens mentalement malades parce qu’ils ne peuvent pas vivre leur sexualité qu’il y en a parmi ceux qui la vivent en plein épanouissement.

Il est invraisemblable d’être emprisonné pour ce plaisir alors que ces juges moralistes acceptent de créer une bombe à neutrons. Quels hypocrites ! Pour  les fanatiques, la chasteté est plus importante que d’échapper à la misère. Elle est même plus importante que la vie. Il faut être profondément malade pour le croire.

J’en voulais, que ce soit charitable ou non, aux libéraux parce qu’ils sont les pires vipères, qui n’hésitent pas à mentir pour conserver le pouvoir et ses profits. Ils sont aussi menteurs que le pape. Ce sont des requins pour qui le bien du peuple se confond à celui de leur portefeuille. Ils sont prostitués au pouvoir. Pour eux, l’argent a plus de valeur que leur âme.

J’étais de plus en plus fanatique. Possiblement aussi, de moins en moins équilibré. La pression était trop forte pour mes petites capacités. Pédérastie et politique mélangées, c’est plus qu’explosif, car ça te rend de plus en plus paranoïaque. Tous les autres semblent te juger et tu te sens attaqué par tout le monde. La réalité prouve que nos institutions sont strictement des moyens d’exploitation et de domination. Rendre une personne coupable, c’est la rendre vulnérable.

Ma révolution, c’était l’Amour et la Justice sociale, non pas de faire les jeux des libéraux en devenant violent,

J’étais convaincu qu’en faisant passer pour un provocateur, les libéraux me combattraient sur les fronts politique et sexuel. Tué sous un prétexte ou sous un autre, ça n’avait pas d’importance, je crèverais quand même. J’appuyais mes craintes sur la possibilité que Gaston Gouin eût vraiment été tué par la GRC, que par deux fois nous eussions eu des accidents qui ressemblaient plus à des attentats qu’à de véritables accidents; que je mangeais la raclée par la police tout en me faisant menacer par un chef de la petite pègre locale! Ce n’était pas des idées, mais des faits vécus. De plus, un felquiste que je soupçonnais d’être flic quand il m’a été présenté m’a demandé de lui indiquer ceux qui étaient aussi baveux que moi dans la région.

Pour ne pas devenir indicateur, pensais-je, je ne pouvais pas aller travailler comme journaliste à Montréal.

Dans les Vauxcouleurs, je connaissais assez de gens de toutes les options politiques pour ne pas me faire prendre et devenir un indicateur malgré moi alors qu’à Montréal, c’était différent, je ne connaissais personne et j’aurais dû faire confiance à mon instinct devenu de plus en plus paranoïde. J’ai donc refusé l’emploi que m’offrait Québec-Presse. J’avais peut-être tort. Le gars que je soupçonnais d’espionnage n’a jamais été dénoncé par personne. J’ai peut-être eu cette fois un excès de paranoïa. J’étais convaincu que cette peur m’empêcherait de faire un bon travail d’information journalistique.

J’ai décidé de ne plus jamais me mêler de politique pour le bien de la population ou avant de devenir fou ou servir sans le vouloir la police en étant trop connu d’eux.

Avec mes petites idées révolutionnaires, j’avais un champ d’action beaucoup trop large pour mes faibles épaules et surtout mon système émotif. La politique, plus la pédérastie, c’est difficile à porter. Étant pisseux de nature, j’avais tendance à devenir plus paranoïaque. Je paniquais facilement et, pour cette raison, il était

impérieux que je laisse la politique de côté; mais ça je ne crois pas que ça paraissait. J’étais plutôt perçu comme un fanatique entêté et baveux. On me prenait vraiment pour un révolutionnaire et, peureux ou pas, je vivais la révolution.  Tout ce que je voulais c’était le bien des gens de Vauxcouleurs.

À ma sortie du journal, j’étais non seulement peiné et révolté; mais j’étais tout aussi content d’une certaine manière. Enfin, je pouvais mettre un frein au fanatisme que l’on cultivait en moi, en essayant de faire de moi une petite vedette révolutionnaire. Une image que je ne méritais pas.

Pour survivre, car, tout est mené par les finances, j’ai dû d’abord prouver au comité de révision de l’assurance-chômage que j’avais abandonné mon métier pour rester honnête. Le témoignage-surprise du syndicat me fit avoir justice. Cette fois, les libéraux ne m’ont pas eu, même s’ils s’y préparaient. Je pouvais revivre.

N’ayant plus à m’occuper de politique, je pouvais enfin être strictement pédéraste.

La frustration avait multiplié mes besoins sexuels. J’ai commencé à courir les piscines pour me rincer l’œil, voir un peu de beauté dans la vie, tout en travaillant au deuxième numéro de L’R du Q, le journal étudiant du CÉGEP de Sherbrooke.

Dans une école, les étudiants avaient troué les planches entre les salles de déshabillage. J’ai décidé d’en profiter moi aussi jusqu’à ce que je me fasse écœurer par un des jeunes surveillants jaloux, j’imagine. En quoi, le temps passé dans ces salles le regardait-il à moins qu’il soit au courant des trous? Était-il le gardien de la morale? Il savait que ces trous existaient puisqu’ils m’accusaient de m’en servir trop longtemps.

Il me criait devant les portes:

  • Dépêche-toi, maudit fifi!

Ce qui n’empêchait pas le jeune, de l’autre côté, de confirmer mes doutes, de poser plus allégrement. Il savait que je le regardais et il s’arrangeait pour que je l’aperçoive au garde-à-vous.

À un autre endroit où, m’avait-on dit, les gens se baignaient nus, j’ai rencontré trois petits gars qui aimaient particulièrement jouir de leur corps.

Lynn adorait jouer dans l’eau avec moi. C’était à celui qui serait le plus bébé. Nous prenions des courses. Il me passait entre les jambes et me montait sur les épaules pour plonger. Le pot permettait encore plus de saisir le bien inestimable de cette liberté. Dans la pédérastie, tous ces petits moments sont aussi importants que les rapports sexuels. Ces séances de natation étaient des bouffées d’air frais extraordinaires. Enfin, je pouvais être libre sans me soucier de ce qui pouvait arriver.

Après ces jeux, Lynn, parfois avec certains de ses copains, venait chez moi. L’expérience se poursuivait avec frénésie. Le petit adorait écrire à la dactylo et écouter de la musique. Il était entièrement libre pourvu qu’il ne brise rien. C’était une nouvelle expérience comme avec Réjean.

J’attendais Lynn avec des battements de cœur. Il venait régulièrement et se comportait envers moi avec une liberté que bien des adultes mettent en doute parce qu’ils ne savent pas ce qui se passe réellement entre un jeune et un pédéraste.

Malgré ses onze ans, Lynn me dit un jour, alors qu’on se rendait en ville acheter quelque chose, qu’il voulait être mon épouse. Je n’aurais jamais cru qu’un tel rapport puisse s’établir dans la tête d’un si jeune garçon. J’en ai bien ri, mais je constate aujourd’hui que les jeunes savent très jeunes ce dont il question quand il s’agir de rapports sexuels. Seuls les adultes s’imaginent qu’ils sont encore, comme nous étions, quand on était jeunes, une bande de niaiseux. On n’avait même  pas  le  droit  d’y  penser  sans  passer  pour  des  maudits  cochons.        

Lynn savait qu’il pouvait tout obtenir, pourvu que la chose soit possible. Il lui suffisait de le désirer pour que j’essaie de le lui procurer. C’était comme Réjean ou les autres qui étaient devenus assez longtemps mes amants pour que s’établisse cette complicité. J’étais prêt à tout pour les rendre heureux. Comment pouvais-je alors être dangereux comme on le claironne partout dans le Québec ?

J’essayais d’établir un rapport d’égalité entre nous, de le traiter comme un adulte et de le laisser exprimer ses désirs. Aimer quelqu’un, c’est en être fasciné, c’est l’accepter comme il est, c’est vouloir son bonheur. Quand j’aime un petit gars, je pourrais lui donner ma chemise tant il devient important dans ma vie, cela ne pouvait pas être autrement avec lui.

Lynn est devenu dans ma tête l’image du monde désiré. J’ai écrit des poèmes pour lui ainsi que François, un autre petit gars qui m’attirait, mais avec qui j’avais de très rares contacts, qui se résumaient au désir, à la tentation.

Un journal gai a publié un poème que j’avais écrit pour marquer mes amours : La Lynnofrançoisie. Je voulais souligner ce qui me semblait essentiel de retenir de ces rencontres : le mariage de deux âmes peut créer une seule personnalité, le besoin de se faire plaisir réciproquement.

Jean, un jeune révolutionnaire qui habitait chez moi, avait toujours peur que les jeunes brisent sa dactylo. Il trouvait Lynn trop agité. Il ne pouvait pas supporter de me voir l’embrasser et lui témoigner une affection que les gens ne se sont pas encore habitués à voir entre un petit gars et un homme. On ne peut pas échapper à notre éducation primaire qui développe tout notre côté émotionnel.

Cette situation dégénéra assez vite en conflit. Jean détestait la pédérastie. Il ne tarda pas à me le rappeler.

Selon lui, j’étais un dégénéré, mais aussi un petit génie en politique. Il ne me cachait pas ce qu’il pensait. À cette époque, j’avais la malencontreuse idée, basée sur absolument rien de concret, de croire que Jean représentait à lui seul la pensée du Parti Québécois. J’étais en maudit, car même si je vivais cette liaison avec Lynn, je continuais à travailler comme un singe pour les Vauxcouleurs.

27

Jean, Lynn et moi

J’écrivais pour L’R du Q ainsi qu’un livre que l’on m’avait demandé aux Éditions québécoises. Le premier manuscrit a été refusé parce qu’il était trop intellectuel. Il comptait plus de 200 pages. J’ai donc repris la commande autrement et j’ai écrit plus tard, en compagnie d’autres colocataires, moins stressants, ce qui est devenu : Il était une fois dans les Cantons de l’Est. Pierre Brisson s’occupait des dossiers de fins de chapitres, alors que Francine Quinty faisait les petits dessins. Un livre qu’un de mes correspondants présenta au Salon du livre à  Paris comme étant un petit chef-d’œuvre d’originalité.

Je ne voulais pas d’un traitement spécial, mais je voulais que l’on me respecte, que l’on m’accepte comme je suis. Je ne représentais aucun danger pour les jeunes. J’avais même déjà consulté pour m’en assurer. J’avais beau être aux yeux des gens un maudit fifi, je n’étais pas dangereux. Je refusais de vivre toute une vie dans le mensonge. J’étais amourajeux (pédéraste) et je devais apprendre à vivre cela sans blesser personne, être une source de vie pour les jeunes et non u problème à cacher. Vivre dans la vérité est un garde-fou contre la violence et la maladie mentale.

On n’avait pas encore inventé l’expression pédophile. Elle est venue avec les féminounes parce que nous, les pédérastes, on ne croyait pas que ce rapport sexuel pouvait exister chez les femmes. Quelle erreur! Cependant, ces lesbiennes sont toujours les grands défenseurs de la pureté sexuelle qu’elle confonde avec la chasteté.  Donc, beaucoup d’hypocrisie et une haine sans limite des hommes.

On préfère parler seulement de pédophilie, ignorant tout de l’histoire et la pédérastie, pour que la population soit écœurée juste à entendre le mot, car la pédophilie touche des enfants et non des adolescents. On propageait cette peur pour écarter les enfants de leur sexualité. Je suis convaincu que si je n’avais pas connu cette peur, je serais devenu gai bien plus vite. On refusait de faire la distinction entre la pédophilie, un rapport entre une enfant de moins de 10 ans avec un homme ou une femme et un  pédéraste, un rapport strictement gai entre un homme et un jeune garçon de plus de dix ans.

Aucune personne ne peut accepter la pédophilie quoique dans certaines sociétés où on la vit sans violence, génitalement.  La pédophilie est une forme de tendresse qui crée des êtres humains plus forts, plus conscients de leurs besoins. On ne parle pas de pédophilie, mais du rapport mère-enfant, car elle procure un bonheur physique. Ici, on confond facilement pédophilie et sodomie, une expérience qui en bas âge ne peut pas être sans douleur.

Je considérais avoir risqué ma vie pour les Vauxcouleurs par amour pour les petits gars et je me condamnais à la misère en devenant chômeur par honnêteté pour cette région. C’est assez, non?

C’était un peu « sonné » comme point de vue, car, en fait, il y avait une forme de déséquilibre dans ce besoin de vivre le contraire de ce que la société est capable d’accepter et ma liberté. J’ai toujours trouvé le Québec maladivement scrupuleux face à tout ce qui touche la sexualité à cause de la présence de la religion partout. Que ce soit par scrupule ou que la société ait raison, la pression était telle qu’elle dégénérait dans une espèce de paranoïa. Mais, à certains endroits, je pouvais sentir que le rejet que je vivais était bien réel.

Je courais d’une certaine façon après les troubles, en voulant affirmer ce que je vivais contre tous, car la majorité des gens condamnaient mon point de vue sur la sexualité. Était-ce que je souffrais d’un complexe du sauveur ou avais-je vraiment du courage? Je n’en sais rien. Les gens se font mentir quant à ce qui se passe dans un lien pédéraste pour entretenir la peur, peur qui condamne la pédérastie. On ment aux gens pour les tenir dans cette peur.

Ma chicane avec Jean empirait. C’était de moins en moins tolérable, mais j’endurais tout ça en croyant que c’était pour la cause. Jean exprimait très bien ma servitude envers les Vauxcouleurs et le Québec. Il me demanda ce que je choisirais si un jour, l’avenir du Québec dépendait de moi et serait définitif, à partir de mon proche choix entre la pédérastie et l’indépendance du Québec. C’était une torture intérieure insoutenable. À qui serais-je fidèle? À moi ou au Québec? La vie était plus belle, plus douce quand Lynn était là.

Je voyais un élément très important dans mes relations avec Lynn : puisque Lynn était anglophone, ça m’assurait que je ne deviendrais jamais un fanatique. L’aspect humain demeure essentiel dans les luttes. Je devais toujours me rappeler que pour moi la plus grande révolution est l’amour.

Lynn n’était pas seulement anglais, mais le fils d’un homme aussi pauvre que moi, et dans cette solidarité, il ne peut pas être question de race, de langue, de religion. Nous devons tous nous aider. Son père était aussi un Québécois colonisé.

Pour moi, il y avait une différence très nette entre l’anglophone arrogant de Westmount qui veut nous obliger à nous angliciser et le travailleur anglophone qui souvent, de peine et de misère, essaie d’apprendre le français. La voix et les yeux de Lynn avaient autant d’importance que son sexe. Sa vitalité se transférait en moi. Je me demandais déjà pourquoi je n’avais pas un enfant. Je croyais que je serais, malgré ma pédérastie, le meilleur des pères.

Lynn était mon assurance de demeurer un être humain intégral. C’était la promesse de ne jamais trouver les besoins économiques plus impérieux que l’Amour. C’était ce qui restait en moi de l’enseignement religieux  et  même si je le niais, ça prenait encore un grand espace intérieur.

Pour Jean, comme pour la majorité j’imagine, j’étais un dégénéré, point à la ligne. Mais, je savais avoir une tout aussi une grande valeur sur le plan de la révolution. Je ressentais profondément ce paradoxe intérieur qui me déchirait.

Je suis devenu plus agressif avec Jean. Je me sentais tellement dévalué que parfois ça remettait en doute ma valeur personnelle. Suis-je vraiment qu’un cochon qui ne sait pas se contrôler? Il eut si peur de moi, car, je luis faisais croire que j’adorerais le sucer qu’il en vint à coucher en barrant sa porte pour s’assurer que je ne réussisse pas à m’y introduire. Ça me faisait vraiment rigoler de le voir paniquer devant mes effusions d’autant plus qu’il ne me tentait pas. C’était juste drôle de le voir à la fois m’admirer pour mes engagements politiques et me haïr tout autant parce que je suis pédéraste.

De cette bataille verbale, émotive, j’ai décidé d’écrire Laissez venir à moi les petits gars. Malheureusement, à cette époque, je n’en étais pas encore à l’affirmation de la beauté de la pédérastie. Je me sentais obligé de toujours essayer de me justifier, de me forcer pour ne pas me percevoir comme un criminel.

J’avais assez pensé aux autres, je voulais maintenant m’occuper de moi. Faire le point avant de devenir complètement fou, reprendre le contrôle de mes actes et cesser d’être le jouet de tout le monde comme un robot qui répond automatiquement à des thèmes précis. J’en avais assez d’être influençable, de toujours me sentir inférieur à tout le monde. Je savais que ce sentiment venait tout simplement avec ma pédérastie. C’était le prix à payer.

Afin de départager les chicanes, un nouveau pensionnaire est venu s’ajouter. Pierre ne s’entendait pas mieux avec Jean, car ce dernier avait la  maudite manie de voir les choses que d’une façon théorique, comme un pur intellectuel, alors que j’étais un gars de terrain, d’action.

J’étais peut-être déséquilibré émotivement à cause de ma pédérastie, mais au lieu d’avoir de plus en plus honte, je croyais dans la nécessité de me battre contre l’hystérie, la peur que l’on a du sexe au Québec. Comment un plaisir peut-il devenir négatif, une agression? Pourquoi fait-on semblant de croire qu’une relation sexuelle est un acte violent, si tu n’as pas l’âge fixé par les adultes, et surtout si tous les participants sont d’accord? Pourquoi un plaisir pourrait-il te traumatiser? C’est une réalité seulement dans la tête des aliénés qui acceptent ces règles sans même y réfléchir.

Un Haïtien qui nous rendait aussi visite plus souvent qu’à son tour s’est finalement ajouté au groupe.

Si j’aimais la poésie, j’admirais la facilité de cet Haïtien à se dénicher des filles. Il pouvait coucher avec trois filles, une à la suite de l’autre, dans la même soirée. Moi, je me demandais toujours si je pourrais éjaculer dès ma première femme. Je n’ai jamais rencontré un tel chanteur de pomme et un gars qui fasse l’amour aussi vite. Après ses prouesses, il lui fallait son éternel verre de lait.

Un sourire venu d’enfer 16

novembre 2, 2020

Un sourire venu d’enfer 16

Autobiographie approximative

Page 120 à 126

La Commission scolaire avait décidé de forcer les jeunes du primaire à voyager à Bury, même si leur nombre était plus grand que celui de l’école où il devait se rendre. C’était là une injustice évidente. Aussi, les parents m’ont-ils demandé de les diriger dans leurs actions afin d’obtenir justice, et ce même si pour eux j’étais trop radical, car je préconisais l’occupation de l’école de Scotstown. Dès les débuts, j’ai aussi établi pour les mères que je rencontrais souvent et qui avaient des petits gars mon statut d’amourajeux.

Elles ont commencé par une manifestation. Rien ne bougea. Les femmes durent admettre qu’il n’y avait qu’un moyen efficace : occuper l’école. Cette occupation fut d’un genre très spécial. Puisque les enfants privés d’école gelaient à l’extérieur, ils furent intégrés aux autres qui n’étaient pas touchés par la déportation. C’était de toute beauté. Malgré qu’elles soient les victimes, ces femmes se montraient plus humaines que jamais. J’étais tout à fait en accord avec leur façon de contester.

Comme l’injustice a toujours prévalu sur la justice, une injonction a été produite contre les femmes qui occupaient l’école. Celles-ci devaient cesser leur geste où se ramasser en cour.

J’étais petit dans mes souliers, j’en avais de la difficulté à dormir, car je me sentais coupable d’avoir entraîné de bonnes mères de famille dans une aventure alors qu’elles ont déjà de la difficulté à subvenir à leurs besoins. À cause de mes conseils, elles risquaient l’amende ou la prison. Je me sentais coupable de leur avoir nui plutôt que de les aider.

J’étais d’autant plus révolté que j’avais appris que la seule vraie raison justifiant cette injustice était que le directeur du secteur détestait les assistés sociaux, donc, la majorité des gens de Scotstown. Ce dernier l’avait même admis devant mes patrons à la Tribune. Au lieu d’en prendre note, la Tribune m’a retiré du dossier.

Les femmes furent condamnées ayant refusé d’abandonner cette lutte, malgré une injonction. Je paniquais. J’avais peur de les avoir conduites à la ruine. Heureusement, le peintre Frédéric les sauva en faisait tirer au sort une de ses peintures.

Saoul, j’avais proféré des menaces dans un hôtel à Scotstown, ce qui amena la police à enquêter à nouveau sur moi; mais ce n’étaient que des paroles d’un gars saoul. L’enquête s’est éteinte d’elle-même.

Le système ne savait jamais quoi inventer pour m’écœurer, car je prenais les choses d’une façon un peu trop personnelle… paranoïde…

Ainsi, alors que je venais de faire mettre sur pied un front commun devant se battre pour la construction de la Transquébécoise et un autre sur le français au travail, un spécialiste en tourisme, Réjean Beaudoin, a voulu faire un coup de maître en faisant aménager un troisième monument à la mémoire de Sir Alexander Galt, un des Pères de la Confédération. Ce dernier avait déjà une rue de Sherbrooke et une polyvalente à Lennoxville en son nom. Cela ne tenait pas tant des 58,000 $ qu’on pouvait en tirer du fédéral, mais aux tendances nettement fédérastes de la Société d’histoire de Sherbrooke qui visait à faire valoir les retombées du système fédéral sur notre région.

Une telle action ne pouvait, dans l’état d’esprit dans lequel on vivait dans les Vaucouleurs  qu’amener                          des                affrontements             violents.   J’en   ai   fait   part    au responsable du projet, Réjean Beaudoin, en lui disant:

  • Ton maudit monument, si tu le fais construire, on va le dynamiter.
  • Nous le ferons dans un métal que les bombes ne détruisent pas.
  • Il faut être fou en maudit pour être prêt à se faire sauter la tête pour le fédéral.

Réjean, avec qui j’avais souvent travaillé auparavant, car il disait que le français est essentiel au tourisme dans notre région, fit part de mes menaces aux autorités municipales de Sherbrooke. Puisque selon eux j’étais un felquiste, la peur les a gagnés, ils ont décidé d’abandonner le projet.

Je dois avouer que jouer au radical apportait bien des avantages à la vie économique des Vaucouleurs, car le fédéral se sentait forcé d’investir dès qu’on détectait ma présence.

Quand on me disait que chez nous le problème des langues n’existait pas, je ne pouvais que sursauter. Jamais Bishop n’a voulu participer à l’émancipation des Vaucouleurs (Estrie). Dans Lennoxville, le racisme des anglophones contre les francophones était connu de tous. Ce sont pourtant les anglophones qui se plaignent. Bien des exemples d’une fausse paix linguistique existaient. Il en était ainsi dans toute la région. Par exemple, à Scotstown, où la majorité de la population vit sur le bien-être social, la population anglophone exigeait que la banque refuse les prêts à un industriel francophone, sous menace de retirer tout leur argent de cette banque. Le directeur de la banque céda. Quant au ministère de Jean Marchand, il ne favorisait que les riches. C’était révoltant.

Pendant qu’à Scotstown, Jean Marchand refusait de verser une subvention permettant d’agrandir une industrie déjà en bonne marche et créer ainsi de nouveaux emplois, son ministère vantait les subventions à la John’s Manville à Asbestos, une multinationale, pour qu’elle conserve le même nombre d’emplois. Il fallait avoir du front tout le tour de la tête pour y afficher le montant de la subvention en affirmant avoir été versée pour créer de nouveaux emplois.

Quand il était question de cette compagnie, la Tribune a toujours refusé de publier toute la vérité. J’avais été temporairement nommé journaliste à Asbestos.

Aussi pour protéger la bonne image de notre très chère mère l’Église, la Tribune a censuré tous les textes où j’ai voulu établir, lors des éboulements, qu’un facteur important pour empêcher le respect de la zone de sécurité fut l’entêtement de l’archevêché à exiger pour une deuxième fois que la compagnie reconstruise une nouvelle église. Si je ne pardonnais pas à la religion de ne pas respecter la charité qu’elle enseignait, je digérais encore plus mal qu’elle accepte de mettre en danger la vie des gens pour ses besoins financiers.

C’était une époque fort troublée parce qu’on était encore dans une période de guerre avec les fédérastes. Alors que je me promenais en voiture avec des amis, un des nôtres redit une phase que j’avais déjà entendue durant les événements d’octobre, lors de notre premier accident : « Ces maudits fous, ils nous foncent dedans. »

Peu de temps après, notre voiture avait été emboutie par une autre. Heureusement aucun blessé. L’automobile avait encore une fois frappé dans le côté. Était-ce vraiment un accident? Un attentat?

À partir de ce moment, je devins paranoïaque. Les hasards d’accidents se produisaient trop souvent. J’ai commencé à craindre que l’on s’attaque davantage à mes amis ou à mes parents. Qui serait le prochain Gaston Gouin?

25

Le cas de Waterville

Tous les moyens étaient bons pour essayer de me faire perdre la face. Le cas de Waterville a été le plus significatif.

À la suite d’un reportage, j’ai appris que les jeunes d’une maison de redressement n’avaient ni gymnase, ni piscine.

Les travailleurs sociaux étaient ainsi privés d’un instrument indispensable à la rééducation des jeunes.

Si je sautais sur toutes les situations dans lesquelles les enfants pouvaient souffrir pour les défendre, comment pouvais-je demeurer insensible à celle-ci? Ma plume fut vite absorbée par les volutes d’une sainte colère. J’ai pris en main ce dossier, après avoir averti le directeur de l’établissement de mes tendances peu communes.

Mes entrevues avec les petits se firent par personnes interposées afin d’éliminer toutes les possibilités de scandale et s’assurer que je ne nuirais pas à l’Institution plutôt que de l’aider. C’était un minimum d’honnêteté. Si on pouvait parler franchement de notre pédérastie, on ne pouvait pas fonctionner dans le monde sans créer des crises d’hystérie chez les féminounes et tous les scrupuleux de ce genre.

Le coup de cochon ne tarda pas. Bientôt, un gros bonnet du gouvernement a fait remarquer au directeur de l’époque qu’il était plutôt bizarre d’admettre qu’un pédéraste se porte à la défense des petits gars.

Que venait faire ma vie sexuelle dans un problème de gymnase et de piscine dans une maison de réhabilitation pour jeunes délinquants? Sauf, qu’ainsi on pensait  m’écarter  d’un  dossier  qui  pouvait  devenir   très   chaud politiquement. Encore une fois, La Tribune refusa de publier  les  deux reportages qui le furent dans L’R du Q.

Le gouvernement pouvait ainsi agir comme si les jeunes délinquants n’ont aucun droit. Les droits commencent à 18 ans, quand tu travailles et tu payes  des  taxes. Avant ça, tu n’existes pas et tu n’as aucun droit. Tu es comme les prisonniers, mais toi, tu n’as pas perdu tes droits, tu ne les as jamais eus. Pourtant, ce sont eux qui ont le plus besoin d’un milieu qui leur permet de ré accepter dans la société. Parfois, les parents sont les vrais coupables. Les délinquants sont souvent des jeunes qui ont manqué d’amour ou ils ont vécu un amour trop inconditionnel. Ils sont des victimes. C’est aussi révoltant d’être trop pourri.

Les institutions de réhabilitation devraient être comme Summerhill : des écoles libres.

Ce cas n’était pas un cas unique. L’information était manipulée. Les patrons pouvaient étudier mes textes une semaine ou deux alors qu’ils traitaient les conflits  en  cours.  C’était  un   moyen   de   prendre   position   pour   le patronat. Souvent, les informations étaient coupées, même s’il était facile d’en prouver la véracité. Les textes d’importance étaient perdus dans un coin. Ils étaient transmis dans un seul secteur régional, car la Tribune avait plusieurs parutions selon les régions de l’Estrie. Ces textes étaient alors confinés à une ville alors qu’ils pouvaient intéresser toute la région.

Malgré mes efforts, il n’y avait pas encore de comité rédactionnel. Ce comité n’aurait pas cherché à éliminer la présence des patrons; mais grâce à plus de coordination, assurer une meilleure information et voir les vrais problèmes sous tous les angles.

Un seul journaliste ne peut pas tout savoir même s’il est le plus compétent du monde. À moins d’être sans conscience, aucun journaliste ne peut être à 100 pour cent impartial, simplement parce que nous avons des sentiments et un inconscient. On n’accordera pas la même importance, selon que l’on est d’accord ou pas avec ce que l’on écrit. C’est juste humain !

Les négociations pour le renouvèlement de la convention collective étaient en cours au journal. Les dirigeants syndicaux, croyant que le journal puisse être imprimé à Granby plutôt qu’à Sherbrooke, ont recommandé l’acceptation d’une entente tellement pourrie qu’elle comportait des baisses de salaires pour les employés d’un département, par hasard, c’était toutes des femmes. Il n’y avait pas un mot sur la liberté de presse, problème qui m’intéressait particulièrement.

Les journalistes ne se souciaient que de leur augmentation de salaires et d’avoir des conférences de presse au cours desquelles ils soient bien traités. Nous n’étions qu’un petit nombre à nous opposer au projet de convention collective recommandée par le syndicat.

À une assemblée suivante, j’ai présenté avec deux confrères un projet comique, ridiculisant toutes les concessions acceptées sous prétexte que Power Corp. est trop pauvre. Certains y virent mon intention de rire des membres, mais d’autres reconnurent que ce texte caricaturait une convention acceptée sous la peur.Un manque de fonds justifiait ces baisses de salaires. Curieusement, le gouvernement fédéral a consenti, peu de temps après, une subvention qui par hasard représentait exactement le montant du déficit prévu par les patrons. Le système se maintient grâce aux interactions entre les différentes institutions. Paul Desmarais avait sûrement de bonnes relations avec le gouvernement fédéral libéral. Les journalistes ne voulaient rien savoir de la qualité de leur travail. Pour eux, c’était un métier comme les autres.

Cela n’a pas tellement changé, aucun journaliste ne semble se soucier du problème de la liberté de presse et d’expression. Le rôle socioculturel d’un média, ils s’en fichent éperdument. 

Pourtant, des média libres sont la garantie d’une saine démocratie. Il est impossible de connaître une dictature ou un mouvement de violentes contestations tant qu’il y a une presse libre. C’est sa raison fondamentale d’exister. De faire connaître la vérité, toute la vérité, rien que la vérité. Permettre aux gens de faire un choix éclairé, connaissant tous les détails. La presse ne doit pas être qu’un commerce, elle doit nécessairement effectuer son travail de chien de garde de la liberté, de la vérité. 

Je devais me contenter de me taire, d’écrire des banalités ou quitter le journal.  Pour faire valoir mon opinion et m’assurer que le journal ne se servirait pas de mes mémos pour monter un dossier disciplinaire qui camouflerait le dossier politique, j’ai transmis mes notes avec ironie et humour, empruntant mes expressions au langage indien ou d’autres images du genre. 

J’ai d’abord été suspendu trois semaines. Tout  était  fait  pour  m’écœurer. On me reprochait de porter la barbe, d’avoir les cheveux  longs alors que d’autres journalistes le faisaient sans être réprimandés. Je répliquais toujours par de nouvelles luttes. 

Ainsi, un jour, j’ai placé sur mon bureau la photo d’un petit gars que j’adorais en silence et en secret. J’ai immédiatement été sommé de l’enlever. J’ai refusé en disant que tous avaient la photo de leur épouse et de leur famille et qu’ainsi j’avais le même droit qu’eux; même si c’était à leur avis, contraire à leurs mœurs puisqu’en dehors de l’hétérosexualité tu es monstre, un péché ambulant. Leur exigence contrevient à la Charte des droits. Aujourd’hui, on sait que cette discrimination hétérosexuelle est complètement débile, car personne n’est pareil dans son orientation sexuelle et sa façon de la vivre. Tout doit être permis, s’il n’y a pas de violence ou de domination. La sexualité est surtout une question de sentiments, non seulement une question de plaisir. 

Pourquoi n’aurais-je pas le droit d’avoir sur mon bureau la photo de celui que j’aime alors que tout le monde à celle de sa femme ou de ses enfants? Est-ce que parce que je suis pédéraste amourajeux que je n’ai pas le droit d’exprimer ce que je ressens? Ce n’était pas un film pornographique, mais la photo d’une personne que j’adorais. Ça ne regarde que moi.        Le journal défendait son point de vue en affirmant qu’en agissant ainsi, qu’en faisant connaître ouvertement ma pédérastie, je nuisais à sa bonne réputation. Qui pouvait deviner en voyant la photo que c’était un de mes nombreux amants platoniques? Ça aurait pu être un de mes fils. Il fallait le savoir pour créer le lien.

Ma suspension visait à justifier plus tard mon congédiement. Trois semaines pour me forcer à réfléchir, pour me faire comprendre la nécessité d’obéir et de prendre conscience que je n’étais pas très bien accepté dans tous les Vauxcouleurs.

Je crois trop dans la liberté d’esprit pour lâcher prise.

26

Une bonne raclée

Un soir, à Sherbrooke, comme à l’habitude, la bière avait remplacé la poésie.

Quand je bois, je deviens le contraire de ce que je suis à jeun. Je suis aussi baveux saoul que j’essaie d’être gentil quand je ne bois pas. C’est probablement parce que la tension finit par faire sauter les plombs, ce qui se manifeste dès que je n’ai plus le contrôle sur moi. Rien n’est pire que de vivre une vie de frustré sexuel, surtout si en plus tu défends une orientation sexuelle, un tabou qui traumatise tout le monde, car le système le veut ainsi.

En sortant de la taverne, je « zigzaguais » sur le trottoir en criant contre les femmes, quand un policier m’a sommé de le rejoindre. J’ai refusé. Rien ne lui permettait de se mêler de mes affaires. Je gueulais, mais je venais de comprendre qu’il fallait que je me la ferme. Celui-ci me prit par un bras et me tira. J’ai résisté en m’accrochant à un parcomètre. Le policier a commencé à me frapper à coups de poing.

Puisque j’étais contre la violence, mais que je ne suis pas masochiste, j’ai couru dans la rue pour me protéger. J’ai été rattrapé par le policier et un autre groupe de policiers venus le rejoindre.

Les policiers me frappaient de plus belle. J’ai décidé d’assouvir ma colère en frappant sur une automobile devant moi puisque je ne voulais pas frapper un humain. . Le propriétaire de la voiture n’a pas tardé à arriver, demandant aux policiers de m’assommer. J’ai cessé de me débattre, car je reconnus le propriétaire du restaurant devant lequel on se trouvait. Je me suis relevé, je l’ai regardé et je lui demandai:

  • Pourquoi prends-tu pour eux? Ce sont eux qui me frappent, pas moi qui les frappe. Étant donné sa réputation de chef de la mafia locale, j’ai demandé à l’intervenant, depuis quand la pègre appuie-t-elle la police? Il était notoire que c’était le chef de la pègre à Sherbrooke

J’ai recommencé à me débattre. Puis, ce fut le noir total.

Tout ce que je me rappelle, j’étais couché dans le fond d’une cellule, seul, et un pied m’arrivait sur le corps.

Les policiers m’ont abandonné. Ils sont revenus plus tard avec un autre qu’ils ont enfermé dans la cellule voisine. J’avais un témoin, donc, ils ne pouvaient pas recommencer à me frapper. J’ai commencé à gueuler, à exiger la présence de mon avocat, à scander les noms de deux avocats. Rien.

  • Vous devez être comme Saulnier, vous avez des problèmes de téléviseur (Saulnier, chef de police, si je me rappelle, venait de se faire prendre en ayant accepté une télévision en cadeau).

Je me suis foutu à poil et j’ai crié de plus belle.

Soudain, un groupe de flics est arrivé. Je connaissais un des policiers, il demeurait comme moi au Parthénon, avant de devenir policier. Le gros qui m’avait frappé me regardait et fessait à coups de pied dans le bas de la cellule, essayant de me rejoindre alors que je lui criais :

  • Prend ton revolver, mon gros Christ de chien sale, pis tire. Demain, c’est toi qui vas les avoir les problèmes.

J’étais journaliste et j’étais conscient du pouvoir que cela me conférait.

Celui-ci s’est retourné et m’a demandé si je le trouvais beau. Je n’en revenais pas. Où était-il allé chercher ça?

  • On sait que t’as deux serins à Sherbrooke.
  • T’es mieux informé que moi, j’en connais qu’un.
  • Laisse faire, mon Hostie, je vais te dompter. Tu ne toucheras jamais à mon gars.

Un peu plus tard, les policiers m’ont relâché. Il faisait encore nuit. J’ai pensé qu’il s’agissait d’un moyen pour m’amener à l’extérieur et ainsi pouvoir recommencer à me battre. Puisqu’il était impossible de me battre à nouveau en dedans à cause des témoins, je suis resté en prison jusqu’au matin.

En sortant, un des policiers m’a remis mon foulard des patriotes, en disant :

  • Tu peux être chanceux qu’on n’ait pas su avant que tu penses comme ça. T’en aurais mangé une bien meilleure.

Le matin même, je devais passer en cour. Le juge était reconnu comme, par hasard, pour un fervent libéral.

J’ai aussitôt averti le journaliste aux judiciaires, qui était aussi président de notre syndicat, de cette histoire.

Il s’est présenté chez le juge et à la suite d’une conversation, il m’a informé qu’on me rendrait ma liberté à la condition que je ne fasse aucune pression auprès de la Tribune pour publiciser cet incident. J’ai accepté cette condition. En Cour, j’ai révélé au juge avoir été battu et celui-ci se contenta de me dire de porter plainte au chef de police d’alors, reconnu comme un fervent de ces méthodes dures.

La fin de semaine arriva, Québec-Presse relatait les événements. Il n’avait été question que de La Tribune dans notre entente et non des journaux diffusant à l’échelle nationale.

Comment porter plainte? Comment prouver qu’on a été battu? Les policiers, souvent sous peine de perdre leur emploi, témoigneront que c’est faux. Les flics fascistes sont pires que la pègre. Les juges leur sont déjà acquis, comme si leurs paroles venaient de Dieu.

Ce n’était pas d’abord politique, pensais-je, mais parce que j’étais paranoïaque et saoul comme une balle.

Une semaine ou deux plus tard, je recevais un appel téléphonique me demandant si je voulais témoigner dans un accident.

Je ne me rappelais pas d’un tel événement. À force de chercher, de questionner, même auprès de la police, de quel accident il s’agissait; j’ai appris que le propriétaire de la voiture sur laquelle je me défoulais exigeait 55 $ en dommages. Lors de notre conversation, l’inspecteur de police ajouta :

  • Je te conseille fortement de payer, t’auras beaucoup moins de problèmes. J’étais contre ce remboursement.
  • C’est la police qui frappait, j’étais en légitime défense.

Par contre, mes amis rappelèrent que mon créancier était le chef de la petite pègre locale. J’ai pris rendez-vous avec lui. Je ne me rappelais pas exactement comment ça s’était passé. Je lui ai demandé de me le rappeler. Ce fut facile ensuite de replacer le moment, grâce aux brides que je gardais dans la tête. Je lui ai aussi demandé de manière à peine voilée depuis quand la pègre fonctionne avec la police. Quant à lui, ça n’avait rien à voir.

J’étais de plus en plus convaincu que tout était politique, une intuition que j’avais depuis le début. Écœuré, j’ai fait parvenir les 55 $ demandés sous forme de 55 chèques d’un dollar par mois, soit jusqu’en 1978 environ.

Je n’en ai pas réentendu parler avant mon congédiement.

En apprenant mes problèmes financiers, mon créancier m’en a souhaité d’autres pour me faire réaliser la bêtise du choix de mon option politique. Il a fini en  disant :

  • Tu peux être chanceux, des gars comme toi, habituellement, nous leur faisons casser les jambes. Si au moins tu n’étais pas séparatiste, nous serions peut-être plus compréhensifs.

Il m’a raconté avoir bien ri quand il a reçu mes 55 chèques, car, à son avis, ça prenait bien du courage pour réagir ainsi; mais, affirma-t-il, «j’ai vite changé d’idée quand j’ai pensé qu’en agissant ainsi, tu riais de moi.»

Durant mes trois semaines de pénalités à la Tribune, j’ai pratiquement écrit seul le premier numéro de L’R du Q, le journal étudiant du CÉGEP de Sherbrooke. Le titre a été choisi pour continuer le travail de Gaston Gouin qui voulait publier une revue littéraire ayant ce titre.

Je suis retourné au travail plus certain que jamais de l’utilité de mon retour : le journal voulait me congédier à moins que je change radicalement. De ce côté,  les espoirs étaient inexistants. Changer aurait été me trahir et trahir tous les miens.

J’ai mis autant de cœur à l’ouvrage que c’est possible en de telles circonstances. J’adorais être journaliste, mais je n’acceptais aucun compromis.

Des amis m’ont refilé un dossier sur un cas évident de patronage du parti libéral, à East Angus. Celui-ci fut très vite censuré et mis au rancart, même si j’avais toutes les preuves.

J’étais révolté. La Tribune aurait fendu un cheveu en quatre pour dénicher un scandale contre le Parti Québécois ou un syndicat, mais rejetait un fait qui allait à l’encontre  des  intérêts  du  parti  libéral.  C’était  son  impartialité  traditionnelle.

J’ai décidé de régler le problème une fois pour toutes : j’ai écrit au patron que  s’il ne publiait pas ce dossier bien étoffé et véritable, je ne travaillerais plus à la Tribune. Il publiait ou je sortais. En d’autres termes, le journal était honnête ou il me mettait à la porte, en décidant de ne pas se conformer aux normes d’un journalisme authentique.

Il n’y a pas eu d’articles, je suis parti.

Ce fut une décision extrêmement pénible. J’adorais être journaliste. Comment comprendre que des Québécois soient assez sales pour refuser de défendre les intérêts du Québec aux dépens d’une bande de patroneux ?

Je choisissais le chômage pour rester honnête. J’étais encore une fois un imbécile. Qui apprécierait ce geste ?

Un sourire venu d’enfer 15

novembre 1, 2020

Autobiographie approximative

Page 110 à 120

Chapitre 3

En 1972, ennemi no un des libéraux, je devais m’attendre à être sauvagement combattu.

J’ai eu « l’honneur » d’être le seul journaliste à devoir produire par écrit, le matin, une liste de toutes les occupations de la journée et de fournir à la fin de la soirée un rapport écrit de ce que j’avais fait. J’étais le seul journaliste qui devait produire de tels rapports écrits de son emploi du temps et du genre de nouvelles qui seraient touchées. La Tribune m’avait attribué un nouveau patron pour mieux surveiller mes écrits.

Ma tâche consistait à ramasser les nouvelles partout en Estrie où il n’y avait pas de correspondant attitré. Le journal me fournissait une auto, mais on aurait dit qu’on avait peur que mes textes se transforment automatiquement en pamphlet politique. Dès qu’on sentait qu’un texte pouvait se transformer en informations politiques, il était mis de côté pour être étudié et rejeté.

J’étais fanatique, c’est vrai. Je me prenais un peu pour le « surhomme » de la région. J’inventais projet de développement par-dessus projet de développement et je trouvais une personne en autorité pour en faire la promotion. Ceux qui se croient inférieurs se pensent aussitôt supérieurs dès qu’ils attrapent un peu de pouvoir. Le mien était dans ma plume.

Ma première réaction fut de contester ce privilège de devoir tout écrire ce que je faisais, en m’absentant du travail, mais ça ne donnait rien.

Cette lutte avait pris des proportions névrotiques. Je me voyais comme le bon qui se défend de ses mauvais ennemis. La Tribune en défendant aveuglément les intérêts des libéraux plutôt que ceux de la population devenait aussi à mes yeux un ennemi à combattre.

J’allongeais, sur la liste, le temps prévu pour les affectations. Je passais les minutes gagnées dans une taverne ou à courir les urinoirs à la quête d’une aventure. Dans le fond, j’étais devenu un peu malade à cause de la rigidité dans mes valeurs. J’étais loin du gars très équilibré.

Ça ne changeait pas grand-chose et je demeurais malgré ces changements un des journalistes les plus productifs. Ma conception de l’information était non seulement rentable pour la population, mais aussi pour le journal. À long terme, La Tribune aurait été gagnante de mieux défendre les intérêts de la population et moi, de moins juger le journal sévèrement.

J’aurais aimé voir le journal prendre plus au sérieux son rôle social. Par conséquent, je trouvais nécessaire d’impliquer les journalistes dans la recherche d’une meilleure couverture des événements, et, grâce à un comité rédactionnel, de mieux faire ressortir les besoins et les solutions préconisées dans la vie du milieu.

La Tribune ne voulait rien savoir. J’étais à leur avis – c’était peut-être un autre moyen pour m’enfler la tête – dix ans en avant de mon temps en ce qui a trait à l’information.

