PAUL-JEAN TOULET
(Français, 1867-1920)
Né aux Iles Maurice, il fit un bref séjour en Algérie, puis se fixa à Paris où il collabora à la Vie Parisienne pour terminer sa vie au Pays basque. Surtout connu comme romancier et conteur, son chef-d’œuvre est un bref recueil de poésie publié après sa mort en 1921, Contrerimes. Le Grand Larousse dit de lui « qu’il fut un auteur gracieux, amer, désespéré, précieux, ami des acrobaties de versification et de style. Tolet, par son esprit, a exercé sur une élite d’écrivains une influence profonde »,
LEGARNO
L’hiver bat la vitre et le toit.
Il fait si bon dans la chambre,
À part cette sale odeur d’ambre
Et de plaisir. Mais toi,
Les roses naissent sur ta face
Quand tu ris près du feu …
Ce soir tu me diras adieu
Ombre, que l’ombre efface.
PUISQUE TES JOURS NE T’ONT LAISSÉ …
Puisque tes jours ne t’ont laissé
Qu’un peu de cendre dans la bouche,
Avant qu’on ne tende la couche
Où ton coeur dorme, enfin glacé,
Retourne, comme au temps passé,
Cueillir, près de la dune instable,
Le lys qu’y courbe un souffle amer,
Et grave ces mots dans le sable:
Le rêve de l’homme est semblable
Aux illusions de la mer.
DANS ARLES •..
Dans Arles, où sont les Aliscams,
Quand l’ombre est rouge, sous les roses,
Et clair le temps,
Prends garde à la douceur des choses,
Lorsque tu sens battre sans cause
Ton coeur trop lourd,
Et que se taisent les colombes:
Parle tout bas, si c’est d’amour,
Au bord des tombes.
ÉMILE VERHAEREN
(Belge, 1855-1916)
Né à St-Amant, en Belgique, ce flamand devenu avocat se consacre assez tôt à la littérature et son œuvre est marquante. Poète généreux, tendre et lyrique, Verhaeren a exalté la beauté des corps d’hommes dans ses poèmes.
Il a su unir la puissance et la douceur pour chanter avec tendresse les travailleurs, ses camarades et leurs promenades estivales dans la vallée de l’Escaut. Ce n’est pas sans raison que Seghers le compare à Walt Withman. Il est mort accidentellement, écrasé par un train, en gare de Rouen, en1916.
L’EFFORT
Groupe de travailleurs, fiévreux et haletants,
Qui vous dressez et qui passez au long des temps
Avec le rêve au front des utiles victoires,
Torses carrés et durs, gestes précis et forts,
Marches, courses, arrêts, violences, efforts,
Quelles lignes fières de vaillance et de gloire
Vous inscrivez tragiquement dans ma mémoire!
Je vous aime, gars des pays blonds, beaux conducteurs
De hennissants et clairs et pesants attelages,
Et vous, bûcherons roux des bois pleins de senteurs,
Et toi, paysan fruste et vieux des blancs villages,
Qui n’aimes que les champs et leurs humbles chemins
Et qui jettes la semence d’une ample main
D’abord en l’air, droit devant toi, vers la lumière,
Pour qu’elle en vive un peu avant de choir en terre;
Et vous aussi, marins, qui partez sur la mer
Avec un simple chant, la nuit, sous les étoiles,
Quand se gonflent, aux vents atlantiques, les voiles
Et que vibrent les mâts et les cordages clairs;
Et vous, lourds débardeurs dont les larges épaules
Chargent ou déchargent, au long des quais vermeils,
Les navires qui vont et vont sous les soleils
S’assujettir les flots jusqu’aux confins des pôles;
Et vous encor, chercheurs d’hallucinants métaux,
En des plaines de gel, sur des grèves de neige,
Au fond des pays blancs où le froid vous assiège
Et brusquement vous serre en son immense étau;
Et vous encore, mineurs qui cheminez sous terre,
Le corps rampant, avec la lampe entre vos dents
Jusqu’à la veine étroite où le charbon branlant
Cède sous votre effort obscur et solitaire;
Et vous enfin, batteurs de fer, forgeurs d’airain,
Visages d’encre et d’or trouant l’ombre et la brume,
Dos musculeux tendus ou ramassés, soudain,
Autour de grands brasiers et d’énormes enclumes,
Lamineurs noirs bâtis pour un œuvre éternel
Qui s’étend de siècle en siècle toujours plus vaste,
Sur des villes d’effroi, de misère et de faste,
Je vous sens en mon cœur, puissants et fraternels !
Ô ce travail farouche, âpre, tenace, austère,
Sur les plaines, parmi les mers, au coeur de monts,
Serrant ses nœuds partout et rivant ses chaînons
De l’un à l’autre bout des pays de la terre!
Ô ces gestes hardis, dans l’ombre ou la clarté,
Ces bras toujours ardents et ces mains jamais lasses,
Ces bras, ces mains unis à travers les espaces
Pour imprimer quand même à l’univers dompté
La marque de l’étreinte et de la force humaines
Et recréer les monts et les mers et les plaines
D’après une autre volonté.
LE BAIN
Bonnes heures chaudes et ardemment mûries
Quand on partait en troupe, au loin, par les prairies,
Chercher la crique et l’abri sûr,
Où les herbes hautes, comme un mur,
Nous isolaient des yeux allumés sur les routes.
Le bain était chauffé par l’ample été vermeil
Et la clarté y filtrait toutes,
Si bien que l’eau semblait un morceau de soleil
Tombé du ciel et enfoncé dans les verdures;
De la mousse bronzée et de pâles roseaux
L’entouraient d’une large et vivante bordure,
Tandis que, fins et verts, et tels des ciseaux,
Mille insectes en sillonnaient, avec leurs pattes,
La surface immobile et la lumière plate.
Un plongeon clair!
Et tout à coup, comme un grand cri dans l’air,
Le corps enfonçait droit dans la mare éclatante.
Il s’y dardait comme un faisceau,
Et des bulles rondes et miroitantes
Brillaient, autour de lui, jusques au fond de l’eau.
Il émergeait rapide et souple;
Un flot tumultueux ourlait d’écume et d’or
Subitement les bords;
Et les autres nageurs, main dans la main, par couples
Au loin, là-bas, partaient rejoindre le plongeur (…).
Tels nos jeux s’exaltaient, libres et spontanés. [ … ]
Une à une tombaient les heures nonchalantes,
Et l’on séchait son corps doré
Aux flancs feutrés
Des digues et des prés,
Jusques aux heures coutumières
Où le soleil étend,
Sous les vergers au feuillage chantant,
Ses tabliers de longues et dormantes lumières.
PAUL VERLAINE
(Français, 1844-1896)
Verlaine, le poète français le plus connu et le plus apprécié, se devait de figurer ici, lui qui n’avait pas peur de déclarer que s’il couchait avec les femmes, il aimait bien mieux le faire avec de jeunes garçons et de jeunes hommes.
II se maria à 25 ans à Matilde Mauté en 1869. Mais son premier et véritable amour fut pour un jeune lycéen, Lucien Viotti, demi-frère de Matilde « le frêle et mélancolique jeune homme » qui se fit tuer à la guerre. Verlaine écrira encore de lui « ta voix m’arrive grave et voilée comme la voix d’autrefois. Et tout ton être élégant et fin de vingt ans, ta tête charmante, les exquises proportions de ton corps d’éphèbe sous le costume de gentleman m’apparaît à travers mes larmes lentes à couler ».
En août 1870, c’est la rencontre avec Rimbaud. Verlaine commence d’abord par être charmé par la poésie que lui fait parvenir l’adolescent. Le cher Rimb a dix-sept ans. « C’était une vraie tête d’enfant dodue et fraîche sur un grand corps osseux, comme maladroit, d’adolescent qui grandissait encore et dont la voix très accentuée en ardennais, presque patoisante, avait ces hauts et ces bas de la mue.
Verlaine vit avec Rimbaud pendant des mois et ils sont très unis malgré leurs chicanes et leurs divergences de vue sur certains sujets. La poésie les cimente dans leurs espérances communes. Dans l’entourage de Verlaine, on plaisante sur cette union avec« la petite chatte blonde » qu’on va jusqu’à appeler Mademoiselle Rimbaud. Verlaine fera deux ans de prison à cause d’une plainte de Rimbaud, car leur amour est tumultueux; ils vont jusqu’à s’échanger des coups de couteau. Finalement, après deux ans de vie commune, les amants se séparent pour toujours. Verlaine a parlé de son ami comme de son beau péché radieux, mais harcelé par des demandes d’argent de Rimbaud, il finit par rompre définitivement. Verlaine, après cette rupture enseigne deux ans à Londres. Il revient en France pour enseigner l’anglais. Il tombe amoureux d’un élève à qui il avait mis un zéro en anglais, Lucien Létinois, un garçon au nez retroussé. Verlaine trouve qu’il a une démarche agréable et qu’il est absolument adorable même si celui-ci lui confie qu’il a couché avec une femme. Verlaine non seulement lui pardonne, mais il lui achète une ferme. II est même question qu’il l’adopte, mais encore une fois la fatalité le frappe dans ses amours: Lucien meurt de la fièvre typhoïde. « Cela dura six ans, puis l’ange s’envola. «
Sur la fin de sa vie, avec un autre poète de ses amis, il courut les garçons, mais son dernier grand amour, platonique celui-là, fut le peintre François Cazals.
HOMBRES
Monte sur moi comme une femme
Que je baiserais en gamin,
Là, c’est cela, t’es à ta main?
Tandis que mon vit t’entre, lame
Dans du beurre, du moins ainsi,
Je peux te baiser sur la bouche,
Te faire une langue farouche,
Et cochonne, et si douce, aussi!
Je vois tes yeux auxquels je plonge
Les miens, jusqu’au fond de ton coeur;
D’où mon désir revient vainqueur
Dans une luxure de songe;
Je caresse le dos nerveux,
Les flancs ardents et frais, la nuque,
La double mignonne perruque
Des aisselles et les cheveux!
Ton cul à cheval sur mes cuisses
Les pénètre de son doux poids,
Pendant que s’ébat mon loudois
Aux fins que tu te réjouisses.
Et tu te réjouis, petit,
Car voici que ta belle gourde,
Jalouse aussi d’avoir son rôle,
Vite, vite, gonfle, grandit,
Raidit. Ciel! La goutte, la perle
Avant-courrière, vient briller
Au méat rose: l’avaler,
Mais, je le dois, puisque déferle
Le mien de flux. Or, c’est mon lot
De faire tôt d’avoir aux lèvres
Ton gland chéri, tout lourd de fièvres,
Qu’il décharge en un royal flot.
Lait suprême, divin phosphore
Sentant bon la fleur d’amandier
Où vient l’âpre soif mendiée
La soif de toi me dévore.
Mais il va, riche et généreux,
Le don de ton adolescence,
Communiant, de ton essence,
Tout mon être ivre d’être heureux.
Même quant tu ne bandes pas,
Ta queue encor fait mes délices
Qui pend, blanc or, entre tes cuisses,
Sur tes roustons, sombres appas.
Couilles de mon amant, sœurs fières
À la riche peau de chagrin
D’un brun et rose et purpurin,
Couilles farceuses et guerrières,
Et dont la gauche balle un peu
Tout petit peu plus bas que l’autre,
D’un air roublard et bon apôtre,
À quelles donc fins, nom de Dieu?
Elle est dodue ta quéquette,
Et veloutée, du pubis
Au prépuce fermant le pis
Aux trois quarts, d’une rose crête.
Elle se renfle un brin au bout
Et dessine sous la peau douce
Le gland gros comme un demi-pouce
Montrant ses lèvres jusqu’au bout.
Après que je l’aurai baisée
En tout amour reconnaissant,
Laisse ma main la caressant,
La saisir d’une prise osée,
Pour soudain la décalotter;
En sorte que, violet, tendre,
Le gland joyeux, sans plus attendre,
Splendidement vienne éclater;
Et puis elle, en bonne bougresse,
Accélère le mouvement
Et Jean-nu-tête en un moment
De se mettre à la redresse.
Tu bandes! C’est ce que voulaient
Ma bouche et mon cul: choisis, maître,
Une simple douce, peut-être?
C’est ce que mes dis doigts voulaient.
Cependant le vit, mon idole,
Tend pour le rite et pour le culte
à mes mains, ma bouche et mon cul
Sa forme adorable d’idole.
SONNET DU TROU DU CUL
Paru dans l’Album Zutique fondé par le docteur Antoine Gros en 1871. Les quatrains pourraient être de la plume de Verlaine et les tercets de celle de Rimbaud.)
Obscur et froncé comme un œillet violet,
Il respire, humblement tapi parmi les mousses
Humide encor d’amour qui suit la rampe douce
Des fesses blanches jusqu’au bord de son ourlet.
Des filaments pareils à des larmes de lait
Ont pleuré sous l’autan cruel qui les repousse
À travers des petits cailloux de marne rousse,
Pour s’aller perdre où la pente les appelait.
Mon rêve s’aboucha souvent à sa ventouse;
Mon âme, du coït matériel, jalouse,
En fit son larmier fauve et son nid de sanglots.
C’est l’olive pâmée et la flûte câline,
Le tube d’où descend la céleste praline,
Chanaan féminin dans les moiteurs enclos.
LE BON DISCIPLE
Je suis élu, je suis damné!
Un grand souffle inconnu m’entoure.
O terreur! Parce, Domine!
Quel Ange dur ainsi me bourre
Entre les épaules tandis
Que je m’envole aux Paradis?
Fièvre adorablement maligne,
Bon délire, benoît effroi,
Je suis martyr et je suis roi,
Faucon je plane et je meurs cygne!
Toi le Jaloux qui m’as fait signe,
Donc me voici, voici tout moi !
Vers toi je rampe encore indigne!
Monte sur mes reins, et trépigne!
RENDEZ-VOUS
(Poème dont le sujet est Rimbaud puisque celui-ci avait écrit dans un premier jet au début de Ô saisons, ô châteaux :
« Je suis à lui chaque fois
Que chante son coq gaulois»
Ta voix claironne dans mon âme
Et tes yeux flambent dans mon coeur.
Le monde dit que c’est infâme;
Mais que me fait, ô mon vainqueur!
J’ai la tristesse et j’ai la joie,
Et j’ai l’amour encore un coup,
L’amour ricaneur qui larmoie,
Ô toi beau comme un petit loup!
Tu vins à moi, gamin farouche,
C’est toi — joliesse et bagout —
Rusé du corps et de la bouche,
qui me violente dans tout.
[ … ]
Je t’attends comme le Messie,
Arrive, tombe dans mes bras;
Une rare fête choisie
Te guette, arrive, tu verras!
Du phosphore en ses yeux s’allume
Et sa lèvre au souris pervers
S’agace aux barbes de la plume
Qu’il tient pour écrire ces vers …
MILLE ETRE
Mes amants n’appartiennent pas aux classes riches:
Ce sont des ouvriers faubouriens ou ruraux,
Leurs quinze et leurs vingt ans sans apprêts sont mal chiches
De force assez brutale et de procédés gros.
Je les goûte en habits de travail, cotte ou veste;
Ils ne sentent pas l’ambre et fleurent la santé
Pure et simple; leur marche un peu lourde, va, preste
Pourtant, car jeune, et grave en élasticité;
Leurs yeux francs et matois crépitent de malice
Cordiale et des mots naïvement rusés
Partent non sans un gai juron qui les épice
De leur bouche bien fraîche aux solides baisers;
Leur pine vigoureuse et leurs fesses joyeuses
Réjouissent la nuit et ma queue et mon cul
Sous la lampe et le petit jour, leurs chairs joyeuses
Ressuscitent mon désir las, jamais vaincu.
Cuisses, âmes, mains, tout mon être pêle-mêle,
Mémoire, pieds, coeur, dos et l’oreille et le nez
Et la fressure, tout, gueule une ritournelle,
Et trépigne un chahut dans leurs bras forcenés.
Un chahut, une ritournelle, fol et folle,
Et plutôt divins qu’infernals, plus infernals
Que divins, à m’y perdre, et j’y nage et j’y vole,
Dans leur sueur et leur haleine, dans ces bals.
Mes deux Charles: l’un, jeune tigre aux yeux de chatte,
Sorte d’enfant de chœur grandissant en soudard;
L’autre, fier gaillard, bel effronté que n’épate
Que ma pente vertigineuse vers son dard.
Odilon, un gamin, mais monté comme un homme,
Ses pieds aiment les miens épris de ses orteils
Mieux encor, mais pas plus que de son reste en somme
Adorable drument, mais ses pieds sans pareils!
Caresseurs, satin frais, délicates phalanges
Sous les plantes, autour des chevilles et sur
La cambrure veineuse et ces baisers étranges
Si doux, de quatre pieds ayant une âme, sûr!
Antoine, encor plus proverbial quant à la queue,
Lui, mon roi triomphal et mon suprême Dieu,
Taraudant tout mon coeur et sa prunelle bleue,
Et tout mon cul et son épouvantable épieu:
Paul, un athlète blond aux pectoraux superbes,
Poitrine blanche aux durs boutons sucés ainsi
Que le bon bout; François, souple comme des gerbes:
Ses jambes de danseur, et beau, son chibre aussi!
Auguste qui se fait de jour en jour plus mâle
(Il était bien joli quand ça nous arriva) ;
Jules, un peu putain avec sa beauté pâle;
Henri, miraculeux conscrit qui, las! s’en va;
Et vous tous, à la file ou confondus, en bande
Ou seuls, vision si nette des jours passés,
Passions du présent, futur qui croît et bande,
Chéris sans nombre qui n’êtes jamais assez!
BALANIDE
Gland, point suprême de l’être
De mon maître,
De mon amant adoré
Qu’accueille avec joie et crainte,
Ton étreinte
Mon heureux cul, perforé
Tant et tant par ce gros membre
Qui se cambre,
Se gonfle et, tout glorieux
De ses hauts faits et prouesses,
Dans les fesses
Fonce en élans furieux,
Nourricier de ma fressure,
Source sûre
où ma bouche aussi suça,
Gland, ma grande friandise,
Quoi qu’en dise
Quelque fausse honte, or ça,
Gland, mes délices, viens dresse
Ta caresse
De chaud satin violet,
Qui dans ma main harnache
En panache
Soudain d’opale et de lait.
Ce n’est que pour une douce
Sur le pouce
Que je t’invoque aujourd’hui.
Mais quoi! Ton ardeur se fâche …
O moi lâche!
Va, tout à toi, tout à lui,
Ton caprice, règle unique,
Je rapplique
Pour la bouche et pour le cul
Les voici tous prêts, en selle,
D’humeur telle
Qu’il te faut, maître invaincu.
Puis, gland, nectar et dictame
De mon âme,
Rentre en ton prépuce, lent
Comme un dieu dans son nuage,
Mon hommage
T’y suit, fidèle — et galant.
SUR UNE STATUE DE GANYMÈDE
Eh quoi! Dans cette ville d’eaux,
Trêve, repos, paix, intermède,
Encore toi de face et de dos,
Beau petit ami Ganymède?
L’aigle t’emporte, on dirait comme
Amoureux, de parmi les fleurs,
Son aile, d’élanséconome~
Semble te vouloir par ailleurs
Que chez ce Jupin tyrannique,
Comme on dirait au Revard
Et son oeil qui nous fait la nique
Te coule un drôle de regard.
Bah! Reste avec nous, bon garçon,
Notre ennui, viens donc le distraire
Un peu de la bonne façon.
N’es-tu pas notre petit frère?
(Verlaine qui décidément mettait toutes les cordes à son arc est aussi l’auteur d’un poème lesbien J’une belle sensibilité nostalgique.)
SUR LE BALCON
Toutes deux regardaient s’enfuir les hirondelles;
L’une pâle aux cheveux de jais, et l’autre blonde
Et rose, et leurs peignoirs légers de vieille blonde
Vaguement serpentaient, nuages autour d’elles.
Et toutes deux, avec des langueurs d’asphodèles,
Tandis qu’au ciel montait la lune molle et ronde,
Savouraient à longs traits d’émotion profonde
Du soir et des cœurs fidèles.
Telles leurs bras pressant, moites, leurs tailles souples;
Couple étrange qui prend pitié des autres couples;
Telles sur le balcon rêvaient les jeunes femmes.
Derrière elles, au fond du retrait riche et sombre,
Emphatique comme un trône de mélodrame,
Et plein d’odeurs, le lit défait s’ouvrait dans l’ombre.
JEAN SIMONEAU
(Québécois, 1943- )
Ce poète journaliste-enseignant québécois s’est fait connaître surtout par son livre Laissez venir à moi les petits gars, livre qui eut beaucoup de succès dans les années soixante dix. Auteur controversé, Simoneau a toujours prôné l’indépendance du Québec par tous les moyens et il a toujours propagé l’idée d’une liberté sexuelle totale et absolue, mais consentie. Il est l’auteur de livres politiques, de romans et de poésie, une poésie intimiste, caractérisée par une sensualité adolescente et par une tendresse émotive assez particulière.
Il a travaillé à la Tribune de Sherbrooke de 1968 à 1972. Ce journaliste, frôlant la marginalité, choque parce qu’il a toujours dénoncé l’hypocrisie idéologique de nos sociétés qui ne recherchent que le contrôle et l’exploitation.
Simoneau n’a jamais nié son goût pour les garçons et il a souvent écrit sur cet amour particulier. Pour cette raison, il a été démis de sa fonction d’enseignant en Abitibi et il a été emprisonné après un procès qui s’est déroulé sur une période de trois ans, jugé beaucoup plus, semble-t-il, pour ses idées politiques extrêmes sur l’indépendance du Québec — allant jusqu’à l’approbation du FLQ des années ’70 —, et l’exploitation des peuples par le capitalisme, que pour ses prétendues liaisons avec un adolescent.
Malgré qu’il s’agisse de pure fiction, sa sentence tint surtout à une page prise hors contexte de son livre l’Homo-vicièr ainsi qu’un texte intitulé Pour en finir avec l’hypocrisie ou Manifeste pour une liberté sexuelle absolue, consentie, dans lequel Simoneau prétend que la pédérastie est moins dangereuse et tue moins de jeunes que la drogue et certains virus, dont la jalousie et la domination.
Ainsi, Simoneau se considère comme un « prisonnier d’opinion ». Par hasard, Simoneau fut emprisonné pendant qu’Ottawa promulguait la loi sur la clarté référendaire. Craignait-on plus sa pédérastie que sa réputation surfaite de felquiste?
JORDAN
Petit Cri
adorable enfant
mi-Chine, mi-Amérique
je t’offre mes larmes
pour te baigner nu
dans mes yeux éblouis.
Parqué dans ta réserve
tu étouffes sous la morale
toute sénile toute blanche
monde qui nie l’essence même
le but ultime de la vie:
JOUIR.
Petit Cri
pour ta beauté
je te rends ta LIBERTÉ.
BEAU GARÇON
Je veux mourir pour toi
mourir d’amour et de volupté
mourir condamné de t’avoir caressé
d’avoir déchiré le voile de la haine
pour entrevoir le ciel toujours bleu
toujours chaud des caresses du soleil
hypnose permanente de beanté
de soif de ton corps de douze ans.
Ange, je serai enfin en toi
la mort est une porte d’entrée
un accès interdit aux hypocrites
une bouche chaude qui t’aspire
dans l’infini qui se révèle
indifférent à la haine des hommes
drogués de pouvoir et d’argent.
Je mourrai
fier de t’avoir fait connaître
la jouissance et la liberté.
PRIÈRE D’UN PÉDÉRASTE
Rien n’est plus beau
qu’un petit gars nu, bandé,
sinon le sourire de Dieu
qui l’observe ainsi magnifique.
Rien ne vaut la jouissance
dans ses yeux allumée
par ma langue sur son corps
par mes lèvres sur son gland
par mes doigts sur sa peau
sinon Dieu qui se réjouit
de m’entendre le remercier
de m’avoir offert l’extase
d’avoir créé tant de vie et de beauté …
J’aimerais mourir d’aimer
ce Dieu qui se mire en moi
que j’adore dans notre jouissance
à travers l’illumination de nos sens,
la passerelle de notre matière
avec l’amour de vivre sans délai
de toi, de toi, beauté infinie …
Dieu est beau
Dieu est extase
Dieu est sourire
Dieu est amour
Tu es le chemin qui m’y conduit …
Pourquoi son accès par ton corps
sa lumière à travers ton regard
sa vie au rythme de notre jouissance
nous seraient-ils interdits?
Si Dieu est amour
t’aimer comme je t’aime
est la plus belle des prières …
Et, le mal: argent égoïste
Père de la violence …
PASSION
Quand ton corps sous mes yeux
chante la gamme des sourires
Tout ce que je hais du monde
je le bannis avec tes lèvres
Je ranime le vert de ta salive
de ta voix, je chante le printemps
Avec toi
Au-delà du bien tout est noir
au-delà de la folie tout est musique.
BEL INCONNU
Ton sourire m’a envoûté
malgré les distances, les paysages
je trouve en toi les couleurs de la vie
L’hiver nous enivre
sans soleil de Floride
la neige nous enveloppe
nous grise de se revoir
De boire à tes douze ans
de gamin exalté
ta puissance naissante.
UN AMOUR DU VIETNAM
À l’aube de ton oeil
juste sous la paupière
je dansais au vertige
d’un temps tué de désir.
Tu étais là toi
toi que ma voix avait rejoint
à l’autre bout du monde
à travers les obus, triste à mourir
un cri de désespoir et de révolte
un cri de pas éclatés
qui t’ont fait marcher jusqu’à moi.
Le creux de tes mains portait
nos vies, nos espoirs, nos hantises
ces mains si petites, si frêles
sous le poids de vivre.
Tu nageais sur la mort
oublié sur une plage entre les cadavres
et l’écho de ton nom, crié sans te connaître
t’as fait naître ici dans le plaisir
et nous avons bien ri d’avoir déjoué
enfin, malgré nous, un destin
qui se prenait pour un autre.
Que ferons-nous maintenant
de tes 14 ans?
À pas feutrés sans l’ombre d’un doute
nous plongerons nos doigts dans la vie
nous jouerons sur la plage jonchée de cadavres
à rire de la folie et à boire l’ivresse
d’un autre temps
d’un autre pays
d’une autre main.
Une caresse tendre …
Sans frontière à nos rires
sans murs entre nous
nous installerons dans la vie
la semence d’un âge d’or.
MON VRAI PAYS
Mon pays n’a pas de nom
je suis de race pédéraste
je contemple la vie
rivé à l’extase sourire
des premières éjaculations
d’un petit bonhomme qui me plaît.
Mon pays n’a pas de nom
je suis de race pédéraste
Je bois l’amour et le bonheur
au bout de petits pénis
qui apprennent en soubresauts
le chemin de la jouissance.
Mon pays n’a pas de nom
je suis de race pédéraste
De ceux prêts à mourir
pour un regard
pour un toucher
pour juste un peu d’amour.
Mon pays n’a pas de nom
je suis de face pédéraste
Et c’est pour ça
que l’on m’exclue
que l’on me chasse
que l’on m’accable
qu’on me condamne.
Je n’aurai jamais de pays
sinon le corps d’un gamin
que je découvre
avec ma langue …
SOLON
(640-558 av. J.-C.)
Solon, premier des poètes athéniens, commerçant et politicien, passe pour avoir ramené la paix religieuse et sociale dans sa patrie; il donna une constitution à son pays et pour tout cela, il ne fut pas payé en retour quoiqu’à la fin, il fut considéré comme l’un des sept sages de la Grèce. Son écriture, sensible et enjouée, reste un modèle du genre.
Tu aimeras les garçons
dans la charmante fleur de leur âge
désirant leurs cuisses et leur douce bouche.
Ils me sont bien précieux
Ils me sont bien précieux,
Les Muses, Bacchus et Cypris;
Leur art réjouit le coeur humain.
Grâce à eux,
li n’y a pas un homme
Qui, dans son bel âge,
Ne cherche un doux garçon
Aux flancs souples,
Au baiser plein de tendresse.
ACHILLE TATIUS ou AKHILLEUS TATIOS
(Grec, IVe siècle)
Auteur en huit tomes d’un roman d’amour: Aventures de Leucippe et de Clitophon dont, curieusement, le Moyen âge fit la renommée. Il renia son œuvre en se convertissant sur le tard au christianisme. On comprendra qu’il ne serait pas heureux de l’extrait de son roman que nous reproduisons ici.
Chez la femme tout est fardé, et les paroles et le corps: si quelqu’une paraît belle, c’est l’œuvre longtemps élaborée des onguents et de la peinture. Sa beauté est tout entière dans les parfums, dans la teinture des cheveux, dans l’artifice de ses caresses. Dépouillez-la de ces mille accessoires menteurs, elle ressemblera au geai de la fable, dépouillé de ses plumes. La beauté des garçons, au contraire, n’est pas saturée de toutes ces senteurs, de toutes ces odeurs trompeuses et empruntées; mais la sueur du joli garçon a un plus doux parfum que toutes les huiles et lotions féminines. On peut d’ailleurs, avant les embrassements amoureux, les étreindre à la palestre, les serrer dans ses bras, les caresser au grand jour et sans honte. Les ardeurs de l’amour ne viennent
pas s’éteindre sur une chair molle et sans résistance; les corps se résistent mutuellement et luttent entre eux de volupté. Les baisers n’ont pas l’apprêt de ceux de la femme; leur art menteur ne prépare point sur les lèvres une fade déception: l’enfant embrasse comme il sait; ce sont des baisers sans artifice, mais ce sont ceux de la nature. L’image des embrassements d’un
joli garçon, c’est le nectar devenu solide, se substituant aux lèvres, donnant et recevant ces baisers. Pour l’amant pas de satiété; il a beau puiser à la coupe, toujours il a soif de baiser encore; il ne saurait retirer sa bouche jusqu’à ce que l’excès même de la volupté le force à quitter les lèvres.
THÉOCRITE
(310-250 av. J.-C.)
Poète bucolique dont la vie est très mal connue. Les sensations qu’il exprime spontanément naissent de la nature. Il sait décrire avec justesse les élans et les déceptions amoureuses, de même que les tourments des amours contrariés.
À L’AIMÉ
Je vais te dire ce qu’il y a au fond de ma pensée:
Tu ne veux pas m’aimer de tout ton coeur.
Je m’en aperçois.
Car je vis d’une moitié de vie,
À cause de ta beauté;
Et le reste est perdu.
Quand tu veux, je passe le jour
Tout comme les Immortels;
Quand tu ne le veux pas,
Je suis en pleines ténèbres.
Est-ce chose convenable,
De livrer aux tourments qui vous aime?
Si tu veux bien me croire, toi plus jeune,
Moi qui suis ton aîné,
Tu pourras t’en trouver mieux toi-même
Et m’en remercier.
Fais un seul nid sur un seul arbre,
Où n’atteindra aucun méchant serpent.
Présentement, tu occupes aujourd’hui une branche,
Demain une autre:
Tu cherches à passer de celle-ci à celle-là.
Si quelqu’un te voit et loue ton beau visage,
Te voilà devenu pour lui,
Aussitôt, mieux qu’un ami de trois ans;
Et celui qui t’aimait le premier,
Tu le mets au rang des amis de trois jours.
Tu as l’air animé d’une fierté plus qu’humaine;
Contente-toi, tant que tu aimeras,
D’avoir toujours ton égal.
Si tu agis de la sorte,
Tu entendras parler en bien
De toi par tes concitoyens
Et Éros ne te sera pas cruel,
Éros qui sans peine fléchit
Sous lui l’âme des hommes
Et qui m’a amolli, moi qui étais de fer.
Mais, par ta bouche si douce,
Je t’en supplie, souviens-toi que l’an dernier,
Tu étais plus jeune que tu n’es,
Qu’en moins de temps
Qu’il ne faut pour cracher
Nous sommes vieux et ridés,
Et que ramener à soi la jeunesse est impossible;
Car elle a des ailes aux épaules,
Et nous sommes trop lents pour saisir ce qui vole.
Songe à cela, et montre-toi plus doux;
Je t’aime, aime-moi aussi franchement.
Ainsi, quand tu auras au menton une barbe virile,
Nous serons l’un pour l’autre
Des amis dignes d’Achille.
Mais si tu laisses les vents
Emporter mes paroles,
Si tu te dis en toi-même:
« À quoi bon, mon cher, m’importuner? »
— Moi qui maintenant irais pour te complaire
Chercher les pommes d’or et conquérir
Cerbère gardien des trépassés,
— Alors m’appellerais-tu,
Je ne m’avancerais pas même
À la porte de ma maison,
Guéri que je serais de la passion dont je souffre!
L’AMOUR ME TIENT …
Ah! La pénible et triste maladie!
Comme une fièvre quarte,
L’amour d’un garçon me tient
Depuis bientôt deux mois.
I! est beau moyennement;
Mais toute sa personne,
À partir du niveau du sol, est pure grâce;
Et il a aux joues un doux sourire.
Présentement, le mal règne certains jours,
Et d’autres fait relâche; mais bientôt,
Même pour jouir d’un instant de sommeil,
Je n’aurai plus de trêve.
Hier, en passant, il m’a lancé un mince regard
À travers ses sourcils, — car il n’osait
Me regarder en face, — et son visage rougissait.
L’amour m’a étreint le coeur plus fortement;
Je rentrai au logis portant dans les entrailles
Une nouvelle blessure.
