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Manifestation

février 21, 2021

Eh oui!  Grosse manifestation à Magog contre le couvre-feu. Surprenant, mais ça vient d’avoir lieu. Surtout des automobiles avec drapeaux et klaxon, mais en plus, peut-être une vingtaine de personnes à pied. Évidemment avec le slogan Legault fasciste.

Finalement, l’exaspération commence à se faire sentir. Les gens ont besoin de vivre une vie normale et non  de se sentir encabané. Par contre, la responsabilité en prend tout un coup. Qu’on le veuille ou non, le virus existe. Il tue. Plus de 10,000 au Québec. C’est sérieux.

On attend après le vaccin parce que les fameux contrats fédéraux ne valent pas grand-chose. Une semaine de retard et ce sont de nouvelles mortalités. Ce n’est pas un marathon, c’est un sprint contre le virus.

Une fois que l’on a dit que le pharmaceutique et  l’immobilier (spécialement les condos) sont les mamelles du blanchiment d’argent, il faudra bien s’interroger sur le sens de tout ce qui se passe actuellement.

On semble oublier que la crise climatique et la surpopulation sont les deux principaux nids de ces épidémies et de tout le dérèglement de la météo actuel.

Est-ce que l’on parle de la déforestation? De l’immense majorité humaine qui doit faire des pieds et des mains quotidiennement juste pour vivre un peu décemment?  

La fin d’un État

février 20, 2021

L’état de Grâce 19

À son arrivée chez Anatole, Paul sauta de l’auto, après l’avoir légèrement embrassé sur la bouche, insouciant, sans remarquer sa mère sur le perron qui le regardait atterré. Celle-ci de souriante est devenue blanche de colère. Paul n’était pas sorti de l’auto qu’elle l’engueulait. Éric n’entendit que :            

– T’étais avec ton maudit chien sale, vous voilà rendus deux tapettes.    

Paul enfila dans la maison, sa mère par derrière.      

À son arrivée chez lui, Éric téléphona chez Paul. Simone répondit :        

– Ah, c’est vous! Eh bien, mon maudit cochon vous en avez du toupet, vous ne parlerez plus à Paul et à aucun autre icitte. C’est-y assez clair?   J’ai appelé les policiers. Ils vont vous l’arranger la face.      

Éric ne connaissait pas les lois d’ici, alors il crut que les limiers pouvaient effectivement le poursuivre parce qu’il croyait Paul trop jeune; mais il avait déjà l’âge de consentement donc il pouvait seul décider s’il avait ou non une relation avec une autre personne de son choix.

Éric se sentit presque défaillir. Il raccrocha. Il était pris de panique, tellement abasourdi, qu’il ne pouvait plus bouger. Son esprit était paralysé. L’image de la prison lui vint immédiatement avec tout ce que cela comporte d’humiliations; puis, il songea qu’il pouvait acheter le juge. Il finit par pouvoir se relever de sa chaise, se rendit au cabaret, vida une bouteille de cognac, puis, revint se coucher saoul mort.        

Devant la peur, il n’y a que la soulerie pour se libérer, oublier tout ce que la réalité comporte de nuages noirs. 

Le lendemain matin, il décida de quitter Montréal durant quelques semaines et revenir chercher Paul, que sa mère et ses frères s’y opposent ou non, police pas police, mort ou pas mort      Toutes ces menaces ne venaient que lui réaffirmer sa vraie nature, ses vrais besoins : il ne pouvait plus vivre sans être en amour avec Paul ou un autre garçon. Il acceptait sa pédérastie comme un lien normal avec les autres et le scrupule comme un geste d’une pure ignorance, de dédain de sa réalité humaine. Les féminounes n’étaient pas encore capables de cacher la différence entre la pédérastie et la pédophilie.           

Jamais Éric n’avait connu une telle frayeur. À chaque auto-patrouille, il se sentait défaillir, persuadé qu’il serait arrêté d’un instant à l’autre. Il n’aurait jamais cru qu’il fut possible de vivre avec cette stupéfiante impression d’un complot monté contre lui, un complot dans lequel presque tous les gens qui l’entourent trempent plus ou moins; un complot perpétuel qui se noue et se renoue, dont le seul but spécifique, est de te faire se sentir coupable, sale.

L’Inquisition de la droite et de la gauche est perpétuelle depuis des siècles même si elle change de forme. Elle existe encore au Québec sous forme d’ostracisme.      

Éric songea que le plus grand crime social est de vivre. Il crut même en la possibilité d’être en guerre avec dieu, cette superstructure sociale, ce surmoi, responsable de la hiérarchie; et, par conséquent, la justification de l’esclavage humain mise au service des tenants du pouvoir, de ceux qui créent la morale et les lois.     

Éric songeait parfois que Dieu n’est que la somme des règles humaines qui permettent, sous prétexte de l’existence de la société, de jouer dans l’inconscient et la conscience de la majorité des hommes pour le profit d’un petit groupe de privilégiés qui dirigent ce que l’on doit penser, sous prétexte de l’ordre et du bien général.  Il ne faisait pas encore la différence entre religion et spiritualité.

Éric s’en foutait quand même, puisqu’à son avis, Dieu était le bourreau d’un gouvernement fasciste dont le but était la pénétration de l’âme humaine, d’où la création de son existence pratique est fictive, son but ultime. Éric n’avait jamais cru en Dieu.          

Éric était acculé au pied du mur, poursuivi par les frères de Simone qui menaçaient de le tirer et par la police qui pourrait le faire emprisonner.   Il lui était impossible de demander conseil à qui que ce soit, puisque grâce à l’ignorance pour la grande majorité des gens, la pédérastie est une perversion, une infamie. Comment peut-on croire une chose pareille puisque la pédérastie permet enfin à un jeune de s’éveiller à la jouissance, à la vie, à lui-même?          

Accablé, Éric décida de rendre visite à son ami, le ministre de la Justice, lequel avait un fort penchant à son égard. Au nom de cet amour, peut-être accepterait-il d’empêcher la police d’enquêter à son sujet?              

Le ministre le reçut effectivement très bien, même plus cordialement qu’un ami. Il n’eut qu’à attendre quelques minutes avant d’entrer à son bureau alors que plusieurs autres attendaient depuis des heures dans l’antichambre ou dans les couloirs menant à la chambre ministérielle.      
Ils se serrèrent la main frénétiquement. Le ministre lui palpa le corps de petites claques avant de l’inviter à s’asseoir dans un fauteuil soyeux, comme pour se rappeler la douceur des lits…   
Après avoir verrouillé les portes, le ministre l’embrassa avec passion et lui passa même les mains sur le sexe, en sifflotant entre les dents un « qu’y a-t-il là, mon Coco? » 

Éric le laissa libre d’exprimer ses goûts, sachant que cela pourrait l’aider à obtenir ce qu’il voulait.  

Après quelques minutes, Éric avait instruit le ministre de ses problèmes, même si celui-ci s’intéressait davantage à combler ses propres frustrations.           

Le ministre était visiblement jaloux de l’existence de Paul et fit part à Éric de son impuissance à intervenir. « Les gens pourraient me le reprocher si ça se savait un jour. »

Sans dire un mot, Éric le quitta sur-le-champ, exaspéré par autant d’égoïsme et de lâcheté. En claquant la porte, Éric lui lança :     

– Ne t’en fait pas, mon Jojo, je pars ce soir. Tu ne me reverras plus. Tu n’entendras plus parler de moi.           

Éric fut vite en route pour l’aéroport à la merci d’un appel de Simone. Sans trop le réaliser, il acheta un billet pour le premier endroit annoncé: Vancouver. Probablement que ce geste instinctif était le fruit de ses conversations avec Serge.      

Au cours des premières heures, Éric crut qu’il serait trop vite repéré au Canada, mais à force d’y réfléchir, plus tard un peu, il convainc que ce n’était pas si mal. Dans le fond, il n’aurait pas besoin de ses papiers. De plus, il pouvait toujours changer de classe sociale, gagner du temps, en vivant avec les plus pauvres.

Ce qui frappa d’abord Éric, dans l’Ouest, c’est qu’il n’y a pas de taudis comme au Québec. La richesse est partout ou presque. Il ne voulait pas révéler qu’il était somme toute, même dans cette situation, encore assez riche.   D’autre part, ne connaissant que peu l’anglais, il était acculé à la solitude, une solitude encore plus écrasante que celle connue depuis son enfance, une solitude telle que tu te demandes si tu appartiens vraiment à la race humaine.         

Il pouvait briser ce malaise qu’avec les jeunes. Il se tint à la taverne un certain temps, question de créer des liens.     

Du fait de vivre, avec les jeunes, dans leur pauvreté, Éric se sentait continuellement sous pression, espionné, comme s’il était un personnage important duquel on voulait tirer des informations vitales. Il était surtout, littéralement épuisé de toujours devoir fuir, d’être esclave des faits et circonstances, de ne jamais avoir la paix.           

Éric avait toujours rêvé d’intégrité, c’est-à-dire d’être lui-même, dans toutes circonstances, dans toute sa vérité, et voilà qu’il devait, pour sa sécurité personnelle, accepter de cacher une partie de lui-même aux autres. Même s’il demeurait quand même profondément transparent, le fait d’avoir une partie de vie secrète, le mettait très mal à l’aise. Il avait l’impression de tricher.                 
Éric était épuisé. Il ne comprenait pas la méchanceté de ceux qui se prétendent purs et profondément religieux alors que cela devrait au contraire créer des gens tolérants. Quels hypocrites!         

L’absence de Paul lui devenait de plus intolérable et les gens qui l’entouraient le fatiguaient vite. Il reprochait aux jeunes du Québec à Vancouver de manquer de vitalité, de ne songer qu’à la drogue, de se laisser leurrer par le tape-à-l’œil de l’été puisque durant cette période de l’année, tous les services étaient améliorés et francisés; alors que durant l’hiver, la ségrégation reprenait de plus belle.  

Quant aux francophones de l’Ouest, il leur reprochait de vivre pour l’argent, en peureux, en baisant sans cesse le cul des maîtres.   Il reprochait à l’association francophone d’être menée par une petite élite conservatrice, puritaine, religieuse fidèle à la reine Élisabeth d’Angleterre, une bande de moutons qui mérite son assimilation à force que ne pas avoir le courage de se faire respecter. Mais, la majorité des francophones, eux, étaient des gens sympathiques et combattants, presque des héros.        

« Les Anglais songea-t-il, n’ont jamais compris un autre langage que celui de la force et de la peur quand il s’agit du droit des autres, puisqu’ils se croient toujours supérieurs. »   

Éric était stupéfait de constater que l’association francophone écartait, pour ses propres intérêts, les besoins réels des francophones de l’Ouest parce qu’elle était largement subventionnée par le gouvernement fédéral       . 

À son avis, même les journaux francophones étaient le fruit d’une veille bourgeoisie déclinante. Par contre, les jeunes ne cessaient de parler en mal de la RCMP et de la police de Vancouver qui se comportaient comme des SS, ne respectant même pas la loi, opérant des fouilles illégales des jeunes dans les restaurants ou sur la rue comme une vraie bande de salauds.  

Éric constatait aussi que dans l’Ouest, les gens ne vivent que pour l’argent, le travail. Ils sont hautement intégrés, incapables de désobéir et ne songent même pas à contester. Ils sont heureux. Ils croient en Jésus. Ils font la guerre au péché, qui n’est évidemment que celui de la chair. Ils se fichent que leur train de vie se fasse aux dépens du reste de l’humanité. Ils se payent une partie de ciel sur terre, quand ils arrivent à décrocher un emploi.         

« Ils sont si superficiels, songea Éric, qu’ils peuvent bien se croire Canadiens alors qu’ils sont Américains colonisés.       

Éric se sentait encore plus asphyxié à Vancouver qu’au Québec quoique les jeunes y fussent moins niaiseux sur le plan sexuel. Même s’ils étaient très attrayants, Paul lui manquait tellement qu’il avait de la difficulté à s’ouvrir à la beauté de la jeunesse qui existe dans n’importe quel pays, n’importe quelle race.   Paul, c’était plus qu’une simple aventure sexuelle, un petit plaisir physique passager, c’était une forme de vie, un regard, le bonheur d’aimer et de se sentir aimé.

Pour passer le plus inaperçu possible, Paul vivait comme et avec la majorité des jeunes Québécois installés à Vancouver. Il s’efforçait d’être comme eux, sans le sou, essayant par tous les moyens de s’en tirer sans travailler, de soutirer quelque cennes pour survivre et ensuite faire la fête.    

Pour oublier, il alla passer une semaine à Edmonton. Il décida d’aller chercher Paul dès son retour à Vancouver.  

À son arrivée à Vancouver, Éric réapprit qu’être francophone en dehors du Québec, ça signifie emmerdements. Les jeunes migrants devaient quant à eux, voler ou se prostituer pour survivre, et ce même si le bien-être est très généreux. Éric n’était pas encore entré dans un restaurant pour retrouver ses petits copains que la police l’approcha, le questionna et le fouilla soigneusement.          

– Ils n’ont pas le droit de…, vint pour dire Éric. 

– La police ici a tous les droits. Elle ne suit pas la loi, elle la fait. Gare à toi, si tu répliques. T’es vite oublié dans un trou en prison, après avoir été battu. Oublié jusqu’à ce que tes blessures ne paraissent plus.  

– Parles-tu anglais?          

– Non, répondit Éric, qui considérait ne pas avoir une connaissance intéressante de cette langue.
 
 – T’es mieux de ne jamais te faire arrêter, sinon tu te feras massacrer, lui recommanda un jeune avec qui il s’était rendu souper. Ils haïssent les Français et comme le Centre de la main-d’œuvre, il ne se gêne pas pour te dire retourner chez toi, que le Canada est anglais, et rien d’autre. Je me suis fait écœurer une nuit durant parce que j’étais Québécois. Je me suis enragé et j’ai crissé un coup de pied dans une porte d’hôtel. J’avais mon voyage des hosties d’Anglais fanatiques, avec leurs lois stupides, arriérées, et leur maudite reine.  

Ça n’a pas été long. J’ai été ramassé en même temps qu’un Indien, accusé de la même offense, être saoul. Ils nous ont poussés dans le panier à salade, ils ont accéléré autant qu’ils ont pu et ils ont soudainement changé de direction pour qu’on se casse la gueule.         

À mon arrivée, ils m’ont fouillé. Ayant de la difficulté à comprendre l’anglais, un officier m’a foutu un coup de pied sur les orteils… méthode rapide d’assimilation… Peu après, un autre policier m’a foutu un coup de coude puisque j’étais réticent à les laisser prendre mes empreintes. Un autre est arrivé, le 218. Il a commencé à m’engueuler en me disant qu’il déteste les Français et qu’il aimerait en cabocher quelques-uns. Il a voulu m’enfermer seul dans le trou, mais il y avait d’autres prisonniers, donc, des témoins. Ça l’a refroidi ainsi que son racisme. Je n’avais rien dit pour ne pas être polisson.  
 
Ainsi, juste dans une nuit, la police a transgressé sa loi à trois reprises. À mon procès, j’ai eu beau parler anglais, expliquer que je n’avais plus que 5 $ pour vivre, le juge a remis le verdict à quatre jours plus tard. Quel humanisme? Avant de parler au juge, j’ai pu constater que l’interprète du français à l’anglais, ne disait pas tout ce que je lui disais, même parfois, il ajoutait des choses que je n’avais jamais dites et qui m’incriminaient. Je me suis demandé si les interprètes n’étaient pas de connivence avec la police. Comment dans de telles conditions ne pas transgresser la loi? On t’oblige à devoir voler ou te prostituer pour survivre? 

T’es ainsi maintenu dans l’illégalité pour te forcer à t’angliciser. J’étais assez en Christ que j’ai serré, levé le poing et j’ai chanté : « Et merde à la reine d’Angleterre qui nous a déclaré la guerre. »  Je me suis fait coller un an pour outrage au tribunal.   

Je suis sorti de tôle, il y a une semaine. J’espère être au Québec le plus vite possible où je travaillerai à la révolution.   Le Canada n’est pas le pays d’un francophone qui se respecte.   

La vie des francophones dans l’Ouest, c’est culturellement un leurre, une impossibilité. Faire instruire ses enfants en français, c’est les condamner à être manœuvres toute leur vie.   J’ai connu un journaliste québécois qui a essayé de faire connaître la vérité québécoise aux Anglais : la censure était tellement forte qu’il a totalement échoué.   Il m’a souvent dit qu’il n’y a rien à faire dans l’Ouest puisque le journal des marginaux s’intéresse peu au Québec et les médias francophones sont subventionnés par le fédéral.                    

Alors, donnait-il en exemple, le Centre de la main-d’œuvre de Vancouver, avec la grande Vanderloff. Il répondait que les francophones n’avaient qu’à retourner au Québec s’ils n’étaient pas contents, mais le journal français du BC publia que la fédération francophone et le Centre de la main-d’œuvre en étaient venus à un certain accord. Ce journaliste prétendait avoir expédié des lettres ouvertes aux journaux. Elles établissaient bien que les anglophones boudent les francophones, trompent les anglophones en ce qui a trait au Québec et dirigent l’information de façon à faire passer les Québécois pour une bande de salauds. 

Il y a presque autant de francophones vendus qu’il y a d’indifférents. Il faut se faire de l’argent et vite, rien d’autre ne compte. Même la fédération francophone est subventionnée par le fédéral, et, en n’étant pas assez agressive, elle ne répond nullement aux besoins, si ce n’est pour entretenir une petite clique bourgeoise.

  
C’est le grand mirage de la francophonie de l’Ouest. C’est comme en été tous les services pour recevoir les jeunes sont bilingues alors qu’en hiver, personne ne parle français, qu’il y a même nettement ségrégation contre tout ce qui n’est pas anglais et refuse de le devenir. Oui, mon vieux! Les Anglais se croient maîtres du pays, d’un océan à l’autre. Il n’y a rien de plus hypocrite que ces maîtres…

Éric était déçu d’avoir pendant des années refusé de comprendre que ses amis politiciens libéraux étaient des fourbes, peut-être même des traitres à leur peuple. Il commençait à prendre conscience dans la réalité Québec-Canada. Comment avait-il pu, malgré Anatole et Paul, se maintenir dans un tel aveuglement? Il n’avait jamais voulu prendre au sérieux les revendications d’un Québec qui se réveille.           

Malgré tout, Éric préférait ne pas trop y penser. Aussi, décida-t-il, de prendre des sous, cesser de jouer aux pauvres et déménager dans un autre pays. Mais, il y avait Paul. Il ne voulait pas le laisser tomber, même s’il devait inventer un nouveau scénario pour l’amener avec lui.   

Il sortit du restaurant, désappointé de constater que partout dans le monde et depuis toujours, c’est la même chose : des riches qui dominent les pauvres.

La fin d’un État 18

février 19, 2021

La fin d’un État  18

Éric avait beaucoup de sympathie pour Serge, plus idéaliste que révolutionnaire. Il passait de longues heures à discuter avec lui. Il reprit donc la conversation quand Paul et Anatole les eurent quittés.  

– Vois-tu, dit Serge, il faut faire disparaître toute trace de violence entre les individus, j’irais jusqu’à dire, partout dans la vie. Il y a une différence entre la force et la violence…. Comment veux-tu que nous soyons des êtres sains alors qu’encore enfant la télévision nous introduit dans les cauchemars et la peur? Que voyons-nous à la télé, dans les jeux pour les enfants, sinon des films de violence et de monstres? Cela n’a peut-être pas d’importance dans la vie d’un adulte, mais quel est l’impact chez un enfant? Le jeune n’y apprend pas la tendresse. Le plaisir n’est-il pas le plus important dérivé de l’amour? Le jeune n’apprend pas non plus à goûter la beauté d’être un homme, car il faut avoir honte de son corps. Il apprend le goût de la puissance par n’importe quel moyen, la violence comprise.

N’est-il pas plus scandalisant de montrer aux enfants à s’entretuer qu’avoir peur de la nudité ou les caresses? Est-ce intelligent? Pourquoi la violence traumatiserait-elle moins que la nudité? Quel imbécile veut nous faire croire une telle hérésie?

Avec la morale actuelle, on nous apprend à détester notre corps, à rejeter les émotions humaines et le goût de découvrir par nos sens. Nous sommes ainsi des êtres torturés, tiraillés entre le besoin de se donner, d’échanger et celui de dominer, de prendre, d’envier, de mépriser. On ne peut pas aimer les autres plus que l’on s’aime soi-même.    

Nous sommes des êtres dégénérés, sans imagination, ne rêvant que de technologie, sans le sens de la beauté, sans le goût de la fascination. Nous sommes tellement victimes d’une civilisation de violence qu’il est impossible de demeurer hors du désir de se venger, sans connaître un vide intérieur inexplicable… le vide du plaisir inaccessible.

 Seule la contemplation de la beauté pourrait nous sauver et elle est détruite pour des motifs économiques. Je t’envie. Paul est très beau. Protège-le. Je t’envie d’avoir quelqu’un à aimer avec autant de force.       

– Sans ce petit, de répondre Éric, je serais encore à me torturer quant à savoir pourquoi je vis. Il m’a rappelé que le jeu tant pour le corps que pour l’esprit est essentiel au bonheur.           

Éric prit peu de temps à se remettre. Il passa plusieurs heures à lire et méditer. Il réussit ainsi à découvrir en lui un grand besoin de revivre sa propre enfance à travers Paul, mais parfois, il doutait que Paul l’aime autant qu’il le disait. Ce qui le rendait inquiet et ne pouvait pas passer inaperçu à Serge.      

– Tu ne devrais pas t’en faire, dit Serge. Pour les adultes aimer signifie posséder, pour les enfants, aimer c’est simplement partager, être fasciné, être associé, complice, jouer quoi.

Ce n’est qu’après l’avoir vécu qu’ils réalisent combien tel ou tel personnage était important dans leur vie parce qu’ils ont déjà grâce à eux acquis le besoin de liberté tant pour eux que pour l’autre.   Ils savent qu’être aimé, c’est recevoir l’attention, la tendresse dont ils ont besoin. Ils sont très souvent inconscients que les gestes qu’ils posent pour les recevoir sont exactement les gestes de l’amour. Ils agissent inconsciemment, selon les lois de la nature, ce qui les rend si attrayants. Aimer, c’est vivre, c’est se développer avec et par quelqu’un. C’est réaliser un rêve ensemble.         

Paul commence à être civilisé, donc un peu corrompu par les règles sociales. C’est pourquoi il a rougi quand tu l’as embrassé, de poursuivre Serge. Sans même sans rendre compte, il réagissait selon les tabous prêchés dans son milieu. C’est un petit gars qui est tout de même demeuré très pur. Il n’a pas encore de répugnance. J’étais ainsi, il y a plusieurs années; maintenant, je dois subir la morale des autres et ça me tue. C’est sûrement moins important que la pauvreté, mais c’est tout de même un problème existentiel fondamental.

La vie est vraiment devenue affreuse avec les villes, le bruit, la pollution et la violence. En voyageant, je croyais découvrir une voie accessible à la communication réciproque entre Québécois et Canadiens, car, somme toute, s’il n’y avait que les journaux qui déforment nos rapports, il devrait sûrement être possible de se faire entendre quand même. J’ai découvert que cela est impossible. Même le journal libéré des marginaux refuse la voix française. Plusieurs marginaux ne pensent qu’à leur drogue, les riches qu’à leur fortune et personne ne s’intéressent à la justice sociale.           

Même les journaux francophones, parce qu’ils sont subventionnés par le fédéral, essaient de faire croire que les gens de l’Ouest ne veulent rien savoir des gens de l’Est.   Il y a un blocus de tout un establishment contre l’indépendance du Québec et maintenir les francophones au rang de manœuvres.            

D’autre part, comment voulez-vous que les francophones exigent qu’on leur serve la culture québécoise alors qu’ils sont prêts à s’aliéner pour avoir de meilleurs salaires qu’ils sont encore prisonniers psychologiquement de l’Église catholique? Ils ont peur de parler leur langue alors que le Canada devrait être un pays bilingue. Ils sont écrasés socialement, assimilés comme les Indiens que même le gouvernement socialiste Barrett ne respecte pas.      

Le BC Railway poursuit ses travaux comme si de rien n’était, même si maintenant des Indiens reçoivent les travailleurs avec des fusils. Les Indiens n’ont plus de territoire où vivre. Ils ont droit qu’au cheap labor. Ce sont les favoris du bien-être social. Ah!, me direz-vous, ajouta Serge, on vit bien sur le bien-être social; mais même à Vancouver où il est le plus généreux, t’arrives difficilement à manger à ta faim parce que ça coûte trop cher de vivre. Au White Lunch, tu n’as pas grand-chose pour ton argent. C’est pareil partout souvent pire.          

Parfois, j’ai peur de moi.   À force d’avoir faim, de me faire harceler par la police, même dans les restaurants, de ne pas trouver de bons emplois puisque je ne suis pas assez fort pour être un bon manœuvre, j’ai peur d’en venir à la violence, malgré moi, pour me protéger, me faire respecter. Tout ce que j’aurais aimé faire ne payait pratiquement pas parce que je n’étais pas manuel.    

Tout ce que l’on attend de toi dans l’Ouest, c’est que tu travailles comme un cheval et que tu réagisses comme une vache. Tu n’es plus un homme, tu es un instrument de production bien payé, avant d’être un bon consommateur qui aura à nouveau besoin d’être un bon producteur pour nourrir le bon consommateur. Tu dois être un instrument créateur de piastres.   

Si tu refuses de vivre ce non-sens, c’est à tes risques et dépends, tu te compliques joliment l’existence; mais c’est peut-être le seul moyen de gagner du temps. À ce jour, le langage des francophones a été celui de la peur et l’establishment en a profité. Certains pensent qu’il n’y a que le langage de la dynamite pour reconquérir notre fierté. Sans liberté de presse, il est à leur avis impossible d’écarter la violence puisque, sans elle, il n’y a pas de discussion possible.   Malheureusement, la violence sème la désolation. Ce serait tellement plus facile de s’entendre.     

Éric sortit de l’hôpital après quelques jours de convalescence. Sachant qu’il lui serait quasi impossible de voir Paul à cause de la menace de mort qui pesait sur lui, Éric décida de vendre tout ce qui lui appartenait et de profiter de ce voyage pour se sauver à jamais avec Paul.        

Il avait déjà décidé qu’ils s’installeraient en Belgique avec lui de façon à ce que celui-ci puisse parachever sans problème ses études, quitte à lui fournir de faux papiers.         

Par ailleurs, il avait aussi décidé que d’ici ce voyage, il ne se laisserait pas intimider par les frères de Simone.        

Aussi, dès qu’il le put, Éric se rendit dans le quartier rencontrer Paul. Tous les deux se rendirent dans un restaurant manger en tête à tête. Dans la toilette de l’établissement, les deux profitèrent de leur intimité pour s’embrasser, se caresser et découvrir à nouveau leurs corps.   Malgré son sang-froid apparent, Éric avait la trouille.  

Il était étonné du désespoir dans lequel vous plongez quand vous avez la certitude d’être prochainement abattu. C’est un peu comme si entre la vie et le temps se levait un mur entre les deux, une espèce d’étourdissement qui marque la nécessité impérieuse d’avoir la garantie d’être aimé et d’aimer correctement; une espèce d’impulsion à tout posséder d’un coup afin de s’en engourdir et n’avoir plus qu’à attendre la mort. C’est une angoisse terrible. Le doute de risquer sa vie pour rien alors que souvent l’autre, s’il n’est pas au courant, ne comprend rien à ce malaise.   

– Paul, m’aimes-tu? Es-tu heureux avec moi? Es-tu sûr que je ne t’emmerde pas avec mon amour?             

– Tu devrais le savoir. C’est évident, non?       

Paul était perplexe. Il se demandait pourquoi Éric pouvait en douter et encore plus pourquoi il avait tant besoin de le sentir dans ses bras.          

– Embrasse-moi à nouveau, demanda Éric.    

Éric avait affreusement peur de perdre Paul. C’était un tel cauchemar qu’il aurait voulu par ce baiser contenir le corps de Paul à jamais, grâce à sa mémorisation. Toute sa perception cherchait à s’infiltrer dans cette pensée, ce souffle de vie pour conserver le souvenir de ce toucher physique et spirituel, si on peut dire. Le pénétrer, tout en l’absorbant, voilà ce dont il sentait le besoin. C’était comme si d’aimer, malgré la mort à sa porte, serait à la fois un calvaire et le paroxysme du bonheur puisque cela permet de découvrir l’autre dans toutes son importance pour soi et toute sa beauté, la luminosité intérieure de l’amour; mais aussi combien ce moment est éphémère!       

Après ce souper, Éric reconduisit Paul chez lui. Il était heureux puisque Paul s’était à nouveau révélé très affectueux, très aimable, qu’il n’avait pas épargné ses rires et la vitalité du regard.           

La fin d’un État 17

février 18, 2021

La fin d’un État 17

Paul lui apprenait le jeu : le vertige du moment, le pouvoir de se payer les expériences souhaitées.  Éric le lui rendait en l’éduquant, le formant quant à ses goûts dans la musique, les arts et la beauté. Chacun apportant quelque chose à l’autre.

Dans ce monde où Paul devenait le centre de tout, Éric en venait à oublier ses propres désirs. C’était pour lui une première expérience de la passion de vivre. Tous les moyens étaient bons pour avoir quelque chose qui le rapproche davantage de Paul. En son absence, tout ce qui pouvait lui rappeler le petit, une lettre, une photo, un coup de téléphone, le ravissait à tel point que tout ce qu’Éric faisait, il le faisait pour Paul.    

Pour la première fois de sa vie, Éric se sentait imbu d’une tendresse qu’il avait toujours refoulée. Jamais il n’avait vécu avec autant d’intensité et jamais plus il ne saurait vivre sans participer physiquement à la beauté de vivre.      

Le mercredi précédent son départ pour Vancouver, Éric décida de se rendre près de chez Paul et d’y rechercher l’odeur, la trace du petit. Afin de bien vivre cet instant, Éric décida de marcher face à la maison et se rendre quelques rues plus loin jusqu’à la taverne rencontrer Anatole. Arrêterait-il auparavant chez Paul s’informer, même s’il savait qu’Anatole serait parti, à savoir si Paul serait à la maison… Peut-être verrait-il Paul par la même occasion, ne serait-ce qu’une minute. Ce serait formidable.   

Il savait que Paul le rejoindrait bientôt, mais c’était déjà trop long. Il vibrait d’impatience.

Éric marchait surexcité et fortement crispé se répétant intérieurement comme une prière : « Mon chéri, sors sur le perron. Paul, mon amour de lutin, si tu savais combien j’ai besoin de partager ton regard et ton sourire… »  

– C’est lui. J’en suis sûr. C’est le fifi dont Simone m’a parlé et montré le portrait. Il court après Paul. Venez! On va lui arranger la face. Y en touchera plus de jeunes!
 
Le frère de la mère de Paul, Maxime, s’approcha d’Éric avec sa bande, en l’invectivant :

– Qu’est-ce que tu fais ici, ma maudite tapette? Tu viens tourner autour du petit de ma sœur, mon maudit cochon.        

– Je…

Éric n’eut pas le temps de dire une syllabe de plus qu’il reçut un coup en pleine figure, puis un autre au bas de la tête. Il sentit des mains qui l’empoignaient et sans pouvoir se défendre, il fut tiré dans une cour. Éric sentit qu’on enlevait sa chemise et qu’on descendait son pantalon, puis la lame d’un couteau lui déchira le bas ventre ainsi que les cuisses. Éric saignait abondamment. Il se sentit étourdi puis, plus rien, il s’éveilla étendu dans un lit, solidement pansé.          

– Vous l’avez échappé belle!, Lui lança une infirmière qui venait changer la bouteille de sérum, suspendue au-dessus de sa tête.          

– Heureusement que les entailles n’étaient pas plus profondes, vous seriez déjà dans un autre monde… », Dit l’infirmière.

Éric se sentait si faible qu’il n’eut pas le courage de demander comment il s’était ramassé dans ce lit.   Il se rappelait vaguement les dernières phrases de ses agresseurs :

– La prochaine fois, mon hostie de cochon, si tu ne laisses pas Paul tranquille, on te tuera. Tiens-toi le bien pour dit, n’y aura pas de pardon. » 

Éric revoyait vaguement, sans trop savoir s’il s’agissait d’un rêve ou de la réalité, un pistolet qui lui avançait vers sa figure et dont le canon s’arrêta sur sa tempe. Il réentendait le « clic » du chien frappant sur le fer. Chaque fois, un frisson lui parcourait le corps. Ses nerfs se tendaient de plus en plus, au fur et à mesure que son agresseur jouait à la roulette russe.    

– Cette fois, t’es chanceux; mais ce ne sera pas pareil la prochaine fois.

Éric referma les yeux, il se sentait plus que jamais attiré vers Paul.          

– Paul! Paul!           

Éric désirait le voir plus que jamais. Il sursautait dans son lit, il se raidissait, se cramponnait comme s’il eut à combattre tout un monde pour survivre.

– Paul! Est-ce possible? Jusqu’où iront-ils, ces malades? Me feront-ils chanter? Je ne peux pas porter plainte, aux yeux des autres je vis moi-même dans l’illégalité.   Je ne peux pas me plaindre : tout le monde déteste les pédérastes… Les gens seraient simplement contents que ce me soit arrivé.         

Éric se rendormit et quand il s’éveilla, il parcourut sa chambre du regard. Il n’y avait qu’un jeune d’environ 18 ans avec lui. Il pleurait et reniflait sans cesse. 

Serge avait tenté de se suicider en se tranchant les poignets après avoir absorbé une forte quantité de poison ou de drogue. Il se tordait dans son lit et criait dans son délire :    

– « Je veux mourir Kâliss, en finir! Je sais que vous ne m’aimez pas. Je veux ma mort. Richard fait attention, les narks, les narks. Y sont déguisés en curés. Ils montent à la croix pour mieux nous espionner… C’est la mafia, je te dis.

Pourquoi ne m’as-tu jamais parlé, le père, il n’y a pas qu’Yvan dans la maison. Non! Je ne pourrai pas passer cet examen. Je ne pourrai pas. Il y a eu Beethoven et Rimbaud. Que suis-je, moi? Je n’ai rien inventé. Les morts me tranchent la gorge. C’est chaud, tabarnak! Fais attention… C’est vrai, je ne comprends jamais rien.

Des gratte-ciel s’enfilent dans ma colonne vertébrale. Je veux mourir. Je suis un étranger chez moi et dans mon pays.   Maudit baptême! Je ne connais rien aux camions. J’ai besoin de chars pour gagner les filles. J’ai une queue, une belle queue… Marie! Pourquoi me repousses-tu tout le temps? Elle n’est pas assez belle pour toi?         

Les filles me haïssent. Je vais faire le tour du monde sans donner de nouvelles à personne. Je vais disparaître. Et on “braillera” puisqu’on saura qu’on m’a tué à force de me rejeter.

Bon Dieu! J’ai peur de toi. Va donc chier. Les rats! Les rats montent dans mon lit avec des éclairs dans les yeux. Ils me grugent. À l’aide! Je suis frappé par l’éclair. Le monde est un fromage verdâtre que l’on donne aux vaches pour les tenir tranquilles.    

J’ai horreur des lézards. La merde de mon frère me coule entre les dents. Je ne passerai jamais cet examen. Mes parents m’ont abandonné. Je suis une poupée sur le bord du chemin. Je suis à vendre. Je suis possédé par le diable. Je lui tire les moustaches et il aime ça. Je viens de cette étoile. Courage! C’est bien beau, mais qu’est-ce que la vie quand tu es un cancre? Je meurs! »

Éric avait peine à dormir. Ces lamentations lui tapaient sur les nerfs. Il songea à louer une chambre individuelle, mais le lendemain, quand il s’éveilla, le jeune lui souriait et avait cessé toutes formes de délires.          

À sa grande surprise, Serge était un garçon charmant avec qui il faisait bon jaser. Il avait eu, somme toute, une enfance bourgeoise, peut-être trop bourgeoise, c’est-à-dire privée de rien de matériel, sauf de l’essentiel : être aimé et admiré puisque l’amour est d’abord et avant tout une attention particulière, un acte de fascination.           

Malgré son caractère jovial, Serge avait peu de vrais amis puisque ses copains profitaient de sa naïveté pour lui soutirer de l’argent ou des faveurs quelconques. Serge avait l’art de se faire avoir, mais il était moins dupe qu’il ne le laissait voir, il était simplement incapable de réagir.         

Plus jeune, il avait cru dans la grandeur humaine. Élevé dans une famille particulièrement religieuse, Serge avait longuement cherché cette chaleur dont on faisait tant état dans les enseignements religieux. Après avoir été foutu à la porte de trois cégeps, sous prétexte qu’il ne travaillait pas assez pour un garçon d’aussi peu de talent, Serge se lança sur la route à la recherche d’un monde qui lui conviendrait, l’accepterait et l’évaluerait à sa juste valeur, avec amour.    

Croyant ainsi renforcer sa foi en l’homme, le voyage, au contraire, lui fit perdre le peu d’illusions qu’il entretenait sur la race humaine.            

– Il n’y a que les enfants qui sont demeurés beaux, dit Serge. Et encore, certains, parfois à dix ou douze ans, sont déjà déformés par les fausses valeurs de notre civilisation.      

– Qu’est-ce que tu as à te plaindre?   Ici, vous vivez très bien, rétorqua Éric.                  
Serge prit son temps avant de répondre. Il était un garçon profondément troublé. Doux et pacifique de nature, la violence pour ne pas dire la sauvagerie du monde occidental l’avait profondément révolté. Il ne favorisait pas pour autant le communisme puisque ce régime est tout aussi impérialiste, souvent même, plus dictateur.

Serge aurait voulu un monde créé pour et par l’amour, la tendresse, la beauté où chaque geste aurait été une caresse; un monde fondé sur le bonheur de chacun, d’où auraient été éliminées toutes formes de contrainte.

À force d’être déçu, il finit par lui-même prêcher la violence, ce qui à chaque fois le détruisait un peu plus puisque cela creusait en lui davantage le fossé ente le monde rêvé, perçu, et le monde de la réalité concrète.      

Après chaque discussion, il en sortait épuisé, vidé et déçu de ne pouvoir apporter une autre solution que la violence pour répondre à la violence; sachant pourtant bien que la violence n’est que la marque des faibles.  

– Eh oui!, de dire Serge, nous vivons en exploitant de nombreux autres peuples. Je le pensais déjà quand j’étais plus jeune. Un jour, j’ai commencé à voir clair dans le jeu de ceux qui nous mènent. Au début, je me suis révolté pour obtenir le droit de vivre ma vie, sans remords, ni péché. J’avais les cheveux longs, on m’a foutu à la porte de l’école.      

Je refusais un système d’enseignement basé sur des règles conservatrices plutôt que sur le développement de la personnalité. Je ne vois pas où s’est effectué la révolution dans l’éducation, sinon qu’il y a plus de grands immeubles, qu’il faille passer trois heures en autobus pour se rendre à l’école où tout est poussé vers l’individualisme afin d’écraser toute possibilité de regroupement, où dans les dortoirs, les filles ne peuvent séjourner avec les garçons pour des raisons morales décidées par d’autres que ceux qui sont directement concernés.      

Dans les écoles, on vous écrase quant à vos goûts. On vous inculque la nécessité de laisser les autres mouler votre personnalité et ainsi devenir une meilleure main d’œuvre sur le marché du travail. Vous êtes déjà, rien d’autre, qu’un numéro. Oh si!  Il y a eu une réforme administrative et technique; mais pas une réforme dans la vie de l’étudiant afin que ces années soient un véritable apprentissage de la liberté. Il faut encore des diplômes et des examens et, à la sortie, les compagnies exigent de l’expérience pour vous embaucher. Tout est fonction de la rentabilité du futur patron. So what!    

J’ai laissé l’école et j’ai essayé de me trouver un emploi créateur, un emploi qui m’aurait permis d’apporter quelque chose à la société. Rien. J’avais les cheveux longs comme une fille, dans une société où la femme est hypocritement dite inférieure au mâle.

Je méprise les cartes de punch. Surtout, je ne parlais pas anglais. Aussi, n’ai-je pas eu d’emploi. Je n’avais pas droit au bien-être social puisque j’étais trop jeune. J’avais le choix entre vivre aux crochets de mes amis, voler ou voyager.   

J’ai commencé à voyager, de dire Serge. J’ai alors découvert le monde dans toute sa saleté ou sa beauté. J’ai vu qu’il est possible de juger une société selon son comportement envers ceux qui font du pouce.

Dans une société rétrograde, le pouceux sera traité comme un chien alors que dans un monde libre, tu seras comblé et reçu comme un être humain. Ordinairement, ceux qui t’embarquent sont formidables. Ils veulent partager ta connaissance du monde. Souvent, ils te donneront à manger, te feront fumer, et parfois même, ils t’hébergeront. Par contre, des milliers, habituellement les plus riches et les petits parvenus, te passeront au nez; parfois même en t’insultant, alors que tu gèles sur le bord de la route après avoir passé deux jours, sans manger, ni fumer, ni dormir.      

La vie de vagabond est probablement la vie la plus ardue, la plus solitaire. Tu deviens même parfois en furie, tu filerais pour tuer les passants, surtout les jeunes qui se promènent en vieux avec des airs de marginaux.  

Il m’est arrivé à deux ou trois reprises, de presque me faire tuer par des gens qui détestent les pouceux et se rendent probablement à l’église tous les dimanches remercier Dieu d’être parfaits. Certains de mes amis ont été battus et laissés sur le bord du chemin ou ils ont dû se sauver de chiens qu’on lançait à leur trousse. Sans compter souvent le harcèlement de la police qui ne trouve rien de mieux à faire que t’embêter pour des identifications ou pour te déshabiller et te fouiller dans le trou du cul ou te passer le doigt dans la gorge.           

Sur la route, tu n’es rien. Un élément vivant oublié. Tes amis ne t’écrivent plus. Tu n’existes plus. C’est une vie adorable, mais difficile. Souvent, les auberges sont très bien, mais manquent de flexibilité en ce qui concerne les heures des repas ou les heures d’arrivée. Quand tu es à pied, parfois tu ne vas pas aussi vite que tu le voudrais. Il faudrait qu’elles soient un peu plus compréhensives. Parfois même, les autres voyageurs aussi te déçoivent puisque tu t’attendrais à une osmose plus grande, plus fraternelle et souvent tu te fais même voler par eux. C’est un problème que pourraient résoudre les gouvernements tout comme pour la sécurité de ceux qui t’embarquent. Un vrai voyageur est ordinairement contre le vol de ses confrères et considère le respect de ceux qui t’embarquent comme une loi sacrée.     

Pour poursuivre mon expérience, je me suis rendu dans ce que l’on appelle le tiers-monde, les populations que te vendent les missionnaires. Là, j’ai compris le grand racket : de grosses compagnies de chez nous qui exploitent des peuples entiers qui ne peuvent se soulever puisqu’ils vivent sous des gouvernements militaires et l’Église qui, avec ses cathédrales et ses missions, a implanté l’industrie touristique, à travers ses architectures et ses œuvres d’art. Une industrie qui lui rapporte une fortune par les aumônes qui les servent d’abord. Les aumônes vont aux communautés qui s’en servent en administration et constructions plutôt que d’aider les pauvres.       

Si seulement s’arrêtait là le racket; mais les missionnaires, à quelques exceptions près, sont souvent là parce qu’ils enseignent. Ils sont le pilier qui maintiendra, par la peur morale, les gouvernements qui trahissent les populations qu’ils représentent. Tout est déguisé sous le visage de Dieu, comme si ce dernier ne préférerait pas des peuples libres, bien nourris, bien éduqués et soignés à des peuples pauvres, somptueux seulement par l’éclat de leurs cadres supérieurs. Une bourgeoisie qui exploite le reste de la population.      

– Il est impossible, de poursuivre Serge, de savoir par la presse ce qui se passe vraiment à l’étranger puisque seulement à Vancouver, déjà, la presse déforme tout ce qui se passe au Québec. On fait croire dans une guerre raciste français-anglais plutôt que de montrer l’injustice constante à laquelle a à faire face le peuple québécois.  

La presse internationale ne fait ressortir qu’un aspect du problème, celui qui servira le mieux les dominateurs. Par exemple, au Biafra, tout le monde a pleuré les Biafrais qui crevaient de faim à cause d’une guerre territoriale semblable à celle du Québec contre le Canada. On nous a caché que cette guerre était commanditée par les compagnies de pétrole américaines; tout comme la guerre au Vietnam a été faite sur le dos des Vietnamiens afin d’être la vache à lait sino-américaine pendant des années.             

Même le Canada, ce pays soi-disant pacificateur, a fourni presque tous les canons. Déjà, au Canada, l’industrie militaire et paramilitaire est une des structures les plus importantes de tout son système.   Aux États-Unis, il a été prouvé dans une enquête pour le gouvernement, que sans violence, l’autorité s’effondrait. Ce n’est pas pour rien que l’armée compense la religion pour cimenter les structures sociales de ce monstre gigantesque. Ce n’est pas pour rien qu’aux États-Unis, le gouvernement encourage les mouvements religieux. Ceux-ci fournissent la motivation aux gestes militaires. Plus tu es fanatique, plus tu es pour une action violente pour imposer ton idée.      

J’ai alors compris que pour faire une vraie révolution, tu ne dois pas t’engager là-bas; mais chez toi; car, si les grosses compagnies sont contrôlées chez toi, elles auront moins de force pour maintenir leur domination ailleurs dans le monde. Il n’y a qu’une stratégie à établir pour que les représailles soient impossibles comme au Chili. Il faut mondialiser les forces qui freinent l’abus des multinationales.

Par contre, il faut aussi comprendre le système où au BC comme au Québec, par exemple, les gouvernements feront semblant de se faire la lutte, mais travailleront en réalité à détruire le socialisme en appelant leur régime politique de ce nom pour vider le mot de son essence et amener ainsi les gens, en se croyant libres, à accepter d’eux-mêmes un retour au pur capitalisme sauvage. 

Quelle différence y a-t-il entre un capitalisme d’État à la russe et le capitalisme américain, sinon que l’un est plus hypocrite que l’autre? Il est impossible de penser une révolution sans penser anarchie, anarchie — ordre dans le désordre — dans le sens de détruire la guerre et la misère, de rendre à l’individu son droit à l’autonomie, de refuser l’autorité d’un homme sur un autre, d’un mari sur une épouse, de rechercher sans cesse le bien-être de chacun et le retour de la Vérité. Il faut éviter que la révolution soit noyée, commercialisée comme le furent les hippies.

Après avoir vu le tiers-monde, il n’y a que deux façons de concevoir cette pauvreté, soit en découvrant que t’es très bien chez toi et alors tu deviens solidaire à la révolution, et la révolution, qui n’est rien d’autre que la quête de ta propre liberté. Voilà pourquoi, je ne veux plus rien savoir de notre civilisation d’assassins, qui tue tout en commercialisant tout, de la femme à la révolution. 

J’en ai assez d’être exploité par une machine qui a inventé l’esclavage par les armes, puis l’esclavage plus diplomate par la religion, l’ordre et la morale; une machine qui te fait faire la charité pour emplir ses coffres alors qu’elle exploite en même temps ceux pour qui elle quête.   Je ne veux pas être un assassin en étant complice par mon travail du sous-développement de nombreux pays ainsi que de la guerre.           

Pour moi, le Mexicain, tout comme le Chilien, tout comme le Chinois ou l’Africain, tout comme l’Américain est égal, est mon frère. Des hommes. Chaque geste que je pose contre l’autorité est un geste de solidarité pour abolir l’exploitation de l’homme par l’homme.     

La vraie révolution est de vivre sa vie comme on l’entend et d’accepter, même s’il faut faire de la prison, d’être écarté de tous, à la seule condition de faire pour autrui ce que l’on voudrait qu’il nous soit fait pour nous. Fuck off la morale! Elle maintient l’esclavage individuel. Fuck off la piastre! Elle limite notre liberté. Fuck off la religion! Elle nous maintient dans la peur et le mépris de soi. Il faut vivre seulement pour aimer et être aimé.  

Je ne crois pas dans une révolution armée parce que je ne peux pas supporter l’idée que des milliers de gens soient tués pour des droits qu’ils pourraient acquérir autrement, en changeant les lois, par exemple. Je reconnais cependant le pouvoir fasciste du système qui n’hésite pas de tuer pour ses profits. Il faudrait peut-être maintenant s’armer pour se protéger; mais en ce faisant on alimente les possibilités de guerres civiles si les esprits s’échauffent trop. La meilleure des protections demeure de ne pas être armé. Il faut être prêt à dénoncer l’intimidation des riches et leur capacité de nous forcer à crever de faim, en nous coupant les finances. La révolution est pratiquement une forme de bénévolat pour l’avènement d’un bien-être réparti chez le plus d’humains possible.

Aujourd’hui pour qu’une révolution soit authentique elle doit nécessairement être pacifique; mais elle doit dénoncer l’abus d’autorité de ceux qui possèdent le pouvoir, ceux qui ont plus d’un million, les membres des gouvernements dictateurs, les autorités religieuses. L’autorité mondiale doit être remplacée par des petites communautés, par le retour des pouvoirs aux états. La révolution ne peut pas s’écarter de la démocratie.

C’est difficile d’authentifier un attentat, de dire le jeune Serge, il y en a qui ont même été perpétré par la GRC. La mafia fait de même. Un attentat, c’est faire le jeu du système.       

Qui a déposé le pétard, lors de la fête de la Saint-Jean où des centaines de personnes ont été blessées, sinon un membre de la pègre?   Qui a défoncé les vitrines, lors des manifestations à Paris, en 1972, sinon les barbouzes, une escouade secrète spéciale de la police française? Ce ne sont pas des rumeurs, mais des faits qui ont été confirmés lors d’enquêtes publiques.               

Qui a été à l’origine de la destruction par un tremblement de terre d’une ville d’Amérique centrale, sinon un essai atomique sous terrain tenu secret? Est-ce que les perturbations de la température, créant tant de problèmes en Asie, sont du même ordre?   Qui peut nous prouver que les attentats des noirs contre les blancs, à San Francisco, ne sont pas organisés par la CIA ou des mouvements de droite, pour permettre de se débarrasser de certains noirs gênants afin de rallumer les hostilités entre noirs et blancs, et ainsi éliminer le pouvoir noir? 

La police et la mafia effectuent au nom de la révolution plus d’attentats que tous les mouvements terroristes révolutionnaires ensemble; mais c’est si bien camouflé sous le vocable de services secrets. Les gens se laissent encore prendre à ce scénario. C’est pourquoi il ne faut pas croire les choses à leur premier degré, mais se demander qui en bénéficie.  

C’est pourtant facile à comprendre : aucun mouvement révolutionnaire ne s’attaque à des individus qui ne sont pas riches ou qui ne détiennent pas un poste prestigieux au pouvoir. C’est malheureux que les gens se laissent encore prendre dans ces pièges du système. Ils croient ce que leur logique leur a appris à comprendre. Rien d’autre et ce sera ainsi tant que les moyens de communication seront entre les mains des autorités, qu’ils auront l’esprit pollué par les présentes émissions de télévision et de radio. Les médias forment la pensée de la masse.     J’ai voulu me tuer, d’ajouter Serge, parce qu’il n’y a plus de solutions pour l’instant, sinon se suicider. Je ne crois plus en l’humain. L’établissement est trop fort. Le système américain est hitlérien comme tous les systèmes qui se maintiennent au pouvoir par la dictature. Il ne reculera devant rien pour conserver et affermir son pouvoir. Il est appuyé par toutes les grandes compagnies et en novembre 1973, il a voulu organiser une guerre nucléaire avec la Russie à cause des puits de pétrole. Les riches sont malades à lier puisqu’avec leurs abris nucléaires, ils se pensent assez en sécurité pour sacrifier le reste de l’humanité à leurs intérêts. Kouhoutek devait-elle faire partie de la guerre de Nixon?  

– Heureuses perspectives!, s’exclama Éric qui songeait davantage à rejoindre Paul, afin de savoir si le petit était au courant de ce qui lui était arrivé. Aussi, dès qu’il le put, téléphona-t-il chez Anatole. Paul répondit.       

– Éric? Pourquoi m’appelles-tu maintenant? Le voyage? Tu ne veux plus le faire?

Éric comprit dès lors que Paul n’était au courant de rien. Après avoir fait comprendre à Paul combien ce voyage était important pour lui, Éric annonça qu’il avait eu un accident et qu’était présentement hospitalisé. Paul ne montra aucun apitoiement, même qu’il lui parut froid.         

– Il ne m’aime peut-être pas autant que je le croyais, pensa Éric.   

Éric eut de la difficulté à dormir, essayant sans cesse de se rappeler la voix et le visage de Paul. Il se mit à craindre chaque geste, chaque mot, à considérer le temps qui lui sembla infernal quand il crut que Paul ne voulait plus venir en voyage. Il avait envie de se sauver et de se rendre chez lui immédiatement, mais, finalement, Paul entra dans la chambre avec Anatole.          

Éric ne savait plus se tenir, il fit approcher Paul de son lit et lui donna un long baiser, en lui caressant la tête et le dos, puis il respira longuement sa chevelure.  

Les yeux en feu et emplis de larmes, Éric ne savait plus quoi lui chuchoter à l’oreille.

J’ai eu si peur de te perdre. Je t’aime mon petit Christ! tu ne peux pas savoir comme je t’aime. Petit maudit comme tu m’as manqué!     

Paul était gêné d’une telle explosion d’amour alors qu’Anatole, impassible, assistait à la scène, même un peu heureux, pensant que si les filles rêvent quotidiennement d’un prince charmant, un petit gars rêve de son amourajeux. 

Éric tremblait de tout son corps. Il n’en finissait plus de contempler Paul comme un précieux diamant. Anatole s’approcha et lui tendit une boîte de chocolat. 

– C’est un cadeau de la taverne.
Éric était profondément ému et presque machinalement, il fit l’accolade à Anatole, ressentant que cette fois que quelque chose avait changé, que le geste d’Anatole et de Paul, leur conspiration à vivre libre, venait de le rendre solidaire à la cause québécoise puisqu’il le faisait maintenant par amour, pour Paul et Anatole. 
D’autre part, il était fasciné par la compréhension d’Anatole. « Serais-je moi-même, hétéro, capable d’un tel esprit de liberté si j’avais un fils gai? Quelle capacité à comprendre les autres! »   Pour la première fois, Éric admirait profondément Anatole.        

Comment un vieil ivrogne avait-il pu deviner qu’Éric ne peut pas vivre sans être profondément amoureux de Paul? Cette fois, il l’était publiquement. Comment Anatole avait-il pu savoir qu’Éric ne représentait aucun danger pour Paul? Que c’était même le contraire? Plusieurs garçons ont besoin de se sentir aimés d’un homme pour s’épanouir.

Peut-être, Anatole songea-t-il en lui-même que rien n’est plus fort que la « petite nature et que le désir dépasse souvent la sensualité.  

– La petite nature a probablement besoin de touchers, de caresses, de fascination, de complicité pour s’épanouir. Le fait d’écraser la sexualité dès l’enfance est la pire erreur de notre civilisation parce qu’elle est contre nature? Y a-t-il que Jean-Jacques Rousseau qui peut le comprendre? se demandait Éric.  

Serge les regardait étrangement comme s’il avait voulu être à la place de Paul. Il se contenta de commenter l’événement en disant :       

– Si les gens étaient libres d’exprimer leur affection, sans tabou, ni morale, les gars comme moi ne tenteraient pas de se suicider.

La fin d’un État 16

février 17, 2021

La fin d’un État  16

Éric en avait assez entendu pour cette journée. « Je te retrouverai plus tard », dit-il à Paul qui continuait son sermon sur la Montagne.     

Éric se leva, fit les cent pas et sortit. Il courut les clubs, tuant le temps en espérant rencontrer Paul à nouveau le plus tôt possible.      

Avec les vacances de Pâques, il devait effectuer un voyage à travers le Canada en compagnie de Paul. Le temps approchait à grands pas et la préparation de cette lune de miel, demandait d’oublier qu’il était impossible de partir avant. Aussi, voulait-il en finir avec ses souvenirs.   Il voulait être tout à Paul.   Éric ressortit, parcourut les rues et revint à son appartement avec l’ivrogne le plus désœuvré du quartier, après l’avoir bien fait manger.     

Médé était âgé d’environ 50 ans, mais il en paraissait 75 avec sa figure rougie par l’alcool. Il était grand et gros, vêtu d’un manteau bourré de toutes sortes d’objets et de papiers ramassés un peu partout, spécialement dans les poubelles. Médé tremblait affreusement dès qu’il était plus d’un jour sans boire.

Le soir, il s’assoyait devant son verre et se parlait puisque personne ne lui adressait la parole. Parfois, il écoutait la radio, ayant sans cesse l’impression que toutes les chansons lui étaient dédiées. Ce qui le portait à pleurer. Il essayait de défricher à travers celles-ci ce qu’on cherchait à lui dire. Il s’était avec la radio, créé un monde à lui, sans frontière, mais tout à fait impersonnel, un monde qui l’appelait aussi bien à l’amour qu’à la révolte.


– La vie, mon vieux, de dire Médé, ce n’est pas un cadeau. J’ai rencontré un gars de Vancouver qui m’a dit que ce n’est guère mieux là-bas, même si l’assistance sociale paye davantage.      

Depuis quelques années, les jeunes Québécois ont envahi Vancouver. En quêtant tout le monde, ils nous rendent la vie plus difficile. Avec tous ces jeunes, il est presque impossible maintenant de survivre. Maudits cheveux longs! Aussi, il est difficile de trouver un endroit pour coucher. Les hôtels du gouvernement fixent des heures d’entrée très tôt ainsi que l’enregistrement.       

La Salvation Army est moins généreuse et se fait plus exigeante quant à l’assistance à ces cérémonies, si on veut manger après. 

C’est tout de même mieux qu’être un Indien à Edmonton où, avec un peu de boisson dans le corps, ils doivent aller coucher sur le plancher dans une bâtisse adjacente à l’hôtel gouvernemental. Ce n’est pas trop mal, les hostels, nous n’en avons pas encore au Québec. Il est possible d’y demeurer aussi longtemps qu’on veut, nourri et logé.    

J’irai y faire un tour bientôt; mais pas l’été, il y a trop de monde sur le bord de la route. C’est bien évident, puisqu’avec des hostels tu ne retires pas un sou du bien-être social.   Tout est fait pour nous forcer à travailler; mais c’est, dit-on, encore moins pire qu’aux É.-U. où les gens sur le bien-être, ayant plus de deux enfants, sont déclarés fous et stérilisés.            

Nous vivons dans un bien drôle de monde où il faut nécessairement travailler. J’ai moi-même bien de la difficulté à survivre puisque les prix grimpent plus vite que les allocations. Pourquoi faut-il tant travailler, sinon pour nourrir les riches?              

Évidemment, ceux qui travaillent se font une gloire d’avoir gagné ce qu’ils ont. Ils sont trop bêtes pour s’apercevoir que leur vie n’a aucun sens et ne font qu’appliquer ce qu’on leur a appris enfants. Rêver à devenir papa, avoir sa maison, ses autos.       

Ils s’imaginent qu’ils doivent payer notre bien-être avec leurs taxes alors que ce sont les grosses compagnies qui mangent presque tous les revenus du gouvernement. On accepte cela parce qu’il est enseigné que c’est normal. Il faudrait que tous les travailleurs se rendent compte qu’ils ne devraient pas en vouloir à ceux qui veulent vraiment vivre leur vie et leur liberté.   Si on écoutait ses supposés lâches, les grosses compagnies paieraient plus de taxes et encore moins leurs travailleurs. Ne pas vouloir travailler est un moyen comme un autre de critiquer la société, et sans critique, une société n’avance pas, ne s’améliore jamais.

– Pourquoi tu ne travailles pas comme tout le monde? demanda Éric. Tu n’es pas un maudit décrocheur, mais peut-être un sale ivrogne, un parasite?  

– Un parasite est celui qui vit aux dépens des autres… les riches le sont bien plus que moi. Ils sont non seulement subventionnés, mais ils maintiennent la majorité des gens esclaves avec leur maudit argent, leur besoin de profits, de dire Médé.    

– Je te nourris avec mes impôts…          

– Je ne te donne pas un salaire de crève-faim qui te permet à peine de survivre pour faire plus de profits. Je ne fais pas crever personne pour protéger mes intérêts. C’est curieux comme on est intolérant et moraliste contre un pauvre qui ne peut pas se défendre. On arrive vite à s’excuser, se déculpabiliser de vouloir être riche aux dépens de tout un chacun puisqu’en excusant le riche, c’est surtout son désir de futur riche et de vouloir prendre tous les moyens pour y arriver que l’on excuse.          

Quant à moi, je n’aime pas agir d’une façon stéréotypée. Être pris à heures fixes à faire toujours les mêmes choses. Pourtant, je ne fais que cela maintenant. Je vagabonde, n’ayant pas assez d’argent pour me payer d’autres divertissements. La bibliothèque, c’est intéressant un temps, mais à un moment donné, tu sens le besoin de changer d’endroit. Ce doit être comme dans les hostels de mon ami à Vancouver. Il dit s’être écœuré parce que la plupart des gens y sont laids à faire peur et que ces endroits ressemblent tant ils sont uniformes, à des cliniques psychiatriques. Même pour manger, tu revois toujours les mêmes figures du White Lunch, le restaurant des pauvres à Vancouver. Un restaurant infect puisqu’on te nourrit peu pour ton argent, pourtant notre argent est bon qu’il soit du bien-être ou pas. S’il te manque un sou, on n’hésitera pas à te laisser crever de faim. Sûr, tu seras engueulé.    

Dans le BC, selon mon ami, le gouvernement n’aurait de socialiste que dans sa manie de tout nationaliser, mais il veut administrer les biens publics comme une grosse compagnie. Pour le reste, c’est la même chose que les conservateurs, travailler pour dépenser, avoir l’impression d’être libre tout en sentant que tu n’as droit d’exister qu’en fonction de ta production.   De choisir tous les quatre ans ceux qui t’exploiteront.    

Aussi, ça fait longtemps que je ne vote plus, ça ne sert à rien; t’as toujours des bandits à la tête des gouvernements. Le monde est fou. Il croit encore dans les élections. Il accepte tout, même de vivre comme des robots pourvu que les autorités leur aient appris à vouloir dominer eux aussi.     

Tu n’as le droit à rien, si tu ne leur lèches pas le cul. Le gros problème du monde aujourd’hui, ce n’est rien d’autre que la monotonie. Tu ne peux pas faire autrement, un jour, tu dois te rendre compte que ta seule individualité existante est ton degré d’intégration à la grosse machine.    

Le vieux Médé buvait. Plus il buvait, plus il perdait de sa lucidité face à la société. Avant de s’endormir dans sa griserie, il ne dit rien à Éric d’intéressant, sauf qu’il buvait pour se détruire.    

– Personne ne m’aime, dit Médé, et je n’aime personne. J’ai peur de la mort, aussi, ne me reste-t-il que la boisson. J’aimerais m’y noyer. Souffrir assez pour ne pas avoir de remords et pouvoir blâmer les autres de m’avoir assassiné. Je bois parce que je m’ennuie. Parce que je ne suis rien. »        

Éric s’ennuyait affreusement de Paul. Il lui était impossible de vivre heureux sans lui. Tout était vide en son absence puisque Paul lui apprenait à oublier les raisons pour lesquelles les gens acceptent de se prostituer à la survie plutôt que d’exiger une vie pleine et entière à l’image de son intérieur, de ses désirs. 

Avec Paul, tout devenait un grand jeu, n’ayant pour but que s’amuser, expérimenter, découvrir. Plutôt que de saisir la vie par le besoin d’exprimer sa force, Éric la percevait sensuellement.            

Grâce à Paul, il pouvait donner à sa vie, une consistance, une dimension, une étendue sensuelle.   La vie était chaque pore du corps de Paul, de la fraîcheur de sa peau à la senteur de ses cheveux. C’était ce corps qu’il sentait vibrer, s’illuminer par la gracieuseté des lignes qu’il apprenait à connaître, dont il s’imprégnait.

La fin d’un État 15

février 16, 2021

La fin d’un État  15

Éric assistait souvent à d’interminables discussions où le Parti québécois et les syndicats devenaient les cibles favorites des fédérastes, en engueulant les jeunes qui ne voulaient pas partager leurs idées.           

– Qu’est-ce que vous avez à nous reprocher? Vous avez pourtant la mort d’un homme sur la conscience? demandaient les vieux libéraux.

– Comment la mort d’un homme? Vous savez comme nous que Pierre Laporte avait de drôles de relations avec la pègre et menaçait d’autre part de quitter le parti avec un groupe imposant de députés. S’il l’avait fait, le gouvernement Bourassa se serait trouvé dans une situation plus que compliquée. Il serait peut-être même tombé.   

C’est probablement aussi pourquoi j’imagine que les autorités ont refusé d’aller le chercher dans le coffre de l’auto, après qu’il eut été blessé, malgré les deux avertissements des terroristes. Le FLQ le rendait aux autorités pour qu’il soit soigné. C’est pour ça qu’il l’avait laissé là, il y avait un hôpital militaire.   Et, CKAC avait été avertie pour que la police prenne les communiqués au sérieux.   

Laporte avait consenti de rendre publics, en échange de sa libération, plusieurs documents incriminants contre le gouvernement libéral, prouvant les liens entre les libéraux et la pègre… Personne n’a bougé, même si on savait qu’il ne pouvait pas s’agir d’une farce ou d’un piège. C’est ce qui l’a tué.                       

Chrétien, à Ottawa, Bourassa et Choquette, au Québec, espéraient-ils qu’il crève au bout de son sang? Ce qui est arrivé.      

Pourquoi Jérôme Choquette, ministre de la Justice, n’ordonne-t-il pas de reprendre le procès de Paul Rose? Avait-il des ententes avec d’autres, plus puissants que la logique? Avec la pègre, par exemple. Celle-ci aurait-elle menacé d’assassiner tous ceux qui témoigneraient à ce nouveau procès? Une rumeur urbaine?    

– Vous charriez, les jeunes! Avez-vous des preuves de ce que vous dites? Est-ce des divagations comme le Dr Ferron dans ses romans?

– C’est une hypothèse qui se tient. Chose certaine, cette affaire est loin d’être claire. Quant au Dr Ferron, je suis sûr qu’il dit vrai. Les mesures de guerre étaient prêtes en mai et le Québec avait déjà été infiltré par la CIA.   
 
Je suis convaincu que l’establishment a lui-même fait poser ses bombes au nom du FLQ, pour mieux tuer celui-ci dans l’opinion populaire.   

À preuve, il y a eu une bombe placée durant les évènements, à Granby, sous une salle de danse. C’est carrément impossible que ce soit le FLQ, malgré ce que l’on disait alors. Comment un mouvement qui œuvre pour la défense des Québécois peut-il s’attaquer à la population qu’il défend?   On a voulu, la pègre et le gouvernement, tuer le FLQ en le rendant horrible aux yeux des gens, voilà tout. D’ailleurs, ça sert encore à traumatiser la population. Pourquoi le premier ministre s’est-il engagé un franc-tireur qui devait lui tirer dessus et juste le blesser au cours de la dernière élection? Une autre rumeur? On prend les gens pour des poissons? Pourquoi un pseudo kidnapping dans le comté du fou libéral de Lacroix?           
 
– Vous ne savez pas ce que vous voulez! Vous êtes une bande de paresseux qui se laissent enfler la tête par un Lévesque ou les autres. Qu’est-ce que vous connaissez en politique? Quelle est la société nouvelle dont vous parlez?

– Nous en connaissons assez pour vous prouver que le gouvernement Bourassa est pourri. Que les projets qu’ils nous lancent à la face, que ce soit la baie James ou autres, servent davantage d’abord et avant tout les Américains, les Canadiens, puis les rois patroneux francophones, regroupés dans les Chambres de commerce, comme les Simard, Trudeau, Miron, Dessourcy et cie.           

Il a beau jeu puisque le chômage créé lui-même par les grosses corporations est tel qu’il faut absolument travailler elles pour nourrir ses petits. Ces mêmes corporations essaient de nous faire croire qu’elles nous rendent service en s’installant chez nous alors qu’avec nos taxes nous payons plus de 75 % de leurs installations, sans compter les profits que nous leur permettons après. Pourquoi deviennent-elles riches si vite, si leur situation est si mauvaise?  

– On paye pour avoir nos emplois, dit le petit Christian, et nous ne recevons, en échange, que des salaires de famine.   On ne tient pas compte du prix de la vie qui augmente selon ce que ces mêmes patrons décident de nous imposer à partir du prix des logements et de la nourriture. Quand on a une augmentation de 0.25 $, le service de transport en commun augmente de 0.50 $. On est de plus en plus pauvre, même si on gagne de plus en plus.                                      
 
Pourquoi dans le BC et en Alberta, les salaires sont-ils de deux à trois fois plus élevés qu’au Québec? Sinon, parce que les gens d’ici n’ont pas su se syndicaliser et se tenir, parce que les corporations ont assez de main-d’œuvre bon marché et de chômeurs pour avoir tous les briseurs de grève voulus, parce que les syndicats du BC n’ont pas eu peur de s’attaquer au gouvernement quand c’était le temps. 

Ils n’ont pas eu de syndicats capables de trahir les ouvriers; ils n’ont pas eu de syndicats internationaux pour se faire mener par les É.-U.

Bennett, le créditiste, donnait toutes les richesses naturelles à l’oncle Sam. Il n’a jamais été capable à cause du fédéral d’appliquer son supposé crédit social. Il se faisait réélire en faisant peur aux gens avec le socialisme. Il trouvait toujours des routes à faire construire avant les élections. Il protégeait les capitalistes. Il a aussi payé pour apprendre la force des ouvriers et ce n’est qu’après qu’il eut perdu le pouvoir qu’on s’est aperçu combien le BC se ramassait dans une situation précaire, complètement contrôlée par les Américains.      

Le gouvernement Bennett paiera peut-être aussi pour apprendre puisque depuis son ascension au pouvoir, il ignore les jeunes et les ouvriers. C’est un conservateur déguisé. C’est son affaire de se prendre pour un Marx dépassé, d’avoir un socialisme pour qu’une petite clique se fasse du fric, comme au Québec. La bourgeoisie et les religieux se sont emparés pour des profits personnels de certaines coopératives et de la Société Générale de financement, mais c’est quand même malheureux puisque le BC était un nouvel espoir.

— Ce qu’on reproche à Bourassa, c’est qu’il ne gouverne pas pour le peuple, mais selon les intérêts du petit groupe de patroneux, à genoux devant Ottawa, qui chaque fois qu’il ouvre la bouche, écrase la population du Québec.     

— Pire, toute personne consciente sait que le fédéral ne peut que servir l’intérêt des riches. Pourquoi toutes ces guerres entre provinces alors qu’on pourrait vivre plus heureux en bons voisins, si le Québec était indépendant? Même un bon paquet d’Anglais pensent comme ça puisque la Confédération ne rapporte qu’au sud de l’Ontario. Mais il y a les immigrants qui, eux, gâchent tout en appuyant le fédéralisme. Va-t-on leur dire dans leurs ex-pays comment s’organiser? C’est curieux qu’ils puissent voter après cinq ans alors que les Indiens et les Esquimaux ici depuis toujours n’ont pas droit de vote. Le fédéral nous submerge d’immigrants pour noyer le poisson. Ils leur font promettre d’être contre un Québec indépendant pour avoir leur citoyenneté.     

— Il n’est pas question de guerre français-anglais, il s’agit de trouver une solution humaine qui soit juste et acceptable aux deux ethnies, je dirais aux trois puisqu’il y a aussi les Indiens.         

Le moyen, c’est de faire chacun nos affaires, selon nos besoins et nos possibilités, sans gouvernement central, sans Ottawa qui empoche tout.  

Ottawa sert, avec le complexe militaire, aux grandes corporations déjà riches à craquer de trouver le moyen par Ottawa, avec l’argent de tous, d’aller encore soutirer de l’argent chez les plus pauvres. Selon notre étendue, nos richesses et le découpage naturel, il y a cinq pays au Canada, dont le Québec. Et, nous pourrions vivre en bons voisins.  

— Ce qu’on veut, de dire un des jeunes intervenants, c’est qu’on nous respecte. Vivre comme doit vivre un homme. Ne pas toujours être poigné dans des dettes, à toujours faire ce que l’on n’aime pas.       

Ce que l’on veut, ce sont des loisirs abordables qui nous permettent de penser et de jouir de notre vie, au lieu de toujours rendre quelques millionnaires plus riches.   C’est que l’argent qu’on trouve si facilement pour faire la guerre soit aussi facile à trouver pour éliminer la pauvreté. Que chacun ait le droit et surtout la possibilité de bien manger, se vêtir, se loger, se soigner, travailler ou s’amuser pour la création d’un monde viable et beau. Qu’on respecte la nature; qu’au lieu de faire des guerres pour éliminer les surplus de populations, on améliore les moyens contraceptifs, le droit des femmes de se faire avorter ainsi que reconnaître la pédérastie comme une orientation sexuelle, tout comme l’homosexualité. Être libre, pourvu qu’il n’y ait pas de violence. On veut qu’au lieu de faire des bombes, les argents octroyés aux recherches servent à améliorer l’espèce humaine et ses conditions de vie.            

Nous voulons que cessent le racisme (né du pouvoir et de la religion, encore une fois) et la violence; que le système judiciaire ne soit pas là pour écraser l’individu, mais pour assurer le respect des droits de l’homme, de la femme et des enfants; non seulement en mots, hypocritement, comme aujourd’hui, mais dans les faits; que la police cesse d’être l’agresseur et devienne protectrice. C’est la justice et la liberté qu’on exige : on ne veut pas être écrasés et forcés d’entrer dans le troupeau.     

Malheureusement, bien des jeunes le font parce qu’ils n’ont pas encore assez vécu pour comprendre comment on s’y prend pour les exploiter. Plus tard, il leur sera impossible de changer, même si alors ils s’en rendent compte. Ils devront admettre qu’ils ont raté leur vie, ce qui est atroce. Ils préféreront croire ce que l’on a bien voulu leur faire croire. Il sera trop tard. Leurs enfants les haïront comme ils auront haï leurs parents, et le cycle de la haine se perpétuera parce que personne ne sera vraiment heureux dans sa peau.       

– Ce que vous voulez, c’est changer l’homme, le rendre parfait. Ça n’a jamais été possible.

– Ce que l’on veut, de répliquer le jeune, c’est facile : extirper la violence sous toutes ses formes, rendre la dignité à l’homme. Cesser de vivre pour la piastre et vivre pour la vie. Si on peut trouver le fric pour aller sur la lune pour des raisons militaires, il y a sûrement moyen d’investir dans des recherches pour trouver une solution humaine au problème de l’homme. Si la technique a pu obtenir le succès qu’on lui connait, il y a sûrement moyen de créer une société dans laquelle chaque individu soit heureux dans sa peau. Il ne s’agit pas d’ajuster l’homme à la société, mais d’ajuster la société à l’homme. Un monde où la beauté est aussi importante que l’est actuellement la piastre ou l’utilité.         

– Et c’est le PQ qui va opérer tous ces changements, qui va abolir le patronage?

– Peut-être pas, de répondre un des jeunes. Il y a déjà trop d’intellectuels et de petits profiteurs. Le PQ est trop peureux. Pour le pouvoir, il serait prêt à se traîner ventre à terre parce qu’il croit que les Québécois sont trop pisseux pour décider de leur avenir. Même s’il a probablement raison, il devrait quand même être plus d’attaques. Chose certaine, il sera impossible pour lui de prendre le pouvoir tant que les listes électorales ne seront plus refaites, qu’il n’y aura pas de cartes d’identité obligatoire pour voter.

– Le PQ, de dire son camarade, est déjà conservateur. Il tient trop aux vieilles structures sociales et politiques, il refuse de s’engager pour garder bonne gueule face à l’électorat, à la libération sexuelle, à la libération intégrale de l’homme.

– Que veux-tu, de reprendre l’un des jeunes, c’est déjà un parti bourgeois qui condamnera la pédérastie et les autres formes de liberté quand il sera au pouvoir. Il continuera de faire le jeu des gros aux dépens des petits. Il y a trop de faux curés là-dedans. Le PQ au pouvoir, c’est remplacer une bourgeoisie anglaise par une bourgeoisie française. Il n’en demeure pas moins que pour l’instant qu’il faut concentrer ses forces avec le PQ. Tant qu’une meilleure stratégie ne sera pas découverte.   


– Ce n’est pas le PQ que ça nous prend, de dire un autre jeune, mais un vrai parti ouvrier. Plus radical. Un parti qui n’aura pas peur de perdre un électeur en s’attaquant au pouvoir de la religion et à l’hypocrisie morale. Un parti qui n’aura pas peur d’exiger des syndicats qu’ils travaillent pour les ouvriers et non pour les business. Il commence à être temps que l’on arrête de se battre dans les syndicats à savoir qui va faire le plus de fric en ayant le plus de membres, que l’on instruise les ouvriers afin qu’ils puissent se défendre. Un syndicat qui défend le capital ou la religion est un traitre. Un syndicat qui a ses centres de décisions en dehors du pays ne peut pas travailler vraiment pour ses membres. Il doit devenir national ou disparaître. Les syndicats, c’est essentiel. Si on ne les avait pas, on mangerait encore plus de merde, même si souvent ils font des bêtises. Un syndicat ne fonctionne bien que si les ouvriers s’en occupent. Ce n’est pas pour rien que Bourassa veut s’en débarrasser.   

Le monde va changer, dit Paul qui venait de se joindre au groupe, quand les individus cesseront de dire qu’ils ne peuvent rien faire. Quand ils comprendront comment on se fait charrier, mentir par les gouvernements, les curés, et aujourd’hui, les psychiatres ou les professionnels, particulièrement, les avocats. Quand ils sauront comment fonctionne la bébelle, nommée système. Ils sauront comment sont reliés ses rapports et ses différents niveaux de pouvoir. Ils le feront sauter. Nous devons créer un monde dont l’autonomie personnelle est le moteur, le point de départ et le point d’arrivée. Ce sera le jour où l’homme saura qu’il est sur terre pour vivre une expérience.     

Le système est une spirale dans laquelle toutes les énergies s’interpénètrent, mais elles sont ascendantes, plus elles sont denses, plus elles sont rares et plus elles sont puissantes.       

Les gens doivent comprendre qu’il y a deux mondes : les riches qui mènent tout et les esclaves, les pauvres qui les enrichissent. On peut aussi dire ceux qui se servent de la violence, de leur pouvoir et ceux qui sont contre. Bizarrement, ceux qui aiment la violence, ceux qui ont du pouvoir, sont contre la liberté sexuelle. Serait-ce parce qu’ils sont incapables d’aimer en dehors d’eux-mêmes, de leurs avoirs? Ils craignent toujours d’être volés. Ils ne sont pas, ils ont. L’avoir vs l’être.

Il faut que chacun puisse rêver un monde vraiment nouveau, pas juste avec de nouveaux bourgeois, mais avec une nouvelle façon de vivre. De là, tout le reste se fera tout seul. La vie devrait être une joie perpétuelle et la souffrance ne devrait servir qu’à nous aider à saisir l’intensité de son bonheur. Une comparaison qui nous rend les choses supportables.          

Notre civilisation est assez pourrie pour tomber d’elle-même. Les riches essaieront bien de faire une guerre si nécessaire, locale ou régionale, de faire apparaître quelques extra-terrestres, des bactéries, pour nous faire vivre encore dans la peur, mais ils tomberont quand même.      

Viendra un jour où il n’y aura plus de maître que soi-même, même plus de Kissinger qui fait semblant, avec son prix Nobel, de défendre la paix alors qu’il défend en réalité ses intérêts dans le pétrole.   

Éric était fier de Paul, mais il ne le croyait pas.

– Il appartient aux jeunes de rêver d’un monde meilleur, pensait Éric. Les idéalistes d’aujourd’hui sont les fanatiques de demain.           

La fin d’un État 14

février 15, 2021

La fin d’un État 14

Pire, tu devrais descendre dans ces chères missions à partir desquels les curés nous ont tant habitués à pleurer sur la pauvreté. Tu ne verras pas de peuples très pauvres, mais des missions qui sont riches en maudit.  Oui! la religion, c’est ce qui sert le mieux ceux qui nous exploitent parce qu’elle crée en nous une peur dont on est tout à fait incapable de se débarrasser. Une peur qui nous pénètre, qui nous gruge inconsciemment alors que nous sommes encore des bébés, même pas encore des enfants.   La peur qu’on nous inculque est tellement forte que certains Russes ont trahi leur révolution. Ils sont devenus aussi écœurants, sinon pires que les Américains, seulement pour condamner le sexe. Ils n’ont pas su vaincre les enseignements de la religion personnifiée dans la morale globale au lieu de tenir compte de la réalité individuelle.          

S’il y a un besoin plus naturel que le sexe, je me demande bien lequel? Ce n’est pas pour rien que l’on cherche toujours à le réglementer. C’est là que se trouve la frustration, la culpabilité.           
C’est là, où se situent les racines de la violence, les assises de la domination, les discriminations du racisme et de presque toutes les discriminations. Notre société repose sur la violence. Sans violence, notre société ne survivrait pas à cause de son rôle dans l’économie. L’économie, c’est la structure de l’exploitation. 

La répression sexuelle est l’aspect le plus caché, le plus payant de la vie économique. Il s’agit de te rendre coupable d’être ce que tu es, pour te forcer à te créer un idéal au service de la société. C’est pour cela qu’il faut créer un idéal qui soit basé sur la puissance pour alimenter la vie militaire, cette violence nécessaire à toute forme d’impérialisme. Pour maintenir l’action dans une société, il faut créer des luttes de clans, de classes sociales. Si la violence n’existait pas, l’autorité ne saurait justifier son existence. Elle crée cette violence en nous formant dans ses valeurs. Elle prétend être là pour nous protéger, nous aider à vivre ensemble alors qu’elle ne vise qu’à nous exploiter. C’est ça notre vérité. L’homme est une bête gravement malade, d’une maladie appelée civilisation. 

La civilisation sert à implanter les balises de ce que tu peux penser, faire et croire. La société est en soi une prison.  

– Écoutez! Vous pourrez dire ce que vous voudrez; moi, je n’aime pas qu’on parle contre les religieux. Je ne suis pas de ceux…       

– T’as peur!   Peur d’être puni, si tu penses autrement…      

– Calvaire! Il faut voir les choses en face. Il faudra arrêter de se regarder dans le blanc des yeux et se demander quoi faire. Il commence à être temps qu’on oublie ce qu’ils nous disent, ces beaux parleurs. Et qu’on combatte, après s’être rendu compte de ce qui se passe pour vrai, non superficiellement.

Si on veut changer ce monde-là, il est temps que l’on choisisse entre notre petit bien-être, notre supériorité animale sur la bête, notre chasteté et la vie pour tout le monde quel que soit le pays, la couleur et toutes ces considérations physiques.  

La liberté et la vie de l’individu, le droit de chacun à être soi-même, le droit d’être sa propre création, voilà ce qui doit nous guider.    

La société à grande échelle, créée pour les besoins des corporations internationales est faite contre l’homme. Elle est anti humaine. Si l’on veut cesser de vivre comme des bêtes traquées, il est temps de s’apercevoir que trop travailler, n’avoir que ça et l’argent comme raisons d’être, c’est aussi contre la nature propre de l’homme qui doit aussi apprendre à jouir de la vie.         

– Celui qui se croit supérieur à la nature est déjà un malade. Je n’ai rien contre le travail, au contraire, pourvu qu’il conduise à autre chose que l’esclavage d’une société où tout est devenu commerce, argent, pouvoir. Le travail est valable que s’il permet de devenir créateur, artisan, qu’il t’apporte satisfaction de toi-même.

– Il est grand temps que l’on reprenne notre vie d’homme. Actuellement, nous vivons au quotidien la fiction 1984 afin d’en arriver au meilleur des mondes, à une autorité universelle, où le système n’hésite pas à se débarrasser de ceux qui ne rapportent pas.

Nous avons encore peu de temps pour nous reprendre, car ceux qui nous dirigent se fichent de nous, ils ne pensent qu’à leur argent et leurs biens.  

Pour eux, un pauvre n’est pas un humain, mais un animal de race inférieure à eux. Pour eux, rien n’est interdit. Aux États-Unis, les Black Panthers sont assassinés froidement par la police (42 d’un coup dans un local du mouvement); dans les prisons, les autorités organisaient des soulèvements fictifs pour tirer ceux qui faisaient de l’action politique. 

Au Brésil, les prisonniers sont torturés à l’électricité, ce pays est dirigé par la même gang qui, au Québec, contrôle l’information.   

Au Québec, Paul Rose mange des raclées et croupit en prison pour avoir assassiné Pierre Laporte alors que Rose n’était même pas là quand Laporte a été tué. On lui refuse un nouveau procès alors qu’il est maintenant clair que Paul Rose est victime d’un système judiciaire qui défend les riches et méprise les pauvres, les contestataires, la jeunesse.          

Combien de jeunes mangent la raclée de leur vie quand ils sont arrêtés, n’importe où? Combien ont perdu la vie ou ont été blessés pour avoir fait du pouce ou avoir porté une barbe ou des cheveux longs? La peur universelle qui s’installe chez les jeunes, le retour à la religion n’existent pas pour rien…   

La mafia et la police contrôlent la vente des drogues, drogues que l’on mélange à toutes sortes de poisons au lieu de légaliser les petites drogues comme la marijuana et le hasch. Leur but est de faire sauter les cervelles, éliminer les jeunes qui sont trop éclairés puisque jusqu’à ce jour, le jeune drogué est un contestataire en puissance ou incapable de se tenir debout.         

Les jeunes qui se dopent sont forcés d’être sur la route et les seuls endroits qui les reçoivent sont des maisons d’endoctrinement religieux, lesquelles ressemblent à des asiles. On leur tombe dessus au moment où ils sont les plus influençables. S’ils ne changent pas assez vite, ils passent une bonne partie de leur temps en prison. Ils doivent « casser ».           

Au Québec, c’est un peu différent, la société fait face à des pauvres, alors elle essaie de les acheter. Elle les laisse plus libres et leur fournit même l’occasion de perdre leur temps aux frais d’un gouvernement qui sera paternel si le jeune pense comme lui ou demeure neutre.      

Quant aux fils de bourgeois qui pourraient agir parce qu’ils n’ont pas eu la même éducation de soumission que les pauvres, on les sait facilement désespérés, incapables d’une action soutenue et quotidienne. Leur esprit de puissance a été si survolté qu’ils ne peuvent s’imaginer être qu’à travers une action spectaculaire, ayant retenu cet aspect de leur famille et de leur haine à l’égard de leur père. Ces jeunes ont besoin de prouver qu’ils sont là. Un drame freudien.       

Quant à la télévision et l’école, elles ne servent qu’à nous endoctriner. On endort le monde dans son égoïsme et son individualité. On ne respecte pas les besoins de la personne. Il faut te ranger pour survivre; être bien aux dépens de trois quarts de l’humanité qui crèvent de faim. Maudit beau monde!            

– Nous sommes devenus une bande de lâches, de vides. Nous n’avons ni espoir, ni idéal. Nous ne sommes que des robots. Nous n’osons même plus nous regarder dans une glace de peur de vomir en nous apercevant. Nous nous détestons parce que nous n’avons plus de Vie. Nous refusons de penser de peur de devoir nous engager dans un mouvement pacifique. La vraie révolution, la seule, c’est un beatnik qui ne lâche pas et ne succombe pas à la violence. Le reste fait partie du système qui se nourrit de violence et de domination. Celui qui vit ses valeurs et non celles d’une société anti vie, voilà un homme vrai 

– C’est bien beau le monde parallèle. C’est surtout ce qu’il faudrait viser à réaliser, mais il n’y a pas que ça…   

– Que veux-tu qu’on fasse d’autre?      

– Se tenir debout! Baptême!, de s’exclamer Anatole.   
             
  Revendiquer ses droits. Se battre pour l’individu. Se battre pour le droit des pays à leur autonomie.            

Au lieu de chialer contre les jeunes, il faut s’en prendre à ceux qui nous exploitent : les multinationales qui mènent nos gouvernements par le bout du nez, qui n’hésiteraient pas à nous faire crever de faim pour justifier leur domination des marchés.     

Dénoncer!   Dénoncer!   Tout ce qui nous tient dans la mendicité. Près à crever, s’il le faut, parce qu’il ne faut pas oublier, que les autorités pour se maintenir au pouvoir n’hésiteront pas comme aux États-Unis, où  les républicains implantent le système d’Hitler, à faire disparaître les fortes têtes, quitte à tuer ceux qui leur barreront le chemin.       

L’autorité reculera devant rien. Elle tuera en faisant passer la mort sur le dos de la drogue, de la vengeance, des passions. Elle emprisonnera les gens pour des raisons politiques sous le couvercle de lois morales. Tout comme on prépare à partir des mouvements de Jesus Save la chasse aux sorcières dans laquelle tous ceux qui ne plieront pas seront accusés d’être communistes et pourront être exécutés aux applaudissements des dirigeants et de la masse silencieuse, sidérée, tremblante.     

C’est déjà un acquis chez tous les impérialistes. La morale sert d’actes d’accusation. Déjà aux États-Unis, on oblige les femmes qui vivent sur le bien-être et ayant plus de deux enfants à se faire stériliser de gré ou force, sous prétexte qu’elles sont irresponsables.           

Mais il ne faut pas lâcher. Nous gagnons lentement du terrain. Il faut se tenir, s’entraider. Trouver des moyens de déjouer la crise économique et exiger, exiger toujours plus pour le bien du peuple. Pas pour sa clique comme le font les syndicats, mais pour les individus qui en arrachent puisque la révolution se fait pour l’individu, pour lui redonner sa liberté, sa fierté, son droit de vivre comme il l’entend, sans exploitation. 

Il faut entreprendre une lutte sur un plan international puisque la liberté est nécessaire partout où il y a des humains. Nous voguons sur le même bateau terre et une lutte locale puisque chaque nation à ses propres besoins.    

Il faut modeler partout un réseau anarchiste d’informations. L’autorité ne peut rien contre un monde qui se rebelle pour la Vie. Et, ce n’est pas à s’ennuyer dans le cirque, le zoo dans lequel on nous confine à vivre présentement qu’on arrivera à quoi que ce soit.           

La vie est sans violence, elle est libre, ascendante, elle est à la recherche perpétuelle d’une nouvelle jouissance. La vie est création constante.       

Il faut se débarrasser des libéraux et leur clique. Il faut « pitcher » les Américains chez eux. Nous devons faire notre indépendance puisque nous pouvons nous développer nous-mêmes. Nous devons arrêter de croire aux piastres d’un Québec indépendant à 0.35 $ puisque déjà dans notre vie actuelle la valeur des piastres actuelles diminue à cause de l’inflation. De toute façon, la dévaluation est ce qui peut arriver de mieux à notre dollar. C’est si vrai que les Américains ont empêché le Canada de se servir de ce moyen pour se sortir du trou parce qu’il aurait été en difficulté si le Canada avait dévalué.       

Qu’on cesse d’être les sauveurs de l’Angleterre et des États-Unis et que l’on se sauve nous-mêmes. Qu’on cesse d’être une colonie américaine et qu’on se bâtisse un pays vraiment libre. 


Il faut nous ressaisir maintenait Anatole, travailler à construire notre pays et nous débarrasser de tout ce qui nous empêche de le faire.    

Il faut être partout et toujours. Il faut cesser de reculer toujours vers le conservatisme, et au contraire, innover. Multiplier les journaux indépendantistes, les comités de citoyens, les communes. Se battre dans la légalité, se battre durement, sans compromis quant à notre idéal : l’indépendance.   

Il faut être solidaire, sans peur puisqu’il n’y a rien à craindre, sinon l’infiltration et la mort. Vivre le monde libre pour propager chez nous le goût de la liberté, même si les prisons ne seront plus assez grandes à cause des fédérastes. Tout, sauf la violence.

Il faut découvrir ce qui nous tient dans la peur et rompre avec elle. La Liberté vaincra que dans la mesure où nous saurons vivre maintenant notre propre liberté. L’indépendance est d’abord individuelle.           

Il faut immobiliser la machine, faire sauter les chaînes. Il faut s’aimer au point de refuser d’être reconnu coupable parce qu’on est libre, d’être rendu coupable par le jugement des autres.       

Il faut éduquer chez nous, attaquer avec la violence de la connaissance notre ennemi. Il faut vivre. C’est tout. Vivre heureux. Rien d’autre. C’est ça la révolution.
 
Nous vaincrons, c’est sûr, même s’il faut y mettre le temps et le poids. Si chacun fait son petit effort, il est impossible de ne pas réussir. Finies les luttes de mots et de phrases, le temps est à l’action. Nous n’avons pas à avoir honte puisque nous sommes libres et vivants. Il faut abattre Bourassa démocratiquement tous ensemble. Le rendre fou, lui et sa clique. Ne pas leur laisser une seule seconde de répit.        

Il faut lui remettre sur le nez la mort des ouvriers de l’échangeur Turcot, du mont Wright.    Pourquoi ne parle-t-on nulle part des drôles de feux à Montréal aux élections ou dans les quartiers où il y a des taudis? Des feux criminels pour créer des terrains de stationnement…    

La résistance pacifique doit battre son plein au Québec alors qu’à l’extérieur des Fronts de libération doivent se lever pour le droit de s’expliquer dans la presse et exiger que les francophones de l’Ouest aient les mêmes droits que les anglophones de Montréal.   Tant qu’il y aura un Canada supposément multiculturel, l’immigration doit strictement relever du Québec. 
Il faut se défendre si besoin il y a, mais le mieux serait que tout se passe pacifiquement. Embarquez-vous? Nous allons droit à la liberté. Un Canada anglais et un Québec indépendant. Pacifiquement ou autrement. C’est notre seul avenir.

Anatole semblait devenir plus radieux à chaque fois qu’il parlait de révolution.  

La fin d’un État 13

février 14, 2021

La fin d’un État  13

Éric aimait aussi prendre part à tous les débats. Écouter et découvrir la conscience québécoise s’affermir et s’éclaircir. 

Il continuait cependant à maintenir ses positions quant à Paul parce qu’il craignait pour lui. Il ne voulait pas le voir souffrir. Son entêtement contre la révolution violente n’était-il pas la peur de voir Paul et lui-même engagés dans un monde dans lequel la violence les atteindrait en tant qu’individu?