Quand je dépassais le mot à mot de ce que les gens déclaraient, on disait que je faisais de l’éditorialisme. Je n’avais pas le droit de chercher un lien entre les événements. Tout ce que je faisais, je remettais ce qui était dit dans son contexte, ce qui faisait que certains politiciens se contredisaient dans leurs affirmations. Je n’étais pas capable de vivre sans développer chez moi et les autres un esprit critique. Comme me le disait le président, M. Yvon Dubé, il y a deux versions dans toutes les situations. J’avais peut-être le doute un peu trop développé  envers  les  autorités  et  pas  assez  envers  ceux  qui  contestaient.

J’ai dénoncé cette nouvelle obligation au syndicat. Je voyais dans ces  tactiques, une nouvelle méthode pour contrôler le contenu de l’information. Le président du syndicat a abondé dans le sens des patrons en affirmant leur droit rédactionnel. Il préférait les avantages d’être dirigeant syndical à se battre pour la liberté de presse.

Au journal, très peu de journalistes m’appuyaient. Tout le monde, sauf quelques journalistes engagés comme moi, me trouvait excessif. J’étais pour eux à la fois fanatique et paranoïaque. Les rédacteurs sportifs me croyaient même tout simplement fou. Pour eux, j’étais un « trouble maker».

La façon de travailler, la nomination d’un nouveau patron dont la responsabilité première semblait être de m’empêcher de toucher à toutes nouvelles susceptibles de devenir politiques, rendait évidentes les raisons de ce soudain intérêt des patrons à mon endroit. Il fallait m’écarter de tout ce qui pouvait chatouiller les politiciens. C’était la guerre ouverte

Selon ce que l’on m’a dit alors, Robert Bourassa et Jean Marchand exigeaient mon départ. Cette nouvelle a été démentie plusieurs années plus tard par M. Dubé, qui était alors président du journal. J’ai été heureux de reparler avec lui, car je comprends que pour des patrons je n’étais pas une sinécure.

Selon M. Dubé, ce sont les gens de Sherbrooke qui ne cessaient de se plaindre parce que La Tribune parlait trop souvent du projet d’aéroport international à Drummondville. Il m’a affirmé que jamais un politicien ne fit pression pour avoir ma tête. Est-ce vrai ou étais-je plus paranoïaque que je le pensais?

Pour faire contrepoids à cette censure, je suis devenu un fidèle de la bouteille. J’étais devenu une espèce d’alcoolique avec tous les  délires  que  cela  suppose. La frustration apporte des écarts de caractère souvent inimaginables. Puisque je jouais toujours au terroriste, je faisais verbalement tout sauter dès que j’étais saoul. Par contre, j’avais peur qu’il y ait du vrai dans mes délires dès que j’étais à jeun. Juste avoir une pensée violente était pour moi un cas de conscience, car un bon chrétien ne peut même pas accepter la violence en pensée. Je buvais pour oublier et ainsi être certain de ne jamais dénoncer qui que ce soit par accident.

Pour moi, un stool, c’est la charogne la plus dégueulasse qui existe.

C’était totalement fou, car je n’avais rien à voir avec le FLQ. C’était débile, je l’admets; mais quand tu te sens combattu de partout, tu ne peux demeurer complètement intact. Et, je n’ai jamais manqué d’imagination. J’avais peur de me raconter des histoires. J’étais devenu définitivement déséquilibré. J’étais en guerre contre tout.

J’avais déjà de tels changements d’humeur et de comportements que certains me croyaient devenu menteur, sinon complètement fou. Pour un gars, prêt à crever pour la Vérité, c’était quand même effrayant. Tout ça me posait tout un problème moral.

Je n’aurais pas voulu, même verbalement préconiser la violence; mais dès que j’étais saoul, je ne faisais qu’exprimer la révolte que je ressentais face à la pourriture politique libérale que je devais combattre tous les jours.

La situation était rendue d’autant plus invivable qu’ayant décidé de faire valoir mon droit à être pédéraste, personne ne pouvait m’appuyer vraiment, même pas mes parents. Je n’étais pas assez imbécile pour ne pas voir la vérité en face et essayer de la comprendre. Qui avait raison? Moi ou le système, la société? Je  ne pouvais pas être seul à avoir la vérité. J’étais trop poigné dans mes combats pour pouvoir apaiser ma petite âme demeurée bien chrétienne.

Je ne vivais plus dans le beau nid de l’appartement partagé avec Gaétan Dostie, un prisonnier politique.

Même si rien n’était luxueux, l’atmosphère y était très saine. Tout était axé sur la création et la connaissance du milieu des arts. Sans qu’il y ait de relation sexuelle entre nous, Gaétan tolérait ma pédérastie, car à son avis, j’étais tout simplement demeuré un enfant. Ce qui me comblait d’orgueil et qui répond probablement à une des grandes réalités de la pédérastie.

Dans ma nouvelle demeure, il n’en était plus de même. Je vivais dans une chambre où je n’avais même pas défait mes bagages, une espèce de trou que l’on appelait la vie en commune

Mon amour pour les petits gars radicalisait ma perception de la vie. Je me sentais encore plus rejeté. Plus différent. J’évoluais entre l’extase et la culpabilité. La réalité était bien inférieure à l’idéal que je m’étais fixé. J’avais un surmoi plus grand que la panse. Tout le monde savait que, sauf les aventures racontées dans ce livre, que mes amours étaient plus souvent platoniques que physiques, tout se passait dans ma tête et dans mes poèmes.

Pour la plupart des gens qui me connaissaient vraiment, mon amour pour les petits gars n’était pas dangereux et surtout ça « me » regardait.

C’est une obsession étrange que d’aimer les petits gars. Elle correspond à une vision, une façon de sentir le monde. Quand j’ai appris la culture de la Grèce antique chez les Jésuites, je me suis rendu compte qu’en naissant, je me suis trompé de siècle et de pays. Je dois être une réincarnation d’une âme de cette époque. Qu’est-ce qui fait que tu sois pédéraste? Ce n’est pas un choix. C’est une réalité. Un état de fait indiscutable et inchangeable. La société nous rend affreusement malheureux d’être différents des autres.

Cette passion, cette adoration avait depuis longtemps dépassé l’adoration d’un petit bout de queue quoiqu’elle y ait pris naissance. Qu’est-ce qui m’avait si totalement envoûté quand j’étais encore assez petit, inconscient, pour être envahi par cette extase? Pourquoi cela est-il devenu une forme d’obsession compulsive par la suite? Qu’est-ce qui faisait que j’étais ainsi?

Ça modifiait toute ma vie. C’était une approche, ma conception globale de l’homme  qui  en  était  transformée.  D’où  venaient  ce   besoin,   cette curiosité? Pourquoi le sexe est-il quelque chose de mal pour les jeunes et le trésor recherché pour les adultes?

À mon avis, tous les hommes ne naissent ni bons, ni mauvais. Ils se développent en fonction de leur environnement, mais à partir de ce qu’ils sont fondamentalement. Est-ce que j’étais responsable de ce goût bizarre? D’où venait-il ?

À moins d’être dans une situation de peur, les enfants ne peuvent pas mentir et sont spontanés dans le partage de tous leurs sentiments. Ils sont en mieux comme les chiens : ils sentent ce que tu ressens à leur égard sans que tu aies même le besoin de parler. Ils ne craignent pas l’adulte parce qu’il est physiquement plus gros comme on essaie de nous le faire croire. Je combattait la société parce que la société mentait quant à ce qui se passe entre un amourajeux et un jeune. Le plaisir est réciproque alors que l’on essaie de nous faire croire que le jeune sort traumatisé d’une aventure. Il ne faut en avoir vécues pour croire ça.

L’amourajoie a toujours été le partage d’un jeu sentimental que tous les jeunes ont connu, aimé et pratiqué. Pour le jeune, le sexe n’est ni mal, ni bien, il est strictement une aventure, une curiosité un merveilleux plaisir. Cela ne peut pas les laisser dans une situation négative à moins que d’autres adultes interviennent pour les culpabiliser ou qu’il y ait de la violence, de la domination. La question de différence d’âge est complètement ridicule. Il s’agit plutôt d’un échange de sentiments ressentis au plus profond de soi et qui confèrent une égalité inimaginable entre deux êtres d’âge complètement différent. Un mariage d’âme, malgré la différence corporelle. Une même vibration intérieure.

Non seulement, même en me livrant à ces plaisirs, je respectais les jeunes, mais j’arrivais à mieux les saisir, les comprendre et les aimer comme ils sont.  Je   crois que ce sont ces jeunes qui m’ont appris le sens du mot liberté et respect.

Dans ma vie, il n’y a que trois choses extrêmement belles : la nature, les petits gars, l’intelligence et la conscience. Je suis facilement fasciné par la beauté qui peut-être aussi psychique que physique.

Je rêve de l’époque où tous les efforts seront axés sur le besoin de créer un monde beau, honnête et juste envers tout le monde. Je me sens d’une générosité sans borne. Pourtant, je suis aux yeux des autres le galée, l’horreur, le monstre. Le pédéraste, car à cette époque, on n’avait pas encore créé le terme pédophile.

Les adultes me sont apparus et m’apparaissent encore avec leur morale comme étant les pires pollueurs de la beauté, de la spontanéité et de l’amour. Pour eux, tout est commerce, tout est partiel, tout est calculé, tout est stéréotypé pour répondre aux seuls besoins pécuniaires. Pour eux, le sexe  est souffrance et  non un plaisir.

La vie est une toile d’araignée, une prison invisible. Il ne peut pas y avoir d’évasion, sans remettre le fondement même de la vie en question.

Comment peut-on me traiter de criminel parce que j’arrive à vivre au même niveau qu’un petit gars et chercher les mêmes satisfactions? Est-ce que la contemplation n’est pas une expérience de vie? Que faisons-nous sur cette terre? La pédérastie ou amourajoie est une forme d’amour, donc, de spiritualité.

Comment peut-il être criminel d’adorer les petits gars en voulant créer un monde dans lequel le bonheur le plus absolu serait un droit fondamental? Qui utilisent le plus les jeunes à des fins perverses, moi, en jouant avec eux aux fesses sans contrainte et avec adoration mutuelle ou le système économique qui organise des guerres locales pour maintenir et élever le taux des profits? Un système qui crée des enfants-soldats? Pourquoi devons-nous vivre comme le veulent les féminounes et leur paranoïa sexuelle? Comme des aliénés?

Comment puis-je être plus néfaste pour les enfants que les heures de violence à la télévision, dans tous les médias et leurs jeux? Comment être plus dangereux pour la santé mentale d’un enfant que les parents battent, négligent ou traumatisent à jamais parce qu’il se touche quand il est petit?  Pourquoi est-il  mal de vouloir éliminer les problèmes de la frigidité, de la névrose et de l’hystérie en combattant l’imbécilité de notre conception de la sexualité créée spécifiquement pour faire de nous des machines de production? Des gens qui ont honte d’être eux-mêmes dans toute leur réalité?

Ces problèmes étaient très aigus.

23

Dieu et le Vietnam

Un soir, à Scotstown, j’ai pris une brosse qui a failli bien mal tourner. Je m’étais tellement saoulé que je m’étais endormi sur un perron. Quand je me suis réveillé, il y avait un bonhomme qui était à me faire les poches. En me voyant ouvrir les yeux, ainsi que la venue d’une autre personne dans notre direction, il s’était contenté de me donner un petit coup de pied, en me traitant de sale ivrogne.

Les expériences se multipliaient au gré des brosses. J’ai aussi vécu une autre expérience très différente.

J’ai voulu regagner une tente où j’avais été invité par les parents à aller coucher; mais les jeunes n’ont trouvé rien d’autre à me dire que d’aller coucher ailleurs, sinon ils me casseraient la gueule, car ils ne voulaient rien savoir d’une tapette.

Je n’avais jamais fait de proposition à aucun d’eux pour la simple et bonne raison que je ne les connaissais pas. Je ne les avais jamais rencontrés. J’étais ébahi d’avoir été invité par les parents à coucher dans la tente. Ils avaient parfaitement confiance en moi ou en leurs garçons, car tous bons catholiques pensent que la sexualité est mauvaise et que le diable s’appelle sexe.

Les jeunes ont prétendu avoir eu peur en se réveillant.et de ne pas m’avoir reconnu dans leur mi sommeil. Les parents étant au courant de ce que je suis étaient probablement affligés par ce geste d’intolérance que j’ai vite oublié. C’était peut-être mieux ainsi.

Je suis parti à pied bien décidé de me rendre ainsi à Sherbrooke sur le pouce. Je me rappelle de ce moment difficile du bout de chemin qui a marqué ma vie.

En marchant, je faisais exactement comme quand je fais du pouce : je priais ou je parlais à Dieu, si on veut. Même si j’écris contre les règles religieuses quant à la sexualité, je crois très profondément en Dieu.

Prier est une habitude que je n’ai jamais perdue, même si je ne pratique plus. C’est une sensation de dialogue intense, comme rencontrer un extraterrestre et se parler par télépathie. Je ressens la présence d’une force quand je m’adresse à Dieu. Quelle est-elle? Je ne sais pas. Est-ce l’inconscient? Une force extérieure? Qui peut répondre? Je la sens, c’est tout.

J’essayais de lui démontrer que les hommes de pouvoir ne méritent pas grand respect avec leur violence. Je lui criais de tous mes poumons ma révolte contre la guerre au Vietnam.

  • Comment peux-tu prétendre que tu existes, que tu aimes les humains, quand tu les laisses se déchirer entre eux? Pourquoi laisses-tu des enfants se faire tuer? Pourquoi ne pourrais-je pas en adopter un ou deux, je serais sûrement mieux intentionné à leur égard. Est-ce que leur chasteté est si importante qu’ils doivent vivre dans la misère plutôt qu’être à mes côtés? C’est de la folie pure, criais-je à Dieu.

Certains diront que je n’ai jamais eu de réponse. Au contraire, j’ai ressenti soudainement le sentiment que si Dieu existe et respecte vraiment la liberté de l’homme, il ne peut pas intervenir. La conscience humaine est aussi question de mémoire, de liberté dans le sens d’avoir le droit de choisir son destin et son éducation. La vie est un hasard organisé, comme le dit Albert Einstein. Cette  fois, c’était différent. Je me sentais plus révolté contre la guerre. Je reprochais à Dieu de ne rien faire. Je ne voulais pas dormir, mais crier ma révolte contre l’homophobie humaine.

J’ai eu ma réponse divine, si on veut, plus de dix ans plus tard.

Je venais de me faire violer par un bonhomme qui m’avait embarqué sur le pouce. Je ne voulais plus coucher dans ma tente de peur que ça recommence. On est toujours traumatisé quand on est violé. Je me suis donc loué une chambre dans une auberge gouvernementale en Ontario. J’ai rencontré à cette occasion un petit Vietnamien, un petit boat people, de qui je suis tombé amoureux. Nous avons joué ensemble. Nous sommes allés nous baigner. Je le portais sans cesse sur mes épaules.

J’ai voulu lui acheter une crème glacée, mais il ne parlait ni français, ni anglais. Je lui disais des « Si. Si. Good ! Good! », en faisant semblant de lécher le cornet pour qu’il comprenne. Et alors, pour aucune raison inconnue, je me suis rappelé exactement les paroles d’injures que j’adressais à Dieu entre Scotstown et Sherbrooke. J’ai ressenti que Dieu venait de répondre à ma colère. Il me donnait le petit gars que je lui avais demandé.

J’étais profondément bouleversé. Dieu répondait à mes invectives en me permettant de rencontrer un petit gars du Vietnam. Un jeune qui avait miraculeusement échappé à la mort. Ce jeune est devenu le premier garçon que j’ai voulu et tenté d’adopter.

J’y voyais une confirmation que je n’étais pas un pourri aux yeux de Dieu parce que je suis pédéraste. Dieu est probablement plus humain que les humains.

24

Le révolutionnaire

Revenons à nos moutons.

Pour les patrons au journal, j’étais devenu fou, pas parlable.

Le président me disait être en avant de mon temps dans ma manière d’être journaliste alors que les autres me demandaient comment un soldat peut être le seul à avoir le bon pas dans un régiment.

J’étais très fier des résultats de mes luttes et de mes interventions pour l’Estrie. Il n’était pas question de m’enfler la tête, mais de reconnaître mon petit grain de sel dans l’amélioration de la situation. J’évaluais les millions que le fédéral ou le provincial investissait dans la région après mes interventions comme journaliste.

Dire qu’au début, le gouvernement fédéral ne savait même pas qu’on existait.

J’étais pour la population ou du moins ceux qui la dirigeaient un malade mental, j’imagine, mais au moins j’étais un fou payant. Quand je prenais un projet, le gouvernement fédéral avait intérêt à s’en occuper.

Sur le plan politique, les actions des libéraux avaient comme but ou du moins comme résultat de faire douter ceux qui étaient aussi fanatiques que moi de mon authenticité.

J’appréhendais le moment où je serai forcé de prouver que je ne suis pas qu’une grande gueule. J’avais beau être fou, pour moi, la violence gratuite est un signe de faiblesse mentale. Tu es violent quand tu te sens écrasé, impuissant, quand tu veux dominer et que tu n’es pas assez intelligent pour être tolérant. Mais, un bonhomme doit avoir le courage de se défendre.

Les jeunes s’informaient de plus en plus sur le FLQ. Rien ne m’empêchait de dire ce qui me semblait être vrai; mais j’étais de plus en plus coincé. En fait, ce fut ma pire erreur. J’aurais dû laisser tomber mon orgueil qui se définissait à partir de ma mission qui en fait n’existait que dans ma tête pour avouer tout bonnement que je ne connaissais rien au FLQ. Ce n’est pas tout que de l’admirer, d’être prêt à y collaborer, il faut aussi en être membre et cela n’est jamais arrivé.

J’étais pourtant considéré comme un felquiste. Ce n’était pas le felquiste qui pose des bombes, mais celui qui est prêt à mourir pour faire sortir la Vérité et défendre d’abord et avant tout les intérêts de la population. Que ça passe par l’amourajoie ou la haine de la pauvreté ne change rien. Je combattais pour la noble cause de la justice sociale. Ainsi, je me sentais pris entre la police et les mouvements révolutionnaires.

C’était une peur quotidienne que j’essayais de surmonter en me rappelant la noblesse des intentions. Que ce fut équilibré ou non ne m’est jamais venu à l’idée. J’ignorais tout de la vraie force de l’un et de l’autre; mais j’étais persuadé que pour leurs intérêts ils n’hésiteraient pas à me faire quitter l’espace-temps.

Ma peur d’être kidnappé et assassiné parce que je refusais de me joindre à la violence et ainsi devenir un traître aux yeux des autres hantait mon inconscient. J’avais peur de nuire au FLQ.

Sur le plan émotif, je faisais des flammèches. Je devais me battre contre une machine drôlement plus puissante que moi.

Souvent les autorités essayaient de m’influencer en parsemant les rumeurs et   les insinuations. Pire, un psychiatre me disait être un schizophrène paranoïde. C’était assez facile comme verdict, car amourajeux tu vis en dehors de la réalité sociale et tu t’identifies à un petit garçon dans un corps adulte. Tu sens que tu ne corresponds pas à ce que le système attend de toi. Tes valeurs sont aux antipodes. Je ne sais pas si ce médecin du cerveau était aussi ou plus fou que moi.

De temps en temps, des maires ou autres dirigeants économiques se plaisaient à me dire en farce que j’étais comme le Christ, mort à mon âge. Cela n’avait rien de très rassurant; mais c’était de bonne politique, car je leur faisais peur aussi en étant radical. Comme les bérets blancs plus j’étais écrasé, persécuté, plus je croyais dans ma mission. Plus je devenais fanatique, plus j’avais une peur à surmonter ce qui me radicalisait encore plus.

Parfois l’entêtement de la Tribune à me voir partout et toujours comme un révolutionnaire leur joua des tours.

Je travaillais sur un papier concernant une rumeur de nouvelle taxe entre le Québec et les États-Unis.. Les patrons tremblaient à l’idée que cela puisse se traduire dans la politique québécoise. Ils m’empêchèrent de téléphoner à Washington. Conséquence, dix jours plus tard, Nixon annonçait un nouveau programme presque en tout point conforme à ce que je voulais publier.

La Tribune de Sherbrooke venait de rater un « scoop » international. En journalisme, c’est une faute impardonnable.

À ma connaissance, jamais les patrons n’ont mis ma compétence en doute. Il fallait juste essayer de me calmer un peu les nerfs. Je reconnais aujourd’hui que je n’étais pas un cadeau. Je suis allergique à la censure. Tant qu’on respecte la vie individuelle des autres et que l’on ne prêche pas la violence, on a le droit de tout dire. Ça ne veut pas dire qu’on sera cru.

La censure est le poison de la vérité, une paralysie de la démocratie, un paralysant pour le cerveau. Les gens sont assez intelligents pour savoir choisir dans le lot d’informations qu’ils reçoivent.

Quand Daniel Johnson père s’était rendu à la Manic, la Tribune y avait délégué M. O’Neill pour le récompenser de son travail après avoir hésité quant à m’y envoyer. Les patrons le regrettèrent quand la mort de M. Johnson fut annoncée. Ils prétendaient en farce que je si j’y avais été, les informations seraient arrivées plus vite et plus complètes. « Il aurait annoncé la mort de Johnson avant même que ça arrive », disait-on.

Cela ne les empêcha pas de me refuser un reportage de deux semaines à Cap Kennedy et Houston, même si j’avais déjà obtenu l’autorisation de Washington et reçu ma carte de journaliste visiteur.

C’était une époque fortement troublée. Il y avait même eu un attentat à la Tribune. Je me rappelle avoir entendu un des patrons dire : « Un fou a mis le feu, mais il n’était pas assez fou, il l’a éteint.»

Ma réputation de révolutionnaire a pris des proportions alarmantes. C’est ainsi que la Sûreté du Québec enquêtait à tout moment, là, où j’étais passé. Le cas le plus exemplaire fut celui de Scotstown.

Un sourire venu d’enfer.

octobre 31, 2020

Un sourire venu d’enfer 14

Autobiographie approximative

Page 103 à 110

21

Mario

À cette époque, je me rendais quelque part sur la rue King, à Sherbrooke,  quand j’ai aperçu deux magnifiques garçons au terminus. L’un était un peu plus vieux que l’autre, mais ils étaient tous les deux jeunes et beaux. J’ai poursuivi mon chemin afin de compléter ma commission, car, ce soir-là, j’attendais des amis de Montréal.

À mon retour, il n’y avait plus de jeunes. Je me suis rendu aux toilettes et je les ai aperçus, en revenant au haut de l’escalier, près des appareils téléphoniques. Je me suis installé à côté d’eux et j’ai simulé une conversation téléphonique afin de pouvoir les observer. Les jeunes en ont profité pour se rapprocher  dès  que  j’eus accroché le téléphone. Ils m’ont affirmé venir tous les deux de Montréal  voir un ami.

Ça me semblait assez invraisemblable, car jamais je n’aurais autorisé mon fils à se promener aussi loin sans être présent. La pédérastie est plus responsable qu’on veut bien le croire. La préoccupation du bien-être de l’amant est une obsession. Un pédéraste ou amourajeux ne veut pas que son amant souffre. Il défend son bien-être comme tout amoureux.

Ça ressemblait plus à une fugue. Les jeunes étaient trempés jusqu’aux os et ne savaient pas où aller pour se réchauffer.

Je les ai invités chez moi. Ils m’ont suivi avec joie. J’étais déjà au paradis…

À la maison, j’ai fait couler un bain pour le plus vieux qui semblait plus transi et qui prétendait avoir mal aux pieds. Je l’ai invité à s’y laver et se réchauffer les pieds. Je l’ai aidé à enlever ses chaussures. Je lui ai baigné les pieds et les lui ai

frictionnés. Il sourit. Une invitation? Je ne peux pas résister. Ma main saute un peu plus haut. J’y découvre une cuisse ferme. Le cœur me palpite au-dessus de la vitesse de la lumière. Son sourire est encore plus angélique. J’ose. Il est bandé. Le feu de son regard élimine tous les doutes quant à son approbation. Je veux m’arrêter, mais il me presse de continuer affirmant que cela lui fait grand bien.

Je l’aide à sortir du bain, je le déshabille, mais j’arrête quand il affirme que son copain ne connaît rien à ces jeux alors que lui, au contraire, est un expert des rues de Montréal. Il prétend y travailler pour 20 $. Le lit est défait pour y recevoir le plus jeune et je descends un matelas où je m’installe avec le plus vieux.

Dans le noir, ce sont les caresses mutuelles précédant un 69 qui nous font savourer les mathématiques.  Soudain, la lumière nous saisit nus, allongés l’un  à côté de l’autre. Mario, le plus jeune, est penché sur nous et siffle un « ah! Je sais ce que vous faites.»

Nous rions. Mario nous fait lever à tour de rôle. L’aîné a une petite graine de quelque trois pouces, non circoncise. Il s’amuse à faire lever et descendre son petit oiseau. Mario nous fait tourner sur nous-mêmes, question de nous examiner les fesses.

Et toi?

Il hésite. Il ne veut pas se montrer. « Elle est trop petite », dit-il. Nous cessons de nous occuper de lui. Alors que nous sommes assis sur notre matelas, près du lit qui nous surplombe, Mario se lève et commence à danser. Nous l’examinons comme si nous assistions au jeu d’une effeuilleuse. Mario descend et monte son short en toute vitesse. Nous protestons. Il recommence plus lentement. Il est maintenant devant nous, nu, magnifiquement beau, même si son membre n’a rien de spectaculaire. Je me lève et je lui passe la main sur le ventre. Il se dandine, affirmant que ça le chatouille. Il rit et aime le déroulement de son initiation.

« Comme tu vois, ça ne fait pas mal. », lui dis-je.

Il se dresse devant moi et se jette dans mes bras. Je l’embrasse sur le ventre, puis sur les cuisses. Mario frissonne de tout son corps. Je jubile, j’explose quand je laisse son petit zizi se réchauffer entre mes lèvres tandis que l’aîné me masturbe. Le plaisir se poursuit un bon bout de temps. Une éternité à la seconde. Mario a tellement aimé l’expérience qu’il veut terminer la nuit avec moi.

Plus tard, dans la nuit, neuf visiteurs nous arrivent effrayés puisqu’ils ont été chassés par la police alors qu’ils avaient des drogues en leur possession. C’est le scandale. La panique.

En plus de leur peur précédente, je leur ajoute celle de me retrouver couché avec des mineurs.

Je m’installe seul avec les jeunes dans la chambre près de la cuisine alors qu’eux couchent dans une autre chambre pour ne pas être complices.

Le lendemain, je vais travailler à reculons. Je n’ai pas dormi de la nuit, ayant caressé Mario, qui s’endormit, lui, comme un chat ronronnant de satisfaction. Je vais faire une commission. J’embrasse le plus vieux au départ et au retour à la maison. Le bonheur ne peut pas être plus complet. Je décide d’aller prendre une bière avec mes visiteurs et de laisser les jeunes à la maison. Je les retrouverai dans une heure ou deux.

À mon retour, plus de jeunes et plus d’argent. Ils ont vidé tous les tiroirs et pris tout ce qui les intéressait. Quelle folie ! S’ils m’avaient attendu, ils auraient été encore plus gâtés. Les pédérastes amourajeux sont forts sur les cadeaux comme l’étaient les pédérastes du temps de Platon. Les cadeaux sont une manière de faire la cour à quelqu’un qui te plaît. Je leur aurais sûrement tout au moins payé les billets pour retourner à Montréal.

On m’a raconté que le lendemain les jeunes avaient été surpris dans une auto- patrouille. On disait que Mario était de Sherbrooke, qu’il était le fils d’un policier. La peur n’arriva pas à me faire oublier cette première nuit de plaisirs. J’avais peur, mais les jeunes m’avaient volé avant de partir ce qui me protégeait d’une certaine façon.

Je fume un joint avec mes compagnons durant ma promenade, ceux que je croyais des felquistes me réprimandent. Ils me reprochent mes extravagances dangereuses. Je ne trouve rien d’autre à dire pour me défendre : « je ne suis pas un oiseau qu’on garde en cage.»

Le lundi ou le mardi, je reçois au journal un appel des jeunes : « As-tu eu beaucoup de plaisir dans la nuit de samedi?»

C’est de toute évidence, une tentative de chantage. Juste au moment où il ne faut surtout pas que je me fasse arrêter à cause de mon travail d’animateur avec les gars de la construction qui entreprennent une lutte contre une diminution de salaire.

Je fixe rendez-vous en en demandant qu’on me donne du même coup les 20 $ volés. Je n’entends plus parler de rien.

J’ai aimé Mario à la folie. S’il a servi à me tendre un piège tant pis. Il était quand même adorable. J’espère seulement que cette expérience lui a donné confiance

en lui et l’a rendu heureux. C’était un ange dans mon lit, d’une beauté plus que fascinante. Un visage avec un sourire dans la peau quand il dormait. Je lui aurais donné le monde entier pour l’avoir plus longtemps. Cependant, je n’aurais jamais accepté de me prostituer dans mon travail pour continuer à avoir des rapports sexuels que ce soit avec lui ou avec tout autre d’ailleurs.

La vie est ainsi faite. Je ne l’ai jamais revu. Il a tellement hanté mes désirs que j’ai écrit une nouvelle à sa mémoire MARIO.

C’est peut-être mon texte le plus monotone, mais c’est celui qui définit le mieux ce que je ressens face à la révolution culturelle. Un concerto de Schubert en paroles.

J’ai poursuivi mon travail à la CSN, oubliant cet incident.

Les histoires selon lesquelles la police essaie d’obtenir des informations en t’amenant dans un bois pour jouer à la roulette russe sur le crâne avec leur revolver ou la raclée sans qu’il y reste de marques auraient dû suffire à me forcer à démissionner. J’ai tenu bon.

J’étais pédéraste et je l’assumais. J’avoue que c’était encore une façon bien animale de vivre ma pédérastie. J’apprenais sur le tas. Les questions venaient au fur et à mesure. C’est ainsi que se sont développées ma perception et ma conception d’une morale sociale acceptable pour un pédéraste.

22

John Simonez, tabarnak !

Alors que j’étais animateur pour les gars de la construction, nous  avons  entendu dire que la Commission sur la Constitution canadienne, présidée par le sénateur Molgat, viendrait siéger à Sherbrooke. Tous les médias devaient assister à cet événement, créé exprès chez nous pour prouver les mérites de la bonne entente français-anglais.

Je me suis aussitôt mis à la rédaction d’un manifeste qu’on appela : le manifeste du royaume des amorphes.

Pour donner plus de poids sur le plan provincial à cet écrit, nous avons eu recours à un groupe d’étudiants, dont mon ami Jean, pour en faire la distribution, lors de la première d’un film. Cet exploit ne manqua pas d’éclat. Le manifeste avait bon ton et se terminait par « avec ou sans vous, nous vaincrons ». Les étudiants portaient des foulards aux couleurs des patriotes et, à notre surprise, le matin, la radio parlait d’un communiqué du FLQ. La chose fut démentie le plus tôt possible.

Au cours d’une assemblée des gars de la construction de la CSN, le manifeste fut accepté par les travailleurs et il avait été décidé de le remettre aux membres de la Commission Molgat.

Certains dans le groupe espéraient au contraire que l’on ne se serve pas de ce document puisque j’en avais fait seul la rédaction quoique les sujets fussent issus de nos ateliers de travail en vue d’une plus grande sensibilisation de ces futurs leaders aux problèmes des Vauxcouleurs (Estrie).

On voulait aussi faire connaître par cette publication les problèmes de la région à l’extérieur, but qui devait être très bien atteint afin de nous donner du poids auprès des gouvernements. Quant aux moyens de pression, ils furent d’une efficacité indéniable. J’avais exhorté les travailleurs à ne jamais utiliser la violence sous toutes ses formes. Souvent, le système se sert de casseurs pour détourner l’information. On parle de la casse et non du pourquoi des manifestations. Ce fut tellement vrai qu’Alain Guilbert, en vrai pourri, a écrit un éditorial biaisé à la suite de cet évènement.

La non-violence a toujours été une condition préalable à toutes les actions auxquelles j’ai participé. Malgré cette demande, certains me pointaient, en me surnommant le Paul Rose de la région. J’avais une telle admiration pour le FLQ que j’y voyais un des plus beaux compliments de ma vie. Puisque je ne suis pas orgueilleux, j’ai accepté volontiers de passer pour un coq.

Plus j’avais peur, je pense, plus je me prenais pour un dur. Je me défendais contre un système d’exploiteurs.

La soirée ne se déroula pas comme prévu. Au début, les travailleurs ont remis le manifeste à tous les commissaires.

Les délibérations ont commencé, et plutôt que de nous respecter, les sénateurs parlaient seulement anglais.

Sans se consulter, une toux se propagea à la majorité des poitrines dès qu’un mot anglais était prononcé. Ce fut un fouillis général, malgré les appels à la discipline du maire et du député de Sherbrooke. Cette toux resurgissait aussitôt que les commissaires s’exprimaient en anglais devant une assistance à 98 % francophone.

Dans l’enthousiasme, j’ai décidé de faire connaître aussi mon opinion. De toute évidence, les commissaires ne voulaient rien savoir. Ce n’était pas le message que les médias devaient passer.

Quand je me suis présenté, M. Molgat m’a demandé à au moins trois reprises de

répéter mon nom sous prétexte de ne pas comprendre. Je lui ai alors répondu :

« John Simonez, tabarnak ». (prononcé à l’anglais) Ce qui marqua le début de la contestation.

J’ai invité les travailleurs à me suivre à l’extérieur. J’ai quitté la salle le poing fermé levé comme dans tous les gestes de révolution.

Le député fédéral de Sherbrooke, M. Paul Gervais, en profita pour demander au journal de manifester de façon concrète sa désapprobation aux propos que j’avais tenus. « Il vient enfin de faire connaître son vrai visage », de dire le député.

Nous sommes allés à l’extérieur chercher des pancartes en chantant. Certains ont essayé, en notre absence, d’obtenir des excuses du député, excuses qui ne vinrent jamais. Mes patrons de la Tribune étaient présents. En aucun moment, il n’y eut de violence. Le lendemain, le journal mentait en faisant croire que le député de Sherbrooke, M. Gervais, avait été menacé. Il me semble cependant que certains travailleurs avaient dit à « mes boss » que si j’étais congédié comme le demandait le député Gervais, c’était pour La Tribune, le baril de poudre et six pouces de mèche qui les attendaient.

J’ai été étonné d’autant de solidarité. Je n’ai pas été surpris quand les gars ont décidé d’occuper le journal si le manifeste n’était pas publié intégralement. Pour eux, la Tribune publierait pour une fois la vérité si le manifeste s’y retrouvait.

La réplique de l’establishment n’a pas tardé.

L’Association des cités et villes a organisé une assemblée spéciale, à Richmond, invitant contrairement à son habitude, tous les médias.

Les maires de la région ont écouté le maire de Sherbrooke, M. Marc Bureau, récité un texte farfelu et plus qu’idiot, dans lequel celui-ci dénonçait les agissements d’une cellule d’information du FLQ, travaillant à Sherbrooke et reliée aux terroristes de Montréal.

Il n’y avait pas de doute, il s’agissait de moi. Moi et qui? Quel rapport avais-je avec Montréal? Je collaborais avec l’Agence de presse libre (la même qui fut volée par la police fédérale) pour diffuser à l’extérieur les nouvelles que La Tribune refusait de rendre publiques. Je coopérais aussi avec un mouvement  qui combattait la construction de l’autoroute est-ouest. Le but de cette union était de faire valoir que les argents devant servir à construire cette autoroute que les Montréalais ne voulaient pas servent plutôt à la construction de la Transquébécoise que tout le monde voulait chez nous.

Autant que je sache, l’Agence de presse libre n’a jamais été reliée au FLQ, mais

aux mouvements de la gauche montréalaise et le groupe contre l’autoroute est- ouest était fortement enraciné dans la population anglophone.

La GRC doubla ses effectifs à Sherbrooke. Devant les enquêtes qui s’annonçaient — nous n’avions rien à cacher, rien fait d’illégal ou de violent — aussi avons-nous invité la police à participer à nos délibérations.  Malgré cela,  j’ai reçu au journal la visite d’un officier de la Sûreté du Québec qui voulait m’entendre dire que j’avais rédigé le manifeste. Comme nous l’avions convenu en assemblée, j’ai refusé de répondre à ces questions. Le dire aurait été de l’orgueil mal placé.

Plus tard, certains me l’ont reproché disant que j’avais ainsi fait rejaillir la responsabilité sur tout le monde et fait en sorte que l’enquête se poursuive. J’avais simplement fait ce qui avait été décidé en réunion.

L’agent est reparti, en claquant sur mon pupitre avec son bâton, et en me criant que l’on n’attendrait pas que je sois un second Charbonneau, un felquiste de la cellule Libération, avant d’agir. Il ne savait pas que je ne connaissais pas les felquistes. Tout ce que je connaissais du FLQ, c’était ce que je le lisais dans les journaux comme tout le monde. Certains m’ont alors reproché de jouer la vedette, mais je réagissais comme je pouvais à une tempête pour laquelle je n’avais pas été formé.

Le responsable du syndicat à la Tribune me fit part du désir des policiers municipaux de Sherbrooke. Ils voulaient que je sois aussi leur animateur. J’aurais à leur faire connaître, eux aussi, les problèmes de la région, à l’occasion des négociations pour leur convention collective. J’ai accepté, même si cela pouvait être un piège à ours, en me disant que si les policiers voyaient comment on se fait « crosser » par nos députés, peut-être seraient-ils favorables aux manifestants dans les luttes futures. Mon acceptation n’a jamais eu de suite.

J’étais un journaliste de plus en plus encombrant. Puisque je n’étais pas violent, il était impossible de me coffrer. M’accrocher parce que j’aime les petits gars était tout aussi improbable : il faut des plaintes et pour avoir des plaintes encore faut-il qu’il y ait des actes. Partout, je parlais de mes amours dès que je m’embarquais dans une lutte de manière à ce que personne n’ait de mauvaises surprises.

Je m’étais vite fait la réputation d’être le leader de tous les mouvements de contestation dans la région. C’était un peu vrai. Partout où les gens de la région se faisaient déculotter par Ottawa, j’intervenais.

L’agriculture comme presque tous les secteurs industriels du Québec ont été pour Ottawa la pierre d’échappement pour régulariser son commerce extérieur en faveur de l’Ontario ou des provinces de l’Ouest. Quand les fermiers de l’Ouest ou les industries de l’Ontario ont été en péril, c’est sans hésiter que le fédéral a résolu le problème sur le dos des Québécois. Nous avons toujours chèrement payé pour garder debout ce pays anglais, ce monstre économique.

Si le fédéralisme était rentable pourquoi y avait-il un problème avec les producteurs de lait? Pourquoi des fromages d’Australie plutôt que du Québec? Nous avions pourtant Oka et St-Benoît du lac? Pourquoi avoir des grains de provende?

Pourquoi au moment où les usines d’East Angus et de Windsor étaient en danger à cause de l’accaparement du marché par les Américains, Ottawa investissait-il à coup de millions dans de nouvelles usines de même type dans l’Ouest canadien, déséquilibrant ainsi plus que jamais le marché de ce secteur industriel au Québec? Pourquoi la compagnie Brascan-Labbatt 50 a-t-elle fait éclater deux fois le marché agricole au Québec? Pourquoi dans chaque cas la Tribune refusait-elle de prendre parti pour la population? Pourquoi essayait-elle de faire croire, dans le domaine des pâtes et papiers que Cabano était la cause de tous les problèmes dans ce secteur?

Le carcan se fit de plus en plus lourd à la Tribune. On avait de toute évidence décidé de me mettre à ma place, quitte à se débarrasser de mes services. Mais il fallait pouvoir motiver cette décision. Il fallait me faire taire par tous les moyens, comme si l’on ne comprenait pas que plus on essayait de m’étouffer, plus je me débattais.

Un sourire en enfer 38

octobre 30, 2020

Autobiographie approximative

Page 95 à 103

L’homme est un animal qui a dû apprendre à se dominer lui-même avant d’apprendre qu’il est mal de dominer un troupeau de femmes et d’enfants comme certains autres animaux. Il a dû apprendre à contrôler son rut. C’est devenu une différence essentielle entre l’homme et les autres animaux.

Avec le temps pour arriver à se contrôler, les interdits prirent des proportions maladives, grâce à la confession et après grâce à la médecine. On a inventé l’Inquisition.

En fait, le contrôle émotif humain n’a pas évolué contrairement à son côté intellectuel.

La Grèce antique était plus intelligente dans son ignorance. Elle avait compris qu’un jeune ne pouvait pas procréer, d’où n’y avait-il pas de danger de faire l’amour avec lui. Elle respectait aussi le besoin des jeunes à apprendre par imitation des hommes adultes. L’adulte était un modèle de vie pour son jeune amant. Sur certains plans, cette explication n’était pas tellement plus intelligente, car, on croyait que les veines du garçon étaient trop petites pour permettre le passage  du  sperme.  Tomber  en  amour,  être  aimé,  permettait cependant   au jeune de se hisser dans la hiérarchie, grâce à l’enseignement de son aimé. Plus un jeune était beau, plus il avait de valeur.

La pédérastie jouait un rôle de politique et d’éducation. La pédérastie reposait sur la beauté du jeune homme. Elle n’était pas gaie, car quand le jeune homme commençait à avoir de la barbe, il devait cesser ses relations avec son dady.

Comment mieux connaître la pédérastie, sinon en la vivant et en acceptant d’en parler. J’intuitionnais le rôle économique de la sexualité ainsi que sa valeur politique. Il suffit de vivre la sexualité en dehors des normes fixées pour ne pas pouvoir être candidat en politique, surtout aux États-Unis, par exemple. C’est plus important d’être « politiquement correct » que d’être intelligent.  Le système a peur des gens qui ont une nature forte.

La sexualité est devenue une obsession planétaire à cause des religions et leur fausse interprétation du phénomène sexuel. L’Islam a une approche totalement maladive en croyant que la chasteté est plus importante que la vie. Elle est criminelle lorsqu’elle préconise de tuer les gais.

Je n’étais pas qu’un amourajeux, mais un fiévreux défenseur des intérêts de la population comme journaliste engagé.

20

Mon engagement politique

C’était plus important pour moi qu’il y ait moins de chômage que ma propre augmentation de salaire. Mon engagement, c’était ma façon de dire que j’aimais les fils de la patrie. C’était, comme Reich le dit, un moyen de me déculpabiliser, car je ne m’acceptais pas. La culpabilisation à cause de la différence sexuelle que tu vies est le meilleur ingrédient pour la dévalorisation totale.

Les Vauxcouleurs (Estrie), c’était quand même un petit gars, tout comme le Québec. Un peuple enfant. J’étais fiévreusement un défenseur des intérêts de la population. C’était ma manière de me prouver que j’aimais quelqu’un d’autre que moi. C’était une raison de vivre. Le sexe c’était la partie poétique de ma vie.

Pour les libéraux, j’étais le felquiste à détruire, le grand responsable de toutes les contestations dans la région. Le bouc émissaire parfait.

Pour se débarrasser de mes pressions, les libéraux agissaient à deux niveaux : me faire connaître sous une image beaucoup plus radicale que la réalité et gruger mon appui auprès de ceux qui les contestaient, en semant le doute quant à mes allégations réelles. Il restait mon talon d’Achille pour me forcer à me taire : la pédérastie.

Pédéraste, personne ne peut t’aimer sans passer pour un pareil. Tu es ostracisé. T’es le parfait rejet. Tu es victime de la paranoïa parentale face à la sexualité. Les adultes n’arrivent pas à comprendre que bien des jeunes adorent aussi le sexe, ce qui est bien plus normal que d’y voir que du mal. Le mal dans la sexualité est une lubie d’adultes.

Le système et la religion maintiennent un état permanent de peur en prétextant protéger les jeunes contre les gros méchants loups. Cette approche permet de garder un caractère fautif à la sexualité. Quelle différence y a-t-il entre la relation d’un gars de 60 ans avec un autre de 79 et celle d’un gars de 25 et un jeune de 13 ans? C’est la même chose, la même attraction mutuelle, mais on l’interdit en prétendant que le jeune est encore trop niaiseux pour avoir des relations sexuelles, qu’il doit nécessairement avoir été entraîné par le plus vieux, comme si les jeunes ne se sentaient pas. Freud a démontré que la sexualité existe même chez les poupons. On se fiche de ce que les jeunes vivent, on décide pour eux. Pour qu’un tel jugement existe sur la sexualité, on doit obligatoirement d’abord la voir comme quelque chose de mal, de sale, car sinon pourquoi l’interdire ?

