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Virus 2

juin 24, 2020

Virus est  le tome 2 dans la trilogie Les derniers Amours de Platon. Ce tome est intitulé :

              Virus. Un hétéro chez les gais.

Le retour de Virus à la maison

Platon et Croisas s’installaient au portique de la maison, dès 16 heures, attendant tous les deux, avec impatience, que leur amant mutuel, Virus, fasse son entrée. Quel chanceux, ce Virus ! Être la flamme de deux hommes qui ne soient pas jaloux l’un de l’autre. Ses deux amants  se            voyaient        dorénavant        plutôt    comme  le complément l’un de l’autre dans le but précis, exclusif, de réaliser le bonheur de Virus.

Platon, du haut de ses 80 ans, attendait davantage dans l’inquiétude. Le propre des vieux est souvent d’appréhender le pire. Il craignait que Virus soit abusé par ses patrons, se blesse ou soit blessé, dans une des nombreuses rixes à la mine.

Ces attaques sauvages des patrons étaient organisées pour s’assurer qu’il ne se tisse aucun lien entre travailleurs, car la camaraderie aurait pu donner une certaine force et mettre en danger la domination absolue des patrons.

Titus Paulus des marais, le grand patron, voyait des complots dans toutes les amitiés qui se créaient automatiquement entre travailleurs qui partagent les mêmes dangers. Aussi, maniait-il la carotte et le bâton.

Les patrons immédiats servaient d’espions pour la direction. Ils devaient avertir leurs supérieurs dès que quelque chose leur semblait louche. Et ces derniers ne manquaient pas d’imagination quand ils voulaient se débarrasser d’un esclave, un peu trop turbulent ou paresseux.

Pour les patrons, un ouvrier est une machine qui coûte toujours trop cher.

Tout devait apporter des bénéfices au grand patron : la mort quotidienne de quelques esclaves n’avait aucune importance. Il y en avait des centaines d’autres qui pouvaient être achetés et ajoutés immédiatement en remplacement.

Malgré sa sagesse, Platon n’était pas encore assez évolué, dans sa prise de conscience de l’humain, pour dénoncer l’existence de sous-hommes. Il savait que l’ordre établi acceptait l’esclavage et vouloir le contester était choisir de mourir très rapidement.

D’ailleurs, Titus Paulus des marais comptait sur les guerres d’Alexandre pour augmenter son cheptel d’esclaves et le nombre de mines dont il serait le nouveau propriétaire.

« Faire fructifier les riches, c’est assurer le succès de l’empire», disait-il devant les élus.

On n’avait pas prévu que les riches se comporteraient de plus en plus en chacals. Et, qu’on le veuille ou pas, les richesses de la planète ne sont pas inépuisables.

Malgré son sens de la démocratie, Platon, comme tous les Grecs, acceptait que l’on isole socialement des catégories d’individus, spécialement les métèques, les étrangers. Ceux­ ci formaient d’ailleurs le plus grand nombre de gens sans identité, les esclaves.

Les esclaves n’étaient pas payés. Ils étaient souvent mal nourris et les journées de travail n’étaient jamais assez longues pour satisfaire les propriétaires. Malgré tout, les hommes étaient beaucoup plus mal traités que les femmes. Dans ce monde d’esclaves, la tâche des femmes étrangères était habituellement de s’occuper de l’entretien de la maison. Elles devaient décharger l’épouse des tâches secondaires pour que madame se consacre spécifiquement à la gouverne économique des fermes.

Par ailleurs, les concubines, quant à elles, jouaient un rôle plus important auprès des épouses, en aidant dans l’éducation des enfants, mais comme les prostituées, elles ne pouvaient pas en principe avoir de relation sexuelle avec leur maître, afin de protéger la qualité du sang et la lignée. Cette fonction était réservée uniquement à l’épouse.

Cependant, pour payer moins de salaires, la mine des marais n’hésitait pas à engager quelques esclaves féminines. Elles étaient habituellement affectées au lavage des pépites.

– Pourquoi ne pas encourager les femmes à se dépasser au travail et avoir en même temps un bassin de personnel moins coûteux et plus grand à exploiter ? Se disait Titus Paulus des marais.

Le féminisme de l’époque était encore celui de l’aliénation de la gent féminine. La fonction la plus payante étant la virginité.

