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Radioactif 556

novembre 16, 2022

Radioactif  556    

Texte de 2009, p. 1195      
07 Novembre 2009
Les esprits tordus.

 Ce fut tout une époque que celle de l’école libre parce qu’elle m’apprit des tonnes de choses que je n’aurais sûrement pas connues autrement.    

D’abord que la police peut monter complètement un scénario pour te faire mettre en prison.  Quand je me suis présenté en Cour, en 1974, je crois, un des jeunes témoins s’est mis à pleurer et à avouer au juge, qui s’est immédiatement récusé, qu’il ne savait pas, si ce qu’il disait était vraiment ce qui s’était passé ou si c’était ce que la police voulait qu’il dise. Le premier juge s’est récusé.        

Il a fallu un nouveau juge pour me planter, car j’ai admis dans mon témoignage qu’à l’invitation du meneur de jeu, j’avais, comme il le demandait, baissé et remonté immédiatement mes culottes.   Je ne portais pas de bobette. 

Le problème moral pour moi était le suivant : est-ce que ma foi dans la liberté sexuelle était juste des mots en l’air ?  Si c’était ce que je croyais, est-ce que je devais agir comme si la nudité était quelque chose de mauvais ?  Si je me respectais comment aurais-je pu refuser de jouer le jeu jusqu’au bout ?  

Ainsi, en témoignant, je me suis condamné moi-même parce que je ne me sentais pas coupable de quoi que ce soit,  bien au contraire.  Je ne pouvais pas nier ce en quoi je croyais.     

Le juge, un vieux salaud, à mon point de vue, à souligner que même si ça se passait en Europe (que des gens vivaient nus chez eux), je n’avais pas été désigné pour être le prof du quartier.  Un des pères des petits criait qu’il voulait me voir en prison ou qu’il me tuerait.  Ce ne sont pas des menaces de mort ? Un vrai fou.  Je n’étais pas un héros, mais je me tenais debout.    

Puisque la femme avec qui je vivais était aussi accusée, un an plus tard, un autre juge plus intelligent celui-là, a décidé de tout laissé tomber, car à son avis, nous en avions assez enduré.  Il faut continuer de nourrir les enfants, les envoyer à l’école, mais on ne peut pas travailler parce qu’à tout bout de champ, tu dois te rendre au procès.       

Une autre fois, je travaillais à la construction de la nouvelle école libre. J’y croyais et j’y crois encore autant, même si j’apporte des nuances.  Je dus aider un jeune à monter ou descendre par le seul trou qui nous permettait de passer d’un étage à l’autre.  J’ai dû le tenir par les fesses pour éviter qu’il s’écrase et se blesse.  Comme l’aurait fait n’importe qui. 

Une fille qui s’y trouvait a commencé à me donner de la merde parce qu’elle prétendait qu’elle avait vu dans mes yeux que j’étais content, que j’avais aimé ça. Quelle conne !   

C’est pourtant ce qui arrive dès que tu informes les gens que tu es pédéraste. On ne voit plus ce qui se passe, on interprète, on projette ses bibittes sur l’autre. 

Une telle peur puritaine de la sexualité est certainement un désordre grave. C’est encore pire qu’être pédéraste parce qu’on réagit en hystérique.    

08 Novembre 2009
Le silence ou en parler ?

Ma relation avec les jeunes se modifiaient dans le sens que je n’étais plus celui qui prend la chance de s’afficher avec quelqu’un qui l’intéresse, à travers une geste plus signifiant ; plus provoquant ; mais le gars qui en vivant à plein temps avec un petit gars devait apprendre à être complètement attentif à ses désirs pour ne pas le rendre mal à l’aise.         

Car, c’était ce dont on nous accusait, ceux qui aimaient les jeunes. Ce qui m’a probablement poussé à me demander pourquoi c’était mal.  Je ne le comprenais pas et je sais aujourd’hui que cette conception est basée sur une ignorance crasse de l’humain. Le monde est la somme de ses connaissances passées.

Comment savoir que ma vie de polymorphe sexuel (comme dit Freud pour caractériser les enfants) se canalisait à travers un mode de vie qu’on ne connaissait même pas au Québec : la pédérastie ?      Et,  je passais du stade de la curiosité à celui de rechercher le plaisir.      

Fort heureusement, en étudiant chez les Jésuites, j’ai appris que la Grèce antique existait.  Pourquoi à cette époque, était-ce un honneur d’avoir un beau serin (garçon) alors que chez nous, c’est le crime total, la monstruosité la plus globale, la plus sale ? 

Pire que le meurtre, il suffisait à un jeune qui a tué de dire qu’il avait été agressé pour qu’il passe du monde des coupables à celui des héros.  Qu’est-ce qui avait changé ? Où est la preuve que la pédérastie est mal ?          

