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Radioactif 588

décembre 18, 2022

Radioactif 588
Textes de 2010, p. 1382

06 Novembre 2010

Liberté sexuelle 1.

Je lis présentement, grâce à la bibliothèque de Magog, L’Histoire de la sexualité, La volonté de savoir, de Michel Foucault, Gallimard, pour qui l’interdit du sexe est un leurre.   

On voit que ce grand philosophe français n’a pas vécu au Québec, le royaume de la censure et de la paranoïa féminoune. Là, où le mot scrupule se confond avec débilité.    

Je ne suis pas le seul à avoir vécu une période où juste dire le mot «cul » te rendait un ignoble pécheur, condamné à tous les feux de l’enfer. On était écrasé sous le poids des péchés omniprésents de la chair. C’était pour les jeunes comme moi, l’omerta le plus absolu sur le sujet.  Le secret, l’incompréhensible, la honte.

Selon notre société, un jeune ne se pose pas de questions sur la sexualité : elle n’existe pas avant l’âge de consentement (et dans mon temps, c’était 21 ans). Penser sexe avant faisait de toi un maudit cochon. C’est le contraire de la nature humaine qu’on nous enfonçait de force dans le crâne.     

Pourtant, la sexualité est une partie intégrante et importante de ton développement et de ta personnalité dès ta conception. Freud nous apprend d’ailleurs les principaux stades de développement. On n’avait même pas le droit d’y penser.      

Le sexe-tabou guidait chaque geste de notre vie sentimentale, mais en même temps, le sexe, c’était le plaisir secret de jouer aux docteurs, de la découverte, des chatouillements quand on jouait avec un plaisir partagé encore plus le « fun ».

Même si la religion a mangé une claque, les gens ne sont pas encore rendus à se demander si l’enseignement religieux, ayant le sexe au centre de son lavage de cerveau, leur a dit la vérité.       

Pourquoi le sexe hors-mariage serait-il mal, mauvais, s’il a été créé par Dieu ?
Surtout que sans sexe, l’homme n’aurait jamais survécu comme espèce ? D’où nous viennent la peur et la honte du sexe ? Est-ce que le fait que la Nouvelle-France ait été développée par des jansénistes à jouer dans notre perception du bien et du mal? Est-ce pour cette raison que nous sommes aussi étroits d’esprit?      

Malgré tous les mensonges, les exagérations, on croit encore au Québec que le sexe est un gros monstre. On a été incapable, de créer une sexualité qui respecte la réalité individuelle, et naturelle, tout en condamnant la violence et l’oppression sexuelle ; car malheureusement, ça existera toujours.            

Le pouvoir religieux est toujours là. On a toujours peur et honte de la sexualité, même s’il n’y a rien de plus beau et de plus naturel que le sexe, même dans ses déviances, tant qu’il n’y a pas de violence ou de domination.        

Maintenant, on fait semblant d’aborder le sujet avec ouverture, mais on refuse de comprendre que notre perception de la sexualité est cristallisée dès l’enfance à travers son orientation sexuelle et se développe ensuite à partir de sa propre expérience, selon son environnement.            

Même aujourd’hui, on continue de croire que les enfants ne sont pas sexualisés. Ce qui est totalement faux. On croit aussi que les gais sont des êtres dégénérés, le pire de ce qui puisse arriver à notre garçon (une autre aberration). On n’efface pas des générations, des siècles d’obscurantisme dans une semaine.      

On prétend encore que l’homosexualité n’est pas naturelle, qu’elle est une tare et cette  « perception » se cache maintenant derrière la lutte aux pédophiles. 

On veut aussi et surtout protéger les jeunes filles du gros méchant loup qui les guette à chaque détour de leur vie. Cette aberration vient du fait qu’au nom de l’égalité homme-femme, on nie la différence de perception de la sexualité entre les deux sexes. Les parents ont plus peur du sexe que les jeunes eux-mêmes.         
 
