Un sourire d’enfer 53
Un sourire d’enfer 53
Le procès débuta d’abord en rapport avec les accusations de Daniel.
Quand ce fut le temps de juger s’il savait ce qui se passait réellement. Coup de théâtre !
Daniel, ne savait plus quoi répondre, quant à savoir ce qu’il pensait du péché et de l’enfer. Il a lancé :
« Je ne sais pas si c’est ce qui s’est passé ou si je dis ce que les policiers m’ont dit de dire.»
Le juge était furieux. Devant ce témoignage, il affirma qu’il ne lui restait plus qu’à se retirer de ce dossier. L’avocat de la Couronne, affolé, a retiré toutes les accusations contre moi.
Cependant, un peu plus tard, il a changé d’avis et a demandé au juge de rétablir les accusations concernant Réjean et Alain.
Le procès fut reporté à plus tard jusqu’à ce qu’un nouveau juge soit assigné à ma cause. Un juge qui soit plus susceptible de me planter. Il était alors dans l’ordre de choisir une date et ainsi le juge officiant. On remettait ainsi bien des causes, en attendant d’avoir un juge favorable à sa cause.
Daniel ne se présenta pas à mon procès, sous prétexte qu’il avait été traumatisé par sa comparution. J’imagine le savon qu’il a dû subir. J’ai appris qu’il a dû être hospitalisé par la suite, souffrant d’une dépression nerveuse, probablement parce que ses parents s’étaient montrés très compréhensifs à son égard.
On tue des jeunes au nom de la morale sexuelle, par nos scrupules et on est trop stupide pour s’en rendre compte. On continue de croire en l’Église qui nous a toujours menés par le bout du nez en tout ce qui concerne le sexe.
Juste avant mon procès, le père d’un des petits m’a crié :
» Ils ont besoin de t’enfermer, mon hostie, sinon je m’occuperai que tu y goûtes quand même. Tu ne te rendras jamais chez toi. »
J’ai eu peur d’un tel fou et j’en ai averti mon avocat.
J’ai été amené devant un vieux juge, une espèce d’écœurant qui semblait ne jamais en avoir entendu assez. Il se complaisait dans le problème. Un vieux cochon pour qui l’histoire manquait définitivement de piquant. Je n’ai jamais vu un être chercher autant de détails, comme nos confesseurs jadis, et espérer entendre des choses plus croustillantes.
Malheureusement pour lui, les jeunes ne disaient pas grand-chose d’explosif.
Quand je l’écoutais, je me demandais comment un vieux trou-du-cul de son espèce peut être appelé à juger des enfants. Il n’y connaissait vraiment rien. Je plaignais intérieurement les petits d’être aux prises avec un malade de cette espèce. Pour lui faire plaisir, il n’y avait jamais assez de détails sexuels. Un vieux paternaliste répressif.
Dans leur témoignage, les petits gars ont parlé que nous avions joué au jeu du silence le soir que je les avais gardés. Les plaintes ne portaient que sur cette soirée dont la date devait être précisée après le procès. Sans cette entente, le procès ne pouvait pas avoir lieu. Pour éviter ce genre d’inconvénients et pouvoir en condamner plus, le système judiciaire a fait disparaître depuis la nécessité de la date exacte.
Les petits ont dit ignorer que je ne portais pas de sous-vêtement. Ils ont témoigné que mon exposition avait été très courte.
La meilleure, ils ont affirmé avoir appris le jeu du silence d’un moniteur dans un camp de la Cour du Bien-être social. Le vieux juge en avait les cheveux « drette » sur la tête.
Selon Réjean nous avions passé le reste de la soirée à écouter de la musique. Je n’avais pas touché, ni incité qui que ce soit.
Réjean a aussi affirmé qu’en le tenant par la taille, les doigts entrés dans son pantalon à la hauteur des hanches, je n’avais jamais essayé d’aller plus loin, pas plus que je lui aurais fait de mauvaises propositions.
Le juge insistait, visiblement passionné, mais Réjean a maintenu ses affirmations, en lui faisant ainsi mordre de la poussière. Le juge était visiblement, pitoyablement désappointé qu’il ne se soit pas passé autre chose. On aurait dit que le vieux salaud ne pouvait plus jouir, ce qui le contrariait clairement.
Alain, avec qui il ne s’était jamais rien passé, même pas des attouchements rapides. » Il m’a traité de scrupuleux comme Luc. Il ne m’a rien dit d’autre. »
Les policiers étaient furieux. » Le maudit il va s’en sortir. », pouvais-je entendre.
20
Le juge était encore plus furieux. Le vieux cochon ne se satisfaisait pas ce que qu’il entendait. La laverie des consciences devait être plus complète. « Dites tout, je veux jouir.»
Dans mon témoignage, j’ai raconté comment je me rappelais les événements, sauf nos discussions et que Réjean s’était baissé les culottes pour s’assurer que j’en fasse autant. Ses parents le menaçaient de le « placer « s’il était établi qu’il avait consenti à participer à ces jeux. Il faut être ignorant de ce que sont les jeunes pour réagir aussi bêtement.