Éric en vint à croire qu’il était un peureux, un impuissant et il en avait honte.   Une peur qui le grugeait, qui surgissait de son passé. Il aurait bien voulu la vaincre, mais il ne pouvait rien contre elle. Sa peur le mettait à l’écoute de ses amis, lui faisait partager leur misère et l’obligeait à repenser sa vie. Que d’interminables discussions politiques!
– D’où viens-tu, le jeune?Se pressa-t-il de demander à un des jeunes rencontrés à la taverne.        
– Du Mexique. C’est pauvre en maudit là-bas. La tête te saute quand tu passes de San Diego, en Californie, à Tijuana, au Mexique. Ce n’est pas croyable.
À San Diego, il n’y a que la richesse et des soldats alors qu’à Tijuana, il n’y a que des pauvres. Est-ce normal qu’à un mille de différence tu changes de statut social à ce point?         
Les taudis à Montréal sont luxueux à côté de ceux que tu retrouves là-bas au Mexique, quoique ce soit bien différent. Là-bas, on ne gèle pas l’hiver; ils n’ont pas un Bourassa à endurer. Ils travaillent pour se construire un pays autonome, eux. Ils parlent tous espagnol quoique maintenant, les jeunes apprennent l’anglais pour le tourisme. C’est quand même mieux qu’ici où il faut parler anglais pour gagner sa vie. Il semble ne pas y avoir autant de chômage qu’ici et la population, contrairement à ce que l’on dit, est charmante. Les Mexicains vivent et aiment la vie. Y paraît que Bourassa a passé en joual vert aux dernières élections?  
– Tu veux dire qu’il a bien volé ses élections. Juste à Montréal, il y a plus de 100,000 personnes qui n’ont pas pu voter, sans compter qu’au recomptage, il n’y avait que des anti séparatistes. Imagine aussi tous les morts qui ont voté… tous ceux qui dans Laurier étaient payés pour faire passer le libéral.   

– Il faudrait leur flamber le cul ces maudits-là!

– Si tu prends les armes maintenant, le Parti Québécois sera déclaré illégal et on ne pourra plus se présenter aux prochaines élections. L’indépendance doit se faire pacifiquement. Les révolutions armées n’ont jamais rien donné.   

– Les libéraux pourraient même inventer cette stratégie, un pseudo coup d’État ou encore une pseudo protection internationale sous prétexte des Jeux olympiques, pour parvenir à leur fin. C’est de la dictature, mon vieux. Pour travailler, il faut être libéral.           

– Si on sort les fusils, il faut que ce soit pour de bon, jusqu’à la disparition ou le triomphe des Québécois, mais pas autrement. On n’est pas prêt… mais il faudra peut-être en venir là.        

– Ça, c’est toi qui le dis. Il y en a en maudit qui sont écœurés. Regarde tout le monde qui crève de faim sur le chômage ou l’assistance sociale ou tous ceux qui sont égorgés par Household Finance.   Même si tu as ton char, ton skidoo et ta télévision couleur, si tu n’as pas d’argent pour manger, ça ne donne pas une vie bien hallucinante. Ça peut endormir un bout de temps, tout au plus. Et pis, toutes nos richesses naturelles passent aux mains des Américains. La putain à Boubou est à donner la Côte-Nord et le Nord-du-Québec à l’oncle Sam.     

Les boss rient dans la face des syndicats et il a presque un régiment de policiers pour le protéger. Tabarnache! Avant les élections personne n’était content. Partout où t’allais, t’entendais parler contre Boubou. Ça pas de sens que tant de gens aient voté pour lui, même si les libéraux ont vidé tous les couvents, toutes les Chambres de commerce et fait voter tous ceux qui savaient faire une croix. Sommes-nous un peuple de pissous qui méritent de manger de la merde?       

– Y a quand même 102 patroneux d’élus, 102 vendus, fédérastes parce que le patronage canadien ça rapporte plus qu’un petit patronage québécois.          

– Il ne faut pas s’en faire, c’est partout pareil.  

– Le Canada, c’est payant pour les riches. Penses-tu que l’Ouest a besoin d’Ottawa pour survivre? Mais là-bas, la population est formée d’au moins 40 pour cent de nouveaux immigrants qui, comme les Italiens, ici, ne sont au pays que pour se faire de l’argent. Ils se maudissent bien que l’on soit exploité, comme les Indiens que l’on a réduits à la mendicité.            

Dans l’Ouest, il y a encore plus de racisme envers les Indiens qu’envers les Francophones qui sont déjà traités en minoritaire. Les immigrants sont les pires puisqu’habitués à manger de la misère chez eux, ils s’imaginent être au paradis ici. Et, pour ce bien-être, ils sont prêts à compromettre notre avenir national. Ils ne semblent pas le comprendre.       

Il n’y a vraiment qu’au Québec où les gens sont bilingues. Dans le reste du Canada, le bilinguisme à la Trudeau, c’est une farce monumentale. Il n’y a plus deux peuples fondateurs historiques. Et, ça se dit Canadien. Ça même pas une petite différence d’avec le mode de vie américain. Ils ont à peine un petit drapeau flottant à côté de l’Union Jack, sous le portrait de la reine d’Angleterre.           

– C’est surtout la faute des médias de masse. Ils fourrent tout le monde en dirigeant et déformant l’information. Ils mentent aux gens effrontément et n’ont même pas la décence de publier les mises au point.             

Un jour, il y aura des gars qui s’occuperont de les faire sauter. Ils exigeront l’honnêteté des responsables de l’information et si ceux-ci refusent de se ranger, ils prendront les moyens pour s’en débarrasser.   Tu ne peux pas espérer un monde libre sans que la presse soit libre. Une presse qui refuse la liberté est un tel obstacle à l’évolution humaine qu’il faut absolument, sans hésiter, la faire disparaître. La censure, c’est tuer l’esprit.         

– Tu charries, le jeune!     

– Pas du tout. Je dis les faits. Tout comme un bon journaliste qui doit être prêt à crever pour la vérité. Il faut que les gouvernements travaillent pour le bien de tout le peuple, pas seulement pour un groupe de privilégiés. C’est ça ou changer de gouvernement. Des vendus, nous n’en avons pas besoin. Une 22, ça doit servir à quelque chose, non?    

 – La violence n’a jamais rien arrangé…

– C’est une réponse de catholique qui ne sait pas que des millions de gens sont morts et meurent encore au nom du Christ ou d’un autre Dieu, au nom de la charité, pour combattre le mal qui se confine toujours au sexe. Pendant que les gens, fous de leur religion, se battent pour défendre les principes qu’on leur a appris, les dirigeants de ces mêmes religions s’enrichissent et organisent leurs orgies. Par exemple, pendant que Monseigneur de Sherbrooke, faisait campagne contre le mal, contre la danse et l’impureté, il se promenait en Floride avec son serein de Lennoxville. Je n’ai rien contre un évêque qui se déniche un petit gars à sucer, mais alors qu’on le légalise pour tout le monde. Combien se sont faits ou faites poigner le cul par des curés? Les plus scrupuleux sont les plus vicieux, c’est connu. Les plus névrosés aussi. Ce que je hais le plus au monde, c’est l’hypocrisie.         

– Si on enlevait l’impureté, la religion ne survivrait pas. Elle a besoin de péchés pour culpabiliser l’homme et la société a besoin d’hommes coupables pour cacher qu’on travaille toute sa vie comme des chiens pour rien. La religion, c’est la morale transmise quand t’es enfant par tes parents. C’est l’arme principale de la servitude, si cette morale n’est pas personnelle, adaptée à sa vie.         

C’est avec la religion, avec toutes ses tricheries psychologiques et ses hypocrisies quant à la nature humaine, que l’on t’apprend à te mépriser, à être dénaturé. Tu acceptes même tes maîtres, en te dissimulant tes propres besoins. Tu te crois obligé de remercier ceux qui te font souffrir. Tu es dénaturé en refusant ton statut de bête parce qu’on t’a fourré dans la tête, le premier et suprême mensonge : ta supposée supériorité sur la bête.           

 – Aux États-Unis et au Canada, tu as un maudit paquet de Jesus Freak, la future force de la bourgeoisie, les SS de la récupération.

– Moi et mon chum, quand nous sommes sortis du Mexique, nous étions malades comme des chiens. Nous sommes arrivés à un Jesus Save, subventionné par le gouvernement américain. Il a fallu les entendre se confesser hystériquement en public, se raconter comment Jésus les avait transformés.            

Puis, au souper, nous avons eu droit à un autre sermon, particulier celui-là parce que nous voyageons et que par conséquent, on ne travaille pas. Pourtant, ils ne nous ont donné pour nous convertir, qu’un bouillon et du pain sans plus. Il avait fallu assister à deux heures de sermon pour avoir ce peu à manger alors qu’eux, à table séparée, quelques minutes auparavant, ils s’empiffraient.   Puis, ce fut la douche collective où les responsables se rincent l’œil sur toi. Et, le lendemain, malgré la fièvre, nous n’avons pas pu demeurer au lit pour nous soigner. Nous avons dû nous coucher dans un parc. Jésus les avait changés, mais en quoi?   

– Si tu veux devenir riche part ta religion.        

– Le grand-prêtre des Krishna, le Majara Ji ainsi que Rampa, sont trois beaux fumistes, devenus millionnaires, grâce à leur nouvelle religion. Les « preachers » font le même racket, il suffit de parler contre le sexe pour qu’on pense que tu viens de Dieu pour nous punir…           

Quant aux Bérets blancs, aux Témoins de Jéhovah, ce sont définitivement des névrosés qui fondent leur foi sur le masochisme. Les Jesus Freak et autres groupes du genre sont souvent d’anciens drogués qui, détraqués ou souffrant de problèmes sexuels insurmontables, se sont réfugiés dans ces groupements pour obtenir par la foi et l’absence de réflexion, la sécurité que l’acide religieux leur procure.        

– Sans parler d’un curé qui m’a poigné le cul, j’ai connu un pédéraste, comme moi, mais qui était aussi béret blanc.  Nous étions partis trois en voyage. Pour dissimuler ses problèmes de cœur, il nous a quittés disant qu’il avait peur de la comète Kouhoutek, cette comète qui a rapporté plus de 100 millions par la vente d’objets pour se protéger de ses radiations. Une vraie bande de fous avaient cru les mouvements religieux.     

Ce pédéraste torturé par la peur de la mort et du jugement dernier prétendait comme tous les bérets blancs que la Vierge apparaissait à New York et qu’avec Kouhoutek, ce serait le grand jugement. Il n’en finissait plus de vanter ses parents, malgré son déchirement intérieur puisque ceux-ci, pour son bien, l’avaient placé alors qu’il était petit dans une maison de correction. Ils l’avaient surpris vers douze-treize ans en amour avec un jeune camarade. Sacrement, c’est grave des choses comme ça : pouvoir dénaturer carrément un être humain, un enfant, parce qu’il ne répond pas aux normes sexuelles transmises par l’ignorance populaire.   

La fin d’un État 12

février 13, 2021

La fin d’un état 12

L’incident clos, Anatole apprit que Gilles était un bon gars, mais il était un peu trop sentimental quand il était question de juger les Anglais, car, ceux-ci, avaient dépucelé plusieurs jeunes filles désireuses d’avancement au temps où l’usine fonctionnait. C’était pourtant bien connu, mais Gilles pardonnait tout parce qu’il était un bon libéral.    

– Rien ne vaut un bon libéral pour être bouché des deux bouts quand il s’agit du bien du Québec, et, cette race il y en a en maudit, pensait Anatole.           

Pourtant, Gilles et Anatole finirent la soirée ensemble, paquetés tous les deux, ronds comme des œufs, se rappelant mutuellement la guerre de 39, le club de chasse et de pêche, et surtout, comment, lui, Gilles, avait décroché la permission pour les membres de son club de pêche de se rendre sur les bords du lac Monfatt tenter le poisson, même si ce lac était réservé habituellement aux boss de la Domtar et aux Fabi. Ils n’avaient pas obtenu accès à ce lac pour toute la population, mais à un petit groupe de privilégiés plus grand. À la fin de la soirée, Gilles et Anatole, malgré les différences politiques, étaient devenus de bons amis puisque Gilles avait bon cœur, même s’il n’avait pas de tête devant la politique…

Cette nuit-là, Anatole était si bourré qu’il coucha à la belle étoile. Quand il se réveilla, le lendemain matin, sur une galerie, un gars qu’il avait vu à l’hôtel, y travaillant probablement à temps partiel, essayait de lui faire les poches. Surpris dans son forfait, ce dernier se mit à crier :           
– Lève-toi, espèce de voyou!   Maudit pouilleux!        
Le voleur s’en alla, sans rien avoir pris alors qu’Anatole se demandait encore comment il avait pu échouer là.  

Anatole avait été averti qu’il fallait aller à la cabane de la vieille Éva qu’au moment où le drapeau était descendu. Aussi, prit-il toutes ses précautions avant de s’y rendre.          

La vieille Éva vivait ainsi, misérablement, exploitée par son amant, qui la battait parce qu’elle le trompait, sans comprendre qu’elle le faisait pour se tirer de la misère dans laquelle il la forçait de vivre, car il la battait aussi quand elle recevait son minable chèque de bien-être.          

Éva, qui ne comprenait pas les rages de son amant, pour lui calmer les nerfs, avait décidé, même si elle cherchait à s’attirer des mâles pour se faire un peu d’argent, de tirer sur les maraudeurs qui ne connaissaient pas son jeu du drapeau. Celui-ci indiquait si on pouvait y venir sans danger. C’était aussi un moyen d’éviter la raclée quand son amant jaloux se trouvait dans les parages.

Sa cabane était presque complètement occupée par toutes sortes de cochonneries, avec dans le coin, deux ou trois chiens en laisse, rendus fous d’agressivité par la faim, ainsi que quelques poules.    
Anatole fut le dernier à rendre visite à la vieille Éva.             
Quelques jours plus tôt, un journaliste avait entrepris une campagne dans un quotidien du coin afin de dénoncer l’état misérable de cette dame qui devait se contenter de 85 $ par mois de bien-être social, s’acheter des médicaments et payer à tempérament cette cabane. C’était sa première vraie demeure puisqu’elle avait été chassée de Weedon, Sherbrooke et plusieurs autres endroits au nom de la morale chrétienne qui, comme d’habitude, triomphait de la charité. On lui reprochait son sens du « oui, si tu payes ».        

Anatole ne fut pas tellement surpris du cas, sachant qu’au Québec, l’assistance sociale est pourrie et que les gens sont plus dévots que charitables.          

Évidemment, les gens tempêtaient, non pour secourir Éva — comme l’avait espéré le journaliste, un petit pédéraste de Sherbrooke qui en arrachait bien avec les petits gars de Scotstown qui lui faisaient des avances, mais l’humiliaient ensuite en l’envoyant promener pour sauver la réputation de la ville.                     

Les gens attestaient qu’Éva n’était pas de Scotstown, qu’on en ignorait même l’existence (ce qui pouvait être vrai) et qu’à Scotstown, on s’occupe de ses  « pauvres ».
 
Quelques jours avant, lors de la visite d’Anatole, Éva était surexcitée. Elle avait peur de perdre sa cabane. Où pouvait-elle aller puisque personne ne l’acceptait avec ses poules? Où? Puisqu’elle ne voulait pas vivre avec des gens qui la méprisent et l’exploitent toujours… Elle ne comprenait rien quant à se retrouver dans le journal, en grand déploiement, à la suite de la visite de deux jeunes, horrifiés de la situation, qui avaient promis de l’aider en lui apportant déjà des cadeaux, tout en refusant de coucher avec elle.      

Maintenant, c’était un autre étranger qui, cette fois, lui amenait à boire. Il avait appris, il ne savait trop où, son penchant pour l’alcool. C’est d’ailleurs ce qui lui fit manquer de paroles aux scouts d’East Angus. Le chef de la troupe, l’ayant aperçue saoule, avait décidé que la charité chrétienne s’éteignait à l’orée de la faiblesse humaine. Il pensait comme au temps où on lapidait les nymphomanes à cause des épouses jalouses qui ne savaient pas écarter les jambes quand c’était nécessaire pour retenir leur mari.       

La pauvre Éva, avant même qu’Anatole ait quitté la place, avait déjà perdu son assistance sociale, trouvée une pension encore plus faible pour les Indiennes et avait été chassée par la communauté de Scotstown qui n’avait pas digéré de perdre publiquement la face et passer pour une communauté qui ne s’occupe pas de ses pauvres.     

Éva était une étrangère, elle n’avait qu’à retourner d’où elle venait. Amen. Elle payait pour l’orgueil et l’étroitesse d’esprit de la communauté québécoise. L’espèce humaine est ainsi faite, elle préfère éliminer les éléments troubles, s’en prendre aux individus, plutôt que de prendre conscience de ses malaises sociaux et d’y remédier d’une façon humaine.

La morale l’emporte toujours sur l’humain, car elle est toujours très bornée. Elle est incapable de comprendre qu’un humain a ses faiblesses.   

Selon Anatole, Éva ne sentait peut-être pas bon, mais elle avait été plus agréable au lit que Simone qui, maigre comme un clou, avait de quoi vous écorcher le gland en passant, s’adonnant toujours à l’amour en refusant les plaisirs.

« Maudit cochon. T’es bien un homme. Tu ne penses qu’à ça. On voit bien que tu ne les portes pas ces petits- là, » criait Simone à chaque fois qu’elle faisait son devoir conjugal.         

Pauvre Anatole! Il a toujours cherché ces petits tétons, en suant de tout son plein, pour maintenir Simone en dessous : un viol à chaque fois.         

« La mère reçoit trop d’affection des petits, pensait Anatole, où elle se préoccupe trop à l’idée que l’amour est un acte bestial, rebutant.  Maudite religion qui a créé des frigidaires, des frustrées.»      

Éric avait bien ri d’entendre Anatole lui raconter combien il avait eu peur de se faire « picosser » la poche durant qu’il pompait la vieille et combien ce stimulus lui manqua par la suite avec Simone.  

« On devrait interdire à tout le monde de faire l’amour sous peine de prison ou d’être ridiculisé, disait Simone. Quand on le ferait, au moins, on saurait combien c’est un rituel sacré. Combien c’est important dans les communications. »

Simone avait probablement au lit les manies que lui prêtait Anatole. Petite, elle se lamentait toujours sur sa santé, et pourtant, elle ne cessait ni de s’agiter, ni de parler. Elle avait la « couenne » dure, malgré ses lamentations interminables. Issue d’un milieu fort puritain, elle en avait conservé toutes les traces névrotiques.

Dès son entrée dans la maison, on l’entendait se plaindre quoiqu’elle adore probablement sa misère, garante du salut qu’elle craignait perdre pour elle et ses enfants. Peu instruite, elle avait dû se démener pour obtenir autant d’attention que son frère. Sentimentale, elle s’attachait à tout le monde, de telle sorte qu’avec elle, tu avais toujours l’impression de vivre pour tout le monde. Mais, en réalité, elle n’avait de réelles préoccupations que pour ses connaissances.  

Simone était quand même heureuse et il fallait la voir ouvrir les ailes, lever le bec, quand un de ses petits était à l’honneur. Elle vivait à travers eux, ayant accepté depuis longtemps de se sacrifier, faute de n’avoir pu devenir la missionnaire qu’elle aurait voulu être et qui l’aurait expédiée plus vite au paradis. Comme tous ceux qui sont atteints de masochisme religieux, la vie n’avait de sens pour elle qu’en mourant en se croyant martyre, ce qu’elle recherchait inconsciemment.

Si, grâce à Paul et ses frères, Éric parvenait à arracher quelques compensations à la vie, Anatole le replongeait dans son passé orageux.   

Éric prenait plaisir à écouter tout le monde. Il se prit particulièrement d’amitié pour Elzéar, un vieux robineux, habitué à la taverne de Montréal pour mieux passer inaperçu. La lettre qu’Éric transcrivit pour lui, adressée à une amie, constitue son plus fidèle portrait.

– Je suis laid et vieux. Fuis de tous : probablement parce que je sens la pisse.
J’aimerais bien me débarrasser de cette odeur; mais je n’ai pas assez d’argent pour me nettoyer plus souvent. Ça ne paie pas gros une pension de vieillesse, surtout qu’à chaque fois qu’elle augmente, les prix ont sauté la clôture depuis longtemps.

Je ne sais pas si je ne devrais pas me tuer.   Ils nous ont toujours dit que c’était un péché, mais aujourd’hui pour que les grosses corporations payent moins d’impôts, l’état verra lui-même avec ses médecins à éliminer ceux qu’il jugera indigents. Je me demande bien pourquoi un riche peut décider de ma vie ou de ma mort, sans que je puisse aussi avoir mon mot à dire.                

C’est bien pour dire! Avant y prenait le bord de nos rivières pour construire leurs usines, nous nous empilions les uns sur les autres pour travailler pour eux, à petits salaires. Ils ont pris nos bois, y sont même allés jusqu’à nous laisser les trous et les souches, à nous laisser des rivières polluées, mais c’était pour qu’on travaille… pour eux… ils se gardaient nos plus beaux saumons. Maintenant, y sont prêts à nous tuer sous prétexte qu’on rapporte pas assez, bien au contraire, selon eux, on coûte même trop cher. Même que déjà trop ébranlés, ils nous font coucher sur les planchers ou dans les parcs, malgré notre âge. … Un homme saoul, c’est pu un homme parce qu’il ne paie plus. Pourquoi? Bon Dieu! Y étaient bien contents de nous employer quand on travaillait à 0.75 $ par semaine. C’est vrai qu’aujourd’hui un homme vaut moins qu’une piastre.          

Ah pis! Ça ne sert à rien de m’en faire, le Bon Dieu va y voir… Il faut dire que le vieux cibolle, il ne m’a pas manqué pour gagner son ciel.   À huit ans, papa crevait. Que j’ai pleuré! Surtout que j’avais peur de l’avoir tué, en ayant momentanément espéré sa mort une couple de semaines avant parce qu’il n’avait pas voulu m’amener vendre les vaches à Montréal.   Que j’ai pleuré à ce moment-là!   C’est comme quand ma chienne Princesse est morte. Maudite Princesse! Que t’étais belle! Pis Pitou, pis Kiki, pis Benji! Les animaux sont de meilleurs amis que les humains.         

Princesse, maudit! Je la vois encore avec son poil brun café et son nez dans les airs.   Ah! Que c’est dur de perdre tout ce qu’on aime!      

Madame Rosilda, ma belle Rosilda, venait de me laisser tomber, en allant mourir bêtement dans un accident! Qu’est-ce qu’elle avait à aller dans ce maudit engin et de se faire tuer? Je peux bien croire qu’à mon âge, je pourrais pu la serrer dans mes bras et essayer de la réchauffer un peu. Je suis condamné plutôt à me passer un poignet. Perdre sa petite femme, c’est dur en maudit!       

Je suis seul. Heureusement qu’il y a les pigeons, sinon même les animaux m’auraient abandonné puisque mes enfants ont trouvé moyen de me déposséder. J’aime bien ça quand les oiseaux me montent sur les épaules et me mangent dans la main alors que quelques jeunes crient : « Regardez, le vieux, il attire les pigeons! » Je me sens encore capable d’épater les jeunes et ça me permet d’oublier combien sont ternes les murs de mon dortoir, tout comme les journées sont plates. Lever à 6 h 30. Réveillé par une espèce de beuglement. Pas moyen de traîner, de rester quelques minutes de plus allongé, le déjeuner est à une heure fixe avec ou sans toi, il ne faut pas déranger ceux qui travaillent, dans leurs horaires    

Ce n’est pas permis à mes rhumatismes de m’empêcher de dormir. Aujourd’hui, c’est « au travail, y faut que ça marche ». Pis, c’est la rue… une autre journée à te demander quoi faire quand tu n’as plus d’argent, une autre journée à avoir de la peine à te réchauffer parce que tu ne peux plus aller trainer dans les magasins et tu passes des heures à avoir peur qu’il pleuve.        

Les femmes, ce n’est pas pareil, elles peuvent passer la journée à prier, ça les amuse, moi, ça m’ennuie. J’ai prié toute ma vie et ça n’a jamais été mieux. Le Bon Dieu doit vieillir lui aussi, il est rendu sourd. Peut-être que lui non plus, il ne peut pas endurer le bruit des autos ou de la machinerie?   Où peut-être trouve-t-il que les hommes avec leurs maudites bombes sont rendus trop fous pour qu’il s’en occupe?              

C’est plat! C’est toujours la même chose. Je peux pu faire de sports depuis longtemps, je ne peux même plus lire; à cause de mon lombago et mes cataractes; j’ai aussi peine à marcher. Qu’est-ce qu’il me reste à faire dans une journée? On ne m’a jamais appris à me servir de mes loisirs. Que faire à part de placoter avec Tancrède qui me radote toujours la même chose?   Vieillir… c’est cyniquement t’apercevoir que tu ne sais rien faire; c’est la guerre entre la mémoire, avec un goût de jeu, et un corps, un cerveau qui t’empêche de te sentir aussi gaillard qu’auparavant, qui te flanque en pleine face ton impuissance. La vieillesse, vieux, c’est comme la fin de ce texte : le désir d’en finir d’un coup faute d’avoir le vertige de tout recommencer comme avant….        


La fin d’un État 11

février 12, 2021

La fin d’un État 11

À mon arrivée à Québec, les premiers jours, je me promenais, seul, abandonné, traqué à l’idée d’aller coucher à la Saint Vincent de Paul où ça sentait la pisse et le fond de tonne ou au 117, en cellules, où tu n’avais même pas une couverture et où, assez souvent, un soulon gueulait contre les bœufs. J’ai eu bien envie de me suicider ces journées-là puisqu’aussi loin que je pouvais voir dans mon avenir, je m’apercevais devant les vitrines, le ventre creux, devant les maudits beaux spécimens de mets apprêtés.      

Je ne sais pas si tu as déjà ressenti ça. C’est terrible. T’es presque obligé de t’attacher les mains entre les deux jambes pour ne pas briser la vitrine. Tabarnak!  Ces odeurs, pis ces couleurs qui te tournent dans la tête aussi vite que l’estomac, les jambes qui t’amollissent, les étourdissements, pis toi qui regardes en disant : « Y a pas une maudite loi au monde qui te garantit que tu peux manger quand tu as faim. Les doigts te crochissent et tu te retiens. Tu souhaites bien t’évanouir pour oublier ta faim, parce qu’ainsi quelqu’un va s’occuper de toi; mais cette aide en pleine détresse tu peux la mettre en doute.             
Tu continues de marcher avec une certaine ivresse, quand ce n’est pas des maux d’estomac qui te crampent en deux, une ivresse qui ressemble un peu à quand, t’es saoul, ou que t’as pris trop de café.  Oui! Je me voyais tel que je suis : un orphelin dans sa propre famille. J’ai eu peur de moi. Je suis reparti en riant aux larmes.    

Heureusement, pour moi, le lendemain, je trouvais un emploi à laver de la vaisselle. Il n’y avait pas de machine, c’était au torchon. Une ou deux petites serveuses auraient pu tout au moins être gentilles. Pas du tout. Elles se contentaient de me regarder avec des yeux de bœufs perdus dans leurs courses et les cris du boss italien pour qui je n’étais jamais assez vite.      

J’ai alors pensé à la rébellion « ça du bon, mais ça doit se faire en trois étapes. La première : tuer les patrons qui te font chier; la deuxième : occuper l’usine, le fusil au poing et en prendre à jamais le contrôle. Finalement, si tu ne peux pas gagner, les détruire toutes les unes après les autres, en forçant le gouvernement à te bien faire vivre comme assisté social ou en ayant pris soin d’organiser auparavant un système parallèle de ravitaillement.   

Il n’y a pas d’autres moyens. Qu’importe!   Mais je l’ai ressenti cette fois-là. J’aurais voulu avoir un revolver à la place d’un torchon. 
Ce fut quand même une période agréable parce que j’avais trouvé sur la deuxième rue, une maison de pension extraordinaire avec le petit Laurent, qui avait le diable dans le corps, le père Gosselin, qui discutait toujours avec des airs de premier ministre, en dispute avec sa fille aînée. Un bonhomme resté accroché au temps de l’Église, qui préférait certainement Dieu aux humains; mais un gars qui, sous ses airs de gratteux, avait un cœur grand comme le pays. Un gars que j’ai bien aimé.        

La pension avait une maîtresse. Une belle et grande femme, blonde, un peu grisonnante, dans la cinquantaine, qui cachait un cancer derrière son rire et son amour de la vie. C’était la mère et la confidente de tout le monde, toujours prête à rendre service, à bavarder, à encourager grâce à une connaissance extraordinaire des humains. Elle avait de la tendresse et de la délicatesse, une sainte comme disaient certains; mais plus que ça, quand on y pense deux fois, Alice Thibodeau, c’était son nom de fille, était vraiment une femme. Elle gardait pour pensionnaires que des étrangers que le bureau de l’immigration lui envoyait. Moi, j’ai été le cas spécial. Celui qui, par hasard, se trompa d’adresse et conserva la chambre juste le temps de devenir aussi un membre de cette grande famille. J’ai bien aimé son appui et ses encouragements, mais faute de patience… pensant valoir plus qu’un chien, j’ai perdu mon emploi et je n’en ai pas retrouvé d’autres.           

Je quittai la maison à contrecœur alors que je commençais à m’y sentir à l’aise. Le lendemain, un drôle d’énergumène de la pension ne pouvant obtenir de bourse pour étudier décida d’aller passer le chapeau au bureau du ministre de l’Éducation. 

La bonne madame Gosselin m’avait chargé une pension inférieure à ce que je pouvais payer, en me disant que j’en aurais sûrement besoin pour acheter les chaussures de Paul. Elle pensait à tout, cette femme-là, à tout ce qui pouvait te faire plaisir, tout en étant bien à sa place.      

Si j’avais un monument à ériger, je l’érigerais pour personne d’autre qu’elle, parce qu’elle était simple et t’apprenait à aimer la vie en t’acceptant telle que tu es. “La petite nature, disait-elle, c’est fort.”  Et aussitôt elle te trouvait une qualité. Chère madame Gosselin! J’en conserverai toujours un bon souvenir. La seule personne qui m’ait vraiment aimé parce qu’elle me respectait assez pour me comprendre, et m’accepter tel que je suis.

Anatole ne se levait pas tant pour aller pisser que se permettre à la cachette d’essuyer les larmes qui lui envahissaient les yeux. Il avait tellement aimé cette femme, cette deuxième mère…     

– Même qu’aujourd’hui, il faut payer pour aller chier. C’est-y assez fort, bougonnait Anatole en partant, incapable de dissimuler son malaise. Il n’était pas encore assis, au retour, qu’il commençait à chanter une petite « tune », en giguant.

– Il faudrait être assez fou pour toujours chanter, même dans les pires moments, ajouta-t-il, avant de commander une aspirine, ayant tellement fait d’efforts pour réfléchir que la tête était prête à lui sauter.           

Face à la vie, il n’y a qu’une solution, mon Éric. Boire! Boire! Boire! Toujours boire pour ainsi ne jamais penser et s’en souvenir après. Boire en espérant que le plutôt possible un cancer du foie viendra te chercher.   Quand tu ne te souviens de rien, tu peux recommencer toujours en allant un petit peu plus loin dans la déchéance puisque t’apprends à ajuster la dose selon tes humeurs. Tu cesses de t’enfoncer inconsciemment dans la merde sociale.     

Tes amis commenceront à te haïr, si ne payes pas à ton tour, tes enfants t’en voudront de boire plutôt que de les gâter, et quand tu seras certain que personne ne te pleurera, ce sera le temps de mourir. Tu crées un tel réseau de dégoût que tu finis toi-même par te dégoûter. Aussi, quand tu meurs, tu te dis que t’as eu ce que tu mérites. Tu te dégoûtes toi-même de toi. Tu as alors l’avantage d’attendre ta mort sans rien espérer.   Tu es un végétal, un arbre mort.

Si j’étais révolutionnaire, j’inventerais une méthode pour oublier ceux que tu dois oublier pour être heureux. Mais alors tu comprendras qu’une révolution est inutile si tu ne changes pas ta condition à toi. Les révolutions ne pensent pas aux ivrognes sinon pour les parachuter encore dans d’autres normes, d’autres vocations plus acceptables. Un ivrogne fait de la bonne chair à canon. Aussi, il n’y a de vrai que l’instant avant « le grand effondrement sous la griserie ».   

Tu causes beaucoup pas tant pour causer, mais pour chercher quelque chose à partager avec les autres. Tu veux entendre ta voix, sentir que tu parles et qu’il existe un mode de communication par ondes avec les autres. C’est une perception des sentiments qui se promènent de partout.   Tu ne sais jamais si ce sentiment t’apparaît dans toute la pureté de l’instant présent ou s’il remonte dans tes chairs directement du passé comme un « rot ». La bouteille est un long apprentissage de lutte contre un désespoir assez profond pour avoir atteint les couches de la solitude la plus complète ou de la folie.            

Automatiquement, Anatole prenait deux autres drafts, qu’il sentait lui gonfler l’estomac. Il savait, dès lors, qu’il venait d’atteindre le point de sursaturation. Quelques minutes plus tard, inévitablement, le conscient tirera les rideaux, son passé de peurs et de frustrations s’abattra sur lui et seuls des instincts de conservation l’amèneront à entrer en guerre avec tout un chacun qui, d’un coup, perdra leur identité et n’aura d’existence qu’à travers une vague sensation de douleur morale faite d’écrasements, de fatigue, d’impuissance, et surtout d’humiliations. Ainsi, Anatole s’efforcera de combattre son karma à travers tous ceux qui lui tomberont sous la main, amis ou pas.      

À ce moment, inutile de lui parler. Il est déjà ailleurs, dans un vide absolu que la mort ne modifierait en rien.   Il a réussi, comme il le voulait, à se tuer psychiquement en attendant le vrai moment, la vraie mort. S’endormir, c’était la grande pratique qui finira bien un jour par arriver définitivement. Ce sera la dernière représentation. On n’a pas besoin de crever pour savoir le souvenir qu’on laissera.    

Anatole se croit déjà mort, un fantôme, et le lendemain, il percevra cet avenir à travers ceux qu’il a rencontrés la veille. Leur présence fera son ciel ou son enfer. Anatole est déjà du monde des trépassés. Il n’envisage pas les choses autrement.


Fidèle à son épouse comme à sa bouteille, Anatole n’avait trompé Simone qu’une seule fois. Cet hiver-là, Anatole avait parcouru un coin de pays qui lui était encore tout à fait inconnu. Après avoir sué à Sherbrooke, en montant la rue King, il avait « trôlé » une femme, toute de vert vêtue qui s’était avéré une colleuse de contraventions. Énervé, Anatole prit un autobus qui menaça de tomber en panne une bonne dizaine de fois. Ce ne fut que de justesse qu’il rejoignit le groupe sur la Wellington, face au Palais de justice où l’on retrouve les jeunes en mal de chair fraîche. Ils allèrent en bandes se dégraisser le gosier au LaSalle et se sont faits presque asphyxier à East Angus par les odeurs de la Domtar, compagnie aussi championne dans la pollution de la Saint-François que la Dominion textile l’est pour la rivière Magog.

Anatole s’est laissé glisser à l’enchantement des paysages de la région de Scotstown. Ce fut le paradis. Un aperçu des paysages qui doit exister dans le ciel, si ciel il y a.


Scotstown est une bien petite ville dont l’industrie principale est le bien-être social. Cette industrie s’est implantée avec la fermeture d’une usine de bois, fermeture qui eut un tel impact sur la population que personne n’osa reconquérir l’espérance. 

Les assistés sociaux n’étaient ni des paresseux, ni des gens indignes d’un emploi, au contraire, ils étaient intelligents et créatifs. Conscients que ce n’était pas leur faute si la situation était telle, il laissait au gouvernement, leur père bienfaiteur, le soin de les sortir de l’embarras. Certains y parvenaient mal, d’autres y faisaient fortune, à preuve cet assisté qui partit pour Osaka, au Japon, prendre une cure de rajeunissement à même ses prestations d’assistance sociale.

Scotstown, à première vue, donne l’impression de dépérir. Près de la rivière, certains taudis rappellent les vieilles villes abandonnées du Far West. Ce n’est pas encore Val-Jalbert, mais en bonne voie. Par contre, le château, habité par une vieille originale fardée de blanc à la Fellini (un vieux restant de noblesse comme en témoigne son mari) le presbytère et l’église faits de beau granit local (dans tous les villages pauvres du Québec, il n’y a de riche que l’église)  ainsi qu’un High School désaffecté, devenu depuis centre de loisirs, témoignait qu’il fut un temps où Scotstown pouvait concurrencer de haut La Patrie, un petit village situé plus loin, près de Lac-Mégantic.          

Toujours en était-il qu’Anatole se promenait sur les routes, ruminant les beautés des étendues à perte de vue quand sur la route près de Woburn, dans un champ, près d’un tas d’ordures, il fut intrigué par d’étranges bruits.  Était-ce des jeunes qui se préparaient au braconnage? Il s’avança et aperçut une espèce de hangar, avec sur le côté, un drapeau anglais à moitié monté, et une vieille qui, devait avoir dans la cinquantaine, avec déjà des cheveux blancs, le visage ridé, avec l’allure un peu sauvagesse, essayait de dégager un morceau de bois.

– Attendez, je vais vous aider, sa mère, avait crié Anatole, déjà dans la neige jusqu’à la fourche.     

À son grand étonnement, il vit la vieille disparaître puis réapparaître avec un fusil à la main. Il eut la peur de sa vie quand les balles lui sifflèrent de chaque côté de la tête. 

– Sacre ton camp, suppôt de Satan. Curé mal attriqué. Je vais te montrer, vieux Christ, si on vient ici, chez une pauvre dame, sans avertir. Je vais te plomber le cul et te le faire lécher par mes chiens… Va!            

Anatole vira de bord et arriva tout essoufflé à l’hôtel.

– Appelez la police!   Appelez la police !  il y a une vieille folle qui me court après.  

Tout le monde riait. Humilié, mais calmé, Anatole raconta son histoire au barman, un français qui était accompagné d’un manchot, un vieil Anglais, qui s’entêtait à ne pas parler français et qui prenait plaisir à engueuler tous les Français qu’il ne connaissait pas ou qui lui semblaient assez jeunes pour leur faire la morale. Le manchot en profita pour faire son petit tour de « raciste » alors qu’Aristote exaspéré s’écria :         

– Vieux baptême! Ferme ta gueule ou ton autre bras, je vais te le planter dans le cul!

Une telle réponse avait fait scandale. Anatole s’en foutait puisqu’il croyait sincèrement qu’il serait impossible de créer un état d’esprit propice à la révolution, sans avoir obtenu au préalable de toute la population, la conviction d’une appartenance à un même pays, et ce, au prix de chasser du territoire tous ceux qui s’y opposaient. 

– Quand viendra le temps de mettre le proprio dehors, ce ne sera plus le temps de se consulter entre locataires, disait-il. La maison nous appartient et nous la reprendrons. Ceux qui ne sont pas contents n’ont qu’à partir avant.

Pour Anatole, il ne s’agissait pas d’une guerre de langue bornée, mais d’assurer la survie de la culture française en Amérique et d’ainsi du même coup protéger ses arrières quand la grande étape se présenterait. « Québec français d’abord, l’indépendance ensuite, finissait-il par proclamer. S’il n’y a pas mal à parler deux langues, il est mortel de vouloir en vivre deux. On ne peut pas avoir deux façons de penser différentes en même temps.»    

Gilles, un grand et gros bonhomme qui se tortillait les sourcils comme les poings, s’approcha et le dévisagea.   

– À Scotstown, dit-il, l’air supérieur et en colère, il n’y a pas de guerre entre les Français et les Anglais. Sachez-le. Des maudits révolutionnaires (il se contorsionna le bec), nous on casse ça comme ça, fronçant les sourcils et les poings, imitant le geste de torsion, ce qui le rendait encore plus laid. 

Anatole se ferma la gueule, même s’il aurait bien voulu abattre le vieil abruti de manchot et traiter Gilles de lèche-cul. Surtout qu’Anatole avait appris la veille par ses amis qu’une petite usine locale, l’entreprise Beauchesne, ne pouvait pas obtenir de crédits pour poursuivre ses opérations à cause des Anglais qui menaçaient la banque de retirer leurs fonds si la firme Beauchesne était aidée, et, ce, même si cela aurait créé 10 emplois et aider le père d’une grosse famille. Pas d’aide non plus du fédéral qui exigeait d’abord cette garantie de la banque.

– Des Anglais coopératifs et indulgents, songea Anatole, sachant qu’en plus de l’affaire Beauchesne, ces Anglais avaient essayé de tuer le projet du peintre Frédéric pour sauver l’économie locale par les arts.

Ces Anglais ne voulaient tout simplement pas que viennent des touristes, car, il tenait à leur calme. Ils préféraient avoir des pauvres à faire face à un progrès qui aurait pu entraîner une augmentation de taxes. Une autre minorité qui contrôle tout.

– Baptême que le peuple québécois est rendu bas, prêt à lécher le cul de leur maître pour ne pas avoir de problèmes, s’était contenté de penser Anatole, peu fier de sa couardise.       


La fin d’un État 10

février 11, 2021

La fin d’un État  10

On devrait tous se promener à bicyclette ou en transport en commun. On pourrait aussi utiliser des moteurs à l’eau ou à l’électricité. Ils existent déjà, mais on les interdit pour ne pas nuire aux riches pétrolières. Ça les fourrerait les maudits!

Tu vas voir si Général Motors n’a pas des octrois pour empêcher les mises à pied. Cette crise, c’est un bluff, que je te dis.  

Les gens croient dans cette crise parce qu’ils manquent d’essence; mais ils sont trop fous pour se demander pourquoi il n’y a pas de pétrole quand il y a autant de puits en production. Qui a intérêt à organiser une guerre et une crise auparavant, pour mieux la faire accepter?     

Éric se demandait souvent où Anatole allait chercher tout ça.        

– C’est comme au Biafra ou en Amérique latine, où ce fut pareil, de dire Anatole. Une compagnie de pétrole amena deux pays à se battre pour les puits qui devaient supposément y exister. La brousse fut dévastée, plus de 80,000 hommes furent tués avant que la compagnie annonce que les puits de pétrole étaient, somme toute, sans importance.           

La guerre prit fin d’un coup avec le rêve de puits de pétrole. Ils étaient tous morts pour rien. C’est ainsi que les grosses compagnies se foutent du monde. Nous, les hommes, nous ne sommes rien, moins valables que l’argent, que leur concurrence et leur puissance…    

Ce doit être ça, Dieu : un alliage de religion, de l’armée et des grandes compagnies… une invention pour nous maintenir par la psychose dans l’inégalité, la hiérarchie, l’autorité, quoi!         

L’autorité, cette très chère autorité. On nous a appris à ne pas être capables de nous en passer, à en avoir besoin pour nous protéger. Cette autorité est aussi bien la mère qui te couve et t’épargne tous les ennuis alors qu’elle devrait t’apprendre à vivre autonome. Pour un gars, le père te sert de modèle, il t’apprend la réalité. Avec lui, tu sais que l’homme n’est pas aussi beau que la mythologie le prétend, car il est un esclave, un impuissant.   Les parents sont là pour appliquer, définir et régir la morale. Le Code pénal, les députés, la police, les curés, les psychiatres font partie de la famille élargie. Toute cette clique veille pour s’assurer que tu sois bien intégré, sans distorsion entre la réalité et tes besoins. Les ordres du milieu auxquels tu devras te plier.  

Et, les gouvernements, me direz-vous? Ces furent les plus grandes et les premières barricades pour mener à bien l’exploitation du peuple, un geste de subtilité et d’hypocrisie inventé contre les révolutions. Donner au peuple un semblant de pouvoir calmera la violence de leurs humiliations. Alors qu’on s’attaque aux gouvernements, qu’on massacre tous les dirigeants officiels au nom d’une révolution, ceux qui détiennent vraiment le pouvoir demeurent à l’abri, attendant les futurs dirigeants qui remplaceront ceux qui sont déchus pour imposer leur compromis.           


Ces riches sont les intouchables, les corporations, les compagnies multinationales. Ce sont eux qu’il faudrait atteindre, mais les pauvres sont divisés et ignorants. Sans ces compagnies, le peuple croit qu’il n’aura pas de travail et sera exposé à la faim, alors que les corporations grugent par leurs pouvoirs des privilèges et des subventions.     

Ainsi, le peuple a faim par sa faute et ceux qui le composent se contentent de se déchirer entre eux, faute de s’attaquer à plus puissant. Durant ce temps, les états financiers de ces grosses compagnies font la pluie et le beau temps quant à l’emploi, aux payes, au coût de la vie et même du crédit.        

Tu fais une grève pour avoir plus de salaires, le lendemain le coût de la vie augmente, et ce, quand tu ne t’es pas fait fourrer par ton syndicat parce que les syndicats sont parfois devenus eux -mêmes des corporations à profit, même si c’est plus camouflé.        

Les compagnies parviennent à se faire payer de généreuses subventions à même nos taxes alors que tout le monde crie contre le bien-être social et l’assurance-emploi qui coûtent toujours trop cher parce que là ce sont ni les riches, ni les bourgeois qui en profitent. Les moyens en veulent aux petits qui essaient d’oublier par la télévision et le skidoo, leur véritable situation sociale à travers ces instruments de richesse artificielle.   En ayant ta bagnole, tu crois « avoir réussi ta vie », t’en veux plus, parce qu’on t’a appris tout jeune à voir le succès qu’à travers cette perception du tape-à-l’œil.         

Tu restes vide et insatisfait parce que la mécanique ne comble pas encore tes sentiments. Ça t’empêche d’être toi-même, de répondre directement, sans substitut payant pour le système, à tes vrais besoins… Ceux qui n’ont pas été créés par l’environnement, le regard des autres. Ça t’empêche de rêver trop grand, même si tous les jours on te chante de prendre ta petite 50 en plus.   Le système a réussi à canaliser la réussite à travers un rôle, incrustant en miniature, en chacun de nous, son principe moteur du toujours plus haut, toujours plus loin.  

T’es tellement occupé à te réussir que t’oublies que t’es loin d’être seul à te rater. T’attends tout de Dieu, du gouvernement, de la loto ou du boss parce qu’au fonds de toi on t’a appris que Dieu dans sa bonté n’oublie jamais ses enfants. Ne te sentant pas si mauvais que ça, tu crois fermement que Dieu n’acceptera sûrement pas cette injustice à ton égard, qu’à un moment donné il va la réparer. 

Tu crèves en espérant toujours qu’un jour tu seras reconnu, qu’il te sera rendu, selon ce que tu juges vraiment valoir. Tu crèves en te rendant parfois compte que t’avais raison de penser avec atrocité depuis ton enfance que tu as été trompé et que cette grande tricherie se perpétue. T’es comme le lièvre qu’on fait courir en ayant pris bien soin d’y pendre devant une carotte de caoutchouc qui lui semble de plus en plus belle, au fur et à mesure qu’il se fatigue. Il lui arrive même de croire que cette misère a une raison cachée d’exister, pour te préparer à un grand rôle. Tu te prends pour un martyr que le ciel a choisi pour transformer le monde jusqu’à ce que tu t’aperçoives bien plus tard que c’est faux aussi.   T’es un gars bien ordinaire qui se forge un monde pour oublier la réalité.          

Anatole s’arrêtait. Les yeux lui brillaient comme s’il apercevait soudain la carotte.


– Moi, mon garçon, dit Anatole, il n’y a qu’une chose que j’ai toujours aimée parce que ça m’a toujours fasciné : les fleurs. 

Eh oui! C’est peu et pourtant, c’est mon monde. Quand je vois une fleur, je me sens transformé. Je suis heureux.      

Je suis obligé de m’arrêter, de la sentir, de la regarder et de lui toucher un peu. Ne pas la casser. Oh non! Je n’aime pas les fleurs fanées, ni les fleurs artificielles. En ville et en province, près de Drummondville, je connais toutes les sortes de fleurs qui poussent.        

Malheureusement, depuis belle lurette, il y en a de plus en plus de nouvelles fleurs.   C’est important de toujours en avoir que tu ne connais pas, ça aiguise ta curiosité et ça te permet de rêver un pays, une planète où elles poussent. Quand tu sais tout de la fleur, du moins, l’essentiel de leur beauté, alors elle perd de sa valeur. Moi, je n’ai plus de fleur nouvelle et les milliers que je connais ne m’attirent plus autant.  Elles sont devenues un paysage trop familier.        

Il faudrait que je parte, mais pour partir, il ne faudrait pas que j’aie d’enfant. La bonne femme pourrait s’organiser toute seule, elle serait même plus heureuse; mais les enfants, eux, ce n’est pas pareil. Ils ont peut-être besoin de moi quoique j’en doute ou peut-être aie-je besoin d’eux pour croire dans mon utilité dans la vie. La paternité est une paire de menottes qu’on te passe très jeune. C’est l’illusion de ton utilité… Il faut bien croire dans son utilité puisque la sainte Église, riche à craquer, grâce à la foi, nous a embauchés dès notre enfance dans le rôle d’un esprit qui n’en est pas un, mais qui se comporte comme s’il en était un. Le pire, pour ne pas trop te mentir, t’es bien obligé de croire en ces sornettes ou du moins d’en douter. On ne peut pas tout savoir. Mais on sait que dans la vie on se fait toujours mentir ou exploiter. Il faut bien croire que quelques-uns sont comme toi, devenus hypocrites et menteurs juste assez raisonnables pour ne pas se suicider.

Chacun se crée son petit paradis artificiel, dit Anatole, selon ses intérêts, avec ou sans dope. J’ai un jour songé que je pourrais faire venir de nouvelles fleurs, mais ça coûte des sous et le climat ne leur permettrait pas toujours de survivre.   Pour avoir des sous, il faudrait que je travaille et personne ne veut m’employer. Je suis trop vieux, pas assez instruit, trop exigeant comme bien des jeunes trop instruits, trop idéalistes, et aiment plus leurs cheveux longs que leur travail. Je les comprends, les jeunes, d’être aussi écœurés, eux, qui ont besoin d’aller vite et qui se doivent d’attendre le jauni de la paperasse. J’ai voulu me suicider qu’une fois. C’était à Québec…     

J’étais allé chercher un emploi avec presque rien en poche. C’est beau, Québec! Baptême que c’est beau! Juste à y penser, j’ai un pincement au cœur. Et, les gens sont formidables.   La terrasse, les plaines, les monuments antiques, le parlement y compris, ça revire un gars à l’envers, ce n’est pas long. J’y ai été peu longtemps, mais j’ai gardé un souvenir éternel, même si on tue la vielle capitale à coups de gratte-ciel et d’autoroutes…          

La fin d’un État 9

février 10, 2021

La fin d’un État 9

Éric ne croyait rien de ce que racontaient les séparatistes. C’était, à son avis, une bande de fous, impuissants à faire accepter leurs réformes, même si plusieurs étaient de toute évidence très bonnes, par la majorité.   C’est avec des éclats de rire qu’il apprenait qu’en Algérie, tout le peuple arabe soutenait le maquis contre les colons, que chacun du groupe trouvé coupable d’avoir comploté avec l’ennemi était exécuté, pendu contre un mur, la tête en bas, les organes génitaux dans la bouche. Il savait aussi que le Québec n’était pas préparé à la révolution puisque la masse n’était pas armée ou prête à seconder les belligérants.            

Il y avait encore trop de risques de trahison, trop de peur. Une perquisition générale par l’armée et une saisie de toutes les armes seraient encore possibles et surtout, les fédérastes avaient une arme psychologique qui aurait d’un coup fait débander tout le monde.

  • En Algérie, pensa-t-il, chaque quartier, chaque maison avaient sa propre organisation. Tout ce qui n’était pas arabe était passé aux armes et ça duré sept ans. Qu’en serait-il du Québec contre les USA, sans être bien organisé et appuyé par le peuple entier, sans être appuyé par la gauche tant du Canada que des États-Unis, afin d’éviter un bain de sang inutile. Et, peut-être comme cela s’est passé en Amérique du Sud, entraîner l’extinction d’un peuple entier?             

Éric s’attardait à penser aux enfants ainsi qu’aux nombreux innocents qui sont automatiquement assassinés dans des cas de jalousie ou de vengeance personnelle. Il ferma les yeux et préféra mettre fin à une réflexion aussi difficile.       

– Tant de morts pour rien, se dit-il.         

Une seule fois, Paul lui glissa, une réflexion politique, en regardant un compte-rendu d’élections :

– En voilà, une autre de volée! Un jour, y vont sauter ces maudits-là.      

Ce à quoi Éric s’était contenté de répliquer :   

– Le monde ne veut rien savoir des séparatistes. Il faudra bien vous rendre à l’évidence. Les Québécois sont pacifistes et le fédéral ne laissera jamais le Québec se séparer sans y envoyer l’armée.   Puis, oublie ça. T’es trop jeune, trop petit et surtout trop propre pour t’intéresser à des choses comme ça. Ceux que tu condamnes pensent peut-être réaliser un idéal, eux aussi, à leur façon.

Au grand plaisir d’Éric, Paul semblait avoir oublié le fait politique. Pourtant, à quelques reprises, à la suite de manifestations pour la langue, au cours desquelles les vitrines et les vitres de Westmount volaient en éclat avant l’intervention rapide de l’anti-émeute, Éric soupçonnait Paul d’y avoir participé. 

Il en voulait aux dirigeants révolutionnaires, les accusant injustement de se servir des jeunes, oubliant que les libéraux, aux dernières élections avaient engagé des scouts pour donner du charme à leurs tournées. Les jeunes, ça fait toujours plus émotif…   

Ils avaient aussi organisé de vastes campagnes de recrutement des cadets de l’armée pour tenir les jeunes en laisse… un bon moyen d’acheter leur conscience.

La politique allait sans doute profondément les pervertir en implantant l’instinct de puissance de manière encore plus efficace que n’importe quel groupe de pédérastes, même les plus vicieux.

On s’imagine qu’obéir à sa nature peut être parfois un vice.

Les émissions de télévision étaient transformées en véritables émissions de propagande. Pourquoi ce qui est mauvais pour la révolution serait-il très bon pour les capitalistes libéraux?         

Chaque semaine, Éric pénétrait davantage dans la famille de Paul. Il reconnaissait les petits dans leurs choix de jeux qui détermineront peut-être leur avenir alors que la bière lui permettait de mieux connaître le père.         

Éric prit plaisir à passer de longues heures à écouter le père de Paul, Anatole, lui faire part de sa vie misérable.    

Fils d’une grande famille, Anatole avait à peine connu son père, celui-ci n’entrant de l’usine que pour grogner ou s’allonger devant la radio. Tout jeune, il avait dû commencer à travailler par obligation familiale, étant un des aînés, et pour avoir quelques sous pour sortir avec une fille.    

— Ça coûte cher les fréquentations, disait-il avec ironie.      

Puis, était venu le mariage et les petits, les tracas pour les nourrir à autre chose qu’au beurre de peanuts ou de la viande bon marché.       

Anatole avait toujours été humilié. En classe, il n’était pas tellement brillant, faute d’y être assez assidu et, par surcroît, il n’était pas ce qu’il y avait de plus beau comme jeune poulain. Pourtant, il se gonflait d’orgueil quand il rappelait que les frères des Écoles chrétiennes l’avaient jadis repéré comme étant un esprit supérieur.

– Je serais bien allé à leur école, mais j’eus peur de m’ennuyer et ma mère de me perdre. Ce devait être vrai puisque trois ans plus tard, j’ai gagné le premier prix en mathématiques pour toute la province. Si j’avais continué, je serais peut-être aujourd’hui un second Einstein.        

Et, Anatole se mettait à rire bruyamment.         

Anatole avala d’un coup deux verres de draft et continua : 

– Je suis mort-né. Pas de chance. Avec l’âge, j’ai perdu tout intérêt pour mon travail. Je n’arrêtais pas de penser que ce n’est pas une vie pour un homme de ramasser des vidanges.    

Tu te lèves le matin, toujours à la même heure, fatigué pas fatigué, écœuré pas écœuré. Il faut que ça marche. Il faut une paye pour nourrir les petits en plus d’entendre la vieille gueuler qu’elle n’en a pas assez.   Ouais. Tu te fais geler en sortant, espérant que les neuf heures vont arriver le plus vite possible parce qu’alors le soleil commencera à te réchauffer. Chaque jour, c’est la même chose : s’habituer aux odeurs et à la saleté, aux regards des gens. Probablement que t’en imagines plus qu’ils ne pensent. C’est long une vie dans la merde.          

Un jour, j’ai pris une brosse et j’ai été congédié. Si j’avais tenu le coup, aujourd’hui, j’aurais une bonne paye. J’ai ensuite couru le bureau de placement, ce bureau de paperasses qui ne te trouve jamais d’emploi. Puis, ce fut l’assistance sociale, la bonne femme qui me traitait de sans-cœur et de vache. Comme si je n’avais pas assez d’emmerdements. Et puis, à force de se le faire dire, on finit par ne plus y porter attention. On ne sait plus si ce n’est pas un peu vrai. J’ai alors commencé à boire comme un cochon.        

Il prenait deux autres bières en fut.       

Les petits ont commencé à m’engueuler eux aussi. Je suis devenu un objet. Un rien.   Au moins avant, si je leur étais étranger, ils ne me méprisaient pas. J’étais devenu un fardeau pour la maison.         

Une larme coulait. Il prenait trois autres drafts.           

– Je suis bon qu’à être enterré. Je n’apporte que malchance aux autres.

Éric savait que ce passage était toujours difficile à franchir. Anatole exprimait comment de fier de lui-même, il en était venu à se haïr, comme le commandait la société à toute personne qui sort de ses rangs et continue d’en écouter les murmures. Éric sait que pour cet homme épuisé par les sarcasmes, sauf le sentiment de fatalité et sa bouteille, rien ne pouvait plus le retenir à la vie.         

– Un jour, je serai un clochard, vous verrez, disait-il avant d’enfiler une ou deux .autres drafts et retourner directement dans son enfance.        

– Ah! disait-il pour commencer, c’était le bon temps. 

Il racontait la vie en bande, le travail abrutissant des plus vieux, puis s’élançait inévitablement dans ses remarques sociales.          

– C’est la faute du gouvernement, aussi. Il nous ment toujours celui-là. Il prétend toujours avoir besoin d’argent et subventionne les multimillionnaires avec nos impôts. Et, quand ça ne fait pas son affaire, il nous fait une petite guerre pour nous mettre à notre place, pour s’assurer que l’on recommence à croire de plus belle. Qu’on le veuille ou non, il faut aller se faire tuer pour rien, pour enrichir les plus riches qui nous font croire que c’est pour notre bien.       

C’est comme le pétrole, on nous dit qu’il n’y en pas à cause des Arabes, on monte les prix et on fait des lois spéciales. Pourtant, Bon Dieu, à qui sont les puits du Moyen-Orient et de l’Amérique du Sud? En très bonne partie, ce sont des intérêts américains qui, même après les nationalisations, demeurent quand même les opérateurs. Ce sont des membres des exécutifs des grosses compagnies pétrolifères qui conseillent le président des États-Unis, qui a lui-même des parts dans ces entreprises.   

Les compagnies n’ont plus à obéir aux lois antipollution à cause de cette crise qu’ils ont organisée eux-mêmes, tout en nous faisant payer pour leurs nouveaux investissements.

La fin d’un État 8

février 9, 2021

La fin d’un État 8

Éric était mal à l’aise dans ce petit logis, laid, mais très propre. Le bruit lui sembla encore plus exécrable qu’à la piscine. Chaque fois que la mère criait, vulgairement, après les enfants en gémissant sur son sort, Éric éprouvait le besoin de l’étrangler.   Il était jaloux lui aussi.     

Le père fit venir tous les enfants et les lui présenta à tour de rôle. Chacun s’avançait et tendait la main avec un petit air effrayé, un sourire en coin. Éric dut ensuite visiter la maison, pièce par pièce, alors que le père racontait comment depuis deux ans, lui, un monsieur honorable, devait se traîner entre le bureau d’assistance sociale et celui de la main d’œuvre.       

– Vous savez comment c’est, on dirait qu’ils sont tous après mourir là-dedans. Ils n’ont jamais d’emploi. Ils se maudissent bien de vous, ces enfants de chiennes là.         

Éric ne comprenait pas que Paul puisse demeurer dans une telle atmosphère.

– L’an prochain, j’en sortirai le petit. Cette année, ça nuirait à ses études… mais peut-être moins que ce chialage incessant.

Paul travaillait sur la table de la cuisine. Il lisait avec avidité, les deux jambes allongées sur la chaise d’en face, une main entre les deux cuisses. Il avait des culottes courtes brunes et un chandail bleu. Sans le laisser voir, Éric le scruta des yeux. « Il est vraiment beau, cet enfant.»      

Il l’adorait. À cet instant, il aurait bien voulu lui passer la main dans les cheveux.   Le caresser se présentait à lui aussi impérieusement que le besoin de manger.        

« Possiblement que d’instinct, il faut toucher ce qui nous fascine, pensa Éric, entrevoyant avec un rire intérieur la difficulté dans les musées de tenir les doigts curieux à l’écart. Ça fait partie de la connaissance sans doute. »

Le bruit était de pis en pis depuis que la mère venait de commander le bain collectif hebdomadaire. L’eau faisait sourdre son écoulement violent.      

Éric aperçut, durant que le père lui montrait un portrait de famille, les cinq garçons se déshabiller et se pavaner en se rendant à la salle de bain

Le père l’observa. Il sourit et continua ses commentaires comme si de rien était.   Éric se sentait tout mou, le cœur battant, et quelque chose qui se gonflait en silence ailleurs. Il s’attarda à les regarder discrètement jouer dans l’eau alors que Paul était le seul assis, se lavant avec précipitation.      

Éric dut passer à une autre scène, ce qui l’empêcha dorénavant de voir les cinq garçons, bandés comme des chevaux, se flanquer de la mousse par la tête. C’était beau de les voir.   Alain et ses quinze ans, roux et bien bâti; Mario, 14 ans, le super sportif de la famille. Il y avait aussi  Roger, le plus petit; Serge  et Patrice. Une vraie bande de diables.          

À son retour, devant la première photo, Éric s’informa sur un personnage. Il n’avait aucun intérêt, mais il pouvait ainsi simplement, regarder sans que ça paraisse les jeunes s’amuser dans l’eau. Paul n’y était plus. Éric fut intrigué. 

Leur mère surgit tout à coup dans la porte.

– Je ne peux pas sortir cinq minutes que le diable prend dans la cabane. Tu ne pourrais pas t’en occuper, espèce de flanc-mou, beuglait-elle, en exécutant son mari des yeux.       

Elle se précipita dans la toilette, claquant la porte.          

– Vous pourriez toujours au moins vous cacher le cul devant un étranger.

– À son âge, y commence à être temps qu’il voit ce que sont de belles queues, rétorqua Mario. 

Éric entendit la main de la mère frapper violemment Mario, lequel se mit à rire.       

Éric était visiblement gêné. Paul aurait-il raconté ses aventures à ses frères?   Possiblement. Il y a bien des jeunes qui le font, laissant les adultes, encore trop constipés par de tels propos, de côté avec leurs scrupules venus d’un autre âge. Le principal, du moins la mère ignorait tout de leur realtion. Ça aurait été l’enfer. Les femmes s’imaginent que les hommes perçoivent la sexualité comme elles. Quelle erreur!  Pour un homme, le sexe est synonyme de plaisirs.    

Éric se sentit humilié quand ces jeunes sans gêne profitèrent que leur mère soit chez la voisine, pour s’exhiber à nouveau dans le corridor. Ils savaient que ça mettait Éric mal à l’aise d’où tout le plaisir. Éric sentit dans leurs regards une certaine forme d’agressivité. Paul était à nouveau à sa chaise, le regardant et lui souriant, mi- complice avec lui et mi- complice avec ses frères, ayant l’air de lui dire de tout simplement relaxer et d’en profiter quand ça passe.           

– Il ne faut pas t’en faire, mes frères ont l’esprit plus large que la mère. Elle se fait vieille… l’âge des religions et des tabous, ça doit remonter à l’époque des cavernes; mais ils sont tous un peu jaloux que tu m’aies choisi. Tu sais, à notre âge, on aime ça être l’être adoré de quelqu’un, même si on fait semblant que non… pour la réputation, ainsi on ne fait pas rire de nous quand on va avec les filles. Tu comprends?            

Éric s’approcha, lui serra la main, lui caressa les cheveux alors que dans le passage les autres lui criaient « chouchou!   

      Éric se rendit ensuite à la taverne avec le père. Il entra chez lui, épuisé.

      Quelques jours plus tard, ayant rendu visite au ministre de la Justice, celui-ci lui lança :       

– Comme ça, on paye l’amende pour de jeunes voyous?          

Éric furieux ne le laissa pas poursuivre…  

– Ton premier ministre se paie bien des jeunes que lui sert la police. Personne ne dit un mot. So. Je me mêle de mes affaires, qu’on ne se mêle pas des miennes. 

– Pour le premier ministre, ce n’est pas pareil. Si les gens apprenaient qu’il est pédéraste, il serait forcé de démissionner. C’est un maudit problème, non seulement pour lui, mais tout le cabinet. Il faut empêcher les jeunes de le faire chanter parce qu’ils se sont fait pogner le cul, surtout que ces jeunes délinquants sont présentés au premier ministre par la police. Imagine le scandale.

– C’est son affaire de poigner le cul à qui il voudra et ça prendrait une bande d’imbéciles de le forcer à démissionner pour une chose qui ne regarde pas son rôle ou son statut. C’est le meilleur premier ministre que nous n’ayons jamais eu. Les jeunes ne font tout de même pas de l’espionnage… Où est donc le danger, s’ils le désirent autant que lui, sinon les sales gueules.

– Je sais. Je sais, mais les gens sont trop bêtes pour le comprendre. Si grâce aux droits de l’homme, l’homosexualité, la pédérastie, le droit de se promener nus dans des endroits mêmes publics étaient autorisés, il serait possible dans une ou deux générations de faire disparaître ces tabous. Qui s’y risquera? Même si ces situations existent depuis presque toujours, ces tabous sont ancrés dans la mentalité des gens dès l’enfance. Qu’importe! Ce qui est important c’est que tu es rendu du côté des jeunes têtes folles.  

– Définitivement et à jamais, nos…  

– C’est ce que je voulais savoir…

  • Et, l’incident fut clos aussitôt. On parla de drogue et de prostitution.         
  • L’hiver se déroula sans incident. Paul initiait Éric à la neige. Il lui fit connaître encore une fois une foule de sensations. Éric connut le charme du blanc, sa fascination ainsi que celle du givre dans les arbres, de la tempête et des cris de loups. Il apprit à patiner sur un petit étang glacé, avec Paul, Roger et Mario pour professeurs. Deux pour lui tenir la main et l’autre pour le pousser au derrière.   Tout était à nouveau exquis.               

La vie est si belle quand il n’y a pas scrupule qui la déforme.

 Éric croyait que Paul avait abandonné ces idées de révolution qui circulaient un peu partout. Du moins, l’espérait-il.  

– Il est trop jeune pour se ramasser dans un tel cul-de-sac, sans savoir qui tire les ficelles dans de tels événements.

La fin d’un État 7

février 8, 2021

La fin d’un État  7

Éric fut surpris de cette réaction. Paul avait peur de ses parents ou il était très peiné de leur causer autant d’inconvénients.    

Éric pensa au FLQ et se dit :       

– Ce petit torrieux ne connait donc pas les risques qu’il nous fait courir. Il se voyait déjà déporté.    

Ils entrèrent à la maison et, comme prévu, Éric dut expliquer ses relations avec Paul. On est encore très arriéré dans certains milieux où l’on ne comprend pas l’attirance naturelle d’un petit gars pour un homme plus âgé que lui. Avec l’Église, le sexe est devenu encore pire que de tuer.  Ça ne l’enchantait pas tellement, mais, qu’avait-il à cacher? Qu’y a-t-il de plus beau que l’amour?            

– Je suis très riche, voyez-vous. Je suis toujours extrêmement seul.   Aussi, depuis que j’ai rencontré Paul, je retrouve le goût de vivre. Je m’en occupe comme s’il était mon fils.        

Son père écoutait, rouge de sa dernière brosse, alors que sa mère avait travaillé toute la fin de semaine à l’usine à moins que ce soit la fin de semaine où elle va à Drummondville chez sa sœur une fois par mois. 

Éric comprit vite que les parents de Paul ne connaissaient pas l’emploi du temps de Paul.   

– Que pensez-vous faire de votre marsouin? 

– Ché pas. On é pas riche. Y va devoir travailler bientôt.     

– Votre fils est trop jeune et beaucoup trop intelligent pour déjà aller travailler. Si vous permettez, je m’occuperai de son éducation. Je paierai tout ce qu’il faut pour en faire un homme, un vrai.

Le bonhomme le regarda ahuri, baissa la tête, faisant mine de réfléchir alors que la mère, petite et nerveuse, se mit à gueuler, comme si on voulait la battre.

– Qu’est-ce qui nous dit que vous n’êtes pas un de ces maudits fifis qui courent les jeunes, toujours prêts à leur poigner le cul?          

– Encore une de ces maudites mères poules qui cherchent le bien de ses enfants à partir de sa propre expérience. Le seul but est d’être la seule à être aimée, ne pas sentir sa solitude, car elle défend jalousement sa couvée, sans même respecter la liberté du poulet qu’elle protège. Vieille folle! Comme si la pudeur avait plus d’importance qu’une bonne instruction et une vie facile ensuite. Comme il serait préférable pour certains jeunes que leurs mères n’existent pas… leurs enfants deviendraient peut-être moins « tarlas », pensa Éric.       

Puis pensa-t-il, c’est dommage que les femmes ne puissent pas comprendre qu’il n’y a rien de mal dans le sexe. Elles le jugent selon leur propre expérience. Elles croient que le sexe est une cochonnerie à endurer.       

– Quoiqu’il en soit j’aimerais mieux le voir mourir que de le savoir consentir à ces bassesses, rajouta-t-elle.   

– Maudite folle, pensa le père de Paul.     Tu ne veux quand même pas qu’il couche avec toi. T’es une belle preuve que la femme aime qu’elle-même à travers ses enfants.      

– Ferme ta gueule, la bonne femme, répondit-il encore plus fort. C’est moi le boss icitte.

Les prétendus scandales sexuels sont un système de chantage international, interreligieux ayant pour but de ruiner l’Église catholique. Les dirigeants sont trop imbéciles pour simplement affirmer que la pédérastie existe depuis le début des temps et existera toujours quoiqu’en pensent les féminounes. Il y a des hommes qui sont attirés par autre chose qu’une femme, même si elles pensent qu’elles sont le centre de l’univers unique et indispensable en amour.        

Tout le monde n’est pas hétéro et le rapport entre hommes est différent que le cruising hétéro, sauf qu’on n’a pas le courage de le faire valoir. Subir une pipe, est-ce possible? Ça ne fait pas mal et prétendre que c’est un assaut, c’est de l’idiotie totale.   Le seul problème, les gens ne connaissent pas l’histoire de la sexualité. Ainsi, l’idiotie peut dominer. On explique comme on peut ce qu’on ne peut pas comprendre.            

C’est intéressant de voir que l’Église catholique, cette institution d’hypocrites paye maintenant pour ne pas avoir eu le courage de simplement reconnaître la réalité humaine pour ce qu’elle est. Le sexe est un besoin, une réalité humaine. Plutôt que de l’interdire, on aurait été mieux d’essayer de contrôler son affirmation. Les musulmans, les juifs passeront aussi dans le même moule. Ce sont des religions de machos. Quand les gens seront plus instruits, ils verront que la sexualité est ce qu’il y a de plus privé. En refusant la pédérastie, la société ne respecte en rien la nature. La majorité se pense supérieure. Bull shit! 

Le problème avec les religions, c’est qu’elles ont toujours méprisé les femmes et les gais. L’homme hétéro s’est toujours cru supérieur à la femme alors que maintenant la femme prétendue libérée s’imagine supérieure aux gais ou tout individu différent du moule préconisé et accepté par les institutions. Aujourd’hui, les féminounes arborent les peurs sexuelles comme une révolution alors que c’est simplement retourner en arrière. Elles ont été mal fourrées et elles pensent que l’avenir est d’éliminer les rapports sexuels si on pas l’âge de trancher le pénis du bonhomme qui ne ne nous fait pas bien l’amour.     

Dans le fond, le mieux c’est de vivre ce que l’on est, sans espérer que les autres seront assez intelligents pour nous comprendre. La pédérastie est temporaire comme un secret… une révélation… un passage au ciel. Tant pis pour ceux qui sont créés pour la médiocrité. C’est une folie, elle rend heureux. C’est tout ce qui compte…. mais il faut savoir que ça ne durera probablement pas toute notre vie… surtout que l’homme est appelé à vivre bientôt que de haine… Au lieu d’avoir des prêtres qui feront jouir leurs petits cœurs, on aura de gros capitalistes qui essaieront de se faire enfler la poche, même si la planète doit sauter… C’est vulgaire?

Encore moins que la réalité et l’imbécilité de notre système où un petit jeu de fesse est plus condamnable que l’utilisation d’enfants-soldats ou tuer un enfant, sous prétexte qu’on a eu un moment de folie…      

Espérons que les religions s’autodétruiront assez pour qu’elles disparaissent… ce que l’histoire du monde n’a pas encore réussi, car il est dans la nature de l’homme de s’inventer des histoires pour essayer de se comprendre. L’histoire des religions en est une de meurtres et de barbarie… c’est bien pire qu’un petit gars qui touche 250,000 $ pour s’être fait masturber. Si son milieu n’avait pas réagi en hystérique, il serait encore vivant, car le jeune n’a pas pu supporter le regard de son milieu.   

La maladie de la perfection et du mal rend les hommes malades mentaux.


Éric comprit que le père le protègerait tant qu’il lui servira une petite bière de temps en temps. Ayant lui-même été un garçon, il savait que très tôt on a plus d’un tour dans son sac et que les prétendues agressions sont d’une très grande rareté, puisqu’un fort pourcentage de garçons ne dédaigne pas vivre une première expérience sexuelle contrairement aux filles. C’est tellement plaisant. 

Éric savait cependant qu’il était loin de deviner tout ce qui se passait dans ce petit homme trapu.    

 – Tu vois bien que ce n’est pas un fifi. Y a l’air trop distingué. Pis, ce n’est pas n’importe qui, qui paierait une amende de 2,000 $ pour un petit « chenapan » qu’il connaît à peine, lança le père à nouveau perdu dans ses réflexions. 

Il se rappela qu’étant jeune, il s’était offusqué d’avoir été dévisagé par un monsieur louche. Bravement, il avait raconté son aventure à des amis qui lui rirent à la figure avec ses peurs de pédérastes qui tuent les enfants et qui étaient véhiculées par sa mère. Ceux-ci lui avaient fait comprendre qu’il a toujours moyen de se tirer du danger, si danger il y a, en demeurant dans des endroits publics ou en criant si quelqu’un tente vraiment de t’amener de force.

Le plus beau et le plus gentil compliment qui puisse t’être fait, c’est bien d’attirer l’attention d’un bonhomme.   Ça prouve que tu es beau, attrayant, non seulement pour quelques filles affamées de paraître désirées et non délaissées par tous les gars. T’es universel, quoi! Tu poignes des deux bords.             

Il est chanceux le petit, ce n’est pas moi qui aurais eu une nouvelle chance comme celle que j’ai refusée. Et, il se rappela combien de fois, il était retourné en vain au terminus pour se faire admirer, avec la douleur perçante de ne pas revoir son bonhomme et de ne plus attirer l’attention des mâles qui se précipitaient à l’intérieur de cet endroit.            

Il savait, comme il est terrible pour un garçon d’être laid et gêné et ne pas être d’attaque. Il en avait assez supporté lui-même le poids pour savoir que briser des vitrines n’est pas encore une source de défoulement suffisant. Qu’a donc Paul dans la tête pour le rendre si beau, si intelligent aux yeux de cet homme?       

– Fais ce tu voudras, dit la mère prête à retraiter, mais, je t’avertis que s’il touche au petit, je le fais mettre en prison.     

Paul la regardait, mais il ne faisait voir de rien. 

De quoi se mêle-t-elle avec ses peurs et ses péchés? » Pensa Paul. Il savait que sa mère agissait ainsi pour le protéger contre un mal qui vit plus dans son imagination que dans la réalité    . 

Le père se souvint combien ses amis, malgré leur supériorité de façade, fuyaient les pédérastes afin de conserver leur orgueil et continuer de passer pour « normaux », intacts aux yeux des autres amis trop naïfs pour avoir deviné la vraie nature de ces soudaines amitiés, toujours de plus en plus courtes.

Paul avait toujours cru que les jansénistes étaient ceux qui passaient le plus souvent à la casserole. Ils étaient soudainement trop argentés pour qu’il en soit autrement.  

– De toute façon, ça ne fait mal à personne, sauf, à des confesseurs jaloux ou des bonnes femmes qui se projettent dans leurs rejetons.

La fin d’un État 6

février 7, 2021

La fin d’un État 6

C’était pour Paul, une nouvelle expérience qu’il goûtait étonné, mais ravi de découvrir autant de frénésie. Une expérience comme les autres, peut-être un peu plus agréable. Il y avait un quelque chose de féérique d’autant plus, qu’il n’avait aucun souvenir d’avoir ressenti quelque chose d’aussi agréable auparavant. Il sentait qu’Éric avait réussi à ressentir cette joie qui permet de communiquer à tout, de se fondre dans ses sentiments.       

Le lendemain, Éric eut peur que cette aventure modifie leur comportement. Cela ne marque-t-il pas l’étape d’une nouvelle perception? Une étape qui moule l’un à l’autre ou nous sépare définitivement.            

Paul a poursuivi sa vie comme si rien ne s’était passé. C’est d’ailleurs ce qui arrive à la majorité des garçons. Le sexe est une expérience parmi tant d’autres.


Personne ne sent le besoin de raconter ses aventures, car elles procurent beaucoup de plaisirs et une certaine fierté ou une honte totale à un certain âge. Seuls ceux que le scrupule a déformés croient nécessaire de s’en plaindre. Ils n’arrivent d’ailleurs pas à vivre leur sexualité de façon positive.       

Pourtant, il vieillissait rapidement de caractère probablement à cause de l’influence d’un groupe d’étudiants avec lequel il s’était lié d’amitié.    

Éric ne pouvait plus se passer de la présence de Paul. Dès le lundi matin, il s’impatientait. Il aurait voulu déjà atteindre le vendredi soir avant même que la première journée de la semaine ne se fût écoulée.   Éric écrivit parfois de longues lettres d’amour à Paul, mais elles finissaient toutes à la poubelle. Éric considérait que le choix de mots n’était jamais à la hauteur de sa passion pour Paul. Éric travaillait plus que jamais. Il se tuait au travail pour oublier le vide laissé par l’absence de Paul et le vertige que ranimait sa seule réminiscence. 

Certains jours, Éric se rendit à la cour d’école dans le but d’apercevoir Paul à travers le grillage ou une fenêtre. Peine perdue. L’absence de Paul était comme la nuit qui engouffre la forêt alors que la peur vous saisit de partout. Une espèce de vertige panique qui démasque d’un coup la platitude de vivre sans l’intensité d’un sourire ou d’un regard en flammes.     

Éric songea à remettre sa démission, tout vendre et s’enfuir avec Paul, mais il se ressaisit, persuadé que cela ne servirait à rien puisqu’il n’arriverait pas, sans la permission des deux parents, à franchir la frontière. Il se demandait aussi si cette passion est de l’amour ou l’appel de la chair. Cette passion n’est-elle pas les deux à la fois? Une même identité.         

   Un samedi, début de septembre, Paul ne se présenta pas. Éric s’impatientait, son cœur battait très fort. De temps en temps, les bruits déclenchaient en son bas-ventre une série de décharges électriques. Éric fumait sans arrêter. Il avait peur. Quelque chose était sûrement arrivé.   Il croyait que les jambes lui céderaient sous le poids ou que le cœur, crampé, cesserait de s’agiter. Il fit tout pour se calmer : se coucha, descendit à la taverne avaler une bière. Finalement, après avoir considéré toutes les possibilités, Éric téléphona chez Paul. Une voix de fillette se fit entendre. C’était probablement l’une des trois sœurs de Paul. Était-ce Pauline, Henriette ou Mariette?    Cela importait peu.      

— Paul? Il n’est pas ici. Il est en prison. Papa et maman sont allés le voir au poste quatre, mais ils ne peuvent rien pour lui. Il faudrait payer une caution de 2,000 $. Qui parle, s’il vous plaît?        

Éric raccrocha. Il était bouleversé.    Pourquoi le petit était-il en prison? « Il n’a jamais volé… Qu’importe | Il faut agir ». Éric passa à la banque et se dirigea au poste 4 où il paya le cautionnement à la surprise des parents et des policiers.
 
– C’est bien fini, pensa Éric. Il est bien évident que ses parents ne le laisseront plus me rencontrer. Peut-être poseront-ils une plainte à la police? Cinq ans de tôle, c’est long. Si seulement, c’était cinq ans avec lui         .

Danger pas danger, Éric devait tenter l’impossible, il ne pouvait souffrir l’absence de Paul. Égoïsme? Peut-être, mais c’était au moins sincère, tout comme il est vrai qu’il n’y a pas d’amour sans un certain nombrilisme mutuel.         

Paul s’assit près de lui dans l’auto alors que ses parents prirent un taxi payé par Éric. Éric n’osait plus parler. Il était trop en maudit pour ouvrir la bouche sans l’engueuler, mais il ne voulait pas piétiner sa liberté. Il doit y avoir une explication.

– C’est sa vie.         

Éric était résolu à oublier les 2,000 $, même s’il en coûtait autant pour sortir le petit de prison que l’un des comptables de Cotroni avait déboursé à un juge alcoolique pour s’échapper de prison.   Et, pire encore, un Nixon avec tous ces meurtres causés par la guerre.    
 
– Tu te demandes pourquoi j’ai « pété » les vitrines. 

Éric le regarda froidement. Paul n’était encore qu’un enfant, mais cette fois, il y avait quelque chose de nouveau dans ses yeux : le défi.           

– C’est à cause des Anglais!       

– Quoi?        

– Les Anglais et les immigrants. Il faut bien se protéger…    

Éric soupira. Ce n’était donc qu’une petite escapade politique. Probablement qu’il s’était fait laver le cerveau par ses copains. Ce ne pouvait pas être très sérieux.

– Qu’as-tu contre les Anglais? demanda Éric avec ironie.   

– Je n’ai rien contre les individus en soi, mais si ça continue Montréal perdra son statut de ville française. De plus, les francophones, même s’ils sont majoritaires, sont à peu près les moins bien payés au Canada. Ils sont des esclaves modernes qui ne doivent pas trop souffrir, mais se vendre à des étrangers pour survivre.

Éric eut un pincement au cœur en entendant le mot « étranger ». N’en était-il pas un? On méprise aussi les gais quand la majorité dans leur esprit d’hétéros pense qu’un gai ne peut être qu’un anormal, un dégénéré, tout comme les femmes ont été classées par Dieu lui-même comme un être inférieur, une servante pour l’époux.

Éric se trouvait bien normal. Il mettait temporairement ses aventures au compte de l’obligation sociale, c’est-à-dire jusqu’à ce que les gens réalisent que leur morale repose sur des faussetés pour ne pas dire des stupidités. Il se contenta de quelques hum… hum… Puis, enchaîna.           

– Il y a toujours eu des pauvres et des esclaves, non seulement au Québec, mais partout. On est bien ici et on ne le sait pas. Tu ne pourras jamais rien y changer, mon Paulo.     

Paul le regarda avec des yeux accusateurs. Il se détourna. Il était devenu blême à faire peur.          

– Pourrait-on aller prendre un coke avant d’entrer à la maison?    

La fin d’un État 5

février 6, 2021

La fin d’un État 5

Au Québec, on a inventé la littérature pour la jeunesse pour s’assurer de la protection (surtout sexuelle) des jeunes face à leurs lectures, mais rien pour les protéger contre les scrupuleux.

Les adultes devraient quant à eux pouvoir lire n’importe quoi si on respecte le droit d’expression. Dans notre monde malade, ce n’est plus clair donc autant ne pas prendre de chance.

Ce texte en particulier est réservé aux adultes. Même si les acteurs de la scène sont tous les deux majeurs.

Et ainsi, durant plus d’un mois, Éric réapprit à aimer le jeu et une multitude de petites choses qui lui étaient apparues jusque-là sans intérêt. Paul s’intéressait à tout, questionnait sur tout et s’émerveillait de tout.      

Éric entreprit avec lui cours par-dessus cours : judo, natation, photographie, astronomie, botanique, etc.   Durant des journées entières, les fins de semaine, il s’amusait à visiter de nouveaux coins du Québec avec le petit. Paul se montrait si curieux que jamais de sa vie Éric n’avait eu de cours de socio géographie aussi intenses et intéressants. Pour compléter leurs voyages, Paul et Éric se réfugiaient dans les bibliothèques municipales à la découverte de nouveaux auteurs, de nouvelles idées.        

Une seule fois, Paul put sortir tard le soir. C’était à l’occasion d’une nuit de poésie au Gésus. Paul manifesta tant d’intérêt à la poésie qu’Éric acheta des recueils. Il s’amusa d’en faire la lecture à son jeune protégé qu’il amenait aussi assez souvent aux représentations du théâtre du Midi afin de cultiver non seulement son sens de la beauté, mais celui aussi de l’ironie et de la gaieté. Éric vivait par cet enfant qui le forçait sans cesse à tout redécouvrir.                 

Petit à petit, Éric finit par trouver fade et ennuyante l’éternelle compétition des adultes, leur hypocrisie et le vide qu’ils expriment. Paul lui apprenait à s’intéresser au beau côté des choses, à ce que les gens enseignent plutôt qu’à ce qu’ils sont ainsi que le sens du rêve. L’auto compétition.           

— J’aimerais, disait Paul, que tous les jeunes puissent comme moi goûter à toutes ces expériences. Tu sais, Jules, le petit gars d’à côté, son père a été tué dans un accident. Il est malheureux. Il n’a jamais vu une étoile au télescope, ni une pièce de théâtre ou entendu un concert dans une vraie salle. Pourquoi en est-il ainsi? Tu sais, Éric, beaucoup de jeunes ne mangent pas à leur faim. C’est encore pire que chez nous. Leurs parents se battent tout le temps parce que ça coûte trop cher. Souvent, le père prend un coup de trop et ça empire les choses.

Paul poussait alors un grand soupir et lançait :        

– Il faudrait que…      

Mais il ne finissait jamais ce qu’il entreprenait de dire.        

Éric faisait semblant d’ignorer que le petit parlait de misère en connaissance de cause. Il était si fier de le sortir par intermittence de sa condition. Paul n’oubliait pas que d’autres comme lui aimeraient échapper à leur sort, grâce à un prince charmant. C’était peut-être égoïste.   Éric était bien conscient de recevoir plus, juste par la façon de vivre de Paul. Sa présence avait plus de valeur que tout l’argent dont il possédait.   Paul lui donnait la vie, le bonheur.  

Éric se sentait parfois très vieux, particulièrement quand il ne parvenait pas à ressentir avec Paul l’allégresse glisser en lui comme un bon vin. Il devenait malheureux à chaque absence de Paul. Aucune présence ne comblait autant le temps et l’espace que Paul.          

Éric se sentait vide et angoissé quand il ne se fondait pas dans un esprit de parfaite communion avec Paul. Il pouvait d’ailleurs ressentir parfaitement quand Paul vivait une différence de sensation ou de sentiment.          

Éric souffrait aussi d’un malaise bizarre. Il était effrayé par un goût qui prenait naissance soudainement, un désir qui l’effrayait : il voulait faire l’amour avec Paul. Il rêvait de caresses infinies.   

Souvent, il aurait voulu crier son amour au petit, le presser contre son cœur, le caresser en regardant les étoiles; mais jamais il n’osait.   La religion, l’éducation et le commerce des femmes ont forcé les sociétés à accepter une sexualité faite pour mieux exploiter les humains. La société se fiche de savoir si ces règles et cette morale lui conviennent.   

Il craignait que Paul le méprise s’il manifestait ce désir ou encore qu’il profite de ses besoins impérieux pour dorénavant le dominer, fort de son enfance et d’être supposément normal, lui.   Pourtant, ce besoin apparaissait de plus en plus vital.

Une fin de semaine, pour fêter la fin des classes, alors qu’ils s’étaient rendus camper au sommet du Pinacle, près de Barnston, Éric et le petit décidèrent de se baigner nus dans la rivière chez Provencher.        

Sous le pont, dans un trou d’eau à peine assez grand pour nager à l’aise, Éric s’amusait à courser avec Paul et à tenter de le saisir. Un instant, il le serra dans ses bras. Il sentit son membre en érection se promener contre les fesses bien rondes de Paul. Il le relâcha, animé d’un vertige qu’il lui avait jusqu’alors été inconnu. Au moment où tout son être se concentrait sur ce plaisir, tout lui sembla se fondre dans le plaisir de sentir le corps de Paul contre lui. L’eau par sa fluidité, Paul par le velours de sa peau, l’impression que les arbres se mêlaient à ses cheveux, le bruit de la rivière mêlé à son rire… Tout devenait unique. Un flash l’envoûta. Éric se sentit rajeunir. Il bondit sur le bord du ciment qui pénètre la rivière, se rejeta à l’eau près de Paul qui à pleines brassées s’en sauvait. Une course folle. Tout était sourires, regards, éclats de rire.   Un mouvement continuel d’angles, de visions dans un tout, un instant, une sensation. Éric était atteint si profondément d’une telle joie qu’il perdit tout sens de la mesure. Il frissonnait de l’ivresse de sa nudité aquatique. Tous ses sens étaient à l’affût. 
  
Pour ne rien manquer d’aussi intense, il ne pensait plus. Il se laissait envahir, guider par ses sensations, aveuglément. Il joua ainsi, hors de toutes les contraintes, avec Paul, jusqu’à ce qu’ils soient épuisés tous les deux. Alors, ils se laissèrent glisser dans le moins profond, près du barrage de roches, l’un par-dessus l’autre, l’un pénétrant l’autre de sa folie, de sa fièvre. Éric se tassa. Il avait étendu son bras sur le bord des fesses de Paul, s’appuyant légèrement de l’autre main à son épaule, mi- cheval, mise à l’eau, les deux soupiraient violemment, tentant de se reposer. Éric tourna Paul et l’embrassa. Celui-ci silencieux se tira plus sur la rive, Éric à sa remorque. Ils restèrent ainsi plusieurs minutes.
 
Paul se releva, se dirigea vers la grève, suivi d’Éric qui l’empoigna par en arrière. Le secoua doucement. Paul riait ainsi qu’Éric quoique le petit parfois cesse ses rires pour lancer, sans chercher toutefois à le blesser, plutôt pour le taquiner :     « Mon maudit cochon, va. »  Une façon de signifier qu’il saisissait bien le sens du jeu.       

Éric tourna Paul sur lui-même comme une toupie, l’arrêta, l’embrassa en lui frôlant le dedans de la cuisse. Paul ne manifesta aucune résistance, ni aucune répugnance. Il manifestait même un certain laisser-aller par la mollesse avec laquelle il se laissa tomber ses bras autour du cou d’Éric qui, tout à coup, dans sa main, sentit une petite verge qui durcissait lentement, en soubresautant. Éric fut étonné de l’impression que suscite de tenir entre ses doigts une si petite queue, non seulement par la longueur, mais par le volume… quelques secondes plus tard, il sentit une toute petite bourse toute crispée.   

Paul riait. Ses yeux étincelaient. Il était encore plus beau que ne l’avait imaginé Éric. Est-ce vrai ou une impression?   Paul aimait-il ça? C’était important, mais ce n’était pas le moment de jouer les scrupuleux. La vie offre parfois des cadeaux. 

Éric ferma les yeux, la rivière chantait et une légère brise lui rendait plus agréable la sensation de l’eau qui s’égouttait sur leurs corps. Il se pencha, embrassa le petit sur les paupières puis par tout le corps, avant de laisser glisser cet agréable petit pénis, en pleine euphorie, entre ses lèvres.        

Éric était à genoux, le petit debout devant lui. Éric le caressa du bout des doigts comme sur les mamelons d’une femme alors que Paul se tortillait d’ivresse.   Soudain, après quelques lamentations, Paul s’étendit. Éric poursuivit ses caresses et le mouvement des lèvres, avec plus de synchronisation. Paul se mit à siffler, il venait pour la première fois d’éjaculer. Éric, heureux, d’avoir procuré un tel plaisir songea au fait qu’on dit qu’un garçon est toujours marqué par ce qui l’entoure et participe à sa première éjaculation, comme si cette sensation s’imprégnait éternellement dans la mémoire. Étant la plus troublante, le jeune recherchera toujours à réinventer cette sensation originelle. Est-ce vrai? 

Paul était troublé ne sachant pas exactement à quoi rattacher cette étrange et extraordinaire sensation d’évanouissement. Il était cependant fort heureux, pendu au cou d’Éric, comme un enfant effrayé qui cherche la sécurité dans les bras de l’autre. Ils examinèrent à nouveau la beauté de la nature et ils retournèrent à leur camp.            

Tout au long de la nuit, Éric caressa le corps du petit qui semblait devenu un ange comme pour mieux s’offrir en portrait. Il savait que dorénavant Paul ne serait plus son protégé, mais son amant.

Éric était surpris de l’ivresse qui l’avait envahie en caressant Paul qui prenait plaisir à découvrir les différentes gammes des frissons. Dans un temps très court, il était parvenu à prévoir le genre de frissons que ses doigts apportaient en se promenant sur tel ou tel espace du corps laissé à l’abandon. Ses doigts coursaient, précédant la volubilité des rires de Paul. Ces gestes se traduisaient de plus en plus en tortillements du corps, un léger sifflement des dents, des soupirs et le tremblement des lèvres.          

Éric fut aussi ravi des courbes de ce jeune corps, quelle harmonie! Il n’avait jamais rien vu de plus beau. Et ce petit pénis, si dur, si gesticulant, sous les poussées de sang, se prenant sans doute pour une flèche qui veut pénétrer un bas ventre encore vierge, plat et harmonique. Comme ce corps était d’une grande beauté! Était-ce le jeu de la lune sur cette peau tendre? Paul ressentait-il aussi la joie intérieure de communiquer avec quelque chose qui répand en nous une sensation de fraîcheur, de pureté, d’avoir réalisé un grand rêve? Éric comprenait très bien que pour Paul faire l’amour n’avait pas le même sens que celui des adultes. C’est un jeu purement et simplement. 

La fin d’un État 4

février 5, 2021

La fin d’un État 4

Paul s’embarqua dans un autobus, bondé de gens tumultueux qui en démarrant laissait derrière lui un immense nuage bleu, fort, sentant fortement l’huile.  

Éric se tenait tout contre Paul. Il s’amusait à se donner l’air d’un homme sérieux. Quand, s’en avertir, ni s’occuper de la foule intriguée, il se mit subitement à faire semblant de prier Paul, sans laisser échapper un mot, un genou à terre, les mains jointes et les lèvres en cul-de-poule.   Paul le regarda, surpris. Il lui sourit avant de regarder ailleurs. Aussitôt, Éric décida d’essayer de passer l’après-midi avec ce garçonnet qui semblait s’entêter à ne pas lui parler. Éric eut peur de l’indisposer, aussi se mit-il à agir comme si de rien n’était. Il se retrouva au parc Belmont. 

Paul regardait avidement tous les jeux, mais n’en essayait aucun. Éric y vit une occasion de se rapprocher du petit. Il l’invita à embarquer avec lui dans un train de montagnes russes, après s’être porté acquéreur d’une nouvelle passe qui donnait accès à tous les manèges, puis ils firent ensemble presque tous les jeux en silence. Éric offrait le nouveau manège d’un léger signe de tête.   Paul se précipitait à côté de lui, dans la ligne, riant sans cesse ou frissonnant dans les tunnels de la peur. Dans un des jeux, la cuvette, Éric eut peine à ne pas écraser son petit ami, probablement muet et dans cette position, il découvrit que ses cheveux avaient une odeur exquise, différente de tout ce qu’il avait senti jusqu’alors. L’après-midi fut si courte qu’Éric fut affreusement désappointé de voir le soleil commencer sa plongée rougeâtre.    