Pour ne pas passer pour niais, ils font semblant d’être ouvert à l’homosexualité tant que ça ne touche pas leur garçon. Le Québec est encore d’une hypocrisie viscérale dès qu’il est question de sexe. Pourquoi ? On n’a jamais pu penser par nous-mêmes, on a toujours accepté le point de vue des religieux et des bourgeois. On en a tellement peur que l’on a retiré les cours sur la sexualité des écoles, mais on fait des campagnes contre la course à la pornographie.   


Serait-ce que les plus vieux sont encore victimes de la morale débile qui a écrasé le Québec durant des décennies ?            

Je réalise qu’il y a deux vérités historiques concernant la répression sexuelle au Québec : celle de la monogamie hétérosexuelle (la très grande majorité des gens) et celle du monde gai (qui subit encore la haine de tous ceux qui se prétendent normaux). La seule différence, on ne le dit plus ouvertement, de peur d’être actionné.         

Monsieur Obama vient de faire un nouveau pas pour combattre l’homophobie aux États-Unis, ce qui nous atteindra certainement un de ces jours puisque nous pensons de plus en plus comme nos voisins du Sud. Par contre, on est encore loin d’une loi où l’âge de consentement est l’entrée au secondaire. Encore plus loin d’apprendre aux jeunes qu’ils ont autant le droit de dire oui que non.  Au Canada, nous avons régressé quand on a fixé l’âge de consentement à 16 ans.

Pourquoi lire Foucault qui voit l’histoire de la répression sexuelle avec un œil qui contredit souvent (semble-t-il) les psychiatres, historiens, qui eux ont toujours appuyé la théorie de la conspiration pour élucider comment s’est installé cette  » paranoïa du sexe ».   

Par souci de comprendre, de chercher la vérité et aboutir à une façon de vivre notre sexualité comme un avantage plutôt qu’un souci quotidien, j’ai essayé de trouver une explication rationnelle. Qu’on arrête d’en faire tout un plat. Je me suis posé d’abord la question à savoir si cet interdit a un sens. 

Foucault ne contredit pas, à mon sens, la théorie de la répression sexuelle. Il l’aborde plutôt sous l’angle de la majorité hétérosexuelle monogame, qui vit sans se poser de question et qui voit la sexualité devenir un enjeu majeur dans la vie alors que c’est un phénomène très facile à comprendre. La sexualité est là pour garantir la survie de l’espèce. Et, pour y parvenir, le geste sexuel est entouré d’un vif plaisir.      

Or, pour aller au ciel, toutes les religions judéo-chrétiennes croient que l’on doit souffrir. Que la souffrance purifie. Qu’on est tous nés pécheurs. Pourquoi un Dieu de l’Amour a-t-il permis une telle stupidité en créant l’homme à son image et sa ressemblance? La Grèce antique était plus sage, car la sexualité ne présentait rien de mauvais en soi, mais on croyait qu’il fallait régir les plaisirs par la tempérance. Il ne faut pas que les plaisir mènent nos vies, mais que nos vies veillent à ce que le plaisir ne devienne pas une forme d’esclavage.        

Foucault apporte un autre éclairage fort intéressant qui explique encore plus le pourquoi de cette obsession sexuelle qui a duré plusieurs siècles.       

Je trouve ses réflexions profondes et perspicaces. Le sujet étant tellement vaste, je me permettrai au cours des prochains carnets de commenter ce livre puisque j’ai noté une foule de passages qui méritent notre attention et parfois notre réflexion. (4 pages de notes)           

Je continuerai cependant à rire avec Virus (qu’on peut lire à sur mon site en France).

J’ai d’abord écrit Virus pour réfléchir sur la société. Puisque je n’ai jamais cru dans mon talent (ça peut surprendre, mais c’est vrai, même si je m’enfle la tête avec ma petite notoriété, je me sens très nul). Cette histoire m’oblige à faire un effort pour croire que j’ai encore un tout petit rôle à jouer dans la littérature québécoise. Heureusement, je commence à oublier le besoin d’être reconnu comme me l’enseignait Jean Ferguson. Écrire sera demeuré un plaisir. Une masturbation intellectuelle.           

