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Les puces (5)

mai 31, 2020

PHILIPPE (à haute voix)

Philippe tente toujours, sans succès, d’enfiler les sous-vêtements à Gaston qui, en étant trop mou, lui rend la tâche impossible. Il a beau levé une jambe, passer celle-ci dans le trou du sous-vêtement, il n’arrive pas à lever l’autre pour ne pas être empêcher l’enfilade à cause de la patte de table qui sépare les deux jambes. Philippe est trop excité pour réussir.

Tout à coup, Gaston lui demande ce qui est arrivé.

PHILIPPE

Ce n’est pas grave. T’as eu une crise d’épilepsie, je crois. Repose-toi. J’ai appelé du secours.

GASTON

Fallait pas!   Fallait pas! Aide-moi, je vais me rendre dans ta chambre.

Philippe aide Gaston à se relever. Il le conduit dans son lit.

23— Intérieur — Chambre de Philippe — nuit – 23

Philippe regarde Gaston, étendu nu sur les couvertures. Il prend une nouvelle couverture dans la garde-robe et l’étend sur Gaston.

Soudain, on sonne. Il court. Les secouristes s’occupent de Gaston.

SECOURISTE (s’adressant à Gaston)

Voulez-vous venir à l’hôpital? Quand avez-vous fait votre dernière crise? Avez- vous des médicaments?

GASTON

Laissez- moi tranquille! Je suis bien. J’ai tout ce qu’il me faut pour me remettre.

Il demande à Philippe d’aller chercher ses médicaments sur le bureau, près de l’ordinateur. Gaston avale quelques pilules.

Les secouristes quittent la chambre, faisant signe à Philippe de les suivre.

24 — Intérieur — Corridor — nuit — 24

SECOURISTE

Laissez-le se reposer. Il n’y a aucun danger.

PHILIPPE

Il ne va pas mourir?

SECOURISTE (amusé)

Bien non! On ne meurt pas d’une petite crise d’épilepsie. Vous lui avez

donné ses médicaments. Demain, il sera déjà en pleine forme…

25— Intérieur – à la maison – chambre de Philippe – 25

Philippe s’assoit sur le bord du lit. Il regarde Gaston, tout ému. Il s’endort tellement qu’il décide de se glisser près de Gaston dans le lit.

GASTON

Je t’ai finalement eu…

PHILIPPE

Peut-être. Mais une relation sexuelle ne nous rend pas amoureux. Aimer, c’est autre chose que d’avoir du sexe pour du sexe.

GASTON

C’est vrai, mais je sens que nous serons à jamais amoureux l’un de l’autre.

PHILIPPE

Si à chaque fois, que nous nous touchons, tu fais une crise; nous sommes condamnés à la chasteté.

GASTON

Quel prétentieux? Tu ne crois tout de même pas que cette crise a un rapport

avec le fait que je t’ai sucé. Tu m’excites, je te veux, mais ça ne me rend pas malade. Je n’ai pas fait cette crise parce que j’étais excité ; mais à cause de l’odeur d’eau de javel dans le passage.

26— Intérieur — Maison — Chambre de Philippe — la nuit – 26

Malgré la fatigue, Philippe caresse Gaston, tendrement, comme un massage. Il ne peut s’empêcher de se demander intérieurement :

PHILIPPE (Voix hors champ)

Gaston est-il vraiment de la police? Un infiltré? Ça n’a aucun sens. Il ne le faut pas. Juste au moment où je redécouvre l’amour, mon bien-aimé serait mon pire ennemi. Je dois lui faire confiance. Il a sûrement une explication. Nous risquons notre vie ensemble. Nous avons accepté de former notre cellule parce que tout nous attire l’un vers l’autre. Et tant qu’à mourir, autant le faire ensemble, dans les bras l’un de l’autre.

Philippe s’endort et est réveillé peu de temps après. Quand il se réveille, Gaston est collé sur lui. Il a trop chaud, donc, Philippe s’en éloigne.

GASTON

Pourquoi te tasses-tu? Je suis un bébé qui a besoin de chaleur. Je suis l’ourson dans le froid sibérien. Je vais mourir de froid.

Effectivement, Philippe sent Gaston frissonner, mais comme il a trop chaud, il refuse de se laisser coller.

