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Radioactif 487

septembre 5, 2022

Radioactif 487

Texte de 2008, p. 918

De la pédérastie à l’homosexualité.    

La plus belle époque de l’humanité fut sans contredit celle de la Grèce Antique et des grandes écoles de pensée et de création.                     

Aujourd’hui, on inculque la peur de l’étranger à tous les jeunes, oubliant qu’il fut un temps où le maître choisissait son élève en fonction de sa beauté et de son intelligence.  Et, l’élève choisissait son maître en fonction de son désir d’apprendre et de le séduire.   La transmission des connaissances était une affaire d’amour.  Le maître lui apprenait tout, même à jouir, et le jeune se laissait modeler. 

Malheureusement, les femmes étaient encore considérées comme inférieures, tout comme les esclaves.  Ce qui ne pouvait pas durer éternellement, fort heureusement, puisque tous les humains devraient être égaux quoiqu’il faille cependant définir ce que c’est : être l’égal de l’autre. 

Ce n’est pas numérique et qu’on le veuille ou non, on ne naît pas tous égaux.  On a qu’à penser aux différences de QI.  L’égalité existe donc du fait d’être un humain.  Les différences individuelles n’ont aucune importance quant à ce que l’on est fondamentalement.

L’égalité doit nécessairement se résumer à la chance pour tous de se développer au maximum à tous les points de vue.   
     
Ainsi, se transmettait la connaissance. 

Quand j’ai fait mon classique, je me suis mis à rêver de trouver un jour mon Léonard de Vinci ; mais je n’étais pas beau.  Je n’avais pas de talent en musique, ni en peinture.  Je n’avais même pas de talent littéraire même si j’écrivais déjà comme si j’en avais.  Pire, j’étais attiré par les plus jeunes que moi d’où l’impossibilité de trouver à cet âge « un maître», un individu qui m’insufflerait un grand idéal de vie. 

Je ne crois pas que la vie soit intéressante si elle n’a pas un idéal à réaliser.  C’était le beau côté de la religion quand elle réussissait à sortir de ses obsessions antisexuelles.

Ado, je me trouvais le roi des cons et j’avais peur de l’avenir. 

Le journalisme m’a un peu dégourdi et a accompagné mon apprentissage sexuel, grâce aux salaires qui me procuraient une grande liberté et la chance d’aller chercher dans mon portefeuille ce qui manquait pour séduire ceux qui me plaisaient.  Tout était jouissance.  J’étais ouvert à toutes les expériences, en autant que ça ne me mettait pas en danger.  Il n’y avait pas de limite de sexe ou d’âge, même si les très jeunes, étaient automatiquement en dehors du champ des tentations.    

Mon Léonard de Vinci fut Grand Gabriel Charpentier.  Pour la première fois, je pouvais goûter aux joies incommensurables d’être clairement désiré par quelqu’un. Et encore mieux, ce rapport n’était pas que génital quoiqu’il commença ainsi.  J’étais allé «cruisé» dans un bar gai. 

Si j’avais le désir de séduire un bonhomme plus âgé que moi, ma préférence demeurait les jeunes garçons.   Mais, des jeunes de cet âge qui recherchent déjà une aventure ne sont pas légion.  C’est le fruit du hasard.       

Avec les jeunes, ce n’était pas qu’un attrait purement physique, c’était plutôt la recherche de l’énergie que l’on a de vivre à cette âge.  Le plaisir.  La découverte. La curiosité.  Le jeu. 

Grand Gabriel apportait quelque chose de fondamentalement différent : le besoin de retourner à l’école.  Et, c’est que qui se passa.  J’ai repris mes cours à partir de la fin du secondaire avant d’entreprendre mon bac.  

Mon expérience avec Suzanne, les enfants et l’école libre me poussait à devenir un enseignant.  Quand je me suis embarqué dans la réalisation de ce rêve, je n’aurais jamais cru que ça me ferait presque totalement abandonner la pédérastie parce que j’aimais trop enseigner pour prendre le risque de ne pas pouvoir réaliser ce rêve juste pour une question de sexe.  Pourquoi perdre sa vie pour un petit trente minutes de jouissance ?   
 
Je devrais apprendre à vivre pédéraste en dehors de l’enseignement et me contrôler absolument avec mes élèves.  Tout un défi.  Je savais qu’on naît pédéraste et qu’on meurt pédéraste.   J’éprouvais trop de joie à être avec les jeunes pour ne pas essayer de vaincre mes attirances génitales et découvrir une beauté sexuelle encore plus profonde.   La sexualité ne se vit pas qu’entre les jambes.  C’est l’expression de tout son corps.  Ce fut aussi un très long apprentissage. 

Pédéraste, la sexualité est aussi une attraction intellectuelle.  Le plaisir de voir le jeune se développer et s’ouvrir comme une fleur.  Je n’étais plus en amour compulsif avec les petits pénis ; en enseignant, je me laissais séduire par l’intelligence, les qualités et les défauts.  Je m’éveillais à la beauté de l’âme.             


Trois vies sur quatre.      

En fait, j’ai déjà vécu à date trois de mes quatre vies, avant de passer à la formule définitive de décomposition.       

