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Le jeune espion (8)

mai 7, 2020

Après le départ de Claude, Jean-François retrouva ses camarades et participa très vite à toutes les activités organisées à l’improviste par les enfants de St-Camille-des- Champs. Il adorait jouer au cowboy dans le bois. Les jeunes se divisaient en deux groupes et il était toujours le chef des bons.

Malgré l’entrée de la télévision à la maison, Jean- François demeura un amateur inconditionnel du plein air, surtout qu’il ne pouvait pas toujours regarder son émission favorite, L’heure du concert, à Radio-Canada. Ce programme était réalisé par un certain Gabriel Charpentier. C’était une heure éducative de musique classique.

Un mercredi matin, il partit avec dix autres copains, copines, cueillir des fraises.

Pour aller aux fraises, les jeunes devaient se rendre chez les Bolduc. Il fallait traverser d’abord un champ d’avoine, puis un pâturage et, finalement, enjamber une clôture en bois rond, qui donnait sur un abattis, situé au flanc d’une petite colline, que l’on appelait « la montagne ». Là, se trouvait en abondance le fruit tant convoité. Rien n’est meilleur que les petites fraises des champs, mais elles ne sont pas commercialisées. C’est trop de travail.

Tout se déroulait dans la joie. Les filles s’étaient regroupées entre elles, comme à l’habitude. Les garçons faisaient bande à part, ce qui leur permettait d’être un peu plus grivois. Les gars ont toujours aimé se vanter d’avoir une quéquette exceptionnellement longue ou grosse et performante. Contrairement aux adultes, chez les jeunes, on n’avait pas encore développé cette pudeur maladive où tous les mots qui touchent au sexe sont sales et pervers.

Soudainement, les gars entendirent les filles crier. Elles étaient mortes de peur et complètement prises de panique.

« Qu’est-ce qui leur prend encore, celles-là ? » Semblaient se demander les gars, pendus aux lèvres de Jean-Paul, qui racontait avec beaucoup de succès une histoire cochonne qu’il venait d’apprendre.

Un coup d’œil leur permit de comprendre très rapidement : le bœuf s’était dégagé du troupeau de vaches et avait pris en chasse les filles atterrées. Même si elles couraient le plus rapidement qu’elles pouvaient, le taureau gagnait dangereusement du terrain. Il était évident qu’elles seraient encornées, si rien ne venait ralentir la course du quadrupède. Francine Dupuis traînait la patte, derrière le peloton de filles, pâmées de peur. Il était évident qu’à ce rythme, elle serait massacrée par le taureau.

Jean-François, alarmé par les cris, toisa vite la situation. Il comprit qu’il devait à tout prix détourner l’attention de l’animal. Il saisit presque intuitivement des roches qu’il lança de toutes ses forces au bovin, accompagnant son geste de cris et de sauts et mettant en évidence le rouge de son gilet.

Le taureau se fit prendre au piège, changea de direction et s’élança vers Jean-François. Celui-ci entreprit un deux cents mètres olympique. Mission : parvenir à se rendre à la clôture, tout en se dégageant des autres, afin d’être l’unique cible.

Jamais les talons de ses souliers ne lui avaient ainsi botté le derrière. Il n’allait quand même pas aussi vite que Ti-Jean : il ne laissa pas de trace dans l’herbe et ses souliers ne prirent pas en flammes, mais Ti-Jean-François ne traînait pas sur place.

Même si le bovidé gagna du terrain, Jean-François parvint à se glisser entre les billots de la clôture, avant que celui-ci ne l’atteigne. Malheureusement, cet exercice l’empêcha de voir une roche sur laquelle il glissa en se relevant et se foula une cheville.

L’animal s’arrêta net devant la clôture. Incapable de voir Jean-François, dissimulé dans les broussailles de l’autre côté. Le bœuf se contenta de serpenter l’endroit en meuglant. Il s’arrêta, jeta un dernier coup d’œil.  Il balançait la patte avant sur l’herbe, l’arrachant facilement. Heureusement pour les jeunes, l’animal finit par se calmer et regagna le troupeau, fier d’être le seul mâle.

