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Les derniers amours de Platon (6)

juin 8, 2020

Platon passe à l’action.

Platon n’était pas aussi bête que sa grande théorie, voulant que la séduction soit plus amusante que le jeu lui- même.

Avant de devenir scrupuleux, donc, un peu frileux des neurones, Platon avait expérimenté de nombreuses méthodes pour pâmer ses petits élus.

Il savait détecter ceux qui aiment jouir, de ceux qui n’aimeront pas ça, parce qu’ils ont peur que ça se sache et de passer pour des cochons.

Les scrupuleux sont prisonniers de ce que les autres pensent d’eux. Ils sont incapables de créer une morale personnelle et obéissent aveuglément aux religions les plus tordues.

Pour séduite Diogène, le savoir de Platon devait donc compenser la laideur et la vieillesse qui l’affligeaient déjà. La vie est aussi belle qu’elle est courte.

Diogène était peut-être, cette dernière tentation que le ciel lui présentait et qui lui donnera le viagra nécessaire pour avoir envie d’aller trouver les petits anges nus ? Les dieux, eux, savent que la vie tient au fil du désir, et surtout du plaisir, et, que la jouissance exige un corps pour vibrer.

Platon savait juger ce que ces jeunes amants  désiraient. Il savait que, souvent, derrière une indifférence feinte, vivait une envie folle de se faire cajoler.

La tendresse est un cadeau réservé à ceux qui savent l’apprécier, un nectar divin, même préférable à l’ambroisie.

Cette hypocrisie juvénile tient du jeu de cache-cache humain, inventé avec le commerce et la civilisation et qu’on a surnommé l’éducation morale. Elle tient dans la peur des enfants qui imitent les adultes. « Regardez, mais ne touchez pas ». Pour les plus scrupuleux, c’est même

« passez-vous-en, tout le temps ». L’enfant n’a ni curiosité, ni sexualité, selon l’ignorance des parents.

C’est pourquoi l’homme, comme Platon, est de moins en moins libre, alors qu’en principe ce devrait être le contraire.

Tous les hommes religieux sont des aliénés parce qu’ils ont peur de la sexualité. La connaissance permet de se dégager de l’incertitude.

Contrairement au proverbe : « On n’y peut rien », il faut toujours essayer de changer ce qui nous déplait. C’est la loi du bonheur.

Ainsi, Platon avait emmagasiné une grande connaissance des petits gars. Il devait passer de la théorie à la pratique pour donner une valeur scientifique à ses élucubrations.

Il savait, juste à entendre le bruit de la respiration, que Diogène ne dormait pas, mais feignait s’être endormi pour mieux savoir ce qui se passe.

Platon pouvait, pour une fois, mettre avec justesse, en application sa grande théorie du chasseur qui retient son souffle pour mieux saisir l’autre : le dormeur conscient.

Il ne fallait pas bouger, ne pas faire de bruit, être absolument attentif, regarder fixement, visualiser le geste attendu de l’autre, vivre une forme de télépathie. Compter, s’il le faut, jusqu’à ce que la respiration signifie : « envoye, vas-y ! » Le bandage étant le dernier signe à prouver que l’endormi ne dort pas, mais jouit, en attendant de pouvoir faire semblant de se réveiller.

Diogène fut pris au piège. Il ne comprenait pas pourquoi cet idiot de Platon ne visitait pas plus vite le fond de son baril. Est-il assez niaiseux pour ne pas exécuter le plus profond de ses désirs ? C’était très excitant pour lui, puisque plus il était reluqué, plus Diogène se prenait pour un nouveau Ganymède.

Platon aurait-il le courage de briser ses hésitations ?

Diogène le voyait dans sa tête, les doigts croches de tentation, il releva le bas de son tonneau, mais rien. Pas un geste, pas un mot, comme si Platon s’était aussi endormi. Est-ce une nouvelle forme de contemplation par le fixe ? Se demanda Diogène.

Avec les philosophes, tout est possible. « Est-ce plutôt, moi, qui me suis figuré être désiré par ce vieillard ? Serais- je moins beau, moins tentant, que je le crois ? » Se demanda aussi Diogène.

Diogène vivait sa première crise de foi et d’espérance. Mais, il voulait toujours connaître les découvertes de Platon sur l’amour. Et pour cela, il devait en être l’objet.

Platon se concentra sur le besoin pour Diogène de bouger. N’importe quel geste lui indiquerait qu’il est vraiment en contact télépathique avec Diogène. Il était rendu à 302 et Diogène n’avait pas encore bougé. Pour savoir la vérité, il lui fallait donc chercher une réponse dans ses observations sur ce baril soufflant.