J’appelai par-devant moi mon âme
Et je me dis à moi-même bien des choses:
« Que fais-tu là encore?
Quel sera le terme de ta folie?
Ne sais-tu plus que tu portes
Aux tempes des cheveux blancs?
Il est temps d’être sage.
Ne va pas, quand tu n’as rien de l’aspect
D’un homme jeune, agir comme ceux
Qui viennent seulement de goûter à la vie.
Et puis, une autre chose t’échappe:
Mieux vaudrait certainement,
Pour un homme déjà mûr,
Être étranger aux pénibles amours
Qu’inspire un jeune garçon.
De celui-ci la vie passe,
Comme la course d’une biche rapide;
Demain, voguant dans une direction nouvelle,
Il changera ses agrès;
Et il ne garde pas, avec ses compagnons d’âge,
La fleur de l’aimable jeunesse.
Mais l’autre, le regret le dévore
Jusqu’à la moelle des os,
Le regret fait de souvenir:
Il voit, en songe, la nuit, beaucoup d’images;
Une année entière ne suffit pas
Pour mettre un terme à sa cruelle souffrance. »
L’AMI
Trois longues nuits et trois aurores
A duré ton absence.
Ami tendrement désiré,
Tu es de retour.
Mais de t’avoir attendu
M’a fait vieillir
Plus que le nombre des jours.
Comme le printemps est plus doux que l’hiver
La pomme plus appétissante que la prune ou la pêche
Qui n’ont pas mûris,
Comme la brebis, abondante laine,
Plus douce au toucher que celle du délicat agneau,
Ou plus douce que la vierge
En sa précoce innocence
Que la veuve mariée trois fois.
Ainsi, après ta cruelle absence,
Je me sens à ton retour.
Et comme le voyageur qui court et crie
En apercevant de loin
Le chêne de son village
Après un long voyage
Sur des routes difficiles,
Je m’élance vers toi!
De son haleine parfumée,
Éros souffle sur nous.
Proclamez éternellement
Celui qu’on nommait l’amant
Au pays d’Amyclées,
Celui qu’on nommait l’aimé
En Thessalie.
Et que jour après jour,
Nous demeurions vivants
Sur les lèvres de la Jeunesse.
Il faut, gens de Mégare,
Aux mains assurées
Comme des avirons ailés
Qu’un dieu bon témoigne
De quels rites, de quels soins,
De quels dons inépuisables
Vous honorez Dioclès
Tombé sous vos murs
En combattant
Pour sauver un ami.
Au pied du monticule
Où dort cette âme superbe,
Il faut instaurer une compétition de baisers
Et l’enfant qui, sur la lèvre aimée, pose le mieux la sienne
Retourne, heureux, vers sa mère.
Ganymède, le bel adolescent céleste
Pour départager ces jeux possède
Les qualités du peseur d’or,
Le peseur qui sait si bien séparer l’or le plus pur
D’avec les métaux les plus grossiers.
ANTONIO ROCCO
(Italien, 1617-1664)
Auteur talentueux, libre d’esprit, philosophe, il était un partisan convaincu de l’amour socratique. Il décrit l’initiation du jeune Alcibiade avec beaucoup de poésie et sous les couleurs les plus agréables.
ALCIBIADE EST ACCUEILLI PAR PHILOTIME
(Alcibiade est un jeune romain, orphelin déluré à qui on donne comme professeur Philolime, adepte de l’éducation pédérastique.)
Philolime :
— J’introduirai dans le réceptacle de votre intelligence des semences de doctrines fécondes et agréables qui vous paraîtront surnaturelles. Je n’userai pas avec vous de la rigueur avec laquelle j’entre d’habitude dans le cœur des autres enfants pour leur imprimer le respect; mais nos premiers rapports seront pleins de confiance et d’agréments; recevez d’abord en tout bien tout honneur ce baiser que je vous donne comme un gage de mon affection et de l’égalité de nos rapports …
L’enfant à ce nouvel assaut se rejeta en arrière et devint pâle et tremblant.
Le maître le rassura en lui disant :
— … Ne craignez rien, mon fils; la langue dans la bouche ne saurait faire aucun mal; elle n’est nuisible que quand sa hardiesse sort des limites de la justice. Cette éloquence que vous attendez de mon savoir, que vos tuteurs ont cherchée avec tant de zèle, que mon dévouement saura vous donner, vous ne
l’obtiendrez que si votre langue ne fait un avec la mienne. La main aide la main, l’esprit aide l’esprit, la langue aide la langue. Sur moi, mon trésor, sur moi!…
Et le prenant en même temps sur son sein, Philotime entrecoupait chacune de ses paroles de baisers. L’enfant se détourna un peu d’un air de courroux dédaigneux, mais c’était une de ces résistances provocantes qui ne font que raviver le désir et assaisonner la volupté. Alcibiade ne se montrait pas rebelle et laissait le maître caresser le fruit délicat et velouté des bienheureuses et célestes pommes.
Celui-ci donc visitait d’une main fébrile ce séjour de paradis et, dans les vaines extases d’un désir inassouvi, il concevait au contact de la douce entrée toute la félicité du bienheureux. Ce jeu plaisant, ce plaisant prélude dura jusqu’à ce que des affaires importantes vinrent l’arracher à sa joie; mais il lui en resta une sorte d’ivresse qui lui confondait les sens, au point qu’à la seule pensée de ce bonheur, il était obligé d’interrompre ses travaux.
Une ou deux leçons plus tard, Alcibiade demande à Philotime :
— Dites, mon maître, je vous prie, si l’on prend plus de plaisir avec les garçons qu’avec les femmes et pourquoi?
— La rencontre des semences a je ne sais quoi de désagréable; c’est comme une pluie importune et intempestive qui vous alanguit et vous fatigue. La vaste capacité du con vous cause une sorte d’horreur. C’est un labyrinthe qui vous invite à vous perdre plutôt qu’a vous réjouir. Voyez, au contraire, ce joli petit conduit fait au tour, qui vous mène au jardin fleuri des garçons. Ne renferme-t-il pas tous les plaisirs? Et le mouvement de ces deux coussinets arrondis, frais, veloutés, qui s’ébattent entre vos cuisses, ne porte-t-i pas au comble de la volupté? Ne vaut-il pas tous les plaisirs, non seulement réels, mais imaginaires que l’on peut goûter avec la femme? Ne vous semble-t-il pas que la nature, en donnant à ces bienheureuses fesses, cette forme rondelette, ce moelleux délicat, a voulu expressément nous montrer qu’elle destinait à remplir la concavité que forme notre corps quand nous en jouissons.
C’est le contraire chez la femme. Dans le coït, la convexité des deux ventres qui se touchent laisse un vide entre les parties et les empêche de former cette union parfaite qui seule fait l’extrême jouissance. Quand on jouit d’un garçon, on n’est privé ni de la douceur du baiser, ni du bonheur de respirer le souffle embaumé de sa bouche amoureuse. Là aussi l’union est complète et l’ivresse doucement partagée, lorsque le bien-aimé prend une position qui lui permet de tourner son visage vers celui de son amant, tandis que la ciboule se plante dans son jardin où frétille gentiment entre ses mains, selon le caprice du charmant jouvenceau.
LA JOUISSANCE DES ENFANTS.
Philotime:
— Quant à la question de savoir pourquoi certains enfants jouissent plus que d’autres, cela vient de ce que les parties de leur « jardin » sont unies à celles de leur « chardonneret » par des nerfs plus subtils, ce qui rend plus facile la communication des esprits; en sorte que le frémissement voluptueux de l’oiseau» accompagne et précède même la jouissance ressentie par le « jardin ». Quelques-uns même éprouvent un tel plaisir à se faire chevaucher qu’ils en deviennent comme fous de désirs, qu’ils prient, qu’ils supplient, qu’ils forcent même leurs amants à leur faire la même chose. Ces enfants sont vifs et ardents entre tous les autres, parce que l’abondance des esprits lascifs qu’ils ont en eux donne de l’agilité à leurs mouvements et les rend plus chauds dans l’action; aussi les moindres actes révèlent-ils leur but où ils tendent, sans compter certains mouvements voluptueux des hanches, certains va-et-vient lascifs qui sont produits aussi par la circulation des esprits. il y a encore certains garçons tranquilles et posés qui n’éprouvent pas avec le même excès le désir de « carillonner », mais si faible soit en eux l’ardeur amoureuse commune à tous les êtres, ils n’en sont pas moins enclins à s’abandonner aux caresses, aimant à le faire sans le dire.
LA SATISFACTION DES SENS
Alcibiade:
— Je me rends à vos vœux et c’est le désir de m’instruire plus que toute autre raison, qui me détermine. Voyez, je m’apprête à vous satisfaire …
Ce disant, il souleva sa robe et prit modestement la posture propre à la circonstance. Le maître lui prêta secours de sa main et le membre viril bientôt étala ses glorieux trésors d’amour qui firent rougir de honte le ciel et les étoiles. Le soleil lui-même, vaincu par ces splendeurs plus que célestes, n’eut rien de plus pressé que de se voiler la face. Qui pourra jamais détailler les incroyables merveilles répandues à profusion sur ce petit abrégé des splendeurs de l’univers? Les deux hémisphères arrondis, pareils aux globes célestes, colorés d’un sang chaud, étaient semés de touffes vivantes de troènes et de narcisses. Au moindre toucher de la main, on les voyait tressaillir et s’empourprer de mille rubis qui éclataient sur un fond de lait et de cinabre. Tout n’était là que prairies charmantes, jardins fleuris, arc-en-ciel nuancé, blancs rayons, étoiles scintillantes. Leurs mouvements réguliers, graves, amoureux, comme on pouvait l’attendre de ce glorieux enfant, auraient fait bander une statue de bronze et de marbre. Oh! quel spectacle majestueux et royalement beau que celui de ce bouton aux plis serrés et délicats, pareil à une rose naissante, fleurette aux mille couleurs diaprées où la neige partout se le disputait à la pourpre …
FREDERICK ROLFE
(Anglais, 1860-1913)
Protestant, il se convertit au catholicisme vers l’âge de vingt-cinq ans et il voulut devenir prêtre, mais sa personnalité fantasque et compliquée, même intraitable, ne prédisposa pas les autorités religieuses à lui conférer le sacerdoce. Rolfe ne renonça jamais complètement à ce rêve de jeunesse: son mépris de la femme l’incitant à croire qu’il avait le vocation. Il devint maître d’école, par ailleurs très apprécié de ses élèves avec qui il partageait les mêmes goûts pour l’imaginaire et la fuite de la réalité. Il était tout différent en compagnie des garçons et des jeunes gens avec qui il partageait des affinités, il pouvait alors être doux et aimable.
Rolfe avait une intelligence vive et il s’intéressait beaucoup aux sciences. Esprit curieux et inventif, il inventa un appareil pour photographier sous l’eau, un procédé pour la photographie couleur. Il s’adonna en même temps à la peinture et à la poésie. Il fit aussi publier des contes au style agréable et surprenant; il les illustrait lui-même. Il commit aussi des récits historiques où il se montra original.
Après avoir été secrétaire du Dr Hardy, ancien principal du Jesus Collège d’Oxford, il décida de partir pour l’Italie où il fut complètement séduit par Venise. Il s’y installa.
Les Anglais de Venise qui le reçurent furent vite rebutés par son vilain caractère. Il finit par mener une existence misérable dans un hôtel minable. Malade et mourant de faim, il mourut d’une attaque. Sa devise est à la hauteur du personnage: « Le désir et la poursuite du tout, c’est l’amour »
.
UN GARÇON GLORIEUX
Glorieux, ce garçon! Si grand, si droit, si blond,
Si doux, si mince, si fort pourtant,
Avec sa large poitrine, ses blanches épaules carrées,
Sa forme noble, gracieuse que portaient
Aisément ses jeunes membres lorsqu’il déambulait.
Sa voix de calendrette par un beau jour d’été,
Si grave, si claire, comme un gong résonnait;
Un visage pur et frais, à ne pas comparer;
Un garçon glorieux.
Sa peau était bronzée, lisse, douce; ses cheveux
Bouclés, dorés comme le blé,
Encerclaient son front immaculé et ses grands yeux
Limpides et bleus; tout nu et dévêtu,
Couvert de soie, toujours ce titre il méritait:
Un garçon glorieux.
LE DÉSIR ET LA POURSUITE DU TOUT
(C’est le titre du dernier roman de Rolfe. Dans ce livre, Crabbe, le héros, demeure sur un bateau et il s’éprend vivement d’une jeune fille qui a l’air d’un garçon, Ermenegilda Falier. Si elle n’avait pas eu l’air d’un garçon, Crabbe ne l’aurait peut-être même jamais remarquée.)
Ermenegilda Falier, toutefois, n’était pas une fille ordinaire. Elle était une anomalie, une bizarrerie de la Nature, qui avait fait un croquis très beau et très noble d’un garçon, et ne l’avait pas achevé. Elle avait les cheveux coupés court, elle les avait toujours eus ainsi. Elle avait dix-sept ans: mais ses muscles pectoraux étaient aussi somptueusement plats et vigoureux que ceux de l’Éros de Praxitèle ou de la Fanciulla d’Arzio, récemment découverte et dont tout le monde fait si grand cas. Elle n’avait pas plus de taille qu’un garçon qui aurait ramé toute sa vie, debout, se tendant pour lancer son coup d’aviron, à la mode vénitienne, emplissant et vêtant ses reins de cette ceinture ondulante de muscle charmant qu’adorait Michel-Ange (et qu’on dit inventée par lui) — cette ceinture qu’aucun hercule de foire n’a encore réalisée au moyen d’imbéciles haltères à ressorts ou d’ « exerciseurs » en caoutchouc. Et quant à la hanche, à cette croupe horrible et sans signification, adorée des callipyges en forme de petit œuf glissant d’un gros œuf glissant d’une campanule renversée, accentuant l’hypertrophie causée et cultivée par les corsets à devant droit — elle était ramassée, nette, arrondie et souple comme le Narcisse de Pompéi. Et ses mains agiles à la paume dure, à la jointure du pouce cornée — et ses pieds longs, grands, sensitifs, bien sculptés, élastiques … Elle serait un garçon. Elle serait un serviteur. Elle servirait, servirait seulement, — ah oui, mais elle serait sûre, pour servir. Comme elle le désirait.
PIERRE DE RONSARD
(Français, 1524-1585)
Ronsard a raconté qu’il eut une enfance délicieuse au château de la Possonnière, situé à la campagne, ce qui l’ouvrit à la poésie. Il fut page à la cour de France, puis à celle d’Écosse. Très jeune, il souffrit de surdité, ce qui l’empêcha de faire la carrière militaire à laquelle il se destinait. À partir de ce moment, il décida de se consacrer à la poésie. Nommé conseiller et poète de fa cour de Charles IX, il connut une vie mondaine et composa une importante œuvre lyrique et épique. Encore aujourd’hui ses poèmes sont connus et appréciés
.LANCE AU BOUT D’OR
Lance au bout d’or, qui sçais et poindre et oindre,
De qui jamais la roideur ne défaut,
Quand en champ clos, bras à bras, il ne faut
Toute les nuits au doux combat me joindre;
Lance vraiment qui ne fus jamais moindre
À ton dernier qu’à ton premier assaut,
De qui le bout bravement dressé haut
Est toujours prest de choquer et de poindre!
Sans toy le monde un chaos se feroit,
Nature manque inhabile seroit,
Sans tes combats d’accomplir ses offices.
Donc si tu es l’instrument de bonheur
Par qui l’on vit, combien à ton honneur
Doit-on de vœux, combien de sacrifices?
RUTEBOEUF
(Français, décédé en 1285)
Ruteboeuf que l’on sait joueur et débauché a été le plus ancien représentant de la poésie personnelle française …. D’après ses écrits, if a vécu les misères de la bohème dont il a chanté dans des accents lyriques et sur un ton personnel les hauts et les bas. Dans son Dit de l’herberie, il s’épanche dans de mordantes satires contre les femmes.
LA COMPLAINTE RUTEBOEUF
Que sont mes amis devenus
Que j’avais de si près tenus
Et tant aimés?
Je crois qu’ils sont trop clairsemés,
Ils ne furent pas bien semés
Et sont faillis.
De tels amis m’ont mal balli,
Car dès que Dieu m’eut assailli
En maint côté,
N’en vis un seul en mon hôté :
Le vent, je crois, les a ôtés.
L’amour est morte.
Ce sont amis que vent emporte,
Et il ventait devant ma porte,
Aussi les emporta …
71
DENYS-SANGUIN DE SAINT-PAVIN
(Français, 1600-1670)
Il était le fils de Madame des Essarts et du Cardinal de Guise. C’est peut-être la raison pourquoi il entra jeune dans les ordres. Il reçut en partage l’abbaye de Saint-Savin de Champs dans le diocèse de Mans. Il y mena une vie dissolue, et il recevait sans ‘vergogne la joyeuse compagnie des Libertins. Fidèle à ses amis dont Madame de Sévigné et Théophile de Viau, il était spirituel et badin, d’une gentillesse exemplaire. Il ne fit jamais un secret de ses goûts, car il airnait à se nommer lui-même le Roi de Sodome.
MA VIE EST PLUS RÉFORMÉE
Ma vie est plus réformée
Qu’elle n’estoyt ci-devant:
Alidor est à l’armée,
Et Phylis est au couvent.
Ma main est la bien-aimée
Qui me sert le plus souvent:
Le soir, ma porte fermée
Seul, je m’en joue en rêvant.
Ne croy pas que je me pasme
Au souvenir d’une dame
Ou de quelque beau garçon:
À moy seul je m’abandonne,
Et je conserve le nom
Que tout le monde me donne.
ÉPIGRAMME
Si ton page donne à boire,
On jette l’oeil sur sa beauté,
Aussitôt dans une humeur noire
Tu nous regardes de côté.
Est-ce une chose criminelle
Pour nous traiter de la façon?
La nature nous défend-elle
De regarder un beau garçon?
Crois-moi, sois désormais plus sage
Et quand tu fais goûter tes vins,
Si tu ne peux souffrir qu’on regarde ton page,
Donne à dîner aux Quinze-Vingt…
STRATON DE SARDES
(Grec, 1" siècle après J.-C.)
Peu de choses nous sont parvenues sur ce poète qui a traité l’amour des garçons d’une façon libre et quelquefois licencieuse. Il est l’auteur du IXè livre de l’anthologie palatine (Musa puerilis) où on trouve plusieurs de ses œuvres personnelles.
GARÇONS DÉSIRABLES
J’aime la fraîcheur de l’enfant de douze ans;
mais celui de treize ans est beaucoup plus désirable.
Plus douce encore est la fleur d’amour
qui s’épanouit à quatorze ans,
et de plus en plus charmante celle de la quinzième année.
Seize ans, c’est l’âge divin.
Dix-sept ans, je n’oserais y prétendre: Zeus seul y a droit.
Quant à celui qui cherche des garçons plus mûrs,
il n’a pas le goût des jeux enfantins:
ce qu’il désire,
c’est un partenaire qui soit en état de lui donner la réplique.
DISPOSITION
Je chéris les garçons au teint clair
Et j’aime aussi les blonds et j’aime aussi, ma foi, les châtains dorés
et les garçons bruns ne me laissent pas indifférents.
Mais ce que j’apprécie beaucoup
Ce sont les prunelles fauves,
Mais vraiment ce que j’adore,
Ce sont des yeux sombres
Qui lancent des éclairs.
QUEL EST CELUI ?
Quel est celui qui t’a parlé de fleurs?
Ton amoureux ou ton père?
C’est ton père?
Alors c’est qu’il a aussi des yeux.
LE PETIT VENDEUR DE FLEURS
Dans le bazar en plein air,
Il m’offre une couronne de fleurs
Qu’il a tressé de ses jolies mains.
Et moi, je les touche à demi-fanées
Et je lui chuchote:
« C’est combien? »
Il rougit encore plus que ses roses
Et il proteste à voix basse:
« Ce n’est pas le moment,
Mon père nous écoute! »
J’achète la couronne
Et je poursuis ma route.
Une fois chez moi,
Je dépose les fleurs
Sur mes dieux lares familiers.
Et je ne me gêne surtout pas
Pour les supplier …
À UN JEUNE ESCLAVE
Si tu étais innocent,
J’hésiterais certainement.
Mais déjà ton maître l’a initié:
Il s’endort près de toi, contenté.
Moi, je t’offre mon amour,
La tendre intimité,
Le rire, les paroles
Qui viennent après le baiser,
Même parfois l’agréable liberté de Ion refus.
FROIDEUR DU MARBRE
Ne te couche pas ainsi
Sur le marbre froid,
Il ne peut pas jouir.
IL NE VOIT PAS …
L’amant qui vit sans cesse
Avec l’objet de son arnour,
Ne le voit pas vieillir.
Tu es toujours le même,
Si vous avez été mon plaisir hier;
Mes amours, pour quelle raison
Ne le seriez-vous pas aujourd’hui?
Et encore plus demain
Et jusqu’au dernier de mes jours?
DANS MON LIT …
Dans mon lit, Diphilos, un air chagrin et honteux
N’est pas de mise.
Laisse ces façons-là aux garçons vulgaires.
Il me faut d’abord tes premiers baisers,
Tes jeux avant l’effort final, des désirs lascifs,
Des chatouillements, la douce caresse de tes lèvres,
Des mots polissons qui aiguisent le désir.
PROTESTATION
Je déteste les baisers qu’il faut prendre de force,
Les revendications véhémentes,
Les mains brutales qui repoussent.
Je ne suis pas d’accord non plus avec un garçon
Qui, à peine dans mes bras, consent à tout
Et s’offre comme une femme.
Entre ces deux excès, il y a un juste milieu.
Ce qui plaît, c’est qu’on sache à la fois opposer un refus
Et un consentement complice.
WILLIAM SHAKESPEARE
(Anglais, 1564-1616)
Shakespeare reste un écrivain universel. Il est l’auteur de pièces de théâtre dont les personnages ont marqué la culture de l’humanité, qu’on pense seulement à Roméo et Juliette.
Il a publié de son vivant des sonnets sous le titre de Quarto et la critique élogieuse de Francis Meres dans son Paradis Tamia (1598) révèle assez l’influence qu’eût l’écrivain: « L’âme suave et spirituelle d’Ovide revît en
le « miliflue ». Shakespeare a la langue de miel, comme en témoignent Vénus et Adonis, sa Lucrète, ses sonnets sucrés connus de ses amis intimes. »
Les sonnets ont pour objet le très grand amour de Shakespeare pour un beau jeune homme désigné sous les initiales W.H. Certains chercheurs ont prétendu qu’il s’agissait de William Harvey, troisième mari de Lady Southampton, mère du comte Henri Wriothesley. Sir William Harvey aurait demandé à Shakespeare de
composer ces poésies pour encourager le jeune comte au mariage. D’autres critiques croient que les sonnets seraient dédiés à William Hugues, un acteur spécialisé dans des rôles féminins, et d’autres encore qu’ils pourraient s’agir de William Herbert, comte de Pembroke et peut-être même de William Hall, imprimeur. Une chose est sûre, Shakespeare ne voulait pas que l’identité de son aimé soit dévoilée.
Fils de marchand, William Shakespeare est retiré très tôt de l’école. Il débute dans de petits emplois dans un théâtre où il passe bientôt au rang d’acteur. II écrit déjà des pièces de théâtre où son talent est vite apprécié du public. La peste qui frappe Londres en 1592 cause la fermeture de tous les théâtres.
Shakespeare produit cependant, joue et fait jouer en plein air. En 1613, il réside à Stratford qu’il rendra célèbre. Il y meurt en 1616.
SONNETS
Ton visage est de femme, et par Nature peint,
O de ma passion le maître et la maîtresse;
De femme est ton doux coeur, quoiqu’il ne sache rien
Des changements soudains qu’on voit à ces traîtresses;
Ton oeil est plus brillants, moins pervers à rouler:
Il dore tout objet auquel il s’abandonne;
Ton aspect d’homme ravit l’oeil,
des femmes l’âme étonne.
Et c’est femme d’abord que Nature te fit,
Mais en te façonnant s’éprit de son ouvrage,
Et par addition de toi me déconfit
En t’ajoutant un rien à mes fins sans usage:
Armé pour le plaisir des femmes, fais donc mien
Ton amour, et du fruit de ton amour leur bien.
Qu’elle soit tienne, ami, n’est point tout filon regret;
Je l’aimais chèrement, pourtant, on peut le dire,
Une perte d’amour me touche de plus près:
Tu es sien, et c’est là de mes tourments le pire.
Offenseurs en amour, je vous veux excuser:
Tu l’aimes seulement de savoir que je l’aime,
Et c’est l’amour de moi qui la fait me tromper,
En te laissant l’aimer par amour pour moi-même.
Je l’aime et, te perdant, te perds à son profit;
Si je la perds, c’est toi, ami, qui la trouves.
En se trouvant tous les deux, tous deux me sont ravis
Et pour l’amour de moi de cette croix m’éprouvent.
Mais bonheur! Mon ami n’est qu’un avec moi-même;
O douce illusion: c’est donc moi seul qu’elle aime.
Pour moi, tu ne seras jamais vieux, bel ami,
Car telle que d’abord quand nos yeux se croisèrent
Semble encor ta beauté; trois froids hivers depuis
L’orgueil de trois étés aux forêts arrachèrent;
Dans le cours des saisons je vis trois beaux printemps
À l’automne jaunir; trois juins ardents brûlèrent
Les délicats parfums de trois avrils; pourtant
Je te vois vert ainsi qu’en ta fraîcheur première.
Cependant la beauté, comme aiguille au cadran,
Va s’écartant des traits à pas imperceptibles;
Ainsi, trompant mes yeux, pourrait ton teint charmant
Changer d’un mouvement qui n’est point sensible:
Ce craignant, temps à naître, oyez que la beauté
Avant votre venue péri l’été.
Ainsi que deux esprits, deux amours me conseillent,
L’un fait de réconfort, l’autre de désespoir;
L’un bon ange est un homme aux blondeurs non pareilles,
Le mauvais est une femme, ange néfaste et noir.
Pour me damner bientôt, cette funeste femme
Tente de détourner de moi mon ange bon,
Et poursuit sa candeur de son orgueil infâme
Pour corrompre mon saint et en faire un démon.
Et ne puis affirmer, quoique je le soupçonne,
Si déjà mon bon ange est démon devenu,
Bien qu’amis l’un de l’autre, et loin de ma personne,
J’en croie un dans l’enfer de l’autre retenu,
Mais je dois vivre en doute, et je ne le saurai
Si bon n’est chassé par les feux du mauvais.
PLUTARQUE
(Grec, 20 après J.-C.- 125)
CHANT POPULAIRE
Ô jeunes garçons, à qui le sort a donné des grâces
et d’honnêtes parents,
Ne refusez pas aux braves de jouir de votre jeunesse,
Car en même temps que la vaillance, le bienveillant Éros
Fleurit dans les villes des Chalcidiens.
À Argos, je le sais, la mariée se met une fausse barbe pour la nuit de ses noces.
À Cos, le mari enfile des vêtements féminins.
À Sparte, la future mariée est remise entre les mains de la nympheutria; cette femme lui coupe les cheveux ras, la vêt d’un vêtement d’homme et lui met des chaussures masculines. Ensuite, elle la laisse seule sur une paillasse, dans la noirceur.
Le jeune marié, qui n’est pas ivre, ni amolli par les plaisirs de la table mais qui, avec sa sobriété coutumière, a dîné aux phidities, entre, lui délie la ceinture et, la prenant dans ses bras, il la porte sur le lit. Puis, sans plus de préambule, il va dormir avec ses compagnons, des tout jeunes gens. Le marié peut agir de cette façon plusieurs années durant, si bien qu’il est père plusieurs fois sans avoir jamais vu sa femme en plein jour.
Je suis bien d’accord avec cette coutume, car la liberté des relations sans entraves amène le déclin des sentiments. Etj’imagine que ce déguisement de fille en garçon est un moyen de rassurer le jeune marié, plus habitué à faire l’amour avec des garçons ou des hommes qu’avec des femmes.
POLITIEN
(Toscan, 1454-1494)
Il avait comme prénom Ange et il fut précepteur des enfants de Laurent de Médicis. Pourtant son goût immodéré pour les garçons était bien connu. Ses contemporains le considéraient comme un génie, ce qui semble se confirmer par le fait qu’il fut un professeur extrêmement populaire. Qu’on en juge: chaque jour cinq cents jeunes, venus de tous les coins de l’Europe pour suivre son enseignement allaient le chercher à sa demeure et après les cours le reconduisaient de même.
Auteur de nombreuses poésies grecques et latines, il est surtout connu de nos jours par son œuvre en toscan où /es souvenirs de l’Antiquité classique sont tempérés par sa connaissance de la poésie populaire toscane. Il eut une fin à sa hauteur. Dans Anecdotes de Florence, Varillas nous raconte ses derniers moments.
« Il avait une telle passion pour ses écoliers que rien ne pouvait la combler. Il succomba à cette fièvre d’amour. Dans la violence de l’accès, il composa une chanson pour l’être dont il était charmé, se leva du lit, prit un luth et se mit à chanter sur un air si tendre et si pitoyable qu’il expira en achevant son couplet … ». Malgré cela, il fut enterré selon son désir dans l’église Saint-Marc en habit de dominicain. C’est assez dire le sentiment de vénération qu’il inspirait.
La Fable d’Orphée, dont nous reproduisons un extrait, composée en 1480, était représentée sur scène. Ce qui d’ailleurs inspira Monteverdi pour son Orfeo écrit en 1607.
LA FABLE D’ORPHÉE
Puisque si cruelle est ma fortune,
désormais je ne veux plus aimer femmes aucune;
je veux dorénavant cueillir les fleurs nouvelles
parmi le printemps du sexe le meilleur :
tous ceux qui sont gracieux et sveltes.
Cet amour est l’amour le plus doux, le plus suave.
Que personne ne me parle plus des femmes
puisqu’est morte celle qui posséda mon coeur.
Celui qui veut avoir commerce avec moi,
qu’il ne me parle pas de l’amour féminin.
Combien pitoyable l’homme qui change de désir
pour une femme, et, pour elle, se réjouit et se tourmente,
ou, pour elle, se dépouille de sa liberté,
ou croit à ses apparences ou à ses paroles.
Car elle est toujours plus légère que feuille au vent,
et mille fois le jour veut et ne veut pas.
Elle suit qui la fuit, à qui la veut, elle se dérobe;
elle va et vient comme le flux et le reflux sur le rivage.
De l’autre amour, Zeus lui-même nous fait foi,
lui, qui, par le doux nœud d’amour enlacé,
jouit dans le ciel avec son beau Ganymède;
Apollon sur la terre jouit avec Hyacinthe;
à ce saint amour Hercule aussi céda;
lui, le vainqueur du monde entier,
par le bel Hilas est vaincu.
RAOUL PONCHON
(Français, 1848-1937)
Pendant vingt ans, dans divers journaux, Raoul Ponchon commenta l’actualité en rimes avec beaucoup de verve et d’esprit, 150,000 vers en tout. II en tira un seul volume de son vivant: La Muse au cabaret. Après sa mort parurent deux livres posthumes: La Muse gaillarde et Gazettes rimées. Il fit partie du groupe des zudistes. Amateur de garçons, il allait de cabarets en brasseries où il célébrait avec Verlaine, Germain Nouveau, André Gill, Richepin, les Goncourt, Daudet et Dorgelès. II a exprimé son talent poétique dans une versification raffinée et habile. Lyrique, joyeux, truculent, gaillard, il a chanté le vin, la bonne chair et l’amour des jeunes gens.
LE MONÔME
Comme l’ont fait avec ces dames
Quand on se trompe de côté,
Ils jouaient donc, entr’eux, sans femmes,
À divers jeux non sans beauté:
À riflandouille; à : voit mon chose
Ça n’est pas un grain de millet:
À : Si tu veux avoir ma rose,
Ne compte pas sur mon œillet …
À s’entre-polir la colonne …
Vertébrale, bien gentiment,
Ça ne fait de mal à personne
Et ça peut distraire un moment.
Or, croiriez-vous que la police
Vient troubler leurs jeux innocents;
— Elle trouve de la malice
Partout, vrai, ç’a-t-il du bon sens?
Quand se rua la Préfecture,
Ils étaient à la queu’leu leu,
Dans le simple état de nature,
Jouant à l’on sait quel jeu.
Le premier qui tenait la tête
Voyant entrer l’homme de loi,
Crut fondre sur lui la tem pète
Et serra les fesses d’effroi.
Le second fut pris! Le troisième
N’en mena pas large non plus;
Le suivant fut saisi de même
Comme un oiseau pris dans des glus;
Le dernier de ces bons apôtres
N’eut garde de se dilater,
Mais s’il serrait comme les autres,
li pouvait néanmoins péter.
[ … )
JACQUES PRÉVERT
(Français, 1900-1977)
Singulier poète que ce Prévert. On l’assimila aux Surréalistes, mais il n’était pas surréaliste, en fait, il n’était d’aucune école. Il occupa la fonction de scénaristes et écrivit les dialogues des plus importants films de Marcel Carné. C’est après la guerre que parut son premier recueil Paroles qui connut un immense succès. Poète populaire et admiré, il est aussi un prodigieux conteur et il mêle dans ses contes, dans ses récits et même dans sa poésie un humour corrosif et une fantaisie bon enfant.
