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Diogène 16

juillet 27, 2020

La démocratie et les droits.

Virus fut invité chez Périclès pour participer à l’expérience du champ magnétique qui devait relier le Québec à la Grèce antique.

À sa surprise, rendu au Québec, Virus constata que le système dit démocratique n’avait rien de comparable avec les sociétés dans lesquelles il avait vécu. Tout était rendu beaucoup plus complexe. Une vraie mafia légale.

Il s’interrogea donc sur le sens de la démocratie et son contenu. Est-ce que voter est la démocratie ? La démocratie n’est-elle pas la vertu d’une institution qui permet à chaque individu d’avoir la possibilité de dire « son mot » dans la société dans laquelle il vit ? Comment un citoyen peut-il contribuer à créer une société meilleure, s’il ne peut pas vivre autrement que les autres ? Ce n’est sûrement pas en ayant seulement le droit de vote que l’on vit en démocratie. Par contre, comment un individu peut-il, à lui seul, faire triompher une réforme ? Comment arriver à la vendre et à la faire instaurer ? Il fallait être riche pour pouvoir faire jaillir ses idées au grand public.

La démocratie exige le respect des autres et la pluralité. Virus était certain qu’il ne peut pas y avoir de démocratie sans droit individuel. La démocratie exige l’égalité entre les êtres qui la composent. C’est la base de toute forme de respect. Même le pire des bandits a droit à ce respect fondamental d’« être un humain ».

Chez les Amazones, même si elles votaient toutes pour établir les règles de leur peuple, on ne pouvait pas parler d’une vraie démocratie, car les hommes y étaient exclus et tous les étrangers étaient tués, dès qu’ils mettaient les pieds dans l’île. Elles devaient, une fois une règle instaurée, toutes s’y plier, même si c’était contre leur gré. Le droit de la majorité est ainsi le seul existant. Pas de vie individuelle. D’autre part, c’était aussi ce qui se passait avec la Cité puisque les femmes n’avaient pas droit de participer à la vie politique et les esclaves étaient considérés comme du bétail, des muscles pour le travail.

Dans les deux cas, on ne tenait absolument pas compte des droits individuels et une vraie démocratie est un équilibre entre les droits de la majorité et ceux de la minorité, sans exclusion.

Dans une vraie démocratie, le bonheur de tous est aussi celui de chacun.

Virus constata aussi qu’au Québec, les pouvoirs étaient divisés et délégués à des représentants plutôt que d’avoir un vote pour chaque individu, sinon une fois tous les quatre ans. Il comprit vite qu’il était impossible d’avoir encore une société, où tous les citoyens pourraient s’occuper seulement de politique, comme à son époque.

Cette forme de vie était possible en Grèce antique, seulement parce que les femmes s’occupaient de la ferme et que les esclaves faisaient les travaux. Pourtant, même si les femmes étaient essentielles pour permettre de maintenir les revenus de leur époux, celles-ci n’avaient aucun droit.

La démocratie religieuse ou communiste, c’est la même chose. Tout appartient à tous, comme dans les monastères.

Déçu, Virus décida de retourner en Grèce et de se battre politiquement pour faire valoir sa définition de la démocratie. Il savait très bien que même s’il entreprenait une campagne pour changer les choses, ce serait absolument impossible. Il devait donc trouver un moyen de transmettre ses connaissances.

De retour, il décida de ne plus se servir du transporteur dans d’autres siècles, et, de plutôt se servir de sa propre réflexion sur le temps présent. Il en fit part à Périclès.

Cependant, il se disait heureux de participer aux discussions, puisqu’il avait pu aller voir dans le futur ce que serait la démocratie ou ce qu’il en resterait.

Virus

On dirait que les sociétés régressent plutôt que de s’améliorer. Pas étonnant qu’un jour, on sera soit rendu à devoir se battre pour empêcher la mort de la planète.

Virus crée un lycée.

Virus n’eut pas besoin de consulter Charlemagne pour

comprendre que l’éducation est le moteur de développement pour toutes les sociétés.

S’il voulait qu’un jour, la démocratie soit une valeur fondamentale qui anime toutes les institutions de la Cité, il devait s’arranger pour que cette idée se répande et se développe.

La démocratie ne peut exister que chez des êtres libres. La démocratie, c’est le respect de l’autre, de son droit à la différence, et surtout, reconnaître que l’état, c’est chaque citoyen. Il ne peut pas y avoir de véritable démocratie, s’il y a le moindrement de censure.

Virus décida de se servir de son patrimoine pour donner la chance à des jeunes de vivre une expérience de liberté chez lui.

Le meilleur moyen était de créer, comme Platon, une école de réflexion sur la Cité. Ainsi, les élèves pourront partager leur savoir. Aristote y serait le principal conférencier.

(Jean Vanier a écrit un livre extraordinaire « Le goût du bonheur » sur Aristote, aux Presses de la Renaissance)

Virus voulait rassembler les jeunes qui ne pensaient pas nécessairement comme lui, mais qui étaient terriblement curieux. Le savoir est une passion.

Il voulait des jeunes passionnés, dégourdis, pleins de questions, capables de devenir de bons politiciens et philosophes.

