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Diogène 5

juillet 16, 2020

Virus transformé.

L’arrivée de Virus sur Lesbos l’a profondément transformé. Contrairement, à bien des hommes qui devaient se dépasser pour trouver la flamme de leur vie et s’assurer une descendance, Virus avait tout, sans se poser la moindre question.

Deux cents jolies petites soldats amazones attendaient le moment de passer du boulot de guerrière à celui de maman. De quoi rendre jaloux tous les martyrs d’Al-Qaïda ou de l’EI, car, elles, elles existaient en chair et en os, et non, à l’intérieur d’un délire religieux qui s’avérera probablement être une pure utopie après la mort.

Virus se disait souvent : un tien vaut mieux que des promesses de vie après la mort. Et, il remerciait le ciel de sa chance.

Virus fut d’abord étonné de la bonne entente qui existait sur cette île.

Les femmes, normalement jalouses, avaient un rapport d’une tendresse infinie l’une pour l’autre. Une rage, une peine, n’importe quoi de triste, et, une bonne samaritaine accourait pour soigner les malaises en utilisant ses caresses.

Les Amazones n’avaient pas toutes été contaminées par les religions ascètes qui nécessitent la présence d’un dieu pour faire régner la peur et transmettre ses ordres. Elles n’hallucinaient pas sous l’effet des sacrifices. Elles n’avaient pas la hantise de la chasteté, qui fait que tu t’occupes toujours de ce qui se passe dans le pantalon du voisin, faute de pouvoir calmer tes propres attentes secrètes, refoulées et conduisant à la haine.

Ces guerrières n’hésitaient pas à calmer leur envie de sexe, en se branlant le clitoris, quand nécessaire. Évidemment, il y a toujours un individu plus curieux, plus sensible au plaisir, il fut donc impossible de ne pas découvrir que le plus beau chiffre en mathématiques est le 69. Les Amazones vivaient leur nature profonde, grâce à la liberté et à la tendresse.

Contrairement, aux hommes d’Athènes, elles croyaient que l’on vit pour être heureux. La guerre n’existait que pour protéger leur territoire. Puisque la présence mâle nourrissait les jalousies, on décida que les hommes ne seraient que des pénis ne présentant aucun intérêt, sinon celui de procréer.

La culture avait une place prépondérante dans leurs occupations. Une Amazone était reconnue, pour la beauté de ses créations lyriques plutôt que pour la force de ses bras. Les femmes âgées avaient toutes une petite fille, dont elles étaient responsables. Par contre, ces jeunes filles devaient s’assurer que leur maîtresse ne manquerait jamais de rien, de la bouffe à la tendresse. Les maîtresses devaient tout leur apprendre, comme les pédérastes mâles du continent, mais chez elles, pas question de changer d’orientation sexuelle à un certain âge. Étaient mères, celles qui le demandaient. Tout devait se faire en fonction de la nature de chacune.

Il n’était pas rare de voir de vieilles guerrières se transformer en danseuses et ainsi avoir le privilège d’une petite cour particulière. La gloire est le suçon offert à celles qui ont du talent. Le harem diva. Un privilège accordé à celles que la vieillesse n’a pas encore flétries. C’étaient en général, celles dont l’esprit avait été particulièrement choyé. L’intelligence n’est pas donnée à tous, en parts égales, même si tous les humains, hommes et femmes, sont égaux du fait d’être un humain. Chacun sa force pour se différencier.

Le grand avantage des Amazones : elles ne se culpabilisaient pas. « Les erreurs sont normales dans le cheminement de tout individu », leur apprenait-on dès l’enfance, s’assurant ainsi que chacune se respectait assez pour savoir qu’on ne peut pas tout savoir en naissant. « Quand il y a une erreur, on a qu’à l’admettre et ne pas la reproduire, autant que faire se peut », leur apprenait-on dès l’enfance.

Tout enfant croit d’abord qu’il est le nombril du monde. C’est tout un choc d’apprendre qu’au contraire, il doit s’intégrer à la société pour valoir quelque chose. Il doit être désiré, accepté. Comment créer cette reconnaissance des autres ?

Quand on apprend à se donner aux autres, on sait ensuite, ce qu’est le vrai plaisir de vivre.

