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Les derniers amours de Platon 14

juin 16, 2020

Ces petits cadeaux pour assurer l’avenir débouchèrent vite sur un nouveau commerce : les indulgences. Il s’agit des bonnes actions mises dans la banque du jugement dernier.

Le capitalisme n’est pas né hier, il a commencé par le troc ; mais quand les échanges prirent trop de proportions, on s’est aperçu qu’il était temps de créer la monnaie. Diogène s’était-il pris pour Réal Caouette, en devenant faux-monnayeur ?

Platon avait vite des hauts le cœur, quand on lui faisait voir l’histoire de l’humanité, d’autant plus, qu’il s’apercevait que les hommes ne changent pas, sauf, qu’il y a de plus en plus de parasites économiques.

Les plus riches étaient, de toute évidence, les prêtres des différents temples. Platon était parmi les rares à faire le lien entre les religions et le système économique. Plus un dieu est riche, plus il est puissant.

Le comportement de Virus le déroutait.

Virus semblait préférer que Platon se rende dans la forêt des dieux. Il ne se laissait plus caresser et fuyait Platon quand celui-ci revenait à la maison. Platon se  sentait de plus en plus seul, mais il n’osait pas blâmer son petit Virus.

Ainsi, pour améliorer la vie de son amoureux, Platon décida qu’il était préférable de se trouver quelqu’un pour s’occuper de lui et de sa vieillesse, de plus en plus envahissante, dans son corps déformé par l’âge.

En allant chercher un petit esclave, « Virus ne pourrait pas ainsi se sentir coupable de profiter de sa relation avec lui, sans avoir à entretenir une liaison sexuelle qu’il ne voulait plus. » Pensait Platon.

Platon avait une honte affreuse de son immense bedaine. Il se sentait incapable de demander à Virus un brin d’affection, car, cela devenait identique à lui demander de se sacrifier.

« On aime ce qui est beau », pensait Platon.

Gai, Platon ne se sentait pas obligé à une fidélité absolue envers Virus. Il savait que leur union n’avait pas à protéger l’avenir d’un enfant qui naîtrait d’eux. Virus n’était pas épouse, même s’il était son amant.

Et, dans de telles conditions, ce n’est pas parce que tu fais l’amour avec un autre que tu triches qui que ce soit, surtout si les deux ne sont pas jaloux. Tu n’as qu’à te laver le pénis et il n’y restera plus de marque physique de cet écart. Évidemment, se faire pénétrer peut soulever la question d’hygiène ou d’intimité, mais dans la relation  avec Virus, il n’y avait jamais de pénétration.

Tant que Virus serait un garçon et non un homme marié, donc, ayant atteint vingt-sept ans, la sexualité était perçue comme étant un plaisir absolu et inoffensif. Par contre, faire l’amour provoquait une telle chaleur corporelle que l’on avait créé un rituel religieux pour s’assurer de ne pas subir de maléfices.

D’ailleurs, si les jeunes garçons étaient les grands favoris, c’est que l’on savait qu’il ne pouvait pas éjaculer. Ainsi, ils n’avaient pas à souffrir de la perte du sperme que l’on confondait alors au cerveau ou la moelle épinière, selon une école de pensée. L’autre, croyant que le sperme était dû à un excès de haleur du sang n’était pas plus intelligente, mais tout aussi religieuse.

Le petit chanceux ne pouvait que jouir des caresses et des cadeaux qu’il recevait pour ses faveurs. En plus, avoir été choisi, améliorait son statut social. Plus le pédéraste était important, plus son serin bénéficiait d’une bonne éducation, donc, dans l’avenir, d’un poste social de prestige.

Évidemment, les scrupuleux, qui croient ce que les religions enseignent, y verraient là, le mal absolu.

Sur le plan sentimental, Platon croyait qu’en revenant avec un jeune esclave, il pourrait offrir à Virus l’occasion de jouir d’un nouveau compagnon. Platon se faisait donc un devoir de choisir un jeune qui plairait autant à Virus qu’à lui.

Il se rendit donc à Athènes pour trouver un petit adolescent qui voudrait bien vivre avec lui. Son petit échanson7 lui plaisait énormément, mais il ne pouvait tout de même pas servir le maître et préparer le jardin en même temps. Pire, il n’était plus imberbe. Il profitait très souvent de sa liberté pour aller faire la fête dans une discothèque du village voisin.

Platon était trop vieux pour se faire réveiller en pleine nuit, même si c’était pour se laisser caresser par Virus. Il préférait dormir dans la grange et ainsi avoir l’impression d’être un peu plus en forme le lendemain matin, quitte à faire appel aux services de son échanson, durant l’après- midi, pour avoir son massage.