Reconnu pédéraste, tu passais dans l’oeil des autres du statut de gars généreux à celui de profiteur dégueulasse. Tu descendais dans l’enfer de la haine de l’homosexualité.  Celui par qui tous les scandales arrivent.      

C’était l’époque où des policiers mettaient des caméras dans les toilettes, sous prétexte de poigner les homos, ce qui leur permettait de vivre dans la légalité leur transe visuelle personnelle.  Un moyen comme un autre de justifier qu’on soit voyeur. Ils étaient socialement vus comme chastes.  Des héros qui combattaient le mal sexuel.  

Cette atmosphère débile, de chasse aux sorcières, était due en très grande partie à l’omerta sur tout ce qui touche le sexe.

Puis, il y eut en 1967, le scandale des danseuses africaines se montraient les seins, puis, le scandales des gars qui portaient les cheveux longs

On était à l’époque où l’on nous prédisait la corruption totale parce que le mal se répandait surtout dans les grandes villes. Tout nous conduisait au mal, surtout la danse. 

On était et on est encore une société sexuellement malade.  Puritaine à l’excès. 

À voir les « vieux » tourner de l’œil, dès qu’on disait sérieusement le mot                « bizoune», il fallait sûrement que ce soit grave en maudit.  Personne n’osait contredire l’opinion publique.  C’était la folie collective de notre nation. On avait une peur affreuse du péché.  On ne voulait pas aller en enfer. Et, le seul péché qui nous dévorait, vivait entre nos deux cuisses.  

C’était encore pire si tu étais une fille.  Les féminounes sont les descendantes des plus scrupuleuses.  Celles qui n’ont pas su décrocher. Elles ont cessé d’évoluer. 

Pour elles, le sexe, même une main sur une fesse, ça faisait mal. Comme en prison, elle criait au respect, en espérant secrètement qu’au moins une personne finirait par s’intéresser à elle.  

Alors, pourquoi être assez fou pour commencer à en parler ?  Probablement, parce que la confession était le moyen de se purifier, de se justifier.   Parce que j’étais culpabilisé, même si je croyais en ce que je défendais, j’avais peur de me tromper : il n’y a que le fou qui pense avoir raison alors que tout le monde lui donne tort.      

À cause me ma foi, j’avais peur de me tromper et d’être un suppôt de Satan.  Tu n’es pas supposé le savoir quand le diable te possède. J’avais la foi aveugle de tous ceux qui croient dans le péché. Une vérité absolue.  J’avais peur de me tromper et d’être porteur du mal, du scandale.  Une très bonne raison pour ne pas se vanter.   Pourquoi te faire haïr pour rien ?  Tu fermes ta gueule, tout le monde t’aime ; tu dis ce que tu es, tout le monde te méprise.  C’est plus facile de se taire.  Pourtant, j’ai choisi d’en parler.

Je voulais montrer aux gens qu’il y a une différence entre un pédéraste et un homosexuel parce qu’on disait que les homos s’attaquaient aux jeunes garçons pour qu’ils le deviennent eux aussi. Comme dans les histoires de vampires!

Le deuxième élément était la folie dans laquelle les gens tombaient dès qu’ils entendaient que tu es pédéraste.  Du jour au lendemain, tu n’étais plus un «bon gars» comme on le croyait, mais un «trous-de-cul».  Le pire des salauds.  Le gars qu’on a le droit de tuer tellement il est vil.  Mais, en même temps, tu comprends que tout l’Évangile t’enseigne le contraire de ce comportement.   La société est-elle faite d’une bande d’hypocrites ?  Ils se prétendent catholiques en écrasant les autres. Pourtant l’Évangile te dit de ne pas juger ton voisin.  

Les plus scrupuleuses sont devenues les féminounes de l’époque.  Les féminounes sont la récupération des féministes (les féministes wokes), une pensée de droite religieuse, la même qui a toujours méprisé les femmes. Elles se sont arrangées pour qu’il y ait confusion entre les mots pédophiles et pédérastes pour justifier leur campagne de haine et de peur.  La religion de l’amour est vite devenue celle de la haine.        

Si Jésus a existé, il était d’une ouverture absolue face à la sexualité. Marie-Madeleine et St-Jean, l’amour des amours. La Bible, c’est différent.              

On est pas juif, ce n’est pas notre religion ; mais on la confond à la nôtre, probablement parce que ce sont les juifs qui mènent le monde et qu’on veut être du côté des plus forts. On est donc devenu des judéo-chrétiens.  C’était plus clair et plus facile  à comprendre quand j’étais jeune.      

