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Un sourire d’enfer 18

février 26, 2023

Un sourire d’enfer   18

À mon avis, tous les hommes naissent ni bons, ni mauvais.  Ils se développent en fonction de leur environnement, mais à partir de ce qu’ils sont fondamentalement. 

Est-ce que j’étais responsable de ce goût bizarre qu’est l’amourajoie ?

Le problème avec notre système, c’est que l’on ne fait aucune nuance. Le sexe est mal si tu es jeune. Point à la ligne. Quelle stupidité religieuse !


Non seulement, même en se livrant à ces plaisirs, je respecte les jeunes, mais j’arrive à mieux les saisir, les comprendre et les aimer comme ils sont.  

Dans ma vie, il n’y a que quatre choses extrêmement belles : la nature, l’amourajoie, l’intelligence et la conscience.  Je suis facilement fasciné par la beauté qui peut-être autant psychique que physique.

Je rêve à l’époque où tous les efforts seront axés sur le besoin de créer un monde beau, honnête et juste envers tout le monde.  Je me sens d’une générosité sans borne. Pourtant, je suis aux yeux des autres le galée, l’horreur.

Les adultes me sont apparus et m’apparaissent encore avec leur morale comme étant les pires pollueurs de la beauté, de la spontanéité et de l’amour.  Pour  eux, tout est commerce, tout est partiel, tout est calculé, tout est stéréotypé pour répondre aux seuls besoins pécuniaires.  

La vie est une toile d’araignée, une prison invisible.  Il ne peut pas y avoir d’évasion, sans remettre le fondement même de la vie en question.

Comment peut-on me traiter de criminel parce que j’arrive à vivre au même niveau qu’un enfant et chercher les mêmes satisfactions ?  Est-ce que la contemplation n’est pas une expérience de vie ? Que faisons-nous sur cette terre? L’amourajoie est une forme d’amour, donc, de spiritualité.

Comment peut-il être criminel d’adorer les petits gars en voulant créer un monde dans lequel le bonheur le plus absolu serait un droit fondamental ?  Qui utilisent le plus les jeunes à des fins perverses, moi, en jouant avec eux aux fesses sans contrainte et avec adoration ou le système économique qui organisent des guerres locales pour maintenir et élever le taux des profits ?  Un système qui crée des enfants-soldats ?  Pourquoi devons-nous vivre comme les féminounes, comme des aliénés ?

Comment puis-je être plus néfaste pour les enfants que les heures de violence à la télévision, dans tous les média et leurs jeux ?   Comment être plus dangereux pour la santé mentale d’un enfant  qui a des parents qui lui sacrent la raclée et le traumatisent à jamais parce qu’il se touche quand il est petit ?    Pourquoi est-il mal de vouloir éliminer les problèmes de la frigidité, de la névrose et de l’hystérie, en combattant l’imbécilité de notre conception de la sexualité créée spécifiquement pour faire de nous des machines de production ?  Des gens qui ont honte d’être eux-mêmes dans toute leur réalité .

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Ces problèmes étaient très aigus. 

Un soir, en travaillant à Scotstown, j’ai pris une brosse affreuse.  J’ai voulu regagner une tente où j’avais été invité par les parents à aller coucher ; mais les jeunes n’ont trouvé rien d’autre à me dire que d’aller coucher ailleurs ou ils me casseraient la gueule, car ils ne voulaient rien savoir d’une tapette.  

Je n’avais jamais fait de propositions à aucun d’eux pour la simple et bonne raison qu’ils n’étaient pas de mon goût et que je ne les avais jamais rencontrés. 
 
Je suis parti à pied bien décidé de me rendre à Sherbrooke. De ce que je me rappelle de ce moment difficile, ce fut un des bouts de chemin qui a marqué ma vie. 

En marchant, je faisais exactement comme quand je fais du pouce : je priais ou je parlais à Dieu, si on veut.  C’est une habitude que je n’ai jamais perdue, même si je ne pratique plus.  C’est une sensation de dialogue intense, comme rencontrer un extraterrestre et se parler par télépathie. 

Je lui démontrais que les hommes de pouvoir ne méritent pas grand respect avec leur violence.   Je lui criais de tous mes poumons ma révolte contre la guerre au Vietnam. 

 » Comment peux-tu prétendre que tu existes, que tu aimes les humains, quand tu les laisses se déchirer entre eux ?  Pourquoi laisses-tu des enfants se faire tuer?  Pourquoi ne pourrais-je pas en adopter un ou deux, je serais sûrement mieux intentionné à leur égard.  Est-ce que leur chasteté est si importante qu’ils doivent vivre dans la misère plutôt qu’être à mes côtés ?  C’est de la folie pure. », criais-je à Dieu.
 
Certains diront que je n’ai jamais eu de réponse.  Au contraire, j’ai ressenti soudainement le sentiment que si Dieu existe et respecte vraiment la liberté de l’homme, il ne peut pas intervenir.  La conscience humaine est aussi question de mémoire, de liberté dans le sens d’avoir le droit de choisir son destin et son éducation.  La vie est un hasard organisé, comme dit Einstein, je crois.