Malgré la souffrance, Jean-François réussit à faire quelques pas sur le pied blessé. Ce n’était heureusement rien de grave, mais il se lamentait encore, quand il fut rejoint par le groupe de jeunes filles. Héros malgré lui,

Francine n’oublia pas qu’à peine quelques minutes plus tôt, un prince charmant lui avait sauvé la vie.

Francine s’avança face à Jean-François, lui mit les mains sur les épaules et l’embrassa avec autant de passion qu’elle en fut capable. Encore vacillant sur ses pieds, Jean- François reçut le coup, sous les bravos des jeunes en délire. Il oublia bien vite sa souffrance et serra la jeune fille contre lui.

Ce premier baiser frappa plus fort que la foudre. Jean- François nageait dans le bonheur le plus complet et le plus parfait. Sur le coup, le baiser cessa d’âtre le péché de la chair. La réalité l’emportait sur les préjugés.

Même s’il desserra les bras, les becs de Francine pleuvaient sur lui avec une frénésie étourdissante. Jean- François se crut viscéralement amoureux, lui, qui jusqu’alors, n’avait été attiré que par les garçons de son  âge.

Le couple d’amoureux regagna le groupe. Jean- François sentit à la fois l’admiration et la jalousie de ses compagnons : Francine était très belle, convoitée par tous les garçons ; mais, de ce fait, elle était aussi très indépendante, comme bien des filles de son âge.

La colline était rouge de fraises. Francine et Jean- François momentanément éperdus l’un de l’autre oublièrent à plusieurs reprises qu’ils devaient aussi remplir leur chaudière de fraises s’ils voulaient aller se baigner à la rivière Provencher, durant l’après-midi, comme c’était entendu avec leurs parents.

Les séances de bécotage attiraient chaque fois une pluie de fous rires des plus jeunes.

Le jeune couple regagna le village, la main dans la main, peu loquace, car, ils ne savaient pas tellement de quoi parler, se connaissant à peine.

Ces amours imprévues enlevèrent tout appétit au beau Jean-François qui, le lendemain, attendit frénétiquement le retour de sa belle, comme elle lui avait promis.

Pourquoi le miracle s’estompa-t-il ? Simplement parce que Francine était tout aussi frivole que jolie. Le beau Frédéric, espéré depuis fort longtemps par la jeune fille, alerté par son frère de la compétition déloyale d’un nouveau venu, était accouru afin de protéger son butin.

Dupe, Francine crut que la jalousie de Frédéric venait de le jeter dans ses bras. Elle oublia le rendez-vous avec Jean-François, son nouveau prince charmant accidentel ; mais Frédéric mit vite fin à sa cour. Ses crises de jalousie étaient devenues de plus en plus intolérables. Francine ne trouva rien de mieux pour le calmer que de se laisser pénétrer.

Quelques heures plus tard, ayant accompli ce dont il rêvait, Frédéric préféra partir pour la pêche avec son frère au lieu de tenir compagnie à une fille qui lui avait donné ce qu’il cherchait. Il était certain d’avoir allumé la flamme amoureuse de Francine de façon définitive et d’avoir ainsi écarté toute compétition possible pour l’avenir. En allant à la pêche, il pouvait y ajouter le plaisir de raconter ses instants d’intimité et ainsi faire saliver le groupe de garçons auquel il appartenait.

  • Ils deviendront fous quand ils apprendront que les bobettes de Francine sont roses, pensait Frédéric.

Francine se sentit trahie. Comment Frédéric pouvait-il préférer les poissons à la passion féminine ? Elle se demandait si la beauté ou la réputation avaient tellement d’importance dans le choix de ses amoureux.

Quant à Jean-François, il espéra désespérément sa nouvelle flamme. Les baisers lui avaient fait tourner la tête. Sous prétexte d’avoir oublié son costume, puis son savon, il réussit à faire retarder le départ pour la baignade d’au moins quinze minutes. Toujours sans nouvelles de la belle Francine, triste, il dut se résigner à enfourcher sa bicyclette et se joindre au groupe. Jean-François savait que ce n’avait été qu’un moment sans avenir. Un incident.

