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Un sourire d’enfer 4

février 12, 2023

Un sourire d’enfer   4

Un jour, en entrant du travail, une lettre de France m’annonçait que j’étais lauréat d’un concours de poésie en Normandie.  C’était un poème que j’avais écrit pour illustrer mes tentations amourajeuses : LA NOCE.  En même temps, le lieu d’où je gagnais le concours, était lié directement à un autre personnage religieux qui m’influençait énormément : Ste -Thérèse-de-l ‘Enfant-Jésus. Elle était arrivée dans ma vie à travers la THÉRÈSA, une mine d’or.   

Je ne savais plus si je devais être heureux ou découragé.  Je priais pour revoir Daniel.  J’avais peur, mais cette fois l’amour fut si vif que ce fut la grande métamorphose.  Plutôt que de percevoir Dieu comme un juge, je le découvrais comme un protecteur : il ne pouvait pas condamner l’amour, Lui, qui se dit l’Amour.
 
Daniel.  C’était déjà un rêve, une force comme je n’en n’avais jamais vécue.  J’étais prêt à tout pour le revoir, pour lui dire combien je l’aimais.  Son absence m’a mené à encore plus de révolte.

J’ai commencé à écrire des poèmes dans lesquels Jésus était un adepte des Amitiés particulières.  À chaque mot, je mourrais de peur puisque je craignais que ce soit des blasphèmes.  J’écrivais en tremblotant et bien conscient qu’il y avait une nouvelle force en moi.  Une force de nature insoupçonnée : j’étais prêt à défier la peur du péché pour revoir Daniel. 

Je me fichais pour la première fois des cinq ans de prison possible, même de la mort, ne serait-ce que pour le revoir une minute, l’aimer encore autant, avec autant de passion. 

Heureusement, la poésie m’aida à retrouver mon équilibre. 

Je me suis rappelé peu à peu ma grande découverte en prison : aimer, jouir sont aussi des prières.  Je ne culpabilisais plus.  Daniel ne m’entraînait pas aux blasphèmes, il consacrait l’amour que j’ai en moi.  Il m’unissait à Dieu par un nouveau moyen, par une nouvelle route. 

Ainsi, Daniel me permettait de m’accepter comme amourajeux, sans être en contradiction avec ma foi.  Quelle importance cela avait-il que Jésus ait aimé son petit cousin au Jardins des Oliviers ?  Pour moi, Jésus devenait encore plus grand, tout aussi divin.   Qu’il ait aimé la chair en s’incarnant, rien de plus naturel ; le contraire, en faisait un masochiste pur. 

Dieu cessait d’être un exécrable individu pour devenir véritablement un AMI.


Je suis retourné à Québec dans cet état d’esprit.  Cela ne m’avait rien donné financièrement de travailler tout l’été.  Je n’avais réussi qu’à payer mes dettes de l’année précédente. 

À nouveau, le service d’aide aux étudiants me refusa l’argent nécessaire pour compléter ma deuxième année chez les Jésuites.  J’étais puni d’avoir travaillé.  Puisque j’avais essayé de me débrouiller, j’avais droit à moins d’aide.  Quel genre de débiles dirigent tous les services d’ordre social ?  Ils ne comprennent rien.  Tu es puni, dès que tu veux faire un effort pour t’en sortir.  Au lieu de t’aider, ils te calent encore plus.  

Je voulais me suicider, même si je savais que je ne mettrais jamais ce désir à exécution.Le suicide est une maladie mentale ou un manque de courage ou trop de souffrances. Comment vivre sans aimer ?  Comment trouver un sens à mes actions, si je ne pouvais pas partager la tendresse qui me dévorait ?
 
À la fin du premier semestre, mon désespoir s’est transformé en révolte.  Il ne suffisait plus d’écrire l’Homo-vicièr, je devais m’affirmer. 
 
En décembre ou janvier, à l’occasion des examens, j’ai écrit dans le journal étudiant un grand extrait de mon roman dénonçant les examens.  En sociologie, quand le professeur demanda d’expliquer le haut taux de suicides chez les étudiants, j’ai répondu que l’imbécilité de ces cours était une raison viscérale de vouloir en finir.  Celui-ci me traita de fou en classe.  J’ai repris les examens avec succès et l’incident fut oublié. 