La seule condition d’admission : vouloir connaître et améliorer les choses. Comme Marc Lachance,3 il recrutait

dans la rue, les jeunes qui voulaient apprendre. En échange, ils étaient nourris et logés.

Ayant été profondément déçu de voir comment se comportaient les partis politiques, lors de sa visite au Québec, Virus crut préférable de créer des groupes de travail par sujets à maîtriser. Virus n’avait malheureusement pas connu les commissions parlementaires, là, où le travail sérieux doit être accompli au-dessus de la partisannerie politique.

Aussi, les jeunes se réuniraient, pour l’instant, dans un mouvement d’affirmation plutôt qu’à l’intérieur de partis politiques, incapables de voir le bien de la nation avant celui du parti.

L’expérience indiquerait le meilleur moyen de permettre aux idées innovatrices de faire leur chemin.

L’école libre de Virus pouvait recevoir 20 jeunes. Des jeunes abandonnés dans les rues d’Athènes. Il décida qu’il n’y aurait qu’une règle : pas de violence.

Il y aurait des maîtres à penser ou spécialistes, œuvrant dans différents domaines, qui demeureraient disponibles aux jeunes en permanence. Ainsi, si une question faisait surface, les jeunes n’avaient qu’à poser le problème pour obtenir la réponse des experts disponible pour les aider à avoir une idée complète de la situation. Tous les jeunes vivront dans une grange abandonnée, mais réaménagée. Pas question de surveillance. Il faut apprendre à faire confiance aux jeunes.

D’ailleurs, les règles de discipline seront fixées par les jeunes eux-mêmes.

Il y aura une assemblée hebdomadaire pour réexaminer le vécu du groupe et annoncer les découvertes de chacun. L’enseignement gravitera autour des discussions de groupe. C’était Summerhill avant la lettre.

Virus décida que les classes seraient ouvertes, autant pour les filles que pour les gars, même s’il savait que les moumounes se remettraient à nouveau à protester.

Virus voulait ainsi affirmer le droit de quiconque de choisir son orientation sexuelle et d’avoir une vie privée, même si tu n’es pas majeur.

On ne naît pas libre. La liberté s’apprend à travers ses expériences.

« La liberté est le plus précieux des biens, elle fait ses premiers pas avec la responsabilité. » Pensait Virus.

La disposition à l’intérieur de la grange serait décidée par les jeunes eux-mêmes.

Virus était en train de travailler, quand on vint le chercher puisqu’Amfèpétéléplom était sur le point d’accoucher. Pour une fois, il retrouva la vitesse qu’il avait eue à l’époque de Jetelapoigne.

Des jumeaux pour Virus.

Virus se rendit chez lui plus vite que la vitesse de l’éclair. Il dépassa celle de la lumière, ce qui le précipita temporairement dans une autre dimension : il arriva à la maison juste avant qu’Amfèpétéléplom accouche.

Zeus fut estomaqué par un tel coup de vent. Il pensait que seuls les dieux avaient le droit de désobéir aux lois de la nature. Sans dire un mot, il se faufila dans un corridor dimensionnel pour savoir ce qui pouvait bien être la cause d’une telle précipitation.

Revenu à une vitesse plus normale, le temps rattrapa Virus. En entrant dans le salon, la sage-femme lui présenta son nouveau-né. « Quel merveilleux petit garçon ! »

Après avoir vu la cédille du bébé, Virus le leva vers le ciel pour l’offrir à Zeus, qui, ému, souriait dans sa barbe.

Au même instant, Virus entendit les cris de l’enfant qui, pourtant, avait la bouche bien fermée.

Aie-je un garçon ventriloque ? Se demanda-t-il. Avec la nature, tout est possible.

Il remit le petit à la nourrice et se secoua les oreilles pour éliminer les distorsions de la vitesse. Mais, les pleurs se poursuivaient. Ils venaient d’un étage supérieur. Virus parcourut le trajet, de sa position à celui d’où venait le bruit, et, il découvrit une autre sage-femme avec un autre petit dans les bras.

Virus

Qui est-ce ?

La sage-femme

Votre deuxième enfant. On devait le faire disparaître pour ne pas vous choquer.

Virus

Quelle est cette histoire de fou ?

La sage-femme

C’est dans l’ordre des choses. Il ne faut pas avoir de jumeaux et encore moins quand un…

Virus

Ce sont peut-être nos règles sociales, mais elles viennent de la religion, et moi, je ne crois pas tout ce que les religions nous forcent à croire.

Sage-femme

Tous les pères veulent un garçon comme premier enfant. Ils s’imaginent qu’ainsi, ils auront une descendance. Ce bébé ne répond pas à cette restriction, c’est une fille.

Virus (en colère)

Que me racontez-vous là ? Qu’est-ce que ça change que ce soit un garçon ou une fille ? Est-ce que seulement les gars sont des humains ? Croyez-vous sérieusement que la différence de sexe rend un enfant inférieur à l’autre ? Qui est l’imbécile qui a inventé une telle différence ? Ce qui compte, c’est le cerveau et ce qu’il habite.