  • Les filles doivent faire poireauter les gars, pour prétendre qu’elles leur sont supérieures. Tant pis, je n’ai pas besoin de femmes pour être heureux. Pensa Jean- François.

Ces balades étaient toujours gaies. Les courses de vitesse se succédaient, ainsi que les compétitions à savoir qui grimperait le plus vite tel ou tel escarpement. Un véritable tour de France d’environ huit kilomètres.

Benoît arriva en tête du peloton, ce qui lui conféra le privilège d’être le premier à sauter du pont et de n’avoir jamais à subir la file d’attente dans toutes les activités.

Les baignades étaient, sans contredit, les moments les plus beaux, les plus privilégiés des vacances. Ce qui n’empêcha pas Jean-François de s’ennuyer. Il repartit seul, avant tous les autres. Il était pressé de revoir sa Francine.

Dès son arrivée chez lui, Jean-François se précipita au téléphone afin de renouer avec Francine. Celle-ci, pour se venger de Frédéric, lui fixa un rendez-vous le soir même, dans le hangar de la municipalité.

Que ces heures furent interminables pour ce pauvre Jean-François, l’âme à ce point enflammée pour la première fois de sa vie.

Surpris de le voir à la maison, Gaston exigea que notre Don Juan range sur les tablettes les commandes qui venaient d’arriver dans des boîtes. Jean-François ne pouvait pas travailler à la caisse, car il se trompait souvent dans ses additions, dès que c’était compliqué. Mais, le grand moment tant attendu finit par arriver.

Jean-François se précipita au rendez-vous. Il y retrouva une Francine, devenue subitement glaciale. Étourdi par ce changement subit, Jean-François, croyant qu’elle voulait l’enflammer davantage, la saisit dans ses bras et lui vola un baiser.

Francine répondit à cette fougue par une taloche.

Désespéré, Jean-François retourna au magasin, se disant qu’il ne comprendrait jamais les femmes. Pour lui, c’était la première, mais aussi la dernière. Trop compliquées les femmes.

Il se sentait coupable d’avoir agi comme un cochon en essayant de s’imposer. Il croyait déjà fermement qu’aucune relation sexuelle qui mérite ce nom ne puisse avoir lieu sans consentement mutuel et un grand respect pour l’autre. Si le sexe dans une relation avec un garçon était, à son avis, un plaisir bien légitime, il y avait une grande différence avec une fille. Avec un gars, il est plus facile de savoir s’il consent réellement. Le langage verbal est très clair.

La culpabilité réapparaissant, il s’empressa donc d’écrire une lettre d’excuses.

  • Chère Francine, pardonne-moi mon audace. Je fus un vrai cochon. Je n’aurais pas dû t’y forcer. Je t’aime et je ne voudrais pas te perdre. Jean-François.

Jean-François venait à peine d’apposer sa signature, qu’il entendit un bruit étrange, à l’arrière du magasin.

Il s’y précipita et vit son chien, Kiki, livrant une lutte féroce à un rat, sorti d’on ne sait où.

Kiki réussit sans difficulté à tuer le rongeur, mais il fut mordu à une patte dans l’altercation. Jean-François, peiné, apporta le chien dans la cuisine le plus rapidement possible afin de le soigner, oubliant sa missive sur le comptoir du magasin.

Le lendemain matin, monsieur Bégin, en allant ouvrir le magasin, découvrit la lettre, qu’il lut machinalement. Il fut surtout intrigué par le nom à qui elle était adressée. Il devint aussitôt furieux que son fils ait manqué de respect à une fille, comme l’indiquaient les propos de la lettre. Pour M. Bégin, il était intolérable de penser que son propre garçon, aussi bien élevé, puisse agir ainsi. L’égalité homme femme était sans contredit la plus grande révolution sociale, qu’il appuyait de toutes ses énergies.

Rongé de colère, monsieur Bégin courut à la chambre des garçons. Il tira Jean-François du lit, lui intimant l’ordre de se rendre immédiatement au salon.

Jean-François, l’esprit encore enveloppé de sommeil, obéit sans comprendre.

  • Qu’as-tu fait encore ? Lança monsieur Bégin, dès l’arrivée de Jean-François.