Je deviendrai comme tous : une simple énergie perdue parmi les innombrables énergies qui se promènent dans notre univers.  Une toute petite lumière ou un tout petit nuage de chaleur, échappé d’un corps qui ne peut plus se renouveler.   En serais- je conscient ?  J’en doute, à moins qu’il y ait un niveau de conscience qui nous échappe et qui soit à l’extérieur de nous, comme une âme, mais formée selon  » le nous de notre je », car le corps est dans un monde matériel, un support indispensable à la conscience.             

On ne peut pas avoir conscience d’une situation qui ne change pas.  À chaque instant nous sommes déjà un autre.  La mort c’est une restriction imposée par l’espace- temps : le mouvement, le changement, dû à la perte de l’équilibre qui est à la base de notre existence. Nous sommes une toute petite onde, un tout petit frisson dans un univers infiniment grand.          

J’imagine la mort comme un immense trou, un vide absolu, dans lequel on est ni bien, ni mal.  On ne sait tout simplement pas qu’on est.  On ne sent rien, on ne sait même pas qu’on existe.         

Ça ne change rien à ma foi en Dieu, car, s’il existe, mon âme s’évanouirait pour reprendre conscience, mais cette fois dans une dimension qui n’a pas besoin de changement pour savoir qu’on existe.  Une conscience d’âme à Dieu, totalité de toutes les énergies. Une dimension comme si l’électricité pouvait exister sans une structure électromagnétique.  Ce serait comme dans mon rêve, où je n’étais qu’un orgasme éternel qui se sentait en totalité un orgasme.  Un trou noir d’orgasme qui se suffit d’être, de se percevoir un geste de conscience.  Si beau, si grand, qu’il n’y a pas de mot pour le définir.  C’est ça ou rien. 

Tout dépend de notre degré de perméabilité, de notre ouverture à sentir ce qui nous est extérieur.  Je trouve ça plus réaliste que de croire en une résurrection des corps.  À moins que …    

Peu sont revenus pour nous dire ce qui se passe après la mort, d’où je crois encore plus qu’il n’y a absolument rien.    

On dira que vue ainsi la mort n’a pas de sens.  Totalement faux.  La vie est là pour être goûtée sous toutes ses formes. 

Quand j’ai assisté mon aveugle, il voyait plus clair que moi.  Il savait jouir de ce qui se passait en lui. Un aveugle connaît le bonheur, la misère et la souffrance comme la joie.  Il est assez intelligent pour profiter de ce qu’il ressent pour évaluer la vie et il est souvent plus heureux que nous qui avons des infinités de beautés à admirer alors que nous qui passons à travers sans nous y arrêter.  

Même dans le malheur, la vie prépare la beauté et la jouissance.  La souffrance n’est qu’une mesure-étalon, un vide profond, une noirceur à faire peur, un tiraillement.           

Quand j’étais jeune, je vivais l’énergie d’un enfant. Quelle merveille que de découvrir la beauté de la vie.  Des jeux. Des jeux.  Puis, l’adolescence.  La découverte d’un jeu encore plus passionnant : son pénis. 

Puis, parce que je ne m’en servais pas comme les autres –il s’était transformé en curiosité — ce fut le premier coup de matraque social.  Je m’en suis sorti en prenant conscience que l’empreinte du péché avec laquelle on avait voulu couvrir la candeur de mon âme était comme les cataractes.  Il suffit de les enlever pour retrouver le plaisir de voir. 

Même Dieu, qui est le hasard des hasards, m’a présenté mon petit vietnamien pour que je comprenne ce que signifie le mot pureté.  Dieu fut si content qu’il me donna deux fils adoptifs.  La pureté est un mot qui n’a rien à voir avec le sexe, mais il faut presqu’une vie pour s’en rendre compte.   

J’ai vécu au maximum ma libido, malgré ses infirmités, plus attirée par les garçons que par le besoin de transmettre la vie physiquement.           

Je me suis révolté contre l’univers à cause de mes différences jusqu’à ce que je m’aperçoive de la richesse de ces différences.  Elles me procuraient la joie alors que, selon les autres, j’aurais dû rougir de honte. 

L’étroitesse d’esprit de mon passé m’a permis de comprendre que la vie est bien au-delà de ces scrupules maladifs.   Et, cette fois, pour retrouver le contact d’énergie à énergie, je suis passé à la philosophie de la jouissance totale. Plus de corps. D’esprit à esprit.  C’est plus agréable de donner que de recevoir. 

Je l’ai vécu jusqu’à Benji. La présence muette.  L’attachement discret.

J’ai compris que ma morale est une maladie qui me permet de vivre en dehors de leur paranoïa, dans la vraie paix intérieure.  Ce fut une très belle seconde vie. Une autre découverte.  L’Amérique de la liberté.            

Maintenant, avec ma grosse bedaine, la découverte de la souffrance physique, j’entreprends mon quatrième volet.  Au lieu de jouir dans mes culottes, je jouis dans les ravissements que mon petit cerveau me procure.  Je bande des neurones comme mon ami Frédéric le disait : avec toi, on ne regarde pas ton pantalon pour savoir si tu bandes, tu bandes des yeux.    

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