— Tu viens avec moi à la montagne? Demanda Éric.           

Paul acquiesça. Les deux se promenaient lentement quand soudain pour essayer de faire rire Paul, Éric se mit à prendre toutes sortes de postures, à inventer mille farces pour entendre et voir Paul étonné rire aux larmes. Jamais il n’avait été aussi fou de sa vie. Il monta dans un arbre et plus tard, au parc Lafontaine, il se jeta dans le petit étang. Il ne pouvait épuiser l’envoûtement de ce rire et la satisfaction de se sentir si jeune, hors de toutes contraintes et du temps. Il était léger et sans trop savoir pourquoi, il fixa un nouveau rendez-vous à Paul.   

— On se voit demain à la piscine. Je paye tout. À deux heures!    

Ce n’est que bien plus tard qu’Éric s’aperçut qu’il avait oublié de demander le nom du gamin. Quelle anxiété! Qu’arrivera-t-il s’il ne vient pas?          

Éric ravi entra à la maison. Après avoir pris un bon verre de vin, il écouta le disque du Petit Prince, d’Antoine de St-Exupéry, une œuvre grandiose, bourrée de réflexions sur l’amitié. « Deviendrais-je romantique? », se demanda Éric, qui écouta ensuite de la musique plutôt que de rencontrer un ministre avec lequel il avait rendez-vous.            

Éric se demanda au cours de ses réflexions pourquoi le petit avait refusé les bandes dessinées qu’il lui avait achetées. Pourtant, il avait adoré les pages qu’ils avaient regardées ensemble. Éric se surprit aussi d’essayer de rire comme le garçonnet. Il rêva toute la soirée que Paul était orphelin et qu’il le prenait sous sa protection. Il réaliserait tous ses caprices pour le plaisir de l’entendre rire ou admirer ses jeunes yeux moqueurs, plus vivants qu’une foule entière. Définitivement, Paul lui entrait dans la peau.    

Le lendemain, Éric hésita à se rendre à la piscine. Il trouvait déjà que le jeu avait assez duré.

– Je suis un homme, un adulte sérieux, moi, se disait-il, comme le vieux monsieur cramoisi dans le Petit Prince; mais la curiosité l’emporta, il fila à la piscine.

Au début, Éric fut irrité par le bruit, le cri de tous ces jeunes, nus, qui prenaient leur temps en se changeant. Éric pensait être arrivé trop tard. Il scruta du regard, attirant l’attention de quelques jeunes qui, pour se moquer de lui, mirent davantage leur appareil de jouissance en évidence, en écartant les jambes et s’avançant le bassin. Le cœur lui pompait et il sentit un frisson lui parcourir le corps.

– Je suis fou, se répéta-t-il. Il s’avança près de la piscine intérieure, le tumulte était pire que jamais, la piscine noire de têtes. Il regrettait déjà d’être venu quand il aperçut le petit, le corps tout blanc, dans son costume bleu-ciel, essayant de nager du mieux qu’il pouvait.        

Éric se jeta à l’eau, se faufila entre les jambes jusqu’au jeune qu’il souleva d’un coup par les chevilles. Paul, en refaisant surface, toussait d’avoir avalé tant d’eau alors qu’Éric blanchissait d’avoir fait une telle farce pour le surprendre.

Durant plus d’une heure, Éric profita de son savoir pour amuser Paul dans l’eau, en le poussant par les pieds alors que le petit faisait la planche, le trimbalant en le soutenant par les hanches. Éric était ravi de la douceur du petit sous ses mains. Il le faisait tourbillonner, dans des éclats de rire et de cris, qui le transportaient à nouveau hors du temps.         

Quelques minutes plus tard, toute une bande de jeunes l’entourait et, à leur tour, il les promenait dans l’eau sous le regard de Paul, fier d’avoir un ami aussi populaire. Vint le temps de s’essuyer et de quitter la piscine. Sans trop s’en apercevoir, Éric examinait, fasciné, le petit dans toute sa nudité. Il s’essuyait lentement et avec un peu d’embarras.  

— Comment t’appelles-tu?          

— Paul         

— Tu es très beau, tu sais.          

Le petit rougit. Il sourit, puis tourna de dos.      

Éric se surprit d’admirer le spectacle… Paul était vraiment très beau de partout.

— Si nous allions au restaurant?          

Paul accepta et Éric, au volant de sa voiture sport emprunta l’autoroute des Laurentides. S’apercevant de l’envoûtement de Paul, il précipita son bolide à folle allure avant de tourner sur une route secondaire où il céda le volant au gamin. Paul prit le volant avec l’allure d’un petit être qui vient d’entrer en possession du monde. Ils étaient si heureux tous les deux qu’ils ne revinrent qu’assez tard dans la soirée.           

— Où habites-tu?   

— Au 2240 Quesnel.        

Éric le déposa chez lui. C’était le samedi et l’ivresse de retrouver son enfance lui fit fixer à nouveau rendez-vous avec le petit. Le lendemain, ils se rendirent à la salle de billard.     

La fin d’un État 3

février 4, 2021

La fin d’un État 3

Dans un grand et bel appartement d’Habitat 67, l’agent américain Lasagne Rampa, tout à côté se faisait lécher le bout de la queue par un de ses sept chats favoris, ayant la langue plus aride que sa servante.  Éric, en visite spirituelle, y rencontra un ministre québécois.   Ne disons pas lequel pour ne pas faire de jaloux, mais il était libéral. Celui-ci lui expliqua avec force et détails, comment passer d’une leçon d’histoire à une leçon d’anatomie, en passant par la géographie.  

Alors que ce ministre tenait vaillamment la reproduction miniature du poteau qui aurait pu servir à pendre Riel, Éric comprit le sens de sa destinée : s’amuser en se faisant le plus grassement payer possible.       

Il venait de saisir le sens sacré de ces deux grands proverbes québécois : « Mieux vaut travailler lentement pour que ça dure longtemps » et « le travail doit toujours être un jeu qui se joue aux dépens du patron. »   

Éric laissa les bérets blancs et s’engagea dans la lutte pour un monde plus que meilleur. Aussi, fonça-t-il en théorie et en pratique dans la libération de la sexualité.

Éric publia un journal gai, l’Omnisto, qui ne s’avéra pas aussi payant qu’il l’avait prévu, quoique l’homosexualité gagne du terrain tous les jours en popularité; d’autant plus que les femmes avaient déjà une prédisposition naturelle avec leurs « dîners de filles », après avoir chassé les hommes de la taverne.        

Il diversifia les parutions en publiant toute une série de revues : Le cul, La plote du coin, Le gros machin, etc.  Avec les profits, il s’ouvrit une commune et un club où l’émancipation se traduisait à entendre des disques anglais en pays francophone, à dévorer tout le monde des yeux et féliciter le fédéral de pouvoir danser queue contre queue.             

Frustré depuis fort longtemps, préférant cette exploitation à l’interdiction, tout le monde était content, même la mafia, avec sa part de profits (malgré les salaires à distribuer à une escouade qui n’a plus que le nom de moralité).           

Pour plus de profits, Éric monta son réseau de vendeurs et s’enrôla en même temps dans la Ligue du Sacré-Cœur (ça fait plus sérieux auprès des plus riches qui ont besoin de faire l’amour avec un crucifix dans le cou).           

Éric s’interdit de se mêler de politique, sachant très bien le caractère bouffon et mafieux de cette science de la manipulation quand les néo-libéraux sont au pouvoir.

– Les riches n’ont pas besoin de moi pour défendre leurs fortunes, ils ont déjà des avocats pour assurer la vitalité des vols, pensait Éric.  

Il ne fréquentait pas moins de 90 pour cent de la législature, ayant atteint un stade que la masse n’a pas encore compris.

La vie sexuelle d’un homme public quel qu’il soit, de la tendance qu’il voudra, n’influence en rien la qualité de son travail et de sa représentation. Il savait que bien des députés se prenaient pour des curés et faisaient en pratique, par la force des choses, vœu de chasteté.           

Éric détestait l’hypocrisie, même commandée par le peuple.           

Il n’y avait aucune interdiction à surveiller en dehors de la violence, tout était dit et montré pourvu qu’il ne s’attaquât pas à la religion, puisqu’alors le journal était immédiatement saisi. Les religions ont besoin de censure pour empêcher les gens de penser et s’apercevoir qu’ils se font charrier. On pouvait toucher à tous les sujets tant qu’ils ne remettaient pas en cause la naïveté nécessaire pour mettre en place les raisons d’entretenir la peur humaine. Prendre conscience qu’on se fait mentir, c’est dangereux pour les fondements mêmes de la société.

Éric trouvait cela raisonnable puisque même les Arabes avaient trouvé profit à foutre la sexualité à l’index.   Le jeu de tout système payant et libre est de fournir l’impression d’être permissif, tout en ayant les règles pour le rendre répressif. 

Une dictature bénévole vaut mieux qu’une armée. Par contre, il savait qu’il faut construire la violence puisque la société repose sur elle. La violence naît de la frustration et rien de mieux que l’interdit sexuel pour l’individualiser. Rien de tel que de brimer un instinct primaire primordial. « L’appétit vient en mangeant… ou en ne pouvant pas manger à sa faim. »       

Fortuné, puissant, Éric venait de réaliser tous les rêves de sa vie. Il se foutait maintenant que plusieurs revivent la guerre ou la révolution. Il mangeait tous les jours, pouvait être malade quand bon lui semblait pour justifier des vacances. Il pouvait aussi se fournir tous les loisirs et toutes les sensations, tout en étant assez intelligent pour éviter de devenir esclave de sa puissance et de sa fortune. Il habitait l’Ile des sœurs de chaque grande ville du monde, à tour de rôle, tout en méprisant la richesse afin de ne pas passer une vie en conseils d’administration, sous l’aile des Desmarais.  

Pourtant, il s’ennuyait toujours. Il était seul et n’avait pas encore trouvé moyen de surmonter sa solitude. Il avait l’esprit trop libre pour se noyer dans les peurs religieuses. Il avait une trop grande fortune pour se promener sans être un peu paranoïaque. Quand tu as de l’argent, tu ne sais pas si l’amitié ne signifie pas seulement ton portefeuille.  

Éric était né pour la fatalité. Il avait beau la fuir, elle l’attrapait toujours, et cette fois, ce fut sous la peau d’un beau petit serin, blond, trois pouces et demi de pipi bien bandé, les fesses rondes résumant à elles seules ce qu’il y avait de plus beau dans la vie, les dents blanches et un grain de beauté au pied droit… une marque céleste. Une belle beauté. Une intelligence surnaturelle qui le rendait accessible, sans jamais se laisser posséder spirituellement et corporellement parlant…. Paul était cet ange apparu dans un local à patates frites.    

Malgré son jeune âge, Paul avait déjà la nausée de l’âge adulte. Il comprenait que le travail et le sérieux forment des hommes riches alors que rien sur terre ne vaut autant le plaisir et l’émerveillement enfantin.           

Éric reprochait aux jeunes d’être aussi lâches que vaches, brûlés par la drogue et les lavages du cerveau, plus théoriques, livresques, tvresques, que pratiques.

À son avis, les jeunes ne cherchent que l’acte sublime pour se cacher leur défaite et leur impuissance. Ses reproches ne pouvaient pas s’appliquer à Paul puisqu’il n’était encore qu’un enfant susceptible de rêver, d’imaginer le paradis dans une vie quotidienne.        

Paul avait encore le sens profond du jeu. Pour lui, tout n’était qu’un jeu avec lui-même et les autres, même la révolution dans laquelle il mettait tous ses espoirs de jeune. Il croyait déjà que le sort de l’humanité se confondait au sien.

Paul avait un sens inné de la liberté, ce qui l’amenait sans cesse à des affrontements avec les tenants de la grande stagnation sociale. En un mot, il croyait encore dans l’homme et voulait son bonheur. Il voulait tout ou rien au rythme de la population, sans violence. Ce n’est pas qu’il avait peur, mais parce qu’il savait déjà qu’il est impossible d’imposer la liberté et la joie, là où il y a la puissance et la violence. Paul était encore assez jeune pour être l’imaginaire pur.     

Éric a rencontré Paul tout à fait par hasard. Affamé, il s’était arrêté dans un petit restaurant question de se remplir une dent avant d’aller dans un endroit plus potable. Lui, toujours soucieux, anxieux, avait d’abord pris plaisir à regarder le petit enfiler un jello, le nez presque plongé dans le plat.         

À chaque trois bouchées, Paul satisfait levait les yeux, scrutait l’horizon, comme un jeune chevreuil apprivoisé qui guette sa nourriture et se replongeait dans le bol. Presque avec autant de rythme, il s’arrêtait parfois pour savourer quelques gorgées de lait au chocolat. Ses yeux brillaient et tous les traits de son visage exprimaient une telle satisfaction qu’Éric ne put s’empêcher de lui sourire et de tenter un clin d’œil, lequel fut accueilli par un large sourire en retour. Éric était déjà fasciné par ce bel enfant, presque en guenilles, les cheveux ébouriffés.

Paul se leva et s’approcha de la caisse, tout près de ce monsieur qui ne cessait de l’examiner et de lui sourire. Au moment de payer, Paul sentit s’aplatir sur ses fesses la main d’Éric. Il prit un air de guerrier, prêt à le décapiter si le danger persistait.  Éric manifesta immédiatement son désir de régler lui-même son addition.

Éric avait fait ce geste presque instinctivement, animé d’un tel sentiment d’affection qu’il n’avait pas mesuré la portée de son acte. Devant ce visage crispé, Éric éclata de rire et Paul, moins craintif, ne tarda pas à se diriger vers la sortie de l’établissement. Il avait un rire franc, saccadé, d’une telle tonalité qu’il fallait être encore nécessairement un enfant pour exprimer une telle vitalité.     

Éric se détendait et pour pousser la farce, il décida de suivre Paul, en imitant ses gestes autant que possible.       


La fin d’un état 2

février 3, 2021

La fin d’un État 2

Le Québec  a déjà un gouvernement honorable qui rassure tout le monde, fait la guerre au crime organisé, couche avec les corporations trop difficiles à manier et un peuple hautement satisfait de n’avoir plus qu’à écouter la télévision ou faire son tour de skidoo.            

Tout ne peut pas être parfait; Éric avait de sérieux problèmes d’adaptation. Il ne pouvait pas louer le génie américain sans subir une forte désapprobation de certains collègues de travail plus sympathiques à un groupe d’extrémistes qui voulaient revivre l’Algérie et qui préféraient la liberté aux bombes à microbes de l’oncle Sam.   

Pour être accepté de toutes ses poulettes, Éric dut mettre en veilleuse son zèle à satisfaire tout le marché du travail puisque les malheureuses Québécoises croient encore dans le péché de la chair et la vocation féminine de l’exclusivité, du grand amour que les magazines mâles entretiennent volontiers pour garder une certaine classe à la chasse.  

Trois des meilleures « gonzesses » excédées achetèrent leur carte de membre du Front de libération de la femme et se ramassèrent en prison à la suite d’une manifestation pour la légalisation de l’avortement.           

Pourquoi ses femmes voulaient-elles tant porter l’étendard de cette revendication puisqu’elles prenaient sans cesse la pilule? Se demanda Éric qui ne comprenait pas la femme ravagée par l’inégalité et exploitée de mille facettes. Comme tout homme rageusement misogyne dans ses semblants d’amour, Éric ne comprenait pas la répugnance de ces êtres à se perdre dans un incognito qui les rejoint jusque dans leur chambre à coucher.    

Excité, pour se venger, Éric poussa son dévolu jusqu’à s’enrôler dans les bérets blancs…

Dès son arrivée à Rougemont, en voyant Gilberte Côté Mercier, Éric comprit l’esprit de frustration, de masochisme des membres de ce mouvement religieux.

Les bérets blancs comprenaient surtout des pauvres. C’étaient de bonnes personnes dans tous les sens du mot. Elles auraient pu fournir un laboratoire de classe à Freud dans ses études sur l’hystérie et la névrose. La plupart des membres souffraient d’une éducation enfantine ultra-puritaine, de complexes d’Œdipe problématiques et surtout, d’une peur bleue d’être animal, c’est-à-dire d’être mortels.          

Éric apprit alors à devenir un vrai fédéraste puisque ce mouvement croyait toujours dans la mission toute divine d’une terre catholique et française d’un océan à l’autre.        

Il passait de longues journées à distribuer des prières, des Vers demain et de longues soirées à se masturber en se remémorant son harem de la rue Sanguinet.

Éric était effrayé par le besoin de ces gens à devenir martyr. La secte évaluait leur vérité proportionnellement aux résistances et aux injures reçues dans le porte-à-porte.

Plutôt que de s’interroger sur l’aspect diaboliquement maladif de leur foi, ils préféraient se haïr au point de vouloir se détruire parce qu’on n’est pas parfait, étant seulement des hommes et non des anges. À travers leur mission, les bérets blancs rêvaient secrètement d’être crucifiés comme leur Sauveur et de voir le monde s’enliser, même l’Église, dans le vice total pour donner raison à leurs enseignements apocalyptiques.

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Éric était aussi renversé de constater que ces adeptes d’un monde meilleur rejetaient tout du monde actuel et principalement le dieu Argent qui affiche une tête de reine ou un président américain.     

« Plutôt que se suicider parce que le monde ne répond à leurs aspirations, qui tournent toujours autour de la pureté, ils se jettent tête première dans la grande famille bérets blancs qui s’évertue à effacer leur peur de la mort et de l’enfer, en leur offrant une vie garantie au ciel en échange du contenu de leur portefeuille. 

Ils vivent à une autre époque, une période en dehors de notre monde et de notre temps. Ils sont de l’époque où petit enfant, la mère raconte des histoires religieuses alors qu’on l’entoure et qu’elle nous réchauffe de son affection : les seuls moments chaleureux de la vie tolérés par ces sectes de déséquilibrés. » Notait Éric dans son journal intime. 

Même si la Vierge avait oublié son rendez-vous à Saint Bruno et à Bay Side, New York, les pèlerins croyaient toujours dans le miracle prochain.   

Si la foule n’a rien vu, c’est qu’elle n’était pas choisie. Il ne faut pas mettre en doute la parole d’adolescents ou adolescentes qui cristallisent dans la réalité religieuse le fruit de leur imagination torturée avec l’arrivée des premières hormones.

Quant à la comète qui devait par sa luminosité prouver la véracité des dires des anciennes sectes religieuses, elle s’est aussi vendue au diable, sachant qu’au rythme où vont les choses, même les analphabètes, à cause de la radio, pourraient douter du message venu de l’éternel.   

Sa mission évangélique se poursuivait puisque ces trois gonzesses appartenaient toujours à leur mouvement diabolique et avaient même commencé à fréquenter quelques clubs de lesbiennes pour renforcer leur haine du mâle. Le mâle, cet animal qui exploite leur talent, leurs loisirs jusqu’à leur jouissance. Par contre, fauchées, elles reprenaient vite leur rôle de femelles, soudoyant quelques pauvres cancres de leur charme pour une bouteille de whisky, une soirée de bal et un tour d’auto dans les Laurentides.      

Elles se révoltaient, dans ces retours au passé, contre le manque évident de courtoisie des garçons d’aujourd’hui à qui il ne manque plus que le port de la brassière pour devenir un objet aussi convoité que la femme qui, grâce à Playboy, est une marchandise parfois aussi commune que la margarine. Elles exultaient contre ces gars qui n’ont plus assez de couilles pour continuer intrépidement la chasse d’où leur ennui et leur besoin de « partir » pour venir au monde.

Éric se sentait dépérir, faute d’exercices. Il avait le moral bas, malgré la récitation des chapelets supposément susceptibles de détourner ses pensées de la rue Sanguinet, et la petite fortune dérobée à l’insu des œuvres de charité.      

« À quoi me servent tout ce fric, ma belle position, ma belle voix, si je ne peux pas me payer le luxe d’un grand amour? »      

Il avait beau aller voir Love Story. Les deux femmes en or, et le Last tango in Paris (même s’il fallait payer un prix de fou, la culture étant aussi devenue denrée de consommation), rien à faire. Il se sentait toujours vide. Il alla même jusqu’à écouter Mannix, à croire dans la sincérité de Nixon, s’intéresser à ce que justice lui soit rendue et lire La Tribune, de Sherbrooke. Rien. Tout l’ennuyait. Peut-être la vie québécoise manquait-elle de saveur? De piquant?  

Éric se demandait bien quoi inventer pour oublier les chapelets à réciter et les méditations sur la septième apparition du diable, celle au cours de laquelle Satan voulait enculer le curé d’Ars. Ce saint le repoussait en roucoulant, déjà les spasmes de la jouissance se manifestaient.   L’imagination est plus rapide que le diable, d’où son drame intérieur. Les livres tinrent ce secret, mais le pauvre curé resta une semaine le doigt pris dans le derrière, à la suite de cette hallucination.  

La Providence l’exauça.   

La fin d’un État 1

février 2, 2021

La fin d’un état

par

Jean Simoneau

  La fin d’un état    (roman)    

                     « La vie, on l’a eue pour rien;          
                         on la vit pour rien; 
                        sans illusion, ni bavardage           
                        On est plus des moulins à vent…»          

                                            

                                      Dr Jacques Ferron, écrivain.

Éric Duclos était surnommé « Jevè pas trop mal marci », à cause de sa manie de toujours se servir de cette réponse, dès qu’on lui adressait la parole.

Il arrivera bientôt au Québec, saturé de la violence qui régnait dans son pays natal. Comme on dit, il en avait marre de toujours  péter les plombs, en regardant la vie politique dérouler ses scandales.                    

– Y a pu moyen d’aller nulle part, sans s’enfarger dans la morale bourgeoise ou se laisser endormir par le chant des vendeurs d’armes, avait constaté Éric.  

« Le monde d’aujourd’hui n’est pas comme celui de jadis. Hier encore, partout sur terre, les esclaves savaient très bien, comme il leur avait été enseigné dans le petit catéchisme, qu’il faut porter respect et aimer ses ennemis, en l’occurrence ses « boss ».  Lisait-il, alors qu’il étudiait la philosophie, en se masturbant dans les toilettes de l’avion.              

Éric avait bien des raisons de s’interroger sur la nature humaine,  Sa foi était tombée comme les bombes américaines, à l’aveugle.


Parisien d’adoption, il avait assisté à la préparation de la guerre de 39. Il savait que le Vatican avait grassement apprécié les penchants d’Hitler à combattre communistes et protestants, ses concurrents. Le pape avait joui à distribuer mille bénédictions au sauveur nazi        

Hitler, à sa façon, se permettait, après 2,000 ans de retard de récompenser le peuple juif d’avoir crucifié le fils du charpentier. Voulant une race pure, il put ainsi éliminer avec la bénédiction du peuple, l’Allemagne, des gais. Peut-être que les pays islamiques veulent suivre aussi bêtement son exemple?             
           
L’establishment du temps avait organisé la crise de 1929 pour combattre l’inflation et rétablir l’ordre par la faim. Ce combat ne s’était pas avéré suffisant et il a fallu ensuite la guerre de 39, celle du Vietnam et du Moyen-Orient.                     

Depuis, même s’il sait que ration signifie guerre entre cartels et pénurie pour les petits travailleurs, Éric fut toujours un mauvais étudiant.   Il avait perdu sa bicyclette et ne pouvait pas ainsi se rendre en classe.           

Sa bicyclette avait sur lui un effet similaire aux autos sport d’aujourd’hui, c’est-à-dire qu’elle compensait son impuissance et sa timidité dans la quête de quelques poulettes faciles à farcir.    

En 1929, selon Éric qui vivait sur une ferme, il y avait abondamment à manger partout. Pourtant, la population dut faire face à la famine. Évidemment, les produits étaient quelque part entre les mains de ceux qui contrôlent la production. Les dirigeants avaient oublié de fournir aux gens les moyens de se les approprier.         

Ce n’était pas différent d’aujourd’hui où l’on crée de toutes pièces une crise de l’énergie pour faire accepter une guerre ou tout au moins augmenter les prix et les profits.   

Même l’Église a depuis amélioré sa technique. Elle a créé des coopératives qui permettent aux presbytères et autres institutions du genre de ne pas souffrir de la crise du pétrole, ayant ses prix de faveur.          

Éric en avait par-dessus la tête de la guerre des corporations devenues milliardaires avec le sang des gens. 

Pour oublier les ravages de la guerre, Éric s’était d’abord réfugié en Angleterre.

À cette époque déjà, il était question d’Irlandais qui brassaient depuis longtemps des affaires plutôt bruyantes.    

C’est ainsi qu’Éric eut maintes difficultés à échapper à la rumeur publique quand les premières bombes tombèrent sur Londres. Tout le monde pensait qu’elle venait par courrier recommandé du pays de la verdure.        

Comme de nos jours, il meurt plusieurs soldats anglais en Irlande par semaine sans qu’on en fasse mention dans les journaux — les petits engins téléguidés d’Hitler ne parvinrent pas à la connaissance du grand public dans l’immédiat, seuls les services secrets savaient ce qui se passait.              

L’Irlande était à l’Angleterre ce que fut le Vietnam aux É.-U.  L’Angleterre s’imaginait vainqueur quand en réalité elle était vaincue puisqu’en plus des pertes de vies, les coffres de l’Église protestante en prenaient plein le nez. L’Angleterre dut maintenir une bataille fort coûteuse qui n’en finissait jamais. Aussi, les négociations de paix furent-elles entreprises au Vatican, sous le vocable de conseil œcuménique, c’est-à-dire » cessons de nous battre, ça paiera plus ».

Pendant son séjour en Angleterre, Éric eut l’honneur d’y rencontrer De Gaulle. Il l’avait aperçu, près d’un arbre dans un parc londonien, l’ayant d’abord confondu à une antenne. Le général n’avait pas une voix qui portait pour rien. Il devait se mettre à genoux pour discuter avec les gens bien ordinaires.  

C’est d’ailleurs De Gaulle lui-même qui, à la fin des hostilités, recommanda au brave Éric d’aller en Algérie, province française, développer ses talents de pompiste dans les puits de pétrole du coin.  

Dans ces voyages, Éric avait alors perdu au moins la moitié de son poids.   Cela ne l’empêcha pas, pour ne pas passer pour un cochon, en plus d’un colon chez les Arabes, et éviter d’être saigné le jour de la Pentecôte, de devoir se mettre à la disette.      

Plus de bœuf, de macaroni et de bière. Tabarnak ! Ce fut une dure époque.     

Éric ne pouvait plus comme au temps de la France coucher dans son lit d’eau, savourer ses éternelles crèmes à la vanille et rendre visite tous les dimanches après-midi à sa mère tuberculeuse depuis qu’elle s’était malencontreusement saucé le cul dans un puits en faisant du « ski trip » de fin de semaine.

Éric maigrissait aussi à cause du mal du pays. Il s’ennuyait à mort.          

Les Arabes faisaient pourtant de leur mieux; mais quand on a vu la guerre de 39, quel intérêt peut avoir celle d’Algérie?       

Après la révolution, certains extrémistes dénonçaient bien la nouvelle bourgeoisie algérienne tout en faisant de temps en temps fumer un puits de pétrole français en Algérie libérée (comme certains esquimaux font sauter des pipelines américains); mais quel intérêt cela peut-il bien avoir quand les cinés nous ont montré Néron brûler Rome pour une strophe de poème?

C’est ça le désavantage de trop vivre intellectuellement. Rien ne nous intéresse; sinon le doux sourire de sa maman au-dessus du berceau. Certains rêvent même d’un « ré accouchement » dans l’au-delà.   Éric n’en était pas là, mais sentait poindre en lui le besoin de se sécuriser.        

Il apprit dans des dépliants du gouvernement qu’un jeune pays anglais d’Amérique permettait de ramasser de l’or juste à se pencher dans la rue, Éric s’embarqua pour Montréal. Enfin! La liberté, la paix et la prospérité promise à tout homme de bonne volonté.    

À son arrivée au Québec, Éric fut surpris d’apprendre l’existence du français chez des Indiens qui, somme toute, n’avaient pas la peau aussi rouge que ça.

Ce n’est qu’après avoir rencontré les Italiens qu’il comprit que les Américains sont plus intelligents que les Français. Alors qu’en France, l’immigration permet aux Algériens de venir remplir les postes qu’aucun Français n’accepte pour tout l’or du monde, les Ricains exportent leurs boss au Québec. Ainsi les profits sont plus grands puisqu’il y a moins de gens à transporter.      

Éric a vite décroché un poste de « pim », ayant dans la voix un petit queuque chose qui semblait envoûter les Québécoises friandes de compliments et surtout de se faire chanter la pomme. Question d’habitude, l’immigrant remplaça le prédicateur de retraite s’efforçant de faire ressortir les bons côtés de la vie dans Saint-Henri.

Deux ans plus tard, il avait son auto et se servait assez de son machin pour recommander à toute sa famille de venir s’établir dans ce divin royaume où l’on parle de déplacer les glaces pour éviter les hivers. Le rêve de tout Québécois n’est-il pas de déménager Montréal à Old Orchard Beach, manger du pop-corn, se promener le long de la plage sans se baigner — l’eau étant trop froide? Existe-t-il un Québécois qui n’ait pas dépensé son million imaginaire? La vie de luxe pour compenser la chaleur des bancs de neige, quoi!       

D’ailleurs, le Québec a tout pour s’offrir un tel rêve.  

Note : Je n’ai rien changé au texte original quoiqu’aujourd’hui, je ferais quelques changements.

La fin d’un État (présentation)

février 1, 2021

La fin d’un état (présentation).

La fin d’un  état, est un roman que j’ai écrit au début des années 1970.  Je me rappelle y avoir travaillé alors que je me rendais à la bibliothèque de Vancouver. Je survivais, en voyageant  sur le pouce (auto-stop), puisque je n’avais plus d’emploi et que je ne savais pas ce que je devais faire pour ne pas mourir de faim. Je ne savais rien faire d’autre qu’être journaliste.

À mon sens, puisqu’il s’agit plus de conversations sur la nécessité d’une révolution que d’une suite d’actions qui lui donne naissance, le texte nous accroche moins.  Laissez venir à moi les petits gars est bien meilleur.

Si le tout se termine par l’arrivée de la révolution, il est plus qu’improbable que les personnages gouvernementaux puissent être impliqués dans des amitiés sexuelles.  Il faut dire, à ma décharge, qu’à cette époque on voyait des homosexuels partout, une manière de nous conforter dans notre lutte pour rendre légale l’homosexualité.

C’était fort probablement ma manière de crier ce que je ressentais face à l’absence de compréhension des gens face aux jeux sexuels. Je trouvais ce rejet comme une forme d’hypocrisie et de fascisme. On aurait dit que le plaisir était le crime des crimes. Par contre, tout geste sexuel posé avec violence ou domination est un viol.  Avec le temps, j’en suis venu à trouver que le sexe occupe une trop grande place dans ce que j’ai écrit.

J’ai présenté ce texte ainsi que Laissez venir à moi les petits gars aux éditions Parti pris. Gérald Godin a retenu ce dernier en me disant qu’il me collait plus à la peau.  Ma vie fut ainsi un tunnel conduisant de plus en plus à un véritable trou noir puisque tous se sont rangés dans une guerre à finir contre tout ce que j’écris et je suis assez idiot pour continuer.

Si j’avais suivi mon instinct, mon prochain roman aurait été l’histoire d’un gars essayant de survivre dans un monde  où l’humain aurait disparu à la suite d’un cataclysme. Mais ça aboutissait toujours au paragraphe vide. Une angoisse qui venait aussi  de mes cauchemars. Je suis à l’étranger, je suis sans papier, sans argent, sans même parler la langue des gens qui m’entourent et je me réveille tout angoissé. Belle fin de vie.

 Alors que je publiais Virus, que je me demandais si l’humanité mérite de survivre, le virus est apparu nous rappelant que l’homme ne peut pas vivre seul et que les riches détruisent nos chances de survie.

La Thérèsa 14

janvier 31, 2021

Thérèsa 14

Simoneau 29

Pressé de prouver que la mine n’est pas que du vent, Caouette décide de mettre la mine en production, malgré les objections de son ingénieur, M. Cloutier.

Le moulin de transformation sera donc construit immédiatement.
     
Pour appuyer sa décision, M. Caouette engage deux nouveaux ingénieurs. Ceux-ci croient dans la mine, mais comme Cloutier, ils mettent en garde M. Caouette. 

Le fameux ventre de l’araignée pourrait bien ne plus être là ou être si profondément situé, à cause de la faille géologique, que l’exploitation ne soit pas rentable.

M. Caouette affirme n’avoir aucun doute puisqu’ils sont sous la protection de Ste-Thérèse.

Le moulin est construit très rapidement, mais on arrive à produire très peu. Certains blâment la vétusté de l’équipement installé pour séparer l’or de la roche.


                                        ——————————————————-
Le doute s’installe lentement autant chez certains actionnaires ainsi que chez les mineurs.
     
Ceux-ci décident de contester l’autorité de Caouette et reprendre la majorité des parts. 

Ils mettent sur pied la signature d’une pétition exigeant que Caouette rembourse immédiatement ce qu’il appelle les emprunts afin de ne pas perdre d’argent dans une soudaine faillite. 

On craint que Caouette vende ses parts à des étrangers sans en avertir les autres. Le doute se propage.
                     —————————————————————
Le Club Thérèsien organise un grand banquet au New Sherbrooke, à Sherbrooke.

La table d’hôte est surtout formée de prêtres, ce qui a pour effet de sécuriser les actionnaires.
  
À cette réunion, Alphonse Caouette réitère sa foi dans la Providence et Ste-Thérèse pour les guider et assurer une réussite absolue de l’entreprise. 

Il explique, grâce à une maquette installée à cette fin, les travaux en cours. Il fait aussi projeter un film pour souligner combien il fait bon vivre à la Thérèsa. Il insiste sur l’esprit de solidarité qui y existe.
     
Par contre, Cloutier, ayant exprimé des doutes, est gardé sous surveillance par Marcel Caouette afin de l’empêcher de parler et semer le doute chez les actionnaires potentiels.
    
L’événement est un succès.

Cependant, alerté par les actionnaires qui réclament immédiatement un remboursement, les dirigeants tiennent une réunion plus restreinte des actionnaires qui le désirent afin de connaître tous les faits.

                               Caouette

Nous savons qu’un groupe de communistes s’agitent pour faire échouer l’entreprise, mais nous les avons à l’oeil.

                               Un actionnaire

Tout ce que l’on veut savoir c’est si l’on peut compter sur votre solidarité à vous. 

Vous détenez la majorité des parts. Qui nous garantit que devant la valse des millions vous n’accepterez pas de nous vendre à Lee Mines, par exemple ?
                                  Caouette
     
Ma vie. J’en réponds sur ma vie.
     
                               Actionnaire

Toi, Cloutier, qu’est-ce que t’en penses ?

                                 Cloutier

La Thérèsa, ce n’est pas encore une mine. On fait une erreur en la mettant en production avant d’avoir découvert le ventre de l’araignée. Actuellement, c’est le meilleur prospect que j’ai vu dans ma vie d’ingénieur.

Il faut poursuivre l’exploration avant de se lancer dans une production qui va engouffrer tout ce que vous avez, sans résultat.
   
Dans un coin, Marcel Caouette, en compagnie de quelques actionnaires proches de la famille, pleure comme un enfant.

                                Marcel
Qu’arrivera-t-il si la Thérèsa n’est pas aussi riche qu’on le pense.  Un prospect? J’ai toujours cru qu’on tenait avec certitude la mine la plus riche du pays.

Alerté par les pleurs de son fils, Alphonse lui annonce qu’il devra prendre quelques semaines de repos.
              

                                Alphonse
T’es rendu à bout, mon gars. Tu dois te reposer avant de nous claquer une profonde dépression.
                             ———————————————

De retour à la mine, M. Caouette est de plus en plus convaincu que son ingénieur principal, M. Cloutier, trace des plans pour cacher les vraies veines. Il est persuadé que Cloutier a été acheté par Lee Mines.
     
                               Caouette
Je sais que tu veux la faillite de la mine pour la reprendre avec Lee Mines.
                                 Cloutier
Vous êtes complètement malade. J’ai personnellement des parts dans cette mine et j’ai incité plusieurs de mes parents à y investir.

Le problème est que vous refusez de voir la réalité en face. Nous sommes devant ce qu’on appelle une mine erratique. 

Nous trouvons une bonne veine, mais elle cesse d’exister deux pieds plus loin. On a beau faire, on ne la retrouve plus.

Caouette est en furie. Il somme Cloutier de le suivre dans la mine. Il descend un marteau à la main. Cloutier accepte de l’accompagner, mais avertit Fortin de cette visite.

                                       Cloutier
Si je ne suis pas revenu dans une heure, venez à ma recherche. Le vieux m’aura tué.

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   À la suite de cette visite, Cloutier discute avec son épouse.
    
                                Cloutier
  
Dans la mine, j’avais vraiment eu l’impression qu’il était pour me défoncer le crâne avec son marteau. Il devient fou. Ce n’est pas sécuritaire.

Il décide de prendre la fuite durant la nuit avec sa famille. 

Les rumeurs voulant qu’il soit un traître et un voleur qui s’est fait prendre prennent racines.
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La situation sème la consternation chez les actionnaires qui en sont informés. Ils décident de se rendre à la mine pour en savoir davantage.

Le soir, tout le monde est réuni à la salle communautaire pour discuter de la situation.

Comme d’habitude, la table d’honneur est occupée par les prêtres venus à la mine pour l’événement.

Après le repas, l’abbé Gadbois s’adresse aux invités. Il demande à tous de faire confiance à Dieu qui saura les guider vers la réussite.

Le photographe de Sherbrooke exaspéré puisqu’il connait les propositions financières de l’abbé Gadbois, se lève, se rend devant l’abbé Gadbois.   Il lui administre une taloche, affirmant qu’il essaie encore de les tromper.
     
Il reprend vite ses sens et quitte la salle en pleurant.
  
                             Un invité

Il sera damné pour ça. On ne peut pas frapper un prêtre sans aller en enfer.

La situation a tellement dégénéré que le Dr Noël décide de se rendre à Boston en discuter avec son oncle qui hésite de plus en plus à investir dans la mine.

Ce dernier l’amène chez l’archevêque de Boston qui semble intéressé lui aussi à investir de gros montants d’argent. Ce dernier veut savoir tout ce qu’il sait dans les moindres détails.

À la fin de la rencontre, l’archevêque les informe qu’il demandera à Rome de faire une enquête pour savoir ce qui se passe vraiment dans ce diocèse ontarien, avant d’y placer de l’argent.
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Caouette est entouré des deux nouveaux ingénieurs. Il est persuadé qu’il a été trompé par Cloutier. Ils arrivent, en prenant une marche pour discuter, devant la statue de Ste-Thérèse.
      
                       Caouette (s’adressant à la statue)
En tous cas, Ste-Thérèse, t’as besoin de ne pas nous lâcher à ton tour parce que si tu nous lâches, moi, je n’hésiterai pas. Je vais faire bulldozer ta statue dans la rivière.
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Alphonse et Marcel Caouette rendent visite à des actionnaires à Magog. Ceux-ci ont présenté la veille, dans une salle à Lennoxville, une pièce de théâtre racontant la vie d’Alphonse, surnommé le père Caouette. 

Les actionnaires sont frappés par la beauté de l’auto, l’habillement chic et les merveilleuses bagues de Caouette. Ils sont ravis de rencontrer un homme d’affaires prospère qui, malgré sa supériorité et son succès, n’hésite pas à se montrer gentil, de même condition sociale qu’eux, voire condescendant.

M. Caouette explique qu’il ne peut plus prendre d’investissements, car le moulin sera bientôt en opération.

                                                  Caouette

Ceux qui voulaient devenir riches ont déjà investi. C’est malheureux pour les autres. C’est trop tard.
 
Cette nouvelle méthode entraîne de nouveaux et payants investissements à la cachette. Caouette les accepte à la condition qu’on n’en parle pas.
     
Pour expliquer les retards de la mine en production, Caouette parle du sabotage qu’il y a à la mine. Il soupçonne les communistes d’avoir infiltré le projet et de le saboter de l’intérieur.
    
Marcel, en privé, lui rappelle qu’il est vrai que l’on a posé quelques gestes malheureux comme mettre du sucre dans le gaz d’une auto des contremaîtres, puis coupé une «strap»; mais qu’il n’y a jamais rien eu de grave.

                                  Marcel Caouette
J’ai peur qu’en exagérant ainsi, les actionnaires pensent un jour que nous sommes des menteurs.

                              Caouette

N’y a-t-il pas eu un vote communiste aux dernières élections ?

                                  Marcel

C’est vrai. Mais tout le monde au village sait que c’est une farce. C’est le petit Isaac. Il vient tout juste d’avoir l’âge de voter et y a décidé qu’aucun des candidats ne valait un vote. Y a voté pour n’importe qui.
      
                                Caouette

C’est ce qu’ils disent. On ne sait jamais. L’ennemi ne se montrera sûrement pas à visage découvert.

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Les déclarations de Caouette à l’effet que des communistes sabotent le travail à la mine font grande impression.
   
À la réunion suivante, à Drummondville, comme à l’habitude, on ne voit pratiquement que des prêtres à la table d’honneur. 

Dès que le Dr Noël essaie d’avoir des précisions sur le budget, un groupe de femmes commencent leur manifestation.

D’abord des « Je vous salue Marie», puis, un groupe de celles-ci partent de l’arrière avec des statues de la Vierge Marie et de Ste-Thérèse dans les mains et elles défilent dans la salle, afin disent-elle, de purifier l’atmosphère et de chasser le démon de la salle.


                                  Leblanc (au micro)

On est tous aussi religieux que vous.   Il ne faudrait pas tous devenir fous. La religion n’a rien à voir avec la mine. Dieu, c’est une chose ; l’or, c’en est une autre.
                               Abbé Gadbois

Il faut croire dans les vues de la Providence. Ceux qui sèment le doute et la division travaillent pour Satan.

                                  Robidas

Elles sont complètement folles. C’est quoi cette hystérie collective ?

                                Simoneau

C’est du colonialisme. On n’en sortira jamais tant qu’on sera mené par des gens qui mêlent affaires et religion.
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L’impensable survient le dimanche soir suivant. 

La cathédrale de Hearst est la proie des flammes. 
   
Évidemment, le diocèse n’a plus d’argent pour la reconstruire.
     
Rome nomme un enquêteur pour faire la lumière sur la situation. Mgr Lambert, un peu brusque, dit à celui qui enquête qu’il est trop vieux pour comprendre. 
     
Dans son rapport à Rome, l’enquêteur blâme sévèrement Mgr Lambert.

Rome ordonne à l’évêque de Hearst, Mgr Landry, et à son prélat domestique, Mgr Lambert, de quitter le diocèse. 

Le grand déménagement se fait à la cachette durant la nuit. Les autorités avaient l’ordre de déguerpir dans les 24 heures. On a jamais su exactement pourquoi.

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Les actionnaires arrivent à la mine. 

À l’assemblée générale, Caouette est sur l’estrade. Il raconte qu’il ne faut pas désespérer. Selon lui, Cloutier a disparu afin d’apporter les plans des endroits où se trouvent vraiment l’or. Il se dit persuadé qu’en travaillant fort, il y a moyen de sauver la mine. 

                               Caouette

Avec la Providence, nous aurons raison de nos ennemis.

Pendant qu’il parle, des mineurs manifestent à l’extérieur. Les pancartes indiquent qu’ils veulent être payés. Leur paye est déjà grandement en retard.

Les actionnaires votent pour que Marcel Caouette soit remplacé comme directeur général par M. Durand.

Marcel est effondré sur la table et pleure. « Ça n’a pas de sens. Ça peut pas finir comme ça.»

Des Indiens arrivent avec la police. Ils prétendent vouloir reprendre leurs biens puisque la mine passe sous leurs terres. La police assiste à la scène. Ne pouvant rien faire, elle décide de quitter les lieux puisque tout se passe pacifiquement.
     
À la suite de la rencontre, plus de la moitié des mineurs décident de quitter la mine, apportant du matériel pour compenser les salaires qu’on leur doit.
      
Quelques mois plus tard, les travaux sont abandonnés puisque l’on n’arrive pas à produire assez pour payer ceux qui sont restés.
  
Le moulin est défait et on vend tout ce que l’on peut pour payer les créanciers de la région.
                    ———————————————————-

Au Québec, des cultivateurs sont ruinés, car plusieurs ont hypothéqué leur ferme pour investir dans la Thérèsa. 
 
Des personnes âgées perdent toutes leurs économies. C’est la désolation. Certains plus philosophes disent que cela est sans doute mieux ainsi, se demandant ce qu’ils auraient fait s’ils étaient devenus riches.

                    —————————————————————

Caouette travaille dans un garage et chauffe l’autobus scolaire. Sa fille et sa belle-fille opèrent un salon de coiffure. Marcel annonce qu’il vient d’acheter à Hearst un commerce important d’assurances d’un juge de la famille du côté de sa femme.
     
Un peu plus tard, M. Caouette est sur son lit de mort, terrassé par un cancer.       

L’abbé Lagacé, un historien, l’accompagne dans ses derniers moments.
    
                                                            Caouette

Je vous jure, M. l’abbé, qu’il n’y a jamais rien eu de croche à la Thérèsa. L’argent de la mine est allé dans la mine et celle du diocèse a servi le diocèse.

15 ans plus tard. Les Caouette perdent à minuit leurs droits d’exploitation de la Thérèsa. 

  On entend les coups de masse pour enregistrer la nouvelle mine. Le feu se répand dans les anciens bâtiments de la Thérèsa. 

                          Mme Caouette

  Je savais que les trusts reprendraient la mine.

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  À la fin de son enquête, Ti-Jean rencontre un géologue de Toronto, anglais, mais catholique. Il affirme que s’il y a encore une mine d’or riche au Canada, c’est la Thérèsa.


                              Le géologue

 J’étais chez moi, quand le fils Caouette est venu me voir. Il m’a demandé si j’étais catholique. Puisque la réponse était affirmative, Marcel m’a demandé de se rendre à la Thérèsa afin d’examiner les lieux et leur dire s’ils avaient raison d’espérer.
 
De tout ce que j’ai vu, je peux affirmer que s’il reste une mine d’or riche au Canada, c’est là, à la Thérèsa, qu’elle se trouve.

Quand les Caouette ont abandonné leurs droits, je les ai rachetés.

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  Ti-Jean lit un journal. Achat du territoire de la Thérèsa par des hommes d’affaires de la Colombie-Britannique. La mine était devenue propriété d’un géologue de Toronto.

  Le centre de la mine est découvert, grâce aux nouveaux moyens techniques ; mais elle est trop difficile à exploiter pour être rentable. 

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Ti-Jean est avec deux jeunes indiens. Photos. Bières. Télévision. Les jeunes se couchent nus et Ti-Jean garde ses sous-vêtements. Ils rient de lui. Ti-Jean se déshabille, couche entre les deux. Les deux Indiens continuent de rire.

                     Les deux Indiens (ensemble)

   Que feront les Blancs quand ils découvriront qu’on a noyé la mine en dynamitant le fond de la rivière ?

                              Ti-Jean
   Chacun a son histoire.

Ils se mettent à lutter tous les trois. On les entend rire.

        
                                        FIN


Aux dernières nouvelles, même les nouveaux propriétaires auraient échoué.  

Les projets du club Thérèsien sont devenus depuis la Révolution tranquille des préoccupations politiques majeures. Est-ce que le programme politique de la droite québécoise est né de cette aventure ?

Si un jour, je découvre un scénariste et un réalisateur intéressés à produire ce film, ça me fera plaisir d’y travailler. 

Thérèsa 13

janvier 30, 2021

Simoneau. Théâtre 28

Thérèsa 13

Mécontents de la tournure des événements, un petit groupe de mineurs commencent à se rencontrer dans de petites réunions de cuisine afin de discuter de la situation.
     
Quand l’abbé Corriveau l’apprend, il décide de faire son homélie sur la foi et l’espérance. 

Il termine en disant qu’une dame lui a dit qu’un petit groupe de communistes s’agitent à la mine.  
                                          Abbé Corriveau
      
Devant une œuvre de Dieu, le diable ne peut demeurer indifférent. Il exhorte tout le monde à prier encore plus.

                                 ——————————————

Un après-midi, en prenant sa marche, l’abbé Corriveau croise une dame avec sa petite fille. Le vent soulève la robe de la petite. Le prêtre s’arrête. Il prétend que si tout va mal à la mine, c’est que la robe de la petite est impudique. Il fait remarquer qu’elle ne lui descend qu’aux genoux.

La dame est insultée. Elle entre chez elle en pleurs. Son mari décide de se rendre chez le curé pour lui dire sa façon de penser. 

Il le trouve presque gelé au pied de son escalier, incapable de se relever. Il aide le vieux prêtre, mais ne lui dit rien avant de partir.

                                               Mineur

Le diable lui a sauvé la vie.


Il se rend chez les Caouette.
 

                                 Le mineur

Vous ne trouvez pas qu’on a assez de misère sans endurer les scrupules de l’aumônier. Il est en train de devenir fou à force de voir du mal partout. Le cul des autres le préoccupe autant que s’il avait 16 ans.
            
                              Caouette

Vous n’avez qu’à le laisser parler. Vous êtes assez vieux pour faire la part des choses.

J’ai beaucoup trop de préoccupations pour m’arrêter à tous ces détails.

                             Le mineur

 La mine pourrait l’installer ailleurs. Il n’arrive plus à franchir les marches. Il les descend sur les fesses.  

 Une chance que je l’ai trouvé, il serait mort gelé en bas de ses marches.
     
                           Caouette

La mine n’a pas les argents nécessaires pour le loger ailleurs. On ne peut pas empêcher les gens de vieillir.

                       ———————————————————-

Un dimanche après-midi, un groupe de mineurs se rencontrent chez Ferland. L’impatience est palpable.
                             

                           1 mineur

Je commence vraiment à me demander si on n’est pas en train de se faire fourrer avec cette histoire de mine d’or. C’est vrai qu’on trouve beaucoup d’or, mais on n’en voit jamais les résultats. 
                       
                            2è mineur

Ça coûte trop cher d’opération. Personne ici ne connaît ça. Tu ne me feras pas croire que c’est normal de creuser un tunnel de trois pieds de haut pour aller chercher une petite de veine d’un pouce ou moins. 
    
Le pire, dès qu’on l’a trouvée, on fait un pied et on la perd. Impossible de la relocaliser.

                            1 mineur

L’ingénier Cloutier m’a dit l’autre jour qu’il ne peut pas chercher où il veut. C’est Caouette qui décide. Il prétend que Ste-Thérèse lui dit où chercher.
  

                            3è mineur

Pour l’instant, on travaille comme des fous. Creuse pis creuse. 

Pascal est encore retourné chez lui sur la dépresse. Il n’a pas arrêté une seconde. En as-tu vu de l’or, toi, aux 500 pieds ? Pas moi.
 
Caouette ne doit pas savoir ce qu’il fait et Cloutier ne peut rien changer. 

Si la paye n’entre pas bientôt, je sacre le camp moi aussi.

                                1 mineur

De la patience, les gars, de la patience! Malgré tout, moi, je crois au père Caouette. Il a fait construire ce village-là pour nous. C’est autant dans son intérêt à lui que le nôtre que ça marche. 

Le printemps est fini. Avec l’été, il va rencontrer de nouveaux investisseurs et la paye va entrer.

Cloutier est assez intelligent pour lui faire comprendre qu’on ne mène pas une entreprise avec des bondieuseries.

                    ———————————————————————–

Lors d’une réunion spéciale, le Dr Noël est nommé directeur.

                                     Dr Noël (s’adressant à Caouette)

J’ai été nommé exprès pour vous surveiller de près. Je veux savoir si la mine est aussi riche que vous le dites.

Pendant que je serai là, je ne veux pas seulement entendre parler du bon Dieu. Je veux voir l’or. Il faut que ça puisse être mis en production le plus tôt possible.
  
J’ai un oncle, près de Boston qui est prêt à investir des centaines de milliers de dollars, si je lui garantis que la mine est un bon investissement. 

Il est un ami personnel de l’archevêque qui se dit aussi très intéressé de s’embarquer par le billet de la Propagation de la foi, bien entendu.

Vous avez un an ou deux pour faire vos preuves. Pour commencer, vous devriez engager des contremaîtres qui connaissent les mines, pas d’anciens fermiers venus du Québec. On aurait peut-être plus de chance de rendre l’entreprise rentable.

Ces paroles ne tombent dans les oreilles d’un sourd. Deux semaines plus tard, trois mineurs de Timmins sont embauchés pour diriger les opérations. Les mineurs de la Thérèsa sont offusqués. Ils mijotent de faire la grève. Averti, Caouette rencontre un représentant des mécontents.

                                Fortin

Nous comprenons que vous ayez voulu avoir des gens qui se connaissent mieux en mine que nous, mais nous n’acceptons pas que ces nouveaux patrons nous engueulent en anglais. On est français et on veut travailler dans notre langue.
 
                               Caouette

Les consignes sont claires. Ils ne peuvent parler anglais qu’entre eux.

                               Fortin

Ou avec vous et ceux de votre famille.

Nous trouvons ça méprisant de vous entendre baragouiner dans une autre langue dans notre dos, comme si vous aviez quelque chose à nous cacher.

                                Caouette

Écoute bien Fortin. Ici, on est en Ontario. On vit selon les lois de l’Ontario et je me fiche éperdument dans quelle langue je deviendrai riche.
 
                               Fortin

C’est justement là que le bas blesse… La Thérèsa a été créée pour devenir un village catholique et francophone dans une mer d’anglophones. Pour donner en exemple la beauté du catholicisme et de la langue française. 

C’est ce que vous nous avez toujours dit.  

En remettant la direction de la mine entre les mains d’Anglais, vous trahissez l’essence même de la Thérèsa.

                                    Caouette

Qu’est-ce que t’en sais? Vous êtes tous francophones à ce que je sache … même les contremaîtres! Ce n’est pas parce qu’ils parlent anglais qu’ils sont Anglais.

                              Fortin

La règle est claire. Le travail, c’est en français. Pas de cachette. Ce n’est pas parce que tu parles la langue des colonisateurs que tu es supérieur aux tiens. T’es juste sur le point d’être un vendu de plus. L’assimilation, c’est comme ça que ça se fait par petites étapes. 

Mais, on n’est pas là pour discuter de l’avenir de notre nation, s’il en reste un, avec tous les vendus et les arrivistes qui veulent devenir millionnaires même au coût de leur culture. 
Tout ce qu’on a à dire, c’est que la prochaine fois qu’on se sert de l’anglais pour nous engueuler ou nous cacher ce qu’on devrait nous dire, c’est la grève.

Caouette réalise que cette fois c’est sérieux. Si les mineurs mettent leur projet à exécution, comment pourra-t-il justifier le projet et la situation aux actionnaires qui viennent tous du Québec et dont la plupart sont de fervents nationalistes ?

                                  ————————————————————

Les Caouette se rendent à Drummondville, au Québec, pour assister à une réunion du Club Thérèsien. Les investisseurs sont toujours très nombreux et toutes les rencontres sont de type familial.

Les organisateurs pensent aux femmes, en organisant une cérémonie religieuse et aux enfants, en créant des compétions sportives.

À Drummondville, on a même invité le grand Antonio pour tirer un autobus avec ses cheveux.

Dans son discours Caouette dénonce l’infiltration de communistes tant à la mine que chez les investisseurs. Il parle même de sabotage. Il fait appel à la solidarité et à la foi dans la divine Providence.

Les dirigeants du Club Thérèsien sont assis à l’écart.

                              Robidas

Qu’est-ce que cette histoire de communistes ?

                                Leblanc

C’est comme les péchés. Une nouvelle invention pour culpabiliser ceux qui doutent. Tu ne penses pas comme Caouette, t’es un communiste.

                               Émile Simoneau

Invention ou pas, c’est le début de la fin. 

Nous, les Canadiens-français, n’avons jamais su nous tenir d’un bloc comme les Juifs et les Anglais. Faut toujours qu’on se divise et c’est pour ça qu’on se fait toujours botter le cul.

On a deux gouvernements. Pourquoi? Parce qu’on a deux bandes de bourgeois à nourrir. La première croit qu’on ne peut rien faire sans les Anglais et tètent Ottawa pour créer leur petit royaume.

Puis, il y a ceux qui pensent qu’on peut s’en sortir mieux si on est seul et assez responsable pour s’occuper de nos affaires. 
 
À qui penses-tu que ça profite que l’on soit toujours divisé ainsi? On peut bien être pauvre… on se fait voler par deux niveaux de profiteurs.
     
Reste à savoir si ceux qui mènent le font pour notre bien ou pour leurs poches. Si on veut survivre, je suis bien d’accord qu’il faudra apprendre à se serrer les coudes.


La Thérèsa 12

janvier 29, 2021

Simoneau .Théâtre 27
La Thérèsa 12

Au début de l’été, le Dr Noël se rend à la mine.

Tous les jeunes sont sur le qui-vive, la majorité d’entre eux sont en ligne, car sa visite signifie l’arrachage de dents et les opérations pour les amygdales. 
  
Suzanne prétend qu’elle subira toute l’opération sans pleurer. Son père sort, la portant dans ses bras, inconsciente, la bouche en sang. Un des jeunes résume la situation.

C’est une vraie boucherie.
                   —————————————————————–

Après ses opérations, le Dr Noël se rend chez Cloutier. Il lui explique qu’il n’a jamais réussi à avoir un seul chiffre de Caouette.

                                Cloutier  

Tout ce dont il nous parle, c’est de la volonté de Dieu. Il aurait mieux fait d’être curé.
   
Cloutier lui explique que la mine est certainement le « prospect» le plus riche qu’il ait jamais vu et connu. Cependant, la composition géographique porte à croire que la mine est faite comme une immense araignée dont les veines découvertes ne sont que les pattes. 
 
                                            Cloutier

Quand on découvrira le ventre de l’araignée, c’est plus que la fortune. Mais, il se peut aussi qu’à cause des volcans ces pattes d’araignée soient tout ce qui reste. Tout le ventre peut avoir été emporté sous la force des larves dans une immense faille. Ce serait d’ailleurs pourquoi nous trouvons de telles richesses dans le nord du Québec.          
      
Cloutier ajoute aussi que les résultats de Caouette sont probablement exagérés puisqu’il fait toujours les tests avec les mêmes récipients, mais « la richesse est vraiment là quelque part.»

Le Dr Noël insiste à nouveau. Il annonce qu’il se portera candidat au sein du bureau de la direction de la mine afin d’en avoir le coeur net.

Cloutier croit que son oncle, le Dr Noël, un bon libéral, cherche plutôt à camoufler ses intérêts politiques, en invoquant la possibilité d’une vaste fraude. 

Le Dr Noël souligne tenir de bonnes sources que quelques ministres influents de Duplessis ont investi personnellement dans la mine.

                                       Dr Noël

Une chose est certaine, je n’ai jamais vu autant de prêtres dans un même mouvement.

Cloutier l’assure que Duplessis est contre la Thérèsa. 

                                       Cloutier

Duplessis ne veut pas que l’économie des gens du Québec quitte le Québec.

                      —————————————————–

À l’été, le club Thérèsien organise sa première grande activité. Quelques 500 convives sont sur le terrain. Ils font connaissance et fraternisent quand Mgr Lambert et les Caouette font leur entrée.

On dirait la venue du pape. Tout le monde se précipite pour baiser l’anneau de Mgr Lambert et serrer la pince des Caouette.

C’est ensuite la messe de Mgr Vel, curé de Magog et aumônier du Club Thérèsien. Il oriente son sermon sur l’amour de son prochain. 

L’après-midi est consacré aux compétitions pour les enfants, surtout une baignade et des courses. Puis, c’est l’épluchette de blé d’inde.

Tous font la ronde autour du feu de camp, avant d’entrer à l’intérieur écouter chanter le curé Gadbois, de la Bonne Chanson.

Tout le monde insiste sur la chaleur des rapports entre chacun. Le président du club, M. Emérand Robidas, termine la soirée en insistant sur le fait que le ClubThérèsien doit être une grande famille. Tous doivent s’entraider. 

Il présente l’emblème et le drapeau du club.

                       ———————————–

À son retour à la mine, Caouette reçoit une délégation de femmes. Elle est organisée par Mlle Corriveau.

                                  Mlle Corriveau

Que les femmes meurent d’ennui, c’est bien compréhensible ; mais qu’elles meurent de peur qu’il y ait un accident sans que l’on puisse aller chercher du secours, surtout au printemps parce qu’il n’y a que de la boue, c’est inacceptable.
                              Caouette
Je viens d’acheter un système téléphonique d’une compagnie en faillite dans la Beauce. Chaque maison de la Thérèsa sera reliée aux autres. Il me semble que c’est hautement suffisant. Même au Québec, des tas de régions n’ont même pas encore d’électricité. Nous avons tous ces services ici. Qu’est-ce qu’il vous faut de plus ?

                         Mlle Charbonneau
C’est bien beau, mais s’il y avait un accident, que ferions-nous ?

                            Caouette
On a tout, sauf une liaison avec l’extérieur. Vous avez peut-être raison. Nous aménagerons le plus vite possible une route qui nous permettra de se rendre à Longlac en toute sécurité et en toute saison, sans devoir emprunter la rivière. 

Le pont sera certainement ce qui sera le plus long à construire. Je vous promets que ce sera fait dans les trois prochains mois.
  
Les femmes sont satisfaites parce qu’elles savent qu’avec Caouette ce n’est pas des paroles en l’air. Il tient toujours ses promesses.
                      ———————————————-
Un dimanche après-midi, Mme Couture, une femme très bien prise, entre à la maison par la rivière. Elle est assise au centre de la chaloupe. Elle n’est pas très brave de toute évidence. Les deux jeunes avec elle dans la chaloupe, quant à eux, semblent en assez bonne forme. Ils sont pour le moins pas mal pompettes.

Arrivée au quai, Mme Couture dit :
                                        
                                                     Mme Couture

Enfin, nous y voilà ! Ce n’était pas trop tôt.

Elle empoigne le bord du quai pour débarquer de la chaloupe, mais celle-ci s’éloigne et Mme Couture tombe à l’eau. Elle ne sait pas nager.

Les jeunes sautent à l’eau. Ils essaient de la saisir et de la soulever sur le bord du quai. Ils s’y prennent à trois reprises, mais rien à faire, elle est trop pesante. 

Son mari ainsi que d’autres mineurs accourent. Son mari sur le bord du quai est tout excité et crie : 

                                      M. Couture
                                   
Roxanne, godem it, dont drawn yourself !
On réussit à la sortir de l’impasse. Les jeunes rient de la situation en disant : 

                                   Jeunes
Jamais nous n’avons vu d’aussi beaux dessous de femme.

                   ———————————————————–

À l’automne, quelque 300 actionnaires venus du Québec, montent en train pour assister à la bénédiction de la première brique d’or.

L’après-midi, les dignitaires se présentent et coulent la brique. Mgr Lambert prétend que celle-ci vaut au moins 200,000 $. 

Fortin qui lit beaucoup se tourne vers un autre mineur.

                               Fortin

Non seulement, il manque de nous « péter » les dents dans la gueule à toutes les fois qu’il nous force à embrasser sa maudite bague, mais il est menteur comme un arracheur de dents.
    
À la grosseur qu’elle a, cette brique ne vaut pas plus que 75,000$.

Son compagnon est offusqué.

                              Mineur

Maudit incrédule! Un jour, Dieu te punira de toujours remettre en cause ce que Mgr Lambert dit. On ne doute pas de la parole d’un représentant de Dieu. Il ne saurait pas mentir.

                                Fortin (très bas)
Pauvre con !
                               Un vieux mineur

Personne ne se rappelle que l’on a déjà fondu une première brique, avant la guerre, avec les gars du lac St-Jean, pour la même mine. 

C’est la deuxième première brique. On est un peuple d’amnésique.

À la salle communautaire, c’est l’hystérie. Tout le monde danse et rit. L’abbé Gadbois chante quelques chansons.

Le lendemain, les visiteurs visitent la mine par groupe de 10. Ils repartent emballés.

Caouette remet deux pierres magnifiquement emplies d’or au vieil actionnaire Eugène Gauthier et son épouse, Clara Langlois.

                                     Caouette

À votre âge, vous ne pourrez certainement pas revenir souvent.

                             ————————————-

L’abbé Gadbois, devant un tel enthousiasme propose un nouveau projet aux dirigeants du Club Thérèsien qui en profitent d’être tous présents pour tenir une assemblée générale.

                                           Abbé Gadbois

Nous devrions nous servir de l’argent des actionnaires pour opérer la Bonne Chanson et ma petite radio à St-Hyacinthe. Cela nous permettrait d’avoir des gens de Montréal dans l’entreprise. Puis, ces argents seraient réinvestis ensuite, selon les nouveaux profits, dans la Thérèsa.

La Thérèsa est pratiquement inconnue à Montréal, même si La Presse a nommé M. Caouette, l’homme d’affaires de l’année.

                                 Leblanc

Pas question. L’argent de la mine va aller dans la mine.
    
                        Émile Simoneau (s’adressant à l’abbé Gadbois)
  
Je ne vous pensais jamais têteux de même. Le club Thérèsa a ses propres projets. Si ça marche, nous voulons construire des écoles, des centres de loisirs pour nos jeunes. L’avenir, c’est la jeunesse.
  
Puis, on a aussi discuté de la possibilité de créer une assurance qui serait une forme de garantie pour la retraite de tous les sociétaires.   Plusieurs sont âgés et nous devons leur offrir une sécurité.
 
Vous savez que je vous aime bien. J’admire ce que vous faites pour notre culture, mais le club doit d’abord et avant tout s’occuper de ses membres.
   
                                   Leblanc

S’il y a un sou du club de détourner, je peux vous assurer qu’il ne fera pas long feu.
                             
                                  Robidas

M. Leblanc a parfaitement raison. La Bonne Chanson doit avoir aucun lien avec la Thérèsa quoique vous puissiez demander au club de St-Hyacinthe de vous aider. Ce sera leur décision, non celle de la fédération des clubs.
      
L’abbé Gadbois laisse précipitamment le groupe, visiblement fâché.

                                 Abbé Gadbois

Je vais quand même en parler à M. Caouette. C’est lui le patron après tout.

                           ———————————————————
La Thérèsa ne produit pas assez d’or pour lui permettre d’opérer à profit. Les payes sont de plus en plus éloignées les unes des autres. Certains commencent à gronder de mécontentement.

                                  Mineur

Caouette devrait s’occuper de trouver l’argent pour nous payer plutôt que de jouer au millionnaire.
  
                                 L’autre

Il ne peut quand même pas recevoir les gens en guenilles. S’il veut susciter un peu d’espoir dans la mine, il doit démontrer qu’il a lui-même foi dans sa réussite.
  
                             Femme d’un mineur
   
J’étais chez lui, vendredi dernier. J’aidais Thérèse, sa fille, à faire le petit ménage quand un homme s’est présenté tout endimanché pour y voir M. Caouette.
   
À cause de notre tenue, il nous a pris pour les bonnes. C’était vraiment drôle. On ne l’a pas démenti. 

Quand il est parti, nous avons appris que c’était le ministre des mines de l’Ontario. Veux ou veux pas, Caouette est obligé de vivre comme un gars de son rang, s’il veut réussir.

                                  Mineur

Ça ne donnera pas à manger à ma femme et mes trois petits. 

Pour moi, l’aventure est terminée. Je retourne dans la Beauce. Là-bas, au moins, on est payé quand on travaille.

Deux familles décident de quitter les lieux. Les gens pleurent, mais il n’y a rien à faire … il faut bien nourrir les enfants.

                                Une femme

Maudites chanceuses !   Vous avez fini de vous ennuyer.

Thérèsa 11

janvier 28, 2021

Simoneau. Théâtre 26

Thérèsa 11

Un soir, la boutique de forge est en feu. Les mineurs arrivent de peine et de misère à circonscrire l’incendie.

Ils constatent ensuite que la piste conduisant à la boutique vient de l’extérieur du village. Ils la suivent. Le gars qui les a faites est tombé. On ramasse le badge d’un policier de la RCMP.
                               Mineur

Viens voir! Un badge ?   Les Anglais ont décidé de nous faire partir. Ils envoient leurs policiers mettre le feu.

                             Autre mineur.

Ce n’est pas pour rien que les pas se rendaient d’abord chez Félix. Ils voulaient que l’on croie qu’il en est responsable. Ils essaient de nous diviser pour nous affaiblir.

Belle bande de salauds !

                          ——————————————————–

Caouette et son épouse sont avec Mgr Lambert dans l’automobile de ce dernier, en route vers les Vauxcouleurs. Une belle Cadillac.

                                           Mgr Lambert

J’ai apporté de très belles pierres. En les voyant, les portefeuilles vont sûrement se dénouer. 

                                          Caouette

On en a bien besoin.   Les travaux coûtent une fortune et nous n’arrivons pas à produire assez d’or pour couvrir tous nos frais.
                                       
Comme prévu, les Caouette sont reçus dans les familles comme s’ils étaient des milliardaires qui daignent encore regarder le petit peuple. 

Les gens sont impressionnés par l’auto de Mgr Lambert, la prestance des Caouette, oubliant que c’est grâce à eux s’ils peuvent jouer ce rôle de dignitaires, de parvenus.

Au retour, il montre à Mgr Lambert les 15,000$ recueillis dans de petites valises.

                                 Caouette

Il faut que le projet réussisse. Nous devons prouver aux Juifs et aux Anglais qu’on peut construire un monde aussi bien avec la croix qu’avec le signe de piasse.

                       ————————————————–
 Un dimanche après-midi, inspiré par les films de cowboy, les jeunes décident de les imiter.

Paul Arnold veut aller à la chasse. Il demande à un mineur, Adrien Noël, de lui prêter sa carabine. Une petite 22 automatique. Adrien, qui l’accompagné souvent à la chasse aux lièvres, accepte.

Paul change d’idée et participe aux jeux de cowboy avec les autres. Imitant ce qu’il a vu dans les films, croyant la carabine vide, il tire sur son cousin. Celui-ci est atteint dans le dos. 

Un des jeunes court au village de la mine pour y chercher de l’aide. 

Le jeune est transporté chez lui, mais les blessures sont si graves qu’on décide de l’amener à l’hôpital de Géraldton d’où il est transporté à Thunder Bay.
 
Le verdict est terrible. Il ne pourra plus marcher pour le reste de sa vie.

Quand la nouvelle est annoncée, la chicane prend entre les deux frères, dont l’un est le père de Paul, et l’autre, celui du jeune blessé.

La GRC tient une enquête et Adrien est accusé de négligence criminelle pour avoir laissé une arme à feu entre les mains d’un mineur. Il est condamné à trois mois de prison.

Les mineurs sont révoltés. Selon eux, Adrien savait que le petit allait souvent seul à la chasse.   Il n’a donc pas prêté son arme avec de mauvaises intentions.

Ils décident de se rendre manifester devant le poste de la GRC. Les policiers voient cette intervention d’un mauvais oeil. Un policier, après avoir lancé un « You fucking french man» tire dans la foule et blesse Cournoyer à l’épaule.

Voyant la température monter, les autres policiers décident de tirer dans les airs pour disperser les mineurs.

Ceux-ci abandonnent la lutte ; mais ils croient maintenant que si cela arrive, ce n’est pas tant à la cause du geste qu’on reproche à Adrien, que d’être des francophones en Ontario.

Un groupe de mineurs se rencontrent chez Fortin. Ils ne se cachent pas d’être fatigués du racisme des anglophones.

                                       Un mineur

Les Anglais nous ont toujours méprisés. Et nous, nous avons toujours eu une petite bourgeoisie qui leur lèche le cul pour mieux s’engraisser. On peut se prendre en main et s’en sortir seul.

Tant qu’on aura deux exploiteurs plutôt qu’un, on sera des colonisés. Là-dessus, au moins Caouette raison. 

C’est tous ensemble que nous nous tirerons de la misère dans laquelle l’histoire nous a laissé couler. Ce n’est sûrement pas en se créant une petite bourgeoisie qui nous vend aux Anglophones pour ses propres intérêts que nous améliorerons notre sort. 

Nous nous en sortirons grâce à notre talent individuel, mis au service de la collectivité, pas au service de l’exploitation de la collectivité.

Le dimanche, le Père Corriveau exhorte ses ouailles à la modération. Le Christ n’a-t-il pas dit de tendre l’autre joue à ses ennemis ?

                       ——————————————————-

La jeune institutrice arrive chez son cousin en pleurs. Elle est enceinte. Elle ne sait pas quoi faire. Elle ne veut pas placer l’enfant en institution, car ils sont trop mal traités. Elle ne peut pas le garder, car elle sera dévorée par les médisances et calomnies des autres femmes. 

 Son cousin lui offre de se faire avorter. Elle refuse, car cela met son seulement la vie de l’enfant en danger, mais sa propre vie.

 Elle le quitte en disant qu’elle repensera à tout ça.
   
Le temps venu, elle part quelques jours en voyage. Le temps de donner naissance à un magnifique petit garçon qu’elle place finalement dans un orphelinat puisque ses parents acceptent de veiller sur lui. 
 
Elle revient ensuite à la mine.

Trois jours plus tard, elle est portée disparue. On la retrouve pendue à la branche d’un arbre.

Son cousin décide de quitter la mine. Il affirme sa révolte :
       
                                          Le cousin

C’est la faute des langues sales. Si on vivait vraiment son christianisme, sans hypocrisie, on pardonnerait à ceux qui ont péché. Jésus a bien pardonné à Marie-Madeleine.

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Pour chasser le démon de la Thérèsa, les Caouette obligent tout le monde à participer à une retraite fermée de trois jours …  Jamais les flammes de l’enfer ne furent plus voraces.

Thérèsa 10

janvier 27, 2021

Simoneau. Théâtre 25

Thérèsa 10

Le soir, tout le monde est convié à une assemblée spéciale. Mgr Lambert et M. Caouette distribuent les payes.

On décide de danser un peu. L’institutrice va chercher son magnétophone et ses disques. Mgr Lambert se révèle le roi de la grande valse. 

M. Caouette en profite pour faire remarquer à son épouse, durant un «slow», que Mgr Lambert a les mains bien agriffées aux fesses de l’institutrice.

Mgr Lambert couche chez les Caouette où, le matin, il dit sa messe sur le bord du foyer.

Mme Caouette lui demande si le slow n’est pas une danse diabolique étant donné la façon dont les femmes sont prises par les hommes. 

Mgr Lambert est catégorique : les péchés d’impureté n’existent que s’ils sont faits sans le consentement de l’autre. 

Mme Caouette affirme n’avoir jamais entendu dire ça. 

Mgr Lambert essaie de lui expliquer qu’un péché existe que si on est conscient, Il y a péché que s’il est accompli dans le but spécifique de mépriser Dieu. 

                                                Mgr Lambert

C’est bien normal qu’il y ait tout un éventail de points de vue, selon que l’on est plus ou moins scrupuleux. 

Rares sont ceux qui méprisent Dieu puisque Dieu, c’est l’Être suprême, celui à qui on doit tout. Donc, d’une certaine façon, les péchés mortels n’existent pas à toutes fins pratiques.


                                 Mme Caouette (sèchement)

Pour moi, un péché, c’est un péché.

                                   Mgr Lambert

Un esprit qui refuse de s’ouvrir pourrit vite d’asphyxie.   Cette stagnation tue l’âme. L’âme ne peut pas se nourrir que de pourriture, d’absence, de vide, de pseudo-péchés. Elle a besoin de mouvement, de vie, de liberté et d’amour. Ce sont tous des synonymes.

Le péché, ce n’est pas une caresse, un geste d’amour. Le mal, c’est l’absence de l’amour.

                                 Mme Caouette
  
On ne doit pas avoir la même religion.

                                Mgr Lambert (cinglant)

Tout fanatisme, tout intégrisme religieux est condamnable et méprisable quelle que soit la religion. L’essentiel est d’aimer Dieu et son prochain.

                      ———————————————————–


Le lendemain soir, Mgr Lambert se rend chez les mineurs célibataires. Ces derniers sont à se raconter des histoires cochonnes quand il arrive. On peut sentir partout le malaise des hommes quand ils l’aperçoivent.

                             Mgr Lambert

Pourquoi ne continuez-vous pas? Vous pensez que je suis trop niaiseux pour les entendre. Tiens. Je vais vous raconter l’histoire d’un gars qui veut se marier…

À la fin, tous rient comme des fous.

                               Ephrem

Êtes-vous capables de m’expliquer Monseigneur pourquoi tous les membres du clergé en Ontario sont ouverts, aiment faire des farces, même grivoises, alors qu’au Québec, le clergé est complètement constipé.

                                  Emmanuel

Au Québec, le clergé mène tout le monde par le bout du nez. Ici, ils auraient trop de misère.   Alors, il nous donne un peu de liberté pour nous garder. Je les vois mal dire à un bûcheron qu’il n’a aucune chance de salut parce qu’il sacre ou qu’il boit. 

Le clergé partage le pouvoir avec les bourgeois. Au Québec, Duplessis mange dans la main du clergé. Le système, c’est la pire des mafias parce qu’il permet à la bourgeoisie de se nourrir légalement, en exploitant le peuple, en lui faisant croire que c’est son bien. Par contre, aucune force n’est aussi grande qu’un peuple uni, comme une famille unie. Si les plus forts veulent être respectés, ils doivent respecter les plus faibles.

Regarde les Caouette, ils sont pires que les curés. Sa femme surtout. L’été, le chapelet à tous les jours devant la statue. C’est exagéré. Et, ne t’en fais pas, ils ne vivent pas dans la misère.
   
Caouette est comme tous les hommes. Il s’imagine avoir du pouvoir, mais le vrai, le seul boss, c’est sa femme. Elle le mène par le bout du nez et, lui, pour l’avoir, elle, il accepte de ne plus exister.

Mme Caouette étant le scrupule incarné, Caouette l’est aussi.

                             Ephrem

C’est bizarre pareil. S’il y a quelqu’un qui se fait écraser dans la Bible, c’est bien les femmes. Pourtant, elles sont les premières à revendiquer qu’on vive comme des eunuques. On dirait qu’elles ne peuvent pas s’accepter comme êtres sexués. Juste le mot cul les rend malades … Comme si elles ne jouissaient jamais. De vraies psychoses ambulantes. Toujours paranoïaques, dès qu’il y a un homme autour … Elles sont devenues tellement folles qu’on ne peut même plus faire une farce cochonne s’il y a une femme autour.

                            Mgr Lambert

Elles ne sont pas toutes comme ça, sinon elles auraient déjà un contrôle absolu.

Être trop scrupuleux, c’est plus gravement malade que pas assez. Cela signifie qu’on accepte que d’autres définissent pour nous ce qui est bien ou mal ainsi que notre raison de vivre.
                     
                              Ephrem
 
Si tous les curés étaient comme vous, peut-être que la vie serait plus endurable. Mais, il y a toujours les purs de la tolérance zéro et automatiquement de l’intelligence zéro. 

Des hommes et des femmes qui ne vivent que pour la beauté de leur corps et la force de leurs muscles, tout en ayant un esprit borné. Ce sont des gens incapables de se développer l’esprit. Ils ne sont pas foutus un brin de comprendre combien il serait paradisiaque de vivre dans un monde de tolérance. 

Vivre et laissez vivre. La vie privée est sacrée tant qu’elle respecte l’autre.

Mais avouez que si tout est péché, c’est plus facile de contrôler le monde, n’est-ce pas? Plus il y a de règles, plus il y a de chances qu’un grand nombre les transgresse.   La culpabilité, c’est le germe de l’esclavage, du colonialisme.


                                    David

Tu vas un peu loin, mon gars. Dieu, dans sa sagesse, ne nous a pas donné ses
commandements pour rien.

                             Éphrem

Dieu est un esprit. Quand il dit comment agir avec notre corps ou nos sentiments, il parle à travers son chapeau ou plutôt les curés parlent pour lui. On lui fait dire, ce qu’il n’a jamais voulu dire.

J’ai bien de la misère à croire qu’il soit aussi écœurant qu’on nous le montre dans la Bible. D’ailleurs, toute les Églises sont multimilliardaires.

                                Mgr Lambert

En fait, il n’y a qu’une seule règle vraiment importante. Aime-toi comme tu aimes ton Dieu et aime ton prochain comme toi-même pour l’Amour de Dieu. Dieu est amour. C’est ça, l’essentiel.

Mgr Lambert retourne chez les Caouette avant de quitter la mine.

                           Mgr Lambert (aux Caouette)

 Si j’étais vous, je me méfierais d’Éphrem. Il comprend trop vite. C’est un gars dangereux.

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Le mineur qui va chercher la boisson s’engage sur la rivière.

À un moment donné, la glace se rompt et il s’enfonce avec son chargement dans l’eau. 

Heureusement, un de ses camarades l’entend crier et le sauve. Il l’amène dans une famille à Longlac pour se sécher et y passer la nuit.

Le lendemain matin, puisqu’il n’est pas entré, c’est la battue générale pour le retrouver. La recherche est complétée quelques heures plus tard, grâce aux traces retrouvées dans la neige et sur la glace. En voyant le trou, on le croit mort. C’est la tristesse au village.

Le midi, il arrive avec son ami sauveteur. C’est la consternation à la mine.

Caouette s’informe. Il a des doutes, avant même que les commères aient ouvert le bec. 

                                  Caouette


Que faisait un mineur dans le bois au coucher du soleil ?
     
Les mineurs décident de cacher aux Caouette que celui-ci achète de la boisson pour toute la communauté, personne n’a le droit de boire comme l’exige un gros actionnaire, les Lacordaire.  

Les femmes, réunies pour laver leur linge dans un coin de la salle commune aménagée à cette fin, prétendent que cet accident est un avertissement divin. Un homme saoul, c’est un batteur de femmes potentiel. Elles décident d’en parler aux Caouette.

Il est évidemment expulsé sur le champ, même si avant de monter à la Thérèsa, il a vendu sa ferme. 

Il vendait la boisson pour améliorer le sort de ses sept enfants. Il sait d’où vient la dénonciation. Il est furieux.

Avant de partir, il se rend à la salle des lavages voir ces dames.

                                      Mineur (furieux)

Vous êtes de belles salopes avec vos grandes langues sales !  

Vous pouvez bien vous grattez le cul sur les bancs de la petite chapelle à tous les matins, je suis certain qu’un jour vous aurez à payer pour tout le mal que vous avez fait à ma famille.

                                    Solange

Tu n’avais qu’à suivre les règles. Nous avons fait notre devoir. Quand on est montées ici, ce n’était pas vivre en enfer. Ici, ce sont les femmes qui mènent, même si on est que quelques-unes.

                                     Mineur

Un jour vous paierez pour votre manque de charité. Des âmes pures comme les vôtres, ça salit la beauté de la création par leur présence. Vos langues, vos sales langues, mangeuses de prochain, ce doit être pour ça qu’Êve a été chassée du paradis. Comment peut-on vivre dans une société assez débile pour encourager de se couillonner ?
 
Quand j’étais petit, un «stool», c’était un sale. Ça demeure un sale, que ce soit un homme ou une femme. Un «stool», ça mérite d’être exclus de tous. C’est de la pourriture ambulante. Il n’y a que la police, une race foncièrement obsédée par le crime, et les féminounes, une race foncièrement paranoïaque, qui peuvent rêver d’une société où les mouchards ont une valeur quelconque… Un mouchard, ça vaut moins que de la merde.

Vous pouvez continuer de bouffer votre prochain, d’avoir peur de tout ce qui est mâle. J’ai compris, moi, que les hommes n’existent plus dans la structure de certaines familles, l’état les a supplantés comme pourvoyeur. 

Maintenant, il suffit de remplacer l’homme comme géniteur et vous aurez votre pouvoir tant recherché : le pouvoir absolu. 

L’homme n’aura plus d’espace à occuper. Ce sera la dictature du matriarcat. Voilà longtemps que j’ai compris.

Votre système crée des lois sachant qu’aucun homme digne de ce nom ne pourra les respecter à cent pour cent. Vous culpabilisez celui qui les enfreint afin que les hommes justifient eux-mêmes leur sentence. Ils deviennent leur propre prison. C’est habile. 

Mais, vous échouerez parce que vous n’avez jamais su accepter qu’un humain ait un corps.   Vous serez des anges déchues tant que vous n’aurez pas compris cette vérité de la nature. Une vérité que le patriarcat a su exploiter avant vous, mais contre vous, en inventant les modes.

Les femmes ne seront pas libres et heureuses tant qu’elles n’auront pas échappé à ce que le patriarcat avait créé pour les emprisonner : le péché de la chair et la femme tentation.

Notre société ne saura pas survivre, si elle ne comprend pas qu’il faut abolir ces deux modes d’esclavage pour en arriver à une égalité entre l’homme et la femme, à l’indifférenciation des rôles, des sexes afin de vivre un véritable partenariat.  

L’Homme, avec un grand H, est sur terre pour être heureux … 
      
                       Solange (s’approche et parle à voix très basse)

C’est pour ça que tu dois disparaître de notre communauté. Tu as compris, le pouvoir de chantage qu’auront dorénavant les femmes. Bientôt, il n’y aura que les femmes au pouvoir avec leurs hommes qui se prennent pour des femmes. 

Les vrais hommes seront totalement bannis, annihilés, INEXISTANTS, de la structure familiale. Vous devrez vous trouver d’autres trous.

                                 Solange

Que tu le veuilles ou pas, tant que la femme contrôle l’éducation des enfants, c’est elle qui a le pouvoir de transmettre la culture qu’elle veut. Tu pars parce que t’es un danger pour nous, les femmes.

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La Thérèsa 9

janvier 26, 2021

Simoneau. Théâtre 24

La Thérèsa 9

C’est le printemps. Des mineurs reviennent de Géraldton, de la boue jusqu’aux genoux.
 
Tout à coup, un groupe arrive de la mine, tirant un chariot. Ils sont excités. On leur demande ce qui se passe. C’est Charline qui va bientôt accoucher. On se dépêche pour arriver à la voiture, de l’autre côté de la rivière. De là, on les conduira à Hearst.

À leur retour, on apprend que Charline a accouché dans l’auto, avant même d’arriver. Conrad, le père de l’enfant, dit que le petit s’appellera Maxime, mais qu’on lui ajoutera un surnom pour se rappeler l’événement. Il l’a surnommé « Transcanada », pour marquer l’endroit où il est né.

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On est à la salle communautaire. Paul et Maurice terminent un match de ping pong. Paul n’aime pas un jeu de Maurice. Ils commencent à se pousser. Aussitôt, tout le monde autour intervient.

On rappelle qu’à la Thérèsa tout le monde forme une grande famille où la violence n’a pas sa place. « Quand on est perdu dans les bois, il faut savoir se tenir ensemble, pas se casser la gueule. », lance un des intervenants.

Un des mineurs prend une guitare et commence à chanter des chansons à répondre de l’abbé Gadbois. Aussitôt, la bonne atmosphère est rétablie.  

                                      Un mineur

Je suis certain qu’il n’y a pas un seul endroit dans tout le monde où l’on connaît une aussi belle et grande fraternité qu’ici. 

 C’est notre bien le plus précieux. Rien ne doit nous diviser.

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C’est l’automne. Fête de Ste-Thérèse, donc, l’assemblée des actionnaires. Plus de 100 sont présents. Ils habitent chez les mineurs et certains chez les Caouette même. Un groupe de visiteurs sortent de la mine. Ils sont littéralement éblouis.
 
Le soir, chez les Caouette, un groupe de visiteurs (Leblanc, Simoneau, Dubé, Gélinas) discutent avec Caouette. 

Ils décident de se servir des structures des mouvements nationalistes du Québec auxquels ils appartiennent pour créer les clubs thérèsiens. 

                                       Leblanc
      
Ce sera une arme terrible. Une telle structure pourra augmenter le nombre d’actionnaires dans un temps record. Par contre, si jamais le club se tourne contre la mine, ce sera sa fin.

Le photographe Dubé est chargé de visiter la mine pour produire des cartes postales, ce qui fera encore plus connaître la Thérèsa. Premier objectif : doubler le nombre d’actionnaires.Aucune grosse compagnie ou grosse somme d’argent ne seront acceptées, sauf des institutions religieuses. L’évêché de Sherbrooke ainsi que le Petit Séminaire du même endroit sont d’ailleurs parmi les plus gros actionnaires. 

La paroisse Ste-Thérèse étant aussi une mission, elle reçoit l’aide la Propagation de la foi.                    

                                              Marcel Caouette
 
La mine doit être la propriété des pauvres qui ont décidé de devenir riches

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Puisqu’il y a maintenant quatre adolescents et trois adolescentes, Caouette décide d’engager une seconde institutrice. 

Mlle Duval arrive toute guindée. Elle reconnaît son cousin de la sixième génération avec qui elle se tient presque toujours, en dehors de son travail. 

Sa jeunesse et sa jolie trémousse en font jaser plus d’un (e). Sa beauté a quelque chose de diabolique. Les femmes essaient de ne pas laisser leur mari trop près et ne cachent pas qu’elles ne peuvent plus maintenant vivre en sécurité. 

 Son cousin lui rappelle que « toutes les femmes sont malades quand il s’agit de sexe. Plus colonisées que les hommes, elles croient davantage dans les sermons des curés. Les femmes seront libres quand elles pourront accepter leur corps et comprendront que l’amour est plus important que les péchés qu’elles y voient. Le mal a été inventé par les religions pour les dominer, mais elles ne s’en rendent pas compte. Elles sont trop occupées à surveiller leur apparence et nourrir leur jalousie.»

 Un dimanche, Mlle Duval et son cousin ne vont pas à la messe à laquelle tous doivent assister sans exception. Le Père Corriveau rend immédiatement visite à Mlle Duval pour lui rappeler que son rang exige plus de sérieux. 

                                         Père Corriveau     

 Si Félix n’était pas votre cousin, je n’hésiterais pas à vous questionner en confession afin de savoir si une liaison charnelle existe entre vous. Une enseignante doit toujours être pure pour donner l’exemple aux jeunes.   
    
 Mlle Duval, loin d’être intimidée, porte le soir même une nouvelle robe, plus décolletée, lors de la projection des films. 

 Elle traverse la salle de la première rangée jusqu’à l’arrière où des bancs sont plus élevés et réservés aux notables de la mine. (Caouette, ingénieur, institutrices)
 
 De jeunes mineurs la sifflent au passage. Mme Caouette est insultée et quitte les lieux. Son mari court derrière elle. 

 Un groupe de femmes, visiblement jalouses, se rencontrent pour dénigrer la nouvelle institutrice que les élèves apprécient grandement à cause de son ouverture d’esprit.

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Les mineurs tiennent une réunion pour créer une coop. Celle-ci verra à installer l’aqueduc et les égouts à tout le monde. Discours sur la solidarité. 
    
On espère bientôt créer des caisses populaires et on discute de la règle de l’achat chez nous qui prévaut au Québec. Que doit-on en penser? Comment se faire respecter par la majorité anglophone ?

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Un dimanche après-midi, les garçons décident de procéder à l’initiation des deux nouveaux à la mine. Benoît a13 ans, Gérard, 12. 

Cet après-midi-là, on présente un film de cowboy comme d’habitude, mais celui-ci a déjà été montré, il y a quelques mois. C’est le temps d’en profiter. Il fait froid, les jeunes à la fenêtre seront moins nombreux pour la projection du film pour adulte.
 
Seuls, les plus vieux se rendront à la cabane secrète pour ne pas que Suzanne Fortin s’aperçoive de leur absence. Celle-ci a toujours voulu découvrir le nouvel emplacement de la cabane. 

À la construction de la première cabane, Suzanne avait donné une dizaine de planches dès les débuts. Peu après, la chicane a éclaté et Suzanne a exigé ses planches. Les gars avaient ainsi perdu leur cabane.
 
Ils sont une dizaine à se rendre à la cabane, après avoir emprunté différents sentiers pour être certains de ne pas avoir été suivis par les filles. 

Pour l’initiation, les deux nouveaux doivent se coucher entre deux couvertures sur le plancher et se déshabiller. Le dernier deviendra le trou-de-cul, c’est-à-dire celui qui sera au service des autres. 

Quand ils sont déshabillés, ils doivent mettre les bras au-dessus de la tête, hors des couvertures. Cependant, dès que le dernier met les bras en dehors, les autres tirent les couvertures et les initiés se ramassent nus devant les autres. 

Ils doivent ensuite parader nus pour prouver leur courage. Seul, le trou-de-cul a le devoir d’être obéissant à ses supérieurs. Une fois, le nouveau trou-de-cul nommé, celui qui l’a précédé devient un membre comme les autres. Après la cérémonie, le nouveau trou-de-cul devient le chef du gang durant six mois. Question de goûter autant les joies que les difficultés.

Benoît décide d’ouvrir le rond de la truie rougie pour griller des guimauves. Une des guimauves prend feu. Elle tombe sur le plancher et le feu éclate dans la cabane. Les jeunes ont beau tirer de la neige, la cabane est complètement détruite. Ils retournent à la maison. Nos deux nudistes ont réussi à se rhabiller, mais on n’a pas trouvé les bas de Gérard. Il arrive à la maison les pieds gelés. Il reçoit toute une dégelée de sa mère qui ne comprend pas qu’il puisse avoir été assez fou pour oublier ses bas.
                     
 
                        ———————– ———————————

Tous les élèves de Mlle Charbonneau doivent faire leur confirmation. 

Ils sont en haut dans l’école. Ils ont mis leur brassard. Les filles ont leur robe blanche. Ils attendent dans la classe, l’arrivée de Mgr Landry, le nouvel évêque de Hearst. Tout le monde attend avec impatience, surveillant la porte qui conduit directement de l’appartement de l’abbé Corriveau aux classes.
 
Soudain, la trappe s’ouvre dans le plancher. On voit le bout de la mitre s’avancer. C’est le rire général quand l’évêque arrive cul-le-premier. L’abbé Corriveau s’est trompé et il a fait monter l’évêque par l’échelle de secours.

Malgré la présence de l’invité, Paul Arnould a décidé en servant la messe de se moquer un peu des pertes de mémoire de l’abbé Corriveau. Tel qu’il l’avait gagé, il recommence deux fois l’offertoire, en se présentant deux fois avec le vin et l’eau. 

L’abbé Corriveau se fait souvent jouer de pareils tours par ses servants de messe. Ils ont compris qu’ils peuvent ainsi s’amuser de ses pertes de mémoire.

                                        —————————————

Il faut cacher les livres français, car, c’est la visite de l’inspecteur. 

On amène le visiteur dans la classe de Mlle Charbonneau parce qu’elle parle parfaitement l’anglais. Congé pour les plus vieux parce que Mlle Duval ne parle que français. 
    
Une jeune fille récite un poème en anglais. L’inspecteur est étonné et satisfait. Il insiste sur l’interdiction d’utiliser le français à l’école en Ontario.

                                    L’inspecteur                                            

La langue des faibles, des colons et de ceux qui refusent de vivre une véritable culture. En plus, d’être des papistes.

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Mlle Charbonneau déménage : les enfants Drouin l’empêchent de dormir. Elle demeurera au même endroit que Mlle Duval, dans la même chambre. 