J’étais convaincu que le système finirait un jour par m’attaquer en se servant de cette réalité. La première tentative est survenue quand j’étais animateur chez les gars de la construction. J’intéressais probablement plus le système pour les

craintes que je sois un deuxième Paul Rose que pour mes aventures sexuelles qui ne traumatisaient personne. C’est du moins ainsi que je l’ai vécu.

D’un autre côté, les nouveaux contestataires sentaient parfois le besoin de m’éprouver pour avoir la preuve que je ne faisais pas que parler.

C’est ainsi qu’à une manifestation à Montréal, on m’amena devant l’escouade antiémeute. Mon compagnon me tenait par la main quand les flics fonçaient sur nous. Il m’a demandé de demeurer ainsi jusqu’à ce qu’il me dise de le lâcher. Les bœufs fonçaient la tête vide ne songeant qu’à blesser comme une bande de malades. D’ailleurs, j’ai toujours cru que le gouvernement engage des malades mentaux pour faire partie de l’escouade anti-émeute.

Je restais là avec mon compagnon me demandant ce qu’il voulait prouver. Ce n’est qu’à quelques pieds de distance qu’il m’a crié de courir. Nous avons couru la crotte au cul pour retrouver les autres manifestants. Nous avons un certain temps réussi à tenir tête aux policiers en nous barricadant. Comme les autres, pour me défendre, j’ai commencé à tirer des pierres et arracher du bois ici et là pour le brûler. L’escouade était plus forte. Nous avons couru pour nous réfugier dans le métro. Ce fut très impressionnant d’entendre les matraques s’écraser sur les portes du métro.

Quand je suis descendu à Sherbrooke, je suis embarqué avec un autre groupe qui manifesta dès le début une série de doutes à mon sujet.

Plus tard, sur l’autoroute, il a fallu attendre de nombreuses minutes alors que l’on me disait que c’est long d’espérer la police quand elle ne vient pas. Je n’y avais pas pensé. On agissait comme si on avait décidé de me liquider. Question de voir ce que j’avais dans le ventre. Puis, sans raison, on a repris le chemin. Dorénavant, on se comportait comme si j’avais été un héros et la joie était à son comble. Il ne faudrait pas croire qu’il s’agissait là d’épreuves felquistes, ces jeunes n’en faisaient probablement pas partie, mais ils agissaient comme si.

La révolte contre l’abus d’autorité est une preuve de santé mentale quand tu es jeune. Les jeunes voient souvent la révolution comme un jeu, c’est peut-être le meilleur moyen pour ne pas trop se prendre au sérieux.

Le seul problème avec les révolutions, c’est qu’on y introduit la violence. Donc, on fait automatiquement le jeu des institutions qui nous dominent.

Certaines fois, je ne mesurais pas la force du danger.

C’est ainsi que je classerais ma participation en 1971 à une manifestation contre les mesures de guerre à l’occasion de la visite du premier ministre du Canada d’alors, M. John Turner.

C’était en pleine atmosphère de crise, Turner se rendait au manège militaire de Sherbrooke. Des services de sécurité, comme il n’y en avait jamais eu à Sherbrooke, étaient de service. Il y avait, en plus de la police, des soldats placés sur les immeubles et d’autres à l’intérieur du manège prêt à intervenir.

J’avais bu et quand je buvais, j’étais particulièrement baveux. C’est le principal défaut dont j’aimerais me débarrasser si j’avais à revivre mon existence. Une relique de ma honte d’être inférieur à cause de ma réalité sexuelle.

Nous étions peu de manifestants à circuler face au manège.

Quand les invités, tout ce beau monde en robes longues et en habits, se mirent à arriver, certains commencèrent à nous cribler de sobriquets. Fort de ma bravoure passagère, j’ai commencé à passer un drapeau du Québec dans la figure des invités quand ils se frayaient un passage entre les manifestants. J’ai sévèrement été averti par un policier de ne pas recommencer.

Le temps fit couver mon vin. J’étais presque dessaoulé et à l’avant des manifestants quand le député provincial Jean-Paul Pépin se présenta tout aussi ébréché que moi en gueulant : « Où il est Simoneau?»

À la demande des manifestants qui ne voulaient pas de problème, j’ai reculé pour le laisser passer sans qu’il me voie. Pépin insulté de ne pas avoir de réponse fonça dans les manifestants. J’ai alors avancé pour y faire face, je n’étais quand même pas pour me mettre à courir. Il était furieux. Quand j’ai été devant lui, je lui ai demandé ce qu’il faisait pour les gens des Vauxcouleurs, plus particulièrement pour les gens de la construction. Pépin était incapable de répondre. Il ne faisait rien. Il devint rouge de colère et essaya de me sauter dessus. Des policiers s’interposèrent et le traînèrent à l’intérieur du manège. Ceux qui n’avaient pas été là depuis le début comme témoins de la scène commencèrent à prétendre que j’étais un agent provocateur. Pour les libéraux, c’était une méthode pour me discréditer auprès des miens en les amenant à douter de ma bonne foi. Une telle expérience s’est produite plusieurs fois, en 1972.

Par exemple, le premier ministre Robert Bourassa se rendait à l’école St- François redorer le blason des libéraux, car les événements et mes articles dans la Tribune avaient terni un peu sa réputation dans la région.

Les boss de la Tribune refusaient que j’y participe comme journaliste, craignant que j’aie une prise de bec avec Bourassa. Je ne me laissais pas passer  n’importe quel sapin dans une conférence de presse. Maurice Bellemare, un unioniste, prétendait que j’étais le seul journaliste à l’avoir eu à deux reprises. On préférait ainsi m’écarter. Jusqu’alors, Bourassa, connaissant sans doute le code d’éthique journalistique, se permettait toujours de me prendre à témoin de ses déclarations. Ne pouvant pas répondre, car ce n’était pas mon rôle, tout le monde se faisait charrier. Pour éliminer la possibilité que cela se reproduise, j’avais décidé de réagir quand une affirmation ne me semblait pas vraie. J’étoffais ainsi mes dossiers pour être certain de ce que j’écrivais.

J’ai dû me retrouver parmi les manifestants pour l’approcher. La veille, j’avais organisé une grève temporaire de la faim avec un ami, Jim Corcoran, pour souligner que Bourassa venait encore nous mentir.

Pour sa part, le Parti québécois a posé 10 questions en conférence de presse afin d’avoir les réponses de Bourassa au cours de sa visite.

Devant l’école, nous avons négocié avec les organisateurs de la tenue de la conférence de presse. Bourassa serait en compagnie d’un journaliste du Devoir pour faire connaître les résultats à la population. Tout allait pour le mieux, une station de radio sur deux à Sherbrooke, faisait connaître la situation. La conférence de presse fut acceptée selon nos recommandations.

Un policier vint me dire que le ministre Georges Vaillancourt que je connaissais très bien me demandait à l’intérieur. J’ai hésité et j’y suis allé, même si certains me criaient de me méfier. « C’est un piège!»

J’hésitais encore devant les portes quand l’escorte de Bourassa se mit en marche. Bourassa m’a pris par le bras, me demandant de lui poser mes questions. Les premières ont porté sur la fermeture éventuelle de la Domtar. Il était évident qu’à chaque négociation syndicale ou à chaque changement de gouvernement la Domtar faisait l’objet du même chantage à l’effet de devoir obtenir de nouvelles subventions ou fermer ses portes. Si nous étions d’accord à ce que des sous soient investis pour sauver les emplois, nous trouvions que le gouvernement devait alors garantir que ces versements se feraient sous forme d’actions et demeureraient une propriété du Québec.

Quand vint le tour de la Transquébécoise, M. Bourassa essayait de mentir; les flics commençaient à me frapper ainsi que certains autres manifestants libéraux. Je me suis emporté et j’ai engueulé M. Bourassa en le traitant de maudit menteur.

Comment pouvait-on savoir que Georges Vaillancourt me connaissait depuis très longtemps? Ainsi, certains prétendirent que j’étais de mèche avec les libéraux. C’était mal me connaître puisque j’avais de plus en plus dédain des libéraux. Le soir, en rencontrant le ministre des Finances, Raymond Garneau, que je connaissais aussi, j’ai refusé de lui serrer la main. M. Garneau s’est contenté de me dire « je t’ai déjà connu beaucoup plus « courtois.»

J’avais quand même été président des jeunes libéraux de Limoilou alors que le PQ n’existait pas encore.

Comme journaliste, je me devais à la Vérité et je faisais fanatiquement mon travail. Si l’exploitation se poursuivait, c’est que personne n’osait faire connaître la vérité.

Je n’avais pas décidé pour les cultivateurs qui, dans leur manifestation pour protester contre la politique fédérale du lait, paradaient avec des têtes de cochons pour symboliser les ministres fédéraux.

J’avais eu l’idée de cette manifestation, c’est vrai; ainsi que d’y inviter tous les candidats aux élections, mais l’originalité de l’action dépendait uniquement des cultivateurs. Les candidats s’entendaient pour dire le contraire et Adrien Lambert me dénonça aux Communes, à Ottawa. Ce fut la première fois où j’ai commencé à avoir la réputation d’être un petit révolutionnaire. Pour moi, la seule importance était de faire connaître l’injustice du programme fédéral des quotas. J’étais fier quand les représentants de l’UCC, devenu plus tard l’UPA, racontaient qu’aux négociations à Ottawa, il suffisait de dire que je m’en mêlerais pour que de nouvelles propositions soient à nouveau mises de l’avant.

C’était facile de dénoncer mon fanatisme, mais j’avais raison d’être intransigeant. Plus de 1,500 cultivateurs ont dû quitter leur ferme pour aller grossir les rangs des assistés sociaux à Montréal. J’étais sensible aux douleurs des familles de cultivateurs ruinés alors que nos députés ne songeaient qu’au bien du parti libéral. Il en était ainsi dans presque tous les domaines. Nous n’avions pas un poids politique suffisant pour être écouté.

Évidemment, je n’étais pas connu de tout le monde. C’était même une petite minorité. Pourtant j’étais déjà à ce que l’on me disait le pire ennemi de Bourassa dans la région. Bourassa n’a jamais su que souvent je me suis demandé si je ne devais pas lui foutre la paix, croyant qu’il était moche à cause des minables et des requins qui l’entouraient. Je faisais probablement plus de distinction entre Robert Bourassa, premier ministre et l’homme, qu’il ne l’a jamais supposé.

Dans la région, j’étais devenu la hantise de Bourassa non seulement parce que je le contestais ouvertement, mais aussi parce que j’appuyais tous les projets susceptibles d’améliorer la situation des Vauxcouleurs.

Pour franciser Sherbrooke et l’amener à prendre place dans l’économie touristique, j’ai écrit de nombreux articles dans la Tribune démontrant le rôle privilégié du Centre des Études des Littératures d’Expression française de l’université de Sherbrooke, sous la direction de M. Antoine Naaman. En plus de l’aspect littéraire, je préconisais la création d’un pavillon de la francophonie, relié à Terre des Hommes. Ainsi, Sherbrooke aurait pu présenter aux touristes une activité culturelle unique en Amérique du Nord. Ottawa refusait des subventions à Sherbrooke et fournissait des fonds à un organisme compétitif en France. Quant au Québec, Bourassa a refusé de donner suite au dossier sous prétexte que le Centre avait eu recours à son pire ennemi pour mousser sa publicité, oubliant que la Tribune m’avait laissé le dossier simplement parce que je m’y connaissais mieux en étant moi-même impliqué dans la littérature. Si ce n’était pas un cas de patronage, comment qualifier cette attitude?

Les libéraux pour se débarrasser de mes pressions agissaient à deux niveaux : me faire connaître sous une image plus radicale que la réalité et gruger mon appui auprès de ceux qui les contestaient, en semant le doute quant à mes allégeances réelles.

Un sourire venu d’enfer 12

octobre 29, 2020

Un sourire venu d’enfer 12

Autobiographie approximative

Page 85 à 95

Ma perception morale se raffina à travers la vie.

Le rôle du plaisir dans ses rapports était évident, autant pour lui que pour moi, mais je savais aussi que cela ne pouvait pas durer, tourner en grand amour, ce que je cherchais. La très grande majorité du temps, je partageais ce plaisir avec des garçons que je revoyais que très rarement ou pas du tout. Le plaisir pour le plaisir. Le plaisir espacé d’une éternité entre chaque aventure. Mais, ça nourrissait ma mémoire et le désir de recommencer. Je trouvais plus normal de rechercher le plaisir que le sacrifice.

Pour moi, l’amourajoie était la porte d’entrée de l’amour. Il y avait déjà une différence entre mettre la main sur le pénis d’un jeune qui me plaît, par curiosité, par hommage à sa beauté, et vivre à ses côtés et l’aimer. Bizarrement, le sexe prend moins de place dans les relations quand elles se prolongent. La tendresse, la complicité, le partage du bonheur, le plaisir d’être ensemble prennent tout l’espace. Les joies ne se meublent pas seulement par une aventure sexuelle génitale momentanée, mais exigent sa répétition à travers l’amitié naissante.

Je commençais à faire de sérieuses différences entre le message du Christ et le fanatisme chrétien des mangeuses de balustrades qui se centrait sur l’unique interdit du sexe. Une vraie maladie. C’était tellement fou qu’on ne pouvait même pas  se  questionner  sur  sa  propre  sexualité  sans  passer  pour  un  cochon.

Mes pires craintes étaient de deux ordres : soit que le système m’offre de pouvoir

vivre ses relations sans problème à condition de lui obéir pour me fermer la gueule sur le plan politique ou éclabousser mes amis si je me faisais arrêter sans les avoir déjà avertis de ma pédérastie. Par contre, tu ne peux pas vivre le contraire de ce que tu es, seulement parce qu’une société est assez bornée pour condamner toutes formes de relations sexuelles en dehors du mariage.

Cette année fut assez heureuse. J’étais politiquement devenu fanatique, mais il me semblait que la police ne s’intéressait plus à nous. Petit à petit, les choses revenaient au naturel et la poésie reprenait le dessus.

Je pouvais rire de plus en plus de ma peur de mettre le FLQ dans le trouble à cause de mon ignorance. Je comprendrai en lisant Pour en finir avec octobre, de Francis Simard, que mes craintes étaient injustifiées quoique la mort de Mario Bachand semblait au contraire me donner raison, mais on a vite dit que cet assassinat était le fruit des services secrets canadiens. Un révolutionnaire qui travaille pour Power Corp. ça semble un peu louche.  Je n’avais aucune raison de questionner ma légitimité felquiste puisque j’y croyais sincèrement et si par malheur j’avais dit quelque chose que je ne devrais pas dire, cela n’aurait été que le fruit de mon ignorance. Comme Simard, je me battais pour le peuple. Quant à ma pédérastie, certains la vérifièrent et ma vie a prouvé que ce n’était pas une invention. Si j’avais été du côté du pouvoir, je n’aurais pas fait quatre fois de la prison. 

Grâce à Gaétan Dostie, j’ai fait connaissance avec une foule d’écrivains québécois qui me fascinaient toujours plus les uns que les autres. Je me sentais bien inférieur, mais j’espérais qu’un jour ma plume soit assez riche pour donner quelque chose.

J’attachais beaucoup d’importance à ce que j’écrivais. Je voulais m’en servir si un jour je devenais assez populaire pour indiquer aux jeunes que le talent est quelque chose qui se cultive. Il ne faut pas espérer, dès le premier vers, être plus grand que Rimbaud. Les génies sont extrêmement rares.

Sur un plan régional, j’étais déjà devenu un poète écouté et respecté, ce qui était déjà beaucoup.

Un soir, à Sherbrooke, alors que je n’y croyais plus, ma poésie triompha.

Après avoir chanté dans mes poèmes mes amours avec Coco, je vis en descendant de scène un petit gars, assis seul, qui semblait me sourire. J’ai été immédiatement saisi par sa beauté, l’élément fondamental de l’amourajoie, sa raison d’exister. L’amourajoie est semblable à l’extase et le besoin de toucher que l’on ressent devant une œuvre d’art.

Je repoussai l’idée d’être aussi chanceux et que ces sourires me soient vraiment adressés, mais j’étais seul. Fort de ma présomption, je me suis assis loin de lui, mais dans la même rangée pour mieux pouvoir l’observer. Je le voyais qui se grattait sans cesse entre les deux jambes, me regardant de temps en temps, question de voir comment je réagissais. Était-ce une invitation? J’ai décidé de m’asseoir dans le banc voisin. Je vis la belle montagne qui se formait sur son pantalon. Les petits sauts dans le pantalon. Une montagne déchirée par les rayons de la scène pendant que la musique accompagnait la poésie. Lucien Francoeur était meilleur que jamais.

C’est avec un peu d’hésitation que mes doigts se mirent à masser ce sanctuaire de pulsations. J’étais le plus heureux des hommes. Vauxcouleurs, la prude, m’offrait un de ses enfants. .Évidemment, plusieurs se scandalisent quand on raconte ainsi comment un petit gars peut traduire dans son corps un appel que même bien des adultes ont oublié. Ce n’est pourtant que la stricte vérité. Mais, pour pouvoir parler de sévices sexuels et d’attentat à la pudeur, de l’incitation des adultes, il ne faut jamais  croire  qu’un  petit  gars puisse  être d’accord  et  s’offrir  ainsi   au   plaisir. C’est non seulement la stricte vérité, mais c’est facile à comprendre : tous les jeunes ne meurent pas de peur en entendant le mot péché depuis leur enfance et ils aiment le plaisir. C’est normal plus normal que de haïr tout ce qui correspond au corps.

Dans notre société, le sexe est devenu quelque chose de terriblement important parce qu’on essaie de l’interdire aux jeunes qui le découvrent. Dans mon temps, on ne voulait même pas en parler. Les adultes font abstraction totale de leur propre expérience pour mieux se faire croire qu’être innocent, c’est être chaste. On ne différencie plus ce qu’être pur, chaste ou bonasse.

Je n’ai jamais été et je ne serai jamais seul à ne pas comprendre une telle folie de la part de la société. Probablement, parce qu’on est trop borné pour constater qu’il n’y a pas que la procréation dans la sexualité. Pourquoi un pénis est-il plus important qu’un autre organe de notre corps, sinon parce qu’on est ignorant et qu’on s’est fait laver le cerveau?

J’étais moins scrupuleux, plus heureux. Je voulais vivre mon amourajoie et la défendre, même si je savais que presque tout le monde est contre de telles relations sexuelles parce qu’on s’imagine que l’enfant est profané comme s’il ne vivait pas sa propre sexualité, à son propre rythme. Une réalité qui a été fortement démontrée par la science.

En fait, cet interdit donne le droit aux adultes de contrôler la vie sexuelle des jeunes. Cela incarne leur relation avec l’autorité. On a peur que si un jeune a une relation gaie, il le devienne automatiquement. Pourtant, mon expérience me prouve que c’est absolument faux. La religion a créé cette répression et l’interdiction aux jeunes de disposer de leur corps; mais cette surprotection maladive est née avec la bourgeoisie et est l’œuvre de la médecine. Il faut lire l’histoire de la sexualité de Foucault.

Cette nouvelle façon d’affirmer mon droit de partager avec ceux qui le désirent les joies sexuelles n’était pas sans me créer différents problèmes. Ceux qui ne me connaissaient pas pouvaient facilement me prendre pour un maniaque. Par contre, dans mon  entourage,  on  se  montrait  tolérant  envers  moi  parce  qu’on reconnaissait que je cultivais un tel culte de l’enfant que je ne pouvais pas être un danger pour eux. Une telle vénération était beaucoup trop poussée pour les mettre en danger. Cependant, je ne me sentais pas totalement accepté. Étais-je réellement paranoïaque? Sûrement!

Politiquement, certains m’admiraient; mais cela tournait toujours contre moi, dès qu’on apprenait que je suis amourajeux.

C’était comme si mon orientation sexuelle avait strictement rapport avec mon goût pour un Québec indépendant. J’ai toujours pensé que le Québec sera plus tolérant que les autres pays d’Amérique du Nord, parce qu’ils sont protestants et aussi qu’il sera ainsi plus facile d’essayer de faire comprendre à la majorité mon point de vue dans un monde plus petit.

D’autres mettaient en doute ma loyauté envers mon engagement, du fait que je n’étais pas sans cesse importuné par la police. Une nouvelle peur s’installa : qu’est-ce qu’on pense de moi?

J’allais voir Coco persuadé que certains étaient assez fous pour croire qu’il s’agissait là d’un moyen employé par le système pour me récompenser ou essayer de me posséder. J’en suis venu à croire que j’y jouais une fois de plus ma vie. Braver la mort en valait la chandelle. Mes amours n’en étaient que plus sublimes… mais probablement moins équilibrés parce qu’ils prenaient une dimension qui n’existe pas dans la réalité. Ma vie politique se mariait très mal avec ma vie sexuelle délinquante.

Pourtant, c’est humiliant en maudit de risquer — vraiment ou en imagination — sa vie pour une population qui du jour au lendemain te « lynchera » parce que tu n’acceptes pas toutes ses règles. Comment les assurer que tu ne te fais pas acheter par la police? Je n’étais quand même pas pour courir après les policiers pour leur demander de me tapocher, juste pour éliminer tous les soupçons. Je savais qu’un jour ou l’autre, ça arriverait et que dès lors mourraient d’eux-mêmes tous les soupçons. Je ne pouvais rien d’autre.

Je travaillais de toutes mes forces pour les Vauxcouleurs, en songeant que je le faisais indirectement  pour  les  petits  gars.  L’interdit  rend toujours  un peu  fou.

Mon amour était cosmique : la nature était plus belle que jamais. J’étais un peu moins frustré et jamais la guerre ne me répugnait autant, car je songeais aux enfants qui y sont tués. J’étais devenu grâce à ma liberté, un adorateur de la Vie.

J’ai entrepris, en me sentant aussi bon que les autres malgré mon amourajoie, lutte sur lutte pour le bien-être de l’Estrie, les Vauxcouleurs… Je m’engageais surtout dans ce qui me semblait une question de justice sociale. Journaliste, j’avais un pouvoir réel. Je pouvais facilement entrer en communication avec ceux qui nous représentent. On oublie trop facilement qu’ils sont élus pour nous servir.

J’étais bien conscient que pour une bonne partie des humains je n’étais qu’une charogne dès qu’on découvrait ma tendance à la liberté sexuelle. Être amourajeux, pour la majorité des gens, c’est pire que tuer… c’est stupide, mais c’est ainsi.

Je considérais qu’il était important de dire que je suis amourajeux ne serait-ce que pour être honnête avec les gens qui m’entourent, mais en parler, c’est t’assurer d’être crucifié. Qu’est-ce que tu fais dans ce temps-là?

Je suis persuadé que la plus grande sécurité pour les petits gars serait que l’on puisse en parler ouvertement, de manière à ce que le sujet puisse être abordé sans devenir fou. Ainsi, le jeune serait aussi libre de se confier sans gêne et  sans peur à ses parents ou un prof ami, s’il en a besoin. On essaie de nous faire croire qu’on est libre, mais on a seulement le droit de dire non.

Pour moi, la cause des Vauxcouleurs, c’était la même que celle de mes amours, de ma sincérité, de mon honnêteté. Dans un cas comme dans l’autre, j’étais décidé à crever, s’il le fallait, pour aider la région à se sortir de sa situation financière difficile.

Durant quatre ans, sans pouvoir le contrôler, à plusieurs reprises, j’ai revécu ces pénibles moments au cours desquels j’avais la certitude de me faire tuer.

Était-ce l’effet de deux accidents bizarres de voiture qui devinrent une raison de croire que c’était possible d’être tué par le système? De nombreuses personnes étaient tuées ailleurs pour des raisons politiques ou sexuelles comme cela s’est produit en Italie, par exemple. La droite religieuse s’imagine faire l’œuvre de Dieu en tuant ceux qui ne partageant pas leurs croyances… J’étais fier de moi. Je bravais la mort par amour.

Si mon amourajoie permettait sans traumatisme quelques petites expériences génitales; par-ci par-là, elle me portait à croire dans un très haut degré de sacralisation de l’enfant, de ses droits et de ses besoins. Aucune peur  ne pouvait m’empêcher d’agir comme il me semblait bon de le faire. L’amour des petits gars, c’était ma révolution : le besoin de rendre la vie plus humaine, plus tolérante, plus fascinante.

Mon fan-club augmentait. Quand on me parlait de révolution, on discutait aussi d’amourajoie. Si je n’ai pas dû révolutionnairement justifier mes amours presque tous les soirs, je n’en ai jamais parlé. C’était un autre poids à porter. Une autre façon de semer le doute en moi parce que je suis différent.

Sur le plan politique, je n’étais pas toujours peureux. Cela m’arrivait seulement quand j’avais la police aux fesses ou encore quand j’étais avec de nouveaux compagnons de lutte qui, ne me connaissant que récemment, me manifestaient à cause de mon amourajoie un manque de confiance.

Je ne voulais pas être un second Mario Bachand que l’on disait tué par des felquistes pour ses bobettes. Cependant, tous croyaient que ceux-ci étaient de faux felquistes, des agents de la GRC. Les deux agents coupables vivraient maintenant au Québec. C’est cela qu’il ne fallait pas qu’il se sache d’où la police française aurait toujours refusé de faire la clarté sur cette situation. Si Bachand avait été tué par des felquistes jusqu’à quel point pouvait-on croire ne pas être descendu pour de simples soupçons? Était-ce un moyen de la GRC pour dissuader les futurs candidats felquistes?

Ainsi durant sept ans, sans pouvoir le contrôler à plusieurs reprises j’ai revécu ces pénibles moments au cours desquels j’avais la certitude de me faire tuer.

Chaque fois, j’en suis sorti un peu diminué, honteux qu’avec le temps je n’aie pas réussi à vaincre ces traumatismes stupides. J’étais sans l’avouer redevenu l’enfant torturé, incertain, peureux.

Si j’acceptais de compenser la peur par la peur, je rejetais une violence qui s’attaque à qui que ce soit. J’avais un trop grand respect de l’être humain grâce à mon amourajoie pour accepter ce mécanisme archaïque.

La violence physique m’apparaissait incorrecte dès qu’elle touchait un être humain. Je comprenais et utilisais la violence verbale; mais à mon avis, devoir se servir de violence physique n’était pas un signe d’intelligence, mais un cri d’impuissance et de désespoir.

Tu dois régler des choses avec ta tête; car si tu utilises tes bras, tu es un imbécile.

Le fédéral le faisait largement. Il ne respectait rien, même pas les lois qu’il avait édictées. Comme en Amérique du Sud où le meurtre de ceux qui réfléchissent trop est courant, la mort de Gouin confirmait que le système chez nous commençait à s’installer. Aux États-Unis, les Black Panthers étaient mitraillés dans leurs appartements ou dans les prisons par la police qui n’a jamais eu à répondre de ces meurtres.

La GRC fédéraste n’avait-elle pas intérêt à écraser les Québécois? J’avais de maudits problèmes de conscience : comment être un pacifiste dans ces conditions?

Les politiciens en auraient sûrement tiré parti s’ils avaient connu cette faiblesse; mais je m’en cachais bien. Quand je buvais, j’offrais l’image du dur, de l’irréductible; mais je devenais en même temps un casse-pied pour mes amis. Après un certain nombre de bières, je tombais dans des crises de paranoïa inouïes. Tout le monde devenait policier ou felquiste, Je reprochais à mes amis de ne pas être sincères.

Comment pouvait-on m’aimer en refusant d’admettre que l’amourajoie ne cause aucun préjudice aux jeunes? C’est l’équivalent de me condamner.

Je n’avais pas toujours tort d’être parfois paranoïaque. J’étais testé de toutes les façons. À la taverne, les questions sur mon amourajoie et la révolution fusaient de partout. Je donnais mon interprétation sans jamais expliquer que ma plus grande peur était la violence : j’aimais trop les jeunes pour les voir souffrir dans une guerre avec le fédéral. Mais, jamais je ne pourrai accepter le fédéralisme, car il tue le Québec.

À cet amour, à cette passion, mon amourajoie ajoutait tout le mépris imaginable contre l’exploitation subie par mes ancêtres. Ainsi, je devais avouer que si une guerre civile commençait, je serais inévitablement aux barricades. « Vous ne nous ferez pas avaler la merde que vous avez fait avaler à nos aînés, on vous fera sauter avant», pensais-je.

C’était un de mes plus profonds sentiments.

Pour moi, la révolution n’avait rien à voir avec ce que nous prêchaient les marxistes-léninistes. Mon but premier n’était pas de renverser le système capitaliste; mais de combattre pour que la vie des enfants qui viendront soit sans les difficultés connues à travers l’histoire jusqu’à maintenant. Je pouvais visionner le monde désiré et celui que nous avions alors.

L’objectif majeur était d’éliminer les sources de violence en faisant sauter les sources de frustration.

Il faut tuer tout fanatisme tant sur le plan de la morale, de la religion ou de l’état. Il faut croire que l’homme est vraiment l’être le plus beau et le plus prometteur de la création. Je ne voulais pas de la révolution par vengeance, mais par la transformation de la vie quotidienne pour le mieux-être de tout le monde.

Il est évident qu’à ce moment-là, les bêtises d’un système sont d’abord perçues à travers celui que tu vies, mais les bêtises des autres finalement finissent par te rattraper. En d’autres mots quant à moi la révolution n’était pas de détruire des systèmes, mais de rendre la société plus humaine.

Pour arriver à ça, il ne fallait pas seulement l’indépendance du Québec, mais une révolution culturelle.

Quand on ne me parlait pas de révolution, on discutait de l’amourajoie.


J’ai dû comme révolutionnaire justifier mes amours presque tous les soirs. C’était une autre croix à porter.

Je n’avais pas encore lu W. Reich qui prouve que la répression sexuelle des jeunes vise dans notre système à créer une situation permanente de culpabilisation n’ayant d’autre but qu’améliorer les performances de la production pour recouvrer l’absolution sociale.

Aujourd’hui, on essaie de discréditer W. Reich en soulignant qu’il a terminé sa vie en asile psychiatrique. Ce qui arrive à ceux qui tentent d’amener des idées et des perceptions nouvelles… La lutte pour faire valoir ton point de vue peut t’amener à des extrêmes, mais est-ce que Reich avait totalement tort? Ne parle- t-on pas aujourd’hui d’énergie noire qui compose notre système dans une très grande proportion et qu’on ne peut classifier d’aucune manière. Est-ce l’énergie à la base de la vie est différente de toutes les énergies comme le prétendait Reich? Dans cas, il aurait été proclamé fou parce qu’il fut plus intelligent que ceux qui régissent le système. Sa conception remettait en cause le système économique qui se confond à l’exploitation humaine.

Tout ce que je  pouvais  expliquer,  c’était  le  comportement  des  jeunes garçons avec qui j’avais eu des expériences amoureuses. Je savais qu’il est faux de prétendre qu’il y a violence ou domination. Les seules séquelles que j’ai eues à faire face à la suite de telles expériences furent le plaisir indicible de se revoir. Très souvent on n’en reparlait pas parce que depuis le petit gars s’était marié et cela aurait été débile de risquer de briser une vie de couple. Souvent les femmes ou les hommes sont jaloux du passé de son partenaire.

Tout le monde était étonné d’apprendre que ça se passait en dehors de la sodomie, sans violence ou domination de ma part. Pour moi le plaisir du petit était plus important que le ciel, mais je n’ai jamais exigé un geste de leur part. Tout devait se dérouler selon leur goût. Jamais je n’ai demandé à un jeune de faire quoi que ce soit. Les choses arrivaient alors que nous étions prêts tous les deux à les vivre. Plus souvent qu’on le croyait, le jeune était tout aussi intéressé, sinon plus que moi, à cause d’une curiosité encore inassouvie. Les jeunes devenaient mes amis, même s’il ne s’agissait que d’aventures passagères et encore plus surprenant, les petits gars qui étaient hétérosexuels mettaient eux- mêmes fin à la relation génitale, tout en demeurant mes amis. Toute la culpabilisation autour des rapports amourajeux est le fruit de notre morale qui est complètement déconnectée de la réalité humaine. Les émotions jouent un rôle primordial dans une relation amourajeuse. Elle ne peut pas exister sans une confiance et une admiration sans bornes.

Loin d’être négatifs, mes rapports avec eux permettaient souvent qu’ils prennent encore plus confiance en eux. Ils repartaient le sourire aux lèvres et ils manifestaient beaucoup de plaisir à me revoir. Pourquoi en aurait-il été autrement?

Avec le temps, je les ai perdus de vue comme ça arrive si souvent dans la vie. Cela crée un autre problème pour l’amourajeux. Il peut survenir une accusation plusieurs années plus tard à la suite d’un acte passé, même si tu t’es totalement transformé ou que le jeune s’imagine qu’il peut se faire bien du fric avec le chantage… une nouvelle industrie de la droite religieuse et des féminounes.

Le sexe physique est un plaisir à découvrir. Une expression d’amitié s’il est accompagné de sentiments véridiques et profonds.

Évidemment, toutes ses activités se déroulaient dans le cadre de la vie d’un jeune, c’est-à-dire à travers le jeu et le plaisir. C’est pourquoi les séances génitales n’avaient pas d’importance dans le cas des jeunes. Comme me l’avait dit un des psychiatres consultés: « On ne peut pas être contre la façon selon laquelle tu vies ton amourajoie, car elle tient absolument en compte l’effet sur la vie du jeune. C’est un respect qui ressemble à une forme d’adoration.»

La question qui revenait toujours était la domination.

On admettait difficilement qu’un jeune puisse se sentir vraiment égal à un adulte. On s’imagine qu’un jeune a automatiquement peur d’un plus gros que lui. Ce qui est absolument faux.

Peu de personnes ont eu la chance d’expérimenter la liberté dans le cadre d’une morale ouverte. Contrairement, à ce que la vie m’apprenait, les féminounes répandaient qu’une relation durable avec un jeune avait pour but d’obtenir une confiance inébranlable pour pouvoir en abuser par la suite. Abuser de quoi ? Du plaisir ? On dirait que les femmes ne peuvent pas voir la sexualité en dehors de la nausée.

On oubliait que le pédéraste tombe littéralement en amour avec le jeune qui lui plaît et que c’est tout à fait réciproque. La relation est souvent le fruit d’une relation plus que fortement émotive. C’est plus souvent un échange d’énergies que de la simple génitalité. D’ailleurs l’un n’empêche pas l’autre. L’affection est aussi importante que le cul dans une telle relation. La tendresse est le langage employé.

Les gens refusent la réalité, simplement parce qu’ils ont toujours entendu dire que le jeune est une victime comme s’il ne pouvait pas jouir de la situation. Le jeune a sa propre sexualité depuis sa pré naissance, donc une expérience amourajeuse peut très bien et doit d’ailleurs se situer dans son développement. Il peut y avoir des conséquences négatives que si le jeune est appelé à vivre sans tenir compte d’où il est rendu dans son cheminement. La relation intergénérationnelle est une réalité depuis le début de la vie; car, le garçon apprend à être un homme à travers l’homme plus âgé.

Comment peut-on continuer de baser son agir en hypocrite quand on sait que ce que l’on nous a appris est parfaitement faux.

C’est pourtant ce qui arrive dans notre société. Je savais, par expérience, que les jeunes en ressortaient plus heureux. Ceux qui parlent d’un profond traumatisme doivent avoir beaucoup d’imagination et très peu de connaissance de l’adolescent pour se le faire croire. Évidemment, je parle de situations dans lesquels le jeune est parfaitement libre.

La vérité n’est-elle pas plus importante que le mensonge? Ce qu’on enseignait a pour but de contrôler les émotions de tous les individus. Pour maintenir le pouvoir moral sur la masse, il faut mentir et laver les cerveaux dès l’enfance. Il n’y a pas que l’esclavage économique, il y a aussi l’esclavage émotif.

Je connaissais aussi la névrose qu’on alimente en s’interdisant ces plaisirs, somme toute insignifiants. La relation entre gais peut être différente de la relation hétérosexuelle, car elle ne donne pas naissance à nouvel être. L’amour gai ou hétéro se déroule obligatoirement en dehors de toute forme de violence et de domination. L’amour est d’abord un partage. L’amour gai n’exige pas une fidélité pour protéger l’avenir de ses enfants.

Cette morale unidimensionnelle de notre société est fortement implantée dès la naissance chez tous. Dès que tu en dévies de la morale que l’on t’enseigne, tu es écrasé par une honte terrible. T’es un cochon, un monstre, un pervers. Mais, dans le fond, tu n’y peux rien, c’est strictement ta « petite nature », une réalité que tu n’as même pas choisie et qui, sans violence, ne procure que du plaisir et du bien. Qui est blessé par une fellation?

Pire tu vis constamment dans la peur des langues sales qui sont prêtes à te faire exécuter au nom de leur dieu d’amour. Comment ne pas être fasciné par la beauté d’un adonis? Comment ne pas être paranoïaque en sachant que chaque moment de ta vie pourrait être le dernier en liberté? Comment accepter des règles de la société quand tu sais que le point de départ est faux, basé sur une ignorance crasse de la réalité humaine?

Comment peux-tu croire que tu peux nuire à ton jeune amant quand tu sais que cet interdit est ridicule et contre nature? Il y a bien des niveaux et beaucoup de formes en amitié comme en amour. La peur de la sexualité à l’adolescence repose sur le fait que la jeune fille peut être enceinte; mais dans le cas d’une liaison gaie, ce problème n’existe plus. Sans entacher l’égalité homme femme, il faut savoir reconnaître l’existence des différences.

Personne n’est pareil. La répression sexuelle est une mode, une façon de vivre qu’on t’imprime dans la tête dès la plus tendre enfance. Cette règle est non seulement payante pour la mode; mais pour les religions, les psychiatres, les avocats et les juges. Il y a évidemment des détraqués dangereux dont la société doit protéger les enfants, c’est évident, mais les règles ne font aucune nuance entre ce qui est violent et ce qui ne l’est pas. Ce qui est viol ou un plaisir  partagé. On agit comme si le plaisir sexuel était le mal en soi. C’est d’ailleurs pourquoi ce sont les parents qui décident de ce qui est bien ou mal, plutôt que les jeunes. Comment peut-on ainsi créer une conscience personnelle? Comment peut-on vivre des expériences qui forment notre propre jugement?

C’est le racket de la protection des jeunes dans sa totalité. L’interdit repose sur la sacralisation d’une partie du corps – celle qui transmet la vie – parce qu’on ne comprenait pas et qu’on n’arrivait pas à expliquer le phénomène des naissances. On a donc inventé des moyens pour protéger la procréation essentielle à la survie de l’espèce. La base des interdits vient du fait que l’on croyait que le sperme était une partie du cerveau ou en quantité limitée d’où fallait-il le protéger.

Le meilleur moyen pour les religions afin de tout contrôler face à une telle ignorance est de tout interdire en dehors de la procréation, s’assurer qu’il ne peut pas y avoir d’amour en dehors des règles établies. Le rôle des religions est de donner un sens à la vie, à l’expliquer, ce qui est impossible quand tu ne connais pas encore l’existence des spermatozoïdes ainsi que le fonctionnement de l’homme et de la femme. Tout ce qu’on savait : si on faisait l’amour, on pouvait avoir un enfant et l’homme devait abandonner une partie de son cerveau. Pauvre homme ! On niait l’existence de l’homosexualité ou on la prenait pour une maladie mentale.

Plusieurs sociétés ont créé des rites différents à partir de leur expérience de la vie. Les règles sexuelles sont donc des ententes sociales. Une interprétation de la nature. Une manière de conjurer ses peurs. Comme le disait Jean-Jacques Rousseau, c’est un contrat social.

Avec les religieux, ce fut encore pire : on prétendit que le sexe nous éloignait de Dieu. Ainsi, on créa de toutes pièces des règles venant d’un Dieu qu’on inventa. On créa une force intérieure assez forte pour être quasi incontrôlable, des interdits auxquels on ne peut pas échapper, car on peut être tué par les religieux qui les appliquent. Sans contrôler la sexualité, l’homme était, disait-on, encore pire que la bête.

Un sourire venu d’enfer 11

octobre 28, 2020

Autobiographie approximative

Page 75 à 85

Au début, la crise d’octobre était prise à la légère.

Un soir, au souper, après le kidnapping de Laporte, le président du journal me demanda si à mon avis la situation paraissait assez sérieuse pour justifier l’intervention de l’armée. « Ça n’y changerait rien. », avais-je dit.

Peu de temps après, le président s’amusait de mon silence quand les soldats mitraillette au poing venaient dîner au même restaurant que nous. S’il avait su que je participais à une résistance pacifique, il m’aurait sûrement trouvé moins docile.

Tous ceux qui me connaissaient me savaient inconditionnellement pour la non- violence quoique d’accord avec les buts du FLQ comme des milliers de Québécois. J’avais la certitude que cette crise était l’aboutissement d’une profonde injustice fédéraste. J’approuvais le FLQ et c’était l’image que je voulais que l’on retienne de moi, malgré ma peur panique.

Il était normal que des gens un peu plus conscients prennent des moyens pour faire peur, faire réfléchir, équilibrer la peur qu’entretenaient les libéraux contre l’indépendance du Québec. Il fallait surtout faire sortir la vérité. Il était impossible de toujours tricher un peuple, sans que personne ne s’en aperçoive.

Aussi, à une soirée de poésie, j’ai récité des poèmes virulents contre les juges qui avaient fait enfermer certains prétendus chefs du FLQ. C’était l’époque du procès de Michel Chartrand. Je suis devenu membre du Comité des prisonniers politiques.

J’avais parfois l’impression de comprendre les messages felquistes publiés dans les journaux engagés et je croyais que l’on avait été consultés comme dans les films de Costa Gavras sur le sort de Pierre Laporte. Je me prenais de plus en plus au sérieux.

J’ai appris la mort de Pierre Laporte à la radio alors que je me promenais avec Réginald. J’étais complètement démoralisé. Comment avait-on pu assassiner un humain? Jusqu’où devais-je en porter la responsabilité? Est-ce que mon emballement aurait pu me rendre assez fou pour accepter la mort d’un être humain? Malgré ma fureur révolutionnaire, je demeurais un parfait petit chrétien contre toute forme d’assassinat.

Mes convictions profondes en prenaient une claque. Je me sentais responsable, même si je n’avais rien eu à dire. J’ai toujours été contre toute forme de peine de mort, à moins que ce soit pour défendre sa propre vie. Que valait mon opinion

puisque je ne connaissais aucun felquiste, même si je pensais que Gouin et ses amis pouvaient en avoir été? Plus je réfléchissais, plus il me semblait impossible que le FLQ ait fait le coup. J’ai commencé à soupçonner la CIA.

J’ai assez pris mon rôle au sérieux pour en devenir prisonnier.

J’ai inconsciemment modifié mon langage et développé l’image du vrai terroriste. De fait, je me croyais totalement l’un des leurs. J’étais fier de me prendre pour un felquiste, même si cela n’avait de réalité que dans ma tête et peut-être dans celle de la police qui me talonnait de plus en plus.

Plus j’étais fier de moi, plus j’étais paranoïaque. J’étais divisé intérieurement.

Guilbert prétendait que j’étais mêlé à ces évènements puisque selon lui dans le communiqué original du FLQ, on retrouvait une erreur de vocabulaire, soit Domptar au lieu de Domtar, erreur que j’étais le seul journaliste à produire en série. Le pire, au début des événements, comme convenu, j’avais fait parvenir un document sur la Domtar à Pierre Vallières. J’ai commencé à croire qu’on avait intercepté ma lettre d’où la mise en scène de la salle de rédaction.

De plus, un camarade de travail, le très bon journaliste Yvon Rousseau qui s’occupait de la police pour le journal me fit part à deux reprises de l’intention de la police de perquisitionner chez moi. La police lui aurait demandé si je pouvais vraiment être felquiste, ce à quoi il aurait répondu : « C’est impossible. Il ne peut même pas voir un blessé grave ou un mort sans s’évanouir. » Ce qui était presque vrai.

J’étais fier de moi. Je n’étais plus seulement le peureux, le niaiseux que j’avais toujours été. Je vivais une noble mission. Sans nécessairement me prendre pour un autre, ma paranoïa explosait de partout. J’avais peur, mais la révolution devenait ma raison de vivre. La révolution était plus forte que la peur. Je me battais pour le bien du peuple.