La vie des Amazones était totalement orientée vers le bonheur. Leur structure sociale était carrément communiste comme dans les abbayes. Tout est à tous. Pas de hiérarchie, car la hiérarchie crée des clans. L’autorité était le fruit de l’unanimité ou, du moins, une très forte majorité.

Les problèmes étaient d’abord résolus à l’intérieur du groupe. Si le sujet était fondamental et touchait trop de membres, on tenait un conseil des déléguées.

Elles pouvaient changer de déléguées à chaque réunion, selon les sujets abordés, pour toujours avoir la personne la plus compétente, apte à prendre la décision au nom des autres.

Quant à la chef, ce titre était attribué à celle qui présentait le plus de vertus et de modération, car elle était la juge des causes difficiles. Elle recevait tout simplement un peu plus de reconnaissance de ses comparses. Son titre devait démontrer sa capacité à la générosité.

Elles étaient assez intelligentes pour savoir que la vie fonctionne un peu comme une spirale. Plus les gens sont près de nous, plus ils font partie de nos existences. La vie de la communauté fonctionnait sur le même système qu’Athènes : la démocratie.

Quand on est juste 200 à 1,000, on peut facilement demander que tout le monde vote.

Aucune ne devait être ni trop riche, ni trop pauvre. On avait ainsi fixé un minimum et un maximum de biens pouvant appartenir à chaque individu. Si la richesse est bien partagée, se disait-on, il n’y a pas lieu d’avoir conflit sur conflit.

Virus avait pris les commandes d’une école de course, mais il était dorénavant passionné par la sociologie. Il passait de longues heures à réfléchir sur la vie des Amazones. Même s’il gagnait en sagesse, il fut complètement bouleversé quand il apprit que deux émissaires de Platon étaient maintenant dans le camp.

Était-ce pour offrir un sperme de plus grande qualité ? Était-ce pour le ramener de force dans leur société d’intransigeants ?

La vie en société avait toujours été pour lui, problèmes par-dessus problèmes. Il se mit à réfléchir sur sa vie jusqu’à ce moment.

Devait-il retourner chez Platon ou demeurer sur cette île où la vie ne demande qu’à être vécue dans le plaisir et où existe une réelle égalité entre chaque individu ? Devait-il se trouver coupable d’avoir aimé une fille ?

Virus épuisé de faire l’amour.

Même si les Amazones pouvaient choisir si elles désiraient la maternité ou la chasse aux caresses, Virus était le seul individu capable de leur permettre d’accéder à leur idéal maternel. Pas le choix, il devait se livrer à l’exercice.

Avec le temps, Virus s’est rendu compte que ce privilège ne procurait plus autant de petits plaisirs. Il ressentait de moins de frissons corporels, car aucune relation émotive ne s’établissait vraiment entre lui et les belles Amazones. Elles lui étaient amenées et il avait un certain temps à passer avec elles. Les derniers ébats lui semblaient même fatigants. Il avait la « zoune » éreintée, plutôt « slaque », et le temps demandé pour compléter l’ouvrage semblait lui arracher les reins. À chaque lendemain, il avait de la misère à marcher. « Trop, c’est trop. »

« On dirait que plus tu as ce que tu désires, plus ce désir cesse de t’obséder. Ça devient même, comme le travail, une routine fastidieuse. Les filles sont merveilleuses, mais il manque quelque chose quand nous faisons l’amour », avait-il avoué à Label Blonde.

La chef était très perspicace et douée de la faculté d’apprendre les langues en un éclair. Elle avait aussi demandé à connaître la « langue suprême » de la jouissance, qu’elle avait bien hâte de savourer, ayant dû se contenter de voir Amfèpétéléplom en bénéficier.

« Je n’avais jamais vu personne se tordre de plaisir ainsi. Je me demande pourquoi on n’y avait jamais pensé avant », avait-elle avoué.

Antérieurement, les mâles avaient été comme des érables qu’on entaillait au besoin.

Contrairement à toute attente, Virus préférait donner des cours de gymnastique à engrosser celles qui avaient choisi la maternité. Au moins, il se sentait mieux après ses cours.

