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Virus 16

juillet 8, 2020

Ypontife poursuit sa charge.

Quand Ypontife fit à nouveau son apparition chez Platon avec une nouvelle accusation pour « irrévérence », il ne s’ att en dait pas de rencontrer Ivoitou.

Platon

C’est de l’acharnement. C’est honteux.

En fait, si je comprends bien, votre temple me reproche de ne pas avoir utilisé votre système bancaire.

Auriez-vous accepté de me prêter l’argent nécessaire, puisque c’est vous qui me poursuivez ?

Est-ce que, vous me chargerez un intérêt quand je vous remettrai le capital prêté. Pourtant, vous ne me donnez que le tiers de l’intérêt que vous exigez, si c’est moi qui vous prête de l’argent. Des crapules, voilà ce qu’il faut pour créer un système financier.

Savoir et connaissance.

A la grande surprise de tous, Virus fit son apparition. Il se joignit au groupe après avoir embrassé Platon. Il pleurait, ce qui rendait tout monde inconfortable.

Amfèpétéléplom demeura en retrait, derrière lui, à l’embrasure de la chambre. A voir le regard brûlant de désir de Diogène, il était évident qu’Amfèpétéléplom était belle, même si c’était une fille.

Virus (s’adressant à Platon)

Je te demande pardon. Je ne voulais pas te créer autant de problèmes; mais je n’y peux rien, j’aime Amfèpétéléplom. Elle est belle et douce. Elle sait me comprendre. Je ne pouvais pas la laisser mourir de faim et être abusée par Titus Paulus, ce sale exploiteur d’esclaves. Cet ignoble propulseur de guerres.

Amfèpétéléplom est ma tendresse. Et, la tendresse est aussi nécessaire pour se réaliser quel’air pour respirer. Aucun individu ne peut vivre seul et demeurer mentalement sain.

Platon

Je te comprends. Rien n’est plus important que l’amour. Tous les hommes sont égaux, peu importe leur âge, leur sexe ou leur couleur. Ils ont tous la même essence.

Vouloir que les jeunes échappent à leur destin, c’est de la surprotection. C’est leur enlever le droit à la découverte. Tu développes ta personnalité jusqu’à ta mort. Ta connaissance peut même apporter des changements dans ton comportement.

L’attrait l’un pour l’autre est une forme de vibration intérieure. Une attraction naturelle entre deux formes de vie qui s’attirent. Une chimie des sens. La sensation de se compléter. Les âmes s’attirent pour donner naissance à une autre pensée, un autre projet ou à un autre être. On ne naît pas dans le seul but de procréer comme des saumons qui ne peuvent même pas résister à leur instinct. Nous ne mourons pas après avoir fait l’amour.

Le sexe est un plaisir pour répondre à une nécessité : la survie de l’espèce. Il est ancré en nous. Libidos, libidos, des forces qui ne disparaissent pas. L’instinct de vie.

Croisos (s’adressant à Virus)

Je ne sais pas comment tu peux préférer une femme à un homme, mais je suis du même avis que Platon, c’est ton droit et surtout ton affaire. De quel droit peut-on te juger ?

J’aimerais pourtant savoir ce que j’ai fait de mal ou d’incorrect pour que tu te tournes contre nature. Aurais-tu préféré un autre homme? Un gars plus costaud, plus viril que moi? Je ne t’ai pas enculé parce que tu semblais détester ça. J’ai préféré m’en tenir aux plaisirs sexuels de l’adolescence. Tu semblais jouir de mes caresses. Aurais-je dû montrer plus d’audace? Tu aimais ça auparavant avec Platon. T’aie-je rendu jaloux?

Je ne suis pas assez beau pour toi? Je veux juste savoir si c’est à cause de moi que tu t’es détourné de nous. Je ne t’en veux pas, mais je ne veux plus me sentir coupable. Je ne veux pas croire que je suis responsable que tu sois devenu un hétéro, un être contre nature.

Virus

Je n’ai rien contre vous. Je ne te reproche rien, au contraire, j’apprécie ce que tu m’as fait connaître. Je suis simplement plus heureux avec elle. Que veux-tu que je te dise? Je me sens déjà prêt à vivre pour la rendre heureuse. Elle est mon ambition, ma raison de vivre. Nous sentons le besoin de nous compléter. Que les autres me jugent, je n’y peux rien.

Qui peut prouver que je suis contre nature ? En quoi ne suis-je pas ce que mon ADN a créé?

