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Diogène 10

juillet 21, 2020

Yjasebien prépare la défense.

Yjasebien n’avait jamais eu autant de support pour exercer son métier d’avocat, un métier  de  « grandes gueules » qui sert habituellement à condamner ou empêcher de condamner, selon le rang occupé à la couronne ou à la défense. Un emploi, payant, aussi parasitaire que la religion. Pas de merde, pas de crimes ; pas de causes, pas d’argent. C’est la raison pour laquelle les lois ont autant de zones grises : justifier les procès et ainsi empocher plus de profits.

Yjasebien décida de prendre son temps et prouver que les témoignages des deux témoins de la couronne n’avaient aucun sens. Par contre, pour donner la chance à Nicomaque de se rendre chez les Amazones, il voulut diviser la preuve en plusieurs parties et faire ressortir l’illogisme de prétendre qu’une Amazone n’est pas une femme. Et, qu’une femme n’est pas un être humain au même titre qu’un homme, donc, son égal.

Après avoir écouté, les amis de Virus, Yjasebien entreprit de faire ressortir la logique des choses et de prouver concrètement, irrévocablement, le ridicule de croire qu’une femme est d’une espèce différente d’un homme.

Il écouta également Ivoitou qui tentait de lui faire comprendre que le changement est une forme d’évolution. Ce qui lui donna la formule à employer durant la première partie du procès.

Yjasebien fit entrer en cour trois tables sur lesquelles étaient couchés des cadavres. Il demanda à l’assistant au procureur de la couronne, Myope, de répondre à ses questions.

Il lui fit identifier le sexe des trois cadavres en soulevant le bas de la nappe qui cachait les cadavres, sans soulever la partie qui permettait de voir leur visage : Un homme, une femme et une vieille femme qui avait dû se faire enlever un sein.

Sans difficulté, Myope, identifia l’homme et la femme, puis, au troisième cadavre, Yjasebien demanda s’il s’agissait bien d’une femme. Il insista sur un ton un peu dramatique. Après une réponse affirmative, Yjasebien fit découvrir la presqu’entièreté du corps, pour montrer que la dame n’avait pas de sein ; mais qu’il s’agissait bien quand même d’une femme. Un homme sans bras est un manchot, mais un manchot est-il encore un homme ? Donc, de dire Yjasebien, ce n’est pas le membre qui constitue l’espèce.

Myope dut admettre qu’une femme demeure une femme, même s’il lui manque un sein. La Couronne éberluée ne savait plus comment se sortir de ce piège. C’était l’évidence même.

Yjasebien insista par la suite sur le fait qu’une femme et un homme sont des animaux de la même espèce. Pour le prouver, il demanda à la Couronne d’amener une chienne qui soit un chat ou une vache qui soit une jument. La Couronne dut admettre son incapacité à répondre favorablement à cette demande.

« Ainsi, de dire Yjasebien, la femelle d’une espèce ne peut pas être celle d’une autre espèce. » La Couronne dut se contenter d’avouer que c’est une autre évidence !

Donc, si les Amazones avaient des corps de femmes, elles ne pouvaient qu’appartenir à l’espèce humaine dans le règne animal. Ce à quoi la Couronne dut souscrire.

Voilà pour la première partie.

Mais comment prouver que Grangalop mentait ? Il aurait fallu que les Amazones témoignent et elles ne pouvaient, au mieux, être là, que dans quelques semaines.

Yjasebien était assez brillant. Il décida de prouver, malgré tout, que Grangalop mentait.

Il s’informa pour connaître la composition de l’équipage de Grangalop. Il invita ensuite les matelots à venir témoigner. Il établit que Grangalop était parti seul avec L’Assistant, tous les membres de l’équipage étant demeurés dans le bateau.

« Comment peuvent-ils avoir été tués par les Amazones, puisqu’ils ne se sont pas rendus sur l’île et attendaient bien patiemment dans le bateau ? » Demanda Yjasebien.

Donc, Grangalop a menti sur le sort de son équipage. Y a-t-il un autre mensonge ou une autre exagération dans son témoignage ? Oui !

Pour soutenir sa thèse, Yjasebien fit organiser en cour une course entre Grangalop et Virus. « Si Grangalop dit vrai, soutint Yjasebien, il battra facilement Virus. »

La course établit sans aucun doute que Grangalop était une véritable tortue. Donc, un autre élément de son témoignage tombait à l’eau.