Sa petite Amfèpétéléplom lui suffisait amplement pour soulager ses vrais désirs de mâle. Avec elle, c’était différent. Même si le rituel était toujours presque le même, Amfèpétéléplom arrivait facilement à lui faire perdre la tête. Un sourire, un regard, un petit geste un peu sensuel avaient plus de répercussions sur notre petit Virus que la file de d’Amazones qui lui étaient présentées toutes les fins de semaine. Virus dut lui-même demander qu’on baisse la cadence.

Virus aurait souhaité qu’on invente un rituel de fascination plutôt que de devoir se contenter d’éjaculer. Était-ce parce qu’en vieillissant, la tentation n’est plus la même ? Sans la réciprocité, la complicité, c’était comme s’il se masturbait. Un jeu extraordinaire quand t’es jeune ; mais qui devient monotone quand, avec l’âge, tu comprends que le travail d’équipe est plus excitant que de simplement vérifier tes capacités. Peut-être qu’en vieillissant, certains deviennent moins narcissiques ?

Virus se dit alors qu’il devait aussi étudier la psychologie.

Virus n’était pas assez hypocrite pour ne pas se souvenir des premiers temps de sa vie au paradis. Il attendait alors avec anxiété la venue des promises, mais pour suffire à la tâche sans y laisser sa santé, il avait dû demander d’être employé uniquement les fins de semaine. Virus craignait de souffrir d’un épuisement professionnel, s’il dépassait trop ses capacités.

Pourquoi les Amazones porteuses avaient-elles perdu autant de valeur à ses yeux ? Possiblement parce qu’après l’emploi, il était séparé d’elles et qu’ainsi, elles ne signifiaient plus rien. Aucun projet commun. Aucun amour. Virus considérait faire l’amour comme un travail trop répétitif.

Virus comprit du fait même que procréer est une chose, créer des liens, en est une autre. Procréer pour procréer, ça peut être plate en maudit. Et, tout le monde sait que pour aimer son travail, il faut trouver plaisir à l’accomplir. Il vivait la merveille de ces moments d’intimité qu’avec sa petite Amfèpétéléplom.

Virus avait toujours cru que le besoin de fidélité était l’apanage des femmes. Mais, noyé dans la facilité, il se mettait à rechercher une autre forme de satisfaction. Devenait-il un homme rose ?

Un besoin de responsabilité. Voilà, ce que lui apportait Amfèpétéléplom. De la tendresse et un besoin quotidien de partager la vie. En amour, un sourire suffit pour te transporter au paradis.

Amfèpétéléplom commença même à enseigner les langues aux Amazones chargées des soins aux étrangers. Le travail est une forme de valorisation personnelle. Aussi, quand elle rencontrait Virus, passaient-ils des heures à parler de la joie d’enseigner. Ils se racontaient leur vie antérieure et leurs rêves futurs.

Son attitude avait aussi amené Label Blonde à cesser de voir tous les étrangers comme un danger. « Le viol n’est pas la seule préoccupation des mâles », avait-elle conclu. Mais, la paranoïa fait penser le contraire. Quelle vie plate quand chaque visage peut se transformer en vampire ? Si les femmes sont élevées dans la peur du sexe, elles deviennent féminounes ; mais sans cette peur, elles réussissent aussi bien que n’importe quel mâle. Les Amazones féministes créaient de grandes femmes de lettres et d’esprit. Pour aimer les autres, il faut être capable de s’aimer.

D’une certaine manière, Label Blonde n’avait pas tort. Dès qu’un homme mettait les pieds sur l’île, il perdait la tête et se mettait à violer toutes celles qui l’approchaient.

« La nature de l’homme-mâle est ainsi faite. C’est une nécessité pour assurer la survie de l’espèce. Essayer d’éliminer cette réalité n’équivaut-il pas a carrément se battre contre la nature. Le mâle est-il capable de dépasser ce stade primitif ? » Se demandait Virus.

Virus avait assisté à ce changement fondamental de mentalité chez les Amazones, car elles ne voyaient plus maintenant les hommes comme des dangers de viol ambulants. Cette nouvelle assurance leur permettait de s’initier à de nouvelles occupations. Elles cherchaient de nouveaux plaisirs.

Virus n’était pas perçu comme le simple géniteur, mais comme celui qui courait le plus vite. Au lieu d’avoir peur de lui, les Amazones avaient commencé à admirer son beau petit corps, ce qui signifiait une surcharge de travail. Il était devenu un peu paranoïaque : un sourire lui faisait craindre une augmentation de la charge de travail, la fin de semaine suivante.