Jean-François reconnut les rougeurs caractéristiques des colères de son père.

  • De quoi parlez-vous ?
  • De cette lettre. Son père la laissa aussitôt tomber sur le divan avec mépris, comme s’il s’était agi d’un mot envoyé par Satan lui-même.

Accablé, Jean-François ne sut rien dire. Un silence de mort pesa sur les deux hommes.

  • J’espère qu’elle n’est pas enceinte, martela finalement le père, hors de lui-même. Tu ne sortiras plus de cette maison, tant et aussi longtemps que tu ne partiras pas pour la mine ou le juvénat. C’est bien compris ?

Jean-François acquiesça aux réprimandes et retourna dans sa chambre, où il pleura longtemps, d’autant plus humilié que tous ses frères s’étaient pointés au salon, quand son père lut la lettre et piqua sa colère.

Pire encore, Jean-François croyait avoir commis un crime abominable en forçant Francine à recevoir ce baiser. Il se résolut à ne jamais plus approcher une femme de sa vie, car c’est trop dangereux. « Les parents ne  comprennent jamais rien aux amours de leurs rejetons. Comment lui dire qu’il ne l’avait qu’embrassée en employant peut-être un peu trop de fougue ? » Avait conclu Jean-François.

Jean-François demeura dans sa chambre jusqu’au départ de ses parents pour la Beauce. Il fut tout ce temps incapable de s’expliquer à son père.

Le vendredi soir, il dut se rendre aider Gaston, à qui il confia son histoire et son désarroi. Gaston le consola du mieux qu’il put, décidé d’en informer monsieur Bégin, pour apaiser sa colère. Gaston se demandait aussi s’il n’était pas allé un peu trop vite avec la construction de son autel. « Ce petit nigaud peut encore créer des situations inimaginables à cause de son ignorance et de son imagination », se dit Gaston.

Le samedi matin, Paul vint chercher Jean-François très tôt le matin pour aller bûcher.

  • Habille-toi ! J’ai besoin de toi. Tu conduiras la jument pour sortir le bois abattu.

Jean-François était ravi de pouvoir enfin être à nouveau indispensable. Il vit dans ce travail l’expiation de son péché. Il travaillerait jusqu’à épuisement pour laver cette tache sur sa conscience.

Exténué, le midi, Jean-François travaillait encore avec

la même ardeur, quand il vit arriver Benoît et Michael, qui s’étaient rendus sur le chantier, les voir travailler. Ils étaient affolés.

  • Viens vite ! Paul a eu un accident. Il a été gravement blessé. La branche d’un arbre, tombé près de lui, l’a frappé à la tête. Il est tout en sang.

Les compagnons de l’infortuné blessé l’amenèrent à la maison la plus proche. Angoissés, ils attendaient l’ambulance. Paul fut conduit à l’hôpital, mais il y mourut quelques heures après son entrée.

Jean-François vit dans cette malédiction une vengeance divine et se promit intérieurement, encore une fois, que jamais plus il n’approcherait une fille.

Deux semaines de tristesse s’abattirent sur les Bégin, mais comme il avait été convenu auparavant dans la Beauce, ses parents ainsi que ses grands-parents étaient déjà partis pour la Maria. Jean-François n’avait pas pu être du voyage, faute d’espace.

  • Rien à faire, quand c’est ta destinée, avait conclu Jean-François, qui d’une certaine façon était soulagé de ne pas à avoir à affronter quotidiennement son père.

Jean-François espérait secrètement que son père oublie son projet de l’envoyer dans cette mine d’or. Il travaillait sans relâche pour retrouver, grâce au compte- rendu que ferait Gaston de son travail et de son comportement, l’estime de son père, redevenu de marbre avec lui.

Jean-François avait terriblement besoin d’affection, d’être soulagé du poids qui pesait sur  « son  âme  innocente ».

  • Pourquoi la société cultive-t-elle une haine du sexe aussi injustifiée ? La sexualité est pourtant la plus belle des inventions du Créateur ! Est-ce que l’approche religieuse de la sexualité fondée sur l’ignorance n’est pas contre nature ? Se demandait-il. La pudeur n’est-elle pas une forme de honte de son corps ? Cette honte ne conduit-elle par à une forme de paranoïa ?