Impatient, sans savoir ce qui se passait, Diogène se tourna face à Platon. Il passa de la position d’appui du côté droit à celui du côté gauche, mais en feignant rester profondément endormi.

Diogène, pouvait ainsi, tout en gardant les yeux mi- fermés, essayer de voir ce que pouvait bien faire ce grand nono qui hésitait de passer à l’action.

C’était une réponse définitive pour Platon : Diogène meurt de désir. Il savait qu’il se tournait maintenant pour savoir ce qui se passait exactement. Le silence de Platon faisait son chemin.

Comme prévu, pour ne pas découvrir son jeu,  Diogène se retourna à nouveau, mais en soulevant un peu le derrière, le pointant vers Platon, de façon à ce que celui- ci soit tenté de s’approcher.

Diogène pensait alors : « Voyons, stupide, tu peux m’offrir une meilleure position. Je ne peux pas en donner plus que j’ai. »

Après quelques minutes de fixation absolue, Platon s’approcha contre le tonneau. Il ouvrit sa braguette, mais il se rendit vite compte que l’espace entre les fesses de Diogène et le cadre de son tonneau était déjà bien au-delà du chemin que son petit moineau pouvait voler. Il lui manquait un bon deux pouces. Ça confirmait sa peur.

Loin de se décourager ou de frapper le tonneau pour casser les planches qui lui rappelaient qu’il avait un tout petit zizi, Platon, en véritable homme de sciences, changea sa méthode.

  • Si Diogène me veut vraiment, se dit-il, il trouvera bien une nouvelle position qui me sera plus favorable.

Il se tassa un peu à nouveau, juste assez pour permettre à Diogène de croire que Platon avait abandonné la partie.

Intrigué, Diogène se recoucha sur le ventre, en écartant les jambes. Platon comprit immédiatement que l’espace ainsi dégagé au niveau des cuisses lui permettait une première exploration. La première flatterie. Ainsi, Diogène venait de lui offrir son billet d’entrée.

Platon tendit le bras jusqu’à ce qu’une de ces mains soit capable de s’écraser près de la cible. Platon songeait déjà aux grandes difficultés que l’homme éprouverait un jour à guider l’atterrissage d’un vaisseau spatial sur une planète étrangère, surtout si le terrain est montagneux. Il attendit. Aucune réaction. Il compta jusqu’à 72, rien, puis, écouta le souffle de Diogène. C’était bien le souffle coupé de l’impatience.

Platon savait qu’il avait le champ libre. Diogène n’attendait que la suite des événements. Il était même surpris que le temps pris, pour en arriver là, lui confère un plaisir aussi magique.

Platon déplia un premier doigt, puis un deuxième, toujours rien. Diogène ne bougeait pas. « S’il ne sursaute pas, c’est qu’il le sait et qu’il me laisse faire », en conclut Platon.

Seule, l’expérience pouvait le guider ainsi. Il pouvait dorénavant allègrement flatter la zone analysée. Platon pensait exploser tellement ses nerfs étaient tendus. Quelle merveille que d’approcher du but ! Diogène voulait déjà en ressentir davantage. Il frissonnait de joie.

Diogène voulut montrer son contentement, sans manifester qu’il était bel et bien réveillé. Il avança sa jambe gauche vers l’extérieur, ce qui donnait plus d’espace à visiter. Il sentait chaque mouvement qui vrillait la tendresse dans ses chairs.

Platon, dorénavant, visitait allégrement les deux cuisses comme il s’y attendait.

Platon savait qu’il était temps pour lui de changer de position. Il alla s’étendre entre les jambes écartées de Diogène. Et, s’assura d’abord, du bout des doigts, que Diogène était bel et bien consentant. Il laissa couler le bout de ses doigts partout, où cela était possible.

Sans surprise, Diogène se tourna de bord. Ce n’était qu’une question de temps avant de vérifier si la « Batte man » de Diogène était bien à l’attention. Une preuve irréfutable qu’il ne dort pas.

Du bois mort ou un gars endormi, ça ne présente pas grand intérêt.

Si Diogène n’aimait pas la manœuvre, il lui suffirait de feindre de se réveiller pour mettre fin à la méthode employée. Selon celle « du dieu qui se réveille », Diogène pouvait passer carrément à des jeux sexuels volontaires et conscients ou quitter Platon avec mépris.

