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Un sourire d’enfer 1

février 8, 2023

Un sourire d’enfer       1
                                       

À mon grand ami, poète et compositeur
GABRIEL CHARPENTIER.


                                         Chapitre 1

1963. —
Pour se débarrasser de moi, les libéraux avaient réussi à me faire incarcérer trois mois pour mes activités pédérastes (amourajeuses).  Ces trois mois de prison se sont traduits par un retour à la religion.
 
À ma sortie, j’ai travaillé une année à la Dominion textile, à Magog.  J’essayais aussi sous l’impulsion de la pièce, El Condor, de créer mon propre mouvement religieux.  Les Disciples de la Croix n’ont pas fait long feu.  Le temps de rencontrer un petit gars qui m’incendie l`âme.
 
Durant cette année, je demeurais avec mon père.  J’apprenais à le connaître et à l’admirer.  C’était un homme très généreux, aimant l’humour et la politique.  Il travaillait à l’extérieur pour assurer la survie financière du magasin dont il était propriétaire à Barnston, depuis de nombreuses années.

Le curé Vel pensait que j’étais devenu un saint.

                                                    – 1 –

À ma surprise, mon ex-patron de Lac-Etchemin fit appel à mes services pour créer un nouvel hebdomadaire dans Limoilou, à Québec.      

Québec, c’était le retour à la vie normale.  Le déracinement. Adorant le journalisme, je ne pouvais refuser une telle occasion. 

À mon arrivée à Québec, je me suis mis à la recherche d’une chambre et pension. 

Après quelques coups de fil, j’avais retenu différentes adresses et rejeté d’autres.  Je ne voulais surtout pas me rendre où la dame semblait autoritaire et bizarre au téléphone : elle ne cessait de me répéter le coût de la pension sans que j’aie d’abord vu la chambre.  Je me suis mêlé dans mes papiers.  J’ai sonné exactement chez elle.  Trop gêné pour refuser, j’ai accepté de partager la chambre avec un jeune Français.

Mme Alice Thibodeau Gosselin louait chambre et pension aux immigrants.  Cette annonce dans le journal fut l’unique tentative pour y attirer des Québécois.  Quelle coïncidence !  Cette dame, à qui je veux absolument rendre hommage joua par la suite un rôle extrêmement important dans ma vie.

Elle avait un fils et deux filles : Maurice, Colette et Roxanne.
Son mari était très religieux.  De prime abord, il semblait dur, mais l’expérience me le fit connaître sous un meilleur visage.  

Je rejetais son besoin de discipline et le fait qu’il semblait préférer Dieu à sa fille aînée ; mais quelque chose m’attirait en lui, quelque chose comme la sagesse et la sincérité.

Colette s’amouracha de moi.  J’étais, à la fois, son confident, le révolté, le bouffon, le poète.  L’enfant à la quête de tout ce qui s’appelait plaisir et jouissance, entre deux enseignements religieux.  Je ne pouvais pas envisager avec elle autre chose qu’une amitié ; car, je cherchais plutôt désespérément un petit gars à aimer.  Je me suis contenté de lui expliquer que pour des raisons personnelles, il nous était impossible de se marier.

Mon expérience au journal était très importante.  Elle m’assurait qu’un jour il me serait possible de vivre normalement. 

Dans mes moments de loisir, les Français se déconstipaient lentement.  Au lieu de brailler, je réapprenais à rire.  Nous ne pensions qu’à courir les filles et jouer des tours. 

Aussi, dans un magasin, je fis longuement chercher l’objet dont j’avais besoin pour exercer mon nouveau travail.  Le commis impatient me fit avouer mon nouveau métier : cambrioleur.   Il fallait voir la tête du pauvre commis. Une chance qu’il n’avait pas un fusil mitrailleur, je serais allé voler en enfer.

Une autre fois, costumés, nous avons parcouru les principales rues de la ville avant de nous rendre voir une comédie.  Nous avons tenu la vedette autant que le film.

Petit à petit, j’oubliais ma conversion et je laissais à nouveau s’exprimer le révolté. 

L’expérience journalistique fut de courte durée : le journal ne se finançait pas.  J’étais trop moche dans la vente des annonces pour lui permettre de faire ses frais.


L’hebdomadaire abandonné, l’équipe s’est aventurée dans la rédaction de petits livres d’histoire locale, projet qui a dû être aussi laissé pour compte.  Le gars engagé pour s’occuper de la publicité n’était pas ce qu’il y avait de plus honnête, ce qui précipita la fin de ce travail.

J’étais un assez bon vendeur, mais je détestais cet emploi.  Je déteste vendre.

À nouveau chômeur, je suis retourné chez moi jusqu’à ce que mon père m’avertisse qu’à mon âge, je devais gagner ma vie puisqu’il ne pouvait pas subvenir à ses besoins jusqu’à la fin de mes jours.  J’étais majeur.  Il avait absolument raison.

Je suis reparti pour Québec et la pension Gosselin.  Le plaisir laisse toujours un goût de retour.

Il était essentiel pour moi de cacher aux autres mes penchants naturels : j’en avais trop honte.  Je voulais oublier le passé, la prison.  Je faisais, malgré ma révolte, des efforts surhumains pour me réhabiliter.  Dans cet esprit, j’ai décidé de retourner à l’école.