Pour Jean-François, dans une relation sexuelle, seule la violence était à condamner. Il reconnaissait que l’éducation sexuelle était bien plus un lavage de cerveau qu’une route vers l’autonomie et la conscience personnelle. Le retour précipité des Bégin fut moins difficile que prévu pour Jean-François, même s’il fut affreusement triste.

À son retour, monsieur Bégin apprit de la bouche de Gaston les péripéties de l’aventure amoureuse de son fils. Étonné que ce fussent des incidents aussi peu graves, il lui pardonna facilement et regretta sincèrement de ne pas l’avoir écouté avant de s’être ainsi emporté.

M. Bégin se prit à s’interroger à savoir si au Québec, les parents n’ont pas une peur maladive de la sexualité à cause de leur foi religieuse. Une peur qu’ils communiquent de génération en génération, au nom d’un Dieu d’amour qui nous apprend à condamner et haïr ceux qui nous sont différents. Une morale qui sème le mépris de soi à travers la mésestime de son corps.

  • La peur du sexe est une véritable paranoïa collective, en conclut-il.

Le père, repentant de son manque de sensibilité aux douleurs de son fils, s’empressa de rencontrer Jean- François et de s’excuser pour avoir été trop impulsif. M. Bégin comprit la douleur et la culpabilité de Jean-François, quoiqu’il le pensait plus mature. M. Bégin prit le temps de s’assurer aussi que Jean-François cesse de se croire responsable de l’accident de Paul.

  • Tu devais t’occuper des chevaux. Tu ne pouvais pas en même temps aider Paul à abattre les arbres. Je comprends que si tu avais été avec lui, tu aurais pu l’aider à diriger la chute de l’arbre, mais on ne peut pas tout faire en même temps. Tu étais là où tu te devais d’être. À préparer le chargement des arbres déjà coupés, de dire M. Bégin. Cet accident n’a rien à voir avec toi.

Il en profita aussi pour indiquer à ce pauvre Jean- François que sa mission devenait encore plus importante à la Maria, et que le salut de la famille dépendait maintenant de lui.

  • Jean-François, le grand jour arrivera bientôt, lui annonça son père. Il y aura une grande fête champêtre de la Maria dans deux semaines, à Drummondville. Si rien ne vient brouiller les cartes, tu partiras avec Monsieur Dubois. Jean-François ne manifesta aucun étonnement et prépara ses effets. Il savait maintenant que c’était sa destinée, mais l’événement fut annulé, la veille, monsieur Dubois ayant été retenu à la mine, à cause d’un bris mécanique quelconque.

Jean-François était persuadé d’échapper à son sort, quand son père statua, à travers un sourire :

  • Ça ne peut plus durer ainsi. Toutes tes affaires sont prêtes. Tu partiras donc pour la Maria en train. J’irai te mener demain à la gare de Sherbrooke. Tu es assez vieux pour voyager seul sans danger. Il te suffit de ne pas adresser la parole aux étrangers.

Le lendemain, juste avant de partir, monsieur Bégin saisit Jean-François par l’épaule et se dirigea vers le quai d’embarquement, en lui disant :

  • J’ai été un peu dur avec toi. Je m’étais, je ne sais comment, imaginé le pire. J’aurais dû te faire confiance. Tu es tellement bien. J’ai discuté longuement avec Monsieur Dubois et il m’a assuré que tu seras traité comme son propre fils. Tu ne manqueras de rien, tu verras. N’oublie pas, ajout a-t-il, de m’écrire tout, tout ce qui se passe et se dit à la Maria. Notre avenir dépend de ces informations. On veut savoir si on peut compter sur la richesse de la mine ou si l’on doit s’en retirer.

Monsieur Bégin serra Jean-François dans ses bras et l’embrassa sur le front.

  • Je t’aime, mon fils, dit-il, tout en essuyant une larme avec sa main.

Jean-François était tellement heureux de faire plaisir à son père, qu’il bénissait maintenant l’existence de la Maria, qui lui révélait les vrais sentiments de son père à son égard.

Le sifflet retentit et le train se mit en branle.

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