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Radioactif 538

octobre 29, 2022

Radioactif 538

Texte de 2009, p. 1100

Du rhinocéros au dinosaure.

La soirée de poésie, samedi soir dernier, à la Boîte à Billy, à Magog, fut tout un succès.  Il y avait 12 poètes qui ont récité.  Pas un homme, pas une femme, des poètes. 

Comme l’expliquait l’organisateur Roberpierre Monnier, il y a trois ans quand il organisa la première soirée, il eut de la difficulté à se trouver des poètes à Magog.   Maintenant, il doit composer avec un trop grand nombre de poètes pour conserver un horaire fixe de deux heures environ.        

Pas étonnant puisque les jeunes adorent la poésie qui n’est pas constipée. La poésie vit seulement en dehors de toute censure.  On n’estpas obligé de consentir à ce qui est dit.  On peut même y répondre.  On peut s’y opposer par d’autres affirmations, mêmes contraires.  La poésie n’a pas de sexe. Elle n’a pas d’âge. C’est un rythme, une vérité intérieure.  Elle est autant de droite que de gauche.  La poésie est la porte d’entrée sur la liberté de pensée. 

La poésie est le chant de son intérieur.  Elle est personnelle.  Elle est TOI.  Ce n’est pas étonnant que dans certains pays on enferme d’abord les poètes.  La poésie est un regard, parfois une prophétie.

La poésie comme l’essai est une forme de réflexion à haute voix, sauf que la poésie, est surtout émotive et musicale.  C’est la parole de l’image.  Elle peut être dite ou parlée.  Sauf, que ces formes d’expression lues ou dites changent son visage, selon celle que l’on emploie.   La poésie évolue.  Elle a été trop longtemps seulement hermétique.   Pour moi, hermétisme sonne comme frustration, hypocrisie.  Comme la censure est de la même famille que la paranoïa. 

Gilbert Langevin pouvait être compris et c’est un grand poète.  Ce qui est le plus beau : l’hermétisme peut être aussi la muse de la poésie.    La poésie est cette ouverture d’esprit qui permet à tous de lâcher leur cri primal.  Gauvreau avait raison de retrouver son origine à travers les grognements.  La poésie exprime tout, sauf, être physiquement violent.  Ce peut-être l’amour, la politique, le rire, la révolte.  La poésie doit tout exprimer. 

La censure est un moyen de rejeter l’autre, une lâchetépour ne pas réfléchir. La peur d’être déstabilisé par ce que l’on entend.   Tout comme les snobs trouvent tout vulgaire.  La poésie est belle dans toutes les langues. 

Personnellement, je me suis aperçu que ma période rhinocéros (je fus candidat à Sherbrooke en 1972) est bel et bien terminée. Il me manque le côté théâtre, le côté humoriste.  La « presque chanson » qui te tourne l’intérieur. 

Je suis encore trop gêné pour donner un bon spectacle, sans compter la mémoire qui dépérit et qui m’empêche, depuis le secondaire, de réciter quoique ce soit par coeur.  Chacun son métier.  Je préfère l’improvisation. La poésie est une passion quand on l’écrit et surtout quand on la vit.  

Ma manière d’écrire en 1968 est une forme de poésie qui n’existait pas encore d’où j’ai créé la poésie de jet.  Un arrière-grand-père du «slam», sûrement dans sa définition et sa manière de s’exprimer. 

J’ai fait des poèmes avec des carrés, des ronds, des flèches qui devaient m’indiquer la tonalité.  Flyé ! Mais j’étais plus poète alors qu’aujourd’hui, on se tait. 

De nos jours, je me plais plus avec mon petit Virus, un personnage de roman purement inventé.  J’ai changé de moyen d’expression.  La fatigue peut-être.  La mort de l’enfant en moi, sûrement!

Ma période rhino est terminée d’abord, parce que les rhinos se prennent trop au sérieux et qu’ils m’ont éjecté du groupe parce que j’ose parler de pédérastie.         

Les rhinos ne faisaient pas que rire, ils étaient l’opposition au système, la révolution.  Manque de culture : la pédérastie et la pédophilie, sont deux mondes tout à fait différents.  Quant à la révolution, on est loin de l’Internationale.

Les mots ont de l’importance.  Par exemple, quand la loi plaçait l’âge de consentement à 14 ans, on ne pouvait plus parler de pédérastie.   En acceptant à cet âge le droit à ton orientation sexuelle, on éliminait la notion même de la pédérastie et on pouvait concentrer le phénomène gai à toutes mes manifestations entre personnes de même sexe.   Tout ce qui se trouvait à l’intérieur de 14 ans jusqu’à la fin de la vie était considéré gai ou hétéro.  La pédérastie devenait un élément superflu : l’âge.      

Le seul problème, chez les garçons, la puberté commence vers 10 ans.  Alors, on ne respecte pas leur droit fondamental à leur orientation sexuelle ainsi que le droit à la vie privée et le rythme de développement chez chaque individu.  La liberté n’a pas d’âge.  L’expérience ne se vit pas que dans les toilettes.

L’autre existe et c’est ça l’importance d’apprendre à aimer ou ne pas aimer ce qui se passe.  Pour aimer, il faut d’abord se connaître un peu.       