Foucault ne ressemble pas aux livres de Nelly Arcand que je lis en même temps. Elle écrit bien et elle a des choses à nous apprendre, même si elle ne mâche pas ses mots. L’idée que ceux et celles qui font leur crise contre la pédophilie sont les vrais pédophiles, car ils sont obsédés par le sexe des jeunes, me semble plus que pertinente.

De temps en temps, je me lâche aussi dans  » Poussière d’étoiles », d’Hubert Reeves. Un autre auteur fabuleux. Un type que j’aimerais bien rencontrer car j’aurais bien des questions à lui poser, depuis que j’ai lu la théorie des cordes qui explique notre existence.     


J’ai décidé de cesser de me ruiner avec mon besoin d’écrire compulsif et de partager ce que j’apprends.

07 Novembre 2010

La liberté sexuelle 2          

Dans un premier temps, Foucault essaie de nous replacer dans la pensée de la philosophie de la répression sexuelle.  Il résume sa façon d’interpréter la théorie de la répression ainsi :  » Le puritanisme moderne aurait imposé son triple décret : l’interdiction, l’inexistence et le mutisme.  »    

Il nie la répression sexuelle, tout en le niant pas. Cela n’apporte pas d’ailleurs, à mon sens, un changement majeur sur le fond, mais simplement une note de discordance quant au  » comment la répression » s’est installée, ce qui l’a fait naître et la nourrit.

Sans la bourgeoisie, la religion n’aurait jamais pu seule imposer l’abstinence sexuelle. La médecine a été la première à inventer tout un langage de peur et de haine vis-à-vis la sexualité, pensant ainsi contrôler la majorité ignorante.    

Ce même langage nourrit d’ailleurs encore aujourd’hui notre système judiciaire qui a pris la place de l’Église dans l’application des normes. Chaque terme employé doit créer l’horreur, surtout quand il est question de la sexualité chez les jeunes.

Selon Foucault, la répression sexuelle n’a pas été d’abord un phénomène de masse, mais le lot de la bourgeoisie. Une réalité spécifique à la classe sociale bourgeoise qui s’est définie en fonction des normes sociales pour s’assurer d’avoir une bonne vie et une bonne descendance. La répression, selon lui, n’est pas née d’un interdit, mais plutôt d’une saturation d’intérêt pour le sexe et son secret. Un intérêt qui a donné naissance à des normes de vie spécifique aux bourgeois, qui, ont dû l’appliquer par la suite à la masse pour se protéger. Ce qui me semble absolument cohérent et plausible.      

La répression sexuelle a proliféré chez les bourgeois avant d’être étendue à la masse. Qu’importe ! Le résultat est le même : ou on maudit le sexe, ou on le diabolise ou on le sacralise jusqu’au point de s’en priver.  Mais, d’une manière ou d’une autre, on l’interdit, on l’écrase, au nom d’un pseudo code de vie spécifique à ceux qui sont de classe bien-pensante, voire bourgeoise.   

Le cancer de la répression s’est étendu de la religion à la bourgeoisie. L’ascétisme fut plus que jamais l’ennemi numéro du plaisir. Pas étonnant que la répression sexuelle soit une voie en or vers la paranoïa, mais de ça, nos médecins ne nous en parleront peu, car reconnaître que l’abstinence rend émotivement instable serait tuer leur vache à lait.   

Un élément est accepté par tous, jusqu’au 17è siècle, la masse vivait une sexualité libre, à tous les âges.  Dans cette masse, un petit précoce n’allumait que des sourires et non les feux de l’enfer. La masse se fichait carrément des règles sexuelles religieuses, car on n’en entendait pas parler. Le sexe et son obsession était le discours de l’élite.     

Je suis d’accord avec Foucault à ce niveau. La religion atteignait davantage la bourgeoisie, car elle était « l’oreille et la bouche », de l’aristocratie. La bourgeoisie devait être une classe qui essayait de se performer le plus et le mieux possible, de séduire, pour retenir l’attention du roi et de tout ce que cela signifiait de privilèges.

