Aller au contenu principal

Les puces (3)

mai 29, 2020

PHILIPPE

Est-ce qu’il t’arrive d’être de bonne humeur?

Gaston se relève, il examine la cuisine déjà surchargée de meubles. Il essaie la micro-onde, question de voir s’il fonctionne bien. Allume tous les ronds du poêle et ouvre le frigidaire qui est affreusement sale.

PHILIPPE

On a qu’à laver. Ce n’est pas pire que les puces dans la salle de bains. Il faudra frotter. On est aussi bien de s’y habituer. Je n’ai jamais vu un logement aussi sale.

GASTON

Ce n’est pas grave. De toute façon, tu n’as rien d’autre à faire .

PHILIPPE (touché)

Me prends-tu pour ta mère ou ton père? T’as besoin d’aller chercher ailleurs si tu veux te faire torcher.

GASTON

Les nerfs! Les nerfs! Je n’ai pas dit que je ne t’aiderai pas…

PHILIPPE

Tu pourrais commencer par fermer les ronds du poêle avant qu’on passe au feu. Tu vois bien que tout fonctionne merveilleusement bien.

GASTON

Je voulais juste savoir. Je ne veux pas payer 50 $ par mois pour des cochonneries.

PHILIPPE

25 $. On paie moitié-moitié. C’est un marché conclu parce qu’on aurait dit que t’avais peur que je me sauve avec les meubles avant de payer la facture.

GASTON

On ne sait jamais. Je ne te connais pas tellement finalement. Ce n’est pas parce qu’on dit que t’es un des dirigeants de la révolution que ça veut dire que tu ne me volerais pas.

PHILIPPE

On voit que tu ne connais pas grand-chose à la révolution. Entre nous, c’est la solidarité absolue. Tu peux être tout ce que tu voudras, tant que tu respectes les objectifs de la révolution.

GASTON (se montrant aimable)

C’est mieux ainsi. Tu ne pourras pas me laisser tomber aussi facilement. J’ai le bail et la moitié des meubles de la cuisine que nous avons achetés en signant le bail.

PHILIPPE

La confiance règne à ce je vois! Viens prendre ton café avant qu’il ne soit froid…

GASTON

Je ne bois que du thé. Merci quand même.

Philippe étonné regarde la cafetière, prête pour au moins deux tasses chaque.

PHILIPPE

Ce café-là coûte 10 $ le 550 grammes.

GASTON

Pis?

PHILIPPE

Dommage pour toi, il est excellent.

Question de détendre un peu l’atmosphère et ne pas trop regretter de s’être installé avec Gaston, Philippe sort une bouteille de vin et une vidéo québécoise.

PHILIPPE

Ça te dit de prendre un bon petit verre de vin en regardant ce film. Gaston lit le titre de DVD, sourit et s’exclame.

GASTON

Ça fait des mois que je rêve de voir ce film. Y paraît que c’est drôle à mourir.

Ils s’installent dans le salon sur le seul sofa dans la place. Philippe est touché d’entendre rire Gaston. Il est si ému qu’il ne se rend même pas compte que Gaston lui plaît autant qu’il peut le haïr quand Gaston se met à jouer à l’enfant gâté.

Gaston a les yeux tellement électrisants que Philippe le trouve de plus en plus séduisant.

« Je ne dois pas m’attacher. Je dois demeurer libre. », se dit Philippe.

Après quelques verres de vin, Gaston est plus euphorique. Philippe en profite pour le questionner.

PHILIPPE

Qu’est-ce qui s’est passé entre toi et ton père?

Gaston (subitement maussade)

Ça ne te regarde pas. Je le hais, c’est tout. Pour lui, je n’existe pas. Je suis un perverti parce que je suis gai. Il m’a fichu à la porte.

Philippe (comprenant mieux les réactions de Gaston)

Je m’excuse, je ne voulais pas tourner le fer dans la plaie.

Gaston

Ce n’est pas grave quand tu me traites comme un nul, je te sens comme mon père.