Chicane entre la vieille institutrice et la jeune Duval. Mlle Charbonneau prétend que la Duval l’empêche de dormir par ses ronflements. En réalité, elle est jalouse de Mlle Duval. 
     
La vieille prend trois mois de vacances, sous prétexte d’une dépression nerveuse.

                              ———————————————

Une soirée est organisée à l’occasion de la visite de l’abbé Gadbois. 

Mme Dupuis fait remarquer à Mme Caouette que son époux semble prendre plaisir à bien ceinturer l’institutrice quand il danse avec elle. Elle insiste sur le danger de péché que constitue une belle femme dans une mine d’hommes.

À la maison, Mme Caouette commence une crise de jalousie. 

                              
                                             Mme Caouette  

Tu semblais aimer ça danser avec l’institutrice ? 
                                        

                                           Monsieur Caouette
 
Elle a beaucoup d’esprit.


                                             Mme Caouette

Alphonse, je t’aime. Tu dois savoir que toutes les femmes de la mine sont liguées contre elle. Elle est célibataire et trop belle. Un danger pour toutes les femmes mariées. 

                                         Monsieur Caouette

Elle est une excellente institutrice. Elle se mêle, elle, de ses affaires. La discussion est close à moins que tu aies, toi, des choses à me reprocher.


                               Mme Caouette (qui s’avance).

Tu as certainement raison. Il ne faut pas céder à cette maladie des cancans pour le cancan.» 

                            —————————————————

M. Caouette se rend au bureau de l’évêché à Hearst rencontrer Mgr Lambert.

La mine n’est pas assez rentable pour permettre d’effectuer la paye des mineurs. Mgr Lambert l’assure qu’il se rendra bientôt à la Thérèsa et apportera l’argent nécessaire.

                         ——————————–

Trois jours plus tard, Mgr Lambert arrive à la mine dans un drôle de véhicule : un Bombardier. Son inventeur en a fait don à l’évêché. 

C’est le vendredi. Mgr Lambert se rend chez les Durand. Quand vient le temps de manger, Mme Durand lui offre de beaux dorés puisque c’est vendredi. Mgr Lambert refuse, il veut son steak. 

                                                       Mme Durand

Mme Durand lui fait remarquer que c’est péché de manger de la viande le vendredi, ce à quoi Mgr Lambert rétorque qu’il est permis de manger de la viande quand on a fait un long voyage ou que l’on a beaucoup travaillé.

Mme Durand ne perd pas une seconde :

                            Mme Durand

Avec cinq enfants, je devrais avoir une permission perpétuelle.


La Thérèsa 8

janvier 25, 2021

Théâtre. Simoneau 23

Thérèsa 8

6-

Automne. L’ingénieur Cloutier est à Géraldton. Il a neigé et la chaussée est très glissante. Au moment où il vient pour passer au coin d’une intersection, une automobile lui entre dans le côté. La camionnette de la Thérèsa est un peu endommagée. L’aile gauche est enfoncée et la lumière est brisée.

Cloutier amène le véhicule au garage afin de le faire réparer. 

Après le travail, le propriétaire anglais lui présente une facture de 200 dollars, un prix nettement exagéré. 

Cloutier est scandalisé et s’informe pourquoi un tel prix. Le propriétaire se contente de lui dire qu’il déteste les « frogs ». 

Cloutier lui dit qu’il ne paiera jamais ce prix de fou. L’Anglais s’entête et refuse que l’ingénieur parte avec le véhicule avant d’avoir payé.
 
Le lendemain, Cloutier arrive au garage.

                                Cloutier

Puis, que décidez-vous? Je vous offre 100 dollars. C’est déjà beaucoup trop. Même plus que vous auriez de n’importe qui d’autre.

                                L’Anglais

Pas question. Les « frogs » n’ont pas d’affaire dans notre pays. Vous n’avez qu’à retourner chez vous.

                                Cloutier

T’as le choix : ou tu acceptes ou je m’occupe de toi.

                                L’Anglais.

Tu ne me fais pas peur.
               

                           Cloutier

Peur de moi, peut-être pas. Mais d’eux probablement. Hey les gars par ici !

Quatre mineurs arrivent avec des barres à clou.

                                   Cloutier

C’est le même prix pour moi que pour les autres ou on défait ta baraque.
Si vous voulez la paix, vous avez besoin de ne pas commencer à agir en racistes avec nous. C’est-y clair ?

L’Anglais accepte 50$ à contrecœur.

                              Cloutier

Dis-le à tous les autres racistes, red necks de ton espèce. Nous voulons la paix, mais nous ne nous laisserons pas écraser ou exploiter par vous. Vous allez apprendre qu’un Français, on respecte ça.

                              Cloutier (à ses hommes)

Dommage qu’il faille parfois donner quelques coups de pied au cul pour se faire comprendre !

                               ————————————–

On voit dans le bois un mineur suivi d’une traîne sauvage sur laquelle sont placées des caisses de bière. Il se rend près d’un arbre, coupe des branches et dissimule son trésor. Il repart en traçant un chemin. Arrivé au village, il dit à un compagnon que c’est fait. L’autre rétorque.

                              L’autre

Caouette peut bien se prendre pour un saint, mais on ne le laissera pas nous voler toute notre jeunesse.

Son compagnon lui rappelle que tout cela doit demeurer secret. Seuls, ceux qui sont « sûrs » doivent le savoir et seulement pour les grandes occasions, en petite quantité pour que personne ne puisse vraiment se saouler.

                       —————————————————-

On est dans le nouveau presbytère du Père Couture. Mgr Charbonneau l’aide à peinturer.

                                     Caouette (au Père Couture)

Y était pas question que vous continuiez à vivre avec vos rats !

                                     Père Couture

Ils me manqueront. À quoi servira mon fusil maintenant, dans cette prison trop élégante? J’ai l’impression de me prendre pour un riche alors que d’autres gèlent dans leur tente.

                               Caouette

Rien ne vous empêche de vous servir de quelques chambres pour héberger des Indiens. Nous n’avons pas revu, depuis trois semaines, le dernier de ceux que l’on avait engagé. On ne peut pas se fier à eux. Ils préfèrent leur liberté à la sécurité du travail.

                                 Mgr Charbonneau (s’adressant au Père Couture)

Dieu ne vous demande pas de vivre dans d’éternels sacrifices. Ne trouvez-vous que votre ceinture sacrificielle est suffisante? Vous avez tout le bas du corps en sang.

                          ————————————


7-

Marcel Caouette arrive en larmes. Il vient de chez le Père Couture.

                                   Marcel

Il est mort dans mes bras comme un petit oiseau


Son père le console. Madame Caouette propose de dire un chapelet.

                  —————————————————-

        
À la petite chapelle, près du lac, Mgr Charbonneau officie aux funérailles. Il rappelle que le Père Couture est un saint homme qui s’est toujours dévoué pour les Indiens.

Ces derniers sont très nombreux à l’arrière de la petite chapelle et à l’extérieur.

Caouette est surpris du nombre incroyable d’actionnaires qui se sont rendus aux funérailles. 

Un repas est servi pour les actionnaires à la salle communautaire. Ils se présentent très nombreux pour réinvestir dans la mine, un projet du Père Couture, pensent-ils

                                Caouette (s’adressant à son fils Marcel)

Le Père Couture nous aide déjà de son ciel. Jamais nous n’avons eu autant d’entrée d’argent.


Deux mineurs discutent :

                                  Le premier

Caouette devrait être moins fier. Il a pratiquement tué le Père Couture. D’abord, il a congédié tous les Indiens de la mine et ensuite il est allé lui construire un château dans lequel le saint homme ne pouvait pas vivre.

Il était habitué dans son « shack ». Il était pauvre, comme il le voulait.   Je le revois encore. Il nous parlait, le fusil à la main, puis, tout d’un coup « bang », tu voyais tomber un rat.

                                Deuxième mineur

Pauvre Père Couture! C’était un humble, lui !

                   ————————————————–

8-

Deux Indiens, tôt le matin, déposent des cuisses d’orignaux sur le balcon de la maison des Caouette.
  
Madame Caouette trouve le cadeau en sortant de la maison.

                 Mme Caouette (s’adressant à son mari, en entrant)

Ces gens sont formidables. Je n’aurais jamais cru qu’ils aient autant de reconnaissance

                            Caouette (de l’intérieur)

Je sais. Dommage qu’on ne puisse pas se fier à eux. S’ils abandonnent leur travail sans avertir comme ils le font généralement, ce peut être la vie des autres qui est en danger. On ne peut pas tolérer ça. Le Père Couture avait bien de la misère à comprendre ça.

                              ——————————————————

9-  

C’est la veille de Noël, M. Caouette est au bureau avec Marcel et Gilbert (le mari de sa fille Thérèse). Ils examinent des cartes quand le facteur arrive avec la poste. Il dépose une boîte sur le bureau.

                              Caouette

Qu’est-ce? Une boîte pour nous? As-tu commandez quelque chose ? (en regardant Marcel)

                             Facteur

C’est pour Charles Fortin. 

M. Caouette fait demander Charles. Quand celui-ci arrive, M. Caouette l’engueule immédiatement.
                             Caouette
Ouvre-moi cette boîte immédiatement.

Charles Fortin refuse.

                               Charles Fortin

C’est personnel. Je ne suis pas dans l’armée. J’ai le droit à ma vie privée. 

                                Caouette (furieux)

Si tu n’avais rien à cacher, tu n’hésiterais pas à me montrer ce qu’il y a dans cette boîte.

Ouvre! T’as peur que je découvre ton manège. Tu fais venir de la boisson pour les Fêtes.   Je le sais. Tu penses que tu vas te faire des revenus supplémentaires en désobéissant ?

                                 Charles Fortin

Vous vous trompez. Ce n’est pas de la boisson.

                                 Caouette

Prouve-le alors !

Charles ouvre la boîte. Il s’agit de parfums et d’articles de beauté.

                                Charles Fortin

Vous êtes content ?  Vous pourriez essayer au moins de faire confiance à ceux avec qui vous travaillez. Vous voyez un peu trop le diable partout.

Si le «petit vicaire» peut se faire un peu plus d’argent en repassant et en reprisant le linge des célibataires, je ne vois pas pourquoi je n’aurais pas le droit d’essayer de trouver un moyen d’aider ma famille à vivre plus confortablement. J’ai cinq enfants à nourrir, moi.
    
Vous pouvez vous mettre toutes sortes d’idées dans la tête. Vous ne nous connaissez pas. Si vos petits-enfants jouaient avec les nôtres plutôt que d’aller dans des écoles privées peut-être sauriez-vous que nous sommes aussi de bons catholiques. On n’est probablement pas assez bien pour vous…?


Caouette est furieux. Il quitte les lieux avec précipitation

                           ———————————-

Le lendemain, c’est la grande fête à la salle communautaire. Tout le monde y est. À l’avant, Mgr Lambert et quelques prêtres venus du Québec.

Les jeunes font leur entrée en chasubles blanches et avec des ailes d’anges. Certains chantent des cantiques de Noël, sous le regard de l’institutrice qui a organisé le spectacle.

Le petit Maclure est terriblement gêné. Quand il récite la fable connue du renard et du corbeau, on voit une trace s’agrandir sur son pantalon, n’ayant pas pu se retenir.

Caouette se présente devant la foule pour souhaiter de joyeuses fêtes. À la surprise de tous, il y a un cadeau pour tout le monde. Cigarettes pour les hommes, roses pour les femmes et patins pour les petits. 

Suzanne Cloutier, quant à elle, reçoit une caméra parce que c’est la plus âgée.

Pendant que l’on célèbre, deux femmes sont dans les toilettes. Une d’elle pleure tandis que l’autre la console.
                    
                             Suzanne

Cesse de pleurer Melvina. On ne peut pas être au Québec. Faut bien se faire à l’idée. Tu verras bien, Benoît va s’occuper de toi. C’est tellement un bon mari. Mets ta belle rose.

                           Melvina

Je n’en veux pas des roses de Caouette.

                           Suzanne

Pourquoi? Elles sont magnifiques.

                           Melvina

Tu peux bien faire les plus beaux cadeaux du monde quand tu les donnes avec l’argent des autres …

                             Suzanne

Qu’est-ce que tu veux dire ?

                            Melvina

C’est pourtant clair. Caouette n’a pas un sou à lui. Ces cadeaux-là ont été achetés avec l’argent des actionnaires, pardi !

                            Suzanne

Puis? C’est quand même un beau geste de sa part.

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M. Caouette est autour de la table avec Marcel, Gilbert son gendre, et Cloutier, l’ingénieur principal. Ils discutent de la richesse de la nouvelle veine d’or, la St-Joseph, que l’on a découverte dans le tunnel creusé à 300 pieds de profondeur.


                                Cloutier
     
Je n’ai jamais vu autant d’or de toute ma vie.

                                Caouette

On n’y touchera pas. On va garder cette beauté pour les actionnaires. Ils seront époustouflés quand ils verront ça.

                                 Marcel

Il y a beaucoup d’or, mais il y a aussi beaucoup de pérîtes de fer.
  
                                 Caouette

Les actionnaires ne verront pas la différence. L’important, c’est qu’ils sortent exaltés par la richesse de la mine. Ils doivent vouloir immédiatement réinvestir.

                              Marcel

Ce n’est pas très catholique.

                               Caouette

Absolument pas. On n’a rien à leur dire. Ils verront par eux-mêmes. La veine est d’une richesse incroyable, malgré la périte. On n’a pas à mentir. On a juste à taire la différence.  

On pourrait même donner de vraies roches pleines d’or aux plus vieux, comme Eugène Gauthier et son épouse Clara. Ce sera une propagande impayable. Tout le monde perd la tête devant l’or.


La Thérèsa 7

janvier 24, 2021

Théâtre. Simoneau 22

Thérèsa 7

Cloutier profite d’une visite éclair de Caouette pour décider où sera installé le chevalement.       

Caouette le voudrait à l’ouest de la rivière, mais Cloutier fait remarquer que le quai existe déjà. Aussi, les découvertes d’or en surface démontrent hors de tout doute, selon Cloutier, que le meilleur endroit est situé à l’est, près du village.
     
Marcel Caouette est nommé directeur général, en charge de tous les travaux, tandis que Gilbert, le mari de Thérèse Caouette, s’occupera de toutes les tâches comptables et administratives. Une affaire de famille, quoi!

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3-

Deux camions arrivent près de la rivière, chargés de meubles. On s’affaire à mettre les meubles sur un gros radeau qui les transportera au quai de la mine.
    
 En chemin, un câble lâche et une partie de la cargaison tombe à l’eau. Une femme pleure. « Tous mes livres étaient dans les tiroirs. »– « Il faudra vous en acheter quand vous irez au Québec. Ici, il ne s’en vend pas. » Tranche un jeune mineur pour qui les livres ne représentent pas grand-chose.

 Malgré cet incident, tous les autres meubles sont amenés à la mine et placés dans un hangar en attendant que les maisons soient construites.

 Le lendemain, on amène deux gros moteurs diésel. Ces derniers activeront les ascenseurs et les outils pour travailler.
     
 Le village est construit à une vitesse phénoménale. Les familles s’installent dans les maisons. 

 Dès que les diésels sont mis en opération, un électricien installe l’électricité dans les maisons. Paterson est le seul anglophone, un Irlandais, parce qu’il est catholique et indispensable. 

Le plus jeune mineur est son assistant, pour le moment. Paterson est émerveillé de la vitesse à laquelle cet enfant apprend tout de lui. Son frère, Camille, lui, assiste le forgeron. Il est surtout très paresseux.
     
 Déjà, une cinquantaine de jeunes sont au travail. Ils construisent les maisons des Caouette, de vrais petits châteaux, puis, de petites maisons carrées, toutes identiques, près de la rivière, du même côté que les Brassard… le village de la Thérèsa.
     
 À un certain endroit, on doit bulldozer beaucoup de terre puisqu’il y a des marais.
     
 « On serait mieux d’y mettre plus de roches, crie un travailleur anonyme.
     
 On voit déjà poindre le réservoir d’eau et on entend les pompes.
   
 Le soir, un jeune grimpe sur le bord du réservoir. On lui demande ce qu’il fait là. Il dit monter pour échapper aux mouches noires qui sont légion… et très en appétit.

 À son arrivée, Caouette est renversé par la somme de travail qui a été abattu pendant son absence prolongée de deux semaines. Il avait prolongé son séjour étant donné l’intérêt que le projet suscitait en Beauce. Il convoque une réunion pour pouvoir s’adresser à tous.
     
                                 M. Caouette

Il faut accélérer la construction des maisons. Nous avons déjà une trentaine de familles qui viendront nous rejoindre.
     
Les mouches font un vrai carnage. Il y a plus de claques que de mots.
      
                                M. Caouette
   
 Nous ne pouvons pas continuer à nous réunir ainsi à l’extérieur. Dès demain, nous tracerons les plans d’une salle communautaire qui répondra à ce besoin et à ceux que nous devons prévoir avec la création du village. Soyez fiers d’être ici, à la Thérèsa. Il élève la voix en prononçant le mot Thérèsa.

Gosselin, j’ai appris que tu viens d’arriver avec ta nouvelle épouse. C’est regrettable, mais tu as toujours été un sacreur et nous n’en voulons pas ici. Demain, tu repartiras.

                            Gosselin

Quand je suis parti pour Sherbrooke, vous saviez que j’allais me marier avant de revenir ici. Vous me connaissiez et vous ne m’avez jamais averti ou dit quoi que ce soit. Si vous ne vouliez pas que je revienne, vous auriez pu nous avertir avant.

                            Caouette

Tu ne me l’as pas demandé. Demain, tu partiras, sinon on brûlera sur place toutes tes affaires. Les flammes de l’enfer ne valent pas qu’on s’y enlise pour toi.
     
 Caouette est sur le bord du quai. Gosselin a tout chargé. Il est prêt à partir.

                                 Gosselin

C’est ce que votre Dieu vous a montré. C’est probablement ce que vous appelez la charité chrétienne. « Aimez votre prochain comme vous-même pour l’amour de Dieu.»  

Je vous plains… Mon Dieu à moi, c’est l’Amour. Un être de bonté et de miséricorde. Je suis certain qu’après notre mort, c’est vous qui brûlerez en enfer. S’il y a un enfer!

                                Caouette

Je n’ai pas de leçons de religion à recevoir de la bouche d’un suppôt de Satan.


Caouette retourne chez lui. Il annonce à Marcel qu’il doit partir encore une fois au Québec pour aller chercher des fonds. « Au rythme où la Thérèsa se construit, nous avons de la difficulté à conserver la marge de manœuvre que se garde le clergé pour attirer les colons. »

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4-
  

Un mois plus tard, les maisons sont construites ainsi que trois nouveaux dortoirs et une salle communautaire. On y installe là le bureau de poste et une épicerie. Il y a aussi une salle de jeux. La Thérèsa compte maintenant presque 1,000 personnes, presque toutes venues de la Beauce.


Caouette arrive avec une statue de Ste-Thérèse, hauteur nature. Il fait aménager un socle, en plein centre du village.

                                      Caouette

Puisque Ste-Thérèse est notre patronne, elle doit avoir la meilleure place.

                                      Caouette (à l’endroit de M. Brassard)

Dimanche, Mgr Charbonneau viendra bénir la statue ainsi que le village que vous avez érigés en un temps record. Je ne peux pas cacher ma fierté à votre endroit.

Le dimanche, Mgr Charbonneau arrive accompagné de Mgr Lambert, du Père Couture et d’un nouveau prêtre que personne ne connait encore. Il est vieux, mais il se mêle déjà aux ouvriers, serrant des mains, distribuant des bénédictions.

Mgr Charbonneau présente le nouveau prêtre aux mineurs.

                         Mgr Charbonneau

Voici l’abbé Corriveau. Ce sera l’aumônier de la mine et de votre nouvelle paroisse. La paroisse Ste-Thérèse. Cependant, pour le moment, celle-ci sera officiellement reconnue comme une mission. Ainsi, elle pourra bénéficier, pour un temps encore, de l’œuvre de l’Enfant Jésus, directement dirigée par Rome.

Les nouveaux paroissiens sont en délires.

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5-

Vendredi soir. Un groupe de jeunes décident de se rendre à Géraldton afin de boire un peu et danser, profitant ainsi de l’absence des Caouette. Le samedi après-midi, ils retournent à la mine, encore assez ivres.

Dans la chaloupe, les jeunes chantent des chansons à répondre grivoises. 

Trois décident de se déshabiller et de se baigner nus. 

 De retour dans la chaloupe, ils s’installent dans chacun des coins pour pisser. Tout à coup, on aperçoit une autre chaloupe qui vient en sens inverse.   Deux dames de la mine y ont pris place.

                                    Une dame

Rhabillez-vous, bande de jeunes salauds! Vous n’avez-pas honte ?  Que diront les Caouette quand ils reviendront de voyage? Ne comptez pas sur nous pour leur cacher la vérité. Nous sommes ici pour donner l’exemple de vie chrétienne, pas pour exhiber nos vices !

Comme prévu, les Caouette sont vite informés par une des femmes que les jeunes manquent de pudeur. Caouette en profite pour exiger une réunion à la salle communautaire. La première à cet endroit.

S’adressant au plus jeune qui faisait partie de l’expédition, il le pointe du doigt et Caouette lance.

                               Caouette 

T’as pas honte, jeune abruti. Qu’aurais-tu dit si l’une de ces dames avait été ta propre mère? Tu veux donc la faire mourir de chagrin ?

Vous vous confesserez au Père Corriveau. Ce n’est pas une suggestion, c’est un ordre. Et je vous avertis solennellement, cette fois, je passe l’éponge parce que Mgr Lambert est intervenu en votre faveur, mais c’est votre dernière chance.

Toi, le jeune, j’écrirai à tes parents.   Ils décideront si tu dois rester ici.

Le jeune fond en larmes.

Cependant, l’attention fut vite détournée quand Mme Caouette fit son entrée, accompagnée par une autre dame âgée d’une quarantaine d’années, bien habillée.

                              Caouette

Il est temps que l’on songe à bien organiser notre vie sociale à la mine. Nous ne pouvons pas nous permettre de refuser de l’aide sous prétexte que nous vivons complètement dans le bois. Pourtant, contrairement à bien des cultivateurs du Québec, nous, nous avons tous de l’électricité (Rires) 

Par contre, nous devons songer aux enfants. C’est pourquoi nous avons engagé les services de Mlle Charbonneau. Ce sera notre institutrice. Dans deux semaines, ici, comme ailleurs, vos enfants pourront aller à l’école. Le haut de la salle communautaire sera aménagé de façon à ce que le Père Corriveau ait son propre logement alors que le reste de l’espace servira de locaux pour l’école.

Les mineurs et leurs épouses applaudissent à tout rompre.

L’institutrice est présentée alors que les jeunes hommes se rendent aux tables de ping pong. On peut voir sur les affiches que les ligues sont déjà organisées. Les enfants sont les seuls à mal accueillir la nouvelle.

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La Thérèsa 6

janvier 23, 2021

Théâtre 21

Thérèsa 6

Un après-midi, Mme Caouette se rend à la mine pour retrouver son mari. Elle est scandalisée parce qu’une dizaine de jeunes Indiens se baignent nus là où l’on a construit un quai aux abords de la rivière. 

Elle essaie de les convaincre de cesser de se baigner ou de s’habiller, mais les jeunes se moquent d’elle. 

Irritée par ces rires, elle retourne furieuse à la maison, en récitant son chapelet.

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La guerre mondiale est déclenchée, clame la radio. 

Marcel Caouette s’engage comme aviateur. Le départ est pathétique. Madame Caouette s’évanouit.


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Devant la montée du prix de l’or, Lee Mines veut se réapproprier la mine. Sachant que Caouette obéit aveuglément au Père Couture, il envoie une prostituée pour le corrompre. Le Père résiste.
    
Puisque les tournées du missionnaire sont devenues trop difficiles pour lui, Lee Mines lui donne un hydravion. Un jeune aviateur de 20 ans offre de partager sa vie au service du Père Couture et de ces missions. Une cérémonie est organisée à Hearst pour bénir l’appareil. Caouette furieux s’y rend. 
   
Au début de la cérémonie, il met le monde en garde contre ce don diabolique et exhorte les dirigeants religieux de le refuser pour ne pas créer de conflit entre eux et lui. 
    
Des amis l’entraînent à l’écart pendant qu’il vocifère : « C’est le diable! C’est la tentation du diable! Ne comprenez-vous pas? »


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Caouette est assailli par un groupe de fier-à-bras, dirigé par l’employé qu’il avait congédié. Il est hospitalisé trois semaines. Il confie à son épouse qu’il y voit l’œuvre de Lee Mines.

Tous ces gros trusts anglais sont une mafia raciste anti francophone et autochtone. Une bande d’exploiteurs.  

La grande mafia, explique-t-il, englobe le système judiciaire et la pègre. La grande mafia, ce n’est pas la petite pègre, mais des hommes d’affaires d’influence qui sont avides de pouvoir et d’argent. La discussion se termine dans la prière.

Deux hommes de Lee Mines arrivent à l’hôpital. Ils tentent de persuader Caouette d’abandonner le projet et de leur vendre ses parts,

Caouette refuse à nouveau et demeure majoritaire dans la Thérèsa.

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Pendant ce temps, à la mine, tous les Indiens, sauf un, ont déserté le travail ou ont été congédiés.

Le Père Couture vient pour rassurer son ami, mais il lui reproche l’absence des Indiens, rappelant que l’entreprise avait été fondée à la demande de l’évêque, frère de son épouse, pour leur venir en aide. 

Caouette tente de lui faire comprendre qu’on ne peut pas se fier à eux, car ils se présentent seulement quand ça leur dit alors que le travail ne peut pas attendre.

Selon Caouette, on ne peut pas faire des sédentaires avec des nomades.   Ce beau rêve est contre nature, contre la nature même de ceux qu’ils veulent aider. 

Caouette souligne que les travailleurs à la mine ne sacrent pas. Ce sont tous avec lui et son épouse des catholiques convaincus et pratiquants comme on l’avait aussi souhaité.

Caouette avise le Père Couture qu’il envisage de devoir cesser les opérations parce que la souscription est trop ardue.

Le Père Couture prétend que ça ne peut pas se faire, qu’il ne faut pas abandonner les Indiens. 

Caouette est sur le point de se laisser convaincre quand Mme Caouette intervient. 

L’autre jour, j’ai surpris un groupe de jeunes Indiens se baignant nus. Ils ont ri de moi plutôt que de se couvrir, nous ne pourrons jamais en faire de vrais catholiques puisque le péché de la chair ne semble pas exister pour eux. 

Elle tranche vite. Il faut se faire une idée, dit-elle, c’est un rêve impossible. On n’en fera jamais de bons chrétiens.

Le Père Couture fond en larmes, en gémissant : « Dieu ne peut pas les abandonner. Ce serait toute ma vie qui n’aurait pas de sens»

 
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Caouette manque de liquidité et est contraint d’abandonner la partie. La mine ferme une première fois.

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Un actionnaire et employé de Caouette, fâché de la tournure des événements, décident de poursuivre Caouette à la Société immobilière de l’Ontario puisqu’il était travailleur et actionnaire dans la Thérèsa. 

Il ne voulait pas perdre son salaire qui n’entrait plus depuis six mois. La Cour lui donne raison. Caouette devra lui remettre l’argent investi, le salaire en retard et la Commission interdit à Caouette de vendre des parts minières dans l’avenir.

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Caouette est ruiné. C’est la déprime. Deux hommes seulement, dont un nommé Gosselin, venu de Sherbrooke, décident de rester avec lui.  

Ils essaient de survivre en vendant l’or qu’ils auront extrait à la pioche.

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M. et Mme Caouette rencontrent d’abord Mgr Lambert qui leur explique que la structure légale en Ontario fait en sorte que les paroisses constituent des municipalités. Ainsi, plus il y aura de paroisses catholiques et francophones, plus le pouvoir sera entre les mains de francophones.

Cependant, selon lui, pour créer de nouvelles paroisses, il faut avoir de l’argent liquide pour entreprendre la construction d’églises et de presbytères. 

Aussi, a-t-il pensé qu’en remettant sur pied la mine Ste-Thérèse, celle-ci, grâce à l’argent reçu des actionnaires, pourrait fournir cette liquidité nécessaire et urgente que l’Église se hâterait de rembourser.
     
C’est juste une petite opération de vases communicants afin de structurer le Nord-Ontario de façon à ce que les francophones catholiques soient majoritaires ou, du moins, bien implantés. 

Un prolongement de la colonisation en Abitibi. La sédentarité est essentielle pour définir la possession d’un territoire.
    
Le Père Couture intervient à nouveau pour qu’on donne une dernière chance aux Indiens de s’intégrer au travail. « Des chèques de bien-être, c’est la mort de l’individu. »  Il plaide leur cause.

Caouette a des réticences. Les riches ne veulent pas devenir actionnaires parce que l’or rapportera moins de profits sans la guerre.   

De plus, il est contre les cartels et toute la mafia économique des trusts. 

La mine doit être une garantie pour les petits de pouvoir un jour devenir riches.

Caouette réaffirme sa conviction que la Thérèsa est une mine super riche. Il prétend que Lee Mines a faussé les cartes d’exploration pour le décourager et l’amener à vendre. 

Caouette ne demande pas mieux que de recommencer l’exploitation de la mine. Cependant, depuis le procès perdu et surtout parce qu’il refuse d’enregistrer la Thérèsa à la bourse, Caouette n’a pas le droit de vendre des actions. 
    
« Si la mine est enregistrée à la bourse, elle pourrait tomber sous le contrôle des Anglophones. »

Mgr Lambert préconise, dans ce cas, que les actions soient plutôt des prêts remboursables dès que la mine sera mise en production.

Le plan est accepté.

Mgr Lambert informe M. Caouette qu’il a même trouvé l’homme qu’il lui faut pour construire de petites maisons et ainsi permettre de peupler la Thérèsa non seulement de jeunes célibataires, comme les bûcherons, mais des familles pour ainsi créer une véritable communauté. 

La Thérèsa sera un village catholique et francophone, un exemple de vie pour tous les catholiques d’Amérique.

Mgr Lambert fait entrer les Brassard avec leurs huit enfants (sept gars, une fille). La conversation est très courte. 

Caouette propose que Brassard fournisse sur place le moulin à scie qu’il exploitera avec sa famille. 

Pour sa part, la mine achètera le bois nécessaire pour opérer le moulin à scie. Elle paiera le sciage en fournissant des parts à Brassard pour la valeur du bois scié. De plus, la mine fournira tout ce qui est nécessaire « au quotidien» pour la famille Brassard, soit un bond d’achats permanent au magasin de la mine, en attendant que celle-ci soit en production.

Marché conclu. Brassard dit : « Nous commençons immédiatement à déménager et nous y installerons le plus vite possible. »

Mgr Charbonneau fait son entrée. Il félicite Caouette pour le support qu’il a décidé d’apporter au clergé. La rencontre est brève et chaleureuse puisque la sœur de l’évêque, épouse de Caouette, se joint au groupe.
    
Caouette annonce qu’il se rendra dans la Beauce avec Mgr Lambert et le Père Couture afin de recruter les mineurs et les premiers investisseurs. Les mineurs recevront le salaire minimum de l’Ontario, plus une « action » par jour. Ainsi, dit Caouette, ils pourront dire que la mine leur appartient.

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M. Caouette quitte l’endroit où s’est installé Brassard et sa petite famille, à l’est de la rivière Suicide. Les travaux avancent rapidement pour l’aménagement du moulin à scie.

                            Brassard

Nous aurons déjà, à votre retour, tout le bois nécessaire pour construire les premières maisons.

                            Caouette


N’oubliez pas de commencer par livrer ce dont on aura besoin pour construire trois maisons sur la colline, là, vous voyez. Ce seront ma maison et celles de ma fille Thérèse et de mon garçon Marcel. Le village sera en bas, ici, près de votre moulin.

C’est le départ pour le Québec.

Mgr Lambert et le Père Couture ont pris place à l’avant de l’auto alors que M. et Mme Caouette sont à l’arrière. Ils arrivent dans la Beauce où ils sont reçus par le curé de la paroisse.

Le curé leur explique qu’il a déjà discuté avec le marchand de la place. Ce dernier semble souhaiter investir, mais non à déménager. Il doit amener des amis à qui il en a déjà parlé ainsi que des jeunes qui seraient intéressés à se rendre à la mine.

Le soir, une petite foule d’une vingtaine de personnes est assemblée au sous bassement de l’église paroissiale. Les représentants de la mine font leur entrée sous les applaudissements.  

Mme Caouette rougit et se penche vers son mari. Elle dit en s’y appuyant : « J’ai les jambes toutes molles ! ».  Elle s’assoit rapidement pour ne pas tomber.

Le Père Couture explique aux Beaucerons qu’il faut sauver les pauvres Indiens de la ruine et de la déchéance, car les Blancs pillent leur territoire de chasse. La mine sera pour eux un moyen de survie.

Mgr Lambert est plus politique, il insiste sur la nécessité de peupler le Nord-Ontario de catholiques. « Le sud de l’Ontario est fortement peuplé. Qu’une ville s’appelle Toronto ou Montréal, c’est la même chose : un repère où les démons de la concupiscence règnent en maîtres. Avec la Thérèsa, ce seront les bonnes œuvres que nous mettrons dans la balance, capable de nous faire oublier que Satan est parmi nous. La pointe de la flèche du Bien dans le royaume du Mal, dans le protestantisme avec ses « Rednecks » et un gouvernement qui interdit aux francophones de l’Ontario d’avoir leurs écoles françaises et catholiques».

M. Caouette explique qu’une maison sera construite gratuitement pour chaque famille. Les célibataires, par contre, vivront dans un dortoir commun. 

« La Thérèsa a besoin de tous les bras. À la mine, aucune boisson et aucun sacre ne seront tolérés. Ceux qui manqueront à cette règle seront expulsés». Caouette garde sous silence que cette règle est fixée pour obéir aux exigences des Lacordaire qui investissent un gros montant dans la mine.

Il fait miroiter la possibilité de devenir riche rapidement et discute avec ceux qui ne sont pas encore convaincus de vendre leur ferme pour se rendre dans une mine faire un métier qu’ils ne connaissent pas. Un couple de jeunes qui ont déjà deux petites filles hésitent. Caouette leur affirme que ce voyage, c’est comme l’appel des missions :

« Il ne faut pas décevoir Dieu, sinon on risque de le payer pour le reste de sa vie.»

Puis, un homme plus âgé explique à Caouette qu’il ne peut pas vendre pour partir à son âge.   Caouette, voyant qu’il n’y a rien à faire, insiste pour qu’il envoie ses trois fils.

                                            Le cultivateur

Mais le plus jeune n’a que 14 ans.

                                            Alphonse Caouette

«Travailler pour Dieu les mûrira», tranche Caouette.

Le vieux est secoué, mais ravi que ses fils aient un si bel avenir.

À la fin de la soirée, le curé de la paroisse attire Caouette dans son bureau, sous prétexte qu’il a une surprise pour lui.

À son entrée, le curé lui présente un jeune ingénieur qui vient tout juste de sortir de l’université Laval. Celui-ci sollicite immédiatement l’emploi.

                                         Cloutier
M. le curé m’a tout expliqué. Votre projet est exaltant.

Caouette prend connaissance de ses résultats scolaires.

                                        Caouette

Fort impressionnant ! Quand êtes-vous prêt ?

                                         Cloutier

Demain matin, si vous voulez. ! 

Caouette sourit.   

                                      Caouette

Dans trois jours, j’ai d’autres gens à rencontrer avant de partir. Une mine, ça ne fonctionne pas à l’eau. D’ailleurs, à bien y penser, à trois derrière l’auto, nous serions à l’étroit. 

Il serait préférable que vous montiez en train. Vous n’avez pas d’objection? Vous êtes mariés? Des enfants?

                                     Cloutier

Oui. Mon épouse est infirmière et j’ai une petite fille.

                                     Caouette

À la bonheur! En train, vous pourrez monter toute votre famille.

                                     Cloutier

C’est ce que j’ai pensé. — on se revoit à Longlac!


Et, quelques jours plus tard, la Thérèsa avait son premier ingénieur minier.

Les premiers jours, le nouvel arrivant visite le terrain ainsi que les tunnels déjà creusés. Impressionné, il confie qu’il n’a jamais vu autant d’or en surface. C’est même mieux qu’à Val-d’Or.

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La Thérèsa 5

janvier 22, 2021

Théâtre 20

Thérèsa 5

                                           Traitement

Alphonse Caouette a 20 ans. C’est un prospecteur qui aime prendre un coup et se battre d’où son surnom de « Lion du Nord ».
      
Un soir, dans une taverne, il se porte à la défense d’un Indien et blesse grièvement l’un des assaillants. Il est arrêté et condamné à trois mois de prison. 

Partageant une cellule avec un autochtone, il a pu constater que les Indiens et les Francophones sont très mal traités en prison en Ontario. Révolté, il se promet qu’il aidera ces deux minorités à se faire respecter.

Caouette, effectuant son travail de prospecteur, arrive sur le bord d’une rivière où deux Indiens maîtrisent de force un missionnaire qu’ils menacent de tuer parce que ce dernier a baptisé la fille aînée du chef de la tribu, sans sa permission, voire son interdiction.

Caouette intervient et reconnaît ce chef. C’est l’Indien qu’il a secouru dans la taverne. Puisque le prêtre est son ami, le chef, en reconnaissance pour lui avoir sauvé la vie, le laisse partir avec le missionnaire.

Caouette en profite pour faire comprendre au prêtre que la charité exige le respect des traditions de ceux qui ne partagent pas le même point de vue.

Entre-temps, la maison des Caouette devient un refuse pour les missionnaires et les Indiens qui, l’hiver, sont pris dans la tempête.

Il ne refuse personne et n’hésite pas de vider ses réserves de nourriture pour leur venir en aide. Caouette aime leur culture. Il est déjà un héros chez les Cris. On lui remet d’ailleurs une plume d’aigle, le signe de l’amitié le plus élevé chez les Cris, lors d’une soirée de danses indiennes, devant sa cabane en bois rond.

 
                ———————————————
Il rencontre par hasard, à la sortie de l’église, une femme qui le fascine. Puisqu’elle va à la messe tous les jours, Caouette décide d’en faire autant pour la revoir. Il est littéralement hypnotisé.

Plus tard, il se décide de la demander en mariage. Elle refuse à cause de sa réputation de bagarreur

On le revoit à la taverne durant une bagarre générale. Caouette prend tranquillement sa bière. Il rencontre toujours sa bien-aimée à l’église, même s’il ne lui parle que très peu.

Un petit peu plus tard, il se risque à nouveau à la demander en mariage, mais elle refuse toujours, cette fois, sous prétexte qu’il consomme de l’alcool. 

Ses amis ont beau, ensuite, le supplier, rien à faire. Caouette refuse toujours de se rendre à la taverne. Il interdit même dorénavant toute boisson dans sa maison. Il lit sans arrêter sur la prospection et les mines.

Finalement, il décide de redemander la main à sa belle qui cette fois accepte, à la condition qu’il se trouve un bon emploi. Il s’engage au CN comme contremaître.

Caouette est un bon époux. Il aide sa femme à élever les enfants. On le voit faisant la vaisselle, donnant un bain dans une cuve aux deux enfants (un gars de 10 ans et une fille de huit ans) et finalement, dire le chapelet.

Dans la maison, c’est la femme qui donne les ordres.

                ————————————————————- 
      
Le Père Couture se rend au village indien en compagnie de Marcel, le fils aîné de Caouette, maintenant âgé de 16 ans, puisqu’on l’a prévenu de l’agonie du chef. Ce dernier avant de mourir confie une carte au Père Couture, marquant l’emplacement de trois importants gisements d’or dans la région. Informé, Caouette se rend sur les lieux et constate l’existence de larges veines d’or de surface, aux emplacements indiqués par le chef.

Le Père Couture essaie de persuader Caouette de la possibilité d’exploiter ces trésors afin de fournir aux Indiens une alternative future puisque leurs terrains de chasse sont de plus en plus détruits par les coupes forestières. 

Mme Caouette a le dernier mot : « Puisque c’est la Volonté de Dieu », Alphonse doit s’exécuter. Caouette laisse son emploi au CN.

Caouette (claim) marque les droits d’exploration sur ces terrains en compagnie de Marcel et un ami de ce dernier.

Ils partent ensuite pour la ville afin d’enregistrer la découverte et chercher des moyens financiers pour l’exploiter même s’il est sans ressource financière.

Un de ses ex-patrons, qu’il rencontre dans un restaurant, lui suggère de transiger avec Lee Mines qui exploite déjà avec succès une grosse mine d’or à Timmins.

La séance de négociation avec Lee Mines est très serrée. Lee Mines a trois ans pour ouvrir une ou des galeries souterraines et aménager un petit moulin d’extraction, sinon le territoire et le résultat de tout ce qui aura été entrepris deviendra propriété de Caouette.

Lee Mines entreprend l’exploitation (une galerie, un moulin aménagé du côté sud-ouest de la rivière Suicide), mais deux ans plus tard, il décide d’abandonner les travaux sous prétexte que le gisement n’est pas assez riche. Caouette n’y croit pas. Il prétend que Lee Mines a trafiqué les données.

Comment opérer la mine? 

Caouette persuade d’abord des hommes d’affaires de Hearst d’investir. Il a de la difficulté parce que plusieurs prétendent que si Lee Mines a abandonné, c’est ce qu’il n’y a rien de mieux à faire.

Un ami francophone met Caouette et le Père Couture en contact avec un groupe d’hommes d’affaires du Lac St-Jean. Ceux-ci se regroupent en syndicat minier et investissent dans la mine. On décide que cette mine s’appellera La Thérèsa en hommage à Ste-Thérèse-de-Lisieux et aussi parce la fille de Caouette s’appelle Thérèse, ce qui permettra de dissimuler les intentions trop religieuses au goût des autorités ontariennes.

Caouette entreprend les travaux avec une dizaine d’hommes. De plus, il décide d’aller en faire la promotion au Québec. Il rencontre des individus lors de réunions de cuisines ainsi que des hommes politiques de l’Union nationale qui investissent personnellement.

Caouette met même sur pied, voyant le succès de ses entrevues au Soleil de Québec, une petite revue qui servira de liens avec eux sans à avoir toujours à se déplacer

Les actionnaires organisent une expédition pour la coulée de la première brique d’or.

Tous les travailleurs sont célibataires. Un ou deux volent facilement de l’or. L’un d’eux se fait pincer et il est chassé du site. Il se promet de se venger de Caouette.

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Thérèsa 4

janvier 21, 2021

Théâtre 19

Thérèsa 4

La Thérèsa. Le film.

                     INCIPIT

1-

On entend frapper à la porte. Maggie ouvre, une tasse de café à la main. Elle a juste le temps de se tasser pour laisser passer Ti-Jean.

                                   Maggie

Mon Dieu! T’es bien excité. Qu’est-ce qui t’arrive ?

Ti-Jean danse sur place. Il est fou comme un balai.

                                      Ti-Jean

J’ai été accepté! Accepté!

                                      Maggie

Accepté où ?

                                      Ti-Jean

Au Conseil des Arts… J’ai une bourse pour enquêter sur la Thérèsa Gold Mines. Tu sais la mine en Ontario dans laquelle mes parents ont investi dans les années 1950.

                                      Maggie

Faut fêter ça. Comment vas-tu t’y rendre?

                                      Ti-Jean

Sur le pouce. Même avec une subvention, je dois faire attention à mes dépenses. J’ai même trouvé un vieil enregistrement d’un bulletin de nouvelles de Radio-Canada sur la mort du président de la mine, M. Alphonse Caouette.


                                      Maggie
      
Amène ça tout de suite, qu’on écoute ça au plus vite.
                                     
                            La télévision

M. Alphonse Caouette s’est éteint, hier, à la suite d’un cancer. M. Caouette, on le sait, a été le président fondateur d’une petite mine d’or, à Longlac, dans le Nord-Ontario, au début des années 1950.

Même si la Thérèsa Gold Mines a été abandonnée après une faillite, il y a quelques années à peine, cette petite mine d’or a permis que le Nord-Ontario devienne, grâce aux structures politico sociales mises en place par le clergé, le plus grand foyer francophone hors Québec.  

M. Caouette avait aussi fait sa marque par son attachement aux autochtones de cette région, ce qui explique une aussi grande présence de ceux-ci à ses funérailles.

Ce personnage légendaire est né à St-Ignace, au Québec. Avant d’être président de la Thérèsa, M. Caouette était contremaître à la compagnie de chemin de fer Canadien National, en Ontario.

Avec la mine, il voulait en collaboration avec les plus hautes autorités religieuses de la région, créer un endroit réservé exclusivement à des mineurs catholiques et français afin de prouver aux Canadiens anglais que les Canadiens français ne sont pas des saoulons et des sacreurs. Quant au clergé, il rêvait de la reconquête du Canada par les francophones

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2-

On revoit Ti-Jean dans une automobile avec un vieux monsieur. 

                                    Conducteur
      
Qu’est-ce que tu fais par ici? Des pouceux n’y en a pas des tonnes dans le coin. Trop dangereux de se faire manger par les mouches…
 
                                   Ti-Jean

Je viens faire une recherche sur une vieille mine du Nord-Ontario : la Thérèsa Gold Mines.

                                     Conducteur

Je ne connais pas. Pourtant, je connais l’histoire de mon coin. Savais-tu qu’autrefois, vers les années 1940-50, les Canadiens-français avaient un grand projet de création d’un nouveau pays? On voulait l’appeler l’AURORA. Il aurait inclus le Nord-Ontario jusqu’aux Basses-Laurentides. C’était un projet de l’Ordre de Jacques-Cartier, la Patente.   Ça te sonne une cloche? L’Aurora était une autre version de la Laurentienne du curé Labelle.

Le plus drôle, on voulait exclure Montréal. Une ville, c’est le vice, les étrangers, l’infâme.
             
                               Ti-Jean
     
Ne connais pas.

                                   Conducteur

Dommage. Ça aurait été un bon sujet. Qu’est-ce que tu vas faire avec l’histoire d’une mine qui n’a même pas réussi? Pour intéresser les gens, il faut du sang et du cul.

                                    Ti-Jean

J’aurai qu’à trouver moyen d’en inventer.

                        —————————————–

3-

Ti-Jean arrive à Longlac. Même s’il est 20 h 30, il ne fait pas encore noir. Il se rend seul au restaurant francophone de la place. Des vieux sont assis dans un coin, dégustant une bière, alors qu’un groupe d’Indiens sont installés dans l’autre coin.

                         Serveur

Boire ou manger? Je ne t’ai jamais vu dans le coin.

                                     Ti-Jean

Je viens de Montréal. J’enquête sur l’histoire d’une vieille mine : la Thérèsa.

                                        Serveur

Je ne la connais pas.

Ti-Jean prend son café. Son sac à dos est sur une chaise et sa caméra sur la table. Un jeune Indien arrive. 

                                         Jeune Indien

Tu vas à la chasse? Chanceux! J’aime ça partir dans le bois, surtout que cette année, il n’y a presque pas de mouches pour te dévorer les oreilles.

C’t’as-toi, la caméra? Prends ma photo.

Ti-Jean accepte. Il prend ses affaires et sort pour prendre la photo.

                                  Ti-Jean

J’enquête sur l’histoire d’une vieille mine. Je sais qu’il y avait des Indiens, car dans les films que l’on nous montrait, il y avait toujours des Indiens. Mais tu ne peux pas le savoir, t’es trop jeune.

                                 Jeune Indien

Mon grand-père la connaît sûrement. Il était le chef de notre tribu à cette époque. Si tu veux, je t’y amènerai demain. Où restes-tu? Je vais dormir chez toi.

                                  Ti-Jean

Il faut le demander à tes parents.

                                  Jeune Indien

Impossible. Ils sont partis à la pêche. Y a des tonnes de dorées dans les lacs ici.
            
                 __________________________

4-
            

Ti-Jean et le jeune Indien regardent la télévision dans une chambre. Le jeune Indien se prend une bière dans le frigidaire de la chambre.

                                      Ti-Jean

Qu’est-ce que tu fais là? T’es bien trop jeune pour boire.

(Fastfoward)

Le jeune Indien fait comme si Ti-Jean n’existait pas. Il consume quatre bières durant le film. Tout à coup, il se lève, se déshabille flambant nu et se jette ainsi sur le dos dans le seul lit de la chambre. Ti -Jean le regarde. Ferme la TV. Il se couche tout habillé près de lui. Le lendemain matin, Ti-Jean est réveillé par le bruit de la douche. Le jeune Indien reprend ses vêtements comme si de rien n’était.

                         Ti-Jean

C’est dans vos mœurs de coucher nu?

                         Jeune Indien

Non, mais c’est plus confortable.

                         Ti-Jean

T’as pas honte?

                           Jeune Indien

Honte de quoi? Pourquoi? Personne ne vient au monde habillé. Et, t’es un gars à ce que je sache.

                              Ti- Jean

Mal, c’est mal !

                             Jeune Indien

Quel con t’a fait croire une telle imbécilité? Les péchés ont été inventés par vos religions pour vous contrôler. Les religions vous lavent le cerveau. Elles vous font croire ce qu’elles veulent bien parce que vous chiez dans vos culottes à la pensée de mourir un jour et d’aller en enfer.
  
T’es bien comme les autres blancs. Un hypocrite. Vous tuez sans remords tous ceux qui sont différents de vous sur la planète, mais vous vous culpabilisez dès que vous voyez un sein ou une queue en liberté… Bande de malades!

                            Ti-Jean

T’as sûrement raison… Péché pas péché, t’es sublimement beau à regarder.

Ti-Jean et le jeune Indien partent pour la réserve afin de rencontrer son grand-père. Un des premiers témoignages sur une centaine qui expliquera vraiment ce qui s’est passé.

                                           Traitement

La Thérèsa 3

janvier 20, 2021

Simoneau. Théâtre 18

Thérèsa 3

La Thérèsa (synopsis)

Un film est une histoire romancée. 

 Ti-Jean, un ex-journaliste de Sherbrooke, entreprend de reconstituer l’histoire de la Thérèsa. Ses recherches lui permettent de voir se dérouler les événements.
 
 Son contact avec les Amérindiens remet en cause sa culture, voire la civilisation, principalement en ce qui a trait à la sexualité. Il peut ainsi mieux comprendre le processus du colonialisme entre un peuple que l’on a écrasé et un peuple qui veut naître. L’indépendance du Québec sera impossible tant qu’on aura peur.

 Alphonse Caouette, le Lion du Nord, est un jeune prospecteur, buveur et bagarreur, qui est emprisonné pour avoir défendu trop efficacement un Amérindien attaqué dans un bar.

 Caouette laisse tous ses petits vices pour sa Delvia et s’engage au CN.
 
Quelques années plus tard, lui, son ami le Père Couture, un jésuite, et son fils, Marcel, apprennent de cet Amérindien l’existence de trois sites aurifères d’importance.  

 À la demande de son ami, le Père Couture, Alphonse abandonne son travail et entreprend l’exploitation de ces gisements potentiels. Il tente d’abord, n’ayant pas l’argent pour le faire, de s’associer à Lee Mines, une grosse entreprise anglophone pour réaliser son projet.   Lee Mines a trois ans pour réaliser cette entreprise ou tout remettre à Caouette. 

Lee Mines ne réussit pas et Caouette croit avoir été berné par ce gros trust. Il se tourne vers des investisseurs du Lac St-Jean pour continuer l’exploitation d’un gisement qu’on appellera dorénavant la Thérèsa, en l’honneur de Ste-Thérèse-de-l’Enfant-Jésus.

 Même si on coule une première brique, la guerre vient déjouer tous les plans d’Alphonse Caouette. Son fils part pour la guerre et la mine doit cesser d’opérer. Caouette et quelques amis survivent en arrachant de l’or au pic et à la pelle.

 Caouette est accusé d’avoir menti aux actionnaires et condamné de ne plus pouvoir émettre d’actions.

 En 1949, au nord de l’Ontario, le clergé est pressé de créer des structures civiles qui correspondent à celles des paroisses afin de poursuivre leur œuvre de colonisation. 

 À cette fin, Caouette accepte de reprendre l’exploitation de la mine. Il se rend dans la Beauce recruter les mineurs alors que les actionnaires (ou plutôt les prêteurs) viennent surtout de l’Estrie, de Drummondville et de St-Hyacinthe. Surprise pour Caouette !  Un jeune ingénieur, M. Fernand Cloutier, offre ses services… vite acceptés. 
 
 Caouette et le clergé veulent créer un village strictement francophone, et surtout, catholique.

 Grâce au moulin à scie des Brassard, les maisons sont vite construites. Le village prend forme à une vitesse phénoménale. Caouette décide cependant de renvoyer un ancien, sous prétexte qu’il sacre, afin de donner l’exemple.

 À son retour d’une tournée du Québec, où il va amasser des fonds, Caouette décide que l’on construise une salle communautaire pour échapper aux mouches noires. Il place aussi une statue de Ste-Thérèse en plein centre du village. À l’occasion de la bénédiction de la statue, la Thérèsa reçoit son premier aumônier, l’abbé Corriveau (puisque la paroisse est considérée comme une mission) ainsi que sa première institutrice, Mlle Charbonneau.

 Le village de la Thérèsa, c’est le paradis, même si on y travaille avec acharnement. Selon les règles, la mine est aussi la propriété des mineurs. Les mineurs sont presque tous des jeunes dans la vingtaine, mais de plus en plus de familles s’y installent avec de nombreux enfants. Ils doivent emprunter la rivière pour se rendre à la mine à partir de Longlac, ce qui ne se fait pas toujours sans incident.

Sur le site de la Thérèsa, tout est basé sur l’amitié et chacun veille à ce qu’il n’y ait pas de conflit.  Malgré l’interdit de Caouette, la boisson fait parfois partie des vagues. Des jeunes profitent de leur visite à Geraldton et à leur retour en chaloupe pour se baigner nus. Une femme les aperçoit.   C’est le scandale et Caouette en profite pour marquer son autorité.

 Les relations avec les anglophones de l’extérieur sont très tendues et les mineurs doivent parfois se servir de la force pour se faire respecter. D’ailleurs, l’ingénieur Cloutier le fait bien comprendre à un garagiste qui tente de l’exploiter.

 La prospérité de la Thérèsa est telle que Caouette décide de construire un nouveau presbytère au Père Couture, mais ce dernier meurt peu après. 

 Si la mort du Père Couture est un coup dur pour les Caouette, une entrée de fonds substantielle offre un nouveau souffle à la Thérèsa.

 Caouette a tellement peur de la boisson qu’il accuse malencontreusement Fortin d’en faire la vente alors qu’il a tout simplement fait venir toutes sortes de produits pour les vendre avant Noël. La fête est célébrée en grandes pompes, permettant à Caouette de jouer au Père Noël. Il donne des cigarettes aux mineurs et des jouets à leurs enfants. 

 La découverte d’une veine très riche est aussi un vrai cadeau du ciel. Même s’il s’y trouve beaucoup de pérîtes de fer, Caouette décide qu’on ne la touchera pas et qu’on gardera la découverte secrète afin de la montrer aux actionnaires et les épater.

 À l’occasion de la première assemblée des actionnaires, un groupe de bénévoles mettent sur pied les Clubs Thérèsiens afin de multiplier les adhésions et les investissements. D’autre part, les mineurs créent une coop pour installer un système d’aqueduc et d’égouts.

Le succès de la Thérèsa est tel que Caouette doit engager une deuxième institutrice, beaucoup plus jeune et plus belle, entichée de son cousin, pour enseigner aux adolescents. 

Même les jeunes se sont créé une vie sociale et sportive qui comprend sa part d’initiation quoique le visionnement des films de cowboys demeure ce qu’il y a de plus populaire. Pour, les jeunes, c’est aussi le temps de la confirmation, de l’extraction des dents et de la visite de l’inspecteur fanatiquement anglophone de leurs classes.

La liberté des prêtres catholiques de l’Ontario, dans leur interprétation des règles de la Sainte Église, ne cesse d’étonner les mineurs, pour ne pas dire les scandaliser. Les mineurs font aussi le rapport direct entre l’arrivée de Mgr Lambert et celle de la paye.

Scandale! Le mineur qui fournit les autres en boisson est porté disparu. Quand il est retrouvé, les plus bigotes de la communauté féminine voient à ce qu’il soit expulsé. 

La vie a beau être paradisiaque, la GRC qui n’aime pas les francophones en territoire ontarien met le feu à la boutique de forge. La contestation des mineurs tourne à l’émeute, mais l’abbé Corriveau parvient à calmer les esprits. D’ailleurs, la GRC se sert d’un accident survenu chez les jeunes alors qu’ils jouaient au cowboy avec un vrai fusil pour inculper et faire emprisonner un des mineurs, ce qui n’a rien pour détendre l’atmosphère.

Un deuxième drame se produit : la plus jeune institutrice se suicide parce qu’elle est enceinte et qu’elle craint d’affronter l’esprit borné de certaines femmes de la communauté minière. 

Le Dr Noël, un libéral, décide de se présenter à la direction de la Thérèsa afin de connaître le véritable bilan financier de la Thérèsa. Il veut connaître les vrais chiffres avant que son oncle et l’archevêché de Boston investissent. 
 
L’été est marqué par une grande épluchette de blé d’Inde, à Katevale, en Estrie, fournissant ainsi la chance au Club Thérèsien de faire la preuve de son efficacité. Plus de 500 convives participent à l’événement, marqué par la prière et la fraternité.

Par contre, à la Thérèsa, la mort d’un mineur, accentue la peur des femmes quant à leur isolement : Caouette est forcé d’aménager une route qui se rend de Longlac à la mine.

Cela arrive à point puisqu’à l’automne, on recoule une première brique d’or, les invités ne sachant pas qu’il y a déjà eu la même cérémonie quelques années auparavant avec d’autres actionnaires du Lac St-Jean. 

L’abbé Gadbois, de la Bonne Chanson, tente de faire accepter que les argents soient d’abord investis dans son entreprise avant d’être versés à la Thérèsa. Les membres se déchirent face à cette nouvelle proposition, plusieurs y voyant une entreprise d’affaires avant d’être une entreprise religieuse.

En réalité, tout ne va pas pour le mieux. La piètre performance de la mine fait regimber certains mineurs qui commencent à flairer une vaste combine religieuse, sinon une vaste fraude, mais l’abbé Corriveau parvient encore une fois à faire taire les mécontents afin de ne pas alarmer ceux qui ont la foi : les actionnaires.

Pour améliorer le rendement de la mine, trois mineurs spécialisés sont engagés à Timmins. Leur manie de se parler en anglais révolte les mineurs beaucerons déjà installés. La chicane s’installe peu à peu. On prétend même à un complot communiste parce qu’un jeune mineur a voulu faire une farce aux élections et a voté pour le parti communiste, surtout par ignorance et pour jouer un tour à ses compagnons. Un geste qui a créé bien des vagues.  

L’insatisfaction prend de l’ampleur et s’étend même jusqu’au Québec où l’on multiplie pourtant les grands rassemblements des actionnaires pour préserver la foi. 

À Drummondville, des femmes portent une statue de la Vierge en procession afin de chasser les démons qui veulent que Caouette rembourse immédiatement les prêts puisqu’il a fait construire l’usine de transformation. Dans les contrats de prêts, il est spécifié que la mine respectera la valeur investie, dès qu’elle sera en production.
     
Caouette pense que son principal ingénieur le vole. Il engage deux autres ingénieurs et un soir, il menace Cloutier de son marteau, en visitant la mine avec lui : « Où est caché mon or? »  Cloutier affolé se sauve durant la nuit, accentuant les rumeurs voulant que Lee Mines travaille hypocritement à reprendre en main l’entreprise.

À l’assemblée des actionnaires, le fils Caouette, Marcel, est démis de ses fonctions de gérant et remplacé par un mineur du bord du Dr Noël, pendant que des Amérindiens, en présence de la police, réclament aussi leur dû puisque depuis le début, la mine doit verser un pourcentage des profits aux Amérindiens.

Suite à cette réunion houleuse, plus de la moitié des mineurs quittent la Thérèsa. 

Comme si tous les malheurs s’étaient donné rendez-vous, la cathédrale de Hearst prend feu. On s’aperçoit alors que les argents amassés pour la construction d’une nouvelle basilique Ste-Thérèse à Hearst ont mystérieusement fondu au soleil. On se demande si ces argents n’ont pas été versés à la Thérèsa.

L’archevêque de Boston obtient de Rome la tenue d’une enquête dont les résultats seront gardés secrets pendant 100 ans. Mais, aussitôt l’enquête terminée, l’évêque et son prélat domestique sont chassés du diocèse, en pleine nuit, comme des bandits. Plus tard, Mgr Charbonneau sera, quant à lui, déporté sur l’île de Vancouver. 
 
Caouette est ruiné. Il travaille à une station de pompage avant de conduire un autobus scolaire. Sa fille Thérèse ouvre un salon de coiffure alors que son fils Marcel se recycle dans l’assurance. Il achète une grosse maison, ce qui fera penser à certains anciens mineurs que c’est là qu’est passé l’argent de la Thérèsa.

Quelques années plus tard, Caouette s’éteint à la suite d’un cancer. 

Aujourd’hui, la mine est devenue propriété d’une firme de la Colombie britannique, après que plusieurs compagnies ontariennes aient envisagé d’essayer à leur tour de trouver l’or qui serait véritablement là en très grande quantité, mais pratiquement impossible à récupérer parce qu’elle serait trop profondément enfouie dans la terre.

Les Amérindiens quant à eux ont créé une tout autre légende sur la fin de la Thérèsa : des chasseurs auraient fait exploser de la dynamite dans la rivière, créant une fissure qui noya tous les tunnels de la mine.

Pour l’histoire véritable de la Thérèsa, sans le prisme de Jean Simoneau et ses obsessions sexuelles, il faut lire le livre qu’il a produit à la suite de ses recherches. Il faut aussi consulter le livre de M. Jean –Louis Fortin, Les enfants de la Thérèsa Gold Mines, il raconte l’histoire de cette mine à travers le regard d’un enfant des mineurs alors que celui de Simoneau est construit à partir des interrogations des actionnaires..

Tout le matériel  de Jean Simoneau est maintenant exposé et la propriété du ministère de la Culture, à Sherbrooke.

Inutile de dire que le film ne reflète pas l’histoire exacte de la Thérèsa. Aucune personne ne s’est suicidée et il n’y a jamais eu de violence dans l’histoire de la Thérèsa.

Thérèsa 2

janvier 19, 2021

Simoneau. Théâtre 17

La Thérèsa 2

La Thérèsa (Introduction)

 Cette enquête m’a permis d’amasser une masse extraordinaire de documents. J’ai réussi à interviewer presque tous les principaux acteurs de l’histoire. J’ai gardé plus de 65 documents (entrevues audio) et des centaines de photos. Tout ce matériel a ensuite été remis aux Archives nationales du Québec, à Sherbrooke. Plusieurs de ces figures sont décédées depuis (Mme Caouette, sa fille, Thérèse, Laval Pagé, Mme Émile Simoneau)

Par la suite, j’ai écrit un volumineux rapport de plus de 500 pages La Thérèsa ainsi qu’un roman Le jeune espion.   Ce dernier est né à partir d’un événement récolté dans la petite histoire de la mine : un actionnaire qui doutait des propos de Caouette décida d’envoyer son fils, alors dans la vingtaine, séminariste, à la mine afin d’espionner.

 Le jeune espion est un récit strictement fictif.C’est surtout l’histoire d’un jeune gai, qui découvre et assume graduellement et naïvement sa sexualité. Il se marie avec le prêtre duquel il est tombé amoureux dans cette aventure.  

 La Thérèsa est devenue dans ce roman la Maria. La minen’est que la toile de fond du cheminement intérieur de Jean-François, face à sa sexualité.

 Je me suis aussi servi de la Thérèsa pour réaliser ma thèse de maîtrise en français à l’université de Sherbrooke. Ces travaux me permettaient de réaliser les buts fixés au début de l’entreprise, soit de reconstituer le plus fidèlement possible l’histoire de la Thérèsa.   Les éditeurs qui s’étaient montrés intéressés par le projet n’existaient plus quand j’ai terminé mon travail. Aussi quand vint le temps de publier tout ça, personne ne voulut, considérant le livre comme trop volumineux. Je ne pouvais pas me lancer dans une nouvelle rédaction sans obtenir de l’aide. J’avais adopté deux garçons et je devais m’occuper d’eux en priorité.
     
 Ainsi, le rapport global et le roman ne sont que le fruit de mon obstination à réaliser ce que j’ai projeté en 1980.

 J’avais aussi réalisé cette enquête pour créer un jour un film à partir de la Thérèsa.Ça explique que je me suis, dans les entrevues, arrêté à de petits détails qui pourraient s’avérer intéressants dans un scénario.

 Même si la Thérèsa est en soi une belle histoire, un fait historique, la majorité des actionnaires n’ont jamais su comment cela s’est terminé.   Pour réussir un film, il fallait absolument y ajouter une part de fiction, soit la mort de l’institutrice, l’attaque de la GRC.    
      
 La Thérèsa, même si elle révèle l’état d’esprit qui existait à la fin du règne de Duplessis, n’est pas un événement politique en soi, encore moins une réussite économique.  Il faut lire aussi Les enfants de la Thérèsa Gold Mines, écritpar M. Jean-Louis Fortin.  Il explique le problème à partir du prix de l’or à cette époque. M. Fortin est un des enfants de la Thérèsa qui étant donné le plaisir de vivre cette aventure a absolument voulu nous laisser un portrait vécu de l’intérieur.

La vie communautaire était tellement riche, tellement remplie de leçons qu’elle pourrait encore servir d’exemple de solidarité pour la naissance du Québec. L’histoire de la Thérèsa mérite, ne serait-ce que pour ça, d’être connue.
 
Tout comme dans Le jeune espion, jene crois pas que le scénario doive être strictement basé sur l’histoire réelle de la Thérèsa, mais plutôt sur la diégèse de l’espoir que portait cette communauté, issue de la droite religieuse, ainsi que sur le danger que le corporatisme ou les institutions représentent pour des humains qui n’aspirent qu’à des jours meilleurs. Si les institutions sont détournées de leur but initial, elles servent à créer une bourgeoisie qui se fiche du peuple.

 La Thérèsa peut être une profonde réflexion sur la naissance de nos institutions et une façon de voir comment elles ont été détournées de leurs objectifs originaux au détriment d’une minorité privilégiée.

 En ce sens, il faut que la diégèse porte plus sur la communauté à travers différents personnages. 

 Caouette a le rôle principal puisqu’il est le porteur du rêve et aussi parce qu’il nous permet de comprendre comment le peuple peut céder une grande partie de ses rêves à un individu dans lequel il met sa confiance.

 Les institutrices (particulièrement la plus jeune) ainsi que les contestataires du rêve de Caouette, les prétendus communistes, servent à poser un oeil critique et réaliste sur l’entreprise. La communauté thérèsienne est le peuple québécois. Le Québec est encore en partie prisonnier des scrupules des Caouette.

 Si un jour le Québec devient indépendant, il ne doit pas être duplessiste, c’est-à-dire basé sur l’hypocrisie et le mensonge du colonialisme psychologique que constitue la répression sexuelle, fortement exploitée par toutes les religions. Cette réalité est vivante dans Mme Caouette qui mène tout, sans en avoir l’air.

La scène de l’incipit prend ici toute son importance, car les Amérindiens ont tout perdu, leur culture et même leurs valeurs morales (société matriarcale où le nu n’était pas encore condamné à l’enfer). Les Amérindiens furent tués par la boisson, le chômage. Même leur morale fut piétinée par les Blancs venus les sauver.

 Le Québec ne doit pas être trudeauiste, car ce crachat sur le peuple entretient
dans notre esprit que nous sommes des minables, incapables de réaliser de grandes choses sans l’appui du colonialisme canadien. Comme disait Franz Fanon : Le « nous commun » est notre seule et plus grande force…

 En ce sens, il est important de se souvenir de cette page de notre petite histoire afin de connaître nos origines et notre identité.

La démarche.

 Le film sur la Thérèsa doit être réalisé hors temps pour des raisons d’économie, mais aussi pour indiquer la possibilité que de telles sectes ou mouvements religieux puissent encore exister.

 Cette fiction devrait se contenter d’opposer les Thérèsiens aux Rednecks, afin de mieux faire ressortir la vraie faiblesse de cette communauté : sa fragilité et surtout son isolement. Le pire ennemi est intérieur : le doute autant des mineurs que des actionnaires.

 Tout peut se dérouler dans un décor qui existe aussi bien de nos jours (village minier, à Val-d’Or, par exemple).

 Il pourrait s’agir du scénario d’un film ainsi qu’une série de quatre épisodes d’une heure pour la télévision.

 En ayant une approche qui tiendra plus de la science-fiction que d’une aventure réelle passée, tout en se référant continuellement à la véritable histoire de la Thérèsa, il est possible de mieux faire ressortir le caractère universel de cette aventure.

 Qui ne rêve pas de l’Eldorado? Qui ne se demande pas la place de l’intervention du divin dans sa vie? Qui ne doute pas? Il ne s’agit pas de juger, mais d’observer avec un point de vue omniscient le développement et la chute de cette petite communauté.

 L’aventure de la Thérèsa permet de mettre les gens en garde contre le danger des grands gourous ainsi que de la possibilité de créer un monde où il fait bon vivre de ses illusions, une réalité tout éphémère. Si la Thérèsa est la vie idéale pour les mineurs et un grand rêve pour les actionnaires, encore faut-il que la mine soit assez riche pour enregistrer des profits et non des pertes.

 Par contre, elle démontre que si le rêve est essentiel pour réaliser de grandes choses, il est aussi impérieux que ce rêve soit bien assis, sur une bonne dose de réalisme. Ste-Thérèse n’est pas une très bonne financière.

 La Thérèsa parle de richesse humaine plus que de richesses terrestres. La richesse de l’amitié et de la solidarité.

 La place des Amérindiens, dans ce contexte, sert de « faire-valoir » aux personnages principaux. 


 Elle permet à Ti-Jean de constater la déchéance et l’écrasement de la culture des peuples Amérindiens, avenir qui semble vouloir être le même pour les francophones.


Simoneau.Théâtre 16. La Thérèsa 1

janvier 18, 2021

Théâtre 16

La Thérèsa Gold Mines 1

                       Traitement


Puisque la Thérèsa Gold Mines semble intéresser plus d’une personne, je vais publier en rafale le traitement que j’ai préparé dans le but de créer un film. Le traitement, c’est la phase juste avant de terminer un scénario. Tout y est presque, il suffit d’inventer les dialogues. 

Évidemment, l’histoire a été dramatisée. J’ai ajouté des éléments qui ne sont pas historiques. Je me suis servi de mes connaissances sur le sujet pour donner vie à ce texte, tout en étant le plus près possible de cette réalité. Peut-être un jour, un scénariste voudra bien retoucher le traitement pour en faire un scénario et un film. 
 

                         Déclaration d’intention



1.1- Les intentions

La Thérèsa est une fiction, basée sur une histoire réelle. Une mine d’or religieuse située à Longlac, Ontario.
 
Au début des années 1950, le clergé du Nord-Ontario, avec l’aide d’un prospecteur, M. Alphonse Caouette, a décidé d’exploiter un gisement d’or dont l’existence lui avait été révélée par les Autochtones.

Caouette et le clergé voulaient créer un village catholique et francophone qui serait un exemple de foi pour tout le reste du Canada.

La Thérèsa devait montrer aux Anglophones qu’il est possible de créer une entreprise rentable, grâce à la foi et la coopération des travailleurs-actionnaires.

Selon Alphonse Caouette, il fallait faire la preuve que l’on peut construire une entreprise rentable, autant avec le signe de la croix qu’avec le signe de piastres.

La mine devait être aussi un moyen de continuer l’œuvre de colonisation du curé Labelle et de l’Abitibi, en ayant des francophones plus sédentaires dans le Nord-Ontario, ce qui permettait de créer les institutions civiles, grâce aux structures religieuses.

Le village minier vit le jour et connut même ses moments de gloire.

Tous les mineurs (ou presque) venaient du Québec, plus particulièrement, de la Beauce alors que tous les actionnaires étaient Québécois, venant surtout de l’Estrie, de la région de Drummondville et St-Hyacinthe, du Lac St-Jean et de la ville de Québec.

Mon père était non seulement un actionnaire important, mais aussi un directeur du club Thérèsien. Il me traînait partout, dans toutes ses sorties. Je fus sans le vouloir un témoin privilégié, même si j’étais âgé seulement d’une dizaine d’années, de cette merveilleuse aventure, car, même si tous ont perdu leur argent, la Thérèsa a créé des amitiés indissolubles.

 Ce n’est que 30 ans plus tard, alors que je montrais à un ami, le grand compositeur de musique Gabriel Charpentier, les nombreuses photos que notre famille gardait de la Thérèsa que l’idée de reconstituer l’histoire est apparue. 

 Dans les années 1980, j’ai ainsi, grâce à une subvention dans le cadre du projet EXPLORATIONS au Conseil des Arts du Canada, fait enquête sur l’histoire fascinante de la Thérèsa.

 J’étais plus intéressé à connaître tous les détails qu’à trancher à savoir si la Thérèsa avait été ou non une vaste fraude.

 J’ai appris la participation à cette entreprise de beaucoup de personnages connus au Québec au fur et à mesure que mon enquête progressait : Bombardier, Casavan, Mgr Charbonneau, le ministre unioniste Bégin, membre du gouvernement Duplessis, et les archevêques de Québec et de Sherbrooke.

La Thérèsa fut même citée dans le scandale du gaz naturel, lequel entraîna la chute de Duplessis. On y fit aussi allusion dans le Crime d’Ovide Plouffe, de Roger Lemelin

Simoneau. Théâtre 15

janvier 18, 2021

Théâtre 15

Les puces 8

29— Intérieur — Maison — Cuisine — 29

Philippe est au téléphone. Il parle à voix basse.


                             PHILIPPE


C’est Philippe. Y a un petit problème ici. Gaston a fait une crise d’épilepsie. Je sais que ce n’est pas la première fois et que l’on m’en avait informé. Là, n’est pas le problème. On s’est battu.

                              AGENT DE LIAISON

 Battu?   Pourquoi?


                                 PHILIPPE


Pourquoi? Quoi? On s’est battu parce qu’il voulait prendre toutes les couvertures et tout le lit tant qu’à y être. 

                                 AGENT DE LIAISON


T’as voulu en profiter, mon cochon. C’est ce qui arrive quand on veut violer quelqu’un et que l’autre n’est pas d’accord…


                                     PHILIPPE


Mais non, tabarnak! Je n’ai pas essayé de le violer. Je sais qu’il n’a que seize ans, qu’il est beau comme un cœur, mais…

 
                              AGENT DE LIAISON


T’aurais pas pu te retenir.

 
                                   PHILIPPE

T’es bien un hétéro. Tu ne peux pas concevoir que d’autres peuvent penser et voir la vie autrement que toi.   Vas-tu me laisser parler pour que je puisse enfin t’expliquer ce qui arrive pendant qu’il dort.
 
                                  AGENT DE LIAISON


Vas-y, mais la vérité.


                                  PHILIPPE


Enfin! Ce n’est pas trop tôt… Ma vie privée, ça ne regarde que moi. On s’est entendu là-dessus…

 
                              AGENT DE LIAISON (ricanant)


Il baise bien ou tu as dû lui donner des leçons ?


                               PHILIPPE


S’il baise bien? C’est divin, mais on en est encore qu’à la soupe; ce n’est pas le problème. L’avenir du pays passe bien avant les joies de l’alcôve… 

Quand Gaston a fait sa crise, j’ai essayé de lui enfiler ses sous-vêtements, il avait mis son pantalon sur le bord de la chaise dans sa chambre. 

Quand je suis allé pour chercher du linge pour le vêtir avant de faire venir de l’aide, son portefeuille est tombé ainsi qu’un badge.


                              AGENT DE LIAISON

Un badge?   Un badge de police ?


                                PHILIPPE


 Un badge de la GRC. C’est peut-être pour ça qu’il m’a attaqué dans le lit…. Je n’aime pas coucher avec un flic quel que soit son âge et sa beauté… J’ai pourtant encore de la difficulté à le concevoir comme un infiltré. C’est impossible, pourtant, le maudit badge est là? Y a peut-être une autre explication. Je ne pouvais pas partir au cœur de la nuit en bobettes…

  
                              AGENT DE LIAISON


T’essaies de m’en passer une bonne. Les affaires de cul ce n’est pas ce qu’il y a de plus important, mais ça ne peut pas compromettre nos objectifs. Si vous ne vous faites pas confiance, il faut changer l’équipe.


                                 PHILIPPE


Tu penses que je te mens? L’alcôve n’a rien à faire là-dedans. Il a l’air régulier, d’être un petit anarchiste, mais…


Philippe est de plus en plus anxieux. Il regarde parfois le corridor, situé près de la cuisine, pour s’assurer que Gaston n’arrive pas à l’improviste ou l’entende…


                                  AGENT DE LIAISON


Que proposes-tu ?


Philippe hésite. Il ne voudrait pas se séparer de Gaston, mais dans les circonstances, le devoir l’exige presque…


                            PHILIPPE


Trouve- moi une autre piaule. Ça urge! Je vais me préparer en attendant. J’apporterai que mon linge et de menues affaires. On verra comment réagir plus tard, quand on comprendra ce qui s’est passé. Je te rappelle dès que je suis prêt à partir.


                               AGENT DE LIAISON


On fera une enquête. Si le jeune est un infiltré, tu connais la règle.

                                PHILIPPE (se sent mal)


Assurez-vous bien que c’est le cas, avant de le buter. Il ne faut pas se tromper. Des choses comme ça, ça peut jeter toute l’organisation à terre. 
                              


                                 AGENT DE LIAISON


Tu l’aimes ?

                                  PHILIPPE (les larmes à l’œil)

De plus en plus…


Philippe se hâte de préparer ses affaires dans la cuisine et le salon avant de se rendre dans sa chambre. Il a beau se faire discret, un livre tombe d’une caisse.

Gaston se réveille et se rend aussitôt au miroir situé sur le bureau pour constater l’état de ses lèvres enflées et son œil au beurre noir. Il se rend près de Philippe.


                           GASTON


Kâliss! Tu ne m’as pas manqué! La complicité, on en reparlera.


                           PHILIPPE


Je ne pensais pas qu’un jour on se taperait dessus, surtout qu’on risque notre vie en se retrouvant ensemble. 

 

                         GASTON


Tu paranoïes. T’es pas assez important pour qu’on nous recherche. C’est quoi ton affaire? Essaie d’arrêter d’avoir aussi peur. Pourquoi m’as-tu fait ça?


                         PHILIPPE


Tu m’agressais. Je ne pouvais rien faire d’autre que me défendre. De toute façon, c’est fini. Je change de cellule.


                          GASTON

Tu quoi ? 


                           PHILIPPE

Je déménage (presque en gueulant). J’ai assez d’ennemis, sans avoir un camarade qui me buche dessus.
         

Philippe sort avec une autre caisse qu’il va porter dans la cuisine.

Gaston le suit, même s’il est nu, qu’il n’y a pas de rideaux et c’est le jour.


                             GASTON


C’est ça! Mets-moi tout sur le dos. Ce doit être moi qui t’ai arrangé la face de même. Tu ne l’emporteras pas comme ça. Tu ne partiras pas d’ici. J’ai besoin de toi. Tu es mon mentor. J’ai besoin de toi pour avancer dans mes connaissances littéraires. C’est ça la solidarité. Tu l’as toujours dit : la cause passe avant tout.


Gaston comprend soudain.  


                          GASTON


Où as-tu pris les médicaments quand j’ai fait ma crise ?


                                PHILIPPE


Ça n’a pas d’importance. Sur ton bureau, pourquoi ?


                               GASTON


C’est de la drogue très forte. On m’a donné ces cachets hier et je les ai mis sur le bureau pour ne pas oublier de les jeter à la toilette. Tu m’as drogué au bout en voulant me soigner. Voilà pourquoi je ne me rappelle de rien.

                                   PHILIPPE

Tout s’explique… ou presque.


                              GASTON (décontenancé)

 
Qu’est-ce qui te prend? Je croyais vivre le paradis avec toi. Je travaillais avec celui qui fut toujours mon modèle, le seul que je croyais capable de m’aider à évoluer dans ma littérature et il veut me quitter. On se tape sur la gueule. Maudite drogue! Je n’aurais pas dû apporter ces pilules ici pour les jeter. Pardonne-moi !


                              PHILIPPE

 C’est dommage, en effet! Je ne faisais que commencer à t’aimer. Mais la vie est remplie d’imprévus. Je t’assure que celui-là, je ne l’ai pas vu venir.
     

On entend aux mêmes instants le carillon de la porte avant de l’appartement retentir. Philippe se rend répondre, mais invective d’abord Gaston.



                          PHILIPPE (autoritaire, puis très sarcastique)


Rentre au moins dans ta chambre… va te cacher le cul.

As-tu idée de qui peut bien venir sonner à notre porte à cette heure-là? Peut-être tes amis flics.
          

Philippe ouvre la porte, il blanchit. Ce sont effectivement deux policiers. Ils lui tendent une photo et lui demandent s’il connaît ce visage. 


Philippe reconnaît Gaston. Une rumeur de vengeance lui monte à la tête.


                                            PHILIPPE

Moins que vous, messieurs…

Gaston vient voir, t’as une visite de famille.
     

Gaston arrive en enfilant son pantalon. Il blêmit. Il ne sait plus comment réagir. Ce n’est pas le temps d’avoir des problèmes avec la police… surtout pas la journée de l’attentat programmé…


                                                           GASTON

C’est quoi la farce ?



                            LE POLICIER (regardant son coéquipier)


C’est bien celui qu’on a vu sur le vidéo.   T’étais bien au Chien qui rit, hier soir ?

                            GASTON (incertain, regard interrogatif)

Ouais !   Ouais !   Pourquoi ?


Gaston ahuri secoue les épaules. Il regarde les policiers, en essayant de dissimuler le visage pour ne pas devoir expliquer ses blessures. Il fait signe à Philippe qu’il ne comprend pas.


                               DEUXIÈME POLICIER

 
Peut-on visiter l’appartement ?
       


                         GASTON


Qu’est-ce qui vous prend ?   Vous avez un mandat ?


                         DEUXIÈME POLICIER


Ne te fatigue pas. On sait que la loi, ce n’est pas votre fort. Tous les jeunes font semblant de la connaître…


                         PREMIER POLICIER (plus baveux)


Ne fais pas le malin! C’est ton père, ce gars-là ?

 
                        GASTON


C’est mon amant, voyons, c’est évident !


                        DEUXIÈME POLICIER


Vos histoires de tapettes, on n’en veut rien savoir. On est normal, nous autres. 


                        PHILIPPE (visiblement vexé et furieux)


La normalité quand elle signifie que la majorité ne déborde pas d’intelligence. Qu’est-ce que vous nous voulez ?


Philippe prend son portefeuille et tend sa carte professionnelle. L’expression des policiers change aussitôt, car cette carte indique qu’il est avocat.


Gaston regarde la scène, étonné, car il sait, lui, que Philippe était enseignant.


                        PREMIER POLICIER (s’adressant à Philippe)

 
Hier soir, votre jeune a volé un manteau. Du moins, on a la preuve sur vidéo que c’est lui qui l’a pris. Ce ne serait pas si grave, si ça n’avait pas été le manteau d’un sergent de la GRC en mission.


                        GASTON


Je n’ai rien volé. J’étais un peu saoul, je l’admets et il faisait très noir, mais je n’ai rien pris qui ne m’appartenait pas.   Une minute, je vais aller voir. Me serais-je trompé ?


                        PHILIPPE (il rit)


Un sergent de la montée… faut le faire !


                       DEUXIÈME POLICIER


Ce n’est pas si drôle que ça…   Si c’est vous qui avez le manteau, on oublie tout. Avez-vous regardé le nom sur les papiers dans les poches ?


                        PHILIPPE


Pourquoi on aurait regardé? On ne s’est même pas aperçu qu’il s’était trompé de manteau.


                        DEUXIÈME POLICIER

Vous ne le saviez pas ?



                         PHILIPPE

Pas du tout,                                      


                          GASTON


Si j’ai bien compris, si c’est le bon manteau,  je vous redonne le badge et le portefeuille intacts et on a la paix.   Mais, comment vais-je récupérer le mien ?

 
                         PREMIER POLICIER


Ça, c’est ton problème…


                          PHILIPPE


Vous ne l’arrêtez pas et vous ne l’amenez pas.


                          PREMIER POLICIER


Pourquoi? Vous coopérez! Le bureau nous a demandé d’être très discret et de ne pas faire de problème, même si ça avait été un vol, tant que le voleur aura oublié le nom qu’il aurait pu lire sur les papiers.


                         PHILIPPE


Assez spécial, merci !


                          LE DEUXIÈME POLICIER


C’est le nom d’un policier qui a infiltré le mouvement terroriste. Personne ne doit…

 


                         LE PREMIER POLICIER (il frappe le premier sur le bras de l’autre.)


Ta gueule! C’est un secret d’État…

                         PHILIPPE

Intéressant.
                  


Il se tourne vers la chambre et crie à Gaston.


                          PHILIPPE


Ne regarde surtout pas le nom du gars. C’est important. (Il tousse) C’est même une condition pour avoir la paix. Fait ça vite, ils attendent après toi.


Gaston revient. Il tend le manteau aux policiers avec un sourire en coin. Les policiers sont radieux et bien contents de voir qu’il s’agit bien du bon manteau. Il s’assure que le badge soit dans une des poches.


                      PHILIPPE


Tu n’as pas regardé, j’espère. Il ne fallait pas…

                       GASTON

Regarder quoi ?


                         DEUXIÈME POLICIER (souriant)

Tout est là. On s’excuse de vous avoir dérangé. Bonne journée !

Philippe prend de l’assurance. La cache n’est pas brûlée. 

 
                     GASTON


Ce sera pour la prochaine fois…


Il se dandine en faisant un bye bye aux policiers. 

Ceux-ci se dirigent vers l’extérieur, heureux que cette récupération fût aussi facile.

Dès que les policiers sont partis, Philippe et Gaston s’effondrent sur le sofa, situé tout près, dans le bord du salon.


                      PHILIPPE


As-tu le nom du gars? C’est important. Ce serait celui du policier qui a infiltré le mouvement.

 
                     GASTON

Oui. C’est un certain Stan Lafortune.


Philippe se précipite au téléphone et raconte l’aventure à l’agent de liaison, faisant bien attention de ne pas faire allusion aux peurs qu’il avait eues auparavant. Il lui spécifie le nom de l’informateur, tout en soulignant qu’on n’aurait jamais pu faire mieux, même si on l’avait prévu.

Le téléphone terminé, Philippe saisit Gaston et l’embrasse passionnément. Il le regarde ensuite les yeux pleins d’eau.


                         PHILIPPE

Petit Christ! T’aurais pu te faire tuer pour ça. Dans le fond, je suis loin de te haïr. Je ne pars plus. Je t’aime trop. Nous avons plein de choses à vivre ensemble. Un nouveau livre à écrire. 


                   GASTON

Nous l’appellerons : MON PAYS : MA LIBERTÉ.

                                            FIN                          

Simoneau. Théâtre 14

janvier 17, 2021

Théâtre 14

Les puces 7

21— Intérieur — Chambre de Philippe — Corridor — Cuisine — nuit — 21

Philippe éteint sa cigarette et se dirige vers la cuisine, après avoir enfilé des boxers.

Gaston le suit, il est toujours nu.

Dans la cuisine, Philippe verse deux verres de coke alors que Gaston s’appuie sur le bord du poêle.

Soudain, Gaston râle, il lève la tête. Il a les yeux révulsés.


                                PHILIPPE  (en plaisantant)

 Arrête-moi ça. Je sais que je t’ai excité, mais pas au point de faire une crise d’épilepsie.

Gaston s’écroule sur le plancher au pied du poêle. La bave commence à lui sortir de la bouche. Il sautille de partout.

Philippe tourne Gaston sur le côté et lui relève légèrement la tête vers l’arrière. Il court ensuite dans la chambre de Gaston. Il ne voit aucun médicament, mais un petit sachet portant encore les marques de ce qui semble être de la drogue.

22— Intérieur — maison — chambre de Gaston – nuit — 22

Philippe cherche un sous-vêtement pour Gaston. Il soulève le pantalon étendu sur la chaise. Les poches sont vides.   Puis, il empoigne le manteau qu’il tient à l’envers. Un portefeuille tombe sur le plancher ainsi qu’un badge de policier. 

Philippe est secoué. Il se penche et ramasse le badge. Il le regarde longuement. C’est bien un badge de la GRC.  

                                     PHILIPPE
Ce ne peut pas être vrai! Il ne peut pas être un policier. Pourtant, c’est l’évidence même.


Philippe est furieux. Il replace le badge d’un geste fou dans les poches du manteau. Il est de plus en plus nerveux.   Il est si stupéfié qu’il commence à se frapper la tête sur le cadre de la porte de chambre, en répétant :                                   

                                    PHILIPPE
Ah! Le sale! Le sale! J’aurais dû me méfier davantage. C’était trop beau. Un jeune qui était tombé amoureux de moi. Je n’aurais jamais dû le laisser me toucher. Je suis bien puni maintenant.       

Il frappe à coups de poing dans le cadre de porte. Des larmes coulent sur ses joues.

23— Intérieur — Maison — Cuisine — nuit — 23

Philippe revient dans la cuisine. Il est surexcité à l’idée que son jeune ami puisse être un policier qui aurait infiltré la cellule dans laquelle il fait partie intégrante. Il ne sait plus exactement comment se comporter.  Doit-il se sauver de Gaston ou le laisser crever ? Il ne sait plus que faire. Il appelle finalement le 911. 

Il essaie inutilement de lui enfiler des sous-vêtements ; mais Gaston est trop mou. Il le tourne aussitôt sur le dos. Quand Philippe arrive à lui glisser des sous-vêtements dans chaque jambe, il ne peut pas les monter assez, car Gaston a une jambe prise chaque bord de la patte de table.

Il regarde Gaston nu, le sexe pendant.

                                PHILIPPE  (à haute voix)
Je ne peux pas le laisser ainsi. Les secours vont arriver et ils peuvent se servir de ça contre moi.

Il se lève prend le téléphone et compose 911.


                                     PHILIPPE (à haute voix)
Je vais leur dire de ne pas venir, qu’il va maintenant beaucoup mieux.

Philippe tourne en rond, le téléphone à la main, le numéro partiellement composé.

                                    PHILIPPE  (à haute voix)
Je ne peux pas le laisser de même. Flic pas flic ; cochon pas cochon ; c’est un être humain, kâliss! Je ne peux pas le laisser mourir…

Philippe raccroche bruyamment le téléphone, marquant sa contradiction intérieure.

                                  PHILIPPE  (à haute voix)

Oui, mais tout à coup que les secouristes me dénoncent pour avoir été avec un plus jeune que moi. La société est devenue folle. Elle ne sait même pas pourquoi elle interdit de telles relations. C’était de même avant, c’est de même maintenant. Je ne veux pas moisir en prison… Qu’importe !

Philippe tente toujours, sans succès, d’enfiler les sous-vêtements à Gaston qui, en étant trop mou, lui rend la tâche impossible. Il a beau levé une jambe, passer celle-ci dans le trou du sous-vêtement, il n’arrive pas à lever l’autre pour ne pas être empêcher l’enfilade à cause de la patte de table qui sépare les deux jambes. Philippe est trop excité pour réussir.

 Tout à coup, Gaston lui demande ce qui est arrivé.

                                    PHILIPPE
Ce n’est pas grave. T’as eu une crise d’épilepsie, je crois. Repose-toi. J’ai appelé du secours.


                                    GASTON
Fallait pas !   Fallait pas! Aide-moi, je vais me rendre dans ta chambre.

Philippe aide Gaston à se relever. Il le conduit dans son lit.

23— Intérieur — Chambre de Philippe — nuit — 23

Philippe regarde Gaston, étendu nu sur les couvertures. Il prend une nouvelle couverture dans la garde-robe et l’étend sur Gaston.
  
Soudain, on sonne. Il court. Les secouristes s’occupent de Gaston. 

                                 SECOURISTE (s’adressant à Gaston)
Voulez-vous venir à l’hôpital? Quand avez-vous fait votre dernière crise? Avez-vous des médicaments ?

                               GASTON

Laissez- moi tranquille! Je suis bien. J’ai tout ce qu’il me faut pour me remettre.

Il demande à Philippe d’aller chercher ses médicaments sur le bureau, près de l’ordinateur. Gaston avale quelques pilules.

Les secouristes quittent la chambre, faisant signe à Philippe de les suivre.


24 — Intérieur — Corridor — nuit — 24

                            SECOURISTE
Laissez-le se reposer. Il n’y a aucun danger.

                                     PHILIPPE
Il ne va pas mourir ?
                                 SECOURISTE (amusé)
Bien non! On ne meurt pas d’une petite crise d’épilepsie. Vous lui avez donné ses médicaments. Demain, il sera déjà en pleine forme…
             
 25— Intérieur — à la maison — chambre de Philippe — 25

Philippe s’assoit sur le bord du lit. Il regarde Gaston, tout ému. Il s’endort tellement qu’il décide de se glisser près de Gaston dans le lit. 
                                                GASTON
    Je t’ai finalement eu…
                                               PHILIPPE
Peut-être. Mais une relation sexuelle ne nous rend pas amoureux. Aimer, c’est autre chose que d’avoir du sexe pour du sexe.

                                                GASTON

C’est vrai, mais je sens que nous serons à jamais amoureux l’un de l’autre. 

                                               PHILIPPE
Si à chaque fois, que nous nous touchons, tu fais une crise; nous sommes condamnés à la chasteté.

                                               GASTON

Quel prétentieux? Tu ne crois tout de même pas que cette crise a un rapport avec le fait que je t’ai sucé. Tu m’excites, je te veux, mais ça ne me rend pas malade. Je n’ai pas fait cette crise parce que j’étais excité ; mais à cause de l’odeur d’eau de javel dans le passage.

26— Intérieur — Maison — Chambre de Philippe — la nuit — 26

Malgré la fatigue, Philippe caresse Gaston, tendrement, comme un massage. Il ne peut s’empêcher de se demander intérieurement :

                                        PHILIPPE (Voix hors champ)
Gaston est-il vraiment de la police? Un infiltré? Ça n’a aucun sens. Il ne le faut pas. Juste au moment où je redécouvre l’amour, mon bien-aimé serait mon pire ennemi. Je dois lui faire confiance. Il a sûrement une explication. Nous risquons notre vie ensemble. Nous avons accepté de former notre cellule parce que tout nous attire l’un vers l’autre. Et tant qu’à mourir, autant le faire ensemble, dans les bras l’un de l’autre.  


Philippe s’endort et est réveillé peu de temps après. Quand il se réveille, Gaston est collé sur lui. Il a trop chaud, donc, Philippe s’en éloigne.


                                   GASTON


Pourquoi te tasses-tu? Je suis un bébé qui a besoin de chaleur. Je suis l’ourson dans le froid sibérien. Je vais mourir de froid.


Effectivement, Philippe sent Gaston frissonner, mais comme il a trop chaud, il refuse de se laisser coller.

