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Les derniers amours de Platon 3

juin 5, 2020

L’appel d’Alexandre


Alexandre le Grand tenait un grand banquet quand il entendit parler, officiellement, pour la première fois de Diogène. Il fit comme s’il n’en avait jamais entendu parler et déclara à ses hôtes :

– Pourquoi un gars, bandant dans un baril, peut-il être plus heureux qu’un grand chef guerrier à la conquête du monde? Que puis-je demander de plus à la vie?

Mais, Alexandre savait qu’il devait voyager en compagnie de garde du corps, puisque chacun enviait sa gloire et sa prospérité. 

– Y a des gens pour faire la guerre et d’autres pour jouer aux fesses. Comme il y a des dieux pour tous les goûts dans la nature, pensa-t-il de suite.  

Alexandre n’avait pas encore entendu parler de Yahvé, ni du petit Jésus. Il découvrait les barbares dans ses invasions, et non, le dieu unique qui imposera la monogamie.    

Cette peur de toujours avoir un finfin qui te poignarde ou t’empoisonne, donna naissance à une tradition qui s’implanta pourtant de façon permanente qu’avec les Empereurs romains. Ils appelaient ça « mettre du piquant dans la vie ».  

– Ça prouve que l’histoire avec un grand H est rattachée à ce qui vient de se passer en y ajoutant une petite touche personnelle, dira Néron, en regardant brûler Rome.         

Ce courant continu des flots du temps fut appelé la civilisation occidentale ou le pouvoir dans la bêtise et la violence.      

Quoiqu’il en fût, Alexandre décida d’inviter Diogène à un grand souper afin d’élargir sa réputation.

Diogène refusa, sans explication. Alexandre était vexé. Comment lui, le Grand, Alexandre, pouvait-il accepter de se faire envoyer promener par un voyou qui habite dans un baril?

Il dépêcha six soldats qui revinrent avec le sourire. Diogène les avait engraissés, car il aimait bien lutter avec des jeunes enduits de graisses. Son baril le protégeait des coups. N’était-il pas le spécialiste du léchage de graisse et le maître incontesté de la pipe olympique? De quoi ravir tous les soldats du monde.

Alexandre fumait de rage. C’est ainsi que des livres d’experts ont pu, quelques siècles plus tard, faire valoir le besoin de fumer le calumet de paix dans les négociations ardues. Ça dégage les poumons et permet une meilleure digestion.       

Si la force n’avait pas raison de Diogène, il fallait employer la persuasion.

Alexandre dépêcha le meilleur prédicateur qu’il avait rencontré.

Celui-ci fut déconcerté de ne pouvoir faire sortir Diogène de son baril. Mais, c’était un petit futé. Confus, oui, mais rusé. Quand Diogène l’aperçut, rôdant autour de sa demeure, il lui demanda immédiatement :

– Confus, Sir? Vous cherchez le propriétaire? La porte d’entrée? Il s’était réfugié dans une prononciation à l’anglaise.      

— Confucius, cius pas Sir, c’est un cius, avec un accent comme ça. Les sons sont comme les mots des chansons, vous comprenez?         

Confu-cius ou sir, Diogène s’en fichait éperdument. Il n’avait jamais entendu une langue aussi mélodique.

 Dio, pour les intimes, se croyait déjà au ciel et défonça le baril de son harpon comme jamais.

Confucius, qui connaissait le langage verbal et mathématique, lui fit valoir la beauté du 69. Diogène tourna de l’oeil. Puis, ses cheveux se plantèrent au garde-à-vous sur sa petite tête.   
 
– Cogne. Fou, cria notre négociateur.

Il ferma les yeux et eut une vision : il était en compagnie du premier punk de la planète. Il offrit donc une fleur à son nouveau maître. La révolution sera toujours un « flower powère » comme disent les Français.

Confucius-sir retourna auprès d’Alexandre et lui glissa à l’oreille que le secret de Diogène était la colle. 

Diogène avait tellement exploité le « compostage » qu’il était parfois pris dans son caca. Ce qui, de toute évidence, l’empêchait d’entreprendre de longs voyages.  Trop orgueilleux, il refusait de quitter son baril afin que les gens n’apprennent pas son secret.

Alexandre était ravi de savoir qu’on ne lui avait pas désobéi. Il décida immédiatement de se rendre personnellement rencontrer Diogène et de lui faire cadeau d’un ciseau à fer. La liberté, ça se gagne. Diogène devra, quant à lui, fournir l’enclume et le marteau.

Pour ne pas se tailler le membre, il dut apprendre les proportions, d’où Diogène s’adonna aux mathématiques et à la géométrie. Après, on dira que l’Orient n’a rien apporté à l’Occident. 

Ainsi naquit une grande Amitié entre les dictateurs et les rebelles. Ce fut la première récupération du système. 

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