Gaston se met à pleurer. Philippe le prend dans ses bras et l’embrasse sur la tête.

7— Intérieur — Maison — Chambre de Gaston — vers 16 h 30 — 7

Après avoir rangé son ordinateur près du mur, Gaston éparpille tous les livres et papiers, contenus dans ses cinq boîtes, sur le plancher. Gaston est à quatre pattes et les examine.

Voyant cela, Philippe, obsédé par la propreté, ne peut pas se contenir. Il revoit les puces dans la toilette et se demande si ces petites bibittes ne se sont pas installées ailleurs.

PHILIPPE

Tu ne trouves pas que c’est assez en désordre sans y ajouter le tien. Il serait préférable de laver le plancher et le désinfecter. Ainsi, tu ne seras pas victime des puces de la maison.

GASTON (surpris)

Je suis dans ma chambre. Je fais ce que je veux. Ça ne regarde personne, pas plus toi qu’un autre. D’ailleurs, c’est toi qui devrais avoir honte… On paie cet appartement moitié-moitié et tu occupes toute la place. Je suis envahi

Gaston se relève. Il s’avance vers Philippe, en faisant bien attention de ne pas piler sur ses papiers.

GASTON (vindicatif et presque sanglotant)

J’ai nulle part où respirer! Égoïste! Tu te fous de moi complètement… Tout ce que tu veux, c’est mon argent pour t’installer. Moi, je ne suis qu’un meuble.

Philippe est complètement décontenancé par cette sortie imprévue. Il pensait que ses caresses avaient replacé Gaston au rang qu’il occupe dans sa vie et que Gaston en était maintenant conscient.

PHILIPPE

Tu sais très bien que ce n’est pas vrai. Je prends plus de place, tout simplement parce que j’ai plus de meubles que toi.  Le riche ici,  c’est  moi.  Je  n’y peux  rien. J’ai toujours travaillé et économisé le plus d’argent possible. Ce n’est pas moi qui ai choisi cet appartement. J’en aurais pris un bien plus grand.

Philippe laisse Gaston à ses affaires et va plutôt placer ses choses dans sa

chambre.

9— Intérieur — Maison — Chambre de Philippe. — vers 17 heures – 9

Gaston se pointe dans la porte de la chambre de Philippe et observe les meubles.

GASTON

Tu n’as pas besoin de deux bureaux et d’un si grand lit. On peut coucher tous les deux là-dedans.

PHILIPPE

C’est vrai que ça pourrait être une solution. Ta chambre pourrait être notre bureau de travail. Ce n’est pas parce qu’on couche dans  le  même lit  qu’on  doit. De toute façon, c’est notre vie. On a droit à notre vie privée autant que n’importe quel riche. On n’est pas obligé de se toucher, même si on vit ensemble.

GASTON

T’es donc bien scrupuleux pour un gars qui écrit qu’il faut s’émanciper de la haine et des peurs religieuses. Ce n’est pas tout de le dire, il faut le vivre, sinon on est comme tous les autres, des aliénés.

PHILIPPE

Pis non! On a dit chacun sa chambre. Alors, si on se chicane, ce qui n’arrive jamais, jamais, on aura un endroit à nous pourrons nous retrouver.

Si tu veux, j’ai un petit matelas et deux « foams », ils sont très confortables. Je peux te les passer. Il suffira de laver le plancher pour s’assurer qu’il n’y a pas plein de puces. Je tiens à vivre dans une maison propre… avec mon…

GASTON

Ton intimité, je présume. N’aie pas peur de le dire. Moi, je suis le gueux dans cette demeure. Je n’ai pas de lit, mais ça, tu t’en fiches. Ta petite personne d’abord, n’est-ce pas? Tu gardes le bon lit pour toi et tu m’offres les restants. Tu devrais les jeter, nous n’avons pas assez de place pour les garder. L’important, c’est que Monsieur soit confortable.

