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Les derniers amours de Platon 19

juin 21, 2020

Aristote

Les religieux rendent pire la stupidité des classes sociales en donnant aux rois un pouvoir qu’ils n’ont pas. Les rois mourront comme tous les autres. Mais, en offrant aux rois ce pouvoir, ça leur permet de l’exercer et le partager aussi. L’aristocratie et l’oligarchie sont des saletés. Des parasites.

Diogène (s’adressant à Aristote)

Monsieur, monte sur ses grands chevaux ! C’est moi le baveux, habituellement.

Vous devriez vous en tenir à votre rôle d’aristocrate. Le nez pincé et la gueule en cul-de-poule vous vont très bien. Vous pouvez discourir tant que vous voulez, vous n’aurez jamais assez de couilles pour quitter Alexandre.

Aristote

C’est vous qui venez me faire la leçon ? Vous pensez que vous avez l’air plus intelligent quand vous vous masturbez devant tout le monde ? Il y a des affaires que l’on fait en privé. Comment pouvez-vous respecter les autres, si vous ne vous respectez pas vous-mêmes ?

Diogène

C’est bon pour les hypocrites ! La masturbation, ça déstresse. Ça de bons côtés… ça déconstipe les esprits trop bornés.

Aristote

Au moins, les hypocrites respectent les autres, eux.

Diogène

Quel con ! Si les gens ne veulent pas me voir, ils n’ont qu’à regarder ailleurs.

Platon

Wow ! Wow ! Vous n’êtes pas ici pour vous chicaner. Ici, c’est une maison où l’on adore réfléchir et respecter la libre pensée, pas un endroit pour se crier des bêtises.

C’est vrai que l’avenir du pays est important pour les citoyens du pays en entier ; mais les premiers pas dans le monde d’un petit gars sont aussi importants que cet avenir, car, c’est lui avec les autres, qui construiront l’avenir.

Si Virus apprend à vivre heureux dans sa peau, il sera attentif aux besoins des autres, car il est impossible que tout le monde vive en ascètes, ce serait faire du masochisme le but ultime de la vie. Il faut de tout pour faire un monde.

Tout individu a le droit, tant qu’il n’est pas violent, qu’il n’impose pas ses idées, de penser et de vivre comme il l’entend, même et surtout, sa sexualité.

Pour chaque individu, l’être le plus important, c’est lui.

Qu’on le veuille ou non, c’est la nature même des choses.

Diogène

On n’a pas besoin d’habiter un palais. Un tonneau peut suffire. Qui veut partager mon habitat ? Je suis heureux de recevoir quiconque veut bien m’accompagner.

Platon

Tu sais bien que ta manière de vivre ne sera jamais populaire.

Oracle

Erreur. Les itinérants seront extrêmement nombreux vers le début du XXIe siècle. Ils dérangeront même.

Virus veut travailler.

Platon et Aristote sont passés à table, dès que Virus et Croisos entrèrent dans la maison. Un ouragan, des éclats de rire. Le bonheur retrouvé. La bande de Dionysos était même moins joyeuse que nos deux jeunes amoureux.

Avec leur apparition, la vie reprenait ses droits. Ils embrassèrent Platon sur le front, avant de prendre place. Ils formaient un beau couple.

Platon fit remarquer que l’atmosphère était enfin plus détendue. Diogène salivait devant la beauté des deux derniers arrivés, ce qui semblait indisposer Aristote, qui ne put s’empêcher de lui lancer « Vieux cochon ! ».

Diogène se mit à quatre pattes et s’avança renifler entre les cuisses d’Aristote. Aristote se contenta de chasser l’intrus en lui assénant un léger coup de pied dans le ventre. Diogène ne répliqua pas, il savait qu’il n’était pas assez fort pour faire face à Aristote.

Diogène

Tu as brisé le bord de mon baril, prépare-toi à me payer les dommages.

Aristote

Tu peux toujours rêver, jamais tu n’auras un sou de moi. Tu voudrais qu’en plus de t’entretenir, j’enrichisse les parasites de ton espèce. Jamais. L’industrie du chantage n’est pas encore à la mode. Les arènes remplissent bien ce besoin de diversion. Pendant que le peuple s’amuse avec ces détails, ses dirigeants le volent. L’armée est payée pour protéger Alexandre, mais qui fait vivre les veuves au retour de ses batailles ? Un monde pourri.

