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Le jeune espion (15)

mai 15, 2020

Jamais Jean-François n’avait vu autant de flammes tomber du ciel que durant les sermons de ces pères étrangers… un véritable délire de calamités. À entendre les prédicateurs, les mineurs étaient encore pires que Lucifer, Satan et Belzébuth ensemble. Ils ne parlaient jamais d’amour, la parole essentielle, le grand réconfort de l’Évangile. Tout n’était que péchés, péchés, péchés… sexuels bien évidemment ! Un film d’horreur.

  • Comment pouvait-on être assez stupides pour croire toutes ces bêtises ? Se demanda Jean-François. Pourtant, presque tout le monde les croyait, comme si ces faux prophètes avaient pu se rendre en enfer pour savoir ce qui s’y passait.

Tous les gens de la Maria devaient passer par le confessionnal. Quand Jean-François s’y présenta, il n’avait pas grand-chose à raconter. Le père confesseur s’ingénia dès lors à le harceler avec les touchers, les regards, les pensées impures, affirmant qu’il était impossible qu’un jeune ignore le trouble laissé par le crime de la chair. Plus il insistait, plus Jean-François s’impatientait, car il croyait sincèrement qu’il n’y a pas de péché de la chair, que la vie sexuelle est si privée que ça ne regarde personne. Selon lui, il est impossible que l’amour soit un péché et sa manifestation ne l’est pas plus. Pour lui, ce qu’il faisait de son regard, de ses mains ou dans ses rêves, ne regardait que lui et personne d’autre. L’intégrité absolue.

Plus le père insistait pour obtenir des aveux afin de jouir de ce qu’il aurait voulu entendre, plus Jean-François était irrité. Écœuré, Jean-François se leva et regardant son confesseur à travers la grille, il dit avec fureur et sans ménagement :

  • Je n’ai jamais rencontré une âme aussi sale que la vôtre. Vous pouvez garder votre absolution, j’aurais peur qu’elle me salisse.

Tout le monde put l’entendre. Le père était dans tous ses états. Il se présenta chez M. Dubois, exigeant le renvoi de cet être satanique de la mine, mais l’abbé Bureau, qui s’y trouvait, prit énergiquement la défense de Jean-François.

  • Je n’ai jamais connu, au contraire, un jeune garçon qui réfléchit avec autant d’acharnement au sens réel de la charité de l’Évangile et qui se préoccupe autant de la mettre en pratique. Il assiste aussi très fréquemment aux messes que je célèbre en semaine. Pourtant, elles sont chantées très tôt. Il y a certainement un malentendu. Malheureusement, les confessions sont secrètes et nous n’avons pas à nous immiscer dans une affaire qui ne regarde que le Seigneur.

M. Dubois conclut qu’il s’agissait d’un malheureux conflit de personnalités et qu’un jeune avait le droit de ne pas avoir confiance dans un confesseur en particulier.

  • J’ai constaté, dit-il, que ce petit ne va jamais au lit sans se retirer avant dans le salon, devant la statue de la Vierge et y prier très dévotement. Vous l’accusez sans le connaître. C’est le garçon le mieux intentionné que je connaisse.

Le confesseur dut se contenter de ne rien savoir de la vie intime de ce petit, qu’il trouvait particulièrement beau.

Jean-François fut appelé au salon où il dut s’excuser de son insolence de ne pas partager une vision aussi cruelle de Dieu.

  • Au juvénat, affirme-t-il avec conviction, on nous a appris que Dieu est Amour.

Le lendemain, M. Dubois réitéra son affection et sa confiance en Jean-François.

  • Après tout, c’est peut-être vrai que les prédicateurs en ont mis un peu trop. Continue d’être ce que tu es, je t’aime comme ça, dit M. Dubois.

Jean-François était fier que son patron l’ait en si haute estime. Il ne put cependant s’empêcher de se demander si son petit métier d’espion n’était pas une forme de trahison.

*

*     *

Dagenais les attendait avec impatience au secrétariat de la mine. Dès leur arrivée, il leur confia que non seulement les résultats des expertises étaient mauvais, mais que plus on creusait, moins on trouvait de traces de l’or.

M. Dubois entra dans une colère que ne lui connaissait pas Jean-François.

  • C’est impossible. Toutes les nuits, je fais de nouveaux tests et bien au contraire, les échantillonnages ont une plus grande teneur aurifère qu’au début.
  • Oui, mais vous utilisez toujours le même matériel d’analyse, sans le laver suffisamment. Je le sais. J’ai aussi passé des nuits avec vous, à éternellement recommencer les mêmes expériences. Nous en avons parlé et reparlé, mais on dirait que vous refusez de comprendre. Ce n’est pas la Vierge qui décide de l’emplacement de l’or, mais la nature.
  • C’est faux. Tu dois être payé par des multinationales pour mentir ainsi. Tu dois être de ceux qui veulent me voler ma mine. Où caches-tu mon or ?

