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Les derniers amours de Platon 16

juin 18, 2020

Mais, son ami avait raison d’un certain point de vue. Virus agissait comme s’il était Zeus en personne. Il croyait que Platon lui devait tout. C’était plutôt Virus qui profitait d’être aveuglément aimé.

Aristote ne semblait même pas s’apercevoir du malaise de son ex-professeur.

Aristote

Je voudrais absolument que vous présidiez un  colloque que nous organiserons dans deux semaines sur le problème de la mondialisation.

Virus et Diogène.

Malgré sa peine, Platon était prêt à aider, une fois de plus, la Grèce à ne pas courir à sa perte.

Les petits pays, qui vivent la démocratie et savent répondre aux besoins essentiels de leurs citoyens, sont plus riches que les empires. Les empires n’enrichissent que ceux qui sont déjà très riches. Et, les riches se fichent bien des pauvres. Seul, leur petit nombril compte.

Platon savait d’instinct que la mondialisation est une dangereuse fièvre de riches, une forme d’éclatement du cerveau qui se prend pour une réserve d’énergies. Leur soif est si grande qu’elle pourrait assécher les océans. Les portefeuilles des états pilleurs sont des éponges. Faute d’être, les riches compensent par l’avoir. Comme les dinosaures, ils sont appelés à disparaître, asséchés par les changements climatiques.

Il savait aussi que toutes les religions voudraient un jour être universelles, car chacune prétend détenir seule la vérité. Un empire, une religion. Un tel orgueil conduit nécessairement au mépris des autres.

Voilà pourquoi, Platon considérait la foi aveugle comme étant le pire des dangers de l’humanité. La foi qui ne se remet pas est question est une forme de schizophrénie. C’est la voie royale pour la maladie mentale, particulièrement, l’hystérie.

« Il ne faut pas s’aimer beaucoup pour ne pas chercher à comprendre ce que l’on est, d’où on vient et où on va », pensait Platon.

Platon n’eut pas le temps de répondre à Aristote que le petit Virus est entré dans la maison avec nul autre que son nouvel amant, Diogène.

Diogène, nu dans son baril-losange, tenait sur son épaule le fragile petit Virus, complètement nu, plus saoul que Dionysos lui-même.

Platon sursauta, se demandant s’il devait réagir et comment. D’une part, son âme de père lui disait qu’il devrait le punir pour être dans une si fâcheuse situation. L’ordre exige parfois un peu de sévérité. Qui aime bien châtie bien, c’est connu.

Par ailleurs, Platon savait qu’une punition n’est profitable que si elle n’est pas excessive. Ainsi, le puni se reconnaît à travers son erreur et comprend que la punition ne vise que son bien. Punir peut, parfois, être le mal nécessaire pour éliminer un danger et redresser une situation, tout comme cette punition peut être le fondement de la révolte.

La boisson est le moyen par excellence, avec les drogues, pour devenir des petits voyous, des irresponsables et des gens violents. Ce peut être aussi un moyen pour oublier, une façon hypocrite de se suicider. On ne s’enlise pas dans la boisson et la drogue seulement pour connaître de nouveaux plaisirs, car cette phase est vite dépassée et remplacée par l’esclavage à la drogue.

D’autre part, son esprit démocratique lui disait que Virus ne lui appartenait pas et que lui seul peut décider du comment il doit agir et user de son corps. La sexualité est ce qu’il y a de plus privé dans la vie de tous les individus. Malheureusement, les prudes essaient toujours de se mêler de la sexualité des autres pour compenser leur manque d’amour envers la beauté du plaisir.

Platon ne voulait pas manquer de vertu et devenir jaloux à son tour. Il savait que quelle que soit l’âge, tout individu à des droits et spécialement, le droit à la vie privée. Les parents sont les premiers policiers créés par le système pour s’assurer que les jeunes ne soient pas trop rebelles. Platon le savait parfaitement et ne voulait pas tomber dans ce piège social.

Diogène

J’ai rencontré ton fils. Je n’aurais jamais cru que tu aies un aussi bel enfant sous ton toit.