Le sexe est intéressant s’il prend l’allure d’un jeu et s’il est réalisé de plein consentement. Il faut absolument éviter que ce soit un viol, car si l’un des deux n’aime pas ce qui se passe, ça risque de créer plus de problèmes que de jouissances. Comment trouver du plaisir sans un partage parfait ?

Fort de la vibration que lui apportaient ces glissades des doigts sur la peau, Diogène avait peine à retenir ses réactions.

C’était un nouveau signe pour le roi de la philosophie. Platon échangea ses doigts pour sa langue. Jamais langue ne fut aussi électrisante. Diogène avait beau vouloir prétendre qu’il dormait, il se tordait de plaisir. Il se tourna. Quelle joie quand Platon se mit à jouer de la flûte !

L’explosion fut telle qu’on essaya par la suite de créer des feux d’artifice qui fussent aussi envoûtants. Diogène avait les yeux fermés, mais les couleurs des plaisirs ressentis donnaient bien piètre figure aux petits nuages de vapeurs de n’importe quelle drogue.

Diogène ne put s’empêcher de porter les mains sur la tête de Platon.

L’exercice terminé, Diogène se contenta de dire un petit « merci », à travers ses sourires.

  • C’est bon, mais sut-ce été mieux, si t’avais enlevé tes dentiers, dit Diogène.

Diogène descendit son petit tonneau, le replaça et s’éloigna.

Platon réalisa qu’il avait oublié son âge, mais il était, malgré tout, bien fier de lui ; car, Diogène, selon sa réputation, n’était pas du genre à aimer jouir, préférant faire jouir les autres.

Ainsi, Platon pouvait confirmer sa théorie à savoir qu’il y a plus de plaisir à faire jouir, qu’à jouir soi-même.

Platon et Épicure

Ne me dites pas que Platon et Épicure n’ont pas vécu à la même époque, dans les mêmes lieux, avec les mêmes serins. Ça n’a aucune importance. Le temps est très extensible, grâce au jardin des dieux chez Platon, ce qui modifie aussi l’espace.

Ainsi, dans le menu spatio-temporel, certain aime autant les moineaux que les hirondelles. Les moineaux mangent aussi les petites graines. Les aigles mangent les moutons ; les crocodiles dévorent les espions. Il y a toutes sortes de goût dans la nature. Tout dépend de la grandeur de la bouche et de l’effet recherché. Le cycle normal de la digestion déterminera qui sera mangé. Chose certaine, les plus forts ne crèveront jamais de faim. Mais, la bouche peut aussi servir à propulser le nectar d’un jeune loup. Quel plaisir de le voir jouir !

L’esprit d’une époque n’a pas besoin de s’incarner dans des corps précis, mais dans des façons de voir ou de sentir la vie, à un moment donné. Ce parfum se répandra et formera l’atmosphère des années à venir. Les bouddhistes parlent de karma, les chrétiens de destin. Les moires filaient la destinée. Les athées, eux, croient que tout est hasard, l’effet action – réaction.

La forêt magique, près de la demeure de Platon, permettait toutes ces confusions temporelles quand le vent se levait. On appelle ça : le Flower Power de l’époque, ou si l’on veut, l’atmosphère sociale. C’est grâce, et dans cette  atmosphère, que Platon vécut avec Épicure.

Sans le savoir, Platon venait de planter Alexandre, son pire rival, puisque Diogène était fou de musique.

Qui était le chanteur favori de Diogène ? Personne ne pourrait le dire avec certitude, mais on a prétendu longtemps que c’était le prince Alexandre le Grand. Il chantait comme une sirène. Et, Diogène devait se défendre contre cette attraction, qui comprenait aussi la grandeur, l’enflure de tête et la surconsommation.

Diogène pensait malgré tout qu’il vaut mieux vivre dans un tonneau qui nous appartient que dans un château hypothéqué. « Les banques sont les pires vampires. Elles créent les guerres fomentées par les religions. Pour elles, l’argent a plus de valeur qu’un être humain », se disait Diogène.

Diogène avait appris très jeune le pouvoir de ces institutions ventouses. Ce qui le tenait loin d’Alexandre, malgré son admiration pour sa voix. La voix d’un mort, empruntée par Platon pour séduire la personne adorée ne pouvait qu’être un effet temporaire. La mémoire  ne pouvait pas toujours prendre la place de la réalité.

Platon se remémorait les instants de plaisir avec Diogène, quand il croisa Épicure.

Juste à voir le sourire que Platon arborait, Épicure savait qu’il venait de retomber dans la potion magique de l’amourajoie.

Il était évident qu’un jeune ne lui était pas seulement tombé dans l’œil, mais l’avait fait exploser de plaisir.