Dagenais et Dubois étaient blancs de colère. Dagenais sortit du bureau en claquant la porte.

Dubois se tourna vers Jean-François et lui demanda :

  • Tu lui ferais confiance, toi ?
    • Probablement que oui, se contenta-t-il de répondre, partagé entre sa fidélité à Dubois et la confiance en l’honnêteté de Dagenais.

Dubois n’eut pas le temps de réagir, que l’on entendit un cri :

  • Vite ! Vite ! Rosaire Dupré vient d’avoir un accident.

Il est peut-être mort.

Tout le monde se précipita d’un coup au chevalement, car selon les premières versions, Rosaire et deux autres ouvriers travaillaient à renforcer des échafaudages sous la cage, quand celle-ci se mit à descendre, écrasant la pauvre victime.

  • Nous leur avions dit des milliers de fois de ne pas jouer aux singes en s’élançant d’une poutre à l’autre comme des enfants, mais Rosaire n’a jamais écouté. Il a toujours été imprudent.

Le corps de la victime fut vite ramené à la surface, mais c’était déjà trop tard.

Ce premier accident mortel devint vite le sujet de toutes les conversations. Du malheureux, les yeux se tournèrent vite vers son épouse. La pauvre Micheline, veuve, mère de trois enfants en bas âge. Elle fut vite entourée de gestes d’affection et d’aides de toutes sortes.

  • Rosaire venait juste de quitter son agent d’assurances, mais il n’avait pas acheté la police, parce qu’il lui manquait 15 $, répétait-on d’une oreille à l’autre, ajoutant avec tristesse que Micheline était ainsi dans la misère noire. Rosaire ayant bu plus souvent qu’à son tour, certains crurent que c’était un autre signe de la vengeance de Dieu. Dieu réapparaît dès que la misère se pointe le nez.

Les femmes organisèrent un repas funéraire. Chacun y alla de ses dons pour venir en aide à leur compagne. Du linge, de la nourriture, et parfois même de l’argent, s’amoncelèrent sur une table destinée à recueillir tous les dons.

Osias Bolduc fut désigné pour ramener la petite famille dans sa Beauce natale. La séparation fut douloureuse pour tous, car le malheur de l’un était celui de toute la communauté. Jamais la solidarité ne fut aussi grande à la Maria. Chacun prenait conscience de son isolement.

Comme si la nature avait voulu rappeler aux jeunes femmes que leur paradis n’avait rien de sécuritaire, une série de tempêtes de neige isolèrent complètement la Maria de tous les villages environnants. Quand le vent ne se déchaînait pas, il neigeait. Non seulement la route était devenue impraticable, mais il fallait maintenant utiliser des raquettes pour se déplacer à l’intérieur même de la petite communauté. Tous les hommes qui ne travaillaient pas sous terre ainsi que tous les adolescents furent conscrits à pelleter un passage étroit entre chaque maison, afin de permettre aux familles de se visiter à nouveau et de s’entraider. Il fallait aussi dégager un espace devant les fenêtres pour laisser la chance au soleil de montrer qu’il existait.

Les hommes ne semblaient pas touchés par cette expérience de la colère de la nature, alors que les épouses s’identifiaient à Micheline et entrevoyaient tous les malheurs, s’effondrer d’un coup sur elles. Elles se voyaient déjà veuves et maudissant leur sort. Certaines pleuraient d’avance, alors que les autres retenaient leurs larmes, de peur qu’elles appellent le malheur. Peut-être cette nouvelle hystérie tenait-elle au fait que les femmes pouvaient la nourrir plus facilement en se rassemblant pour le lavage ou pour la messe. La peur se transmet comme la peste. Un virus qui s’attaque particulièrement aux femmes, qui s’enflent collectivement la tête au sujet des malheurs passés, appréhendés ou de maux qui n’existent pas. Pour elles, la Maria était maintenant devenue une prison, un cauchemar. Que ferions-nous si un nouvel accident se produisait ? Qui le saurait pour nous venir en aide ?

Un malheur en attire un autre : M. Dubois, ne pouvant plus sortir, ne pouvait plus payer les employés. Si la plupart ne s’en faisaient pas trop, certains que tout reviendrait normal dès que le chemin serait déblayé, certains en profitèrent pour appuyer les craintes de leurs épouses et critiquer ouvertement M. Dubois pour son imprudence. « Quand tu diriges une aussi vaste entreprise, tu dois tout prévoir, disaient-ils, même l’imprévisible. »

On aurait dit que la neige écrasait tout courage. Les plus jeunes privés de paye commencèrent à se demander s’ils ne sacrifiaient pas inutilement les plus belles années de leur vie. « Voilà trois ans que l’on nous dit que nous serons riches et n’avons pas un rond de plus dans nos poches. Nous en avons même moins. » C’était devenu le discours le plus répandu.