La violence est pire que n’importe quel geste à connotation sexuelle. Et, le rejet est le geste le plus violent quel’on peut avoir envers un individu. C’est pourtant ce que l’on fait à mon égard parce que je n’ai pas les mêmes amours que la majorité.

Si je dis que j’aime une jeune fille, les autres voient ça immédiatement comme un abus, comme si elle était trop niaise pour savoir ce qu’elle veut. Comme si elle n’était pas assez intelligente pour choisir ce qui est bien pour elle. Ce qu’elle aime ou n’aime pas. J’ai beau essayer d’expliquer notre amour dans tous les sens, ils sont tellement tordus que ce tout ce qui est bien pour eux est mal pour nous.

Ypontife (croyant pouvoir marquer un but)

Une fille ne peut pas être l’égale d’un homme. Les dieux l’affirment eux-mêmes. La révélation nous dit qu’une femme doit être soumise à son mari. N’est-ce pas Yvoitou?

Ivoitou

Pour un bout de temps, mais un jour, les rôles seront inversés. Les femmes domineront parce qu’elles seront plus nombreuses. Et, je te jure, elles feront payer aux hommes toutes les frustrations vraies et fausses qu’elles vivent ou ont vécues. La société sera dominée par Lesbos. Les hommes seront mentalement castrés. Leur pire péché sera d’avoir un pénis.

(Un dinosaure qui passait par là demanda à sa mère si Ivoitou parlait du psychiatre fou qui préconiserait la castration chimique pour éliminer les pédophiles.)

Diogène

Les crétins croient à la révélation. Les imbéciles ne se comptent plus. Ceux qui se pensent purs, qui sont incapables de voir le monde autrement qu’à travers ce qu’on leur a appris dans l’enfance, ceux qui se pensent la vertu incarnée, sont plus nombreux que ceux qui se demandent s’ils ont réussi leur vie.

Ils te jugent. Ils ne voient pas que leur vol, leur violence fait encore plus de mal que ton orientation sexuelle. Pour eux, la tendresse est de la pornographie. La guerre est une richesse. Ils détestent les jeunes parce qu’ils sont beaux et qu’eux sont devenus laids. Pour ne pas y être confrontés, ils inventent la pornographie. Elle existe, certes, quand il y a violence ou un manque de retenue. La pornographie n’a rien à voir avec la nudité.

Ils ne voient pas la poutre dans leur œil, mais seulement la brindille dans celui du voisin.

C’est dans l’ordre des choses. Ils s’imaginent être les seuls à avoir raison. Ils ne savent pas que l’individualité naît de la différence. La différence n’a rien à voir avec l’égalité. Tout être vivant est un ADN en devenir qui se réalisera en réactions, comme il le pourra, dans son milieu. En ce sens, tous les êtres vivants sont égaux. Ils sont de la même essence. Ils réalisent ce qu’ils sont. Leur seul devoir est de se réaliser au maximum.

Aristote

Les moralistes ont le savoir, mais n’ont pas la connaissance.

Le savoir, c’est ce que les autres te disent, c’est que tu apprends dans les livres. Tu as des données, bien des données, mais tu ne sais pas si elles sont vraies.

Il n’y a qu’un moyen de saisir la vérité, c’est de «connaître». Connaître, c’est vivre, c’est analyser son vécu. C’est une approche de l’intérieur. C’est l’expérience personnelle. C’est de percevoir ton essence fondamentale. C’est ce qui te permet de créer ta propre morale, pourvu qu’elle ne soit pas violente, dominatrice. Tu fais aux autres ce que tu voudrais qu’il te soit fait.

Le savoir est artificiel, technique. La connaissance, elle, c’est ce que ta conscience a digéré. C’est ton expérience de vie. Malheureusement, bien souvent, on meurt avant même d’avoir compris ce que la vie veut nous apprendre. Un individu est un être en devenir. À ta naissance, ton cerveau n’a pas les mêmes capacités que durant la vie adulte. La perception du monde est donc toute relative.

Platon

Je ne suis pas tout à fait d’accord. Je crois que seules les idées, la pensée, sont vraies. La réalité matérielle est ce qu’il y a de plus faux. C’est un mirage. Ton corps est ton corps parce que ta pensée en a décidé ainsi. Si cette idée, ce concept, n’existait pas, ton corps existerait-il quand même?

Aristote

Le voilà reparti. Démocrite t’a presque donné raison en disant que notre monde matériel est formé d’atomes; mais ça ne veut pas dire que la chaise qui représente une grande masse d’atomes n’existe pas en soi. Le cerveau doit en saisir le concept, l’identifier ; mais la chaise existe déjà comme entité.