LE TENDRE ET DANGEREUX VISAGE DE L’AMOUR
Le tendre et dangereux
visage de l’amour
m’est apparu un trop long jour
C’était peut-être un archer
avec son arc
ou bien un musicien
avec sa harpe
Je ne sais plus
Je ne sais rien
Tout ce que je sais
C’est qu’il m’a blessé
peut-être avec une flèche
peut-être avec une chanson
Tout ce que je sais
c’est qu’il m’a blessé
Blessé au coeur
et pour toujours
Brûlante trop brûlante
blessure d’amour.
HENRI DE RÉGNIER
(Français, 1864-1936)
Homme d’une discrétion absolue, Henri de Régnier fut romancier et poète. Gendre de José-Maria de Hérédia, il hésita entre le Parnasse et le symbolisme. Sa poésie est toute empreinte d’une délicatesse élégante. L’allusion à Narcisse révèle une mélancolie sensuelle qui attendrit par une espèce de volupté presque charnelle.
Un enfant vint mourir, les lèvres sur tes eaux,
Fontaine! De s’y voir au visage trop beau
Du transparent portrait auquel il fut crédule …
Les flûtes des bergers chantaient au crépuscule;
Une fille cueillait des roses et pleura;
Un homme qui marchait au loin se sentit las.
L’ombre vint. Les oiseaux volaient sur la prairie;
Dans les vergers, les fruits d’une branche mûrie
Tombèrent, un à un, dans l’herbe déjà noire,
Et, dans la source claire où j’avais voulu boire,
Je n’entrevis comme quelqu’un qui s’apparaît.
Était-ce qu’à cette heure, en toi-même, mourait
D’avoir voulu poser ses lèvres sur les siennes
L’adolescent aimé des miroirs, ô Fontaine?
RHIANOS
(Milieu du III’ siècle av. J.-c.)
Esclave, directeur d’une palestre, Rhianos décida de s’instruire et devint grammairien, poète et philosophe. Il ne reste de lui que de rares fragments des ses œuvres, surtout sur des sujets amoureux.
GARÇONS
Je compare les garçons à un labyrinthe sans issue:
De quelque côté que l’on se tourne,
Il y a partout des pièges pour les yeux.
Ici, c’est Théodoros
Qui séduit par la beauté fleurie
D’une chair saine et grassouillette.
Là, c’est Philoclès au teint d’or,
Petit de taille, mais tout rayonnant d’une grâce céleste.
Se tourne-t-on vers Leptinos?
On est immobilisé,
Rivé sur place par des chaînes d’airain:
Ses yeux sont un éblouissement;
Toute sa personne, de la tête aux pieds, est un pur joyau.
Salut à vous, beaux garçons!
Puisse votre jeunesse s’épanouir dans sa fleur!
Puisse votre vieillesse se couronner de cheveux blancs!
ARTHUR RIMBAUD
(Français, 1854-1891)
Rimbaud a tout écrit son œuvre en 1875. C’était un enfant prodigue en révolte contre sa famille. Il se sauve de Charleville en 1871, mais la police le ramène à son foyer. Dans ses premiers poèmes, on voit la fureur que lui inspire la société. En recevant quelques-uns de ses poèmes, Verlaine est enthousiasmé. Il le fait venir et alors commence une amitié ardente. L’itinéraire est facile à suivre: Paris, Belgique, Angleterre. Ils sont souvent ivres. Rimbaud termine Une saison en enfer. Les Illuminations, son chant du cygne, ne seront que la suite de son projet poétique. Rimbaud a travaillé à se rendre « voyant » et il a pratiqué le dérèglement de tous les sens. C’est un adolescent qui souffre d’une grande timidité et qui se sent différent. Son union avec Verlaine est orageuse comme on le sait. Il finit par lasser son aîné par son caractère brouillon et difficile. Rimbaud veut en finir avec cet amour tumultueux et il écrira: « Ah! L’égoïsme de l’adolescence, l’optimisme studieux; que le monde était plein de fleurs cet été ».
Au physique, Rimbaud a été un bel adolescent, en cela, il faut donner raison à Verlaine de l’avoir aimé passionnément. Au moral, ce fut un jeune garçon qui n’avait aucune affinité avec la société de son temps. Taciturne, il avait les sentiments à fleur de peau, il rougissait facilement et s’emportait pour un rien. Il se croyait choisi par le destin pour accomplir des choses prodigieuses. Il partit finalement pour l’Afrique en coupant tous les ponts avec son entourage. Il fut tour à tour caravanier et trafiquant d’armes. Il reviendra malade et mourra d’un cancer à l’hôpital de Marseille en 1871. Il avait trente-sept ans et il y avait longtemps qu’il avait renoncé« au diable de la littérature ».
ANTIQUE
Gracieux fils de Pan!
Autour de ton front couronné de fleurettes et de baies tes yeux,
des boules précieuses, remuent.
Tachées de lies brunes, tes joues se creusent.
Tes crocs luisent.
Ta poitrine ressemble à une cithare,
des tintements circulent dans tes bras blonds.
Ton coeur bat dans ce ventre où dort le double sexe.
Promène-toi, la nuit, mouvant doucement cette cuisse,
cette seconde cuisse et cette jambe de gauche.
Ô SAISONS, Ô CHÂTEAUX
Ô saisons, ô châteaux
Quelle âme est sans défauts?
Ô saisons, ô châteaux,
J’ai fait la magique étude
Du bonheur, que nul n’élude.
Ô vive lui, chaque fois
Que chante son coq gaulois.
Mais! Je n’aurai plus d’envie,
Il s’est chargé de ma vie.
Ce Charme! Il prit âme et corps,
Et dispersa tous efforts.
Que comprendre à ma parole?
il fait qu’elle fuie et vole
Ô saisons, ô châteaux!
SOLEIL ET CHAIR
(Passages choisis)
Je regrette le temps de l’antique jeunesse,
Des satyres lascifs, de faunes animaux,
Dieux qui mordaient d’amour l’écorce des rameaux
Et dans les nénuphars baisaient la Nymphe blonde!
Je regrette le temps où la sève du monde,
L’eau du fleuve, le sang rose des arbres verts
Dans les veines de Pan mettaient un univers!
Où le sol palpitait, vert, sous ses pieds de chèvre;
Où baisant mollement sa lèvre le clair syring
Modulait sous le ciel le grand hymne d’amour;
Où, debout sur la plaine, il entendait autour
Répondre à son appel la nature vivante,
Où les arbres muets, berçant l’oiseau qui chante,
Et tous le animaux, aimaient, aimaient Dieu!
Ô! L’homme a relevé sa tête libre et fière!
Et le rayon soudain à la beauté première
Fait palpiter le dieu dans l’autel de la chair!
Heureux du bien présent, pâle du mal souffert,
L’homme veut tout sonder, — et savoir!
Ô! Splendeur de la chair! Ô splendeur idéale!
Ô renouveau d’amour, aurore triomphale
Où courbant à leurs pieds les Dieux et les Héros,
Kallypige la blanche et le petit Éros
Effleureront, couverts de la neige des roses,
Les femmes et les fleurs sous leurs beaux pieds écloses!
La Source pleure au loin dans une longue extase …
C’est la Nymphe qui rêve, un coude dans son vase,
Au beau jeune homme blanc que son onde a pressé.
— Une brise d’amour dans la nuit a passé,
Et, dans les bois sacrés, dans l’horreur des grands arbres,
Majestueusement debout, les sombres Marbres,
Les dieux, au front desquels le Bouvreuil fait son nid,
— Les dieux écoutent l’Homme et le monde infini.
Qu’est-ce pour nous, mon coeur, que les nappes de sang
Et de braise, et mille meurtres, et les longs cris
De rage, sanglots de tout enfer renversant
Tout ordre; et l’Aquilon encor sur les débris;
Et toute vengeance? Rien! … — Mais si, toute encor,
Nous la voulons! Industriels, princes, sénats:
Périssez! Puissance, justice, histoire: à bas!
Ça nous est dû. Le sang! Le sang! La flamme d’or!
Tout à la guerre, à la vengeance, à la terreur,
Mon esprit! Tournons dans la morsure: Ah ! passez,
Républiques de ce monde! Des empereurs,
Des régiments, des colons, des peuples, assez!
Qui remuerait les tourbillons de feu furieux,
Que nous et ceux que nous nous imaginons frères?
À nous, romanesques amis: ça va nous plaire.
Jamais nous ne travaillerons, ô flots de feux!
Europe, Asie, Amérique, disparaissez.
Notre marche vengeresse a tout occupé,
Cités et campagnes! — Nous serons écrasés!
Les volcans sauteront! Et l’Océan frappé …
Oh! Mes amis! -Mon coeur, c’est sûr, ils sont des frères;
Noirs inconnus, si nous allions! Allons! Allons!
Ô malheur! Je me sens frémir, la vieille terre,
Sur moi de plus en plus à vous! la terre fond,
Ce n’est rien: j’y suis; j’y suis toujours.
PÉTRONE
(Latin, mort en 66 ap. J.- C.)
Écrivain-auteur d’un livre surprenant Le Satiricon, il fut un personnage important à la cour de Néron où on le surnomma Arbitre des élégances car c’est lui qui prônait la loi du bon goût. Il s’attira ainsi les foudres du préfet Tigellin qui l’accusa d’avoir participé à une conjuration contre le despote de Rome. II était en voyage et il se hâtait de se rendre auprès de Néron pour se justifier, lorsqu’il reçut l’ordre de s’arrêter. Pétrone comprit qu’on venait l’exécuter. Il commanda un somptueux banquet pour s’entretenir une dernière fois avec ses amis. Puis, il s’ouvrit les veines, mais les lia pour ne pas mourir trop vite.
C’est dans son roman Le Satiricon que Pétrone relate la conversation entre Eumolpe, un poète âgé encore épris des plaisirs de la chair et ses aventures de jeunesse et un jeune homme licencieux et deux autres jeunes gens, Ascylte et Giton.
Il a le bas ventre si joli que ce garçon semble n’être que le prolongement de son membre fascinant. (Caïus Petronius Arbiter, personnage du Satiricon)
Caïus
LXXXV. Eumolpe:
— Quand j’étais en Asie, où le service militaire m’avait conduit, il m’arriva un jour à Pergame d’être logé chez un habitant. Le séjour m’était fort agréable, tant à cause du confort de la maison que de la merveilleuse beauté du fils de mon hôte; et voici quel plan j’imaginais pour devenir son amant sans éveiller les soupçons du père. Toutes les fois qu’il était question à table de l’amour des jolis garçons,
j’affectais une indignation si vive, je défendais avec un sérieux si austère qu’on souillât mon oreille de ces propos obscènes, que tout le monde, et surtout la maman, me considérait comme l’un des sept sages. Aussi avais-je pris l’habitude de le conduire moi-même au gymnase, de régler moi-même ses études, de lui donner moi-même des préceptes et des leçons, pour empêcher qu’aucun séducteur ne pût prendre pied dans la maison.
Nous étions un jour couchés dans le triclinium. La célébration d’une fête avait écourté la classe et la fatigue d’un long et joyeux festin nous avait enlevé tout courage de monter dans nos chambres lorsqu’au milieu de la nuit, je m’aperçus que mon élève ne dormait pas. Aussi de ma voix la plus timide murmurai ce vœu à Vénus: « Déesse, dis-je, si je puis baiser cet enfant sans qu’il ne le sente, demain je lui donnerai une paire de colombes. » Le garçon m’entendit discuter du prix dont je paierais mon plaisir et il fit semblant de dormir. J’en profitai pour m’approcher du jeune fourbe et je lui dérobai quelques baisers. Satisfait de ce début, je me levai de bon matin, et lui apportai, comme il s’y attendait, une belle paire de colombes, pour m’acquitter de mon vœu.
LXXXVI. La nuit suivante, trouvant même tactique je changeai ma formule de souhait: « Si je puis, dis-je, le caresser d’une main libertine, sans qu’il le sente, pour prix de sa complaisance, je lui donnerai deux coqs de combat les plus belliqueux qui soit. » À ce vœu, mon éphèbe s’approcha de lui-même; il appréhendait, je crois bien, que je fusse endormi. Je m’empressai de calmer son inquiétude, et me donna mon soûl de son beau corps, sans aller pourtant jusqu’au suprême plaisir. Et sitôt le jour venu, je lui apportai à sa grande joie tout ce que j’avais promis.
La troisième nuit m’ayant donné même licence, je me levai soudain et m’approchant de l’oreille du faux dormeur: « Dieux immortels, dis-je, si je puis dérober à cet enfant qui dort la jouissance parfaite à laquelle j’aspire, pour prix de cette félicité, je lui donnerai demain un superbe trotteur de Macédoine, à condition toutefois qu’il ne sente rien. » Jamais garçon ne dormit d’un plus profond sommeil. J’emplis d’abord mes mains de ses seins à la blancheur de lait, puis je collai mes lèvres aux siennes, puis une suprême étreinte vint combler tous mes vœux. Le lendemain, assis dans sa chambre, il attendait que je m’exécute, comme à mon ordinaire. Mais, tu le sais, il est bien plus facile d’acheter une paire de colombes ou de coqs qu’un trotteur, et outre cela, je craignais que l’importance du cadeau ne rendît ma générosité suspecte. Aussi, après une promenade de quelques heures, je rentrai chez mon hôte, ne rapportant au garçon rien d’autre qu’un baiser. Mais lui après avoir regardé de tous côtés, me dit en jetant ses bras autour de mon cou : « Maître, ou donc est le trotteur? »
LXXXVII. Bien que ma déloyauté m’eût fermé la porte que je m’étais ouverte, je pus reprendre bientôt mes anciennes privautés. À quelques jours de là, un hasard semblable nous offrait la même bonne fortune; sitôt que j’entendis ronfler le père, je priai l’enfant de faire la paix avec moi, ou plutôt de consentir à se laisser faire plaisir, bref j’usai de tous les arguments que peut dicter le désir le plus tendu. Mais lui, fort en colère, ne faisait que répéter: « Dors, ou je vais le dire à mon père ». Il n’est de consentement si ardu que l’opiniâtreté ne finisse pourtant par arracher. En dépit de son refrain: « Je vais réveiller papa », je me glissai dans sa couche, et après une résistance mal jouée, je lui dérobe la joie
qu’il me refusait. Mon coup d’audace ne parut pas trop lui déplaire: et même après s’être longuement plaint que je l’eusse trompé, joué et livré aux moqueries de ses camarades auxquels, oui, il avait vanté mes largesses: « Tu verras bien, pourtant, dit-il, je ne ferai pas comme toi. Si tu veux, tu peux recommencer ». Alors, toute rancune oubliée, j’obtins mon pardon de l’enfant, et après avoir mis à
profit sa complaisance, je me laissai glisser au sommeil. Mais cette double épreuve n’avait pas contenté mon éphèbe, alors en pleine fleur de l’âge et qui brûlait de tenir son rôle passif. Il me tira donc de mes rêves: « Tu ne veux plus rien? me dit-il ». Le présent n’était pas encore pour me déplaire tout à fait.
Aussi, tant bien que mal, à grand renfort de soupirs et de suées, je pus, malgré mon éreintement, lui donner ce qu’il voulait, et je retombai dans mon sommeil, n’en pouvant plus de plaisir. Moins d’une heure après, le voilà qui me pince et se met à me dire: « Pourquoi ne le faisons-nous plus? » Las d’être si souvent réveillé, je me mis pour lors dans une furieuse colère, et lui rétorquant ses propres paroles: « Dors, lui dis-je, ou je vais le dire à ton père. »
CHARLES-LOUIS PHILIPPE
(Français, 1874-1909)
Romancier populiste. À vingt ans, il entre dans l’administration municipale. Il commença à écrire de la poésie, mais c’est par ses romans qu’il se fit connaître; il y mêle des éléments autobiographiques et son écriture se caractérise par un réalisme lyrique et une sensibilité à fleur de peau qui lui font apprécier les gens pauvres et les plus humbles choses. Sa langue est dépouillée et très efficace pour décrire les sentiments et les événements de la vie quotidienne.
Il collabore aussi à certaines revues et journaux. Dans Le Canard sauvage, par exemple, il écrit un billet pour exprimer ce qu’il pense de l’affaire Adelsward Fersen, un jeune poète très en demande dans les salons littéraires parisiens.
Ce jeune bomme pour fêter son départ comme animateur de la Mecque sodomique donna une grande soirée. Mais les invités par leurs attitudes firent que les voisins portèrent plainte. Fersen fut accusé d’inciter des mineurs à la débauche. Le juge le condamna à six mois de prison. Découragé, Fersen se tira une balle, mais celle-ci dévia et il ne fut que blessé. Une fois rétabli, il se mit à voyager pour investiguer toutes les voluptés avec des garçons.
Puis, Fersen s’établit à Capri avec son jeune amant italien Nina Cesarini.
Charles-Louis Philippe fut frappé par l’emprisonnement de Fersen, c’est pourquoi il exprima sa conviction que celui-ci avait injustement été traité.
LE MOUTON À CINQ PATTES
[ … ] Aucun d’eux ne te valait, Jacques d’Adelsward. Tu avais des corsets, des cravates plus belles encore, des bijoux, des bracelets, des soies, des velours et des cheveux blonds qui étaient plus beaux que les nôtres. Tu jouais à la raquette, tu renvoyais les rires « comme un volant ». Tu foulais nos boues d’un escarpins bien stylé. On espérait que tu serais Sully-Prudhomme et François Coppée. Et ce n’était pas assez pour ta jeune gloire. Ébauches et débauches. Tu avais Dieu et Satan, le temple, l’autel, la messe noire.
Du reste, il vaut mieux n’en pas parler. Je me souviens, un soir d’automne, dans mon enfance, de deux trimardeurs assis au bord d’un fossé. Ils se passaient un bras autour du cou, ils s’approchaient bien près l’un de l’autre, ils se pressaient la main et s’embrassaient. La vie leur était dure comme un grand trimard, mais ils unissaient leur coeur. Ils n’avaient pas de femme, pas de mère, pas de frère; alors chacun d’eux fut pour l’autre une femme, une mère et un frère. J’avais quinze ans — on apprend beaucoup de choses au collège. Je compris. Je me dissimulai derrière une haie pour qu’ils ne pussent pas me voir et je sus qu’il était bien qu’un homme fut tout pour un autre.
Ô Jacques d’Adelsward, il en est d’autres. li est des hommes au grand coeur que la Nature a confondus et qui portent cette étrange passion comme un fardeau. Ils n’ont besoin ni des préfaces d’Edmond Rostand, ni des corsets, ni des bijoux, ni de la messe noire.
Ils se portent avec fièvre, mais avec simplicité. Et qui de nous les condamnera? Qui est assez hardi pour condamner son semblable dans sa chair et dans son sang?
Tu nous eusses dégoûtés d’eux et d’Oscar Wilde qui a tant souffert. Mais ton malheur vient en son temps. Bienheureux s’il te ramène au rang de plusieurs d’entre eux que nous aimons. Tu t’es cru placé au-dessus de la communion humaine. Tu y reviendras avec nous. Ne te crois pas déshonoré. Nous portons d’autres passions, et toute passion est bonne et grande et normale, puisqu’elle existe.
PHILO STRATE
(Grec, 175-249)
Écrivain polyvalent, au style précieux, il est l’auteur d’une Vie d’Apollonius de Tyane, une Vie des Sophistes, un Traité de gymnastique, mais il est surtout connu pour ses lettres amoureuses et galantes adressées à un adolescent de dix-sept ans. Je t’approuve de te raser, pour passer le temps, et de tondre ainsi le duvet de ton menton. L’art sert à retenir ce que la nature emporte dans sa course; et il est extrêmement agréable de recouvrer ce que l’on avait perdu. Si donc mes conseils ont quelque chance de te persuader, fais-toi honneur des longs cheveux qui parent ta tête, et prends soin des boucles qu’ils forment; que les unes descendent paisiblement le long de ta figure, et que le reste se répande sur tes épaules, à la manière des Eubéens, qu’Homère représente avec la chevelure flottante sur le dos. La tête, lorsqu’elle est couverte d’une abondante floraison de cheveux, est plus belle que l’arbre de Minerve; et cette Acropole du corps humain ne doit pas paraître dépouillée et sans ornements. Pour les joues, il faut qu’elles soient nues et qu’aucun nuage, aucun brouillard ne vienne en obscurcir l’éclat. Des yeux fermés ne sont pas agréables à voir; il en est de même des joues sur un beau visage, lorsqu’elles sont couvertes de poils. Emploie les onguents: sers-toi de petits rasoirs ou de l’extrémité de tes doigts; use de savon ou bien d’herbes; enfin, de tout ce que tu voudras, mais fais en sorte de prolonger ta beauté. Tu imiteras ainsi les dieux, qui ne vieillissent jamais.
PLUS JOLI QUE LA ROSE
Les roses sont les yeux de la terre [… l, la rose est la parure du jouvenceau, parfumé comme elle, colorée comme elle. Que dis-je? Les roses ne te pareront pas, c’est toi qui pareras les roses. Tu as bien fait de semer ton lit de mes roses. Le plaisir que l’on prend à un cadeau, prouve que l’on fait cas de celui qui l’a offert.
Il me semble qu’au moyen de ces roses je t’ai caressé, moi aussi. Ce sont des fleurs amoureuses et polissonnes, qui savent se servir de la beauté. Au moins, pendant que tu dormais, se sont-elles tenues tranquilles? N’as-tu pas été importuné par elles comme Danaé par la pluie d’or? Quant à tes entrecuisses, mon joli, laisse-les glabres sinon rase-les pour affiner les désirs de ton amant. Si tu as un léger duvet, ne fais rien, car alors, il donne plus d’éclat à ton sexe.
La nourriture a aussi son importance: mange de l’ail s’il ne t’es pas dégoûtant, mange du céleri, des carottes et des fruits en abondance, car il y a dans ces choses des éléments qui dresseront ton Priape et lui donneront une dureté si précieuse à mes lèvres et je te donnerais ainsi une jouissance qui ne sera pas brève.
PATRICE DE LA TOUR DU PIN
(Français, 1911-1984)
Ce poète qui a peuplé son œuvre de symboles, grand prix de la poésie de l’Académie française, a été qualifié de religieux tant ses poèmes sont axés sur le dialogue avec Dieu et la nature. Ça ne l’empêche pas d’avoir écrit le magnifique poème dans les Enfants de septembre:
LE PLUS BEAU JEU
Douze petits garçons jouaient à battre des bras
Comme s’ils avaient des ailes;
Ils souriaient entre eux de ces puérils ébats,
Quand le plus beau s’est envolé.
PINDARE
(Grec, 518-438 av. J.-c. environ)
D’un tempérament fort porté sur la chose, l’illustre poète thébain, fut pris de passion pour Agathon, Diodoros, un joueur de flûte, Boulagoras et de nombreux autres jeunes gens dont on ne sait pratiquement rien. Il mourut âgé de 80 ans, comblé d’honneur et d’une façon très originale d’après Valère Maxime, il s’endormit dans un gymnase, la tête appuyée sur les genoux d’un garçon qu’il aimait tendrement et qu’on croit être Théoxène de Ténédos. Un garde voulant fermer la porte, tenta de le réveiller, mais en vain, il était mort. On ne peut prétendre à plus belle fin! Une de ses odes, composée pour Diagoras a été gravée en lettres d’or dans le temple d’Athéna à Lindos. Il devint classique le lendemain de sa mort car ses dix-sept livres remplis de ses odes furent considérés comme le chef-d’œuvre du lyrisme grec. Peu de ses œuvres nous sont parvenues, mais ses contemporains ont témoigné qu’il se signalait par l’élévation de sa pensée, l’harmonie et la majesté du style.
MON COEUR …
Mon coeur n’est jamais lassé,
Il fond comme la cire des vaillantes abeilles
Quand j’aperçois un jeune adolescent
Dans la fleur de son bel âge.
POUR THÉOXÈNE DE TÉNÉDOS
C’est au bon moment que tu devais cueillir les amours,
Ô mon âme, au temps de la jeunesse;
Mais celui en qui les rayons étincelants
Lancés par les yeux de Théoxène
Ne font pas déborder le désir,
Doit avoir un coeur noir,
Forgé d’acier ou de fer
Par quelque froide flamme;
Dédaigné par Aphrodite aux vives prunelles,
Il peine brutalement pour s’enrichir,
Ou bien son âme se laisse emporter,
Domptée par l’impudence des femmes,
Et il ne connaît d’autre voie que de les servir.
Mais moi, à cause d’elle,
Comme quand mord la chaleur,
La cire des abeilles sacrées,
Je me consume,
Dès que j’aperçois la fraîche adolescence des enfants.
Or donc, à Ténédos aussi, Peithô et Charis font leur séjour, auprès du fils d’Agélias.
PLATON
(428-348 avant J.-c. environ)
Élève de Socrate vers l’âge de vingt ans, Platon assiste à la mort de celui-ci, mort qu’il trouve complètement injuste. De dépit, il se met à voyager. À Syracuse, il tombe amoureux de Dion, neveu du tyran Denys l’Ancien. Celui-ci ne l’accepte pas et Platon est obligé de continuer ses pérégrinations. De retour d Athènes après de nombreuses aventures ( il fut même vendu comme esclave), il fonde à quarante ans la première Académie. C’est à ce moment qu’il écrivit Le Banquet, son œuvre majeure.
Nous avons choisi le texte qui raconte comment Alcibiade, bellâtre, débauché, dépensier, intriguant et snob, tente de séduire Socrate, sans y parvenir.
Alcibiade: Socrate, c’est un fait que vous constatez, est, à l’égard des beaux garçons, en amoureuses dispositions; il tourne toujours autour d’eux, il en est transporté. [ … ] Or, comme je le croyais sérieux dans l’attention qu’il portait à ma beauté, alors en fleur, je crus que c’était pour moi une aubaine et une exceptionnelle bonne fortune, qu’il m’appartînt, en cédant aux vœux de Socrate, d’apprendre de lui absolument tout ce qu’il savait; car de cette fleur de ma beauté je me faisais, certes, une idée prodigieusement avantageuse! Ayant donc réfléchi là-dessus, moi qui jusqu’alors n’avais pas l’habitude de me trouver seul avec lui sans être accompagné d’un serviteur, cette fois-là, congédiant le serviteur, je me trouvais en sa compagnie, tout seul… Devant vous, c’est sûr, je me suis engagé à dire toute la vérité: allons! Prêtez-moi toute votre attention, et toi, Socrate, si je mens, rétorque! Ainsi, bonnes gens, nous nous trouvions ensemble, seul à seul, et je m’imaginais qu’il allait sur-le-champ me tenir les propos que doit justement tenir, en tête à tête, un amant à ses amours, et je m’en réjouissais! Or, rien absolument de tout cela n’arriva, mais, après m’avoir tenu des propos semblables à ceux qu’il pouvait d’habitude me tenir, au bout de cette journée passée avec moi, il sortit et s’en alla. En suite de quoi, c’est à partager mes exercices physiques que je l’invitais, et, dans la pensée d’aboutir sur ce point à quelque chose, je m’exerçais avec lui. Le voilà donc partageant mes exercices, luttant maintes fois avec moi sans témoins … Eh bien, que dois-je vous dire? Je n’en fus pas plus avancé! Mais, comme, en m’y prenant ainsi, je n’avais pas de succès, je m’avisai que c’était par la force que je devais m’attaquer à l’homme, et ne point me relâcher au contraire, puisque aussi bien j’y avais déjà travaillé, jusqu’à ce que le fin mot de l’affaire me fut désormais connu. Je l’invite donc à souper avec moi, bel et bien comme un amant qui tend un guet-apens à ses amours! J’ajoute qu’en cela même il ne se pressa pas de me donner satisfaction; et cependant, avec le temps, il finit par se laisser convaincre. Mais, la première fois qu’il vint, aussitôt soupé, il voulut s’en aller; et, cette fois-là, de honte, je le laissai partir. Une autre fois, le guet-apens préparé, je me mis, quand il eut fini de souper, à converser avec lui fort avant dans la nuit; puis, comme il voulait sortir, je prétextai qu’il était fort tard et je le forçai de rester.
Or, il reposait sur le lit qui touchait le mien et celui-là même sur lequel il avait soupé; dans la pièce, personne d’autre ne dormait que nous. [ … ]
De fait donc, messeigneurs, quand la lampe eut été éteinte et que les esclaves furent sortis, je jugeai qu’avec lui il ne fallait pas y aller par quatre chemins, mais librement lui dire ce que je jugeais avoir à lui dire. Je le pousse alors: « Socrate, fis-je, tu dors?
— Pas du tout! me répondit-il.
— Écoute, sais-tu à quoi j’ai pensé?
— Et à quoi précisément? dit-il.
— Tu es, à mon jugement, repartis-je, le seul amant qui soit digne de moi, et il est clair pour moi que tu hésites à me faire une déclaration! Or moi, voici quel est mon sentiment: j’estime qu’il est tout à fait déraisonnable de ne pas, sur ce chapitre aussi, céder à tes vœux comme dans tel autre cas où tu aurais besoin, soit des biens qui m’appartiennent, soit des amitiés que je possède. Rien en effet n’est pour moi plus précieux que de me rendre meilleur que je pourrais. Mais c’est une œuvre pour laquelle je ne pense pas pouvoir trouver d’auxiliaire dont la maîtrise soit supérieure à la tienne. Aussi serais-je infiniment plus honteux, devant les gens intelligents, de n’avoir pas cédé aux vœux d’un homme comme toi, que je ne le serais, aux yeux de la foule et des imbéciles, d’y avoir cédé!
— Mon cher Alcibiade, dit-il après m’avoir écouté et en prenant cet air parfaitement naïf qui est tout à fait à lui et dont il a l’habitude, il y a des chances, réellement, que tu ne sois pas un étourneau, si toutefois ce que tu dis de moi se trouve être vrai et qu’il y ait en ma personne quelque vertu grâce à laquelle, toi, tu deviendrais meilleur! Assurément, tu as dû voir au-dedans de moi une inimaginable beauté, qui l’emporte infiniment sur la grâce de tes formes. Si donc, l’ayant aperçue, tu te mets en tête d’en prendre ta part et d’échanger beauté contre beauté, ce n’est pas un petit bénéfice que tu médites de faire sur moi: bien au contraire, à la place d’une opinion de beauté, c’en est une véritable, que tu te mets en tête d’acquérir, et, réellement, tu penses à troquer du cuivre contre de l’or. Fais attention pourtant, bienheureux ami, que je n’aille pas te faire illusion, moi qui ne sais rien! La vision de l’esprit, ne l’oublie pas, ne commence d’avoir un coup d’oeil perçant, que lorsque celle des yeux se met à perdre de son acuité; or c’est de quoi tu es, pour ta part, encore loin!
— Pour moi, répliquai-je à ces paroles, c’est bien cela, et, dans ton langage, il n’y a rien eu qui ne fut conforme à ma pensée. À toi, comme cela, de délibérer de ton côté sur ce que tu juges être le meilleur pour toi comme pour moi …
— Mais oui, répondit-il, voilà qui est bien parlé! Employant en effet à cette délibération le temps qui vient, nous ferons enfin ce qui se sera révélé pour nous deux le meilleur, tant sur cette question que sur toute autre.
Moi, sur ce, après l’avoir entendu, après lui avoir parlé moi-même, lui ayant en quelque façon décoché mes traits, je m’imaginais l’avoir blessé. Alors, je me soulève, je ne lui laisse même pas la possibilité de rien dire de plus, je le couvre de mon manteau (on était en hiver), je m’allonge sous sa bure, je passe mes bras autour de cet être humain, divin véritablement et miraculeux; et voilà comment je restai étendu, la nuit tout entière! Sur ce nouveau point, Socrate, tu ne vas pas me dire non plus que je mens! Ainsi, moi, j’avais eu beau faire, sa supériorité à lui s’en affirmait d’autant: il dédaignait la fleur de ma beauté, il la tournait en dérision, il l’insultait! Et c’était, en vérité, là-dessus que ma cause, je
me la figurais avoir quelque valeur, Juges!…Juges, je dis bien, car vous l’êtes: de la superbe de Socrate!… Oui, sachez-le, j’en atteste les Dieux, j’en atteste les Déesses: après avoir ainsi dormi avec Socrate, il n’y avait, quand je me levai, rien de plus extraordinaire que si j’avais passé la nuit près de mon père ou d’un frère plus âgé! »
MARC DE PAPILLON DE LASPHRISE
(Français, 1555-1599)
Poète et militaire puisqu’il fut capitaine, ses poèmes révèlent une personnalité attachante. C’est après une vie remplie d’aventures et de voyages qu’il va se consacrer à la poésie. Les Amours de Théophile et de Noémie font de lui un poète attachant et personnel. Il sait aussi à l’occasion être satyrique. Il est étonnant qu’il ne soit pas mieux connu. Ses amours tumultueuses pour les jeunes soldats de sa troupe y sont peut-être pour quelque chose.
STANCES DE LA DÉLICE D’AMOUR
Je veux qu’en plusieurs lieux, mon ami soit ombré
D’un beau poil crépelu, poil que je tiens sacré,
Comme l’advant-courant le doux fruit que je cueille,
Et principalement je veux que son menton
Aye un petit duvet d’un blondoyant coton.
L’arbre est bien mal plaisant quand il n’a pas de feuille.