Une fin de semaine, je devais rencontrer un ami à Montréal. Je lui avais écrit auparavant que j’avais trouvé du « bon stock, pas cher » et que je lui en apporterais. J’ai ensuite pris conscience du danger, car si la GRC ouvrait parfois le courrier, on se ferait remarquer. J’avais alors une maudite peur que l’on croie que je le faisais exprès pour nous mettre dans le trouble. Autant je pouvais avoir peur quand j’y pensais, autant je me foutais de tout, quand je n’y réfléchissais pas.

Est-ce que la peur est un sentiment que l’on peut cultiver, nourrir en nous? Si j’avais peur du FLQ parce que j’avais peur d’être un imposteur, la police m’effrayait encore plus, car ils ont le pouvoir des médias pour faire croire ce qu’ils veulent. On parlait de personnes mystérieusement disparues et je croyais un peu dans ces histoires, car si elles se vivent ailleurs pourquoi ne seraient- elles pas vraies au Québec ?

J’étais à mes yeux un vrai révolutionnaire, même si je remettais en question la violence. La répression de la révolution crée souvent plus de morts que la révolution elle-même.

Je me souviens de m’être senti suivi par la police tout au long du voyage à Montréal. L’un des bonshommes, assis derrière moi dans l’autobus, dit clairement « s’ils sont tous comme lui, on n’est pas sorti du bois. » Non seulement je me suis senti visé, mais je dus par la suite les semer dans le métro, car ils continuaient de me suivre. Ma paranoïa était peut-être un peu fondée.

À ce moment, j’avais aussi peur du FLQ que de la police, car je croyais que les felquistes ne me pardonneraient pas de m’afficher FLQ alors que je n’y connaissais rien. Ma peur était stupide, car en fait je m’étais radicalisé pour essayer d’empêcher qu’il se passe au Québec ce qui se passait en Amérique latine. Si on peut tuer le président d’un pays, on peut tuer n’importe qui. Mais, au moins, si tu es journaliste, on peut craindre que le vrai visage de la répression soit connu plus vite d’où hésiterait-on un peu plus.

Si le journal avait permis aux policiers de me tendre un piège, c’est que l’on me soupçonnait.

J’étais parti à Montréal avec la peur de me faire exécuter parce que je jouais un jeu dangereux qui ne m’appartenait pas. J’avais décidé de faire face à mon destin et de tout simplement m’expliquer. On me croirait ou pas. J’étais un révolutionnaire sincère, malgré la peur que je dissimulais très bien.

Avec le recul, je me demande si ces peurs n’étaient pas des produits momentanés dus à ma consommation de marijuana. « Il est évident que les felquistes savent, eux, que je ne suis pas un felquiste », me disais-je. J’étais assez fou pour croire que je puisse être liquidé à cause de cette tromperie si je n’arrivais pas à m’expliquer.

Quand je me suis senti suivi, mon amour pour ce copain fut si vif qu’une seule idée m’obsédait : je devais les semer.

Ma peur fut encore pire quand j’ai été intercepté par deux autres policiers à l’entrée du métro. Ceux-ci ont exigé que je m’identifie et que je justifie mon voyage à Montréal. « Je viens faire la tournée des grands-ducs. », fut ma raison. Ils m’ont aussitôt laissé partir.

J’ai emprunté mille et un moyens pour m’assurer que je n’étais plus suivi par les deux hommes de l’autobus avant de me rendre chez mon camarade. J’ai eu si peur, j’étais si nerveux, qu’à mon arrivée chez mon ami, j’ai fondu en larmes. Cependant, après un bon joint, quand la musique remplaça les doutes, ce fut un

des plus beaux voyages de mon existence. Je revenais vite le bouffon que je m’étais efforcé d’être depuis que je prenais de la marijuana.

La paranoïa est une drôle de bibitte. Elle repose beaucoup sur la mésestime de soi. Je vivais cette réalité probablement à cause du fait que dès mon enfance, ayant été surprotégé je me sentais faiblard et ainsi parfois mon environnement me rendait peureux. J’étais surprotégé par ma mère à cause de mon état physique et je me créais facilement un monde. C’est ainsi qu’en entendant parler des écrits d’Allô Police et autres, je m’étais créé une peur affreuse des gais alors que j’aurais bien voulu être caressé par eux, ce qui retarda probablement ma prise de conscience quant à ma véritable orientation sexuelle.

En ce sens, je crois que les méfaits psychologiques d’une aventure sexuelle quand tu es jeune viennent plutôt de la peur et du mépris que la société fait naître autour de la sexualité. Ainsi, les féminounes remplacent les curés.

La prison n’avait rien fait pour diminuer mes appréhensions. La peur est cumulative. Comment vivre selon ta nature si tout condamne tes goûts les plus fondamentaux? Dans le temps, l’idée d’orientation sexuelle n’existait pas encore. On croyait les stupidités religieuses quant à la sexualité.

Mon engagement politique était-il un moyen de me revaloriser, de me déculpabiliser d’aimer les petits gars ?

J’ai vite cru que Laporte avait été assassiné par la CIA ou la GRC, son alliée. Pourquoi tuer un Québécois plutôt qu’un Anglais? N’est-ce pas un bon moyen pour tuer à jamais le FLQ dont la popularité grandissait à toute vitesse? Pourquoi une cellule avec un nom de régiment militaire plutôt qu’un nom de patriote? Qui d’autre que la police, pour réaliser les menaces de Trudeau, pouvait avoir déposé une bombe sous une salle de danse à Granby? Pourquoi le FLQ se serait-il privé de son meilleur atout : avoir un otage? Que Laporte ait été ou non un salaud n’avait rien à faire dans son droit de vivre. Quel Québécois ne connaît pas l’aversion de son peuple vis-à-vis la violence?

Aujourd’hui, j’ajouterais : pourquoi comme dans le cas d’Aldo Moro, ces évènements surviennent-ils juste avant les élections? Ces gestes rendent la population encore plus conservatrice. Elle opte vite pour la droite politique. Une chose est certaine Jean Drapeau profita de la crise pour obtenir un vote plus à droite. Au Québec, il suffit qu’il y ait de la violence pour que la majorité se tourne en faveur de l’autorité. On a été élevé ainsi.

Craignant que la CIA soit impliquée, je me suis mis à avoir peur que l’armée américaine soit dans le coup. À force d’y penser, il me vint à l’idée que l’armée américaine se sert parfois de télépathie pour communiquer. Je ne voulais pas les aider, comme si cela avait été possible. Aussi, ai-je commencé, le soir, à

m’empêcher de dormir et de réfléchir… au cas où. Quelle stupidité! Dans ma douce folie, il y avait deux mondes : les bons felquistes et les mauvais policiers.

Pour rendre la chose encore un peu plus bête, le frère du ministre Georges Vaillancourt questionnait ma mère pour savoir où j’étais le soir de la mort de Laporte. Étant de plus en plus fanatique, ma mère me croyait possiblement impliqué.

Ces peurs n’existaient pas toujours. C’étaient des peurs itinérantes. Elles m’habitaient de temps en temps, mais prenaient alors un espace considérable.

Aussi, pris entre ces deux peurs je partais parfois pour la gloire. Il arrivait souvent quand je fumais du pot un peu fort de croire, dès les premières réactions, que je venais de prendre du poison. La peur me prenait de plus belle en songeant que je mourrais sans avoir de réels reproches à me formuler; mais le plaisir revenait avec l’apparition de la musique.

J’avais tellement peur de vendre le FLQ sans le savoir (ce qui était complètement impossible puisque je ne connaissais rien du FLQ) que  j’acceptais de mourir pour ne pas lui nuire. En réalité, j’aurais été plus brave si j’avais été un vrai felquiste, je n’aurais pas eu ces doutes idiots.

Pour qu’un non- violent intransigeant en vienne à accepter la violence comme seul moyen de rétablir la justice, il faut que les coups de cochon et l’anti démocratie fussent évidents. Le fédéralisme est un mensonge perpétuel au Québec. C’est normal, car on ne veut pas perdre la vache à lait qu’est le Québec au sein du Canada.

Je me suis tellement pris pour un révolutionnaire, que j’en suis venu à prendre tout le monde pour des policiers. Je n’avais pas l’étoffe d’un terroriste. Je doutais parfois de mes meilleurs amis et même ma famille n’y échappait pas. Je croyais sans cesse être assassiné ou parfois je pensais que je devrais me suicider pour ne pas aider les forces de l’ordre, l’ordre de ceux qui nous exploitent. Cela devait déprendre de la sorte de pot que je consommais. Une chose est certaine la musique rendait les voyages très agréables et le sexe encore plus.

Je vivais parfois un vrai calvaire intérieur. Je prenais conscience que j’étais très insécurisé, fruit de la chicane permanente entre mon éducation et la vraie vie. Mes valeurs et celles de la société. Ça ne paraissait pas, car, j’étais tout autant brave que paranoïaque quand il s’agissait de défendre les intérêts de la région.

Je croyais dans ma mission. Je voulais aider les pauvres de la région à se sortir de la misère. J’étais prêt à mourir pour améliorer la situation des miens.

J’étais heureux seulement quand je me sentais en amour et en lutte pour un autre petit gars, devenu le symbole de mon engagement. Ça n’avait aucune signification dans la réalité et je le savais. Le petit gars était seulement la raison

de ne pas obéir aux règles d’une société que je percevais comme de plus en plus pourrie. Ma pédérastie était ma force, celle de l’Amour.

19

Mon amourajoie (pédérastie)

C’est probablement parce que durant toute mon enfance je voulais devenir un saint. L’amour est le centre de l’enseignement chrétien, le summum de cette religion. Pourtant, dans la même phrase on interdit les gestes sexuels quand on parle d’amour. On les proclame péchés.

Enfant, on est déjà divisé intérieurement, car si on se livre à ses instincts naturels on est classé comme des pervers, des cochons. On n’a pas besoin que le discours s’adresse à nous, en particulier, on sent ce que les gens pensent de nos pareils pour nous juger. On applique ces réflexions à notre petite personne. C’est ainsi que la morale sexuelle québécoise est responsable du suicide de tous ces jeunes qui n’arrivent pas à accepter de se découvrir gais. La morale sexuelle actuelle porte la mort de tous ces jeunes, car elle l’a provoquée. S’il y a des sévices dans une relation sexuelle pédéraste, c’est que cette morale vient démolir le plaisir pour en faire un crime. Et quand tu es jeune, tu ne peux pas répondre à la question : pourquoi est-ce mal ? D’ailleurs, aucun adulte ne pourrait apporter une réponse intelligente à cette question, car il y a des siècles que la répression sexuelle existe.

En réalité, mon amourajoie était bien plus souvent faite de désirs que de passage à l’acte, même si pour les autres, mes aventures pouvaient paraître très nombreuses. Malheureusement, il s’agissait plus d’aventures que d’un amour continu partagé. C’est normal puisque les relations adulte-ado sont toujours vues comme anormales. Une situation définit par la peur du sexe entretenue par les religions et aujourd’hui les féminounes. La pédérastie transperce peu souvent le temps et s’identifie davantage à un épisode de découverte de son identité sexuelle.

Il y a dans l’amourajoie une complicité intergénérationnelle qui vaut toutes les éternités de contemplation religieuse. Être en amour avec l’amour, nous permet de vivre comme sur un nuage, avec l’impression d’être branché directement à Dieu. Dieu dans le sens de plaisir intérieur si englobant que cette énergie transcende tous les moindres problèmes. Une sorte d’euphorie tranquille aussi enveloppante qu’un bon bon verre de vin.

Sans le savoir, je me libérais de plus en plus de ma culpabilité religieuse d’enfance. Plus je me déculpabilisais, plus je m’affirmais et plus j’étais heureux.

Si tout allait mal dans la région, heureusement pour moi c’était le contraire. Un événement était venu rétablir l’équilibre.

Un soir près d’une auto accidentée, près de chez moi, un jeune garçon examinait les dommages. Sa beauté était très grande. Je l’ai invité chez moi, malgré les dangers.

Il s’appelait Gaétan comme mon colocataire.  Il avait 16 ans. Je trouvais ça drôle, car je vivais alors chez un autre Gaétan.

Il prit une bière en me racontant comment il se protégeait des fifis avec l’arme qu’il dissimulait dans sa poche. J’avais fait exactement la même chose durant des années quand j’étais adolescent et que je faisais de l’auto-stop. Sa beauté m’attirait trop pour ne rien risquer. Je m’avançai, je le complimentai sur sa beauté et sa jeunesse, et lentement, mais sûrement, j’étendis les doigts sur son pantalon.

Sans surprise, j’ai constaté qu’il était bandé comme un bœuf ou un cheval (à votre goût) et avec plus de consternation, j’ai vite pu visualiser une queue beaucoup plus longue et grosse que la mienne, s’il vous plaît. On n’a pu les garçons de 16 ans qu’on avait. Non seulement ils sont plus émancipés qu’on l’était, mais ils sont aussi plus développés. On pourra jamais  me faire croire   que ça ressemble à de la pédophilie, car non seulement chacun est consentant, mais chacun en jouit. Il savait ce qu’il voulait et il avait les instruments pour tracer son chemin…

Fort de cet exploit, la chasse fut ouverte avec frénésie. Chez les amourajeux comme les gais, la chasse ou la cruise est un instant privilégié. L’excitation de l’incertitude « titille » autant que le partage concrétisé. Elle te vire l’âme à l’envers. La seconde du oui mutuel ou du dur rejet humiliant est attendue comme le bruit de la foudre après un éclair.

Un jour, dans un restaurant, j’ai fait la connaissance d’un petit rouquin qui, pour quelques faveurs, me laissa boire à sa fontaine de jouvence. Un éveil à la vie et à la joie. Tant pis pour les gens scrupuleux qui n’auront jamais connu l’arrivée au paradis… Avec lui, je retrouvais la paix et le bonheur. J’étais pour lui toute tendresse. Éric avait un petit zizi juste assez costaud pour répondre à mes rêves.

Éric m’amena quelques-uns de ses petits copains à un tel point que ceux qui me connaissaient parlaient de fan-club. On disait alors que l’amour est plus fort que la police et la peur. Chose certaine, ce peu de félicité m’amena à vouloir à nouveau faire face à tous les dangers.

Les petits m’aimaient certainement moins que les avantages que leur procurait mon portefeuille. Coco, par exemple, avait toujours des problèmes de finance desquels il voulait que je le tire. Évidemment, cesser d’être toujours attiré, sans jamais pouvoir satisfaire ses désirs, devenait de moins en moins chose courante. Je me posais peu de scrupules, car, il était évident que ces jeunes ne manifestaient pas d’intérêt qu’envers moi. Ils connaissaient le tabac. Ignoré que cela est possible chez bien des jeunes, c’est être naïf et aveugle. La plupart du temps, ils essayaient de m’exploiter et tout aussi souvent je me prêtais à leur jeu. Le partage est naturel dans une telle relation. C’était l’échange de bons services.

Je refusais cependant les relations d’ordre purement commerciales. Je voulais des amis. Les jeunes trouvaient souvent moyen de me soutirer de l’argent, mais le chantage n’existait pas encore. La tendresse est une force inimaginable chez les amourajeux. Un beau regard vaut cent ans de paradis. Pas besoin de relations strictement sexuelles génitales. Un regard est souvent complet en soi. Il procure du moins, toute la sensation d’une caresse à l’âme. La flamme du désir.

Leur besoin d’argent ne m’apparaissait pas comme un défaut. C’est quelque chose qui survient bien naturellement chez les jeunes qui ont besoin de plus d’argent. La privation leur apparaît comme le refus qu’on leur fait de pouvoir avoir ce que les autres ont, ce qui à leurs yeux les diminue et devient une offense à leur fierté. On vit dans une telle société de consommation. Les limites deviennent un outrage à notre personnalité. L’argent n’était pas la raison fondamentale pour faire l’amour, car il n’était pas question de payer juste pour ça. Ils le savaient. Je donnais surtout à ces jeunes la chance de  partager  avec  un  adulte  leur  besoin de s’affirmer, ce qui leur permettait de se voir déjà adultes. Les jeunes adoraient l’égalité qui existait entre nous dans ces relations.

Cette réalité ne les diminuait pas : ils savaient fort bien qu’ils pouvaient tout avoir sans avoir à jouer aux fesses avec moi. La force du plaisir, la force de contempler une beauté me suffisaient souvent. Leur présence est ce qui était le plus important dans cet échange d’énergies. Les jeunes aimaient ces expériences sexuelles et j’aurais été un imbécile de m’en priver, sous prétexte que la majorité n’y comprend rien et l’interdit par ignorance

Coco m’a amené un jour un de ses copains qui voulait expérimenter la chose. À ma surprise, à l’excitation que je ressentais dans chaque pore de sa peau, lors de cette fellation, j’ai saisi qu’il jouissait plus que je ne le pourrai jamais. C’était en soi une récompense de le voir jouir autant.

Ces nouvelles aventures et mes poèmes m’ont amené à discuter ouvertement de mon amourajoie. Je ne craignais plus de dire à un petit « tu es si beau, je te  veux ». Dans les Vauxcouleurs conservatrices, c’était plus qu’osé; mais j’étais heureux de ne plus toujours devoir vivre en hypocrite.

J’étais convaincu que légalement, ces aventures ne pouvaient pas attirer d’ennui à personne d’autre que moi. Je m’en étais informé auprès d’avocats qui me l’avaient confirmé. Ainsi, j’étais certain que jamais on ne pourrait se servir de  mes relations avec les jeunes pour attaquer mes amis ou le FLQ. Il aurait suffi que l’on dise que des felquistes étaient gais pour détruire le mouvement tant

l’opinion publique croyait encore qu’il était anormal d’être gai.

Dans ma famille, à cette époque, peu étaient au courant de mon orientation sexuelle plutôt particulière. Mon père rejetait complètement mes amours et ma mère me dit parfois qu’elle préférerait me voir mort et sauvé que vivant et amourajeux. Ce n’était pas par méchanceté, c’était ce que l’Église nous apprenait. C’était le genre d’intolérance que la charité chrétienne prônait à cœur de jour. Une ineptie du genre : tu dois détester le péché et non le pécheur qui se mélangeait dans la tête des bons catholiques. Ces principes religieux sont devenus des formes de discrimination de la part de la majorité qui croyait détenir seule la vérité. C’était normal. Le sexe était le péché des péchés, la Cadillac pour se rendre en enfer. Le contraire de ce que nous propose une religion d’amour, si on y réfléchit.

Parce que j’étais encore un bon petit catholique, les remords de conscience refaisaient parfois surface. Mes expériences m’avaient profondément éloigné de la religion catholique. J’ai toujours eu un petit problème avec l’autorité. Je ne vois pas sur quoi repose le droit de décider pour moi ce qui est bien ou mal. Ce n’est pas parce que Dieu l’aurait défendu qu’il faut vivre contre nature. Il n’est pas matériel, lui, pour nous dire comment vivre nos limites. On ne peut pas aimer si on ne s’accepte pas.

Je doutais de plus en plus de la pertinence de m’interdire de partager une expérience sexuelle avec un autre garçon plus jeune que moi s’il en manifestait le désir. Je ne voyais réellement pas en quoi ces plaisirs pouvaient être dangereux ou néfastes pour ces garçons. Il n’y a rien de souffrant à se faire toucher la queue, même si on nous a appris que c’est pire que la bombe d’Hiroshima. Au contraire, c’est le ciel !

Pour une fille, ça pouvait être différent, car elles croient plus facilement que le sexe est mal, honte ou sévices. Les conséquences sont aussi différentes. Et, les filles n’ont pas la même émotivité que les gars. Pour moi, la seule chose qui comptait, c’était la vérité. Pourquoi nous mentait-on sur tout ce qui touche la sexualité? Pourquoi en avoir honte? La sexualité est humaine, personne n’y échappe.

La prison m’avait appris que le christianisme est profondément hypocrite, car il confond ses racines avec la Bible qui, elle, repose sur la punition, la condamnation  du sexe.  L’Évangile, tout au contraire, repose sur la tolérance    et l’amour du prochain. Plus je méditais, plus je percevais la différence entre Dieu et Jésus. Plus je m’approchais de Jésus, plus je trouvais le Dieu des Juifs fanatique et pervers, car il ne pensait qu’à punir et faire la guerre. Ce fut d’ailleurs un des points que j’ai développés dans L’Homo-vicièr.

Les chrétiens ont choisi le chemin de la lutte contre leur nature profonde et leur

sexualité. Ils oublient que dans les Évangiles en aucun moment Jésus ne considère le sexe comme quelque chose de mal. Il dit même à Marie-Madeleine qu’elle est pardonnée parce qu’elle a su aimer. Jésus condamnait aussi ceux qui jugeaient leurs voisins. L’amour était le centre de son message et non d’interdire le sexe. Pour lui, l’amour à l’intérieur du péché éliminait le mal. Même la Bible ne condamne que le sexe sans amour, sans sentiment. Quant à la phrase à savoir qu’il est préférable d’être jeté à la mer pour qui scandalisera un enfant, il serait urgent qu’on se demande s’il parlait vraiment de scandale d’ordre sexuel. Scandaliser un enfant, c’est lui mentir, c’est lui apprendre le mal. Mais, le mal est-il sexuel?

Le seul problème, le seul élément pervers que je voyais en moi, c’était dans ma manie de toucher le garçon perdu dans la foule qui me plaisait sans le lui demander, même si  je jugeais  de son accord ou son rejet  selon sa réaction.  Ce geste n’était probablement pas un geste d’amour. Il ne durait pas, dans le sens qu’il n’engendrait pas une amitié, mais il assouvissait une curiosité. Je ne voyais aucun mal à m’amouracher des garçons que je trouvais beaux. Mais, juste toucher pour le fun, ça ne cadrait pas dans la définition que je me faisais de l’amour. C’était un besoin compulsif. Une prison mentale et émotive. Je percevais cela plutôt comme une forme de perversion. Le fruit défendu.

Ma perception morale se raffina à travers la vie.

Un sourire venu d’enfer 10

octobre 27, 2020

Autobiographie approximative

Page 63 à 75

La vérité était devenue une vraie croisade. Du journalisme d’information, j’étais passé au journalisme de combat. J’exigeais de faire des liens entre les événements et de les resituer dans leur vraie perspective, ce que les patrons appelaient de l’éditorial. Pour moi, ce n’était  qu’éclairé   l’événement   pour   que   les   gens   comprennent. J’étais   un chevalier sans cheval, ni armure. Un Don Quichotte. J’étais très vulnérable. J’étais amourajeux, un défaut que personne ne saurait me pardonner parce qu’au Québec on s’imagine encore que la sexualité sans violence, c’est pire que de prendre de la cocaïne ou de tuer.

On n’évolue pas très bien le sens de pédophilie parce qu’on a peur d’être mal jugé par les autres. Être ami avec un pédophile, ça fait de toi un pédophile. On n’a même pas le réflexe de se demander si la pédérastie et la pédophilie sont semblables. Juste à entendre le mot pédophile et on perd la tête.

Je suis retourné à Québec. Je ne pouvais pas être plus longtemps sans Réjean, ça me faisait trop souffrir. Cette fin de semaine, non seulement mes amours avec Réjean ont ré ouvert une plaie; mais voir Mme G. littéralement fondre me bouleversa.

Elle me dit avoir apprécié Re-jean, le dernier livre qu’elle lut. Elle affirma y avoir trouvé la franchise et la sincérité qui me caractérisent et qu’elle admirait en moi. Cependant, elle doutait à savoir si c’était bon d’avoir laissé se développer ce rapport entre moi et Réjean.  À mon départ, Mme G. fondit en larmes et me dit en guise d’adieu : « Mon pauvre Jean ».

Jamais je n’ai ressenti autant mon incapacité à supporter la souffrance. Je ne pouvais plus me rendre à Québec. C’était trop dur… trop d’émotions.

16

Le meurtre de Gaston Gouin

Peu de temps après, un autre événement néfaste se produisait dans les Vauxcouleurs (Estrie), cette fois.

Gaston Gouin eut un accident en motocyclette. L’accident fut vite considéré par ses amis comme un meurtre commis par la GRC. Plusieurs faits demeuraient énigmatiques. Est-ce que le trou dans son gant était vraiment un trou de balle de revolver?

Comme plusieurs, j’ai cru que la GRC ou les services secrets canadiens venaient d’assassiner un des nôtres, le poète en noir, un poète de chez nous, car on le soupçonnait d’être un felquiste. Par contre, j’avais honte d’avoir été flatté quand Guilbert, au journal, m’avait dit : « Tu dois espérer qu’il meure. Ainsi, tu seras le poète des poètes de la région. » En réalité, cette remarque m’a révolté.

Lors des funérailles de Gouin, j’ai rencontré le chef du FLQ, Pierre Vallières. C’était la première fois que m’était présenté un gars mêlé officiellement à la révolution du Québec. Une chose m’intriguait: pourquoi le faisait-on connaître comme le chef des terroristes? Pour mettre en confiance et permettre les contacts? Parce qu’en était chef on pouvait ainsi selon les rencontres trouver ceux que l’on jugeait comme de vrais radicaux?

J’étais quand même très fier de rencontrer un gars qui faisait l’histoire d’où mes questions avaient peu d’importance. Quel rapport avait-il avec Gouin? Gouin était-il felquiste ou nationaliste? Et ses amis?

Ma rencontre avec Vallières fut très décevante. Pour lui, la Transquébécoise n’était pas importante. Elle permettrait aux «boss» d’avoir de meilleures routes. Il ne tenait absolument pas compte des 20,000 signatures de la population et la raison fondamentale d’un tel projet : transformer chez nous l’amiante.

C’est vrai que depuis que l’amiante est nationalisé, les Américains l’ont fait interdire sur tout le globe.

Cependant en discutant avec Vallières j’ai constaté que leur cause était noble et était très près de la mienne, soit plus de justice sociale pour les Québécois.

J’étais révolté. Si j’avais toujours été radicalement opposé à la violence, je commençais à comprendre que d’autres ne le soient pas et qu’il faut parfois y avoir recours pour se défendre ou se faire comprendre. J’acceptais l’idée que le système réagit seulement quand il y a une crise.

Pour des millions de dollars l’establishment hésiterait-il à tuer, à truquer des procès?

Quand un ami est tué par la police ou que du moins tu le crois, tu réfléchis sur la valeur démocratique de ta société.

Dorénavant, si je demeurais contre la violence, j’étais pour le droit de se défendre. Si Gouin avait été tué, qui serait le prochain? Non seulement les fédérastes étaient des menteurs, mais aussi des assassins.

J’ai commencé à envisager la révolution non plus comme un acte condamnable, mais de « juste guerre ». C’était la justice ou la vengeance. Je croyais les felquistes tellement purs qu’il m’était impossible d’entrevoir qu’ils puissent mentir.

Je n’avais pas oublié la mort de Gouin quand j’ai rencontré Claude Robidas, un ami d’enfance qui organisait un festival de la peinture à Scotstown avec Frédéric. Réginald m’y invita. J’ai passé plusieurs jours en compagnie des peintres qui participaient à ce festival.

Dès l’ouverture, j’ai été attiré par un petit gars qui se comportait comme dans

« Mort à Venise » et se plaisait à se retrouver partout sur mon chemin. Puisque toutes mes passions amourajeuses, mêlées à mon travail, se soldaient par des relations platoniques qui nourrissaient mon imaginaire esthétique, mes poèmes, cette nouvelle aventure se déroula sans scandale. Seulement ceux qui me connaissaient bien savaient que j’étais en amour avec lui. Ça les faisait sourire. Une petite complicité. Un rêve de plus.

L’échange de regards remplaçait mes longs moments d’adoration pour la nature. Ça m’aidait à retrouver mon calme. Tout était beau, il n’y avait que quelques nuages noirs.

Cependant, j’avais une peur affreuse que le petit m’insulte, ce qui arriva à quelques reprises. Il ne pouvait pas savoir jusqu’à quel point il me faisait souffrir quand il se moquait de ma passion pour lui devant ses petits camarades, moqueries qu’il s’efforçait de faire vite oublier quand il se détachait du groupe. Ces moqueries se transformaient en sourires et en pauses à répétition jusqu’à me rendre fou.

J’en voulais à cette hypocrisie, ne comprenant pas toujours qu’il soit essentiel pour un jeune de paraître « normal » aux yeux de ses compagnons. Se moquer de l’aimé pour se donner bonne prestance est chose assez courante chez les jeunes.

Ce cher Petit Prince, je l’aimais, même si parfois je croyais qu’il se foutait bien de moi. À le voir me chercher, j’aurais dû comprendre que tout cela n’était qu’un jeu pour lui. Une nouvelle expérience : être la flamme d’un bonhomme de qui il n’avait rien à craindre.

Les jeunes aiment exploiter l’effet de leur fascination sur un homme tant que ça demeure entre eux. Ils ne veulent pas être perçus comme gai, car, c’est encore perçu par eux comme quelque chose de honteux.

À cette époque, j’étais pas mal niaiseux et mes méthodes d’approche étaient loin d’être au point. J’avais encore trop peur. Aussi, la plupart du temps, je me

retrouvais seul à rêver. Les exceptionnelles réussites tenaient du miracle. Les aventures réelles étaient plus que passagères. Bien des désirs demeuraient de l’ordre des soupirs.

J’aimais ce petit, je le trouvais beau, ce qui revient au même. Et, je croyais qu’il s’en foutait. Quel imbécile ! Sa démarche était  pourtant  on  ne  peut  plus  claire. Cela a duré au moins deux ans et pas une seule fois je l’ai touché. Pourtant, il compte dans la liste de mes grands amours. L’amour repose sur les sentiments

Quoi qu’il en soit, à la fin de ce festival à Scotstown, Claude Robidas, mon copain d’enfance à travers l’aventure de la Thérèsa partit en voyage se reposer. Il apportait sans doute les pincements au cœur qui nous avaient effrayés quand les membres d’une jeune troupe anglaise de théâtre s’étaient effondrés avec le plancher, au cours d’une représentation théâtrale d’Oliver Twist.

Au moins, cet incident m’avait permis de rencontrer un petit anglophone un peu moins scrupuleux. Comment ne pas aimer les petits anglophones? Tous les petits gars sont beaux quelle que soit la race. Les limites raciales sont les murs de notre prison mentale.

Le festival avait été un succès, nous en étions tous fiers.

Deux jours plus tard, les patrons me demandaient de préparer un papier sur la mort de mon ami Claude Robidas. J’ai noté, en bon journaliste, tous les détails de son accident d’auto. Je vivais comme dans un nuage, tant ce malheur me secouait. Cela me semblait impossible. Je croyais dans un coup monté. J’écrivais la nouvelle entre deux larmes. C’était une partie de moi qui venait de partir, de beaux souvenirs. Les patrons ne m’auraient peut-être jamais laissé travailler sur cette nouvelle s’ils avaient su que Claude était un ami d’enfance.

J’étais encore sous le choc quand j’appris la mort de Mme G. Cette période de ma vie fut tellement douloureuse, à cause de toutes ces morts, que je ne suis plus certain de l’ordre chronologique du déroulement des événements.

17

La mort de Mme G.

Un soir, nous nous rendions à l’hôpital, moi, Réginald Dupuis et Gaétan Dostie, donner du sang. Un appel venait d’être lancé à la radio et notre sang correspondait à ce qui était demandé d’urgence.

J’avais la tête appuyée sur le bord du camion, à l’intérieur, derrière le chauffeur.

Tout à coup, Gaétan cria : « mais ces fous-là vont nous rentrer dedans. »

Je me suis relevé. J’entendis un grand bruit. Je vis le champ de vision devant moi tournoyer, puis, les outils me flotter de chaque bord de la tête. Ce fut un beau spectacle. Je ne sais pas si je me suis évanoui, mais quand je suis sorti, j’ai senti une immense « prune » au front.

Des gens demandaient que l’on fasse venir une ambulance, alors que Gaétan s’intéressait à ce  qui  m’était  arrivé.  Je  trouvais  que  le  temps  était  très  long. Plutôt que d’attendre, je suis parti à pied pour l’hôpital qui n’était plus tellement loin.

À mon arrivée, je me suis senti crever. J’ai affreusement eu peur, puis en songeant au fait que Dieu ne peut pas être contre l’amourajoie la sérénité m’a envahi. Il n’y avait plus que la lumière, et petit à petit, les infirmières s’agitèrent autour de moi.

Bizarre, mais par cette situation je venais de comprendre un message : Dieu existe. Je mourrais comme dans mon rêve fait quelques jours auparavant. Ma montre, un cadeau de Mme G. et de Réjean avait avancé et arrêté net à l’heure et à la date où Mme G. fut ensevelie. À cause de tous ces signes, je savais que Mme G. venait de mourir à Québec. Et, comme elle me l’avait promis, elle venait me donner la réponse qu’elle avait jurée m’apporter à sa mort : OUI. Dieu existe.

Si Gaétan n’avait pas parlé au moment de l’accident, j’aurais aussi été du grand voyage sans retour.

Pour moi, la mort de Mme Gosselin fut très cruelle. J’ai ressenti une révolte viscérale contre l’injustice divine. Je venais de perdre celle que j’appelais « ma mère spirituelle. » Celle qui me montrait que le christianisme est d’abord et  avant tout fait de compassion, de compréhension et de pardon. Un monde dans lequel tu n’es pas jugé.

Elle venait de transformer ma vie en me laissant aimer un petit gars plutôt que de m’invectiver et me promettre toutes les peines de la terre. Elle était la charité incarnée. La réalité du christianisme.

Je n’avais pas tout à fait bonne conscience. Je me reprochais de ne pas y être allé assez souvent. Mme G. calma mes appréhensions dans un rêve.

J’étais avec Réjean. Je voulais l’embrasser et demeurer avec lui plutôt que de me rendre aux funérailles. Après un effort quasi surhumain de sincérité, je me retrouvais dans un autobus, en route vers Québec, avec Réjean comme compagnon de route. Alors que je l’embrassais, tout se mit à tourner. Je me suis

retrouvé face à face avec Dieu, un dieu à l’air païen. Il s’approcha de moi et me tendit une coupe. J’étais fou de peur. J’ai bu en écoutant Dieu me dire de boire

« à la coupe de la Vie ». Je me suis réveillé avec une sensation de bienfait extraordinaire. L’inconscient a des armes défensives invraisemblables. Ce rêve bénissait et consacrait mon amourajoie.

Je ressentais très profondément que l’amour ne peut pas être condamnable. Aimer Dieu comme on contemple amoureusement un petit gars, c’était un paradis qui me tentait, me fascinait, c’était l’amour que je ressens. Ça n’a pas besoin d’autre chose pour nous combler. Pourquoi ne serait-ce pas ce qui se passera quand on sera mort? Ressentir Dieu, s’y intégrer dans une osmose qui n’a pas besoin d’autre chose pour nous rendre absolument heureux. Voir est-ce aussi ressentir?

J’étais survolté. En l’espace de quelques mois, j’avais perdu trois amis et un amant. C’en était trop. Une vie qui s’arrête en plein milieu alors qu’elle pourrait devenir agréable. Je n’arrivais pas à comprendre les signes d’une bonté divine dans cette réalité. Quand on est humain, on ne peut pas comprendre l’ordre cosmique. C’est trop pour notre petite cervelle.

Je jugeais aussi de plus en plus négativement le système dans lequel on vit. Un monde pourri qui laisse souffrir la majorité de la population pour les intérêts de quelques-uns. Un monde assez corrompu pour que la police fédéraste  assassine ceux qui combattent le régime. Des êtres assez hypocrites et fanatiques pour condamner toutes les formes d’amour, en dehors du mariage. Condamnation selon laquelle le plaisir sexuel est plus grave qu’un meurtre. Quelle folie ! Jamais, sauf à mon deuxième procès, je n’ai autant souffert de l’étroitesse d’esprit de certains Québécois.

Si le christianisme est hypocrisie, Mme G., par sa tolérance, me prouvait qu’il pourrait facilement en être autrement. Je me sentais mieux compris, accepté  par  elle.   Ma   mère   comprenait   mal   mes   sentiments   envers Mme Gosselin. Je ne la jugeais pas et je ne lui en voulais pas. Elle était à sa manière, tout aussi fantastique que ma mère. Maman était plus croyante et moins politisée que papa, à mon avis. Son mépris pour mon orientation sexuelle était loin cependant du fanatisme irrecevable de certains autres. Elle voulait mon salut, non me condamner. Maman était juste plus à cheval sur les règles sexuelles. Une question d’éducation probablement. Mme G. avait ce qui en faisait une vraie chrétienne. C’était quelqu’un capable de comprendre les autres sans les condamner.

Je me révoltais contre les tentatives pour me faire réfléchir, me convertir, car c’était toujours la même histoire religieuse qui sous-tendait cette prétendue prise de conscience. Au lieu de comprendre pourquoi le sexe est le mal, j’avais la

certitude au contraire qu’au Québec, on exagère tout ce qui touche à la sexualité. On accepte les règles sans même savoir pourquoi elles existent. Je ne savais pas encore que c’était pire ailleurs. C’est tout simplement plus fou dans certaines autres religions.

Dans l’islam, ça devient de la folie furieuse pour ne pas dire criminelle avec la Charia.

Chez moi, on me trouvait tellement baveux que mes parents craignaient que je me fasse tuer ou battre au cours d’une de mes brosses.

Comment mes parents qui me voyaient peu souvent à cette époque pouvaient- ils comprendre qu’un être si doux, si gélatineux, soit devenu un tel volcan? Le journalisme me faisait voir la vie autrement.

La corruption politique était évidente, criante. La liberté d’expression était très mince et c’est au compte-goutte qu’on laissait paraître l’information complète. J’avais déjà perdu deux fois mon emploi à la Tribune pour des raisons politiques. J’avais appris, que dans ce journal, il ne faut pas s’en prendre efficacement au parti libéral, car, la Tribune est rouge. Comment faire éclater la vérité sans être à nouveau congédié ?

Plus tard, quand un accident semblable se répétera, j’ai commencé à croire qu’il ne s’agissait pas d’accidents, mais d’attentats dans le but de tuer moi et mon ami Gaétan Dostie qui devint d’ailleurs un des prisonniers à la suite des mesures de guerre.  Le mot le dit bien.

18

Les événements d’octobre 1970

À force de te faire piller sur les orteils, t’as beau ne pas être malin, la chaleur finit par faire monter la moutarde au nez. Avec tout le ressentiment accumulé, j’ai accueilli avec joie l’enlèvement de James Cross.

Je croyais, comme tout le monde, j’imagine, assister « live » à un roman-réalité de télévision. C’était tout au moins aussi excitant.

J’étais d’autant plus heureux que le FLQ ne se gênait pas pour dénoncer la situation pénible faite au peuple du Québec. Un peuple qui vivait dans l’inconscience totale.

Le FLQ, c’était Mandrin.

Mandrin est un bandit français qui volait les riches pour distribuer ensuite les résultats de ses prouesses aux pauvres. Il est mort guillotiné. Contrairement à Robin Hood, il a déjà existé pour vrai.

J’avais peut-être 14 ans quand j’ai vu cette histoire à la télévision. J’étais outré par ce manque de justice sociale. Je me suis juré de rétablir sa réputation. Voler pour le remettre aux pauvres, ce n’est pas voler. Si j’étais contre la violence, j’appréciais l’audace, le courage Mandrin qui risquait sa vie pour un peuple qui lui cracha au visage.

Après Cross, ce fut Laporte. Le FLQ devint tout simplement héroïque à mes yeux.

À lui seul, il tenait tête à deux gouvernements corrompus.

La crise d’octobre fut un souffle de liberté. Enfin, des hommes se tiennent debout face au pouvoir et lui crachent au visage. J’admirais une telle force. J’aurais voulu avoir autant de cran.

Le temps passait. Je devenais plus radical.

Les soirées de poésie dans les petites villes de la région se poursuivaient de plus belle. Nous avons même élargi notre territoire. À Thetford Mines, nous avons tenu un récital à la mémoire de Gaston Gouin et une exposition de peinture. Pierre Vallières nous accompagnait. Nous avons connu deux poètes qui furent de bons amis.

Jean Grondin me plaisait beaucoup parce qu’il était simple et franc. Il est mort quelques mois après notre rencontre dans un drame tout à fait bizarre qui emporta aussi une autre poétesse du groupe.

Quant à Gisèle Morissette, de Richmond, c’était ma préférée. Son amour de la poésie était si intense qu’il fallait oublier certaines faiblesses de sa plume. Je n’ai jamais rencontré une autre poète, sauf Janou St-Denis, qui ait autant le feu sacré. Gisèle était toute maternelle, toute tendresse. Elle organisa souvent des rencontres poétiques à son magnifique chalet qui fut plus tard la proie des flammes. J’aimais Gisèle parce que même si elle n’acceptait pas mon amourajoie, elle ne se mêlait pas de mes amours avec un petit anglais de la région de Richmond. Elle était témoin et confidente discrète de cet amour platonique. Sans la peur, l’amourajoie est un sourire dans la vie qui est souvent un enfer, car tout y est amour profond et passionné.

Nous ne nous sommes chamaillés qu’une fois en parlant des partis politiques que nous appuyions. J’étais séparatiste et Gisèle était fédéraste. Gisèle avait le même sens du respect des autres qui m’avait conquis chez Mme G.. Elle comprenait qu’il peut y avoir pluralisme même dans la morale. Mon credo était et est toujours : tout sauf la violence. Il est super important que l’amour que tu témoignes à l’autre lui soit bénéfique. C’est tout le contraire de ce que les féminounes essaient de nous faire croire en accusant la pédérastie (amourajoie) de tous les crimes. Elles inventent des dangers qui n’existent pas pour faire croire au danger pédophile,

Pauvre Gisèle, les malheurs se sont abattus sur elle. Elle est décédée dans un accident d’avion.

J’aimais organiser des soirées, des récitals, répandre la poésie et boire la beauté, la fraîcheur des âmes qui s’éveillaient à la magie des mots. La poésie est le premier cri d’un individu qui se libère. Vouloir la censurer, c’est la tuer. Janou St- Denis disait : « tuer la poésie, c’est tuer la race humaine. »

Plus tôt en 1970, un soir alors que nous rendions chez Gaétan Dostie le chercher pour participer à une soirée de poésie, à Valcourt, nous avons été avertis de ne pas l’attendre : la police était chez lui et il serait vraisemblablement amené en prison. Pourquoi était-il arrêté? Parce qu’il était indépendantiste? Ami de Gouin?

Ce soir-là, à Valcourt, entre nos poèmes, nous dénoncions ces arrestations arbitraires. Les événements d’octobre n’étaient plus un événement étranger. Ils s’attaquaient à tous ceux qui ne partageaient pas les vues de Trudeau. Je me faisais plaisir à crier : Vive le Québec libre! Vive la révolution !

Pour s’assurer que Gaétan ne soit pas tué lui aussi, comme cela se faisait en Amérique du Sud et aux États-Unis (les Black Panthers), par une meute de policiers enragés, j’ai travaillé avec un groupe de jeunes à distribuer des pamphlets. J’ai rencontré ces jeunes, car ils disaient vouloir travailler pour la révolution du Québec.

L’un d’eux était particulièrement beau. Malheureusement, lui et son compagnon ne voulaient rien savoir de mes amours. Saoul, cela a même soulevé quelques étincelles, car quand je bois, je suis probablement comme tous les autres, affreusement idiots. Un double de moi-même. Ma vie de frustré sort alors au grand jour.

J’ai donc dit au plus radical pour qui tout n’était que politique : « Pour moi, la révolution et le cul, c’est indissociable. Ça ne donne rien d’avoir un Québec politiquement libre, si on est sexuellement arriéré et prisonnier de la morale religieuse.»

J’ai temporairement rompu mes relations avec lui sous prétexte que je ne voulais pas jouer le rôle de père, car il vouait un véritable culte à mon esprit révolutionnaire.                            .

Malgré ces incidents, le premier tract fut préparé. Cette résistance passive permettrait au moins, à mon avis, qu’aucun ami ne soit tué par la police. Tous les pays peuvent devenir fascistes du jour au lendemain.

Chose curieuse, avant même que les tracts soient distribués, ils étaient souvent

saisis par la police. Nous voulions recommencer ailleurs, mais la police était au rendez-vous avant nous. Qui nous trahissait? Je ne l’ai jamais su, mais l’évidence parlait d’elle-même : c’était quelqu’un du groupe. La police n’aurait jamais pu le savoir autrement.         

Une chose était certaine : ce ne pouvait pas être moi puisque je me prenais vraiment pour un révolutionnaire et je n’avais aucun lien avec quelque policier que ce soit. Cela ne m’aurait même pas effleuré l’esprit. J’ai toujours été clean comme on dit. Certains se posaient des questions parce que, selon eux, si j’étais vraiment pédéraste (amourajeux) je ferais de la prison, Ce qu’ils ne savaient pas c’est que j’en avais déjà fait pour des raisons sexuelles et que ça arriverait à nouveau toutes les fois que je retrouverais dans une situation chaude en politique.