Les rumeurs firent vite leur apparition. Certains prétendaient que Pauline, la blonde de Dagenais, leur avait confié que l’on ne trouvait plus d’or. D’autres disaient

qu’Arlette, l’épouse du trésorier de la mine, avait laissé entendre que les coffres étaient à jamais vides, puisque l’on avait englouti tout l’argent dans le moulin.

Le doute traçait sa route et la petite communauté se divisa vite en deux factions : les croyants invincibles et les sceptiques.

Les sceptiques qu’on qualifiait de « communistes » se croyaient trahis dans leur rêve de vivre un jour dans un paradis. La mission religieuse de la mine prit des allures de servitude. Ils prétendaient être bernés par des patrons qui, eux, s’offraient encore la belle vie.

Alarmé, l’abbé Bureau profita de son sermon pour rappeler que M. Dubois était et demeurait le père du projet providentiel. L’essentiel de son message tenait à « si vous ne faites pas confiance à M. Dubois, ayez au moins la foi en Dieu puisque la solidarité est tout ce qu’il y a d’essentiel dans les moments difficiles ».

Son sermon aurait certes percé la brume du doute si une autre rumeur n’avait pas pris racine. On prétendait cette fois que M. Dubois attendait la venue de trois nouveaux chefs de sentier, des spécialistes des mines, capables d’augmenter la productivité, mais trois anglophones. Ils étaient catholiques, ce qui faisait oublier qu’ils n’étaient pas francophones. Ceux-ci devaient déjà être là, mais leur arrivée était justement rendue impossible par la tempête. Catholiques ou pas, experts en mines ou pas, les sceptiques refusaient d’être dirigés par des hommes parlant une autre langue que la leur.

Cette nouvelle fit ressurgir bien des sacrifices qui, comme des bâtons de dynamite, n’attendaient qu’à être allumés pour sauter. Une vingtaine d’hommes refusèrent de travailler, tant que M. Dubois ne se serait pas expliqué.

Trop orgueilleux, M. Dubois leur répondit qu’il était l’actionnaire principal et le grand patron de la mine. Et, en conséquence, il n’avait aucun compte à leur rendre. Les sceptiques étaient révoltés. Leur intérieur était pourtant encore moins « tempéteux » que ce qui se passait à l’extérieur, à la fin de ce dimanche après-midi.

Il y avait une poudrerie infernale. Tout le monde était à la maison, sauf les plus croyants, qui avaient bravé la tempête pour se rendre quand même à la messe du dimanche, qui avait été retardée. Tous étaient trop recueillis pour entendre l’arrivée de Mgr Savoie, à travers cet enfer blanc.

Quand il fit son apparition à l’autel, ce fut la commotion totale : comment avait-il pu se rendre de Hearst à la Maria avec une telle température ? Sa présence tenait sûrement du miracle. Ils durent remercier Dieu tout au long de la messe sans comprendre, mais à la fin de l’exercice, tout reprit des dimensions bien plus humaines.

Mgr Savoie venait tout simplement leur montrer le magnifique Bombardier qu’il venait de recevoir en cadeau, de l’inventeur du même nom. Ce véhicule, dressé sur des skis, passait partout malgré la neige. C’était l’ébahissement. Même les sceptiques doutèrent de leur scepticisme et pensèrent qu’il était peut-être vrai que la Vierge veillait sur eux.

Même si la paye venait d’arriver, il subsistait une certaine rancœur ou plutôt un certain doute entre les groupes.

Quand il fut possible d’emprunter à nouveau la route, les trois nouveaux contremaîtres firent leur apparition. Ils parlaient français, puisqu’ils venaient de Timmins, mais comme la plupart des franco-ontariens, ils se parlaient d’abord dans la langue de Shakespeare, se servant du français pour exprimer ce qu’ils ne savaient pas dire dans la langue dominante. C’était bien normal : tous les colonisés adoptent la langue du colon pour cacher leur infériorité et se revaloriser. Ceux-ci n’étaient pas différents des autres. Même s’ils étaient français et catholiques, l’emploi de l’anglais les rendait suspects. La méfiance s’étendit jusqu’à M. Dubois.

« Comment peut-on créer un village français si les patrons, M. Dubois y compris, se parlent  anglais  entre eux ? » Se demandait-on.

Les francophones n’en étaient pas à la première trahison par leur petite bourgeoisie au profit de la classe dominante. Il en a toujours été ainsi. Dubois et ses nouveaux patrons ne faisaient pas exception.