Après de longues démarches, j’ai été accepté à l’école Jean-François Perrault.  Le désir de servir, bien caractéristique chez tous ceux qui veulent se convertir, m’attirait bien des sympathies.  J’étais presque un héros ; mais je n’avais pas le choix. Je devais trouver un moyen pour m’en sortir, de gagner ma vie.

J’ai été élu à la vice-présidence de l’association des étudiants de l’école.  Je prêchais la responsabilité sociale. J’en arrachais en maudit pour survivre.  M. Gosselin, qui au début, ne m’aimait pas plus qu’il ne le faut, se prit petit à petit d’admiration pour mon courage.  Il ne comprenait pas pourquoi il m’était si difficile de concrétiser ce besoin d’apprendre pour mieux servir mes semblables.  C’était un très brave homme au-dessus des mesquineries sociales.

Cette année ne fut marquée que par un incident : le samedi de la matraque.

À cette époque, j’étais encore bien naïf et surtout un bon petit fédéraste.  Je voulais servir mon pays.  Tout ce que je connaissais du mouvement indépendantiste était ce que l’on entendait dire avec mépris à Québec : « c’est un groupe de gens qui veulent nous forcer à parler en cul de poule comme les tapettes de Radio-Canada. »   Ce n’était pas très respectueux, mais c’est tout ce qu’on en disait.    Québec a toujours trainé de la patte sur le plan de l’évolution politique.

Il était de plus en plus question de la venue de la reine, visite qui était fortement contestée par le groupe de Pierre Bourgault, chef indépendantiste de l’époque.

Si je n’étais pas encore favorable à la séparation du Québec, une idée nouvelle qui croissait surtout à Montréal, et qui n’existait pratiquement pas dans l’esprit des gens de Québec, j’étais un fiévreux partisan de l’indépendance du Canada vis-à-vis de l’Angleterre.

Devant la montée des protestations, j’ai fait accepter par les étudiants de l’école d’écrire à sa Majesté, soulignant qu’elle parlait mieux le français que la très grande majorité de nos ministres fédéraux.  Je voulais juste calmer le jeu, en attirant l’attention sur la piètre figure du français à Ottawa.

Cette lettre fut interprétée comme un serment de fidélité à la reine à un point tel qu’un journal de Toronto prédisait que le jeune auteur de cette lettre serait un jour un personnage important du gouvernement canadien.  Le samedi se passa dans un massacre sans précédent de la population par la police.  L’association étudiante a blâmé sévèrement cette effusion de sang inexcusable, mais cette fois, personne ne remarqua l’intervention.  

En cadeau de Noël, les quelques étudiants indépendantistes me firent remettre un Union Jack, drapeau national de l’Angleterre.  J’étais navré que l’on interprète aussi mal mon geste qui voulait souligner simplement qu’il faudrait d’abord se faire respecter comme francophone dans le gouvernement canadien. 

J’étais assez stupide pour être d’avis, cette même année, que l’on arbore le               «nouveau» drapeau canadien parce que ce geste représentait à mon sens un début de changement : les Anglais comprenaient enfin que les Québécois ne sont pas des trous-de-cul.  

Si j’avais su que la feuille d’érable a été choisie rouge par mépris des Québécois, j’aurais sûrement pensé autrement. 

La deuxième session fut plus difficile à réussir, même si j’avais démissionné de la vice-présidence pour ne m’attaquer qu’à mes problèmes de finance.


Pour m’en sortir, j’ai travaillé le soir comme placier dans un cinéma, et la fin de semaine, dans un restaurant. 

J’ai ainsi revu des centaines de fois un film qui m’a beaucoup bouleversé. MONDO CANE.  C’était un film, traitant à la fois de la misère et des mœurs étranges dans le monde des humains.  J’ai commencé, grâce à ce film, à comprendre comment les religions ne sont qu’aberrations mentales, fruits de la peur et de l’ignorance.

J’ai terminé avec succès mes études, et l’été, je me suis rendu travailler pour le Journal de Magog.  Ce fut la redécouverte de l’écriture.  Si, à l’époque de la Tribune, première vague, ma poésie fut celle de la morale et de l’amitié ; cet été là, ce fut celle du repentir.  J’étais plus chrétien que le pape.   Amoureux d’une jeune fille pieuse, je scrutais masochistement mon état de pédéraste (amourajeux). 

J’ai dû quitter le journal parce qu’il refusait de publier toute la vérité sur les coûts d’un projet municipal. 

À cette époque j’ai appris que mon père, Émile Simoneau, mon parrain Hormisdas Turgeon, et mon oncle, Arthur Simoneau, étaient depuis longtemps des nationalistes convaincus et actifs.

J’avais du journalisme, une très haute opinion.  C’était une espèce de chevalerie.  À mon avis, un bon journaliste se devait à ses lecteurs, plus précisément à la Vérité, au Bien commun.  Au péril de sa vie, il devait faire jaillir la Vérité, exposer problèmes et solutions, servir les pauvres en dénonçant leur détresse.

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