Platon n’écoutait pas. Il était ravi de voir que ses deux jeunes avaient réussi à s’entendre. Leur amitié resplendissait. Il savait que dorénavant, il avait deux fils adoptifs plutôt qu’un. Il était bien conscient que sa vie, avec eux, parce qu’il voulait jouer au père, était dorénavant purement affective.

Platon

Avec Croisos, je ne manquerai jamais de tendresse. Le sexe, c’est pour les jeunes, pas pour les vieux comme moi. Mais, s’il…

Platon demanda à Croisos de s’occuper le plus tôt possible de son entrée au lycée. Platon adorait ce genre de responsabilités. À son avis, l’éducation était l’élément prépondérant et essentiel au développement de la Grèce.

Platon

Aider les autres, voilà le vrai sens de la vie.

Platon s’était même demandé si le fait de se sentir utile à un autre être humain dans la vie quotidienne n’était pas un plus grand stimulus que de se rendre au forum donner des conférences.

Platon

Qu’est-ce que ça donne d’écrire ou d’être un grand orateur ? Je n’ai pas besoin de ce prestige. Je mourrai bientôt. Oublié ou non, quelle différence ça fera, si je ne suis pas là pour le vivre ?

Diogène (s’adressant à Croisos)

C’est merveilleux ! Ce que réalisa ta langue.

Croisos rougit, mais ne sembla nullement vexé.

Croisos

  • Est-ce une demande de services ?

Platon

Le temps n’est pas aux échanges de services. Que veux-tu manger, Diogène ?

Diogène

Croisos, bien évidemment.

Puis, avec un grand air dédaigneux, Diogène rappela qu’il était un chien, ce qui ne manqua pas de faire intervenir l’Oracle, qui annonça qu’un jour, un certain Léo Ferré, lui aussi, dira qu’il est un chien.

Diogène

Ça n’a pas d’importance ce que feront les gens de demain, je suis le premier à y avoir pensé. Je dirais même, à le vivre. Malheureusement, je n’aurai pas de droit d’auteur jusqu’à cette époque.

Virus

De toute façon, tu ne saurais que faire de tout cet argent. T’as bien assez de barils pour vêtir tous les pauvres du quartier.

Parlant d’argent, Virus se tourne vers Platon.

Virus

J’ai une grande nouvelle à t’annoncer. Je me suis engagé dans la mine d’or de Paulus des marais. J’aurai une tortue par mois.

Aristote

C’est bien peu. Ce Paulus est vraiment un exploiteur. Ce travail vaut au moins trois oboles par mois. Et, tu n’as même pas l’âge nécessaire pour aller sous terre. Que crois- tu pouvoir faire ?

Platon (décontenancé)

Aristote a raison, c’est de l’abus. Je ne vois pas pourquoi tu irais travailler alors que tu as tout ce que tu veux ici. Tu n’es pas bien avec moi et Croisos ?

Platon ne voulait pas raviver ce qu’il avait cru être de la jalousie ; mais Croisos semblait être devenu un nouvel argument pour faire prendre conscience à Virus de sa vie de petit privilégié, comme celle, d’ailleurs, de tous les amourajeux.

Virus

Je veux savoir ce que je peux faire. Je ne suis pas un mollusque, ni une mauviette. Si je gagne assez d’argent, je pourrai me louer un appartement avec Croisos.

Platon blanchit. Il savait qu’il ne pouvait pas empêcher le petit de faire ce qu’il veut.

Platon

C’est ta vie.

Aristote

Ce tabarnache de Paulus des marais n’est jamais content. Il emploie plus de 4,000 esclaves dans sa maudite mine. Il y en a qui crèvent toutes les semaines et il cherche maintenant à embaucher les jeunes du pays. Il n’a aucun respect de…

Diogène

C’est un riche. Que veux-tu ? Quand tu es si riche, tu sais exploiter les autres. As-tu déjà vu un étrier devenir millionnaire ? Pour être riche, il faut nécessairement être un voleur. Moi, on ne peut pas me voler, je n’ai que des barils.

Virus

On ne vole pas tes barils, mais on vole le fer qui les entoure. Je suis certain que le forgeron Ygosse Bin arrive à le racheter à bon prix. Tu as peut-être une part de la lame du couteau de Xéros le doubleur, sans même le savoir.