Je ne voulais pas que ça lui arrive ; mais je ne voulais pas non plus faire de faux-témoignage. J’ai retenu les informations pour aider Réjean. Puisque je ne disais pas ce que les petits prétendaient, car j’affirmais que nous avions joué au mime après avoir baissé mes culottes, j’ai passé pour un menteur. Mon avocat était en maudit, car, à son avis, seul mon témoignage pouvait me faire condamner.
Deux faits ont pourtant été carrément illégaux dans ce procès.
D’abord, le juge m’a demandé si j’avais un dossier judiciaire.
— Vagabondage. Des brosses.
Le juge demanda à la sténographe de cesser d’écrire et a insisté à redemander sa question en me rappelant que j’étais sous serment.
Pourquoi insistait-il autant ? Selon la loi, puisqu’au moment où j’avais été condamné, plus de dix ans plus tôt, pour des délits sexuels, étant mineur, la majorité était de 21 ans, je n’avais pas de dossier judiciaire en devenant un adulte. Pourquoi était-il au courant ? La police lui avait-elle refilée, sous le couvercle, l’information voulant que mineur j’avais déjà fait trois mois de prison pour des délits sexuels avec des petits gars.
Cet aveu changeait toutes les perspectives, d’autant plus qu’il n’a jamais été question des petites filles qui avaient été bien présentes et très actives à d’autres moments. Mais, c’était plus facile en s’en tenant aux petits gars. C’était moi qu’on voulait épingler, la vérité n’avait aucune importance, comme c’est le cas dans les procès.
Ayant peur que le juge sorte ce dossier contre moi, je l’ai avoué. C’était illégal, mais ils sont plus forts que moi. Ils prétendent défendre la justice. Ils peuvent utiliser tous les moyens pour te mettre en cabane. Eux, ne respectent pas la loi.
Les menaces du juge n’apparaissent pas dans les transcriptions du procès. J’ai pu le vérifier plus tard. Suzanne a pu avoir celles-ci, grâce à notre mon avocat, en faisant valoir que je voulais m’en servir pour écrire un futur livre.
Curieusement, ces transcriptions ne comportent pas non plus les plaidoyers des avocats ainsi que les réactions du juge.
Après mon procès, je me suis longuement demandé s’il est vrai que les dossiers des mineurs sont détruits comme le dit la loi ? Mon dossier était-il dans le rapport des policiers ?
L’avocat de la Couronne reconnut que seul avoir baissé mes culottes quelques secondes en jouant avec les enfants, pouvait être retenu contre moi. Cela devenait somme tout assez banal et il recommanda que j’aie une petite sentence.
Mon avocat, pour sa part, a soutenu que je vivais simplement quelques années avant mon temps puisque cette pratique est courante en Europe et dans bien d’autres régions du monde où le sexe n’est pas encore un crime contre l’humanité.
À la fin du procès, le juge demanda que l’on fasse venir les jeunes, mais ça s’avéra inutile, car ils étaient déjà dans la salle, ce qui est contraire à la loi sur la délinquance juvénile et peut être puni pour deux ans d’emprisonnement.
Le vieux juge, sans se soucier de la loi, m’a servi un long sermon, tout en demandant, après avoir posé quelques questions aux enfants, à savoir s’ils avaient trouvé pénible de témoigner ; d’être attentif à la sentence pour ne jamais oublier durant toute leur vie que ces petits jeux défendus peuvent conduire à la prison.
C’est incroyable que même un juge désobéisse à la loi pour te planter devant les jeunes.
— Trois mois, a-t-il lancé.
Je paniquais. Ce n’était pas tant à cause des trois mois de prison, mais parce les postiers entraient en grève. Comment irais-je chercher mon chèque d’assistance sociale ? Comment vivraient Suzanne, Patrick et Yanie ? Nous avions déjà toutes les misères du monde à manger à toutes les fins de mois.
J’étais convaincu de m’en sortir en ayant à payer une amende. C’était tellement niaiseux ce qui s’était passé. On ne pouvait quand même pas devenir fou parce qu’un gars avait baissé ses culottes quelques secondes. Y a des choses bien plus importantes sur terre.
Avec trois mois, ce vieux cochon sans jugement condamnait autant Patrick et Yanie que moi à connaître des heures difficiles puisque je ne ramènerais plus mon chèque mensuel. Ce fait ne le troublait pas comme tous les scrupuleux ne se soucient pas des résultats de l’application de leur bêtise. Ils sont trop centrés sur leur petit nombril pour essayer de comprendre les autres, et surtout supporter que d’autres aient le droit de penser autrement qu’eux.
Pour lui, la leçon de morale était plus importance. Protection de la jeunesse, mon cul !
L’avocat de la défense m’a calmé les nerfs en disant qu’il irait en appel de la sentence et qu’entre les deux procès, je pourrais arranger les affaires pour que les petits n’aient pas trop de misère.