PHILIPPE

Laisse-moi un peu respirer…

Philippe se tasse vers le mur. Gaston se tourne et commence à frapper Philippe dans le dos avec ses poings. Philippe ne sait pas comment réagir. Il encaisse les coups alors que Gaston biboye.

GASTON (biboyant : parlant en dormant)

Maudit qu’il fait froid dans cette tranchée. Il faut mieux me vêtir. J’ai froid et ce poêle qui me refuse sa chaleur. La vie disparaît.

Gaston le martèle de coups. Philippe ne sait plus comment réagir. Gaston agit comme s’il dormait, mais sans dormir.

PHILIPPE (voix hors champ)

Qu’est-ce qui lui prend? Serait-il devenu fou? Pourtant, il ne s’est pas frappé la tête en tombant. L’épilepsie ne rend pas fou d’habitude.

Finalement, Philippe se lève et se rend à la toilette où il chuchote à voix haute. Il se met à paranoïer.

27— Intérieur—maison—salle de  bains-  Chambre  de  Philippe-  la  nuit– 27

PHILIPPE

S’il est vrai que les plans de la GRC sont de me tuer en prison, ils ont peut-être désigné Gaston pour m’exécuter avant.

Voyons donc! C’est purement paranoïaque. Le petit m’aime vraiment. Ça se voit, ça se sent. Ce n’est pas parce que tu es jeune que tu ne te sens pas, que tu ne

peux pas tomber amoureux.

C’est vrai que les services secrets ont essayé de me tuer deux fois auparavant, mais je ne suis pas assez important pour qu’il prenne autant de risques. Infiltré ou non, il y aurait une enquête. C’est impossible. Et, Gaston ne peut pas être un traitre. Il m’aime trop pour ça.

Je suis aussi bien de retourner me coucher si je ne veux pas devenir fou.

De retour, dans son lit. Gaston recommence à le caresser. Philippe s’abandonne. Il n’a pas trop chaud et il se tasse de nouveau.

Gaston recommence à le frapper. Puis, il tire toutes les couvertures de son bord.

Philippe essaie de les tirer à son tour. Gaston commence à le frapper à coups de pied. Il n’y a plus de doute, Gaston ne dort pas, il est conscient de ce qu’il fait. Gaston y va maintenant de coups de plus en plus forts.

Philippe prend peur et décide de passer à l’attaque, avant de se faire trop sonner.

Il saute sur Gaston et lui assène quelques bons coups de poing au visage. Gaston a le visage en sang.

Philippe essaie de l’immobiliser sur le lit, en le tenant par les poignets, mais Gaston est très solide.

Philippe sent qu’il est déjà épuisé alors que Gaston à la vue du sang devient fou furieux. Philippe tient toujours Gaston par les poignets alors que le torse de celui- ci a glissé entre le lit et le mur.

Gaston sort du lit et Philippe essaie de le calmer, de le raisonner.

PHILIPPE

Arrête-moi ça! Qu’est-ce qui te prend?

Gaston est face à lui. Tenant ses bobettes d’une main, car elles sont trop larges, elles lui descendent souvent sur les jambes et il les remonte au fur et à mesure.

GASTON (l’air furieux)

Ah! Mon tabarnak! Regarde, je saigne. Pourquoi tu m’as fait ça? Tu vas me le payer.

Il tire ses bobettes devant lui. Il est nu devant Philippe, le visage déformé par la rage, les poings serrés et les yeux exprimant nettement la folie…

PHILIPPE

C’est quoi ton problème? T’as un contrat? Tu veux me tuer… ? Tu veux mon lit? Tu veux l’appartement à toi seul? Pourquoi me fesses-tu? Je ne t’ai rien fait.

Gaston ne semble pas comprendre ce qui se passe. Il est cependant de plus en plus hors de lui-même. Il agite les poings, faisant signe à Philippe de s’approcher.

GASTON

Viens, mon crisse, viens!

PHILIPPE

Calme-toi! Je ne veux pas me battre avec toi. Si t’aimer, c’est s’assurer de manger la raclée, je pense que tu t’es trompé de gars. Je ne suis pas masochiste.

GASTON

T’as peur, en mon tabarnak!