Pour asséner le coup fatal, Yjasebien dut demander une remise de cause. Il ne restait plus qu’à attendre l’arrivée des Amazones, d’en faire parler une, pour prouver que c’étaient non seulement des femmes, mais des femmes très intelligentes. Il voulait aussi démontrer qu’il est normal d’être fier de son propre sexe et ne pas accepter que d’autres le dévalorisent, encore moins, les menacer de disparition.

Cependant, le juge prétendit que le tribunal en avait assez entendu pour prendre une décision, décision qui vint très vite : acquitté puisque les Amazones n’étaient pas des animaux.

À la surprise d’Yjasebien, le juge ne retint rien du témoignage de Grangalop.

Le juge

(s’adressant à Virus)

Puisque ce sont des femmes étrangères, si vous voulez qu’elles demeurent ici avec vous, vous devez les acheter comme esclaves. Il vous en coûtera deux tortues, mais vous devrez confirmer la transition en payant une tortue supplémentaire au temple d’Apollon.

Même si Ypontife était de ce temple, c’était bien peu payer pour avoir une paix définitive. D’autant plus qu’Ypontife connaissait dorénavant une illumination permanente,

Grand party chez Virus.

Enfin dégagé de tous les soucis que lui coûtaient ces procès, Virus organisa un grand party. Il présenta une plainte contre les sycophantes qui venaient parader devant sa maison.

Fini le temps de la délation et du chantage !

Toutes les personnes consultées par Yjasebien étaient invitées, ainsi que les danseurs du bar gai « Chez Épicure », où il avait rencontré Platon.

Pour remercier Zeus d’y avoir rencontré Platon, Virus décida de prendre en charge les deux plus jeunes pais2 employés à cet endroit.

Virus

Écoute, mon Épicure, je t’achète tes deux petits serviteurs pour trois chouettes ou une tortue. Ils me feront deux bons échansons. Quoi de plus agréable que d’avoir deux beaux garçons pour te servir le vin ? Si Diogène était ici, son tonneau deviendrait vite un dard.

Les deux jeunes esclaves étaient des jumeaux adorables. Ils connaissaient Virus, puisque tous les ex-esclaves de la mine des marais ne finissaient pas de chanter ses louanges : lui un noble ou un dieu, on ne savait trop, qui avait décidé de vivre en esclave pour mieux les comprendre.

Les deux petits gars acceptèrent d’être libérés, à la condition de pouvoir fréquenter un lycée. Ce qui fit sourire Périclès, qui nota dans son grand carnet de changements à apporter « École pour jeunes esclaves ». L’éducation est dès

lors devenue la principale préoccupation de l’état.

Ainsi naquit ce magnifique projet qui transforma la vie de tant d’esclaves habités par l’espoir, car, tout esclave qui réussissait ses études retrouvait sa liberté à la fin des cours.

Virus se demandait pourquoi des parents pouvaient abandonner d’aussi beaux enfants. Pourquoi les vendre comme esclaves alors que tant de riches propriétaires se cherchent des serins ? Il se rappela sa rencontre avec Jetelapoigne. Sa vie fut transformée. Il n’avait pas changé d’orientation sexuelle, mais il avait expérimenté un plaisir qui le rendit très riche et lui prodigua énormément de plaisir. Rien ne l’avait fait autant tressaillir que la façon avec laquelle Jetelapoigne faisait une pipe.

Ce soir-là, Virus se saoula, car il s’ennuyait affreusement de sa petite Amfèpétéléplom.

Ses invités lui pardonnèrent facilement. Ils discutèrent de nombreuses heures des événements qu’ils venaient de vivre.

Aristote

Que ferons-nous des Amazones  quand  elles arriveront ? Elles ne pourront pas se marier. Elles sont maintenant trop vieilles. Il faudrait qu’elles se trouvent des hommes de plus de quarante ans pour respecter la différence de 20 ans qui doit exister entre l’homme et la femme.

Yjasebien

Peut-être qu’elles voudront retourner immédiatement chez elles. Quand tu as vécu toute ta vie sans sexe opposé, la vie en commun ne t’attire pas tellement avec un homme d’un certain âge. Quelle folie que d’exiger une différence d’âge entre deux personnes qui s’aiment. Il n’y avait pas de sénateurs conservateurs à Athènes pour inventer une règle aussi stupide, aussi dépravée. À cause de cette règle, les couples sont formés pour la dot ou par amour, mais la loi emprisonne encore ceux qui le font par amour.

