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Un sourire d’enfer 43

mars 25, 2023

Un sourire d’enfer  43

Comment faire pour que la majorité non-raciste ne se fasse pas entraîner dans un conflit raciste ?  La presse anglaise est trop raciste pour être démocratique.  Comment parvenir à passer le message ? 

J’étais convaincu qu’une population hors-Québec bien informée ne se prêtera pas à un massacre inutile, mais comment établir ce dialogue si les journaux anglophones déforment tout ?

À Vancouver, j’ai retrouvé Jimmy.  Contrairement à mes craintes, tout s’était bien passé en prison.  Même si des capsules de drogue avaient été retrouvées sur lui, aucune plainte n’avait été déposée à cet égard.  Lors de son arrestation, les policiers avaient trouvé en sa possession le « jack nife » que sa sœur lui avait fait parvenir comme cadeau, lors de son retour d’un voyage en Algérie.  Les policiers ne parvenant pas à faire sortir la lame du couteau, mon fou Jimmy, complètement gelé, leur a donné une leçon sur le maniement qu’ils n’ont pas du tout apprécié. 

Jimmy me raconta son histoire, tout en me soulignant que l’interprète français semblait travailler pour la police, car parfois, il déformait totalement ce qu’il disait en français.

J’ai passé une semaine à attendre le chèque de l’assistance sociale.  Certains mettaient en doute ce qui m’était arrivé à Dawson Creek affirmant que j’étais toujours seul quand il se passait quelque chose sortant de l’ordinaire.  Pour eux, je n’étais qu’un fabulateur.


Le premier soir au restaurant, nous avons été fouillés par la police : les cheveux longs, ça ne plaît pas à ces super-mâles.  J’étais presque mort de peur, croyant être recherché en rapport à mes agissements à Dawson Creek.  Comment pouvais-je être brave à Dawson et peureux en groupe à Vancouver ? 

— Tu fais toujours tes bons coups quand on n’est pas là. Que personne ne peut en témoigner !

En réalité, j’étais aussi peureux à une place qu’à l’autre.  Seul, je panique plus vite pour ma peau, — on est toujours prêt à mourir jusqu’à ce que ce soit vrai ou du moins qu’on le croit — mais j’ai moins peur seul parce que personne ne peut écoper à cause de moi. C’est une peur personnelle, donc, moins grande que celle d’être responsable du bien ou du mal des autres.

Je dois dompter des lions avec mes épines.  C’est comme la rose de St-Exupéry.  C’est comme si je me sentais devenir un officier responsable de la troisième guerre mondiale, celle où le prolétariat se soulèvera universellement contre tous les impérialistes et les dictateurs, où la population aura décidé que le monde actuel ne vaut plus la peine d’être vécu, où les gens penseront que tant qu’à crever de l’esprit, il vaut mieux crever au complet. 

La guerre sainte sera sans dieu.  Une guerre pour la survie individuelle.  Un après 1929 moderne.  La guerre sera la recherche de son morceau de pain.

En groupe, je me sens responsable des autres, je ne fais pas confiance à ma discrétion.  J’ai peur de les vendre par accident, d’où je me terre pour ne pas attirer l’attention.  Je ne me fais pas confiance, c’est tout.  

Plus jeune, je me détestais parce que j’étais pédéraste.   Je ne me pardonnais pas d’être un aussi grand pécheur.  Il a fallu bien du temps pour que je m’apprécie.

Aujourd’hui, je m’apprécie peut-être trop.  Mais, au moins, j’ai compris que j’ai peut-être raison de croire que la majorité des gens sont malades quand ils pensent à la sexualité.  On nous écrase dès l’enfance.  On fait de nous des paranoïaques.  On s’imagine qu’un chatouillement dans le bas du ventre quand tu viens, c’est pire qu’une crise d’épilepsie comme chez les ignorants.
 
J’ai recommencé à écrire dans les journaux de gauche ainsi que le journal des freaks.  J’ai présenté un article sur le droit de l’individu lors des perquisitions ainsi que des articles en faveur de la légalisation de la marijuana.

Mon argumentation était simple : le trafic du pot permet l’écoulement de produits de mauvaises qualités, voire dangereux.  Auparavant, au contraire, on pouvait récolter notre propre consommation personnelle et ainsi n’avoir rien à craindre.

Les principaux bénéficiaires de la loi sont la petite pègre et les policiers qui fournissent sur le marché noir les produits saisis auparavant.  Il faut que les jeunes vivant aujourd’hui de la vente de cannabis puissent honnêtement gagner leur vie en écoulant des produits de qualité. 


Je ne me penchais pas encore sur la mainmise quasi complète des marchés par la mafia internationale.  Cette mainmise serait souhaitée par les gouvernements, car, les expériences auraient prouvé qu’il est possible de contrôler les jeunes par la drogue d’où leur prolifération. 

La renaissance religieuse, grâce à la drogue, est en soi la plus grande preuve de l’intérêt du système à voir les jeunes se droguer avec les produits de leur choix ? Contrôler la masse.

Nous nous sommes contentés de rêver de phallus : Pépé était trop vieux pour ne pas être un brin conservateur.  Retour à Vancouver.

J’ai écrit mon dernier article pour le Soleil et j’ai acheté mon billet de retour à Montréal par autobus. J’étais déjà un peu plus bourgeois.  Je ne voulais plus de problèmes. 

J’avais décidé de retourner à l’école et de devenir un jour un grand écrivain.  Puisque pour avoir droit à ce titre, il faut savoir bien écrire et ne rien dire d’original, je devais réapprendre ma grammaire.  Les éditeurs ne savent pas encore que les correcteurs sont engagés pour corriger. 

Ainsi, la poésie fout le camp avec le reste de la littérature, car, ce qui compte maintenant c’est d’expérimenter des structures de phrases.   Que ça emmerde tout le monde ou pas.  La forme écrase le fond. 

La poésie en se raffinant est devenue scrupuleuse, frileuse et peureuse car elle cherche à dissimuler ce que l’on ressent.  Il faut s’attendre à ce que la littérature meurt de sa belle mort puisqu’on l’aura vidé de toute sa substance et, comme l’avait dit Marx, elle est devenue ascétique.  L’art est bourgeois quand il est à droite. 

Comme disait Janou St-Denis : Tuer la poésie, c’est assassiner la race humaine.  Et parfois ce sont les poètes eux-mêmes qui tuent la poésie en voulant s’imposer comme dieux de la censure.   

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