Platon se lève, visiblement choqué. Il saisit une chaise et la soulève.

Platon

Non, non, non! La chaise est un amas d’atomes. Cet amas n’est pas une chaise en soi. Tout ça n’est pas vrai, à moins que mon esprit identifie cet amas comme une chaise. La chaise n’existe pas en soi. Elle est une pensée qui surgit dans la caverne dans laquelle notre esprit est prisonnier. Elle est une quantité d’atomes qui prennent la forme que mon cerveau veut bien lui donner. Si mon cerveau ne pense pas chaise, il n’y a pas de chaise.

Aristote

C’est ça, monsieur Platon, s’assied sur une banane parce que dorénavant son cerveau aura décidé qu’une chaise est une banane. Dommage pour la perception. Dommage pour le langage. Pourquoi une chaise est-elle une chaise pour tout le monde ? Est-ce une convention ou une réalité ? Le cerveau identifie et nomme. Il caractérise et définit ce qui sera ensuite identifié à partir de ce carnet cognitif.

Platon

Notre essence .

Virus

Vous ne pourriez pas vous engueuler une autre fois. Si je vous casse une chaise sur la tête, vous verrez bien que ce serait préférable que je vous frappe avec une pelure de banane.

La philosophie nage parfois dans les mêmes eaux que la religion.

Croisos

Virus a raison. Il y a des choses bien plus importantes à penser si on veut sauver notre petit bien-aimé.

Amfèpétéléplom (s’avance)

Vous avez raison. L’enfer, c’est ce que les autres vous font vivre comme tortures quand vous ne pensez pas comme eux. Dans le domaine de la connaissance, rien n’est acquis. On peut tout au plus partager nos découvertes.

Ypontife est expulsé.

Amfèpétéléplom s’avança et embrassa Platon sur le front. Elle lui fit un petit câlin. Elle était charmante.

Ypontife ne pouvait plus tenir sur place. Il s’élança et saisit la petite par un bras, en criant, hystérique :

Ypontife

Qu’est-ce qu’elle fait ici? Qui peut admettre une telle situation? C’est pire qu’un blasphème. Une fillette qui demeure dans une maison où il n’y a que des garçons.

Amfèpétéléplom

Ouche! Lâchez-moi, vous me faites mal!

Elle n’avait pas fini de prononcer ces mots que Virus, Croisos et Diogène, quoiqu’indisposé par la fausse tablette de sa « robe-bar», lui tombèrent dessus.

Ypontife avait beau être fort comme un ours, il ne pouvait pas se défendre contre autant de gens en même temps. Il se lamenta un peu, quand« l’armoire du bar»  de la robe de Diogène, se referma sur son pénis, surélevé par ses testicules d’acier. Ypontife voyait violet.

Il fut précipité à l’extérieur. Diogène profita de l’occasion pour lui mettre son pied au cul.

Diogène

Voilà, le borné !, cria-t-il triomphant .

Par ailleurs, dans la maison, redevenus calmes, on s’interrogea sur ce qui pouvait arriver à Amfèpétéléplom. Ypontife pouvait-il la faire tuer par ses soldats?

Craintifs, tous s’entendirent de la conduire au temple pour qu’elle soit sous la protection d’Athéna. C’était le seul endroit où Ypontife ne pouvait pas intervenir.

De retour à la maison, ils virent qu’effectivement, Ypontife avait envoyé ses soldats. Platon persuada Virus et Diogène de se rendre seul à la maison.

Platon

Ils ne peuvent pas me tuer, Ypontife sait qu’Aristote est à la maison. Un tel geste provoquerait inévitablement un scandale, ce que la cité n’accepterait certainement pas de cautionner.

Virus, Croisas et Diogène se cachèrent dans le bois divin, en attendant que les événements soient un peu moins dangereux.

Platon est arrêté.

Platon décida de se rendre chez lui, malgré les soldats. Il n’était pas encore entré que deux grosses pièces de viande lui mettaient la main au collet. Platon apprit, avant tout le monde, les secrets de l’apesanteur. Il flottait littéralement.

Heureusement qu’il n’avait pas la queue de cheval de Raël, sinon il aurait été utilisé pour le lancer du javelot ou comme expérience d’OVNI. Aussi bizarre que ça puisse paraître, il lui sembla entendre« V’la le bon vent», un autre livre de Jean Ferguson qui explique le principe de la lévitation. Ferguson avait écrit sur les pets. « Petit vent entre deux montagnes». Il pouvait bien expliquer comment flotter, après tout, c’était lui, Ferguson, le spécialiste des soucoupes volantes.