Pour les tenants de la répression, cette approche fonctionne comme une condamnation en vue de faire disparaître le sexe des préoccupations. Dans ce contexte, en parler est déjà une transgression. Or, au contraire, dans la masse, on est libre, donc, on n’a pas à obéir à un code de vie particulier et aucune raison d’en parler ou pas. On apprend la sexualité comme je l’ai appris : sur le tas. Seuls les esprits pervers voient du mal dans l’apprentissage de se son corps quand on est jeune. La curiosité est la première phase marquant le développement de sa personnalité et de sa sexualité. Une phase d’imitation et d’identification. On veut savoir si l’autre est fait pareil à nous.    

Mais alors, comment et pourquoi s’est implantée la répression sexuelle ?          

C’est une façon un peu simpliste de lire la théorie de la répression. L’analyse, l’explication de ceux qui croient dans cette théorie se base, tout autant que Foucault, sur l’histoire pour expliquer pourquoi on a encore autant et si peur du sexe. D’où nous vient cet acharnement à ne pas reconnaître les valeurs du sexe, cette peur d’être sali, en étant un être sexué, le sexe étant pourtant tout à fait normal et naturel ?            

L’Homme est un animal sexué. Avec ou sans cours, il trouvera comment se donner du plaisir, autrement c’est un imbécile.        

Évidemment, c’est le résultat d’une tradition ascétique et monastique qui pourrira les oreilles et le cœur des bourgeois. (Je suis content d’avoir senti cette vérité en écrivant mes carnets), grâce à la peur entretenue par la confession et les examens de conscience. Puis, grâce au désir d’échapper à une mort précoce comme c’était normal, habituel dans la plèbe, la bourgeoisie a créé un code de vie.

Puisqu’on ne peut pas anéantir la bête, on a décidé de lui mettre une muselière. Dès l’école, et surtout, à l’école…La chasteté devint la vertu des vertus et les sports servaient à faire oublier les plaisirs que nous apporte l’adolescence. Plaisirs décriés dans tous les prétendus milieux sains.   

Selon Van Husserl, dans Histoire de la répression sexuelle, la répression sexuelle s’est surtout développée sous l’ère de la reine Victoria et aurait été structurée sous l’effet conjugué de la religion et de la bourgeoisie. Une question de pouvoir et de gros sous. Plus tard, la médecine a institué tout une

  » économie » autour de la sexualité. Tout pour empêcher le jeune d’être sexué. Des biscuits anti-bandants jusqu’au la perce prépuce pour tuer l’envie de se masturber la nuit ou de bander le matin. Ces instruments étaient infligés aux jeunes garçons.       

Pour .Wilhelm Reich, un psychiatre de gauche, l’Église et les bourgeois ont implanté de force, par ses règles, la répression sexuelle alors que selon Foucault, c’est pour la survivance de la bourgeoisie, son intérêt quasi maladif du sexe et son secret qui a entraîné la création de normes.          

Ces normes ont dû être ensuite appliquées à la masse pour faire face aux conditions de vie, aux problèmes sociaux. Ces règles ne voulaient pas forcer la masse à croire dans la répression nécessaire du sexe, mais protéger la bourgeoisie comme classe sociale contre un nombre de plus en plus grand et capable de conduire tout autant une épidémie qu’une révolution.            

À mon avis, les deux ont raison.

La théorie de la répression voit le phénomène du point de vue de la masse, de son intérieur, avec les gens du peuple ; alors que Foucault nous présente le point de vue de l’intérieur aussi, mais cette fois, celui de la bourgeoisie. Question de focus.     

Évidemment, c’est une façon de comprendre ce qui s’est passé et je ne crois pas que ça contredise la théorie de Foucault qui croit au contraire que la sexualité est devenue le centre de l’univers humain parce qu’on l’a étudié, on l’a analysé et on a créé tout un mode de vie pour protéger les bourgeois, qui s’étaient créés une façon propre à eux de vivre  » « leur sexualité », selon les enseignements religieux, formant une classe différente de l’aristocratie.            