                                   PHILIPPE
Laisse-moi un peu respirer…
    
Philippe se tasse vers le mur. Gaston se tourne et commence à frapper Philippe dans le dos avec ses poings. Philippe ne sait pas comment réagir. Il encaisse les coups alors que Gaston biboye.


                          GASTON (biboyant : parlant en dormant)


Maudit qu’il fait froid dans cette tranchée. Il faut mieux me vêtir. J’ai froid et ce poêle qui me refuse sa chaleur. La vie disparaît.
    
 Gaston le martèle de coups. Philippe ne sait plus comment réagir. Gaston agit comme s’il dormait, mais sans dormir.

                              PHILIPPE (voix hors champ)

Qu’est-ce qui lui prend?   Serait-il devenu fou? Pourtant, il ne s’est pas frappé la tête en tombant. L’épilepsie ne rend pas fou d’habitude.

 
Finalement, Philippe se lève et se rend à la toilette où il chuchote à voix haute. Il se met à paranoïer.

27— Intérieur — maison — salle de bains — Chambre de Philippe — la nuit — 27

 
                            PHILIPPE


 S’il est vrai que les plans de la GRC sont de me tuer en prison, ils ont peut-être désigné Gaston pour m’exécuter avant. 

Voyons donc! C’est purement paranoïaque. Le petit m’aime vraiment. Ça se voit, ça se sent. Ce n’est pas parce que tu es jeune que tu ne te sens pas, que tu ne peux pas tomber amoureux. 

C’est vrai que les services secrets ont essayé de me tuer deux fois auparavant, mais je ne suis pas assez important pour qu’il prenne autant de risques. Infiltré ou non, il y aurait une enquête. C’est impossible. Et, Gaston ne peut pas être un traitre. Il m’aime trop pour ça. 

Je suis aussi bien de retourner me coucher si je ne veux pas devenir fou.

De retour, dans son lit. Gaston recommence à le caresser. Philippe s’abandonne. Il n’a pas trop chaud et il se tasse de nouveau.

Gaston recommence à le frapper. Puis, il tire toutes les couvertures de son bord.

Philippe essaie de les tirer à son tour. Gaston commence à le frapper à coups de pied. Il n’y a plus de doute, Gaston ne dort pas, il est conscient de ce qu’il fait. Gaston y va maintenant de coups de plus en plus forts.

Philippe prend peur et décide de passer à l’attaque, avant de se faire trop sonner.

Il saute sur Gaston et lui assène quelques bons coups de poing au visage. 

Gaston a le visage en sang.

Philippe essaie de l’immobiliser sur le lit, en le tenant par les poignets, mais Gaston est très solide.

Philippe sent qu’il est déjà épuisé alors que Gaston à la vue du sang devient fou furieux. Philippe tient toujours Gaston par les poignets alors que le torse de celui-ci a glissé entre le lit et le mur.

Gaston sort du lit et Philippe essaie de le calmer, de le raisonner.
 
                                  PHILIPPE
Arrête-moi ça! Qu’est-ce qui te prend ?
Gaston est face à lui. Tenant ses bobettes d’une main, car elles sont trop larges, elles lui descendent souvent sur les jambes et il les remonte au fur et à mesure.

                                 GASTON (l’air furieux)

Ah! Mon tabarnak! Regarde, je saigne. Pourquoi tu m’as fait ça? Tu vas me le payer.
      
Il tire ses bobettes devant lui. Il est nu devant Philippe, le visage déformé par la rage, les poings serrés et les yeux exprimant nettement la folie…

                                     PHILIPPE 
C’est quoi ton problème? T’as un contrat? Tu veux me tuer… ?   Tu veux mon lit? Tu veux l’appartement à toi seul? Pourquoi me fesses-tu? Je ne t’ai rien fait.

Gaston ne semble pas comprendre ce qui se passe. Il est cependant de plus en plus hors de lui-même. Il agite les poings, faisant signe à Philippe de s’approcher.

 
                                      GASTON
Viens, mon crisse, viens !

                                      PHILIPPE
Calme-toi !   Je ne veux pas me battre avec toi. Si t’aimer, c’est s’assurer de manger la raclée, je pense que tu t’es trompé de gars. Je ne suis pas masochiste.
                                  GASTON
T’as peur, en mon tabarnak !
Philippe sent un point brûlant à la poitrine.   

28— Intérieur — Maison — Cuisine — tôt le matin — 28

Philippe sort de la chambre et se rend dans la cuisine. Gaston suit Philippe, les poings ronds, jusqu’à la cuisine.   Philippe essaie de téléphoner, mais Gaston lui arrache le téléphone. Philippe se dirige de l’autre côté de la cuisine, près de la porte de l’extérieur ; mais il ne peut pas s’enfuir, car il est en bobettes.

Philippe observe Gaston et se dit qu’au moins il est loin des couteaux déposés sur l’armoire. Philippe est de plus en plus certain que finalement Gaston veut le tuer. Il essaie de négocier…

                    PHILIPPE
OK !   Tu veux l’appartement à toi tout seul, je m’en irai donc.
 
                  GASTON
C’est ça, crisse ton camp tout de suite !

                       PHILIPPE
J’ai payé le mois, je vais partir dès qu’il sera terminé.
        
Gaston se calme un peu. Il cesse de serrer les poings. Il semble ne pas trop comprendre ce qui se passe. Il s’effondre en larmes sur le plancher. Il regarde Philippe comme s’il appelait au secours. Philippe de plus en plus amoureux ne peut pas résister. Il s’approche de Gaston lentement et essaie de le consoler, persuadé qu’il se passe quelque chose qui lui échappe. 

Philippe amène Gaston dans sa chambre et le laisse se reposer. Dès que Gaston s’est endormi, Philippe en profite pour retourner dans sa chambre où il enfile un jean.

Gaston arrive dans le cadre de porte de sa chambre.   Il a l’air éberlué. Il se tient la main sur la joue comme s’il avait un mal de dents.
                                    GASTON

Qu’est-ce qui arrive?    Pourquoi suis-je en sang ?

                                        PHILIPPE

Je ne le sais pas. Tu as commencé à me frapper et j’ai dû me défendre. Que veux-tu, j’étais champion de boxe quand j’avais de ton âge.

Philippe sort de la chambre et revient avec une serviette. Philippe fait des compresses sur les blessures de Gaston qui a déjà un œil au beurre noir et une lèvre fendue. Philippe est bien navré de la situation. Il met beaucoup de zèle à soigner Gaston.

Philippe réexamine Gaston. Il a l’air bouleversé. Philippe s’aperçoit soudain, en avalant, qu’il a sans doute été blessé lui aussi; car sa salive goutte le sang. Il vérifie en passant un doigt dans sa bouche. Il en ressort tout rouge.

Philippe et Gaston ont retrouvé leur calme.

                       GASTON
Il faudrait dormir. Je vais chercher mes pilules.

En arrivant à son bureau, Gaston se rend compte que Philippe lui a donné, par mégarde, quand il a fait sa crise d’épilepsie, les cachets de drogue qu’il avait laissés sur son bureau. 

 Gaston et Philippe se recouchent, mais cette fois, Philippe se laisse caresser. Gaston s’endort, la tête au creux de l’épaule de Philippe.     

 Philippe profite du sommeil de Gaston pour quitter la chambre.

 Philippe ne sait plus que penser. Même s’il est de plus en plus amoureux, il ne veut quand même pas trahir son pays, en tentant la chance.  Le mouvement de résistance ne pouvait pas être trahi grâce à un agent infiltré. Il profite donc du sommeil de Gaston pour téléphoner à son agent de liaison dans l’organisation terroriste.


Simoneau.Théâtre 13

janvier 16, 2021

Théâtre 13

Les puces 6

15— Maison — Chambre de Philippe — Vers 18 h 30-      15

Gaston quitte l’appartement.

Philippe se rend à son garde-robe. Il examine quelques habits, des manteaux, des pantalons et en met quelques-uns de côté pour Gaston.

À son retour, Gaston crie : « Philippe! Philippe! », puis se rend dans la chambre de celui-ci.


                                               PHILIPPE

Essaie ça !

Philippe lui présente un habit assorti d’une veste. Gaston, visiblement heureux, lui remet le 5.50 $ et enfile l’habit, mais les pantalons sont deux fois trop grands à la ceinture.


                                              GASTON
Ce n’est pas grave. Je vais mettre la veste et le manteau.


                                            PHILIPPE


Ça n’a pas de sens. Ça ne se fait pas. C’est un tout. Sans ça, ça l’air fou.


                                         GASTON

Si moi, j’aime ça, ça pas d’importance. 

Gaston saisit le manteau d’automne. Il l’enfile avec fierté.


                                           GASTON


Un vrai manteau de la gauche.

Philippe sourit. Il est visiblement joyeux de voir Gaston heureux. Philippe retourne à la cuisine où il met une dernière main au riz et fait cuire les steaks pendant que Gaston est de bonne humeur. Ce dernier place deux chandelles et fait brûler de l’encens.

Gaston tout sourire, la veste et le manteau sur le dos, avec une cravate, mais une paire de jeans.


                                   GASTON (excité)


Il ne faut pas manger tout de suite, il faut d’abord fêter notre union…
          
Philippe sursaute au mot union. Il regarde Gaston, vient pour l’engueuler, mais le sourire ce celui-ci est si radieux qu’il n’en est pas capable.

                                                 GASTON

 
Tu récites le poème qui te représente le mieux et nous trinquerons au pouvoir des mots.


Philippe prend son manuscrit de L’amourajeux et cherche son poème. On entend alors la chanson « Le mouton noir », de Plume Latraverse, à la radio.

Terminé, Gaston baisse le son du poste de radio.

Philippe récite ensuite « À droite toute »…

Quand il a terminé, Gaston applaudit à tout rompre, mais Philippe lui fait signe de garder le silence quand on entend en sourdine « Cette blessure », de Léo Ferré. 

Philippe s’approche et lève un peu le son…


                                           GASTON


Maudit que j’aurais aimé avoir écrit ce texte. C’est bien toi : deux passions : la beauté des petits gars et la liberté de notre nouveau pays, la République du Québec.


                                          PHILIPPE

Une seule et même passion. La jeunesse et le pays.

Philippe et Gaston trinquent.

Ils soupent en silence avec avidité. On y entend « Québec, mort ou vivant », de Pauline Julien. Puis, c’est un classique, le Boléro, de Maurice Ravel.


                                             GASTON


Les 70, c’était le bon temps. T’as pu connaître tous les grands de notre littérature. Parle-moi un peu de Miron et Langevin. Tu les as connus, toi.


                                           PHILIPPE


C’étaient des monuments. Godin, le sourire, l’œil taquin ; Miron, l’intelligence, la parole et ce cher Gilbert Langevin, la lucidité incarnée, l’engagement contre la misère des petits. Les vrais piliers de notre culture.
                                         GASTON

Ce qui est écœurant, c’est qu’à cause de mon âge, je ne les aurai jamais rencontrés.


                                       PHILIPPE


Tu ne seras pas le seul. Très peu de jeunes les connaissent. Au Québec, on n’a pas encore compris que la culture, c’est le pays.
        
Philippe devient soudainement triste.

Gaston se lève et tire du sac une deuxième bouteille de vin. 


                                      GASTON

Surprise!   J’en ai aussi payé une. Fêtons d’être ensemble.


                                       PHILIPPE

Je suis d’accord; mais je veux que tu saches que je suis dû pour Haïti. Je suis écœuré d’être ici, dans un pays de féminounes.

                                      GASTON
Je te vois en Haïti, rôtir au soleil avec ton problème de peau. Tu serais pire qu’un Bar-B-Q.

Philippe se met à rire comme un fou.


                                        PHILIPPE

Enfin libre! Plus de dictature féminoune, plus de fédérastes…


                                      GASTON

Fuck les femmes! Vive le célibat et l’amour gai…   Comme ça t’as vraiment eu une aventure avec un jeune quand tu t’es fait prendre? Je ne comprends pas pourquoi maintenant tu ne veux plus rien savoir. Était-il plus beau que moi?   Je ne suis pas si vieux que ça, je ne suis pas encore passé date pour un pédéraste.


                                       PHILIPPE


T’as rien compris. L’amour, ça ne se commande pas. Il a eu peur que je le trompe et il a voulu se venger…

 
                                      GASTON


Oublie ça. Je suis là maintenant. Ce n’est pas le temps d’être triste. Chantons un peu, ça te fera oublier un peu.


Philippe et Gaston finissent la bouteille de vin en chantant <Chevaliers de la Table ronde >. 

18— Intérieur — Maison — salon — 18


Après avoir chanté, ils se rendent au salon où ils écoutent de la musique particulièrement du Léo Ferré.

On entend Ferré : « Le problème avec la morale, c’est que c’est toujours la morale des autres.»

Philippe prend le livre Tribunal d’honneur. On entend le Concerto no 1, de Tchaïkovski, pendant qu’il lit.

Gaston s’approche et pose sa tête sur son épaule. Il regarde Philippe amoureusement. 

Philippe sourit à Gaston et enlève lentement la main de Gaston qui se glisse vers son entrecuisse.

 Puis, on entend Bob Marley dire : « Don’t worry, be happy »

 Philippe pleure, car c’était la chanson favorite de son fils ainsi que le message qu’il avait laissé lorsqu’il s’est suicidé quelque trois ans plus tôt.

Gaston essaie, impuissant,  de consoler Philippe. Il le prend dans ses bras, mais Philippe s’en défait avant de se rendre dans sa chambre. Gaston l’entend pleurer et dire :

                            PHILIPPE

 Maudite vie! Je serais mieux mort. Pourquoi? Pourquoi t’es-tu enlevé la vie ?

19— Intérieur —   Maison — Chambre de Gaston —   Nuit.   19

Gaston arrête la musique et s’en va dans sa chambre. Il s’étend sur son matelas dans le centre de sa chambre. Il fixe le plafond.

                          GASTON


Philippe !   Philippe?   Dors-tu ?


                     PHILIPPE (voix hors champ)


Pas encore. Mais, si tu peux te taire, ce ne sera pas long…

                     GASTON

Ce n’est pas juste. Moi, je couche par terre et toi t’as un beau lit douillet.

 
                     PHILIPPE


Veux-tu te fermer. Pis dormir !  (Il lève la voix).


20— Intérieur — Chambre de Gaston — Chambre de Philippe – nuit — 20


Gaston se lève. Il est nu. Il se rend dans la chambre de Philippe au pied de son lit. Il appelle Philippe, empruntant une voix braillarde.


                    GASTON


Philippe ! Je peux juste venir coucher à côté de toi ?  J’ai trop mal au dos sur ce matelas-là. Si je ne peux plus dormir et que je tombe malade, ce sera de ta faute. T’auras tué un écrivain (avec une voix encore plus insistante).

                      PHILIPPE

Arrête de jouer au bébé. !

                    GASTON

J’ai mal au dos (avec une voix de plus en plus braillarde)


                      PHILIPPE  (impatient)

OK, d’abord! Mais, tu restes de ton bord. Tu ne me touches pas.
  

Gaston est heureux. Il se rend près de la fenêtre et l’ouvre toute grande.
Il s’enfile ensuite auprès de Philippe, tenant bien ses distances, au début.
Il regarde la fenêtre, espérant que le froid fera le reste. Il sourit.

Effectivement, Philippe finit par se coller sur lui.   Gaston commence du bout des doigts à le caresser sur la poitrine, sans que Philippe s’y oppose.
Gaston le caresse avec insistance jusqu’à ce que Philippe se tourne et lui rende la pareille. Philippe, à son tour, effleure le dos de Gaston du bout des doigts.
Gaston essaie sans succès d’embrasser Philippe. Gaston est surexcité. Il met toutes ses énergies. Il prend la main de Philippe et la place sur son sexe.
Puis, Gaston se penche et suce Philippe. Philippe se laisse faire. Il caresse la chevelure de Gaston, de plus en plus excité. Gaston constate que Philippe garde toujours les yeux fermés quoiqu’un large sourire trahisse sa profonde satisfaction. Philippe, après voir éjaculé, repousse la tête de Gaston. Il se relève et fume une cigarette.

 
                           PHILIPPE


Ça fait si longtemps, je ne me rappelais pas que c’était aussi divin.


                         GASTON


Je savais que t’étais pour aimer ça. Tu n’avais qu’à te laisser aller. Pourquoi as-tu toujours gardé les yeux fermés ?  


                           PHILIPPE

Pour mieux goûter tout, même si je ne veux pas y prendre goût. C’est plus important de l’écrire, de le chanter; mais comme tu dis pour ce faire, il faut d’abord le vivre…

                           GASTON

C’est tellement plus agréable de vivre que de le chanter…


                             PHILIPPE


Si je veux continuer ma carrière d’enseignant, je n’ai pas le choix. Je dois me plier aux normes et vivre en hypocrite.

                               GASTON


Pas du tout. J’ai l’âge de consentement. Nous avons le droit. Le système est assez fou qu’il veut maintenant établir un nombre d’années maximum entre les deux amants pour s’assurer que les vieux ne touchent pas aux plus jeunes. Quelle Gestapo! Ils font semblant de vouloir nous protéger, mais tout ce qui les intéresse c’est de nous dominer, de diriger jusqu’à notre sexualité, la source même de notre personnalité. Il n’y a pas d’âge qui soit mieux l’une que l’autre. De quoi se mêle-t-on?  Bandes de fascistes !

  
                             PHILIPPE


Merci de la leçon. Je vais prendre un coke dans la cuisine. Ce fut tout simplement divin…


Philippe embrasse Gaston pour le remercier.



Simoneau.Théâtre 12

janvier 15, 2021

Théâtre 12

Les puces 5

10— Intérieur — Maison — corridor — 17.30 —    10

Philippe et Gaston s’appliquent à nettoyer le corridor. Le passage est assez étroit, mais très long. Il passe devant les chambres. 

Philippe et Gaston se lancent parfois de l’eau et rient de leur mésaventure.

                                GASTON
On aura au moins appris à laver des planchers, si on ne s’entraide pas comme écrivain. On saura mieux effacer les taches.
Philippe constate que Gaston frotte toujours à la même place.
                             

                               PHILIPPE

Tu pourrais frotter ailleurs de temps en temps. À ce rythme-là, on va être encore là, l’an prochain.
                                               GASTON
Ceux qui ont peinturé le plafond n’ont pas fait attention. Y a des taches de peinture blanches partout. Je n’aime pas ça, ce n’est pas beau.
                                   PHILIPPE (s’impatiente)
Je m’en sacre des taches blanches. Le temps n’est pas à l’esthétisme, mais à ce qui est pratique… Éliminer la possibilité de puces. Nettoyer pour rendre l’appartement viable. On verra ensuite si on peut l’améliorer. Ce soir, je ne veux pas commencer à devoir me gratter…

                                       GASTON

Fais ce que tu voudras. Je fais ce que je veux. Je ne peux pas vivre dans ce qui est laid…

                                       PHILIPPE
Moi, je ne peux vivre dans ce qui est malpropre…
                                           GASTON

Petit bourgeois !

                                           PHILIPPE

Il faut bien venir de la rue pour jouer au snob !

Philippe multiplie sa vitesse pour compenser les lenteurs de Gaston. Même si Gaston frotte toujours aux mêmes places à la laine d’acier, les taches persistent. Il frotte, regarde, puis recommence.
                                           GASTON
Ça ne part même pas…
Philippe passe vite le corridor à la moppe.

Gaston découragé se relève et va s’asseoir dans la cuisine. 

11— Intérieur – maison – salon — 19 heures — 11

Philippe lave le salon et crie à Gaston de venir l’aider à entrer les meubles par la fenêtre.

Le sofa prend tout un mur. Même s’ils sont dans les coins, la causeuse et la chaise de salon prennent plus d’espace que prévu. Quant au meuble du système de son, il occupe le reste de la place. Il y a même une table et une lampe qu’ils n’arrivent pas à entrer par la fenêtre, faute d’espace.

                                              GASTON
Tabarnak! On n’a même pas de place pour nos ordinateurs.
                                            PHILIPPE
Il ne reste plus qu’une solution : on les met dans ta chambre. Avec les mousses au centre, on pourra placer les ordinateurs tout autour…
                                                GASTON
Pas question! Je veux vivre moi aussi. J’ai besoin d’espace pour marcher et travailler la nuit.

                                          PHILIPPE
Tu feras comme tout le monde, tu travailleras de jour.   De toute façon, je t’ai averti avant que durant la nuit je veux dormir. Ce fut la seule condition posée pour venir habiter avec toi.
                                            GASTON
Moi aussi, je t’ai averti que je travaille la nuit. La lune m’inspire.

                                            PHILIPPE

Tu travailleras sur la table dans la cuisine, en attendant de savoir écrire à l’ordi. Dans ta chambre, tu n’as pas de bureau pour écrire.

                                          GASTON
Je ne me suis pas loué un grand appartement pour être obligé de travailler dans une cuisine.
                                             PHILIPPE

Grand appartement, mon œil! Tu vois bien qu’on a pu d’espace.

                                         GASTON
Tu n’as qu’à jeter les meubles dont on ne sert pas tous les deux. Je ne pensais pas que tu étais aussi bourgeois.
                                        PHILIPPE
Moi, bourgeois?   Je vis maintenant sur l’Assistance sociale. Ne viens pas jouer au petit Christ de go-gauchiste qui essaie de culpabiliser tous ceux qui réussissent et qui sont incapables de faire un effort pour gagner leur vie. Ça ne prend pas avec moi. Quand tu veux, t’es un hostie de petit mongol. Il y a une demi-heure, tu étais prêt à coucher dans mon lit, dans ma chambre. Maintenant, tu joues au génie qui a besoin de sa solitude pour pondre. Je n’ai jamais vu un gars incarné autant deux extrêmes à la fois.
                                        GASTON
 Énerve-toi pas! Prends ça cool! Moi, une rue, un parc, un banc me suffisent. Je n’ai pas besoin de drap santé pour m’y frotter le zizi et provoquer des rêves.
 
                                       PHILIPPE

Si t’es si bien que ça dans la rue, retournes-y. J’assumerai seul le coût du loyer. Je suis amplement capable.

                                     GASTON
C’est ça, les grands révolutionnaires… Ça révolutionne tout tant que ça ne les dérange pas.

C’est bon! On va mettre les ordinateurs dans ma chambre. Pas parce que ça me plaît, ni pour faire plaisir à Monsieur, mais parce qu’il faut bien qu’il y en ait un de raisonnable…

                                       PHILIPPE
OK!   Et, je te passe mon bureau pour y mettre ton ordinateur. Je te ferai même une place dans mes filières. Je te passe les deux du bas. Comme ça, n’y aura pas de raison que tu laisses traîner tes cochonneries.
                                     GASTON
Ce ne sont pas des cochonneries. C’est mon travail d’écrivain. Tu pourrais au moins me respecter dans mon professionnalisme.

                                  PHILIPPE

Pardon ! Tu sais que j’apprécie tes créations. Je voulais parler de tes brouillons. Tu les gardes tous comme si tu voulais fournir à toi seul toutes les archives du Québec. 

Gaston lit quelques poèmes que Philippe écoute religieusement, applaudissant entre chacun. Gaston est visiblement fier comme un paon.

12— Intérieur — Maison — Chambre de Gaston– environ 19 h 30 — 12

Les deux ordinateurs sont placés le long des murs. Une fois la chambre installée, Gaston constate que c’est plus qu’acceptable puisqu’on peut voyager assez librement autour de la mousse synthétique qui sert de matelas…

Gaston court autour de celui-ci comme un gamin.
                                   GASTON
J’ai maintenant mon ranch…
Gaston fait semblant de se servir d’un lasso. Il s’approche de Philippe et l’entoure de ses bras.  


                                   GASTON (murmure à Philippe)


Je t’aime bien, tu sais. Plus que tu te l’imagines. Un peu chialeur, mais tellement compréhensif.

 
Philippe se sent inconfortable, gêné, mais il enlace Gaston à son tour. Un large sourire prouve qu’il a retrouvé un peu de bonheur.


                              PHILIPPE (presque amoureusement)


Je te tiens, mon petit poulain !      

Gaston est ravi. Il se sent enfin désiré par un homme. Il aura un père. Il tente d’embrasser Philippe qui tourne la tête.
 
                             GASTON

 Ce n’est pas grave. Tu fais des progrès. C’est la première fois que tu me sers dans tes bras.
 
Comme si Philippe en prenait soudainement conscience, il laisse Gaston et se dirige vers la cuisine. Soudainement, il revient sur ses pas et crie :
 

                         PHILIPPE


Faudrait pas que tu te fasses des idées. Je me suis oublié, c’est tout. J’ai tellement besoin de tendresse moi aussi…
 
 Il entre dans la chambre. Gaston lui saute sur le dos.

                      GASTON
 Envoye ! Envoye ! Joly Jumper! T’as ton Lucky Lucke !
  
Philippe court partout avec Gaston accroché au dos.

Quand ils passent près du matelas, au centre de la chambre de Gaston, Gaston saute sur celui-ci et court s’asseoir à son ordinateur.

                     GASTON

     Tu vas m’apprendre à m’en servir ?

Philippe, quant à lui, s’allonge sur le dos sur le matelas. Il regarde Gaston avec un grand sourire et des yeux devenus subitement follement amoureux.

                       PHILIPPE
Sûrement! Je t’apprendrai tout ce que tu veux. Finalement, l’appartement, ça va être bien… même si c’est encore un peu petit. Quand on sera un peu plus riche, nous nous en prendrons un plus grand. On ne peut pas changer maintenant, on devrait payer deux loyers à la fois.

                          GASTON
Oui, mais j’y serai probablement seul. Tu ne m’aimes pas assez pour qu’on vive en couple.
Gaston ferme l’ordinateur, se lève et vient s’allonger près de Philippe. Il caresse la joue de Philippe. Lui donne un petit bec, mais se relève d’un bond.

                              GASTON

Merde! J’ai oublié mes pilules. Laisse-moi tranquille un peu, j’aimerais dormir. Tous ces malentendus me tuent.

Philippe surpris quitte la chambre, penaud. Il se rend à la cuisine, tout en allumant une cigarette.


13— Intérieur — Maison — cuisine — vers 18 h 15–  13

Philippe s’assoit et s’aperçoit soudainement que le buste de son robot C-3 PO, de la Guerre des Étoiles, a disparu. Il cherche sous la table, sur les tablettes et le retrouve enfin dans l’armoire de l’évier.

Philippe, visiblement offusqué, le replace à nouveau sur le frigidaire et se rend devant la chambre de Gaston. Il se plante devant la porte pour respecter l’espace de son colocataire.

                          PHILIPPE
Gaston! Gaston! Ne fais pas semblant de dormir. Je vois tes yeux, hypocrites. Pourquoi as-tu enlevé le buste sur le frigidaire ?

                           GASTON
Y me plaît pas !   Yé laid !

                            PHILIPPE
Maudit! J’aimerais bien savoir pour qui tu te prends pour juger de mes goûts. Je l’ai remis là où il était et il va rester là.

                         GASTON
Y en est pas question. Je vis ici moi aussi. Et, je ne me ferai pas imposer la laideur.
      
14 — Intérieur — Maison — Cuisine — trois minutes plus tard — 14

Gaston sort de sa chambre et vient trouver Philippe dans la cuisine. 

Il entre dans la cuisine, prend le buste sur le frigidaire et le replace sous l’évier. Philippe lui arrache des mains, s’arrête, avant de le frapper, quoique le geste est clair.


                               PHILIPPE


C’est un souvenir de mon fils qui s’est suicidé et il n’y a pas un maudit qui va y toucher.


                            GASTON


T’aurais pu le dire avant. Mais, je tiens à t’avertir… la décoration dans la maison (en haussant la voix) c’est MON AFFAIRE.

                          PHILIPPE
 T’as rien et tu vas décider OÙ (il insiste) TU (il insiste encore plus) vas mettre nos affaires et lesquelles en plus, j’imagine… Pour qui te prends-tu? Le roi ?

 
                      GASTON
Non! Le colocataire qui a aussi ses droits. Tu passes ton temps à me dominer… j’en ai assez.
Philippe est sidéré. Il a de la difficulté à retenir sa colère. Il replace les chaises autour de la table avec fracas. Il s’avance vers Gaston comme pour le confronter.

 
                     PHILIPPE (avec mépris)


Moi, te dominer? T’es malade! Je ne domine même pas la situation. Quant à toi, c’est vrai que tu n’as presque rien à dominer. Tu n’as rien qui t’appartient.

                      GASTON
J’ai signé le bail. C’est moi le locataire principal. Si tu n’es pas content, crisse ton camp! D’ailleurs, puisqu’on a payé moitié-moitié, on va l’appliquer tout de suite.

Gaston se rue vers les armoires. Il y déplace tout. Mettant ses affaires d’un bord et celles de Philippe de l’autre. De son côté, les tablettes sont pratiquement vides alors qu’il doit mettre sur la table les choses de Philippe qui n’entrent plus dans leur «espace réservé». Elle est vite remplie.

                     GASTON

Je ne veux plus que tu touches à MES (insistant) AFFAIRES.

                   PHILIPPE


Je ne l’ai jamais fait.
                     GASTON

Qu’importe !   À partir de maintenant, chacun pour soi !


                     PHILIPPE


OK! OK !   Je reprends tout ce que je t’ai passé. Le lit. Le bureau pour ton ordinateur, la lampe sur la table de cuisine. Bonne chance! Maudit niaiseux.

                    GASTON
On sait bien, t’as presque tout. Tu peux tout reprendre. J’aime autant ne rien te devoir.
  
Gaston se dirige vers sa chambre, le temps de reprendre un autre ton, sans perdre la face.

                                       GASTON
Bon. Disons qu’on oublie ça. C’est fou le moitié-moitié. Je te permets de mélanger mes choses aux tiennes à condition cependant que ça fasse plus d’espace à tous les deux.

                              PHILIPPE

Tu deviens raisonnable. Si on doit vivre ensemble, on doit essayer de se rendre la vie agréable au lieu de toujours se chicaner.

                         GASTON

C’est l’évidence même. Mais, je ne serais pas ici, si tu ne m’y avais pas obligé.


                        PHILIPPE

Obligé? Je ne t’ai jamais obligé à quoi que ce soit. Tu m’as écrit un poème d’amour, me menaçant de te suicider, si je te rejetais moi aussi. T’étais tellement en détresse que j’ai décidé de me sacrifier pour te sauver la vie. J’ai tout laissé pour toi. 


                     GASTON

Ce n’est pas ça du tout. On m’a informé que tu paniquais, tu trouvais que la police cernait trop notre mouvement révolutionnaire. On a eu peur que tu fasses tout manquer à cause de ta maudite panique. Je suis ici pour t’appuyer parce que tu es trop lâche pour faire face à la musique. Tu te sauves de toi-même comme si tu étais le seul à avoir été repéré. Tu n’avais qu’à ne pas attirer l’attention avec tes affaires de cul, si tu ne voulais pas être dérangé.

                         PHILIPPE
Je peux me passer de ton aide.   Je n’ai pas plus peur que les autres membres de la cellule. Ils s’imaginent peut-être que je suis le seul à vivre une vie sexuelle en dehors du mouvement.   J’ai déménagé parce qu’on m’a affirmé qu’on ferait une équipe du tonnerre ensemble…
                 GASTON

 Ce n’est pas ce que l’on m’a dit. On dit que tu déménages tout le temps parce que t’es trop parano pour demeurer plus d’un an à la même place.

                   PHILIPPE

Je ne me sauve pas. Je demeure où je peux, selon les besoins. Si j’ai terminé ma mission, il faut bien que je déménage. C’est vrai que je n’ai pas la vie facile, ces temps-ci.   Le suicide de son enfant unique, ça gruge en maudit un caractère. Tu devrais comprendre. 


                     GASTON


Ce n’est pas une raison pour me mépriser.
                      
À ces mots, Philippe regrette de s’être laissé emporter et d’avoir agi comme s’il n’affectionnait pas particulièrement Gaston. 

Pendant une seconde, il se demande si cette rencontre ne servait pas à essayer inconsciemment d’oublier son fils. 

Il essaie donc, lui aussi, de changer de ton. Il s’approche de Gaston et vient pour lui passer la main dans les cheveux, mais il se retient et arrête son geste.

 
                   PHILIPPE

C’est absolument faux, ce que tu dis là. Si j’avais le moindre mépris pour toi, je ne serais pas ici. Je t’aime à ma façon. Tu as peut-être un caractère de fou; mais je trouve que tu as un talent tout aussi fou. Il faut donc te laisser t’exprimer… même à travers les bêtises d’un gars de ton âge.

Gaston est flatté. Il se rapproche de Philippe, visiblement pour en entendre davantage.

                  GASTON

Tu es le premier qui me dit que j’ai du talent. Venant de toi, ce n’est pas rien…


                  PHILIPPE

Je le crois vraiment, mais je ne veux pas que tu t’enfles la tête davantage, elle est déjà assez grosse comme ça.
     
Philippe lui caresse la joue et Gaston a enfin un sourire.
  
                  GASTON
Tu me mens peut-être, mais je te crois parce que je sais que j’ai un talent fou.
 
                  PHILIPPE
C’est malheureux que l’on s’engueule tout le temps. Peut-être est-ce ma faute? On ne change pas à mon âge. Puis, j’ai de la difficulté à m’endurer moi-même ces temps-ci.
                       GASTON
Laisse donc un peu ton passé. Pense à nous. Au merveilleux hasard qui fait que nous soyons ensemble. Tu es un merveilleux poète et moi aussi. Mais, tu ne connais rien en théâtre et même si je suis beaucoup plus jeune que toi, je peux t’être mauditement utile.

                  PHILIPPE
T’as raison. Mais, ce n’est pas facile d’oublier quelqu’un qu’on a autant aimé. La mort de mon fils me tue.
Philippe se tourne pour ne pas laisser voir qu’il pleure. Gaston le prend dans ses bras et l’embrasse sur les joues. Philippe s’abandonne aux caresses.

Philippe se rend à l’armoire et sort un plat, puis, au frigidaire, où il prend deux            « steaks ».

                                                      PHILIPPE

Je fais à souper. On le mérite bien. On a assez travaillé. 

Philippe verse une tasse de riz et une tasse d’eau dans un plat. Il prend un poêle.

                                                   PHILIPPE

Comment veux-tu ton steak ?

                                                GASTON
Laisse faire, je n’en veux pas. Je vais me faire mon souper moi-même.


                                                  PHILIPPE
Je ne comprends pas. Un steak ce n’est pas assez bon pour toi? Je te l’offre de bon cœur.

                                                  GASTON

Je ne peux rien prendre de toi. Je dois protéger mon indépendance. Tout ce que je veux de toi, tu ne veux pas me le donner.


                                                  PHILIPPE


Encore cette maudite histoire d’amour. T’es fatigant avec ça. Ce n’est pas parce qu’on se ferait l’amour qu’on s’aimerait. Je ne sais pas dans quel maudit livre t’as pris ça.

Si je suis avec toi, c’est parce que tu as du talent. Pas autre chose. Parce qu’on rêve tous les deux de créer un nouveau pays. C’est comme ça. Je te vois comme un petit Mozart assassiné par l’establishment et l’argent.   Au Québec, on déteste les radicaux. Ils sont trop lucides. Tu es un danger venu du futur.

                                               GASTON
Moi, un agent? Tu peux bien manger de la merde… Je n’ai rien à faire avec la police. La police a défoncé chez moi aussi parce que j’écris. Elle cherchait aussi mes textes. Le Québec est actuellement un état policier.


                                              PHILIPPE (insistant)


Je n’ai pas dit agent, j’ai dit « argent ». Si je pensais que tu es un agent double, je ne vivrais pas avec toi une seule seconde.


Gaston se lève. Il prend une assiette et y dépose deux tranches de pain qu’il graisse généreusement de beurre de peanuts.


                                  PHILIPPE (Philippe ahuri, mange Gaston des yeux)
Tu ne me feras quand même pas ce coup-là. Comment veux-tu que je mange en paix du steak quand tu t’offres du beurre de peanuts.


                                 GASTON (provocateur)

Monsieur veut avoir bonne conscience. Il ne peut pas tolérer le vrai visage de la pauvreté. Eh oui! C’est ainsi.   Monsieur ne paye plus de vin, depuis qu’il me tient. Je suis devenu un poids. Un esclave.

                                            PHILIPPE
 

Ah bon ! Monsieur Gaston veut du vin maintenant.   Le steak ne lui suffit plus. Et, évidemment, c’est moi qui paye.
 
  Philippe sort machinalement son portefeuille. Il n’a que 20 $.

                                           PHILIPPE
Tu vois bien que je n’ai pas les moyens de garrocher l’argent par les fenêtres.

                                       GASTON
L’autre soir, t’étais pourtant assez riche pour payer la bière à André.

                                          PHILIPPE   

Ce n’est pas pareil.   Je voulais le récompenser parce qu’il venait de nous trouver un appartement.
 
                                       GASTON
Un trou, tu veux dire. Un nid de puces.

                                        PHILIPPE
Tu prétendais pourtant l’aimer. C’est toi qui as plaidé pour qu’on s’installe ici.
                                       GASTON

Ne change pas de sujet. Avec André, pas problème. Tu lui achèterais le ciel et l’enfer. Penses-tu que je n’ai pas vu lui faire les yeux doux ?

                                     PHILIPPE

En plus d’être obsédé, Monsieur est jaloux.


Philippe, fatigué de cette nouvelle discussion inutile, lui fait une grimace, mais tend le 20 $ à Gaston


                                          PHILIPPE

Rien au-dessus de 15 $, j’ai besoin du reste pour manger demain à la cafétéria. J’ai deux cours. Je ne peux pas y assister le ventre creux.
  

Gaston sourit. Il prend victorieusement l’argent, son manteau et son petit foulard et s’élance vers la porte.

                                        PHILIPPE (désabusé)
Tu pourrais au moins laisser ton petit maudit foulard ici. Tu n’es pas obligé d’avoir l’air fou.

                                       GASTON
C’est tout ce que j’ai, et je m’habille comme je veux.

                                       PHILIPPE
Attends un peu !

Simoneau. Théâtre 11

janvier 14, 2021

Simoneau. Théâtre 11

Les puces 4

9— Intérieur — Maison — Chambre de Philippe. — vers 17 heures — 9

Gaston se pointe dans la porte de la chambre de Philippe et observe les meubles.

                            GASTON
T’n’as pas besoin de deux bureaux et d’un si grand lit. On peut coucher tous les deux là-dedans.

                              PHILIPPE
C’est vrai que ça pourrait être une solution. Ta chambre pourrait être notre bureau de travail. Ce n’est pas parce qu’on couche dans le même lit qu’on doit.   De toute façon, c’est notre vie. On a droit à notre vie privée autant que n’importe quel riche. On n’est pas obligé de se toucher, même si on vit ensemble.
 
                              GASTON
T’es donc bien scrupuleux pour un gars qui écrit qu’il faut s’émanciper de la haine et des peurs religieuses. Ce n’est pas tout de le dire, il faut le vivre, sinon on est comme tous les autres, des aliénés.

                                PHILIPPE
Pis non! On a dit chacun sa chambre. Alors, si on se chicane, ce qui n’arrive jamais, jamais, on aura un endroit à nous pourrons nous retrouver. 

Si tu veux, j’ai un petit matelas et deux « foams », ils sont très confortables. Je peux te les passer. Il suffira de laver le plancher pour s’assurer qu’il n’y a pas plein de puces. Je tiens à vivre dans une maison propre… avec mon…

                              GASTON
Ton intimité, je présume. N’aie pas peur de le dire. Moi, je suis le gueux dans cette demeure. Je n’ai pas de lit, mais ça, tu t’en fiches. Ta petite personne d’abord, n’est-ce pas? Tu gardes le bon lit pour toi et tu m’offres les restants. Tu devrais les jeter, nous n’avons pas assez de place pour les garder. L’important, c’est que Monsieur soit confortable.

                              PHILIPPE (exaspéré, enragé)
Ce n’est quand même pas de ma faute si tu n’as pas de lit. Si j’avais su, jamais je ne serais venu rester avec toi. Une vraie maison de fous. Tu n’es jamais content. Veux-tu mes bobettes aussi, tant qu’à y être ?

                             GASTON
T’es écœurant! Je n’ai rien et tu t’acharnes contre moi. Qu’est-ce que je t’ai
fait de mal ?

Tu tiens tellement à tes choses que tu ne me vois même pas. Tu te fiches que moi, je t’aime à la folie. C’est ça quand on est devenu bourgeois : les choses ont plus d’importance que les gens. On sait bien quand on est une vedette littéraire, les petits poètes qui commencent n’ont aucune importance.

                           PHILIPPE
C’est ça, c’est de ma faute maintenant si je fus publié, moi. Eh bien sache! Si ça peut te faire plaisir, que les éditeurs me refusent maintenant. Je dérange trop. Ils ont peur et veulent tout censurer. Ils se colonisent. Il ne faut jamais parler du plus bel amour de la race humaine : l’amour des garçons. 

Les éditeurs comme nos dirigeants ne comprennent pas combien il est important de se respecter soi-même, de s’accepter et de s’affirmer, si l’on veut changer la société pour qu’elle soit un jour plus humaine. Ce que tu écris et ce que tu vis, ce sont deux choses différentes. L’écriture suit souvent le vécu, car le vécu est la source d’inspiration autant que l’imagination. Il faut le vivre avant de l’écrire.

Bientôt, on prétendra que l’amour pédéraste de la Grèce antique n’a jamais existé. Nous vivons dans un monde où seule l’hétérosexualité a vraiment sa place. Un monde qui nie la réalité humaine pour contrôler les individus et par le fait même tout diriger dans la société. Il n’y aura plus d’hommes bientôt…

Par contre, ce n’est pas parce que je suis pédéraste que je suis obligé d’être à genoux devant tous les jeunes qui me croisent. On ne peut pas tomber en amour avec tout un chacun. Il y a une différence fondamentale entre une petite aventure pour faire retomber le trop-plein et être en amour. T’es jeune, mais tu devrais déjà avoir expérimenté la différence.

                           GASTON
Je suis d’accord! Plus le temps passe, plus nos sociétés se comportent comme au temps des Inquisitions en s’attaquant aux pédérastes, mais cette peur n’est pas une raison pour que tu me rejettes. T’es devenu trop parano. Tu es devenu niaiseux. J’ai 14 ans, donc, l’âge de consentement. Si je le désire, tu as le droit de coucher avec moi. 

                             PHILIPPE
Bientôt, on voudra interdire tout rapport intergénérationnel. Ils ont peur que l’homosexualité l’emporte sur l’hétérosexualité… Quels idiots! En mélangeant la pédophilie et la pédérastie, le système arrive à maintenir la peur chez tous les parents et tous les enfants. On croit que ce que les médias veulent bien nous faire croire. La police invente toujours des scénarios, soit en se servant de la notion d’autorité ou des excuses du genre pour t’envoyer quand même en dedans. On vit dans une société qui est le germe d’un monde fasciste à outrance.

                              GASTON
T’as raison. On nous dit : rêver! Rêver petits, mais surtout tenez-vous loin. C’est exactement ce que tu fais.

                               PHILIPPE
Pour ce que t’en sais… La pédérastie platonique, c’est de l’hypocrisie. Il faut être malade pour vivre de ses frustrations. La beauté, une branlette; la beauté; une autre branlette.

Tu ne peux plus regarder personne sans qu’elle pense que tu la harcèles. Le regard doit faire fondre les individus. Le monde est rendu malade. Bientôt on va interdire de regarder les autres et la masturbation à la cachette. Quand ça arrivera, je me suiciderai.

                               GASTON
Tu devrais arrêter d’avoir aussi peur et t’apercevoir que je suis là. La pédérastie ce n’est pas qu’une belle théorie.

                               PHILIPPE
Il n’en est pas question. Point final. J’ai trop peur. Ainsi, tu ne pourras pas te vanter que je t’ai violé et me déculotter de tous mes biens dans le temps de le dire. Chacun sa chambre !
   

Philippe prend les « mousses » dans la garde-robe et les donne à Gaston. Gaston les apporte dans sa chambre, puis revient.  

                                PHILIPPE (en voyant Gaston)
On pourrait peut-être mettre les deux ordinateurs dans le salon. Ça te ferait plus d’espace ainsi qu’à moi.


Gaston semble réfléchir. Il se gratte la tête et retourne dans sa chambre. Il crie finalement.

                              GASTON
Faudrait pas que tu penses que je veux profiter de toi. Je ne veux pas lire tes textes et je ne veux surtout pas que tu touches aux miens. Comme ça, je serai certain de ne pas subir ton influence. Si les ordinateurs sont au même endroit, il n’y a rien qui m’assure que toi tu ne liras pas mes textes et voler mes idées.


                              PHILIPPE
Y a un problème que tu ignores. Non seulement ma chambre est pleine et je ne pourrais pas y installer mon ordinateur, mais je ne veux plus écrire. Ainsi, tu n’auras pas à être jaloux de mon succès.


                              GASTON
On avait dit « les ordinateurs dans chacune de nos chambres ». Ce n’est pas ma faute si t’as trop d’affaires. Tu n’as qu’à m’en donner.


                              PHILIPPE
Je sais. Ce n’est pas toi qui as le plus besoin d’espace, même si ta chambre est petite… Tu n’as que tes ustensiles et tes livres. Ça te suffit, voilà tout; mais je ne suis pas obligé d’être aussi nu que toi pour être aussi zen.  

Viens m’aider. On va laver le corridor. Ce sera facile le plancher est en bois.

Simoneau. Théâtre 10

janvier 13, 2021

Théâtre 10
Les puces 3

5—     Intérieur          Maison — cuisine — matin          5

Philippe et Gaston se dirigent à la cuisine. Ils placent les meubles, mais la sécheuse est de trop.   Ils la sortent à l’extérieur en attendant de trouver une solution définitive.

Gaston lève son bord beaucoup trop haut et essaie d’aller le plus vite possible.

Philippe manque de trébucher… Il a le bout le plus difficile à manœuvrer.


                                   PHILIPPE (durant les manœuvres).


Ne pousse pas si fort !     Ne lève pas si haut !    Tabarnak! Veux-tu me tuer? Tu ne sais pas travailler ?

Gaston le fusille des yeux. Il marmonne…

                                        GASTON
Yé comme mon père, ce t’hostie-là, je vais le tuer. Je vais le tuer.

6— Int  — Maison — Cuisine — Midi    6

Philippe prépare un café. Il s’assoit ensuite près de Gaston à la table.
Il lui tâte les muscles du bras, question d’être plus amical et d’oublier l’échec des communications durant le travail.

                                               PHILIPPE

Y a du muscle là-dedans !

                                             GASTON

Ne me touche pas Christ. Je n’ai pas envie de faire rire de moi, ce matin. Alors, fiche-moi la paix.

                                            PHILIPPE

Est-ce qu’il t’arrive d’être de bonne humeur ?
        

Gaston se relève, il examine la cuisine déjà surchargée de meubles. Il essaie la micro-onde, question de voir s’il fonctionne bien. Allume tous les ronds du poêle et ouvre le frigidaire qui est affreusement sale.

                                                 PHILIPPE
On a qu’à laver. Ce n’est pas pire que les puces dans la salle de bains. Il faudra frotter. On est aussi bien de s’y habituer. Je n’ai jamais vu un logement aussi sale.


                                                GASTON


Ce n’est pas grave. De toute façon, tu n’as rien d’autre à faire.


                                                 PHILIPPE  (touché)


Me prends-tu pour ta mère ou ton père? T’as besoin d’aller chercher ailleurs si tu veux te faire torcher.

                                                GASTON

Les nerfs! Les nerfs!   Je n’ai pas dit que je ne t’aiderai pas…


                                                  PHILIPPE


Tu pourrais commencer par fermer les ronds du poêle avant qu’on passe au feu. Tu vois bien que tout fonctionne merveilleusement bien.

                                               GASTON

Je voulais juste savoir. Je ne veux pas payer 50 $ par mois pour des cochonneries.


                                               PHILIPPE

25 $. On paie moitié-moitié. C’est un marché conclu parce qu’on aurait dit que t’avais peur que je me sauve avec les meubles avant de payer la facture.


                                          GASTON

On ne sait jamais. Je ne te connais pas tellement finalement. Ce n’est pas parce qu’on dit que t’es un des dirigeants de la révolution que ça veut dire que tu ne me volerais pas.


                                           PHILIPPE


On voit que tu ne connais pas grand-chose à la révolution. Entre nous, c’est la solidarité absolue. Tu peux être tout ce que tu voudras, tant que tu respectes les objectifs de la révolution.


                                        GASTON (se montrant aimable)


C’est mieux ainsi. Tu ne pourras pas me laisser tomber aussi facilement. J’ai le bail et la moitié des meubles de la cuisine que nous avons achetés en signant le bail.

                                             PHILIPPE


La confiance règne à ce je vois! Viens prendre ton café avant qu’il ne soit froid…


                                           GASTON


Je ne bois que du thé. Merci quand même.

   

Philippe étonné regarde la cafetière, prête pour au moins deux tasses chaque. 
   

                                       PHILIPPE


  Ce café-là coûte 10 $ le 550 grammes.

                                        

                                     GASTON
 
Pis? 

                                    PHILIPPE


Dommage pour toi, il est excellent.

 Question de détendre un peu l’atmosphère et ne pas trop regretter de s’être installé avec Gaston, Philippe sort une bouteille de vin et une vidéo québécoise.
                                              

                                   PHILIPPE


Ça te dit de prendre un bon petit verre de vin en regardant ce film. Gaston lit le titre de DVD, sourit et s’exclame.


                                               GASTON


Ça fait des mois que je rêve de voir ce film. Y paraît que c’est drôle à mourir.
 

Ils s’installent dans le salon sur le seul sofa dans la place. Philippe est touché d’entendre rire Gaston. Il est si ému qu’il ne se rend même pas compte que Gaston lui plaît autant qu’il peut le haïr quand Gaston se met à jouer à l’enfant gâté. 

Gaston a les yeux tellement électrisants que Philippe le trouve de plus en plus séduisant.
« Je ne dois pas m’attacher. Je dois demeurer libre. », se dit Philippe.
Après quelques verres de vin, Gaston est plus euphorique. Philippe en profite pour le questionner.


                                       PHILIPPE

Qu’est-ce qui s’est passé entre toi et ton père ?


                             Gaston (subitement maussade)

Ça ne te regarde pas. Je le hais, c’est tout. Pour lui, je n’existe pas. Je suis un perverti parce que je suis gai. Il m’a fichu à la porte.


                              Philippe (comprenant mieux les réactions de Gaston) 

Je m’excuse, je ne voulais pas tourner le fer dans la plaie.


                                           Gaston


Ce n’est pas grave quand tu me traites comme un nul, je te sens comme mon père.        

 

Gaston se met à pleurer. Philippe le prend dans ses bras et l’embrasse sur la tête. 


7— Intérieur — Maison — Chambre de Gaston — vers 16 h 30 — 7

Après avoir rangé son ordinateur près du mur, Gaston éparpille tous les livres et papiers, contenus dans ses cinq boîtes, sur le plancher. Gaston est à quatre pattes et les examine. 

Voyant cela, Philippe, obsédé par la propreté, ne peut pas se contenir. Il revoit les puces dans la toilette et se demande si ces petites bibittes ne se sont pas installées ailleurs.

                                         PHILIPPE

Tu ne trouves pas que c’est assez en désordre sans y ajouter le tien. Il serait préférable de laver le plancher et le désinfecter. Ainsi, tu ne seras pas victime des puces de la maison.

                                   GASTON (surpris)


Je suis dans ma chambre. Je fais ce que je veux. Ça ne regarde personne, pas plus toi qu’un autre. D’ailleurs, c’est toi qui devrais avoir honte… On paie cet appartement moitié-moitié et tu occupes toute la place. Je suis envahi


Gaston se relève. Il s’avance vers Philippe, en faisant bien attention de ne pas piler sur ses papiers.

                                GASTON (vindicatif et presque sanglotant)


J’ai nulle part où respirer! Égoïste! Tu te fous de moi complètement… Tout ce que tu veux, c’est mon argent pour t’installer. Moi, je ne suis qu’un meuble.


Philippe est complètement décontenancé par cette sortie imprévue. Il pensait que ses caresses avaient replacé Gaston au rang qu’il occupe dans sa vie et que Gaston en était maintenant conscient.

  
                                         PHILIPPE

Tu sais très bien que ce n’est pas vrai. Je prends plus de place, tout simplement parce que j’ai plus de meubles que toi. Le riche ici, c’est moi. Je n’y peux rien. J’ai toujours travaillé et économisé le plus d’argent possible. Ce n’est pas moi qui ai choisi cet appartement. J’en aurais pris un bien plus grand.

 
Philippe laisse Gaston à ses affaires et va plutôt placer ses choses dans sa chambre.


Simoneau. Théâtre 9

janvier 12, 2021

Simoneau. Théâtre 9

Les puces 2

4— Int.   Maison. Cuisine-corridor — Matin   4


Philippe regrette d’avoir été aussi dur avec Gaston. Il essaie de se faire pardonner. Il se lève d’un coup et court après Gaston. Rien comme le jeu pour se faire pardonner. Philippe attrape Gaston, le chatouille et lui frappe doucement les fesses. Gaston crie comme si on le tuait, même si très visiblement, ils s’amusent tous les deux.

                                             GASTON

Lâche-moi! Lâche-moi! Je ne veux pas que tu me touches ! 
Si tu m’aimais vraiment tu m’aurais au moins embrassé pour ne souhaiter la bienvenue. Pour toi, je ne suis visiblement qu’un autre colocataire.
                                             PHILIPPE

J’étais occupé. J’ai aussi d’autres préoccupations. J’ai une cause, moi. Il faut savoir sacrifier le plaisir pour sa cause.

Gaston rit. Il se relève et il se promène dans le corridor. Il agite les bras comme s’il était une poule et avait des ailes. Il crie :

                                       GASTON
   Cose !    Cose! Quoik! Quoik !   Quoik !

Philippe est visiblement blessé. Personne ne peut et ne doit ridiculiser le courage de se battre pour son pays.

Quant à Gaston, il réagit comme si cette remarque l’humiliait encore plus, comme s’il prenait conscience qu’il est le deuxième dans le cerveau de Philippe.

Gaston se promène et frappe du pied dans les boîtes que Philippe a laissé dans le corridor. Il jette de petits objets par terre comme si la place n’était pas déjà assez sale.
       
                                        PHILIPPE

La cause, c’est la liberté, une vie agréable pour tous. Pas juste des besoins égoïstes. Si on l’emporte, il n’y aura plus de guerre nulle part… plus de misère pour les plus démunis. Ce n’est pas une farce… Ce n’est surtout pas risible. !

Philippe est sur le point d’éclater. Il suit Gaston, ramassant au fur et à mesure ce que Gaston jette par terre.

                                          PHILIPPE

Quand on est libre, on assume ses limites et ses responsabilités… On n’est pas seul sur terre…
                                  GASTON

Je vois ça… justement…    T’aurais au moins pu penser qu’on sera deux dans ce petit maudit appartement. Non seulement tu ne me fais aucun câlin en arrivant pour montrer que tu es heureux de vivre avec moi, mais tu prends tout l’espace. J’existe moi aussi.
                             
                                    PHILIPPE

Je n’ai apporté que le minimum vital. Ce n’est pas parce que je déménage souvent que je dois abandonner tout ce que j’ai. On a pris cet appartement parce que tu n’es pas assez riche pour m’aider à en prendre un plus grand. 

                                  GASTON

Minimum?   T’appelle ça un minimum, toi? On n’a même plus place pour aller chier… les toilettes sont envahies par tes lotions…

Gaston se promène dans le corridor, s’amusant à jeter d’autres boîtes par terre, après avoir regardé à l’intérieur. Gaston est visiblement en colère. Il s’avance devant un miroir qu’il fracasse d’un coup de pied.

                                   GASTON

   Les miroirs, c’est bourgeois. Ça me fait chier !

Philippe, retenant sa colère, se penche et ramasse quelques gros morceaux qu’il dépose dans une poubelle qu’il va chercher dans la cuisine.

                                PHILIPPE

Ce n’est pas la faute de mon miroir, si t’as encore l’air d’un itinérant et le comportement d’un adolescent frustré. Je comprends que tu aies de la misère à accepter ton image. Si t’avais été mon fils, je t’aurais appris à respecter les choses.

                                GASTON

T’es pas assez intelligent pour comprendre. T’es pas un anarchiste, toi, ça se voit! T’admire ta sainte face. Pas moi! Je ne suis pas un hostie de bourgeois.

Même si le miroir est en mille miettes, Gaston frappe dans les plus gros morceaux de verre qui sont encore debout contre le mur.

                                  GASTON

Je suis écœuré de votre hostie d’éducation. J’aurai l’air de que je voudrai, au moins, moi je suis libre. Je ne suis pas un esclave de.

                                 PHILIPPE

Pourquoi t’as des trous dans tes jeans, si ce n’est pas pour obéir à la mode ?

                                  Gaston

J’aurais pensé que toi au moins tu serais capable d’assumer ce que tu prétends être dans tes écrits. Mais t’es aussi sale que les autres qui se prennent pour des vedettes. Pour toi, que je t’aime, ce n’est qu’un jeu. 1984.  C’est notre réalité à nous les jeunes parce que les vieux bornés ont décidé de notre vie, ont fixé leurs règles, sans jamais nous consulter. La vie, c’est rien que de la merde! Les humains sont tous des maudits hypocrites.

Philippe s’approche de Gaston et tente de lui passer la main dans les cheveux pour le calmer un peu.


                                       PHILIPPE (tendrement)

On serait aussi bien de tout abdiquer, si la vie était comme tu dis. Si c’est vrai que tout le monde est pourri.

Gaston se tasse pour ne pas se laisser caresser la tête.

                                 GASTON

Ne me touche pas! Je ne suis pas ton fils. Il n’y a qu’un moyen de s’en sortir : sauver sa peau. Ne penser qu’à soi. Ce ne sera pas mieux demain, ce sera pire. La solidarité, ça n’existe que dans les livres. Les victoriennes sont au pouvoir et nous apprennent à s’entre-stooler. Le problème du Québec, c’est qu’il ne sait pas encore s’il est un gars ou une fille… mais il a bien l’air d’une fille, il aime se faire fourrer.

                                  PHILIPPE

T’as pas l’air de savoir ce que tu dis. T’es même vulgaire. Dire que j’ai laissé ma maison pour m’installer avec toi.


Gaston hausse les épaules. Il se promène de plus en plus vite. Il s’arrête quelques secondes devant les portes de chambres, cherchant visiblement quelque chose. Il s’arrête derrière Philippe qui ramasse maintenant les miettes de miroir dans un porte-poussière.

                                         GASTON

   Où vais-je m’installer ?
 
                                  PHILIPPE

Ce n’est pas si pire. Tu charries. Viens voir. Il y a moyen de s’arranger.   

Philippe et Gaston entreprennent la visite des lieux. Ils examinent tout, pièce par pièce, tout en demeurant dans le corridor. Ils constatent que cet appartement est finalement très petit pour deux locataires.

                               PHILIPPE
Il n’y a pas que les toilettes qui sont affreusement sales, il faudra tout laver avant de s’installer. La salle de bain était bourrée de puces. Je ne peux pas endurer une telle saleté. Je lave depuis ce matin très tôt. Je croyais que tu viendrais m’aider puisque tu vivras ici toi aussi.

                                GASTON

   Je ne t’ai pas obligé à vivre avec moi.   À part les puces, je peux tout endurer.

                                 PHILIPPE

   Je vais prendre la chambre la plus près de la cuisine. C’est la plus grande.
             
                                  GASTON

   Pourquoi aurais-tu la plus grande? C’est moi qui ai signé le bail.

                               PHILIPPE

Tu ne voulais pas que je signe. Tu voulais de nouvelles responsabilités. Vrai ou faux? Il me semble qu’en ayant le plus de meubles, c’est juste normal que j’aie la plus grande chambre.

                                   GASTON

   Justement! Moi, je ne suis rien…

                                     PHILIPPE

T’es malade! Tu sais très bien que je te considère comme un très bon poète, même si tu es très jeune.

                                    GASTON

Parce qu’étant très jeune, on a moins de talent. Évidemment, les vieux…

                                    PHILIPPE

On a plus vécu, donc, nos textes sont plus profonds.

                                    GASTON

Vous avez été tellement censurés que vous ne pouvez plus rien créer d’original. Vous êtes pris dans vos règles d’antan. Vous êtes prisonniers de votre maudite tradition. Le petit Jésus vous tient par les couilles. Non, ce serait trop agréable pour vous…

                                       PHILIPPE

Ne sois pas ridicule! Même si je te connais très peu, je trouve que ton manuscrit est très fort pour un gars de ton âge. Je n’ai pas d’intérêt à te mentir.
                                       GASTON

Ne perds pas ton temps. Je sais que tu me prends pour un nul.

                                        PHILIPPE

Pas du tout. Je t’ai laissé signer le bail pour que tu te sentes responsable. 
                                          GASTON

T’n’as pas signé le bail parce que tu veux pouvoir ficher le camp dès que je te casserai les pieds. Ça ne change rien dans ma vie. J’ai toujours été un rejet. Une fois de plus, je n’en mourrai pas. Mais, cette fois, c’est différent. Je t’aime, je t’adore. T’es mon héros.

                                                PHILIPPE
Ne me recommence pas ça. Ça été clair. Je suis à la branlette depuis dix ans parce qu’on ne peut plus faire confiance aux jeunes qui essaient de nous faire chanter dès qu’ils commencent à consommer de la drogue. Non seulement les jeunes coûtent une fortune à entretenir, mais dans dix ou vingt ans, ils nous feront encore chanter pour nous vider les poches grâce à un système mis en place par les autorités de concert avec la pègre qui arrive à faire croire que le plaisir blesse. Tant que le chantage sera un commerce lucratif, je préfère avoir confiance à mes doigts. Je peux endurer encore un peu à vivre ma solitude. Je me nourris d’esthétique. 

La beauté est devenue interdite. Je ne serais pas surpris que les fous du judiciaire deviennent plus malades que les SS. S’ils savaient qu’ils ne peuvent rien contre nous, ils nous crèveraient les yeux pour qu’on ne voie plus un petit gars. Ils ne comprennent pas qu’on peut jouir à contempler le Beau. 

T’es bien beau. T’es même mauditement de mon goût, mais je ne veux pas perdre le reste ma vie à moisir en prison parce que nos sociétés sont incapables d’évoluer.  

T’as même un autre avantage, t’es bourré de talent. Je suis certain que nous nous aiderons tous les deux à devenir de plus grands créateurs. 

Par contre, je suis avec toi pour la poésie et la poésie seulement. Mets-le-toi dans la tête.

                                        GASTON

Hypocrite! Tu sais que j’ai l’âge de consentement. Tu savais dès que l’on s’est vu que je suis gai. Je suis jeune, mais gai quand même. Ça ne commence pas à 16 ans. On est ce qu’on est bien avant.    


                                        PHILIPPE

Pense ce que tu veux. Pour moi, c’est comme ça. Même si je voyais un jeune crever sur le trottoir, je ne courrais pas le risque de l’aider, car on ne sait jamais quand et comment il s’y prendra pour nous ruiner comme leur apprend le système de débiles qui nous gouverne.

Psychose pas psychose, je préfère me masturber.

Mais, je n’ai jamais laissé tomber personne, surtout si elle a du talent. Comme toi! Tu manques un peu d’assurance, c’est bien normal à ton âge. Moi, je n’avais même pas encore soupçonné la vocation de poète en moi à 19 ans.

                                     GASTON
 
 Je n’ai pas 19 ans, j’en ai 15 comme Rimbaud.
 
                                   PHILIPPE

Raison de plus pour que je ne m’entiche pas de toi     Tu perds ton temps. Je me demande si on ne fait pas une erreur en s’installant ensemble. Il y a des gens comme ça. Ils peuvent être d’excellents amis, mais ils ne peuvent pas vivre une seconde sous le même toit sans se chamailler sans cesse. Les pareils s’éloignent.

De toute façon, nous sommes condamnés à la solidarité. Tu n’as pas les moyens financiers de vivre sans moi et si tu laisses l’appartement je suis pris à payer la location durant les prochains mois, car je devrai assumer ce coût même si tu as signé le bail. Je suis le seul à voir l’argent pour le payer. Tu le sais comme moi. Donc, en attendant, Rimbaud va venir m’aider à la cuisine. On a un maudit problème. Nous avons trois fois trop de meubles. C’est trop petit ici.  

Simoneau. Théâtre 8

janvier 11, 2021

Simoneau .Théâtre 8

Les puces 1

             ——————————————————

Le texte fut préparé pour un cours de scénarisation, à l’UQAM, en vue de réaliser un film qui doit se dérouler dans un seul lieu, clos, avec le minimum de personnages.

             ____________________________________

                                
Un poète d’une cinquantaine d’années, Philippe, rencontre Gaston, un jeune poète qui tombe en amour avec lui.

Il est persuadé qu’en vivant avec son aîné, il parviendra à avoir autant de talent et ainsi publier plus rapidement ses écrits. 

Les refus répétés de Philippe d’accepter Gaston comme colocataire découragent Gaston et l’amènent à se mépriser lui-même davantage. 

Gaston parvient à la longue à faire accepter cette cohabitation avec Philippe.

C’est oublier la différence qui existe entre les plus âgés et les plus jeunes. Ils décident de vivre ensemble, mais cette rencontre fait naître alternativement l’amour et la haine à cause d’une jalousie intergénérationnelle. 

Philippe est-il le révolutionnaire pourchassé par le système qu’il croit et prétend être? Son petit ami Gaston arrivera-t-il à se faire aimer, malgré son caractère de chien?


 1— Int.   Maison — cuisine — Matin 1

PHILIPPE, malgré ses cinquante ans, travaille comme un fou à nettoyer le nouvel appartement qu’il occupera avec Gaston. Il place des meubles qui débordent de partout quand Gaston, un jeune poète de 16 ans, qui a même l’air plus jeune que son âge, arrive avec son baluchon, son ordinateur, son système de son, son téléphone et ses cinq caisses de livres.


2— Int.    Maison — cuisine — matin 2



GASTON dépose les cinq caisses de livres dans une chambre, installe sa chaîne stéréo et se rend dans la cuisine.


3— Int. Maison — cuisine — matin 3



Gaston place ses affaires dans les armoires : une tasse, une fourchette, un couteau, une cuillère, du riz, du beurre de peanuts et de la mayonnaise. Il écoute Léo Ferré, dans « Poètes, vos papiers », qui résonne en sourdine dans la cuisine.

Philippe le regarde amusé.
                                         
 

                      PHILIPPE (moqueur)
        
Ça t’a pris l’avant-midi pour ramasser tous ces meubles. Une chance qu’il n’y en avait pas trop, sinon j’imagine qu’on aurait dû pendre la crémaillère le printemps prochain…

Pendant que tu perdais ton temps à faire ton pseudo ménage, je frottais comme un fou. C’est une vraie porcherie, ici. Il y a de merde de chat partout. Celle qui vivait ici avant nous était une vraie cochonne ou une irresponsable.

Juste à faire le ménage, j’en ai mal à la tête.

Gaston le regarde, faisant semblant de rire. Il répète ce qu’il entend en gesticulant et en se moquant de Philippe. Il se casse les poignets comme une grande et se promène sur le bout des orteils comme s’il dansait un ballet, tout en disant :

                                          GASTON

J’imagine qu’on aurait pu pendre la crémaillère le printemps prochain.


Gaston s’arrête devant Philippe, bat des paupières et lui fait les yeux doux…                                                                
Gaston prend Philippe par le cou.
           
                                          PHILIPPE

Moque-toi de moi tant que tu voudras. Mais, détrompe-toi, je ne suis pas intéressé à toi… sexuellement, j’entends. Tu es beaucoup trop jeune.
    

Philippe enlève gentiment les bras de Gaston et il va s’asseoir à la table, sirotant un café.


                                           GASTON

T’es pédéraste, non ?

Le Jean Genêt du Québec… Voyons donc, Langevin ne les connaissait pas pour te surnommer ainsi. Ta vie, ce serait plutôt « La mort de Jonathan» ou encore plus précisément « Les amitiés particulières », en moins bon, évidemment… Toi, le marginal des marginaux, fuck you !

   
 Gaston se tourne, relève le derrière. Puis, se retourne et se place la main entre les deux jambes… l’agitant comme s’il se cajolait.

                                     PHILIPPE
   
 Ce n’est pas parce que je suis pédéraste que je dois nécessairement être amoureux de toi. Je ne saute pas au cou de tous les garçons.

                                     GASTON

Avoue que c’est tout ce qui t’intéresse de moi. Je suis comme les autres garçons dans ta vie. Les vieux sont tous des vicieux, c’est bien connu. Il faut bien qu’ils prennent ce qui se présente. Ils n’ont plus rien à offrir en contrepartie.
    

Philippe demeure indifférent. Il se prend un livre et commence à lire.
    
Gaston est visiblement choqué par cette attitude. Il range ses affaires, en déplaçant tout simplement les objets avec fracas.


                                      GASTON
    
 C’est malheureux que l’on soit encore aussi aliéné. Ça permet de croire que les enfants sont des anges et les anges, tout le monde le sait, n’ont pas de sexe. Christ de monde d’hypocrites!     Ce n’est pas tout d’écrire, il faut vivre… Aime-moi comme je t’aime !
    

Philippe encaisse les sarcasmes en lui faisant la moue et en lui tirant la langue. Il essaie de produire des grimaces qui soient drôles.
                                      
                                     PHILIPPE

Je te l’ai dit t’es trop jeune. Je suis pédéraste, pas pédophile.


                                      PHILIPPE (en haussant la voix)


J’ai plus que 10 ans, tu ne viendras pas me dire, toi un écrivain, que tu ne sais pas qu’un pédophile ne s’intéresse qu’à des enfants qui ont moins de 10 ans. T’es un perverti sexuel introverti. La vérité choque.
   

Gaston bouscule une chaise pour manifester sa colère de ne pas être plus désiré.

Simoneau. Théâtre 7

janvier 10, 2021

Simoneau. Théâtre 7

Fuck la reine 7

Dans le coin retentit une voix :

                                            Voix

Sa Majesté la Reine !  

Tout le monde se jette par terre et l’encarte comme un mahométan.    La voix poursuit :

                                         Voix

Contre Eugène Ti-Moineau

Tout est silencieux, sauf le Québécois qui commence à chanter :

             Prenons un verre. Buvons en deux.
             À la santé des amoureux
            et merde à la Reine d’Angleterre
             qui nous a déclaré la guerre.


Tout le monde se regarde ahuri. Le crieur reprend :

                              Voix

              Joseph Eugène Ti-Moineau.

                         Le Québécois

Ah bin! Bout de viac! C’est moi, ça.

Il s’étire. Il s’élance vers le centre et crie :

                             Le Québécois

C’est moi. C’est moi. Qui m’appelle ?

                               Voix

La reine d’Angleterre

                              Le Québécois

Voyons donc !   Elle est bien trop loin pour m’avoir entendu.

Y manquait plus que ça… Je me mets à entendre tout de travers. Ce doit être comme les apparitions de la vierge des bérets blancs à Bay Side, New York. Elle est rendue qu’elle se promène entre St-Bruno, au Québec, et New York. Elle flye la veille. Pour se faire plus d’argent, elle s’approche des milieux d’affaires. Ce doit être que la CIA paye plus que la RCMP.

Il regarde le juge, le renifle presque.

                                  Le Québécois

C’est ça, la reine ? Je la croyais plus belle, plus jeune. C’est vrai qu’avec les camps d’entraînement anglais à Belfast, elle doit avoir drôlement peur qu’ils déménagent à Londres. D’ailleurs, les soldats anglais sont à Belfast pour se pratiquer en cas de révolution en Angleterre, comme au Canada, les soldats se pratiquent près d’Edmonton et Lennoxville pour envahir le Québec en cas de crise.

Le gouvernement aura suffisamment exaspéré les Québécois avec la langue et l’inflation que les Québécois auront pris le mors aux dents. Maudite belle société! Les gouvernements créent les crises pour choquer les gens, les rendre à bout; puis, quand ils réagissent, ça leur sert d’excuse pour éliminer ceux qui nuisent au pouvoir. On envoie des soldats pour protéger ceux qui nous exploitent et nous trahissent. 

Tabarnache! Sa Majesté a-t-elle aussi des parts dans Esso, Shell, Ford. Comme Rockefeller, Kissinger, Paul VI, Nixon et Cie ont des parts dans les puits de pétrole du Moyen-Orient?   Combien de millions de dollars a-t-on dans le cas du Biafra? Élisabeth songe-t-elle aussi à la guerre nucléaire, si les récalcitrants ne sont pas mis au pas prochainement? Pourquoi ne pas habiter Mars si on fait sauter la planète ?

Ça ne changera donc jamais. Après le Biafra, la Tchétchénie, le Tibet, puis, les Arabes, les Nègres blancs d’Amérique, les nègres, tout court. Une petite maladie, une petite bactérie, peut-être? Ça lave tout un territoire dans un clin d’œil et sans effort.

Une colombe rouge est lancée sur la scène. Tous les participants essaient de la saisir en criant :

Prix Nobel! Prix Nobel! Viens qu’on te mange. Ça ne vaudra pas un rat, mais ce sera différent des œufs trouvés dans les nids.

                        

                            Le juge

À l’ordre!   À l’ordre !

Joseph Eugène dépose un canif devant lui dans un geste solennel.   Il le tourne vers lui. Le juge le regarde et crie :

                                  Le juge

Mais il va se tuer? Il va se tuer !

Joseph-Eugène sourit et réplique :

                                    Joseph-Eugène

Je préfère tuer mon juge à me trancher les couilles.

Il s’avance vers le juge.

                                    Joseph-Eugène

Juge! Juge! Juge ! Où es-tu? Qui es-tu ? Qui habite cette loque bien payée? Ce détritus à perruque? Toi, que l’on dit cent visages et cent noms, montre-moi ton vrai visage…

Le juge tremble. Il s’épivarde comme une poule à qui l’on a coupé la tête.

                                  Le juge

Flic!  Flic!  Flic!   Please, poak!  Please, poak! poak ! poak!  Flic! Flic !   Flic ! (en battant des ailes)  flac! Flac ! 

Le policier de tout à l’heure s’interpose entre le juge et Joseph Eugène, et entre eux l’interprète et l’avocat qui porte soutane et col romain.

                                   Avocat

Vous me donnerez 30 $ de l’heure pour que je perroquète vos histoires. Parfois, j’en changerai quelques mots : pour mon style, voyez-vous. Maintenant, mettez-vous à genoux, je vais vous confesser.

Le flic passe la tête sous le bras de l’avocat, ne faisant plus qu’un avec lui.

                                    Joseph-Eugène

Je ne sais pas de quoi je suis accusé.                                           

                                L’interprète (regardant l’avocat)

Je plaiderai non coupable. Plus ça dure longtemps, plus ça paye.

Le flic sort de sous le bras de l’avocat, court près du juge et lui glisse à l’oreille :

                                         Le flic

Il veut nous tuer.

Le juge s’affole.

                                     Juge

Comment? Pourquoi? Qu’on le dise au ministre de la Justice, qu’on renforce la garde, qu’on appelle l’armée. Est-il de la pègre ?

                                    Le flic

Sûrement pas, la pègre, c’est nous deux. Vous le savez pourtant. On est la justice de l’homme d’affaires pour lui permettre d’empocher au maximum. S’il était de la pègre, il serait de notre bord. Vous devriez connaître l’importance de savoir s’il est de la confrérie ou pas. T’es du côté du pouvoir, de la mafia légale ou t’es contre. On a appelé nos ennemis « pègre» pour les différencier de la mafia légale. Ce sont des pauvres qui veulent faire de l’argent super vite.

                               Le juge

Demandez à l’avocat de la Couronne qu’il procède pour moi. Il dira tout ce que vous voulez lui faire dire. Aussi, si quelqu’un est tué, ce sera lui et pas moi. Je suis trop important pour crever inutilement. Comment les libéraux pourraient-ils se maintenir au pouvoir sans moi? Quoique je deviendrais célèbre… je passerais à l’histoire… je…

                                        Flic

C’est un FLQ…

                                   L’avocat de la Couronne

Comment le savez-vous ?

                                     Le flic

Tout individu demeurant au Québec et qui refuse de se plier à la majorité anglaise du Canada est un membre du FLQ. Toute personne qui refuse la domination est rebelle et, par conséquent, elle doit être condamnée pour subversion et exécutée par accident ou autrement.

                       L’avocat de la Couronne (tremblant)

J’aurai beaucoup de témoins, votre Honneur. Plus nous serons, moins il pourra agir. Aussi, nous servirons-nous de ceux qui sont en prison comme otages pour l’immobiliser. On va s’en sortir, hein ?

                            L’avocat de la Couronne crie :

SPEAK WHITE !

                              Joseph-Eugène

Tu es mon juge? De quel droit exiges-tu que je m’identifie? De quel droit pourrais-tu me forcer à avouer un crime?   Le seul crime que je puisse avoir commis à mes yeux est d’avoir refusé de me prostituer à vos jeux. Je ne suis pas votre esclave. L’homme est un être libre.

                              L’avocat (s’approchant du flic puis de Joseph-Eugène)

On verra. On verra.   Quand tu connaîtras bien les hommes, tu sauras ce que nous en avons fait, à quoi nous les avons réduits, tu seras enchanté de nous servir puisque le rôle de l’homme est de servir fidèlement son dieu, et dieu, c’est… l’économie, la corruption.

                             Joseph-Eugène

Pour vous, Dieu c’est ce qui conduit à la fortune et au pouvoir. C’est le système, la vacherie, la machine. Qui crée les lois? Qui crée les interdits? Qui dominent les lois et les interdits ont le pouvoir d’exploiter. Qui a ce pouvoir a aussi la richesse. C’est vous la pègre et la loi. Le bien et le mal. L’homme vous semble exister que pour vous servir. C’est vous, l’esprit dominateur… l’aliénation. Vous êtes les recettes du savoir et la drogue du péché. Vous jouez aux curés pour posséder le pouvoir de la pensée colonisatrice. L’autre doit être inférieur pour justifier votre autorité. Qui domine le conscient et l’inconscient est le maître absolu…

                             L’avocat

Tu blasphèmes !

                             Joseph-Eugène

Je m’en crisse. Je ne crois pas à votre dieu et à votre droit de m’imposer vos ignorances, vos règles sexuelles. Mes valeurs ne sont pas les vôtres. Mon Dieu est miséricordieux. C’est la beauté, la bonté, la liberté, la conscience et le bonheur. Mon Dieu, c’est l’amour, la non-violence, le partage, le refus total de juger les autres… Aime-toi et aime ton prochain comme toi-même pour l’amour de Dieu.

Alors l’escouade antiémeute entre après un coup de sifflet. Elle entoure le juge et le sort de la salle.  Les policiers chantent :
                Gloire aux dieux
                qui ferment les yeux
                avec 10,000 $ piastres
                y a pas de problèmes !

                Pourquoi penser
                ça donne des frissons-malaises
                mieux vaut fesser
                ça détermine qui peut payer le mieux.

                       Merci Trou d’eau !
                       Merci Boubou

Les policiers restés sur place continuent de frapper alors que Joseph-Eugène crie :

                       Vive le Québec libre !
                        À bas le colonialisme sino-anglo-américain !
                       Vive le Québec vraiment libre !

Joseph-Eugène Ti-Moineau se déshabille flambant nu. Il lève les bras de façon à créer le signe du Peace and love et crie :

Nous vaincrons !
                                    
                                                Fin

Vancouver 1975
révisé en 2005

Simoneau.théâtre 6

janvier 9, 2021

Simoneau. Théâtre 6

Fuck la reine 6

Scène 3

Dans un coin, sur une table, un jeune garçon de 14 ans, nu, vivant, fume un joint. Il demeure là, tout au long de cette scène pour le plaisir – voyeur de l’auteur et de tous ceux qui partagent ses goûts -.

Dans l’autre coin, un banc ordinaire, un peu plus loin, venant du corridor, quelqu’un tape, sans arrêter, à la dactylo.

Au centre de la scène, sur une plate-forme, devant une balustrade avec une statue de la reine et, plus en avant, une table avec un porte-papier, au centre. À gauche, un autre banc, un autre lutrin et une horloge grand-père.

                               Le mignon

Il est bon ce maudit pot- là. Ce n’est pas de la merde comme d’habitude pour augmenter les profits aux dépens de nos vies.

Le mignon se flatte le corps

                                 Le mignon

C’est bon d’être nu. Je me demande quel fou a inventé la décence. Ce doit être un curé, un bourgeois ou une féminoune qui rejetait son corps; un ou une malade qui ne peut pas accepter que son Dieu ne l’ait pas créé parfait. Tous les fanatiques religieux sont des malades mentaux.

Tout devient calme, silencieux. La lumière se promène, découvrant le décor.   Après un tour, la lumière revient au centre et s’arrête sur un bonhomme, un bûcheron, avec sa scie à chaîne. Il examine la pièce attentivement.

                      Le bonhomme

Tabarnak! C’est beau icitte… Obstination! Ça aurait été le fun d’avoir ça comme décor dans ma chiotte au camp. Le soir, plutôt que de niaiser à regarder des revues cochonnes, j’aurais pu sculpter de beaux petits tétons. Saint-Crème, ça aurait été le fun. Kossé que tu veux, dans le bois, il faut bien tuer le temps comme on peut? C’est comme en prison. Le soir, tu dois regagner ta cellule, tu te couches et tu rêves de rencontrer le monde. Bien des créatures. Heureusement, tu t’endors bien vite parce que t’es pété d’avoir trop forcé. Le bois, la mine, les barrages, ça veut dire travailler parce que tu n’as rien d’autre à faire, rien d’autre à penser, t’es loin de tout. Ça veut dire digérer leur maudite cochonnerie puisque tout est cuit dans la graisse, le beurre, ça coûte trop cher. Heureusement, travailler dans le bois, c’est comme prendre un bain d’eau frette, ça ne dure pas tout l’hiver.

Le bonhomme marche en rond.

                                     Le bonhomme

Y vas-tu arriver ce maudit juge-là? Un autre hostie de mafioso travesti en vertu, qui cale son cognac et s’aiguise les dents sur le clitoris d’une petite fille, durant les partys de la haute. Y a rien qu’eux qui ont ce droit…

Il se dirige vers la porte à droite, sort du décor. On l’entend.

                                       Le bonhomme

Cour deux. C’est bien ça. C’est ici que le juge, propriétaire de bordels, est censé se tenir. Y faut qu’il vienne si je veux trouver l’adresse de Sweet Heart. Cré Sweet Heart!  La dernière fois, elle m’a demandé 50 piastres pour 15 minutes et m’en a pris 1,200 avec son pourvoyeur, sans compter la semaine à l’hôpital. C’est une botte qui coûte cher.

Le bûcheron se promène impatient.

                            Le bûcheron

Y doit être dans son lit, le vieux christ, à son âge, ça lui prend du temps à venir. Vibrateur électrique ou pas.

Il se rend près de la porte d’où vient le bruit de la dactylo.

                            Le bûcheron

Tiens, encore un Anglais qui a oublié d’arrêter de travailler. Y pensent jamais à s’amuser, ces maudits-là.

La jeune statue vivante, un magnifique petit garçon, les fesses bien rondes et le corps superbement éloquent, racontant à lui seul la gracieuseté d’un paysage immortel, se penche, prend le pot de chambre et pisse un coup, en s’exclamant:

                                   Jeune statut

Wow! Une seconde de plus et j’aurais pissé sur la tête du procureur de la Couronne… une belle fripouille qui défend les intérêts de la mafia légale, en faisant croire qu’il se soucie de l’intérêt du peuple.

Le bûcheron écoute à la porte, retourne presque au centre. Le Québécois arrive avec sa guitare. La musique retentit de partout. Il s’avance jusqu’au bûcheron qu’il ne voit pas puisqu’il regarde la statue du mignon, le bouscule et va s’asseoir sur le banc à gauche.

 

                               Le Québécois

Encore personne. La ponctualité ce n’est pas ce qui étouffe la reine. Ça fait deux siècles que je l’attends celle-là. La reine versus Ti-Moineau, ça va être tout un combat. Je vais lui sauter sur la tête et lui « picosser » les yeux. Elle ne pourra plus rien faire, Sa Majesté. Elle va être aussi aveugle que sa Justice. Je serai déclaré schizophrène puisque je me serai pris pour un pic-bois. Et, la reine criera à tue-tête, en tombant de son trône.

                                   La reine

Il y a des tempêtes. Des bancs d’oiseaux sifflent par milliers dans le vent. Ils s’effoirent comme des mouches dans mon pare-brise. (La reine frotte ses lunettes)

                                   Le Québécois

Baptême! Arrive, vieille putain. Des chevaux? Tiens des chevaux, ce doit être elle. Elle doit être folle, elle se parle à la troisième personne

Le bûcheron se rend à la porte. Il écoute.

                                    Le bûcheron

Cé pas des sabots, ça, cé des dactylos. Les secrétaires ont fini leur dîner dans le temps record d’une pause-café. Chez les Anglais, le socialisme, c’est de travailler et de donner son salaire en impôts pour nourrir la petite gagne qui en profite. Tout pour la rentabilité, rien pour les Indiens. Puis, je ne l’attends plus, le vieux moribond. L’esprit fané. Fuck le juge! Fuck les putains! Je vais aller à l’Ambassadeur, la taverne à tapettes, ça va être différent. Je gage (s’adressant à la statue du mignon) mon jeune que je vais la voir la queen bien avant toué.

Le bûcheron sort. Le Québécois commence à gratter sa guitare et se gratter lui-même.

                                 Le Québécois

Bout de bordel! De bout de bordel! Encore des puces… je dois avoir pris ça au Park Hôtel ou au Blue House. Il me semble que les gouvernements de l’Ouest sont assez riches pour pouvoir acheter les « instincteurs à poux » qu’il faut pour leur hostel du bien-être social.

Il chante en se tortillant comme un yogi qui n’arrive pas à décider quelle position prendre… se gratter ou gratter la guitare…

                                  Le Québécois

Sur le bord de la route, mon Bourassa, je pense à toué.   Ça fait des jours que je n’ai pas mangé. C’est encore pire que ton bien-être social, versé grâce à Trou-d’eau, à la Canadian John’s Manville. Toué t’es trop pauvre, après les Simard, pis ITT, t’as pu d’argent pour les décrocheurs, les affamés, ces mères nécessiteuses de la LIBERTÉ.

    Il s’endort sur le banc, en mastiquant le manche de sa guitare et soupirant :


                                  Le Québécois

Je ne peux pas manger de ballonné. Si je ne peux pas gagner ma vie avec mes chansons. Je ne suis pas manœuvre, opérateur de heavy mécanique. Je vais manger les notes de mon talent en rêvant d’une bourse du Conseil des Arts ou d’une paye de la Salvation Army.

Après j’irai chanter le soir entre sept et huit pour les assistés sociaux voyageurs, pour les ramener direct au petit Jésus ou aux SS, avant de pouvoir sacrer mon camp avec des pains un peu raidis.   Des soirs, y fait frette en maudit, trop pour coucher dans le stationnement couvert à Vancouver.  Aujourd’hui, y a qu’un moyen de devenir riche… c’est d’inventer « sa » religion…

Dans un silence plat, alors qu’il dort, un à un s’installe : le Procureur de la Couronne, habillé comme un revenant direct du 18e siècle, le sténographe qui porte son oie sous le bras pour y arracher les plumes nécessaires, deux secrétaires en costumes de majorettes et dans l’extrémité droite un policier pleure dans son mouchoir en s’exclamant :

                                 Le policier

Chu malheureux. Chu malheureux. Je n’ai pas encore eu d’appareil de télévision comme le chef de police de Montréal. Où est donc rendue la moralité? Faut-y être riche pour avoir droit d’être soudoyé ?  

Près du Québécois s’installe un bonhomme d’une quarantaine d’années, vêtu dernier cri, qui polit ses lorgnons avec une meule. Chaque personnage prend des lunettes d’approche et examine à tour de rôle ses voisins. Et les photos de la reine collées partout.

Tous ( ensemble.  sauf le policier qui pleure)

         Et l’accusé ! 

Ils se jettent à quatre pattes, regardent sous la table, sous le trône. Sauf le policier qui continue de gémir.
 
                                      Le policier

Monsieur le Maire! Monsieur le Maire! Flag! Flag ! M’auriez-vous abandonné? Monseigneur, moderne… le dieu des gros immeubles, des terrains de stationnement, l’obsédé du ciment Lamontagne, le fou du progrès à reculons. Pourtant, je te rends de bons services… Flag! Flag! Ti-Jean de ton prénom. Je t’ignore quand tu reluques les petites filles. Petite. Petite. (Presque en murmurant.)

Il balance la tête pour s’assurer qu’on ne le regarde pas, alors que tous les personnages à ses pieds l’observent :

                              Tous

C’est lui! C’est lui! T’es sûr ?  Il ressemble à Vic Cotroni. Regarde dans ses poches, s’il a l’adresse de Peter, Pier the door? Ce doit être lui… a-t-il des reçus de caisses électorales ?

Les regards des autres rejoignent celui du flic qui, de plus en plus mal à l’aise, tombe de sa chaise. Tout le monde s’approche, le renifle. Un, ayant le nez au derrière du policier, s’exclame :

                    L’avocat de la défense

Qui pue! Cé pas possible. On ne peut pas envoyer ça en prison, y va y avoir une émeute quinze minutes après son entrée. Il faut un jury… il faut surtout le laver de ses péchés.

Le policier se relève. Offensé. Prend son mouchoir, le fait virevolter en faisant un demi- tour sur ses talons. Chacun à tour de rôle fait comme s’il était un taureau à mâter dans un rodéo alors qu’une jeune fille surgissant de nulle part s’exclame :

                              La fillette

Ne devenez pas tous riches ensemble. Prenez un billet sur le taureau gagnant. Sortez votre deux, approchez-vous de la famille Pépin, de la députation de Sherbrooke, et cherchez les chanceux qui boiront les gouttes d’une nouvelle taxe indirecte sur le plaisir.

Après avoir passé sous le mouchoir, les taureaux se mettent à genoux, en rond.

                           Le policier

Je suis le chef de l’escouade antiémeute, pour vous servir. J’attends que la GRC pose son pétard, le 24 juin, avant de créer une nouvelle danse : le bain de sang. Plus de 100 blessés, la dernière fois, ce sera encore mieux la prochaine fois. Je suis heureux quand le sang coule, surtout celui des dames et des enfants…

Les autres à genoux se mettent à pleurer.

                                           Ensemble

Ce n’est pas notre accusé. 

                                       Le policier

Vous auriez pu le deviner. Je n’ai pas l’air innocent. J’ai les cheveux courts… je travaille pour la reine, moi…

On entend rire la statue de la reine en sourdine, de plus en fort…

Le policier sort de sa poche une photo de la reine qu’il place sur la chaise devant laquelle il se met à genoux.

                          Le policier

Je vous salue, Élizabeth, mère de Michaël Jean, votre gouverneur général, presque princesse de l’Église anglicane, une grande gueule qui se fait aller comme si elle représentait quelque chose…

                       Tous s’exclament (ils lui mettent la main sur la bouche à tour de rôle)

Té pas drôle ! C’est la reine des féminounes…

                        Le policier crie :

Frappez-moi pour que je vous frappe. Si vous ne frappez pas assez fort, j’engagerai des agents de la RCMP, escouade de la provocation.

On recommence les recherches jusqu’à ce qu’une de participantes, face à l’horloge, s’exclame :

                                  Vieille

Mé cé le temps! Debout les minous! La reine va bientôt entrer.

Tout le monde se met à l’attention. La musique commence. Le juge entre. Il est grand, mince, déguisé en travesti. Sa robe dans le dos laisse voir ses fesses. Il se rend au centre de la scène. Danse d’une façon érotique comme pour se flatter, sur l’air de hey Kids, d’Elton John (ce qu’imite le petit gars-statue).

Derrière, le procureur de la Couronne s’avance, simulant de l’enculer, tout en le masturbant. Le juge rugit de joie. Après sa danse, il monte sur son trône. Les deux jeunes filles prennent sur la table un miroir et le placent face au juge qui ajuste ses faux cils. 


Simoneau. Théâtre 5

janvier 8, 2021

Simoneau. Théâtre 5

Fuck la reine 5

               Fin de la première partie.

                                              Scène 2

Çase passe dans les locaux des prisonniers. Cependant, ces derniers ne sont pas encore entrés puisque la direction procède à un examen auparavant, en vue de la visite des ministres de la Justice, dont celui du Québec, en visite à Vancouver. La scène présente à gauche un lavabo et une toilette, séparée d’une cloison. À droite, quelques lits. Le centre est inoccupé. Un grand bruit de pas.
 
Six personnages (policiers) arrivent habillés de façon bouffonne. Ces policiers ont tous des badges qui leur couvrent la moitié de la poitrine. Ils ont à droite un pistolet à l’eau, à la ceinture un masque à gaz et un walkie-talkie. Par -dessus une chaîne, pendue à l’arrière de leur pantalon, un annuaire téléphonique de la ville de : Montréal, avec une photo de Drapeau, Dieu-le-Père. À gauche, un livre avec le titre : » Sur ce que tout bon policier doit frapper ». Ils sont surchargés et peuvent à peine se mouvoir. Les bœufs s’enlignent. 

                                   Flic 3

Penses-tu qu’il va accepter de me signer un autographe?

                                    Flic 2

Ce n’est pas une vedette de cinéma, tabarnak, c’est le ministre de la Justice du pays voisin, le Québec..

                                Flic 3

Ça ne l’empêche pas de jouir quand sa crisse de face passe à la tv.  Hin! Hin! Hin!   Hin ?

                                  Flic 2

Il doit parler au monde de temps en temps, sinon, les gens croiraient qu’il n’y a pas de justice

                                 Flic 3
Y en a une?

Un bruit sourd.

                             Policier- officier

Attention! Présentez vos armes! S’il y a des jeunes de moins de seize ans, vous êtes priés de ne pas jouer avec le feu. Jouez aux fesses, c’est plus de votre âge.

Les flics en rangs sont raides comme des statues. Trois officiers arrivent. L’officier supérieur monte sur un banc, tire de sa poche arrière une loupe et une lampe de poche. Il examine un par un les policiers. Au dernier :


                                  Officier 

Votre numéro?   Vous n’avez pas honte, écœurant! Race de chien! Vous avez un poil de six centimètres.

Le policier est confus.

Ne rouspétez pas… juste là, sur la pomme d’Adam. Deux semaines de suspension !

Le flic est à genoux, les deux mains jointes.

                                  Le flic

Capitaine! Ce n’est pas ma faute. Ma maison est passée au feu et j’attends la prochaine paye pour m’acheter un rasoir. Deux de mes fils ont péri dans l’incendie; mais dès que je le pourrai, je vous le promets, je vais…

                              Officier

Depuis quand oses-tu contester un ordre? Deux autres semaines de suspension. Dans la police, surtout quand elle s’occupe de politique, il ne faut pas de sentiment.

Le flic braille comme un veau.

                               L’officier (hystérique)

Du calme, mon ami. À la guerre chacun risque de perdre tout et, de nos jours, chaque membre de l’ordre est à la guerre (il crie presque) à la guerre contre ceux qui veulent détruire l’autorité, à la guerre contre le laisser- aller, à la guerre contre les ennemis de l’état, à la guerre avec Dieu contre le diable lui-même.

