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Le jeune espion (11).

mai 10, 2020

*     *

Le travail de Jean-François était une vraie routine. Lever à huit heures. La tournée des pots de chambre dans les toilettes des trois maisons. Déjeuner. Heureusement, il n’avait pas à jouer la boniche, puisque les petits-enfants  des Dubois fréquentaient des écoles privées. Le reste de la journée, il aidait les deux femmes au ménage et à la  cuisine, en plus de promener King, le chien des Dubois… un gros saint-bernard, extrêmement doux. Rien de bien forçant, mais du travail sans arrêt.

Heureusement, il y avait les mardis soirs. C’étaient les concerts d’Huguette au piano. La fille du patron excellait autant dans le classique que le populaire. Quand Sonia Larose se joignait à elle, c’était un délice pour les oreilles.

Malgré l’interdit de quitter la mine, Jean-François avait ses mercredis après-midis libres. Il en profitait pour se rendre au village et examiner les travaux qui s’y déroulaient. C’était au moins ça de pris, il écrivait tout ce qu’il apprenait sur la mine à son père, dans une correspondance qu’il avait ironiquement surnommée : « Les épîtres de Jean-François aux élus du paradis ».

Grâce à ces expéditions, il découvrit une scierie près du village de la mine. C’est là que l’on préparait les planches pour la construction de nouvelles maisons.

À sa grande surprise, trois jeunes garçons, d’à peu près son âge, y travaillaient avec leur père.

Les Fournier avaient été les premiers sur le site de la mine, lors de la deuxième tentative. C’est ainsi que Jean- François apprit qu’il y avait une Maria d’avant la guerre et celle que l’on connaissait maintenant.

À l’heure du dîner, ces jeunes transformaient le tablier du moulin en salle de quilles. Rien n’échappait à leur capacité de création. Ils étaient aussi réputés pour l’excellence des cabanes qu’ils construisaient quelque part dans le bois.

Jean-François fut vite invité à participer aux jeux que se livraient les gamins. Ils étaient très fiers de pouvoir enfin jouer en équipes. Dès le mercredi suivant, après le travail, Jean-François fut initié à la bande des Fournier, afin de connaître l’endroit secret où se trouvait leur fameuse cabane.

Jean-François ne manquait plus un mercredi après- midi. La présence de jeunes de son âge était une bouffée d’air frais hebdomadaire. Cette rencontre permettait d’oublier un peu l’éloignement familial, car même s’il était toujours occupé, sa famille lui manquait terriblement.

Parfois, la vie intérieure de Jean-François était aussi sombre que cette journée, où même à deux heures de l’après-midi, il faisait aussi noir qu’à minuit.

Une telle situation avait provoqué la panique. Était-ce la fin du monde ?

Tous ceux qui ne dormaient pas ou ne travaillaient pas sous terre s’étaient massés à la salle communautaire. L’abbé Bureau en profita pour multiplier les confessions avant la récitation du rosaire. Malgré sa peur de mourir, Jean-François se sentait prêt pour le grand voyage. Il n’avait rien à se reprocher… il aimait Dieu et  son prochain. Et, mourir, n’est-ce pas tout simplement le retour à la lumière pure du Cosmos ? Le bien-être de l’extase ? Le retour au voyage léthargique entre deux vies ?

On apprit plus tard dans la journée à la radio que cette obscurité était due à un incroyable incendie de forêt en Alberta.

D’habitude, le monde se massait ainsi à la salle communautaire, seulement le dimanche pour assister à la messe de l’abbé Bureau, qui reprenait parfois deux fois le même bout de messe, au grand plaisir du petit Maheux, le servant de chœur à la messe du dimanche. Ce dernier possédait le record de celui qui l’avait le plus mélangé au cours d’une même messe, car il lui avait donné quatre fois du vin à l’offertoire.

Il y avait aussi réunion de tout le monde, sauf les enfants, le samedi soir pour visionner des films de cowboy. C’était toujours un moment très attendu. Les jeunes grimpaient aux fenêtres pour les écouter, malgré l’interdit de l’abbé Bureau. On pouvait toujours discerner des nez et des paires d’yeux rivés aux fenêtres.

Jean-François s’arrangeait toujours pour leur apporter quelques friandises et des liqueurs, qu’achetait en cachette la jeune institutrice.

Jean-François aimait particulièrement ces films, parce qu’il partageait l’importance des Dubois, en pouvant les accompagner à l’intérieur, alors qu’ils se rendaient à leur siège. Les Dubois, avec les institutrices, écoutaient ces miracles de l’image, du haut d’une estrade réservée aux gens importants.

Les classes sociales existaient, même si les Dubois ne le cherchaient pas particulièrement.