Oserais-je oublier ce que je veux surtout ?
Le fregon de mon four, bâton qui n’a qu’un bout,
Mon mignon boute-feu de ma flamme amiable,
L’ithyphalle gaillard qu’il ne faut amorcer,
Qui sans caresse peut un monde caresser,
De grandeur naturelle et de grosseur semblable.
Toujours prompt, vif, ardent, ayant un sang altier,
Et deux braves témoins, pour me certifier,
Qu’il est prêt, bien en point, gonflé d’ardeur féconde,
Encore que sa forme enseigne sa valeur,
Son chef, son front, son nez, n’est-ce pas un beau coeur
Qui sans cesse combat la plus grand’part du monde ?
JE VOUDROY BIEN, POUR M’ÔTER DE MISAIRE …
Je voudroy bien, pour m’oster de misaire,
Baiser ton oeil — bel Astre flamboyant.
Je voudroy bien de ton poil ondoyant
Nouer un nœud qui ne se peust deffaire,
Je voudroy bien ta bonne grace attraire,
Pour me jouer un jour à bon esciant,
Je voudroy manier ce friant :
Aux appetis de mon desir contraire.
Je voudroy bien faire encore plus,
Defendre nud le beau flux et reflux
De ta mer douce où l’Amour est Pilotte.
Je voudroy bien y estre bien ancré,
Et puis apres ayant le vent à gré,
Je voudroy bien perir en ceste flotte.
JOHN-ALLEN PATEUSHAM
(Gaspésie, métis d’origine Mi’ qmaq, 1940-)
John-Allen Pateuscham est un pseudonyme. Il s’agit d’un Métis né à Listigug, en Gaspésie. Il est associé aux enseignements chamaniques. Ses recherches sur les berdaches, qui ont été publiées dans diverses revues anglophones et francophones, font actuellement autorité. Il a notamment dévoilé l’aspect mal connu de cette pratique masculine dans le monde indien qui était fort répandue, selon cet auteur, dans les temps passés.
Pateusham est très connu pour ses prises de position en faveur des amours entre adultes et adolescents. Pour cette raison, il n’a pas évité le scandale dans sa propre communauté et il a fait plusieurs séjours en prison au Canada parce qu’on l’a accusé d’avoir entraîné des garçons à la pratique de ses théories. Il est en exil aux États-Unis où il a trouvé des communautés discrètement plus ouvertes et favorables à ses thèses. Ses poèmes n’ont pas encore été publiés en leur entier quoiqu’ils soient très connus dans le milieu gay français et américain. Il passe facilement d’une langue à l’autre, voyageant beaucoup entre les continents. Pour cette raison, peut-être, c’est un poète d’une grande versatilité — dont l’œuvre est inégale à cause des influences qu’il doit assimiler —, il oscille entre la tendresse sans retenue, presque précieuse, et la confession amicale. Il a renouvelé le genre dans une version plus moderne des poètes aux accents verlainiens.
MON JEUNE AMOUR
J’ai conscience de ton regard posé sur moi
oiseaux tendres lumineux sillages
arc-en-ciel sur la tenture du temps
ô ma tendresse
ô mon désir de fabuleux rivage.
J’ai prescience d’un bonheur
qui me vient de ta présence
mon esprit s’agite en volutes
je reste coi au pays de ton être
ton regard me surprend en plein délire de toi
puissantes effluves de ton esprit
j’ai l’habit neuf de tes yeux qui m’enchantent.
Passe la fleur de ma passion
passe passe mon amour aux herbes du désir
nu sous ta chemise
pour la route couverte de soleil
mon coeur mon ardeur au pays de toi
plus désirable que mille millions de bonheurs.
Mon amour sur ton riche rivage
mon coeur cette île sauvage
où s’amusent tes baisers
j’ai une suprême envie de toi
je rappelle l’âme délicate de nos extases à venir
mais c’est l’écho de la jeune lune qui me poursuit
en code stellaire et j’ai beau courir avec le vent
pour qu’il rende au jour ton image
ta chère image ta belle image
mangée par ma bouche ô douceur
il me reste des mirages brouillés qui me font tant t’aimer.
Je marche vers toi dans la nuit jour fou
et mes pas sont des étoiles
aux plages silencieuses du temps
et j’ai tant de rires dans mes bagages de gais souvenirs
qui ne mélangent pas les rayons du ciel
avec ta grâce de lumière indomptée.
Je suis une référence
pour la doucereuse ferveur des nuits
je reçois la générosité de tes lèvres
la rivière de tes ardeurs
la merveille exquise de nos amoureuses tendresses
aux jours heureux
aux avenirs indécis
aux aurores métalliques
aux carrousels de ta présence.
Nous sommes le monde en soi
et personne ne peut l’oublier
au ciel sur la terre
notre esprit est majuscule
sur l’écrin de ton visage
coeur de poésie mon tendre amant
l’aube est douce et chaude est la nuit.
Je suis un délire vivant
qui cherche ton pays intime
nous refaisons sans cesse le monde
dans la jubilation de nos chairs.
J’ai tellement goût de toi
que je distingue mal le champ du rêve
chargé de tes yeux
les gestes appris dans tes bras
les vagues d’ondes au créneau lourd de tes baisers
plus je les écoute
plus je reviens au royaume de nos amours.
Les bulles de la joie éclatent devant tes pas
dans le sentier écarlate et moi je te suis
fou d’amour fou de désir
je cherche du doigt ton dernier miel
la chaleur de tes cheveux la nuit
et l’odeur de ta peau embaume mes frémissements.
Il y a plus d’oasis au fol pays d’eau
elles naissent dans l’empreinte de tes caresses
Sous la splendeur de ton regard
renaissent les sables les herbes et les fleurs
ma peau couverte de ces empreintes
je demeure dans les fils de ta tendresse
sous l’effleurement de tes mains je deviens beau.
J’ai longue mémoire de nos jeux
j’ai longue mémoire de notre idylle
notre harmonie en fine pâture
de nos extrêmes convoitises.
Mes rires sont des dieux marins
qui cherchent l’océan de tes attachements.
E PRÉFÈRE …
Au vent étourdissant des vastes espaces,
je préfère la caresse simple de ton haleine.
Aux mille odeurs enivrantes de la campagne,
je préfère le délicieux parfum de ton jeune corps.
À la tempête qui dévaste tout sur son passage,
je préfère tes colères soudaines qui me laissent pantois.
À la rumeur inquiète d’une probable guerre,
je préfère tes murmures et tes cris angoissés.
À l’humaine misère, aux difficultés,
je préfère tes douleurs d’ange ébouriffé.
Aux voyages les plus extatiques,
je préfère ta géographie intime.
À la lune romantique,
je préfère tes yeux lunatiques.
Oui, vraiment, je te préfère,
et ce qui n’est pas toi m’indiffère.
NOUS BAISONS DES GARÇONS …
Nous baisons des garçons bien nés
dans cette ville nordique.
Ils causent motos 49 cc, 100 cc
ou mieux, jolis étalons, 1050 cc ou encore
bien bandés, les rutilants 1200 cc.
Ils savent tenir un guidon,
les garçons que l’on aime;
ils savent que l’on doit museler
les canaux déférents:
l’extrême frontière du Plaisir.
Et sur de beaux motards aux cuisses évasées,
Sentant le cuir et les chromes,
je m’excite avec des gestes osés,
Mais je sais que pendant ce temps,
ils regardent ailleurs …
ANDRÉ
Dans la maison du temps pleine
de soupirs des bouches blanches,
tu brûles mon âme
et j’ai le souvenir d’une jeune queue de pie.
Je l’ai connue en lumineuses saccades
et j’ai bu à son oeil unique
la liqueur des jeunes bulles.
J’étais alors heureux
et mon haleine avait le parfum
de ta charmante toison douce.
Et toi, Splendeur de mon amour,
tu étais mon grenier charnel
plein de subtiles douceurs
où ma main par jeu passait sans relâche.
De balises amoureuses,
Qu’es-tu devenu, bel adolescent
Au regard, aux yeux francs,
qu’es-tu devenu?
Ma peine est immense
et pleure mon coeur
comme sur une plaine de gadoue bleue,
dans les lumières mortes
de la maison du temps.
Je ne boirai donc plus
ta liqueur blanche,
le lait du silence?
Je vais mourir encagé dans un arbre.
Du jeune peuplier blanc
dont la tête touchait le ciel,
dont je caressais la tendre écorce;
sa peau jeunesse, pelure entière,
tiède de tant de douceur.
Mon âme s’effrite en vague successives:
je vais mourir sur une peau d’ours blanc
volé sur l’étoile naine du céleste sourire.
BELLE TOISON
Belle toison du temps jadis
que j’ai tant cherchée!
L’odeur m’en sublime encore les narines.
Ah! Que j’aimais en ce temps-là!
J’avais la précieuse habitude
de fréquenter mon bel amour
qui répondait au nom très banal
d’André … à qui je faisais découvrir
sa jeunesse, sa voix et son visage,
André du matin, André de l’aurore,
bel amour …
POÈME DÉDIÉ À UN GARÇON QUI S’EST SUICIDÉ
J’ai toujours à l’esprit son visage d’enfant;
oui, bien sûr, c’était à peine un adolescent.
Son regard m’a charmé; ses yeux couleur de menthe
m’ont fait regretter de n’avoir plus vingt ans.
Très gentiment, il m’a pris la main en disant:
« Viens-tu avec moi? Je pense que j’ai envie
de dormir dans tes bras. » Tendrement j’ai souri
À sa jeunesse oubliant le fossé du temps.
Il m’a suivi chez moi; nous nous sommes aimés.
J’étais gêné, je crois, de n’avoir plus son âge,
mais peut-être qu’il était trop sage
pour juger l’amour au nombre des années.
Quand il est reparti, j’ai aussitôt compris
qu’il ne reviendrait plus, ce garçon beau et libre.
Et il m’a chuchoté dans la rue pleine d’ombres:
« C’était bon de t’aimer, de t’avoir comme ami.. »
Je n’oublierai jamais le doux pays de son corps;
je voudrais tant revivre à nouveau cette joie
qu’il m’a procurée quand je n’y avais plus droit.
Non, je ne peux oublier le pays de son corps.
]’ai toujours à l’esprit son visage d’enfant;
oui, bien sûr, c’était à peine un adolescent.
Son regard m’a charmé: ses yeux couleur de menthe
m’ont fait retrouver la splendeur de mes douze ans.
STÉFANE
Sté, garçon-fleur
dont j’aime tant l’odeur,
tu as les yeux de mon plaisir,
tu es ardentes caresses
sur mon corps qui t’espère
dans la douceur et l’abandon.
J’Ai attendu longtemps ta présence tranquille,
ton silence essentiel
et je pense à toi.
Ce soir, j’aurais tout à coup besoin de tes mains,
de ta bouche inquiète et chercheuse.
Garçon-mélodie, ton corps instrument parfait
s’applique à des accords qui m’étonnent
et me comblent.
Tu sombres brusquement dans le plaisir
après t’être promené longuement sur l’arc
de mes désirs et des tiens.
Il jaillit ton pollen dans le jardin de l’été
plus délicieux que mille miels.
Tu en profites pour t’enliser
dans un vertige de soleil,
carrousel d’ombres et de couleurs.
Sté, garçon-plaisir,
je le crois bien,
je vais t’aimer encore et encore
pour te conduire jusqu’à l’aube.
Tu me fais naviguer dans les veines de ton beau corps,
géographie intime
où je me perds rempli de délices.
Sté, garçon gracieux,
garçon curieux,
garçon plein de mélodie,
garçon flûte de berger,
Sté, garçon brave,
tu as gagné,
je vais t’aimer jusqu’à l’extase.
STÉFANE, MON PAYS DE RÊVE.
Tu es l’aube envahie d’herbes de lumière
comme cette tache en moi d’eau où brille ton visage aimé;
étang situé tout au bout de mon âme
dans ce coeur-pays que ravagent les désirs d’amour:
ce paysage de moi qui serait bien moins beau sans toi.
Je t’aime jusqu’à perte d’horizon;
ton corps m’est plus précieux que ma propre vie;
pourquoi faut-il tant t’aimer,
mon doux, mon cher jeune ami?
TRISTAN
Tristan, l’aube va naître
et nos yeux enfin se retrouvent
comme des perles de rosée
qui s’ajoutent l’une à l’autre pour n’en plus former qu’une.
Ton regard, hirondelles aux ailes moirées,
je l’attends ce regard de toi
qui m’ouvrira une porte du paradis perdu,
ce lumineux regard qui est ma force d’espérer
sans lequel je ne peux vivre,
sans lequel mes désirs ne sont qu’errances.
Tristan, mon bel amour,
ta lumineuse clarté a chassé la nuit traîtresse au visage noir.
Ta seule présence est un baume
et les mots que tu me murmures sont la mélodie
du plus beau des cantiques: il n’y a jamais eu pour moi
des sons plus agréables.
Je te retourne, j’écoute le bruit de ton coeur,
je suis pareil à quelqu’un qui a trop de bonheur.
Je frisonne du plaisir de ta main,
je respire de ta bouche.
Tristan, mon sourire,
Tristan, mon désir de chair et d’âme,
Tristan, mon si bel amour!
LETTRE POUR ÉRIC
Tu es parti, Éric,
sans écouter la peine de mon coeur,
toi qui étais plus que moi-même.
Depuis la vie s’écoule de moi
comme le filet du ruisseau oublié sous la fougère.
Au souvenir de tes yeux, j’ai un amertume étrange
qui me scie la gorge,
car, vois-tu, Éric, il n’y rien au monde
de plus cruel
qu’un garçon qui oublie d’aimer …
GABRIEL MONTOYA
(Français, 1847-1902)
Auteur presque inconnu de chansons et de poèmes gais, il fut double, entendez bisexuel. Du côté féminin, il prit le pseudonyme d’Ariel Mygbanoto. Il écrivit Chansons naïves et perverses (1896).
QUI VEUT VOYAGER LOIN …
Quelle épice as-tu donc mangée
Pour être cher fou de ton corps
À ce point, mon méchant enragé
Que je me trouve à bout d’accords ?
Fi, fi le vilain qui demande
Encore, encore et sans répit,
Comme fait une enfant gourmande
Avec des larmes de dépit …
D’où crois-tu que viennent ma force
Et ma vigueur pour ces combats ?
J’ai brûlé ma dernière amorce
À toujours donner branle-bas …
Te voilà de plus en plus serein,
Pour l’escarmouche mise en goût,
M’offrant ta croupe de serin
Tu sembles dire « Eh quoi, c’est tout?
Déjà fatigué…! Je commence …
En route, en rut pour le recors …
Allons, verse-moi ta semence
À flots pressés, j’en veux encore … ! »
Zut, pour le coup, je me récuse,
Je ne puis après dix assauts,
Comme on verse du Syracuse
Répandre mon Foutre à plein seaux …
Songe à chaque goutte qui tombe,
Que de cadavres innocents
Je précipite dans la tombe …
Vois mes remords, cher et consens
Que j’interrompe la Harangue
Où je succombe terrassé …
Vaut-il mieux avec ma langue
Finir ce que j’ai commencé ?
ROBERT VON MUSIL
(Autrichien, 1880-1942)
Dans son premier roman Les désarrois de l’élève Törless, Robert Von Musil a décrit les émois de l’adolescence avec une grande justesse, dénonçant les fausses vérités du monde adulte. Parfois comparé à Joyce ou à Proust, il
reste un écrivain original avec des élans mystiques et une grande lucidité intellectuelle.
Dans le portrait du jeune Törless, l’écrivain a voulu brosser un tableau de la sensualité d’un adolescent. Le garçon, personnage central du roman, a été placé dans un collège autrichien. Il cherche à se faire ami avec les meneurs qui ont comme spécialité de tourmenter un autre garçon, Basini. Torless éprouve un fort sentiment pour ce Basini dont il a honte.
LES DÉSARROIS DE L’ÉLÈVE TÖRLESS.
TörIess ouvrit, et ils entrèrent. Il tourna le dos à Basini pour allumer la petite lampe. Quand il se retourna, Basini était debout devant lui, complètement nu.
Machinalement, il fit un pas en arrière. La vue soudaine de ce corps nu, blanc comme neige, derrière lequel le rouge des cloisons devenait sang, l’éblouit et le confondit. Basini était bien bâti ; son corps, à peine marqué par la virilité, avait la maigreur élancée et pudique que l’on voit aux très jeunes filles.
Törless sentit l’image de cette nudité devenir flammes blanches, flammes brûlantes dans ses veines. À l’empire de cette beauté, il ne put opposé la moindre résistance. Il ne savait pas ce qu’était la beauté.
Aux yeux d’un garçon comme lui, nourri de plein air, celle de l’art ne représentait rien encore, ou seulement une ennuyeuse énigme.
Ici, en revanche, la beauté venait à lui sur le chemin de la sensualité. Une attaque par surprise. Il s’exhalait de la peau nue un souffle chaud, étourdissant, c’était une cajolerie voluptueuse où se mêlait cependant quelque chose de si souverain, de si solennel qu’on aurait failli en joindre les mains.
Mais, le premier moment de surprise passé, TörIess eut honte. « Tu oublies que c’est un homme ! » Cette pensée l’emplit d’indignation, mais il n’en avait pas moins l’impression qu’avec une fille, la différence n’eût pas été bien grande.
Tout à sa honte, il apostropha Basini :
— Qu’est-ce qui te prend ? Tu vas tout de suite …
Cette fois, ce fut au tour de Basini de paraître stupéfait ; en hésitant, et sans quitter Torless des yeux, il ramassa son manteau.
— Assieds-toi là !
Basini obéit. Törless, les mains croisées derrière le dos, s’appuya à la cloison.
— Pourquoi t’es-tu déshabillé ? Qu’attendais-tu de moi ?
— Mais je croyais …
Basini eut un moment d’hésitation.
— Qu’est-ce que tu croyais ?
— Les autres …
— Quoi les autres ?
— Beineberg et Reiting …
— Beineberg et Reiting, eh bien ? Que faisaient-ils ? Tu dois tout me raconter ! Je l’exige, tu m’entends ? Bien qu’ils l’aient fait déjà.
À ce maladroit mensonge, Törless rougit, Basini se mordit les lèvres.
— Alors, ça vient ?
— Non, ne m’oblige pas à te raconter ! Je t’en prie ! Je ferai tout ce que tu voudras, mais pas ça ! Oh ! Tu as une si curieuse façon de me tourmenter. ..
La haine, l’angoisse et une supplication désespérée luttaient dans le regard de Basini. Törless, involontairement, changea de ton.
— Je ne veux nullement te tourmenter. Je veux seulement te contraindre à dire toi-même toute la vérité. Dans ton propre intérêt, peut-être.
— Mais je n’ai rien qui mérite d’être raconté …
— Ah oui ? Pourquoi donc t’es-tu déshabillé ?
— C’est eux qui me le demandaient.
— Et pourquoi faisais-tu ce qu’ils te demandaient ? Serais-tu lâche, pitoyablement lâche ?
— Non, je ne suis pas lâche ! Ne dis pas ça !
— Tais-toi donc ! Si leurs coups te font peur, tu pourrais te souvenir des miens !
— Mais je ne crains nullement leurs coups.
— Vraiment ? Alors, qu’est-ce que c’était ?
Törless parlait de nouveau calmement. Déjà, il regrettait sa brutale menace. Mais elle lui avait échappé sans qu’il le voulût, simplement parce qu’il lui semblait que Basini prenait envers lui plus de libertés qu’envers les autres.
— Si tu n’as pas peur, comme tu le prétends, qu’est-ce qui t’arrive donc ?
— lis disent que si je fais tout ce qu’ils veulent, au bout d’un certain temps, on me pardonnera tout.
— Qui est ce « on » ? Eux deux ?
— Non, vous tous.
— Comment peuvent-ils promettre cela ? J’ai mon mot à dire, moi aussi.
— lis disent qu’ils s’en chargeront.
Ces mots donnèrent un choc à Törless. Il se souvint de Beineberg lui disant que Reiting, à l’occasion, pourrait agir à son égard exactement comme il agissait à l’égard de Basini. Si l’histoire aboutissait vraiment à un complot contre lui, que ferait-il ? Il ne se sentait pas de taille à lutter avec les deux autres dans ce genre de lutte, et jusqu’où iraient-ils ? Aussi loin qu’avec Basini ? Tout en lui se révoltait contre cette sournoise hypothèse.
[ … ] Enfin, il se retrouva dans son lit. Il ne pensait plus à rien : penser était difficile, et si peu fructueux. Sans doute ce qu’il avait appris des menées de ses amis lui revenait-il à l’esprit, mais aussi indifférent, aussi morne qu’une nouvelle entrevue dans un journal étranger.
Il n’avait rien à espérer de Basini. Son problème, bien sûr ! Mais ce problème était si douteux, et lui si fatigué, si abattu ! Tout n’avait été peut-être qu’une illusion.
Seule l’image de Basini, de sa peau nue, luisante, demeura comme un parfum de lilas dans la pénombre des sensations qui précédèrent le sommeil. La répulsion morale elle-même disparut. Enfin, Törless s’endormit.
Nul rêve ne traversa son repos. Mais, sous son corps, une tiédeur délicieuse déroulait un moelleux tapis. Ce fut cette sensation qui l’éveilla. Il faillit pousser un cri. Basini était à son chevet. L’instant d’après, avec une rapidité insensée, celui-ci avait retiré sa chemise, se glissait sous les draps et pressait contre
Törless son corps nu et tremblant.
À peine remis de sa stupeur, Törless le repoussa :
— Qu’est-ce qui te prend ?
Mais Basini se fit suppliant :
— Oh ! Ne recommence pas ! Personne n’est comme toi. Ils ne me méprisent pas comme toi ; ils font semblant seulement, pour pouvoir se montrer d’autant plus différents après. Mais toi ? Toi justement ? Tu es plus jeune que moi, quoique plus robuste ; nous sommes tous les deux plus jeunes que les autres.
Tu n’es pas brutal et fanfaron comme eux. Tu es doux … je t’aime !
— Quoi ? Qu’est-ce que tu dis ? Je ne sais ce que tu me veux … Va-t-en ! Va-t-en !
Törless, au supplice, repoussait de son bras tendu l’épaule de Basini. Mais la brûlante proximité de cette peau douce qui n’était pas la sienne l’obsédait, le cernait, l’étouffait. Et Basini ne cessait de murmurer :
— Oui, oui, je t’en prie, je serais si content de faire ce que tu veux!
Törless ne savait que répondre. Pendant que Basini parlait, pendant les quelques secondes où il hésita et réfléchit, une sorte d’océan glauque avait déferlé de nouveau sur son être. Seules s’en détachaient les paroles fiévreuses de Basini, comme étincellent des poissons argentés. Il continuait à repousser de ses deux bras le corps de Basini ; mais il y avait sur eux comme une chaleur
pesante, humide ; ses muscles se relâchèrent ; il les oublia … Il fallut qu’un autre mot étincelât pour le réveiller, parce qu’il sentit soudain, comme une réalité terriblement insaisissable, que ses mains, dans une sorte de rêve, avaient attiré Basini plus près.
Alors il voulut se secouer, se crier à lui-même : « Basini te trompe ! Il ne cherche qu’à te faire tomber à son niveau pour t’empêcher de la mépriser ! ».Mais ce cri resta dans sa gorge ; il n’y avait plus une seul bruit vivant dans l’immense demeure ; dans tous les couloirs, immobiles, les flots sombres du silence
semblaient dormir. Törless chercha à se ressaisir ; mais ces eaux étaient devant toutes les portes, pareilles à des gardiens d’ébène.
Alors Torless renonça à chercher des mots. La sensualité s’était lentement insinuée en lui à chaque accès de désespoir avait pris maintenant toute sa force. Elle était couchée nue à côté de lui et lui couvrait la tête de son souple manteau noir. Elle lui soufflait à l’oreille de tendres conseils de résignation, elle
écartait de ses doigts brûlants, comme inutiles, toutes questions et tous devoirs. Elle murmurait : dans la solitude, tout est permis.
Pourtant, au moment où il fut emporté, il s’éveilla quelques secondes, et s’accrocha désespérément à cette seule pensée : « Ce n’est pas moi! Ce n’est pas moi ! Demain, je redeviendrai moi-même ! Demain ! »
GRÉGOIRE DE NAZIANCE
(Arménien, 340-390)
Né à Constantinople, il fut le fils d’un évêque auquel il succéda. Ambitieux et contesté, il termina sa vie dans une solitude douloureuse. Il est l’auteur de nombreux recueils de vers, de lettres, de sermons, d’éloges funèbres, de longs poèmes théologiques axées sur le dogmes et la doctrine, au ton un peu froid.
Dans ses prières, il est éloquent et méditatif. On l’a parfois comparé à Verlaine. La pureté, la délicatesse de son style, le charme indéniable de ses oraisons valent de beaucoup ses interventions théologiques et ses commentaires trop abstraits ; elles répondent à la définition de Platon à propos de l’éros supérieur.
HYMNE À DIEU
Ô toi qui es au-delà de tout, comment pourrais-je te désigner autrement ?
Quelle parole peut bien te chanter, toi qu’aucun nom ne saurait préciser ?
Comment l’esprit t’imaginerait-il, toi qui ne peut être perçu même par le plus brillant des esprits ?
Tu es le seul qu’on ne peut nommer, toi qui a créé tout ce que peut signifier la parole.
Tu n’es pas connaissable, toi qui a créé tout ce que la connaissance est à même de saisir.
Toutes les choses t’expriment par le silence ou la parole et disent ta gloire.
Toutes choses raisonnantes et non raisonnantes disent la gloire.
Tous nos désirs, tous nos rêves gravitent autour de toi.
Toutes nos prières t’entourent.
Tout l’univers qui a l’intelligence de ton être te chante un hymne de silence.
Toute chose demeure en toi et toute chose converge vers toi.
Tu es la fin de tout, tu es l’unique, tu es tout et tu n’es rien de distinct parmi ce tout.
Tu n’es pas un seul, tu n’es pas le tout, puisque les noms tu les as tous.
Comment te nommerais-je, ô toi, le seul qui ne possède pas de nom ?
Qui, même un esprit céleste, peut vraiment déchirer le voile qui est au-dessus des nuages ?
Sois-nous propice, ô toi qu’on ne sait pas désigner et qui est par-dessus tout !
ÉPITAPHE DE GRÉGOIRE
Ô ma patrie, ô ma chère jeunesse,
Tout ce que j’ai eu et toi-même ma chair,
J’en ai fait don au Christ dans l’allégresse.
Si le vœu précieux de ma mère, si la main de mon père m’ont consacré,
Quelle envie pourrais-je avoir encore ?
Christ bienheureux louangé par tous les chœurs,
Puisse à jamais rayonner dans ta gloire
Celui qui fut ton fils Grégoire,
Celui qui fut ton serviteur Grégoire.
ABÛ NUWÂS
(Arabe, 757-815)
Ce poète qui aimait les garçons, que l’on a surnommé « l’homme aux cheveux bouclés et flottant », est considéré comme l’un des plus grands poètes arabes. Son expression poétique est toute de pureté et de douceur.
Dès son jeune âge, il fut attiré par les hommes. Le premier fut son cousin le poète Abû Oussama qui l’initia à la poésie et aux caresses. Passé l’adolescence, déjà reconnu comme un excellent poète, Nuwâs immigre à Bagdad et
il est reçu comme courtisan à la cour du grand calife Hâroum Ar Rachid où il tombe amoureux d’Al Amin, fils du calife, et avec ce compagnon, il s’adonne à l’amour avec les pages et les éphèbes que tous deux entraînent à la chasse et qu’ils gâtent par des banquets interminables où le vin coule à flot. .Vieillissant, assagi, Abû Nuwâs se retire dans une maison de Sagesse où il meurt très entouré.
L’AMOUR EN FLEUR
Je meurs d’amour pour toi si parfait
que la musique envoûte.
Mes yeux ne quittent pas ton agréable profil
et je m’émerveille de te voir si joli.
Ta taille est celle du roseau,
ta figure a la perfection de la lune
et ta joue rivalise avec la beauté.
Je meurs d’amour pour toi
mais je te demande la discrétion
le lien qui nous unit est un cordon sûr.
Je me demande s’il a fallu beaucoup de temps
pour te créer avec des poussières d’anges.
Je me fous des envieux
et je me contente de faire ton éloge.
EST-CE QUE TU M’AIMES VRAIMENT ?
Quand j’ai aperçu ce jeune et beau garçon,
il riait de toutes ses dents.
En réalité, nous étions tous deux
seuls avec Allah
et lorsqu’il mit sa main dans la mienne
en me tenant un gentil discours, je fondis.
Il s’interrompit pour me demander :
« Est-ce que tu m’aimes vraiment ? »
« Oh, oui ! Plus même que l’amour ! »
« Alors, tu me désires ? » me questionna-t-il, anxieusement.
Je soupirai : « Je ne connais personne de plus désirable que toi. »
« Alors il faut craindre Allah et m’oublier
Si mon coeur veut m’obéir … »
AMOURS MAGIQUES
Je suis un grand buveur de vin
et je chevauche de graciles faons ;
j’aime les êtres charmants,
ceux des forêts et ceux des cieux.
Frère d’ivresse, lève ton verre
à la santé des beaux garçons
au ventre plat, à la taille fière,
à la joue rose comme le globe du raisin.
Il faut boire à nos amours magiques
pour célébrer leurs jolis yeux si attirants
et pour que, dans son éclat chatoyant,
la beauté surgisse dans nos verres.
SUR UN VISAGE IMBERBE
Mes yeux s’attardent sur Hamdâne
et je confie à mon ami :
« Il y a bien longtemps, il m’a promis
qu’il ne laisserait pousser sa barbe
qu’à la condition de laisser sans poil son entrecuisse.
Souviens-toi de sa splendeur
au temps heureux de sa jeunesse en fleur
quand sa beauté lui gagnait tous les cœurs
et encore, je ne t’avoue pas tout … »
POURQUOI ?
Pourquoi je donne deux dirhams à l’adolescent
Et un seul à l’eunuque ?
Parce que le jeune homme a deux noisettes
Au milieu du champ où il fait paître sa brebis !
(Traduction et arrangement : Djamel Mamed)
ÉDOUARD II
Gaveston
Je veux des poètes frivoles, de beaux esprits,
Des musiciens qui n’auront qu’à pincer une corde
Pour soumettre le roi à toutes mes fantaisies.
Musique et poésie font ses délices.
J’aurai donc, la nuit, des masques à l’italienne,
De doux propos, des comédies, des tableaux vivants.
Le jour, quand il se promènera dans le parc,
Mes pages se déguiseront en nymphes,
Et mes serviteurs en satyres, sur les pelouses,
Danseront sur leurs pieds fourchus une ronde antique.
D’aventure unadorable enfant, sous les traits de Diane,
Parant du reflet d’or de ses cheveux l’eau où il glisse,
Des bracelets de perles autour de ses bras nus,
Dans ses mains folâtres un rameau d’olivier
Pour cacher ce que l’on se réjouit de voir,
Se baignera dans une source. Et là, tout près,
Un autre Actéon épiant à travers les branches
Sera transformé par la déesse irritée
En un cerf qui prendra la fuite
Et traqué par la meute de chiens,
Semblera périr sous leur dent.
Tels sont les divertissements favoris de Sa Majesté.
MARTIAL, Marcus Valerius
(Latin, né en Espagne, peut-être entre 40 et 104)
On sait de sa vie ce que nous apprennent ses vers. À Rome, où il étudia et vécut de 64 à 98, il essaya d’intéresser à son sort les princes et les riches en se plaignant souvent de sa pauvreté. Il fut l’ami de grands personnages
comme le rhéteur renommé Quintilien qui fut le professeur du futur empereur romain Hadrien, du brillant orateur Pline le Jeune, de Juvénal et de Silius Italicus.
Son œuvre littéraire manquante Épigrammes, écrite de 80 à 101, courts poèmes remarquables par leur humour débridé, par des observations mordantes. Cependant Martial tombe facilement dans le trivialité et fa
charge caricaturale. C’est d’ailleurs à partir de lui que le mot épigramme, appliqué jusque là à la poésie courte, prend le sens de raillerie et de satire.
Il quitta la cour romaine sous Trajan où il ne se sentait plus à l’aise et il revint en Espagne dans sa ville natale de Bilbilis où une riche veuve le dota d’un domaine. Il acquit ainsi une certaine aisance, ce qu’il avait toujours souhaité. Mais il regretta toujours Rome et les nombreux amis qu’il y avait laissé.
ÉPIGRAMMES, LIVRE 1
S’il Y avait jamais au monde
Quelqu’un qui pût satisfaire à ma demande,
Écoute, Flaccus,
Comment serait l’esclave que je lui demanderais.
Je voudrais d’abord
Que ce jeune esclave soit né sur les bords du Nil :
Il n’y a pas de terre qui sache inspirer
Plus de folâtre gaieté.
Puis, qu’il soit plus blanc que la neige :
Car dans la brune Égypte
Ce teint-là est d’autant plus beau qu’il est plus rare.
Que ses yeux rivalisent avec les étoiles
Et qu’une souple chevelure fouette son cou :
Je n’aime pas, Flaccus, les cheveux frisés.
Qu’il ait le front bas, et que la courbe
De son nez ne soit pas trop accentuée ;
Que ses lèvres rouges défient les roses de Paestum.