Si Titus Paulus des marais était prêt à engager les femmes qui se présentaient pour travailler à la mine, les hommes voyaient ça tout à fait différemment. Ils croyaient que les femmes devaient vivre entre femmes.

Pour elles, pour leur protection, les femmes n’allaient pas à la guerre. De plus, elles ne se préoccupaient pas de politique, car la vie politique tournait presque  toujours autour des besoins de l’armée et des guerres à entreprendre. Les femmes avaient assez de soucis avec la vie économique de la ferme de leur mari pour ne pas chercher à prendre les commandes. D’ailleurs, elles étaient mariées très très jeunes pour que l’époux leur apprenne à bien administrer ses avoirs présents et futurs. Malheureusement, le choix de l’épouse faisait encore partie de la tâche paternelle et les femmes n’avaient rien à dire quant à leur sort.

Les guerres étaient populaires parce qu’elles permettaient aux plus riches de s’abattre sur les pays conquis comme des corbeaux et se ravitailler en esclaves. Plus les riches étaient près du roi, plus ils avaient de chances que celui-ci leur lègue une partie du pays conquis pour exploiter ces richesses. Le lobbyisme n’existe pas seulement depuis quelques années. Ce lobbyisme était une situation utile pour les riches, car c’étaient les autres qui se battaient et, eux, qui en profitaient.

La guerre est toujours une lutte entre gens riches aux dépens des pauvres populations civiles.

Tout, sauf la vie des femmes, intéressait Platon.

Quant à Croisos, il attendait Virus dans l’excitation et la joie. Croisos savait que dès l’arrivée de Virus, il s’appliquerait à laver son petit amant pouce par pouce et lui donner un massage. Il verrait aussi à s’informer à savoir quels mets il faudrait préparer pour souper. Virus, ayant travaillé toute la journée, avait droit de choisir son menu. Ce à quoi convenait également Platon qui assistait à ces séances de lavage et de relaxation.

Ces retrouvailles étaient aussi de véritables séances d’information puisque Virus prenait plaisir à raconter tous les événements de la journée.

Platon était horrifié de constater le peu d’humanisme et de condescendance des patrons envers les esclaves.

« Pourquoi ces hommes qui constituent la force de l’entreprise ne peuvent-ils pas se réunir pour obtenir un minimum d’avantages? » Se demandait Platon. Par contre, Platon savait qu’il était inutile d’amener le sujet lors des réunions politiques puisque les Grecs croyaient qu’ils étaient supérieurs à tous les autres, grâce à leurs richesses.

Diogène, qui se prenait pour un chien, vivait cette pauvreté, mais parce qu’il le voulait bien. Il aurait pu obtenir les grâces d’Alexandre qui n’aurait pas demandé mieux, car, il était follement amoureux de ce petit philosophe délinquant. Celui qui impose toujours l’ordre aime parfois le désordre.

Diogène se présentait presque tous les soirs chez Platon. Il n’entrait pas, mais regardait par la fenêtre. Tout ce qui l’intéressait était de voir Croisos et Virus dans toute leur nudité. Platon ne s’irritait pas de la situation, car disait -il, personne n’a fondu quand on l’a regardé. Seuls les gens qui ont honte de leur corps insistent sur une prétendue vertu qui consiste à se cacher le sexe. Pourquoi le sexe, pourquoi pas le nez ? Il peut être aussi très excitant. Cléopâtre en est la preuve vivante.

Ce qui devait arriver se produisit. Trois jeunes esclaves furent tués dans un accident. Parmi les victimes, il y avait les deux frères d’une petite esclavage que Virus avait remarquée.

Virus tournait de l’œil chaque fois qu’elle s’approchait de lui. Le cœur lui débattait à vitesse grand V. Il n’avait jamais été saisi par une telle fougue, que l’on appellera plus tard, le coup de foudre.

Virus l’aimait à la folie. Tous les jours, il allait dîner avec elle et ses deux frères. Il ne pouvait pas demeurer indifférent à ce qui se produisait, surtout qu’à son avis, cet accident avait été arrangé par le« gars des vues».

« Qu’arrivera-t-il à cette charmante demoiselle ? », se demandait Virus.

Immédiatement après l’accident, les espions de la mine exigèrent des contremaîtres de regrouper tous les esclaves de ce service afin de les haranguer.

Quand ils furent tous réunis, le représentant de la mine s’adressa à eux.