Si les événements tournaient mal à la mine, il en était tout autrement pour Jean-François, qui accompagnait Denis Frémont, nommé responsable du Bombardier, afin de s’assurer que les communications ne soient pas totalement rompues avec l’extérieur.

C’est ainsi que Jean-François assista à la naissance du petit Transcanada. Mme Cartier avait attendu trop longtemps avant de se rendre à l’hôpital à Hearst. Aussi, accoucha-t-elle sur le banc arrière du Bombardier, d’où avait-on surnommé son enfant du nom de la route sur laquelle il était né.

Jean-François n’assista pas qu’à des événements heureux. Il aida Frémont à transporter M. Fournier, le père de ses amis, chez l’embaumeur. M. Fournier, disait-on, était mort d’inquiétude, parce que la vie à la mine était  sans avenir. Ses ulcères éclatèrent.

Jean-François avait une peur affreuse, presque maladive des morts. Cette peur irrationnelle l’indisposa tellement que Frémont dut s’arrêter à quelques occasions et lui passer de la neige dans la figure. Jean-François ne pouvait s’empêcher de voir le visage de M. Fournier avec ses deux sous noirs dans les yeux, afin de lui garder les paupières closes. Quel soulagement quand le cadavre fut rendu à destination !

Jean-François eut peine à dormir une semaine durant, craignant irrationnellement d’être dans la noirceur. Il avait sans cesse peur de voir surgir un fantôme. Mais Jean- François était trop orgueilleux pour avouer sa peur. Il ne comprenait pas pourquoi il avait une telle peur d’un homme qu’il aimait bien. Comment un homme aussi généreux que M. Fournier pourrait-il devenir, dans la mort, un être méchant ?

Malgré son âge, Jean-François s’était fait une idée sur la vie et la mort à partir de ses lectures.

Jean-François savait bien que jamais personne n’est revenu de l’au-delà, que personne ne se rappelle réellement des vies antérieures. Il croyait que toutes les religions étaient nées et exploitaient à leurs avantages, cette ignorance de la réalité de la mort et la peur qu’elle engendre. Personne ne peut prouver quoi que ce soit dans un tel domaine. Il est alors facile de dominer les autres en faisant croire que l’on sait, nous, grâce à des messages venus de l’au-delà, comment tout ça va se passer après le dernier souffle.

Jean-François plaçait la résurrection dans le même panier des ignorances que la morale sexuelle, ignorances qui servent aux religions à dominer les consciences de tous les individus. Si tu crois en naissant que tu es impur, tu passeras le reste de ta vie à essayer à redevenir pur. Plus tu seras culpabilisé, plus tu seras un bon donateur, afin d’aller au ciel. Jean-François était un fidèle lecteur des livres écrits sur le droit de vivre ta sexualité comme tu l’entends, tant qu’il n’y a pas de violence ou de domination.

Par contre, il était persuadé de l’existence de Dieu et de son infinie bonté. Aussi, tous les péchés lui semblaient inventés pour asservir l’homme. Selon Jean-François, le péché était un manque d’amour. Rien d’autre. Pour lui, voir un péché dans les actes sexuels était en soi le pire des péchés, car il remettait par orgueil en question la beauté de l’œuvre de Dieu.

Jean-François croyait qu’à la mort, tout homme redevient une énergie qui se perd dans l’ensemble des énergies, n’ayant plus d’identité particulière, de force d’attraction qui corresponde à la cohésion engendrée par l’amour. C’est cette cohésion qui permet d’exister comme être particulier et conscient. L’amour est le ciment qui permet l’existence de l’individualité selon son intensité. Plus tu es lumière pure, plus tu te sentiras bien. Plus tu auras aimé, plus tu seras capable d’entrer en communication avec l’énergie cosmique.

Selon Jean-François, l’amour est le principe qui unifie l’énergie, donc, qui permet l’existence de l’âme… une espèce de champs magnétique.

Jean-François était trop jeune pour s’arrêter très longuement sur le sujet. La mort, c’était encore quelque chose de bien irréel dans sa vie. Pour lui, la mort c’était l’odieuse absence de son frère Paul, mais aussi l’impression que Paul demeurait présent. L’extérieur est-il enfoui en nous sous forme de mémoire ? Il se sentait écouté quand il le priait, qu’il demandait des faveurs à Dieu. Hallucinations ? Échanges entre entités de différentes dimensions ? Manifestations de l’inconscient ? Qui sait !

La mort de M. Fournier cessa de le hanter, grâce à son travail avec Frémont. Les voyages lui permettaient de penser à autre chose. Les moments passés avec MM. Dubois ou Dagenais, quand il n’était pas avec Frémont, étaient source de changements et d’amitié.

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