Périclès

Elles pourraient nous enseigner l’histoire de leur peuple. La vie d’une société est une expérience. Pourquoi ont-elles rejeté la présence d’hommes ? Est-ce que la vie sous Hypsipyle, leur première reine, était bien différente que sous Label Blonde, qui semble mieux accepter notre civilisation ? Est-ce qu’elles changeront en cessant d’être seules ?

Aristote

J’espère que si. J’ai essayé de convaincre mon fils Nicomaque de ne pas y aller maintenant, mais tu sais comment sont les jeunes… impossible de lui faire entendre raison.

Périclès

Il tient de son père. On ne connait la liberté qu’en la vivant !

Aristote

C’est vrai, mais il est tellement jeune.

Périclès

Surprotéger ne sème pas la sagesse. Les enfants surprotégés font plutôt des gens qui ne peuvent pas penser par eux-mêmes. On prend toujours nos adolescents pour des enfants. Pourtant, selon certaines traditions religieuses, les filles sont mariées dès 12 ans, sous prétexte qu’elles sont déjà en âge de nous donner une descendance.

Yjasebien

Plusieurs meurent en accouchant. Pourquoi un gars, lui, doit-il attendre d’avoir 27 ans avant de pouvoir se marier ? C’est complètement ridicule.

C’est vrai qu’un garçon avec un autre garçon n’aura jamais à donner naissance. À part le plaisir, pas de danger. Pas de responsabilités. La fille, elle, risque de tomber enceinte et doit se marier à 12 ans. C’est beaucoup trop jeune. C’est elle qui sera prise avec la naissance et qui devra élever l’enfant. On n’a aucune compassion pour elle. Elle ne pourra jamais vivre son enfance et les plaisirs de l’adolescence. Tout ça parce que la société a décidé qu’il en était ainsi. C’est injuste.

Périclès

La femme est mariée jeune pour apprendre à administrer les biens de son mari. Par la suite, c’est au mari de la rendre heureuse

Yjasebien

Il y a plus de maris égoïstes que de maris responsables. Un homme qui fait un enfant devrait assumer son geste, surtout si c’est hors mariage. Je croyais avoir démontré que l’homme et la femme sont égaux de par leur espèce. J’ai manqué mon coup ou les hommes sont lents à comprendre.

Épicure

Le plaisir est essentiel en tout.

Périclès

Mais personne ne peut être heureux, s’il n’est pas satisfait de sa vie. Une vie bien réussie est une vie dont on est fier quand on est devenu vieux.

Épicure

Dans ce cas ; vive l’authenticité !

Une leçon de chiens.

Péritas, le chien d’Alexandre, s’amusait dans la cour avec Benji, la petite chienne de Virus.

Il lui renifla le derrière, Benji se tassa, se tourna, insultée. Elle fit sentir sa désapprobation. Elle montra même les dents.

Péritas revint lui passer le nez sur le nez. Les humains diraient qu’ils s’embrassaient, alors que les chiens ne savent même pas ce qu’est de s’embrasser. Il n’y a que les humains qui croient que s’embrasser est un stimulant sexuel.

Benji se mit à courir après une feuille qui tombait d’un arbre, regardant du coin de l’œil, si Péritas la remarquait.

Aristote

C’est bien une femme. Ça joue à la scrupuleuse, mais ça ferait n’importe quoi pour attirer l’attention d’un homme et être désirée. Ça ne veut pas baiser, mais ça se meurt de ne pas avoir son mâle. Ce sont des hypocrites qui passent leur temps à se maquiller pour plaire et qui se révoltent parce qu’elles sont regardées comme un objet. Les couples ont été créés pour que la femme puisse afficher son mâle comme son bibelot. Elles aiment les hommes parce qu’elles les trouvent beaux. Tout comme les pédérastes recherchent aussi la beauté des garçons.

Yjasebien

Ce sont des idées que tu te fais. Une chienne ne cherche pas à attirer l’attention, mais les hommes aiment bien projeter sur les animaux les mêmes sentiments qu’eux.

C’est également de cette manie que sont nés les dieux. On a fait croire que les hommes imitent les dieux ; mais en réalité, ce sont les hommes qui se projettent dans leurs dieux. Les riches s’imaginent avoir plus de chance d’être heureux après la mort, car ils peuvent mieux meubler leur tombeau. Les pauvres, eux, sont malheureux, car, il leur manque toujours quelque chose. Les riches les emploient pour mieux en tirer profit.