PHILIPPE (exaspéré, enragé)

Ce n’est quand même pas de ma faute si tu n’as pas de lit. Si j’avais su, jamais je ne serais venu rester avec toi. Une vraie maison de fous. Tu n’es jamais content. Veux-tu mes bobettes aussi, tant qu’à y être?

GASTON

T’es écœurant!  Je n’ai rien  et tu t’acharnes contre  moi. Qu’est-ce que je t’ai   fait de mal?

Tu tiens tellement à tes choses que tu ne  me vois  même pas. Tu te fiches    que moi, je t’aime à la folie. C’est ça quand on est devenu bourgeois : les choses ont plus d’importance que les gens. On sait bien quand on est une vedette littéraire, les petits poètes qui commencent n’ont aucune importance.

PHILIPPE

C’est ça, c’est de ma faute maintenant si je fus publié, moi. Eh bien sache! si ça peut te faire plaisir, que les éditeurs me refusent maintenant. Je dérange trop. Ils ont peur et veulent tout censurer. Ils se colonisent. Il ne faut jamais parler du plus bel amour de la race humaine : l’amour des garçons.

Les éditeurs comme nos dirigeants ne comprennent pas combien il est important

de se respecter soi-même, de s’accepter et de s’affirmer, si l’on veut changer la société pour qu’elle soit un jour plus humaine. Ce que tu écris et ce que tu vis, ce sont deux choses différentes. L’écriture suit souvent le vécu, car le vécu est la source d’inspiration autant que l’imagination. Il faut le vivre avant de l’écrire.

Bientôt, on prétendra que l’amour pédéraste de la Grèce antique n’a jamais existé. Nous vivons dans un monde où seule l’hétérosexualité a vraiment sa place. Un monde qui nie la réalité humaine pour contrôler les individus et par le fait même tout diriger dans la société. Il n’y aura plus d’hommes bientôt…

Par contre, ce n’est pas parce que je suis pédéraste que je suis obligé d’être à genoux devant tous les jeunes qui me croisent. On ne peut pas tomber en amour avec tout un chacun. Il y a une différence fondamentale entre une petite aventure pour faire retomber le trop-plein et être en amour. T’es jeune, mais tu devrais déjà avoir expérimenté la différence.

GASTON

Je suis d’accord! Plus le temps passe, plus nos sociétés se comportent comme au temps des Inquisitions en s’attaquant aux pédérastes, mais cette peur n’est pas une raison pour que tu me rejettes. T’es devenu trop parano. Tu es devenu niaiseux. J’ai 14 ans, donc, l’âge de consentement. Si je le désire, tu as le droit de coucher avec moi.

PHILIPPE

Bientôt, on voudra interdire tout rapport intergénérationnel. Ils ont peur que l’homosexualité l’emporte sur l’hétérosexualité… Quels idiots! En mélangeant la pédophilie et la pédérastie, le système arrive à maintenir la peur chez tous les parents et tous les enfants. On croit que ce que les médias veulent bien nous faire croire. La police invente toujours des scénarios, soit en se servant de la notion d’autorité ou des excuses du genre pour t’envoyer quand même en dedans. On vit dans une société qui est le germe d’un monde fasciste à outrance.

GASTON

T’as raison. On nous dit : rêver! rêver petits, mais surtout tenez-vous loin. C’est exactement ce que tu fais.

PHILIPPE

Pour ce que t’en sais… La pédérastie platonique, c’est de l’hypocrisie. Il faut être malade pour vivre de ses frustrations. La beauté, une branlette; la beauté; une autre branlette.

Tu ne peux plus regarder personne sans qu’elle pense que tu la harcèles. Le regard doit faire fondre les individus. Le monde est rendu malade. Bientôt on va interdire de regarder les autres et la masturbation à la cachette. Quand ça arrivera, je me suiciderai.

GASTON

Tu devrais arrêter d’avoir aussi peur et t’apercevoir que je suis là. La pédérastie ce n’est pas qu’une belle théorie.