  • Il y a des pouvoirs que l’on donne parfois aux autres par notre propre attitude, avait répondu l’institutrice favorite de Jean-François, quand celui-ci voulut savoir pourquoi ses patrons ne se joignaient pas aux mineurs.
    • Regarde-les agir. Ils sont toujours à quatre pattes devant les Dubois. Personne n’ose contredire les Dubois. Les Dubois se sentent maintenant très importants, au- dessus de tout le monde, plus fiers, plus capables, plus intelligents. Des bourgeois qui ne peuvent plus se mêler au petit peuple. C’est pourquoi ils demeurent sur leur colline et envoient leurs enfants dans des institutions privées. Ils ne sont pas de notre monde. Ils se pensent supérieurs. Et, c’est notre faute… Nous les forçons par notre attitude servile à jouer ce rôle.

C’était on ne peut plus vrai, car l’admiration des mineurs pour les Dubois n’avait de limites que la légende qui les entourait.

Cette légende voulait que Dubois fut dans sa jeunesse, un solide bagarreur, ce qui forçait les Anglais à le respecter. On le surnommait « Le lion du Nord ».

Il avait, disait-on, sauvé la vie d’un missionnaire, un peu trop entreprenant dans le travail de conversion. Ce dernier avait baptisé la fille d’un chef de tribu, malgré l’interdit de son père.

Il aurait suffi, dès l’apparition de Dubois, que celui-ci manifeste que ce missionnaire était son ami – et on sait que les amis des amis chez les Indiens sont aussi leurs amis

– pour qu’il obtienne la vie sauve pour le missionnaire. C’était partie remise, car quelques années auparavant, en acceptant ce chef dans sa cabane – le contraire de la tradition blanche – lors d’une tempête infernale, Dubois l’avait sauvé d’une mort certaine.

Le racisme, cette maladie mentale, n’avait pas prise sur Dubois. Pour lui, un homme est un homme, quelle que soit la couleur de sa peau ou la langue utilisée. Seule la religion échappait à cette règle, car les religions sont inculquées dès l’enfance. Ainsi, personne n’échappe à la religion de ses parents.

On disait que la Maria avait été découverte, grâce aux confidences d’un vieux chef indien qui, sur son lit de mort, aurait montré par ses signes sur des cartes géographiques à Dubois, cinq emplacements de mines importantes. Dubois aurait ensuite accepté d’exploiter ces mines pour les autochtones, grâce à l’insistance du Père Généreux. D’ailleurs, les autochtones devaient toucher vingt-cinq pour cent des bénéfices de la compagnie.

Dubois tenta d’abord de faire exploiter le gisement minier par Timmins, qui avait beaucoup plus de liquidités ; mais, celui-ci abandonna sous prétexte que la valeur aurifère n’était pas suffisante. Dubois, qui croyait avoir été trompé par les Timmins, reprit l’affaire en main, grâce à la création d’un syndicat d’actionnaires du Lac-Saint-Jean, au Québec. Ce n’était pas très riche, mais suffisant pour permettre à l’entreprise de survivre. Dubois prétendit toujours, par la suite, que les Timmins avaient inventé toutes sortes de manigances pour reprendre la mine. Timmins dut, selon le contrat, lui céder toutes les installations.

Ainsi, la vie à la mine n’avait pas toujours été rose. La première tentative pour rentabiliser la Maria échoua. Un actionnaire qui se croyait berné poursuivit même M. Dubois en cour. Dubois fut reconnu coupable, à Toronto, d’avoir vendu des parts par escroqueries, car le bulletin de la mine, dédié aux actionnaires et aux journaux du  Québec, ne contenait pas toujours toute la vérité. On se servait même de la photo d’autres mines pour illustrer la réalité de la Maria.

Durant la guerre, Dubois et quelques mineurs venus du Québec, survécurent en vendant au fédéral, le peu d’or qu’ils parvenaient à tirer de la terre. Certains en auraient même caché pour gonfler leurs avoirs. À cette époque, les actionnaires étaient rares et la mine dut cesser officiellement ses opérations. Les Dubois recevaient quand même parfois, de certains actionnaires, des montants d’argent par la poste. Ces argents étaient investis par des amis de la Beauce.

Dubois essaya, avec la fin de la guerre, de redémarrer le projet minier pour honorer une promesse faite au Père Généreux afin d’assurer une sécurité aux autochtones, que l’on délogeait de leurs territoires de chasse et de leurs traditions. Malgré ses efforts, l’argent entrait au compte- gouttes et la mine tournait à plat.

Malade, inquiet de la tournure des événements, le Père Généreux mourut en 1949 dans les bras d’Adrien Dubois. Ce fut tout un choc pour les Dubois.