Qu’il lui arrive souvent d’exiger mes caresses
Quand je n’en aurais pas nécessairement envie,
Et de les repousser quand elles me tenteront ;
Qu’il jouisse souvent de plus de liberté
Que son propre maître.
Qu’il évite les jeunes garçons,
Qu’il ferme toujours sa porte aux filles :
Homme pour tous les autres,
Qu’il soit un jeune garçon pour moi seul.
Réponse de Flaccus :
— Il suffit, diras-tu ;
Je sais de qui il s’agit et je ne m’y trompe pas :
Car, si j’en juge aussi moi-même,
Ce portrait est exact.
Tel était mon Amazonicus.
LIVRE II (LXII)
Labienus, si tu épiles ta poitrine,
Tes jambes et tes bras ;
Si ta verge, après y avoir passé le rasoir,
N’est entourée que de poils follets,
C’est que (qui l’ignore ?),
Tu songes à plaire à ta maîtresse.
Mais à qui songes-tu, Labienus, quand tu épiles ton cul joli?
Il n’est de sentiment plus beau
Que celui des femmes
Pour ceux qui ont des sentiments scrupuleux.
Mais ceux qui ont des passions masculines,
Je sais un remède contre cette fâcheuse maladie du coeur.
Qu’ils demandent à Ménophila
De se retourner et d’offrir ses jolies fesses.
Ils s’imagineront ainsi
Qu’ils tiennent dans leur bras le beau Ménophilos.
LIVRE III
Ton esclave à mal à sa queue,
Toi, tu as mal à ton derrière.
Pour cette raison, sans être devin, je me doute,
Ô Névolus, de tes activités.
LIVRE IV, VII
Pourquoi, ce que tu m’as accordé hier,
Me l’as-tu refusé aujourd’hui,
Jeune Hyllus, devenu si soudainement intraitable
De gentil que tu étais naguère ?
Mais voici que tu donnes pour prétexte
Et ta barbe et ton âge et ton poil.
Ô nuit, comme tu es longue,
Toi qui suffis pour faire un vieillard !
Pourquoi te moquer de moi ?
Toi qui étais hier un enfant, Hyllus,
Dis-moi comment se fait-il
Que tu sois aujourd’hui un homme ?
LIVRE IX
Flaccus, si tu entends applaudir dans un bain,
Sache que Morion passe avec son instrument bien en évidence …
LIVRE XI
Ce néphrétique, en attendantson médecin,
Encule le jeune Hylas :
Un malade, je pense, assez en santé !
LIVRE VII, LXII
Puis-je posséder un jeune esclave
Qui doive la douceur de sa peau
À son âge et non à la pierre ponce,
Et m’ôte l’envie de n’importe quelle jeune femme.
LIVRE IX, XXI
Artémidore possède un jeune esclave,
Mais il a vendu son champ ;
Calliodore possède un champ à la place de son jeune esclave.
Dis-moi, Auctus, lequel des deux a fait la meilleure affaire ?
Artémidore fait l’amour, Calliodore laboure.
LIVRE X, XLII
Si le duvet de tes joues est incertain,
Ce duvet si flexible que le souffle de l’haleine,
Le soleil ou une brise légère le font évanouir.
C’est d’une laine semblable
Que se voilent les coings mûrissants,
Quand le pouce d’une vierge
Qui les en dépouille les font briller.
Toutes les fois que j’imprime
Avec plus de force cinq baisers sur ton visage,
Je deviens barbu, Dindyme,
Grâce à tes lèvres.
PACIFICO MASSINI
(Italien, 1400-1500 : vous avez bien lu, il a vécu cent ans, un siècle !)
Massini a vécu des drames dans sa vie, assez en tout cas, pour haïr les femmes. Celle qu’il eut le malheur d’épouser n’hésita pas à empoisonner ses trois enfants. Poète, précepteur, soldat, médecin, usurier, tueur à gages,
faux monnayeur, tricheur au jeu, sorcier, Pacifico Massini toucha à tout avec un plaisir égal. Mais il fut surtout connu comme entremetteur de jeunes garçons.
Pour cette raison, il est probable qu’il ait été pédéraste et ses textes, même si par convention, Massini semble s’adresser à la gent féminine, ils sont d’un ton
qui ne trompe pas, c est bien aux garçons qu’ils furent dédiés.
SUR MON PÉNIS
Croyez-moi, les voiles d’un navire pourraient à peine cacher ce mât, et en exhibant ce bâton un jardin serait à l’abri des voleurs.
Il est si gros, d’un poids si imposant que dans la foule je passerais bien pour avoir trois jambes. Celui-là est bien riche qui peut se vanter d’un énorme pénis. C’est plus précieux que l’or, de jouir d’un gros membre ; pour un pareil instrument les rois voudraient donner leurs trônes, et comme à regarder son or jouit un avare, ainsi je jouis en contemplant ce gros atlante. Si quelqu’un en veut un semblable ou une plus gros, il l’aura : il ne m’est pas né tel, je l’ai façonné de ma main. Comme il a grossi chez moi, il grossira chez toi.
J’ai moi-même appris à arrêter de la main sa dureté trop hâtive, et aussi à la solliciter de la main, quand il est paresseux.
Mon membre suffit à peine à mon jeune mignon ; une si grosse queue, il la prétend mince et courte dans son intérieur. Qu’il bouche donc son immense cul sans fond, et le couse trois ou quatre fois d’un fil bien serré, ou qu’il en prenne un autre : il ne verra pas pareil membre ; le ciel n’en possède pas, ni la terre non plus.
Faites, ô dieux bienveillants, car vous pouvez toutes choses, que je sois tout en pénis, pour qu’il finisse par s’écrier de contentement : « C’est assez, c’est assez ! »
PRÉSIDENT (FRANÇOIS) MAYNARD
(Français, 1582-1646)
Disciple de Malherbe, Maynard, excellent et rigoureux artisan du vers, annonce les courants nouveaux dans la poésie. Il fréquente les libertins bons vivants comme St-Amant et Colleret. Même élu à l’Académie Française. il aime composer des chansons à boire, ce qui ne l’empêche pas d’être précieux et mystique.
ÉPIGRAMME
Jean, ce F…eur invaincu,
Au soir dans une taverne,
F … ait Louis à la moderne,
C’est-à-dire par le cu.
Lui, qui veut bien qu’on l’enfile
Selon la nécessité,
Disait, d’un coeur irrité,
Qu’un clystère est inutile
À qui crève de santé.
MÉLÉAGRE
(Grec, 140-60 avant J. C.)
Né près de Gadara en Syrie au second siècle avant notre ère, Méléagre passa la plus grande partie de sa vie à Tyr. Il a exprimé dans des vers langoureux, élégants, la frivolité de la vie. L’expression de ses douleurs est un
peu surfaite, mais il a des accents voluptueux pour les décrire d’une manière vive et délicate. Dans Bouquet, il composa la première anthologie d’une quarantaine de poètes depuis le VIl siècle jusqu’au Il avant J. C.
Il ne trouva pas le bonheur parfait dans l’amour des femmes et peut-être ne le trouva-t-il pas non plus dans l’amour des garçons qu’il préféra comme beaucoup de Grecs de cette époque et auquel il se livra sans vergogne, du moins pour un certain temps. Méléagre vécut très vieux.
APHRODITE ET L’AMOUR
Aphrodite nous fait brûler pour le désir des filles,
Mais l’Amour nous apprend le désir des garçons.
Vers la mère ou l’enfant, vers qui mes pleurs iront ?
Ma foi, c’est de d’Aphrodite que vous tiendrez l’aveu
Que le plus fort sera l’enfant audacieux.
L’EAU ET LE FEU
Blessés par le plus triste amour,
Vous qui mêlez de la neige au vin,
Qui connaissez l’amour des garçons
Et qui goûtez son miel amer,
O vite, allons, versez l’eau fraîche
L’eau fraîche où s’est fondue la neige,
Afin d’en arroser mon coeur.
Sur l’un d’entre vous, j’ai osé
Lever trop hardiment les yeux.
Ah! Garçons, avant que le feu
N’ait incendié toute mon âme,
Ah ! Versez de l’eau sur le feu !
THÉRON
Lorsque Théron arrive,
Tout le reste disparaît.
Et s’il s’en va,
Le reste n’a plus d’importance.
TÉMOINS
Nous avions comme témoins
La lampe et la nuit.
Il trahit maintenant ces nuits
Qui nous ont appartenues.
Ses serments légers d’autrefois,
Le font rire aujourd’hui,
Et la lueur de la lampe
Le surprend dans les bras d’un autre.
RÊVERIE
Je croyais l’avoir tout contre moi,
Sur ma couche, le pressant sous mon manteau,
Mais le jour arriva trop tôt.
il avait dix-huit ans et des yeux rieurs.
Où donc es-tu allé, fantôme ?
Mon ardeur est toujours brûlante,
Mais l’espoir m’a fait faux bond.
La nuit vagabonde au pays du mensonge :
Mon âme, apprends à craindre la beauté …
MICHEL-ANGE
(Italien, 1475-1564)
Poète, sculpteur, peintre, architecte, inventeur, bref un génie universel C’est sans conteste l’artiste le mieux connu dans le monde entier, surtout pour ses fresques de la Chapelle Sixtine, sublimes et grandioses. Michel-Ange peut être considéré comme un grand poète et ses textes d’une sensibilité émouvante avec un
penchant pour la fugacité des sentiments et du bonheur terrestre sont un ardent éloge à la beauté du corps et de l’âme humaine. Ses poèmes et ses lettres en grande partie furent dédiés à son ardent amour Tommaso Cavalieri,un beau garçon fantasque qu’il avait accueilli dans son atelier de peintre et de sculpteur.
Tempérament tourmenté, sur la fin de sa vie, ses poèmes et ses œuvres sont dans le sillage des idées catholiques de l’époque : foi douloureuse et besoin profond de pénitence. De son vivant, on lui vouait déjà un véritable culte, qui se continue aujourd’hui puisque pour la seule année 1997, une soixantaine d’ouvrages lui ont été consacrés en Italie seulement. Les poèmes et les lettres que nous avons sélectionnés ont été recueillis par son arrière-petit-neveu qui a tenté de faire croire qu’ils étaient destinées à une femme et non à Tommaso.
POÈMES POUR TOMMASO CAVALIERI
Je ne saurais m’imaginer
Vision désincarnée ni présence terrestres
(Aidant ma plus haute pensée s’il est possible)
Pouvant me faire une arme contre ta beauté.
Loin de toi, je crains de tomber si bas
Qu’Amour me dépouille de toute vertu
Et, à vouloir diminuer ma douleur
Tant je l’augmente qu’elle me donne la mort.
Mais il m’est vain d’accélérer ma fuite
Puisqu’ainsi je redouble celle de cette beauté ennemie
Et que je ne puis échapper à qui est plus preste que moi.
Amour, de ses mains, sèche mes yeux ;
Je me promets que tant d’amertume me deviendra douceur
Car ce ne peut être vil ce qui me coûte tant !
Je saisis sur ton beau visage, ô mon Seigneur,
Ce qu’en cette vie personne ne saurait dire du mal.
L’âme, de sa chair encore vêtue,
Grâce à lui, maintes fois vers Dieu, s’est élevée.
Et si le vulgaire méchant et sot qui ne sait voir
En autrui que sa propre faute m’accable du doigt,
Mon intense passion ne m’en est pas moins chère
Ni mon amour, ni ma foi, ni mon chaste désir.
À la source miséricordieuse à qui nous devons d’être
S’accorde toute beauté qu’ici-bas nous voyons,
Et nul ne le sait mieux qu’un pénétrant esprit.
Du ciel, sur cette terre, nous n’avons nulle autre image,
Nul autre fruit non plus, et qui t’aime avec ferveur
S’élève jusqu’à Dieu et fait douce la mort.
LETTRE À TOMMASSO CAVALIERI
Florence, 28 juillet 1533.
Mon cher seigneur,
Si je n’avais pas cru vous avoir donné la certitude du très grand et incomparable amour que je vous porte, le grave soupçon que je vois dans votre lettre, où vous semblez croire que je ne vous ai pas écrit parce que je vous oubliais, ne m’aurait pas paru étrange et ne m’aurait pas étonné.
Mais ce n’est pas une chose nouvelle, ni qui puisse provoquer l’étonnement, tant d’autres choses allant à l’envers, que celle-ci elle-même aille à rebours. Ce que vous, mon seigneur, me dit, je pourrais le lui retourner, mais peut-être le faites-vous pour m’éprouver, ou pour ranimer un feu nouveau et plus ardent, s’il peut jamais être plus ardent. Mais qu’il en soit comme vous le voulez. Ce que je sais, c’est qu’à cette heure, je ne peux pas plus oublier votre nom que la nourriture qui me fait vivre. Etmême, oublierais-je la nourriture qui me fait vivre et qui misérablement nourri mon corps, plutôt que votre nom, qui nourrit le corps et l’âme, remplissant l’un et l’autre de tant de douceur que je ne peux sentir
ni l’ennui, ni la crainte, ni la mort, tant que je le garderai dans ma mémoire. Si mes yeux avaient aussi leur part, pensez en quel état je me trouverais.
Comment songez-vous à m’accuser d’avoir oublié ou pu oublier l’aliment dont je vis et qui n’est autre que votre nom. C’est pourquoi, je ne crois pas, bien que cela soit très présomptueux, vous étant très inférieur, que rien ne pourra détruire notre amitié.
(Recherche et traduction : Alonzo Bruno)
JEAN LORRAIN
(Français, 1855-1906)
Jean Lorrain, de son vrai nom Paul Duval, fut tout un personnage, on peut même affirmer que la réputation du personnage l’emporta sur celle de l’écrivain. Poète, conteur, journaliste, romancier, homme de théâtre, il avait une facilité d’écriture assez exceptionnelle. Son vocabulaire est souvent recherché. L’homme était d’une grande sincérité, ce qui le rendit populaire. Peintre complaisant des travers humains, il connut le succès avec la pièce de théâtre Une nuit de Grenelle.
Il avait fait de brillantes études au Lycée Impérial de Vanves et chez les Dominicains d’Arcueil où il se passionna très tôt pour l’écriture.
Son père voulait en faire un éleveur normand, mais Paul refusa tout net le « métier des vaches ». Il descendit à Paris où il fréquenta des écrivains comme Coppée, Huisman, Bloy et d’autres moins connus. C’est à ce moment qu’il prend le nom de Jean Lorrain.
Amateur de solides gaillards comme l’était Genêt, il aimait fréquenter les bars à marins, les grèves, les brasseries et les ports. A Paris, il fit la connaissance d’un matelot blond surnommé Ophélus qu’il ne quitta plus. Il prétendit aussi qu’il avait comme amis des lutteurs, des cambrioleurs, des assassins, des pitres, des souteneurs et autres personnages aussi peu recommandables.
« J’ai couché, cette nuit, entre deux débardeurs
Qui m’ont débarrassé de toutes mes ardeurs.»
Quelque six ans avant son décès, il s’installa à Nice où il put donner libre cours à ses penchants :
« Vous ne vous doutez pas du vent d’amour que le printemps déchaîne dans ce pays. On est suivi, abordé dans les rues, sur les chemins, requis à toute heure du jour et de la nuit ; l’atmosphère sent la rose et le foutre … et, le soir, quand on se promène au bord des quais, les marins vous hèlent à bord de leurs balancelles ; mais y descendre serait imprudent : on disparaîtrait pour toute la nuit à fond de cales … »
Le fait est que Jean Lorrain fut très populaire auprès des bateliers et des cochers qui, selon ses confidences, lui voulaient le plus grand bien. Il retourne pourtant à Paris, sa santé se détériore car il est victime de l’abus qu’il fait de l’éther sous forme de liquide alcoolisé. Cette substance excite les centres nerveux sensoriels, ce qui produit des sensations agréables et parfois voluptueuses.
Il meurt le 30 juin 1906 seulement âgé de 51 ans.
PETIT POÈME DÉDIÉ À WITIIOLD DE K.
Quand vous serez parti, loin des murs du collège,
Songerez-vous parfois au poète, au rêveur
Qui vous aimait d’amour et pour vous -le dirais-je-
Effeuillait au printemps la marguerite en fleur ?
COUR D’ASIE
[ … ] Tout en buvant, Noronsoff jouait avec les cheveux de l’aîné des Schoboleski, Nicolas, assis près de lui sur le divan ; sa main s’attardait dans les boucles blondes et serrées de l’enfant. .. Ce garçon de seize ans assistait à ces conversations. À quoi songeait donc la comtesse ? Elle était là, d’ailleurs, trônant au premier rang des auditeurs, son dernier fils debout entre ses genoux et câlinement appuyé contre elle, la mère et l’enfant formant tableau, lui, vêtu de velours noir ; elle, vêtue de blanc. [ … ]
LE SOUPER DE TRIMALCION
[ … ] C’était trois gars solidement charpentés, trois mokos de la Riviera, dont la chair brune était singulièrement tatouée. L’un couché sur le ventre offrait le fameux tatouage, connus sous le nom de « la chasse au renard », que Pierre Loti a décrit dans Mon frère Yves : tracés à l’encre bleue, les chiens et les
chevaux la meute et les cavaliers contournent les épaules, la poitrine et le torse à la poursuite du renard, disparu dans son terrier ; c’est un tatouage classique,
L’autre renversé sur le dos, les mains croisées sur son visage, étalait, des épaules aux genoux, l’effigie d’un vautour aux ailes à demi refermées ; le bec de l’oiseau occupait le milieu de la poitrine, les dernières plumes des ailes s’effilaient sur les rotules, les serres étreignaient un étrange perchoir.
Le troisième couché sur le côté enrichissait son derme de détails d’architecture : un arc de triomphe surmontait ses reins, une des fontaines de la Concorde s’épanouissait sur son ventre; des légendes grivoises soulignaient ces dessins. [ … ]
LUCIEN
(Grec, 124-192)
Originaire de Samosate, en Syrie, Lucien s’éleva au-dessus de sa condition modeste et il devint fonctionnaire en Égypte. Écrivain qui s’est parfois adonné à la satire, il est pourtant sensible et philosophe. Son personnage de Callicratidas, dans Les amours représente le type même de celui qui éprouve un amour sans partage pour les garçons qu’il exprime avec une profondeur étonnante. Il a écrit plus de quatre-vingt-deux ouvrages surtout à tendance philosophique dans un style agréable qui n’est pas sans rappeler les écrivains grecs anciens. Lucien mourut de la goutte ou pour les Chrétiens mordu par un chien enragé car il avait dénoncé les absurdités, selon lui, du christianisme.
(Achille pleure la mort de son ami Patrocle):
« Qui avait-il de plus beau que le commerce sacré de tes cuisses ! »
(Ce même Lucien répondit à ceux de ses contemporains qui prétendaient « qu’aimer un homme était contre nature »):
« Le mariage est infiniment utile à la société. C’est chose heureuse lorsque par hasard il réussit. Mais la pédérastie, considérée comme le gage d’une amitié pure et chaste, n’appartient qu’à la seule philosophie. Je permets donc à tous les hommes de se marier, mais les philosophes seuls ont le droit d’aimer les jeunes garçons ; la vertu des femmes n’est pas, pour eux, assez parfaite >.
PIERRE DE MARBOEUF
(Français, 1596-1645)
Poète d’inspiration baroque, peu connu, Marboeuf est un auteur intéressant surtout dans sonRecueil de vers, publié en 1628.
L’INNOCENCE D’AMOUR
Tu me dis que l’amour est toujours en enfance,
Qu’il se plaît, comme enfant, à mille petits jeux,
Et s’il blesse quelqu’un en se jouant de ses feux,
Que le mal qu’il lui fait vient de son ignorance.
Qu’aveugle est cet archer qui n’a pas connaissance
Où frapperont ses traits qui sont si dangereux ;
Et si pour son sujet quelqu’un est malheureux,
Tu m’assures que c’est une pure innocence.
S’il est vrai que l’amour ne t’est pas inconnu,
Qu’il est un imbécile, et qu’il va toujours nu,
Innocent, dépouillé de malice et de ruse ;
N’aie-je point de raison, quand le mal que je sens
Me fait dire, qu’Hérode aurait eu quelque excuse,
S’il eut tué l’amour avec les Innocents.
CHRISTOPHER MARLOWE
(Anglais, 1564-1593)
Le plus grand des dramaturges élisabéthains, inspiré et audacieux. Il étudia à Cambridge. Il se destinait à la prêtrise, mais à sa sortie de l’université, il décida d’être acteur. Carrière brève, car un malheureux accident en fitun estropié. Il se consacra désormais à l’écriture dramatique, domaine où il réussit brillamment.
On sait qu’il a vécu avec Thomas Kyd une aventure amoureuse passionnée et partagée.
Sa mort reste une énigme. Très jeune, il avait appartenu au service secret de la Reine. C’est probablement pour cette raison qu’il fut assassiné par un certain Ingram Frizer, dans une taverne de Deptport. On doit à cet écrivain quelques aphorismes amusants comme celui-ci :
« Quiconque n’aime pas les garçons est un imbécile. »
HÉRO ET LÉANDRE
« 0 Héro, Héro ! • allait-il répétant ;
puis il gravit une roche élevée
d’où, découvrant sa tour, il la fixa longtemps des yeux,
et supplia l’Hellespont qui s’agitait à l’étroit dans ses rives,
de s’ouvrir en deux, afin qu’il puisse aller ct revenir ;
mais les flots bondissants répondaient toujours : « non ».
Alors, il mit à nu son corps blanc comme ivoire,
et criant : « Amour, me voici ! » il plongea brusquement.
Ce que voyant, le dieu au visage de saphir, s’échauffa
et fit sonner la conque à son Triton folâtre,
s’imaginant que Ganymède, mécontent,
avait quitté les cieux ; et il se jeta sur lui.
Léandre eut beau lutter, les vagues l’enlacèrent,
et l’attirèrent au fond de la mer, où le sol
était jonché de perles, et où, dans des bosquets de corail,
de mélodieuses sirènes jouaient avec leurs amants
sur de lourds amas d’or, et prenaient grand plaisir
à se moquer dédaigneusement des trésors naufragés.
C’est là que se dressait le beau palais d’azur
où demeurait le roiNeptune avec sa cour.
Le dieu lascif l’étreignit ; l’appela « mon amour «
jura de ne jamais le rendre à Jupiter.
Mais lorsqu’il s’aperçut que ce n’était pas Ganymède,
car Léandre, sous l’eau, était presque mort,
il le souleva jusqu’à la surface, et, ayant vu son visage,
de son trident, rabattit les vagues trop hardies
qui se dressaient dans l’espoir de l’embrasser,
et retombèrent en pluie de larmes, pleurant de l’avoir manqué.
Léandre, remonté, commença de nager,
et, tournant la tête, vit que Neptune le suivait.
Le pauvre, consterné, se prit à s’écrier :
« Oh ! Laissez-moi la voir avant que je ne meure ! »
Le dieu mit à son bras le bracelet d ‘Héllé,
et jura que la mer ne lui ferait jamais de mal.
Il tapotait ses joues pleines, jouaient avec ses longues boucles,
et, souriant d’un air lascif, trahit son désir amoureux.
Il guettait les bras du nageur, et lorsqu’ils s’ouvraient tout grands,
à chaque brasse, il se glissait entre eux,
dérobait un baiser, puis s’échappait, dansait,
et, se retournant, lui jetait des œillades passionnées,
lançait pour l’amuser mille rien colorés,
puis il plongeait, et venait regarder de tout près
sa poitrine, ses cuisses, et tous ses membres,
remontait à nouveau, et nageait contre lui,
et lui parlait d’amour. Léandre répliqua :
« Vous êtes dans l’erreur, je ne suis pas une femme, moi »,
Didon (scène 1)
(Jupiter attirant Ganymède sur ses genoux) :
Viens, charmant Ganymède, viens jouer avec moi.
Je raffole de toi, en dépit de Junon.
Ganymède
Je suis bien avancé avec votre amour indigne
Qui ne me protège pas des coups de la mégère.
Aujourd’hui, pendant que je remplissais vos coupes
Et que je préparais votre manteau d’apparat,
Elle me donna une telle gifle que je renversai le broc
Et que le sang m’en coula des oreilles.
Jupiter
Quoi ! Elle ose frapper le chéri de mon coeur ?
Par l’âme de Saturne et par ma barbe,
Qui, trois fois secouée, fait trembler la terre,
Je jure, si elle te fait la tête encore une fois,
De la pendre, comme un météore, entre ciel et terre,
Pieds et mains liés avec des cordes d’or,
Comme j’ai rait autrefois pour punir Hercule.
Ganymède
Si je pouvais assister à ce charmant spectacle,
Comme je rirais avec Ic frère d’Hélène,
Comme j’amènerais les dieux pour s’en ébahir !
Doux Jupiter, si jamais je t’ai plu,
Si je t’ai semblé beau, enfermé dans tes toiles d’aigles,
Accorde cette faveur à mon charme immortel
Et je ne quitterai plus tes bras resplendissants.
Jupiter
Que puis-je, charmant espiègle, refuser à ta jeunesse ?
Ton visage me procure une telle extase
Qu’affolé par son éclat brûlant qui me perce comme une flèche,
J’ai souvent arrêté les chevaux de la Nuit
Qui t’auraient dérobé à ma vue.
Viens sur mes genoux et agis à ta guise,
Maîtrise le fier destin, coupe le fil du temps.
Est-ce que tous les dieux ne sont pas à tes ordres,
Et la terre et le ciel, les seules bornes de ton plaisir ?
Vulcain dansera pour que tu te moques de lui.
Mes neuf filles chanteront quand tu seras triste.
À l’oiseau de Junon j’arracherai ses plumes orgueilleuses
Pour te faire un éventail qui te rafraîchira.
Les cygnes de Vénus se dépouilleront de leur duvet d’argent
Pour rendre plus doux clans ton lit le sommeil.
Mercure ne montrera plus ses ailes au monde
Si ton caprice veut l’eu dépouiller
Et, comme celle-ci, je les lui arracherai toutes,
(Il arrache une plume aux ailes de Mercure.)
Pourvu que tu dises : « Leur couleur me plaît. »
Tiens, mon petit chéri, prends ces bijoux.
Junon les portait le jour de son mariage.
Mets celui-ci autour de ton cou, mon amour à moi tout seul,
Et de mon larcin pare tes bras et tes épaules.
Ganymède
Je voudrais avoir des boucles d’oreilles
Et une belle broche pour mettre à mon chapeau
Et alors je t’embrasserai cent fois …
Jupiter
Tout ce que tu voudras, Ganymède, pourvu que tu m’aimes.
HENRY JAMES
(Anglais d’origine américaine, 1846-1916)
Romancier au style rigoureux et concentré, on a souvent comparé Henry James à Marcel Proust. Il naquit à New York, mais il étudia en Suisse, en France et en Angleterre. En France, il fit fa connaissance de Flaubert. Maupassant et Tourgueniev. Il se fixa finalement en Angleterre, à Rye, dans le Sussex, où parurent ses œuvres les plus marquantes.
En 1903 et 1904 parurent ses deux livres qui sont probablement ses chefs-d’œuvre, Les Ambassadeurs et Coupe d’or. Les héros de ces deux romans sont de beaux jeunes gens qui ont la joie de vivre et qui sont si insouciants que James lui-même les qualifie de tigres mâles et rutilants et de jeunes païens contrairement à lui qui dans sa jeunesse avait été un garçon un peu efféminé.
Un malheureux accident survenu alors qu’il assistait des pompiers lors d’un incendie lui avait atrophié les parties sexuelles, ce qui lui causa des douleurs toute sa vie durant — des douleurs qu’il dit lui-même être extraordinairement intimes.
James avait des manières affectueuses avec ses amis, il les enlaçait, les embrassait sur les deux joues. C’est en 1899 que le romancier fit la connaissance du jeune sculpteur Hendrix Andersen, un très joli jeune homme de 28 ans, plein de charme et d’assurance. James lui acheta dans sa boutique de Rome un petit buste et [‘invita à venir le visiter dans sa propriété de Rye dans le Sussex. Andersen accepta et ils passèrent quelques jours ensemble. Ce qui valut au jeune homme des lettres passionnées et tendres que James lui écrivit de 1899 à1915.
EXTRAITS DE LETTRES À HENDRIX ANDERSEN
C’était absurde à quel point je me sentais navré de te perdre, cet après-midi-là, le mois dernier, quand nous marchions tristement vers l’innocente et brave petite gare et quand notre destin commun gémissait sous l’effet de la dissonance de ton départ intempestif. Depuis lors tu me manques démesurément par rapport aux trois jours maigrelets (il me semble maintenant étrange qu’il n’y en eût que trois) que nous avons partagés. Jamais (et je l’ai fait trois ou quatre fois) je ne passe le petit virage de la colline d’Udimore que nous avions montée en bicyclette, le soir (en venant de Winchelsa) sans penser avec une tendresse infinie au charmant retour dans le crépuscule et sans éprouver de nouveau la
singulière perversité du passage si bref d’un tel moment. Sois tranquille, il yen aura d’autres, beaucoup d’autres, de ces moments-là ! […]
Le fait que je ne puisse pas t’aider, te voir, te parler, te toucher, te serrer longuement dans mes bras ou faire quoi que ce soit pour que tu puisses te reposer contre moi, partager ce que tu ressens, me tourmente, mon cher enfant, et me remplit de peine pour toi et pour moi; je grince des dents et gémis sur l’âpreté des choses.
Je voudrais aller à Rome poser mes mains (ô combien amoureusement) sur toi. Hélas — c’est odieux — c’est impossible… Je reste en ville pour quelques semaines, sur quoi, je rentre à Rye le 1" avril, et tôt ou tard, l’idée de t’y accueillir, de m’occuper de toi, de t’étreindre, de t’amener à te serrer contre moi comme un frère et amant, de te garder ainsi jour après jour, réconforté peu à peu des premières rigueurs de ta douleur, ou du moins soulagé — cette idée me semble éventuellement possible, concevable et pas tout à fait hors de question. J’y serai, en tous cas, et c’est ma maison et mon jardin et ma table de travail et mon studio — aussi modeste qu’il soit – ta chambre, et mon accueil, et ta place sera partout – et j’insiste avec combien de sincérité, cher enfant, quand l’isolement, le chagrin et les ennuis qui t’accablent deviendront de par trop insupportables… Je t’aiderai à passer ce mauvais moment… Je t’embrasse avec presque une passion de pitié.
MIKHAIL KOUSMINE
(Russe, 1872-1936)
Kousmine était de la petite noblesse russe qui faisait partie de la secte des Vieux Croyants. Il se reconnut homosexuel dès l’adolescence et il tomba amoureux d’un camarade de classe, Chicherin, qui deviendra plus tard un diplomate soviétique très apprécié. Son premier roman Ailes publié en 1906 où l’écrivain démontre son amour pour le monde grec ancien. Il se proclama lui-même Hellène, ce qui suscita un grand scandale. La Russie et son élite ne reconnaissent pas que l’homosexualité puisse exister dans ce pays. Jamais personne avant Kousmine n’avait osé écrire sur le sujet. En 1928, lors d’une lecture publique, l’écrivain fut porté en triomphe à Leningrad et couvert de fleurs. II gagna sa vie en faisant de la traduction. Il publia un livre de poèmes en 1939. II eut la chance de mourir avant les grandes purges staliniennes de 1936. Son dernier amant, le poète Yuri Yurkun, sera fusillé. Ses autres amis allèrent de goulag en goulag et certains se suicidèrent pour échapper à la persécution des communistes russes.
LES AILES
( … ] Quand on vous dit : « C’est contre nature », regardez l’aveugle qui a dit ces mots et passez votre chemin, sans faire comme ces moineaux qui s’égaillent à la vue d’un épouvantail dans un potager. Les gens marchent comme des aveugles, comme des morts, alors qu’ils pourraient créer la vie la plus enflammée, où le plaisir serait toujours aigu comme serait intense une vie où à peine né l’on mourrait aussitôt. C’est avec cette avidité-là que nous devons tout accueillir. À chacun de nos pas, il y a des miracles autour de nous : dans le corps humain il ya des muscles, des ligaments qu’on ne peut voir sans vibrer ! Et ceux qui lient l’idée de beauté à la seule beauté de la femme telle que le conçoit l’homme ne font montre que d’une concupiscence vulgaire et sont les plus éloignés de la véritable idée de beauté. Nous sommes des Hellènes, les amants du beau, les Bacchants de la vie qui éclot. Comme les visions de Tannhäuser dans la grotte de Vénus, comme l’illumination de Klinger et de Thomas, elle existe, la patrie ancestrale, inondée de soleil et de liberté, où les êtres sont beaux et hardis et, à travers les mers, dans le brouillard et les ténèbres, c’est là-bas que nous allons, nous les argonautes ! Alors dans la nouveauté la plus inouïe nous connaîtrons de très anciennes racines et au rayonnement irréel de sa lumière, nous sentirons la présence de la patrie !