Chez un animal, la sexualité est un phénomène chimique, limité dans le temps, celui de la sécrétion qui allume son mâle. Le mâle répond à l’odeur. Chez l’humain, la sexualité est accompagnée du plaisir d’être touché, en plus, de croire dans l’amour. L’homme est le seul animal à pouvoir choisir son ou sa partenaire. Voilà la vraie liberté !

Les pauvres hommes des cavernes ne savaient même pas qu’ils avaient un mot à dire dans la procréation. Quel étonnement quand is ont compris le lien entre faire l’amour et l’accouchement.

La procréation, chez l’humain, c’est plus qu’un besoin passager ou un geste automatique répondant à une certaine odeur qui atteint le nez du mâle. Non, chez l’humain, le corps provoque des sentiments, de la tendresse. La conscience est une réalité qui dure dans le temps et l’espace. Le cerveau produit toutes sortes d’hormones, qu’il lit sous forme de sentiments. La chimie corporelle influence l’électrique, le spirituel.

De plus, l’homme a ajouté tous ses sens : le toucher, en particulier, comme organe sexuel. Tout le corps est sexuel et on interdit le génital, sans savoir pourquoi. L’homme est en feu dès qu’on le caresse. Ainsi, tout le corps est un lieu de grande félicité.

Ivoitou

La sexualité, comme mode de reproduction, n’est apparue qu’il y a 900 millions d’années alors que la vie existait sur terre depuis 3,5 milliards d’années.

Note scientifique : la sexualité renforce les capacités d’adaptation à l’environnement, la résistance aux maladies. Elle donne un coup d’accélération à l’évolution.

Au début, la vie se transmettait par la multiplication des cellules. Les cellules ont fini par se doter d’un système reproducteur qui tient compte du nombre incroyable de cellules qui les constituent. L’ARN est devenu de l’ADN. La reproduction ne pouvait plus exister chez un individu seul. La complexité pour engendrer le code donnant naissance à un individu était trop grande pour qu’il soit porté par un seul individu. L’ADN de la reproduction se divisa entre l’homme et la femme. Pourquoi ? Je ne sais pas. Je cherche encore.

L’histoire de l’évolution de la vie est très complexe et merveilleuse. La recherche ne fait que commencer dans ce domaine. Elle fera tout un bond avec l’arrivée d’un certain Darwin.

Yjasebien

Vous connaissez les raisons fondamentales qui ont entraîné le passage du matriarcat au patriarcat. Ce ne sont pas tous les hommes qui en ont même déjà entendu parler.

Aristote

Attendez ! Ce n’est pas une question de pomme ?

Yjasebien se mit à rire.

Aristote rencontrait les juifs qui arrivaient au pays, d’où connaissait-il cette histoire de paradis terrestre, mais lui, au moins, était assez intelligent pour savoir qu’Ève est un symbole. Une civilisation tient toujours à une religion. Normal. Au début, les religions servaient à expliquer les forces de la nature. Elles semblaient appuyer leur foi sur les dieux qu’elles avaient créé.

Yjasebien

Qu’est-ce qu’une pomme vient faire dans l’histoire de l’humanité ? C’est symbolique.

La faculté de symbolisation ne vient qu’après l’adolescence. Ça permet aux prêtres d’inventer n’importe quoi pour expliquer l’inexplicable. Ils ne comprennent pas ; mais ils agissent ensuite comme s’ils savaient tout.

On dit que n’ayant pas attaché assez d’importance au devoir de rendre hommage à Aphrodite, les Amazones furent sévèrement punies. Auparavant, les femmes dominaient. Comme la terre, elles transmettaient la vie. Leur vocation était la fécondité. Pour des raisons de senteur, les hommes les fuirent. Elles ont perdu leur puissance de domination, car l’absence des hommes provoqua chez elles un besoin irrésistible de fertilité, qui les rendit esclaves. Les femmes eurent besoin de plus en plus d’hommes, car elles et les mâles ne connaissaient pas le rôle des spermatozoïdes.

Les hommes ne savaient pas qu’ils avaient un mot à dire dans la procréation. Par contre, on croyait que le sperme était une nourriture essentielle pour nourrir le fœtus durant la grossesse. Ainsi, l’homme devint indispensable. Ça, c’est une des versions de ce renversement dans l’ordre social.

Aristote

C’est aussi une belle histoire, mais nous n’étions pas là pour la confirmer ou la réfuter. La foi est aveugle, ce qui la rend handicapée.

2 – pais= enfants-esclaves.

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