Philippe sent un point brulant à la poitrine.

28— Intérieur — Maison — Cuisine — tôt le matin – 28

Philippe sort de la chambre et se rend dans la cuisine. Gaston suit Philippe, les poings ronds, jusqu’à la cuisine. Philippe essaie de téléphoner, mais Gaston lui arrache le téléphone. Philippe se dirige de l’autre côté de la cuisine, près de la porte de l’extérieur ; mais il ne peut pas s’enfuir, car il est en bobettes.

Philippe observe Gaston et se dit qu’au moins il est loin des couteaux déposés sur l’armoire. Philippe est de plus en plus certain que finalement Gaston veut le tuer. Il essaie de négocier…

PHILIPPE

OK!   Tu veux l’appartement à toi tout seul, je m’en irai donc.

GASTON

C’est ça, crisse ton camp tout de suite!

PHILIPPE

J’ai payé le mois, je vais partir dès qu’il sera terminé.

Gaston se calme un peu. Il cesse de serrer les poings. Il semble ne pas trop comprendre ce qui se passe. Il s’effondre en larmes sur le plancher. Il regarde Philippe comme s’il appelait au secours. Philippe de plus en plus amoureux ne peut pas résister. Il s’approche de Gaston lentement et essaie de le consoler, persuadé qu’il se passe quelque chose qui lui échappe.

Philippe amène Gaston dans sa chambre et le laisse se reposer. Dès que Gaston s’est endormi, Philippe en profite pour retourner dans sa chambre où il enfile un jean.

Gaston arrive dans le cadre de porte de sa chambre. Il a l’air éberlué. Il se tient la main sur la joue comme s’il avait un mal de dents.

GASTON

Qu’est-ce qui arrive?    Pourquoi suis-je en sang?

PHILIPPE

Je ne le sais pas. Tu as commencé à me frapper et j’ai dû me défendre. Que veux-tu, j’étais champion de boxe quand j’avais de ton âge.

Philippe sort de la chambre et revient avec une serviette. Philippe fait des compresses sur les blessures de Gaston qui a déjà un œil au beurre noir et une lèvre fendue. Philippe est bien navré de la situation. Il met beaucoup de zèle à soigner Gaston.

Philippe réexamine Gaston. Il a l’air bouleversé. Philippe s’aperçoit soudain, en avalant, qu’il a sans doute été blessé lui aussi; car sa salive goutte le sang. Il vérifie en passant un doigt dans sa bouche. Il en ressort tout rouge.

Philippe et Gaston ont retrouvé leur calme.

GASTON

Il faudrait dormir. Je vais chercher mes pilules.

En arrivant à son bureau, Gaston se rend compte que Philippe lui a donné, par mégarde, quand il a fait sa crise d’épilepsie, les cachets de drogue qu’il avait laissés sur son bureau.

Gaston et Philippe se recouchent, mais cette fois, Philippe se laisse caresser. Gaston s’endort, la tête au creux de l’épaule de Philippe.

Philippe profite du sommeil de Gaston pour quitter la chambre.

Philippe ne sait plus que penser. Même s’il est de plus en plus amoureux, il ne veut quand même pas trahir son pays, en tentant la chance. Le mouvement de résistance ne pouvait pas être trahi grâce à un agent infiltré. Il profite donc du sommeil de Gaston pour téléphoner à son agent de liaison dans l’organisation terroriste.

29— Intérieur — Maison — Cuisine — 29

Philippe est au téléphone. Il parle à voix basse.

PHILIPPE

C’est Philippe. Y a un petit problème ici. Gaston a fait une crise d’épilepsie. Je sais que ce n’est pas la première fois et que l’on m’en avait informé. Là, n’est pas le problème. On s’est battu

AGENT DE LIAISON

Battu?   Pourquoi?

PHILIPPE

Pourquoi? Quoi? On s’est battu parce qu’il voulait prendre toutes les couvertures et tout le lit tant qu’à y être.

AGENT DE LIAISON

T’as voulu en profiter, mon cochon. C’est ce qui arrive quand on veut violer quelqu’un et que l’autre n’est pas d’accord…

PHILIPPE

Mais non, tabarnak! Je n’ai pas essayé de le violer. Je sais qu’il n’a que seize ans, qu’il est beau comme un cœur, mais…

AGENT DE LIAISON

T’aurais pas pu te retenir.