Représentant

Non seulement vous ne travaillez pas assez vite, mais en plus, vous êtes imprudents. Voyez ce que votre indiscipline a provoqué : trois morts.

Nous ne pouvons laisser passer un tel événement. Que diront les responsables de la sécurité au travail du gouvernement ?

Par conséquent, pour remettre de l’ordre, reprendre le temps perdu, dorénavant, jusqu’à une date indéterminée, vous travaillerez une heure de plus par jour. Cette semaine, on ne vous remettra qu’une paire de pantalons plutôt que deux. Il faut bien faire face aux dépenses causées par cet accident.

Nous ne voulons entendre aucune plainte. C’est vous qui travaillez mal, c’est vous qui créez ainsi des dangers pour vous et vos confrères de travail.

Virus savait que c’était faux. Comment pouvait-on accepter que des humains, même esclaves, puissent être tués pour augmenter la production ? Selon Virus, tout individu est égal à l’autre, quel que soit son statut, même esclave. C’est ce que Platon lui avait enseigné et qu’il trouvait parfaitement raisonnable.

Les dirigeants remirent les esclaves au travail à coups de fouet. Virus était assez intelligent pour savoir que seul, il ne pouvait rien.

Sa haine de l’injustice était à son comble, tout comme son impuissance.

Virus aurait bien voulu les attaquer, mais il était encore trop petit et trop seul pour agir. De plus, Virus ne pouvait pas être affecté à des tâches dangereuses parce qu’il n’était pas un esclave. Il y avait là un fossé qui l’empêchait d’être en communication avec les autres travailleurs.

Pire encore, tout le personnel de direction fut vite avisé qu’il était le petit amant de Platon, donc, qu’il était mieux de le tenir à l’écart, étant donné le pouvoir de son maître.

Malgré son jeune âge, Virus comprit que ces espions étaient les véritables assassins. Ils avaient volontairement provoqué l’accident pour justifier ce changement d’horaire et cette retenue vestimentaire dans ce secteur de la mine.

Virus voyait pour la première fois le vrai visage de l’exploitation et l’emploi de la légalité pour mieux dissimuler la vérité et plumer les moins bien nantis.

Virus

Ces salauds se sabotent eux-mêmes pour dépenser moins et ainsi faire plus de profits. Quelle bande de salauds !

Pour les patrons, seuls les revenus comptent. L’économie avant tout. Les esclaves existent pour travailler. C’est la vérité qui lui arrivait en plein visage.

À la maison, Virus fulminait en racontant l’accident.

Croisos et Platon étaient surexcités de voir leur cher petit chéri aussi en colère.

Virus leur expliqua en détail ce qui venait de se passer, cachant cependant, pour le moment , son intérêt pour la petite esclave.

Platon, attentif, fit immédiatement venir un des représentants de l’organisation de la sécurité au travail du gouvernement.

Platon demanda à Virus de bien vouloir s’enfermer dans sa chambre durant les délibérations sur cet accident. Il ne voulait surtout pas que le petit soit mêlé à cette histoire d’une façon ou d’une autre.

Platon

Je ne veux pas que tu sois victime de représailles parce que tu m’en as informé, c’est clair, n’est-ce pas, Virus? J’ai assez de détails pour conduire l’enquête. Croisos  te lavera seul ce soir.

Platon lui passa la main dans les cheveux et le serra contre lui.

  • Une chance qu’il travaillait au tamisage et non à sortir les roches extraites, se répétait Platon. Le vieux philosophe pleurait par anticipation.

Étant donné sa réputation d’ami d’Alexandre et d’Aristote, le ministère délégua immédiatement le plus haut fonctionnaire. Ce n’était pas le temps que le roi Alexandre soit informé que certains de ses patrons dans les mines provoquent des accidents pour justifier des changements d’horaire ou de paye.

Grâce à l’esclavage, manquer à la sécurité pour accélérer les travaux ou mal les effectuer, pour justifier ensuite des reprises, était monnaie courante sur ces chantiers sans syndicat. Même à cette époque, on avait inventé les dépassements de coûts pour justifier des travaux supplémentaires et un extra pour enrichir davantage l’entrepreneur. Le vol légal était monnaie courante. Dès son arrivée, Platon raconta cet accident au fonctionnaire, tout en refusant de divulguer de qui il tenait ses informations

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