Aristote

Tu n’as pas honte de l’avoir ainsi saoulé ?

Diogène

Je n’ai jamais fait ça. Le petit est venu à côté de moi, rond, absolument rond, pleurnichant et disant qu’il avait perdu son meilleur ami. Il prétend que « Platon » l’a trompé avec un certain Croisos. Croisos, c’était ton amant d’occasion au marché, je crois. Pourquoi l’as-tu choisi pour l’amener chez toi, pour toi ?

Platon (stupéfait)

Croisos est un esclave que j’ai acheté pour me masser et me tenir compagnie parce qu’à la retraite, être seul, c’est la mort accélérée, la misère au bout de la route.

Un enfant, c’est un soleil permanent, malgré les inquiétudes. Comme un chien, il ne te crie pas de bêtises quand il te voit. Il est toujours content de ta présence.

Je n’aurais jamais cru que Virus serait jaloux et je n’ai jamais, encore moins, voulu faire de la peine au petit. Je m’étais dit que nous partagerions Croisos afin d’avoir une chose de plus en commun. Croisos est la beauté même. La tendresse incarnée. Le savoir en devenir. Il pouvait être bénéfique autant à Virus qu’à moi.

Diogène (fixant Virus)

  • Est-ce vrai ?

Virus

  • Ça n’a pas d’importance. Croisos m’a volé mon ératès10.

Platon

C’est faux. Je l’ai choisi pour nous. Il m’a littéralement séduit par sa beauté. Quant à toi, je ne t’ai jamais autant acheté de cadeaux et tu ne me laisses même plus te caresser les cheveux. Nous ne marchons plus ensemble durant des

heures comme avant. Tu ne veux même plus venir au  lycée. Que deviendras-tu ? Je t’aime, moi. Je veux que tu sois un homme vénéré et vénérable.

Diogène

Je vais le mettre au lit et je reviens. Je me sens trahi de ne pas avoir su avant que ce bel enfant, que j’ai dans les bras, existât, quand je suis venu te voir.

Platon

Ce bel enfant dormait. Je ne vois pas pourquoi, au nom de quel principe d’hospitalité, je l’aurais sorti du lit pour toi.

Platon n’avait pas fini de parler que Diogène se mit à flatter les cuisses et les fesses du petit, qui avait de la difficulté à marcher tant il était saoul. Ils entrèrent dans la chambre. Puis, ce fut le silence. Un silence qui perdurait comme l’éternité.

Intrigués, Platon et Aristote se rendirent sur le porche de la chambre de Virus et ne purent s’empêcher de rire.  Les deux s’étaient endormis comme des marmottes : Diogène s’était écrasé sur le lit. Il avait le baril remonté jusque sur la tête, le « flag » complètement découvert. Virus était couché sur le plancher, le moineau pendant.

Aristote (regardant Virus)

Comme il est beau ! C’est une des merveilles du monde.

Platon

La beauté est essentielle à l’amour. Toute personne amoureuse trouve son amant beau, même s’il est une horreur à regarder.

Aristote

La beauté est un paramètre individuel. Le destin. Tu es toujours beau pour au moins une âme sœur. Malheureusement, ce ne sont pas tous les individus qui la découvrent.

Ils retournèrent à la table pour essayer de pouvoir enfin tenir une conversation.

Paulus des marais.

Aristote ne perdit pas une seconde. Il expliqua à son ex-maître Platon qu’il craignait vraiment pour l’avenir de la Grèce.

L’oracle

Aristote a raison d’avoir peur. La mondialisation est un moyen de remettre tous les pouvoirs entre les mains d’un nombre restreint d’individus, surtout dans les domaines financiers et des énergies de pointe. Une mafia mondiale qui se nourrit principalement du blanchiment d’argent. Elle inventera la bourse pour être une meilleure voleuse. Les multinationales essaieront même de dominer les pays et leurs gouvernements.

Les arnaques ne se compteront plus. Quand tu es plus fort que le pays qui te reçoit, tu te fais subventionner pour t’installer, puis tu pars, sans remettre l’argent que les citoyens ont donné pour se garantir du travail.