Par contre, le problème est différent avec les filles, car elles peuvent se ramasser enceintes très jeunes et elles n’ont pas les outils pour y faire face.  Au lieu des aider, on les juge. On castre les garçons pour protéger les filles. Et, ainsi on retrouve l’âge de consentement préconisé par la police et les religions à 16 ans.  On ne respecte pas la nature telle qu’elle est.  On en a honte et on veut la dompter. Une optique religieuse qui nie la beauté corporelle aux dépens du spirituel.

Dans mon vocabulaire, la pédérastie ne peut pas être hétérosexuelle, l’hétérosexualité est intimement liée à la procréation, à la vie en couple.  Difficile d’arrêter de se caresser quand on est hétéro en amour et en chaleur.  Ce n’est pas tout le monde qui connaît les moyens de faire l’amour sans avoir d’enfant comme prix à payer. On a honte, donc, bien évidemment, on ne parle pas des moyens contraceptifs et on se ramasse avec des avortements à la tonne et des jeunes culpabilisés pour toujours. 

Voilà pourquoi, il faut des cours au secondaire, pour éveiller le sens des responsabilités, même et surtout, quand on fait l’amour.  Pourquoi ne pas pouvoir apprendre à jouir sans avoir peur d’avoir un enfant plutôt que d’avoir des campagnes de dénonciations stupides.      

La pédérastie est un lieu temporel entre deux âges qui modèlent la forme de vie à venir.  Une époque d’expérimentation.  Pour le jeune, c’est la découverte.  Pour le vieux, c’est communier à la jeunesse.   

Je ne crois pas qu’il soit possible qu’une relation de couple perdure des années entre un mâle et une femelle, sans besoin sexuel ou simplement émotif.   Il y a des limites à la frustration.  Et, la chasteté est une offense à la nature.   

Par contre, je peux maintenant comprendre que l’on puisse retrouver la pédérastie chez les femmes homosexuelles.  Le principal élément de la pédérastie est la beauté, la fascination pour «la vie des jeunes» et chez les Grecs, cet état d’âme exigeait que le plus vieux s’occupe du jeune, tant que celui-ci opte pour sa vie personnelle.  C’est le jeune qui décidait quand il devait quitter, s’il le devait.  C’est aussi pourquoi on ne se mariait pas avant 30 ans.  Pour faire des petits, il faut être responsable.  À cette époque, on voyait cela plutôt d’un côté médical.  On pensait qu’il fallait avoir atteint un certain âge pour avoir assez de sperme de qualité.          

Par contre, on peut évoluer vers un monde sans sexe. Une nouvelle orientation sexuelle ?  La tendresse au lieu de la passion.

Le sexe est loin d’être la chose la plus fondamentale de la journée. La masturbation mentale, intellectuelle, la griserie de l’action, peuvent procurer tout autant de plaisirs. C’est surtout vrai en vieillissant.   Le couple devient plutôt un moyen de s’occuper l’un de l’autre.  Mais, on ne peut plus en témoigner, car on le découvre trop tard.

Donc, je suis devenu un rhinocéros fatigué de devoir rire des travers d’une société qui a bien plus besoin de réformateurs que de bouffons.  Mais, une bonne farce, ça permet de se déstresser et d’éviter un cancer de la rate.  Rire est un médicament.  Quoiqu’on en pense !  Donc, une nécessité.

Cette soirée m’a aussi révélé que je suis plutôt devenu un dinosaure.    Mes poèmes ne sont rien à côté du« slam», un mot qui serait lié à l’expression anglaise « slam the fucking door or window ».  On aurait pu trouver un vocable français, à moins qu’on soit devenu comme les français : il faut employer des mots anglais pour se faire croire qu’on est culturellement à la mode. 

Le  » slam  » est ce genre d’expression que j’aurais voulu créer quand j’étais plus jeune.  Mais, je n’avais pas ce talent.  On me dit provocateur, mais je ne me suis pas encore baissé les culottes. Je serais trop gêné.  

Mes textes, les plus pédérastes du monde, sont des prières à côté de ce qu’un jeune travesti nous a livré. Et, loin de me sentir écrasé par mes limites, j’étais extrêmement heureux de voir que les jeunes sont une relève vraiment extraordinaire. Le plus important dans l’avenir sont les droits individuels.            

Tu te dis  » quand on s’est levé, qu’on a gueulé, ça donné quelque chose, même si ce n’était pas ce qu’on voulait le plus, la liberté et un pays à nous. 

Le nombrilisme est un chemin qui conduit les humains vers une nouvelle façon de sentir le monde.   Avec les problèmes climatiques peut-être apprendrons-nous qu’aussi petit que l’on soit, ce que l’on fait a de l’importance. Tout est lié dans l’univers. La théorie des cordes. La chaîne alimentaire.            

On ne peut pas tous être des héros, mais on peut tous être satisfaits de la place qu’on occupe dans ce grand concert de la vie.   Et, la vie est très belle, malgré nos faiblesses.  Il faut savoir se pardonner ses erreurs.         

Un soir, alors que je vivais à Montréal, un bonhomme m’avait demandé de me sucer et je lui avais répondu qu’il était «passé date».  Je me suis rendu compte en fin de semaine qu’en poésie, c’est moi, qui est passé date.  Et c’est bien de même.

Je laisse les plus  jeunes que moi me dire que je suis très beau, ce que je ne crois pas, et je frémis en les entendant m’affirmer aimer les vieux. Grâce à l’internet, même vieux on peut avoir une certaine importance. Je suis étonné que ma nudité connaisse plus de popularité que mes écrits.

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