Virus amena la petite dans ses bras et le déposa près de son petit frère. Il compara les enfants et demanda qu’on lui montre une différence qui justifiait de préférer un sexe à un autre. Tous les deux mangent, tous les deux pleurent, tous les deux apprennent, tous les deux pissent et chient. Quelle vraie différence y a-t-il ?

Quand on voit un bon chien, est-ce qu’on fait d’abord une différence basée sur le sexe ? Un humain est un animal, exactement comme tous les autres animaux, du point de vue anatomique. Pourquoi prétend-on qu’un est meilleur, plus noble, plus important que l’autre ?

Virus saisit la petite et l’offrit aussi à Zeus qui pleurait de joie dans son coin.

Virus donna ensuite l’ordre aux deux dames de se rendre avec lui, voir Amfèpétéléplom. Elles étaient heureuses. Enfin un homme qui ne s’en laisse pas imposer par les folies religieuses.

Virus décida que l’on organiserait une grande soirée pour fêter cet événement. Il laissa l’organisation de la fête aux mains des jeunes du lycée. « Les jeunes adorent se sentir responsables », se dit-il.

Il envoya un messager, informer les garçons, demeurés sur l’île de Lesbos, de ces naissances ainsi qu’une invitation pour venir les voir.

Maintenant, il faut leur trouver des noms.

(Qui a des suggestions ?)

Des jumeaux : une malédiction ?

Virus et Amfèpétéléplom étaient extrêmement heureux d’avoir des jumeaux, mais ils se demandaient s’ils devaient y voir là une malédiction ou une bénédiction des dieux.

Est-ce que les enfants seront moins en santé puisqu’ils sont deux à la naissance ? Faudrait-il éliminer la fille pour avoir un garçon plus robuste ? Était-il trop tard pour réparer les dégâts ? Avaient-ils dû se partager l’énergie nécessaire pour venir au monde ? Telles étaient les questions qui créaient les règles de la société, car même si on ne croit pas aux folles données des religions en matière de morale sexuelle, on a toujours peur que les religions aient raison.

Virus se le demandait aussi, parce que le garçon pleurait plus que ceux qu’il connaissait et il était peut-être même un peu froid. D’autre part, il savait qu’il faut être sec, pour être un garçon fort et ne pas trop avoir d’humeurs comme les femmes. Le temps serait donc la seule réponse.

Virus et son épouse décidèrent de consulter la surveillante des naissances, pour s’assurer qu’ils avaient bien suivi toutes les règles pour une procréation saine. Il n’avait pas l’âge idéal, c’était l’évidence même ; mais autrement tout avait été réalisé parfaitement selon les règles.

Le rapport de cette surveillance notait que les parents étaient tous les deux trop jeunes. C’était peut-être pourquoi les bébés semblaient en pleine forme, profitant de la jeunesse des parents. Les spécialistes religieux disaient eux, au contraire, que les enfants nés de parents trop jeunes sont rachitiques et ont une faiblesse de l’âme, qui se révèle avec le temps.

Par contre, la conception eut lieu en hiver. On sait qu’il ne faut jamais faire l’amour durant l’été, toujours question de chaud et de froid. Il ne fallait pas trop faire bouillir le sang… Mais, ils l’avaient fait juste à la limite entre le printemps et l’été.

De plus, Virus et Amfèpétéléplom avaient, le soir de cette première, été en prière durant une heure, de façon à s’assurer qu’ils étaient tous les deux bien conscients de leur désir d’avoir un enfant. La sincérité de leurs prières ne pouvait qu’avoir été agréable aux dieux.

Le couple pensa qu’en ayant invoqué des dieux différents, chaque dieu avait apporté sa semence.

Amfèpétéléplom avait prié Athéna et Minerve, alors que Virus avait adressé ses prières à Zeus et Apollon. Est-ce qu’ils auraient, de part et d’autre, en même temps, répondu aux prières, en oubliant de se consulter ?

Virus commença les vérifications, en s’assurant que la chaleur de son corps et de sa tête n’avait pas diminué depuis cette nuit. Faire l’amour est une lutte très violente. La perte de chaleur qui s’opère lors de l’éjaculation avait été vite comblée ? Donc, Virus n’avait pas souffert de cet exercice.

D’autre part, Virus confirma qu’il ne sentait pas une perte plus grande de sa moelle épinière, depuis qu’il avait eu deux bébés. Donc, cela confirmait que cette double naissance n’avait pas exigé un surplus de sperme. Pour s’en assurer, la surveillante lui massa la colonne vertébrale. Elle confirma ne sentir aucun changement. Mais d’où venait que deux bébés naissent avec la même quantité de sperme ?

Quant à Amfèpétéléplom, elle se sentait très bien, elle aussi. Aucun de ses organes n’était indisposé, malgré la venue des enfants. Cependant, elle était trop faible pour se lever. Était-ce le prix à payer ?

Le couple décida d’attendre quelques mois avant de se faire une idée sur ce qui leur arrivait.

3 -Marc Lachance a initié des cirques pour les jeunes en difficulté en Éthiopie. Il fut dénoncé pour des raisons sexuelles et demanda que son suicide soit interprété comme un assassinat.

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