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Les derniers amours de Platon 17

juin 19, 2020

Diogène

Suppose que non. Si j’avais dit non, que penses-tu qui serait arrivé ? Il serait allé en voir un autre, un autre peut- être plus dangereux, moins respectueux de ses désirs. Quelqu’un qui l’aurait peut-être enculé, violé. Je peux t’assurer que je n’ai pas abusé, mais j’ai joui de la situation. J’espère que j’ai réussi à lui en faire profiter pleinement. Rien de ce que nous avons fait ne le marquera, à moins que tu te mettes à faire un drame.

Là, tu le mets dans une situation inconfortable. Tu le méprises puisque tu ne lui fais pas assez confiance pour qu’il décide lui-même ce qu’il veut. Il aime ou il n’aime pas. Ce n’est pas ton affaire. C’est un choix qui lui appartient et à lui seul.

Platon

Mais, il est si jeune!

Diogène

Quel con ! Tu sais parfaitement qu’un jeune ne voit pas la sexualité comme un adulte. Pourquoi les adultes doivent-ils toujours projeter leurs sentiments, leurs émotions sur les plus jeunes ? Tout est totalement différent. Ils n’ont même pas la capacité d’interpréter des symboles, encore moins de les intégrer dans leur vie. Pour eux, c’est amusant ou pas. Rien d’autre.

Ce sont les aînés qui créent la morale, probablement parce qu’ils ne savent plus justifier leur propre façon d’avoir vécu leur sexualité. Les religieux ont créé une civilisation de frustrés et de castrés.

De toute façon, Virus est assez vieux pour décider par lui-même. C’est vrai que tu le vois encore comme un enfant dépendant de toi.

Platon

Il n’y a pas que le sexe. Il y a l’amour. Comment un jeune peut-il le comprendre ?

Diogène

Par l’expérience. Il n’y a que l’expérience qui peut te dire ce qui est bien ou mal pour toi. Tu fuis instinctivement la violence et pourtant nos sociétés sont dirigées par des gens violents, des égoïstes, des têtes enflées, des voleurs, des tueurs.

Faire la guerre pour avoir ce que l’autre possède, comment appelles-tu ça, sinon du vol, du meurtre et du viol, car on force les gens conquis à penser comme nous ? Le viol n’est pas seulement sexuel. Le viol, c’est aussi imposer une morale qui n’a pas de sens, qui ne respecte  pas la vraie nature humaine.

Nos dirigeants se fichent que les gens meurent, pour eux, l’important, c’est d’être plus riches. Qu’est-ce qui justifie qu’un individu meurt pour son roi ? On ne meurt pas quand on éjacule, on jouit ! Que tu aies l’âge que tu voudras, c’est une vérité universelle.

Virus fit son apparition au même moment. Il se contenta de regarder Platon, droit dans les yeux, avec un air de défi. Il prit Diogène par la main.

Virus

Viens ! Nous avons des choses à faire. Et, il entraîna Diogène dans sa chambre.

Platon se permit de rire, car il venait de comprendre que son petit Virus voulait seulement le provoquer, en agissant ainsi avec Diogène.

Il fit venir son serviteur, à qui il confia la tâche de ramener Croisos.

Si Virus peut aller avec un autre, je le peux, moi aussi.

On verra plus tard pour la fraternité.

Le retour de Croisos

Platon serait bien allé frapper à la porte de Virus, mais c’eut été un manque de respect à son égard, puisque le petit venait de manifester clairement que la présence de Diogène n’était pas le fruit d’une séance de fascination exercée par Diogène, pour se faire agiter « le tuyau », mais bel et bien un choix de Virus.

Platon était un peu jaloux, même s’il ne voulait pas l’admettre.

« Virus ne m’appartient pas », se répétait-il pour ne pas entrer dans la chambre et casser le tonneau sur la tête de Diogène.

  • Lui et sa maudite mode, se disait-il intérieurement. Il se pense bien supérieur à nous, mais ce n’est qu’un repris de justice. Mon argent, moi, je l’ai gagnée.

Virus est adolescent. Il est maintenant assez âgé pour décider ce qu’il veut. Il sait ce qu’il veut et ce qui lui plaît.

De toute évidence, Diogène ne lui fera jamais mal.

Une expérience de plus, voilà tout, se dit Platon.

Platon savait que la fascination n’a rien de dangereux, à moins de tomber entre les mains d’un psychopathe.