Platon ne voulait pas nécessairement d’un petit métèque, un petit étranger tout frisé.

Platon (dans ses réflexions)

Je ne veux pas d’un petit des marais, je veux un petit citadin.

Platon rêvait d’un adolescent à qui il apprendrait

l’harmonie parfaite du corps et de l’âme. La pédérastie dans son meilleur. L’amour de la beauté et de la jeunesse réunie.

Platon, le professeur, savait aussi que le jeune devrait pouvoir lire parce que le soir, il n’y parvenait plus seul. Il aurait fallu faire brûler la maison en entier, pour avoir assez de lumière.

« Peut-être devrais-je, penser aussi à soigner mes rhumatismes. Un petit massage, ça ne fait pas de mal. Tant qu’à se faire masser, autant avoir un beau petit masseur, » rêvait Platon.

Un petit Perse ou un petit Indien ? C’était, ce jour-là, le sommet de la grande promotion « ado en vente libre ».

Platon se demandait ce qui plairait le plus à son petit Virus, mais le but premier demeurait de répondre d’abord à ses propres besoins.

Les esclaves étaient très bien entretenus chez lui, même si cela demandait bien des dépenses.

Même si Virus n’exerçait plus autant de fascination, Platon voulait le garder comme fils adoptif. Un statut qui n’avait rien de différent de celui d’esclave, sauf qu’à sa mort, le petit Virus sera riche du jour au lendemain. Quand tu as 82 ans, l’héritage demeure une préoccupation. Platon se disait que quoiqu’il arrive, Virus était maintenant à l’abri de tous les problèmes, en ce qui concerne son avenir. Juste être le fils de Platon ouvrait toutes les portes actuelles et futures à son petit bien-aimé.

Platon se sentait aussi amoureux de Virus qu’auparavant, même si les deux étaient plus distants l’un de l’autre, mais il pensait qu’il était temps à son âge de se payer un peu de luxe, pourvu que ça ne prive Virus de rien, bien au contraire. Celui-ci étant la beauté même, Virus pourrait aussi connaître beaucoup de plaisir à partager ses moments de vie sexuelle avec le petit nouveau. Le changement est aussi une forme de beauté dans la vie.

Rendu à la foire aux esclaves, Platon tâta quelques belles paires de fesses. Il fit semblant de vérifier la grosseur des pénis, en les ajustant dans sa bouche ; mais aucun ne répondait réellement à ses goûts. Ce qui ne l’empêcha pas de vouloir les essayer souvent.

Ce petit stratagème lui permettait de réaliser, même s’il ne les achetait pas, tous les plaisirs rattachés à la capacité de pouvoir se choisir le corps de son rêve. Un privilège.

Seul Zeus pouvait se transformer pour ne pas subir un « non » ferme d’un partenaire souhaité. Être refusé, c’est humiliant.

Platon quitta le marché public rassasié. « Que de beaux petits ventres », pensa-t-il. Il était de plus en plus gêné de devoir, dorénavant avec l’âge, porter une bedaine de femme enceinte, prête à accoucher. « Ce n’est pas très esthétique pour un homme, même s’il est âgé. » Ajoutait Platon à sa réflexion.

Il se rendait au centre-ville, quand il aperçut un jeune éphèbe, d’une beauté angélique, qui s’amusait à tirer des roches dans l’eau d’une fontaine.

« On pratique le tir du disque comme on le peut, se dit-il. Il est peut-être trop pauvre pour se rendre dans un club de gymnastique ? Qui peut refuser le bonheur de trouver un protecteur ? »

C’était l’occasion idéale.

Platon n’y vit que du feu. Son Hector devint vite mentalement un Hectare. Même si comparativement à un Diogène, il avait l’air d’un enfant.

Platon essaya de s’approcher du gamin, en lui décochant quelques sourires et deux ou trois clins d’œil bien sentis ; mais le jeune demeurait absolument insensible à ces charmes.

Platon (de plus en plus énervé par la beauté de ce petit)

  • Tu participes aux Olympiques ? Le jeune demeurait indifférent.
    • Tu as beaucoup de force dans le poignet, ajouta Platon ; mais toujours rien. Même pas un regard. « Ce doit être un petit Narcisse. Il n’est pas encore conscient de sa force d’attraction », pensa Platon.