Les bourgeois croyaient dans leur valeur individuelle. Ils ont créé une classe pour se protéger de la mort qui arrivait avec la peste, etc.  La bourgeoisie est un système de protection, comme les vaccins au service de l’aristocratie.  Pour se protéger, on devait s’éloigner de la masse, se donner une façon de vivre plus saine. Si c’est vrai, la bourgeoisie nous a fait évoluer, son problème est qu’elle est devenue trop pointilleuse, trop tête enflée. Comme aujourd’hui, on est étouffé par le « politically correct ».        

Les aristocrates avaient basé leur réalité sur le sang alors que les bourgeois se sont identifiés au sexe, à sa façon de le percevoir et de le vivre. La recherche de la beauté était primordiale, surtout chez les femmes qui ne voulaient pas que reluquer les paquets mis en évidence par la mode masculine, mais mettre la main dessus. Les bourgeois se sont donné une conscience de classe.         

La bourgeoisie s’est formée autour de valeurs particulières, elle a voulu s’écarter des autres à travers le raffinement, ce qui l’a amené à se poser des questions sur le « comment  » assurer une descendance qui lui soit digne. Et, pour préserver une descendance digne on ne joue pas aux fesses sans obéir à des règles strictes, d’où l’obsession contre l’inceste, la promiscuité et la masturbation (chez les enfants). Un geste qui pourrait les affaiblir quand ils seront plus vieux, voire les rendre totalement indigents ou fous. Plus niaiseux que ça tu crèves, mais c’est ce qu’on pensait, grâce aux religions. C’est ce que l’on croyait et que l’on enseignait. C’était l’état de la connaissance du temps. Celle qui a prévalu durant des siècles. Qui a tellement duré que les curés disaient que si on se masturbait, on aurait des boutons.  

C’est bien beau tout ça, mais il y a une grande vérité : on n’était pas là. On interprète et on essaie de s’expliquer comment les choses ont évolué. Donc, ce n’est pas étonnant que l’on ait différents points de vue.   

Ici au Québec. Il semble bien qu’on  » tourne en rond « , qu’on n’est jamais sorti de l’emprise religieuse.


Le débat entre l’égalité homme-femme ; la laïcité et les droits religieux prouvent qu’on se tient encore la tête dans le sable. Plutôt que reconnaître que nos connaissances ne nous permettent pas honnêtement de maintenir des lois, des normes, basées sur des imbécilités, des mensonges et l’ignorance crasse, on favorise le silence, la censure. On agit comme au temps de l’Inquisition.

08 Novembre 2010

La liberté sexuelle 3.         

 En fait, Michel Foucault, dans son livre sur L’histoire de la sexualité, la Volonté de savoir, chez Gallimard, s’interroge à savoir sur le comment on a implanté l’idée de la perversité sexuelle dans la tête des gens.     

Le premier responsable fut évidemment la religion. Avec la confession, la religion se nourrit des petits larcins sexuels des gens. Avec le temps, le monde judiciaire versera dans cette même lutte du normal – pas normal. Et, seule la procréation est dite normale. C’est la guerre déclarée contre le plaisir, contrairement, à la pensée de la Grèce antique. C’est aussi le début de l’obsession sexuelle de toute la société.         

Cette obsession durera des siècles. La procréation devient le but unique de la sexualité. Une affirmation qui sera contestée au Québec par les féministes plusieurs siècles plus tard. Les féministes québécoises revendiqueront un nouveau droit : l’individu est le seul maître de son corps et de son esprit. Motif invoqué pour justifier le droit à l’avortement et à l’existence des plaisirs.  


Une pensée qui contredit des siècles d’enseignement où la sexualité est vue comme le mal, la honte, le péché et aujourd’hui, un crime contre l’humanité quand on parle de pédophilie. Une autre exagération, comme si jouer aux fesses serait pire que d’être enfant-soldat. Ce sont justement ces exagérations qui nous prouvent qu’on a un peu mal dans la tête quand on parle de pédophilie. On exagère à être pitoyable.     