Durant plusieurs années, le fils des Dubois, Adrien, avait accompagné le Père Généreux dans des visites en traîneau chez les Amérindiens, partageant le respect de son père pour ces peuples d’une grande beauté. Plus tard, un ancien aviateur, ami de la famille, pilota l’avion donné au Père Généreux par les Timmins afin qu’il poursuive sa mission, malgré sa santé de plus en plus fragile. Même si M. Dubois voyait dans ce geste charitable des Timmins une tentative de corrompre le missionnaire pour reprendre la mine, il avait gardé un profond respect pour ce jésuite, son ami.

Autant les autochtones que les mineurs furent chagrinés par la mort de ce saint missionnaire. On voyait pour la première fois, à Princetown, des chefs indiens, ornés de plumes, pleurer aux funérailles d’un blanc. Les gens étaient stupéfaits.

Quelques rares mineurs de la première époque se rappelaient qu’avant la guerre, la Maria employait quelques Amérindiens, mais ceux-ci, préférant la chasse et la liberté au travail, désertèrent la mine.

Chose certaine, M. Dubois avait, comme le Père Généreux, de bonnes relations avec les Peaux-Rouges. Assez souvent, le matin, avant que personne ne soit levé, un indien lui apportait de l’orignal ou du chevreuil. Cette amitié était des plus discrètes, sauf pour le vieux Bill, qui rendait parfois visite aux gens du village.

Si la mort du Père Généreux avait fait verser bien des larmes, elle eut financièrement un tout autre impact. La mort du Père Généreux provoqua un immense afflux d’argent. Des amis du Québec décidèrent de créer un mouvement sur une base coopérative, pour permettre aux Dubois de réaliser le rêve du missionnaire : le club de la Maria.

La création de ce club, suite à la mort du Père Généreux, a tout changé. Ce n’était plus un petit cercle privilégié d’amis, mais une grosse affaire. Les actionnaires, tous du Québec, particulièrement de l’Estrie, se chiffrèrent très vite à plus de cinq cents.

Certains actionnaires prétendirent même que quelques mois après la mort du Père Généreux, des hommes de la haute finance tentèrent de récupérer la mine. Ils harcelèrent M. Dubois, jusqu’à l’hôpital où il  avait été opéré dans le dos, afin qu’il leur vende la Maria.

On lui aurait même offert les services d’une prostituée. M. Dubois aurait toujours résisté à la tentation pour protéger les argents de ses actionnaires.

– Vous vous trompez, Messieurs, jamais un Dubois ne trahira ceux qui ont mis leur confiance en lui, aurait-il répondu héroïquement.

Pour déjouer les lois immobilières de l’Ontario et du Québec qui l’empêchaient de vendre ses actions, Dubois avait créé tout un système de prêts, lui permettant de récolter quand même des tonnes d’argent.

Les actionnaires n’investissaient pas, ils prêtaient l’argent à la compagnie jusqu’à ce que le moulin de production soit construit et en exploitation. Alors seulement, les prêts prendraient l’allure d’actions. Ces prêts permettaient aux Dubois de payer les mineurs et d’entreprendre de construire le moulin pour exploiter la mine et la rendre rentable.

Quand Dubois se rendait au Québec, c’était pour ramasser des fonds. Il était appuyé sans réserve par le clergé. On recrutait les gens influents dans un certain milieu, puis ceux-ci faisaient la promotion de la mine. La présence des prêtres servait à mettre tout le monde en confiance. Les gens se dévouaient sans merci pour la cause de la Maria, car si le projet avortait, ils perdraient tout leur argent.

La fièvre de l’or et la confiance dans l’exemple clérical étaient sans limites. Certains allèrent jusqu’à hypothéquer leurs fermes ou leurs pensions de vieillesse pour investir dans la Maria.

En plus du club, le clergé jouait un rôle de premier ordre, en se servant de la présence des autochtones pour justifier le financement du nouveau diocèse dans le cadre de la Propagation de la foi. Mgr Savoie avait aussi inventé le projet de construire une immense cathédrale à Hearst, dédiée à la mère de Dieu. Selon Mgr Savoie, chaque donateur verrait son nom inscrit sur la brique qu’il avait payée.

Si la Maria et les projets de Mgr Savoie connaissaient une très grande popularité au Québec, personne en Ontario ne voulait investir dans cette aventure dite périlleuse.

Plus Jean-François en apprenait sur M. Dubois, plus son admiration croissait. Il devint comme les mineurs, presque fanatiquement fier de faire partie d’une aussi grande et aussi noble entreprise : la Maria. C’était presque de l’adoration.