Platon avait enfin trouvé chaussure à ses pieds ou si l’on veut, le corps qui se moulerait parfaitement au sien. Le cœur lui battait aussi fort que les pas d’une armée. Il lui fallait user d’astuces. Non seulement ce jeune éphèbe était beau comme un dieu, mais il avait le corps idéal, comme se le devait tout petit garçon, repéré par un pédéraste vertueux.

Il ne céderait définitivement pas, immédiatement, à la tentation comme le veut la vertu de tempérance. Platon devait inventer une nouvelle méthode de séduction.

Il se rendit donc dans un magasin de musique où il acheta un barbiton, soit une lyre à sept cordes. Comme tout bon érastès8, il présenta d’abord son instrument au jeune éromène9, avant d’essayer de visiter du bout des

doigts la cathédrale de bonheur qui se mit au diapason des paroles du charmeur. La petite bosse sous le vêtement se profilait juste assez pour rendre Platon complètement fou.

Le manège employé par le vieux Platon prouvait qu’il en avait vu d’autres. Ça semblait porter profit. C’était d’ailleurs ainsi, selon les mœurs les plus louables, qu’il fallait agir.

L’hésitation le rendait encore plus respectueux du désir de l’éromène, qui ne devait pas cesser, trop tôt, à résister, pour garder du panache.

Le vieux Platon se mit à chanter, mais quelques notes fausses lui firent craindre que sa flamme vacille trop dans le vent.

Platon avait le bout de la barbe soulevée par le vent quand il entreprit les premières notes d’un cha-cha-cha.

Platon avançait la main, le petit reculait d’un pas. Platon allait vers la gauche, le petit virevoltait. Il y avait de la passion dans chacun de leur geste. Ils marchaient même au rythme d’un tango. L’amour les transformait. Ah Oye ! Oye ! Oye !

Éros qui passait par là aperçut Platon et lui envoya quelques flèches dans son gros nombril. Il l’avait confondu avec une cible. Le pauvre petit dieu venait juste de prendre quelques verres de bière et Éros ne put ainsi atteindre le petit Croisos. C’était le nom du petit trésor.

Pour se rendre encore plus désirable, Croisos est allé danser sous les jets de la piscine.

Platon fulminait de tentation, devant le petit pénis de trois pouces qui s’agitait avec élégance, sous des vêtements, devenus transparents grâce à l’eau de la fontaine.

Le vieillard s’approcha lentement, lui manifesta du bout des doigts son intérêt.

Le jeune semblait demeurer parfaitement insensible, mais il ouvrait les cuisses pour laisser passer la lumière et mettre ainsi ses charmes en évidence.

Et dire qu’on prétend que les vieux ne savent pas exactement toujours quoi faire.

Si la danse n’en était pas venue à bout, le cas aurait été désespéré.

Croisos sentait la bonne affaire lui échapper, s’il ne manifestait pas plus d’intérêt ; donc, il fit semblant de tomber, ce qui força Platon à le prendre dans ses bras.

Éros, en virevoltant, laissa échapper une de ses flèches qui s’arrêta nette dans le cœur de Croisos, devenu amoureux fou.

Plus il jouait de la musique, plus il était bon lanceur de disque, plus il était façonné par l’admiration que Platon lui vouait.

Platon lui demanda de le suivre, comme Jésus le fera plus tard avec ses disciples et, grâce au ciel ou dans ce que vous voudrez, les liens du mariage étaient déjà tous tissés.

Platon s’informa pour connaître le propriétaire de ce merveilleux garçon. Puisque c’était un petit esclave, il l’acheta.

Platon l’amena avec lui au paradis.

Virus est jaloux

Platon n’était pas entré chez lui avec Croisos que Virus commença à lui faire la tête. Il s’enfuit dans un livre et agit comme s’il était seul.

Platon, qui pensait bien connaître son garçon, crut que Virus lui en voulait d’être en retard pour souper. Aussi, dès qu’il fut sorti de table, il se rendit à la chambre de Virus pour se faire pardonner.

Platon commença par s’excuser, disant en riant à son petit Virus, que les petits du marché étaient beaucoup trop appétissants et que sa fixation l’avait retenu trop longtemps.

Platon

Avec l’âge, il faut regarder plus longtemps pour être encore tenté. Ton petit estomac n’a souffert que quelques minutes. Tu me pardonnes ?

Virus, loin de rire, se précipita sur son lit, afin de mieux marquer sa colère. Il se mit la tête sous la taie d’oreiller.

Platon

Je regrette d’être en retard. Je ne croyais pas que ça avait autant d’importance pour toi qu’on mange exactement toujours à la même heure. T’ai-je ainsi empêché d’aller pratiquer ta lutte ? Tu m’as dit hier soir que tu ne sortirais pas ce soir. Tu voulais admirer le ciel avec moi.