Une autre fois tout s’était mal terminé.  Je m’étais tellement saoulé que je m’étais endormi sur un perron.  Quand je me suis réveillé, il y avait un bonhomme qui était à me faire les poches.  En me voyant ouvrir les yeux, ainsi que la venue d’une autre personne dans notre direction, il s’était contenté de me donner un petit coup de pied, en me traitant de sale ivrogne.

J’ai eu ma réponse divine, si on veut, plus de dix ans plus tard. 


Je venais de me faire violer par un bonhomme qui m’avait embarqué sur le pouce et je ne voulais plus coucher dans ma tente d’où je me suis loué une chambre dans une auberge gouvernementale en Ontario. J’ai rencontré à cette occasion un petit vietnamien, un petit boat people, de qui je suis tombé amoureux.  Nous avons joué ensemble.  Nous sommes allés nous baigner.  Je le portais sans cesse sur mes épaules.        

J’ai voulu lui acheter une crème glacée, mais il ne parlait ni français, ni anglais. Je lui disais des «  » Si .Si. Good ! Good ! », en faisant semblant de lécher le cornet.   Et alors, pour aucune raison inconnue, je me suis rappelé exactement les paroles d’injures que j’adressais à Dieu entre Scotstown et Sherbrooke.  J’étais profondément bouleversé.  Dieu répondait à mes invectives en me permettant de rencontrer un petit vietnamien.  Et, ce jeune est devenu le premier garçon que j’ai voulu et tenté d’adopter. 

J’y voyais une confirmation que je n’étais pas qu’un pourri parce que je suis amourajeux.

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Pour les patrons, j’étais devenu fou, imparlable.

J’étais très fier des résultats de mes luttes et de mes interventions pour l’Estrie.  Il n’était pas question de m’enfler la tête, mais de reconnaître mon petit grain de sel dans l’amélioration de la situation.  J’évaluais les millions que le fédéral ou le provincial investissait dans la région après mes interventions comme journaliste.  Dire qu’au début, on ne savait même pas qu’on existait.

J’étais aux yeux de ceux qui nous dirigeaient un malade mental, j’imagine, mais au moins j’étais un fou payant.  Quand je prenais un projet, le gouvernement avait intérêt à s’en occuper.

Je travaillais sur un papier concernant une rumeur de nouvelle taxe entre le Québec et les USA.  Les patrons tremblaient à l’idée que cela puisse se traduire dans la politique québécoise.  Ils m’empêchèrent de téléphoner à Washington.  Conséquence, dix jours plus tard, Nixon annonçait un nouveau programme presqu’en tout point conforme à ce que je voulais publier.

La Tribune de Sherbrooke venait de rater un « scoop » international.  En journalisme, c’est une faute impardonnable.

À ma connaissance, jamais les patrons n’ont mis ma compétence en doute. Il fallait juste essayer de me calmer un peu les nerfs. Je reconnais aujourd’hui que je n’étais pas un cadeau.  Je suis allergique à la censure.  Tant qu’on respecte la vie individuelle des autres et que l’on ne prêche pas la violence, on a le droit de tout dire.  Ça ne veut pas dire que l’on sera cru. La censure est le poison de la vérité, une paralysie de la démocratie, un paralysant pour le cerveau.  Les gens sont assez intelligents pour savoir choisir dans le lot d’informations qu’ils reçoivent.

Quand Daniel Johnson père s’était rendu à la Manic, la Tribune y avait délégué M. Louis O’Neill pour le récompenser de son travail après avoir hésité quant à m’y envoyer.  Les patrons le regrettèrent quand la mort de M. Johnson fut annoncée.  Ils prétendaient que je si j »y étais allé, les informations seraient arrivées plus vite et plus complètes. « Il aurait annoncé, dit-on, la mort de Johnson avant même que ça arrive ».

Cela ne les empêcha pas de me refuser un reportage de deux semaines à Cap Kennedy et Houston, même si j’avais déjà obtenu l’autorisation de Washington et reçut ma carte de journaliste visiteur. Je voulais faire un reportage sur les OVNIS.

C’était une époque fort troublée.  Il y avait même eu un attentat à la Tribune. 

Je me promenais en voiture avec des amis.  Un des nôtres redit une phase que j’avais déjà entendue durant les événements d’octobre, lors de notre premier accident :  » Ces maudits fous, ils nous foncent dedans. »

Peu de temps après, notre voiture avait été emboutie par une autre.  Heureusement aucun blessé.  L’automobile nous avait encore une fois frappé dans le côté.  Était-ce vraiment un accident ?  Un attentat ?  À partir de ce moment, je devins paranoïaque.  Les hasards d’accidents se reproduisaient trop souvent.

J’ai commencé à craindre que l’on s’attaque davantage à mes amis ou à mes parents.  Qui serait le prochain Gaston Gouin que je croyais avoir été tué par la GRC ?  

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