PHILIPPE

Il n’en est pas question. Point final. J’ai trop peur. Ainsi, tu ne pourras pas te vanter que je t’ai violé et me déculotter de tous mes biens dans le temps de le dire. Chacun sa chambre!

Philippe prend les « mousses » dans la garde-robe et les donne à Gaston. Gaston les apporte dans sa chambre, puis revient.

PHILIPPE (en voyant Gaston)

On pourrait peut-être mettre les deux ordinateurs dans le salon. Ça te ferait plus d’espace ainsi qu’à moi.

Gaston semble réfléchir. Il se gratte la tête et retourne dans sa chambre. Il crie finalement.

GASTON

Faudrait pas que tu penses que je veux profiter de toi. Je ne veux pas lire tes textes et je ne veux surtout pas que tu touches aux miens. Comme ça, je serai certain de ne pas subir ton influence. Si les ordinateurs sont au même endroit, il n’y a rien qui m’assure que toi tu ne liras pas mes textes et voler mes idées.

PHILIPPE

Y a un problème que tu ignores. Non seulement ma chambre est pleine et je ne pourrais pas y installer mon ordinateur, mais je ne veux plus écrire. Ainsi, tu n’auras pas à être jaloux de mon succès.

GASTON

On avait dit « les ordinateurs dans chacune de nos chambres ». Ce n’est pas ma faute si t’as trop d’affaires. Tu n’as qu’à m’en donner.

PHILIPPE

Je sais. Ce n’est pas toi qui as le plus besoin d’espace, même si ta chambre est petite… Tu n’as que tes ustensiles et tes livres. Ça te suffit, voilà tout; mais je ne suis pas obligé d’être aussi nu que toi pour être aussi zen.

Viens m’aider. On va laver le corridor. Ce sera facile le plancher est en bois.

10— Intérieur — Maison — Corridor — 17.30 —      10

Philippe et Gaston s’appliquent à nettoyer le corridor. Le passage est assez étroit, mais très long. Il passe devant les chambres.

Philippe et Gaston se lancent parfois de l’eau et rient de leur mésaventure.

GASTON

On aura au moins appris à laver des planchers, si on ne s’entraide pas comme écrivain. On saura mieux effacer les taches.

Philippe constate que Gaston frotte toujours à la même place.

PHILIPPE

Tu pourrais frotter ailleurs de temps en temps. À ce rythme-là, on va être encore là, l’an prochain.

GASTON

Ceux qui ont peinturé le plafond n’ont pas fait attention. Y a des taches de peinture blanches partout. Je n’aime pas ça, ce n’est pas beau.

PHILIPPE (s’impatiente)

Je m’en sacre des taches blanches. Le temps n’est pas à l’esthétisme, mais à ce

qui est pratique… Éliminer la possibilité de puces. Nettoyer pour rendre l’appartement viable. On verra ensuite si on peut l’améliorer. Ce soir, je ne veux pas commencer à devoir me gratter…

GASTON

Fais ce que tu voudras. Je fais ce que je veux. Je ne peux pas vivre dans ce qui est laid…

PHILIPPE

Moi, je ne peux vivre dans ce qui est malpropre…

GASTON

Petit bourgeois!

PHILIPPE

Il faut bien venir de la rue pour jouer au snob!

Philippe multiplie sa vitesse pour compenser les lenteurs de Gaston. Même si Gaston frotte toujours aux mêmes places à la laine d’acier, les taches persistent. Il frotte, regarde, puis recommence.

GASTON

Ça ne part même pas…

Philippe passe vite le corridor à la moppe.

Gaston découragé se relève et va s’asseoir dans la cuisine.

11— Intérieur – maison – salon — 19 heures – 11

Philippe lave le salon et crie à Gaston de venir l’aider à entrer les meubles par la fenêtre.