Avec la religion, toute la vie sexuelle de chaque individu est passée au peigne fin. Dès l’enfance, on habitue le jeune à s’interroger sur ses gestes de nature sexuelle, on l’oblige à de pénibles examens de conscience. La nudité devient le cauchemar des parents. Tous les gestes de l’enfant, surtout si un jeune est pensionnaire, un fils de la bourgeoisie, sont examinés dans un seul but : qu’il ne pense pas à sa sexualité. Qu’ils ne s’aperçoivent pas qu’il en a une.      


Ce poids devient si pesant qu’on en vient à un silence total, la sexualité est une chose dont on a tellement honte qu’il ne faut pas en parler.      

Mais, malheureusement, tout homme naît sexué, c’est d’ailleurs un prérequis pour exister. Le petit spermatozoïde doit être le meilleur sur des millions pour engendrer la vie. Qu’à la fin le mélange spermatozoïde-ovule donne naissance à des gênes différents, ce n’est pas ce qui rend la nature anormale, mais c’est ce qui détermine ton sexe et ta perception de toi-moi. Perception qui sera à la base de ton orientation sexuelle. On ne pouvait pas le savoir tant qu’on n’a pas eu découvert l’ADN.


Ce qui est étonnant c’est qu’on continue d’agir et de croire des ignorances rendant parfois carrément paranoïaques quand on a les preuves scientifiques que ça n’a aucun sens.    

Ce fut la lutte à mort contre la masturbation sous toutes ses formes. Le jeune n’avait pas de sexualité, mais on devait le suivre 24 heures sur 24, 60 minutes par heure, pour être sûr qu’il ne s’aperçoive pas que bander peut être accompagné de plaisirs et de désirs. Même bander était un péché, un signe de perversion. C’est complètement malade,  mais c’est ce que l’on nous a fait subir. Notre morale et ses normes reposent sur cette aberration, cette ignorance crasse. Et, c’est encore en force puisque le parti conservateur de Stephen Harper (appuyés par des députés d’autres partis) a pu hausser sans problème l’âge de consentement, en dehors de tout respect pour la réalité des jeunes.     

On ne devrait plus parler de la Commission des droits de la personne et de la jeunesse, car on est revenu à ne pas considérer leur réalité et à leur imposer nos scrupules et notre bêtise. La sexualité est ce qu’il y a de plus privé quel que soit l’âge. Mais, la Commission des droits refusent cette réalité.           

Pas de violence ou d’intimidation, consentie, responsable, le vécu sexuel ne peut qu’être bénéfique.   

Les adultes vivaient une véritable obsession quant à la vie sexuelle de leurs enfants parce qu’on leur faisait croire que les gestes durant l’enfance pouvaient non seulement tromper, altérer leur vie morale devenus adultes, mais pire, contaminer leurs descendants pour des générations à venir. Le vice se transmet par le sexe.         

C’est la même chose qu’on essaie de nous faire croire dans les procès actuels, où on prétend que se faire faire une pipe ou se faire caresser peut stigmatiser un jeune pour des années à venir. Quand un adulte vient témoigner en ce sens, on devrait plutôt se demander si le traumatisme n’est pas venu du scandale que l’on a créé autour du fait qu’il a été pris, de la honte qu’il a ressenti devant les autres quand ils l’ont appris, et ensuite, de la privation de ses privilèges quand cessa cette relation. Souvent ces dénonciations arrivent dans les moments où la victime n’a plus d’argent pour acheter sa drogue. Un hasard ? Les dénonciations comme on appelle ça aujourd’hui remplacent les confessions d’hier.  

Un curé avec beaucoup d’imagination n’avait probablement pas à chercher à se stimuler longtemps pour se masturber, le soir, s’il était le moindrement auditif.  Les paroles de la confession devaient être une musique extraordinaire à entendre.  Pas étonnant que certains succombent à la folie de croire que de te priver de plaisir te rend meilleur. C’est une conception drôlement masochiste, mais c’est pourtant la base de toutes nos religions judéo-chrétiennes actuelles.  