Virus

Avec toi, justement. Mais, tu t’en fais pour rien. Je ne t’aime plus.

Platon (sachant très bien que ce n’était pas vrai)

Voyons, je sais que tu m’aimes toujours. Pourquoi me boudes-tu ?

Virus

Tu ramènes un gars pour meubler ton lit. Ce sera sûrement celui qui te massera. Et, tu voudrais que je sois content ? Même si je ne t’aimais plus, ça ne veut pas dire que tu peux sauter dans les bras du premier venu.

Platon prit immédiatement note de l’emploi du conditionnel.

Platon (comprenant enfin qu’il s’agit d’une crise de jalousie)

Je ne te comprends pas. Voilà belle lurette que tu ne me masses plus et que tu as ta propre chambre. Je ne te considère plus comme mon amant, mais comme mon fils. Je ne peux plus avoir des relations aussi intimes avec mon propre fils.

Virus

Mais nous savons tous les deux que je ne suis pas ton fils, mais ton amant. Comment peux-tu te leurrer toi- même à ce point ?

Platon

Qui ou quoi peut nous empêcher d’être un ménage à trois ? Croisos est un noble qui a été fait esclave. Il est très gentil. Tu verras. Il ne t’enlèvera rien, bien au contraire. Il connaît la musique, la danse et les étoiles. Il pourra t’aider dans tes devoirs. En me rendant heureux, je serai encore plus gentil avec toi. La joie est un nuage qui unit ceux qui s’aiment. Il y a tellement de belles choses que nous partageons.

Croisos pourra être ton frère. Il est du même âge que Diogène.

Virus

Garde-le pour toi, ton Croisos ! Moi aussi, je veux des esclaves. Moi aussi, j’ai le droit de me faire dorloter.

Platon

Moi aussi. Moi aussi ! Tu n’as que ces mots à la bouche. Est-ce que je te prive de quoi que ce soit ? Que m’as-tu demandé que je t’aie refusé ? Il me semble que tu n’as aucune raison de te plaindre ou d’être jaloux. Tous les soirs, je passe des heures à tes côtés à réviser tes leçons. Je t’ai enseigné tout ce que je connais. Que puis-je faire de plus ? Ne me dis pas que tu aimerais que je te fasse la « tendresse ». Tu ne t’ennuies quand même pas du bout de ma langue sur ton corps ? Tu m’écartes la main dès que je la pose sur une de tes cuisses. Je ne te caresse plus parce que je sens que tu préfères que je m’en abstienne. Je ne veux rien faire qui te déplaise. Je t’aime. Je t’aime à la folie.

Virus

T’es vieux et t’es moche. Tu oublies que je t’ai apporté le plaisir de retrouver ta virilité. Ce n’est pas parce que j’étais un enfant de la rue que je ne t’ai pas ébloui. Je n’étais peut-être pas Apollon, mais je t’ai plu. Avoue. Notre liaison n’est pas qu’une aventure passagère. Donc, je ne te dois rien, mais tu me dois de t’avoir redonné la vie.

Platon crut entendre les mêmes engueulades que chez les couples gais venus lui demander conseil durant ses cours.

Platon

Pourquoi faut-il croire que l’autre est ta propriété, dès que tu es en couple ?

Pourquoi faut-il automatiquement écarter la possibilité de vivre des expériences amoureuses en dehors de cette vie de couple ?

C’est normal chez les hétérosexuels. La femme, ayant un organe intérieur, ne peut pas endurer que son mari partage son corps avec une autre. Elle a l’impression d’être salie, si elle sait que son conjoint a vécu une aventure sexuelle. Ce n’est pas pareil pour un gars, même s’il se fait sucer, il n’a qu’à se la laver pour que rien ne subsiste de son aventure.

Tout ce que je veux, c’est ton bonheur. Je te jure que Croisos ne prendra pas ta place. Je te le jure. Je t’adore, tu le sais.

Virus

Je le sais. Je ne veux pas te perdre. Je t’aime aussi, mais je veux être ton favori, pour toujours. Oublie ce que je t’ai dit de méchant, ce n’était pas vrai. Mais, je ne veux pas te partager.

Il n’avait pas besoin de le dire, Platon savait que Virus l’adorait autant que lui l’adorait. L’amour existe, si c’est un partage.

Platon

Veux-tu venir coucher avec nous, ce soir ?

Virus

Bien évidemment !

7 – Serviteur

8 – érastes : celui qui fait le cadeau.

9 – éromène : celui qui reçoit le cadeau.

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