M. Dubois n’était pas insensible au ravissement de Jean-François. Tout homme normal, surtout s’il est un peu vaniteux, peut vite deviner quand il est vénéré. Toute personne qui perd son sens critique vis-à-vis d’une autre devient vite soumise.

M. Dubois aurait bien aimé amener Jean-François dans sa tournée au Québec, car le jeune savait flatter sa vanité. Faute de le pouvoir, il lui confia la tâche de lui rapporter tout ce qui s’y passerait durant son absence, promettant aussi de dire à son père combien il était fier d’avoir un tel partenaire.

  • Tu dois écrire tout ce que tu vois, tu entends et m’en rendre compte à la virgule près, dès mon retour.

Jean-François était tellement heureux qu’il faillit échapper un « c’est comme me l’ont demandé mon père et l’évêque de Hearst », mais il sut retenir sa langue.

À la fin d’août, les Dubois quittèrent la Maria pour visiter les actionnaires au Québec. Pour Jean-François, la vie à la mine se muta d’un coup en paradis terrestre.

Le jeune était ébloui par l’ingéniosité des travailleurs. Pour construire le tracé de la route, Fortin installa un tronc d’arbre qui dépassait de chaque côté, à l’avant du camion. Au fur et à mesure, qu’il avançait, un groupe d’hommes abattait tous les arbres qui empêchaient le camion de progresser. Dès qu’ils avaient déboisé l’espace nécessaire, un bélier mécanique aplanissait la route, tout en faisant disparaître les troncs d’arbres.

En trois jours, la route de la mine à la rivière était tracée.

Là, on entreprit de construire un pont. Un mois plus tard, les travaux étaient terminés.

En plus de noter l’évolution des travaux, chaque matin, Jean-François aidait Quirion à aller chercher le courrier.

– Tu sais que la Maria a sa propre identification postale, disait M. Quirion. Tu pourrais simplement écrire la Maria, Ontario, Canada, sur l’enveloppe, n’importe où dans le monde et ta lettre se rendrait chez nous. N’est-ce pas tout à fait formidable ? Profites-en, mon vieux, au printemps ce n’est pas toujours une sinécure d’être postillon. L’an passé, il y avait tellement de boue que l’on dut se servir de briques pour improviser un trottoir entre la camionnette et le bureau de poste du Petit Lac, de dire Quirion pour revaloriser un peu son travail. Par contre, le bout de chemin allant du Petit Lac à la rivière, que l’on partage avec une compagnie d’exploitation forestière, est souvent mieux entretenu que les rues du village. D’ailleurs, tu sais qu’avant, il fallait presque tout faire le trajet en chaloupe, au risque de couler sous le poids des paquets.

Après la malle, Jean-François se rendait au secrétariat de la mine. Il était ainsi disponible, prêt à aider ceux qui pourraient avoir besoin de lui. C’est ainsi qu’il accompagna souvent l’ingénieur Dagenais, qui se rendait sur le terrain chercher des spécimens, appelés carottes, afin de déterminer la richesse et la quantité d’or dans les veines découvertes à la surface.

  • C’est vrai que tout se passe généralement sous terre, mais on a découvert de très belles veines à la surface, expliqua Dagenais. Notre mine d’or a été produite par l’explosion d’un volcan, il y a des milliers d’années. Avec la larve, l’or a été traîné jusqu’ici, ce qui fait que cet immense dépôt, qui couvre aussi la région de Val-d’Or, ne peut exister qu’en surface, après avoir été transporté, dilué dans la fonte des glaces. Les veines seraient des fissures qui auraient partiellement été remplies par cette larve, riche en or. La coulée donne un peu l’image de l’araignée. Si tel est le cas, cela veut dire que la vraie mine, le ventre de l’araignée, se trouve ailleurs. M. Dubois, lui, affirme qu’il est ici, en profondeur. Mais, M. Dubois a beau dire qu’il faut encore descendre, que la Vierge lui a indiqué où se trouve l’or, moi, je ne crois pas que c’est en creusant que nous découvrirons cet amoncellement, mais si nous le trouvons nous serons très riches.

Ces explications hantaient Jean-François, car il avait bien de la difficulté à s’imaginer la présence d’une si terrible bête sous terre, à moins que ce ne soit le diable… après tout, le veau d’or, c’était l’amour de l’argent. C’est ce que Dieu combattait… Si c’était ça, se demandait Jean- François, pourquoi l’Église vénère-t-elle autant l’or… tous les calices et ciboires ne sont-ils pas en or pur ? Dieu doit être mal à l’aise de se retrouver dans de l’or.

Malgré le fait qu’il comprenait peu l’enjeu de cette lutte technique entre M. Dubois et son ingénieur principal, Jean-François rapportait avec exactitude les propos de Dagenais, dans les lettres adressées à son père.

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