Tous, sauf Diogène, la trouvèrent d’une logique implacable. Ils riaient à qui mieux mieux, pendant que Diogène faisait la baboune.

Aristote

C’est justement lui, ce maudit Paulus des marais, qui tourne autour d’Alexandre pour le persuader de se rendre en Perse et de dominer les pays étrangers. Il lui fait miroiter la fortune et la gloire et mon Alexandre l’écoute comme si c’était la Pythie.

Ces maudits lobbyistes sont plus forts que moi et le bon sens. Ils font semblant d’appuyer le roi, mais ils profitent de ses guerres pour s’enrichir. Ils ont leurs pilleurs professionnels, qui n’attendent que ça. Ils ont aussi le front de faire augmenter le prix des matériaux, en prétendant que le volume de minerais ne permet pas de répondre aux besoins du marché. Créer la rareté pour en fixer les prix. C’est une forme intelligente de vol.

Oracle

Dans quelques siècles, à cause du pétrole, on réanimera une vieille religion qui croira que grâce à sa richesse elle peut reconquérir le monde.

Toute vie sera en danger sur la planète. Les crises économiques rendront les maîtres de la terre de plus en plus fous.

Les crises économiques sont souvent les signes avant- coureurs des guerres. La loi du plus fort existera toujours, car plus tu es croche, plus tu es puissant.

On finira par manquer de pétrole pour vrai, alors on se cognera sur la gueule.

Platon

Nous en discuterons demain, je me sens mal, ce soir.

Le choc fut très brutal quand Platon s’aplatit sur le plancher. Les invités se précipitèrent à son secours. On craignait pour sa vie.

Platon à l’agonie, mais…

On apporta Platon sur son lit. Il suait à grosses gouttes. Les deux jeunes étaient atterrés. Que leur arriverait-il si Platon mourait ? On prend souvent conscience de la valeur de ceux qui nous entourent qu’au moment de leur mort.

Les jeunes s’en voulaient de ne pas avoir plus fait attention pour annoncer à Platon leur désir de vivre ensemble.

  • On l’a peut-être tué, en tombant en amour. Il est peut-être jaloux, pensa Croisos.

Croisos était trop concentré pour s’apercevoir que Diogène en profitait pour lui passer la main sur les fesses.

Virus était blanc comme un drap, il s’approcha de Platon en pleurant et lui promit de ne plus le quitter si cela pouvait lui sauver la vie.

  • Je n’irai pas travailler, si tu ne le veux pas.

Il saisit la main de Platon et la serra. Une larme coula sur les joues du vieux philosophe.

Même si c’était encore récent, Virus n’avait jamais connu un tel père. Depuis qu’il l’avait rencontré, il n’avait jamais manqué de rien. Au contraire.

Malgré ses sautes d’humeur, Virus appréciait ce que Platon faisait pour lui. Qui aurait accepté de rendre la liberté à deux esclaves, seulement pour pouvoir les considérer comme ses fils ?

Platon sourit et lui dit simplement :

  • Tu dois faire ce qui te plaît. Tu es assez grand pour en décider. J’aimerais seulement que tu restes un peu à la maison pour t’occuper de moi. Juste le temps que je guérisse. Sache que toi et Croisos devenez maîtres des lieux si je meurs. Je vous laisse tout.

Platon n’était pas un aristocrate, mais il vivait très bien, comme tous les bourgeois de l’époque. Il ne participait plus aux grandes réunions démocratiques parce que la foule le fatiguait. Comment tenir le coup avec cinq mille personnes entassées pour un seul vote ? Par contre, c’était un excellent moyen pour rencontrer les veilles connaissances.

Platon était très fier de l’esprit démocratique de son peuple, des gens de sa ville. Rien n’était accepté sans que la majorité l’ait accepté.

Le silence venait de s’établir quand le vieux jardinier arriva avec un médecin. Quelques minutes plus tard, celui- ci pouvait confirmer sans l’ombre d’un doute que la vie de Platon n’était plus en danger.

Rassurés, Virus et Croisos, après avoir demandé aux invités de revenir le lendemain se déshabillèrent et se couchèrent un de chaque côté de Platon. Cette fois, ce serait lui qui profiterait de la souplesse de leurs doigts et de la chaleur de leur langue.

Nul philosophe ne fut jamais aussi comblé. Et si c’était ça, le ciel ?

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