Le but était d’éliminer le sexe de toute forme de jouissance pour ne conserver que sa vocation ultime : procréer. Tout est mal en dehors de la procréation.

Pour y arriver, on a multiplié les condamnations judiciaires des petites perversions. On a dès lors voulu exercer un contrôle pédagogique sur les jeunes. On a créé des normes qui encadrent le développement sexuel pour éliminer toutes les formes de déviances. Mieux les médecins ont créé autour de la sexualité un vocabulaire de l’abomination.        

La sexualité d’un enfant ne répond pas à des normes, sinon celles de la nature. Prétendre qu’un individu est vil parce qu’il naît gai, c’est prétendre que la nature s’est trompée, qu’il y a un gène qui a poussé de travers.


Le mal se transmet à travers les gênes (avant on disait à travers le sang), d’où ne faut-il pas pécher, pour ne pas handicaper sa descendance.  C’est fou parce que c’est absolument faux. Mais ça passe bien pour contrôler les gens,  ça passe si bien qu’on y croit encore aujourd’hui.        

Foucault rejoint Wilhem Reich, en disant que le but recherché était d’assurer le peuplement, de reproduire la force de travail, de reconduire des rapports sociaux, bref d’aménager une sexualité économiquement utile et publiquement conservatrice.   

Donc, comme le disait Reich : la culpabilité amène les gens à se surpasser pour se faire oublier, se faire pardonner par la société. Et, si on se rappelle des raisons qui ont entraîné la création de la religion protestante : la rédemption était une industrie florissante. Brimer les désirs sexuels, c’est inestimablement payant, car tout individu finira bien par pécher. Et l’instinct de plaisir, la libido réussira toujours à faire son chemin.  Quand la culpabilité viendra, on sera prêt à payer n’importe quel prix pour s’assurer le pardon et l’éternité.  

C’est si vrai que le capitalisme est une sublimation sexuelle.  L’argent a remplacé le sexe dans les préoccupations.

09 Novembre 2010

Liberté sexuelle 4.  

 Comme les textes précédents, j’indique ce qui me semble important de retenir du livre Histoire de la liberté sexuelle, la Volonté de savoir, de Michel Foucault, chez Gallimard, et je dis ce que j’en pense.            
 
Avant de se mettre à tout interdire, vers le 18è siècle, la Pastorale chrétienne et la loi civile ont commencé par définir ce qui était licite et illicite, normal et anormal.

Dès lors, les prêtres ont commencé à explorer jusqu’au tréfonds de l’âme la vie sexuelle des couples. Tout était analyser, scruter, cataloguer et chaque petit geste était dicté pour indiquer comment on doit agir pour être sexuellement en bon chrétien.


Tout ce qui est hors procréation est du domaine de l’immoral. Les médecins ajoutent que tout ce qui est gai est de l’ordre de la maladie mentale. Un miroir déformant ?      

Puis, on en fit autant dans les écoles, pour créer de bons citoyens. Les éducateurs, médecins ont installé un système de surveillance absolu du sexe des jeunes. Tout ce qui touche le sexe était régi. Tout est prévu de seconde en seconde pour le jeune.                

Tout est fait pour l’empêcher de se réveiller à sa sexualité. (Aujourd’hui, on voit ce que ça donne avec tous les procès intentés contre l’Église catholique. La nature est faible, mais elle est assez forte pour s’exprimer, même quand on fait tout pour la faire taire.) 

On élargit ce besoin absolu de la norme et on commence à s’intéresser à ce qui est hors-norme. Et de là naquit la société des féminounes, la société de l’aveu. Avec la confession, les examens de conscience, puis, ensuite avec la psychanalyse on doit tout savoir sur le sexe. On doit avouer même ce qui est inavouable : la peur d’avoir manqué à ses devoirs envers soi-même et envers les autres, ses actions et ses pensées.    