Dès son arrivée en prison, deux membres influents du parti de la majorité, Les ouverts, lui rendirent visite. Ils s’assurèrent que Platon soit bien traité pendant qu’ils obtiendraient les papiers nécessaires à sa libération.

À cette époque, on ne couillonnait pas encore ses camarades au sein d’un même parti politique. Solidaritas était une devise. Solidaritas mè pa bonasse, la complétait.

Aristote arriva presque aussitôt. Il avait décidé de s’adresser directement au peuple, car il croyait, comme Platon, que cet interdit était sexiste et stupide.

« Un humain n’est ni homme, ni femme; ni bébé, ni vieillard, ni blanc, ni noir, mais un humain. Le plaisir n’est pas la douleur, quels que soient l’âge, le sexe, la race.

Tout individu a droit à son intégrité. Empêcher quelqu’un de vivre selon sa nature est donc un accroc à ses droits fondamentaux.

La connaissance se fonde sur l’expérience. Comment l’acquérir si on ne la vit pas? »

Selon Aristote, la connaissance exige la liberté, donc, la possibilité de choix. Impossible d’apprendre à choisir ce qui est mieux pour soi, sans l’existence d’une vie privée réelle. La liberté exige la responsabilité. Celle-ci ne peut pas s’inventer, elle doit être vécue. Comment le faire, si on te refuse le droit d’être un être de sentiment?

Si on veut réfléchir sur un sujet qui échappe aux autres, il ne faut pas craindre d’être enfermé, dès qu’on en parle. Ce n’est pas parce qu’on réfléchit et qu’on écrit ce que l’on pense que cette réflexion est imposée aux autres. Elle ouvre simplement la voie à de nouvelles discussions.

La censure, au contraire, ferme l’esprit. L’excès de pudeur est la pire des impudeurs.

A son avis, l’ayant constaté lui-même, Virus ne pouvait pas être un danger pour la petite Amfèpétéléplom. Il n’était pas violent. Il était même inconscient que désobéir à un préjugé, c’est ensemencer des problèmes.

La majorité des gens ne peuvent pas échapper aux idées préconçues, particulièrement, si elles viennent des religions, et surtout, si elles touchent la sexualité. Il faudra des siècles pour échapper à leurs mensonges, car les religions ont la force nécessaire pour « obliger la foi». Lui avait rappelé Yvoitou.

Aristote devait livrer son message à 15 heures, heure normale d’Athènes ; mais il se mit à pleuvoir comme durant l’été au Québec, empêchant le peuple de se regrouper pour une petite séance de démocratie.

Il en fut quitte pour un bain sauna et un bon massage.

Aristote savait, qu’au moment où la belle température pointera le nez, tous les hommes de la ville seront présents pour les délibérations.

Déjà, à cette époque, la majorité avait compris la nécessité de se rendre voter. Même que s’abstenir était considéré comme une faute grave. C’était le travail de l’homme, de réfléchir au bien de la cité. Heureusement, les candidats étaient de grande envergure, ce qui facilitait la motivation. Les idées sont peut-être comme l’énergie, plus faibles et corrompues avec le temps ?

Certains rêvaient déjà de créer un parti libéral, un regroupement d’hommes d’affaires, incapables de penser à autre chose qu’à l’argent. Les conservateurs, eux, étaient tous membres du temple dirigé par Ypontife. Une bonne partie de ceux-ci dirigeaient l’armée. Le fascisme était déjà un produit religieux.

Depuis Socrate, on a bien essayé de reconstituer cet esprit civique démocratique, mais ça ne fonctionnait pas. Les élus pensaient de plus en plus à vide ou en fonction des faveurs. Les fonctionnaires, eux, commençaient déjà à créer toutes sortes de règlements pour se tenir occupés.

Les citoyens intelligents savent qu’il ne faut pas penser autrement que la majorité ; quoiqu’un pays n’évolue pas, si tout le monde pense pareil. C’est la civilisation  de l’identique.

Selon les philosophes, la démocratie est le triomphe  de la  majorité.   Les   droits  sont  là,   eux,   pour   protéger   les minorités, et encore plus les minoritaires. On a beau dire, peu de gens respectent cette réalité. Ce n’est pas assez payant.

Aristote retourna voir son bon ami Platon en prison. On lui avait remis les dossiers permettant une autre libération conditionnelle temporaire. Ils sortirent tous les deux, en sifflant.

Ypontife grimpa dans les rideaux, jurant qu’un moment donné, il épinglerait ces maudits philosophes qui risquaient de modifier l’avenir.

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