Quand ces individus ont le monopole, ils font la pluie et le beau temps. Ils fixent les prix et définissent les marchés. Ils achètent les industries moribondes pour mieux les revendre, plus tard, à grands profits. Ce lavage  de linge sale en famille est ce que l’on appelle une crise. Les crises sont des moyens de se débarrasser du bois mort et permettre aux plus riches de créer de nouveaux fours pour couler de l’or.

Ainsi, ces monopoles pour encaisser encore plus de profits exigent la fermeture de certaines succursales. Pour les empêcher de fermer leurs portes, les gouvernements doivent payer pour maintenir les emplois. C’est l’avantage de pouvoir opérer dans plusieurs pays puisque les nations n’ont plus le pouvoir de les arrêter. C’est la force de la mondialisation. Une pyramide. L’argent n’a pas de race, ni d’odeur. D’ailleurs, avec les journaux et les religions, ils manipulent les opinions du public.

Pour avoir plus de pouvoir, ces bandits n’hésitent pas  à provoquer des guerres. D’ailleurs, les guerres sont un moyen de s’enrichir facilement. Paulus des marais veut que ses ennemis soient affaiblis pour racheter leurs avoirs.

Aristote

J’ai toutes les raisons de croire qu’Alexandre se lancera dans d’interminables guerres qui ruineront le pays.

Paulus des marais tente d’influencer le roi en ce sens. Il possède tous les marais riches en or noir et jaune de notre pays. Il aimerait éliminer tous ses concurrents, surtout dans les autres pays. Plus son monopole est établi, plus il peut faire fluctuer la valeur des marchés et fructifier la valeur de ses portefeuilles. Il nomme son empire en dehors de la Grèce, le Power du corps à corps. Puisqu’il ne peut pas lui-même mener le combat, il essaie de persuader Alexandre de le faire pour lui. Des luttes entre grandes puissances. De l’or à n’en plus savoir quoi faire.

Les rois sont fous, ils se prennent pour des dieux. Ils sont téméraires et surtout, pour eux, un être humain ça ne veut rien dire. C’est moins important qu’une once d’or. Pas difficile de les mettre dans ta poche quand t’es docteur en manipulation.

Paulus des marais est docteur ès lobbies, c’est-à-dire un homme qui n’a pas peur de donner de grands sacs d’or en cadeaux pour obtenir une faveur spéciale. Il est venu au palais. Il organise la chute de la Grèce inc. En faveur de la Rome inc. « Le marché de Rome est plus prometteur », dit-il.

D’ailleurs, Paulus a ses bureaux qui donnent directement sur Grèce inc. Fini l’indépendance de la caisse. La fédération peut maintenant s’approprier de tout. Les villes n’ont qu’à fournir les taxes demandées, même si ce sont elles qui fournissent les services. La fédération est un moyen de voler les villes.

L’an dernier, Paulus a invité tous les grands de ce monde à venir passer leurs vacances sur son bateau de luxe, juste question de créer des liens, d’obtenir une oreille attentive. Jamais Alexandre n’eut droit à autant de vins et de petits éphèbes. Permettre aux autres de jouir est  un immense pouvoir. De plus, ce richissime homme d’affaires a rencontré Alexandre, hier soir. Il parlait de Perse et d’Inde.

Je pensais que Paulus voulait obtenir une licence spéciale pour engager 5,000 autres esclaves pour travailler aux mines d’or de ses marais ; mais il s’intéresse surtout de la certitude de pouvoir bénéficier des résultats de ces guerres économiques organisées à travers le monde.

Paulus des marais n’est pas que le riche propriétaire des marais situés à un mille d’ici, juste en dehors de la ville. Ce vieux multimilliardaire veut engager cinq mille nouveaux esclaves pour essayer de retirer encore plus d’or des marais. Une vraie Thérèsa Gold mines. Sauf, que cette fois, l’or y est vraiment en abondance et non seulement une promesse de la divine Providence.

Platon en colère.

Diogène n’était pas sorti de la chambre de Virus que Platon l’apostropha.

Platon

Tu devrais avoir honte de profiter de l’ivresse d’un jeune pour en faire ton amant d’un soir. Qu’est-ce qui te dit que le jeune aime ça ? Pourquoi lui ?