J’ai bien aimé cette première lutte. C’était comme quand nous étions petits et nous jouions au cowboy. La même intrigue. Tout se faisait secrètement. Les ballades en moto, alors que nous étions gelés comme des balles, étaient bien plus excitantes. C’était vivifiant. Tout en prenant mon rôle de révolutionnaire très au sérieux, je m’amusais.

Un dimanche, la direction de la Tribune me demanda de faire des heures supplémentaires et de couvrir un événement à Roch Forest. En m’y rendant, avec le vétéran photographe Royal Roy, celui-ci m’informa que des felquistes avaient été repérés à Magog et arrêtés à East Angus.

Même si Cross avait été enlevé, je venais de faire parvenir deux dossiers à Pierre Vallières, le chef présumé du FLQ. L’un des deux dossiers portait sur la pénible situation des travailleurs d’East Angus. J’espérais que Vallières trouverait quelqu’un pour les publier à Montréal. La peur me prit. J’ai aussitôt cru que ces dossiers avaient été interceptés par la police et la cause de ces arrestations.

J’étais malheureux. Sans le savoir, à cause de mon imbécilité, j’étais devenu un traitre. J’avais si honte que j’eus de la difficulté à remplir convenablement ma tâche de journaliste. Par contre, j’étais intrigué que la radio n’en fasse aucune mention dans leurs bulletins de nouvelles. Pourquoi ne parlait-on pas d’une primeur d’une telle importance?

De retour au bureau, le grand Alain Guilbert se moqua des felquistes arrêtés. Il me dit qu’ils étaient au moins seize. Selon mon peu de connaissance et les pauvres lectures que j’avais faites pour comprendre comment fonctionne un mouvement terroriste, cela était impossible. Chaque cellule se compose de tout au plus de trois ou quatre personnes et aucun lien direct n’existe entre les cellules et les dirigeants.

Je lui ai alors fait remarquer victorieusement son erreur; certain plus que jamais d’avoir été piégé. La salle de rédaction n’était-elle pas liée par un service interphone avec l’atelier? Ainsi tout pouvait être entendu ailleurs sans être vu.

J’étais fait. Je venais de m’aventurer sur un terrain dont je ne connaissais pas la composition des sables mouvants. J’avais à l’idée les cinq ans de prison pour tous ceux qui s’avouaient pro felquistes. Ce que je faisais à chaque récital de poésie. J’avais à peine la capacité de tolérer l’idée d’y retourner ne serait qu’une seule journée.

Cependant, pour moi, la révolution était devenue une vocation et une profession de foi. Nous étions carrément en guerre avec Ottawa qui mange nos portefeuilles, mais nous néglige comme commettants.

Malgré la peur, je me suis déclaré solidaire de cette révolution. Quant aux objectifs, c’était parfaitement vrai; mais pour ce qui était des moyens, c’était totalement faux. Même Vallières savait que j’étais opposé à la violence. Pour Vallières, je n’étais qu’un petit bourgeois.

J’attendis patiemment que les questions m’indiquent le sens de cette mise en scène. Cela ne tarda pas. Les questions fusèrent de partout concernant Gaétan Dostie qui était alors en prison. Animé par le désir de le sauver, comme se devait de le faire tout bon ami, j’affirmai que Gaétan Dostie n’était qu’un petit « passeur de journaux ». Je croyais ainsi lui éviter bien des problèmes.

Était-il mêlé aux événements comme je le croyais puisqu’il avait été arrêté? Gaétan a toujours été mieux informé que moi et plus radicalement indépendantiste. C’était donc normal que je le prenne pour un felquiste. Il venait d’être arrêté, ce qui le confirmait.

Pour être cru, je devais, à mon sens, passer pour un vrai felquiste. C’était le premier acte de bravoure de ma vie. Je devrais plutôt parler de première prise de position envers une amitié naissante. Mon premier vrai acte de solidarité humaine.

J’avais rencontré Gaétan Dostie qu’à l’occasion de l’incident Gouin, puis, au cours de soirées de poésie. Je ne connaissais rien de ses opinions personnelles, sauf, qu’il était sans compromis pour l’Indépendance du Québec. Je l’admirais comme un dieu.

À mon départ du bureau, je vis un bonhomme me suivre, puis un flic qui faisait semblant de coller un billet sur un pare-brise devant la sortie de La Tribune. Il en passa d’autres en voiture à toutes les intersections dès que je les avais franchies. Finalement, après être entré chez ma tante, je vis un autre individu quitter la maison, comme si j’avais été suivi.

J’étais convaincu que c’était un coup monté par la police. Aussi ce soir-là, je me suis couché tout habillé, prêt à être arrêté. Que c’est long cinq ans!

J’avais une peur bleue. Je n’ai jamais été bien brave. Mais, plus j’avais peur, plus je me montrais sous un visage radical et fanatique. On me pensait ainsi beaucoup plus baveux que je le suis en réalité.

Quand Gaétan Dostie fut libéré, j’ai appris qu’en dedans il aurait eu bien des difficultés à obtenir les médicaments dont il avait besoin, ayant attrapé la malaria en Afrique. Nous avons loué un appartement ensemble.

On avait arrêté Gaétan Dostie, croyant qu’il était communiste puisqu’il était en possession d’un livre traitant de ce sujet, livre qui avait d’ailleurs l’imprimatur de l’archevêque de Sherbrooke, probablement un autre communiste.

Les  perquisitions  ont  frappé  d’autres  membres  des  Auteurs   réunis.   Même Réginald Dupuis n’y échappa pas. Pour ne pas nuire à ce que j’avais dit pour protéger Gaétan, j’ai continué à affirmer mon appui au FLQ, mouvement qui n’existait probablement pas à Sherbrooke. C’est du moins ce que Paul Rose affirma plus tard.

J’aurais bien aimé être aussi brave que les felquistes, mais j’étais toujours à me reprocher un petit fond de lâcheté. Les « j’aurais dû » ou « j’aurais peut-être dû » parsemaient ma vie. J’aurais bien voulu être un de ces braves, mais j’étais un peureux. Ma poésie avait changé littéralement de ton. Elle devint plus révoltée, plus révolutionnaire, ce qui correspondait réellement à ce que je ressentais.

À la suite de cet incident, j’ai essayé de faire retomber sur moi tous les soupçons, en croyant qu’on ne toucherait pas à un journaliste, mais en réalité, je faisais dans mes culottes.

Ma thèse était simple : puisque je n’y connaissais rien, il était impossible que je nuise au FLQ et ma démarche créait une diversion. Je ne pouvais pas indiquer quoi que ce soit à la police puisque non seulement je ne connaissais rien du FLQ, mais je ne voulais rien savoir pour ne pas lui nuire. Je suis par nature trop bavard. « Je ne veux rien savoir, mais je suis prêt à faire passer tous les messages. », disais-je à ceux que je soupçonnais d’être felquistes.

En fait sur le plan régional, malgré mes efforts, j’étais tout au plus un allumeur de conscience comme se le doit tout bon journaliste. Je prenais mon rôle très au sérieux. J’en étais même prisonnier.

J’ai fait parvenir deux lettres assez incriminantes pour moi au président du Parti québécois. Ces derniers n’étant pas au courant de mes peurs s’interrogeaient sur le sens de ces agissements étranges. C’était simple: je voulais drainer tous les soupçons sur moi pour protéger Gaétan, car je me sentais défendu par mon statut de journaliste. Je pouvais ainsi grâce à mon ignorance faire retarder les découvertes de la police s’il devait y en avoir. J’avais eu si peur de trahir involontairement le FLQ que je me comportais avec autant de remords que si cela avait été vrai. Pourtant les preuves que tout cela était faux étaient évidentes. J’étais comme un petit adolescent devant les événements d’octobre. Le temps effaça mes soupçons et j’en vins à la conclusion que l’on m’avait monté un bateau avec ces fausses arrestations pour me mettre à l’épreuve.

J’agissais autant par conviction que par peur. Les deux étaient très intrinsèquement liées. J’étais effrayé et surexcité. J’étais traqué dans un piège sans raison de m’y retrouver. J’ai appuyé instinctivement le FLQ parce qu’il combattait pour le bien des pauvres, de la population. Il cherchait la justice sociale.

Un sourire venu d’enfer 9

octobre 26, 2020

Un sourire venu d’enfer 9

Autobiographie approximative

Page 55 à 63

Puis, j’ai connu la marijuana. Fumer était presque un rite sacré. J’adorais cette nouvelle dimension. Ce miroir révèle un aspect de la vie qui demeure inconnu sans cet artifice. Petit à petit, le pot est devenu un instrument pour mieux saisir la musicalité de la poésie. Par contre, la drogue avait un effet néfaste. Les extases devant les réalisations des autres me faisaient découvrir ma vraie dimension intellectuelle, soit d’être un ignorant pour ne pas dire un véritable imbécile.

En somme, la mari eut des retombées très positives. Elle transforma toute ma perception poétique, grâce au contact avec de meilleurs poètes que moi. Contrairement à ce m’avait dit mon psychiatre, je n’ai jamais cherché à dépasser le stade du hachisch. Je me trouvais déjà assez fou pour ne pas risquer de le devenir plus.

La mari est une des plus belles inventions poétiques quoique prise avec abus elle conduit à un certain état de paranoïa. Gelé, j’étais méditatif ou rieur, mais aussi de plus en plus paranoïaque au cours des premières minutes, tant que la musique ne faisait pas son apparition. Je croyais souvent au début que je venais de m’empoisonner en ressentant les changements se produire en moi. Une fois le plaisir musical installé, le voyage n’avait pas de prix quant au bonheur qu’il procurait.

Mes nouvelles passions faisaient l’affaire des patrons. J’étais moins radical, moins engagé, moins fatigant. J’étais moins politisé.  

Parfois, il était possible de confondre ma permissivité avec la réalité, tant notre vie était différente des moteurs conventionnelles.

La perversité n’existe que dans la tête des gens qui croient que la sexualité est perversité. Au Québec à cause des religions, on ne voit du mal que dans la sexualité d’où je crois que les religions déforment la réalité humaine afin d’entretenir une hystérie collective qui renforce la mésestime de soi si on vit une sexualité un peu plus éclatée que la société accepte.

Les jeunes qui se suicident n’acceptent pas leur différence, que très souvent ils n’arrivent pas à comprendre.

15

Au chalet du gouvernement

Une fin de semaine au grand scandale de mes patrons j’ai accepté une invitation du ministre des Terres et forêts, M. Claude Gosselin, de participer à une expédition de pêche au chalet du gouvernement. Je croyais pouvoir ainsi, en connaissant mieux le ministre, servir les intérêts de la région.

Je n’y posais qu’une condition : Réginald devait m’accompagner. La raison était simple: je n’aimais pas assez la pêche pour y aller seul et Réginald était le seul qui pouvait m’y conduire, car je n’avais pas d’auto et d’instruments de pêche. Et lui, il adorait la pêche.

Cette fin de semaine fut adorable. Le soir, le ministre distribua les chambres. Il laissait celle du bas aux amoureux qui étaient en l’occurrence moi et Réginald. Quelle folie! Sur le coup, nous n’avons pas saisi l’allusion. Plutôt que de faire  des chichis nous avons passé cette soirée à boire, tout en peignant. Nous avons écouté de la musique, discuté et peint jusqu’au petit matin. Le matin, nous avons remis nos peintures en remerciements au ministre qui n’a pu s’empêcher de nous citer en exemple aux autres invités.

Plus tard, le ministre apprit en faisant connaissance avec Denise, l’épouse de Réginald, qu’il n’y a jamais eu de relations homosexuelles entre Réginald et moi; mais que nous vivions une très profonde amitié.

J’ai été cependant scandalisé durant ce périple d’entendre le ministre Gosselin raconter comment Maurice Duplessis se servait de la peur des communistes pour gagner ses élections. Duplessis avait même inventé que des communistes attaquaient Québec alors qu’il s’agissait de travailleurs qui travaillaient dans ce secteur du cap. La peur des communistes était fréquente en politique et presque toujours rentable.

Elle est revenue à la mode avec Claude Ryan. C’est ainsi que l’on assista à une guerre sainte pour forcer le retrait de la pièce de théâtre « Les fées ont soif ». Les cultivateurs criaient aussi au communisme dans l’agriculture. Ça rappelle le

temps où le parti libéral a fait battre le « communiste René Lévesque » pour écarter le projet de souveraineté-association.

Le Québec a de la difficulté à s’émanciper, car il se crée des peurs.

Je n’étais pas un exclu dans le groupe de mes amis, même si tous savaient que je suis pédéraste (amourajeux).  Ils acceptaient que je sois différent. Ils savaient que je ne présentais aucun danger pour les garçons, sauf si on s’imagine que le plaisir consenti d’un attouchement est un meurtre, comme on le pense maintenant. La peur de la sexualité a atteint au Québec, grâce aux féminounes, un degré qui n’est pas loin du fanatisme. Il faut avoir eu la chance d’avoir une expérience sexuelle à l’adolescence pour savoir que jouir est un moment extraordinaire, si on est assez intelligent pour ne pas s’en culpabiliser.

Personne à part moi ne parlait de mon amourajoie et elle ne me paraissait pas dans la figure. On savait que je n’étais pas dangereux d’autant plus que Réginald et Denise n’avaient que deux filles. Pire, j’étais toujours avec Hélène et notre amour était évident pour tout le monde. Cet amour était sincère, malgré mon attrait pour les petits gars.

Le groupe formé des familles de Réginald et d’Hélène, mon Égyptienne, a vécu plus longtemps que le rêve suscité par mon petit lutteur, le fantôme de mes rêves depuis déjà deux ans.

Hélène était devenue le vrai centre de mes amours.

Aussi, mon agressivité à combattre la malhonnêteté des libéraux n’aurait peut- être pas refait surface s’il n’y avait pas eu octobre 1970.

Chapitre 2

Au Québec pour réussir, faut-il être malhonnête ?

Au début de l’année 1970, avant l’arrivée d’Hélène, tout était centré sur Réjean. J’aurais voulu que notre amitié soit rétablie comme au début dans toute sa pureté et sa force, mais j’avais de la concurrence. Et, ce concurrent avait l’avantage sur moi de demeurer à plein temps à Québec avec Réjean alors que j’étais toujours dans l’Estrie.

J’étais jaloux et je ne voulais pas l’avouer. Cependant cette situation ouvrait toute grande la porte à une nouvelle forme d’aventure. Je n’ai jamais vécu une sexualité normale, car je ne vois pas l’importance d’aimer un sexe plutôt que l’autre. Il me semble que nous aimons des humains parce qu’il existe une connivence entre nous. Un attrait comme la force d’attraction.

Après une couple d’années, Réjean ne semblait pas partager cet amour fougueux qui marquait mes visites. Quand je le visitais, il faisait tout ce qui est inimaginable pour attiser ma jalousie. Il prenait un vilain plaisir à jouer au billard avec un nouveau pensionnaire. Il agissait comme s’il était très large d’esprit. Il profitait de mes scrupules pour me montrer que j’étais plus niaiseux que son nouvel ami. Sa démarche semblait dire : lui, ce n’est pas qu’un tas de scrupules.

Les jeunes savent très vite comment manipuler l’adulte qui tombe en amour avec eux. Ils savent qu’ils ont tous les pouvoirs. Pour la première fois de ma vie, j’ai été confronté à une réalité difficile à croire, mais bien réelle : les jeunes en connaissent plus sur la sexualité que nous voulons bien le croire, car aujourd’hui, même avec la censure, ils ont des moyens de s’informer et apprendre ce qu’ils veulent savoir. Ils savent instinctivement comment exploiter les sentiments. Il leur suffit de jouer aux innocents devant leurs parents.

Réjean, c’était le corps, le centre, la réalité. Je l’adorais comme je le disais dans

Re-jean.

Réjean, c’était la raison pour laquelle la vie me semblait précieuse et digne de combats. Réjean, c’était mon espoir incarné. Il était l’énergie qui me poussait à la poésie, mon vœu de voir un jour les hommes comprendre que ce lien est plus important que tout autre idéal… L’amour est ce qu’il y a de plus important dans la vie. Je vivais avec lui, l’amour à l’état vierge. Il n’était certainement pas chaste de ma part, mais absolument pur. Comment peux-tu être un danger pour un petit gars que tu aimes si follement?

Réjean était une vision du monde qui se dessinait, s’expliquait par les autres éléments de la vie. Une forme d’extase. Pourtant, cet amour s’effondrait comme l’aéroport international de Drummondville et être remplacé par la belle Hélène.

Mon travail me forçait à prendre conscience d’une autre réalité, moins angélique celle-là, la plupart des gens sont exploités, prisonniers d’une structure qui nous condamne à lutter entre nous, les uns contre les autres, comme dans une jungle.

Heureusement, les Vauxcouleurs (Estrie) sont une des plus belles régions que j’ai connues et mon travail me forçait à la visiter, à apprendre que la terre est parsemée de petits Réjean.

La Tribune de Sherbrooke m’avait affecté à la couverture des événements régionaux, c’est-à-dire tout ce qui se passe en dehors de Sherbrooke et de ces bureaux régionaux. Elle avait mis une auto à ma disposition pour me déplacer dans la région.

La nature et une certaine liberté dans mon travail commençaient à me permettre de rêver à un monde dans lequel le bonheur, la sincérité, la franchise étaient des éléments de base.

J’étais aussi naïf que les douze ans de Réjean. Émotivement, j’étais probablement déséquilibré, car j’étais trop extrémiste. C’était sûrement dû au profond sentiment d’infériorité que je ressentais parce que j’étais pédéraste. Et ma réalité physique avait fait en sorte que j’avais été trop protégé par maman, à mon goût du moins.

Il me semblait impossible qu’il puisse exister des gens pour qui la fortune, la gloire, le pouvoir, l’argent puissent être plus importants que la vie humaine. Sans le savoir, j’étais profondément chrétien, malgré mon amourajoie. C’était normal avec l’enfance que j’avais vécue. On n’envoie pas Dieu promener quand on l’a vécu aussi profondément dans sa chair.

Je rêvais et j’apprenais petit à petit que ce monde idéal n’existe que dans ma tête.

Réjean était de plus en plus froid avec moi et j’avais rencontré Hélène qui le remplaçait en tenant une place bien différente. Avec elle, la vie intellectuelle était aussi précieuse que la sexualité.

Comment ignorer l’autre vérité? Dans les Vauxcouleurs un fort pourcentage de gens était réduit au chômage ou à l’assistance sociale.

Les députés, les uns après les autres, trahissaient leurs promesses. Il suffisait d’imaginer et de présenter des solutions exigeant un changement social pour améliorer le sort de la population pour se valoir d’être amèrement combattu.

Il était évident qu’il fallait changer de gouvernement, pousser plus loin les réflexions sociales sans tomber dans le fanatisme. Le Québec avait besoin d’une autre révolution.

Une révolution de la conscience et des émotions.

Je croyais encore assez dans l’intelligence humaine pour espérer. J’ébauchais des réponses. Chacune de celles-ci se frappait au même mur : tant que le Québec appartiendra au Canada, il n’y a aucun espoir.

Les autorités pouvaient bien faire semblant de comprendre, mais à moyen et à long terme la trahison ne tardait pas de devenir évidente.

L’Union nationale n’était qu’un parti de petit patronage et de patinage politique au provincial.

Au fédéral, j’ai cru un temps que le « French Power » partageait l’idéal pour lequel il avait été créé : permettre aux francophones d’avoir le pouvoir à Ottawa et établir l’égalité entre les deux nations française et anglaise.

L’aéroport m’avait prouvé qu’il en était aujourd’hui comme autrefois : les Canadiens anglais se croient les seuls maîtres et nous regardent avec dédain.

Malheureusement au Québec, l’Église a créé un masque à l’exploitation. Ainsi les gens aiment leur misère et croient aveuglément dans l’autorité. L’Église par sa manière d’enseigner l’Évangile garantit la mort-née de tout sentiment de contestation. C’est ce qui explique sa doctrine sociale sur la sexualité, car c’est la méthode par excellence de nous dominer pour toujours en nous culpabilisant et en nous infériorisant. Elle était dans les Vauxcouleurs tout aussi politique qu’ailleurs, mais un peu plus hypocrite. Puisque dans les milieux conservateurs, il est impossible d’échapper à ses émotions religieuses, installées à coups de mythes et de peur, il ne pouvait pas être question d’y déraciner facilement l’esprit de résignation, de colonisé qui régnait partout.

Puis, comme l’avait prédit Gaston Gouin, il se mit à faire mauvais sur tout ce territoire.

Lors d’une visite à Québec, j’ai appris que Mme G. avait juste quelques mois à vivre. Elle était atteinte du cancer.

Mme G. m’apprit la nouvelle avec tant de douceur que j’ai cru qu’il s’agissait d’une farce. L’humour était chez elle un trait de caractère qu’elle employait parfois pour nous sonder ou pour nous faire confronter les réalités de la vie. Je ne l’ai pas crue. Cela me semblait beaucoup trop injuste. Elle était trop bonne pour  mourir aussi jeune.  Maintenant qu’elle était heureuse, elle  mourait.

Je n’ai rien retenu de cette nouvelle qui me semblait invraisemblable puisque Mme G. semblait encore en pleine santé, malgré sa dernière opération.

Mes amours refirent vite surface.

Réjean me témoignait de plus en plus d’indifférence. Je ne savais plus comment l’atteindre. C’était un dard en flammes à chaque apparition. Il essayait de me rendre jaloux de plus en plus. Il m’opposait toujours à un nouveau pensionnaire plus jeune et me laissait entendre qu’il était beaucoup plus cool que moi. J’étais d’autant plus jaloux que je soupçonnais ce nouveau d’être gai.

J’ai décidé d’espacer mes visites. Peut-être ainsi s’occupera-t-il plus de moi quand j’irai à nouveau?

Je m’interrogeais sur l’amour. Aimer son prochain, est-ce se battre comme journaliste pour le bien de la région? Est-ce plutôt s’attacher à un individu en particulier? Est-ce manquer de charité que de combattre les politiciens qui nous semblent malhonnêtes?

Ma conception du christianisme avait émergé avec ma première visite en prison. J’étais devenu plus croyant, mais aussi plus conscient que ce que l’on nous demandait était carrément contre nature. Il faut toujours se vaincre. Pourquoi? Qu’est-ce que ça apporte aux autres? En quoi la chasteté nous rend-elle meilleur ou plus pur?

La plus grande des prières est la joie de connaître Dieu dans tout ce qu’il a de plus beau. Par conséquent, l’amourajoie était ma réalisation la plus sublime quand je l’acceptais et que je cherchais à la vivre honnêtement. Est-ce erroné? Qu’est-ce que la vie? Pourquoi un Dieu qui se dit amour laisse-t-il souffrir et mourir de misère autant de monde?

Ma grande peur était, comme je l’entendais partout, de blesser, de nuire au garçon que j’aimais. J’étais à ce sujet extrêmement scrupuleux. Je croyais possible que les petits soient sans défense et facilement brisables, influençables comme on le prétendait, même si toutes mes aventures me prouvaient le contraire. La peur de la pédophilie est ancrée dans une mésestime éhontée des jeunes que l’on prend pour de parfaits idiots.

Sans violence, un jeune ne fait que ce qui lui plaît.

J’ai pris des années à découvrir que les adultes perçoivent la réalité sexuelle des jeunes à travers leur propre peur, née de leur éducation. En imposant leur morale, ils se foutent de briser la curiosité sensitive des jeunes. Une curiosité toute normale, tout aussi essentielle pour garder une attitude positive devant la vie. Ils leur apprennent à haïr leur corps comme ils le font pour eux-mêmes. La morale est un crime quand elle te pousse à rejeter ce que tu es fondamentalement.

Pourquoi plus de femmes souffrent de névrose que d’hommes, sinon parce que la perception du corps de la femme est dans notre éducation la fin, la tentation sexuelle de tout individu, le mal? Elles doivent répondre à tous les critères inventés par une société de mâles qui profitent de leur soi-disant besoin d’intimité. Les femmes sont esclaves de leur besoin de bien paraître. L’Église les condamne, ce qui les place dans un perpétuel état d’infériorité par rapport à l’homme. Ainsi, plus de femmes ne savent pas vivre dans la joie d’avoir un corps.  Pourquoi tolérer que la société continue à entretenir une telle imbécilité?

Je ne pouvais pas nuire à Réjean en l’aimant, en lui prouvant l’intérêt que je lui portais. Mes cadeaux étaient liés à ses performances à l’école. Comment peux- tu nuire à un être que tu adores? La perception des vibrations entre les humains, ça existe. Réjean s’éloignait de moi et je respectais finalement sa volonté. Je ne pouvais pour mon bien et le sien qu’espérer revivre avec un autre ce que je venais de vivre avec lui.

J’étais encore trop attentif à ce qu’en disaient les autres pour me sentir complètement déculpabilisé. Pourquoi le sexe avec une personne qui n’est pas adulte devient-il automatiquement quelque chose de mal? Si la chair est perçue comme le mal, c’est qu’on le fait croire et ça ne correspond nullement à la réalité. Bien des petits gars vont vivre une aventure homosexuelle et demeureront hétéros si c’est leur nature. Une relation sexuelle ne représente aucun danger physique pour un garçon si elle est sans violence ou domination. Ce n’est qu’un pur plaisir. Malgré cette vérité, ne sachant pas encore que l’éjaculation est la source de tous les interdits parce qu’on croyait que le sperme est une partie du cerveau, je voulais devenir « normal ».

À Sherbrooke, Hélène m’attirait de plus en plus, alors que mes relations avec Réjean étaient de plus en plus espacées. Je me demande même si je n’ai pas connu Hélène seulement après la fin de mes amours avec Réjean. Une fin qui me tuait, car ma passion pour Réjean avait été très éblouissante.

Mais à un moment donné, Réjean n’avait plus le monopole. Hélène faisait de plus en plus partie du décor. Mes hésitations à monter à Québec tenaient d’une chose que je ne connaissais pas avant : la jalousie. Je reprochais aux femmes d’être exclusives et jalouses et je vivais exactement ce que je leur reprochais.

Hélène partageait ma ferveur grandissante pour la cause du peuple, mon besoin de révolution dans le sens d’un changement profond. Elle avait réussi ce que je n’aurais jamais cru possible : me faire oublier qu’elle est une femme. Elle m’avait permis de comprendre que l’on n’aime pas un homme ou une femme, mais une personne.

Hélène m’entraînait dans la poésie. Nous étions heureux. J’aimais cette ambiguïté sécuritaire, même si c’était de bien moindre importance que mon besoin d’authenticité d’où je continuais à me proclamer pédéraste.

Comment un amourajeux peut-il aimer vraiment une femme? Amourajeux était un terme que j’avais inventé comme titre d’un de mes livres de poésie. L’amourajeux est-il nécessairement et uniquement gai? Est-ce que l’âge entre amoureux a réellement de l’importance? Comment ne pas sertir la joie des autres qui t’estiment maintenant sur la « voie de la guérison » ?

J’étais encore assez niaiseux pour croire qu’il est mal d’être pédéraste, de croire que l’amourajoie est anormale. J’adorais Réjean et plus il le savait, plus il s’en servait pour me manipuler. Son petit copain ne servait qu’à me le rendre encore plus indispensable.

Quant aux Vauxcouleurs (Estrie), la flamme politique se faisait plus rare et toute autre forme de vie m’ennuyait.

J’avais complètement perdu foi dans la députation. Nos représentants ne connaissaient rien à nos problèmes et nous en avions à revendre. Tout ce qui les intéressait, c’était leur maudit pouvoir, être réélu.

Aucun secteur économique ne se portait bien et dans chaque cas, le fédéral était toujours le principal responsable. Les deux paliers de gouvernement se garrochaient les problèmes, ce qui leur permettait de ne rien résoudre.

J’attachais autant d’importance au sort de la région qu’à mes propres amours.

Les gens réagiront. Ils finiront bien par comprendre. Ils ne peuvent pas se faire emplir tout le temps, sans finir par identifier les menteurs et les profiteurs, pensais-je.

La majorité était aveuglée par les discours ou elle était trop paresseuse pour chercher à bien s’informer. Les gens croyaient tellement dans les gouvernements qu’ils ne pouvaient pas accepter les changements globaux qui leur permettraient de s’en tirer. 

J’attachais une importance sans limites à la vérité.

Un sourire venu d’enfer 8

octobre 25, 2020

Un sourire venu d’enfer 8

Autobiographie approximative

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13

Le projet des 200 millions.

Des négociations ont été entreprises pour obtenir au moins comme le promettait Jean Marchand, une compensation valable pour les Vauxcouleurs (Estrie). C’est au cours de ces assemblées de négociations que j’ai appris que certains membres de l’équipe fédérale étaient liés à la CIA.

Ces pourparlers n’ont pas abouti, car même si j’avais créé un projet totalisant environ 200 millions de dollars à être investis dans la région, les maires avaient trop l’esprit de clocher pour l’endosser et récupérer au moins ces argents.

Nos maires, presque tous des libéraux, comme c’est encore le cas aujourd’hui, préféraient préparer leur propre avenir politique, se battre entre eux, s’écraser, selon le meilleur esprit de clocher et de mesquinerie. La politique était plus sale que je ne l’avais jamais imaginée.

Pour cerise sur le gâteau, pour nous humilier encore plus, Trudeau accepta l’invitation de la Société Saint-Jean-Baptiste de Sherbrooke de participer aux fêtes de la Saint-Jean. Quelle arrogance! Je voyais déjà couler le sang des rues à cause de ce maudit baveux.

Je rêvais déjà de lui cracher au visage tandis que la GRC multipliait ses efforts auprès des municipalités pour être « informée » de toutes les personnes jugées radicales ou de tout nouvel étranger arrivé dans la région. Puisque la trahison peut aider à l’avancement politique, nos autorités municipales appuyaient Ottawa.

Selon les rapports  de la GRC il y aurait un bain de sang dans les rues si Trudeau se présentait à Sherbrooke. Je craignais aussi cette éventualité. Un tel traitre ne peut pas se promener chez nous sans qu’il reçoive ce qu’il mérite. Mais, il y a la population et les enfants.

Heureusement, il y eut une bombe et Trudeau resta chez lui.

Quand j’ai appris comme tout le monde que durant une la nuit une bombe avait sauté à la fédéraste SSJB de Sherbrooke, j’étais à la fois consterné et fou de joie. Pas un seul blessé, mais un avertissement de taille. La SSJB décida de décliner son invitation, même si Trudeau la traitait de lâche. C’était une victoire exemplaire.

Faute de pouvoir réaliser le projet des 200 millions, j’ai mis toutes mes énergies à vendre un nouveau projet qui, par la bande, rejoignait l’aéroport, soit la construction d’une autoroute, la Transquébécoise, une autoroute qui franchirait le Québec du Sud au Nord. Ce projet demeurait dans les cartons, j’ai donc poussé pour obtenir une réalisation rapide cette autoroute. Je suivais le déroulement de ces projets à travers mes entrevues avec les autorités du coin.

Robert Bourassa était à nouveau venu à Sherbrooke. Il était jeune et semblait très honnête. Nous nous étions rencontrés lors de la campagne à la chefferie du parti libéral, et ipso facto, je l’avais préféré à Pierre Laporte.

D’abord, Bourassa m’a promis de construire l’autoroute entre Sherbrooke et Richmond, projet qui me semblait essentiel pour répondre aux multinationales qui refusaient de finir chez nous leurs produits sous prétexte que les routes étaient trop mauvaises. De plus, la route existant entre Sherbrooke – Richmond était de l’avis des techniciens de la circulation celle qui détenait tous les records quant à la fréquence et la gravité des accidents au Québec, d’où son remplacement devenait prioritaire.

Robert Bourassa s’était engagé à étudier le projet des 200 millions, projet qui faisait dire à Arthur Tremblay, de l’Office de Planification et de développement  du Québec, que les Vauxcouleurs étaient la première et la seule région au Québec qui s’était doté d’un plan de développement et j’en étais le penseur.

Il fallait auparavant procéder à une consultation des mouvements de la région. Cela était d’autant plus évident que j’étais l’auteur et que je n’avais aucun

mandat. Cependant, je savais trouver des gens responsables au CRD qui appuyaient ma démarche. Par exemple, si je voulais parler du besoin de francisation et du tourisme, je téléphonais à Réjean Beaudoin qui préconisait cette avenue.

Bourassa me semblait moins fanatiquement fédéraste que Laporte.

À une assemblée pour mousser la candidature de Laporte à la chefferie du parti, un libéral m’a présenté à son chef comme le petit pédéraste du coin, ce à quoi j’avais répondu que « je préférais être pédéraste à être fédéraste ».

Laporte me déplaisait parce qu’il mentait consciemment aux gens. Le soir dans une réception libérale officielle, Laporte avouait qu’il était faux de prétendre que le FLQ était, comme il le disait publiquement, la raison majeure pour laquelle le Québec recevait moins d’investissements. Il y avait trois autres facteurs plus importants, dont la conjoncture économique internationale. Je ne savais pas encore à cette époque que l’Ontario et le fédéral subventionnaient des industries pour quitter le Québec et s’installer en Ontario. Un moyen pour faire peur aux gens.

Au cours de cette soirée, un journaliste anglophone qui me savait indépendantiste me proposa que chacun de notre côté, par nos articles, nous moussions le fanatisme linguistique. J’ai refusé ayant trop de respect pour l’être humain, qu’il soit de la langue ou de la religion qu’il voudra. Un individu est toujours un humain.

Mes illusions sur les Anglais des Vauxcouleurs étaient pourtant tombées lors d’une manifestation pour un Bishop français. Cette première régionale m’avait valu une balle de neige dans la figure ainsi que quelques coups de bâton d’anglophones qui se plaisaient à nous frapper puisque nous étions en plus petit nombre. Comme à l’habitude La Tribune m’avait envoyé couvrir l’événement du côté des manifestants. J’aurais aimé y retourner en plus grand nombre et voir cette fois qui aurait eu le coup de pied au cul.

Les manifestants avaient raison : la minorité anglaise, grâce à nos taxes, avait un système d’éducation deux fois plus évolué que celui de la majorité française. Pourquoi devons-nous payer pour ensuite nous faire cracher à la figure? Par masochisme ou colonialisme?

Une fois encore durant la campagne électorale j’ai dû supporter les mensonges de Pierre Laporte. Laporte se promenait d’une usine à l’autre annonçant qu’elle fermerait ses portes si le Parti québécois prenait le pouvoir. Aujourd’hui, le PQ est au pouvoir et aucune de ces usines n’a fermé ses portes.

Chemin faisant, en retournant seul avec Laporte, je lui ai demandé pourquoi tous ces mensonges. Il a reconnu qu’il en était ainsi parce que les gens ont besoin de caricatures pour comprendre. Cela me mettait hors de moi. Pourquoi manquait-on autant de respect pour les gens?

Les affirmations de ceux qui nous connaissaient, à savoir qu’il était plus nationaliste que moi alors que moi j’étais plus libéral que lui, me sont toujours demeurées un mystère. Cinquante ans plus tard, j’ai appris de la bouche de son fils Jean, que Laporte était un fidèle défenseur du fait français. Si j’avais su ça, je l’aurais plus respecté. Mais j’étais trop jeune pour connaître son travail de journaliste au Devoir.

14

Retour à l’amour et à l’écriture

Pour oublier un peu mon désarroi, je me suis remis à l’écriture. J’ai recommencé à crier dans mes poèmes mon amour pour les petits gars. La fascination qu’exerce leur corps sur moi et mon désir de vivre pour eux et eux seulement.

Vauxcouleurs, c’était eux.

Toute la passion que j’avais pour Réjean se fondait dans cet amour impersonnel que représente le combat pour l’amélioration de la situation socio-économique des gens. Vauxcouleurs, c’était Réjean en désir. J’étais créé, comme le capitalisme, par mes sublimations.

Bizarrement, la décision fédérale quant à Mirabel a coïncidé avec les premiers refroidissements entre moi et Réjean.

Après une année, Réjean tournait les yeux vers un autre. Cette situation m’asphyxiait la vie. Pour lui dire, j’ai écrit une longue lettre d’amour que les Auteurs réunis décidèrent de publier. Ce fut Re-jean, un petit récit. Je remis cette longue lettre d’amour au Réjean concerné sous forme de livre. Le livre était encore la seule forme de cri que je pouvais lui adresser. Ma poésie était rejetée partout.

Quand Réjean lut mon récit, il se contenta d’y critiquer ma dernière phrase dans laquelle je disais : « Petit prince, je t’adore ». Il était visiblement fier d’avoir été la muse de ce texte écrit pour lui spécifiquement, mais il était aussi tellement religieux qu’il ne pouvait pas accepter mon cri d’amour.

« On adore que Dieu », avait-il tranché.

Tout aussi incompréhensible, il commença à me voir comme un plaisir sexuel dont il faut savoir tirer parti.

Dans l’Estrie littéraire, Gaston Gouin était le seul à ma connaissance à trouver une certaine originalité à mes poèmes. J’étais refusé partout.

Aussi, quand Gouin organisa sa nuit de poésie au cégep de Sherbrooke, il ne manqua pas de m’inviter.

Je faisais face à un public pour la première fois. J’étais convaincu d’être mal reçu puisque je terminais mon récital en proclamant de toute évidence et sans cachette, mon amourajoie; mais je devais foncer. Ce n’est pas tout d’écrire, il faut assumer les mots. Il faut les vivre. La pédérastie compte plus de périodes de chasteté obligatoires que de séquences d’aventures réelles.

Pourquoi pas toi ?

Si tu le veux dès demain tous les deux

nous irons au banquet chez Satan des amants favoris du feu.

Je boirai sur et par ton corps le sang blanc de ta jeunesse

dans le mot, j’immortaliserai ce rite.

Abandonne-moi tes lèvres laisse sur ton corps ma main t’introduire à l’extase.

Ne dit pas non trop vite le bonheur est le plaisir le plaisir serait

mes mains, mes lèvres sur ta courte verge.

Ma poésie se cueille

sur les lèvres d’un garçon.

L’assistance sidérée écouta en silence parfait. Elle était tout à fait muette, ce qui me faisait de plus en plus peur, jusqu’à ce que j’entende crier dans un coin le petit mot : bravo !

Cette soirée et la publication de Re-jean m’embarquaient de plain-pied dans la vie littéraire de la région.

À cette époque, je me croyais boudé par le groupe de Gaétan Dostie qui réclamait une poésie plus substantielle. Pour moi, les Gaston Gouin, Gaétan Dostie et Jocelyn Fournier étaient les grands maîtres de la poésie, à Sherbrooke. Il était naturel qu’ils ne m’accordent pas leur attention n’étant qu’un petit poète peu connu arrivant de Québec, un lieu qui est loin d’être de gauche. Il me suffisait d’être écouté pour être complètement varlopé par les mots.

Contrairement, à ce que j’avais cru, ce sont les femmes qui acceptèrent le mieux mon ouverture d’esprit et ma sincérité. Ce qui donna lieu à des discussions à n’en plus finir et des amitiés tout aussi longues.

La publication de Re-jean fut bien accueillie partout au début. On ignorait que c’était une lettre d’amour pour un vrai petit gars. Toutes les 1,000 copies furent vendues et le texte a même servi dans quelques classes de littérature de la région.

Presque personne n’avait pris connaissance du contenu. Alors, quand on a découvert que le récit était autant amourajeux que prose poétique, on ne tarda pas à vouloir ma peau. J’ai dû quitter bientôt les Auteurs réunis.

Comment expliquer aux autorités du petit séminaire qu’un texte amourajeux ait été retenu, aussi poétique fût-il?  Mais, il fallait l’avoir lu très attentivement pour déceler cette réalité pédéraste. En fait, il n’y avait qu’un très court passage qui rendait la chose évidente.

Il n’y avait qu’une solution pour les Auteurs réunis : se dissocier immédiatement de la racine de ce scandale, c’est-à-dire de moi.

Et, c’est ainsi que de loin, j’ai peut-être hanté les dortoirs et les toilettes du petit séminaire alors que de belles petites brebis songeant à autant de tendresse et d’amour branlaient l’arbre à la racine pour y laisser se perdre la semence pour laquelle j’aurais bien sacrifié une partie de ma vie pour la boire.

Je n’étais pas du genre à me désespérer. Avec d’autres membres et poètes, j’ai commencé à mettre sur pied des soirées de poésie au parc Jacques Cartier.

Plus tard, nous rendions dans les villes de la région donner des récitals de poésie. Aie-je eu espoir qu’un jour ces poèmes me permettent de vivre une aventure avec un des petits auditeurs? Sûrement. Secrètement. Pourquoi pas? Je ne suis pas si fou. Par ailleurs, ceux qui venaient nous écouter étaient tous des adultes, aimant la littérature. Très rares sont les jeunes qui courent les récitals de poésie.

Re-jean m’apporta une lueur d’espoir. Peu de critiques furent négatives, certaines étaient même fortement encourageantes. J’étais selon un docteur en lettres à l’université de Washington, que m’avait présenté Antoine Naaman, le premier écrivain depuis Rimbaud chez qui elle trouvait autant de souffle. Pour sa part, Roger Peyrefitte que j’admirais pour Les amitiés particulières me félicita, tout en me faisant savoir qu’il avait des correspondants à Sherbrooke.

À cette période poétique de ma vie, je fis connaissance avec Réginald Dupuis, un peintre qui, pour gagner sa croûte, travaillait dans la décoration intérieure.

Réginald était un pur hétérosexuel, nullement intéressé de changer de gibier comme diraient les féminounes. Il devint mon meilleur ami.

Chaque fin de semaine, je me rendais dans sa famille (qui habitait juste au- dessus de chez ma tante Aurore où je logeais) où nous avions des discussions sur toutes sortes de sujets. La poésie était à l’honneur et nous faisions ensemble de la peinture. Son épouse Denise était non seulement très gentille, mais elle était très intelligente. Elle avait une noblesse d’âme que j’admirais beaucoup.

Réginald devait souvent parler de moi puisqu’un jour il m’apprit qu’une poétesse voulait faire ma connaissance. Fort de mes mésaventures, j’étais quelque peu misogyne.  Cette  rencontre  retarda  jusqu’à  ce  qu’elle  s’impose  d’elle-même.

À mon arrivée, j’ai été ébloui par la beauté de cette femme, sa jeunesse et son ouverture d’esprit. Elle avait un petit air égyptien, exotique. Hélène venait d’entrer dans ma vie à côté de Réjean avec qui je vivais un froid de plus en plus glacial.

La conversation porta vite évidemment sur mes écrits, mon amourajoie. Elle faisait preuve d’une très grande érudition. Elle m’arracha un aveu : Réginald m’avait vanté son intelligence, mais il m’avait caché sa beauté. Je l’ai regardé avec le même œil, par lequel je vois un petit gars, c’est-à-dire la fascination pure.

L’amitié souda vite les deux groupes.

Cette rencontre cristallisa toutes mes émotions autour de la poésie, de sa signification. Petit à petit, je devins moins sauvage avec ma belle Égyptienne qui se découvrait aussi totale que moi dans sa recherche de la beauté, de la jeunesse et de la joie.

Ensemble, nous étions comme deux enfants, deux amants de la nature. Nous vivions des moments de joie si intenses que j’en oubliai ma misogynie. Alors que je récitais publiquement mon adoration pour les petits gars, je vivais une aventure presque sublime avec une femme. J’ai toujours vécu des décalages dans le temps qui marquent bien ma progression presque handicapée dans la découverte de mes émotions et de ma sexualité.

Je venais pourtant quelque temps auparavant de m’attaquer aux femmes dans un de mes poèmes, car je m’étais senti trahi par la jalousie de la précédente. Quel changement!  Nous avions Hélène et moi, ensemble,  la passion poétique et Réginald qui nous amenaient lentement à l’amour des couleurs, de la peinture. Tout était art dans notre vie. J’étais tellement souvent chez Réginald que je me suis souvent demandé si je n’abusais pas.

La vie de groupe s’élargit à d’autres poètes et peintres des deux sexes, un véritable petit cénacle. On parlait de plus en plus d’école littéraire  de Sherbrooke. Notre réputation atteignait même Montréal. Ma petite amie m’apprivoisait petit à petit, acceptant de temps en temps de me laisser commenter la beauté d’un gamin. Ainsi, je pouvais être authentique, tout en découvrant autre chose dans la vie que le désir d’un petit gars.