J’étais fier d’être chrétien, car je crois que l’Évangile est la plus grande révolution ; mais pour que l’Église soit devenue aussi pourrie, il fallait qu’elle ait été pervertie par quelque chose : le pouvoir et l’économie. 

Les religions sont des moyens faciles de se faire de l’argent.  Il y aura toujours assez de gens naïfs pour que ce soit payant.  Rien de mieux que de faire croire que tu es un appelé de dieu en te lançant dans la grande lutte contre tout ce qui est sexuel.   Tu passes pour une sage personne. C’est comme les preachers américains qui ne cessent de te rabattre les oreilles avec la pureté jusqu’à ce qu’un journaliste s’aperçoive que sa sainteté sert à amener plus de « poules » dans son lit.        

Comme les psychiatres me l’avaient dit : tu ne seras jamais un danger pour les jeunes ; mais la société sera toujours un danger pour toi.  

Alors pourquoi en parler ?  Masochisme ? Rite de purification ?    

Non, c’était tout simplement un moyen employé pour me protéger contre moi-même, au cas où ce serait mal pour vrai. 

Je n’étais pas encore assez fort pour m’accepter comme je suis.  Je refusais tellement la possibilité d’être dangereux pour ceux que j’aime le plus que je créais tous les moyens pour les protéger, même contre moi-même.  Je me disais qu’il serait impossible d’être tout croche avec un jeune, si tout le monde le savait.  Ainsi, pas question de s’imposer à quiconque.  J’avais peur de nuire, de forcer le respect et le consentement.  En parler, c »était loin d’être de la provocation : c’était un mécanisme de défense.  C’était ma mission : qu’on dise enfin la vérité. La pédérastie n’est pas dangereuse contrairement à ce que l’on essayait de nous faire croire.       

Ainsi, si par hasard, tu tombes en amour avec quelqu’un et que cela soit mauvais pour lui, que ça l’étouffe, en le disant, tout son milieu immédiat peut le secourir.  C’est possible que tu te trompes en évaluant la situation.  Si c’est le cas, il sera protégé par son entourage. Le silence absolu est impossible. Qu’il en parle à une personne de confiance, ce n’est pas dénoncer, c’est savoir se protéger. Mais, si on parle de ces relations comme le mal absolu qui sera assez fou pour en parler ? 

Si ça ne lui convient pas, tu l’apprendras avec certitude. En fait, plus tu respectes le droit de consentement, plus tu t’assures que tout se déroulera pour le mieux pour le jeune. 

Ainsi, pas question d’avoir l’amour de quelqu’un, sans sa volonté, sans se soucier de ne pas l’écraser. 

Avec le temps, j’ai compris que la notion d’attachement dépend plutôt de la vie émotionnelle.  Avec les jeunes, à l’école livre, j’étais un oeil.  Je les observais et j’apprenais que leur beauté déborde le sexe.  J’apprenais à tomber en amour avec la jeunesse plutôt qu’avec les jeunes.

En parler, créait un monde de sécurité pour celui avec qui je tombais en amour ; car je le faisais sans secret.   Pour lui, tu étais le cadeau sur son chemin et non plus une boîte de pandore.  Et pour une fois, ce rêve pouvait continuer sans dépendre de l’âge.      

Mais, les moumounes ont commencé à exiger de mettre la photo des gens sur les poteaux.  C’est très différent du fait d’en parler, car le but viser, c’est d’amener les jeunes et les vieux à s’haïr, c’est créer cet atmosphère que je croyais dangereuse quand j’étais jeune : c’est-à-dire avoir assez peur pour devenir fou ou violent (c’est la même chose).  Devenir assez fou pour vouloir éliminer ceux qui pourraient en parler.

L’affichage était un moyen qui n’était pas une protection pour le jeune ; mais une raison de plus pour répandre la haine paranoïaque des pédérastes.  

La folie de la peur l’a emporté.   On a commencé à mettre des annonces à la tv demandant aux jeunes de se méfier de tout le monde.  Le régime de la peur fasciste, commençait.        

On est passé, comme le dit Nelly Arcand, dans un de ses livres au stade de la famille pédophile.   Au stade, où les parents sont obsédés par le sexe et la vie sexuelle de leurs enfants.       

La pastorale, selon Michel Foucault, a instauré une répression personnelle de la sexualité à partir de la confession, de l’examen de conscience.  

La bourgeoisie relégua petit à petit la vocation de lutter pour la chasteté des enfants aux parents, aux familles.  Le cercle tordu de la chasteté fut ensuite agrandi à celui des éducateurs et des médecins. Toutes les féministes se sont reconnues dans cette vocation abandonnée par les curés : surveiller ce qui se passe dans le pantalon du voisin.         


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