En ce sens, l’arrivée des Athéniens procurait à Virus un certain soulagement. Il avait noté dans son grand livre de données que la sexualité est intéressante quand elle n’est pas incessante. On dirait qu’une fois tes désirs assouvis, le sexe devient un emploi comme les autres. Peut-être Platon avait- il raison : le désir est une partie essentielle du plaisir, mais vaut-il mieux le laisser perdurer ?

Il se demandait ce qu’il devait faire ? Retourner à Athènes avec Amfèpétéléplom et risquer les foudres de Label Blonde ? Trouver une raison pour que les Amazones rejettent la présence des deux émissaires ? Partager avec eux son labeur de semence ?

Tout un problème de conscience. Il décida de ne pas précipiter sa décision et demanda à Label Blonde de rencontrer d’abord les deux étrangers, avant de passer trois jours en retraite fermée.

Athènes craque

Pendant que sur l’île de Lesbos, Virus constatait que les femmes ont plus de facilité à communiquer avec les femmes (comme les hommes entre eux), une bande de manifestants s’étaient installés en permanence devant chez Platon.

Les protestataires se promenaient avec des pancartes

sur lesquelles on pouvait lire : « Les femmes dans les cuisines », « À-bas le pervers hétéro » « Une femme = une esclave » « Dieu le veut ! Sauvons la morale ».

Aristote

Si Diogène était ici, ce philosophe, ancêtre des punks, leur tirerait la langue et se mettrait le doigt au derrière, juste pour les narguer. Diogène ne s’en laisserait pas imposer. Le connaissant comme je le connais, je suis certain qu’il se promènerait nu devant les fenêtres. En le voyant, bien des manifestants préféreraient être invités chez Platon plutôt que de manifester pour une prétendue vertu, car Diogène a de quoi les exciter.

Croisos (qui regardait par la fenêtre)

Quelle bande d’hypocrites ! Bande de jaloux ! Ils n’ont qu’à s’occuper de leur propre cul, plutôt que de venir perdre leur temps ici. Bandes de minables ! S’ils apprenaient à jouir, ils n’auraient pas besoin de se choquer après ceux qui le peuvent.

À son avis, en étant contre la liberté sexuelle, tous ces fanatiques étaient des dépravés qui ne reconnaissaient pas la loi naturelle, s’étant fait laver le cerveau par les religieux et les bourgeois.

Croisos

Ils manifestent et ils ne savent même pas que Virus n’est plus ici.

Il ouvrit la porte et leur cria :

Croisos

Bande de bornés ! Lavez-vous la cervelle, si vous en avez une. Constipés !

À la surprise générale, un autre groupe de manifestants (des femmes celles-là) encercla le premier groupe en scandant « On veut nos hommes. » Elles sortirent des plats et des rouleaux à pâte pour chasser le premier groupe. Quand elles se mirent à frapper, ce fut la pagaille.

Gagnantes, elles se mirent à scander à leur tour :

« Virus ! Virus ! Amfèpétéléplom ! » Croisos était estomaqué.

Croisos

Qu’est-ce ? Qu’est-ce ? Venez voir, les gars, les manifestants se déchirent devant notre fenêtre.

Effectivement, venait de naître une vague de fond. Pour la première fois, des femmes se faisaient entendre. « Mon corps et mon esprit n’appartiennent qu’à moi ». D’autres criaient : « Liberté de conscience »

Aristote

Je ne serais pas surpris qu’un jour des femmes créeront un mouvement qui acceptera la sexualité comme moyen d’émancipation. Certaines gagneront leur vie à faire l’amour et seront fières de leur choix.

Croisos sortit de la maison et leur cria :

Croisos

Virus est parti pour retrouver sa petite Amfèpétéléplom.

Vive la liberté !

Les manifestantes se jetèrent sur le sol, priant tous les dieux d’un coup, en appui à ce chevalier qui court à la rescousse de sa princesse.

Les femmes ont toujours aimé les idées romantiques. Et Croisos ajouta pour les féminounes :

Si vous avez besoin d’un homme, je vous enverrai Diogène. Il sera heureux d’être à votre service.

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