La médecine s’est mise à remplacer la religion dans la hantise sexuelle. On fait une campagne contre l’onanisme (masturbation) et celle-ci devient pour tout le monde un secret, un objet de honte. On commence même à combattre les proximités. Selon Van Hussel, Histoire de la répression sexuelle, le lit a été inventé pour séparer les bourgeois du peuple, car avant son invention, tout le monde couchait sur le même plancher. Au début, le lit était une plateforme pour permettre aux mieux nantis de s’écarter de la plèbe.  

En fait, la sexualité est tellement combattue qu’elle devient une obsession générale. Plus on parle du plaisir qu’il faut tuer, plus le plaisir fascine. La famille devient un réseau saturé, complexe de sexualités multiples. Notre société devient une société de perversions éclatante et éclatée. La sexualité est pour les médecins et les psychiatres une mine d’or.  Plaisir et pouvoir se chevauchent et se relancent selon des mécanismes complexes et positifs d’excitation et d’incitation.

La science
pour répondre à la morale instaure la peur du sexe. Elle ajoute un impératif d’hygiène. On fait aussi du sexe un enjeu de la vérité. On cherche par tous les moyens de dire    » la vérité du sexe ». Ce n’est plus ce qui se vit dans tes pantalons qui comptent, mais ce qu’en pensent les spécialistes qui interprètent tes aveux. Le rituel de l’aveu nourrit cette prétendue connaissance de la vérité au sexe. L’aveu s’est inscrit au cœur des procédures d’individualisation par le pouvoir.


L’aveu, c’est le vrai. Rien que le vrai. Même si on doit l’obtenir sous la torture, l’aveu reste vrai. Le sexe est la matière privilégiée de la confession. L’aveu innocent rachète, purifie, promet le salut. L’insistance de domination n’est pas du côté de celui qui parle, mais de celui qui écoute. C’est l’Inquisition du sexe. Le sexe est obscur, il faut arracher l’aveu de force.   

La sexualité est alors devenue une pathologie sociale.  

On a voulu comprendre, savoir et pour se faire, on a créé une volonté de savoir. On a décortiqué le sexe de toutes les façons. On voulait tout savoir sur le sexe, on avait du plaisir à savoir. On a créé toute une philosophie autour de la dualité : corps-âme ; chair-esprit ; instinct-raison et pulsion-conscience. On a institutionnalisé le sexe.

Les monarchies se sont édifiées sous forme de droit. Au début, on s’en est pris aux jeunes pour combattre la masturbation ; mais au 19è siècle on s’en est pris aux femmes, en introduisant  » le cirque » de la censure et de la femme en chaleur. Une femme qui se sent est une femme malade, perverse, Une sorcière.       

La moralisation des classes pauvres a commencé vers 1830.    

C’est l’aboutissement de la valorisation du corps. La bourgeoisie est devenue un corps. On craint les conflits avec les pauvres. Les urgences économiques, les problèmes sanitaires mettent la vie bourgeoise en danger. On identifie le besoin de contrôler la population.            

Il y a une sexualité bourgeoise et des sexualités de classe. Avec la psychanalyse et la peur de l’inceste, on aboutit même à essayer d’enlever l’enfant de la famille pour le protéger. C’est ce qui se passe au Québec actuellement. Nous sommes alors entrés dans une phase de régression du juridique.    

Les normes remplacent les lois. C’est le biopouvoir du capitalisme, les institutions de pouvoir sont centrées sur la vie. On est passé du symbolisme du sang (de l’aristocratie) à l’analytique de la sexualité.

Plutôt qu’être une force de vie, le sexe devient un instrument du mal. Mais, le sexe vaut bien la mort. Le désir du sexe, d’y accéder, de le découvrir, de le libérer s’étend partout. On veut comprendre l’instinct sexuel.          

En fait, avec son ascétisme, la religion a sali la sexualité et l’état civil n’a pas eu l’intelligence de remédier à la situation parce que le mal sexuel était trop payant pour ceux qui le soigne.


D’autre part, les médecins croyants ne pouvaient que confirmer ce qu’ils avaient appris sur le sexe.

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