Diogène

Serais-tu devenu si vieux et impuissant que tu ne sais plus identifier la démarche des jeunes à la recherche d’un vieux ? Il y a des gestes qui ne mentent pas. Je ne suis pas le problème… c’est toi.

Virus ne t’appartient pas. Ce n’est pas ta propriété, ni ton esclave. De quoi te mêles-tu ? Laisse-le vivre sa vie. Vivre et laisser vivre ! En lui interdisant de vivre sa sexualité comme il l’entend, tu le prives du droit le plus fondamental pour tous les individus : sa vie privée. Il est le seul maître de son corps et de son esprit. Il a le droit de faire ce qui lui plaît.

Platon

C’est mon fils.

Diogène

C’est toi qui le dis. Qu’en pense Virus ?

Platon

Il n’a rien à dire. Nos papiers sont en règle et de par la loi, Virus m’appartient. Je l’ai affranchi et je l’ai adopté. J’en suis responsable.

Diogène

Même si t’avais été le géniteur, crois-tu que l’enfant est la propriété de ses parents ? En devenant parent, tu l’as choisi et tu t’es rendu responsable de lui. Tu l’as choisi pour te faire plaisir. Pour te faire croire qu’un jour, t’auras un descendant. Pour te faire croire que tu as réussi ta vie.

Virus s’appartient et lui seul est le propriétaire de lui- même. Tu nais seul, tu vis seul et tu meurs seul. Par contre, personne n’est heureux seul.

Platon

L’enfant n’est pas notre propriété, à nous les parents, mais c’est nous qui offrons notre vie pour leur assurer la sécurité et le bonheur. C’est nous qui payons pour les nourrir, les faire instruire, les guérir quand ils sont malades. As-tu déjà souffert pour un enfant que tu aimais ? As-tu déjà eu peur de ce qui peut lui arriver ? On a souvent beaucoup plus peur pour notre enfant que pour nous- mêmes. On veut qu’aucun mal ne lui arrive. C’est normal, ça ! Ce soutien ne vaut rien ? On n’a rien à dire sur le développement de notre enfant ? Paye, mais ferme ta gueule !

Diogène

Pourquoi souffrir quand on peut se procurer le plaisir sans plus de frais ? Je ne lui ai rien demandé à ton Virus. C’est lui qui m’a tourné autour, me montrant gentiment ses atouts. Je ne suis pas de bois, j’ai succombé à ses charmes, même s’il n’est pas la beauté même.

Platon

Oui, mais c’est à toi de dire non.

Diogène

Pourquoi dirais-je non ? C’est amusant, une visite au paradis. Il n’y a rien de mal à faire l’amour. Je ne le bats pas. Je ne le force pas à aller se faire tuer à la guerre, moi. Je ne le fais pas travailler durant des heures à l’école ou dans une mine. Qui l’exploite le plus, à ton avis ? Ceux qui ont rédigé les lois pour avoir de la main-d’œuvre à bon marché, de bons soldats, ou moi, qui lui permet de jouir, de vivre l’extase ?

Tu sais parfaitement comme moi que les interdits sexuels ne sont basés que sur les hallucinations de religieux qui ont de la difficulté à accepter leur corps et qui s’imaginent que le paradis est automatiquement rattaché à la disparition de la matière. Ils hallucinent parce qu’ils s’exposent à des sacrifices qui débordent leur capacité d’endurance. Quand tu souffres trop, t’entends des voix ou tu voies des choses.

Ce sont ces gens hors nature qui décident de ce qui est le bien ou le mal. Ils n’ont qu’à se masturber et leurs désirs cesseront d’être des apparitions du diable. Ils auraient plus de plaisir à se joindre au diable qu’à jouir seul, remarque bien. Le diable a tout une queue !

Platon

Ce n’est pas de ce que je te parle. Je le préfère dans ton lit que sur un champ de bataille. Je ne suis pas fou. Je te parle de sa liberté. Saoul, a-t-il vraiment voulu te charmer ?

10- Sugar daddy

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