Qui avait pu faire déroger ce grand philosophe de sa pensée magique ? Ce devait être un dieu de l’Olympe. Était-ce Apollon ? Sûrement pas, Athéna ! Encore moins, une amazone !

Seul Platon savait que la nuit avec Diogène avait été un miracle. Même que ses nerfs arthritiques avaient réussi à rebander. Son cerveau avait été assez excité pour laisser réagir la passion dans ses doigts. Et même, son vieux pénis avait laissé tomber quelques gouttes de sperme égaré.

Un événement qui était tellement resplendissant que Socrate lui-même se tournait dans sa tombe, en grattant les parois, cherchant à goûter à nouveau aux plaisirs de la vie. Il comprenait trop tard que dans l’au-delà, les perceptions de l’esprit sont douteuses. Qui crée la conscience ? A-t-elle absolument besoin du support du corps pour se  manifester ? Une cellule contient-elle l’histoire  de l’univers ? La conscience est-elle un phénomène physique ou spirituel ? La mort est-elle le vide ? Pauvre Socrate !

Socrate savait maintenant, grâce à la télépathie qu’il entretenait avec son élève biographe, qu’il est préférable d’avoir du plaisir à celui de rêver d’en avoir. L’effet n’est pas tout à fait le même. Les gloussements n’ont plus.

Il était évident que Platon venait de le constater. Il sifflait en marchant. Il flottait littéralement dans le vent. On aurait dit Hermès réincarné pour nous apprendre un grand secret : « la vie, c’est la libido ». Toute la personnalité se structure avec la force de sa libido. Contrôler la libido  est le pouvoir absolu sur un individu.

Les religieux l’avaient déjà vite compris. Ils ont voulu dominer la nature, en se prétendant les interprètes de Dieu. Ils ont ainsi maudit le corps pour créer une contradiction intérieure chez tous les humains et pouvoir ainsi devenir le précieux secours des âmes en peine.

On nomma ça la dualité du corps et de l’âme. C’est à ce malheur, cette fausse division, à laquelle venait d’échapper Platon.

Platon était en nage, marchait la tête haute, le corps rajeuni. En l’apercevant, Épicure se demanda forcément qui avait pu écorcher ainsi le grand prophète de la sublimation, l’arrière-arrière-grand-père du capitalisme.

Même la tendresse rayonnait à travers ses rides et appelait au perpétuel renouvellement.

Platon avait redécouvert la jeunesse, même s’il savait que ça ne durerait pas longtemps, soit le temps qu’il s’en souvienne !

Épicure vint avec plaisir à la rencontre de ce grand chanteur de pomme qui avait enfin découvert la vérité : la vie se vit dans le plaisir et non, dans le désir du plaisir. Et encore moins dans la peur des plaisirs de la chair.

  • Quel est ce bel éphèbe qui t’a fait autant d’effet ? Demanda Épicure.

Platon se dandinait de plus en plus, rayonnant devant Épicure. Il restait muet. Les yeux renversés, contemplant on ne sait quelle image de son magnéto intérieur.

  • T’avais raison, dit-il à Épicure. La vie est le moment présent. Il faut en profiter.

Platon bavait de désirs nouveaux. Une chance qu’Épicure, future réincarnation du Marquis de Sade, avait un lycée. Il pouvait ainsi détourner la tentation vers la réalisation.

Platon demeurait la bouche ouverte, ce qui n’était pas son habitude, car il craignait les mouches depuis qu’il avait lu sur les nuages en Égypte. Platon ne connaissait pas les sauterelles et à cette époque, et, on ne pouvait pas voir encore le film « Les dix commandements ».

Platon entama une grande charade. C’est di. dio. dio. diodio…

Épicure n’avait aucune idée.

  • Tu veux dire Dionysos ?
  • Voyons, espèce de tarla ! Je n’étais pas saoul de vin et je ne suis pas devin.

Platon, sans en en être conscient, fit sa première prédiction, même si rien ne justifiait ce message, qui se donnait l’allure d’un acte manqué :

  • Personne ne succédera à Alexandre, lui, qui est tant préoccupé par sa descendance ?
  • Personne ? Demanda Épicure, éberlué.
  • Oui, personne, même pas sa famille.
  • Pourquoi me dis-tu ça ?
  • Je n’en ai aucune idée, de répliquer Platon, aussi étonné que Socrate d’avoir laissé échapper ce présage.
    • Ça ne me dit pas, qui t’a orné d’un tel soleil dans la figure, ajouta Épicure.
    • Cherche un peu, lança Platon.
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