Dieu apparaît.

                                       Dieu

Wow! Arrête un peu! Pour quelle sorte de baveux veux-tu me faire passer? Je n’ai jamais voulu tuer personne. Si vous êtes malades, vous n’êtes pas obligés de me le faire passer sur le dos.

Dieu disparaît.

Les officiers se retirent à gauche, examinent les toilettes.

                                 Un officier

Vous êtes sûrs qu’il n’y a pas une bombe là-dedans?

Un des officiers s’y enfonce le bras et le ressort, plutôt brun et puant. 

                            L’officier

Tabarnouche! Vous ferez torcher ça par le Québécois et l’Indien. Ils ne sont pas ici pour leurs beaux yeux.

Pendant ce temps, les flics entourent leur collègue, pour le moins éploré.

                                              Flic 2

Il faut comprendre le capitaine. Le règlement, c’est le règlement.

                                              Flic 4

Y aurait tout de même pu être un peu plus humain.

                                            Flics 4 et 1

Syndicaliste! Communiste !   Révolutionnaire !

                                              Flic 1

Il faut avertir les autorités. Nos rangs sont infiltrés

Les flics 1, 2, 3 et 5 récitent un poème.

                           Flics 1, 2, 3,5

Que ferons-nous de ces polissons
de ceux qui osent ne pas nous appeler monsieur
comme il se doit selon la politesse
qui ignorent tout du danger de tant de familiarité
De quel droit puis-je appeler mon fils André ou Réginald
un tel laisser-aller peut nous conduire à nous aimer,
nous, hommes, créés pour travailler, peiner, crever.
Ah ! Que ce mal porte le monde, faute de respect, d’obéissance.
Souffrons !   Souffrons !    Souffrons !
Nous voulons souffrir.
Nous avons besoin de souffrir.
Faites une guerre! Faites quelque chose !
Sinon, nous croulerons enchaînés par la tendresse.
Déjà la passion nous appelle
la nature se réveille
Tuons- la! C’est urgent ! Nous risquons de devenir humains.

Chacun récite une des phrases en astiquant son insigne.
Dans les moments de silence, apparaît un père de famille qui mime de manger alors qu’à côté, son enfant, les yeux sortis de la tête, espère avoir une miette de pain. À intermittence, de gros cochons gras, bien riches, viennent voler des morceaux dans l’assiette du père.
Un curé entre en scène avec un fouet, attache les mains de l’enfant nu dans le dos alors que le père demeure indifférent. Le curé force l’enfant à tirer une charrette dans laquelle il s’est installé avec sa servante. Il frappe l’enfant en criant :
                                              Curé
Ainsi, mon petit bonhomme, tu ne te toucheras pas le zizi.
Le curé s’avance devant l’enfant, mime de descendre sa braguette pour ne pas voir sa nudité et lui saisit le pénis.
                             Curé

C’est quand même agréable, je dirais même délicieux. Viens voir… (en regardant sa servante.)  Puis non, je préfère un esclave. Un cerveau drainé par mes fables. Il frappe l’enfant et le force à avancer, tout en caressant sa putain.

                                         Curé. (Il crie à l’enfant)

Tu dois te repentir de m’avoir fait succomber à la tentation. Tu dois travailler pour la société puisque tu as commis une faute envers la société. Tu es beau. Travaille. Travaille. Tu as offensé la société en n’étant pas aussi laid qu’elle. Travaille pour te faire pardonner de Dieu qui voit tout, et des hommes qui aimeraient toucher tout. Il faut travailler pour te déculpabiliser.

Rendu devant le père, qui en est rendu à son dernier morceau de pain, l’enfant s’écrase près de la table. 

Le curé s’écrie :

                                        Curé 

Il n’a pas salué son père, l’écœurant.


Le curé frappe à nouveau l’enfant en criant :

                                     Curé

Tu dois aimer ton père. Ton père est bon comme Dieu est bon.                                   

L’enfant se relève, saisit un couteau sur la table et frappe à tour de rôle le curé et le père qui s’affaissent, les yeux jouisseurs, en criant :

Il faut aimer la police. C’est notre dieu. Son bras droit. Sa couille droite. Dieu serait-il un eunuque comme ses curés ?

Durant ce temps et pendant qu’on entend la chanson de Gilbert Langevin, chantée par Pauline Julien Le temps des vivants, sur un écran, se déroule un bout de film sur le matraquage durant les émeutes.

À différents moments, le curé, la bonne et le père crient ensemble à tue-tête :

                            Il faut aimer la police !
                            Vive l’autorité !

L’enfant se traîne sur le bord de la scène. Il se lève et crie :

                                            L’enfant

Dieu! Dieu! Si tu existes, dis-moi pourquoi toutes ces guerres, toute cette misère.
Pourquoi n’aie-je rien à manger? Pourquoi ne suis-je jamais heureux, moi, alors que d’autres tuent, pillent, s’enrichissent et tuent encore en ton nom? Si tu existes, tu n’es qu’un salaud de les laisser agir ainsi.

L’enfant s’écrase lentement en criant :

Dieu, je te cracherai dans l’œil. Je ne veux pas t’endurer dans ton hypocrisie durant toute une éternité. Mon dieu, à moi, ne tue jamais. Mon dieu à moi caresse et console. Il est plus chaud que le soleil et plus beau que l’Infini. Pour lui, la vie d’un être humain est plus importante que le pouvoir et l’argent.

Dieu réapparaît. Il se rend près de l’enfant et l’embrasse.

                                                Dieu

Tu es bien mon fils puisque tu sais que je ne suis pas l’écœurant qu’ils font de moi. Toutes les religions sont des mensonges. Je suis l’AMOUR. L’Amour est beauté et le bonheur. Ils sont la haine, le mensonge, la cupidité… la mafia légale, LUCIFER.

L’enfant se relève. Son visage resplendit de bonheur.

                                L’enfant

Merci mon Dieu! Merci d’exister !

Les officiers, sauf un, qui arrive en retard, reviennent à l’avant, alors que tout disparaît à l’arrière.

                                    Un officier

Que ferons-nous du lit 37? Nous avons enlevé les couvertures puisque ce matin le lit n’était pas fait proprement ?


                                   Un officier

Qu’on le lui rende, il ne faut pas que la presse juge mal notre service. Vous le lui enlèverez quand les journalistes seront partis.

                                  Un flic

Que ferons-nous du Québécois? C’est un danger…

                                  L’officier

Au trou. Il ne doit y avoir que les prisonniers contents d’être en prison. Mieux que le trou… que ceux qui posent des problèmes soient libérés sous cautionnement si les familles acceptent de payer…

Les officiers repartent. Entrent le ministre anglais et le ministre de Justice du Québec avec les journalistes. Les prisonniers sont gardés par les gardes qui les frappent dans les jambes pour les faire applaudir alors que le ministre déclare :

                                         Le ministre

Je constate que votre service pénitentiaire s’est amélioré. Certes, à vous voir (en s’adressant aux prisonniers) les dix derniers suicides ne sont pas justifiés ainsi que les plaintes selon lesquelles vous êtes maltraités.

Le ministre, après examen, quitte la scène en récitant :

                                    Le ministre

Un loup rebelle n’avait que la peau et les os tant policiers et magistrats faisaient leur devoir. S’évader? C’est impossible! La prison, oui! Je l’affirme, elle est dans la rue. Qu’il y ait des morts, c’est naturel. Les riches ne peuvent pas, c’est vrai, nourrir les pauvres. L’homme est sur terre pour souffrir pour la société. Bien payé, sont ceux qui gagnent deux piastres par jour… il ne faut pas exagérer si l’on veut que les compagnies, le gouvernement, la mafia… une seule et même institution, aient leurs parts de profits… Comme cela est juste et raisonnable. Après tout, ce sont les maîtres…

Le ministre tourne sur lui-même, il revient saluer en bouffon les prisonniers, avec un grand sourire d’imbécile. Les journalistes portent les insignes Tribune, Devoir, Presse, CJMS, Montreal Star. 

                                  Les journalistes (en chœur) :

                Il est si beau, si grand notre ministre
               Cotroni en liberté! Lemieux en prison !
                Les moutons bientôt ne pourront plus bêler !
                 En Chine, en Russie, aux É.-U., au Canada           
                  les prisonniers politiques attendent
                  que les gens comprennent enfin
                   que la mafia est internationale
                            c’est le pouvoir
                                    la dictature
                             en un mot : la démocrassie.     


                               L’économie.

Les lecteurs ne sauront jamais qu’au même moment deux manifestants de la grève de la faim ont été abattus au cours d’un prétendu soulèvement quelques étages plus bas.

                    Fin de la scène 2 

Simoneau.théâtre 4

janvier 7, 2021

Théâtre. Simoneau 4

Fuck la reine 4

Au mot “ petit gars ”, le Québécois se lève d’un bond, il regarde autour de lui en sifflotant tendrement.

                                   Le Québécois

Astérix? Où es-tu? Pst! Sacré farceur… je pense que tu m’as fait manger un peu trop de Bison ravi, j’ai dormi tout le long du voyage… je t’ai fait un de ces maudits voyages… je me croyais pris par la police, battu au «boutte» parce que je suis français du Québec. Ce n’est pas croyable.

Le Canada bilingue, ce serait-t’ y comme à la Ronald Federated Graphic, 6300 Park Avenue, Montréal… Ce serait un pays bilingue exclusivement anglais. Le bilinguisme, ce doit être pour marquer les accents. Un bilinguisme que MM. Springate et Chia Chia représentent très bien, en devenant les martyrs, grassement payés, d’une cause qui n’existe pas puisque les Anglais ne perdent aucun droit avec le bill 22, mais au contraire, en reprennent. 

C’est écœurant, non, de toujours essayer de fourrer les Québécois comme ça, de toujours nous prendre pour des imbéciles.

Des Anglais qui braillent quand on leur donne plus de droits que nous, puisqu’eux au moins ils peuvent travailler dans leur maudite langue. Que dire des policiers de GRC qui foutent des bombes ou engagent des manifestations violentes en provoquant les autres comme à Murray Hill, aux fêtes de la St-Jean, chez Steinberg, comme tant d’autres qu’on ne sait pas encore parce que le gouvernement ne veut pas dire qu’il accepte et encourage ces tactiques pour péter la gueule au monde qui ne pense pas comme lui.

Bande de Christs de sales! Ça mériterait qu’on s’arme, qu’on s’arme vite et qu’on leur plombe le cul… Pauvres enfants!   Assister à une telle dégénérescence sociale…

Un long silence. Le jeune Québécois pose la main sur le comptoir alors que le flic en blanc escalade ce comptoir avec effort, faisant tout pour ne pas être remarqué, allant même jusqu’à se cacher le visage derrière une feuille de papier blanc, tachée de rouge. Soudain, il saute d’un bond sur les doigts du Québécois qui hurle de douleur.

                               Policier en blanc

Voilà les empreintes sont prises !

Le Québécois hurle en se secouant les doigts.

                              Policier en blanc

T’es rien qu’un étranger. Si tu ne veux pas avoir de trouble, reste dans ton goddem frogs paradise. Funny looking queer !

Il se sauve, le Québécois à ses trousses.

                                        Le Québécois

Viens ici, mon hostie, je vais te montrer ce qu’elle peut faire la grenouille !

Le policier en blanc se réfugie derrière les autres. Ils entourent le Québécois, qu’ils battent. Celui-ci tombe et se relève. Le policier en blanc lui présente une planche de bois avec un numéro dessus.

                            Le policier en blanc

Tiens-moi ça !

Le Québécois prend le bout de bois alors que le policier en blanc saisit une caméra et le photographie. Le Québécois, au même moment, lui lance la planche sur les orteils.

                                    Le Québécois

Je ne veux pas voir votre « Wiziwézo ». J’en connais rien qu’un qui a bien du bon sens, pis du rythme, pis y é pas dans l’Ouest, y é au Québec. C’est du gai monde, ce gars-là!

Deux policiers arrivent, le déchaussent, pendant que le policier en blanc reprend sa photo en tenant cette fois, pour lui calmer les nerfs, une photo de Raoul Yogourt Duguay.

                                Policier en blanc

Tiens-toi tranquille,  pis on te fera entendre la bite à Ti-Bi.

                                Un policier (chante avec accent)

Il faut bien que ça marche.

Un autre policier tient le menton du jeune Québécois…

                              Autre policier

L’important, c’est que l’on s’aime.

Cet autre policier  avance et crache au visage du jeune Québécois.  Le premier policier crie encore plus fort :

                                 Le policier

Moi, j’aime assez les Québécois pour les chasser et leur manger dans le crâne. J’aimerais tuer un Québécois. (Il tient toujours le jeune par le menton) J’aimerais même davantage tuer un Québécois qu’un Indien. Les Indiens pour avoir du courage mangeaient le cœur des missionnaires, peut-être que nous en mangeant une cervelle de Québécois, ça nous donnerait enfin une culture.  

Ah! S’il peut survenir d’autres mesures de guerre, qu’on va t’y en profiter. J’ai hâte. Ça fait si longtemps que je n’ai pas bien frappé quelqu’un; je meurs d’ennui.

Le policier entonne alors:

                  I am a lonely boy
                  lonely and blue
                  I am all alone
                  with nothing to do

Une autre voix poursuit:

                    I’ve got everything
                    you can think of
                    but I still alone
                    with no fun to live.

Un troisième continue:

                     Lonely, lonely
                     hate all over the world
                     some time I think
                     I am an American.


Le jeune Québécois pleure et dit :

C’est- y triste d’être aussi seul; mais quelle idée aussi d’être des maudits Américains.

Il ajoute sur l’air du Tempo mergo (religion en moins)
                     Yankee go home
                      au plus collé, bine
                      nous n’avons plus besoin
                      de vos bombes au napalm
                      y a assez que vos expériences
                      en Afrique
                      nous ont laissé le sida
                      la main de Dieu
                     avec l’esprit du diable
                             Amen

Un flic s’approche du Québécois
 
                             Policier

Veux-tu téléphoner?

Le Québécois hoche la tête en réponse affirmative. Le flic lui tire un livre. Le Québécois s’assied avec le téléphone sur les genoux.

                          Le Québécois

À quatre heures du matin, à qui pourrais-je bien téléphoner?

Il se met à chanter en feuilletant les pages jaunes…

               Gaston y a le téléphon qui sonne
                pis y a jamais person qui y répond…

                             Le Québécois

C’est-y pas curieux… Y manquent sept pages, pis ce sont justement les pages où sont inscrits les numéros des avocats.

Le Québécois entonne un chant sur un air bien connu, grâce à la baie James, qui a relancé la Manic :

          C’est fou comme on s’ennuie
           à Vancouver. Y pleut tout le temps
           les gens sont froids
           à Vancouver, BC.


           J’aimerais bien mieux être chez ma mère
           à 3,000 milles d’ici. Qu’ai-je pensé
           de venir m’échouer à Vancouver BC?
            Y a des Chinois, ça parle anglais
            tape les français et pis cé plate à Vancouver BC.

Théâtre.Simoneau 3

janvier 6, 2021

Fuck la reine  3

Le numéro 1 s’étire les doigts comme Laurel and Hardy, il se les passe le long des pantalons, se les entrent dans le nez, ils restent pris, un confrère l’aide à les lui retirer, en lui tirant sur le bras. Puis, il continue de se tortiller de gêne.

Le Québécois se relève tout chambranlant.

Le policier no 4 s’approche, le saisit par l’épaule, la tête, s’arrêtant plus qu’il faut à la hauteur de la braguette. Puis, enlève un genre de sacoche que le Québécois porte enlacé à l’épaule et la dépose sur le comptoir. Il le plie et lui passe les doigts sur les fesses.

                            Policier 4

Je dois t’y regarder?

                              Policier 1
Non, tu n’es pas chez vous icitte.

                             Policier 4

 Y me semblait aussi. Je suis toujours frustré dans mon travail.

Il lui repasse la main en avant en insistant.

                            Policier 4

Je sens quelque chose.

Il est tout excité.

                             Policier 1

C’est-y du pot ou de l’acide ?

                            Policier 4 (en riant)

Je ne pense pas, ça plutôt l’air d’une gomme baloune. Plus je touche, plus je pèse pour mieux sentir, plus ça se gonfle.

Le policier 1 s’approche du Québécois, prêt à lui tordre une oreille avec une clé anglaise.

                                 Policier 1

Ton nom?

                                 Le Québécois

Hein !   Quoi?   Je ne parle pas anglais. Je ne comprends pas.

                                 Policiers ensemble

C’est un Québécois. C’t’un tuff.

Ils tremblent devant la bravoure de leur collègue.

Le prisonnier demeure silencieux.

          Le policier no 3 (s’approche et lui flanque un coup de pied sur les orteils.)


                                     Policier 3

Ton nom?   Tu ne connais pas l’anglais! Tu n’es pas au Québec icitte, tu es au Canada, et le Canada, c’est un pays anglais. Si tu ne le sais pas, nous allons te l’apprendre.

Il lui donne un coup de coude dans le ventre et un coup de judo dans le cou. Le Québécois s’effoire. Au même moment, où le policier 1 vient pour le frapper avec la clé anglaise, un policier s’écrit :

                                         Policier 4

Laissez-le faire, j’ai son passeport. Narcisse — Eugène — Ti-moineau.

                             Le policier 6 ( il fait répéter chaque lettre et les tape à la dactylo).

Le policier 5 accourt.

                                        Policier 5   

Ce n’est pas possible. Voyons!  Montre-moi. Ce n’est pas possible, ce doit être un ami du premier ministre d’Ottawa. Ces Anglais qui se font passer pour des Français.

                                   Policier 1 (blanc de peur)

Qu’est-ce qui te fait dire ça?

                                   Policier 5

Son troisième nom. Il n’a pas de troisième nom et c’est connu que tous les Français, vendus ou pas, ont trois « midle » name : Jos Pierre Elliot Trudeau; Jos Jean Alexandre Turcotte, Jos Jean Noël Tremblay.

                               Un des policiers

Trudeau, Marchand, ce ne sont pas des Français. Ce sont des Anglais avec des noms français. Les colonisateurs du « French écrasement Power ». Des libéraux.

                            Un autre policier

Cela n’a pas d’importance, ce sont des exemples de noms qui pourraient sembler français à cause de la consonance.


                             Policier   5

C’est comme si tu disais seulement Jacques Hébert, Claude Ryan, Patrick Straham. Qui les reconnaîtrait? Il pourrait bien être de ces FLQ qui se promènent dans les rues et poignardent tous les Anglais qu’ils rencontrent… Ah ! Les fucking Québécois, je les haïs, moi. Il faut trouver un troisième nom.

                             Policier 2

Arrête-moi ça, tout de suite. Je n’en dormirai pas de l’avant-midi. 

                                  Policier 5

Bin! On ne sait jamais. Mieux vaut prévenir que de guérir. Vérifions!

                                    Policier 5

Qu’est-ce que l’on va faire à quatre heures du matin, on ne peut tout de même pas appeler le bureau des passeports pour se tirer du trou. Il faudrait peut-être appeler le chef, c’est un cas d’urgence?

                                  Policier 2

Pas question. Tu sais comme moi que c’est sa « nuitée de bordel » à soir. Je n’ai pas envie qu’il nous fasse passer une heure de piquet sur le bout des orteils ou qu’il nous câlisse par la tête un trois jours de suspension, demain matin, sous prétexte que l’on ne s’est pas bien rasé. Comme au collège, on nous enlevait nos couvertures, si l’on ne faisait pas nos lits, le matin. Tout ça parce que monsieur n’est pas venu…

                                  Policier 1

Attends! Peut-être que si tu tournais la page…

Tout le monde le regarde accusateur.

                                   Policier 1 (l’air super niaiseux)

On ne sait jamais…

Le policier 5 tourne la couverture.

                                             Policier 5

Bien oui. Regarde donc ça. Son nom est bien écrit là aussi.

Un ouf général. Tout le monde se prend par le bras et « swing la basquaise dans le fond de la boîte à bois ».


                                  Policier 1

Narcisse Jos Eugène Ti-Moineau.

Les policiers s’épongent le front. Ils se sortent une bière et après un toast calent quelques gorgées.

                                 Policier 1

Une chance qu’on n’a pas à faire un effort intellectuel de même tous les jours. Moi, je démissionnerais tout de suite.
 
                                Tous les flics
Moi, itou !

                                 Policier 1

D’où qui vient, lui?

                                 Policier 2

C’est marqué : Voyageur. Sans domicile. Nous aurons des problèmes en maudit ce soir.   Amène-le au bout du comptoir.

                               

                                      Policier 5

Quand même! Ces Québécois ce sont des tuffs. Il n’a pas encore accepté de parler anglais. Bilingue, vous êtes supposé être, doit-il se dire en dedans de sa maudite tête de cochon… Il est peut-être du FLQ? Y paraît qu’il y en a déjà eu un à Dawson Creek. S’il y en a déjà eu un dans le Nord, y va bientôt en avoir partout.

Les bœufs prennent leur bière, jouant au cowboy entre les bureaux. Ils se bousculent un peu. Un pleure dans son coin, mais peu de temps après, ils recommencent tous à jouer, mais cette fois, en se prenant pour leur idole : un Jerry Lewis, un autre Batman, Mannix, Paul IV, Luky Luke et Joly Jumper.

Entre un bonhomme, tout de blanc vêtu, un bandage de guenilles au visage comme un chirurgien et des gants de caoutchouc. Il s’assied près du Québécois. 

                                     Policier blanc

Ne leur dis pas que je suis ici, ils ne m’ont pas vu entrer…

Les six policiers sont sur les bureaux, ils prennent toutes sortes de pauses de leurs héros alors que l’un d’eux, à tour de rôle, fait semblant de les photographier.

       

                           Policier 5


Ça va faire une bonne photo pour mon petit gars. Y aura pu la regarder à la télévision. Ça va coûter moins cher.  Aujourd’hui, avec le coût de la vie, si ça continue nous allons être obligés de recommencer à manger les chats, pis les rats.

Théâtre.simoneau 2

janvier 5, 2021

Fuck la reine 2

Je vais le dire à mon frère, le maire, que vous me persécutez. Vous verrez. Il vous fera ravaler vos paroles.

                                Policier 4 (les poignets cassés)

Mais non, voyons… viens, viens, je vais faire le cheval moué. Tiens. Voilà !

Il se place en cheval.

Dis-toi que t’es le plus grand, le plus beau des GRC, que t’es dans les parades. Le premier en avant.

Le policier embarque dessus, en reniflant. Il se tient par une seule bretelle.

                                       Policier 1

T’es heureux, là. Tu ne le diras pas à ton frère, hein, on ne riait pas de la RCMP, hein, tu sais!  

Le sixième policier se promène. Il court, imitant un cheval, alors que les deux autres font semblant de le poursuivre avec des lassos.

Un nouveau policier s’avance à droite et crie :

Prenez vos airs de cochons. Je pense qu’y arrive un client.
Tous les six, gros gaillards, avec des gueules de chefs de mafia reprennent le travail quand rentrent deux autres « bœufs », pas plus jolis, tenant sous leur bras, pendant, un jeune gros, dans le plus ordinaire, habillé d’un drapeau du Québec. À côté, un Indien sidéré de peur et planté comme un poteau, à l’autre bout, après y avoir été déposé par deux autres policiers. Il observe sans mot dire. C’est ainsi qu’étudient les Indiens.

                               Policier 1

                     Dyou qui sort celui-là?

Les policiers se regardent, haussent les épaules.

Nous ne le savons pas, nous.


                               Un des nouveaux

Faites attention, s’tun dur… y vient de défoncer une vitrine.

Les policiers se grugent les ongles.  

Ensemble

  S’tun Québécois? Le Royal 22e régiment? Le régiment de la Chaudière?

                                Un des nouveaux policiers

Oui! Pis y é dur. On a beau accélérer avec le panier à salade, tourner d’un coup, l’entendre avec l’Indien, qui y é avec lui. se péter la tête dans les bords, ils ne sont pas assommés.

                                  Les policiers

Wow! Tenons-nous en gang, ce sera moins dangereux.

Le numéro 1 s’approche du Québécois, le touche du bout des doigts. Le gars tombe à terre, après avoir posé sa guitare et sa flûte sur le comptoir. Le policier recule. Il tremble de partout.

                                  Le policier (le regarde sur le plancher)

T’es certain qu’il est dangereux.

                                 Un des nouveaux flics

Bien sûr, mais plus maintenant. On lui a donné quelques dizaines de coups de poing dans le ventre pour qu’il ait l’air stone quand on a pris sa photo. Ça paraît mieux quand tu déposes en cour, le juge est plus sévère.

Tu sais que les autorités municipales veulent débarrasser Vancouver des Québécois et du pot pour laisser libre cours à la mafia asiatique et à l’héroïne. Ça paye plus. Il faut en profiter.

                                   Policier 1

T’es brillant, toi, ce n’est pas pour rien que t’es rendu capitaine.

                                    Policier 5

C’est surtout parce que mon frère est conseiller municipal.

Théâtre 1

janvier 4, 2021

Fuck la reine                                             Premier acte
                                               Scène 1

Une moitié de scène. Un grand comptoir avec à droite une armoire. Partout sur les murs des photos de la reine, en alternance avec des photos de la GRC et de chevaliers en habit moyenâgeux. Derrière le comptoir, deux autres policiers.

Les policiers laissent leur place, se ramassent devant le comptoir, s’enlacent et commencent :

                    Une, deux… cha cha
                     une, deux… cha cha cha

                                Policier 1

C’est-y plate à soir! Pas d’arrestation. Vous avez bien fouillé tous les jeunes, dans tous les restaurants et toutes les tavernes? Vous avez pris la précaution d’interroger tous les cheveux longs, tous ceux qui ont des bagages? Rien? On manque de stock… le marché de la dope est à sec à Vancouver. Il nous manque des labos pour avoir plus de MDA.

                               Policier 2 (de plus en plus hystérique)

Attends. Ça va s’arranger. L’été arrive, les Québécois aussi. Il va y avoir du pot en circulation. Des amendes parce qu’on ne respecte pas les feux de circulation, des descentes inutiles, quelques gueules à péter. Fais-t-en pas, mon noir, les Québécois y vont y voir. Cette race de rats sait gruger la loi, ils ne respectent rien, pas même notre belle Queen. J’aime ça…

                           Policier 2

Quand il y a un Québécois, ça me permet de frapper. Wow! Wow! Wow! Wow !

Il se frappe dans les mains, jouit des yeux et tombe sur le cul.

                          Policier 2

Qu’il sera beau! Qu’il sera grand le jour où les chars d’assaut sur les Plaines d’Abraham feront trembler jusqu’au Rocher Percé! Un monde coast to coast anglais. Aussi anglais que le policier de Calgary, vice-président de l’Association francophone. Qu’il sera bon de frapper aussi fort que l’escouade anti-émeute de Montréal! O mon Canada! Mon très cher Canada! Grenier de pot et de champignons magiques. Terre idyllique de mon maître Jésus.

                                 Tous les policiers

Amen !

Ils se mettent à genoux et récitent :

Le Seigneur est mon berger, rien ne saurait me manquer, même si ça coûte cher en beau joual vert.

Les policiers se relèvent.

                                  Policier 3

J’ai couché, hier, avec le ministre de l’Injustice. C’est tout un homme, même si y a pu de revolver. Y en a pu besoin. La mafia va le protéger alors que son gouvernement va défendre la langue des Italiens immigrants… Chia Chia Chia… l’anglais évidemment. C’est tout un marché. Le gouvernement protège la mafia et la pègre protège le gouvernement. Il faut concéder aux Français que leur langue les sert très bien… pour faire l’amour.

Tout le monde rit. On se « garroche » par terre. On frappe sur le plancher. Un policier se relève et entonne, après avoir un peu turluté :

              Le cheval fait le tour de la montagne
               la montagne fait le tour du cheval

                                       Policier 3   (plié en deux)

Quelle coulture !   Quelle coulture! Et dire qu’on se casse la gueule dans les rues pour conserver un folklore aussi bête.

Il se tord de rire, mais un autre flic s’amène devant lui. C’est le plus grand, le plus fort, le numéro cinq. Il tire un petit cheval de bois. Il s’arrête, se met à l’attention, se cire les moustaches.

                                Policier 5

Cesse de te tordre ainsi sans-dessin. Tu ne te rends pas compte que tu profanes ainsi le groupe le plus brave, le plus intrépide, le plus intelligent du monde — 42 de quotient intellectuel de moyenne –. Tu ne reconnais pas, dans la chanson de Wellie Lamothe, les héros de notre histoire.  Ceux qui courent les Esquimaux et qui empêchent les puits de pétrole du Nord de fumer. Ceux qui combattent les Indiens qui ont déterré la hache de guerre parce qu’ils ne veulent plus se contenter de bien-être social pour boire dans nos tavernes.  Nos braves RCMP, la toute Royal Canadian Mounted Police qui vient à peine de fêter ses 100es anniversaires de fondation et échapper à un scandale politique en Alberta. Ceux auxquels j’aurais aimé appartenir, mais dont je n’ai pas pu n’ayant que 22 de QI.  Pire, mes parents sont autochtones, comme si c’était de ma faute.

Il se met à pleurer alors que tous les autres policiers l’entourent.

                                         Policier 3

Mais non! Mais non! Ne pleure pas mon gros nounours…

Les policiers essaient de le consoler.

                                  Policier 1

Tiens, Frank, y va te donner un beau gros suçon.

                                  Policier 5

Je n’en veux pas, bon !

Il frappe sur le plancher.

Simoneau et le théâtre

janvier 3, 2021

Je constate que j’ai déjà publié Les derniers amours de Platon. Pour faire changement je me lance dans le théâtre. Si c’est trop difficile de le mettre en page, je change de texte.

Simoneau et le théâtre

J’ai écrit seulement deux pièces de théâtre et un scénario de film sur l’histoire d’Alphonse Caouette, président de la Thérèsa Gold Mine.

Dans cette partie on retrouve, deux pièces de théâtre, soit Fuck la reine et Les puces ainsi que le traitement de Caouette et la Thérèsa.

Fuck la reine   page 1

Les puces page 30

Caouette et la Thérèsa page 93

Fuck la reine a été écrit à la suite de mes deux voyages sur le pouce à Vancouver, dans les années 1973-1975.

Les dernier amours de Platon. présentation.

janvier 2, 2021

Puisque je ne suis pas assez riche pour publier les trois tomes de Les derniers amours de Platon et que le livre a été retiré chez mon éditeur français, Edilivre, qui a rompu unilatéralement avec son contrat pour des raisons obscures,je vais les présenter sur mes deux blogues (carnets), soit Centerblog et WordPress. C’est un  roman de 595 pages qui a été publié en trois tomes : Platon (Les « derniers amours » de Platon, Virus  (Un hétéro chez les gais) et Diogène (La banque de sperme). Tout y est absolument imaginatif.

J’écrivais alors un carnet sur radioactif.tv et pour m’amuser j’ai écrit ce qui est devenu ce roman. Ce fut le roman le plus agréable à produire.

Le style du texte se veut de l’école de Boris Vian et du groupe Panique. Une forme de critique sociale, en établissant un certain parallèle entre l’époque de Platon et celle du Québec, dans une forme d’humour à la Simoneau. Que je suis le seul apparemment à apprécier. C’est documenté, comme dirait mon ami David Goudreault, un petit génie de la littérature d’ici..

Le but de ces écrits était de comprendre pourquoi le sexe est-il condamné de nos jours et que cet interdit touche particulièrement les jeunes au moment où ces relations ne peuvent pas avoir de répercussions sociales.  

D’une part, le garçon est encore incapable d’éjaculer donc de procréer.  Les jeux sexuels ne sont alors que purs plaisirs. D’autre part, les filles ne sont pas davantage capables de se muter en fille-mère. On sait combien la charité chrétienne a élevé à son maximum la punition du péché de la chair et que dans tous les cas c’était la pauvre fille et son enfant qui devaient endosser les foudres d’un dieu d’amour

Il n’y a pas de faute de grammaire française dans le titre puisque amour dans ce cas représente les garçons de qui Platon est amoureux et non la foudre de cet amour ou de cette passion.  Les parenthèses signifient que l’auteur savait que dans le sens de foudre amoureuse le mot amour au pluriel est toujours féminin. Question de sens donné au mot! Beauté de la langue française.

Les éditions du temps. Québec viennent de publier le deuxième  tome, soit Virus. Pourquoi? Parce que je trouve que c’est le meilleur. Je n’aime pas particulièrement le premier qui a été écrit qu’en essayant d’être divertissant. La recherche d’un but précis ne m’avait même  pas effleuré l’esprit. En tous cas, je me suis amusé et j’espère qu’on aura autant de plaisir que moi en lisant ce texte.

Death’s City

décembre 31, 2020

Death city 6

Par ailleurs, Claude était fatigant avec sa vantardise comme s’il avait besoin de se faire rassurer sur sa sécurité ou ses possibilités psychologiques. À l’entendre, il aurait pu à lui seul faire trembler l’Empire britannique.

Cette estime de lui-même, ce narcissisme, n’était certes pas étranger à sa paranoïa. Il avait si peu confiance en lui qu’il devait se vanter pour ne pas se détester et oublier sa soif d’autodestruction. Après un flot de paroles commençaient automatiquement ses troubles de conscience, pour savoir s’il n’avait pas trop parlé, si son interlocuteur n’était pas un mouchard.  

Ne sachant pas ce que c’était « trop parler », ces moments devenaient de véritables tortures presque impossibles à surmonter et qui en l’étant ne pouvaient faire autrement que de le gonfler encore plus d’orgueil.

Il soupçonnait tout le monde comme s’il avait été un officier maquisard, trempé dans de grands secrets. Pourtant, il n’était qu’un beau parleur, presque intérieurement et intellectuellement vide, ce qui amenait plusieurs à ne plus s’intéresser à lui après quelques discussions.           

Ce vingt-deuxième dimanche se passa sans grand intérêt. Maurice et André s’étaient couchés tout l’après-midi alors que Claude  et Daniel avaient discuté de la Bible. André soutenait la bonté de Dieu alors que Daniel essayait de lui faire comprendre que la religion sert à exploiter les peuples et maintenir les tyrans au pouvoir, grâce à la psychologie de la culpabilité et au masochisme de l’aliénation qu’elle engendre.    

Le lundi matin, Daniel était malade. Il crachait le sang et s’évanouissait souvent. C’était une suite logique de l’état pitoyable dans lequel il travaillait. Trop de poussière.

Maurice prit le risque d’un retard et s’arrêta éponger le front du malade jusqu’à ce qu’un médecin arrive juste assez vite pour constater le décès.          

À son arrivée à la cuisine, le chef de département fit demander Maurice. Furieux, celui-ci lui annonça qu’il passerait les prochains mois en réclusion, c’est-à-dire dans une cellule, sans autre accessoire que le lit.   

— We are not here for nursing but for working and a pig like you …         

Même s’il était déjà acquis que bientôt il aurait sa vengeance, étant tombé dans l’oeil du gouverneur de la prison, Maurice ne put tolérer cette nouvelle balafre à sa dignité humaine. Il saisit un couteau et transperça son adversaire qui s’effondra, grimaçant, devant lui.

Un bruit sourd retentit. Maurice sentit une vive douleur à la nuque. L’image de sa famille lui traversa l’esprit et il s’écroula sur le plancher alors qu’un sergent clamait : 

— Too bad!  We won’t have a show tomorrow!

La nouvelle fit le tour du camp et à travers les murmures, on pouvait savoir que la révolte était proche, qu’elle s’organisait patiemment et qu’elle éclairait comme une bombe. Tout y passerait. La vengeance aurait de mesure que l’humiliation subite.

Les deux morts précipités firent sur la santé mentale d’André l’effet d’un véritable coup de massue.

Il commença à se terrer dans la lecture de la Bible. Il craignait de plus en plus la vengeance de Dieu dans les signes extérieurs alors qu’en temps normal il aurait imputé ça au hasard.      

Persuadé que Dieu le pourchassait parce qu’il était français, il commença à apprendre l’anglais avec acharnement.         

Un dimanche midi, il se leva et commença son sermon :     

-Maudits Français! Race de putains! Crevez pour que s’achève la malédiction du Seigneur. Le Seigneur est bon. C’est vous, charognards, qui avec vos Rimbaud, Verlaine, Simoneau, sèment le mal que Dieu doit extirper par le feu et le sang. Repentez-vous!

Avec la verve qu’il y mettait, André fut conduit en cellule : les Anglais croyaient y avoir entendu une exhortation à la rébellion. Les gardes le laissèrent alors dans les couloirs où résonnait :        

— Vous pouvez m’enfermer, me tuer, je ne cesserai pas de prêcher la parole de Dieu. Je suis la vie, la vérité, le pénis gonflé de l’univers…      

Le lendemain, André fut exécuté devant ses compatriotes. 

Claude retourna complètement découragé à sa chambre.

Pourtant, il fut le seul à voir la rébellion et l’écrasement de Dead City. Cela survint plus vite qu’il l’avait prévu, mais quand il eut perdu espoir, bien après avoir accepté sa propre mort comme prix à payer pour vivre « la liberté »       .

Prison de Bordeaux,

 juin 1975.

14 Août 2008                            Bonne et  heureuse année 2021

Death’s City 5

décembre 30, 2020

Death’s  city 5

Il était de plus paranoïaque, se sentant coincé par son ignorance. « Je ne veux rien savoir, mais pour aider à la libération,  j’ai fait du mieux que je pouvais ». Il était très fier de son engagement.   En réalité, Claude avait plus peur de la trahison par ignorance que de la mort. La vie du Québec et la sienne n’étaient qu’une seule et même vie.

Puisqu’il croyait en son peuple, il ne pouvait malgré les risques que ça comportait s’empêcher de parler en classe ou ailleurs contre le régime répressif et de la beauté de l’action des maquisards. Par contre, tenant d’une liberté anarchiste, Claude ne pouvait accepter la rigueur fanatique de certains partisans. Il s’était beaucoup plus investi à améliorer le sort du peuple qu’à la rébellion quoiqu’il n’écartait pas cette voix si absolument nécessaire. Sa crainte de voir mourir des enfants le torturait au point de douter parfois que les armes soient le seul moyen de libération.

À son avis, il devait sûrement exister un moyen démocratique capable de faire respecter les Québécois et leur culture.         

Conscient que plusieurs livraient un combat beaucoup plus par intérêt personnel que par patriotisme, il ne savait jamais par naïveté discerner l’ivraie du bon grain, Claude était souvent entraîné dans des aventures d’où il sortait toujours un peu dégoûté. À force d’être humilié, autant d’un bord que de l’autre, il décida de se suicider intellectuellement et psychologiquement en buvant le plus possible. Cette contradiction entre le besoin de poursuivre le combat et cet appel du néant continuèrent, à le ronger jusqu’à son arrestation. Il était devenu un être sans importance, sans influence, qui ne vit que du passé comme les robineux. D’une certaine façon, il s’en fichait, ayant toujours été écrasé, considéré comme un être de second plan, plein de promesses, mais trop faible pour monter plus haut que sa réminiscence d’une ou deux années de sa vie… avant de boire comme un trou.

— Ils peuvent me traiter de froussard, de mésadapté, d’ex-libéral. Ils peuvent me dire que je n’ai pas de talent et d’imagination, ils peuvent me barrer partout, mais n’empêche que l’on était bien heureux de me voir agir là et comme personne l’aurait fait. J’été hypocritement méprisé. J’ai commencé pur, franc, honnête. J’en suis sorti menteur par névrose, souillé par la haine et le désir de vengeance ainsi que voleur par nécessité. 

Cette chambre à quatre sera à la fois la nouvelle demeure et la nouvelle communauté de Maurice, sauf au repas où les prisonniers allaient manger par groupe de cent en silence. Une vie de travail, des soirées à aller jouer aux cartes, à toujours reprendre les mêmes discussions, les mêmes remarques sur le camp.

Après quelques semaines, tous perdaient espoir, coupaient avec le passé et acceptaient qu’à moins de se tuer, il n’y eût qu’une chose à faire : oublier qu’il existe quelque part sur terre une autre forme de vie. Cette résignation était à la base d’une vie saine. Dans un tel endroit, il n’y a que la folie pour s’empêcher de « péter au fret ». Il se créait des liens à travers l’entraide, qui faisaient dire à plusieurs : « Avant j’avais des chums, maintenant j’ai des amis. »  Tout le monde s’acceptait intégralement ou était complètement indifférent à l’autre. La tolérance étant strictement nécessaire pour ne pas rendre infernal ce décompte de l’agonie puisque l’on était bel et bien condamné à la mort.  

N’ayant pas de privilégiés, peu de gens acceptaient de parler d’un passé trop saignant. Il était impossible de créer des castes pouvant dominer par la force à cause de la surveillance des gardiens, qui punissaient sévèrement les mouvements de colère. Il fallait apprendre à s’aimer ou à crever, travailler ensemble à améliorer la qualité de vie puisqu’il y avait aucun autre issu possible. Tout le monde savait que cette incarcération n’était rien d’autre leur agonie : vivre avec la mort dans la peau comme un cancer dont on connaît l’existence. Reste juste à savoir quand sera exactement la dernière minute.           

Maurice fut affecté aux services de la cuisine. Il y travaillait très tôt le matin jusqu’à huit heures, le soir. Le directeur de ce département le méprisa dès la première journée, mais il ne put mettre à exécution tous ses plans d’humiliation puisque, durant de longs moments, le commandant du camp venait regarder travailler Maurice. L’officier ne parlait jamais, souriant à quelques rares occasions.

Cela n’empêcha pas Maurice de devoir voguer aux travaux les plus vils : vider les vidanges, nettoyer poêles, tablettes, toilettes, etc.  Tout ce qui était désagréable à faire lui retombait automatiquement sur les épaules. De plus, le directeur du département trouvait toutes sortes de moyens pour l’écœurer. C’est ainsi qu’il se mit à exiger avec entêtement que chacun, même entre Québécois, se disent « sir », comme il l’avait appris dans l’armée. Ce sadique psychologue trouva moyen d’exiger que le lit de Maurice fût soigneusement fait, le matin, même s’il était le seul à devoir se plier à cette règle. Pendant les inspections sanitaires, il trouvait moyen de faire parader Maurice nu, jaune de gêne. Un jour, ayant refusé d’appeler son compagnon « sir », arguant, selon la Charte des droits de l’Homme, que cela était contraire à sa religion, Maurice fut obligé de laver le plancher durant une semaine à quatre pattes. Toutes les demi-heures, un directeur de service venait trouver une tache, l’obligeant à tout recommencer.

Heureusement, le dimanche, Maurice ne travaillait pas. C’était la vie communautaire à trois puisque Daniel ne participait que très superficiellement aux activités du groupe qui n’étaient pas tellement variées : marcher en bavardant, jouer aux cartes, faire des exercices physiques. Bientôt, les copains de chambre apprirent à créer un genre de petit carnet mondain, où les amours du camp, le passé des autres prisonniers et surtout leurs habitudes étaient largement discutés. Puis, petit à petit, chacun entrait un peu dans sa vie privée, laissant tomber un pan du mystère sur leurs pensées et leurs préoccupations. Cette nourriture à la source était si graduelle qu’elle ne semblait pas dangereuse. Parfois, quelques-uns, histoire de s’amuser, jouaient aux travestis. Mais il ne fallait pas faire de bruit, le plaisir étant aussi mal accueilli par les gardes que la violence.

Death’s City 4

décembre 29, 2020

Death’s city 4

Il était de plus paranoïaque, se sentant coincé par son ignorance. « Je ne veux rien savoir, mais pour aider à la libération,  j’ai fait du mieux que je pouvais ». Il était très fier de son engagement.   En réalité, Claude avait plus peur de la trahison par ignorance que de la mort. La vie du Québec et la sienne n’étaient qu’une seule et même vie.

Puisqu’il croyait en son peuple, il ne pouvait malgré les risques que ça comportait s’empêcher de parler en classe ou ailleurs contre le régime répressif et de la beauté de l’action des maquisards. Par contre, tenant d’une liberté anarchiste, Claude ne pouvait accepter la rigueur fanatique de certains partisans. Il s’était beaucoup plus investi à améliorer le sort du peuple qu’à la rébellion quoiqu’il n’écartait pas cette voix si absolument nécessaire. Sa crainte de voir mourir des enfants le torturait au point de douter parfois que les armes soient le seul moyen de libération.

À son avis, il devait sûrement exister un moyen démocratique capable de faire respecter les Québécois et leur culture.         

Conscient que plusieurs livraient un combat beaucoup plus par intérêt personnel que par patriotisme, il ne savait jamais par naïveté discerner l’ivraie du bon grain, Claude était souvent entraîné dans des aventures d’où il sortait toujours un peu dégoûté.

À force d’être humilié, autant d’un bord que de l’autre, il décida de se suicider intellectuellement et psychologiquement en buvant le plus possible. Cette contradiction entre le besoin de poursuivre le combat et cet appel du néant continuèrent, à le ronger jusqu’à son arrestation. Il était devenu un être sans importance, sans influence, qui ne vit que du passé comme les robineux.

D’une certaine façon, il s’en fichait, ayant toujours été écrasé, considéré comme un être de second plan, plein de promesses, mais trop faible pour monter plus haut que sa réminiscence d’une ou deux années de sa vie… avant de boire comme un trou.       

— Ils peuvent me traiter de froussard, de mésadapté, d’ex-libéral. Ils peuvent me dire que je n’ai pas de talent et d’imagination, ils peuvent me barrer partout, mais n’empêche que l’on était bien heureux de me voir agir là et comme personne l’aurait fait. J’été hypocritement méprisé. J’ai commencé pur, franc, honnête. J’en suis sorti menteur par névrose, souillé par la haine et le désir de vengeance ainsi que voleur par nécessité. 

Cette chambre à quatre sera à la fois la nouvelle demeure et la nouvelle communauté de Maurice, sauf au repas où les prisonniers allaient manger par groupe de cent en silence. Une vie de travail, des soirées à aller jouer aux cartes, à toujours reprendre les mêmes discussions, les mêmes remarques sur le camp.

Après quelques semaines, tous perdaient espoir, coupaient avec le passé et acceptaient qu’à moins de se tuer, il n’y eût qu’une chose à faire : oublier qu’il existe quelque part sur terre une autre forme de vie. Cette résignation était à la base d’une vie saine.

Dans un tel endroit, il n’y a que la folie pour s’empêcher de « péter au fret ». Il se créait des liens à travers l’entraide, qui faisaient dire à plusieurs : « Avant j’avais des chums, maintenant j’ai des amis. »  Tout le monde s’acceptait intégralement ou était complètement indifférent à l’autre. La tolérance étant strictement nécessaire pour ne pas rendre infernal ce décompte de l’agonie puisque l’on était bel et bien condamné à la mort.  

N’ayant pas de privilégiés, peu de gens acceptaient de parler d’un passé trop saignant. Il était impossible de créer des castes pouvant dominer par la force à cause de la surveillance des gardiens, qui punissaient sévèrement les mouvements de colère.

Il fallait apprendre à s’aimer ou à crever, travailler ensemble à améliorer la qualité de vie puisqu’il y avait aucun autre issu possible.

Tout le monde savait que cette incarcération n’était rien d’autre leur agonie : vivre avec la mort dans la peau comme un cancer dont on connaît l’existence. Reste juste à savoir quand sera exactement la dernière minute.     

Maurice fut affecté aux services de la cuisine. Il y travaillait très tôt le matin jusqu’à huit heures, le soir. Le directeur de ce département le méprisa dès la première journée, mais il ne put mettre à exécution tous ses plans d’humiliation puisque, durant de longs moments, le commandant du camp venait regarder travailler Maurice. L’officier ne parlait jamais, souriant à quelques rares occasions.

Cela n’empêcha pas Maurice de devoir voguer aux travaux les plus vils : vider les vidanges, nettoyer poêles, tablettes, toilettes, etc.  Tout ce qui était désagréable à faire lui retombait automatiquement sur les épaules.

De plus, le directeur du département trouvait toutes sortes de moyens pour l’écœurer. C’est ainsi qu’il se mit à exiger avec entêtement que chacun, même entre Québécois, se disent « sir », comme il l’avait appris dans l’armée. Ce sadique psychologue trouva moyen d’exiger que le lit de Maurice fût soigneusement fait, le matin, même s’il était le seul à devoir se plier à cette règle. Pendant les inspections sanitaires, il trouvait moyen de faire parader Maurice nu, jaune de gêne.

Un jour, ayant refusé d’appeler son compagnon « sir », arguant, selon la Charte des droits de l’Homme, que cela était contraire à sa religion, Maurice fut obligé de laver le plancher durant une semaine à quatre pattes. Toutes les demi-heures, un directeur de service venait trouver une tache, l’obligeant à tout recommencer.

Heureusement, le dimanche, Maurice ne travaillait pas. C’était la vie communautaire à trois puisque Daniel ne participait que très superficiellement aux activités du groupe qui n’étaient pas tellement variées : marcher en bavardant, jouer aux cartes, faire des exercices physiques.

Bientôt, les copains de chambre apprirent à créer un genre de petit carnet mondain, où les amours du camp, le passé des autres prisonniers et surtout leurs habitudes étaient largement discutés. Puis, petit à petit, chacun entrait un peu dans sa vie privée, laissant tomber un pan du mystère sur leurs pensées et leurs préoccupations. Cette nourriture à la source était si graduelle qu’elle ne semblait pas dangereuse. Parfois, quelques-uns, histoire de s’amuser, jouaient aux travestis. Mais il ne fallait pas faire de bruit, le plaisir étant aussi mal accueilli par les gardes que la violence.


Death’s City

décembre 28, 2020

Death City 3

Le silence. Puis Maurice se tournant cria :      

— Fuck you!

Aussitôt, une balle siffla près de lui. D’autres gardiens accouraient. Ils se précipitèrent dans la chambre et se saisirent du résistant. Ils s’aperçurent alors que Maurice était en sueurs. Une fois debout, il fit face à un sergent qui le regardait avec pitié pour ne pas dire sympathie. Tout se mit à tourner. Ce fut le vide, le noir total.  

Maurice s’éveilla dans une chambre. Peu de temps après, une infirmière se pressait contre lui. Il passa trois semaines en délires, fiévreux, sous les soins attentifs et tendres de cette fille qui de plus en plus illuminait ses rares moments de lucidité. Après avoir vaincu la mort, il devait vaincre ses sentiments. Comment peut-on ne pas aimer une fille qui s’occupe aussi bien de vous dans des moments aussi difficiles à passer?

Maurice en frissonnait à la pensée d’être réduit entre humains à se demander si aimer quelqu’un peut être un acte répréhensible. Après tout, la guerre, ce n’est pas elle qui la veut. La guerre est un meurtre légal en soi. En partant, elle est inhumaine. C’est une bêtise de l’homme pour justifier son orgueil et sa cupidité… Il n’eut pas à trancher le problème, ayant retrouvé la chambre de ses compagnons, après avoir circulé dans Death’s City, guidé par sa petite garde-malade.          

Death’s City était une ville en huit. Un bout réservé aux Français; l’autre bout, pour les Anglais. Le tout était séparé par d’énormes murs et des portes d’accès à chaque bout, fortement gardées. D’un bout, des baraques; de l’autre, des châteaux. Maurice pensa aussitôt à Montréal et Westmount. Il est impossible d’y échapper. Impossible de communiquer avec l’extérieur, on entrait à Death’s City pour y mourir, d’où le nom. C’est ainsi que s’était créée chez les prisonniers une nouvelle société, caricature de la première, avec ses couples homosexuels, seuls éléments de fraternité tolérés pour ne pas dire encouragés par les gardiens. Souvent une personne ne songe pas à son bien-être, mais ne peut tolérer que sa douce moitié souffre. Un pouvoir de plus des geôliers sur les prisonniers. C’est le drame. C’était d’ailleurs la seule chose qui permettait à plusieurs de continuer à vivre sans capoter. Il n’était donc pas question de déprécier qui que ce soit qui tombait en amour avec son compagnon puisque l’on savait que tout le monde finissait plus ou moins par succomber ou se suicider. Il y avait assez de problèmes sans y ajouter le scrupule. Les hommes sont généralement différents des féministes qui embrassent les religions qui les ont toujours abaissées. Parfois, être victime, c’est une façon de se croire un héros… même si toute forme de chantage et de dénonciation fait de toi automatiquement un zéro…    

C’était le dimanche. Seul jour de congé. Maurice, de retour à la chambre des prisonniers, put connaître quelques-uns de ses compagnons.

Daniel était jadis un machiniste. Il avait trois enfants. Il avait été arrêté pour activités syndicales. Il avait été dénoncé par un « chum» qui voulait sa femme et qui ne recula pas devant ce sinistre manège pour arriver à ses fins. Mais, l’épouse de Daniel le repoussa et, quelque temps plus tard, ironie du sort, il fut dénoncé à son tour. Il se serait suicidé en montant à Death’s City, disait-on, pour ne pas faire face à Daniel.

Emprisonné depuis cinq ans, Daniel n’a jamais pu oublier sa famille, espérant chaque jour que la rébellion accorde au Québec son indépendance et permette la libération des prisonniers politiques. Une fois, un prisonnier avait réussi à passer clandestinement un journal du Québec. Daniel avait éprouvé une telle joie en le lisant qu’à plusieurs reprises il avait fondu en larmes. C’est très difficile de décrire  la souffrance éprouvée quand la nostalgie du pays nous prend. Cette sensation d’impuissance! Un cri d’amour  qui semble inutile de crier parce qu’il ne sera pas entendu et partagé, mais qui monte de l’intérieur de vous jusqu’à vous arracher les tripes, vous arracher à vous-mêmes. Il faut avoir été privé de français et de culture québécoise pour apprécier combien au Québec cette vie essentielle à l’esprit est riche comparée à ce qui se passe ailleurs dans le Canada anglais à cause de la concentration culturelle anglophone à Toronto. Et déjà, les miettes de la culture canadienne sont noyées dans la grande vague américaine. Pour les prisonniers, il n’y avait que les photos de Playboy qui étaient autorisées sur le camp.     

André était un ex-homme d’affaires assez prestigieux. Il avait bien connu la richesse et ses folies. Il n’avait plus que Dieu auquel se rattacher. Cependant, il gardait assez bien le moral en devenant parfois un bon bouffon. Il avait un enfant. Sa vie reposait sur cet enfant qu’il avait laissé alors qu’il était atteint d’une maladie grave. Il ne savait pas, après sept ans, ce qu’il était advenu de sa femme et de son enfant.   Avait-il survécu à la maladie? Et sa femme? C’était certainement devenu très difficile pour elle qui n’avait jamais connu la misère. Elle n’aurait sûrement pas toutes les possibilités d’adaptation que connaissent les démunis. André devenait taciturne et solitaire quand ces pensées faisaient irruption.
— Je ne peux m’empêcher, même si je crois à la Providence, de me révolter et de demander des comptes à celui qui est censé m’aimer. Alors, je lis le Nouveau Testament et presque toujours je tombe sur un passage qui répond à mes faiblesses et je comprends qu’il nous aime comme nous sommes. C’est moi qui prêche le Seigneur, et pourtant, je doute jusqu’à me révolter contre lui.  

Quant à Claude, c’était un ex-professeur. Sans avoir été engagé dans le maquis, il ne cachait pas sa sympathie à son égard et le fait qu’il y aurait coopéré dans la mesure du possible. Ces opinions si franchement exprimées lui valurent un tas d’ennuis. D’abord, il fut appuyé par un collègue qu’il croyait maquisard, comme le voulait la rumeur, qui scrutait à fond ses peurs.     

— Tu sais avec le maquis, si tu parles trop ou si tu dénonces quelqu’un, tu te fais liquider, que ce soit accidentellement ou non.

Claude plus grand discoureur que rebelle acharné avait stupidement pris à son compte un tel avertissement. Aussi était-il toujours divisé intérieurement,  grugé par la peur de trop parler ou de faire le jeu des exploitants en se taisant. Ne faisant rien de violent, ne connaissant rien de l’organisation du maquis, il demeura quand même traumatisé par cet avertissement d’autant plus qu’il rencontra nombre de gens, ne sachant pas toujours s’il s’agissait de « stool » ou de véritables rebelles. Il devait faire confiance à son propre jugement qu’il savait faible,  de par son ignorance réelle de la situation.

À quelques reprises, il dut, du moins le croyait -il, mettre sa vie en danger pour appuyer ses amis indépendantistes.   Cette peur eut pour effet de diminuer de beaucoup la crédibilité des autres en sa sincérité, et pourtant, il était un des rares civils qui aurait risqué sa peau pour le Québec, si cela avait été nécessaire.  


D’autre part, pour plusieurs, Claude était bourré de contradictions. C’était un pacifiste jusque dans l’âme, mais  il parvenait à comprendre que les maquisards n’avaient plus que le fusil pour sauver le Québec. Tous les autres moyens avaient échoué et ça ne servait plus qu’à reculer l’échéance du grand affrontement, retard qui ne pouvait servir qu’aux Anglais.

Death City

décembre 27, 2020


Death City 2

Il franchit le Canada, entassé dans un wagonnet de fer, nourri de charognes, comme sous le régime politique libéral. Il faisait froid et l’odeur était suffocante. Les groupes des 22 arrivèrent à cinq cent vingt-deux milles au nord de Dawson Creek, un soir, noir comme chez le diable. C’était le premier janvier, à Death’s City.

Arrivé au camp, Maurice était fiévreux. Il ne pensait à rien, mais observait faits et gestes. Il entra dans le «bunk house » qui serait dorénavant sa demeure. Il suivit un long corridor où se trouvaient des chambres de chaque côté. Devant le 22, les officiers lui enlevèrent les menottes, ouvrirent la porte et le poussèrent à l’intérieur. Il faisait juste assez clair pour distinguer un lit libre. Il s’y glissa et s’endormit.           

Le matin, Maurice se réveilla alors qu’un homme d’une quarantaine d’années le secouait fébrilement en chuchotant :

— Le nouveau!   Hé, le nouveau! Arrives-tu du Québec?    

— Oui.          

— T’es parti depuis longtemps?  

— Une semaine.    

Les yeux du bonhomme s’illuminèrent et les larmes aux yeux, il s’empressa de savoir ce qui s’y déroulait. Parfois, il ravalait bruyamment et serrait davantage les poings. Il écoutait religieusement Maurice lui raconter comment les Anglophones du Québec, appuyés par l’armée canadienne, exigeaient maintenant que l’anglais soit la seule langue parlée au Québec, hors des foyers.           

Les ouvriers ont perdu tout droit de grève et plus aucun francophone n’a droit à un poste de commande. Nous sommes traités pires que les Indiens avant qu’ils ne soient exterminés. Puisqu’il y avait trop de chômage et d’assistance sociale au goût des Anglais, les gens ont été mis à la ration. Ils ne peuvent rien obtenir sans passer par un groupe de direction anglais qui prend son temps fou avant d’accorder les permis. Des enfants meurent de faim et d’autres de maladies, n’ayant que très difficilement accès aux médicaments, mais la résistance…        

Maurice s’interrompit, regarda son interlocuteur. Le silence se faisait de plus en plus lourd. Le bonhomme, devant lui, crispé, attendait qu’il continue comme un enfant à qui l’on cesse sans raison de lui raconter l’histoire commencée.         

— Ici, comment est-ce?     

Son interlocuteur comprit que Maurice ne lui faisait pas encore assez confiance pour discuter des derniers événements. C’était normal. Il ne se connaissait pas et tout le monde sait que les camps sont infestés de vendus, pour des faveurs, ou encore pour cesser d’être maltraités. 

— C’est un camp de concentration, ce n’est pas un camp de vacances. Tu travailles comme un chien. Tu te fais engueuler à cœur de journée. Tu te fais jouer dans le cul, en entrant et en sortant de la mine, comme si tu pouvais y cacher une roche pour assommer ton gardien. Tout de suite, après souper, tu es enfermé ici. Une fois par semaine, on tire un tabac comme un os à son chien. Malgré la poussière, tu n’as droit qu’à deux douches par semaine ainsi qu’à te changer de vêtements.


À date, 22 ont été fusillés parce qu’ils refusaient d’enseigner le français québécois aux Anglais. C’est le seul avantage. Ils ne nous comprennent pas notre façon de parler, parce qu’ils apprennent le français de Paris… mais nous ne pouvons parler joual que deux minutes par jour. Il est presque impossible de se transmettre des plans d’évasion collective ou autre. T’es chanceux. Tu es jeune et beau. Les dirigeants ici ne demandent pas mieux que d’avoir un beau « serin ». Ils disent que personne au monde ne mange aussi bien une petite graine qu’un petit Québécois…           

— Je les tuerai, s’ils me touchent!          

— Minute papillon! Ici, c’est le seul moyen, surtout quand le jeune comprend l’anglais, de connaître les ordres d’avance et d’essayer de parer les coups : les confidences des lits nuptiaux. On se défend comme on peut. Pour certains, le meilleur acte patriotique est de sacrifier leur virginité. C’est comme en tôle, même dans nos rangs, à force d’être privé de femmes, l’amitié, souvent même l’amour, sert de palliatif et fleurit entre hommes. Attention!   Ils viennent, les écœurants. 

Ce fut un bruit d’enfer : des portes s’ouvrant, des gardes gueulant les présences. À leur chambre, seuls les trois anciens furent appelés: 

— Daniel D. Claude B et Jean S.!          

Maurice demeura seul, derrière la porte qui s’était refermée sur lui dans un bruit d’enfer.   Il se rendormit et se réveilla quelques heures plus tard en hurlant. De nouveau le bruit. Et un garde s’adressa à lui comme si on s’adresse à un chien que l’on méprise.

— Diner time!          

Maurice ne broncha pas. Le soldat s’installa dans la porte ouverte, le fusil à la main.  

— Diner time! Hurry up!  We won’t wait for you a very long. 

Maurice le fixa des yeux. Le soldat ne devait pas avoir plus de 22 ans.   


Death’s City 1

décembre 26, 2020

Death’s city 1

Maurice faisait partie du vingt-deuxième groupe à être déporté dans un camp de travail de la Colombie-Britannique. Ils étaient 22, enchaînés les uns aux autres. Les gardiens armés ne manquaient pas une occasion de les frapper avec la crosse de leur fusil à chaque ralentissement, chaque chuchotement.           

« Walk! DEM Frog! We will teach you the language of the country. »
Si quelqu’un rouspétait ou s’interposait, il était sauvagement battu. Maurice était de ce ceux accusés d’avoir insulté la reine d’Angleterre au Québec, en refusant d’apprendre l’anglais. Il n’avait que dix-sept ans. Blond, les yeux bleus. De bonne éducation.      

Maurice était né durant la guerre qui opposa sept ans l’armée canadienne à un groupe de patriotes québécois insurgés contre le régime policier du parti libéral. Même si les pertes devaient être grandes, les Québécois en étaient venus à la rébellion à cause de nombreux assassinats pénétrés par les autorités de gens reconnus « irrécupérables » par le régime. Cette période de terreur avait fait suite à une longue opération de provocation anti syndicalisme, menée par le ministre de la Justice.

Les États-Unis furent souvent tentés d’intervenir, mais le monde entier voulait savoir si le Canada serait la Tchécoslovaquie du monde libre. Le peuple américain, difficilement remis des dernières guerres, était loin de supporter les dirigeants du pays, opinant que la guerre canadienne était interne, et par conséquent, ne les concernait pas à moins qu’elle déborde les frontières. Les multinationales avaient pressé en vain les autorités yankees d’intervenir, mais l’opinion publique les empêchait. D’autant plus que l’Amérique était fortement occupée à inventer toutes sortes de formes de répression camouflées pour remettre la jeunesse au pas. Il fallait panser les blessures et trouver des coupables plutôt que d’inventer des moyens pour parer à une situation économique dangereusement malade.     

Maurice fut arrêté le 22 décembre dans sa famille.    

Les miliciens, après avoir soigneusement encerclé la maison, avaient pris d’assaut pièce par pièce. Maurice discutait avec Serge, son frère cadet, quand entrèrent trois véritables bœufs de l’Ouest.    

— Maurice D.?        

— C’est moi.

— Come fucking bastard, we’ll teach you to obey      

Serge qui tentant d’intervenir s’écroula devant son frère, la tête littéralement arrachée des épaules. Maurice quitta la maison familiale révolté d’y voir surgir les flammes aux quatre coins. À partir de ce moment, il n’était plus un homme, mais l’immatricule 22-22.           

Sans procès, il fut condamné à travailler à perpétuité dans les mines de l’Ouest. Auparavant, il passa sept jours dans une prison commune, enfermé dans une cellule. Il crut bon de se tuer tant les journées étaient longues, la nourriture affreuse, mais aucun moyen ne s’y prêtait… Et surtout, malgré toutes les calamités, Maurice croyait toujours dans la victoire du peuple québécois.                      


Xénéphon 8

décembre 24, 2020

Xénéphon 8

Xénéphon avait longuement songé à savoir comme disparaître de la circulation.

Il ne pouvait pas se suicider pour trois raisons : 1-  il prêche la vie et par conséquent ne peut pas se tuer 2-  il aime Éros à la folie 3-  à quoi ça sert de s’éliminer quand il est possible de continuer d’être?    

Par contre, Xénéphon même s’il dérangeait bien du monde ne pouvait pas être assassiné parce qu’il serait vite devenu un martyr, donc, un danger encore pire pour ses ennemis. Luther King et Kennedy ont été tués et les É.-U. ne pourront plus jamais avoir la conscience tranquille. Ce qui sera impossible tant que ce message ne sera pas entendu et compris :        

Les prophètes sont tués et leur sang retombe sur la tête de ceux (et leur peuple) qui les ont assassinés.           

Xénéphon le savait et ses ennemis encore plus.       

Comme solution, Xénéphon décida de perdre la voix. Redevenu normal, cessant d’être un bœuf-vache sacrée, Xénéphon put vivre ses amours comme les autres avec Éros, qui possédait depuis peu une verge qui avait sûrement une couple de pouces en plus… Ce qui ravissait encore plus Xénéphon. Xénéphon oublia sa mission devenue inutile; car, la lucidité est contagieuse. À l’avenir, il sera une vache prophétesse, ce qui veut dire qu’il appartient dorénavant au passé. Xénéphon s’aperçut qu’il avait oublié de crier à la fin de ses sermons : ce qui est passé reste en arrière! Mais, se dit-il, il y aura bien un poète pour rappeler aux gens que le monde est évolution et que les religions font du sur-place… pour ne pas dire traîne la patte dans le monde de l’intelligence…     

Redevenu vache bien ordinaire, Xénéphon passa ses journées à brouter, à chiquer et à faire l’amour avec Éros. Il avait compris que l’orientation sexuelle doit être éclatée pour avoir un sens complet, y compris la procréation et le plaisir de la procréation, sans même parfois procréer. Après tout, dans tous les rapports ,le génital, comme dirait Freud, le cul comme dirait Simoneau, n’occupe qu’une infime partie de nos relations, même amoureuses. L’important, c’est le lien tracé dans la vie… la beauté du souvenir quand tout est terminé qui importe le plus…    

Inconsciente qu’un jour elle fut ce que les hommes appelèrent plus tard un dieu, Xénéphon s’en fichait.

Les hommes ne savent pas ce qu’est Dieu, mais pour paraître intelligents, ils ont créé dans les universités de grands cours de théologie, une forme de masturbation cérébrale. Ça permet aux religions de faire semblant de savoir de quoi elles parlent.      

Le tout n’étant qu’une parcelle du tout, la vie sur terre n’étant qu’une seconde d’éternité, Xénéphon comprît que le bonheur est de vivre pleinement sa réalité comme on en a conscience, sans toujours chercher à devenir un ange ou un dieu…

Ainsi,,, ce n’est pas une erreur, ce sont bien trois virgules, mais en réalité, ce sont trois points grimpés sur leurs orteils…  Le ballet cosmique.de l’éternel recommencement.

           
Sherbrooke, 1971  

Joyeux Noël !

Xénéphon 7

décembre 23, 2020

Xénéphon prêchait son expérience quand soudain elle entendit à l’intérieur d’elle-même :

« Si tu continues de parler comme ça, tu vas te faire emprisonner. La Vérité n’est jamais bien acceptée, surtout quand elle tend à libérer tout le monde. Ça dérange les gros, les moyens et ceux qui se croient moyens. Aussi, la majorité t’écrasera-t-elle. Tu devras accepter de te battre presque seul. Pour tuer la honte, il faut d’abord tuer cette espèce de serre chaude qu’on a appelé “la réputation” et qui n’est en somme qu’un moyen pour empêcher l’individu de transgresser la loi. »           

Xénéphon était en crisse.

« S’il faut maintenant que cette maudite machine que j’ai dans les tripes se mette à penser et essayer de me créer une conscience personnelle, ce ne sera pas un maudit cadeau… Quand on sait : les choses n’ont plus le même visage…»  

Xénéphon devint les yeux rouges, le corps blanc et les cuisses ainsi que la queue verte. Un Québécois qui passait par là pensa aussitôt au drapeau des patriotes. Il fut rempli d’une telle émotion qu’il se précipita pour embrasser Xénéphon; mais juste avant de l’atteindre son petit pied droit resta figé sur une roche alors que son gros orteil retenait toute l’attention par ses élancements hors du seuil de la douleur. Quel cri! Le pauvre Québécois tomba bouche première sur la corne gauche de Xénéphon  et y laissa reposer un gros morceau de dent en or. De quoi faire penser que Xénéphon était un nouvel Eldorado… mais Xénéphon ne connaissait pas les pierres précieuses. Quand il déambulait sous les rayons de la lune, il n’en croyait pas ses yeux : il avait dorénavant une étoile à sa corne. Xénéphon avait ainsi complètement l’allure du drapeau des patriotes et devant marcher la queue en l’air, elle prenait souvent l’allure d’une vache patriote comme on en retrouve souvent dans les communiqués du Front de libération des Vaches… qui ne voulaient plus être sacrées, mais libres. Xénéphon vieillissait. Il était fatigué. Il avait son voyage de la révolution, même s’il ne retirait pas son appui à la cause. Ainsi, décida-t-il d’en finir.      

Il partit pour Bombay. Rendu en ville, il se dirigea directement vers le bureau d’enregistrement radiophonique. Il y enregistra durant des jours et des jours discours par-dessus discours. Il composa ses dix commandements et décida de sacrer le camp incognito pendant quelques années. La radio commença à diffuser ses enregistrements.        

« Le beau Xénéphon  (petit rire puisque l’annonceur savait que c’était en réalité une vache sacrée) est présentement dans nos studios, enregistrant de nouveaux sermons. Écoutons ces messages de notre vache sacrée qui valent bien les messages des prophètes de l’Ancien Testament » :       

« Amis! Amies! Frères! Veaux! Vaches! Cochons! Poulets! Gens de La Fontaine! Sachez qu’il faut vivre. Vivre le karman, le brama et le Brahms. Tant pis pour Mozart, Beethoven et Liszt !

La religion vous tient, en vous défendant de vous nourrir des plaisirs de la matière. Elle vous ment. Sachez que la religion, quand cesse la révolution d’un peuple, doit devenir un outil pour appeler à la VIE ou un moyen national de psychanalyse pour aider les âmes faibles à supporter les peurs et le changement.

Oui! nous mourons, mais nous nous réincarnons, selon nos vœux, nous aspirons à naître sur la feuille de Lotus du NIRVANA, le “no where” sidéral, tant que nous n’y serons pas parvenus. En refusant la terre, vous refusez le nirvana; car, sachez-le bien, il est impossible de rejoindre Bouddha, hors de la terre, puisque Bouddha, le cachottier, reviendra éternellement par nous, vivre de nous et avec nous, des partouzes bien terrestres. Le fun est dans déjà la bécosse.     

Pour atteindre le nirvana, il faut un tel degré de perfection spirituelle, d’énergie, qu’il faut se réincarner pour réajuster la vie à ses nouvelles dimensions.       

Aussi, devons-nous pour que l’éternité vienne, pour que le nirvana se fonde en nous, améliorer le monde dans lequel nous vivons pour qu’à notre prochaine réincarnation le monde soit déjà meilleur, de plus en plus heureux. Le nirvana n’existera qu’au moment où la plus petite parcelle d’existence sera rendue au maximum de sa perfection. Nous créons ce phénomène…

Nous devons dès maintenant semer la joie pour qu’à travers la communauté humaine et animale, la communauté vivante, devrais-je dire, donc, en transformation, soit créée le plus vite possible le nirvana, la stabilité éternelle, à travers la perfection infinie. Soyons heureux. Profitons de la vie, mais ne nous attachons à rien.            

C’était un message réservé et payé par ses frères Krishna et Çiva. Allez !  Faites l’Amour. Vivez tant qu’il en est encore temps. »

Xénéphon 6

décembre 22, 2020

Xénéphon 6

La première journée, Xénéphon fuma un peu trop et se retrouva dans sa vingt et unième vie alors qu’il avait vécu la première année de la révolution au Québec.

Xénéphon était courbé de rire et criait dans une taverne :   

« Kâliss que c’était le fun l’année dernière. Tout le monde s’était donné le mot pour fucker les envahisseurs canadiens et américains. À chaque usine qui fermait les portes pour nous dompter, cinq mille chômeurs refusaient de faire leur paiement à la finance. Chacun ne donnait plus que le dixième de leur perception d’assurance-chômage. Pas d’emploi, pas d’argent, pas de moyen de payer la banque pis la finance. Ces sacrifices-là! On leur a montré comment le système en créant des rôles sociaux avait créé des classes et divisé les gens.       

L’éducation, voulant que ce soit honteux de se faire vivre au frais de l’état, avait été remplacée par le dicton : “Pour qu’un boss soit boss, il faut qu’il respecte ceux qui travaillent pour lui.” Le Québec, même encore dominé, avait mis sur pied tout un système de prêteurs indépendants qui n’avaient pas droit de prendre un intérêt de plus de trois pour cent pour venir en aide à ceux qui avaient une famille et étaient mal pris. Les riches aidaient ainsi les plus pauvres. Les maisons de finance et les banques étaient fuckées. Ainsi, les grosses compagnies qui faisaient chanter tout le monde se virent-elles à leur tour poigner dans leur propre système économique.            

Les grosses compagnies tentèrent de monter les travailleurs contre les chômeurs. Les grosses compagnies pensaient avoir le gros bout du bâton puisqu’en ayant fait pression sur les gouvernements, elles furent épargnées de payer de l’impôt sur la machinerie et tant que la campagne d’éducation ne fut pas assez solide, elles obtinrent des prêts et des octrois pour garder les portes ouvertes. Les syndicats ne dénonçaient pas tellement ce régime puisque ça mettait leur existence en jeu. Ils étaient coincés. Plus d’industries, plus de travailleurs, plus de cotisations; mais par contre, ils voyaient l’intérêt de faire durer le conflit, tout comme l’employeur. Pendant ce temps, les travailleurs moyens payaient les taxes alors que les industriels attendaient que les travailleurs et les chômeurs s’entre-tuent pour reprendre le contrôle, appuyé par les travailleurs moyens qui se rendaient compte de la manigance et constituaient la majorité silencieuse. »  

Xénéphon mit alors sur pied un journal particulier pour dénoncer à tue-tête cette situation :

« Écoutez !  dit-il aux travailleurs éberlués, c’est à qui le pays? Qui se sert de nos richesses naturelles? Qui se fait des profits? Finies les folies. Wake up, cria-t-il, comme il l’avait déjà lu dans les bulletins des Témoins de Jéhovah!       


Il leva la queue et fit jouer : All you is love, des Beatles.  Les disciples revenaient en dansant, ce qui prouve que toute révolution est d’abord culturelle et passe par la sexualité. Entre deux joints, tu pourrais faire queuque chose, criait Charlebois, pendant que Pierre Bourgault rassemblait les foules en prononçant le discours d’introduction.   Pendant ce temps, Xénéphon dansait avec Éros.


Aussitôt, une nouvelle formation politique prit en main l’avenir du pays. Cette année-là, un travail fou a été accompli pour nationaliser les mines,  les forêts ainsi que l’eau. Ça faisait sec. De grandes compagnies se mirent à fermer leurs portes. On leur enleva d’un coup leur propriété, on les reconduisit poliment à la frontière et on leur dit comment elles paieraient les dommages sociaux.   “On est chez nous, pas vous autres, vous êtes des étrangers, des exploiteurs.”   Les big boss avaient le choix entre se mettre au pas ou sacrer le camp.

Le problème prit une telle ampleur que les bleus devinrent rouges et les rouges devinrent turquoise, de sorte que tout le monde était presque aussi vert que Stéphane Dion. Pour la première fois dans l’histoire d’un peuple, tout le monde s’était mis ensemble pour se protéger. Avant d’en arriver là, il a fallu que les bourgeois soient privés comme la masse de façon à ce qu’ils soient sensibilisés à la misère de de ceux qui les entouraient et de telle façon à ce que tout le monde soit individuellement touché et embarqué dans le mouvement.          

Les vieux profiteurs de la situation antérieure essayaient de regimber, mais ça n’avait pas d’importance puisque tout le monde savait qu’il est impossible de gouverner pour tous tant qu’on est pris à défendre son tiroir-caisse. Pour gouverner pour le peuple, il faut être libre, surtout des riches, pis des profiteurs. Les gens avaient appris que le meilleur moyen de diviser une population est de faire du patronage : ça crée une classe de privilégiés à combattre et ainsi en se battant contre la corruption, on oublie de se battre contre les vrais problèmes et on y laisse parfois sa peau. Le vrai malaise, c’est toujours le même petit groupe de gros qui domine tout      .

Les syndicats du temps avaient mis sur pied un système d’information de façon à ce que tout le monde soit au courant de la situation et puisse immédiatement comprendre les tentatives d’intimidation du système : on te frappe ou on te privilégie pour que tu te prostitues. Tout le monde savait que le pouvoir de domination est à la solde du dieu dollar, la religion des riches.   Le système est organisé comme un ensemble ce qui fait que chaque pouvoir est au service et intégré à un autre à divers degrés d’oppression et de domination, de façon à ce qu’il soit impossible pour un individu de s’en sortir seul. Tout le monde est pris par les tripes, l’âme, le cerveau et les sens. Comme les cartels du pétrole et des médicaments. C’est du joli. En premier lieu, pour y résister, il faut s’assurer sa survie physique, sans que ce soit au détriment de sa vie sociale et intellectuelle. Le reste vient par surcroît.   Ainsi, est-il possible d’échapper à la principale forme d’oppression qui vise à avoir honte de revendiquer ses droits. Avec cette liberté, il faut connaître ses droits et en user sans en abuser. Il faut cesser de penser qu’on doit quelque chose à la société, sinon le devoir de se réaliser pleinement. Bien beau se demander ce que l’on doit à l’état, mais il faut aussi demander ce que l’état nous doit… itou…          


Xénéphon 6

décembre 21, 2020

Xénéphon 6

Camarades!

Le temps de l’éducation est venu. Vivez maintenant. La liberté ne prise aucune frontière, sinon le respect des Autres. Hors de la violence, toutes les idées, les versions, les interprétations sont bonnes. L’Amour est au-delà de la loi.  »   

Les disciples se dispersèrent et vécurent de leur mieux la non-violence, imitant ainsi le beau Xénéphon, bonze sacré. Ils faisaient l’amour, ils fumaient du pot, ils respectaient les autres, mais se fichaient des lois qui ne sont pas raisonnables. Ils vivaient de musique et de méditation. C’étaient de belles vaches! Les apôtres avaient appris que la seule révolution possible pour un individu est de vivre heureux et de demeurer disponible à combattre avec son cerveau et son imagination pour la justice, la paix et l’Amitié. Et ce, même dans la vie des vaches.  

Xénéphon comprenait qu’en 1972, il était impossible de faire de véritables guerres. Les Américains, grâce à la CIA, apprenaient en même temps qu’il n’est pas toujours possible de faire ce qu’ils veulent des peuples aspirant à la liberté, comme le Vietnam. Au Québec, on avait su prévoir que le monstre américain tenterait par toutes les formes de contraintes de les pousser à utiliser les armes afin d’ensuite les envahir, les écraser et les dominer. Xénéphon avait opté pour la non-violence, la résistance pacifique et entreprit la guerre verbale par la dénonciation des abus et il se servit aussi de l’occupation raffinée.        

Xénéphon s’installa sur une montagne et se mit à prêcher aux vaches et aux bœufs combien il pourrait être plus agréable de vivre dans la bonne entente plutôt qu’à s’entre-déchirer dans sa propre famille. Elle conçut donc un plan, insérant comme au Québec, la libération sexuelle dans son projet de révolution et dans lequel l’art jouait un rôle de tout premier plan. « Tu ne peux pas aimer les autres, si tu ne t’aimes pas toi-même. » Tous les moyens pour éliminer la violence furent essayés. Plutôt que l’individu porte sur lui des argents pour avoir du blé, les vaches prirent des cartes. Tout ce service était concentré dans un grand édifice régional qui établissait la possibilité d’achats pour chacun. Un autre édifice central comprenait aussi ces détails pour permettre aux gens de voyager à l’intérieur du pays. Par ailleurs, on offrait à la vache qui se rendait à l’étranger, l’argent international nécessaire. Par contre, les besoins fondamentaux étaient assumés par l’état : nourriture, logement, habillement, éducation, santé. D’autre part, une organisation indépendante surveillait de façon à ce qu’il n’y ait pas d’erreur, à ce que chaque individu ait justice, à ce que le régime ne devienne pas un moyen de favoritisme ou de répression contre ceux qui ne partageaient pas ces vues d’où la nécessité auparavant d’apprendre la  Co évaluation pour que l’individu puisse aussi porter jugement sur ce qu’il faisait. Ce régime devint même la cause de la création de nouveaux biens, de nouveaux emplois : enquêteurs, défenseurs et tout le pataclan.      

Il fit aussi réviser à cette fin le système d’éducation pour apprendre à l’enfant à devenir son propre moteur d’évolution sans toujours compter sur des motivations extérieures,  des craintes ou autres.   Ainsi, l’enfant laissé libre, à sa propre curiosité, à sa propre vitesse d’évolution devenait-il un être responsable et non un robot servile. La découverte de sa responsabilité vis-à-vis la société, par sa propre expérience sur lui-même,  permit à l’enfant de tuer la jalousie, le fol orgueil et par conséquent, le besoin de tricher et de mentir. Les autorités avaient appris que ce désir prend racine qu’au moment où un individu se sent frustré ou incapable de parvenir à retenir l’affection dont exige sa sensibilité. Un être heureux rejette la violence, ne vole pas et respecte naturellement et automatiquement la vie.          

Xénéphon prêchait nuit et jour. Pas une maudite vache ne l’écoutait, sauf ses apôtres de moins en moins nombreux. Il décida donc de s’adresser directement aux hommes. Il se mit dans la panse un tourne-disque et deux haut-parleurs, un dans la bouche, l’autre, dans le trou-du-cul, d’où Xénéphon devait toujours garder la queue raide, dans toutes ses conversations avec les hommes. Les Japonais n’avaient pas encore miniaturisé tout le matériel nécessaire à cette transplantation de la parole, mais c’était déjà un pas en avant dans la révolution technique. 

Il partit ainsi passer sa bonne nouvelle, entre deux joints et deux Blacks Label.

Xénéphon 5

décembre 20, 2020

Xénéphon 5

Au Québec, on mit fin au régime de la peur. Tout le monde chercha d’abord à être heureux et ensuite, tenter d’aider les autres à être heureux. On savait que toute forme de corruption est un manque d’amour, une tentative d’avoir plus ou de se croire mieux que les autres. Une attitude commerciale, contrairement, à la jouissance contemplative de la beauté de la vie, de la grandeur de Dieu.   

On savait que les religions sont une déformation de la parole de Dieu par les hommes pour exploiter et dominer les individus. Que l’être humain est créé pour être heureux. Toute forme de corruption naît d’un manque d’amour, de l’égoïsme ou du désir de dominer les autres, de l’orgueil. 

Les chômeurs construisirent des habitations là où il y avait des taudis. Les médecins et les professionnels, plutôt que d’abuser de leur savoir, travaillèrent au même salaire que les autres, sachant très bien que l’intelligence est un don et non un droit.         

Des hôpitaux furent construits, tout comme de nouvelles usines qui répondaient aux vrais besoins du peuple. Puisqu’elles étaient presque complètement automatisées, les profits étaient redistribués en services à la population.  

Les pauvres furent chauffés gratuitement ou presque, selon leur indigence, grâce à l’électricité de l’état. Les agriculteurs apprirent à vendre leurs produits dans des marchés régionaux à si bas prix qu’ils redécouvrirent qu’ils travaillent la terre parce qu’ils l’aiment et non pour s’enrichir. Les peintres, les poètes et les chansonniers jouaient et permettaient au peuple d’être gai. Ils étaient nourris, logés et vêtus par ceux qu’ils amusaient, souvent en échange de la tendresse et de l’amour qui les nourrit.


Les travailleurs ne bossaient plus que vingt heures par semaine, passant le reste du temps à s’amuser dans des sports, des loisirs culturels. Les plaisirs de l’esprit avaient autant d’importance que les plaisirs corporels. On apprit à jouir autant de son cerveau que de son pénis.       

Cependant, la place des martyrs avait été rétablie. Le petit Traqueux ne devenait pas martyr pour ne pas s’être laissé poigner le cul. On savait que ce n’était pas péché, mais parce qu’il refusait de travailler et coopérer à une société pour qui même l’amour était devenu un commerce. Il devenait martyr parce qu’il refusait de servir le dieu d’alors (comme l’argent américain d’aujourd’hui) c’est-à-dire César, ce César qui opprimait son peuple. Il devenait martyr parce qu’il ne pouvait pas vivre dans une société où la violence sous quelque forme que ce soit puisse exister. Il exigeait d’être respecté dans son intégrité — il était prêt à mourir pour l’être — et s’efforçait de respecter les autres dans leur être et dans leur liberté. Sa loi : vivre sa Conscience. 

Les Québécois avaient compris que la non-violence ne signifie pas soumission, mais la conquête de sa liberté par des moyens non violents. Rien ne vaut la liberté, qui n’existe pas sans responsabilité.   

Ils savaient que le péché d’impureté et autres, tout ce vocabulaire répressif était dans le vrai christianisme directement rattaché à la révolution et signifiait la coopération avec l’ennemi. Les révolutionnaires pacifiques n’utilisèrent jamais la peine de mort, pas plus que la punition ou la torture pour s’imposer.   On respectait la liberté de chaque individu qui adhérait au mouvement ou s’en isolait.

Les Québécois avaient compris que chaque individu est responsable dans chaque geste qu’il pose de son propre bonheur et de celui des autres… que dans chaque geste qu’il pose dans un système qui permet la guerre, si ce geste n’est pas pour défendre la justice, la paix et la liberté, il coopère aux meurtres faits par le système.      

Les gens qui croyaient en l’Homme sont devenus non plus un pays, mais une communauté. Chacun s’efforçait d’être non-violent, car on savait que la violence engendre la violence, comme la douleur engendre la douleur, ce qui constitue dans l’immédiat une arme pour le pouvoir et dans la construction du Québec, un danger pour obtenir un changement profond.

La force de persuasion était le bonheur de chaque membre de la communauté. Les curés ne prêchaient plus peur et péché parce que c’est plus payant, mais étaient devenus ceux qui consolaient les malheureux. C’étaient des psychanalystes.    

La souffrance d’un être devint le symptôme d’un malaise dont toute la communauté était appelée à trouver une solution équitable et cette solution devait être acceptée par la communauté et l’individu. Le bonheur de tout un chacun était la plus grande préoccupation de chacun. Plutôt que de se battre, on essayait de se comprendre. Ainsi, dès qu’un individu était persécuté par un exploiteur, tous les hommes cessaient de travailler pour lui à travers le monde. Dès que la violence était signalée des centaines tous ceux qui le voulaient, hommes, femmes, enfants s’assoyaient dans les rues, nus, pour la dénoncer.           

Dans une année, les adeptes de la liberté mirent ainsi fin aux guerres locales, car la horde des journalistes veillait sur les pacifistes pour les protéger, faisant voir à tous les hommes comment on punissait sans raison les pacifistes. Nul ne pouvait dire qu’ils étaient dangereux, ils étaient nus.    

Tout ce processus était suivi de danses, de chants, de plaisir, sans boisson, ni drogue dangereuse pour éviter les erreurs. Tout était à la fraternité. Dès que ce manifestait la violence, tout était paralysé et des centaines de milliers de gens refusaient de participer à la vie économique tant que la non-violence n’était pas rétablie.


Xénéphon se leva et proclama:  

 « Chers disciples. Il faut tuer la peur. Il faut tuer la violence. L’enfer n’existe pas. C’est une forme de répression psychologique pour maintenir l’homme dans la peur, l’asservissement et l’agressivité. Si l’homme refuse de participer à la société américaine et les sociétés qui ont pour but de maintenir l’esclavage raffiné, il est persécuté et parfois même assassiné d’où dit-on qu’il est puni pour l’éternité et même si cette forme de répression physique n’existe plus, la répression psychologique est plus forte que jamais. Soyez sans crainte, si vous vivez l’Amour et la Liberté, vous ne serez jamais tué, vous ne serez jamais violenté, sinon par le système qui s’y oppose. La vie ne souffre aucune contrainte. »

Xénéphon était bien malheureux. La guerre faisait rage dans le pays… pauvre pays. Xénéphon n’avait pas voulu provoquer de guerre en prêchant la liberté au Pakistan. La liberté est-elle donc un bien qui s’apprend nécessairement dans le sang parce que les hommes ne sont pas encore assez sages pour être libres?   

Xénéphon aurait voulu proclamer :       

« Puisque l’homme ne veut pas changer, l’extermination totale et globale de la terre demeure malheureusement la seule solution. »  

Mais Xénéphon savait fort bien qu’il faut, pour que le monde vive éternellement dans la paix que la libération s’opère comme la mutation de la pierre à l’esprit, avec le temps, par une série de défaites, de morts, de naissances et de renaissances.

Xénéphon savait que la permanence s’acquiert par la persévérance et la répétition. La masse des gens n’en était encore qu’à une phase matérialiste. Il était donc normal face à cette vérité que les plus évolués souffrent de cette situation et acceptent même la mort pour que se poursuive la longue marche vers la paix et l’amour. Xénéphon avait peine à maintenir la haine et la violence qui naissaient de son impuissance. Afin d’éliminer ce problème, Xénéphon s’attacha davantage à Éros. Il l’amena souvent au cinéma, lui fit de longues lectures et dans la musique et les caresses prodiguées, Xénéphon réapprit à maîtriser ses mots et ses gestes. Xénéphon s’appliqua à nouveau à vivre sa paix et sa liberté intérieure personnelle. À aimer même ses ennemis.       

« Finies les folies! », proclama-t-il de suite et convoqua ses disciples.     


Xénéphon 4

décembre 19, 2020

Xénéphon 4

Xénéphon comprenait le sens de sa mission : démontrer que les religions antérieures sont rattachées à l’expérience et la vie de la libération d’un peuple. Les interprétations de la présence sur terre des extra-terrestres n’ont rien d’immuable, même souvent, au contraire, elles sont transformées pour être adaptées au besoin de tel ou tel peuple. C’est ainsi que sont nés les prophètes. 

Xénéphon donna le Québec en exemple de cette grande vérité à Éros.   

« Au Québec, de dire Xénéphon, le christianisme était grugé par le puritanisme et le jansénisme. Par l’éducation donnée aux enfants, Dieu était devenu un tyran et un assassin. Il avait le visage de Sodome et de Gomorrhe, l’allure du guerrier et la voix de l’enfer. Tout le contraire de Dieu qui est Amour pur et sans limites.

La vérité, du moins une partie, triompha. En tous cas, ç’a changé. Le christianisme redevint la tolérance, la non-violence ainsi que la recherche du bonheur de chaque individu, tel qu’il est, par sa réalisation personnelle.      

Les prisons furent transformées en service d’aide. Plutôt que de punir, elles servirent à la réadaptation et à inculquer à ceux qui devaient s’y rendre d’avoir la chance de réapprendre le respect de l’autre. On savait bien que la violence naît toujours d’une carence en amour ou d’une peur.         

Pendant un temps qui parut une éternité, tout le monde conscientisé par une campagne d’éducation fit un effort de libération totale de l’homme. La chasteté, le mépris hypocrite de son corps, son rejet, furent relégués aux oubliettes. Les enfants purent explorer leur sexualité sans être pénalisés ou humiliés. La sexualité reprit ses lettres de noblesse, car on fut assez intelligent pour reconnaître que la sexualité est essentielle à la survie des espèces et non un péché… tout fut dorénavant permis pourvu que ce soit un geste d’amour, un acte responsable. On cessa de combattre la sexualité avec la peur des autres.
Les rapports sexuels n’étaient plus jugés en fonction de la morale, mais à partir du critère à savoir si la relation était positive ou négative pour les personnes engagées. Plus question d’âge, de race, de sexe. Le seul critère étant à savoir : est-ce que cette relation affective est bénéfique à ceux qui la vivent? J’aime ou je n’aime pas.

Ce fut un effort sans précédent de libération totale de l’homme. On savait que le péché, le mal n’existent pas dans les relations sexuelles, mais dans l’exploitation quelle qu’elle soit de l’Autre.         

La chasteté fut reléguée aux oubliettes, car parents et législateurs savaient que le refoulement sexuel est la principale cause des névroses, des psychoses et de la violence.  

Au lieu d’avoir honte de leur corps, les jeunes apprirent la beauté et la grandeur de ce temple de bonheur. Le nu fut revalorisé comme hymne à la grandeur et la beauté de la création divine.           

L’Amitié au-delà des sexes était valorisée. Dès leur enfance, les petits étaient éduqués dans la recherche et le respect de l’ami et la réalisation absolue passait par le service à la communauté. Tout être était responsable individuellement du bonheur de la communauté. On reconnaissait que l’Amitié peut être d’abord l’attraction d’un corps avant celui d’un esprit.

Quant à la tolérance, elle s’appliquait à tout… On savait que la répétition de l’échec est le chemin qui conduit le plus rapidement au suicide. Les religions redevenaient, grâce au message d’espoir, la médecine des âmes et l’on comprenait que l’appel à la perfection quand il devient une obligation de vie est une forme de mépris de Dieu. On comprenait dorénavant que l’Amour, l’Amitié, c’est l’acceptation inconditionnelle de l’Autre. On savait que l’Amour et l’Amitié sont des degrés de plus en plus grands de liberté. Il ne peut y avoir d’Amitié, sans liberté. Tout est en fonction de la Connaissance.           


Xénéphon 3

décembre 18, 2020

Xénéphon 3

Les Initiés ranimèrent son cadavre et dans cette pratique magique, ils lui permirent de revivre ses 107 vies précédentes et de découvrir une solution à long terme au problème qui l’affectait encore : la libération de son peuple.

Xénéphon s’est réveillé transformé. Ses poils luisaient comme la barbe de Moïse et ses grands yeux de vache s’illuminaient comme les feux rouges de la circulation.

Xénéphon fut initié à tous les problèmes de la civilisation. Il méditait suspendu dans les airs et les grands prêtres lui apprenaient à parler.

Xénéphon rendit visite à Calcutta aux dirigeants du Pakistan oriental à qui il proposa l’indépendance. Il n’en fallait pas plus pour que le gouvernement central entre ne communication avec Trudeau pour savoir comment il avait remis le Québec à sa place en octobre 1970. Les mesures de guerre furent proclamées. L’occupation débuta, mais les Pakistanais ne sont pas des Québécois, ils ne sont pas les voisins de l’Ontario, mais des Indes.