LAUTRÉAMONT
(Français, 1845-1870)
Lautréamont est un cas. Il a été marqué par l’ange du mystérieux et du bizarre. Il s’appelait en réalité Isidore Ducasse et il prit le nom de Lautréamont dans roman d’Eugène Sue. Né à Montevideo en Uruguay, il eut une enfance assez triste dans un collège de jésuites. En 1860, il a quatorze ans quand son père, chancelier du consulat de France en Uruguay, l’envoie au lycée de Tarbes, puis à celui de Pau, en France. En 1867, il se présente aux examens pour entrer à l’école Polytechnique où il passe ses nuits à se promener dans Paris et il n’entre dans sa chambre d’hôtel que pour écrire. Son œuvre, Les Chants du Maldoror, ne sera pas publiée de son vivant, sauf de rares extraits. Ce sont six poèmes en prose où on trouve de tout, de l’injure à Dieu au sadisme, par exemple au chant IV, un pendu est fouetté avec un knout garni de lames de rasoir par sa mère et sa femme.
Lautréamont vil seul, il s’adonne à la lecture, à ses escapades nocturnes et il écrit. Il ne s’intéresse plus au monde qui l’entoure ; il déménage souvent et finalement on perd sa trace. Il meurt dans la solitude la plus complète à l’âge de vingt-quatre ans, le 23 novembre 1870.
HYMNE À L’AMOUR ADOLESCENT
[ … ] Soyez bénis par ma main gauche, soyez sanctifiés par ma main droite, anges protégés par mon amour universel. Je baise votre visage, je baise votre poitrine, je baise, avec mes lèvres suaves, les diverses parties de votre corps harmonieux et parfumé. Que ne m’aviez-vous dit tout de suite ce que
vous étiez, cristallisation d’une beauté morale supérieure? Il a fallu que je devinasse par moi-même les innombrables trésors de tendresse et de chasteté que recélaient les battements de votre coeur oppressé. Poitrine ornée de guirlandes de roses et de vétiver. Il a fallu que j’entrouvrisse vos jambes pour vous connaître et que ma bouche se suspende aux insignes de votre pudeur.
Mais (choses importantes à représenter) n’oubliez pas chaque jour de laver la peau de vos parties, avec de l’eau chaude, car, sinon, des chancres vénériens pousseraient infailliblement sur les commissures fendues de mes lèvres inassouvies. Oh ! Si au lieu d’être un enfer, l’univers n’avait été qu’un céleste anus immense, regardez le geste que je fais du côté de mon bas-ventre : oui, j’aurais enfoncé ma verge à travers son sphincter sanglant, fracassant, par mes mouvements impétueux, les propres parois de son bassin ! Le malheur n’aurait pas alors soufflé, sur mes yeux aveuglés, des dunes entières de sable
mouvant ; j’aurais découvert l’endroit souterrain où gît la vérité endormie, et les fleuves de mon sperme visqueux auraient trouvé de la sorte un océan où se précipiter ! Mais, pourquoi me surprends-je à regretter un état de choses imaginaires et qui ne recevra jamais le cachet de son accomplissement
ultérieur? Ne nous donnons pas la peine de construire de fugitives hypothèses. En attendant que celui qui brûle de l’ardeur de partager mon lit vienne me trouver; mais, je mets une condition rigoureuse à mon hospitalité : il faut qu’il n’ait pas plus de quinze ans. Qu’il ne croie pas de son côté que j’en ai trente; qu’est-ce que cela y fait?
L’âge ne diminue pas l’intensité des sentiments, loin de là ; et, quoique mes cheveux soient devenus blancs comme neige, ce n’est pas à cause de la vieillesse : c’est, au contraire, pour le motif que vous savez. Moi, je n’aime pas les femmes ! Ni même les hermaphrodites ! Il me faut des êtres qui me ressemblent, sur le front desquels la noblesse humaine soit marquée en caractères plus tranchés et ineffaçables.
THOMAS-EDWARD LAWRENCE
(Anglais, 1888-1935)
Lawrence était un enfant illégitime et il semble que son implication pour défendre la cause arabe a pu venir de ce fait. II connut une enfance et une adolescence heureuse. Il fut conseiller des chefs arabes pendant la guerre 1914-1918. Après ce conflit, il écrivit son admirable livre Les sept piliers de la Sagesse où il se révéla être un grand écrivain. II continua cependant à faire partie de l’armée. En Arabie, il avait été amoureux d’un jeune ânier de 14 ans, Salim Abmed qu’il avait connu en1911 et qu’il amena à Londres. La mort de Salim en 1918
lors d’une mission militaire lui fut extrêmement pénible. Revenu en Angleterre après la guerre, il s’éprit d’un jeune homme de 19 ans, Bruce, qu’il garda auprès de lui pendant treize ans. Deux mois après sa démission de l’armée, il se tua dans un accident de motocyclette, résultat de son amour pour la vitesse.
Je t’aimais, aussi j’attirais ces flots d’hommes entre mes mains
Et j’écrivais ma volonté à travers le ciel, dans les étoiles
Pour conquérir ta Liberté, la digne maison aux sept piliers
Afin que tes yeux brillent pour moi
Lors de mon arrivée
La mort était ma servante
sur la route jusqu’à ce que nous soyons proches
Et que je t’aperçus; tu m’attendais
Alors tu m’as souri
et la mort dans sa jalousie mesquine
t’emporta dans sa morne tranquillité [ …)
C’est pourquoi le prix de notre amour fut ton corps détendu.
RAMON LLUL
(Espagnol, 1235-1315)
Poète allégorique, lyrique et intense, Llul naquit en Catalogne. Étonnamment moderne pour l’époque, on lui doit la préfiguration de la littérature religieuse des grands mystiquescomme Jean de la Croix et Thérèse d’Avila. La poésie de Llul est beaucoup plus symbolique que celle des auteurs français de la même époque, plus axée sur les confessions personnelles. C’est pour cette raison peut-être qu’on connait peu de choses sur la vie du poète.
L’AMI ET L’AIMÉ
Les oiseaux chantaient l’aube,
l’ami est l’aube
qui s’éveilla.
Alors l’ami mourut à l’aube pour l’Aimé.
L’ami entreprit une quête pour connaître
si son aimé était favorisé
par les plaines,
mais ce ne fut pas le cas.
Il prit ce prétexte
pour remuer la terre
pour savoir si s’accomplissait l’attachement fervent
puisque la terre est défaillante.
L’ami cognait à la porte de son aimé
un coup d’amour et d’espérance.
L’aimé entendit le coup de son ami
humblement, pieusement, patiemment, charitablement.
La divinité et l’humanité ouvraient les portes
et l’ami entrait pour voir l’aimé.
L’ami avait soif de solitude
et il se retira seul
dans le but d’être seul avec son aimé ;
ils étaient seuls parmi les hommes.
L’oiseau chantait sur la branche
bien remplie de feuilles et de fleurs
et le vent faisait danser feuilles
et emplissant l’air du parfum des fleurs.
L’ami demandait à l’oiseau
ce que signifiait l’agitation des feuilles
et le parfum des fleurs.
La réponse fut « Les feuilles dans leur mouvement
signifie obéissance
et le parfum souffrance et malheur. »
On questionna l’ami sur son appartenance.
Il répondit : « À l’amour.
— De quoi es-tu fait ?
– D’amour.
— Qui t’a fait?
— L’amour.
— De quel endroit es-tu originaire?
— Dans l’amour.
– Qui t’a allaité?
— L’amour.
— Comment te débrouilles-tu?
– Avec l’amour.
— Dis-moi ton nom?
— Amour.
— D’où viens-tu?
— De l’amour.
— Et où vas-tu?
— Dans l’amour.
— Où es-tu?
— Dans l’amour.
— Es-tu quelque chose en dehors de l’amour? »
La réponse arriva aussitôt :
« Oui, les fautes et les torts que j’ai eus envers mon Aimé
— Ton Aimé t’en absout-il? »
L’ami exprima que l’Aimé était miséricorde et justice,
c’est pourquoi sa demeure
était entre l’espérance et la crainte.
C’est à cet instant que la chambre
de l’Aimé illumina la chambre de l’ami
pour en chasser l’ombre et l’emplir de plaisirs, de langueur et de pensées.
Et l’ami sortit tout ce qu’il avait dans sa chambre
pour lui permettre de contenir son Aimé.
L’ami se mit à parcourir les monts et les plaines
et il ne pouvait pas trouver la porte pour quitter
la prison d’amour
qui depuis bien longtemps
emprisonnait son corps et son esprit,
ses désirs et ses plaisirs.
L’ami était étendu sur un lit d’amour.
Les draps étaient confectionnés de plaisirs,
les couvertures de moments de langueur
et l’oreiller de larmes.
La question était de savoir
si la taie de l’oreiller était
de même composition que celle des draps
ou de la couverture.
L’amour, mer agitée de vagues et de vents,
n’a pas de port ou de rivage.
L’ami a péri dans la mer
et avec lui disparurent ses tourments
et naquit son accomplissement.
L’Aimé a créé et l’ami a détruit.
L’Aimé a recréé et il a glorifié l’ami.
L’Aimé termina son œuvre
et l’ami demeure pour toujours
dans la compagnie de son Aimé.
(Traduction : Juan Expédita)
TOU FOU
(Chinois, 712-770)
Le poète Tou Fou a vécu à la cour des Tang. Son inspiration érudite est pourtant marquée par un ton très personnel, il sait émouvoir même lorsqu’il s’insurge contre les horreurs de son temps. Il s’est élevé au-dessus de ses difficultés personnelles et il a célébré les amitiés masculines d’une façon non équivoque. C’est pourquoi on l’a intentionnellement mal traduit souvent pour respecter la rectitude des mœurs que privilégie le monde communiste chinois actuel.
JE BÂTIRAIS UNE MAISON…
Les flammes implacables
ont consumé complètement
la maison où je suis né.
Pour me consoler de ce malheur,
je suis monté à bord d’un vaisseau d’or.
J’ai joué de ma flûte de roseau
et j’ai chanté une chanson à la lune.
La lune a été si triste de mon épreuve
qu’elle s’est voilé la face avec un nuage qui passait.
Ensuite, j’ai porté mon regard sur la montagne,
mais la montagne s’est cachée dans son rideau de brume.
J’avais l’impression que toutes les joies de ma jeunesse
avaient disparu dans ma maison brûlée.
Je voulais mourir
et je l’ai dit à la mer.
Elle m’a répondu, car, au même moment,
un joli garçon est passé dans sa barque
et j’ai cru voir la lune se refléter dans son regard.
S’il le voulait, le beau jeune homme,
je me rebâtirais une maison dans son coeur.
JE RÊVE Â TOI, LI BAI
La mort nous a séparés : à quoi bon me mettre à pleurer?
Il est vivant ailleurs et moi je pleure.
Au sud du fleuve, on ne me rejoint plus;
On ne me fait pas parvenir des nouvelles;
C’est pour cette raison que je sais
Que l’Ami s’en est allé et il n’existe plus maintenant que dans mon rêve.
De cette façon, il sait que je pense à lui
Même s’il a disparu au filet de l’oubli.
Je te demande : as-tu pu reprendre l’usage de tes ailes?
Tu n’es plus qu’un fantôme
(elle est bien loin la route où je serais face à la vérité).
Fantôme venu d’une forêt d’érables d’un vert sombre,
Fantôme qui retourne vers le pays noir
Alors que la lune éclaire
Comme si elle voulait te faire surgir
Des murs de ma chambre.
Eaux aux profondeurs étonnantes,
Longues et larges vagues,
Ne laissez pas passer les dragons !
Les nuages ont couru dans le ciel
Et tu étais leur prisonnier, Li Bai,
Tu vagabonderas bien longtemps
Au point que tu ne reviendras plus jamais…
Pendant trois nuits, ta présence m’a hanté;
Tes sentiments pour moi étaient clairs
Car au moment de me quitter
J’ai senti ton inquiétude ;
Il ne t’était pas facile
Ce pénible départ
Et tu savais bien comme il est éprouvant
De franchir les fleuves et les lacs :
Il y a tant de vent et les vagues sont si hautes.
Grande est la peur de perdre les rames.
Une fois sur la rive,
Tu as passé ta main dans tes cheveux blanchis
Par les soucis quotidiens.
Et la ville grouillait de chapeaux de mandarins
et de chaises à porteurs !
Toi seul désormais connais le chagrin
D’être là-haut dans le paradis :
Aucune possibilité de revenir ici-bas
Car le filet de l’au-delà a les mailles si serrées,
Vieil ami, tu t’y es pris !
Pour mille automnes et dix mille ans,
On dira de toi que le prix de ton existence misérable,
Ce fut d’avoir été aimé…
(Traduction : Vhin Tram)
JEAN GENÊT
(Français, 1910-1986)
Genêt est tout un personnage. Romancier, poète, homme de théâtre, il s’en prend aux préjugés sociaux et raciaux et se révèle un grand écrivain malgré le peu d’étude qu’il ait eu l’occasion de faire. Enfant abandonné, il a été recueilli par un musicien aveugle. À quinze ans, il est déjà relégué dans une maison de redressement pour vol. Après plusieurs condamnations, il continue, petit voleur à la tire, peu dangereux et finit, jeune adulte, par un cambriolage plus important.
Il écrit déjà sur ses compagnons de cellules. Après la guerre, en 1946, plus précisément, paraît Notre-Darne-des-Fleurs, son premier roman. Se succéderont des œuvres toutes plus originales les unes que les autres qui
exalteront l’amour entre hommes, car aimer un homme pour Genêt, c’est être deux fois un homme. Devenu célèbre et honoré pour ses livres, car il a eu, à ses débuts, comme mentors Jean Cocteau etJean-Paul Sartre, il meurt dans une simple chambre d’un petit hôtel parisien.
Erik et le bourreau se tenaient embrassés étroitement, face à face. Le slip d’Érik était déchiré. Son pantalon de drap kaki tombait, formant entre les jambes un tas de linge épais, laissant dans le brouillard s’écraser contre l’écorce rouge les fesses à la peau douce, ambrée, aussi précieuse à l’oeil que le brouillard de lait dont la matière était orientée comme celle de la perle. Érik suspendu par les deux bras au cou du bourreau, ses pieds ne touchaient plus l’herbe mouillée. Seule y traînait la culotte de drap effondrée entre les mollets nus et les chevilles. Le bourreau, la queue encore raide, passée entre les cuisses serrées d’Érik, le soutenait et s’enfonçait dans la terre grasse. Leurs genoux trouaient la brume.
Le bourreau serrait le gosse contre soi et, en même temps, l’appuyant sur l’arbre, y écrasait son cul. Érik attirait la tête de l’homme qui s’apercevait que la musculature du môme était solide et sa violence terrible. Dans cette position, ils restèrent immobiles quelques secondes, les deux têtes pressées très fort,
joue contre joue, et le bourreau le premier s’en décolla, car il avait déchargé entre les cuisses dorées, et par la brume du matin, veloutées, d’Érik. Malgré le bref instant qu’elle dura, la position avait suffi pour faire naître chez le bourreau et son aide de ce matin un sentiment de tendresse simultanée : Érik pour le bourreau qu’il tenait par le cou d’une telle façon qu’elle ne pouvait être que tendre, et le bourreau pour le gosse, car même s’il était nécessité par la différence de taille des deux gars, le geste était si câlin qu’il eût fait fondre en larmes le plus dur des hommes. Érik aima le bourreau. Il voulut l’aimer et il se sentit, peu à peu, enveloppé dans les plis immenses du légendaire manteau rouge où il se blottissait en même temps qu’il tirait de sa poche un bout de journal et gentiment le tendait au bourreau qui le prit pour s’essuyer la queue.
— J’aime le bourreau et je fais l’amour avec lui, à l’aube !
Dans le jardin, écrasé par le bourreau ainsi pensa Érik :
« Pour un début, c’est magnifique. C’est une réussite. Il n’est pas beau, c’est une brute, il est velu, il a trente-cinq ans et c’est le bourreau. » Érik se le dit avec ironie, mais au fond il était grave, il reconnaissait le danger d’une telle
situation, surtout si elle est acceptée. Il l’accepta.
— J’accepte tout sans rien dire. Je mérite une décoration.
Quand il eut remonté et boutonné son pantalon, le bourreau lui tendit son étui où Érik prit une cigarette, sans rien dire, car il savait déjà que son geste, par la force de son élégance, voulait dire merci.
LE PÊCHEUR DE SUQUET (extrait)
Les trésors de cette nuit,
L’Irlande et ses révoltes,
Les rats musqués frayant dans la lande,
Une arche de lumière,
Le vin remonté de ton estomac,
La noce dans la vallée,
Au pommier en fleurs un pendu qui se balance,
Enfin cette région que l’on aborde le coeur dans la gorge,
Dans ta culotte protégée d’une aubépine en fleur.
De toutes parts les pèlerins descendent.
Ils contournent tes hanches où le soleil se couche,
Gravissent avec peine les pentes boisées de tes cuisses
Où même le jour il fait nuit.
Par d’herbeuses landes sous ta ceinture
Débouclée nous arrivons la gorge sèche
L’épaule et les pieds las, auprès de Lui.
Dans son rayonnement le temps même est voilé
D’un crêpe au-dessus duquel le Soleil, la Lune,
Et les étoiles, vos yeux, vos pleurs brillent peut-être.
Le Temps est sombre à son pied.
Rien n’y fleurit que d’étranges fleurs violettes
De ces bulbes rugueux.
À notre coeur, portons nos mains jointes
Et les poings sur nos dents.
Qu’est-ce t’aimer ?
J’ai peur de voir cette eau couler
Entre mes pauvres doigts.
Jen’ose l’avaler.
Ma bouche encor modèle une vaine colonne
Légère elle descend dans un brouillard d’automne.
J’arrive dans l’Amour comme on entre dans l’eau.
Les paumes en avant, aveuglé, mes sanglots
Retenus gonflent d’air ta présence en moi-même
Où ta présence est lourde, éternelle.
Je t’aime.
STEFAN GEORGE
(Allemand, 1868-1933)
Après ses études secondaires, Stefan George voyage beaucoup; il visita l’Angleterre, la Suisse romande, l’Italie du Nord et Paris où il fréquente le milieu symboliste. Il retourne en Allemagne où il termine ses études. Puis, il revient à Paris où il fonde et dirige la revue Feuilles pour l’art. Il crée autour de lui un cercle d’admirateurs fidèles et il publie successivement plusieurs recueils où il affirme que le poète est un guide, il se mérite même le titre de « poète führer ».
C’est en 1900 qu’il fait la connaissance d’un jeune garçon supérieurement doué, poète de surcroît, appelé Maximin. C’est pour le poète l’incarnation de la perfection divine, la beauté, le bonheur. Malheureusement, Maximin meurt au seuil de l’adolescence laissant Stefan George inconsolable de son départ. Par la suite, toute l‘œuvre du poète sera dominée par le tendre souvenir de l’enfant chéri.
Par sa poésie, il a renouvelé la langue allemande et il a exprimé son penchant pour la beauté masculine. Il termine sa vie dans une retraite où prédominait l’isolement un peu hautain et le mépris de la société de son temps.
LE SEPTIÈME ANNEAU
Enfant pour l’un, ami pour l’autre
Pour moi je te vois Dieu
Un frisson me l’a dit
À toi va ma ferveur.
Tu vins le dernier jour
Quand épuisé d’attendre
Et lassé de prières
Je sombrai dans la nuit.
Ton rayon fut le Signe
Un jet dans mes ténèbres
Et les moissons en fleurs
Qui levaient sous tes pas.
LE DISCIPLE
Vous parlez de plaisirs dont je n’ai pas l’envie
Je sens que dans mon coeur bat l’amour de mon Maître
Vous connaissez le tendre et le noble amour
Moi je vis pour mon noble Maître
Mieux qu’à tous les travaux prescrits dans vos jurandes
Mon adresse se plie au travail de mon Maître
Et j’en reçois l’honneur, car mon Maître est aimable
Moi je sers un aimable Maître.
Je sais qu’en des pays obscurs conduit la route
Où beaucoup ont péri ; pourtant avec mon Maître
Je défie les dangers : il est sage mon Maître,
Moi j’ai foi dans un Maître sage.
Et dut-il me priver de toute récompense
Ma récompense est dans les regards de mon Maître
Il en est de plus riche: mon Maître est le plus grand,
J’obéis au plus grand des Maîtres.
ÉGLOGUES ET LOUANGES (L’AÈDE)
La tête chevelue, ceinte d’un anneau blanc
Sur son épaule étroite un habit somptueux
Il s’avance, et ses doigts ont fait vibrer sa lyre
Il commence en tremblant, pudeur de sa jeunesse :
La chaleur a gagné les fronts chenus et graves
Le trouble et la rougeur enflamment les visages
Il s’incline devant l’accueil inespéré
Broches, colliers précieux ont quitté maints corsages
Pour tomber à ses pieds : souvenir mémorable
Qui vivra, tant dans l’arbre sacré pour fleurir.
Les jeunes filles entre elles en parlent avec feu,
Refoulant leur envie, les jeunes gens s’exaltent
Pour ce dieu de leurs nuits blanches et constellées.
LE TAPIS DE LA VIE
Je cherchais — dans la peine livide — mon trésor,
Des strophes où la plus profonde des douleurs
Roulerait, emportant des choses sourdes, vagues.
Alors un ange nu m’apparut sur le seuil
Il avançait, offrant à ma ferveur pensive
Une brassée fleurie, la plus riche; et ses doigts
N’avaient pas moins d’éclat que les fleurs d’amandier
Et les roses; des roses environnaient sa face.
Je n’ai pas aperçu de couronne à son front
Et sa voix ressemblait à peu près à la mienne;
« La Beauté de lavie m’a faitson émissaire,
Pour toi »; comme il disait ses mots dans unsourire
Il avait laissé choir des mimosas, des lys
Et quand je me baissai pour les prendre, je vis
Qu’il était lui aussi — à genoux; et baignait
tout mon visage heureux dans la fraîcheur des roses.
ARMAND GOUFFÉ
(1775-1845)
Chansonnier français dont les chansons, dit le gros Larousse, sont pleines de rondeur et de bonhomie. où il célèbre les joies épicuriennes. Autre particularité, Gouffé fut ministre des Finances sous le Directoire. Selon les auditoires, on changeait « garçonnet » en « fillette ».
UN JOUR UN GARÇONNET VIT…
Un jour, un garçonnet vit
Un rustre endormi sur sa couche;
Il était porteur d’un gros v… !
Le fripon y porta la bouche.
On ne peut guère l’excuser ;
Pourtant, que faut-il qu’on en dise?
Mes amis, doit-on l’accuser
De luxure ou de gourmandise?
JUCHÉ SUR UN NOVICE
Bien juché sur un novice,
Un vieux capucin en rut
Lui emboucha la malice.
Le jeunet en fut tout ému;
Faudra-t-il pour homicide
Faire punir le vieillard?
— Oui, vraiment, si l’on décide
Que le pénis est un poignard.
VIATCHESLAV IVANOVITCH IVANOV
(Russe, 1866-1949)
Philosophe, philologue et écrivain, Ivanov fit de remarquables études classiques en Allemagne. Très jeune, il épousa la sœur du garçon qu’il aimait passionnément. Il voyagea ensuite en Italie et s’installa à Rome pour poursuivre des études sur l’Antiquité. C’est là qu’il fit la connaissance de Lydia Zinovieva Annibal, une jeune femme talentueuse qui ne faisait pas cachette de ses
tendances lesbiennes. Par ailleurs, elle avait consenti un premier mariage pour être plus libre. Vite déçue par son mari, elle se jeta dans les études.
Entre elle et Ivanov, une attirance et une complicité mutuelles s’installèrent. Ils prirent la décision de divorcer chacun de leur côté et se remarièrent ensemble.
Vers cette époque, Ivanov commença à publier des essais philosophiques, des recueils de poésie. Il ne tarda pas à devenir le philosophe et le théoricien du symbolisme.
Ivanov et Annibal retournèrent alors à Saint-Pétersbourg et ils reçurent des intellectuels et des littéraires dans leur salon qui devint vite très fréquenté. C’est ainsi qu’ils firent la connaissance du poète Kousmine qui demeurait dans le même immeuble qu’eux. Kousmine est un poète qui s’adonnait à la musique avec passion et qui ne faisait pas un secret de son amour pour les bommes.
Lydia écrivait des romans dont les héroïnes étaient lesbiennes. Pendant ce temps, Ivanov vivait un intense amour avec le poète Serge Gorodetzky ; il lui consacre plusieurs poèmes dans son recueil Éros.
Son épouse Lydia décéda en 1907 et Ivanov fut très ébranlé par cette épreuve. Il quitta la Russie et s’installa de nouveau à Rome où il enseignait le russe. Entretemps, en 1924, il avait épousé la fille née du premier mariage
de Lydia. C’est en Italie qu’il écrivit deux de ses ouvrages majeurs, l’un sur Dostoïevski et l’autre, un grand poème philosophique L’homme. Il mourut
à Rome en 1949.
L’AMOUR
Nous sommes deux troncs allumés par l’orage,
Deux flammes dans les pins à minuit :
Deux météores dans les ténèbres qui fuient,
La flèche à deux dards d’un même destin !
Nous sommes deux coursiers : une seule main
Tiens le mors et durcit l’éperon ;
Nous sommes les deux yeux d’un même regard,
Les deux ailes frémissantes d’un seul rêve.
Nous sommes deux ombres affligées,
Penchées sur le marbre d’un tombeau divin
Où repose l’antique Beauté.
La bouche à deux voix de mêmes mystères,
Pour nous-mêmes tous deux un seul Sphinx.
Nous sommes les deux bras d’une seule croix.
EUBOULOS
(Athénien, IV’ s, avant J. C.)
Poète, il composa plus de cent comédies légères. Il s’est plu dans la parodie. Celle que nous avons choisie ici concerne le fait qu’en Grèce, le compagnonnage guerrier était encouragé, compagnonnage qui faisait de meilleurs combattants, il y eut même un bataillon sacré des Thébains formés de couple d’amants.
LA GLOIRE DES THÉBAINS
La guerre de Troie a duré dix ans
et personne n’a jamais vu là
une seule prostituée.
Les guerriers s’enculèrent
pendant ces dix années,
Ce fut une triste campagne :
pour prendre une ville
Ils rentrèrent chez eux
avec des culs bien plus larges
que les portes de la ville conquise !
BÉNIDICT FISET
(Gaspésie, Québec 1898-1953)
Ce singulier poète, bien en avance sur son temps, un peu prophète dont les poèmes furent publiés à compte d’auteur pour un cercle restreint d’amis après sa mort, fut d’abord et avant tout un guérisseur notoire et estimé. Il a ‘vécu à Petite-Rivière-du-Loup, en Gaspésie, au Québec.
Demeurant seul, on ne lui a connu aucune liaison féminine, il prenait toujours avec lui un garçon ou deux qu’if initiait à son métier de forgeron et, sans doute, s’efforça-t-il de leur donner un peu de culture littéraire, en leur proposant des lectures, car il possédait une bibliothèque bien fournie. Cependant on n’ébruita pas ce fait, car lire, à celle époque, dans la Gaspésie profonde, était jugé comme une activité suspecte et fort peu utile.
GARÇONS ANGÉLIQUES
J’ai mis l’archange joli au poteau de la torture.
il se plie, se tord, se plaint et cherche une échappatoire.
Il soupire, il délire, l’archange si beau, mais je le tiens
par son aile aux plumes lisses et chatoyantes.
Il pleure sa force envolée, son aile luxée :
il craint de ne plus jamais voler.
Devant son désarroi, je cède soudain :
— Va-t’en, bel ange si doux,
vers des cieux inconnus de moi.
J’oublierai ta peau parfaite,
tes cheveux de soie,
ton beau profil
et ton nombril plein de rubis.
Mais je t’en prie, ne me vole pas mon ange gardien
déguisé en garçon candide :
j’ai besoin de lui pour survivre.
LES GARÇONS PLEURENT
Les garçons pleurent dans le vent
parce que je leur ai volé leur tendre olifant.
C’est la cavalcade de ma déraison
Sur des visages pleins de sons.
Je vais essuyer vos larmes
et je vous donnerai des musiques d’étoiles.
Peut-être alors le sourire reviendra-t-il
Sur vos jolies lèvres d’espérance?
FRAGILE BEAUTÉ
Je me souviens de ta fragile beauté,
du silence adulateur qui t’entourait
dans la douceur de moi.
Je t’ai aimé plus que la vie
au point que les anges m’en ont fait reproche.
Pour la terre; j’ai oublié le ciel
et je restais insensible à la cohorte des vivants ;
pourtant j’avais démontré de très bonne heure
beaucoup d’intérêt pour les habitants du paradis.
J’ai couru après ton amour
comme un fou,
et j’ai connu tant de bonheurs.
Mais je m’exprime si mal
en ce coin de moi,
car je me souviens encore de ta fragile beauté.
ÉTERNITÉ
De mon regard insistant,
je te fixe pour l’éternité,
l’éternité de toujours ;
j’y décèle ton odeur pareille à celle des pommiers en fleurs
et je n’ai qu’une envie : goûter tes jeunes fruits
comme aujourd’hui.
Je prends tes lèvres au parfum de safran,
je m’attarde à tes oreilles au goût de pêche.
Je hume ton haleine plus délicieuse qu’une brise de mai.
Enfant très aimé, j’ai le désir constant de toi,
de ta beauté extrême…
J’ai l’espoir que tu souhaiteras toujours
les caresses de mes lèvres et de mes mains
sur tous les replis les plus infimes de ton corps
dans cette éternité où tu fixes mon regard,
dans cette éternité de toujours
où nous serons seuls à jamais,
mon amour délicieux,
mon trop aimé
mon extrême affection.
JE SUIS AMOUREUX D’UN GARÇON JOLI
Je suis amoureux d’un garçon joli
aux yeux doux et pénétrants…
Ce beau Brummel adolescent a-t-il un coeur?
Le bel adonis me donnera-t-il autre chose que de l’espoir?
C’est la question que toujours je me pose
lorsque naît la rose de l’amour
dans le jardin secret du premier regard.
Or, cette fois, je reçois ses baisers
et ses caresses langoureuses.
Son nom est une douceur à mes lèvres.
Michel, le beau, le tendre éphèbe
se satisfait de ma présence et de mou corps.
Il est mon délice et il occupe ma tendresse
mieux que dans mes rêves les plus fous.
Michel, tu me rends heureux,
mais est-ce que cet amour durera, dis-moi ?
Il m’enveloppe de ses yeux caramel
et me dis avec candeur :
— Je t’aimerai toujours
et je ne pourrais jamais t’oublier.
…même si un jour, je pars…
ROI DAVID
(Bible, 1 Samuel)
La Bible n’est certainement pas le livre le plus propice aux amours masculines ou aux épanchements pédérastiques. On y trouve seulement le mot beau trente-quatre fois et il n’y a que la description de David, jeune berger et fils de Jessé qui soit suggestive. Jessé présente ses fils à Yahvé pour savoir qui sera oint comme roi. Aucun ne trouve grâce devant Dieu, sauf le dernier, David, qui était aux champs. « Jessé l’envoya chercher : il était roux, avec un beau regard et une belle tournure.»
Que les amours de David et de Jonathan aient été masculines, il n’y a aucun doute là-dessus. Le plus étrange dans cela, c’est que même les traductions de la Bible par les groupes religieux les plus intégristes et celles des
sectes américaines qui travestissent en général allègrement les passages bibliques pour les faire convenir à leur projet de gommer la sexualité, jamais aucun n’a essayé délibérément de supprimer ces passages compromettants pour les homophobes qu’ils aient des prétentions religieuses ou non.
Pour préparer ce merveilleux poème final après la mort dramatique de Jonathan, il y a plusieurs indices que je donne ici : « Saül communiqua à son fils Jonathan et à tous ses officiers son dessein de faire mourir David. Mais Jonathan, fils de Saül, qui avait beaucoup d’affection pour David […} l’avertit. » 1 Samuel, 19, 1.
« Jonathan prêta à nouveau serment à David parce qu’il l’aimait de toute son âme. » 1 Samuel, 20, 17.
« Le lendemain matin, Jonathan sortit dans la campagne pour le rendez-vous avec David; il était accompagné d’un jeune serviteur. Il dit au jeune garçon : « Cours et trouve les flèches que je vais tirer. »
L’adolescent courut et Jonathan tira la flèche de manière à le dépasser. Quand il arriva vers l’endroit de la flèche que son maître avait tirée, Jonathan lui cria : « Est-ce que la flèche n’est pas au-delà de toi? » Jonathan lui cria encore : « Vite ! Dépêche-toi, ne t’arrête pas. ». Le jeune serviteur ne se doutait de rien, seuls Jonathan et David savaient de quoi il s’agissait.
JONATHAN
(Version 1)
Jonathan, je suis navré
par ta mort ;
j’ai le coeur serré
à cause de toi,
mon frère Jonathan.
Oui, mon coeur souffre
à cause de toi, Jonathan.
Tu m’étais délicieusement cher,
ton amitié m’était plus merveilleuse,
bien plus encore
que l’amour des femmes.
(Version 2)
Je suis dans la douleur
à cause de toi, Jonathan, mon frère !
Tu faisais tout mon plaisir ;
ton amour pour moi était admirable,
au-dessus de l’amour des femmes.
ET LE CORAN ?
Le Coran « la Lecture par excellence» des musulmans, révélé par l’Archange Gabriel à Mahomet est plus libertaire que la Bible. Cependant ses sourates sont généralement arides et sous le mode du commandement, mais il y en a de très littéraires et de fort poétiques. Peu de religion valorise autant la volupté charnelle ; celle-ci étant considérée comme un don. Il faut en jouir corps et âme, l’acte d’amour manifestant l’harmonie de l’ordre divin. Chasteté et célibat sont rejetés : « Le célibataire est le frère du diable. » Parole de Mahomet. Le
Coran promet aux croyants qu’au paradis, ils seront servis par de très beaux adolescents.