Au fond, elle aurait bien voulu me « guérir » de ce qui lui  semblait  « ma  maladie ». Tout au moins aurait-elle aimé que je puisse écrire, un jour pour une femme, une aussi belle lettre d’amour que celle que je venais de publier pour Réjean.  Même si son fils était en  âge de  m’intéresser, j’aurais cru  tricher de   lui faire les moindres propositions. Je me contentais de l’admirer alors que je le sentais me désirer en silence.

Mes aventures sexuelles pédérastes se résumaient à regarder parfois à l’improviste la nudité de ce garçon quand il prenait son bain devant moi. Cela n’était pas nouveau puisque dans mon travail, mes désirs sexuels n’ont jamais influencé comme tel le contenu de mes écrits dans le journal. Je prévenais ceux avec qui je travaillais de près de mes « vrais attraits pour les garçons » afin de m’assurer que jamais il ne soit possible de m’accuser d’avoir trahi leur confiance. Un échec dans la maîtrise de la petite nature était toujours possible. La tentation l’emporte souvent sur la raison.

Un souci d’honnêteté que l’on me reprocha très souvent. On pensait que c’était de la provocation alors que c’était simplement un désir de respect pour les gens qui ne partageaient pas ma perception de la morale sexuelle. C’est très rare d’ailleurs que des hétéros admettent que l’on puisse tomber amoureux d’un petit gars sans lui nuire. On est incapable d’imaginer qu’un petit gars puisse partager ces émotions et ce goût pour le plaisir. Pourtant, ils sont très nombreux. Je trouve cela préférable à se suicider parce qu’on ne s’accepte pas en découvrant sa nature sur le plan sexuel.

Cette époque fut très importante à bien des points de vue. J’apprenais qu’il est possible d’avoir des amis qui pensent différemment de toi, même si toute ton âme est dirigée vers les petits gars. On n’est pas qu’un amourajeux. Mes relations étaient franches et ne souffraient pas l’hypocrisie vomie dans L’Homo- vicièr. Tout était poésie, peinture, musique, un fleuve d’énergies vitales, d’amour, de rire et de beauté. Vérité et authenticité étaient ma raison fondamentale de vivre. Même mon esprit révolutionnaire était un moyen d’essayer d’aider les autres.

Les mères me faisaient confiance parce qu’en sachant mon orientation sexuelle, elles pouvaient mieux s’assurer que leurs petits étaient bien en ma compagnie. Il

y a une différence entre un maniaque dangereux et un gars amoureux de votre petit gars. Elles leur faisaient confiance puisqu’elles croyaient comme moi que ta sexualité n’appartient qu’à toi. C’était un credo féministe.

Aussi savoir que je suis amourajeux permettait de parler franchement de ce qui se passait entre moi et les jeunes. Elles pouvaient en parler avec leurs fistons sans déclencher de drame. Elles pouvaient leur faire part de leur morale, tout en les laissant libres de juger par eux-mêmes. C’était beaucoup mieux ainsi. La vérité est préférable au silence de la censure.

Personne ne paniquait ou ne paranoïait à cause de ma réalité. Elles me disaient franchement ne pas partager mon point de vue, mais que de le savoir permettait d’avoir la vérité sur tout ce qui se passait en discutant avec leurs fils, s’ils le voulaient bien évidemment. En fait, le seul danger dans une telle relation est la violence, la domination de l’adulte sur le petit gars et en me disant amourajeux je la rendais impossible.

En fait, la base de la répression sexuelle est d’abolir l’absence totale du droit du jeune de réfléchir et de décider lui-même pour lui-même de sa vie et de sa sexualité. Dans notre société, le droit des jeunes n’existe pas, les parents décident tout pour eux. Ils n’ont pas droit au chapitre, même si c’est leur vie.

Un sourire venu d’enfer 7

octobre 24, 2020

Un sourire venu d’enfer 7

Autobiographie approximative

12

L’aéroport international de Drummondville.

Le hasard fit que pendant la saison des vacances, j’ai été appelé à remplacer un journaliste de Drummondville. Selon les patrons, j’étais celui qui pouvait s’adapter le plus vite à une telle situation, soit un manque de personnel dans un des bureaux essentiels.

J’ai poussé là aussi l’idée d’un gouvernement régional. Et, petit à petit, j’ai connu un projet qui fut la plaque tournante de mon travail : construire un nouvel aéroport international devant remplacer Dorval, à Drummondville. C’était clair : j’appuyais le projet d’aéroport et les gens de la région de Drummondville appuyaient en retour l’idée de créer des gouvernements régionaux.

Je me suis fait le propagandiste de ce projet puisque sa réalisation devait entraîner la création d’au moins 100,000 nouveaux emplois dans les Vauxcouleurs (Estrie). J’ai mis toutes mes énergies, toutes mes capacités à faire valoir le bien-fondé de cette solution.

J’ai même rédigé un mémoire plutôt niaiseux que j’ai remis à P.-E. Trudeau et Jean Marchand.

Dans mon mémoire, je préconisais de faire de ce projet le symbole de l’unité nationale. L’argumentation reposait sur des notions de psychologie plutôt mal assimilées. Je croyais en jouant le trémolo de l’unité nationale donner plus de chance de succès au projet de Drummondville, celui-ci étant du ressort fédéral.

J’ai profité du Carnaval de Québec auquel Pet Trudeau devait assister pour lui remettre mon mémoire en main propre. J’avais une accréditation comme journaliste, donc, il ne me suffisait plus que de l’approcher.

Je suis arrivé en retard à l’ouverture des cérémonies marquant sa participation au Carnaval de Québec, ce qui me priva au début de mon macaron de journaliste. En arrivant à l’hôtel de ville, j’ai présenté ma lettre de créance. Les responsables sans attendre m’ont aussitôt fait passer à la salle de réception. Ces derniers m’avaient probablement confondu à un invité. J’avais l’air stupide avec mes bottes sur le beau tapis de l’hôtel de ville.

Trudeau était là avec une meute de femmes. J’ai dû attendre que les femmes cessent de lui parler et j’ai dû lui frapper sur l’épaule pour attirer son attention, avant de pouvoir lui remettre mon document. Trudeau se contenta de me dire en riant : « Vous ne voulez tout de même pas que je vous lise ça en fin de semaine? Est-ce du Platon? »

Jean Marchand se trouvait plus loin, je lui ai aussi remis. Il tâta l’enveloppe et me demanda : « Ce n’est pas une bombe toujours? »

Je n’aimais pas tellement Jean Marchand parce que je l’avais déjà entendu rire des ouvriers alors qu’il dirigeait un syndicat. Je l’ai trouvé profondément paranoïaque. Mais là je m’en fichais, l’important c’était de passer mon message.

Le samedi, je me suis rendu au Patro Rocamadour poursuivre les entrevues que le journal se hâtait de publier. Les journalistes me disaient fou; les patrons disaient que j’avais eu au moins l’audace de m’essayer.

Infiltré dans le cordon de protection, j’ai réquisitionné les ministres pour avoir  mes entrevues. Ainsi, pour la deuxième fois, je démentais les organisateurs du festival qui avaient insisté sur le fait que je ne pouvais pas approcher le premier ministre à plus de 30 pieds.

Le samedi soir, c’était le défilé et le bal de la reine du Carnaval. J’ai convenu avec Réjean de me rendre seul au bal, mais de regarder avec lui la parade. Je ne voulais pas que Réjean soit pris seul dans une manifestation anti-Trudeau, comme cela était annoncé dans les journaux.

Au Château Frontenac, j’ai rencontré une femme qui se disait étudiante en journalisme et qui voulait voir Trudeau de près. Nous nous sommes  installés près des marches au bas de l’escalier et quand Trudeau passa, j’y suis allé d’une nouvelle question. Trudeau s’arrêta et répondit à moitié. Insatisfait, j’ai passé sous le cordon de sécurité, entraînant l’étudiante par la main, et nous sommes allés nous installer à l’entrée de la salle de bal. Quand Trudeau y arriva, j’ai  repris ma question. Trudeau s’arrêta, laissa sa reine, s’approcha de moi et me  dit : « Ne vous en faites pas, votre mémoire, je le lirai. »

J’étais fou de joie. Aussi, je lui ai flanqué une claque sur l’épaule avec un éclatant « merci, Monsieur Trudeau ». C’était le délire. Les policiers de la Gendarmerie royale se précipitèrent inquiets. J’ai eu droit à un sermon genre : « T’es complètement fou. Nous aurions pu croire qu’il s’agissait là d’un attentat et te descendre. »

Je m’en fichais, j’avais réussi.

J’avais parfaitement accompli ma mission et comme journaliste j’avais eu beaucoup d’entrevues concernant le projet d’aéroport international à Drummondville. Il me fallait maintenant me débarrasser de l’étudiante afin d’aller rejoindre Réjean. Comment lui dire : « mon amant à 12 ans, je l’adore, et je ne veux pas passer cette soirée sans être à ses côtés. » La guerre étant la guerre, j’ai menti, je lui fis croire que Réjean était mon fils et qu’il m’attendait comme il l’avait été convenu ensemble auparavant.

Quelques mois plus tard, un photographe de la Tribune qui avait rencontré cette même étudiante à Québec m’a demandé combien de petits bâtards j’avais ainsi semés à travers le Québec. Je n’étais plus complètement le vieux garçon qui ignore à quoi sert cette bibitte entre les deux jambes, mais un grand Don Juan. Elle lui avait raconté que j’avais un fils bien évidemment!

Ces rencontres furtives avec Trudeau m’avaient marqué. Il m’avait littéralement fasciné. Trudeau m’avait épaté quand il se prononça en faveur de l’homosexualité. J’ai même voté pour lui. C’était un type que j’admirais profondément. Mon père, au contraire, le haïssais. Papa était conservateur.

J’ai continué grâce au téléphone de m’occuper du projet d’aéroport international à Drummondville à partir de la salle de rédaction à Sherbrooke. Je me suis ainsi fait des contacts. Le journal mit même une ligne directe avec Ottawa à ma disposition.

Fort de mon premier succès, à Québec, j’ai obtenu du journal la permission de me rendre à Ottawa rencontrer les ministres concernés par le projet d’aéroport international.

Le président du journal, M. Yvon Dubé, m’avait auparavant demandé à son bureau, question de s’assurer que je refuserais un poste dans les six chiffres, si on m’offrait un emploi.

M. Dubé est une des personnes que je respecte le plus dans le monde journalistique. Il a essayé de m’apprendre qu’un bon journaliste cherche toujours à trouver la vérité, à comprendre les deux côtés de la médaille quand il se produit un évènement.

Je ne crois pas dans l’impartialité, car nous sommes tous gérés par notre inconscient qui, lui, ne ment pas. Nous sommes tous animés par des sentiments, mais la conception de M. Dubé demeure à mon sens le but premier du journalisme : la recherche de la vérité dans le respect de ses lecteurs.

Aujourd’hui, il n’y a plus de journalistes, mais des chroniqueurs qui croient tout savoir et qui pensent pour les lecteurs en se faisant passer pour des experts.

Je n’étais toujours pas achetable. Personne ne pouvait en douter. J’aimais trop les Vauxcouleurs (Estrie) pour y préférer mes intérêts personnels.

Jean Marchand fut le plus arrogant. Un vrai « frais chié ». Quant aux autres, sauf Paul Hellyer, ils furent presque paternalistes. Je n’étais que dans la vingtaine.

Le deuxième soir, j’ai soupé avec le secrétaire du ministre des Transports,         M. Hellyer, qui voulait savoir pourquoi j’attachais autant d’importance à ce projet. Tout en notant la beauté et la jeunesse du secrétaire de Jean Chrétien, j’ai longuement expliqué comment et pourquoi, si le projet de Drummondville était rejeté, je devrais conclure à la trahison du « french Power » et en l’inévitable nécessité de séparer le Québec du reste du Canada.

Je lui ai rappelé comment grâce aux chemins de fer, le sud de l’Ontario avait été développé alors qu’on ne fit rien pour assurer un tel progrès au Québec. Je me suis éternisé sur le rôle économique similaire que cet aéroport serait appelé à jouer à l’avenir.

Ma réflexion était facile : pour développer le Québec, il faut développer son mode de transport pour retrouver un poids économique et une concurrence à l’Ontario. Cette province s’était grâce à nous, puisque nos taxes servaient au développement du Canada, approprié tout le secteur de l’automobile. Il était donc normal que cette fois le Canada serve au développement économique du Québec.

À la fin du souper, il m’expliqua que le ministre prend toujours le même ascenseur afin d’échapper aux journalistes. Quand je rejoins Hellyer dans l’ascenseur, celui-ci ne comprenait pas comment je m’étais pris pour réussir à la questionner, lui, qui me refusait tout entretien ne serait-ce même que d’une minute.

Quant à Trudeau, au début cela fut facile. Je me tenais à la porte des Communes et je lui posais des questions quand il entrait. Il revenait parfois sur ses pas et me répondait.

Le deuxième après-midi, à sa sortie, il cessa de grimper les marches vers son bureau, il me sourit et me fit un signe d’adieu de la main.

Le lendemain, j’étais au poste quand trois gros bétails m’encerclèrent.

T’es celui qui embête le premier ministre?

Je ne l’embête pas. S’il ne veut pas me répondre, il n’a qu’à continuer sa route.

De toute façon, j’ai un livre que j’ai écrit et que je veux lui remettre. Je prends l’avion dans deux heures.

Les policiers me conduisirent à son bureau, mais Jean Marchand arriva. Poussé par le temps, j’ai dû me contenter de laisser mes Hymnes à l’amour à son bureau, sans voir Trudeau. J’ai quitté le parlement escorté de deux policiers, ce qui fit rire Paul Hellyer quand il me croisa.

J’ai quitté Ottawa avec en poche une promesse verbale d’entrevue avec Trudeau au cours des quelques mois qui suivaient.

C’est une belle expérience que de représenter un journal sur la Colline parlementaire. Ça te donne un accès privilégié aux différents ministres.

En travaillant sur les problèmes économiques,  je  me suis vite rendu compte  que les intérêts du Québec sont incompatibles avec ceux du Canada.

Dans un des articles sur l’aéroport, il y a eu un malentendu entre moi et Robert Bourassa. Celui-ci était alors chef de l’Opposition. Il me téléphona. J’étais déjà à l’appareil. Je l’ai fait attendre au grand désespoir des patrons, alerté par ce coup de téléphone peu commun.

Au journal, à chaque fois que je rejoignais un personnage politique d’envergure, c’était la même chose : tout le monde devenait fou. J’en avais pourtant l’habitude. Par exemple, au début de mes articles sur la crise socio-économique des Vauxcouleurs, j’avais essayé de rejoindre Stanfield durant plus d’une semaine. Sa réponse était toujours qu’il étudiait le sujet. Fatigué, j’ai réussi à lui faire demander par un député créditiste en Chambre : si un jour vous prenez le pouvoir, continuerez-vous à toujours étudier pour ne pas vous prononcer sur les événements? Le jour même, Stanfield me rendait mon appel. J’avais peut-être ce succès du fait que le lendemain si on ne me répondait pas, une note sur le sujet paraissait dans le journal.

Le projet de construire le futur aéroport à Drummondville était d’une importance capitale. À lui seul, il pouvait éliminer le chômage et l’assistance sociale de la région. De plus, de par ce site, le Québec pouvait espérer supplanter les aéroports de l’est des États-Unis et devenir le point central des échanges Europe-Amérique.

Dans ma conception, le développement aérien était aussi important que le furent les chemins de fer. Il était donc essentiel que le Québec ne se fasse pas refaire le coup de la Confédération. L’Ontario a toujours tout centralisé aux dépens du reste du pays, particulièrement l’Est. Ailleurs qu’à Drummondville, cela signifiait la mort de Dorval aux dépens de Toronto.

Le problème de la distance n’existait pas vraiment, au contraire. Partout dans le monde les aéroports internationaux ayant été étouffés par un manque d’espace, la tendance était de les construire le plus loin possible et de compenser par des transports rapides avec les grands centres. Le Canada pouvait grâce aux avions à atterrissage vertical répondre facilement à cet inconvénient. Paul Hellyer et ses fonctionnaires cachaient leur vraie motivation. L’aéroport remplaçant Dorval devait surtout servir Ottawa et le sud de l’Ontario. Il ne devait surtout pas être situé au cœur du Québec, au cas où le Québec se séparerait.

Finalement, pour le gouvernement du Québec, c’est le poids de la caisse électorale qui eut le plus d’importance.

Pour le fédéral, à Ste-Scholastique, l’aéroport devenait un nouvel instrument de chantage contre le Québec. En cas de séparation, en décrivant une forme ovale, les avions devaient passer sur le territoire du Canada. Or, advenant des négociations de séparation, pour cette raison, le nouvel aéroport international reviendrait de droit à Ottawa.

Les nouvelles étaient très peu encourageantes, car les fonctionnaires fédéraux voulaient un site servant davantage Ottawa et Toronto. Tout ce que nous faisions, tous nos arguments, étaient récupérés pour donner raison à ces fédérastes. Des économistes ont eu trois semaines pour fournir une argumentation appuyant la décision fédérale. André Raynaud faisait partie du groupe du rapport Higgins.

Évidemment, Trudeau et compagnie a engagé une firme d’ingénieurs pour prétendre que ce projet devait se réaliser à Ste-Scholastique pour des raisons économiques. Un aéroport qui détruisait les meilleures fermes du Québec. Ce rapport permettait simplement à Toronto de garder la main haute sur le trafic aérien avec l’Europe.

Un soir, Jean Marchand fit connaître son appui à un site situé à l’ouest de Montréal. Ce fut la goutte de trop. Quant à Jean-Luc Pépin, ministre de Trudeau et député de Drummondville, il ne se prononçait jamais. Le député de Sherbrooke, Paul Gervais, ne savait même pas qu’il existait un tel projet.

Drummondville était défendu par un petit groupe dont le maire, M. Philippe Bernier, M. Robert Malouin, qui devint ensuite député libéral et un photographe unioniste, M. Paul Dozois.

J’avais été averti que si la chose était nécessaire un groupe d’étudiants était prêt à manifester leur mécontentement. Suite à la conférence de Marchand, j’ai demandé que cette manifestation soit organisée. Elle a eu lieu le dimanche, à l’occasion d’une conférence de presse de Jean-Luc Pépin.

Dans son discours, le ministre du Commerce me rendit responsable de cet éclatement de frustration de la jeunesse. Pourtant, je n’avais dit que d’y aller, c’était le temps.

Cette rencontre a eu son effet, Jean-Luc Pépin a eu assez chaud pour changer son attitude et s’intéresser au projet, mais c’était trop tard. La décision fut prompte à venir.

Malgré l’appui des trois quarts des municipalités du Québec au projet de Drummondville, Ottawa annonça son choix : Ste-Scholastique.

Cet endroit permettait, parce que les avions passaient au-dessus du Canada, de ne pas devenir un enjeu si l’indépendance se faisait.  Il serait automatiquement  à cause de cet élément, une propriété fédérale alors qu’à Drummondville, l’aéroport devenait propriété du Québec, advenant l’indépendance.

Ce n’était donc pas une pure coïncidence que toutes les décisions étaient prises à l’encontre des intérêts du Québec. C’était une réalité historique. Ottawa est la marionnette de l’Ontario, son double testicule économique.

Après le coup des textiles, c’était maintenant celui de l’aéroport international… le Québec ne serait pas le port d’entrée aérien de l’Europe en Amérique parce que Toronto n’acceptait pas le projet de Drummondville. La concurrence était trop forte.

Ma fascination pour Trudeau se muta en haine d’Ottawa. J’ai alors décidé que dorénavant je serais membre du Parti Québécois comme je l’avais dit au secrétaire du ministre des transports.

Ma guerre avec La Tribune commença, non seulement parce que j’étais devenu fanatique; mais parce que j’y vis une forme de censure. On me dit que Bourassa et Marchand demandaient ma tête presque toutes les semaines.

M. Dubé m’a affirmé plusieurs années plus tard qu’il n’y a jamais eu de telles pressions politiques à mon endroit, mais que les instances régionales étaient fatiguées de voir l’intérêt que la Tribune portait au projet d’aéroport international à Drummondville.

C’était simplement la survie économique de notre région qui était en jeu… Mais l’appartenance aux libéraux était plus importante que le bien de la population.

Quoi qu’il en soit, je suis depuis absolument indépendantiste. La décision du gouvernement fédéral venait compléter les raisons pour être à jamais séparatiste. Chaque jour m’apporte depuis une raison nouvelle de nous séparer du Canada.

C’était évident que les décisions se prennent toujours en fonction des intérêts du Canada anglais. D’ailleurs, si on lit l’histoire du Québec, on s’aperçoit que si notre peuple a toujours été vaillant, il a toujours été une bande de moumounes quant au besoin de s’émanciper. Nous sommes dirigés par des politiciens qui se prétendent les voix du peuple, des menteurs-prédicateurs au service des intérêts anglophones plutôt que ce celui du peuple francophone.

Avec l’Église, nous sommes habitués à écouter les ordres venus de Dieu et de ses représentants. La décision fédéraste était prise par Trudeau et Marchand. Ils savaient que c’était contraire aux besoins du Québec, mais ils s’en fichaient. Je les ai classés, Trudeau, Marchand et cies, à titre de vendus, de traitres au Québec. Au lieu de s’améliorer, leurs pareils ont toujours été juste un peu plus dégueulasses, comme les Lalonde et Jean Chrétien.

Le Québec vivait des moments difficiles et ce projet aurait transformé le visage économique du Québec. Ils nous auraient donné une raison d’espérer. Mais non! Toronto avait le dernier mot.

Quand le fédéral a ordonné une étude, c’était juste pour justifier le choix qui avait déjà était fait : Ste-Scholastique.

Smiley Pépin, qui était ministre fédéral à Drummondville, ne connaissait même pas l’impact qu’avait ce projet sur sa région. Ce qui prouve bien que ce n’est pas tout d’avoir des ministres dans un cabinet qui change quoi que ce soit pour une région.

Même le projet de St-Jean-sur-Richelieu ne fut pas retenu, sauf par l’Union nationale.

C’était évident pour moi qu’économiquement le Canada ne s’arrête même pas une seconde aux besoins du Québec. La vache à lait de la fédération. La crème qui permet au Canada d’avoir un tel train de vie.

Furieux n’est pas le mot pour dire ce que je ressentais. Et dire qu’aujourd’hui, on est assez fou pour appeler Dorval, l’aéroport Trudeau. Quelle bande de masochistes! Célébrer une trahison historique!

Dès que je fus en communication avec le secrétaire de M. Hellyer, je dis comme simple bonjour : « Vive le Québec libre! » « Je vois que tu connais la décision, » fut sa réplique.

J’ai ensuite parlé avec le ministre Jean-Luc Pépin, à qui j’ai dit qu’il ne me restait plus qu’à prendre ma carte du Parti québécois.  Selon Jean-Luc Pépin, si je prenais cette décision c’est qu’elle couvait profondément en moi depuis longtemps.

Puis, je lançai chef du cabinet de Jean Marchand s’informer auprès de son patron à savoir comment on se sent dans des culottes de traitre. « L’histoire se répète, lui dis-je. Aux Plaines d’Abraham, il a fallu  un français pour nous trahir, et cette fois, c’est encore la même chose. Si en 1769 on ne connaît pas le nom du traitre au moins en 1969, on le sait. C’est Jean Marchand. »

Puis ce fut autour du bureau de Trudeau. Son attaché de presse me rappela que Trudeau acceptait de m’accorder prochainement une entrevue personnelle d’une heure, ce que certains journalistes attendent depuis une année. « Je refuse cet entretien, dis-je, je ne me tiens pas avec des putains. »

Cette décision était un coup de masse. Elle mettait définitivement fin à mes espoirs dans le supposé French Power. Ça donnait raison à mon père qui ne cessait de me rappeler qu’à chaque fois que les Anglais ont voulu fourrer le Québec, ils se sont servis de francophones.

Le lendemain, la direction du journal m’informait sans que je puisse les blâmer que je ne pouvais plus téléphoner à Ottawa sans permission. Je venais de perdre ma ligne directe.

Pour la première fois de ma vie, j’espérais que le FLQ s’en mêle. J’avais toujours été complètement opposé à la violence, par respect pour les humains, par amour pour les enfants. J’aurais aimé voir sauter les édifices fédéraux des Vauxcouleurs.

J’ai aussitôt préconisé des mesures visant à bloquer l’autoroute 20, la Transcanadienne. « Ottawa doit apprendre que nous ne sommes ni des peureux, ni des masochistes. » Ce qui ne se réalisa pas, car à tour de rôle, tout le monde se rangea à ce qu’on disait le bon sens : plier devant le fédéral.

Je n’aurais jamais cru que le gouvernement du Québec aurait la malhonnêteté de choisir un autre site pour rendre la chose payante aux fournisseurs de sa caisse électorale. Pour moi, la situation territoriale démontrait bien que ce nouvel aéroport ne servirait pas les intérêts du Québec.

L’avenir m’a donné raison, c’est un éléphant blanc. Les cultivateurs ont été plumés. Les syndicats Québec-Ontario ont connu de telles luttes qu’on parla de guerre de frontière.

Jean Marchand avait eu raison. Quand je l’avais rencontré, il avait confirmé l’arrivée impressionnante de lettres et de télégrammes d’appui d’individus, de municipalités au projet de Drummondville; mais avait-il dit : « Cela n’est pas important puisque jamais les autorités municipales ne descendront dans la rue pour s’opposer au fédéral. » Effectivement, rien ne bougea.

C’était une trahison complète.

L’union Nationale, au pouvoir à Québec, préférait sauver les intérêts de sa caisse électorale et appuyer un site dans la région de Farnham, contrairement à ce qu’il affirmait publiquement, du moins selon ce que m’avait dit Maurice Bellemare.

La Tribune ne tarda pas à me retirer du dossier. J’étais effectivement devenu beaucoup trop fanatique.

Petit à petit, le groupe de Drummondville qui était composé presque exclusivement de libéraux, sauf le photographe, abandonna. Tout espoir était perdu.

Les autorités drummondvilloises organisèrent une soirée au cours de laquelle Drummondville devait me rendre hommage. Le président de La Tribune y fut délégué à ma place. Je ne pouvais pas recevoir ces honneurs alors que des centaines de personnes en pleurs téléphonaient à nos bureaux. L’aéroport devint un nouveau motif de désespoir.

Je n’étais pas un vendu et je ne pouvais pas être dupe d’Ottawa. Je n’étais plus un adepte d’un changement constitutionnel superficiel, j’étais à ce jour devenu séparatiste.

À moins d’aimer souffrir, il était impossible de tenir une autre position. La trahison de l’équipe de Trudeau était trop évidente.

Ottawa se sert du Québec pour maintenir son unité nationale. Il ne s’intéresse au Québec que si celui-ci est dans une position de pouvoir réellement réussir l’indépendance, car c’est dangereux pour lui . Alors, tous les mensonges et tous les écarts à la loi deviennent permis, même l’occupation militaire comme en 1970.

Un sourire venu d’enfer

octobre 23, 2020

Un sourire venu d’enfer 6

Autobiographie approximative

 9

Gouin et le bill 63

J’avais travaillé deux fois pour La Tribune avant les incidents judiciaires de Lac- Etchemin. La première fois, je travaillais à Lac-Mégantic et j’ai perdu mon emploi après la fameuse affaire Gayhurst. Puis, La Tribune est revenue me chercher comme journaliste, alléguant que tout s’était probablement déroulé ainsi parce que j’étais trop jeune pour diriger un bureau régional.

C’était donc la troisième fois et cette fois, j’étais journaliste au régional, c’est-à- dire tous les endroits où La Tribune n’avait pas de correspondant. Cette fois, La Tribune me fournissait même l’automobile.

Quelques mois après mon arrivée, j’ai eu un incident avec Gouin et ses amis. C’était à l’époque du fameux bill 63 sur la langue française au Québec.

Les protestations étaient si vives partout qu’une manifestation fut organisée avec la venue du premier ministre Jean-Jacques Bertrand, à East Angus. J’avais discuté avec les manifestants avant de me rendre à la réception comme le commandait mon affectation.

À cet endroit, j’eus une prise de bec avec le premier ministre et ses ministres concernant cette législation impopulaire. Je suis parti pour me rendre à la salle où devait se dérouler d’autres activités, après m’être entendu avec le premier ministre que je lui ferais parvenir un projet de loi qui serait mieux reçu par les Québécois.

Probablement que le premier ministre Jean-Jacques Bertrand m’avait dit de lui écrire un meilleur projet de loi si je me croyais si fin. Une offre que je ne pouvais pas refuser, car je croyais à cette époque avoir du talent. C’est ce qu’on appelle avoir la tête enflée. Aussi complexé que je puisse être, aussi tête enflée j’étais.

La cohorte du premier ministre devait prendre le chemin quelques minutes plus tard pour participer à une réunion.

Durant ce changement de lieux, les manifestants encerclèrent les dignitaires et à ce que je vis, l’un frappa un député avec sa pancarte alors qu’un autre flaqua un solide coup de pied au cul au ministre des Terres et Forêts, Claude Gosselin. Un des ministres présents entra en traitant les manifestants de maudits cochons.

J’étais à rédiger mon texte à partir des notes prises lors de ces incidents quand mes patrons arrivèrent pour vérifier s’il était exact que le premier ministre s’était fait cracher au visage.

J’avouai ne pas en avoir eu connaissance quoique j’avais assisté me semble-t-il à toute la scène de la manifestation.

Le lendemain, nous étions les seuls à ne pas avoir relaté cet incident ou cet exploit dans le journal, selon où on se trouve sur l’échiquier politique.

Il n’en fallut pas plus pour que Gaétan Dostie me rencontre et me manifeste en son nom et au nom de ses amis son étonnement du fait que le seul journaliste vu par eux comme étant honnête à ce journal fut aussi tarte.

J’ai expliqué mon point de vue : j’aurais été malhonnête d’écrire qu’il s’était passé quelque chose sans avoir la preuve qu’un tel geste avait eu lieu. L’entretien tourna au vinaigre et je fus probablement couché sur la liste des journalistes vendus.

Cela ne m’empêcha pas de participer à titre personnel aux manifestations organisées, à Sherbrooke, contre le bill 63 et même entrer en conflit avec mes confrères; car, l’association des gens de la presse (qui ne fit pas long feu) refusa de se prononcer sur le problème de la langue et celui de la liberté de presse. On rejeta carrément la résolution que j’avais présentée.

Comme convenu, j’ai fait parvenir au premier ministre, ce qui me semblait une loi contenant un minimum de justice pour les francophones.

J’étais déjà trop radical et trop mou à la fois, selon d’où on m’observait. Plus tard, il a été confirmé que Gaston Gouin avait effectivement craché au visage du premier ministre Jean-Jacques Bertrand.

J’admirais  profondément  Gouin.  C’était  un  vrai  poète.  Il  parlait  avec  tant  de passion de la poésie qu’il ne pouvait pas nous laisser indifférents. Je l’ai malheureusement rencontré trop peu souvent. Gouin avait la voix. Il fascinait. Il était impossible de demeurer indifférent au poète en noir.

Sur le plan politique, je me faisais écœurer par un groupe de maoïstes. Ils m’ont certainement plus retardé dans mon cheminement politique qu’autrement. Ils passaient leur temps à nous dire que les petits bourgeois de mon espèce seraient liquidés le jour de la révolution. Je gagnais 135 $ par semaine quand j’ai laissé la Tribune. J’avais commencé au salaire de 35 $ par semaine. Quel bourgeois ! Ce langage m’écœurait. Comment croire que l’Indépendance sert les Québécois quand elle est présentée aussi bêtement.

Je travaillais avec acharnement. J’adore le journalisme. J’y mettais toutes mes énergies. Après le travail, je redevenais ce deuxième être qui avait pointé en moi à Québec : une espèce de fou assoiffé de poésie, d’amour, d’ironie et de vie vraie. On a qu’une vie, il ne faut pas la manquer.

10

Réjean arrive dans ma vie

Je m’étais installé chez ma tante Aurore et son fils, Jacques.

Un dimanche soir, en retournant à la maison, j’ai rencontré un splendide petit garçon. J’ai lutté avec lui. Il était léger comme une plume et s’abandonnait dans mes bras avec une espèce d’appel à l’embrasser. Ses yeux flambaient de désir et ses lèvres peu entrouvertes m’offraient la résurrection.

Cette soirée, pourtant insignifiante pour la plupart des gens, a été le moteur de tous mes désirs, mes actions, une année durant. Le soir et le matin, je déambulais  dans  le  parc  où  je  l’avais  rencontré,  dans  l’unique  espoir  de  le revoir. La vie des amourajeux est souvent un rêve qui s’est manifesté quelques secondes dans la réalité. Un rien prend l’allure d’un univers. Une explosion de la sensibilité. Le big bang individuel.

Il s’était offert à moi comme une fleur. L’amour reprenait place. Encore une fois, j’étais toute sensibilité, à l’écoute de la vie, à la recherche de la beauté. La vie à travers le corps des gamins n’est-elle pas à la fois une communion et une prescience de ce que sera le paradis? La vie terrestre est-elle l’avant-première d’un endroit où se joue la vie? Une espèce de répétition générale?

Une explosion se produisait en moi. Un miracle était encore possible. Je n’étais pas tout à fait mort à l’amour. Ce passage a tissé le nid de ce que je définirais comme mon premier grand amour : Réjean.

Un samedi, en me rendant à Québec; j’ai fait connaissance avec Réjean. Ce fut la plus belle folie de ma vie. Réjean prenait la place de Daniel. Il était en plus d’être réel, la réincarnation de l’ange rencontré à Sherbrooke.

Je l’adorai immédiatement entre deux remords, fruit de mon éducation.

Réjean devait avoir environ 12 ans. Comme tous ceux de son âge, il ne fut pas long à comprendre ce qui se passait entre nous et ce que je désirais. Hésitant et scrupuleux, Réjean ne me laissait pas le toucher, mais il savait comment me rendre fou de lui, me posséder, me faire fléchir, ramper à ses désirs. Ce fut un coup de foudre. Une explosion gronda dans mes yeux, dans mes doigts. Réjean devenait la lumière, la pierre philosophale.

Mon âme dansait, retrouvait sa légèreté, et pourtant en même temps, j’étais envahi d’une foule de scrupules : je ne pouvais pas salir une telle beauté. Pour rendre suspect un si beau désir, des gestes aussi naturels, seule la religion peut nous corrompre à ce point en nous lavant le cerveau dès notre enfance. J’avais peur comme en prison de lui faire du mal. Je l’adorais trop pour oublier que la chasteté est une déviation maniaque, une maladie religieuse qui s’imagine que Dieu est contre la beauté de la sexualité alors que ce Dieu a lui-même créé le corps.

Je frémissais entre deux désirs comme un piano sous la main d’un grand maître. Un appel d’âme à âme, d’énergie à énergie. La fascination d’une beauté d’un autre ordre que celui de la matière. Un appel à boire la beauté et l’innocence, c’est-à-dire l’absence de restrictions mentales.

Par peur de moi et par amitié, j’ai révélé  mes  sentiments  envers  Réjean à Mme G.

Je croyais qu’elle me fermerait à jamais la porte de sa maison. Surprise ! Elle m’avoua me connaître depuis le début, et, même être au courant de mes trois mois passés en prison. « Tu sais la petite nature », disait-elle amicalement.

Pour la première fois de ma vie, une adulte m’acceptait comme je suis. Si     Mme G. n’avait pas été là, je n’aurais jamais écrit. Ce fut la lumière spirituelle dans ma vie. Cette femme m’a plus appris sur la tolérance et l’amour que toutes les leçons de catéchisme aussitôt violées. Ce fut le premier héros véritable que j’ai rencontré. Mme G. savait fort bien que j’aimais beaucoup trop Réjean pour risquer de le corrompre. J’en faisais trop de scrupule. Cependant, si la chose devait arriver, il était évident, forcé par cet aveu que je venais de faire que le petit serait consentant. D’ailleurs, la curiosité sexuelle est-elle corruptrice ou simplement naturelle? Notre société n’a-t-elle pas inventé le mal à travers tout ce qui est sexuel pour introduire en nous l’idée que nous sommes tous pécheurs? Une perception maladive d’une réalité essentielle pour la survie de l’espèce. En fait, je me sentais coupable d’être amourajeux. J’avais la prison pour me le rappeler. Je croyais encore qu’un attouchement sexuel pouvait être pervers parce qu’on me l’avait appris ainsi.

Réjean me tentait sans arrêt. Je m’essayais souvent à le toucher. Je manquais mon coup. Je le regrettais. Je me contentais de sentir son haleine sur ma joue quand nous luttions ensemble. Une vapeur qui nourrissait mes rêves. Nous jouions de longues heures au billard sur la table que je venais de lui donner en cadeau. Si ces relations n’étaient pas toujours des désirs chastes, elles étaient toujours pures.

Au journal, à Sherbrooke, tout le monde croyait que j’avais rencontré la femme de ma vie.

Je brûlais le temps. Les semaines étaient trop longues. J’aurais quitté mon emploi pour être à chaque instant près de lui. Réjean, c’était ma raison de vivre. Un pan de ciel en enfer. J’avais le feu aux entrailles et la tête en fête chaque fois qu’il était entendu que je descendais à Québec. Réjean, c’était pour moi, la beauté à l’état pur. Le désir volcanique de mes sens étouffés depuis si longtemps. C’était le sourire, l’allure de serpent. Réjean, c’était celui qui, à mon arrivée, préparait sans doute les couvertures puisque celles-ci étaient souvent placées de façon à ce que je puisse y voir une belle petite bosse, juste à la bonne place. Juste question de nourrir mes tentations. Réjean, c’était en même temps, celui qui mettait du papier collant à la braguette de son pyjama, juste au cas, où j’aurais pu être tenté de le toucher durant la  nuit.  Nous sommes tous des êtres de contradictions intérieures.

Réjean, c’était celui à qui j’aurais acheté une lampe d’Aladin. Réjean, c’était celui pour qui j’allais à la messe chanter les « je t’aime » des sanctus parce qu’il m’accompagnait et que je pouvais ainsi lui crier mon amour en public. Réjean, c’était tout, c’était les métamorphoses ressenties quand j’allais communier petit, celles où le monde devenait sujet d’adoration puisque partie intégrante de Dieu.

Réjean, c’était la vie. L’anxiété, le désir, la fable du bonheur. J’étais l’amant qui se promenait avec lui, main dans la main, qui l’embrassait malgré la foule, au départ, au terminus. Réjean, c’était le feu de la St-Jean, la promesse de vivre. C’était l’échelle de Jacob.

Pour ne pas trop souffrir de son absence, je me jetais tête première dans le travail à un point tel que les Vauxcouleurs (Estrie, Cantons de l’Est) devinrent Réjean.

11

Le gouvernement régional

J’attachais toutes mes énergies à publier la vérité sur la situation économique peu reluisante de l’Estrie (Vauxcouleurs). Chaque semaine, je devenais plus conscient de la situation. Je cherchais des solutions concrètes. Tout l’amour que j’avais pour Réjean, je l’orientais dans mon travail, devenu une espèce de mission.

La méconnaissance des députés des problèmes régionaux m’exaspérait. À mon avis, la seule façon de régler les problèmes exigeait un traitement à l’échelle

régionale. J’en vins à rechercher la création d’un gouvernement régional, pour compenser l’absence des gouvernements provincial et fédéral.

Pour eux, on n’existait pratiquement pas. Je venais de comprendre le besoin de décentralisation et de déconcentration.

Je rêvais d’un gouvernement régional, car j’y voyais là le seul moyen de répondre efficacement à nos problèmes régionaux à cause de l’ignorance d’Ottawa quant à notre existence même. Ottawa se fiche du Québec. Un gouvernement régional permettait aussi de voir de plus près à ce que nos élus fassent leur travail, soit de défendre les intérêts de ses électeurs.

N’avons-nous pas assez d’un gouvernement au Québec? Pourquoi en ajouter un qui contredit les décisions prises par l’Assemblée nationale? C’est exactement la même lutte pour un gouvernement responsable qu’ont menée les patriotes de 1837.

Je croyais encore cependant que le Canada voulait de nous à l’intérieur de la fédération canadienne. Le projet d’aéroport international à Drummondville devait être à mon avis la preuve que le Canada se soucie de nous, car un tel projet mettait fin à la misère économique dans l’Estrie. C’était plus d’un milliard d’investissements et plus de 100,000 emplois.

Ce gouvernement du peuple devait être formé des autorités locales et des mouvements de base, particulièrement, le Conseil de développement. Il était ainsi susceptible de créer une meilleure confiance, un meilleur climat de travail apte à résoudre les problèmes.

Cette solution fut vite écartée par les autorités locales. Les députés et les maires ne cherchaient qu’à augmenter leurs avantages politiques. L’esprit de clocher régnait en maître partout. (Voir Il était une fois dans les Cantons de l’Est ou Lettres ouvertes aux gens de par chez-nous.) Pourtant, nous avons  obtenu l’appui de plus de 90 pour cent des municipalités du Québec pour la réalisation de ce projet.

La situation empirait de jour en jour en Estrie. L’économie régionale était dans l’impasse. Le chômage et l’assurance sociale montaient en flèche. Ces problèmes m’auraient certainement laissé indifférent si à chaque endroit où j’étais assigné, il n’y avait pas eu des mères qui pleuraient, des enfants épouvantés devant la détresse des adultes, détresse qui leur était incompréhensible. Je n’étais pas seulement le clairon, mais le miroir de ces petits.  Je  souffrais  comme  les  Vauxcouleurs  à  chaque  mauvaise  nouvelle.

Les nouvelles idées étaient la plupart du temps rejetées. Tout le monde avait peur  du  changement.  Le  système  sait  installer  un  esprit  de  fatalisme   pour conserver son pouvoir.

La situation se détériora à un tel niveau que j’ai réussi à faire proclamer l’état d’urgence par le président de l’Association des cités et villes, M. Dorilas Gagnon, un des rares maires assez honnêtes pour se soucier davantage du bien de la région à celui de ses petits intérêts politiques personnels.

Mon combat échappait dorénavant à la notion régionaliste, il était devenu national. Il fallait forcer les gouvernements supérieurs à se rendre compte qu’on existait. Comme tout journaliste, j’étais l’expression, le cri du désespoir d’une bonne partie de la population. Souvent, je devais littéralement arracher les déclarations. Heureusement, mes rencontres avec les jeunes exprimaient le désir d’un avenir, d’un changement, d’une libération. Je vivais chaque état d’âme régional. J’adorais les Vauxcouleurs et sa population. Je m’y confondais parfaitement.

Les patrons n’y voyaient encore aucun inconvénient. Le journal semblait ainsi prendre ses responsabilités sociales et défendre les hauts  intérêts  de  la  région. En réalité, le journal  était  manipulé  et  au  service  du  parti  libéral.  Mes écrits faisaient plaisir aux patrons puisqu’au provincial les libéraux étaient dans l’opposition et que je préparais inconsciemment la voie du changement.

Vauxcouleurs est le nom proposé par la revue de Raoul Roy pour remplacer Estrie.

Un sourire venu d’enfer.

octobre 22, 2020

Un sourire venu d’enfer 5

Autobiographie approximative

La crise a pris de l’ampleur. Micheline s’identifiait, sans avoir tort, à Esther, un personnage de L’Homo-vicièr qui présage des luttes des mouvements de libération de la femme. La femme qui, sous prétexte d’égalité, veut dominer dans le couple, non plus en cachant son jeu comme elle l’a toujours fait, mais ouvertement, sans artifice. C’est ce que je croyais à l’image de ce que voyais.

Ce fut une période très riche d’échange de lettres d’amour. Finalement, elle me reprochait d’être trop cochon parce qu’à force de me faire agacer : elle aurait pu me passer à travers un mur pour me sentir bandé en dansant, ce qui arrivait moins souvent que je l’aurais souhaité, mais qui m’amenait à vouloir lui poigner les seins et mettre sa main dans mes culottes. Je ne comprenais pas ce oui qui se transformait soudain en non.

Chaque fois, cela la scandalisait, mais chaque fois j’y décelais un désir qui était bien celui d’une victime qui se cherche un bourreau. Bien agréable le bourreau à petite matraque. Même si on en a parlé, la situation se reproduisait comme si c’était un automatisme. Je croyais qu’elle adorait ces situations, mais les repoussait pour obéir à la morale qu’elle avait apprise.