« Ce n’est quand même pas pire que les religions, qui dès le berceau, s’en prennent à la liberté de penser. Les religions apprennent à se mépriser en se croyant pécheur plutôt que d’apprendre à vivre avec amour, avec tout son environnement, en se disant que vivre et laisser vivre est la plus belle formule de vie », songea Platon

Personne n’a, un jour, ressenti de douleurs, en exploitant les plaisirs sexuels, sauf les jeunes vierges qui se font pénétrer, malgré eux. Ils ont honte et subissent la douleur sans pouvoir dénoncer ceux qui les ont violés parce que l’on n’a pas mis sur pied un système qui les protège. Au contraire, la société leur rend la vie encore plus difficile puisqu’on pense qu’ils se sont attiré les problèmes.

« À son âge, Virus, lui aussi, commence à jouir de sa virilité naissante », se dit Platon.

Sa décision, de permettre à Croisos de revenir s’occuper de lui, était aussi une preuve d’autonomie de Platon envers Virus.

Si Virus peut choisir son amant et ses compagnons, pourquoi son père ne le pourrait-il pas ? Il n’est plus un enfant.

D’autre part, Platon n’était pas du genre à changer de partenaire tous les quinze jours. Cette mode le répugnait même ; car il croyait fermement dans l’amitié profonde, un sentiment qui dépasse les sexes, les races et les préjugés religieux.

« Le cul pour le cul, sans amitié ou amour, c’est bon pour les inconscients », pensait Platon.

« Les plaisirs sexuels sont des gestes de rapprochement, la preuve d’un désir profond, pas seulement un instinct qui domine l’individu par plaisir égoïste. C’est une voie vers sa réalisation. Un besoin de créer une œuvre qui soit le fruit de sa propre vie. C’est le partage, l’anti solitude » croyait aussi le philosophe.

Aristote

Est-ce qu’on pourra, un jour, parler de cette maudite mondialisation ?

Platon

Je ne suis pas impliqué dans ce processus. Je ne suis ni soldat, ni banquier, ni commerçant.

Dans ma vie, le plus important de tout, c’est mon petit Virus et mon bonheur personnel. Tu comprends ça ? Je suis déjà très content de ce qui m’appartient. Je n’ai besoin de rien de plus.

Aristote

Oui, mais tu dois te rendre compte que les gestes politiques modifient la vie de tous les citoyens. La vie d’un individu ne peut avoir un sens sans son « agir en société ». La motivation est fondamentale pour juger ses actes. Sans le rapport aux autres, la vie ne veut rien dire.

Aucune personne ne peut être heureuse dans la solitude absolue, quoi qu’en disent les ermites. Je ne suis pas masochiste. La souffrance ne crée rien de positif. Elle sert seulement à affermir la vie intérieure de certains individus qui ont besoin de souffrir pour savoir ce qu’est le bonheur.

Mais, que je le veuille ou non, Alexandre, mon roi, veut trouver encore plus d’argent pour moderniser son armée parce qu’il veut aller voir ce qui existe au loin. Il se croit un autre Ulysse et se prend pour Achille. C’est presque impossible de faire comprendre le bon sens à de telles gens.

Et toi, tu paieras plus d’impôts pour lui permettre de réaliser ses caprices. Pourquoi devrais-tu te priver de biens que t’aurais pu autrement t’acheter juste pour lui permettre d’affirmer qu’il est un grand roi ? Pourquoi a-t-il besoin de se prendre pour un autre, à ce point ?

Il prétend qu’ainsi la Macédoine sera plus riche et plus prospère. Mais, j’en doute ! Pour créer autant d’armes, il faut de nouvelles mines. Pour avoir de nouvelles mines, il faut conquérir des endroits où il y a abondance de fer. Où tout cela s’arrêtera-t-il ?

Les dieux sont-ils disposés à nous laisser détruire tout l’environnement juste pour exercer un pouvoir qui détruit plus qu’il engendre de biens ?

Après avoir conquis un peuple, il faut le soumettre. Ça n’en finit plus.

Platon

Je suis tout à fait d’accord avec toi ; mais c’est presque inévitable puisqu’on met le pouvoir entre les mains de dirigeants assoiffés de sang et d’orgueil.

Même les dieux prétendent devoir être honorés avec de l’or. Ils se prennent un peu pour d’autres, eux aussi. Ou est-ce seulement les prêtres qui nous mentent ? Pourquoi peuvent-ils mieux interpréter la parole des dieux ? Ils consomment des drogues pour être plus perspicaces, mais ces délires sont-ils vraiment une visite chez les dieux et les morts ? Pourquoi un homme aurait-il besoin de devenir un dieu ? Combien d’hommes ont échappé à la mort ? Aucun. Pourquoi prétendre le contraire ?