Imbue de religion, la moitié du pays partit à la découverte de Xénéphon à un tel point que l’Inde demanda à Xénéphon de s’exiler 40 jours dans le désert. « Il y a déjà assez de deux religions pour exploiter les gens sans avoir une troisième. », se disaient-ils.        

Xénéphon avait 20 ans. Sa mutation, grâce aux secrets de l’Initiation en avait fait un bœuf.  Il se mit à la recherche d’une belle vache.     

La voie des cieux est insondable, surtout depuis qu’elle est en asphalte. Xénéphon tomba amoureux d’un petit veau nommé Éros. C’était sûrement le plus veau des Indes.

 Xénéphon passa de longues heures à brouter avec Éros. De temps en temps, il lui léchait gentiment le ventre et le petit veau s’amusait à foncer contre l’immense panse de Xénéphon, en le tétant allégrement.

Même si Xénéphon était transgenre, qu’elle était un bœuf, elle avait conservé sa laiterie à cause de son utilité pendant les quarante jours passés dans le désert… Faute d’eau, il faut au moins du lait en poudre. Ce fut une année consacrée entièrement à l’amour, car avant de prêcher, il est toujours préférable de vivre ce que l’on enseigne. Le temps de sa vie publique était arrivé. Xénéphon appela Éros et lui tint ce langage :

                 J’ai dansé tout l’été       
                 mon corps s’est imprégné de ton corps       
                 viens nous irons à la montagne jeûner       
                 Viennent les temps de la fin  
                 je sais maintenant        
                 le Bangladesh sera indépendant.    

Xénéphon pleura sur Calcutta et sur les patriotes qui alimentaient la garnison de leurs espoirs à venir et de leur rêve de liberté.

Ces larmes furent mises en bouteille et expédiées au Moyen-Orient pour les ablutions du midi. Par bonheur, une bouteille s’égara et fut saisie par les blancs d’Afrique du Sud qui en pensant qu’il s’agissait de whisky en prirent une grande « shot ».

C’étaient les larmes de la transformation qui donnaient à ceux qui les buvaient la joie de prendre à jamais la couleur des yeux de Xénéphon.       

Depuis, la Rhodésie a un gouvernement noir, le jour, pour la galerie, et bleu, la nuit, pour ressembler à Xénéphon.   .

Inutile de dire que l’Angleterre aurait été heureuse de dire : « Le commun wealth (blé commun) est heureux de vous recevoir »; mais le « blé commun dit argent » s’était effrité avec l’indépendance du Québec.

Cette chute fut entraînée, du fait que le Canada a mis autant d’agressivité à blâmer la mère patrie de l’avoir laissé tomber que les Québécois avaient été vexés auparavant d’avoir été abandonnés par la France.  

Les pauvres Canadiens ne pouvaient même plus aller chier sans avoir devant eux sur le papier de toilette avec la face de la reine d’Angleterre… Nostalgie!      

Pauvre Angleterre! Tout lui était arrivé cette année-là. Elle avait dû reconnaître l’indépendance de l’Irlande et abandonner les belles jupes des Écossais d’où leurs petits moineaux libres se mirent à sautiller, n’ayant pas de caleçon pour les retenir. Tout un coup d’œil pour un certain petit Jean Simoneau, assoiffé de visions de pénis en liberté.

Maintenant, n’ayant plus à remplir les caisses de l’Église anglicane, l’Irlande prospère en sagesse et en grâces…        

Tous les Fils de l’indépendance créèrent un grand marché d’idées nouvelles qui enraya la misère et, par conséquent, mit fin au règne américain. Tout le monde en parlait, même que Radio-Canada en fit une émission spéciale.

Les Américains étaient tellement menacés de l’intérieur qu’ils ne pouvaient plus supporter l’extérieur. Les USA étaient malades,  les USA  avaient la leucémie.    
Puisqu’il était convenu qu’au cours de ces trois années de sa vie publique de bœuf-sauveur, Xénéphon et Éros ne pourraient se voir autant que désiré, Xénéphon se prit onze autres amants pour s’assurer qu’Éros ait la liberté d’esprit nécessaire pour accepter ce sacrifice. Et, avoir du fun, en rodant dans son “pacage”.        

Éros se retira trois jours et trois nuits. Il revint par la suite, un billet à la lèvre qu’il passa à Xénéphon (après s’être lavé les dents avec pepsodent parce qu’il broutait de l’herbe dans les champs de tabac).   Éros pressa ses dents contre la mâchoire divine qui assurerait la libération du peuple.       

Xénéphon écouta le poème de son amant et s’exclama :    

— Chéri, chéri, vous m’avez compris.   

Xénéphon avait pris cette habitude à la télévision, imitant ainsi la vedette « générale » de la RTF et de toute la Gaule.        

Le poème d’Éros, intitulé : La légende de Xénéphon, se lisait :      

        « Qu’hommages te soient rendus au grand Xénéphon, vache-bœuf sacré,  qui des yeux et de la mâchoire délivra nos âmes de l’esclavage de l’antre-nirvana. Hommage à toi, saint bœuf, qui tua le mensonge. Tu t’es manifesté à nous. Les vaches brouteront éternellement. L’éternité de l’anti monde les bercera. Nous t’avons vu t’illuminer, parlant nos langues. Nous t’avons entendu parler aux hommes. Nous avons vu nos chairs en leur bouche piloter leurs cerveaux au pays de la Vérité. Nous te sommes reconnaissants Xénéphon de t’offrir, toi, en communion pour les autres. Votre avènement sauvera notre race. Ô beau Xénéphon, symbole de l’amour, je t’aime.»     
 
Xénéphon pleura de joie et interdit immédiatement la consommation de porc avant de proclamer :  

“En vérité, en vérité, je te le dis. Éros, tu seras la pierre angulaire de la révolution, grâce à toi, cesseront les guerres, la famine et le froid. »         

(Xénéphon avait un ixième sens lui permettant d’anticiper le réchauffement de la planète.)


Xénéphon 2

décembre 17, 2020

Xénéphon 2

Il retourna rue Principale, où il apprit que son travail avait échoué à cause des normes : 22-63, article 4. Il s’est présenté deux jours plus tard devant le comité politique et religieux des Vaches unies… du VU comme on dit.         

— Mesdames!         

Les Indes dansent dans l’espace sur le fil tendu de vos nerfs étirés. De cette tire Ste-Catherine, occupons le plancher (d’où naquit l’expression le plancher des vaches)… blablabla!…                       

Xénéphon parlait. Les vaches dormaient.        

Vexé, Xénéphon décida de créer des ligues de citoyens pour contester le gouvernement et les prêtres. Il procéda par animation. Quelques semaines plus tard, un comité était en place et l’idée faisait son chemin. Xénéphon était fier. Il avait maintenant un but dans la vie. Il se voyait déjà dans tous les livres d’histoire.

— La brave vache Xénéphon, grâce à son esprit d’avant-garde, a réussi à recycler la profession religio vachiste dans le monde industriel, peut-on lire sur l’encyclopédie Wikipédia, section histoire.          

Mais chaque jour, Xénéphon s’enfonçait dans d’autres prisons plus vastes. Avant de poser un geste, il devait chaque fois s’informer auprès de ses comparses afin d’obtenir leur permission. La démocratie est une démarche très lente, car trop pesante…    

Les chaînes étaient plus solides dans cet organisme que dans les rues de Bombay. Les esprits y étaient plus étroits, certains auteurs de l’AAACE probablement… ils avaient, semble-t-il, emprunté l’épaisseur des corps indiens qu’on doit incinérer pour ne pas précipiter la décomposition des autres.    

Xénéphon était malheureux dans ce monde d’esprits trop sains. Il était prisonnier, mais il devait poursuivre son travail à cause d’un sentiment inconnu des autres vaches : le goût et le plaisir de jouir.           

Xénéphon écrivit toute une bibliothèque. Ce fut la première bibliothèque nationale des Indes. Il démissionna ensuite et il s’enfuit à Singapour vivre quelques heures mémorables.    

Évidemment, pour une vache, Singapour n’a pas le même cachet que pour un américain. L’américain s’est installé partout des comptoirs où l’on vend des hot dog et de la gomme.  Malheureusement, le commerce n’est pas trop bon puisque les jeunes touristes, de plus en plus ingénieux, achètent des gommes et ils s’en servent ensuite pour voler les hot dog, en les collant sous leur manteau.

Un touriste se contente facilement de ces hot dog, mais Xénéphon était plus capricieuse. Il rêvait de la découverte d’un beau petit bœuf à la peau blanche,  tirant sur le brun, avec des yeux bleus. Des yeux romantiques qui semblent regarder partout et nulle part en même temps.           

Xénéphon se répétait d’ailleurs un poème qu’il s’était composé :  

                   Tes yeux s’enfoncent dans ton ventre       
                    ils scrutent ton ventre comme un lac        
                    et refusent la porte du soleil.           

                     Ils ignorent ma présence à leur porche   
                     puisqu’ils me regardent sans me voir      
                     aussi, vais-je m’enfoncer en eux…           

À Singapour, tout était mauve ou Xénéphon commençait de souffrir de daltonisme. Les chiens n’aboyaient pas à la lune, mais aux passants. Ils n’aboyaient pas pour faire peur aux enfants ou se défendre des adultes, ils jappaient en sifflant pour avoir un bout de viande à sucer.   

Ces chiens rêvaient au Vietnam où chaque jour se perdent dans la décomposition les corps de milliers de soldats tués et abandonnés sur les champs de bataille. Ils avaient si faim qu’ils se seraient même contentés d’un Biafrais.

C’étaient des chiens contre nature, maîtrisant très mal leurs instincts de travestis. C’étaient des chiens hyènes. Un de ceux-ci passa d’ailleurs deux jours pendu à la queue de Xénéphon se nourrissant davantage de la phrase qu’il avait dans la tête que de sa queue:  

— Enfin! J’en ai plein la gueule!

Xénéphon s’était promené la queue raide durant deux jours, le chien pendu à cette noble partie comme un pantalon givré sur une corde à linge québécoise. Personne ne l’avait remarqué.   

Xénéphon se foutait aussi des chiens. Dans la maison, les enfants offraient aux rats leurs os rachitiques. Ce n’était pas le rite d’un culte, mais le prix de la civilisation.

La belle Xénéphon aurait voulu un cœur en auberge de jeunesse à la dimension de l’humanité. Chaque ventricule métamorphosé en fournaise au-dessous des continents réchaufferait ceux qui ont froid en Amérique ou ailleurs. Sa douce chaleur fondrait les gants de givre collés aux os des enfants grelottants, remplaçant sur eux la peau et la chair. Ainsi, de son désir, des enfants se trouveraient baignés dans un immense océan d’eau tiède… et dans l’autre ventricule s’agiterait pour eux une forêt où les bouleaux, les érables, les sapins se mêleraient aux forêts brésiliennes. Les animaux cesseraient leur guerre pour la survie et avec ruse pour se faire flatter ramperaient lécher les pieds des gamins. Forêt musicale !  Ces rires seraient si doux que les tempêtes n’oseraient plus franchir ce lieu sacré.            

Malheureusement, Singapour n’était pas son cœur. Comme au pied de toutes grandes villes, la mer s’était formée de pleurs des hommes qui, comme les serpents, muent l’écorce de leur enfance. Les habitants avaient emprunté le langage de la civilisation occidentale, même si des îlots orientaux flottaient ci et là dans ces masses élancées de pierres. À Singapour, comme ailleurs, déjà, les enfants devaient sur le bord des trottoirs s’user les mains à des outils, symbole de l’esclavage. Et sous des cheveux noirs s’évaporait le pays des merveilles. La faim dévorait la fondation des châteaux chimériques et le rêve se mutait en réalité rachitique.          

Le pauvre Xénéphon (à remarquer son androgenèse)  avait pourtant fui Bombay pour découvrir ailleurs un pays où les adultes auraient des âmes d’enfant, où les hommes fraterniseraient au-delà des tabous et des préjugés, où l’essentiel serait d’être artisan de poésie, de musique et de peinture… un pays où la connaissance de l’homme permettrait de communiquer par les sourires et les couleurs. Mais ce monde parfait n’était que dans son cœur.         

À la recherche de ce paradis, Xénéphon s’engagea sur le chemin de l’Himalaya. Elle se reposa sur une moraine aux flancs du Pinacle. Et quelques jours plus tard, la pauvre Xénéphon était emportée par la mort dans la déception la plus absolue. Son sang dans une alchimie vertigineuse devenait une immense terra où s’installait comme des gitans un groupe d’Initiés.         

Xénéphon n’était pas perdu. Devant la mort, il est possible de découvrir bien des choses, même la vérité.           


Xénéphon 1

décembre 16, 2020

Xénéphon 1

Xénéphon: la vache révolutionnaire

Il y a des guerres pour créer des frontières. Des frontières, des divisions, des catégorisations, pour empêcher les hommes de s’aimer; car si tout me monde s’aimait et s’entraidait, ce serait la catastrophe pour les capitalistes, communistes, exploiteurs de tout acabit : il n’y aurait plus de guerre.     

La vie aurait fait peau neuve. Il n’y aurait plus de misère.    

Aujourd’hui, la vie est comme un bol de navets. Rouge. Elle ne coupe jamais la faim. Tu dois en manger, car si tu t’obstines à la refuser, nous pourrions te soupçonner de ne pas aimer les marinades.           

Que veux-tu? Nous n’avons qu’une vie à vivre. Il faut la vivre jusqu’au bout…    Aime ça ou pas!                  

Tu te réveilles un bon matin… avec le soleil… autour de toi… dix affamés de soleil… et pourtant il n’y en a qu’un.           

Tu regardes en haut : deux bidons de lait. Formidable! Mais tu ne les a pas encore touchés qu’un grand maudit vienne te crier:      

— Tu ne laisseras pas ce petit monstre te tâtonner! C’est fini. Tu bois du lait en conserve.

 Ce n’est pas grave. Monter, descendre, avancer, reculer, c’est ridicule. La vie est une spirale.         

Tu grandis. Tu ne peux pas t’en empêcher. Tu désires faire des enfants. Tu as mûri, tu as durci. Tu te trouves très important : tu fais des choses que tu ne pouvais pas faire avant.    

Par exemple, tu te lèves à huit heures le matin. Pas une minute de plus. Tu serais en retard à l’usine. Jusqu’au jour où les patrons se rendent compte que tu es en retard sur les machines. Ils te congédient. Ils te remplacent par une machine. Tu ne dis pas un mot. Tu seras plus important. Tu seras un assisté social. C’est la seule profession où l’homme à sa place et ne peut être remplacé. L’homme est un embarras pour ceux qui veulent faire plus de profits. Il veut toujours être payé davantage comme s’il participait à une couse avec le coût de la vie.       

L’homme congestionne l’économie avec son idée de partage!       

Les journaux le crient tous les jours. Les autorités perdent la tête et te vendent leurs usines à l’enchère. Tu es devenu un oiseau migrateur. Tu recommences jusqu’à ce que tu aies ton voyage. Tu t’inquiètes. Tu te demandes pourquoi on n’a pas encore songé avant : de ne créer que des machines… Tu pourrais te mettre le derrière à l’eau et te la couler douche durant que les industriels paieraient les impôts.

Mais non, il faut encore travailler. Ce doit être la faute de dieu. Il ne peut pas se passer de sacrifice.           

Tu prends une bonne dose de drogue et tu te promènes. Tu rencontres toutes sortes de gens. Xénéphon, le premier, le brave d’entre les braves.    

La semaine passée, il s’est levé dans une assemblée. Il a dit à tous les assistants :

— Je suis écœuré…          

C’est un avant-gardiste. Il s’est rassis et il n’a pas dit un mot depuis. Il ne sait pas pourquoi il est écœuré. Il n’a plus rien à dire. Il est dépassé.      

Xénéphon a bien voyagé… dans le temps… c’est un bouddhiste. Il a vécu plusieurs vies. L’autre jour, il racontait sa plus belle expérience : celle de vache sacrée.

Il demeurait alors à Bombay. Xénéphon se promenait dans les rues comme un roi. Vache orgueilleuse et un peu malicieuse, il s’emmerdait de ne jamais avoir de problème ou de ne jamais jouer de tour aux autres.
Il entra dans un grand magasin et s’amusa de jeter par terre toutes les étagères. C’était un magasin de fusils. Le propriétaire était à genoux devant lui :                    

— Beau Xénéphon, je t’en prie par tous les dieux, va faire ton carnage ailleurs.           

Xénéphon rigolait. Il avait antérieurement vécu en Amérique. Dans le temps, il était chrétien et croyait dans la puissance humaine.       

L’homme était à genoux devant lui/elle, un homme réincarné en vache, qui posait comme une belle vache.   

Xénéphon était un dieu éveillé, c’était toute la différence. Xénéphon savait très bien que le pauvre marchand serait trop bête pour lui tirer dessus. Il s’est retourné, il a levé la queue et il est reparti en lui disant :

— Toi, mon vieux, tu ne peux pas en faire autant.     

Xénéphon avait la tête dure. Il voulait absolument libérer son peuple de la religion. 

Il s’est rendu rue Principale, rencontrer ses compagnes.     

— Mes amies! Vive la révolution! Vive les Indes libres! L’humanisme vaincra. Et cessera mon pi d’être délaissé. Et, de la chaleur manuelle s’envolera ma vessie-blocus-manus comme le froid sibérien, sous le contrôle automatique des fournaises de l’enfer.    

Toutes les vaches se sont agitées. Plusieurs ont promis de le suivre dans sa révolution. Xénéphon avait parfois des allures de bœuf.        

Xénéphon s’engagea dans la rue. Il était fier. Soudain, par intuition, il s’est retourné… il était seul. Pas une maudite vache n’avait grouillé.

Xénéphon était en maudit.          

Le temps de rêver.

décembre 15, 2020

Moïse laissa la maison paternelle. Dix piastres en poches. La grande ville l’attendait. La carrière politique et tout le pataclan. À son avis, il lui était impossible d’échouer, voulant le bien de son peuple, qu’il chérissait plus que la plus belle femme de son village. À vrai dire, il préférait Antoine, mais c’était son secret.

Restaurer l’honnêteté en politique, rétablir le droit à chacun de participer à la création d’une société où les outils d’émancipation du peuple ne serviraient pas qu’une bourgeoisie avide de pouvoir et d’argent, où la loi du plus fort ne serait pas la meilleure, voilà ce qui l’obsédait.     

Arrivé à Québec, il décida de parfaire ses études avant de se lancer dans la grande aventure. Comme il est presque aussi difficile de se trouver un emploi que de ramasser un premier million, Moïse dut se contenter d’un travail dans un club de danse de réputation plutôt sombre.  » Aux grands idéaux, les grands moyens, il n’y a pas d’assez grands sacrifices.  »       

Après une semaine ardue de labeurs, Moïse dut abandonner son emploi, étant suivi de trop près par un groupe de mâles joliment intéressés aux formes arrières de ses seize ans… surtout qu’il était loin d’être laid… les bonhommes salivaient juste à rêver de le déculotter.       

Après quelques jours, Moïse se retrouvait sans le sou. Le taquet à terre. Couchant dans les hospices pour robineux et mangeant grâce aux quelques sous qu’il réussissait à soutirer de ses quêtes. Il maigrissait à vue d’oeil.   Le bien-être social, Moïse ne connaissait pas ça, ses parents ayant toujours insisté sur la noblesse du travail. Grugé par la faim, il se laissa persuader d’aller vivre chez un bonhomme qui avait su attirer sa sympathie. Il l’avait écouté une soirée durant se plaindre des malheurs de ce bas monde où la morale s’effondre dans un coin, fatiguée d’être pointée du doigt, chaque fois qu’elle montre le bout du nez.     

Moïse couchera sur le sofa : ainsi la vertu sera assurée… Moïse avait été élevé religieusement et tout le monde sait que les religions lavent le cerveau dès la petite enfance, en inventant le péché de la chair pour dissimuler son pouvoir de violence personnelle… Quand pour faire croire à tes sornettes tu dois avoir recours à la violence et aux mensonges, c’est que tes sornettes ne valent pas grand-chose et servent à exploiter les hommes plutôt que les servir.   Il faut bien, pour qu’on y croie, inventer ce qu’on appelle des religions révélées : si Dieu l’a dit, qui peut dire autre chose?

Son protecteur, un homme vertueux, travaillait au bureau d’un ministre. Quelle occasion! Ce « mécène » lui enseignerait probablement aussi les dessous de la vie politique.           

Moïse « courut dans les pages jaunes » jusqu’à ce qu’il ait déniché un travail dans un restaurant. À cet endroit, tout le monde était patron… le cuisinier, la serveuse, le placier, enfin tous, n’arrêtaient de se relancer : « lave ceci, épluche-moi ça » à un point tel qu’un soir, on le ramassa dans un coin, grelottant de colère. Moïse surpris, dans ses manifestations d’hystérie, ne put retenir le couteau qui siffla au-dessus de la tête du patron, allant s’arrêter dans le ventre d’une dinde pendue au mur, à l’autre extrémité de la salle. Un employé recueillit le sang dans une bouteille de vin.   « Dans quelques heures, dit-il, ça fera un bon apéro. »  

Ecœuré, Moïse saisit une pile d’assiettes, grimpa à la salle à manger et se mit à la distribuer aux chics clients, en leur criant dans un geste solennel :          

« Vous pourriez au moins nous garder les restes!  »   

Les Américains éblouis, croyant qu’il s’agissait d’un numéro pour leur apprendre le français, se mirent à applaudir, en clamant :     

            A song, please, a song !   

Moïse entra dans une colère plus bleue que la barbe du premier jupitérien avec qui il jasait depuis quelque temps sur les Plaines d’Abraham. Il saisit sa chemise l’enleva d’un coup et la lança à la femme du président Bush qui buvait un verre d’essence. Celle-ci jacassant comme une poule qui vient de découvrir son coq s’élança dans la place, le président à ses trousses. D’un bond, elle fit face à Bush qui, musclé d’un jaune de honte, grelottant de colère, se mit à pleurer.

« Darling, j’ai besoin d’autre chose qu’un palais réservé à la bureaucratie », s’écria la femme du président.     

Sa libido devint tellement forte qu’elle se souleva et se muta petit à petit en chauve-souris. Elle tira l’aile droite, vola quelques secondes de côté et alla se pendre dans la chevelure d’un jeune puceau qui la fit prisonnière en lui ouvrant son pantalon… décidément, la présidence américaine aime bien les pipes… Moïse, toujours présent d’esprit, se précipita au lavabo et ayant rempli l’évier alla chercher la chauve-souris dans le pantalon du jeune puceau qui n’arrêtait pas de crier de joie quand Moïse par exprès se trompa quelques fois de chauve-souris. Il la noya dans ce nouvel instrument aquatique, servant de passage à l’éternité… une nouvelle formule de torture américaine…         

Bush, qui pleurait sur l’épaule de Dick, s’approcha du jeune homme et le félicita de l’avoir débarrassé de son pire ennemi… après Ben Laden.    

                                         Bush       

« Voilà six mois que cette vipère a joint les mouvements de libération de la femme.

Dès que j’entre dans la Maison-Blanche, je dois laver la vaisselle, nettoyer les planchers, jouer avec les enfants et j’en passe. D’autant plus que la Maison Blanche, c’est grand en crisse!      

Est-ce là la vie pour un président d’Amérique?   Vous croyez difficile de bavarder politique tout un après-midi en sirotant une vodka? Attendez d’être proclamé maîtresse de maison. Vous verrez dans quel marasme se trouverait l’Amérique s’il fallait que les femmes abandonnent leur vocation de connes, de bonnes et de mères. Si elles laissaient la cuisine, ce serait une catastrophe.      

Le vrai pouvoir en Amérique, ce sont les femmes. Elles sont numériquement plus nombreuses que les hommes, plus intéressées au pouvoir que les hommes qui ne rêvent plus que d’un bon joint. Elles mènent toutes leurs époux par le bout du nez, sinon elles se refusent au lit. Quel malheur!  

Aussi, que ferions-nous pour entamer des guerres et augmenter sinon du moins assurer les profits des quelques “pauvres” multinationales qui se nourrissent sous notre protection? Si les femmes atteignaient les hauts échelons, nous risquerions d’avoir un monde humain… Il y aurait une place aux sentiments plutôt qu’à la froideur circoncise des chiffres et des piastres. Elles ne cesseraient de gémir sur le sort des enfants malheureux. Il faut à tout prix éviter que l’humanité s’effondre dans ce mièvre romantisme : il faut des guerres pour que ça rapporte… On n’a pas inventé Israël pour rien… »

Moïse était aux anges, le président d’Amérique lui ayant dit juste avant de partir : « Petit !  N’importe quand, ma porte t’est ouverte. » Moïse n’avait pas remarqué que le président avait un faible pour son arrière-train. Chainy en profita pour tirer une aile de la première dame et lire les lignes des ailes qui ressemblent à des pistes d’atterrissage chauffées à blanc… il devait voyager pour protéger ses intérêts qu’il confondait comme tous nos dirigeants avec ceux de la nation d’où le credo politique     

 » I beleive in thé nation bécause IBM is thé nation. »  

Moïse rentra à la maison et ne dit rien de ses aventures à son nouveau papa qui arriva fort tard, ayant eu à épousseter tous les anciens amis des grands de la politique, laissés sur les tablettes.   

Le lendemain, les deux solitaires, après une longue marche sur le fleuve, pour faire changement, décidèrent d’aller se coucher. À ce moment précis, le jupitérien le siffla d’un buisson où il était affairé à faire l’amour à un escargot (c’est plus long)… Moïse était bien incommodé. Que dirait Narcisse, son protecteur, d’une telle apparition? Un petit gars de cinq pouces, la barbe bleue, les joues roses avec des pattes de lièvre et une queue d’écureuil… le jupitérien s’était légèrement trompé dans ses processus de réintégration, occupé à reluquer une Vénusienne… 

Le pire, cet être né dans une ampoule électrique – on ne choisit pas ses cocons – parlait anglais… une abomination pour l’humanité.     

« What Jupiter wants ? », demanda Moïse, en faisant semblant de pisser dans le buisson, au grand plaisir de l’escargot qui en profitait pour prendre une douche.       

                                      Jupitérien                      

De la tarte au sucre, une douzaine de homards, une centaine de salades du chef, trois tonnes de pommes de terre et une quinzaine de cafés, voilà qui ferait bien mon affaire. C’est une tradition chez vous, ici, sur votre maudite planète, de crever de faim?        

                                    Moïse           

Maudite marde! Tu es gros comme une puce et tu voudrais…         

                                          Jupitérien           

Je ne suis pas pire que chez vous où un pour cent du monde possède quatre-vingt-dix-neuf pour cent des richesses de la terre. On pourrait partager, non?

Moïse blêmit. Son protecteur jaunit. Que faire pour trouver autant de nourriture?         

Moïse réfléchit. « Cours chercher l’adresse de la United Fruit. Nous ferons croire aux gardes qu’il s’agit d’un nouveau chat. Ils le garderont pour se protéger des rats. Ils s’apercevront plus tard avec quelle sorte de termite ils sont aux prises : un jupitérien bien capable de bouffer des diamants.      

                          Narcisse (qui venait de faire connaissance avec le jupitérien)     

   Mais s’il décidait d’inviter les siens à le rejoindre sur notre terre?

                            Moïse       

Ce n’est pas notre problème, les lois de l’immigration, ça relève du fédéral. Il ne prévoit rien dans le cas des extra-terrestres. On pourrait le donner en cadeau à Harper qui rêve d’anéantir la culture québécoise au nom de l’unité canadienne.   

La solution fut admise. Trois mois plus tard, c’était la grande pagaille à Washington et à Moscou. Les termites avaient dévoré toutes les richesses. Les politiciens, devant répondre aux besoins de la population, durent restreindre les crédits militaires. En désespoir de cause, vingt généraux se brûlèrent sur la place publique à San Diego, effrayés, honteux qu’un jour les armes nucléaires russes soient plus astiquées que les ogives nucléaires américaines. Ils payaient de leur vie la chute de l’honneur qui suivait de quelques jours celle des dollars.     

L’ONU était en état d’alerte : non seulement un termite à richesses dévorait tout, mais l’autorité, fatiguée des abstractions, s’était « enchaînée ». Elle devint une grande dame des quartiers homophiles de Las Vegas. Que deviendrait le monde sans loi? Sans personne pour écraser la liberté?

Le système entier était en danger… plus un gouvernement était sûr de son avenir. L’autorité rencontra un hippie surnommé Nécessité, car il devait mendier les baisers et les caresses, d’où son nom portait sur sa carence affective. Afin de vivre le grand Amour avec cet hurluberlu qui devait se planter le bout d’un parapluie dans le derrière pour pouvoir éjaculer, l’Autorité se fit appeler La Tronche. Elle ne voulait pas être reconnue pour ne pas scandaliser les enfants qui déjà ne voulaient pas être une tronche. Ils laissèrent donc les cowboys pour la grande ville. La pauvre Tronche fut abandonnée à New York. Suffoquant dans son mouchoir, elle avait attrapé la rage, maladie vénérienne de la police et de ceux qui couchent avec elle. Les habitants fatigués de se faire sauter au cul décidèrent de s’en débarrasser. Connaissant sa vanité et avec quelle jalousie de coq elle défendait  » son exclusivité d’être « , ils placèrent des miroirs sur tous les murs du quartier. Tronche ou pas Tronche, l’autorité combattit son image sans broncher et jusqu’à la mort.           

Tout allait mal. Le termite nucléaire mangeait tout. L’autorité n’existait plus. Les grandes puissances voyaient les colonisés leur rire au nez. Le FBI tirait sur a CIA. La CIA se vengeait sur l’armée, laquelle entra en grève. Que peut-on faire quand il devient impossible d’organiser ses petites guerres locales? Que la faim n’a plus, comme avant, la puissance d’écraser les faibles? Que même la population se met à réfléchir? Rien, sinon se suicider. On prépara la bombe la plus forte… mais la population en fut avertie à temps et fit sauter le gouvernement;  ce n’est pas encore pour demain qu’on mangera des champignons! Pas de Kouhoutek, cette année-là…                 

Plus personne ne voulait travailler. On n’a qu’une vie à vivre! On est aussi bien de prendre le temps qu’il faut pour s’aider à se la couler douce plutôt que de travailler comme des imbéciles pour créer des armées qui ne servent qu’à assurer l’exploitation du peuple. Qui paye pour les armes?          

De grands pique-niques furent organisés dans les rues et la population docile comme toujours ne voyageait plus sans roulotte puisque, par exemple, il fallait trois semaines juste pour traverser Boston. Les politiciens avaient beau multiplier les Jesus Freak, les Jesus Association, crier au grand jugement, faire croire aux extra-terrestres maléfiques et dangereux : ninine (ce n’est pas un mot sorti de la même famille que Staline) personne ne croyait plus autre chose qu’en son devoir d’assumer son bonheur, sa conscience personnelle.                 

Cette époque fut appelée la décennie de la Tortue et dura cent ans.       

La situation internationale mobilisa tant d’énergies qu’elle permit à Moïse, perdu dans son idéal, de poursuivre son œuvre littéraire sans être interrompu.           

Il rédigea d’abord sept cents livres sur l’art de purifier les mœurs politiques ( ça n’a pas suffi et eût à peine le temps de s’attaque à la corruption de la justice… Dans ce cas,  il faudrait une éternité et tout recommencer parce que le système judiciaire n’est rien d’autre qu’une forme de corruption organisée… Toute son attention portait sur cette recherche qui fatiguait de plus en plus Narcisse , obligé le jour de prêcher les bonnes mœurs, et, le soir, sans grand succès à ce jour, de ramper jusqu’au sofa tenter quelques caresses à son chérubin qui, tout en faisant semblant de dormir, se tournait sur le dos, en l’entendant venir afin de lui faciliter la tâche. Narcisse attendait avec impatience que Moïse découvre que la vraie vertu croit avec les caresses données avec amour.    

Narcisse, privé de la manne céleste (son autre chérubin avait onze ans et n’éjaculait pas encore) devint irritable. Un après-midi, il fit le premier cauchemar de sa carrière : alors qu’il discutait du bien-être social qui se multipliait comme un essaim d’abeilles, une femme, sous la table, lui faisait du genou. Narcisse se leva d’un bond, fonça sur la femme, blanche de peur, et lui appliqua la respiration artificielle française… Il s’en excusa ensuite en disant : « Je pensais qu’elle allait crever de cafard. », taisant bien qu’il avait plutôt vu Moïse dans cette femme au genou léger… une vraie prémonition du changement global des commandements de dieu quand l’homme aura découvert que l’impureté n’a rien à voir avec le sexe, mais avec les intentions et la responsabilité…         

Les menus étaient exclusivement en anglais, Moïse, pour cela, quitta son emploi. N’avait-il pas franchi le porche qu’une escouade de policiers lui tomba dessus.    

Une fois, au bureau, les policiers prirent soin d’écarter les témoins avant de lui écarter une couple de côtes. Toute la leçon tenait à exprimer la haine envers ceux qui se paient encore le loisir de réfléchir et de rêver à la liberté.           

— « Ici, mon gars, criaient les policiers, on parle la langue du boss. On travaille à ce que les boss veulent bien,  pour leurs profits. Personne ne peut critiquer, il faut obéir : un point, c’est tout. »        

Jugé dangereux, Moïse fut fiché au cas où il surviendrait quelque chose et tout était prêt pour qu’il en survienne. La police, l’armée, les provocateurs, les boss, les poseurs de bombe à la Samson, même la reine. La mafia ou la police posaient les bombes pour le même boss. La police officielle criait à la révolte. Le gouvernement informait la population d’un soulèvement (ce qui justifiait la répression) et lui assurait une entière protection contre les insurgés, l’armée arrivait en renfort. Les opposants du régime pouvaient ainsi être liquidés ou contraints à se taire sous peine de mort. Et la paix, dans l’esclavage, était à nouveau assurée.

Si le peuple avait eu assez peur, il suffisait de temps en temps de lui rafraîchir la mémoire, surtout juste avant les élections ou les référendums. Comme Bush fait appel à Ben Laden dès que sa popularité baisse. Les journaux, c’est là pour ça. Si un peuple peut avoir une foi aveugle dans la Providence, qui lésinera à lui remettre quelques biens volés pour jouer au bon papa. C’est plus facile avec un individu : on l’achète plus simplement.       

Moïse n’y comprenait rien. Non seulement personne ne lui était reconnaissant d’avoir peiné à améliorer la race humaine, mais maintenant, il était dénoncé par la police (que tout le monde croit), même si elle est parfois tellement croche.
Il prit son courage à deux mains, s’en frotta les jambes et partit à travers la ville avec un porte-voix, criant : « Les Anglais veulent nous prouver qu’ils sont les boss. »  La majorité étonnée se demandait :    « Qu’est-ce qu’il a à se plaindre celui-là?   Nous sommes bien payés. Un bon steak vaut bien une langue et une culture! » Le masochisme populaire de masse est une invention toute religieuse qui dépasse souvent l’entendement même des boss…         

D’autres, probablement jaloux, l’accusaient d’être « un one man show ». Tout le monde y prêtait toutes sortes d’intentions, sauf la vraie. Voyant qu’il lui était impossible de sortir de chez lui sans se faire lapider d’injures par les pros, les antis, les anté et les post; Moïse décida de changer de nom. Il s’appellera désormais : SILENCE DÉSESPÉRANT. 

Et ce soir-là, pour obéir à la folie de la décence publique, il se coucha sur le ventre… tandis que dans ses larmes, le jupitérien nageant dans la mer, après s’être fait cuire sur le buisson ardent, se mit à chanter la liberté.   

La liberté !


Prison de Bordeaux,

juin 1975. Revu en 2005. 

Module Xle93

décembre 14, 2020

Module XIe93 ou un jour avant…     

                        1

Texte d’adolescence.        

    Je suis le module XIe93, situé quelque part dans l’espace, en quête d’une identité propre. Le module est condamné à crever dans une période déterminée, de la main même d’un destin irréversible de refus à être de la masse informe que le système veut pétrir.          

Crever cette année ou l’an prochain, ce n’est pas tellement important. L’essentiel, c’est de demeurer le module XIe93, tel qu’il a toujours été envers et contre toute forme de sociétés dominatrices et exploiteuses.          

Certains modules courent dans l’espace comme des amibes, d’autres rampent comme des serpents. Module XIe93, je ne sais quel est mon mode de locomotion il emploie.

Je suis perméable au vent et à la tempête. Je suis le feu qui me dévore et qui étouffe dans la fumée des usines qui tentent de me pétrir.              

Il y a place dans ce monde à beaucoup de changements climatiques. L’oxygène se prête à bien des sauces. Quant à moi, je n’ai pas encore découvert la mienne.

Je suis entre deux étoiles. Immobiles sont mes pensées fixées sur cette identité que j’aimerais bien définir. Qu’importe, cette recherche après tout, je mourrai bientôt comme ça, pour le bien de la sainte vache humanité puisque le roi l’a décidé. 

Je n’ai pas à chercher à échapper à ce destin, la vie est ainsi faite. Je suis né avec la mort écrite sur le front, avec l’impuissance installée au creux de ma main. J’ai au rein, greffée toute une époque de frustrations, de misères et de cris inutiles.

Module XIe93, j’appelle la terre. Terre, m’entendez-vous?   

Qu’importe tant de précipitation, la terre ne peut m’entendre, elle est sur une autre orbite autour du soleil. Et l’étoile devant moi ne sait que dire à tant de refrains saccadés de désœuvrement.  

Je suis seul. Irrévocablement seul.       

Il faut se faire à tout, même à son non-être dans l’espace et le temps. Il faut apprendre à jouir de cette non-participation aux conflits de la vie. Mais comment? Il est inutile de songer au suicide, le suicide est une forme d’euthanasie active. Il suffit de le faire pour que le lendemain soit découvert le processus de se mettre au monde, sans avortement.   La vie est un pas tracé dans l’infini de l’univers.       

Il faut attendre patiemment. Regarder autour de soi où se cache l’orgasme. Il faut oublier que jadis il aurait été possible, par le fumier, de rencontrer un virus-transport et de ramper jusque dans la matière encore inarticulée d’une pierre tombale. Et de là, à l’improviste, sauter dans le monde d’une plante ou d’un insecte, par la sueur.           

Il faut être vide, malgré tout. Contre tout. Jamais je ne remplirai ce rôle. Je suis le vide même de l’antimatière.           

Je suis un trou dans l’espace, un mauvais souvenir dans le temps.         

Je vis dans un sac de polystyrène. Je suis rasé et j’ai les ongles arrachés. En plus de l’air irrespirable, mes geôliers chaque jour m’injectent de nouvelles peurs, de nouvelles hontes. Les autres qui m’entourent sont des bêtes affamées qui, comme moi, cherchent un moment qui leur permettra de vivre au-delà de cet enfer. Pourtant, nous savons tous que nous ne pouvons-nous en sortir autrement que les deux pieds par en avant. Nous sommes les prisonniers de nos propres phobies. Nous sommes prisonniers de notre état d’homme.       

Nous naissons avec dans le sang le poison qui nous tuera. Nous naissons avec le goût d’aimer. Nous voudrions être des arbres. Seuls. Entourés de personne, sinon quelqu’un pour nous flatter, nous gaver de plaisir, un autre nous puisque l’amour se vit nécessairement en couple et que le couple est un mode de vivre sa solitude à deux miroirs. Vivre la même schizophrénie, la partager pour la rendre moins pesante. Voilà tout ce qui nous hante, ce qui nous déchire et nous brûle jusqu’au moment où, en plus, pour nous revaloriser, nous allons jusqu’à mettre nous-mêmes sur nos blessures le sel qui nous électrocutera. Nous aimons notre déchéance jusqu’à la boire dans les tavernes. Les tavernes sont bien les seuls endroits de la terre où les prisonniers proclament à tout rompre la liberté en s’enchaînant aux autres.          

Oui! Nous vivons dans un monde de chiens au sens péjoratif du mot. Dans le monde de Lucifer, celui de la répression de l’amour, de la glorification de la puissance et de la violence. De la déification de l’argent. Nous sommes fidèles à notre esclavage. Nous le léchons et le respectons, en laissant les autres, les dirigeants du système, de la mafia légale, toujours débiles de pouvoir et d’argent, hypocrites, crosseurs et menteurs, décider du bien et du mal. Nous les laissons nous laver le cerveau et nous imposer les valeurs diaboliques au nom de leur dieu : l’or noir, le pétrole.   Nous avons besoin, tout aussi grands que nous soyons, d’un autre pour nous posséder, nous tyranniser. Nous avons besoin de notre misère pour nous donner l’illusion de vivre. Nous parlons d’un pays, notre corps, qui n’existe pas puisque nous sommes trop lâches pour l’aimer assez pour le forcer à naître. Nous rêvons d’amour, de feu, de sang, pour nous sentir héros ou martyrs. Nous embrassons dans nos lectures ceux qui ont su à leur époque défoncer le sac de polystyrène et nous crachons sur eux pour nous faire croire que nous sommes encore mieux.    

Pourtant, nous sommes de maudits lâches. Nous sommes des peureux. Nous avons peur de vivre notre révolte jusqu’à la démence, parce que nous savons que cette révolte nous conduira jusqu’au suicide. Un mort n’apporte rien à la révolution.

Dans notre sac de polystyrène, nous pouvons toujours croire en l’amour, mais nous savons que c’est faux. Il est impossible d’aimer avant d’avoir haï, avant de s’être haï, avant de s’être oublié dans un autre. Et presque tout le temps, le monde est tellement écrasé, refoulé, vidé, l’homme n’a pas le temps de découvrir l’autre avant d’avoir appris à se reconnaître et à se faire l’amour à soi-même. On cherche dans le yoga une méthode scientifique de se sucer, de jouir, tout en n’ayant pas la colonne vertébrale fatiguée. On cherche dans la religion le moyen de vivre sa quote-part de péchés nécessaires à la vie sans danger d’être damnés. On cherche dans la révolution un moyen de se réaliser par autrui afin de s’aimer et d’oublier la honte qui nous monte à la gorge quand on se regarde dans un miroir. On cherche dans les grands discours de taverne les actes héroïques, un moyen qui nous fera oublier notre insignifiance dans notre quotidien. La révolution est devenue un emploi ayant perdu son noble caractère d’acte de conscience; perdu sa vocation d’exister pour améliorer le sort de tous les humains.           

J’ai honte de moi. De ma perméabilité vis-à-vis des autres. J’ai honte de n’être qu’un vulgaire individu, égaré quelque part, et si j’essaie de me proclamer fort, j’ai peur. J’ai peur d’être tué. J’ai peur de la chair. J’ai peur des rats. J’ai peur d’être mal jugé. J’ai peur d’être trop ignorant pour pouvoir le dissimuler. J’ai peur de me voir en face parce que je suis vide. Je suis le vide. J’ai peur du vide.     

Les autres ne m’ont presque jamais rien apporté, sinon des emmerdements. Pour me déculpabiliser, j’ai adoré des gens que je ne connais même pas. J’ai marché sur les eaux tumultueuses d’une tempête de l’océan, contenue dans un verre d’eau. J’ai ouvert ma poitrine et l’on m’a volé le cœur. J’avais à la tête une foule de chirurgiens spécialistes en détraction des énergies pas comme les autres qui peuvent bondir après un violent mal de tête. On a vu un héros naître et mon plaisir a bien été de leur chier dans les mains. Je ne veux rien savoir de ces vies de héros et de vedettes. Je ne suis pas le petit René Simard. Je ne suis pas aussi beau que lui, je n’ai plus douze ans et ainsi, je ne peux plus intéresser les pédérastes. Dommage! Quand j’ai eu cet âge, déjà, on m’avait appris que les pédérastes mangent les enfants avec de la sauce au chocolat. On m’avait déjà appris la peur au lieu de la jouissance. On m’avait appris que les pédérastes mangent les enfants et les laissent en charpies dans des boîtes qu’ils font parvenir à la police avec la mention : « Appelez Allo-police!  Ça vaut une manchette, ça fera encore plus peur aux enfants et ça aidera les parents.  »  Nous sommes éduqués et éducables à la peur. Si nous n’avions pas peur, quel genre de vie aurions-nous? À quoi bon sang nous nous occuperions- nous? Nous risquerions de découvrir que d’être mangé par un pédéraste, c’est le plus beau, le plus agréable moment de son existence… un ticket à l’ouverture d’esprit, un passeport pour le septième ciel.           

À Sherbrooke, même un peu partout, il y a des gens qui, pour le kik, vont se faire peur. C’est ainsi qu’on a inventé les péchés de la chair. Qu’allons-nous inventer pour avoir plus peur quand on aura découvert que le péché de la chair n’existe pas ? 

Pour bien y arriver, il faut d’abord être comme le système en y retirant autant que possible tous les avantages;  puisque fourrer le système, c’est comme faire l’amour et si vous ne faites pas votre brin de 69, vous ne faites l’amour qu’à moitié. Les policiers qui ont peur que l’ordre soit troublé feront peur aux troubleurs et à tous ceux qui, voyeurs, regardent se dérouler les événements. Alors on invente ce que l’on appelle la droite et la gauche. Ce sont deux idéologies, termes vulgaires, deux idioties inventées pour tenir les imbéciles occupés, car, ils font partie d’une même maudite patente du système : le bien et le mal. La structure sociale. Résultat : tout le monde a peur. Là, c’est le fun. Ça permet d’exploiter en tout repos les plus faibles, les plus petits, les plus dépendants de la pensée d’en haut.     

Les héros naissent dans les toilettes et meurent dans les vitrines. Les marchands font vivre les artistes qui se préoccupent surtout de peindre les phobies ou de créer à côté une industrie, antipollution de la cervelle. Les bruits montent. Le tonnerre gronde. Le nouveau dieu créé existe et tombe dans la merde de chèvre. On le ressuscite d’entre les morts et on le plante à une croix. Tout le monde tremble, la propriété privée est en danger et l’on s’ouvre le ventre pour jouir à se faire dévorer les tripes. Pendant ce temps, la police apporte une contravention au crucifié pour s’être exhibé nu devant des femmes en chaleur. C’est la révolution. Tout le monde a peur et pendant que tout le monde a peur, on oublie de rire… et le système nous fait les poches. Ceux qui ne croient pas dans cette grande invention du système pour contrôler le taux de natalité par les guerres sont vus comme traitres. Il faut avoir peur et surtout quand l’exige le salut de la finance.    

À ce jour, étant plutôt niaiseux de nature, j’ai servi de cobaye. J’ai été la mesure de la peur. Ne pourrais-je pas pour un moment servir à autre chose? J’en ai plein le cul d’avoir peur… ça coûte cher en sous-vêtements… J’en ai plein le cul d’être un fusil à l’eau. Je ne veux plus éteindre des feux, je veux en mettre dans le plus de cœur possible… embrasser tous ces beaux petits gars, tout mignons, tout chauds. Je ne veux pas travailler pour les exploiteurs, vendre de la viande avariée ou poser des bombes comme l’agent Samson, de la GRC. Je veux mettre le feu dans les cerveaux, allumer des joints dans l’imagination de la jeunesse, les réveiller à l’Amour et la Beauté. Leur apprendre qu’on est sur terre pour être heureux et que tous ceux qui au nom de leur dieu nous prêchent le contraire sont les vrais imposteurs… Cesser la violence, la remplacer par une caresse, c’est ça le seul vrai sens de la VIE et de la révolution.           

Je sais. Je ne peux plus servir à révéler la vraisemblance. Je ne crois plus en rien. Tout est faux. Tout est à refaire.

Mes bibittes fonctionnent à l’eau et c’est beaucoup moins payant que le pétrole… mais au moins, je suis porteur d’eau… Je suis VERSEAU.       

Sherbrooke, 1973  

Mario 10

décembre 13, 2020

Mario 10

Notes d’un professeur de littérature sur le texte : Mario .      

Note : Il faut savoir que j’accepte l’âge de consentement de la Charte québécoise des droits de la personne soit de 14 ans.  Le Canada a imposé la sienne à 16 ans, ne respectant pas le droit des jeunes à une intégrité physique et psychique absolue. Le Canada a une justice punitive alors que le Québec compte sur la prévention et la réhabilitation. On est cependant passé partout de la pudeur à la paranoïa.           

———————————–

Ce texte duquel Voltaire aurait certainement écrit, comme en réponse à Châteaubriant : « Crève, ainsi tu cesseras de nous casser les oreilles avec tes pleurnichages ». Ce texte tient du délire. L’auteur a transfiguré les événements dont la trame comprenait trois faits marquants :   

D’abord, une rumeur voulant que l’assassinat de Mario Bachand, du  FLQ (Front de libération du Québec) ait été perpétré par la Gendarmerie Royale du Canada, qui a fortement insisté pour faire croire à un règlement de compte interne du FLQ et ainsi provoquer un mouvement de panique chez tous les jeunes qui auraient pu avoir l’intention de poursuivre la lutte révolutionnaire de ce felquiste au Québec.           

Puis, la beauté ahurissante d’un petit camelot de la Tribune dont l’anniversaire de naissance était le 25 avril. Ce fait inconnu a suscité bien de suspicions envers l’auteur — à cause du 25 avril — chez ses amis, allant jusqu’à croire que celui-ci pouvait jouer double-jeu; car, croyait-on il arrivait que la police fournisse les jeunes pour les petits jeux charnels aux mouchards, aux juges et à certains politiciens, en échange de services rendus.

Cette paranoïa suscita toutes sortes de fables, les unes plus risibles que les autres. Sartre avait bien raison de dire que la gauche est paranoïaque. Mais, quand tu fais trois fois de la prison, et qu’à chaque fois, c’est de plus en plus clairement pour des motifs politiques déguisés en raison morale, tu es loin d’être acheté par le système. Ton combat ne peut pas être plus authentique que ça.   

D’autant plus que dans un Québec, sous le joug du clergé, on devrait savoir que le 25 avril est la fête du « Jour de la Libération », dans la liturgie catholique. C’était donc un pur hasard. Et les chiffres inventés n’avaient aucune autre connotation politique ou révolutionnaire, mais ils se voulaient une imitation, à la suite des nombreuses lectures de l’auteur du Petit Prince, d’Antoine de St-Exupéry. Le Petit Prince serait d’ailleurs un petit gars de Montréal que St-Exupéry aurait rencontré et de qui il serait tombé très amoureux.   

Finalement, une soirée au cours de laquelle l’auteur en quête de chair fraîche             (Comme disent les féministes constipées) ou du grand amour, comme le pense l’auteur, dénicha deux jeunes garçons qui, après avoir fait valoir leur expérience dans la prostitution à Montréal (était-il en fugue?) acceptaient l’hospitalité du dit auteur, avant de prendre la poudre d’escampette à la suite d’un petit larcin de 20 $ et une tentative de chantage dans les jours qui suivirent.

Quelques mois plus tard, l’auteur mangeait, en cellule, une bonne raclée pour avoir eu des relations sexuelles avec le fils d’un flic. Était-ce Mario? L’auteur avait plus d’une de ces merveilleuses aventures. La police politique n’a pas de décence, elle utilise des gamins parce qu’elle est au-dessus des lois. Ainsi, elle peut jouir dans tous les sens du mot du vice combattu et écroué toute personne qui ose enfreindre les lois qui sont créées pour contrôler les individus… La police est donc à la fois le bandit et le shérif, ce qui permet aux juges et aux politiciens de s’assurer que ni la loi, ni la pègre n’échappent à leur contrôle… C’est ça le pouvoir.         

C’est ainsi la vie : la police doit protéger les enfants contre leur sexualité, contre les mauvais maniaques qui pourraient profiter de leur désir de caresses, quitte à fournir quelques jeunes pour coincer celui qui en profite, hors du système rentable de la prostitution organisée. Il ne faut pas toucher un jeune qui n’a pas son proxénète parental. Ce n’est pas assez rentable pour le système… mais, le système, lui, acceptera que l’on fasse sauter la cervelle d’un jeune avec des drogues confectionnées par le système, ce qui prouve bien que pour le système la queue a plus d’importance que le cerveau.

D’ailleurs, les jeunes qui ont perdu les pédales ne sont pas soignés, ils sont emprisonnés… les enfants de Duplessis ou de Rochon, ça existe encore… Encore une fois, le système est à la fois la police et le pusher. On ne légalise pas le pot parce qu’il ne peut pas être créé en laboratoire et les graines peuvent provenir de la nature… ce qui n’est pas assez payant, surtout si on permet une culture pour consommation personnelle à la maison. Tuer, le cerveau des jeunes est un nouveau moyen de contrôler la masse… Les drogues fortes ont déjà tué toute une génération. (À noter que depuis le pot a été légalisé au Canada)     

La Justice est une bête à deux têtes, une portant la Couronne; l’autre ayant la forme d’un glaive. Malheur à ceux qui n’ont pas d’argent ou ne pensent pas comme le pouvoir… une apparence de sagesse… Tout ce qui appartient à la violence vient de Lucifer, vrai maître de la violence, le dieu de la guerre. Les États-Unis et la Chine  peuvent bien vivre dans l’obsession de Mars…                  

Autre fait fondamental, celui avec qui l’auteur a passé la nuit s’appelait Mario… La force de l’évocation et du délire naît de la beauté corporelle de Mario, marié à la poésie de l’auteur…seule petite nuance Mario n’avait pas 12 ans.

        Voici donc le texte retrouvé dans une pile de documents après sa mort :    

Aux révolutionnaires de tavernes et à la go-gauche pancanadienne… Maria.          

Mario 9

décembre 12, 2020

Mario 9

                      3è partie   

Maudit! Il y a des guerres partout. Les guerres servent à nourrir l’économie. Les catastrophes naturelles sont des produits de nos armées qui testent leurs armements. Ils aident à nourrir la voracité de certains êtres humains qui ont perdu toute conscience… Les catastrophes naturelles ne font qu’obéir à une mafia préhistorique qui les crée dans les laboratoires de nos armées. N’y a-t-il pas moyen d’y mettre fin?           

Je rêve au jour où les hommes n’auront plus à empiler leurs liasses parce qu’il n’y aura plus d’argent.           

Je rêve au jour où l’intelligence ne sera plus au service de la gloire et de la domination, mais au service du cœur, de l’Amour et de la compassion. Je rêve au jour où nous aurons construit notre paradis, car un jour, c’est sûr :

                                  L’AMOUR VAINCRA.         

Le roc a en son sein la première énergie qui s’élève de la terre jusqu’à l’esprit. L’énergie se mute par degré de qualité. Plus elle s’approche de son achèvement, plus elle est Amour et Liberté.     


J’oublie le temps de la dague en mes mains. Du désir serein de voir couler le sang entre mes doigts pour me venger de la tyrannie quotidienne du système qui m’épiait alors que peut-être un peu masochiste j’errais dans l’air pur, conscient de ma condamnation. J’étais seul parmi les miens et j’ai refusé de fuir. J’aspirais à la purification. Les autres par leurs jugements nous rendent trop facilement coupables, errants… la seule loi de Dieu est de tendre au bonheur, patio de l’adoration.

J’avais hâte de payer. Et j’ai payé pour rien! Je n’avais rien à payer. Rien à me reprocher. Merde de merde. Cependant, cela m’a permis de te connaître mon bien-aimé. Je me condamnais d’avoir aimé et désiré ta chair et par l’absence de celle-ci, j’en apprends la valeur et son caractère essentiel. La répression sexuelle est une maladie mentale de bourgeois qui consacre le sacrifice et l’entrepose pour une éternité qui n’existe peut-être même pas. Qui en est revenu? Le sacrifice prépare à la soumission. La culpabilité nourrit le besoin de sacrifices purificatoires…

L’enfer! L’enfer! J’ai connu les derniers jalons de l’écrasement, les dernières balafres à la dignité humaine. J’ai connu combien les folies sociales de la morale peuvent avoir l’art inné de briser un humain, de le rendre méprisant à lui-même alors qu’il est impossible d’aimer l’Autre sans s’aimer d’abord soi-même. Kâliss! Le Canada est un pays fasciste, l’hypocrisie incarnée. Le chef d’œuvres des multimilliardaires… où l’on rend le peuple complice de l’exploitation… Le Canada n’est qu’un appendice américain.    

La folie est entrée dans mes pores. Elle soufflait de partout des airs de culpabilité. Je suis devenu par la force de leurs mots plus coupable que le peuple américain qui s’apprêtait à baigner le Moyen-Orient dans le sang. Je me sentais plus coupable que tous les «boss» qui tuent à longue haleine des centaines et des millions d’humains. Plus coupable que les compagnies d’essence qui mettent l’Afrique à sang. Plus coupable que les laboratoires des armées qui inventent des sidas ou d’autres épidémies pour tester leurs nouvelles armes bactériologiques… Plus coupable que ces crimes organisés. Plus coupable que la mort du petit Daniel Desrochers dont on laisse les meurtriers en paix. Pour un attouchement sexuel, quelques petites pipes qui t’envoient au septième ciel, le cirque du réseau des féminounes de chantage international obtient qu’il suffise de la parole du maître-chanteur pour te condamner. On laisse passer le meurtre d’un enfant par la drogue ou autrement. Il faut des preuves à n’en plus finir alors qu’une caresse, incarnée dans l’amour d’un garçon, est aux yeux des exploiteurs d’une morale bourgeoise, un crime éternel… Quels hypocrites!     

Eh oui, j’aime les garçons. … « Si ce n’est pas écœurant », diront les débiles qui ne peuvent pas faire la nuance entre l’Amour et l’exploitation des mafias internationales. Pauvre Mario, qui n’a que douze ans, et qui sait déjà jouir de son corps grâce à mon expérience et de la liberté comme tu dois souffrir de cette méconnaissance des adultes de tes besoins les plus primaires, les plus essentiels à ton développement. Il n’y a que les femmes perverties par la morale des prêtres pour croire qu’une caresse est une souffrance… pour se sentir déposséder par un baiser… d’ignorer le plaisir, la joie, la tendresse d’une fellation et du parcours pour y arriver… 

Oui. Je n’ai commis qu’un crime : ne pas avoir assez souvent aimé… ne pas avoir été plus cochon comme le disent les imbéciles.   

Mais, l’AMOUR se multipliera partout. Il fera couler la sève dans le roc puisqu’il est mutation, orgasme.           

J’aurais voulu crever tant j’avais honte de ne pas avoir la fierté de porter « mon crime », celui d’être ce que je suis, mais d’instinct je savais que crever ne conduit nulle part et qu’il est parfois plus difficile de vivre que de crever.           

Cette saison en enfer m’a créé tel que je suis. Cet enfer a semé en moi la peur, mais aussi le courage et la détermination d’abandonner le combat que le jour de la victoire. Mario, je ne t’oublierai jamais puisque je suis toi et que tu es moi. Deux âmes en une, depuis qu’on a fait l’amour. Puisque tu es la terre et que je t’aime. Aucune frontière ne peut m’atteindre et restreindre mon amour, ma bien-aimée Terre-Mario. Chaque pays s’éveillera. La vie empruntera aux pierres leurs atomes en mutations et nourrira les sillons nécessaires aux récoltes. 

     NOUS SERONS DES ENFANTS POLISSONS, MAIS ADORABLES. 

Oui. Nous vaincrons. Nous vivrons sur terre le Royaume des Hommes libres. Le royaume de ceux pour qui la VÉRITÉ d’être est plus fondamentale que l’argent et le pouvoir. Un Québec libre.        

L’important… c’est de t’avoir connu. C’est d’avoir appris que la non-violence vaincra l’ordre et le fascisme quand les hommes seront maîtres de leur destinée. Quand la forêt aura vaincu la ville. Quand la poésie aura pris sa place au trône de chaque humain. La non-violence vaincra quand nos mains affamées d’amour se tendront vers les autres, caresses et baisers partagés.   Redécouverte du toucher… interdit pour tuer la tendresse. Communication-aimant-amant. Les humains ne sauront survivre à la voracité de l’argent, sans la CARESSE.        

Même si le système économique s’ingénie à tuer ceux qui pensent, à briser leur conscience et leur lucidité, viendra le jour où l’amour vrai, la passion, non hypocrite et libre, triomphera. Alors les gens sauront qu’aimer n’est pas exclusif, ni possessif, mais qu’il est le visage, le corps que l’on cherche et que l’on découvre. L’âme sœur.             

Tu ne peux savoir Mario-Réjean-Mathieu-Gabriel- Shuded-Rouhed-Tuan-Éric à quel point j’aimerais que l’exemple de notre amour, par vos lèvres qui dictent l’exemple, dans l’ivresse d’un geste de passion, permette que cessent les Biafra, Nigéria, Cambodge, Palestine, Bangladesh, Haïti. Serait-ce que la terre est plus pesante à la conscience que le Cosmos? La vie est-elle une larme? De toute façon, tous les soldats sont des assassins, décorés ou non. Mais parfois, il nous en faut pour établir la paix. Ce sont alors des héros exigés le temps d’un sacrifice.

Mario-Réjean, mon Cosmos, je t’adore!       

                                                     Fin

Sherbrooke 1972; texte revu et adapté à Montréal, 1997.     

Mario 8

décembre 11, 2020

Mario 8

2è partie  

Je suis entré en prison : ivre de remords. Même si on m’a brisé en me faisant croire en ma culpabilité. Je renais dans ma liberté, plus fort, plus pur, qu’au temps des cauchemars. On m’a tué en me faisant croire un monstre. C’est peut-être ça la monstruosité : être amant du Soleil. Le vrai Soleil, non les lumières artificielles des villes. La monstruosité est peut-être de juger les autres.

                               Seuls les enfants sont des Hommes!        

Le seul péché que je connaisse est de se prostituer à la pollution. Le pouvoir et l’argent. Êtres de la pollution. L’amour est notre oxygène. Tabarnak! Qu’il faille être aliéné pour croire que l’amour ne confère pas presque tous les droits. Seule la violence doit être éliminée. Aussi, donc, de par la vie et à cause de la vie :     
 
Je proclame la vie. Malgré les barreaux.          

Je proclame la pureté. Malgré les tâtonnements pernicieux de la chasteté.        

Je proclame l’Amour. Malgré les tâtonnements, les exigences. Un grand souffle de responsabilité.            

Je suis comme la terre; on y sème l’avoine de l’avenir. Et les hommes libres ratisseront leurs haines pour les faire brûler.          

Malgré les fers qui m’ont marqué aux poignets et m’ont imposé le geste de me trahir en refusant la sève en moi, je demeure libre. Ma candeur proclame l’Amour au-delà de baisers malheureux. Ma cellule s’est mutée en immense vestibule de rêves.

                           Je crois dans la délivrance.     

                                     Je suis libre!          

                   Je suis un enfant et mon langage est la Liberté.

                            Je suis de non-violence absolue!     

J’ai la liberté de faire et de dire ce qui me plaît tant qu’il n’y a pas de violence et le respect des autres. La liberté de créer ce que je veux.   

La Liberté de me taire ou de crier pour autant que mon cri soit celui de la non-violence pour ceux que j’aime.   

J’ai choisi l’amour malgré la peur qui m’étrangle. J’ai choisi la passion malgré la répression. J’ai choisi la Liberté pour assurer Ta Liberté.  

À tous ceux qui proclament que l’Amour tue, je leur flanque à la figure la résurrection. Je ne crèverai point. Je suis déjà mort à la Vie, grâce à l’hypocrisie de vos lois de bourgeois-exploiteurs.     

Je suis le dernier de cette race pour qui la Vie est plus importante que la survie, que l’argent.    Pour qui la passion est plus importante que la prison qu’elle réserve à coup sûr? Je t’aime Mario! Je t’aime, car maintenant les étoiles parlent d’amour. Mon Mario- Réjean! Mon Mario-Québec!         

Kalvair! Je t’adore, mon petit Mario. J’adore ton corps et sa façon de se déhancher. Tes petites fesses bien rondes et ta petite, toute petite queue bien raide. Je t’adore mon petit Québec à moi. Libre de tout. Je t’aime malgré tes yeux croches et la prison.           

Chez nous certains prétendent qu’il est mal d’aimer ainsi l’amour. Contre la loi sénile qui te prive de ton droit d’être maître de ton corps. Contre les si nécessaires caresses. La Vie n’est pas enfermée dans les lois pour y étouffer.   En principe, les lois sont là pour nous protéger des exploiteurs. La Vie ne se laisse jamais séquestrer. La vie court dans les champs. La vie est un équilibre.           

J’en ai plein les yeux de sa beauté. Être libre, c’est être soi-même. Authentique. Franc. Sincère. Bien vivant.           

Ô Québec, comment peux-tu supporter le joug de l’argent? De la bourgeoisie? Pourquoi survis-tu plutôt que de vivre? Un jour viendra, crois-moi, où nous serons libres. Notre joug sera bientôt chose du passé, éternellement fini. Les temps des barreaux seront oubliés et viendra le temps des mots magiques. Des baises.

 Je t’aime sera notre credo. Tous les deux nous serons un. Nous serons des enfants. Ils ne comprennent pas encore Mario. Ils ne peuvent savoir que le temps ne nous touche pas. Les jeux ne nous fatiguent guère.   Je t’aime, malgré les lois, la police et sa pègre, malgré le système pourri.    Le système est une mafia légale, une institution de riches pour leur permettre l’exploitation des plus pauvres. Je n’obéis pas. Ma sincérité est la même envers toi. Ma foi en toi est complète. Je crois en toi, Mario-Québec. Je crois dans la lutte à la pauvreté, dans l’égalité des chances. Nous sommes là pour apprendre la beauté du Dieu-créateur, une énergie purement immatérielle.      

             Il n’y a qu’une Vie : la Liberté en Amour.        

             Il n’y a qu’une route qui conduit à la vie : l’Amour.   

Mario, je suis toi, comme tu es moi. Pourtant, je suis impuissant à te dire. J’ai été forgé dans la peur des faussetés religieuses, de règles sexuelles bourgeoises et stupides. Mon amour. Je te veux plus libre que moi. Je te veux en pleine splendeur et non malade. J’ai peine à te dire, tu es trop beau. Un jour viendra où nous aurons conquis notre indépendance. Ce jour-là est proche. Il est déjà en nous. Restera notre Liberté… notre responsabilité. Nous sommes sculptés à la musique… L’amour est plus important que l’argent, le statut social. La Vie sert à créer la paix. Le paradis sur terre sera créé quand les hommes obéiront à leur coeur et non à l’avidité de leur portefeuille. Le coeur est parfois plus important que l’intelligence.          

Je souffre une vie entière dans un espace quelconque, dans un temps si court. J’ai mal de vivre ma vie, qu’elle me conduise à la déportation ou à être fusillé. Si un jour la pollution prend la terre d’assaut et sort vainqueur : c’est la mort. Je suis prêt à franchir le temps pour te demeurer fidèle. Même la prison ne peut m’arracher cette hantise. Comment puis-je te trahir? Pouvons-nous vivre nos rêves?

J’aimerais que partout, comme nous, nous nous aimions tous. Qu’à jamais l’envie soit déracinée en nous. Que la suffisance de notre bonheur individuel soit notre vie et non la recherche d’un bonheur illusoire de pouvoir et de domination.   

Il y a eu trop de Vietnam et de Tchétchénie! Maudit impérialisme! Tout peuple a le droit à sa liberté. Il y a eu trop de guerres. Le monde est assoiffé de paix. Pour avoir la paix, il faut le droit à la passion. Dépasser les frontières des langues, des races et des religions.   

Je t’offre mes lèvres. Je t’offre mes mains. Je t’offre mon corps, mon pénis, mon cerveau. Tout. Mario, utilise-les comme tu veux. Dicte paroles et gestes. Et par la suite… advienne que pourra. Ce sera pour nous le paradis ou la pollution. Ce sera pour nous la campagne ou la ville, le cheval ou l’auto, la victoire ou la prison. La liberté ou l’exécution    .

J’ai foi en vous. La Liberté sera notre Amour. Notre vie sera celle que nous aurons choisie. Il n’y aura plus de « démocrassie » capitaliste ou d’autoritarisme communiste, mais une participation de tous à sculpter ton corps, notre corps, notre propre épanouissement et notre propre destinée. Nous serons tous un même JE dans une gamme que l’on ne saura jamais détruire. La démocratie sera d’être tous nous-mêmes, au service de tous, selon notre propre vie, nos talents et nos possibilités. Si je dois mourir pour avoir le droit de t’aimer qu’on me tue.

Mario. La Liberté aura vaincu l’espace et le temps. Il n’y aura plus de capitalistes, de communistes, de socialistes, il n’y aura plus de mahométans, de bouddhistes ou de chrétiens;  il n’y aura plus d’hommes et de femmes, mais des HUMAINS… des HOMO-FEMMES-ENFANTS , des HUMAINS libres, assez intelligents pour vivre au-delà de tous ces rackets, de toutes ces formes de violence, de vivre la VIE pour VIVRE.         

Mario 7

décembre 10, 2020

Mario 7

Je réclame au nom et en tant qu’Homme, la dignité que l’on bafoue. J’accuse haut et fort ma lâcheté et ma peur pour l’exorciser. Et contre le regret, je m’accuse d’être un salaud… main un salaud en quête d’un amour plus grand, plus pur que la demi-saison. Un amour- passion, un vice, seul guide au-delà des contingences du quotidien. Un amour libre. Je suis salaud parce que l’on me force à être salaud. Parce que c’est ainsi qu’on me désigne. Je suis un salaud comme je suis anarchiste, comme je suis pédéraste… par dignité humaine. Je suis un salaud par rapport à la pollution, la domination, la répression. Je suis un salaud parce que je suis un homme debout. Même en prison, je demeure ton amant. Tu es ma région, mon pays.

Continent de jeunesse. Fleur de l’enfance trompée dans sa naïveté. Je suis le justicier. Le strip-poker. Mes paroles sont de feu et mon pouvoir ronge le noir tombeau des siècles. En Amérique comme à se dénouer la trame de l’avenir qui se joint au passé par la route du nord.   

J’enfile à mon aiguille les glaces du mépris, les mensonges de la vie. La lune a mis le nez au hublot du navire-terre. Vogue Québec sur les eaux qui t’entourent. 
          Demain, nous serons des francophones libres du Québec.             
                             Souffle le temps comme souffle le vent.     
                                    Demain, nous serons vivants    
                                            Nobles survivants.    

Et New York englouti cherche du bout des doigts à poser sur une bande de terrain qui flotte à l’horizon son maque de nausée.    

L’histoire retourne sur ses pas, à la source. Au cœur de la terre. La terre d’auparavant, d’avant le chaos. De la terre où l’on nous disait fous.       

Sains de corps et d’esprit, nous dicterons comment passer de la servitude à l’autonomie, de la matière à l’esprit.          

Modeste compagnon ainsi se termine ma chanson. La nuit n’a plus d’emprise sur ma prison.          
J’ai oublié mon nom, mais mon pays est le Québec…
     

Mario 6

décembre 9, 2020

Mario 6

L’amour est plus fort que les empreintes digitales, les photos numérotées;  l’amour c’est le feu qui fond le mur des prisons, qui tue, qui transforme. L’Amour, c’est la vie.        

Mario. On t’a bafoué. On t’a écrasé. Et l’on te garde loin de moi… puisque tu ne veux pas te sauver, je le ferai pour toi. Nous sèmerons ta famille dans la tempête et le vent. L’ouragan sera si fort que l’on te cédera plutôt que de fondre au rocher. Les doigts nazis qui s’infiltrent entre tes épaules seront coupés et brûlés à la place publique. Mario , tu seras libre. Nous poursuivons notre chemin.     

La rédemption est dans la foi de notre libération.    

Mario. Je me suis fait prisonnier pour te porter dans mon cœur, toi, ma région, mon enfance, mon pays. Mario chéri !  Je revois dans tes yeux la douce lueur d’espoir qui agitait nos parents, nos amis, nos frères du peuple. Nous que la terre choyait de ses fruits. Nos lapins, petits et mignons…         

Je me rappelle cet amour qui animait nos mains en posant délicatement sur la porte du fourneau, dans une boîte, des lapins enroulés. Des lapins qui nous semblaient mourir de froid, mais qui succombaient au poison que nous leur donnions trois fois par jour pour les nourrir. Combien de larmes lessivaient nos joues blanches de peur? Nous les aimions tant nos lapins que la terre tuait parce qu’elle n’était pas soigneusement tamisée. Sans le savoir, nous les avons tués avec notre bonté, notre générosité.       

O Mon chéri! Reviens vite. Malgré le délire de ton absence, je jouis à la pensée que demain, un demain plus près de nous, tu seras libre. Je t’aurai enseigné la poésie des étoiles et la grandeur du blanc de la neige. Je t’aurai appris à marcher à travers les mots. Tu seras imperméable au sommeil. Tu m’auras appris à dessiner des paysages comme ceux jadis avant l’orage. Malgré les barreaux qui nous séparent, ces barreaux-tombeaux, je sais que tu continues à vivre l’apprentissage de la liberté des vers et la couleur de ton enfance. Toi, mon paradis terrestre. Mon pays du Québec à libérer.   Mon prince charmant. Mais sache que souvent le prince du fond de son cachot est encore plus libre que son peuple dans les champs.        

J’ai mal à la Vérité. J’ai le cœur noir de servitude. Je suis né de l’enfance. J’ai gardé son langage au-delà des actes. La révolte qui m’anime n’a de réalité que dans la situation qui l’engendre. En dehors de cette situation, nous ne sommes qu’amour. Qu’importe!  les baisers fonderont le masque qu’on nous impose.   

Je suis le clairon d’un peuple en guerre de son mal d’aimer, d’un peuple qui se crée, qui naît à sa propre identité. Toi, Mario-Réjean.

Peuple -Mario, je veux t’aimer tendrement et cesser à jamais de voir en nous dans les enfants qui nous entourent la haine qui m’obsède. Je veux bannir en toi tout désir de violence. Toute frustration qui engendre ce désir. Je suis la pierre lancée dans les eaux du lac. J’ai fissuré l’armure. Je suis l’écho d’un désir inlassable de paix et d’amour.           

       Je crois en l’amour plus que dans les obus.     
       Je croix à la force du Verbe plus que dans l’argent.    
       Je crois en la création plus qu’en la guerre.     
       Je crois en l’anarchie pour retrouver l’enfance.           
       Je crois en l’Homme, malgré sa difficulté à naître.      
   
Pour vaincre la mort, je vivrai de la nature. Qu’importe le temps, les murs et les prisons. Qu’importe les mots. Demain, par l’alchimie de la Justice, la tendresse aura reconquis la Terre.          

Mario 5

décembre 8, 2020

Mario 5

Je suis, selon eux et par eux, le monstre que l’on promène de labo en labo pour photographier, analyser les gestes, déceler les tendances.                     

Je suis un monstre parce que je ne suis pas pourri. Je suis un monstre à la pollution. Je la combats avec mes lèvres et je la tue en la broyant sur ton ventre vierge à coups de caresses et de regards passionnés.

Mario. Je t’adore. Tu es arrivé dans ma vie comme le vent à la veille d’une tempête. Beau Satan! Tu te fichais bien d’ailleurs d’avoir à boire ou à manger, tu découvrais ta dix-huitième planète où je me trouvais. Où je t’attendais à travers les siècles.           

Je communiquais au silence des hommes pour mieux te voir, mon petit Lucifer. Mon diablotin quotidien. Je me rappelle tu étais si joli, je t’aurais croqué. Et, de cette envie, je t’ai enfoui dans ma gorge. Douceur exquise!       

Tu m’es apparu, nu, plus beau que les anges, le plus merveilleux de la création. Mario, j’adore ton innocence. Tes lèvres chaudes d’une tendresse qu’elles n’ont jamais goûtée. Comme tu es beau endormi. Laisse-moi te regarder et poser ma main sur ton ventre. Tu es si pur. Laisse-moi emprunter ton corps, j’irai jusqu’à l’étoile centrale…      

Je vaincrai l’enfer et la désolation, grâce à ton corps enfilé au mien… Mario!     

Pourquoi veut-on te dérober à moi? Mes caresses seraient-elles plus vides que les fessées de ta mère? Plus néfastes à ton éducation? Mes rêves dans lesquels tu serais l’enfant chéri d’un monde qui ne brise pas la candeur, seraient-ils pires que l’asphyxie que l’on t’impose? Je ferai de toi le plus heureux des enfants. À même tes désirs, je briserai les murs-prisons de mon innocence. Rien ne prévaudra contre notre amour. Je t’aime. Mario — Réjean. Nous marcherons tous les deux ensemble dans un même voyage, vers les mêmes paysages et nous serons silencieux. Nous goûterons Dieu. 

Mario pour te retrouver je briserai les murs. Rien ne prévaudra contre notre amour.

Les hommes d’aujourd’hui ne savent plus ce qu’est l’amour. Ils brisent les larmes des enfants comme s’il s’agissait de leur poupée. Ils crient caprices à chacun de leurs désirs. Les hommes sont de glaise et de boue. Ils meurent séchés de ne savoir goûter la tentation ultime d’un paradis terrestre.          

Il était une fois hors du temps et de l’espace terrestre, un prince qui avait égaré son royaume. Il s’en fut sur la septième planète de la galaxie des temps innommables et y rencontra un enfant. Le prince hésita longtemps à parler de son malheur. L’enfant s’impatienta et tua le prince.          

Caïn venait de naître. Abel renaîtra parmi nous pour racheter son frère qui le tua.

Mario 4

décembre 7, 2020

Mario 4

J’ai vécu avec les mutants. Ils m’ont appris à parler.  

Les mutants étaient d’éternels enfants venus d’on ne sait de quel univers. Ils avaient emprunté des corps de gamins pour jouer avec nous et parfois, comme les chiens, ils nous guidaient dans d’étranges univers. Je me rappelle d’eux une chanson :
   Crachez sur cette société         
   Exigez d’elle tout ce qui est possible. 
   Hors la mort toute frontière est abolie 
   Voyez et créez le monde comme le voient les enfants.     
   La terre a dans ses veines des champs sans clôture         
   des montagnes droites comme des falaises qui attendent l’escalade    
   dans son sein des prairies plus riches que les palettes au soleil
   sous son masque des enfants qui regardent qui écoutent           
   des enfants qui se donnent la main et s’embrassent sans rougir           
   des enfants qui n’ont pas encore compris que la survie exigera 
                                    « la mort »   
   Les enfants pour manger ne deviennent-ils pas machines?       
   Les enfants présents abdiquent la connaissance pour le savoir
   ils perdent l’égalité primitive et se sectionnent         
   ils se divisent se décomposent accordant aux organes pétrifiés 
   des étiquettes de valeurs, des jugements et des choix      
                           « Société de décomposition » 
   Au nom de la morale, de la jalousie et de la possession   
   les jambes roses des gamins sont arrachées des champs
   leurs lèvres écumantes sont à jamais soudées       
   leurs corps allègres sont brûlés, sacrifiés     
                            « Société désincarnée  »          
   pour sauver l’esprit la chair est mise à mort  
   pour nourrir l’esprit le corps est incendié      
   animaux voraces, sans visage, comme des usines
                              »  Société dépravée  »   
   Nous voulons pour les enfants qui verront l’incroyable    
   d’un monde où l’âme sera le corps, où le corps sera l’âme           
   un monde sans possession, un monde de relatif   
   un monde sans main, un monde de baisers            
                         « Monde de la communion »     
   où boire à l’Être sera l’ineffaçable présent.   
   Ère de la beauté du corps enfant, du feu de l’âme.
  

Les mutants riaient de me voir tendre l’oreille sans paraître absorbé par ce paysage qui déjà poussait en moi ses longues herbes. J’ai été élevé dans ce paradis de liberté à travers les lances funèbres de mon entourage. J’ai vécu jusqu’à dix ans dans ce paradis qu’avec la haine on me dérobe. J’ai chanté l’unique préface qui réveille à la Liberté. Cette préface, taillée dans le verre et qui, à compter de ce jour, marquera le Temps du début. Pour l’instant, je m’enfonce dans le miroir de notre mort-prison pour créer à trois l’Amour. J’avais tant de choses à dire auparavant, je les ai criées. Maintenant, le verre est brisé et file le temps de l’alchimie du verbe. Je voyagerai quinze ans dans ton âme. Un voyage qui vaut bien tous les voyages à la lune.          
 
Le temps du réveil aura été brutal. Ce n’était plus un jeu d’enfant, mais la triste réalité des adultes où l’amour est condamné. D’ailleurs, chez les adultes, un enfant est toujours coupable d’une désobéissance quelconque.                  

Mario! Mario!   Je t’aime. Je ne t’ai pas trahi. Pourtant, les vaches gueules de vipères avaient réussi à répandre en moi le doute de ma propre identité. L’innocence de mon enfance coule entre leurs dents comme un fleuve de sang. De l’enfant que je suis, on a fait un monstre… ils ne savent comprendre que je suis endormi à toutes leurs réalités terrestres. Je suis le voyageur spatial qui s’entraîne dans la cour de l’arrière-boutique, chez lui, dans son propre univers de beauté et de drames. Je suis à jamais cramponné à mes rêves et la sueur du jour m’étouffe quand je sors.        

Qu’importe! Pour les adultes,  je suis un monstre et leur seul intérêt est de me le faire croire.


Mario 3

décembre 6, 2020

Mario 3

Mario chéri!  Aujourd’hui, plus puissant que la tempête. Le sable élève entre nous le mur des siècles à ne jamais aimer, des siècles à toujours proclamer l’hypocrisie du péché et du mensonge de nos gestes, de nos baisers.

Même le papier, notre autel des poèmes, est profané et le vert chandail de la mer s’étend en camisole de force sur nos cœurs. Ne pouvons-nous pas nous aimer? Malgré ton jeune âge? Ne pouvons-nous pas renverser toutes les règles qui, entre nos lèvres, sèment des frimas et du givre? Je voudrais restituer aux baisers de nos regards le vrai sens de la vie : aimer et créer.          

S’aimer tout est là. Envers et contre tous. Hors des règles. Comme des fous. S’aimer à renverser le pouvoir des tyrans qui auscultent nos cœurs muets de peur. S’aimer à feindre la mort pour vivre notre union secrète. 25 avril.  Ce sera le jour de ta fête et celle de ceux qui refusent le compromis vicieux de la gloire et du plaisir.

Ce sera jour de fête pour tous ceux qui croient dans l’amour et la liberté. Jour de ta fête. Jour qui proclame notre amour par la liberté que nous nous accordons.     
S’aimer malgré notre impuissance à se le dire, à le proclamer à la face du monde. S’aimer, malgré les ronces qui écorchent nos doigts et crèvent nos yeux. S’aimer à briser le cycle de l’enfer.

 À chaque rouage, il faudra substituer ta salive pour que coule sur nos langues l’ombre de tes joues roses du printemps. 25 avril.  Et nous serons grands. Nous serons des fantômes qui préparons les champs de blé. Nous serons semeurs de sourires pour qu’au jour où nous serons réunis naisse la jouissance. 25 avril.  Nous serons grands. Sous serons des fantômes qui préparent les champs de blé. Nous serons des semeurs de sourires. Le jour où nous serons réunis naîtra la jouissance. 25 avril. Et tout nous sera permis.      

Nous serons plus puissants que les dieux et plus sages que les démons.

« Je » sera l’Homme d’hier, d’aujourd’hui et de toujours. L’Homme que l’on a tenté d’étouffer, mais qui résiste à la nuit, derrière les pierres tombales sculptées à nos noms. L’Homme attend sa résurrection dans les corps fantômes de nos ruelles et de nos usines. Nous nous éveillerons à la jouissance de vivre. 

Nous sommes de boue et de glaise. Sur nos lèvres languit le temps. La vie déjà nous possède, combattants du midi, dormeurs du VAL. Nous, soldats de quinze années-lumière. Les chiffres magiques se forment avec nos doigts. Un. Trois. Sept. Neuf, Treize. Où est le deux de tes treize ans? Le deux policier et ses nombres pairs. La répression aurait-elle disparue ?

Où marche dans le froid de notre double amour de la Vérité et de la Liberté? Où commence le un? Le un de la Vie, de l’Amour, de la Liberté. Le un au temps d’être Homme.

Moi, qui ne suis que le trois. Le système nouveau. Le triangle à la base de toutes pyramides. Je suis l’enfant. Je me forme à la musique des gitans.

Comme un serpent, je suis charmé par le ruisseau qui coule à la mer pour la nourrir et nous impressionner. L’oxygène est si rare dans nos villes. 

Mario 2

décembre 5, 2020

On a tué le cheval blanc, mi-homme et mi- bête, qui nous portait à l’autel où la vie s’offrait à nous dans l’élixir vin-hachisch de Vérité. Sonne le glas de tes années de paix. La liberté nous est dérobée comme nos bourses. Nous sommes pauvres en ce cachot de nos souvenirs d’hier… je m’ennuie de te serrer dans mes bras…     

Où es-tu passé? Qu’es-tu devenu? Je t’adore pourtant… La vie a-t-elle le droit de jouer ainsi avec la mort pour tracer en nos âmes une immense cicatrice de feu et de sang? Les armes ont remplacé l’amour, le duel s’est substitué aux baisers. Et nos mains qui cherchaient à s’étonner sur les corps nus de notre solitude sont plus vides que l’ardeur à retrouver ce temps où l’illusion de notre éternité nous berçait de quiétude. Où sont les bras qui guidaient nos mains hors de cette nausée dans laquelle nous sommes plongés?      

Je t’ai revu quelque part, près d’un fleuve, en vacances de rire. Mon chéri, ta mère voulait me dire, je ne sais quoi de belliqueux. Et je t’ai bercé dans mes yeux, malgré l’offensive de mes rides. Les flammes de son regard ont consumé ma hantise. Je t’ai vécu quand je te croyais mort. Petit chéri, tu étais plus beau qu’à l’époque. Ton visage avait trouvé la cire des fresques grecques et ta libération s’était opérée à contretemps. Je t’ai revu, près de moi, toujours aussi divin dans l’attente de mes caresses. Réjean, tu m’attendais dans ton corps Mario. Tu te pressais contre moi dans notre paysage. Tu découpais le temps. Tu échappais à la tentative de viol répété d’un peuple de glaive et de papier. Tu m’attendais avec ton sourire provocateur : la vie a retrouvé en toi l’oiseau dans son nid.          

Oui. Malgré les fers, nous serons ensemble tous les deux, prisonniers du même rêve. Nous reviendrons d’au-delà de la mort… Elle nous aura unis par le quadrille dans la grande gigue de nos sens… La vie a besoin d’amour pour respirer. La vie, chambre à gaz qu’habitent nos frères. Nous serons de marbre. Et nous vivrons aussi longtemps que volera en nous l’hirondelle de la nouvelle liberté… avant que la pluie dessèche à nouveau nos lèvres gercées d’absence et qu’en nos frères nous semions la vie d’un tendre mouvement de la main sur leur corps nu, endormi.   

Nous sculpterons en leur chair le mot : AIMER.         

Mais tout cela se passera dans un autre monde, hors de ma cellule, dans le monde qui germe en moi, des grabats de ma cellule, je proclamerai la vie. Moi.

                               Français. Libre. Québécois. 
Moi qui suis né avant mon temps. Dans un cimetière. Plus pisseux que les Anglais, mais un peu moins que la moyenne des nègres blancs du Québec. Juste un peu quétaine. Ce n’est pas un cadeau d’être quétaine en naissant, c’est pire qu’être vampire et se promener avec des bigoudis pour faire croire aux gens que l’on déteste la bourgeoisie. C’est pire que de porter orgueilleusement sous son pantalon des petites culottes de dentelles roses, assorties de pépites d’or pour attirer les chercheurs.         

Pourtant… ma peur était un peu spéciale. C’était une peur-citron. J’en détestais la saveur. J’aurais eu plaisir à l’uriner, mais on n’urine pas la peur. Ce vinaigre dans le sang. Elle commence toujours par ravager les reins, tirer les tripes et serrer les couilles. Elle rend plus stérile que le pape et plus dépouillé qu’un chat de gouttière. Avec ma peur, j’avais l’impression d’être plus laid qu’un bonze asiatique pris de constipation ou un saint catholique avec un nœud de douleurs dans le sexe gangreneux à force de ne jamais servir.           

Pourtant… j’avais bonne volonté. Je ne voulais pas venir au monde avec une gueule de lèche-fesse et les yeux ferreux de lapins capitalistes qu’on a savamment passés au feu pour les pétrir et les rendre imperméables à la vie. Je ne voulais pas non plus être volaille chez Steinberg, qu’on vend quinze cent de plus pour construire de grands magasins dans les pays qui s’éveillent à la $$$ civilisation $$$. 

Je voulais être libre. Je voulais réveiller tous ces morts, jouer aux fesses dans l’herbe avec leurs os et raconter de grandes histoires de fantômes.   Il était une fois une fois des enfants de l’innocence. Des enfants de la paix. Les enfants du val. Les fils de la liberté qui jouaient à la rose et s’ouvraient à la vie dans un fleuve de sperme.          

Je voulais, hélas, trop… je les ai retrouvés. On m’a assassiné. Je suis depuis un mort-vivant. 

Le vent du Québec souffle encore en moi, telle une épée dans mes chairs. Commence le voyage au-delà des murs de l’espoir et l’espace serrée de la Vérité.

La prison, c’est la mort. Un trou formé dans l’espace que l’on occupait chez les autres jusqu’à leur oubli dans la vie quotidienne. J’emprunte le chemin de ma cellule. La Nécessité m’étrangle de rires. La Nécessité, c’est l’enfer qui nous arrache un temps à l’enfance. Un temps qui nous semble si long qu’on croit qu’il ne finira jamais. Heureusement, je t’aime et je veux demeurer ainsi fidèle à ma planète, à mon univers, celui que j’ai quitté pour vivre un poème cosmique.          

À cause des hommes, leur outrage à l’amour, j’ai été marqué à même la plaie formée au dos de mon pays. Et mes larmes sur ton corps ont lavé les taches de rousseur de tes épaules. Pauvre chéri, j’ai été pour toi le vent sur la mer. La pénétration des âmes pures qui nous avait brûlés aux yeux.    

Je t’adore et je te cherche en ma folie contre ma prison. Tu es ma liberté et ma prison. Trop libre on cesse de rêver.       

Mario 1

décembre 4, 2020

                    Mario

Les salauds! Les salauds! Ils m’ont arraché à mes rêves. Entre le passé et l’avenir, ils ont infiltré leurs insinuations de haute trahison. Mais qui ai-je trahi? Les bigs-boss qui exploitent le peuple? Les billets Dominion qui nous fourrent irrémédiablement en enfer? Les vaches qui abusent de l’ignorance et de la servitude des gars du textile, du bois et de la pierre.               

Je m’en fous! Je ne veux rien savoir de toutes leurs mesures de guerre anti libération… J’aime le bois. Le ruisseau. Les vagues du lac Memphrémagog. Le soleil somnolant sur le Pinacle et l’Orford. Mon seul tort est d’avoir les cheveux longs et d’aimer les petits gars et avoir les cheveux longs.                     

Est-ce ma faute si l’exploitation n’est pas éternelle? Est-ce ma faute si à Sherbrooke; 18,000 chômeurs traînent dans les rues pour proclamer leur peur? Est-ce ma faute si j’aime ce peuple comme j’aime les garçons?        

J’ai huit enfants, messieurs, huit enfants qui mangent des hot dog et du beurre de peanuts depuis 10 jours. Deux ont la grippe. Je n’ai plus d’argent pour leur acheter des vitamines. Maudit kâliss! Je dois payer Household Finance, si je ne veux pas me ramasser sur le trottoir avec les autres. Le gouvernement se paie de beaux immeubles, pour permettre à ses hauts fonctionnaires de s’en mettre plein les poches, pendant qu’à nous, on réserve l’assurance-chômage et le bien-être social. On veut une job…o-n-v-e-u-t-u-n-e-j-o-b-o-n-v-e-u-t-u-n-e-j-o-b-o-n-v-e-u-t–u-n-e-j-o-b.         

Et, dans la rue, les travailleurs spécialistes en chômage défilent comme des sardines. Pauvre politicien, il en oublie sa Molson. C’est un agréable tumulte. Les chômeurs de l’Estrie claquent les talons entre la boue et l’asphalte pour ne plus crier que leur révolte prolétaire. Ça l’air d’un régiment appréhendé pour une guerre appréhendée. Et, toutes les guerres profitent aux religions et aux multinationales qui les activent. 

Je rêve d’un autre monde appréhendé. Plus humain. Fini le travail obligatoire! Finies les perles d’un corps qui pleure de rage… nous sommes à l’ère des loisirs. Les 18,000 chômeurs, nus s’ébattent sur la plage. Les gamins tranquilles… par la force de leur faim de mots… assistent à de grandes soirées littéraires. Les films y sont aussi très bons… L’esprit a vaincu les mains qui, souvent, cherchent dans un territoire inconnu, une pulsion de plaisir à définir les lignes corporelles. Qu’il est bon de la sentir s’éveiller et s’étirer!           

La réalité du système n’est pas ma réalité.  

Je ne campe pas les vieux dans des asiles pour contrôleur de pilules anti vieillissement. Mafia de la maladie! 

Bon dieu! j’aurais dû écouter et demeurer bien au chaud dans mon lit, avec toi, plutôt que de courir l’image d’un peuple en famine de liberté. 

Je me suis laissé emporter par ce monde où ne subsistent plus les usines pour approvisionner les guerres. J’étais ravi de cet âge d’or 1900 « queuque » ou un an après. Je me suis laissé entraîner et j’ai crié avec eux plus que le tocsin :           

À bas la tapette! À bas la tapette divorcée! À bas le trou d’eau! Et, j’ai été emprisonné pour lucidité séditieuse.              

Qu’y a- t-il de mauvais à être tapette? Qui ne sait pas que tout le monde l’est potentiellement? Le gouvernement! Et je paie pour apprendre son ignorance crasse de l’homme.

Depuis six jours, je m’interroge dans ma cellule à savoir si la tapetterie n’a pas été confisquée comme le hasch et la mari afin de permettre aux autorités de poursuivre leur commerce et éviter les augmentations de taxes. Ainsi, la morale est sauvée puisqu’il est difficile de vivre dans un monde où la société décide à la fois de ta liberté et de ton bonheur. Comme si les enfants n’avaient pas le droit à la liberté.    

Les enfants comme des soldats jaillissent derrière les buissons et leur corps sveltes, nus, flambant de beauté, de leurs lèvres-sang brisent les lois,  en les mâchouillant. Qu’importe pour eux que la reine soit au papier ce que la putain est au bordel. Pour eux, les jeux sont faits; la reine et la putain sont de la même famille : celle de la nécessité. Et la nécessité pour les enfants n’existe pas plus que la révolution. Tout ce qui importe, c’est le jeu. Et les étoiles tombent dans les yeux du chat qui boit au ruisseau, près de la brebis,  amoureuse de sa moustache. Les doigts des enfants glissent dans ces manteaux invoquant la poussée à leur bas-ventre d’une toison d’or, voyage-symbole de leur découverte du monde de la jouissance, de l’air et du tourbillon. D’ailleurs, les enfants n’ont du monde que leurs yeux et le cachemire de leur ventre à peine différent de la moisson. Ils n’ont de pays que la poussière lunaire, empreinte de leurs pas dans le monde nouveau de leurs sens, hors du temps, hors de l’espace. Ils sont les ruisseaux du Cosmos. Leur cerveau de feu couche dans l’avenir d’une ruelle de briques. Ils provoquent à l’amour et à la création. Ils sont les archipels d’une Atlantide nouvelle. Ils sont l’amour comme toi que la brise me rend dans ma geôle. Toi, le vrai mur de ma prison. Mon obsession. Beau péché qui me dérobe à moi-même.            
 