Pour les servir,
parmi eux circuleront
des éphèbes à leur service
qui sembleront perles cachées. Le Coran LII, 24
Parmi eux déambuleront
des éphèbes d’une éternelle jeunesse,
avec des calices, des aiguières
et une coupe de liqueur
provenant d’une source. Le Coran LVI, 18
LORD ALFRED DOUGLAS
(Anglais, 1870-1931)
Poète, journaliste, écrivain, amant d’Oscar Wilde, Lord Douglas avait du génie ; mais if fut éclipsé par celui de son aîné. Ses premiers poèmes Le Caméléon et Deux amours furent cités au procès de Wilde. Après la sortie de prison de celui-ci, Lord Douglas se rendit à Naples avec lui et il écrivit son second ouvrageLa cité de l’âme.
Puis, il rompit avec Wilde. Et deux ans après la mort de ce dernier, il épousa Olive Constance, fille d’un riche colonel. Elle était belle, charmante et elle se défendait bien en poésie. Ils se séparèrent rapidement après naissance d’un fils, mais restèrent bons amis.
Lord Douglas fut profondément marqué par le dénouement tragique de sa liaison avec Oscar Wilde. Il employa ses énergies à se venger de Robert Ross. Celui-ci avait reçu de Wilde à sa sortie de prison vingt feuillets sous le titre de De Profundis où l’écrivain se plaint de son emprisonnement, de l’abandon de ses amis et du comportement de Lord Douglas qui ne l’a pas assisté complètement dans son procès et a eu une conduite capricieuse avec lui. Ross fit dactylographier le texte en deux exemplaires et prétendit en avoir fait parvenir un
à Lord Douglas qui, lui, affirma le contraire.
Après le décès de Wilde, en 1905 et en 1908, Ross fit publier des extraits de cette lettre dans laquelle il avait supprimé certains passages où il était question de Lord Douglas.
En 1918, Lord Douglas intenta un procès en diffamation contre Arthur Ransonne, ami de Ross, à propos d’une biographie de Wilde qu’il avait fait paraître. Ross témoigna en faveur de Ransonne et il lut à la cour des passages qu’il avait auparavant rayés et qui accusait Lord Douglas de lâcheté et de n’avoir pas été un véritable ami en l’abandonnant en prison.
C’est de cette façon que Lord Douglas prit connaissance du texte de Wilde et il conçut une haine féroce contre Ross. Comme son père, il n’était pas freiné par le scrupule et il employa des moyens peu reluisants pour venir à bout de Ross qu’il traitait de « crapule » et de « pédéraste notoire ». Ross, outré, lui intenta un procès et faute de preuves, Lord Douglas fut condamné. Il obtint sa libération avec un délai de cinq semaines pour produire des preuves. Il réussit à les présenter huit jours seulement avant la réouverture du procès par des moyens qu’il refusa de dévoiler.
Converti au catholicisme, il fut tour à tour journaliste, directeur de revue sans importance et il n’eut pas de succès avec ses publications, Academy et Plain English où il se laissa aller à écrire des articles racistes contre les Irlandais, les juifs et les Noirs.
En 1921, il accusa Winston Churchill de collusion avec des financiers juifs à propos de la guerre du Jutland. Il fut cité à procès et perdit. ll fut condamné à six mois de prison.
Personnage efféminé, il était néanmoins sportif. Malgré son vilain caractère que ne manqua pas de lui reprocher Wilde et ses haines douteuses qu’il exprimait avec rage, Lord Douglas fut toutefois un bon écrivain et un poète de grand talent et il exprima mieux que quiconque dans sa personne et surtout dans ses œuvres « l’amour homosexuel » dans ce qu’il a de plus beau.
Nous reproduisons ci-dessous un poème qui fut cité au procès d’Oscar Wilde.
LES DEUX AMOURS
Charmant jeune homme,
Dis-moi pourquoi, triste et soupirant, tu erres
En ces plaisants royaumes? Je t’en prie, dis-moi
quel est ton vrai nom. « Mon nom est l’Amour. »
Alors le premier s’est tourné vers moi,
Et m’a crié : « Il ment, car son nom est la Honte.
C’est moi qui suis l’Amour, et j’avais coutume d’être ici
Seul dans ce beau jardin, jusqu’à ce qu’il vint
Comme un intrus la nuit. Je suis le véritable Amour.
« J’anime d’une mutuelle flamme les cœurs des garçons et des filles. »
Alors, en soupirant, l’autre dit : « Suis la fantaisie,
Moi, je suis l’Amour qui n’ose pas dire son nom.»
PAUL CHAMBERLAND
(Québécois, 1939- )
Poète au ton très personnel, inclassable, Chamberland est reconnu par sa liberté d’expression. Cofondateur de la revue Parti pris en 1963, il n’a pas tardé à se démarquer de l’intelligencia québécoise par ses prises de position politiques et nationalistes, voire sexuelles, car ce philosophe de formation a choisi les chemins marginaux de la contre-culture. Il a été un collaborateur éminent des revues Mainmise et Hobo-Québec. Poète de l’utopie, il s’est exprimé avec un rare lyrisme et une indépendance d’esprit totale. Les poèmes choisis ont été extraits du livre le Prince de Sexamour, recueil très représentatif de la méthode cbamberlandienne : coupages de portraits de journaux et collages, phrases calligraphiées, de la -presque prose», poétiquement suggestive.
l vient de jouer il a ben chaud i s’laisse tomber dans l’herbe, tout en sueur, tout essoufflé son sourire d’enfant gourmand : « déchausse-moi» je fais ça sans me presser le pied nu dégage sa bouffée de chaleur en même temps l’air frais pénètre les pores de la peau tendre et chaude plante de son pied : il approuve j’approche mes lèvres je lève un oeil. Plus haut, l’amande est prête à sortir de sa coquille. Mes doigts le long de son jeans…
il rit, prend ma main, qu’il place… j’ouvre la porte…
Ton jet de comète blanche électrifie mon corps
ensemenceur d’une libre joie que nous avons le goût de porter au monde
voici comment ça se passe…
dès qu’il se rend compte, il me regarde
avec une lente tendresse
connaissant toute mon inquiétude,
il chasse ma peine et m’apaise alors seulement, nous voyons ensemble à quoi ressemble notre désir
et dans notre chaleur
nous réinventons l’amour
ALKALI
J’aime le tendre fruit rose
de ta langue
J’aime l’ongle-joyau de ton pouce
J’aime les traces de sel marin
sur ton ventre gracile
J’aime la courbe de ton sexe
à demi-tendu sous l’étoffe
il ne ressemble à rien de connu
la porte de la chambre s’entrouvre c’est lui
il referme sans bruit
son sourire, lorsqu’il vient vers moi :
« oui, j’ai le goût d’être avec toi, et tu sais bien pourquoi »
sa main, dans la poche, palpe doucement son sexe
Marco
Debout contre moi ses cuisses contre mon front
je tremble de désir timidement, j’entoure son corps de mes bras
je pose ma tête contre ses cuisses il se presse plus fort contre moi
j’aime la rude étoffe de ses jeans j’absorbe sa chaleur
je défais mon étreinte, m’écarte un peu
d’en haut, son sourire tendrement moqueur me réconforte
« Aie pas peur de me toucher : j’aime ça »
il se penche, prend ma tête entre ses mains
J’accueille son baiser comme un tout petit enfant
assis face à face, nos genoux se touchent je tremble, il rit
mes mains sont les siennes, si chaudes
« Penses-tu que je le sais pas ce que tu veux arrête de dire toul temps
que c’est pas correct si ça nous tente, nous, pourquoi qu’on s’en empêcherait ?»
À cet instant
le mur réputé infranchissable fond comme neige
de l’autre côté… ce n’est plus qu’un simple jeu d’enfants
nous ne bougeons pas nos mains se serrent avec encore plus de fièvre
nous savourons le moment du consentement
nous avons tout notre temps
sans détacher mon regard du sien, je m’étends à ses côtés
je respire sa présence à son tour, il s’étend à demi
je contemple calmement son sexe tendu sous l’étoffe
je le palpe doucement, il aime ça
La vibration-désir s’intensifie
je caresse ses cuisses, ses flancs, son ventre nu, que je baise
il passe une jambe sur les miennes, m’enveloppe de ses bras
nos têtes se frottent nos lèvres se joignent
nous goûtons l’extraordinaire tendresse
qui commence de fondre nos corps l’un dans l’autre
il se hisse de sorte que mes lèvres frôlent la braguette
il rabat sa jambe repliée sur ma tête
il se presse contre mon visage qui se presse contre lui
« Ouvre la porte! »
lentement, j’abaisse le zip je prends son beau phallus dressé
je l’embrasse, le lèche, entoure le gland de mes lèvres, je le suce longuement
Marko s’enfonce dans ma bouche offerte aux secousses
il s’abandonne
je recueille au fond de moi l’explosion de jouissance
« Je reste avec toi cette nuit »
Marco est étendu tout de travers sur le lit
il revient d’une partie de hockey avec ses amis
il s’est laissé tomber sur le lit avec un grand soupir d’épuisement
joyeux je remarque les taches de sueur qui mouillent son chandail
ses jeans sont encore froids, des traces de neige dans les plis
il ferme les yeux reprend son souffle
il sourit, soulève la tête « viens me voir »
Je suis debout près de la fenêtre j’éteins ma cigarette et je
m’approche il se détend avec une nonchalance heureuse
les jambes écartées elles pendent hors du lit
lentement j’enlève ses gros chaussons le pied nu
m’éblouit j’embrasse la plante à la peau si délicate son pied
frémit mes lèvres je presse ses pieds contre ma poitrine
j’y enfouis mon visage
je remonte le long de ses jambes
je le regarde, et du même coup mon regard atteint le sexe
qui bande fièrement sous l’étoffe, et qu’il caresse légèrement
ses yeux disent : « continue, c’est bon»
d’un mouvement saisissant, il entoure ma poitrine
de ses jambes étonnamment fortes, me tire et me renverse
près de lui aussitôt ilpasse ses cuisses autour de ma tête,
qu’il étreint avec fougue mon visage enfoui au chaud de son
sexe prend chaque secousse du désir affirmé, érigé
« mange, mange et bois ceci est mon corps, le corps de l’amour »
ilse retire un peu, abaisse lui-même le zip, et son sexe
jaillit, impérieux il frappe à mes lèvres, qui s’entrouvrent
tout mon corps assoiffé aspire absorbe le pur jet d’énergie
qui me déchire de lumière
c’est le Repas
je communie au surcroît d’une totale innocence.
JEAN COCTEAU
(Français, 1889-1963)
Ce diable d’homme toucha de tout avec un égal bonheur : écriture, cinéma, dessin, peinture, il avait du génie sans doute, mais il savait aussi se donner corps et âme à son travail. Sa poésie est cependant l’art où il excella le
plus et qui lui valut d’être élu à l’Académie française en 1955. Écrivain raffiné, dilettante, il a su décrire d’une façon remarquable les sentiments intérieurs inspirés par l’amour masculin. Cocteau aimait les marins; peut-être avait-il tort parce que les départs n’ont jamais amélioré personne… Il fut l’ami de Jean Marais, le grand acteur français.
BANDEROLE
« Un amour défendu » disent les moralistes.
Pourtant de nos pareils, je consulte la liste;
Sur une banderole en soie,
Je lis les plus beaux noms qui soient.
AUJOURD’HUI
Jadis, j’aurais eu peur d’un bonheur trop complet.
Mais entre tes beautés, ta bravoure me plaît.
Je n’ai plus peur de rien.
il n’y a rien que je craigne
Puisque ma royauté s’abrite sous ton règne.
C’est le règne animal, le règne
Le règne où tout est pur, solitaire et fatal.
LA BOUTEILLE À L’AIR
Tout nous sépare et tout nous rapproche
Et nous ne nous quittons jamais.
J’ai des promesses dans ma poche
Et les miennes tu les y mets
Par-dessus les catastrophes
Et le désordre postal;
Je me lance le feu des strophes :
L’amour est un dieu fatal.
(On connaît l’amour de Cocteau pour Jean Marais. Il écrivait des poèmes à son « Jeannot » et il les glissait sous sa porte. Le grand acteur raconte dans son autobiographie : « Je découvrais une ou plusieurs feuilles minces, souvent de couleur, pliée de façon différente… quelquefois en forme d’étoile. Au réveil, mon premier réflexe était de regarder si le bon génie Jean avait glissé quelques merveilles… Je les lisais avant le bonjour quotidien.»)
COMME EXCUSE À MES PRIÈRES
Existe-t-il beaucoup de princes
Qui se réveillant chaque jour,
N’eurent comme placets, sur des pétales minces,
Que déclarations d’amour?
Je veux m’imposer cette règle
Cette inexorable loi,
De t’emporter si haut qu’il faudrait plus qu’un aigle…
Un ange pour t’emporter de moi !
Chaque jour, je t’adore et mieux davantage
Où tu vis, c’est mon toit.
Le tour du monde était un bien pauvre voyage
À côté du voyage où je pars avec toi !
MARSEILLE, LE SOIR
Les cafés de Marseille
Sont plus beaux que le port,
Les marins s’y asseyent
Dans des carrosses d’or ;
Ou bien, sur leurs épaules,
Déchargent les bateaux,
Pleins des glaces du pôle,
De fruits et de gâteaux.
SUIS-JE ?
Suis-je, ne suis-je pas, le sais-je?
C’est assez de n’être que moi.
Si la neige est la neige, elle sait le paraître
Surtout par l’empreinte des pas.
Je ne suis plus. Je voudrais être.
Je suis tombé dans un piège.
Ce piège était. Il m’a plu.
Je l’ai pris pour de la neige.
Oh, mes amis, mes chers amis,
Qui savez ce que c’est que d’être,
Faites-moi croire que je suis,
Je saurai bien vous apparaître.
Le puis-je encore ? Je le peux.
Je sens que je le peux encore.
Que je peux encore un peu
Prendre laforme de mon corps.
BION
(Grec, environ 300 avant notre ère)
On sait vraiment peu de choses sur Bion. Il serait né à Smyrne. Il aurait vécu à Alexandrie et il se spécialisa dans les conversations de bergers qu’il relata dans des vers pleins de grâce et de volupté.
CHANT FUNÈBRE EN L’HONNEUR D’ADONIS
(Ici, Kypris est un des surnoms d’Aphrodite, née de l’écume des flots, près de l’île de Chypre.)
Oui, Kypris a perdu son garçon merveilleux.
Elle a en même temps perdu son admirable beauté.
Quand vivait Adonis, sa beauté était parfaite
Mais avec lui est disparu de nos yeux son charme.
« Malheur! Malheur! Kypris! • disent les monts en chœur,
Et les chênes ont dit : « Hélas pour Adonis! »
Sur Aphrodite en deuil, voilà que se lamentent les fleuves,
Et les sources des monts pleurent sur Adonis.
Le chagrin a rougi les pétales des fleurs.
Cythère dans ses vallées lance son chant de douleur :
« Hélas! Ô Cythérée! Mort est le bel Adonis! »
Il n’y a personne qui ne dirait « Hélas! », qui ne retiendrait ses larmes
Sur la cruelle destinée de l’amour de Kypris ?
Quand ses yeux ont vu la blessure mortelle
Et le sang qui rougit la cuisse lacérée,
Elle pleure, elle ouvre ses bras : « Adonis! Arrête,
Infortuné Adonis! Arrête, redit-elle
Que je m’approche encore pour une dernière fois,
Et, nos lèvres sur nos lèvres, dans mes bras, je te serre.
Pour un instant, réveille-toi de nouveau, Adonis,
Redonne-moi encore un ultime baiser,
Un baiser et aussi longtemps qu’il durera
Jusqu’à perdre ton âme entre mes lèvres toujours
Et que ton souffle s’exalte au fond de mon coeur,
Que je tire de toi un enchantement très doux,
Et que je boive ton amour à ton corps jusqu’à la dernière goutte!
Je garderai en moi ce baiser de la même façon
Dont je t’aurais gardé, ô toi qui t’enfuis,
Qui t’enfuit si loin jusqu’aux rives extrêmes
Où règne le maître amer et terrible,
Même si moi qui suis malheureuse je dois continuer à vivre
Parce que je suis immortelle, je ne peux te rejoindre.
Ô Perséphone, je te donne l’époux qui était mien :
Ta puissance surpasse la mienne
Et tout ce qui est beau t’appartient.
Le malheur est sur ma tête et ma peine est immense.
Je pleure Adonis que m’a ravi la mort.
Ah! Je crains tout de toi, ô Perséphone!
Toi, mon plaisir bien-aimé tu es mort,
Mon bonheur s’est envolé comme un rêve,
Kypris est sans époux, les Amours sont abandonnés,
Ma ceinture avec toi s’est détachée.
Imprudent, pourquoi cette chasse qui t’enlève à moi ?
Pourquoi, toi qui étais si beau, as-tu voulu
Follement te mesurer avec un fauve ?
Ainsi sanglotait Kypris et les Amours l’accompagnaient :
« Il est mort, le bel Adonis! Hélas! Ô Aphrodite! »
La reine de Paphos répand autant de larmes
Que le bel Adonis a répandu de sang.
Et les deux sur le sol se transforment en fleurs,
L’anémone des larmes et la rose du sang.
« Ah! Je pleure Adonis. Il est mort le bel Adonis! »
Kypris, ne pleure plus ton époux dans les bois.
C’est un lit bien mauvais qu’un lit où les feuilles sont absentes.
Même mort, ce que veut Adonis, c’est ton propre lit;
Même mort, il est toujours aussi beau, beau comme s’il sommeillait.
Mets-le dans les draps fins où il venait dormir,
Où il s’étendait toute la nuit auprès de toi.
et prenait ardemment la loi du plaisir
Sur cette couche dorée qui brûle de recevoir
Encore ton Adonis blessé.
Jette-lui la couronne et les fleurs
Et que ces mêmes fleurs meurent de la même manière qu’il est mort.
Verse-lui les huiles parfumées, les baumes de Syrie :
Que s’évaporent ces parfums sur celui qui fut ton amour!
Le charmant Adonis repose sur des voiles pourpres;
Autour de lui les Amours pleurent et gémissent.
En l’honneur d’Adonis, on coupe les cheveux.
Celui-ci dépose ses flèches sur la couche funèbre;
L’autre son arc, un autre encore sa plume
Et puis le carquois.
L’un a ôté la sandale du mort,
L’autre apporte de l’eau dans une cuvette d’or,
Et l’autre vient laver la cuisse ensanglantée.
Et le dernier se tient debout derrière lui.
De ses ailes, il évente Adonis.
Hélas, ô Aphrodite, les Amours ont gémi.
CONSTANTIN CAVAFY
(Grec, 1863-1933)
La vie de Constantin Cavafy tient en peu de mots, car il a mené une vie tranquille et retirée. Il est né à Alexandrie et il devint un modeste employé au service de l’Irrigation. Écrivain d’une modestie exemplaire, il a peu publié de son vivant, peut-être pensait-il que ses thèmes ne seraient pas bien reçus. Il polissait sans cesse ses poèmes qu’il écrivait dans une langue simple, son esprit étant nourri aux sources de l’hellénisme asiatique et africain. Ses écrits sont nettement orientés vers ses aventures amoureuses et l’observation des garçons. Marguerite Yourcenar dans un remarquable essai sur l’écrivain a prétendu que les poèmes de Cavafy ressemblent aux cafés du Proche Orient fréquentés uniquement par des hommes. Cavafy a terminé sa vie à Athènes.
TRANSITION
Lorsqu’il était écolier,
il imaginait ces choses avec appréhension.
Et voilà qu’elles viennent à lui;
et il passe ses nuits à errer dehors :
il se laisse inviter.
Et comme c’est dans l’ordre des choses,
son sang,
son sang jeune et fougueux,
se laisse entraîner dans le sillage de la volupté.
Son corps est conquis par l’ivresse
d’un amour défendu
et ses jeunes membres goûtent l’extrême plaisir.
Et c’est comme ça qu’un enfant candide
accroche nos regards et en un instant
il traverse lui aussi les Hautes Sphères de la Poésie,
le lascif enfant au sang jeune et fougueux…
DANS L’ESCALIER
Je descendais dans l’escalier
de ce lieu de mauvaise renommée,
tu entrais par la porte.
L’espace d’un moment,
j’ai entrevu ton visage inconnu et tu as observé le mien.
J’ai alors fui ton regard en me dissimulant.
Tu es passé rapidement et toi aussi tu as caché ton visage.
Ensuite, tu t’es faufilé dans la maison de passe
où tu n’as certainement pas trouvé plus de plaisir
que moi j’en ai trouvé.
Pourtant l’amour que tu cherchais,
j’aurais pu te le donner,
l’amour que tu cherchais tant,
(et je l’ai bien vu dans tes yeux blasés)
tu aurais pu me le donner.
Nos corps se sont sentis,
ils se cherchaient.
Notre sang et notre peau se sont désirés.
Mais nous nous sommes cachés l’un de l’autre,
pleins de trouble.
HABITER CE POÈME
Il devait être une heure, une heure et demie du matin.
Dans un coin du bistrot,
derrière la séparation de planches.
li ne restait que nous deux
les autres étaient partis laissant l’endroit
complètement vide,
lieu faiblement éclairé
par la lueur d’une lampe.
Le jeune serveur s’était assoupi près de la porte.
Personne ne nous observait,
d’ailleurs nous étions si emportés par notre désir
que nous n’aurions plus été capables de nous retenir.
Nos vêtements s’entrouvrirent,
nous en avions bien peu, car juillet était torride.
Griserie de la chair dans l’ouverture de nos vêtements,
fulguration de la chair nue
dont la vision a traversé vingt-six années
et qui vient aujourd’hui habiter ce poème…
D’UNE NUIT
La chambre était commune et miteuse,
cachée en haut de l’interlope gargote.
Par la fenêtre, on apercevait la ruelle,
une ruelle étroite et sale…
D’en bas, montaient vers nous les voix bruyantes d’ouvriers
jouant aux cartes ou qui faisaient la fête.
Et là, dans le modeste lit des travailleurs,
je possédais la forme même de l’amour,
je possédais les lèvres rouges et sensuelles de l’ivresse,
une ivresse si grande qu’aujourd’hui encore,
où, après tant d’années, dans ma maison déserte
j’écris ces lignes, je redeviens ivre.
INTENSÉMENT
J’ai si intensément contemplé la beauté,
que ma vue enchantée en est toute remplie.
Lignes du corps. Lèvres de rose. Membres délicats.
Boucles — sans doute dérobées à des statues antiques,
— toujours gracieuses, même dépeignées,
et qui, sur les fronts blancs, un peu retombent.
Visages de l’amour, tels que les désirait
ma poésie, dans les nuits de ma jeunesse —
secrètement, dans ces nuits, rencontrés…
SUR UNE IMAGE
À mon travail, avec amour je consacre ma vie.
Mais aujourd’hui, de la lenteur de la composition,
je suis lassé.
C’est sans doute le temps qui en est la cause.
La journée constamment s’assombrit.
Sans cesse, il pleut et il vente.
À la magie du verbe, je préfère celle de la vue.
Maintenant, sur l’image que voici,
je contemple un bel enfant, qui au bord d’une source
s’est étendu, fatigué de sa course vagabonde.
Qu’il est beau, cet enfant, et quel céleste après-midi
dans sa chaude caresse l’a endormi!
Longtemps, je reste là, à regarder la ravissante image.
Ainsi, dans la contemplation de l’art,
je me délasse de mes travaux.
HEURE DU SOIR
Amours, qui ne pouvaient qu’être éphémères…
L’expérience des années me le prouve.
Pourtant, comme le Sort soudainement
les a interrompues!
Ah, il n’a pas duré longtemps, notre bonheur!
Mais combien merveilleux furent les philtres,
sur quelle divine couche nous sommes-nous aimés,
à quels divins transports nos corps se donnèrent-ils!
Un écho de ces jours de volupté,
de ces beaux jours, un écho m’est revenu;
comme un reflet du feu qui embrasait
notre double jeunesse; une très vieille lettre, retrouvée,
je l’ai lue et relue, jusqu’à l’heure
où la lumière vint à manquer.
Et, tristement, je suis sorti sur le balcon,
je suis sorti pour changer de pensées,
en regardant un peu
le va-et-vient des magasins et de la rue,
un peu de cette Ville tant aimée.
SUR DES YEUX GRIS
En regardant une opale de nuance grise,
je me suis rappelé deux beaux yeux gris
que j’ai connus… C’était il y a vingt ans, je crois.
Pendant un mois nous nous sommes aimés.
Puis, son départ pour Smyrne — était-ce bien Smyrne? —
pour y chercher fortune…
Et jamais plus je ne revis ses traits.
Ils ont dû ternir, s’ils sont encore vivants,
les beaux yeux gris,
il a dû se faner, le beau visage…
Toi, ma mémoire, conserve-les tels qu’ils étaient alors;
et rends-moi, ô mémoire, de cet amour)
rends-moi, de lui, tout ce que tu pourras, ce soir.
Petite anthologie de Jean Ferguson
ARISTOPHANE
(Grec, 450-386 av. J.-C. environ)
Le plus célèbre des poètes comiques grecs; à travers ses comédies d’une verve incroyable perce parfois une poésie délicieusement érotique.
LES NUÉES (Extrait)
Chez les professeurs de gymnastique, il fallait lorsqu’ils étaient assis, les enfants allongent la cuisse, de manière à ne rien montrer de choquant à ceux du dehors; puis, quand ils se relevaient, ils devaient aplatir le sable et veiller à ne pas laisser aux amoureux une empreinte de leur virilité. Pas un enfant ne se frottait d’huile au-dessous du nombril, de sorte que ses organes fleurissaient un frais et tendre duvet, comme sur des coings. Aucun, avec de molles inflexions de
voix, n’approchait son amant en se prostituant lui-même par les yeux.
ARTÉMON DE CASSANDRÉE
(IV’ siècle av. J.-C.)
On sait vraiment peu de choses sur Artémon de Cassandrée sinon qu’il il été grammairien et il aurait écrit deux intéressants ouvrages :Collection de livres et Le chant des convives.
Tout gracieux,
le petit Echédémos regardait en cachette
par la porte entrebâillée.
Je lui dérobai un baiser, par surprise.
Mais j’en tremble encore.
Car, dans un songe,
il m’a menacé de son arc
et il est parti en me donnant des coups,
demi-souriant et demi-fâché.
Je crois que j’ai mis la main
sur une ruche d’abeilles,
sur une touffe d’orties,
sur des charbons ardents.
AUGUSTIN
(Africain, 354-430)
Augustin, de son nom latin Aurelius Augustinus, venu du paganisme, eut une vie agitée avant de se convertir au christianisme. Il devint l’un des pères de l’Église. Ce qui ne l’empêcha de décrire dans ses Confessions l’amitié de deux adolescents d’une façon très poétique. Sa façon rappelle le Catulle païen dont les vers sont bien connus :
« Ô Frère plus aimable encore que la vie,
Ne te verrai- je plus, si je t’aime toujours? »
ou encore :
« Ah, si le sort ravit la moitié de mon âme.
Que fais-je donc ici, moi son autre moitié? »
AMITIÉ D’ADOLESCENCE
« Je m’étais fait un ami, que la communauté de nos études et le même âge (il était comme moi dans la fleur de l’adolescence) m’avaient rendu profondément cher. Enfant, il avait grandi avec moi, nous étions allés ensemble à l’école, nous avions partagé les mêmes jeux. […] C’était de causer, de rire
ensemble, c’était les égards d’une bienveillance mutuelle, la lecture en commun des beaux livres, les plaisanteries entre camarades et les attentions réciproques; quelquefois un désaccord sans aigreur, comme on en a avec soi-même, et ces très rares dissentiments assaisonnant une unanimité presque
constante :
L’ami étant décédé, Augustin lance ce cri du coeur et étale sa peine :
« Oui, j’ai senti que son âme et la mienne n’avaient été qu’une âme en deux corps; c’est pourquoi la vie m’était en horreur, je ne voulais plus vivre, réduit à la moitié de moi-même. »
Les hymnes religieux dont Augustin est l’auteur sont étonnamment du plus pur langage amoureux. : Celui-ci par exemple :
Dieu,
dans votre grande bonté,
donnez-vous à moi :
Vous me suffisez;
je ne puis rien vous demander
de moins que de vous adorer pleinement.
Et si je vous demande moins que cela,
toujours je reste en manque,
car seulement en vous,
j’ai tout.
JEAN-ANTOINE DE BAÏF
(1532- 1589)
Poète inconsistant et inégal, De Baïf a beaucoup écrit dont : Amours, Météores, Mimes, etc. Il a fait partie de la Pléiade avec Ronsard et Du Belley. Fondateur d’une école de musique et de poésie. Il avait des tentatives pour réformer l’orthographe, de même il a tenté de calquer les vers français sur les vers latins, sans y réussir vraiment.
PRIAPE
Simple passant, t’enquiers-tu
Pourquoy je ne suis vestu
En ma honteuse partie ?
Veux-tu que je te le die ?
Je te diray, mais dy moy,
Tout premièrement, pourquoy
Nul Dieu le baston qu’il porte
Ne cache en aucune sorte?
L’Empereur de l’univers
Ses foudres ne tient couvers;
Neptune son salv ne cache;
Pallas ne couvre sa hache,
Ny sa coutelasse, Mars ;
Appollon ne tient secrettes
Sa trouse, ny ses sagettes,
Ny le petit Cupidon
Ne cèle point son brandon;
Bacchus son thirse ne couvre;
Hercule sa masse découvre;
Le hérault aussi des dieux
Monstre sa verge à nos yeux.
Or, que nul non plus estime
Si mon bas ton découvert,
Je tends à tous à l’ouvert.
Ostez ce baston au reste
Dénué d’armes je reste.
Ne me soyent doncques vos yeux
De mon bas ton envieux.
HONORÉ DE BALZAC
(Français, 1799-1850)
Honoré de Balzac, le plus grand des romanciers français avait le génie de l’observation et de la description. Proust et Gide ont dit de lui : « Sa démesure était l’envers d’une puissance inégalée ». « Cette puissance de Balzac se manifeste à tous les niveaux; don naturel, elle est la marque que son génie
imprime fortement sur tous les sujets qu’il aborde, mais elle ne doit pas nous empêcher de discerner une technique accomplie ». (Lagarde et Michau). Auteur de la Comédie humaine, une œuvre colossale de quarante volumes, il y travailla pendant vingt ans et mourut usé par le travail et l’abus de café. C’est un des premiers romanciers à avoir raconté la vie de personnages hantés par les amitiés masculines.
LA RECONNAISSANCE DU GAMIN
Un jeudi gras, vers les trois heures de l’après-midi, flânant sur les boulevards de Paris, j’aperçus au coin du faubourg Poissonnière, au milieu de la foule, une de ces petites figures enfantines dont l’artiste peut seul deviner la sauvage poésie. C’était un gamin, mais un vrai gamin de Paris!… Cheveux rougeâtres bien ébouriffés, roulés en boucle d’un côté, aplatis ça et là, blanchis par du plâtre, souillés de boue, et gardant encore l’empreinte des doigts crochus du gamin robuste avec lequel il venait peut-être de se battre; puis, un nez qui n’avait jamais connu de pacte avec les vanités mondaines du mouchoir, un
nez dont les doigts faisaient seuls la police ; mais aussi une bouche fraîche et gracieuse, des dents d’une blancheur éblouissantes ; sur la peau, des tons de chair vigoureux, blancs et bruns, admirablement nuancés de rouge. Ses yeux, pétillants dans l’occasion, étaient mornes, tristes et fortement cernés. Les
paupières, fournies de beaux cils bien recourbés, avaient un charme indéfinissable… Ô enfance l
Vêtu à la diable, insouciant d’une pluie fine qui tombait, assis sur une borne froide et laissant pendre ses pieds imparfaitement couverts d’une chaussure découpée comme le panneton d’une clé, il était là, ne criant plus : — À la chienlit!… Lit ! lit!…, reniflant sans cérémonie. Pensif comme une femme trompée, on eût dit qu’il se trouvait là chez lui. Ses jolies mains, dont les ongles roses étaient bordés de noir, avaient une crasse presque huileuse … Une chemise brune, dont le col, irrégulièrement tiré, entourait sa tête, comme d’une franche, permettait de voir une poitrine aussi blanche que celle de la danseuse la plus fraîche figurant dans un bal du grand monde …
MATTÉO BANDELLO
(Lombard, 1485-1561)
Moine et diplomate, il est surtout connu comme écrivain. Il entra très jeune chez les Dominicains, y poursuivit de brillantes études. Nommé évêque d’Agen, en 1550, il s’est adonné au travail littéraire : discours latins, traductions, poèmes, nouvelles, contes, etc. Sa réputation d’écrivain a franchi les frontières et sa réputation a été grande en France, en Angleterre et en Espagne. Ses nouvelles surtout ont été remarquablement diffusées. Le ton est souvent irrévérencieux, mais le style est alerte et Bandello excelle dans l’art de faire revivre la société
italienne de la Renaissance avec une grande véracité : pleine de munificence, de luxe, de rires et de ‘violence. Shakespeare a pris chez Bandello le sujet de sa Roméo et Juliette tandis que Musset lui a emprunté celui de sa comédie Barberine.