Aristote

Les rois prétendent tenir leur pouvoir du fait d’être les descendants directs des dieux. Qui peut prouver que c’est vrai ? Qui peut affirmer que notre connaissance n’est pas basée sur des hallucinations ? La religion explique très bien pourquoi nous existons et pourquoi tant d’événements dépassent notre entendement. Personne ne peut prétendre que la vie appartient à la matière. Il faut une autre force, une force divine ?

Platon

Il est évident que la vie est une énergie différente de celle de la matière. La pensée est d’un autre ordre, mais ça ne prouve en rien la présence des dieux. Au contraire, plus on comprend la nature, plus on s’aperçoit que tout est une suite logique. Un âne ne pourra jamais donner naissance à un veau.

Oracle

Tu as raison. Mais, un jour, on démontrera que la matière est simplement une énergie en voie de refroidissement, donc, en perte de vitesse et de vitalité. Ces transformations sont les signes extérieurs de la vie. Mais, pourquoi en sommes-nous conscients ? Qu’est-ce que la conscience ?

Aristote

Leucippe a peut-être raison en affirmant que la réalité se situe dans l’infiniment petit. Si notre corps change si souvent cellule après cellule, sommes-nous, à la fin de notre vie, le même homme qu’au début ? Alors, ne sommes-nous pas quelque chose de plus que notre corps ? Ça me semble une preuve irréfutable que l’individu est plus qu’un corps. Ce principe qui le définit, qu’est-ce que c’est ?

Platon

Et, le ciel étoilé ne prouve-t-il pas l’existence de l’infiniment grand ? Les dieux forment-ils vraiment des constellations ?

Aristote

C’est un moyen pratique de diviniser une force que l’on ne comprend pas et que l’on estime bien au-dessus de nos forces.

L’oracle

Vous n’avez pas fini d’en voir. Viendra bientôt une autre puissance, un peuple guerrier qui, tout en nous conquérant, s’hellénisera au maximum. Il ira même jusqu’à nous voler nos dieux et leur donner un autre nom.

Beaucoup plus tard, d’autres nieront complétement l’existence des dieux. Ces hommes ne vivront pas tous seulement pour les richesses matérielles, mais ils créeront leur propre dieu. On en viendra un jour à croire dans un dieu unique.

L’empire qui domine est celui qui impose ses dieux. Les dieux ne sont que des peurs pour justifier la loi et l’ordre. Leur prétendue vie sert d’exemples aux hommes, car peu arrivent à dépasser le stade de l’imitation. Il faut être plus évolué pour créer une nouvelle réalité.

Aristote.

Si on se contentait d’être un petit pays, créé par des villes qui ont l’avantage de pouvoir respecter  la démocratie, c’est-à-dire de permettre à chaque individu d’avoir une opinion et de l’exprimer, peut-être que nous n’aurions pas à organiser des guerres, des conquêtes, des morts et des morts à n’en plus finir.

On n’a pas besoin de guerres pour régulariser le poids de la population. On a qu’à vivre notre homosexualité. Deux hommes ensemble, tout comme deux femmes ensemble, ne font pas d’enfant, mais se complètent à un autre niveau. Pourquoi cet idéal ne peut-il pas servir de base à une nouvelle société, plus égalitaire, plus juste ? Les femmes appelées à la fécondation ne sont pas menacées de disparaître. Elles sont là pour nous offrir une descendance. Aucun homme ne peut s’en passer ; mais il faut reconnaître que les gens de même sexe se comprennent mieux entre eux.

Platon

Le couple d’individus, vivant ensemble, offre la possibilité de devenir un être entier, sans avoir de besoins ou d’exigences supplémentaires.

Diogène (qui venait d’apparaître)

Les femmes sont nos égales. Pas de femmes, pas d’enfants. Leur présence est aussi indispensable que la nôtre. Elles sont nos égales, même si elles sont différentes.

Platon

Chacun a son rôle. La carrière n’a pas à être déterminée par le sexe. La carrière est simplement un but à atteindre pour se réaliser individuellement.

Diogène n’avait pas fini de parler quand Croisos entra dans la maison. Diogène figea sur place.

Diogène

Quelle beauté !

Platon lui fit vite comprendre que Croisos n’était pas matière à échange. Il appela Virus pour lui faire part de ses intentions.

Le pauvre Aristote était encore seul avec la politique.

Les hommes intelligents ont bien plus de préoccupations quotidiennes que le souci d’aller dominer les autres. Plus on voit gros, plus on a besoin de la force pour imposer ses idées.

Et c’est ainsi, à partir de cette empreinte primaire, que nos sociétés se sont développées dans la violence. Plutôt que de s’améliorer moralement, nos civilisations ont dépéri.

L’argent est devenu Dieu, l’égoïsme se confond à la fraternité.

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