Le sofa prend tout un mur. Même s’ils sont dans les coins, la causeuse et la chaise de salon prennent plus d’espace que prévu. Quant au meuble de la chaîne stéréo, il occupe le reste de la place. Il y a même une table et une lampe qu’ils n’arrivent pas à entrer par la fenêtre, faute d’espace.

GASTON

Tabarnak! On n’a même pas de place pour nos ordinateurs.

PHILIPPE

Il ne reste plus qu’une solution : on les met dans ta chambre. Avec les mousses au centre, on pourra placer les ordinateurs tout autour…

GASTON

Pas question! Je veux vivre moi aussi. J’ai besoin d’espace pour marcher et

travailler la nuit.

PHILIPPE

Tu feras comme tout le monde, tu travailleras de jour. De toute façon, je t’ai averti avant. Durant la nuit, je veux dormir. Ce fut la seule condition posée pour venir habiter avec toi.

GASTON

Moi aussi, je t’ai averti que je travaille la nuit. La lune m’inspire.

PHILIPPE

Tu travailleras sur la table dans la cuisine, en attendant de savoir écrire à l’ordi. Dans ta chambre, t’as pas de bureau pour écrire.

GASTON

Je ne me suis pas loué un grand appartement pour être obligé de travailler dans une cuisine.

PHILIPPE

Grand appartement, mon œil! Tu vois bien qu’on a pu d’espace.

GASTON

Tu n’as qu’à jeter les meubles dont on ne sert pas tous les deux. Je ne pensais pas que tu étais aussi bourgeois.

PHILIPPE

Moi, bourgeois? Je vis maintenant sur l’Assistance sociale. Ne viens pas jouer  au petit Christ de go-gauchiste qui essaie de culpabiliser tous ceux qui réussissent et qui sont incapables de faire un effort pour gagner leur vie. Ça ne prend pas avec moi. Quand tu veux, t’es un hostie de petit mongol. Il y a une demi-heure, tu étais prêt à coucher dans mon lit, dans ma chambre. Maintenant, tu joues au génie qui a besoin de sa solitude pour pondre. Je n’ai jamais vu un gars incarné autant deux extrêmes à la fois.

GASTON

Énerve-toi pas! Prends ça cool! Moi, une rue, un parc, un banc me suffisent. Je n’ai pas besoin de drap santé pour m’y frotter le zizi et provoquer des rêves.

PHILIPPE

Si t’es si bien que ça dans la rue, retournes-y. J’assumerai seul le coût du loyer. Je suis amplement capable.

GASTON

C’est ça, les grands révolutionnaires… Ça révolutionne tout tant que ça ne les dérange pas.

C’est bon! On va mettre les ordinateurs dans ma chambre. Pas parce que ça me plaît, ni pour faire plaisir à Monsieur, mais parce qu’il faut bien qu’il y en ait un de

raisonnable…

PHILIPPE

OK! Et, je te passe mon bureau pour y mettre ton ordinateur. Je te ferai même une place dans mes filières. Je te passe les deux du bas. Comme ça, n’y aura pas de raison que tu laisses traîner tes cochonneries.

GASTON

Ce ne sont pas des cochonneries. C’est mon travail d’écrivain. Tu pourrais au moins me respecter dans mon professionnalisme.

PHILIPPE

Pardon! Tu sais que j’apprécie tes créations. Je voulais parler de tes brouillons. Tu les gardes tous comme si tu voulais fournir à toi seul toutes les archives du Québec.

Gaston lit quelques poèmes que Philippe écoute religieusement, applaudissant entre chacun. Gaston est visiblement fier comme un paon.

12— Intérieur — Maison — Chambre de Gaston– environ 19 h 30 – 12

Les deux ordinateurs sont placés le long des murs. Une fois la chambre installée, Gaston constate que c’est plus qu’acceptable puisqu’on peut voyager assez librement autour de la mousse synthétique qui sert de matelas…

Gaston court autour de celui-ci comme un gamin.