PHILIPPE

T’es bien un hétéro. Tu ne peux pas concevoir que d’autres peuvent penser autrement que toi. Vas-tu me laisser parler pour que je puisse enfin t’expliquer  ce qui arrive pendant qu’il dort?

AGENT DE LIAISON

Vas-y, mais la vérité.

PHILIPPE

Enfin! Ce n’est pas trop tôt… Ma vie privée, ça ne regarde que moi. On s’est entendu là-dessus…

AGENT DE LIAISON (ricanant)

Il baise bien ou tu as dû lui donner des leçons ?

PHILIPPE

S’il baise bien? C’est divin, mais on en est encore qu’à la soupe; ce n’est pas le problème. L’avenir du pays passe bien avant les joies de l’alcôve…

Quand Gaston a fait sa crise, j’ai essayé de lui enfiler ses sous-vêtements, il avait mis son pantalon sur le bord de la chaise dans sa chambre.

Quand je suis allé pour chercher du linge pour le vêtir avant de faire venir de l’aide, son portefeuille est tombé ainsi qu’un badge.

AGENT DE LIAISON

Un badge? Un badge de police?

PHILIPPE

Un badge de la GRC.  C’est  peut-être pour ça qu’il  m’a attaqué dans le  lit     Je

n’aime  pas  coucher  avec  un  flic  quel  que  soit  son  âge  et  sa  beauté    J’ai

pourtant encore de la difficulté à le concevoir comme un infiltré. C’est impossible, pourtant, le maudit badge est là? Y a peut-être une autre explication. Je ne pouvais pas partir au cœur de la nuit en bobettes…

AGENT DE LIAISON

T’essaies de m’en passer une bonne. Les affaires de cul ce n’est pas ce qu’il y a de plus important, mais ça ne peut pas compromettre nos objectifs. Si vous ne vous faites pas confiance, il faut changer l’équipe.

PHILIPPE

Tu penses que je te mens? L’alcôve n’a rien à faire là-dedans. Il a l’air régulier, d’être un petit anarchiste, mais…

Philippe est de plus en plus anxieux. Il regarde parfois le corridor, situé près de la cuisine, pour s’assurer que Gaston n’arrive pas à l’improviste ou l’entende…

AGENT DE LIAISON

Que proposes-tu?

Philippe hésite. Il ne voudrait pas se séparer de Gaston, mais dans les circonstances, le devoir l’exige presque…

PHILIPPE

Trouve- moi une autre piaule. Ça urge! Je vais me préparer en attendant. J’apporterai que mon linge et de menues affaires. On verra comment réagir plus tard, quand on comprendra ce qui s’est passé. Je te rappelle dès que je suis prêt à partir.

AGENT DE LIAISON

On fera une enquête. Si le jeune est un infiltré, tu connais la règle.

PHILIPPE (se sent mal)

Assurez-vous bien que c’est le cas, avant de le buter. Il ne faut pas se tromper. Des choses comme ça, ça peut jeter toute l’organisation à terre.

AGENT DE LIAISON

Tu l’aimes?

PHILIPPE (les larmes à l’œil)

De plus en plus…

Philippe se hâte de préparer ses affaires dans la cuisine et le salon avant de se rendre dans sa chambre. Il a beau se faire discret, un livre tombe d’une caisse.

Gaston se réveille et se rend aussitôt au miroir situé sur le bureau pour constater l’état de ses lèvres enflées et son œil au beurre noir. Il se rend près de Philippe.

GASTON

Kâliss! Tu ne m’as pas manqué! La complicité, on en reparlera.

PHILIPPE

Je ne pensais pas qu’un jour on se taperait dessus, surtout qu’on risque notre vie en se retrouvant ensemble.

GASTON

Tu paranoïes. T’es pas assez important pour qu’on nous recherche. C’est quoi ton affaire? Essaie d’arrêter d’avoir aussi peur. Pourquoi m’as-tu fait ça?

PHILIPPE

Tu m’agressais. Je ne pouvais rien faire d’autre que me défendre. De toute façon, c’est fini. Je change de cellule.