Au cours du second semestre, je me suis fait une petite amie.  Nous avions été attirés l’un à l’autre par le même amour des lettres.  La chicane ne tarde pas à nous opposer.  Elle fut d’abord jalouse du petit gars qui recevait nos manteaux à l’entrée de la salle de danse. Elle trouvait que je mettais trop de passion à le regarder.  La jalousie est un déséquilibre. Un juron contre la liberté.  Il était très beau, j’en conviens.  Je serais demeuré planté là à l’examiner durant des heures.  Malheureusement, quand on est avec une femme, il faut qu’il n’y ait qu’elle dans le paysage.  Une forme d’autisme nommé couple. Tout autour doit être laid ou invisible, à part elle. 

Elle vit ensuite dans la visite d’un de mes cousins, un autre danger.  Les flammèches ne tardèrent pas.  Je ne tolère pas la jalousie.  C’est refuser à l’autre son droit de choix fondamental.  Les féminounes s’imaginent que jouir de la présence d’un autre, c’est leur manquer de respect, car l’autre peut leur être supérieur.  En fait, elles vivent d’insécurité et de complexes d’infériorité. Elles projettent sur les autres leurs complexes d’infériorité et leur paranoïa.

La jalousie est un élément décadent, ressurgissant de l’inconscience de la vie des harems et du statut de la femme dans une société de machos hétérosexuels. 

Le statut de la femme dans nos civilisations a toujours été celui de l’infériorité.  Pourtant, nos civilisations s’imaginent que l’hétérosexualité est tout ce qui a de normal. J’aime les femmes qui ont dépassé cet état mental et émotif.  Les femmes qui ont su intégrer la beauté de leur sexualité. J’aime les vraies féministes.

La crise a pris de l’ampleur.  Elle s’identifiait, sans avoir tort, à Esther, un personnage de L’homo-vicièr qui présage des luttes des mouvements de libération de la femme.  La femme qui, sous prétexte d’égalité, veut dominer non plus en cachant son jeu comme elle l’a toujours fait, mais ouvertement, sans artifice. 

Ce fut une période très riche d’échange de lettres d’amour.  Finalement, elle me reprochait d’être trop cochon parce qu’à force de me faire agacer : elle aurait pu me passer à travers un mur pour me sentir bandé en dansant, ce qui arrivait moins souvent que je l’aurais souhaité, mais qui m’amenait à vouloir lui poigner les seins et mettre sa main dans mes culottes.  Chaque fois, cela la scandalisait, mais chaque fois j’y décelais un désir qui était bien celui d’une victime (un mot féminin) qui se cherche un bourreau.  Bien agréable le bourreau à petite matraque… Plutôt que nous apprendre à contrôler nos désirs sexuels, on préfère ne pas en parler parce qu’on les craints, d’où notre incapacité d’avoir un équilibre émotif…

Mon professeur de sociologie fit sa connaissance.  Une fois, sous prétexte de connaître mes réactions, il lui fit croire que je m’étais suicidé de chagrin par sa faute.  La pauvre fille n’en a pas dormi de la nuit.
 

La rupture était inévitable, j’étais trop cochon, trop chaud, et je ne comprenais pas pourquoi cette invasion des remords de conscience, fruit de notre ignorance de la nature humaine, Pourquoi devenir fous pour des gestes somme tout très agréables ?  Quel danger y a-t-il à se caresser ? 


À cette époque, si je l’avais mis enceinte, je l’aurais mariée.  Je crois même qu’on se serait beaucoup aimé, car le sexe était tout ce qui nous séparait et marié cela n’aurait plus été un problème… il devrait y avoir une loi garantissant que tout gars qui met une fille enceinte se doive de l’aider à élever l’enfant, soit en la mariant, soit en lui versant une pension jusqu’à ce que l’enfant ait atteint la fin de son secondaire. 


Ainsi, on aurait plus besoin de l’avortement pour protéger les filles-mères contre la vindicte sociale.


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