GASTON

J’ai maintenant mon ranch…

Gaston fait semblant de se servir d’un lasso. Il s’approche de Philippe et l’entoure de ses bras.

GASTON (murmure à Philippe)

Je t’aime bien, tu sais. Plus que tu te l’imagines. Un peu chialeur, mais tellement compréhensif.

Philippe se sent inconfortable, gêné, mais il enlace Gaston à son tour. Un large sourire prouve qu’il a retrouvé un peu de bonheur.

PHILIPPE (presque amoureusement)

Je te tiens, mon petit poulain!

Gaston est ravi. Il se sent enfin désiré par un homme. Il aura un père. Il tente d’embrasser Philippe qui tourne la tête.

GASTON

Ce n’est pas grave. Tu fais des progrès. C’est la première fois que tu me sers dans tes bras.

Comme si Philippe en prenait soudainement conscience, il laisse Gaston et se dirige vers la cuisine. Soudainement, il revient sur ses pas et crie :

PHILIPPE

Faudrait pas que tu te fasses des idées. Je me suis oublié, c’est tout. J’ai tellement besoin de tendresse moi aussi…

Il entre dans la chambre. Gaston lui saute sur le dos.

GASTON

Envoye! Envoye! Joly Jumper! T’as ton Lucky Lucke !

Philippe court partout avec Gaston accroché au dos.

Quand ils passent près du matelas, au centre de la chambre de Gaston, Gaston saute sur celui-ci et court s’asseoir à son ordinateur.

GASTON

Tu vas m’apprendre à m’en servir?

Philippe, quant à lui, s’allonge sur le dos sur le matelas. Il regarde Gaston avec un grand sourire et des yeux devenus subitement follement amoureux.

PHILIPPE

Sûrement! Je t’apprendrai tout ce que tu veux. Finalement, l’appartement, ça va être bien… même si c’est encore un peu petit. Quand on sera un peu plus riche, nous nous en prendrons un plus grand. On ne peut pas changer maintenant, on devrait payer deux loyers à la fois.

GASTON

Oui, mais s’y serai probablement seul. Tu ne m’aimes pas assez pour qu’on vive en couple.

Gaston ferme l’ordinateur, se lève et vient s’allonger près de Philippe. Il caresse la joue de Philippe. Lui donne un petit bec, mais se relève d’un bond.

GASTON

.

Merde! J’ai oublié mes pilules. Laisse-moi tranquille un peu, j’aimerais dormir. Tous ces malentendus me tuent.

Philippe surpris quitte la chambre, penaud. Il se rend à la cuisine, tout en allumant une cigarette.

13— Intérieur — Maison — cuisine — vers 18 h 15– 13

Philippe s’assoit et s’aperçoit soudainement que le buste de son robot C-3 PO, de la Guerre des Étoiles, a disparu. Il cherche sous la table, sur les tablettes et le retrouve enfin dans l’armoire de l’évier.

Philippe, visiblement offusqué, le replace à nouveau sur le frigidaire et se rend devant la chambre de Gaston. Il se plante devant la porte pour respecter

l’espace de son colocataire.

PHILIPPE

Gaston! Gaston! Ne fais pas semblant de dormir. Je vois tes yeux, hypocrites. Pourquoi as-tu enlevé le buste sur le frigidaire?

GASTON

Y me plaît pas!    Yé laid!

PHILIPPE

Maudit! J’aimerais bien savoir pour qui tu te prends pour juger de mes goûts. Je l’ai remis là où il était et il va rester là.

GASTON

Y en est pas question. Je vis ici moi aussi. Et, je ne me ferai pas imposer la laideur.

14 — Intérieur — Maison — Cuisine — trois minutes plus tard — 14

Gaston sort de sa chambre et vient trouver Philippe dans la cuisine          .

Il entre dans la cuisine, prend le buste sur le frigidaire et le replace sous l’évier. Philippe lui arrache des mains, s’arrête, avant de le frapper, quoique le geste est clair.

No comments yet

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueueurs aiment cette page :