Plutôt que nous apprendre à contrôler nos désirs sexuels, on préfère ne pas en parler parce qu’on les craint, d’où notre incapacité d’avoir un équilibre émotif…

Mon professeur de sociologie fit la connaissance de Micheline. Une fois, sous prétexte de connaître mes réactions, il lui fit croire que je m’étais suicidé de chagrin par sa faute. La pauvre fille n’en a pas dormi de la nuit.

La rupture était inévitable, j’étais trop cochon, trop chaud, et je ne comprenais pas pourquoi cette invasion des remords de conscience, fruit de notre ignorance de la nature humaine. Pourquoi devenir fou pour des gestes somme tout très agréables? Quel danger y a-t-il à se caresser?

À cette époque, si je l’avais mis enceinte, je l’aurais mariée. Je crois même qu’on se serait beaucoup aimé, car le sexe était tout ce qui nous séparait. Et marié, cela n’aurait plus été un problème. Il devrait y avoir une loi garantissant que tout gars qui met une fille enceinte se doive de l’aider à élever l’enfant, soit en la mariant, soit en lui versant une pension jusqu’à ce que l’enfant ait atteint sa majorité ou la fin de son secondaire. Ainsi, on aurait plus besoin de l’avortement.

Vers la fin de l’année, j’ai publié deux autres textes dans Le Garnier, soit le journal des étudiants des Jésuites.

Le premier affirmait que les enfants ne doivent rien à leurs parents puisque l’Amour est gratuit.

Ce fut au tour des professeurs de morale et de philosophie de faire l’apologie de ma folie dans leurs classes. Dans l’autre texte, je dénonçais la prison, tout en faisant connaître mon amour des garçons.

Les Jésuites n’ont pas tenu le coup. J’eus le choix entre payer tout de suite ou ne pas pouvoir me présenter aux examens de fin d’année. Une façon de me renvoyer, car ils savaient très bien que je n’avais pas d’argent… C’était un noble moyen pour me forcer à débarrasser le plancher. Et, une bonne justification, si je devais tenter une nouvelle action susceptible d’intéresser les journaux.

Mon professeur de sociologie me reprocha d’avoir abandonné la lutte : « un type de ton intelligence n’a pas le droit de laisser tomber. » Le professeur venait de découvrir les événements de mai 1968, en France, et le souffle de la nouvelle révolution sexuelle annoncée en Californie. Puisque j’avais exprimé ces idées quelques mois auparavant, j’étais devenu pour les étudiants un héros ou tout au moins un prophète. C’était trop tard. Ma décision était prise. Je me servirais de ma bourse d’études pour publier mon premier livre.

J’ai travaillé à la publication d’Hymne à l’amour, le vice et la révolte et tout au long de l’année, j’ai pondu L’Homo-vicièr.

À ce point de vue, ma rencontre avec Micheline a été très profitable. Une fois, par semaine, nous nous rendions danser, mettre notre émotivité en danger. Nous cherchions tous les moyens pour entrer en transe et dès que nous le pouvions, nous nous faisions part de nos découvertes, en vue de nous en servir dans nos écrits. Malgré nos chicanes, ces soirées étaient consacrées au rire et à l’ironie. Elle était très intelligente et mon admiration pour elle me la rendait vraiment très attachante. Pourquoi quand nous sommes jeunes ne nous apprend-on pas qu’il est normal d’avoir la libido forte? On préfère la censure et l’hypocrisie… une société de moutons… On oublie que ceux qui ont créé les règles de la civilisation actuelle vivaient dans un tout autre contexte. Mais, c’est plus facile de ne pas les remettre en cause.

Une année plus tard, je rêvais encore à Daniel. Aussi, avais-je pensé qu’en publiant Hymne à l’amour, le vice et la révolte, la police ferait enquête afin de me condamner. Au moins au procès, je pourrais le voir ne serait-ce que  quelques minutes, le temps qu’il témoigne contre moi. J’étais prêt à faire cinq ans de prison pour le revoir une minute. La folie ne porte pas qu’à tuer. L’amour est un besoin tellement essentiel. En être privé peut nous déranger les méninges.

Mon livre de poésie ne connut pas le succès escompté. Les critiques littéraires étaient unanimes « je n’ai pas de talent».

« Plus équivoque et pas très prometteur s’annonce le recueil difficile à nommer et à décrire de Jean Simoneau… Enfin, Jean Simoneau nous promet une œuvre fort abondante et nous prie, sur un feuillet publicitaire, de commander vivement,

car le nombre est restreint. Comme M. Simoneau est étudiant, il s’agit peut-être d’une farce, après tout! » (Suzanne Paradis, Livres et auteurs canadiens 1968, p.114).

Villon faisait aussi des farces d’étudiants et il fut pendu.

Dans le journal Le Devoir, Jean-Éthier Blais affirma que même si je n’ai pas de talent, je devais être un étudiant agréable à rencontrer à la taverne. Je sais maintenant pourquoi il parlait ainsi. Ce n’était pas pour mon talent d’écrivain, mais mon apostrophe entre les deux jambes qui l’intéressait sans doute.

Dans le milieu littéraire de Québec, ce livre m’a valu toutes les foudres possibles. Personne ne voulait plus me parler. Scandalisé par son contenu amourajeux, on digérait encore moins mes dédicaces. On les interprétait tout de travers, comme si j’avais couché avec tous ceux à qui je dédiais un texte. Le Québec niaiseux s’agitait.

Écrire un livre t’immortalise, car, tu laisses une trace après ta mort. Aussi, pour moi, une dédicace c’était la plus grande preuve d’amour, c’était offrir mon cœur et mon âme pour rendre cette personne immortelle à travers moi. Mon livre en était parsemé. Chez moi, on me fit remarquer un oubli terrible. J’avais oublié d’en dédicacer un à mon frère Serge. Cela me peinait beaucoup. Comment peut-on faire un oubli aussi stupide?

De guerre lasse, je suis retourné à Barnston. J’en ai profité pour descendre de la Vieille Capitale avec le député libéral Georges Vaillancourt, car, de toute façon, il se rendait à Coaticook. M. Vaillancourt me conseilla de me présenter à La Tribune de Sherbrooke, où l’on cherchait un bon journaliste. J’ai été réengagé pour une troisième fois, les patrons ayant déjà entrepris des démarches afin de me localiser et m’embaucher.

7

Congrès du parti libéral.

Sur le plan politique, je n’avais pas évolué, sauf, dans le sens, de l’écœurement total.

D’abord, dans une assemblée libérale, un ex-ministre était venu promettre qu’en reprenant le pouvoir les libéraux créeraient un ministère dont la lutte au  patronage serait la fonction véritable. Un autre nous informa de la guerre Lesage-Lévesque, en présentant René Lévesque comme le pire des communistes.

Je n’avais rien compris avant le congrès des jeunesses libérales où j’ai été informé du projet d’Indépendance du Québec de René Lévesque. J’étais plus préoccupé par mon projet visant à nettoyer les mœurs politiques.

J’ai pris position pour une espèce de troisième voie, présentée par M. Paul Gérin-Lajoie (des états associés, si je me rappelle bien) projet qui m’apparaît encore aujourd’hui comme étant très autonomiste, sans en porter le nom.

J’étais délégué au congrès des adultes, mais je n’avais pas les sous nécessaires pour y participer. L’équipe de Jean Lesage m’offrit de payer à la condition de voter contre René Lévesque. J’ai refusé. Je me suis présenté au clan de Lévesque afin d’avoir le financement nécessaire, tout en leur disant que j’avais déjà voté contre le projet de leur chef et que je ne changerais probablement pas d’idée par ce simple soutien financier. Malgré ma franchise, ils acceptèrent.

Le congrès était complètement paqueté. Les libéraux avaient sorti tous les petits vieux des hospices pour venir battre le communiste Lévesque.

Le projet constitutionnel d’états associés fut rejeté. Nous n’avions plus que le choix entre le statu quo et l’option indépendantiste. Quand je me suis présenté au microphone, tout le monde écoutait. J’étais jeune et, venant de Limoilou, je ne pouvais être que du bon bord.

« Entre un statu quo qui ne va pas assez loin dans les réformes souhaitées, qui nous étouffe et une option qui m’apparaît comme allant trop loin, je ne peux que choisir d’aller le plus loin possible, dans l’intérêt du Québec. Pour cette raison, je voterai favorablement au projet de René Lévesque.»

Les protestations fusèrent de partout. Les délégués de comté m’ont aussi vite désigné comme « un traitre ». Ils prétendaient même que j’avais infiltré le parti pour appuyer l’indépendance.  Ce qui était absolument faux  et débile. J’étais  très désappointé du peu de démocratie à l’intérieur de ce congrès. Chose certaine, je n’étais pas genre à appuyer les propositions visant à augmenter le patronage.

Je suis allé manger seul, réfléchissant à ce que je devais faire. Lévesque s’était déjà exclu du parti. Ses partisans avaient quitté la salle.

De retour au congrès, le soir, je suis allé dire à peu près ceci à l’assistance : « Il est évident que j’ai perdu toute crédibilité. Je ne crois plus représenter dorénavant les vœux des membres de mon comté et, par conséquent, je démissionne de la présidence des Jeunes libéraux de Limoilou. Cependant, je considère qu’il est urgent, comme le disait M. Lesage, de s’occuper du pain et du beurre et à ce chapitre, je crois, qu’il me sera possible de mieux servir le Québec en demeurant dans le parti. Il faut s’unir et reprendre le pouvoir.»

Espèce de cave! J’espérais toujours que mon projet de nettoyage des mœurs politiques, référé à un comité d’étude, puisse un jour aboutir à des actions concrètes.

J’ai eu droit à la seule ovation debout de toute ma vie. Les gens me tendaient la main de chaque côté des rangs comme si j’avais été le chef de ce parti. Kierans et Lesage me donnèrent l’accolade.

Je savais pourtant au fond de moi-même qu’il n’était plus question pour moi de continuer dans la politique active : la foi venait de tomber pour très longtemps. La blessure était profonde. Je ne croyais plus dans la démocratie.

J’ai écouté les discours. J’ai eu presque mal au cœur d’entendre Pierre Laporte vanter le fédéral. C’était à se demander ce qu’il faisait au Québec. On était loin du Maître chez nous des années 1962.

Aussi, suis-je entré une troisième fois à La Tribune. Je n’avais surtout pas l’intention de m’occuper de politique à nouveau. C’était, à mon avis, bien trop sale !

8

La poésie

Hymne à l’amour, le vice, la révolte produisait lentement ses fruits même si, selon mon patron Alain Guilbert, il faut un très haut taux de folie pour écrire une poésie comme la mienne.

Pour la première fois, j’ai affirmé la nécessité de mes amours illicites pour bien réaliser mon travail. Mes amours sont mon moteur. Je perçois la vie à travers elles.

« Ne vous en faites pas, à chaque fois qu’il y a du jus dans mes reportages, il y a toujours un petit gars qui me fascine derrière l’événement. Plus je suis fasciné, plus les mots viennent facilement ».

Ces amours étaient toujours platoniques, mais ils dirigeaient ma vie émotive. Ma soif de beauté et de liberté.

Cette réponse a très vite clos la discussion.

Rien n’était plus vrai. À chaque ville ou village, j’essayais de rencontrer des petits gars et de découvrir à travers eux, dans leurs yeux, les bonheurs et les malheurs des habitants de l’endroit. Si un jeune me plaisait, j’étais pris d’une espèce d’envoûtement, de frénésie, de fascination pour l’endroit. S’il me souriait, c’était l’extase. Une simple communion de regards, un léger vent dans l’âme; cette localité était gravée dans ma mémoire pour des années. J’y retournais souvent d’instinct dans le but inavoué d’apercevoir à nouveau celui qui m’avait si follement fait tourner la tête. Pourtant, je ne leur parlais jamais. Regarder leur beauté me suffisait.

À cette époque, la beauté était des noms et des visages de garçons. Une obsession sans doute absolument folle, mais non dangereuse.

La vie, c’était la vibration en voyant la beauté d’un petit corps, la sensation de communiquer la poésie vivante qui m’envahissait. La flamme du désir inassouvi qui te brûle de l’intérieur. Ma vie était une perpétuelle tentation et je n’aurais pas péché pour ne pas la perdre. La vie est le plus beau des poèmes.

Le premier poète à me critiquer sans me démolir complètement fut nul autre qu’Alfred Desrochers.

Après avoir lu Hymne à l’amour, le vice et la révolte, Desrochers me fit parvenir une note dans laquelle il disait ni ne me conseiller, ni ne me déconseiller de continuer d’écrire. J’étais fou de joie. L’hommage de cette neutralité venait de haut, mais Guilbert, mon patron immédiat, après avoir lu cette lettre, prétendit que M. Desrochers voulait rire de moi, car il avait ajouté à peu près ceci :

« Dommage que tu ne sois pas venu avant St-Denis-Garneau, t’as beaucoup plus de couilles que lui. »

Selon Guilbert, il s’agissait là d’une plaisanterie quant à mon amourajoie.

« Desrochers a voulu rire de toi. » Me dit-il.

Ce même Hymne à l’amour attira aussi l’attention (je lui avais envoyé) de celui qu’il est bien convenu d’appeler le leader littéraire régional de cette époque : Gaston Gouin.

Gouin, tout en y reconnaissant des faiblesses littéraires, trouvait très courageux d’y révéler mes amours. J’ai rencontré Gouin quelques fois. Il me fit une critique de L’Homo-vicièr et il me fit retirer près de la moitié du contenu. Nos divergences politiques refroidirent nos échanges. Il était trop radical pour moi. Gouin admettait la nécessité de la violence pour obtenir l’indépendance du

Québec alors que je m’y opposais viscéralement. Pourtant, on me raconta, que cela n’a pas empêché Gouin de choisir Hymne à l’amour, le vice, la révolte, comme lecture de chevet.

Un sourire venu d’enfer 4

octobre 21, 2020

Un sourire sorti d’enfer 4

Autobiographie approximative

6

La rencontre de Daniel.

Durant l’été, je me suis rendu à Montréal pour travailler afin de payer les frais de la prochaine année scolaire. Tout ce que j’ai su dénicher : éclairagiste dans un club pseudo arabe, puis, dans un club à gogo, comme desserveur de tables. Cette dernière expérience me marqua davantage puisqu’on m’appelait « le petit gars » et que je fus confronté pour la première fois de ma vie à la réalité gaie.

Ma première rencontre fut celle d’un noir. Il s’organisait toujours pour m’attirer à sa table. Il a même inventé de renverser sa bière. Il me tapait sur les nerfs. À la fin de la soirée, il me fit part de ses ennuis : il ne savait pas où aller. Je lui ai conseillé un endroit en lui indiquant bêtement que je m’y rendais toujours après le travail. Il m’a aussitôt fait part de son intention de m’y retrouver. Ce soir-là, je suis sorti plus tard qu’à l’habitude. Je n’étais pas seulement naïf, j’étais niaiseux.

J’aimais bien ce travail. Le milieu insolite. Les filles du club arabe m’ont demandé  de leur envoyer des petits vieux, quand j’ai commencé à travailler dans un autre club, un club de gogos femmes. En retour, j’avais droit à une commission payée en nature. Salaire que je n’ai jamais eu, même si j’ai envoyé bien des intéressés. Cependant, l’honnêteté n’était pas toujours de rigueur dans ces clubs.

J’ai passé pour le roi des imbéciles un après-midi parce que j’ai défendu un client qui avait oublié un appareil photo alors qu’une des serveuses voulait la garder pour elle. Ce qu’elle fit, malgré mes protestations. Je n’aimais pas non plus qu’on fasse les poches des clients quand ils étaient trop saouls à la fin de la soirée, avant de les mettre dehors.

Ma jeunesse me valait des avantages. Une des serveuses me fit une crise de

jalousie parce que souvent j’avais de bons pourboires pour rien ou encore des clients qui me payaient volontiers un verre. Je ne comprenais pas le pourquoi de tant de générosité jusqu’à ce qu’elle me dise : « T’as qu’à regarder ces messieurs te convoiter l’arrière-train pour saisir ce qui se passe.»

Plus tard, les patrons s’amusèrent à m’envoyer chercher de la glace dans un club gai de la rue Stanley. Ils prétendaient que je serais un jour un des futurs clients de ce bar.

C’était toute une découverte : je voyais pour la première fois de ma vie, dans ma vingtaine, deux hommes danser ensemble. Un seul spectacle a su me distraire autant : le club des lesbiennes. Je les ai vues un soir sortir un bonhomme qui s’était probablement trompé d’adresse… il toucha très peu aux marches. Les femmes sont parfois très fortes.

Montréal me semblait propice à une expérience pédéraste (amourajeuse). Il était impossible qu’avec autant de petits gars, je ne finisse pas par en rencontrer un qui soit intéressé. En attendant, je travaillais et j’écrivais de la poésie. Parfois, je me permettais de partir à la recherche de l’âme sœur. Le cruising est aussi palpitant que les parties de jambes en l’air.

Un après-midi, dans le métro, en me rendant au travail, j’aperçus un magnifique petit bonhomme. Il était blond et semblait avoir environ 14 ans. Je lui fis des clins d’œil, il me sourit. Je lui montrai deux dollars, tout en lui faisant signe de me suivre, ce qu’il fit sans hésitation. J’étais au ciel. Je croyais rêver. Je me suis rendu avec lui dans une toilette d’un restaurant. Il accepta, après quelques caresses, à se rendre chez moi. J’étais fou de joie. Je n’aurais jamais cru qu’une telle chose était possible. Je remerciais le Bon Dieu d’avoir créé Montréal.

Je m’absentais du travail pour la première fois. J’ai passé l’après-midi avec lui.

Je le revois nu dans mon lit alors que ma langue voyageait encore moins vite sur son corps que le plaisir qui courait dans ma tête. Je sentais que le plaisir était complètement partagé. Son sourire, les gestes de son corps prouvaient qu’il goûtait tout aussi bien la situation que moi. Daniel était divin. Il avait en plus une drôle de façon de réagir à nos baisers. À chaque fois, il branlait le nez. Nous avons parlé assez longtemps pour que je le connaisse assez bien. Son père était dans l’armée et sa mère vivait, à Montréal, avec lui. La séparation de ses parents l’affectait beaucoup. Son grand rêve était de s’acheter une bicyclette.

Peu à peu, les remords m’ont envahi, car je me sentais encore coupable d’être amourajeux. Je l’aimais trop pour le rendre à jamais malheureux. J’avais peur que mes goûts se transmettent et je ne voulais pas lui rendre la vie aussi malheureuse que la mienne.

J’ai supplié Daniel de me pardonner. J’ai voulu lui faire peur en lui disant qu’une telle dégénérescence conduit à la prison. Daniel se contenta de s’approcher de moi et me dire que lui aussi avait déjà eu des problèmes avec la police. Et, il m’embrassa avec passion. Que pouvais-je dire de plus?

Après que Daniel m’eut laissé, la vie n’était plus pareille. J’étais follement amoureux de lui. Daniel m’avait promis de revenir bientôt et de me présenter sa petite amie. Il ne le fit jamais et je me suis mis à sa recherche.

Daniel, c’était tout ce qui comptait dorénavant. Je vivais dans l’anxiété de le revoir. J’ai tenté de le rejoindre au téléphone, épuisant le répertoire de toutes les familles qui répondaient à son nom. Le soir quand j’arrêtais une seconde de travailler, je me rendais près de la porte où je scrutais les passants. Viendra-t-il enfin?

Pour le graver davantage dans ma mémoire, je griffonnais cet amour sur un bout de papier. Je me fichais bien maintenant que ma mère hésite à me livrer à la police puisque le dimanche précédent, elle et mon père, m’avaient surpris la main dans le pantalon d’un autre petit gars qui aimait bien se faire tâter le moineau. La faim justifie les imprudences.

Peut-être que mes parents n’auraient jamais osé mettre leur menace à exécution; mais je savais être, encore une fois, une raison pour eux d’être malheureux de m’avoir comme fils. Ça m’affligeait beaucoup, c’était même une raison de plus pour me haïr. Je n’aurais jamais cru qu’un jour je croirais que d’être amourajeux est tout à fait normal.

J’étais presque fou. Je voulais revoir Daniel par tous les moyens. Chaque endroit où j’avais vécu quelques secondes avec lui était devenu de véritables lieux de pèlerinage et ils le sont demeurés plus de dix ans.

Au travail, ce fut comme si les patrons auraient compris qu’il se passait quelque chose de nouveau en moi. Ils multipliaient mes missions dans le club gai. Ce travail a eu un avantage extraordinaire : il enleva à jamais ma peur des gais. Si j’en étais un d’une certaine façon, j’avais conservé toutes les peurs que mon éducation avait créées. Loin d’être dangereux, comme on me l’avait appris, ces messieurs étaient tout égard, toute tendresse. Je me sentais de plus en plus valorisé quand un homme me regardait avec avidité. Moi, qui m’étais toujours cru si laid, je découvrais que pour certains je pouvais même leur paraître beau. Ce n’est pas une petite découverte, ce fut extrêmement important pour moi.

Petit à petit, j’ai commencé  à  fréquenter  les  pissotières.  Le  travail  s’en  trouva valorisé d’autant…

Un jour, en entrant du travail, une lettre de France m’annonçait que j’étais lauréat d’un concours de poésie en Normandie. Le poème gagnant avait été écrit pour illustrer mes tentations amourajeuses : LA NOCE. En même temps, le lieu d’où je gagnais le concours était lié directement à un autre personnage religieux qui m’influençait énormément : Ste-Thérèse de l’Enfant Jésus. Elle était arrivée dans ma vie à travers une mine d’or en Ontario, la Thérèsa.

Je ne savais plus si je devais être heureux ou découragé. Je priais pour revoir Daniel. J’avais peur, mais cette fois l’amour fut si vif que ce fut la grande métamorphose. Plutôt que de percevoir Dieu comme un juge, je le découvrais comme un protecteur : il ne pouvait pas condamner l’amour. Lui, qui se dit l’Amour.

Daniel. C’était déjà un rêve, une force comme je n’en avais jamais vécu. J’étais prêt à tout pour le revoir, pour lui dire combien je l’aimais. Son absence m’a mené à encore plus de révolte.

J’ai commencé à écrire des poèmes dans lesquels Jésus était un adepte des Amitiés particulières. À chaque mot, je mourrais de peur puisque je craignais que ce soit des blasphèmes. J’écrivais en tremblotant et bien conscient qu’il y avait une nouvelle force en moi. Une force de nature insoupçonnée : j’étais prêt à défier Dieu lui-même pour revoir Daniel.

Je me fichais pour la première fois des cinq ans de prison possibles, même de la mort, pour le revoir une minute, l’aimer encore autant, avec autant de passion.

Heureusement, la poésie m’aida à retrouver mon équilibre. Je me suis rappelé peu à peu ma grande découverte en prison : aimer et jouir sont aussi des prières. Je ne culpabilisais plus. Daniel ne m’entraînait pas aux blasphèmes, il consacrait l’amour que j’ai en moi. Il m’unissait à Dieu par un nouveau moyen, par une nouvelle route.

Ainsi, Daniel me permettait de m’accepter comme amourajeux, sans être en contradiction avec ma foi. Quelle importance cela avait-il que Jésus ait aimé un petit gars aux Jardins des Oliviers? Était-ce vraiment Saint-Jean ? Pour moi, Jésus devenait encore plus grand, tout aussi divin. Qu’il ait aimé la chair en s’incarnant, rien de plus naturel; le contraire, en aurait fait un masochiste pur. Dieu cessait d’être un exécrable individu pour devenir véritablement un AMI. La religion cessait d’être une condamnation, mais un appel à l’amour.

Je suis retourné à Québec dans cet état d’esprit. Cela ne m’avait rien apporté financièrement d’avoir travaillé tout l’été. Je n’avais réussi qu’à payer mes dettes de l’année précédente et le service aux étudiants voulait couper mon aide en fonction de ce que j’avais gagné. Je me ramassais ainsi dans une situation financière pire que si je n’avais rien fait pour m’en sortir.

Le service d’aide aux étudiants me refusa à nouveau l’argent nécessaire pour terminer ma deuxième année chez les Jésuites. J’étais puni d’avoir travaillé. Puisque j’avais essayé de me débrouiller, j’avais droit à moins d’aide. Quel genre de débiles dirigent tous les services d’ordre social? Ils ne comprennent rien. Tu es puni, dès que tu veux faire un effort pour t’en sortir. Au lieu de t’aider, ils te calent encore plus dans la merde.

Je voulais me suicider, même si je savais que je ne mettrais jamais ce désir à exécution. Le suicide est une maladie mentale ou un manque de courage. Comment vivre sans aimer? Comment trouver un sens à mes actions, si je ne pouvais pas partager la tendresse qui me dévorait?

À la fin du premier semestre, mon désespoir s’est transformé en révolte. Il ne suffisait plus d’écrire L’Homo-vicièr, je devais m’affirmer.

En décembre ou janvier, à l’occasion des examens, j’ai écrit dans le journal étudiant un grand extrait de mon roman dénonçant les examens. En sociologie, quand le professeur demanda d’expliquer le haut taux de suicide chez les étudiants, j’ai répondu que l’imbécilité de ces cours était une raison viscérale de vouloir en finir avec la vie. Celui-ci me traita de fou en classe. J’ai repris les examens avec succès et l’incident fut oublié.

Au cours du second semestre, je me suis fait une petite amie. Nous avions été attirés l’un à l’autre par le même amour des lettres. La chicane ne tarda pas à nous opposer. Elle fut d’abord jalouse du petit gars qui recevait nos manteaux à l’entrée de la salle de danse. Elle trouvait que je mettais trop de passion à le regarder. La jalousie est surtout un déséquilibre féminin. Un juron contre la liberté. Il était très beau, j’en conviens. Je serais demeuré planté là à l’examiner durant des heures. Malheureusement, quand on est avec une femme, il faut qu’il n’y ait qu’elle dans le paysage. Une forme d’autisme nommé couple. Tout autour doit être laid ou invisible.

Elle vit ensuite dans la visite d’un de mes cousins, un autre danger. Les flammèches ne tardèrent pas. Je ne tolère pas la jalousie. C’est refuser à l’autre son droit de choix fondamental. Les féminounes s’imaginent que jouir de la présence d’un autre, c’est leur manquer de respect, car l’autre peut leur être supérieur. En fait, elles vivent d’insécurité et de complexes d’infériorité. Elles projettent   sur   les   autres   leurs   complexes   d’infériorité   et   leur   paranoïa.

La jalousie est un élément décadent, ressurgissant de l’inconscience de la vie des   harems   et   du   statut   de   la   femme   dans   une   société    de   machos hétérosexuels.

Le statut de la femme dans nos civilisations a toujours été celui de l’infériorité. Pourtant, nos civilisations s’imaginent que l’hétérosexualité est tout ce qui a de normal. J’aime les femmes qui ont dépassé cet état mental et émotif. Les femmes qui ont su intégrer la beauté de leur sexualité. J’aime les vraies féministes.

La crise a pris de l’ampleur. Elle s’identifiait, sans avoir tort, à Esther, un personnage de L’Homo-vicièr qui présage des luttes des mouvements de libération de la femme. La femme qui, sous prétexte d’égalité, veut dominer dans le couple non plus en cachant son jeu comme elle l’a toujours fait, mais ouvertement, sans artifice.

Ce fut une période très riche d’échange de lettres d’amour. Finalement, elle me reprochait d’être trop cochon.  Ce qui arriva à force de me faire agacer. Elle aurait pu me passer à travers un mur pour me sentir bandé en dansant, ce qui arrivait moins souvent que je l’aurais souhaité, mais ce geste m’amenait à vouloir lui poigner les seins et mettre sa main dans mes culottes.

Chaque fois, cela la scandalisait, mais chaque fois j’y décelais un désir qui était bien celui d’une victime qui se cherche un bourreau. Bien agréable le bourreau à petite matraque tant qu’il ne s’en sert pas.

Ce fut le pire problème de mon éducation sexuelle : Plutôt que nous apprendre à contrôler nos désirs sexuels, c’était bien ça mon problème, on préfère ne pas en parler parce qu’on les craint, d’où notre incapacité d’avoir un équilibre émotif.

Mon professeur de sociologie fit sa connaissance. Une fois, sous prétexte de connaître mes réactions, il lui fit croire à Micheline que je m’étais suicidé de chagrin par sa faute. La pauvre fille n’en a pas dormi de la nuit.

La rupture était inévitable, j’étais trop cochon, trop chaud, et je ne comprenais pas pourquoi cette invasion des remords de conscience, fruit de notre ignorance de la nature humaine. Pourquoi devenir fou pour des gestes somme tout très agréables? Quel danger y a-t-il à se caresser?

À cette époque, si je l’avais mis enceinte, je l’aurais mariée. Je crois même qu’on se serait beaucoup aimé, car le sexe était tout ce qui nous séparait et marié cela n’aurait plus été un problème… il devrait y avoir une loi garantissant que tout gars qui met une fille enceinte se doive de l’aider à élever l’enfant, soit en la mariant, soit en lui versant une pension jusqu’à ce que l’enfant ait atteint la fin de son secondaire. Ainsi, on aurait plus besoin de l’avortement.

Vers la fin de l’année, j’ai publié deux autres textes dans Le Garnier, soit le journal des étudiants des Jésuites.

Le premier affirmait que les enfants ne doivent rien à leurs parents puisque l’Amour est gratuit.

Ce fut au tour des professeurs de morale et de philosophie de faire l’apologie de

ma folie dans leurs classes. Dans l’autre texte, je parlais de ma visite en  prison, tout en faisant connaître mon amour des garçons.

Les Jésuites n’ont pas tenu le coup. J’eus le choix entre payer tout de suite ou ne pas pouvoir me présenter aux examens de fin d’année. Une façon de me renvoyer, car ils savaient très bien que je n’avais pas d’argent… C’était un noble moyen pour me forcer à débarrasser le plancher. Et, une bonne justification, si je devais tenter une nouvelle action, susceptible d’intéresser les journaux.

Mon professeur de sociologie me reprocha d’avoir abandonné la lutte : « un type de ton intelligence n’a pas le droit de laisser tomber. » Le professeur venait de découvrir les événements de mai 1968, en France, et le souffle de la nouvelle révolution sexuelle annoncée en Californie. Puisque j’avais exprimé ces idées quelques mois auparavant, que L’Homo-vicièr en parlait, j’étais devenu pour les étudiants un héros ou tout au moins un prophète. C’était trop tard. Ma décision était prise. Je me servirais de ma bourse d’études pour publier mon premier livre.

À ce point de vue, ma rencontre avec Micheline a été très profitable. Une fois, par semaine, nous nous rendions danser, mettre notre émotivité en danger… Nous cherchions tous les moyens pour entrer en transe et dès que nous le pouvions, nous nous faisions part de nos découvertes, en vue de nous en servir dans nos écrits. Malgré nos chicanes, ces soirées étaient consacrées au rire et à l’ironie. Elle était très intelligente et mon admiration pour elle me la rendait vraiment très attachante. Pourquoi quand nous sommes jeunes ne nous apprend-on pas qu’il est normal d’avoir la libido forte? On préfère la censure et l’hypocrisie… une société de moutons… On oublie que ceux qui ont créé les règles de la civilisation actuelle vivaient dans un tout autre contexte. Mais, c’est plus facile de ne pas les remettre en cause.

Une année plus tard, je rêvais encore à Daniel. Aussi, avais-je pensé qu’en publiant Hymne à l’amour, le vice et la révolte, la police ferait enquête afin de me condamner. Au moins au procès, je pourrais le voir ne serait-ce que  quelques minutes, le temps qu’il témoigne contre moi. J’étais prêt à faire cinq ans de prison pour le revoir une minute. La folie ne porte pas qu’à tuer. L’amour est un besoin tellement essentiel. En être privé peut nous déranger les méninges.

J’ai travaillé à la publication d’Hymne à l’amour, le vice et la révolte tout au long de l’année.  Finalement, ce fut un homme de Montréal, un pur étranger, un  éditeur qui vint me trouver pour publier le livre. Il considérait que j’étais bourré de talent. Le livre fut publié sans qu’il me coûte un sou.

Mon livre de poésie ne connut pas le succès escompté. Les critiques littéraires étaient unanimes « je n’ai pas de talent».

« Plus équivoque et pas très prometteur s’annonce le recueil difficile à nommer et à décrire de Jean Simoneau… Enfin, Jean Simoneau nous promet une œuvre fort abondante et nous prie, sur un feuillet publicitaire, de commander vivement, car le nombre est restreint. Comme M. Simoneau est étudiant, il s’agit peut-être d’une farce, après tout! » (Livres et auteurs canadiens 1968, p.114).

Villon faisait des farces d’étudiants et il fut pendu.

Dans le journal Le Devoir, Jean-Éthier Blais affirma que même si je n’ai pas de talent, je devais être un étudiant agréable à rencontrer à la taverne. Je sais maintenant pourquoi il parlait ainsi. Ce n’était pas pour mon talent d’écrivain, mais mon apostrophe entre les deux jambes qui le faisait rêver et qui l’intéressait sans doute plus que ma poésie.

Dans le milieu littéraire de Québec, ce livre m’a valu toutes les foudres possibles. Personne ne voulait plus me parler. Scandalisé par son contenu amourajeux, on digérait encore moins mes dédicaces. On les interprétait tout de travers, comme si j’avais couché avec tous ceux à qui je dédiais un texte. Le Québec niaiseux s’agitait.

Écrire un livre t’immortalise, car, tu laisses une trace après ta mort. Aussi, pour moi, une dédicace c’était la plus grande preuve d’amour, c’était offrir mon cœur et mon âme pour rendre cette personne immortelle à travers moi. Mon livre en était parsemé. Chez moi, on me fit remarquer un oubli terrible. J’avais oublié d’en dédicacer un à mon frère Serge. Cela me peinait beaucoup. Comment peut-on faire un oubli aussi stupide?

De guerre lasse, je suis retourné à Barnston. J’en ai profité pour descendre de la Vieille Capitale avec le député libéral Georges Vaillancourt, car, de toute façon, il se rendait à Coaticook.

M. Vaillancourt me conseilla de me présenter à La Tribune de Sherbrooke, où l’on cherchait un bon journaliste. J’ai été réengagé pour une troisième fois, les patrons ayant déjà entrepris des démarches afin de me localiser et m’embaucher.

Un sourire venu d’enfer 3

octobre 20, 2020

Un sourire venu d’en enfer 3

Autobiographie approximative

 4

L’école normale

Septembre. J’avais à nouveau réussi ma onzième année, mais cette fois une onzième scientifique et non générale.

J’ai voulu continuer mes études à l’école Normale pour hommes à Sherbrooke. Je n’avais pas d’argent et le service d’aide aux étudiants refusait mes demandes. C’était comme au secondaire; pour avoir des sous il aurait fallu que j’affirme que mes parents m’avaient foutu dehors du bercail. Je tenais à la vérité, et par conséquent, à la bonne réputation de mes parents. La décision de mon père de ne pas me nourrir jusqu’à 75 ans était pleine de bon sens : il me forçait ainsi à apprendre à compter sur moi-même et à me déniaiser un peu.

Mes parents me remettaient parfois mes trois mois de prison sur le nez, mais qui ne l’aurait pas fait? Puisque je comprenais leur attitude sans les blâmer, j’étais de l’avis d’un psychiatre, d’un masochisme maladif.

À cette époque, je me croyais vraiment un salaud d’être amourajeux. Je ne savais pas que cet interdit est le fruit d’une savante formule de répression pour mieux abuser des gens. Je n’avais pas encore de morale personnelle. Je croyais dans ce que dit le système comme la plupart des gens.

Par hasard, j’ai appris que l’ancien président de la commission scolaire de Victoriaville, un Monsieur Morissette, était devenu ministre adjoint à l’Éducation. J’avais travaillé souvent avec lui à Victoriaville et ce dernier ne pouvait avoir qu’un bon souvenir de mon professionnalisme comme journaliste. Il n’en fallait pas plus pour que je frappe à sa porte. Il me prêta l’argent pour poursuivre mes études à Sherbrooke.

J’ai ainsi renoué connaissance avec les libéraux. Ils étaient au pouvoir et ma seule planche de salut. J’ai pensé que ce n’était peut-être pas vrai que les libéraux avaient été les instigateurs de mon arrestation en 1963. Après tout, ces gens n’étaient que des organisateurs locaux.

Ce fut toute une expérience d’entrer à « l’École Normale de Sherbrooke », sous la protection du ministre adjoint à l’Éducation. Jamais tout n’avait été si bien

préparé pour me recevoir; jamais le prêt d’honneur n’avait été aussi rapide à m’accorder une bourse d’études.

Mes études furent complètement bouleversées par une nouvelle fièvre de poésie. J’ai essayé d’écrire. Personne ne croyait dans mon talent. Je faisais aussi des paroles pour les chansons de mes jeunes frères. Une version de No where man, des Beatles devint :

C’était un homme bohème sans famille, sans patrie

qui parcourait sans relâche l’univers.

Par amour de la liberté il n’apprit aucun métier

faisant mille petits travaux par le monde.

Homme libre de la terre ton pays est ta planète

et tous les hommes ta famille.

Cette nouvelle dimension de la vie m’éblouissait, mais me traumatisait tout autant.

Tous les journaux, toutes les revues refusaient mes textes. Ceux-ci étaient pourtant de moins en moins religieux. Selon les auteurs-modèles qui m’avaient amené à la plume, Rimbaud, c’est un si joli garçon, et Jacques Prévert, dont la révolte m’obsédait, il était impossible que j’évolue autrement.

Je correspondais avec une poétesse de Québec, Madeleine Guimont. Elle était toute sensibilité et douceur. Malgré mes échecs, j’écrivais, j’écrivais, j’écrivais. J’adorais ce Nouveau Monde où tout est imagination, jeux de mots. Peut-être aujourd’hui dirais-je, je pleurais, je braillais. Poèmes et chansons étaient ma vie. Je me lamentais et je ne me pardonnais pas d’être amourajeux.

J’étais profondément vexé que les orchestres de mes frères ne connaissent pas autant le succès que je le voulais et qu’ils le méritaient. Leur premier orchestre fut les Stellairs, qui fut dissous et remplacé par les Pyramides et les Rembrandt, qui connurent un certain succès.

Cette création, baignant dans une atmosphère de révolte et de sensualité, fut la source de mes problèmes. Mes textes étaient de plus en plus révoltés et seul l’aumônier de l’école normale semblait y attacher de l’importance. Ce fut alors ma période de recherches ésotériques. J’étais obsédé par un nouveau thème : la mort. Par contre, j’étouffais ma peur et je commençais à décrire mes émois amourajeux. Les petits gars reprenaient du terrain. Mon texte La Mort du beau Pierrot devint le symbole de ma nouvelle façon d’embrasser la vie. Tout maintenant.

Les études n’avaient plus d’importance. J’allais boire avec un groupe d’amis étudiants et je cherchais ce qui pouvait arriver après la mort. J’avais l’obsession de l’au-delà. J’avais peur du vide c’est-à-dire de l’avenir.

Pour moi, tout devint clair. Puisque le cerveau est l’outil essentiel, le centre de la perception, à la mort, il n’y a rien qui puisse subsister. C’est le grand vide total éternel, mais l’énergie que nous sommes ne peut pas disparaître totalement. Avec la mort, nous devenons une énergie diffuse et inconsciente, car rien ne se perd et rien ne se crée. De l’énergie noire, la plus en abondance dans l’univers, mais dont on ne sait rien. Demeure-t-elle une source de conscience?  Conscience de quoi? Les âmes seraient-elles comme les nuages noirs perçus dans ma vision en prison? Le bonheur serait-il quant à lui  une  énergie  blanche? Une énergie qui se suffit par elle-même.

La vie est une force énergétique plus concentrée que l’énergie nucléaire. Une énergie, qui, comme la vie sexuelle, n’a pas encore été mesurée puisque l’on n’a pas encore découvert les moyens d’y parvenir. Une énergie plus concentrée, d’une plus grande qualité. Ce qui permet la conscience et donc la création de ce qu’on considère comme la réalité. Notre vie serait un regard sur les énergies qui passent. Sentir ce qui se passe, son environnement, serait notre seule réalité.

Les étudiants les plus âgés me comparaient à Teilhard de Chardin. Je ne l’avais pas encore lu, aussi, je ne savais pas si ces rapprochements étaient plus ou moins fondés. Sa théorie que j’ai lue plus tard est fascinante et ressemble effectivement à ce que je pense.

Je faisais des expériences d’hypnose et de télépathie, expériences que j’ai vite mises au service de mon amourajoie. Ce fut une période assez féconde pour trouver un sens à ma vie personnelle : aimer les petits gars. Je me découvrais amourajeux dans toutes les fibres de mon corps. C’était encore à mes yeux quelque chose de défendu, de mal, d’où bien des tourments et une association Satan-amourajoie dans mes poèmes. Mais je ne savais pas encore (je l’ai appris à 67 ans) que mon ange de naissance était Samaël, dit Satan. Je serais bien mort de haine envers moi s’il avait fallu à cette époque que je sache cette croyance. Je voulais bien que Satan m’aide pour avoir les faveurs d’un petit gars, mais je m’étais déjà rendu compte que de prier Dieu et de me morfondre en regrets après, était beaucoup plus efficace. Comme si Dieu aurait été bien d’accord.

La poésie m’amena à appliquer la même recherche à la prose. Une rédaction sur mon premier voyage en avion, comparé à un voyage dans le ventre d’un aigle,

me fit échouer en français. Mon professeur n’avait pas aimé l’allégorie.

Je détestais les mathématiques et puisque j’aurais voulu enseigner le français, j’ai répondu par un poème au concours du ministère de l’Éducation. Ce poème reprochait à la civilisation occidentale de n’avoir qu’un but : l’argent. Je visais aussi le ministre de l’Éducation, Gérin-Lajoie, car à mon sens, il n’avait fait qu’une réforme administrative.

Cette offense me valut l’avertissement de ne plus me représenter à cette école supérieure, car, si j’étais un petit gars de grand talent; mais mon éducation familiale était à la source de grandes carences. Pour les autorités, je n’étais rien d’autre qu’un névrosé. Un révolté. Un instable.

Avant la fin de l’année, les libéraux avaient décidé d’en appeler au peuple. J’ai offert mes services à ceux que je connaissais : Émilien Lafrance, qui gardait un bon souvenir de moi, à cause de mes prises de position contre la cigarette, au temps des Disciples de la Croix; M. Morissette qui venait de m’aider; Georges Vaillancourt pour qui j’avais déjà fait deux discours aux élections précédentes, et Carrier Fortin, ministre du Travail, que j’avertissais de mon impopularité à cause des réformes que je préconisais. Seule l’organisation de Carrier Fortin sembla intéressée à mes idées.

On désirait que je me présente à la télévision afin de rassurer les gens à savoir que la réforme de l’éducation n’entraînerait pas la sortie des  crucifix  des  écoles. J’ai refusé ce geste de politicaillerie, car je croyais que d’autres idéaux étaient bien plus importants pour le Québec : un changement dans le système électoral, trouver des façons d’éliminer le patronage.

Ces réformes avaient même été timidement entreprises par Jean Lesage (sans que j’aie un mot à dire évidemment), mais ces sujets me captivaient davantage que la religion dans les écoles. D’ailleurs, j’étais encore assez religieux pour m’opposer à la laïcisation des écoles. Ce qui prouve que je n’étais pas encore bien éveillé. Tout ça, ça ne me fournissait pas un moyen de gagner ma vie. Et, je le devais. Je n’avais pas le choix…

5

La rentrée scolaire à Québec.

De retour à Québec, les Jésuites étaient la seule institution scolaire qui m’acceptait. Il fallait payer des frais de scolarité énormes. Pour y arriver, je devais obtenir une bourse d’études.

J’ai repris les démarches, auprès du Ministère de l’Éducation. Révolté de ne rien obtenir, j’ai décidé de me rendre passer le chapeau à la porte du bureau du ministre de l’Éducation., avec le chapeau de M. Gosselin et un communiqué de presse.  Je n’ai récolté que quelques sous, mais l’intérêt soulevé par la presse incita le ministère à bouger. Première réaction : il me fit passer pour fou.

Il fut aussitôt décrété que je devais passer un examen psychiatrique avant d’avoir une bourse, car, on devait savoir en qui on investissait l’argent des contribuables. Cet examen suscita la colère des mouvements étudiants qui se battaient pour l’enseignement gratuit. Ceux-ci invitèrent les autorités à passer le même test. Manque de peau, l’examen révéla seulement une certaine tendance à éparpiller mes énergies (c’est ce qu’on appela ma névrose), mais on insistait surtout sur ma capacité définitive de pouvoir poursuivre des études universitaires et bien au- delà. Ce bien au-delà m’a toujours tracassé.