GASTON

Tu quoi?

PHILIPPE

Je déménage (presque en gueulant). J’ai assez d’ennemis, sans avoir un camarade qui me buche dessus.

Philippe sort avec une autre caisse qu’il va porter dans la cuisine. Gaston le suit, même s’il est nu, qu’il n’y a pas de rideaux et c’est le jour.

GASTON

C’est ça! Mets-moi tout sur le dos. Ce doit être moi qui t’ai arrangé la face de même. Tu ne l’emporteras pas comme ça. Tu ne partiras pas d’ici. J’ai besoin de toi. Tu es mon mentor. J’ai besoin de toi pour avancer dans mes connaissances littéraires. C’est ça la solidarité. Tu l’as toujours dit : la cause passe avant tout.

Gaston comprend soudain.

GASTON

Où as-tu pris les médicaments quand j’ai fait ma crise?

PHILIPPE

Ça n’a pas d’importance. Sur ton bureau, pourquoi?

GASTON

C’est de la drogue très forte. On m’a donné ces cachets hier et je les ai mis sur le bureau pour ne pas oublier de les jeter à la toilette. Tu m’as drogué au bout en voulant me soigner. Voilà pourquoi je ne me rappelle de rien.

PHILIPPE

Tout s’explique… ou presque.

GASTON (décontenancé)

Qu’est-ce qui te prend? Je croyais vivre le paradis avec toi. Je travaillais avec celui qui fut toujours mon modèle, le seul que je croyais capable de m’aider à évoluer dans ma littérature et il veut me quitter. On se tape sur la gueule. Maudite drogue! Je n’aurais pas dû apporter ces pilules ici pour les jeter. Pardonne-moi!

PHILIPPE

C’est dommage, en effet! Je ne faisais que commencer à t’aimer. Mais la vie est remplie d’imprévus. Je t’assure que celui-là, je ne l’ai pas vu venir.

On entend aux mêmes instants le carillon de la porte avant de l’appartement retentir. Philippe se rend répondre, mais invective d’abord Gaston.

PHILIPPE (autoritaire, puis très sarcastique)

Rentre au moins dans ta chambre… va te cacher le cul.

As-tu idée de qui peut bien venir sonner à notre porte à cette heure-là? Peut- être tes amis flics.

Philippe ouvre la porte, il blanchit. Ce sont effectivement deux policiers. Ils lui tendent une photo et lui demandent s’il connaît ce visage.

Philippe reconnaît Gaston. Une rumeur de vengeance lui monte à la tête.

PHILIPPE

Moins que vous, messieurs…

Gaston vient voir, t’as une visite de famille.

Gaston arrive en enfilant son pantalon. Il blêmit. Il ne sait plus comment réagir. Ce n’est pas le temps d’avoir des problèmes avec la police… surtout pas la journée de l’attentat programmé…

GASTON

C’est quoi la farce?

LE POLICIER (regardant son coéquipier)

C’est bien celui qu’on a vu sur le vidéo.  T’étais bien au Chien qui rit, hier soir?

GASTON (incertain, regard interrogatif)

Ouais!   Ouais!   Pourquoi?

Gaston ahuri secoue les épaules. Il regarde les policiers, en essayant de dissimuler le visage pour ne pas devoir expliquer ses blessures. Il fait signe à Philippe qu’il ne comprend pas.

DEUXIÈME POLICIER

Peut-on visiter l’appartement?

GASTON

Qu’est-ce qui vous prend?   Vous avez un mandat?

DEUXIÈME POLICIER

Ne te fatigue pas. On sait que la loi, ce n’est pas votre fort. Tous les jeunes font semblant de la connaître…

PREMIER POLICIER (plus baveux)

Ne fais pas le malin! C’est ton père, ce gars-là?

GASTON

C’est mon amant, voyons, c’est évident!

DEUXIÈME POLICIER

Vos histoires de tapettes, on n’en veut rien savoir. On est normal, nous autres.

PHILIPPE (visiblement vexé et furieux)

La normalité quand elle signifie la majorité ne fournit pas l’intelligence. Qu’est-ce que vous nous voulez?

Philippe prend son portefeuille et tend sa carte professionnelle. L’expression des policiers change aussitôt, car cette carte indique qu’il est avocat.