Eh oui! On m’a volé l’amour, on m’a même dérobé mon pays. Les traits de ma vie ont changé dans mes mains. Du monde de l’innocence première, viscérale de l’enfance, du pays de la sincérité et du bonheur où je courais allégrement à la chasse sous les peupliers de la mort, je n’ai qu’un vague souvenir. Mes mains courent entre les ruines d’un temple que seuls mes rêves ne profanent plus.           

Mario. Présentation.

décembre 3, 2020

Mario. Présentation.

J’ai écrit Mario au début des années 1970.  C’est du même genre que Re-jean. Une sorte de délires poétiques.

Ce livre a été dédié à Mario Bachand, un felquiste qui a été assassiné à Paris. Je ne l’ai jamais rencontré, mais c’est un grand homme parce qu’il se battait pour la République francophone du Québec.  À cette époque, on parlait déjà de la mort suspecte de Gaston Gouin, poète de Sherbrooke.

En fait, ces crimes, devrais-je dire ces meurtres, auraient  été commis par les  Services secrets canadiens.

Ceux qui prétendent que la violence n’a jamais servi les intérêts du gouvernement fédéral canadien devraient se  rappeler du coup de la Brinks.

On a inventé le transfert des avoirs banquiers des Québécois à l’extérieur, sous prétexte de faire peur au peuple et l’empêcher de se révolter. Une autre fois, le fédéral a organisé un déploiement militaire dans les rues de Québec pour assagir les Québécois avant une élection. Et, il ne faudrait pas oublier la crise d’octobre et ses mesures de guerre, faisant du Québec un pays occupé par le Canada anglais.

La haine fédérale se poursuit à travers les coups de cochon du système judiciaire canadien.

La loi 101 a été déchiquetée par  la Cour suprême du Canada  d’où le Québec se retrouve maintenant  devant le danger de voir disparaître le français comme langue commune à Montréal  d’où Montréal est en train de perdre son statut de métropole du français en Amérique. Le fédéral a financièrement et juridiquement appuyé la majorité anglophone qui se fait passer pour une minorité,  mettant à long terme en danger la francité du Québec.

Actuellement, ce sont surtout des mouvements musulmans de l’Ontario qui, avec le gouvernement fédéral du Canada, combattent la laïcité votée et approuvée par le gouvernement du Québec.

Si ce n’est pas ça une occupation colonisatrice, qu’est-ce que c’est ?

Un sourire venu d’enfer 47

décembre 3, 2020

Autobiographie approximative

pp. 387 à la fin

À cette époque, je me prenais pour un grand poète incompris. L’écriture comptait déjà autant, sinon plus, que les petits gars. Je devais trouver un métier que j’aime et oublier ma révolution. Mais, en même temps, j’étais assailli par une remarque de Raoul Roy, l’écrivain.

  • Karl Marx essayait de sauver le monde avec ses grandes théories alors que sa famille crevait de faim.

Je ne voulais pas être un de ces « preachers ». Je ne cherchais pas le pouvoir, je cherchais ma place dans une société de plus en plus puritaine. Était-ce un retour à nos sources canadiennes-françaises, Port-Royal, le royaume des chercheurs de sainteté.

Plus je réfléchissais, plus devenir enseignant me semblait le premier pas à faire dans la bonne direction.

C’était la fin de ma carrière de révolutionnaire. Le hasard fit que je m’en irais dans l’enseignement puisque c’est tout ce que je savais faire. Il fallait enclencher le passage progressif de la pédérastie à la vie gaie. Il me fallait apprendre à jouir de la vue de la jeunesse sans la boire.

Je dois avouer que ma vie sexuelle fut toujours pour moi celle de l’enfant : un pervers polymorphe. Tant qu’il y a du plaisir, le sexe est un maudit beau passe- temps. Il n’y a aucune violence dans le sexe, seulement du plaisir. Les pervers sont ceux qui sont guidés par leur frustration.

Je découvrais la vie gaie. Les soirées dans les clubs à espérer qu’une personne me remarque et m’invite à terminer la nuit avec elle.

Quelles joies d’avoir rencontré Raymond Paquin, un professeur de Rouyn- Noranda, perdu dans les tavernes gaies, de Montréal, où nous nous sommes croisés. Tout ce qui comptait avec lui, c’était de rire et de baiser.

Une autre découverte incroyable : des bonshommes pouvaient croire que j’étais beau et me vouloir. J’avais ce besoin intérieur : me sentir désiré physiquement, mi, qui m’ai toujours cru très laid.

Rien n’était capable de nous arrêter. On aimait se rendre dans un restaurant et après avoir commencé à manger, se lever et chanter « L’Internationale« , l’hymne communiste, juste pour le plaisir de voir les gens capoter.

Une autre fois, nous nous étions rendus dans un club de danse hétéro et nous avons d’abord dansé un rock and roll ensemble, puis, un « slow cochon ». Les gens voulaient nous tuer. J’ai sauté sur une table, mais en rejoignant le plancher, je me suis tordu une cheville. J’en ai eu pour des semaines à en rire et à boiter.

Paquin pouvait payer la traite à tout le monde, mais il y avait toujours une condition : être drôle, agréable. Quand j’étais trop sérieux, il me faisait fumer  un petit joint: un party garanti.

Parfois, on se rendait sur la montagne, là, où j’ai connu ce que c’est de devenir le centre d’une orgie collective, d’avoir une dizaine de langues qui essaient de trouver un pouce de chair à lécher. C’était bien des plaisirs, mais ça ne me conduisait nulle part.

J’aimais autant aider Raoul Roy dans son imprimerie. Le soir, quand je ne savais pas où aller coucher, je me rendais chez lui et il me prêtait son divan. Le lendemain, je l’aidais à imprimer ses multiples livres. Je me suis beaucoup attaché à ce personnage inconnu de notre révolution alors qu’il en fut un des plus grands intellectuels.

Sauf pour l’indépendance du Québec, on n’avait pas toujours les mêmes idées, loin de là, mais il m’apprenait que la révolution est un travail sans relâche de communication et d’éducation. Fidèle au Général de Gaule, Raoul Roy était un passionné de l’indépendance et du socialisme. Nous parlions peu, nous agissions. On passait des journées à imprimer ses livres.

C’est un personnage très coloré, avec sa petite barbiche à la Lénine. Par contre, il était prisonnier de notre passé collectif. Il refusait qu’un individu se dise Québécois plutôt que canadien-français. Cette évolution était, selon lui, une régression, un moyen de diluer notre désir de créer une République. Il n’acceptait pas que les Canadiens anglais nous aient volé jusqu’à notre nom. Il prétendait aussi que si le Parti Québécois prenait le pouvoir, l’indépendance ne se ferait jamais parce que les gens commenceraient à déléguer cette mission de créer un pays à nous au parti péquiste plutôt que de continuer à s’investir pour la cause.

Raoul s’était aussi rendu en Israël faire une recherche sur Jésus qui donna son livre Jésus, guerrier de l’indépendance, publié à Parti pris, une des plus grosses maisons d’édition à cette époque.

C’est à partir de lui que je tenais que Jésus était profondément en amour avec son petit cousin de quinze ans, Saint-Jean l’évangéliste. Dans l’Évangile de Saint-Jean, bible de Jérusalem, l’auteur indique que ses disciples bien-aimés étaient couchés nus, en attendant Jésus au Jardin des Oliviers. Raoul prétendait qu’à cette époque de l’année, les gens ne pouvaient pas être couchés nus à moins d’être collés les uns aux autres.  C’est difficile de vérifier puisqu’on n’y était pas.

C’est aussi pourquoi j’ai dit dans une émission de radio sur les Rhinocéros en Abitibi, puisque Raymond Paquin s’était présenté candidat aux élections fédérales comme rhinocéros, que j’étais St-Jean, le petit serein de Jésus-Christ.

Nous buvions et fumions beaucoup. Ce n’est pas une excuse, mais une réalité. J’ai dû redescendre à Montréal sur le pouce puisqu’on voulait me faire la peau, tellement ça avait choqué beaucoup de gens.

Dans ce voyage, en passant à Val-d’Or j’ai pressenti que cette ville serait très importante dans ma vie, mais je ne savais pas pourquoi. Je suis passé par le lac Saint-Jean pour le retour. J’ai dû coucher en prison, car la police craignait que je sois attaqué par un ours durant la nuit.  Ce détour me permettait de connaître une autre partie de notre merveilleux Québec.

Je suis maintenant convaincu que la peur qu’on entretenait quand j’étais petit concernant les gros méchants loups qui rôdaient pour décapiter les petits gars m’a profondément marqué. Elle a manifestement retardé mon évolution sexuelle vers l’homosexualité, ce qui est quand même mieux accepté que la pédérastie. La pédérastie est une forme de fixation dans son identification sexuelle. Un mécanisme de défense. C’était du moins mon cas.

Durant des années, j’ai voulu affirmer mon exclusivité aux petits gars, mais la vie m’amenait lentement à cesser de croire dans les peurs de mon enfance. Freud a bien raison, nous sommes d’abord des pervers polymorphes. Il était inévitable qu’un jour je me retrouve dans la peau d’un gai. Il suffisait de rencontrer l’homme qui me ferait faire le pas de la transformation quant à mon identité intérieure. Dans ce domaine, l’évolution est très lente.

Par contre, le plus fondamental dans une orientation sexuelle demeure ce par quoi tu es attiré. Je ne crois pas que l’on change dans notre vie à ce point de vue.

Ma peur des hommes n’était pas toujours consciente, c’était un traumatisme enfantin.  Mon attrait pour la beauté juvénile était ce que je vivais de plus profond.  Par contre, ce qui me permit de modifier ma façon de voir les choses; fut que j’étais disponible à tout ce qui m’attirait, me fascinait. J’appelais ça mon « petit côté putain ».

C’était d’abord les petits gars à cause de leur jovialité, leur complicité et l’absence de peur inconsciente. L’inconscient joue un rôle déterminant dans tes choix sexuels. La vie humaine est très compliquée à comprendre et la vérité est encore plus difficile à déterminer. J’ai commencé à justifier la pédérastie en y voyant l’avantage de ne pas être mis en danger par le sida et un moyen de combattre la surpopulation.

J’ai aussi compris que la bigoterie conduit à l’homophobie.

C’est aussi ce qui se passe aujourd’hui au Québec. En condamnant globalement la sexualité, les jeunes ne saisissent pas les nuances.

Ton rapport avec la sexualité est fondamentalement le même qu’avec la liberté.

C’est surtout vrai chez les filles. Pourquoi les féminounes sont-elles incapables de valoriser la sexualité? Le discours sexuel est nettement plus négatif pour les filles que pour les garçons. C’est strictement une question d’éducation. La société a créé les règles pour éviter que les problèmes des pauvres se répercutent sur les bourgeois, en créant une morale mur à mur.

Le sexe est associé au mal plutôt qu’au plaisir sans aucune raison valable. La phobie du sexe chez les femmes est strictement à mon avis due au fait qu’elles sentent, même si ce n’est pas ouvertement dit, toutes les peurs que notre civilisation charrie depuis des siècles. Ce sont des peurs sociales qui viennent particulièrement des religions.

La société a été composée à partir des lubies des mâles. Ce n’est pas étonnant que les gais soient presque sur la même longueur d’onde que les femmes, car celles-ci n’ont pas à craindre la pénétration avec eux, tout en ayant droit à toute l’affection, la tendresse qu’elles cherchent.

J’ai toujours été très mélangé dans ces choix sexuels pleins de nuances. La seule chose dont j’étais certain, c’est que le plaisir sexuel ne peut pas tolérer la violence. Les rapports sexuels sont un échange d’énergie, de complicité, de fascination autant que le plaisir charnel, lui, est strictement génital  et se limite souvent par la pénétration par en avant comme par en arrière.

Dans le fonds, je préférais probablement les petits gars parce que je détestais et craignais la sodomie. J’ai même découvert les plaisirs de la fellation que devenu adulte.

La vie me prouvait quotidiennement que ce que l’on racontait sur la pédérastie était absolument faux. Le sexe avec les petits gars passe nécessairement par le jeu, par l’affection mutuelle. Une masturbation. Des caresses. Une fellation. Et pour certains, la sodomie. Pour voir ce que ça fait. Quel plaisir ça apporte.

C’est pourquoi c’est absolument faux de prétendre qu’un jeune peut être traumatisé par de telles expériences, s’il n’y a pas de violence ou de domination. Dans la pédérastie, le vrai et seul maître est le jeune. Il a le pouvoir de te rendre heureux et celui de t’envoyer en enfer s’il décide d’en parler. Il ne ressent pas les joies sexuelles différemment d’un adulte. Le plaisir peut-il traumatiser ?

Mais, il existe des psychopathes qui sont dangereux parce qu’ils sont frustrés sexuellement. C’est le contraire de ce que prétend la loi qui appelle un jeu sexuel, un abus, une agression. Je ne pouvais pas supporter de tels mensonges d’où je me suis créé une vocation, soit de rétablir la vérité et d’éliminer ce qui m’avait tant blessé, soit la peur des relations sexuelles avec des gars plus âgés. Je ne voulais pas qu’à l’avenir, les jeunes aient à souffrir de l’ignorance quant au sexe que moi j’avais vécu. Mon livre Dieu et le sexe visera strictement la nécessité d’avoir des cours d’éducation sexuelle qui ne soient pas une mise en garde, mais une source d’informations. La vérité, voilà ce qu’il faut enseigner et non les débilités religieuses.

J’identifiais le problème sexuel à l’ignorance, rien d’autre.

J’avais rencontré un groupe de jeunes garçons qui prenaient plaisir à venir me visiter strictement pour une fellation. Ils prétendaient même que je leur appartenais. Une voisine qui aimait boire avec moi l’apprit à ses dépens. Les jeunes se sont présentés à mon insu chez elle pour la menacer si elle continuait de me fréquenter.

Les jeunes ne se sentent jamais inférieurs à un adulte, à moins que celui-ci joue le gars en situation d’autorité. L’égalité homme femme sera bien plus difficile à réaliser que l’égalité homme petit gars. On ne parle jamais d’égalité homme femme enfant.

Les jeunes savent qu’il n’y a pas que les bras musclés dans notre monde. Le gabarit adulte n’a rien à voir avec la peur du jeune, à moins que l’on parle de pédophilie, là, où l’enfant à moins que l’âge de consentement.

Les autorités peuvent très facilement te faire mettre en prison pour des raisons sexuelles et les jeunes le savent très bien. Les féminounes prêchent leur censure aux jeunes. Ce sont des adeptes inconditionnelles de la censure. Elles imaginent les jeunes comme elles, soit  à la merci de tout ce qui bouge. Elles les sentent comme elles se sentent.

Ainsi, on maintient chez les jeunes la honte du sexe. Les jeunes doivent se cacher de leurs parents ou aux adultes pour vivre une expérience. C’est à mon sens ce qui amène ce genre de relations à pouvoir être dangereuses, car le jeune qui est vraiment en danger ne voudra pas en parler, avec raison, car on a créé un véritable enfer autour du mot sexe. Il ne veut pas être identifié à sa sexualité.

Si au contraire il pouvait en parler très librement, l’exploitation et la domination ne pourraient pas exister. En ce sens, les parents et les éducateurs doivent mettre les jeunes à l’aise pour parler de ce qui pourrait les troubler.

Mais dans notre société puritaine actuelle qui serait assez fou pour oser le dire?  Si les jeunes vont à répétition avec un bonhomme, c’est qu’ils y trouvent des avantages et des cadeaux. Il n’y a rien qui les oblige, sauf que la morale veut que ce ne soit pas possible. Les jeunes sont innocents. Une vérité d’aveugles. Les « spécialistes » seraient mieux d’avoir vécu un peu avant de répandre de tels mensonges.

La pédérastie est basée sur la séduction et non la domination.

On a beau dire que ce n’est pas grave, tout le monde en parle, donc, c’est sûrement quelque chose d’important. Par contre, on confond pédérastie et pédophilie comme si c’était la même chose. Le cerveau des jeunes ne changent pas.

La pédérastie est fondamentalement un plaisir, sinon jamais un jeune ne consentirait. Elle fut un sourire dans ma vie. J’ai connu les plaisirs sexuels dans mon enfance et je peux jurer que je n’ai pas haï ça et que je n’en ai jamais souffert.

La pédérastie m’a amené à adopter deux petits gars adorables. Et, finalement, chercher à me connaître fit que je ne retrouve en couple avec un gars de mon âge. Mon père serait sûrement bien content de l’apprendre, s’il ne le sait pas déjà. Contrairement à ce que je croyais, un pédéraste peut devenir un gai.

C’est étrange que ce plaisir sexuel soit plus décrié que la domination économique des gens. Une fraude modifie la vie de ceux qui la subissent. Les drogues détruisent des vies des jeunes. Ces actes ont pourtant plus de répercussions sur les gens que le plaisir de se faire masturber ou sucer, mais eux, ils ne sont pas criminalisés. La morale sexuelle religieuse sculpte la grande mafia mondiale économique.

J’ai écrit sur la pédérastie pour défendre le droit des adolescents à leur sexualité. Ce ne sont pas que de beaux mots à l’intérieur d’une charte, mais un droit fondamental.  Ils ont droit à leur intégrité physique. Ils ont le droit à une vie personnelle, en dehors du regard et du jugement  des adultes.

L’autre motif fut de faire comprendre que de jeunes victimes sont tuées parce que les prédateurs ont peur de ce que pensent les autres, de ce que la société exigera comme vengeance, si jamais le jeune à qui il laissera la vie, les dénonce. C’est aussi une réalité. La vie est beaucoup plus importante et fondamentale que la chasteté.  La mort d’une seule victime exige que l’on s’interroge à savoir si l’isolement dans lequel on essaie de cloîtrer les pédophiles n’est pas responsable d’avoir créé par la peur cette maladie mentale qui fauchera une vie.

Finalement, même si j’ai réussi à être détesté par la majorité des humains parce j’aurai eu le courage de dire que je suis pédéraste.

Il est essentiel de s’aimer, même si on est pédéraste (amourajeux) si on veut être capable d’aimer les autres.  

Les religions nous noient dans une culpabilité qui modifie notre réalité humaine. Il est impossible que Dieu ait créé le péché de la chair parce que s’il existe, il sait que l’amour  est ce qu’il y a de plus important dans la vie de chaque humain. Dieu n’est pas assez débile pour créer des catégories d’amour.

1978

Révisé en 2012

Un sourire venu d’enfer 46

décembre 2, 2020

Un sourire sorti d’enfer 46

Autobiographie approximative

pp. 381 à 387

La majorité des Québécois ne savent pas que la Grèce antique, le pilier de notre civilisation, a déjà existé et favorisé l’amour pédéraste (l’amourajoie).

La pédérastie était même une fierté. Cette ignorance du passé est normale puisqu’on n’en parlait jamais avant la fin de notre cours classique. Avant, on avait pour références que les écrivains qui s’acharnaient contre l’homosexualité. Personne ne se levait pour combattre cette fausseté. Qui veut passer pour un malade mental ?

En fait, je me rends compte que la peur idiote de la sexualité transmise par les féminounes actuelles est la même que celle de la religion quand j’étais petit. Quoique la religion ne nous mettait pas en prison pour apaiser les scrupuleux.

Les jeunes n’existent pratiquement pas dans l’esprit des adultes. Ils sont absents et sans pouvoir.

Alors, on ne nous faisait pas de grands sermons sur le danger des méchants vieux messieurs qui auraient pu avoir le désir de toucher à notre petit zizi. Les adultes s’imaginaient que tous les jeunes sont des niaiseux. La peur du sexe est une peur féminine, fruit d’un système qui est né avec la peur des religieux frustrés. Une peur qui nous vient aussi de la télévision. La peur des autres, une paranoïa. Le mépris que les femmes ont d’elles-mêmes parce qu’elles sont femmes d’où leur besoin de tant crier leur féminisme. La femme est la victime des religions. La femme est victime du rejet de sa sexualité et sa réalité.

Jusqu’à l’adolescence, le danger sexuel ne nous transperce même pas régulièrement  l’esprit.  Même  les  plus  vicieux  n’y  songent  probablement pas.

À cette époque, la sexualité était le dernier de mes soucis. Surtout que j’étais trop idiot pour comprendre les mots employés par les adultes correspondaient parfois à mes tentations amicales. Ce discours venait dans les cours d’école, à la cachette. Certains essayaient même de se prétendre mieux bâtis que leurs chevaux alors que les autres comme moi pensaient que ce petit tube ne servait qu’à faire pipi.

Mieux encore, nous n’avions pas la télévision pour présenter une bande de vieilles obsédées sexuelles qui essaient de nous faire croire que l’on pouvait être en danger en jouant aux fesses ou en voyant de la chair fraîche. Le scrupule traumatise plus que le plaisir. La chasteté est une forme de limite mentale. Qui peut proscrire un plaisir qui ne représente aucun danger?

Ces femmes projettent leur peur et leur dégoût du sexe sur leurs enfants. La peur du sexe est une obsession féminine, à cause des machos, je l’accorde. Si elles ont eu un peu de plaisir, il est évident qu’elles seront un peu plus ouvertes d’esprit. Le sexe ne sera pas un sacrifice exigé par la Bible. Il ne faut pas oublier qu’en 1967, les Québécois (es) ont souffert le martyr quand des noires d’Afrique sont venues en spectacles nous montrer de très beaux seins. On a du chemin à parcourir pour se sortir de la grande noirceur des adversaires des Fées ont soif.

Je me rappelle aussi que mes parents avaient discuté d’articles de journaux jaunes où on racontait comment certains garçons avaient été déchiquetés pour le plaisir sexuel d’un vieux cochon.

Je n’aurais jamais cru que de souhaiter que M. Pope me mette la main entre les deux jambes aie d’une certaine manière un rapport avec ce danger. Je rêvais de savoir ce que ça faisait quand c’était un adulte qui nous touche.

Dans le fonds, c’est tout un hommage que je lui rends sans même qu’il ne l’ait jamais su. Je souhaitais avoir une relation sexuelle avec lui.. Je le croyais assez correct pour ne pas avoir peur de lui et vouloir vivre cette expérience au-delà de ce que je connaissais sans peur, ni honte. Je n’avais même pas dix ans.

Pourtant plus tard, si je suis resté accroché à la pédérastie, c’est justement en partie parce que je me rappelais ces histoires de dangers qui m’avaient totalement traumatisé. Comment discerner un M. Pope d’un de ces sales qui te coupent en morceaux après avoir vérifié la rigidité de ton petit pipi?

L’homosexualité était tellement mal vue qu’à part les latrines publiques, tu ne savais pas où rencontrer des gais, ce qui conférait encore plus le statut de pervers à ceux qui s’y rendaient.  Moi, mon fou, j’avais encore peur des vieux. Je voulais bien, mais à reculons (sans jeu de mots), c’est-à-dire en tremblant de peur.

J’ai en très grande partie décroché de la pédérastie quand je me suis d’abord aperçu que ce n’était pas tous les gais qui rêvaient de faire de toi un chop suey ou une tourtière. Même que la plupart des gais étaient délicats, respectueux.

Est-ce qu’on nous avait menti ou est-ce qu’on exagérait un danger parce qu’on n’en connaissait rien?

Le « cruising » est une des choses les plus intéressantes de la vie sexuelle gaie, même si souvent ça ne tourne à rien. Ça vaut la peine de vaincre ta peur pour te sentir désiré.

Cette peur n’a pas eu d’effets néfastes sur moi simplement parce qu’à Barnston, les gais ne courent pas dans les rues. J’ai dû affronter ces histoires d’horreur à cause des journaux. Cette peur fut si envahissante que beaucoup plus tard et sans m’en rendre compte j’ai opté pour ce qui était le plus sécuritaire. Je faisais du pouce en trimbalant une roche dans mes poches. À cette époque, on n’était pas encore devenus assez fous pour croire qu’on peut être un monstre en jouant aux fesses sans violence et dans le plaisir. On pouvait faire la nuance entre plaisir et danger.

L’école libre me permit de me rendre compte que je pouvais vivre 24 heures sur 24 en rut, sans même toucher les petits gars qui me tentaient. Je pouvais aussi avoir des jeunes qui étaient absolument consentants et heureux de me connaître. Ainsi, je n’avais pas à forcer qui que ce soit à me fréquenter et à avoir peur des rapports sexuels. Je m’apercevais que les moumounes qui combattent avec tant d’acharnement la sexualité sont beaucoup plus aigries, plus jalouses que moi.

Leur discours est faux, car dans une relation pédéraste les deux sont strictement consentants. Et quand tu n’es pas frustré, tu n’as pas besoin de violer une autre personne pour assouvir tes besoins. Assouvi, le sexe occupe une proportion infime de tes pensées. Les désirs tombent avec l’éjaculation.

Ce fut cette transformation qui me donnait le choix. Ce fut ce qui me permit de découvrir que je pouvais aimer être le jouet sexuel d’un gars de mon âge ou d’un aîné et aimer ça. L’exclusivité quant à aimer juste des petits gars, comme le prône la majorité des pédérastes, volait en éclats à travers mes expériences. Par contre, j’étais déjà prisonnier de mes textes sur la pédérastie et identifié à cette orientation sexuelle. J’étais vraiment polymorphe.

Je trouvais la petite Hélène assez belle pour désirer une femme. Les seins sont encore plus beaux quand la fille n’est pas encore âgée. Ils sont plus petits, plus « poires ». Elle avait probablement environ 25 ans.

Même si nous nous étions séparés, Suzanne demeurait une connaissance que j’appréciais grandement. Elle m’avait appris à me connaître et vivre différemment ma pédérastie. Suzanne m’amenait, à cause de sa maturité, à une recherche intérieure plus profonde que le pouvait un petit gars. Avec un petit gars, tu vis et tu ne te poses pas de question, car t’es au ciel. Avec Suzanne, je pouvais me demander ce qu’eux pouvaient ressentir. Tout le sexe dont j’avais besoin, je l’avais avec elle.

Je découvrais qu’il y a chez les adultes un pouvoir d’aimer qui se compare très bien avec celui des petits gars à cause de sa différence. Ces relations permettent une autre forme de développement : le développement intellectuel. Une bonne discussion apporte aussi un énorme plaisir. J’apprenais à être tout aussi éberlué par l’intelligence des autres que par leur beauté physique.

Mon besoin de séduire des bonshommes quand nous allions prendre un coup était, sans que je m’en rende compte, une des solutions retenues par les psychiatres que j’étais allé voir pour être certain de ne jamais être un danger pour un petit gars.

Je disais que c’était mon côté féminin, mon côté « guidoune », mon côté Marie- Madeleine. Ce besoin d’appartenir à quelqu’un par simple séduction. Une exclusivité sur laquelle je cracherai une bonne partie de ma vie soit jusqu’à ce que j’aie rencontré l’homme, la femme ou le jeune de ma vie. Nous avons tous intérieurement une partie des deux sexes masculin et féminin.

Notre développement sexuel en homme ou en femme, notre identification sexuelle, ne se fait qu’à la fin de notre développement embryonnaire.

Selon les psychiatres, pour ne pas souffrir inutilement de l’étroitesse d’esprit de notre société, il était préférable que je sois gai plutôt que pédéraste, et ce, même si ma façon de vivre ma pédérastie leur semblait tout à fait correcte, probablement parce que je n’aimais pas la sodomie. Mon dédain pour la peur et la violence faisait en sorte que je ne pouvais pas être un danger pour qui que ce soit.  Mes recherches étaient axées sur la tendresse et les caresses.

Mon désir de devenir père et enseignant est né dans ces circonstances.

Je pouvais être un bon professeur parce que j’avais une bonne connaissance de l’âme des jeunes. Je pouvais facilement me mettre dans leur peau et réussir les cours universitaires qui nous y conduisent.

D’autre part, rien ne m’empêchait de vivre ma vie sexuelle en dehors de ma profession d’enseignant, à moins que l’on soit assez idiot pour croire que l’on est professeur 24 heures sur 24 à cause de l’exemple qu’il faut donner.

L’enseignement devenait une porte de sortie très intéressante, adaptée à ce que je suis profondément. Enseigner sacrifiait ma pédérastie sous l’aspect génital, mais n’éliminait en rien les sentiments. Je devais au préalable terminer ce que j’avais entrepris au niveau de l’écriture.

Je me prenais déjà pour un écrivain, mission qui se confondait avec la révolution.

Au début, Avant de se retrouver tout nu dans la rue ou le problème du logement devait être un livre d’une centaine de pages. Je pouvais aussi compter sur mon très bon ami Gaétan Dostie et Parti pris pour le publier.

J’ai voulu innover en résumant la position de tous ceux qui étaient concernés par le logement et combien le fédéral est encore une fois de trop dans ce domaine. Chaque groupe fut invité à présenter son mémoire à un colloque sur le logement en vue de ce livre. Je devais ensuite faire la sélection des mémoires. Puisque je voulais toucher tous les aspects, le livre devint immense, plus de 400 pages.

Parti pris n’était pas très content du volume des textes, surtout que le ministre qui appuyait le projet trouvait que ce serait un livre beaucoup trop volumineux.

Je dois avoir eu raison dans mes choix, car ce livre a servi longtemps de livre de référence dans les universités. En y publiant beaucoup de statistiques, malheureusement, le livre devenait très vite dépassé. Mais, à cette époque, écrire était pour moi mon arme de combat. Rien n’empêchait les mises à jour.

La correction fut faite par Louis Geoffroy. Celui-ci me dit qu’il m’avait toujours considéré comme un bon écrivain, mais qu’en lisant mes textes, il avait totalement changé d’idée. Selon lui, le livre était plein de fautes de français, totalement monotone, sauf le chapitre sur les feux dans le secteur Saint-Louis, à Montréal

Malgré ce jugement défavorable, j’aimais bien Geoffroy et c’était son droit le plus légitime de ne pas aimer mon livre, même si mon orgueil en prenait une claque.

De toute façon, j’étais devenu un écrivain connu par accident. Si je n’avais pas connu Gaétan Dostie et Gaston Gouin, je serais demeuré un parfait inconnu quoiqu’à cette époque les journaux publiaient beaucoup mes lettres ouvertes. Mes écrits sur la pédérastie n’auraient jamais été connus si je n’avais pas participé à la publication de Sortir avec Jean Basile, en 1978, et fait un dossier avec Paul Chamberland dans le Berdache, le 15 novembre 1980.

Mon texte entraîna une recherche à l’Université de Montréal pour savoir quels effets pouvaient avoir mes textes en prison puisque tout le monde peut les comprendre.

J’étais perçu comme un baveux, un provocateur, par bien d’autres écrivains qui ne comprenaient pas que je prenais mes écrits pour une mission à accomplir.

Comme tout fanatique, j’étais prêt à mourir pour défendre mes causes : l’indépendance du Québec et le droit à la pédérastie, si elle non violente et consentie.

Je ne savais pas que cette étude était commandée par le ministère fédéral de la Justice.

Une fin de semaine, je partis pour rendre visite à ma famille à Barnston. La petite Hélène m’a joint au téléphone pour m’annoncer une très mauvaise nouvelle, mon éditeur était décédé.

Au début, j’ai cru que c’était mon ami Gaétan Dostie, mais dès mon arrivée à Montréal, j’ai appris qu’il s’agissait de Geoffroy, mon correcteur et non mon éditeur.

Il demeurait dans le secteur Saint-Louis et il venait de mourir à la suite d’un incendie dans sa demeure. Les photos pour la publication d’Avant de se retrouver tout nu dans la rue étaient sur son bureau au moment du sinistre. Elles étaient partiellement brûlées. On décida de s’en servir quand même pour illustrer le livre.

Ces funérailles furent particulières. Rien de religieux, Janou Saint-Denis y lut des textes poétiques à l’église. Ce fut suivi d’une rencontre où l’on s’enivra avec une chaise vide pour marquer la présence et les goûts de Louis. Je suis sorti de ces funérailles complètement « paqueté ».

C’est aussi peu de temps après que je fis la connaissance de Marcel Raymond qui étudiait déjà sur Geoffroy.

Quand le livre fut terminé, j’ai décidé de prendre des vacances en me rendant sur le pouce voir ce fameux Lac-Saint-Jean. Je suis parti accompagné de Patrick et deux des trois garçons de ma cousine. Nous avions une tente pour dormir et des pouces pour nous y rendre.

À notre retour, nous étions sur le bord du chemin quand une patrouille de la police s’arrêta pour nous embarquer et faciliter un bout de chemin. C’était évidemment un moyen pour me questionner. Un vieux avec trois jeunes, c’est automatiquement très suspect. On fut laissé un peu plus loin et les policiers avaient pu constater que rien d’anormal ne se produisait.

Quelques minutes plus tard, la police revenait et nous demanda d’embarquer. Il avait appris que des changements devaient être effectués dans mon livre sur le logement et qu’il y avait un avis de recherche pour me retrouver d’urgence. Nous nous sommes rendus jusqu’au parc, sirène et tout le pataclan. On me dit que c’était pour me faciliter les choses un peu plus loin, car d’autres conducteurs n’auraient pas peur de nous embarquer en nous ayant vus dans une auto- patrouille. Les policiers ne pouvaient pas m’amener jusqu’à Montréal.

Un seul autre élément me revient à l’esprit quand je songe à ce livre. J’avais rencontré le nouveau ministre de la Justice, Marc-André Bédard, par accident, et je lui avais fait part de mes peurs et constatations concernant les incendies répétitifs dans les maisons abandonnées. Je lui ai dit que ceux-ci étaient l’œuvre de la pègre qui procédait ainsi pour obtenir l’espace afin d’ouvrir de nouveaux terrains de stationnement. Une de mes grandes intuitions journalistiques. Ce fut les rires et les « yé malade celui-là. Quel paranoïaque! » C’est vrai  que  je n’avais pas de preuves, mais ça sautait aux yeux. On a découvert quelques années plus tard que j’avais raison. Si on ne mérite pas un rire, on ne vaut pas grand-chose.

Un sourire venu d’enfer 45

décembre 1, 2020

Autobiographie approximative

pp. 373 à 381

46

La mort de papa

L’époque de mon livre Avant de se retrouver tout nu dans la rue, publié par Parti pris, a aussi été marquée par des événements tristes et marquants.

Au début de février, je m’étais rendu à Barnston rencontrer mes parents. J’étais accompagné de Gilles Laflamme qui était devenu un véritable ami. Il faisait aussi des prédictions en lisant dans les mains et réalisait des cartes du ciel. D’ailleurs, selon ses prédictions, je mourrai dans la mendicité et les souffrances les plus totales.

C’est bien parti pour ça, mais pour l’instant, je suis encore assez béni des dieux. Les autres tireuses de bonne aventure m’ont prédit des événements complètement différents. Dans un cas, je suis censé devenir très riche; dans l’autre, je finis sur une île entourée de petits gars et j’écris sur la philosophie, ce qui me rendrait assez célèbre pour être reconnu durant des décennies après ma mort.

Ces prédictions sont tellement contradictoires que je n’en crois aucune. La vie sera ce qu’elle sera. Je vis maintenant en couple avec un homme de mon âge ce que je n’aurais jamais été capable de prévoir. Je n’aurais jamais cru que la pédérastie finirait par être chose du passé.

Gilles a lu dans les mains de tous, sauf mon père.

Papa était très heureux d’apprendre que j’avais un nouvel emploi et que je travaillais à écrire un livre sur le problème du logement.

Il me croyait d’autant plus devenu sage qu’à cette époque, j’habitais avec une petite amie, la belle Hélène. Celle-ci devint différente sous l’influence des féministes. Alors qu’au début, nos interrogations sexuelles étaient au centre de toutes nos préoccupations, de nos aventures et de nos recherches; à la fin, elle mesurait au quart de seconde près le temps consacré à la vaisselle et aux planchers pour être certaine que « la femme n’en fasse pas plus que l’homme ».

Cette vision du féminisme était à la mode. Je trouvais Hélène très belle et très ouverte. De plus, je venais de retrouver une de mes cousines qui avaient été une de mes flammes quand j’étais petit. Elle avait trois fils et elle partageait mon point de vue à l’effet qu’il appartient à l’individu de décider de ses expériences sexuelles, tant que celles-ci sont mutuellement consenties et bénéfiques pour le plus jeune.

Ce fut une période où les femmes comptaient beaucoup dans tout ce que je faisais. Pour elle, ma pédérastie était un objet de curiosité plutôt qu’un motif de culpabilisation. On me regardait vivre et on était bien d’accord à l’effet que ma façon de vivre ma petite nature était profitable aux jeunes.

Après m’avoir laissé, la petite Hélène se maria à un Algérien, je crois, et finit par se suicider.

L’Islam est condamnable ne serait-ce que pour sa façon de percevoir les femmes et les homosexuels.  La Charia est une loi criminelle, car elle invite au meurtre et aux mutilations. Les hommes ne comprennent pas encore qu’on ne peut pas vivre comme à l’époque de Mahomet. Les femmes sont nos égales. Même Mahomet le reconnaissait, lui. Le pire, chaque fois qu’un crime est commis au nom de l’Islam, ce sont les musulmans qui se font encore plus détester. Pourtant, être musulman c’est comme être chrétien.

Dans ma tête, l’égalité de la femme est aussi essentielle pour modifier la vie que l’acceptation de la pédérastie qui signifie le droit de l’individu sur son corps et son esprit, car à l’avenir, l’individualisme sera une valeur plutôt qu’un obstacle à la socialisation.

En visite, j’étais parti faire un tour avec Gilles. Devant le cimetière à Barnston, je me demandais qui était enterré sous la neige, près de la clôture. J’avais beau chercher, je ne trouvais pas. Je m’y suis rendu pour voir, mais je n’appris rien, car il y avait trop de neige pour pouvoir lire sur les monuments.

Gilles me reprocha d’avoir dérangé les morts. Stupidement, j’ai commencé à me demander ce qui me ferait le plus de peine si quelqu’un mourait. Le choix était clair : papa ou mon chien Kiki. Je n’avais rien fait, à ma connaissance pour penser à ce choix.  J’avais honte intérieurement de m’offrir ce choix, car, même si je m’ennuyais énormément de Kiki, ce n’était quand même qu’un chien. Mon père est un humain à qui je dois tout, donc, aucune comparaison possible. Pourquoi une telle idée m’était-elle venue ?

De retour à Montréal, je dus me rendre un bon matin à l’hôpital pour des examens à l’estomac comme d’habitude. Je pensais à papa et j’ai décidé de lui dédier mon prochain livre Laissez venir à moi les petits gars. Dans ma tête, c’était le meilleur moyen pour lui rendre hommage. Même si papa n’acceptait pas ma pédérastie, il m’aimait bien et je l’admirais pour son courage. Il a toujours fait en sorte que nous ne manquions de rien, même si on était huit enfants vivants et il aida aussi de nombreuses familles à se tirer de la misère.

Quand je suis arrivé au bureau, on me dit qu’on avait une très mauvaise nouvelle à m’annoncer. Papa venait de mourir. Quel choc ! Quelle peine !

Ce n’est que quelques mois plus tard que je rêvais à lui. Il me montrait un mur que je trouvais affreusement laid. On aurait dit un paquet de merde. Il me fit avancer avec lui.  Je pouvais de plus en plus distinguer qu’il s’agissait d’une forêt. Elle était de plus en plus belle. À la fin, j’étais estomaqué de constater comment ce monde était merveilleux. La forêt devint un arbre. C’est alors qu’il me dit que s’il en était ainsi, c’est que chaque branche d’arbre était un petit gars de qui j’avais été amoureux.

J’en ai déduit que de l’autre côté mon père a pu vraiment juger ce que je vis. Il savait dorénavant que mes rapports avec les jeunes n’étaient pas des agressions, mais des romans d’amour.

Le problème avec les humains est que nous sommes pour le reste de notre existence marqués par les premières années de notre vie. Tout se passe avant six ans. Nous évoluons au fur et à mesure que notre corps se transforme. Notre capacité intellectuelle est correspondante à ce développement physique puisque maintenant on sait que le cerveau se développe tout comme le corps jusqu’à notre vie adulte. Nos réactions, nos impulsions sont les effets créés par les sécrétions chimiques ou électromagnétiques, d’hormones dans notre corps.

Nous sommes beaucoup plus dépendants de notre corps que les religions nous l’ont appris. Les religions nient le corps et sa beauté. Une erreur fondamentale, car si Dieu avait créé quelque chose de mauvais, il ne serait qu’un sale. Je n’en étais pas encore à me demander si nous avons été créés par Dieu ou le fruit de l’évolution. Freud disait que nier la mort est une forme de schizophrénie, surtout en y ajoutant une vie après la mort. Freud parlait aussi d’étapes dans nos développements personnels et même dans le développement de la conscience de notre réalité sexuelle. Le problème ce n’est pas la sexualité, mais la violence. C’est aussi l’ignorance dans laquelle on nous garde.

Devenir adulte, c’est devenir autonome. Pouvoir, penser par soi-même à partir de ses découvertes sur la vie.

Je suis devenu un adulte simplement plus lentement, plus tardivement que les autres. J’ai passé ma vie à me percevoir comme un être inférieur. J’étais fort comme un pou depuis ma naissance. J’étais plus noir qu’à la normale. J’apprenais à l’école qu’il faut devenir quelqu’un, influencer le cours des choses; mais je n’avais rien pour y parvenir. Je m’accrochais à ce qui me semblait mon point fort : croire que la vie est belle.

Quand j’ai découvert plus tard le corps des autres, je me suis mis dans la tête, comme bien des petits gars, que j’avais un zizi très peu développé comparativement aux autres ne sachant pas que j’étais dans le plus normal des normaux. La grosseur et la longueur ne sont pas les mêmes pour tous et surtout pas les mêmes pour tous à un certain âge donné. Si j’avais pu en parler, ça aurait changé les choses. J’aurais su que ça change vers 13-14 ans et plus tôt pour les plus précoces. J’étais bourré de complexes sans le savoir et si je n’avais pas voulu autant me comprendre, je n’aurais jamais eu la liberté d’esprit que j’ai maintenant.

En fait, mon cheminement a été pénible parce que les adultes autour de moi faisaient tout un plat de la sexualité. Je n’ai jamais cru sincèrement qu’il y a du mal ou de la perversité à vivre sa sexualité tant que c’est sans violence et consenti.  Autant les jeunes que moi n’avons jamais éprouvé autre chose que de l’amour dans sa plus pure complicité. Le plaisir fut toujours au rendez-vous.

Malheureusement, je suis trop vieux pour recommencer les luttes d’antan.

J’ai énormément lu et assez vécu pour me poser de nouvelles questions. Depuis, je suis capable prouver que notre société est absolument arriérée quand il s’agit de sexualité. Nous voyons la sexualité comme l’Église nous l’a enseignée et nous sommes incapables d’échapper à leur ignorance.

En fait, j’ai commencé ma vie d’adulte, en adoptant Shuhed et Rouhed et en devenant  enseignant. J’ai commencé à vivre le jour où j’ai cessé d’avoir peur. J’ai commencé à vivre quand j’ai cru en moi. Ce n’est pas pour rien que depuis je crois que l’essentiel quand on est jeune est de s’accepter tel que l’on est.

J’essayais de comprendre pourquoi je suis ce que je suis. Ma vie sexuelle était sûrement un facteur prépondérant. Ma pédérastie était une forme de fixation à ma vie d’enfant. Pourtant, je n’avais jamais été réprimé et puni pour mes agissements sexuels pour la simple raison que mes parents ne le savaient pas et pour moi il n’y avait rien là. Cette manière de voir les choses n’a pas changé d’un iota. Ma sexualité était un geste de curiosité comme pour tous les enfants du monde. Un plaisir a partagé. J’étais plus normal que l’Église à ce sujet, car elle s’obstine à y voir du mal.

Pour moi, comme à l’époque de la Grèce antique, la sexualité était bonne, un plaisir. La société était un frein, un arrêt dans mon évolution, car elle me privait de vivre une relation physique avec ceux qui me fascinaient. Elle m’empêchait de me créer une morale personnelle. Je ne l’acceptais pas parce que les lois à ce sujet sont ridicules et basées sur la peur et non sur la compréhension et la responsabilité.

On fait toujours croire qu’il y a de la violence, des traumatismes dans des rapports pédérastes alors que c’est absolument faux. Ces relations sexuelles sont la recherche du plaisir, de faire plaisir à celui de qui on est amour. C’est loin d’être la recherche d’un pouvoir. Le pouvoir est une obsession d’adulte. Le vrai pouvoir en pédérastie c’est le jeune qui l’a; car on ne veut que lui faire plaisir. Il a un pouvoir émotif extrêmement grand. Le pédéraste cherche que son bien au- delà de la sexualité..

La peur de la pédérastie des féminounes est une projection de leur propre peur de la sexualité. La peur de la pédérastie est une peur de l’homosexualité. C’est la peur de l’autre, de celui qui est différent.

Quant à la pédophilie, on la retrouve surtout chez les hétérosexuels probablement simplement parce qu’ils sont plus nombreux.

Notre société veut tout niveler. Elle accepte seulement l’hétérosexualité et prétend que le seul but de la sexualité est la procréation. En fait, on a peur que l’enfant aime tellement un rapport sexuel gai qu’il change d’orientation sexuelle à partir de ce moment. Ce qui est impossible. Cette conception est basée sur l’ignorance puisqu’elle ne fait aucune nuance entre la sexualité, l’affectivité, et la génitalité strictement localisée aux organes de plaisir. Pour y arriver, on ne fait aucune différence entre un pédéraste et un psychopathe. On essaie de nous faire croire que toutes relations pédérastes reposent sur la sodomie, ce qui est très loin d’être vrai pour tout le monde.

La sodomie est un choix individuel. Dans le Code pénal, c’est un acte visé en particulier. La sodomie, à mon avis, ne se réalise pas sans douleur, ce qui la rend très peu intéressante. Peut-être qu’un jour quand je l’aurai essayé, je changerai d’avis.

D’autre part, la société idéale que j’avais perçue dans ma compréhension de l’Évangile devenait une société hautement hypocrite. « Fais ce qu’on te dit et non ce que l’on fait.»

L’instruction, le savoir, me révélait que ceux qui nous prêchent cherchent à nous diriger, à nous écraser pour conserver leur pouvoir. Ce sont des exploiteurs. Ils nient les connaissances de la science. Comment peut-on croire sans douter? Qui peut affirmer sans crainte de se tromper que ce qu’on nous enseigne s’est vraiment passé, il y a plus de 2,000 ans? Qui peut en témoigner, personne de cette époque vit encore? Comment Lazare pouvait-il être mort, ressuscité et mourir encore? Ça n’a pas de sens. Mais, réfléchir à partir des textes bibliques me semblait toujours un moyen de rechercher la Sagesse.

Je n’ai jamais été un être docile qui accepte tout ce qu’on veut lui faire croire. Je veux et je dois d’abord comprendre. Et, pire j’ai appris chez les Jésuites que ma vision de la religion était d’une naïveté sans borne. La religion repose sur l’ignorance et l’émotivité. La spiritualité est différente des religions. Les religions sont des règles et non des dogmes. Les Jésuites m’ont ouvert les yeux.

La vieillesse est un autre stade que je vis présentement. On se met à reculer avec la dégradation physique.

Qu’on le veuille ou non, notre vie intellectuelle, émotive, spirituelle dépend de notre corps. Le corps est l’instrument de la perception et de l’interprétation de notre réalité. Si le corps se dégrade trop, l’esprit est perturbé.

Par contre, nous ne sommes pas qu’un corps. Il est seulement le conducteur de la vie. Le « Je », notre conscience, se forme et se dégage pour enfin se distinguer du grand « Tout énergétique » qu’est notre réalité totale, réelle. C’est une des plus grandes découvertes faite sur nous, les humains. Nous ne sommes pas ce que nous pensons être. Nous sommes une infiniment petite énergie perdue dans un univers infiniment grand. Pouvons-nous être en contact avec lui et en être conscients? Notre destin est-il autre chose que le fruit de notre contact avec notre environnement? Un hasard intelligent, comme disait Einstein.

La faculté la plus essentielle est la conscience. Sans elle, nous existons, mais nous ne le savons pas? Est-ce ça la vie après la mort? Un trou absolu. Une énergie qui ne sait même pas qu’elle existe?

C’est la conscience, qui interprète tout. Nous sommes la continuité de  l’existence de la vie et notre corps est l’instrument de conscience qui nous permet de nous en apercevoir. C’est la réponse à la grande question à savoir s’il y a une vie ou non après la mort. Cette question, cette peur, est à la source des religions. Ce sont des interprétations qui mises au service des institutions devient une force plus grande que les multinationales. L’insécurité humaine est la plus grande source de revenus à exploiter.

Enfant, sans qu’on puisse réfléchir, nous développons nos qualités et nos défauts. Nous sommes alors à la merci de notre environnement. Nous ne pouvons pas avoir déjà un esprit critique simplement parce qu’on n’a pas assez d’expériences pour pouvoir mesurer les événements. Nous ne pouvons pas nous défendre. Nous sommes une éponge. C’est la raison fondamentale pour laquelle je suis contre la pédophilie.

Le pouvoir responsable de choisir est à mon avis inexistant avant au moins 10 ans.  À partir de 10 ans, la force des hormones et l’arrivée de la symbolisation entrent en ligne de compte et réveillent nos besoins sexuels. Nous sommes un individu plus complet. Un individu qui rêve de durer et faire sa marque. Tout cela se vit dans l’espace de quelques années et non à une date précise.

.Mais comment développer notre connaissance sur la sexualité si nous ne pouvons rien expérimenter? Comment se définir si on a peur de tout?

Les religions tiennent absolument à être vécues et enseignées dès l’enfance parce qu’elles produisent une empreinte indélébile qui agira sur nous le reste de notre vie, grâce à son approche sur la sexualité.. On confond ce que l’on doit croire, ce qui est spirituel avec les religions comme modes de vie. Les rites ne sont que des inventions humaines. Un moyen de se faire de l’argent ou de dominer. Les rites sont comme les commandements de l’Église et la Charia des règles inventées par les autorités religieuses. Ces règles sont souvent complètement débiles.

Les religions peuvent en inventant des modes de vie diriger tous les gestes et toutes les pensées de chaque individu. C’est une déformation de ce qu’elles devraient être.

C’est la raison fondamentale pour laquelle il ne faut pas que les religions soient enseignées à l’école, du moins, avant le cégep. C’est trop tôt pour qu’un individu puisse en toute liberté se créer une conscience personnelle. La seule voie pour enseigner les religions plus hâtivement est le respect que tous doivent avoir les uns envers les autres et le droit de ne pas penser comme tous tant qu’il n’y a pas de violence. Or, depuis toujours, les religions sont des sources de haine et de discriminations de toutes sortes.

La confession, un outil religieux, avait le pouvoir absolu sur notre vie intellectuelle et émotive. Le philosophe Foucault démontre dans ses écrits le pouvoir de l’aveu et de la confession dans la vie quotidienne des gens au 17e siècle. La confession est au centre de la répression sexuelle. Ce fut l’instrument privilégié. Ce fut ensuite les médecins qui ont inventé tout un vocabulaire monstrueux autour de la sexualité de manière à développer une forme de haine des déviances sexuelles que l’on n’arrivait pas à expliquer. On a alors créé un index de ce qui est normal et ce qui ne l’est pas. Évidemment, tout tenait sur la fréquence des comportements rencontrés, niant la sexualité des enfants. La masturbation ou la précocité devinrent des comportements à proscrire.

La religion est un héritage familial, culturel. Ce savoir sera une empreinte qui te marquera toute ta vie. Elle dirigera tes croyances et ton jugement sur tout ce qui adviendra dans le futur. Nous apprenons à réagir devant ce qui nous rend heureux ou malheureux. Nous ingurgitons la vie quotidienne et sans s’en souvenir plus tard, ce sont ces événements qui feront de nous ce que nous sommes. Ils créeront notre inconscient. La religion forme notre émotivité. Notre capacité à juger grâce à notre faculté de comparaison. Plus nous sommes riches d’expériences, plus nous sommes capables de porter un jugement. De plus, notre mémoire alimente nos décisions, notre esprit critique. . Il est donc normal de s’assurer que ce qui nous marquera soit quelque chose qui améliorera notre jugement et non des explications imaginaires comme dans les religions.

Les expériences créeront notre capacité à saisir les choses en dehors de leur apparence, c’est-à-dire qu’avec l’adolescence, il ne se produit pas que des changements physiques, mais notre capacité intellectuelle s’arme d’un autre pouvoir, celui de la symbolisation et les hormones orientent différemment nos besoins.

Les événements ne reproduisent plus nécessairement qu’une réalité. Nous devenons capables de les comparer, les classer et réagir différemment, même en dehors de ce que l’on nous a appris. Avec ce nouveau pouvoir intérieur, on peut former notre propre jugement, notre propre morale.

Avec l’adolescence, on devient de plus en plus enfin « soi-même ». On est capable de plus en plus d’évaluer les situations. L’autonomie est le but fondamental de l’éducation.

Bébé, nous cherchons à obtenir l’amour de nos parents et de nos petits copains/copines puisque nos sentiments deviennent une partie de soi. Presque tout est de l’ordre du non verbal au point de vue émotif, ce qui constitue notre prise de conscience et notre mémoire émotive. C’est pourquoi les enfants qui ont été caressés génitalement par leurs parents dans le cadre de leur culture ont une personnalité plus heureuse, plus stable et plus épanouie. Ces sociétés ne font pas face au suicide à l’adolescence parce que les enfants ont connu, grâce aux parents, ce qu’est la stabilité et le plaisir. Ils ne sont pas divisés par la dualité corps esprit comme dans nos religions. Ils n’ont pas honte d’être sexués. Ils obéissent à la leur nature qui à travers les expériences de vie modèle une morale personnelle.

À partir de l’adolescence, nous créons notre propre personnalité. Enfant, on se développe en imitant les autres et en craignant de ne pas être aimé, ce qui nous guidera durant toute notre vie d’adulte. Comme le disait mon bon ami Freud, dans le développement d’un individu, la personne peut demeurer fixée à un stade de développement, régresser vers un autre ou sublimer un besoin que l’on n’arrive pas à admettre dans notre personnalité réelle. C’est ainsi que la sexualité fut remplacée par l’argent, les biens, le pouvoir, car ces gens n’arrivaient pas à vivre une vie sexuelle intéressante. La sublimation est la marque et l’origine de notre civilisation.

Dans mon cas, le fait d’avoir vécu avec un curé qui me confessait presque tous les matins parce que je m’étais masturbé la veille a été une façon de me déculpabiliser, car je pouvais ainsi continuer de communier et de vouloir devenir un petit saint. Objectif que tout bon-chrétien poursuit malgré ses faiblesses.

Ce qui était intéressant dans la religion catholique, c’est que la confession était devenue avec le temps un moyen de te déculpabiliser. « Va, mais ne pêche plus». Tu pouvais pécher, mais avec l’absolution, tu redevenais blanc comme neige.

C’est sans le vouloir ce qui à mon avis confère au christianisme sa supériorité sur les religions plus scrupuleuses et par conséquent moins humaines. Il laisse une place à l’erreur. Personne n’est parfait et ce n’est pas une raison pour se haïr. On ne peut pas aimer les autres si on ne s’aime pas soi-même. C’est la suite normale du « Connais-toi toi-même » de Socrate.

Un sourire venu d’enfer 44

novembre 30, 2020

Autobiographie approximative

pp. 367 à 373

De la pédérastie à la paternité

À la maison, mes rapports avec Robert s’étaient à nouveau améliorés. Il venait plus souvent à la maison. J’aurais aimé qu’il me parle de son père pour savoir ce que je représentais exactement dans sa vie. Quant aux petites Haïtiennes, à cause des classes, elles venaient moins souvent. Leurs travaux scolaires étaient plus exigeants. Je vivais presque une vie rangée. Je m’ennuyais un peu.

Que je le veuille ou non, mon désir d’être père avait démesurément augmenté avec Patrick. Sans m’en rendre compte, cette expérience avec lui avait imprimé en moi le désir d’être responsable d’un petit gars et surtout de l’aider à devenir grand. Par contre, la paternité donnait naissance à un nouveau problème : un père ne joue pas aux fesses avec son petit gars, car ça peut le mélanger.

Un pédéraste est un ami très intime, très complet; mais ce n’est pas un père parce que le père doit se servir de son autorité et l’autorité est le pire ennemi de la pédérastie. La paternité exige d’être un cran différent de la pédérastie, car elle ne permet pas une intimité aussi complète que la pédérastie. Par contre, sur le plan de la survie, la paternité est plus engagée et plus responsable. La relation pédéraste est plus d’ordre émotif et d’échanges. Elle est condamnée à ne pas durer, ce qui est tout à fait différent de la paternité. Et, il faut s’assurer que la séparation ne traumatisera pas émotivement le jeune.

Le père est considéré plus comme un pourvoyeur. Il doit donner de manière tout à fait gratuite, alors que la pédérastie repose sur l’amour qui s’établit entre les deux amants. Un échange. La fonction n’est pas la même; la fin, non plus.

Je n’étais peut-être pas encore rendu à ma dernière prise de conscience.

Avec le temps, Ted devenait de plus en plus écrasant. Il voulait savoir comment se présentaient les élections.

Je ne lui faisais pas complètement confiance à cause de la violence de son discours et surtout parce qu’il était issu des Jeunes Canadiens, un mouvement que les journaux ont décrié comme étant complètement infiltré par la GRC.

Devant mon peu d’intérêt à tout lui raconter, Ted décida d’employer les grands moyens. Sa violence verbale, loin de me faire ouvrir la trappe, me portait à être encore plus méfiant.

Cette situation rendait les élections encore plus électrisantes.

Le jour du scrutin, alors que je travaillais pour Gérald Godin dans un bureau de vote, Robert Bourassa fit son entrée. Il donnait la main à tous ceux qui y travaillaient.

Quand il s’est présenté à moi, j’ai refusé de lui serrer la main. Bourassa est devenu un peu plus rouge et son entourage sembla tout à fait décontenancé. Bourassa fit quelques pas, puis se retourna vers moi et dit :

  • T’as bien la face du parti que tu représentes.
  • Laisse faire mon Bourassa, tu as assez écrasé les gens de l’Estrie, des Vauxcouleurs, que jamais on ne t’oubliera.

La représentante libérale trouvait que mon geste n’était pas très poli, mais elle se dit étonnée de l’attitude de Bourassa.

  • Ce n’est pas la première fois que des gens refusent de lui serrer la main aux élections, mais jamais je ne l’ai vu réagir aussi violemment. Habituellement, il leur passe la main dans les cheveux en leur disant que le « péquisme » leur passera.

Je lui ai expliqué que Bourassa et Jean Marchand étaient, selon ce qu’on m’avait raconté, les responsables de mon renvoi à La Tribune de Sherbrooke.

« Ils ont fait pression pour me faire perdre mon emploi, mon assurance-chômage et mon bien-être social. C’est à mon tour d’essayer de lui faire perdre son emploi.»

La dame dit comprendre ma réaction et m’avoua que ses enfants étaient tous membres du Parti Québécois.

À la fin de la journée quand Bourassa réapparaissait dans le décor, il se tenait à l’autre bout de la salle.

Le soir, je n’étais pas encore sorti que les résultats étaient déjà connus. J’avais peur que les libéraux volent les boîtes de scrutin et qu’ils en changent le contenu. Cela c’était déjà vu. C’est toute la confiance que j’ai dans l’honnêteté des libéraux.

À mon arrivée au rassemblement des partisans de Gérald Godin, j’ai été accueilli par la grande nouvelle. Je n’osais pas le croire :

  • Godin élu, le Parti Québécois majoritaire.

J’aurais pleuré de joie, mais la surprise était trop grande pour y croire. Même si depuis une semaine, j’étais convaincu que le Parti Québécois serait élu, à moins que les libéraux réussissent à voler les élections ou fassent un coup de cochon sans précédent, ça semblait tenir du rêve.

Au cours de la même semaine alors que j’entrais à pied à la maison, je me fais klaxonner. C’était le Cid, le Mexicain que j’avais contribué à faire sortir de la prison de Bordeaux qui m’appelait.

Le Cid m’a dit avoir reçu sa citoyenneté canadienne grâce à mes démarches et la collaboration du journal Le Jour. Non seulement il était maintenant citoyen canadien, mais toutes les accusations qui avaient été portées contre lui avaient été retirées.

  • Je demeure dans le comté de Mercier et j’ai voté pour le Parti Québécois. J’ai longuement hésité. Les libéraux nous disaient que si nous votions pour le Parti Québécois, nous serions tous déportés dans nos pays d’origine.

Un soir, en allant mené Bourassa dans un restaurant grec, je l’ai vu en compagnie des manias de la pègre. Voyant avec quelle belle famille il se tenait, j’ai décidé d’appuyer le PQ, me dit-il.

Était-ce vrai? Je n’en sais rien, mais le chantage a toujours été la base de la politique des libéraux contre l’indépendance.

Les libéraux sont les vrais terroristes.

45

Enfin du travail!

Quelques jours plus tard, je me trouvais un emploi dans un bain sauna, rue St- Laurent. Je nettoyais les planchers. J’aimais beaucoup ce travail, car bien des petits vieux me faisaient des yeux doux.

Par contre, les ordres étaient formels, sous menace de congédiement : en aucun temps, nous ne devions accepter qu’il y ait racolage dans les corridors. Nous devions aussi empêcher quiconque d’y introduire de la drogue.

J’y travaillai un petit bout de temps, renouant avec mon désir de plaire aux vieux. Ce désir s’affirmait au point de concurrencer ma pédérastie. Cette démarche de putain ne me rendait-elle pas aussi heureux tout en étant moins dangereuse?

Deux jours après, mon départ du bain sauna, j’ai rencontré un confrère de travail qui m’apprit que la veille, la police avait fait une descente. Puisque je venais de partir, certains ont même pensé que je m’y étais infiltré pour la police. Après lui avoir exposé ma position, il a vite conclu que ces rumeurs n’avaient aucun sens. Je détestais alors trop la police pour collaborer avec elle. Si j’avais été un indicateur, je n’aurais pas fait deux fois de la prison. Il s’engagea à passer le message auprès de mes anciens patrons.

La descente de police a été effectuée sous prétexte qu’il y avait de la drogue. Dans ses recherches, la police a effectué sans raison pour 2,000 $ de dommages matériels. La police avait agi en véritable sauvage. Ils savent se comporter en écœurant quand ils ne sont pas forcés de répondre de leurs actes.

La police de Montréal se comporte vis-à-vis les homosexuels (gais) comme de vrais  hitlériens.  Si  elle  pouvait  tous  nous  tuer,  elle  le  ferait  probablement volontiers avec la bénédiction des Drapeau-Ryan. Elle ne respecte même pas la loi des droits de la personne. Elle brutalise et s’excuse ensuite, si l’opinion publique manifeste une certaine réprobation.

Ted ne voyait pas ma décision de travailler chez les gais du même œil. Il était irrité que je ne profite pas de l’accession du PQ au pouvoir pour me dénicher un emploi. Il a décidé de me faire comprendre à coup de gifles que ma place n’était pas dans un bain sauna.

Pour la première fois de ma vie adulte, j’ai répliqué aux coups. Je lui ai sauté dessus et je lui ai montré, sans le frapper, que j’étais aussi fort que lui. Je me contentais de le retenir par terre.

J’interprétais son geste comme étant celui d’un indicateur de la GRC. À force de me faire critiquer et écraser, j’avais peut-être développé une petite paranoïa, basée sur la sous-estime de « moi ». J’ai décidé d’entreprendre des démarches pour aller vivre ailleurs.

Pourquoi Ted voulait-il que je travaille absolument au gouvernement? Quelles informations espérait-il?

Ma décision de déménager a été sans retour quand un ami me demanda ce que je faisais avec un indicateur de la GRC. J’étais encore bien plus énervé.

Ted a changé de tactique. Ted a laissé son travail d’éboueur et il a trouvé un emploi comme animateur dans un projet « Canada au travail ». L’employeur  était la Fédération des Unions de familles, un mouvement de droite.

Ted a proposé que je sois approché pour le seconder dans ce travail, ce qui fut fait. Ce mouvement de droite était dirigé par un ancien de Sherbrooke qui me connaissait de réputation.

J’hésitais parce que j’étais maintenant convaincu que Ted était un indicateur; quoiqu’aussi souvent je me disais que c’était complètement impossible. Je me méfiais de ma paranoïa qui, qu’on le veuille ou non, est une forme de maladie mentale.

Quant à mon futur patron, les pressions étaient nombreuses. Tout le monde lui conseillait de ne pas m’embaucher.

Il a décidé de risquer sa chance, et moi, après réflexions, j’ai opté pour le fait que je ne pouvais pas vivre toute ma vie sur le bien-être social. Je devais travailler. J’étais certain de trouver un moyen de travailler, être efficace, tout en n’ayant pas

à craindre de me faire espionner par Ted.

J’ai commencé mon travail en l’orientant sur le problème qui me semblait le plus urgent à résoudre : le logement.

J’ai travaillé six mois à la Fédération des Unions de famille : le temps d’organiser un colloque sur le logement et de publier avec Parti pris, mon livre sur le logement : Avant de se retrouver tout nu dans la rue, un livre essentiel pour comprendre le problème du logement. C’était la première fois qu’un livre traitait du sujet.

Ted mit tous ses efforts pour torpiller le sommet sur le logement et le récupérer pour la go-gauche. Je paniquais au travail, sans exprimer mes doutes sur les allégeances de Ted, d’où j’écopais de tous les reproches des patrons de l’Union des familles.

À cause de mes doutes, je ne pouvais pas trop compter sur Ted. J’étais convaincu qu’il ne ferait pas son travail pour faire échouer mes efforts. Au colloque, il n’a même pas vérifié la qualité du son, ce qui entraîna l’effacement complet de tous les vidéos qui avaient été tournés.

Les patrons me percevaient de plus en plus comme un extrémiste. J’étais le premier soupçonné dès qu’il y avait une menace d’avoir un témoignage marxiste.

Je voulais seulement laisser tout le monde s’exprimer. Quand les responsables des mouvements de go-gauche empiétaient sur le temps des autres, j’étais immédiatement perçu par les patrons comme celui qui avait tout manigancé en ce sens. Ils songèrent même à me congédier sur-le-champ.

Après discussions, ils durent convenir que j’avais simplement fait montre de sagesse en n’intervenant pas, laissant ainsi le débat prendre de la qualité en profondeur. Cela avait aussi permis un compromis qui empêcha le colloque d’éclater en plein milieu des discussions tant les tensions étaient grandes.

En plus d’avoir toujours été dans l’eau bouillante, j’ai produit Avant de se retrouver tout nu dans la rue dans un temps record, quoiqu’il ait des centaines de pages de plus que prévu. Parti pris n’appréciait pas que le manuscrit ressemble plutôt à un dictionnaire brouillon. J’étais convaincu que dans les circonstances personne n’aurait pu faire mieux.

J’ai réussi à écarter Ted en l’orientant sur un autre projet touchant les mères monoparentales alors que je travaillais sur celui que j’avais créé. Je ne l’informais jamais, ce qui fit monter les tensions entre nous à un tel point que les dirigeants ont cru que le projet n’arriverait jamais à se rendre à terme.

Ce fut une expérience extraordinaire, mais épuisante. Je me sentais déjà brûlé après six mois. Malheureusement, la Fédération des familles ne voulait pas me réengager pour poursuivre l’expérience en septembre. La raison état bien simple: je publierais avec Parti pris mon livre Laissez venir à moi les petits gars.

C’était pour le moins que l’on puisse dire incompatible avec leur philosophie. La Fédération est un mouvement de droite et ce livre est une dénonciation de l’hypocrisie et de l’oppression inhumaine de l’Église face à la pédérastie.

Comme il fallait le prévoir, un pays qui se pourfend à se prétendre le royaume de la liberté d’expression me forçait à me taire et avaler ma pilule.

Un sourire venu d’enfer 43

novembre 29, 2020

Autobiographie approximative

pp. 358 à 367

Crise à Radio Centreville

À Radio Centreville, j’avais fait part à notre responsable de mon projet de mettre sur pied une série d’émissions qui porteraient sur l’homosexualité.

En principe, le projet fut vite retenu. J’ai même commencé à organiser mes entrevues. Ce projet était d’autant plus important que de nombreux gais vivaient dans le quartier.

Ayant longtemps travaillé dans ce milieu en écrivant des articles, il me semblait possible de facilement relever ce défi. Je voulais dans ces émissions faire connaître toutes les versions du problème et particulièrement celles de ceux qui les vivent.

C’était encore tout un problème de vivre gai. À part Montréal, la police avait souvent un comportement véritablement malade face aux gais, ces anormaux.

Un autre de mes projets était d’organiser le plus d’entrevues possible avec les mouvements du quartier, suivre leur évolution à la semaine ou du moins au mois et fournir des blocs d’information aux émissions animées par les permanents. Les média sont pratiquement les seuls à permettre une évolution de la pensée. Un petit travers que j’ai gardé comme journaliste : la recherche de la Vérité.

Même si j’étais assisté social, j’avais un bagage de sept ans de journalisme. J’étais fou de joie de pouvoir retourner dans le monde de l’information.

J’aurais travaillé gratuitement toute ma vie dans l’information tant je trouvais ça intéressant et important. C’est le métier le plus important, après l’éducation et la médecine, pour aider une société à évoluer.

Ce métier permet à lui seul à implanter une vraie démocratie.

À mon avis, un bon journaliste se doit à la population qu’il dessert. Aussi, il ne peut pas être un simple transmetteur d’informations, il doit s’assurer que ces informations sont pertinentes et surtout vraies. Comment un journaliste consciencieux peut-il transmettre des informations biaisées pour un pouvoir quelconque? La vérité est le fondement absolu de l’information. Puis, l’analyse devient tout aussi importante pour comprendre.

Tout le monde devrait avoir le droit absolu de parole, tant que l’on ne prône pas la violence. C’est un droit qui devrait même exister dans toutes les religions, chez les communistes, les capitalistes, les syndicats et les minoritaires. Les gens décideront ensuite ce qu’ils veulent retenir. La censure est le mépris de l’intelligence.

Ma lutte pour la liberté absolue de la presse est aussi vieille que mon expérience du journalisme. Elle ne souffre aucun compromis.

Un dimanche, j’ai rencontré Gilles Laflamme, un animateur bénévole qui organisait quelques émissions chaque semaine. Gilles accepta mon invitation à venir prendre une tisane à la maison. Nous avons discuté de la possibilité que je participe à ses émissions de poésie. Gilles était un bonhomme intrigant et fort cultivé. Un gars très agréable dans une discussion.

Il fut convenu que celui-ci se servirait de certains de mes travaux pour alimenter ses émissions. J’étais bien content. Puisque Gilles semblait un gars ouvert, j’étais persuadé que ce serait très facile de travailler avec lui.

Octobre 1976. Un vrai miracle. Bourassa a enfin déclenché des élections. Je suis décidé plus que jamais à faire tout ce qu’il est en mon pouvoir pour le faire battre.

Certains étudiants en radio décident de s’informer à savoir ce que la station fera à l’occasion de cette campagne électorale. La direction demeure silencieuse. J’écris une lettre, après avoir tenu une réunion à ce sujet, mettant la direction en demeure de nous recevoir et de s’expliquer.

Durant ce temps, un étudiant s’informe auprès du Conseil de la Radio et de la Télédiffusion (CRTC) de nos droits. Comme étudiant, nous proposons de faire  un travail semblable à celui réalisé à l’occasion de la grève des hôpitaux et des transports publics. Nous voulions réaliser des entrevues avec le public et rencontrer les candidats des comtés desservis par Radio Centreville ou Cinq FM.

Nous étions persuadés que la direction réagissait ainsi, en se servant de ses avocats, pour camoufler le désir d’autocensurer l’information, en réponse à un chantage appréhendé d’Ottawa. La station n’avait pas encore reçu les subventions promises par le fédéral et devait se présenter bientôt devant le CRTC. Nous n’avions pas l’intention d’accepter un tel bâillon d’Ottawa.

Nous avons obtenu une rencontre avec les dirigeants où nous avons fait prévaloir la pertinence de nos suggestions puisqu’aucune grande station de radio ne fait connaître les candidats locaux. Il est important de savoir ce que ceux-ci nous réservent à l’échelle du comté. Ces politiques influenceront directement la vie de quartier et une radio communautaire doit suppléer à ce manque d’information. Pour nous, tous les partis, même le Parti des travailleurs devait avoir le même temps d’antenne. Tout le monde devait répondre à nos questions.

La direction de Cinq FM prétendait que le CRTC obligeait les stations à consacrer un temps égal à chaque parti politique; mais que ce travail devait être fait par les permanents seulement.

Les discussions en dehors des réunions faisaient mieux ressortir la vérité.

Cette attitude antidémocratique visait un autre but politique qui servait les libéraux à maints égards. Les permanents clamaient toutes les cinq minutes qu’il n’était pas question d’accorder ne serait-ce que cinq minutes à Claude Charron, dont le comté faisait pourtant partie intégrante du territoire de Cinq FM. Les responsables nous interdisaient même de nommer les candidats péquistes de nos comtés.

Pour toute information, le public avait droit à la lecture des articles du Devoir et du commentaire des permanents francophones qui appuyaient de plus en plus ouvertement le Parti des Travailleurs du Québec. De toute évidence, les responsables de la station étaient anti péquistes.

Je ne cherchais pas un affrontement avec les annonceurs. Comme eux, je trouvais souvent le Parti québécois trop à droite. Aux élections, j’optais cependant pour un regroupement derrière le Parti québécois puisqu’il était le seul à pouvoir réaliser l’indépendance du Québec.

Il était évident qu’en élisant un gouvernement marxiste, jamais les États-Unis n’accepteraient une telle situation. Je ne voulais pas du Chili à Pinochet au Québec. La CIA est le pire ennemi de la démocratie. On devrait parfois se demander le rôle que la CIA a joué dans les événements d’octobre.

Pour éliminer les tensions et quand même aider la population du quartier, j’ai réalisé, lors d’une convention péquiste, un sondage à savoir quel était le problème le plus crucial du secteur. Je rejetais, par autocensure, toutes les solutions se basant uniquement sur le besoin de changer de gouvernement. Je voulais des solutions concrètes, à des problèmes concrets, pas du pelletage de broue. Ainsi, hors de toute partisannerie, il était possible de faire ressortir les besoins de la population et leur faire émettre leurs opinions quant à la solution.

Il fut établi hors de tout doute qu’au centre-ville de Montréal, le problème numéro un était le logement.

J’ai voulu organiser des entrevues sur ce problème. Le responsable de l’organisme, Sauvons Montréal, Michael Fish, a accepté mon invitation.

Dans une longue entrevue, il résumait la situation et prenait position contre le socialisme. Même si à mon avis, il se trompait, l’impartialité demandait que son opinion soit entendue. J’ai élaboré le montage de deux entrevues à être diffusées séparément.

Entre temps, j’avais commencé à travailler pour Lyne Bourgeois, candidate péquiste dans St-Louis. Ma participation fut à peu près nulle. J’étais quasi ignoré.

Devant cette inutilité, j’ai offert mes services dans le comté de Mercier où j’ai été accepté comme représentant de Gérald Godin, un poète et dirigeant à Québec- Presse. On se connaissait déjà. J’étais encore plus ravi de lui donner un coup de pouce.

J’étais bien fier de faire du porte-à-porte. J’apprenais ainsi à mieux connaître les objections de la population à la souveraineté-association. Dans Mercier, une forte partie de la population est âgée. Les libéraux leur faisaient croire toutes les peurs possibles et impossibles. La plus caractéristique était de prétendre que les personnes âgées perdraient leur pension de vieillesse avec l’avènement du Parti québécois. Le PQ est au pouvoir depuis deux ans et rien de cela n’est encore arrivé.

Je prenais ce travail bien au sérieux. Je me suis même rendu à une joute de hockey pour réaliser la véracité des dires d’un électeur qui faisait ressortir le besoin de construire un nouvel aréna pour répondre aux besoins de la population du centre de Mercier.

L’atmosphère dans le clan Godin était nettement meilleure. La méfiance n’existait pas comme dans St-Louis où plusieurs cherchaient des postes plutôt que de remporter l’élection.

Apprenant que Lyne Bourgeois et Harry Blank devaient se rencontrer à la réunion de Sauvons Montréal, j’ai obtenu la permission de Cinq FM de couvrir l’événement pour la radio.

Le lendemain, lors de l’entrevue en direct, j’en ai profité pour contrevenir à l’ordre absurde de ne pas nommer la candidate du comté. J’ai rappelé que Lyne Bourgeois a sommé le député libéral sortant de se présenter dans un débat public. Quand je parlais de la candidate péquiste, je l’appelais Lyne Bourgeois quand je parlais d’Harry Blank, je le nommais « le candidat libéral sortant ». Une guerre de bébé finalement. Faire le contraire des ordres parce que je les trouvais antidémocratiques alors que je ne faisais pas mieux.

Ce fut le scandale. Les discussions ont repris à plus vive allure.

  • Le Parti québécois est un parti de bourgeois.
  • Même s’il est souvent à droite, il est le seul à pouvoir réaliser pacifiquement l’indépendance.
  • En appuyant un parti de gauche forcément minoritaire, c’est faire le jeu des libéraux.

Petit à petit, j’ai pris conscience de certains points secondaires. Si j’étais éloigné du Parti québécois; je l’étais encore plus sur l’essentiel de la pensée de ces nouveaux curés du marxisme. Je n’appuie pas l’idée qu’il faille que les gens crèvent le plus possible de faim pour les amener à la révolution.

Je commençais à saisir les nuances entre la gauche et la go-gauche. La go- gauche est fanatique et antidémocratique, tout le contraire de la vraie gauche. Elle vise qu’à renverser le capitalisme et elle se fiche bien de la population pourvu que sa pensée pénètre, que le message passe. Elle caricature tellement la gauche qu’elle engendre un appui au statu quo.

Pour les adeptes de la go-gauche, rien n’existe après Marx. Aussi, comme Marx, ils rejettent tout nationalisme. Selon eux, le nationalisme, c’est un nouveau péché.

Pour la go-gauche très souvent infiltrée par la GRC, le Parti québécois est un ennemi terrible.

Tout en étant de centre gauche, le PQ laisse entrevoir la possibilité d’une société nouvelle qui ne rejette pas carrément intégralement le capitalisme, mais essaie plutôt de le civiliser, tout en n’intégrant pas complètement le marxisme, mais en servant de sa grille d’analyse sociale. C’est le rejet du Chili de Pinochet comme de la Russie, ces nouveaux pays dominés par le capitalisme d’État que l’on appelle communisme.

Il a fallu peu de temps pour que je sois identifié comme petit bourgeois. Je comprenais de moins en moins : comment puis-je être un petit bourgeois tout en vivant de l’assistance sociale.

Ma participation à Radio Centreville devenait de plus en plus une guerre ouverte.

J’ai à nouveau rencontré Gilles Laflamme et nous nous sommes entendus à savoir que je participerais en direct à son émission. Nous avons établi une feuille de route qui comprenait une entrevue avec le président de Sauvons Montréal, Michael Fish, sur le problème du logement; quelques farces sur les pannes d’électricité appréhendées; l’annonce d’une série d’émissions sur l’homosexualité.

Être gai ne concernait en rien Gilles puisque ce n’était pas son orientation sexuelle; mais il était assez évolué pour comprendre que la vie des gais est parfois loin d’être rose.

Dans une seconde partie, je ferais part de mes expériences à la Tribune et de mes voyages dans l’Ouest. Le tout devait être couronné par une lecture de « SPEAK WHITE« , de Michèle Lalonde.

Je voulais y mettre le paquet, tout en respectant les ordres de la direction. J’étais encore très loin de considérer l’équipe comme des ennemis. J’espérais qu’elle se rallierait à mon point de vue : il faut profiter des élections pour décrocher des solutions aux problèmes des gens que l’on dessert.

Je rêvais en couleurs. Pour les permanents, j’étais la pourriture introduite dans un panier de bonnes poires.

À mon arrivée à la station, avant d’entrer en ondes avec Gilles, j’en ai profité  pour travailler à d’autres montages. Je m’attendais à de vives protestations de la direction, si le contenu de l’émission leur était connu avant. Si mes craintes étaient justifiées, tout ce qui pourrait aider directement ou indirectement le PQ serait interdit. La liberté d’expression était encore une fois menacée… Je m’en faisais encore une fois le défenseur, même si parfois je n’utilisais pas les bonnes armes.

Pour moi, la situation était devenue plus claire : la station était de toute évidence au service indirect des libéraux, l’objectif étant de diviser les votes nationalistes entre les gens de la droite et de la gauche.

Parfois plus paranoïaque, je pensais que la station était entre les mains des Américains, car le principal responsable était un Américain. Donner le droit d’opérer une station libre permet de bien savoir ce qui se passe aussi dans l’opposition. De toute évidence, elle était l’instrument de la gauche anglophone, juive et grecque, donc, carrément opposée à la libération nationale.

La transmission, pour les immigrants, d’émissions traitant des révolutions un peu partout autour du monde n’a rien de rassurant. La plupart, venant de pays qui viennent de connaître une révolution, craignent d’être encore pris dans un autre piège. Comment les rassurer? Certainement pas en essayant de créer dans leur esprit un parallèle entre le Québec et les pays où la révolution a tout saccagé.

Certains craignaient que je parle sur les ondes de ma campagne-devinette sur Bourassa.

  • Avec Simoneau, on peut s’attendre à tout. C’est un maudit voyou.

Je travaillais docilement, étonné du grand nombre de permanents en studio. Un premier coup de téléphone retentit et selon les expressions, il était évident que l’on parlait de moi.

  • Y parait que tu dois passer à l’émission de Gilles ?
  • Oui, il en est responsable et il m’invite.
  • Mais, il n’a pas le droit de faire des entrevues. Il a été entendu à son arrivée qu’il présentera seulement de la musique.

Le coup de téléphone visait à avertir les dirigeants de ma participation et probablement de mon intention de ne pas vouloir y mettre la pédale douce. L’atmosphère était déjà très tendue.

Qui avait appelé pour me dénoncer? Qu’avait-on pu leur faire croire pour qu’ils craignent mon intervention à ce point? Avais-je encore un ami qui servait de « stool » au système ?

Quelques secondes plus tard, Gilles laissait traîner la feuille de route comme s’il avait voulu que les responsables prennent connaissance du contenu de l’émission. Évidemment, elle fut miraculeusement trouvée par un des permanents.

Je lui ai fait remettre à Gilles. Nerveux, celui-ci la laissa à nouveau traîner avant d’être ramassée par un autre responsable. Le fouillis général commença. Tous les moyens devaient être pris pour m’empêcher d’entrer en ondes.

À leur avis, il s’agissait d’une émission trop pro péquiste. Pourtant, en aucun endroit le Parti québécois n’était nommé. Est-ce que j’avais simplement à raconter ma vie pour que ce soit une claque aux libéraux?

Les Anglophones de Cinq FM ont décidé de faire intervenir la responsable de l’équipe francophone, sous prétexte qu’elle avait plus de facilité à discuter avec moi. Dans de telles circonstances, je deviens très peu coopérant, manifestement sarcastique, polisson, pour ne pas dire carrément baveux.

J’ai accepté après, une courte discussion, de prouver ma bonne volonté en enregistrant l’émission avec Gilles pour la faire approuver après coup par l’équipe francophone avant de la diffuser.

L’argument de la responsable était valable. « Comment pouvait-elle me faire confiance après le coup de Lyne Bourgeois, ayant déjoué les prévisions et refusé d’obtempérer aux règles de la radio communautaire? »

J’étais prêt à quitter le studio quand Gilles m’a invité à participer quand même à son émission. Je ne pouvais pas refuser quoique je pense qu’il s’agissait d’un coup monté.

  • Dès que j’aurai fait l’émission, je serai accusé d’avoir occupé illégalement les ondes d’une station de radio, me dis-je.

Au micro, tandis que des responsables s’installaient de chaque côté de nous pour nous épeurer, je dénonce la censure de cette émission. J’annonce, après avoir raconté ce dont j’aurais normalement dû parler que mon cas sera réglé le lendemain. Je quitte la station le poing en l’air. Un signe révolutionnaire.

Même dans cette dénonciation de la censure, je me suis conformé aux règles établies. En acceptant d’enregistrer l’émission, je prouvais que notre émission ne serait ni partisane, ni de la propagande péquiste.

Ce travail complété, nous avons été reçus par l’équipe francophone. Elle refusa, cette fois l’émission en camouflant les vraies raisons qui étaient, elles, strictement politiques.

La direction refusait l’entrevue avec Michael Fish, prétendant que la station ne travaille pas avec Sauvons Montréal, un organisme dont on ne connaissait pas les vraies attaches. La réalité était plutôt que la direction soupçonnait Michael Fish d’être péquiste, car celui-ci travaillait avec le Parti Québécois de Saint-Louis dans deux dossiers : le mont Saint-Louis et l’institut des sourds-muets.

Quant à la série d’émission sur l’homosexualité, annoncée pour bientôt, la direction prétendit n’en avoir jamais entendu parler. Elle affirmait préférer travailler avec le CHAR, groupe qui venait d’être dissous. Puisque je connaissais très bien le fondateur-responsable, j’en savais quelque chose.

Quant au moment où je racontais comment et pourquoi j’avais dû quitter La Tribune, cela était évidemment indirectement politique, car, quatre ans après, le candidat de Bourassa se trouvait confronter aux mêmes accusations de pots de vin qui m’avaient valu d’être chassé des Vauxcouleurs en 1972 en voulant le dénoncer.

Les responsables me disaient qu’ils étaient contre, car selon la politique de la maison, la station ne diffusait pas d’entrevues avec des individus, préférant celles faites avec des groupes.

Ainsi, je venais de me faire avoir encore une fois. Il est impossible d’être honnête au Québec sans se faire rouler. L’émission ne serait jamais diffusée.

De toutes les raisons invoquées, une seule chose transparaissait : l’émission ne faisait pas l’affaire des libéraux.

De tous les reproches, je n’étais d’accord qu’avec un : c’est probablement vrai que je me prends pour un autre. Je me croyais un révolutionnaire et j’étais prêt à mourir pour changer le monde.

Notre travail en vue d’obtenir des entrevues avec les candidats avait aussi porté des fruits.

Une table ronde devait être organisée pour répondre aux normes du CRTC. Or, la station a fait parvenir une seule invitation à la candidate péquiste de St-Louis, Lyne Bourgeois. Elle était invitée à participer à une table ronde avec les représentants de tous les partis en lice, mais en anglais seulement. C’était l’insulter.

Cette cerise sur le gâteau a fait déborder le vase. Même si l’on m’avait dit que jamais je ne remettrais les pieds à la station, si je portais plainte contre Radio Centreville, j’ai commencé à préparer la dénonciation de cette censure au Conseil de Presse et au CRTC.

Je venais de trouver une nouvelle raison d’être contre la go-gauche : elle ne respectait absolument pas la liberté d’expression, le droit de parole à ceux qui ne partagent pas son point de vue. Elle refusait la liberté d’opinion.

Je n’en avais pas contre le fait que les responsables de la station favorisent le Parti des travailleurs du Québec, c’est leur droit. Cependant, je ne pouvais pas admettre qu’on ne fournisse pas à tous les clans politiques le droit de s’exprimer et encore moins qu’on insulte la candidate péquiste du comté de St-Louis.

Cette aventure me mettait dans une drôle de position : j’ai toujours été, jusqu’à un certain point, plus ou moins ouvertement, rejeté par le Parti Québécois, sous prétexte que je suis trop radical, trop à gauche ou pire pédéraste.

Or, pour faire nouveau, voilà que j’étais rejeté par la go-gauche parce que je suis trop bourgeois, trop à droite. J’étais, selon eux, un fanatique. C’était vrai dès que je me battais pour une cause. Je n’ai jamais pu accepter la censure. La censure était et reste pour moi une offense à l’intelligence humaine.

Je ne comprenais plus rien. Se pouvait-il que les mouvements de contestation que j’admirais soient sous la gouverne de la gauche anglophone? Faudrait-il comprendre que non seulement les francophones du Québec sont dominés par les big boss, mais aussi par l’établissement des mouvements de contestation? La go-gauche n’est-elle pas caricaturale dans sa dénonciation sociale dans l’espoir d’effrayer les gens et les pousser à se sécuriser en réélisant les libéraux?

La situation est payante quand un système contrôle les deux  extrêmes  et les fait agir selon son caprice. Est-ce moi qui étais totalement dépassé?

Chose certaine, les mouvements de go-gauche étaient bien implantés dans les secteurs hospitaliers, les CLSC, le logement, le bien-être social, au Centre de référence des femmes et certains autres mouvements féministes radicaux. Pouvaient-ils tous sévir contre la population pour avantager une idéologie? Si tel est le cas, la révolution culturelle au Québec n’est pas pour demain. Où finit la gauche à laquelle je m’identifie politiquement et commence la go-gauche? Je crois dans un mouvement politique qui recherche le bien du peuple et non son propre bien en priorité.

J’étais intérieurement très divisé entre le nationalisme et mon penchant naturel à considérer l’analyse marxiste comme une des meilleures.

C’était peut-être là la différence, l’analyse marxiste donne une bonne idée de la situation, mais quand il s’agit de proposer des solutions, elle est souvent complètement dans la merde.

J’ai continué mon engagement social après l’aventure de Cinq FM. Je suis devenu président d’une section de la SSJB de Montréal. On l’appelait la section Plateau Mont-Royal.

Par contre, nous avons été blâmés, Gilles et moi, pour notre façon d’avoir agi à la radio par le Conseil de Presse. Ce fut, je crois, le début de mon rejet de toutes institutions. Je trouvais leur décision carrément injuste.

Notre système est crapuleux en ce qui concerne la démocratie et la liberté d’expression. Une société d’hypocrites.

La société accepte des compromis inacceptables. Pour elle, la vérité ne compte pas. Cela confirmait que pour tout le monde, je suis un objet à rejeter. Que j’aie raison ou tort, tout ça n’a pas d’importance. Il ne faut pas m’écouter parce que je suis pédéraste. Et selon eux, un pédéraste, c’est un pervers.

Un sourire venu d’enfer 42

novembre 28, 2020

Autobiographie approximative

pp.353 à 358

Robert était de plus en plus fréquemment chez moi. On se sentait de plus en plus en plus attaché l’un à l’autre. Pour l’encourager à faire du sport, je lui avais acheté ainsi qu’à ses deux petits copains, chacun une paire de patins seconde main. Cela leur faisait plaisir, car on aurait dit qu’il n’avait que très rarement des cadeaux.

Un matin, où j’avais la libido un peu plus élevée, j’ai demandé à Robert, moyennant un petit cadeau, de me montrer sa petite quéquette. Ce qu’il accepta volontiers. Il revint cependant assez vite à la charge en me demandant de lui acheter cette fois un costume complet de gardien de but. Je ne pouvais pas faire face à une telle dépense. Je n’ai jamais compris comment des parents peuvent acheter autant de choses à leurs enfants. Il faut être millionnaire pour être parent.

  • Tu ne pourras pas faire autrement que de me l’acheter.
  • Comment ça?
  • Je vais dire à ma mère et à toutes les mères du quartier que nous avons fait ensemble ce matin.

Les jeunes savent quel pouvoir ils ont quand ils évoquent une relation sexuelle entre un adulte et un jeune, c’est pire que la bombe atomique. Tout le monde devient fou.

J’étais furieux d’autant plus que j’avais affreusement peur. La prison n’est jamais une perspective intéressante. Robert ajoutait les autres femmes, car il savait que s’il en avait parlé à sa mère, tout ce qui serait arrivé : il n’aurait pas pu revenir me voir. Le voisinage rendait le chantage plus efficace. Toutes les femmes ne sont pas aussi intelligentes que sa mère. Elle était libérée, mais elle n’aurait jamais accepté qu’il revienne s’il n’aimait pas ce qui se passait. « Si tu n’aimes pas ça, tu n’as qu’à ne plus y aller ». Il avait prévu le coup.

Comment me défendre d’un petit gars qui se sert de nos relations pour me forcer à lui faire des cadeaux mirobolants? Je ne pouvais pas le frapper, c’est absolument contre mes principes. D’ailleurs, je l’aimais trop pour envisager cette solution.

Par contre, je ne pouvais pas céder, c’était l’encourager dans une voie qui l’aurait conduit directement à la délinquance. Que faire? Je croyais aussi que sa mère, connaissant nos relations, l’empêcherait probablement de revenir, ce qui m’attristait encore plus. L’affaire mourrait là, mais je ne pourrais plus vivre cette amitié avec Robert. Je pensais aussi que si elle se mettait en fusil, on ne sait jamais comment réagissent les femmes, je serais « caput », si elle en avisait la police. Il était sûr que la police en voyant mon dossier se ficherait de mes conceptions sur la liberté sexuelle. Loin de chercher la vérité, elle essaierait de m’accabler et me mettre longtemps dedans.

Plus j’y pensais, plus je paniquais. Je ne me reprochais rien, mais je ne suis pas assez fou pour ne pas saisir le danger et ne pas savoir que les gens deviennent complètement fous dès qu’il est question d’un rapport sexuel entre deux gars qui ne sont pas du même âge.

J’ai opté pour une solution à la Summerhill. Une solution de force. J’ai averti Robert que je ne lui achèterais pas l’équipement simplement parce qu’il faisait du chantage.

  • Quand tu aimes quelqu’un, tu n’agis pas ainsi envers lui.

La bombe était temporairement désamorcée. J’ai réussi à clore l’opération quand ses petits copains lui demandèrent s’il était vrai que je l’équiperais pour l’hiver.

  • Je l’aurais fait si j’avais été capable et si Robert n’avait pas essayé de me faire chanter avec ses histoires de cul. Aussi, il n’aura rien.

Ses petits copains se sont rangés de mon côté. Ce n’est pas un moyen à employer pour avoir des cadeaux. Robert venait d’apprendre que tu peux aimer quelqu’un pour son physique autant que pour son caractère. D’ailleurs, Robert avait tellement une petite queue qu’il n’aurait certes pas voulu que le jeu des regards s’élargisse. Quant à moi, il n’était plus question de recommencer. Je n’avais jamais vu une si petite quéquette à cet âge. Et surtout, je ne pouvais plus y faire autant confiance.

On m’a toujours dit que j’étais demeuré un enfant, d’où cette possibilité de vivre en toute égalité, d’une façon tout à fait sincère avec les jeunes, sans chercher à profiter du fait que je suis un adulte. Peut-être est-ce parce que j’étais trop naïf ou que dans ma tête, l’égalité humaine ne repose pas sur le sexe, la couleur ou l’âge? L’égalité est inscrite dans le fait même d’être humain et ça se résume à la phrase évangélique de ne pas faire à autrui ce qu’on ne voudrait pas qu’il nous soit fait.

J’ai vécu ma sexualité comme l’explique Freud. J’étais très curieux, un adepte des comparaisons; mais je ne comprenais pas pourquoi les adultes viraient fous dès qu’il était question de sexe. Pourquoi tous les jeunes avec qui je partageais mes curiosités sexuelles étaient-ils très heureux d’y avoir participé alors que l’on prétendait q