En politique, j’étais toujours persuadé de la nécessité de se débarrasser du système de patronage. J’ai entrepris la lutte dans une section de la Société Saint-Jean-Baptiste, à Québec.

La lutte au patronage m’était apparue plusieurs années plus tôt comme un élément essentiel pour répondre à Gordon, cette espèce de chien en culotte du Pacifique Canadien, qui prétendait que les francophones étaient trop idiots pour occuper un poste de commande.

À mon avis, il fallait nettoyer notre vie politique de sa réputation et de ses sangsues. Par la suite, si les Anglais continuaient à nous traiter injustement, il n’y aurait qu’une solution : la révolution pour l’indépendance du Québec.

Si j’acceptais cette voie, je refusais celle qui montait à Montréal : le FLQ.

J’avais peur, depuis mon premier emprisonnement et mes lectures du Reader Digest, de la guerre civile et des communistes. Par contre, j’étais un chaud partisan de René Lévesque. J’avais même conseillé au secrétaire de Lesage, Raymond Garneau, la tenue d’un congrès à la direction des libéraux où Lévesque serait appelé à remplacer Jean Lesage.

Je cherchais toutes sortes de solutions qui auraient fait du Québec une province riche et heureuse. Je m’étais penché sur le rôle des députés et j’avais essayé de vendre l’idée d’une espèce de régime présidentiel où les mouvements de base joueraient un rôle indispensable. À cette époque, je voyais l’indépendance du Québec comme une bombe atomique, apte à permettre aux Québécois d’être traités avec égalité par les anglophones, si on n’y parvenait pas autrement.

La SSJB-Québec ne voulait rien entendre sous prétexte qu’elle se voulait apolitique. J’ai été forcé de laisser ce mouvement. J’étais en larmes. J’affirmai que si un jour le FLQ grossissait, ce serait la faute de tous ces irresponsables qui refusent de faire face à la musique et optent pour le statu quo alors que l’injustice est flagrante.       

J’ai à nouveau intégré les rangs des libéraux. Je voulais cette réforme  à  tout prix : un gouvernement du peuple, un gouvernement honnête. Pour ce faire, je devais me consacrer à la politique.

Je me suis rembarqué assez vite dans ma nouvelle mission. J’écrivais aux députés, aux ex-ministres libéraux qui étaient alors dans l’opposition.

À mon avis, la politique était tout comme le journalisme, la tâche la plus noble. Comme le dit l’Éthique à Nicomaque, elle consiste à travailler au mieux-être de ses concitoyens. La politique est donc le summum moral de l’amour. J’ai vite déchanté.

Je m’étais fait la réputation d’un gars du centre gauche. Pour moi, le Québec devait développer le Nord, accentuer la participation des travailleurs à la gestion des entreprises. Le Québec devait assurer universellement les droits fondamentaux pour chaque individu que sont la nourriture, le logement, la santé, le travail et l’éducation. L’état ne devait pas remplacer l’individu, mais garantir qu’il aurait au moins accès au minimum de ces moyens pour se réaliser personnellement et socialement. Les moyens de s’en sortir…

Toujours coupable d’être amourajeux, je me suis présenté en clinique pour me faire traiter. J’avais peur de devenir un maniaque et de m’en prendre à des petits gars comme ce fut le cas d’un certain Dion à Québec. J’avais peur de devenir violent si je devais être confronté à quelqu’un qui voudrait me dénoncer. Je savais que ma manière de percevoir la sexualité n’était pas normale selon la quasi-totalité de l’humanité. Mais, je ne savais pas ce que je devais faire pour m’en guérir.

J’avais inutilement demandé au député Vaillancourt de m’aider pour défrayer le coût d’un traitement psychiatrique. Je me suis débrouillé et je me suis présenté à une clinique Roy-Rousseau pour être traîté gratuitement.

Après une semaine d’observation à la clinique Roy-Rousseau, j’ai été renvoyé sous prétexte que je peux m’en sortir seul. C’était le verdict de trois psychiatres. Le médecin qui me fit part de leur verdict m’avoua n’avoir rien contre l’amourajoie telle que je la vis, car elle est empreinte d’une liberté totale et d’un respect tout aussi grand de la personne de qui je tombe amoureux, mais selon eux, je risquais à nouveau la prison, ce que je ne saurais pas supporter.

Un des médecins me conseilla, comme si cela était possible, que je devienne gai et de cesser d’écrire aux députés puisque mes lettres et mes documents se retrouvaient sûrement au panier. Il oubliait qu’on ne choisit pas son orientation sexuelle, mais qu’on la subit.

J’avais trouvé ce verdict très pertinent. Pourtant, une semaine plus tard, je

recevais un appel du ministre Éric Kierans qui m’offrait de le rencontrer. Je me suis rendu à son bureau et à ma grande surprise, j’ai été présenté à Jean Lesage. Les politiciens discutèrent avec moi et finirent par m’offrir d’apprendre le métier de politicien avec Jean Lesage. J’aurais eu un salaire de 100 $ par semaine. J’ai refusé, croyant qu’ainsi je préserverais mieux ma liberté et que je n’aurais pas besoin de devenir un singe pour faire mon chemin en politique. Je ne voulais pas devenir une marionnette politique.

Kierans venait de donner tort à mon psychiatre. On me lisait.

Mon année scolaire s’est très bien terminée. J’ai facilement réussi. Je ne pouvais pas être distrait, je n’avais que 0.50 $ pour mes dépenses, après avoir payé ma pension.

Un sourire venu d’enfer 2

octobre 19, 2020

Un sourire venu d’en enfer 2

Autobiographie approximative

 3

Retour au journalisme et à l’école

À ma surprise, mon ex-patron de Lac-Etchemin fit appel à mes services pour créer un nouvel hebdomadaire dans Limoilou, à Québec.

Québec, c’était le retour à la vie normale. Le déracinement. Adorant le journalisme, je ne pouvais refuser une telle occasion.

À mon arrivée à Québec, je me suis mis à la recherche d’une chambre et pension.

Après quelques coups de fil, j’avais retenu différentes adresses et rejeté d’autres. Je ne voulais surtout pas me rendre là où la dame semblait autoritaire et bizarre au téléphone. Elle ne cessait de me répéter le coût de la pension sans que j’aie d’abord vu la chambre. Je me suis mêlé dans mes papiers. J’ai sonné exactement chez elle. Trop gêné pour refuser, j’ai accepté de partager la chambre avec un jeune Français.

Mme Alice Thibodeau G. louait chambre et pension aux immigrants. Cette annonce dans le journal fut son unique tentative pour y attirer des Québécois. Quelle coïncidence! Cette dame, à qui je veux absolument rendre hommage joua par la suite un rôle extrêmement important dans ma vie.

Elle avait un fils et deux filles : Georges, Louisette et Rolande.

Son mari était très religieux. De prime abord, il semblait très dur, mais l’expérience me le fit connaître sous un meilleur visage. Je rejetais son besoin  de discipline. Il semblait préférer Dieu à Louisette, sa fille aînée; mais quelque chose m’attirait en lui, quelque chose comme la sagesse et la sincérité.

Louisette s’amouracha d’abord de moi. J’étais, à la fois, son confident, le révolté, le bouffon, le poète. L’enfant à la quête de tout ce qui s’appelait plaisir et jouissance, entre deux enseignements religieux. Je ne pouvais pas envisager avec elle autre chose qu’une amitié; car, je cherchais plutôt désespérément un petit gars à aimer. Je me suis contenté de lui expliquer que pour des raisons personnelles, il nous était impossible de se marier.

Mon expérience au journal était très importante. Elle m’assurait qu’un jour il me

serait possible de vivre normalement, car je me sentais affreusement coupable d’être pédéraste. C’est normal, car jeune on identifie ce que les autres disent à notre propre vie. On nourrit son expérience avec ce que l’on entend et ce que l’on voit. La sexualité étant si sauvagement combattue et condamnée, les jeunes croient que la sexualité est un crime plutôt qu’un plaisir; un crime plutôt qu’une réalité humaine. Ainsi, plusieurs commencent à se haïr, certains iront même jusqu’au suicide. C’est donc une morale contre-productive. Une morale qui sème la mésestime de soi. Ce n’est pas l’apanage de la religion catholique, mais de toutes les religions. Cet état d’esprit entraîne nécessairement toutes les formes de discriminations, tout en les légalisant.

Dans nos moments de loisir, les Français se déconstipaient lentement. Au lieu de brailler, je réapprenais à rire. Nous ne pensions qu’à courir les filles et jouer des tours.

Ainsi, dans un magasin, je fis longuement chercher l’objet dont j’avais besoin pour exercer mon nouveau travail. Le commis impatient me fit avouer mon nouveau métier : cambrioleur. Il fallait voir la tête du pauvre commis. Une  chance qu’il n’avait pas un fusil mitrailleur, je serais allé voler en enfer.

Une autre fois, costumés, nous avons parcouru les principales rues de la ville avant de nous rendre voir une comédie. Nous avons tenu la vedette autant que le film.

Petit à petit, j’oubliais ma conversion et je laissais à nouveau s’exprimer ma révolte.

L’expérience journalistique fut de courte durée. Le journal ne se finançait pas. J’étais toujours un bon journaliste, mais j’étais trop moche dans la vente des annonces pour lui permettre de faire ses frais.

L’hebdomadaire abandonné, l’équipe s’est aventurée dans la rédaction de petits livres d’histoire locale, projet qui a dû être aussi laissé pour compte. Le gars engagé pour s’occuper de la publicité n’était pas ce qu’il y avait de plus honnête, ce qui précipita la fin de ce travail.

J’étais un assez bon vendeur, mais je détestais cet emploi. Je déteste vendre.

À nouveau chômeur, je suis retourné chez moi jusqu’à ce que mon père m’avertisse qu’à mon âge, je devais gagner ma vie puisqu’il ne pouvait pas subvenir à mes besoins jusqu’à la fin de mes jours. J’étais majeur. Il avait absolument raison.

Je suis reparti pour Québec et la pension G. Le plaisir laisse toujours un goût de retour.

Il était essentiel pour moi de cacher aux autres mes penchants naturels : j’en avais trop honte. Je voulais oublier le passé, la prison. Je faisais, malgré ma révolte, des efforts surhumains pour me réhabiliter. Dans cet esprit, j’ai décidé de retourner à l’école.

Après de longues démarches, j’ai été accepté à l’école Jean-François Perrault. Le désir de servir bien caractéristique chez tous ceux qui veulent se convertir m’attirait bien des sympathies. J’étais presque un héros; mais je n’avais pas le choix. Je devais trouver un moyen pour m’en sortir, de gagner ma vie ou crever.

J’ai été élu à la vice-présidence de l’association des étudiants de l’école. Je prêchais   la  responsabilité  sociale.   J’en   arrachais   en maudit  pour  survivre.

M. G., qui au début, ne m’aimait pas plus qu’il ne le faut, se prit petit à petit d’admiration pour mon courage. Il ne comprenait pas pourquoi il m’était si difficile de concrétiser ce besoin d’apprendre pour mieux servir mes semblables. C’était un très brave homme au-dessus des mesquineries sociales.

Cette année ne fut marquée que par un incident : le samedi de la matraque.

À cette époque, j’étais encore bien naïf et surtout un bon petit fédéraste. Je voulais servir mon pays. Tout ce que je connaissais du mouvement indépendantiste était ce que l’on entendait dire avec mépris à Québec : un groupe de gens qui veulent nous forcer à parler en cul de poule comme les tapettes de Radio-Canada.  Ce n’était pas très respectueux, mais c’est tout ce qu’on en disait. Québec a toujours trainé de la patte sur le plan de l’évolution politique. On vote d’ailleurs encore pour la CAQ dans cette région.

Il était de plus en plus question de la venue de la reine, visite qui était fortement contestée par le groupe de Pierre Bourgault, chef indépendantiste de l’époque.

Si je n’étais pas encore favorable à la séparation du Québec, une idée nouvelle qui croissait surtout à Montréal, et qui n’existait pratiquement pas dans l’esprit des gens de Québec, j’étais un fiévreux partisan de l’indépendance du Canada vis-à-vis de l’Angleterre.

Devant la montée des protestations, j’ai fait accepter par les étudiants de l’école d’écrire à sa Majesté, soulignant qu’elle parlait mieux le français que la très grande majorité de nos ministres fédéraux. Je voulais juste calmer le jeu, en attirant l’attention sur la piètre figure du français à Ottawa.

Cette lettre fut interprétée comme un serment de fidélité à la reine à un point tel qu’un journal de Toronto prédisait que le jeune auteur de cette lettre serait un jour un personnage important du gouvernement canadien. Le samedi se passa dans un massacre sans précédent des manifestants par la police. Mon

association étudiante a sévèrement décrié cette effusion de sang inexcusable, mais cette fois, personne ne remarqua l’intervention.

En cadeau de Noël, les quelques étudiants indépendantistes me firent remettre un Union Jack, drapeau national de l’Angleterre. J’étais navré que l’on interprète aussi mal mon geste qui voulait souligner simplement qu’il faudrait d’abord se faire respecter comme francophone dans le gouvernement canadien.

J’étais assez stupide pour être d’avis cette même année que l’on arbore le nouveau drapeau canadien parce que ce geste représentait à mon sens un début de changement : les Anglais comprenaient enfin que les Québécois ne sont pas des trous-du-cul. Si j’avais su que la couleur de la feuille d’érable a été choisie rouge par mépris des Québécois, j’aurais sûrement pensé autrement.

La deuxième session d’études fut plus difficile à réussir, même si j’avais démissionné de la vice-présidence pour ne m’attaquer qu’à mes problèmes de finance.

Pour m’en sortir, j’ai travaillé le soir comme placier dans un cinéma et la fin de semaine dans un restaurant.

J’ai ainsi revu des centaines de fois un film qui m’a beaucoup bouleversé. MONDO CANE. C’était un film traitant à la fois de la misère et des mœurs étranges dans le monde des humains. J’ai commencé, grâce à ce film, à comprendre comment les religions ne sont qu’aberrations mentales, fruits de la peur et de l’ignorance.

J’ai terminé avec succès mes études, et l’été, je me suis rendu travailler pour le Journal de Magog. Ce fut la redécouverte de l’écriture. Si, à l’époque de la Tribune, première vague, ma poésie fut celle de la morale et de l’amitié; cet été- là, ce fut celle du repentir. J’étais plus chrétien que le pape.

À Québec, amoureux d’une jeune fille pieuse, je scrutais masochistement mon état d’amourajeux. Je me croyais coupable d’être ce que je suis. On a savamment amené les humains à haïr la sexualité dès qu’elle n’est pas conforme aux normes des religieux qui, eux, doivent vivre sans sexualité et qui essaient de répandre leur problème dans l’âme de tous les humains. Une projection morbide !

J’ai dû quitter le journal de Magog parce qu’il refusait de publier toute la vérité sur les coûts d’un projet municipal.

À cette époque, j’ai appris que mon père, Émile Simoneau, mon parrain Hormisdas Turgeon, et mon oncle, Arthur Simoneau, étaient depuis longtemps des nationalistes convaincus et actifs.

J’avais du journalisme, une très haute opinion. C’était une espèce de chevalerie.

À mon avis, un bon journaliste se devait à ses lecteurs, plus précisément à la Vérité, au Bien commun.

Au péril de sa vie, il devait faire jaillir la Vérité, exposer problèmes et solutions, servir les pauvres en dénonçant leur détresse.

Sourire en enfer 1

octobre 18, 2020

Sourire en enfer

(autobiographie autobiographique)

À mon grand ami, poète et compositeur

GABRIEL CHARPENTIER.

Le droit d’aimer

Qu’ils se lèvent ou qu’ils meurent ces soleils rouges ou gris

qui tournent l’amour à l’infâme quand passe la vie.

À la face des hommes au mépris de leur loi jamais rien ni personne ne m’empêchera d’aimer.

J’ai le droit d’aimer.

J’en ai le devoir !

En marge des lois je l’ai voulu ce droit

par des matins d’ivresse et des nuits de tendresse.

Luttant pour cet amour hors-norme je l’ai conquis mon droit

par la peur de tout perdre

au risque même de me perdre pour que vive en moi l’amour.

Bien que le temps n’efface ni les deuils, ni les joies

quoiqu’on dise quoiqu’on fasse tant que mon cœur battra quelle que soit la couronne

les exils ou la croix jamais rien, ni personne

ne m’empêchera d’aimer J’en ai le droit

Aimer

à la face des hommes au mépris de leur loi jamais rien, ni personne ne m’empêchera d’aimer de t’aimer

et d’être aimé.

Chapitre 1

1

La Tribune (prise 1)

Avant la prison en 1963, je crois, lors de la première année à La Tribune tout avait été sans histoire, sauf, que je m’amourachais vite des gens rencontrés. J’avais aussitôt de l’admiration et de la sympathie.

J’étais ainsi à fleur de peau comme un radar sentant jusqu’aux entrailles les malheurs dont je devais rendre compte dans le journal. J’étais vite bouleversé, peiné, impuissant. Rien de plus difficile à vivre que l’impuissance surtout que je me sentais culturellement ignorant, ce qui me rendait inférieur.

Lors de mes premières vacances, j’ai cru faire une dépression nerveuse tant les larmes d’un petit bonhomme qui venait de perdre sa mère dans un accident m’avaient terrorisé. Je digérais mal un autre événement : j’avais interrogé un petit gars sur ses réactions quand son petit ami a été happé par une automobile. Ce dernier s’était fait arracher la jambe par un chauffard et mourut quelques heures plus tard à l’hôpital.

C’est écœurant de jouer ainsi avec les sentiments des gens, ce n’est plus du journalisme, mais du voyeurisme. Mais, pour le journal, ma sensibilité était payante. Les gens aiment facilement se régaler du malheur des autres. On dirait une forme d’aboutissement de l’envie. Un petit «kik » de voir l’autre puni, ce qui permet d’oublier que l’on n’est pas parfait nous aussi.

Ce « jaunisme » allait parfois très loin. Pour avoir plus de détails, j’ai dû interroger un bonhomme qui venait tout juste de perdre trois amis dans une noyade. Je me rappelle aussi le cas d’un malade condamné à mort à cause d’une maladie de reins dont j’ai rapporté les pensées jusqu’à sa mort.

On n’avait pas encore Le Journal de Montréal pour nous jouer dans l’âme, mais des petits journaux qui ne parlaient que des crimes. Un journalisme qui permet de garder le peuple dans l’incapacité d’évoluer en dehors des jugements des autres et sur les autres. Un journalisme qui remplace la responsabilité sociale par une curiosité morbide. Je faisais pleurer les lectrices, c’était bon. L’insolite a toujours fait vendre des journaux. Certains propriétaires de journaux sont de vrais fossoyeurs afin de bien gaver les vampires qu’ils alimentent. Quelle saloperie! Les journaux occupent la fonction qu’avait le forum à Rome du temps de Néron et autres empereurs.

Par contre, La Tribune m’envoyait à la rescousse des sinistrés et grâce à la générosité de la population ceux-ci avaient au moins une bonne raison d’espérer. Quand les médias ne font que de l’information, c’est un instrument extrêmement utile. Il est impossible de parler de démocratie sans garantir une liberté absolue de la presse.

J’étais alors un journaliste estimé des patrons. J’étais assez curieux pour toujours vouloir aller au fond des choses et je devinais assez vite les événements à venir. Il me suffisait de quelques indications.

Ayant perdu mon emploi à cause de l’histoire du barrage Gayhurst, Lac- Mégantic, je fus une certaine période en chômage. Cependant, La Tribune me réengagea pour une deuxième fois d’où j’ai aussi exercé ce métier à Victoriaville.

Cette expérience me mena à L’Aiglon où ma vie prit une nouvelle tangente quand je fus accusé sur un plan sexuel.

Spécialisé à décrire les malheurs des gens, j’étais préparé à travailler peu à peu sur le sort des travailleurs du textile, celui des producteurs de lait, lors de ma dernière étape de journalisme à La Tribune.

2

Les Disciples de la Croix

1963. — Pour se débarrasser de moi, certains avaient réussi à me faire incarcérer trois mois pour mes activités amourajeuses. Je travaillais alors pour l’Aiglon de Lac-Etchemin à la suite de deux mauvaises aventures avec La Tribune.

Y avait-il réellement un aspect politique comme on l’a prétendu? Je ne le saurai jamais et cela n’a aucune importance. Les activités sexuelles avaient été en partie réelles. À cette époque, la majorité était de 21 ans¸ puis ce fut 14 ans et maintenant 16 ans avec en plus la folie religieuse qui déferle sur les collines parlementaires à Ottawa et la paranoïa collective féminoune quant à la pédophilie.

Une partie des accusations étaient fondées et je croyais que je devais payer pour mes fautes.

Ces trois mois de prison se sont traduits par un retour à la religion. Je l’ai raconté dans un autre de mes livres Laissez venir à moi les petits gars, publié avec Parti pris. Ce livre n’est pas totalement autobiographique parce que j’ai ajouté des éléments afin de mieux répondre aux objections que l’on inventait pour condamner la pédérastie, devenue dans mon langage, l’amourajoie. Par exemple, il n’y avait jamais eu de jeunes qui n’avaient pas consenti à ces expériences de jeu avec moi et  personne n’était aussi jeune.

L’amourajoie signifie simplement que le sexe est un plaisir et une forme d’amour idéal et non un crime comme on le prétend aujourd’hui. Par contre, les féminounes ont inventé le mot pédophilie pour redorer l’image de la répression sexuelle, sans même tenir compte que la perception de la sexualité chez un enfant n’est pas la même que chez les adultes. Chez l’enfant, la notion de bien ou de mal dans la sexualité n’existe pas, mais nous vivons dans une société où les adultes gèrent la vie des enfants comme s’ils leur appartenaient.

À ma sortie, j’ai travaillé une année à la Dominion textile, à Magog.

J’essayais aussi sous l’impulsion de la pièce, El Condor, de créer mon propre mouvement religieux. C’est dire combien la culpabilité peut rendre sénile.

Les Disciples de la Croix n’ont pas fait long feu. Le temps de rencontrer un petit gars qui m’incendia l’âme par sa beauté. Le temps d’une autre grande curiosité. Le temps d’un autre voyage dans une autre dimension. Le temps de réapprendre qu’aimer est plus important que d’obéir à des règles qui ne savent pas justifier leur existence.

Durant cette année, je demeurais avec mon père. J’apprenais à le connaître et à l’admirer. C’était un homme très généreux, aimant l’humour et la politique. Il travaillait à l’extérieur pour assurer la survie financière du magasin dont il était propriétaire à Barnston, depuis de nombreuses années.

Quant à Mgr Vel, curé à Ste-Marguerite, à Magog, c’était un ami de la famille issu de la Thérèsa, car il était l’aumônier des clubs Thérèsiens. Il croyait tout simplement que j’étais devenu un saint.

Il y a toujours eu une dimension spirituelle dans la sexualité que l’on nie au nom des péchés, oubliant que l’amour est aussi fondamental dans la vie que la liberté. Tout commence par l’admiration, la beauté. C’est l’essentiel du message du Christ dans lequel je croyais très profondément que l’on nie en insistant sur le péché. Tu peux tout faire avec amour dans le respect de l’autre, même jouer aux fesses.

[1] -J’ai écrit ce texte avant d’oublier pour être le plus précis et juste que possible. Une autobiographie est toujours ta vision des choses.

Spirale intraprojective 42

octobre 17, 2020

Spirale intraprojective  42

Ou  Voyage au bout de ma folie.

L’indépendance et la mondialisation.  Un peuple. Un pays. (pp. 408 à 419)

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Nous n’avons pas besoin de deux paliers de gouvernement pour nous exploiter. 

Le but de notre culture doit être l’accouchement d’un pays et par la suite son émancipation et son rayonnement.
  

Nous avons déjà un rayonnement qui déborde largement nos frontières et prouve la richesse de nos capacités créatives.  Nous ne créons pas un pays pour les autres, mais pour nous tous.  Plutôt que de cracher sur le Québec, nous devons prendre conscience de notre fantastique évolution depuis 1960, une évolution dont on doit être fier.      

Cette évolution n’est pas sans demander une prise de conscience profonde de ce que nous sommes. 

Notre esprit colonialiste tient de notre insécurité bien humaine, individuelle, de ne pas savoir qui l’on est, un phénomène planétaire, et d’avoir accepté de se faire laver le cerveau par les religions (à ne pas confondre avec la spiritualité) 

*  *  *  *  *

En 1950,  l’Église du Québec s’enrichissait sur le dos du peuple ave la peur absolue du péché de la chair et de l’enfer qui nous attendait dès que nous étions assez normaux pour sentir s’agiter notre petit pénis, car selon l’Église, les enfants n’ont pas de sexualité, mais en ont les péchés commis par des étrangers: Adam et Ève.

Puisque les enfants ne sont rien, moins qu’une vulgaire marchandise, pas question de les éduquer quant à leur propre corps.  La découverte de sa sexualité est devenue automatiquement problématique parce qu’il n’y a de vrai que la famille monogame.    

Cela a permis à ces chastes âmes de créer des monstruosités comme le prouvent les enfants de Duplessis.  Dès que tu étais orphelin, ou né sans que cette naissance ait été bénie par le sacrement du mariage, un bâtard, les institutions t’employaient sans aucun respect en faisant croire, pour avoir de plus subventions, que ces enfants étaient des malades mentaux.  Une horreur qui fut dénoncée par mon ami écrivain Bruno Roy. 

Aujourd’hui, l’exploitation n’est plus institutionnalisée, on a mis tous les malades des institutions psychiatriques à la rue… ça coûte moins cher… parce qu’on ne les aide pas.

Le gouvernement se fie sur les familles pour prendre soin des indésirables… malades mentaux ou handicapés. Ils sont indésirables parce qu’ils coûtent beaucoup et ne rapportent rien.

Il faut avouer que le Haut-clergé était du bord des Anglais et des gouvernements, de qui ils tiraient de belles subventions.  Les Églises sont les plus riches multinationales.  Il faut cependant remarquer que les religions ne sont pas une réflexion religieuse et spirituelle, une prise de conscience de ce qu’est l’Être Humain, mais une institution de pouvoir. 

La spiritualité recherche notre identité humaine, la vérité et le but de la vie.    

Dans l’avenir, on doit trouver sa morale personnelle qui respecte les autres et la nature.  On doit apprendre que la vie privée est une richesse qu’il faut absolument défendre.  L’éducation doit être orientée vers l’autonomie de l’individu.  Elle doit être un support au développement individuel et non une «prison sociale hors-nature », qui nous rend esclave de la morale des autres, surtout si elle repose sur la violence et la non-tolérance ; car les institutions qui supportent la morale bourgeoise cherchent le pouvoir et le fric, ce qui en font une branche intégrale de la grande mafia légale, c’est-à-dire le système corrompu des autorités qui nous exploitent.        
 
La spiritualité est une grande réflexion sur l’expérience humaine, l’esprit qui nous anime.  Les Évangiles, le Coran, la Bible sont des lieux de réflexion et non des règles à suivre. Elle doit permettre à chacun, en respectant son individualité, d’y puiser sa propre morale, c’est-à-dire les motifs qui guident son agir. 

Toutes les règles qui cherchent à diriger la sexualité des autres sont une forme d’exploitation dominée par des instruments de peur, de manipulation de l’inconscient et de la honte. 

Tout homme qui veut grandir doit découvrir sa vraie nature, sa vraie richesse et la mettre au service de la communauté d’où la violence et la domination sont les principaux crimes contre l’humanité et mentir aux gens quant à leur sexualité pour les abaisser dans l’esprit des autres, c’est un crime pire que de jouir.           

C’est pour cette raison que dans un Québec indépendant, l’enseignement religieux ne doit pas se donner à l’école au primaire, mais dans les lieux de culte, par les religieux.   Si un élève au secondaire est assez vieux pour entendre parler des religions et comprendre, il peut aussi comprendre comment fonctionne son corps et quelle immense responsabilité est attachée à sa sexualité, garçon ou fille.   

La religion doit respecter l’individu et les religions doivent se soumettre aux lois civiles du pays où elles se trouvent.  Par exemple, l’excision et la circoncision doivent être interdites, sauf pour des besoins médicaux.  Aucune religion ne doit avoir le droit d’exercer ces abominations sur un territoire où c’est proscrit par l’état. Si elle appuie ces rites, elle est aussi coupable que ceux qui les propagent. 

Nous ne sommes plus en moins 5000 avant Jésus-Christ, la science a évolué et nous a montré la sexualité sous une vérité, plus humaine ; même si on s’est toujours servi de la science pour écraser la sexualité.  L’ignorance est la cause première de l’intolérance.

D’ailleurs, c’est complètement idiot de croire que Dieu a régi la vie sexuelle des humains dans les moindres détails, dans ses écritures, car si Dieu est Amour

(une force d’attraction) il se doit en conséquence d’être la LIBERTÉ, car il ne peut pas y avoir d’amour sans liberté, tout comme il ne peut pas y avoir de liberté sans l’égalité de chances d’arriver à son autonomie. 

Nos exigences prouvent que la morale ne vient pas de Dieu, mais d’un patriarcat qui a su projeter ses propres maladies mentales pour créer une morale qui défende son pouvoir.  Par contre, le matriarcat a tendance à surprotéger les enfants, ce qui n’est guère mieux pour créer un être autonome.         

Les institutions cherchent à restreindre la force des Québécois, leur esprit rebelle, une soif de Connaissance et de Liberté. Cette soif de liberté est peut-être plus proche de l’individualisme, mais elle permet d’envisager notre avenir de façon créative.      

*  *  *  *           
Par contre, notre pire défaut n’est pas d’être aussi bonasse que moi, mais d’être de perpétuels jaloux.  On dirait que chez nous le succès des autres nous rend malheureux.  Ce défaut majeur de nombrilisme nous empêche de penser comme un peuple.  

Ce défaut tient au fait que nous avons encore inconsciemment un esprit de colonisé, un esprit d’aliénation qui fait que nous n’avons pas confiance en nous comme si le Québec n’était jamais parvenu à faire la révolution tranquille avec succès. 

Pourquoi ne pourrait-il pas en faire autant quant à son indépendance ?  On croit facilement toutes les bêtises et toutes les manigances fédérastes ; car, le Canada est simplement un territoire économique.     

Le coup de la Brinks, les mensonges de Trudeau et de Chrétien, en particulier, lors des référendums devraient suffire à nous faire comprendre que les fédérastes essaient de nous manipuler en exploitant nos peurs.           

Aujourd’hui, on essaie de nous faire croire que l’on ne vit pas si mal que ça à l’intérieur du fédéralisme centralisateur canadien et on essaie de nous faire perdre toute confiance en nous comme si le Québec n’avait pas vécu la révolution tranquille avec succès.    

À chaque référendum, le fédéral nous sert la même vieille soupe Trudeau, en promettant de grands changements immédiats ; et, nous sommes encore assez naïfs pour tomber dans le panneau.  Cela prive la population d’avoir le pays dont elle a droit et dont la naissance est plus urgente que jamais.        

Mais, comme le disait le député d’Abitibi-est, M. André Pelletier, le dernier référendum n’a pas été perdu seulement à cause de l’argent (la manifestation illégale, les dépenses illégales) et l’immigration (les milliers d’immigrants assermentés à toutes vapeurs pour voter NON) ; mais aussi parce que les francophones n’ont pas augmenté leurs votes pour l’indépendance.  Certaines femmes ont préféré suivre les féministes et ont voté encore moins lucidement que l’auraient fait certains jeunes de 16 ans.  Les fonctionnaires, eux, ont boudé le pays pour leur petite crise intérieure personnelle.  On ne pourra jamais avoir un pays tant que nous ne serons pas assez mûrs pour passer par-dessus les virgules et attendre que l’indépendance soit faite avant de mettre ses pacotilles en jeu comme si c’était important comme l’indépendance.  

Tant que les francophones n’auront pas compris qu’il y va de leur existence comme nation francophone, il en sera ainsi.  On mange la merde qu’on mérite.  Tu peux et doit être nombriliste dans une élection, mais pas dans un referendum qui statue l’avenir de ton pays.      

 **
 Quant à moi, je me sens socialement complètement rejeté et par conséquent inutile.  J’admets avoir couru après en refusant de me censurer et en essayant de faire connaître ma vérité, mon expérience.

Je me refuse d’abandonner ce que je pense autant pour ce qui est de la souveraineté que de la pédérastie ; mais j’irai manifester sans hésiter une seconde pour un Québec indépendant.  Si ce Québec est pervers sur le plan sexuel après son accession à l’indépendance, je devrai vivre avec ou me battre pour changer les choses ; mais le plus urgent et le plus important, c’est d’indépendance du Québec.         

Le procureur de la Couronne de Val-d’Or (expression de colonisé) a même exigé cette année que je fasse encore une autre année de probation ferme, même, si elle a déjà été complétée. 

Le harcèlement fédéraste se poursuit.  Après m’avoir refusé un projet Sprint pour que je puisse bien gagner ma vie, avoir gelé mon compte à la Caisse populaire d’Outremont, même si ce n’était que 10$ environ, je me demande maintenant quel sera la prochaine façon employée par le fédéral pour m’écraser.  Fera-t-on revivre une vieille relation sexuelle ?  C’est facile quand tu as ma vie écrite aussi clairement… Je suis persuadé qu’un jour ça va arriver car on sait que malgré les coups de cochon, je serai toujours fidèle à ce que je crois, paranoïaque ou non.

*   *   *  *         
Les indépendantistes agissent souvent comme s’ils ne voudraient pas que l’indépendance se réalise.  Par contre, j’ai confiance au nouveau premier ministre, M. Bernard Landry.        

Notre seule façon de devenir souverainiste est  d’exiger que le Québec devienne un état souverain à l’intérieur d’une vraie Confédération, c’est-à-dire un pays absolument décentralisé en faveur des provinces où une minorité d’éléments comme l’armée resteront pour une saine gestion mutuelle entre les mains du gouvernement central.        

Le Québec, selon le jugement de la Cour Suprême a le droit d’exiger ce changement constitutionnel si on vote majoritairement OUI à un référendum sur la question de l’indépendance, ce que le Québec doit le faire de toute urgence, après avoir bien renseigné la population sur les enjeux constitutionnels.           

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 Maintenant, j’ai terminé mon cri de prison.  Je peux commencer à revivre, rire et agir comme le profond jouisseur que je suis.          

J’ai hâte de terminer ce livre, car ces éternels apitoiements sur mon sort ne sont pas mon genre, je préfère vivre.

Ce livre me fait chier parce qu’il manque d’humour.  Mais, il est essentiel, avant d’entreprendre, après avoir été journaliste et enseignant, une carrière d’écrivain.  Une bouffée d’air dans notre enfer créé par la vie politique.       

COMME C’EST BEAU LA VIE !   
Bordeaux Beach, 1999      
terminé le 3 septembre 2002

Épilogue

Comme par hasard, j’ai appris le kidnapping de Mathieu le jour même de la fête de la Saint-Jean (fête officielle du Québec), après le vol du référendum sur l’indépendance du Québec. C’était en juin 1996.  Ce fut l’introduction à mon propre procès.

J’ai vraiment cru et je crois encore qu’il s’agissait d’un piège politique. Une punition parce que j’étais très engagé pour l’indépendance du Québec et que je propage des idées qui vont à l’encontre de la bourgeoisie québécoise et canadienne, en préconisant le droit des jeunes à leur sexualité. 

Je représente un danger parce qu’on me prend pour un activiste, ce que mon fils adoptif, Shuhed, m’a appris après avoir rencontré la police qui voulait lui faire signer une plainte contre moi.    

Jean-Paul, le père de Mathieu, s’était présenté en pleurs aux manifestations.  Il venait m’avertir que la police était venue chercher Mathieu et sa petite sœur, sous prétexte que la maison était assez malpropre pour représenter un danger. 

C’est vrai qu’elle l’était, mais pas à ce point.  Jean-Paul laissait s’accumuler le linge sale, question d’amener Mathieu à comprendre qu’il devait l’aider.

Il faut dire que Jean-Paul sortait d’un procès contre son épouse mormone pour la garde des enfants. À la suite de ce procès, la petite fille devait vivre avec sa mère et Mathieu avait choisi, puisqu’il était assez vieux, de vivre avec son père. Ce procès avait ébranlé Jean-Paul qui parlait parfois de suicide ou de vengeance contre son ex-épouse. Ça me troublait d’autant plus que le plus jeune de mes fils adoptifs s’était suicidé deux ans auparavant. Un choc énorme, affreux, inqualifiable.

Comment aie-je rencontré Mathieu ? Quand son impatience débordait, Jean-Paul m’amenait le petit et le menaçait de me le laisser.  Après négociations, Mathieu retournait chez lui.  Mathieu l’emportait presque toujours, mais finissait par faire montre d’un peu de bonne volonté qu’il oubliait en franchissant le porche.

Pour mieux faire comprendre à Mathieu le danger de ne pas écouter son père, je l’avais même amené à une assemblée du comité de défense des prisonniers adolescents, au Centre d’accueil, où j’étais bénévole pour l’association de la défense des droits des jeunes contrevenants qui s’y trouvaient.  Je voulais que Mathieu comprenne qu’il avait tort de prétendre qu’il serait mieux traité comme détenu que chez son père.  Mathieu prétendait que son père ne l’aimait pas parce qu’il entrait trop tard le soir.   

J’aurais bien aimé aussi lui faire comprendre qu’il y a du plaisir à travailler, une fierté qu’on ne retrouve pas dans la paresse.      

Quand Mathieu respectait ses engagements envers son père, il avait droit de venir chez moi et de bénéficier d’une récompense : aller au cinéma, aller jouer aux quilles avec moi, etc. Une récompense que je lui donnais pour aider son père. Je m’étais attaché à Mathieu, je l’avoue.  Je le connaissais depuis quelques semaines quand la police amena les deux enfants au poste, même si ce geste ressemble plus à un kidnapping qu’une protection contre le linge sale qui trainait un peu partout dans la maison et que Mathieu ne voulait pas ramasser.
 
La police interdit aux jeunes, Mathieu et sa sœur, d’avoir accès à son père.           

J’ai donc aidé Jean-Paul a envoyé une lettre de protestation aux autorités afin que Mathieu puisse au moins avoir le droit de parler à son père.  À mon sens, cet interdit était illégal puisqu’il n’avait pas été autorisé par la DPJE.  Nous avons déposé une plainte officielle contre cette arrestation illégale à la Commission de police. L’interdit fut levé.

Le lundi soir, je n’avais encore rien à faire dans le portrait, c’était de toute évidence une suite de leur chicane de famille.  Les enfants rentraient sagement à la maison. Ils rencontraient leur père en compagnie d’une travailleuse sociale.            

Ce serait au cours de leur conversation de groupe que Mathieu aurait affirmé que je l’avais touché là où même les anges n’osent pas mettre les ailes de peur de les brûler. La DPJE s’en mêla immédiatement et après plusieurs heures d’interrogatoire, on monta deux dossiers contre moi.  Un deux pour un. 

Pendant que j’étais en voyage, la police procéda à une perquisition chez moi parce que Jean-Paul les avait informé que j »écrivais des textes de poésie sur la pédérastie. J’étais convaincu que tout ça tournerait en queue de poisson. 

C’était mal connaître l’obsession phallique et pédophile de notre société. La police saisit 52 photos, aucune pornographique ou sans nudité, ainsi que des vidéos : les deux soirées de poésie à Montréal et le film « La société des poètes disparus».  On cherchait mon poème « Beau garçon » dont la police avait connu l’existence grâce au père de Mathieu. Je lui avais lu, car j’en étais très fier. 

Si on enlève l’aspect politique, c’est quand même une preuve de plus que notre société se conduit exactement comme l’Inquisition ou la gestapo d’Hitler devant le mot «pédophile».

Pour la société, l’amour des garçons est condamnable sans même qu’on sache pourquoi.  On nie même l’évidence du fait que les jeunes ont une sexualité.  On les brime de leur droit.

Les enfants ne sont rien dans notre monde.  Ils doivent seulement obéir à ce que les adultes croient.  Et, les adultes ont peur de la pédophilie, car ils ne savent pas ce que ça signifie et la télévision entretient une véritable paranoïa à ce sujet. Qui fait la nuance entre la pédérastie et la pédophilie ? Personne parce que les tribunaux devraient tenir en compte le droit des jeunes à leur vie privée, donc, de leur sexualité. Un droit fondamental que l’on préfère ignorer.
       
En poursuivant les pédophiles non violents jusqu’à leur mort, la société est devenue un bourreau pour des gens qui n’ont qu’une seule chose à se reprocher : aimer les enfants différemment.  Je le répète la pédophilie ne doit jamais exister tant qu’elle signifie des rapports entre un(e) adulte et un (une) enfant de moins de 10 ans.

Personne ne peut justifier cette obsession de surprotection quand il n’y a pas de violence ou de domination dans un rapport sexuel entre un adulte et un jeune, sinon par la paranoïa que les journaux maintiennent.  On impose une chasteté contre-nature, une haine de tout ce qui est sexuel pour nous empêcher de rêver de liberté. On est même rendu à définir ce qu’est un adulte en prétendant qu’il y a pédophilie dès que les personnes concernées ont deux ans de différence d’âge. Quelle folie !

Le rapport à la sexualité du gars est complètement différent de celui des filles, tout simplement à cause de la manière dont les religions ont traité la sexualité, une condamnation millénaire de la femme, qui se sent écrasée par le discours sur la sexualité. La sacralisation de la femme vierge incite à la condamnation de la femme sexuée, la Marie-Madeleine.  Pour le gars, la sexualité est loin depuis toujours d’être une chose pénible, mais le plus grand des plaisirs. 

On a si peu de sens de justice sociale et si peu le respect de la vérité que l’on ne fait même pas la distinction entre la pédophilie et la pédérastie. Un interdit : tabou. Indiscutable. Contre-nature, car on prétend le contraire de la réalité à l’effet que l’humain est un être qui a une vie sexuelle de la naissance à sa mort.

On en fait un objet de croisade, oubliant que le pire ennemi des jeunes n’est pas de jouir sexuellement, mais le scrupule entourant la sexualité, la violence, les drogues et le décrochage scolaire. Une domination qui passe par l’émotif.          

Le jour où on s’occupera vraiment du bien des jeunes on se souciera d’avantage de les protéger des dangers qui peuvent en faire des légumes.  Mais, notre société perdrait trop d’argent pour faire ce virage.  Les drogues rapportent des milliards.

Je ne suis pas de ceux qui sont contre la pédophilie pour être contre et ainsi bien paraître, même si je suis pédéraste, mais simplement parce dans le cas de la pédophilie, je ne comprends pas ce désir et je ne suis pas certain que ce ne soit pas dommageable, même si des sociétés ont prouvé que des enfants caressés se portent émotivement mieux quand ils vieillissent. 

Dans les sociétés ouvertes à la sexualité des enfants, il n’y a pas de suicides alors que dans nos sociétés le nombre est effrayant à l’adolescence, ce qui prouve que l’identification sexuelle peut être un drame affreux à cet âge parce que la société ne prend nullement en compte la réalité sexuelle des enfants, mais l’interdit qui nous vient des religions à travers l’histoire. 

Serait-ce qu’on a enfermé la vie dans une tradition à la bêtise, basée sur l’ignorance ?  Un interdit qui détruit le développement de l’autonomie des enfants ?

Je n’ai pas écrit Spirale intraprojective parce que j’ai été condamné.  Dans ma petite tête, c’est très clair : si je n’obéis pas aux règles de la société, même si elles sont complètement débiles, je ne peux pas m’attendre à de la compréhension. 

Les gens ont peur pour leurs enfants, c’est donc normal qu’ils veuillent protéger les jeunes puisque c’est ce qu’on leur a mis dans la tête depuis des centaines d’années.  Cependant, quand cette protection écrase un individu durant toute sa vie pour des infractions qui ne sont même pas à caractère de violence, mais de plaisir, on peut se dire que cette société est devenue folle. Ce n’est plus de la protection, mais de l’Inquisition.

Je vis l’Inquisition en 2010 comme tous les pédophiles (même si mes chums ont 70 ans et plus) parce que les gens sont ignorants et confondent pédophilie, un terme inventé par les féminounes, et pédérastie, comme ça se vivait dans la Grèce antique ou gai, ce que je vis maintenant.

J’assume mes choix. Je ne veux pas pleurer sur mon sort.  Je suis trop politisé pour croire que cette situation ne rejoint pas mon engagement politique envers l’indépendance du Québec. Un Québec comme on vivait en l’an 1950, écrasé sous la morale religieuse, ça doit être dénoncé comme un abus de pouvoir.  Les jeunes