Gaston regarde la scène, étonné, car il sait, lui, que Philippe était enseignant.

PREMIER POLICIER (s’adressant à Philippe)

Hier soir, votre jeune a volé un manteau. Du moins, on a la preuve sur vidéo que c’est lui qui l’a pris. Ce ne serait pas si grave, si ça n’avait pas été le manteau d’un sergent de la GRC en mission.

GASTON

Je n’ai rien volé. J’étais un peu saoul, je l’admets et il faisait très noir, mais je n’ai rien pris qui ne m’appartenait pas. Une minute, je vais aller voir. Me serais-je trompé?

PHILIPPE (il rit)

Un sergent de la montée… faut le faire!

DEUXIÈME POLICIER

Ce n’est pas si drôle que ça…    Si c’est vous qui avez le manteau, on oublie tout. Avez-vous regardé le nom sur les papiers dans les poches?

PHILIPPE

Pourquoi on aurait regardé? On ne s’est même pas aperçu qu’il s’était trompé de manteau.

DEUXIÈME POLICIER

Vous ne le saviez pas?

PHILIPPE

Pas du tout.

GASTON

Si j’ai bien compris,  si c’est  le  bon manteau,    je vous redonne le badge et le portefeuille intacts et  on a  la paix.                                           Mais, comment vais-je récupérer le mien?

PREMIER POLICIER

Ça, c’est ton problème…

PHILIPPE

Vous ne l’arrêtez pas et vous ne l’amenez pas.

PREMIER POLICIER

Pourquoi? Vous coopérez! Le bureau nous a demandé d’être très discret et de ne pas faire de problème, même si ça avait été un vol, tant que le voleur aura oublié le nom qu’il aurait pu lire sur les papiers.

PHILIPPE

Assez spécial, merci!

LE DEUXIÈME POLICIER

C’est le nom d’un policier qui a infiltré le mouvement terroriste. Personne ne doit…

LE PREMIER POLICIER (il frappe le premier sur le bras de

l’autre.)

Ta gueule! C’est un secret d’État…

PHILIPPE

Intéressant.

Il se tourne vers la chambre et crie à Gaston.

PHILIPPE

Ne regarde surtout pas le nom du gars. C’est important. (Il tousse) C’est même une condition pour avoir la paix. Fait ça vite, ils attendent après toi.

Gaston revient. Il tend le manteau aux policiers avec un sourire en coin. Les policiers sont radieux et bien contents de voir qu’il s’agit bien du bon manteau. Il s’assure que le badge soit dans une des poches.

PHILIPPE

Tu n’as pas regardé, j’espère. Il ne fallait pas…

GASTON

Regarder quoi?

DEUXIÈME POLICIER (souriant)

Tout est là. On s’excuse de vous avoir dérangé. Bonne journée! Philippe prend de l’assurance. La cache n’est pas brûlée.

GASTON

Ce sera pour la prochaine fois…

Il se dandine en faisant un bye aux policiers.

Ceux-ci se dirigent vers l’extérieur, heureux que cette récupération fût aussi facile.

Dès que les policiers sont partis, Philippe et Gaston s’effondrent sur le sofa, situé tout près, dans le bord du salon.

PHILIPPE

As-tu le nom du gars? C’est important. Ce serait celui du policier qui a infiltré le mouvement.

GASTON

Oui. C’est un certain Stan Lafortune.

Philippe se précipite au téléphone et raconte l’aventure à l’agent de liaison, faisant bien attention de ne pas faire allusion aux peurs qu’il avait eues auparavant. Il lui spécifie le nom de l’informateur, tout en soulignant qu’on n’aurait jamais pu faire mieux, même si on l’avait prévu.

Le téléphone terminé, Philippe saisit Gaston et l’embrasse passionnément. Il le regarde ensuite les yeux pleins d’eau.

PHILIPPE

Petit Christ! T’aurais pu te faire tuer pour ça. Dans le fond, je suis loin de te haïr. Je ne pars plus. Je t’aime trop. Nous avons plein de choses à vivre ensemble. Un nouveau livre à écrire.

GASTON

Nous l’appellerons : MON PAYS : MA LIBERTÉ

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