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Radioactif 488

septembre 6, 2022

Texte de 2008, p. 922

Grand Gabriel : mon Socrate.


Grand Gabriel (Gabriel Charpentier), c’était  mon Socrate à moi. 

Il m’éblouissait.  J’avais une espèce de vénération inconsciente à son égard. D’ailleurs, je n’avais jamais rencontré quelqu’un qui s’intéresse plus à mon avenir et aux meubles de mon petit cerveau qu’à la longueur de mon pénis et la rondeur de mes fesses.           

On aurait dit qu’à cette époque, l’amour se mesurait qu’au lit.  On était tellement obsédé à combattre le péché qu’on oubliait que la vérité est très profondément inscrite dans la nature.  Que ce soit une déviation du but premier ne change rien à la réalité,  elle n’est pas contre nature, si elle n’est pas un appel à la mort.  La libido, c’est la force du plaisir, elle nous mène par le bout du nez jusqu’à notre mort. 

La société québécoise vivait dans la peur de la sexualité comme ses curés.  On était encore en couche qu’on nous apprenait comment il était abominable de jouer avec son corps.  Être homosexuel était une infamie.  Des sodomites automatiques !       

C’était d’ailleurs la seule idée que je me faisais de l’homosexualité.  On vivait une vie en couple gai qu’à travers la sodomie.  Les paroles de la Bible obligent à cette réduction.  Ce qui me répugnait et m’en éloignait.  Le monde gai ne pouvait être constitué que de pervers.  C’était le discours réducteur des hétéros, des personnes dites « normales » qui pensaient qu’on devenait gai parce qu’on essayait ça et qu’on aimait tellement ça qu’on ne pouvait plus s’en passer.   Les gais sont des sexes compulsifs.            Même si c’est de la pure diffamation, c’est ce que l’on croyait à cette époque au Québec.
 
Je n’arrivais pas à comprendre pourquoi les gais ont tant besoin de reconstituer une cellule sociale nucléaire, une famille, une structure qu’ils ont décriée. 

Pourquoi la vie en couple gai n’aurait pas des motifs qui soient propres aux gais?  S’aimer pour combattre la solitude, par exemple.  Deux hommes, ça ne fait pas des enfants bien forts. 

Un peu plus tard, je ne serai pas en couple, mais j’adopterai deux garçons, ce qui me permettait la farce si souvent répétée : « une femme pourquoi faire, j’ai déjà assez de problèmes avec deux garçons ». J’étais très fier d’être pédéraste et d’avoir quand même adopté des garçons. Des travailleurs sociaux venaient à la maison pour voir comment cela se vit et s’il est possible dans ce cas que les enfants soient réellement heureux.

En fait, c’est qu’en réduisant l’homosexualité à l’expression animale de sa sexualité, qu’on éjectait la principale raison pour laquelle on est gai : l’amour, être attiré par quelqu’un.   Rien de différent d’avec les hétéros, sauf que ça ne se passe entre deux êtres de même sexe.     
 
Mais, à l’époque, juste y penser était déjà une raison suffisante pour être damné.   On vivait à défendre le droit d’avoir des rapports sexuels entre hommes, sans se sentir des déchets de la société.  Le sexe était le summum de la déchéance, oubliant qu’il n’y a rien de plus naturel. 

C’était évident que le plaisir qui accompagnait l’accouplement avait été créé pour nous attirer afin d’avoir des enfants, donc, perpétuer la race ; mais les féministes, elles, réclamaient de plus en plus le droit au plaisir sans enfanter.        

Un discours qui avait pleine résonance chez les gais.  On était tellement hypnotisé par le péché de la chair qu’on ne pensait même pas à répliquer que le plaisir sexuel fait partie intégrante de notre nature comme celle de tous les animaux.  Les curés nous faisaient croire que l’homme est supérieur à la bête.   

Le monde gai détestait les pédérastes, même si à cette époque, on ne connaissait pas encore la paranoïa féminoune contre les pédophiles.  

En général, on croyait que les gais étaient pour corrompre la jeunesse.

Cette partie du discours des gens dits normaux, nuisait à la chance des gais de se voir reconnaître le droit de s’aimer entre personnes consentantes, car dès qu’on parle de la protection des enfants, on passe en mode sentimental.  Cette vieille partie du discours hétéro fait encore partie des peurs véhiculées à l’encontre de la philosophie de l’autonomie individuelle.  Au lieu de protéger les enfants, on les surprotège, on les étouffe.       

En fait, le système véhiculait que les gais étaient tous des pervers qui s’attaquent à  « nos enfants ». 

Une belle conception hypocrite et hystérique pour rejeter la réalité gaie et le droit de reconnaître très jeune ton orientation sexuelle.  Dans la réalité, les hétéros s’attaquent plus souvent aux enfants que les gais.  Une claque sur une fesse est ainsi classée comme une agression sexuelle. Une caresse devient un geste criminel, oubliant toute la notion de violence contenue dans le mot viol..      

A-t- on  évolué vers une conscience personnelle et une responsabilité sexuelle?
     
Si pour moi, la pédérastie c’était partager la beauté, le jeu, le rire, avec celui qui me fascinait, avec Grand Gabriel, c’était découvrir le besoin de planifier sa vie pour devenir quelqu’un.  J’adorais cette nouvelle dimension parce qu’elle rejoignait mon plaisir d’écrire et j’éculais autant de ma plume que mon petit appareil de reproduction.  Pour Grand Gabriel, j’étais le fleuve St-Laurent.         

Je réapprenais que la vie n’est pas seulement un effort pour survivre financièrement. Il existe des tonnes de questions existentielles plus intéressantes, une curiosité qui dépasse la beauté des corps, une sexualité qui se vit plutôt que de se raisonner. 

C’est dans ce sens que je décidai d’aller chercher mon diplôme universitaire pour enseigner.          

Je n’adorais pas me retrouver avec Grand Gabriel que pour des raisons intellectuelles, il m’attirait physiquement.  Je me sentais respecté avec lui et ses caresses me plaisaient.  Par contre, je me demandais pourquoi.  Est-ce que sa stature me référait sans cesse inconsciemment à mon père que je venais de perdre ?  Est-ce qu’il m’attirait parce que j’avais besoin d’un père ?    

Socrate avait beau nous prêcher de se connaître soi-même, ce n’est pas toujours facile d’identifier le personnage qui joue en nous. 

Quelle que soit la raison, je me sentais bien à ses côtés et comme il le disait si bien :  « aimer, c’est être bien avec quelqu’un ».   

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