LE PORCELLIO
Le Porcellio est un poète qui préférait la compagnie des garçons à celle de sa femme. Il tomba gravement malade lorsqu’il touchait à la soixantaine et il se retrouva extrêmement affaibli. Voyant cela, sa femme s’efforça par mille bonnes raisons de l’amener à se confesser. Il l’écoutait, mais il disait qu’il n’en voulait rien faire. Elle fit des pieds et de mains et réussit finalement à faire venir un père
dominicain qui accepta de confesser le Porcellio. Le saint homme entra dans la chambre de l’homme et lui dit: « Que la paix de Dieu soit sur cette maison et sur tous ceux qui l’habitent. »
En prononçant ces paroles, le prêtre s’approcha du lit et salua doucement le Porcellio, qui eut l’air de voir le Moine avec beaucoup de plaisir. Ils entrèrent ensuite en conversation. Il lui dit beaucoup de bonnes paroles, l’exhortant adroitement à se confesser, lui disant qu’il serait toujours, à tout moment,
prêt à l’entendre. Le Porcellio rendit grâce, remercia le Moine de la peine qu’il prenait pour lui et dit qu’il se confesserait tout de suite.
Quand on en vint aux péchés de la chair, il demanda doucement à son pénitent s’il n’avait jamais commis le péché contre nature. À cette question, le Porcellio, après s’être recueilli, se mit à regarder fixement le Père, comme s’il était fort étonné ; il eut même l’air d’être presque scandalisé.
— Vous me demandez là une chose étrange, Messer, dit-il. De quoi me parlez-vous donc ? Jamais de ma vie je n’ai commis lepéché que vous me mentionnez.
Le saint Prêtre tout honteux d’avoir fait une telle question passa à d’autres articles et mit tout le soin dont il était capable à faire que le malade se confessât bien. Quand il vit que le Porcellio n’avait pas autre chose à dire, il lui imposa la pénitence qui lui parut convenable et lui donna l’absolution.
Le bon Père fit plusieurs visites et chaque fois Porcellio le reçut bien en niant toujours avoir fait le péché contre nature, car sa femme insistait pour que l’homme de Dieu l’interroge là-dessus. Le bon Père, qui voyait cet homme près de la mort, n’aurait jamais pu croire qu’il dit autre chose que la vérité.
Il fit venir le curé de la paroisse pour qu’il donne au malade les consolations de la communion. Aussi quand le Curé fut arrivé, le pauvre Porcellio reçut le Sacrement de l’autel et fit montre d’une grande contrition. Comme le Religieux s’en allait, la Dame l’accompagna jusqu’à la porte, le remerciant avec
chaleur de la sainte tâche qu’il avait remplie auprès de son mari et le suppliant de prier Dieu pour que le Porcellio maintînt les bonnes dispositions et ne retournât plus à son péché de faire l’amour avec des garçons. Le Moine lui fit une honnête réprimande et lui dit :
Madame, vous êtes vraiment bien entêtée ; vous péchez en ayant mauvaise opinion de votre mari, quand il n’est pas coupable, et en l’accusant comme vous de faites d’un vice honteux. Ce n’est pas bien, et il ne faut pas agir ainsi.
— Mon Père, je ne voudrais pas vous voir partir fâché contre moi. Si c’est possible, je voudrais qu’il meure comme doit mourir tout bon Chrétien. Ce que je vous ai dit de lui, ne croyez pas que je vous l’aie dit ou pas, jalousie ou sur des soupçons que j’aurais conçus à la légère ; mais je l’ai vu avec ces deux yeux que voici. Il n’oserait jamais nier en ma présence. C’est pourquoi, mon Père, ne vous occupez pas de ses dénégations, mais pour Dieu, retournez dans la chambre et voyez à le tirer de la main du Diable.
Le saint homme fut troublé de ce discours ; il retourna auprès du Porcellio et lui dit :
— Hélas, mon fils, je ne sais ce qu’on me rapporte de toi. Tu prétends que tu n’as pas commis le péché contre nature, et tu en es plus chargé que si tu n’avais sur le dos l’édifice de la Cathédrale de Milan ; je le sais, à présent, tu as pour les jeunes garçons mille fois plus de passion que la chèvre n’en a pour le sel.
Le Porcellio répondit de sa plus belle voix et en hochant la tête :
— Oh, oh, mon révérend père, vous n’avez pas su m’interroger. M’amuser avec des jeunes garçonsm’est aussi naturel à moi qu’il est naturel à l’homme de boire et de manger, et vous me demandiez si je péchais contre la nature! Allez, allez, Messer, vous ne savez pas ce que c’est qu’un bon morceau.
ANACRÉON
Grec, seconde moitié du 6e siècle av. J.-C. environ. On sait bien peut de choses sur Anacréon, on prétend même que ses poèmes les plus connus ne sont pas de lui et auraient été écrits après sa mort. On lui devrait aussi quelques anonymes. Né à Téos, il a vécu à Samos et Athènes. Poète d’un naturel charmant, il a chanté l’amour et l’ivresse dans des vers délicieux, purs et candides. Ronsard le tenait pour l’une des plumes les plus exquises de la Grèce.
Anacréon fut un grand poète, ami du plaisir, du vin et des beaux éphèbes, il fut aimé de tous, on l’invitait souvent à festoyer dans les grandes familles. Il mourut très âgé.
.
ENFANT AU REGARD DE FILLE
Ô enfant au regard de fille,
Je te poursuis, tu ne vois rien;
Ah ! Tu ne sais pas que tu tiens
Les rênes de mon coeur !
Apporte l’eau, mon garçon, et le vin,
Apporte-nous les bouquets de fleurs,
Après quoi, je risquerai mon coeur,
Contre l’amour, à jouer des reins
Sur ton derrière, garçon divin.
Ah ! Qui es-tu donc mon délicieux
Qui rend la jeunesse à mon coeur amoureux
Et qui danse au son de la flûte trouée ?
(Anacréon demande à un peintre de faire le portrait de son jeune amant.)
PORTRAIT DE BATHYLLE
Peins-moi Bathylle, mon aimé, tel que je vais te le décrire.
Fais la chevelure luisante, brune en dedans,
avec des reflets dorés en dehors,
et laisse les boucles libres tomber dans un capricieux désordre.
Sous le front délicat et frais, dessine des sourcils plus sombres
que les écailles bleuâtres des dragons.
Que l’oeil noir lance des éclairs,
mais avec un mélange de douceur ;
qu’il fulgure,
pour ce qu’il tient d’Arès,
et qu’il caresse, pour ce qu’il tient de Cythérée,
de sorte qu’en même temps il inspire la crainte et allume l’espérance.
Donne à la joue le rose et le velouté de la pêche et, si ton art peut y réussir,
ajoutes-y encore une pudique rougeur.
Quant aux lèvres,
je ne sais vraiment pas de quelle façon tu dois les peindre.
Délicates, pleines de persuasion.
En un mot, fais que la cire muette soit parlante.
Que la tête pose sur un cou d’ivoire
plus parfait que celui d’Adonis.
Que la poitrine et les mains soient celles Hermès,
les cuisses celles de Pollux, le ventre celui de Dionysos.
Et sur ces cuisses charmantes,
sur ces cuisses incendiaires,
peins un membre délicat qui
aspire déjà à l’amour.
Quel malheur que ton art jaloux
ne puisse pas montrer le dos !
C’est ce qu’il y a de plus parfait.
Quant aux pieds, qu’aurais-je à t’en dire ?
Tu seras payé le prix que tu voudras.
Pour faire le portrait de Bathylle,
prends comme modèle cet Apollon.
Et si tu viens un jour à Samos,
tu y peindras Apollon d’après Bathylle.
LA LYRE ET LA COUPE
Si j’étais la lyre jolie,
Si j’étais la lyre d’ivoire,
Je suivrais les garçons jolis
Où ils s’en vont danser et boire.
Si j’étais la coupe jolie,
La grande coupe d’or toute neuve,
Je suivrais le garçon joli
Tout sage au fond de son coeur.
LES DEUX COPAINS
Ah ! Tous les deux, buvons un coup !
Ah ! Tous les deux, faisons la fête !
Ah ! Tous les deux, tirons un coup !
Tous les deux, des fleurs sur la tête !
Ah ! Tous les deux, faisons les fous !
Ou tous les deux gardons nos têtes !
LES TROIS BLONDEURS
Je meurs devant un garçon clair,
Je brûle s’il est couleur de miel,
Je m’anéantis devant un blond.
J’aime les garçons clairs,
Et j’aime aussi les blonds,
Je chéris vraiment aussi les garçons bruns
Mais je ne néglige pas, c’est sûr,
Les roux surtout, oui, surtout
S’ils ont les yeux brillants et bruns.
PREMIER POÈME EN GUISE D’INTRODUCTION
À LA CRITIQUE…
Critique qui fait l’esprit fort
En matière de foutrerie,
Ne t’étonne pas, je te prie
De trouver foutre ici d’abord.
J’aimerais mieux mourir de rage
Que d’avoir, dedans ton ouvrage,
Malicieusement laissé
Aucun mauvais exemple à suivre.
Mais puisque nos aïeux, pour nous faire survivre,
Ont foutre sur foutre entassé,
Je puis bien commencer mon livre
Par où le monde a commencé.
Claude Le Petit
Claude Le Petit, français, 1639~1662. Ce poète exerça la profession d’avocat à Paris, tout en fréquentant les gens de lettres de son époque. Il fut accusé d’avoir écrit des poèmes libertins et licencieux, mais la véritable raison, c’est qu’il
s’était payé, en quelques strophes, la tête des Jésuites dans son Paris ridicule.
Ceux-ci eurent la rancune tenace et le firent condamner à être brûlé vif après avoir eu le poing coupé. Le Parlement de Paris confirma la sentence, ainsi
Claude Le Petit fut exécuté.
AHMAD AL-TÎFÂCHÎ
(Persan, 1184-1253)
Ce poète à travers ses (œuvres personnelles a colligé des poèmes d’autres poètes arabes anonymes dans son recueil Les délices du coeur.
FIDÉLITÉ
Un jour, un jeune homme s’aperçut
Que son voisin arborait
son instrument fièrement dressé.
— Je te donne ma vie en rançon
Si tuacceptes de me révéler pourquoi
Ton objet se lève ainsi entre tes jambes.
— Oh ! C’est qu’il vient de se rappeler
Un ami qu’il a en Iraq.
Le jeune homme lui proposa :
— Permets-moi de le toucher
Et de l’embrasser : une telle fidélité
Est bien rare de nos jours !
LE GRAIN DE BEAUTÉ
Le grain de beauté sur ta joue pure
Mets à celle-ci tant de grâce et de perfection.
Comment blâmer
Quelqu’un qui serait
Tout entier dans le regard
Comme le grain de beauté ?
LOUANGE À ALLAH !
Qu’Allah soit loué
Qui donne un sursis au coupable
Et promet le pardon à tous les vivants.
Car c’est lui qui a promis :
« Ma miséricorde est assez immense
Pour contenir le monde entier. »
Oui, je loue Allah
Comme le fait la terre assoiffée
Qui remercie le ciel
Pour la pluie qu’elle reçoit.
Ainsi l’amant passionné
Se répand en remerciements
Lorsqu’un peu de plaisir lui est accordé.
Je témoigne que c’est Allah
Le seul Dieu
Et qu’il n’y en a pas d’autres;
Il ne saurait avoir d’associé.
Que cette louange m’apporte
La récompense de rencontrer sur ma route
Beaucoup de beaux jeunes gens
Et je souhaite en même temps
De me retrouver un paradis
Entouré de jeunes imberbes !
LE BÉDOUIN
Dans l’un des mes lointains voyages
À travers des pays et des pays,
J’ai rencontré un svelte Bédouin
Ayant l’air d’un cerf gracieux.
Il avait entre les jambes
Quelque chose qui ressemblait
À la lance dans son fourreau.
Bel instrument à vrai dire !
Au cours d’une étape,
Il me le fit connaître.
Je me pus que m’exclamer :
— Ô toi, le plus admirable des hommes
À cause de ton instrument,
Le Grand Dispensateur seul
Pourra te récompenser
À ma place pour la prouesse
Dont tu viens de me gratifier !
L’AGRÉABLE DE LA VIE
La vie n’est vraiment agréable
Que lorsqu’on a passé la nuit
Entre le ventre d’un esclave
Elle dos d’un jeune homme.
Je l’accouple,
Je l’embouche,
Il me prend.
Le plaisir se présente donc à moi
De deux façons :
Par-derrière et par-devant.
Félicité et reconnaissance !
(Traduction et arrangement : Djamel Mamed)
Jean Ferguson
POURQUOI CE LIVRE?
Par Jean Ferguson
L’idée de ce livre est née dans un Salon du livre, en France, lors d’une conversation que j’eus avec Gaston Miron, le poète, et Pierre Perrault, le cinéaste-poète, il y a de cela une bonne trentaine d’années. J’étais jeune écrivain alors et j’ai gardé de cette rencontre un encouragement pour mettre au monde la présente anthologie.
J’étais honoré par l’invitation qu’ils m’ont faite ce soir-là de les accompagner dans un restaurant du vieux Nice. Je connaissais Miron, le notoire et diseur poète, pour l’avoir rencontré aux éditions Leméac. C’était la première fois que je me trouvais en présence de Perreault, homme cultivé, d’une grande simplicité et aussi fin causeur. Le sourire et la curiosité de Perreault sont deux qualités qu’on n’oublie pas. Nous nous nous sommes attablés et la conversation se prolongea fort tard dans la nuit. Le cinéaste avait été invité comme écrivain d’abord pour des séances de signature au kiosque du Québec, car il était l’auteur d’un recueil de poésie, Gélivures, qui venait d’être publié et l’éditeur en était Miron de l’Hexagone. Moi-même, j’avais reçu une invitation de l’Association des Éditeurs d’alors pour un livre publié chez Leméac et qui s’était déjà vendu, miracle du temps, à quelque huit mille exemplaires. Cet organisme m’avait envoyé tous
frais payés au Festival du livre de Nice.
Nous avons évidemment discuté de poésie. Et de fil en aiguille, je ne sais pas trop pour quelle raison, nous en sommes venus à parler de l’érotisme en littérature. Je crois que c’était à cause d’un jeune poète français qui avait publié un petit recueil chez un éditeur obscur où il faisait allusion, dans des termes voilés, naturellement, mais dans une langue très riche et très poétique, à son penchant amoureux pour les adolescents. Je sais qu’il ne récidiva pas parce que je n’ai plus entendu parler de lui.
Je disais à Miron et à Perreault que je regrettais qu’il n’y a pas de livres recensant des textes choisis d’écrivains et de poètes qui ont exalté l’amour masculin. Bien entendu, nous connaissions Genêt, Gide, Montherlant, Peyrefitte et plus récemment Duvert, mais c’était à peu près tout. Miron prit son air amusé et me suggéra de commencer le travail en citant emphatiquement Claudel : « Tu n’expliques rien, ô poète, mais toutes choses par toi nous deviennent explicables ». Redevenant sérieux, il m’avertit que ça prendrait beaucoup de temps, mais que j’arriverai probablement un jour ou l’autre à mettre au jour un tel livre. Il me cita également Verlaine qui avait écrit des poèmes de cette eau dans parallèlement, son ouvrage le moins lu et le plus censuré.
Je leur confiai que je m’insurgeais contre les idées reçues que l’érotisme doit toujours être du domaine sexuel. Miron me donna raison sur ce point. Il nous précisa que le mot érotique venait du grec éros, signifiant amour, ce que nous savions tous les trois. Donc, on pouvait mettre sous ce mot tout ce qui se rapportait à l’amour qu’il soit spirituel ou, pourquoi pas, bien sûr, physique. Pierre Perreault admit le fait, car, disait-il, il y a une poésie érotique dans ce sens qu’elle plaît à l’esprit et qu’elle inspire des pensées de l’ordre de la satisfaction intellectuelle et sensuelle, chez les auteurs religieux comme Grégoire de Naziance, par exemple, dans ses oraisons, l’extrême limite de l’expression humaine de son amour divin. Mais il conclut aussi que dans l’ensemble l’érotisme inspire un fort désir charnel et cela nous ne pouvons pas l’éviter en tant qu’être hanté par le besoin tourmentant d’exprimer la sexualité, partie essentielle de tout notre vécu.
Il nous cita de mémoire quelques poèmes qui faisaient allusion à la femme tellement désirable par sa beauté naturelle. Miron lui répliqua qu’il était bien étonnant que Éros, le dieu de l’amour, fût représenté sous la forme d’un enfant, un être essentiellement asexué, donc l’érotisme avait quelque chose à voir aussi avec la satisfaction des yeux et que peut-être il y avait dans ce phénomène un désir de revenir aux caprices et aux désirs de possession de l’enfance qui est le summum des rêves et des espérances.
Nous n’avons ni l’un ni l’autre contesté ce fait. Perreault continua en nous disant qu’il était étonnant que l’érotisme ne soit pas toujours du domaine de la pornographie (quoiqu’elle y conduise souvent), c’est qu’elle avait peu à voir avec l’individualisation des corps et que pour cette raison, il n’y avait pas de difficulté à représenter Éros par un enfant tirant des flèches avec son arc. Miron était convaincu que c’était une question concernant beaucoup l’imaginaire, car la flèche a toujours eu une connotation avec le membre masculin et il profita de l’occasion pour nous faire sourire par une de ces réparties dont il était coutumier : l’amour entre un homme et une femme conduisait toujours à faire un enfant, donc, il était normal qu’on représente Éros sous les traits d’un jouvenceau, archer facétieux…
Pour en revenir aux textes érotiques concernant des hommes, des adolescents et même des garçons, Perreault fit la réflexion que dans nos collèges classiques, même si on évitait de les faire traduire intentionnellement du grec, ou plus rarement, du latin, on trouvait par hasard dans la bibliothèque de ces institutions ces écrits dans leurs langues d’origine. Parfois, un de nos professeurs pour en rire nous indiquait la voie en commençant à traduire lui-même et nous mettait sur la piste sinon pour nous déconseiller ces lectures qui mettaient en lumière le mépris que l’on devait avoir pour ces écrivains aux activités peccamineuses, du moins parce que les amitiés particulières étaient abominables et contre nature; il avait cependant le bon goût de nous vanter la beauté poétique de la plume de ces auteurs honnis. Évidemment, il y avait toujours un élève ou deux, meilleurs que les autres, les forts en thèmes, qui nous faisaient part, en récréation, de cette littérature interdite, si évocatrice pour nos émois d’adolescents… Nos professeurs prêtres, quant à eux, prétendaient qu’avec des païens, on pouvait s’attendre à tous les désordres moraux et, mal à l’aise, ils passaient très vite sur la question.
Je confiai à Perreault que j’aurais toujours envie de réunir ces auteurs dans un livre si je les avais connus ou si je les découvrais, mais que je croyais que ce serait bien difficile à notre époque, de le faire, étant donné que les auteurs concernés avaient été probablement traduits maintes fois et dans de fort bonnes traductions, et, que les modernes ou les Québécois et les Français étant encore vivants, il y aurait des restrictions. Surtout que peut-être qu’aujourd’hui, il y aurait peu de gens intéressés à cette lecture provocatrice.
Pierre Perreault me dit que non, à sa connaissance, il n’était jamais tombé sur des recueils qui auraient englobé les anciens et les modernes, que les droits d’auteurs n’étaient pas un problème si on avait la délicatesse de communiquer avec les éditeurs et les auteurs pour leur demander permission de publier un choix de leurs publications et écrits. Sur l’amour féminin aussi, il n’y avait pas d’anthologies vraiment spécifiques et que ce genre de poèmes étaient dispersés dans l’ensemble des volumes de textes choisis, sans qu’il y ait, à sa connaissance, une volonté précise de les réunir en un seul. Et quant à l’objection que peu de lecteurs seraient intéressés par un ouvrage sur le thème des amours masculins, lui-même n’étant pas de cette farine, comme le disait si bien Richelieu, il jetterait quand même un coup d’oeil sur un tel livre par curiosité et par goût littéraire. Miron approuva.
Je racontais à mes interlocuteurs que j’avais été frappé par des textes de saint Augustin et de Patrice de la Tour du Pin qui me semblaient très érotiques dans un sens, pourtant on ne pouvait soupçonner ces deux auteurs de tendances pédérastiques ou homosexuelles.
Miron m’objecta que c’était sûr qu’un auteur, n’ayant pas d’accointance connue avec les amours masculines, pouvait bien décrire cette sorte de sentiment, car l’exemple venant de haut, l’éducation religieuse nous avait appris que Jean était le disciple préféré de Jésus; celui-ci avait la trentaine, si on se fie aux évangélistes, et que l’apôtre Jean n’avait tout au plus que quinze ou seize ans. On a assez glosé sur la tradition de beauté de Jean, de sa place à côté du Maître, de son évangile où l’amour prenait toute la place ; d’autant plus que tout indiquait qu’il était resté célibataire. Miron nous fit remarquer avec un sourire en coin que les écrits de Jean étaient si subtils, si confus, la Révélation, par exemple, que c’était un comportement d’homme tourmenté et pourquoi pas, d’une sexualité refoulée comme c’est souvent le cas chez les homosexuels.
Perreault protesta. Il était convaincu lui que l’œuvre excessive de Jean venait plutôt de son impossibilité à exprimer l’amour immense qui l’habitait. On constatait la même chose en lisant saint Jean de la Croix et sainte Thérèse d’Avila. Mais on ne pouvait tirer grand-chose de ce fait parce que Perreault était convaincu que c’était sûrement une amitié virile comme il y en a tant et que Jésus, toujours d’après les témoignages évangéliques, aimait aussi s’entourer de femmes. Donc, on ne pouvait qu’épiloguer à partir de ces témoignages.
Quant aux Grecs, ils avaient cultivé cet amour entre hommes et garçons et l’avaient étalé amplement dans leurs poèmes et leurs écrits. Les Romains beaucoup moins, mais il y avait aussi des auteurs concernés, probablement influencés par la tradition hellénique. Il y avait toujours moyen de trouver des démonstrations de ces amitiés mâles dans les nombreuses anthologies qui pullulaient au temps où l’on enseignait les « humanités».
Miron croyait se souvenir que c’était dans Phèdre et dans le Banquet de Platon que ce penseur du quatrième siècle av. J.-C. faisait le premier la distinction entre l’Éros supérieur et l’Éros inférieur, entre le dieu qui conduit à l’amour divin et le dieu qui empêche la race humaine de s’éteindre. Il serait donc impossible de relier l’érotisme au dernier plutôt qu’au premier. L’érotisme serait donc d’abord et avant tout une émotion esthétique qui pourrait capoter dans la pornographie dans sa forme la plus vulgaire.
Nous avons applaudi à cette affirmation que le poète nous avait faite dans une tirade si particulière à Miron, causeur impénitent, doublé d’un homme d’une grande culture, se prenant au jeu de se laisser aller à ses intuitions profondes dans cette conversation à bâtons rompus. Sur sa lancée, il nous cita des œuvres qu’il pensait érotiques, dans les sens de l’amour entre un homme et une femme : Le Cantique des cantiques dans la Bible, le Kama Sutra des Indous, L’art d’aimer d’Ovide, le Satiricon de Pétrone, les Sonnets luxurieux de l’Arétin, quelques contes de Voltaire, etc. Il nous nomma quelques auteurs modernes et québécois surtout, dont malheureusement je n’ai pas retenu le nom par inculture ou par distraction ou peut-être parce que la soirée était trop avancée !
La conclusion générale, c’est que nous étions bien d’accord tous les trois que l’érotisme fût avant tout une satisfaction sensuelle, voire sexuelle, peu importait les sortes d’amours que ce soit celle de Casanova ou celle d’une moniale dans son couvent, car Miron et Perreault étaient convaincus que l’amour sans érotisme, même l’amour spirituel, entre autres, n’était pas possible. Miron croyait que même les grands saints avaient une idée érotique de Dieu sans s’abaisser à le compromettre en lui supposant un corps physique. En ce sens, le désir d’amour est infiniment érotique dans le but de satisfaire la plénitude charnelle et spirituelle de l’individu humain.
Perreault, tout en m’encourageant à me mettre au plus tôt au travail me dit qu’il fallait avoir du front tout le tour de la tête pour s’engager à fond dans une telle aventure littéraire. J’ai eu l’occasion de le rencontrer, une dernière fois, autour des années ’90, quelques années avant son départ définitif. Il jeta un coup d’oeil amusé à mon manuscrit et il fut étonné que j’aie persisté et surtout que j’aie réussi à rassembler autant de textes. Il en profita pour me suggérer quelques éditeurs possiblement intéressés. Malheureusement, je ne pus présenter à Miron mes efforts pour mettre au monde la présente anthologie et je le regrette.
Par ailleurs — je l’ai compris au fur et à mesure de mes recherches —, l’érotisme admet la satisfaction sensuelle dans toute son étendue et pour cette raison, je pense qu’il n’est pas malvenu de trouver dans des poèmes d’auteurs, de tendance nettement hétérosexuelle et même religieuse, un érotisme particulier et proprement masculin.
Le premier problème rencontré, ce fut le choix des auteurs. Il ne fallait pas viser un travail trop élaboré — d’autres (il faudrait une équipe de chercheurs ferrés en littérature ancienne et moderne) s’en chargeront, je l’espère — j’ai eu l’intention de faire léger, une anthologie qu’on peut lire avec plaisir. Pour cette raison, je n’ai pas la prétention d’avoir recueilli un nombre important d’auteurs, mais bien plutôt ceux qui m’ont semblé les plus significatifs et ceux surtout que j’ai pu découvrir au hasard de mes lectures. Il est bien entendu que ces auteurs, je le répète, n’ont pas tous une tendance homoérotique, certains sont connus pour avoir eu des amours hétérosexuelles ou religieuses, comme ce fut le cas pour saint Augustin et Julien de Norwich.
Dans la composition de cet ouvrage, l’autre problème rencontré concernait naturellement la place que je devais donner à la longueur des notes biographiques. Là encore, je me suis laissé aller à mon discernement personnel puisque, tout compte fait, certaines vies d’écrivains sont de vrais romans, d’autres sont peu intéressantes. Ensuite, comment classer ces auteurs? Par leur importance dans la littérature, par les lettres de l’alphabet on par l’année de leur mort? Finalement pour régler la question, j’ai opté pour l’ordre alphabétique des noms. Il sera plus facile au lecteur de faire la comparaison entre l’audace des anciens et celle des modernes. Je suis conscient qu’il y a parfois une disproportion entre les anciens et les auteurs plus récents, québécois, par exemple, non dans l’audace, mais dans la façon de concevoir le sentiment amoureux.
Je tiens à préciser que certains de ces auteurs, québécois entre autres, n’ont jamais été publiés et ça se comprend dans le contexte de l’édition actuelle. On publie encore peu de poésie et quand on le fait, il est certain que les poèmes sur l’amour masculin n’ont pas la cote. On imagine bien pourquoi. Pour le cas des Québécois non encore publiés, c’est celui du Micmac John-Allen Pateusham; de même pour Bénédict Fiset, le forgeron gaspésien, dont les poèmes m’ont été communiqués par ses neveux. Étant donné leur aimable autorisation d’utiliser leurs poèmes, ces auteurs ont une plus large place dans ce volume. Ce qui m’a permis de donner le sens que je désirais à cette anthologie brève.
Il est bien sûr que certains de ces textes, de ces poèmes, sont peu explicites, d’autres sont franchement descriptifs, gaillards, grivois, licencieux, paillards ou amusants. Certains autres même sont nettement pornographiques, mais ils respectaient les critères que je m’étais imposés: l’émotion, la poésie et les images sur cet amour qui n’ose pas dire son nom, mais qui, aujourd’hui, a tendance de plus en plus à s’exprimer.
On a toujours grand mal à comprendre les amours des autres et leur façon de pratiquer l’amour.
André Gide
Tous les goûts sont dans la nature; le meilleur est celui qu’on a.
Chevalier de Florian
Ce que je souhaite à mes ennemis? D’aimer les femmes ;
Ce que je souhaite à mes amis? D’aimer les garçons.
Properce
Une chèvre pour s’en servir, une fille pour le plaisir,
mais un garçon pour l’extase.
Proverbe bédouin
Tous les hommes sont homosexuels,
sauf ceux qui choisissent de ne pas l’être…
Norman Mailer
Préface de Jean Simoneau
POUR EN FINIR AVEC LA PÉDÉRASTIE !
La pédérastie (amourajoie) est non seulement une orientation sexuelle, mais c’est aussi la plus belle, la plus pure, la plus fougueuse des passions… un hymne à la beauté de l’être humain, une recherche de la jeunesse éternelle et de la tendresse infinie.
La pédérastie est, à mon sens, l’acte d’amour, de tendresse le plus achevé que la nature a créé puisque c’est une extase devant l’être aimé, un mélange maternel – par son côté absolu – et paternel – par la responsabilité qu’elle engendre.
Pour le pédéraste (amourajeux), son serin, c’est tout. C’est l’acceptation sans limites de l’autre, la fascination, l’échange : la communication intégrale.
Quoiqu’en disent ceux qui dénigrent cette relation, le pouvoir dans la pédérastie n’appartient pas seulement à l’adulte, mais à l’adolescent qui apprend vite à se servir de ses charmes : le corps, le regard, la senteur des cheveux, le sourire, l’intonation de la voix, de sa puissance de séduction pour diriger à son bénéfice la relation amoureuse de l’adulte afin que celui-ci soit prêt à tout lui donner autant sur le plan matériel qu’intellectuel. Dans une relation pédéraste (amourajeuse), l’enfant est roi.
La sexualité s’exprime d’ailleurs le plus souvent qu’autrement à travers le jeu puisque l’adulte essaie de vivre au même niveau que son petit amant, la découverte du corps, du plaisir et de la tendresse. Tout est axé sur la jouissance du jeune : il y a plus de plaisir à donner qu’à recevoir. Voilà d’ailleurs pourquoi cette relation ne peut pas être « en soi » traumatisante.
L’atmosphère de morale communautaire actuelle qui condamne toute sexualité qui ne correspond pas à ses normes l’est bien davantage. Elle engendre la honte, le rejet de la nudité en faveur d’un respect de soi qui n’est en réalité qu’une honte de son corps, la haine des autres, le racisme. Cette supériorité de la morale de la classe dominante et son intégrisme est fictive et dangereuse.
La vie ayant moins d’importance que cette pudeur maladive engendre une morale d’où découlent toutes les guerres et les purges religieuses comme l’Inquisition, les sorcières de Salem, etc.
Évidemment, les pervers à travers une morale sénile rejettent le corps; ils voient l’enveloppe charnelle comme vile, pour ne pas dire impure… comme le péché, l’obstacle à l’élévation spirituelle. Les machos hétéros et les féministes homophobes radicales (féminounes) prétendent eux que la pédérastie est un geste qui nuit à l’enfant alors qu’au contraire, ne serait-ce que sur le plan de s’accepter et d’avoir confiance en soi, l’enfant qui vit librement et bien cette relation en sort grandi. C’est non seulement la découverte fabuleuse du plaisir d’avoir un corps, mais aussi celle de la tendresse, des émotions, parfois même de la passion. Une expérience de communication absolue à travers les caresses et la joie d’être l’un avec l’autre. L’AMOUR, sans compter tous les bénéfices matériels comme l’argent, les voyages, les cadeaux, etc.
Très souvent, cette relation prend presque aussi la forme de la relation élève maître, puisque l’adulte essaie d’initier son amant à ses connaissances intellectuelles, à ses goûts culturels et cherche cet être aimé à lui procurer le bonheur et l’épanouissement de sa personnalité naissante. Comme autrefois, le pédéraste (amourajeux) sert de guide à l’apprenti. Elle lui permet de découvrir et exploiter ses talents. La pédérastie (amourajoie) n’est-elle pas le coeur même du chamanisme moderne?
Sur le plan strictement physique, qui peut prétendre que se faire sucer et caresser procure de la douleur?
Tous les pédérastes (amourajeux) ne sont pas sodomites ou psychopathes. Plusieurs pédérastes, bien au contraire, se révoltent contre le sort réservé aux enfants dans nos sociétés bien-pensantes (pauvreté, exploitation sexuelle à travers le tourisme sexuel ou commercial, commerce d’adoption ou trafic d’organes (le cas Dutroux), le travail abrutissant des enfants, la destruction des cerveaux par la drogue, brigade de la mort au Brésil, les jeunes schizophrènes dans la rue (les enfants de Duplessis modernes), etc.
L’enfant n’est pas un fou, tout comme il n’est pas un être asexué comme l’a si bien démontré Freud.
Il sait aimer et il sent bien que cet amour n’exige de lui que sa présence, sa fraîcheur puisque cet amour est un hommage incessant et sans borne à sa seule personne, à sa beauté. Et, il le sait. C’est aussi, et c’est là toute sa force, une osmose temporaire de l’âme de l’être aimé et de l’amant. L’amant digne de ce nom saura être attentif à l’aimé, à ses moindres désirs, à ses moindres problèmes, à ses moindres besoins.
L’aimé devient presque un dieu. Il permet ainsi à l’amant (qui vit cette expérience avec responsabilité) de découvrir la joie de contempler l’AMOUR dans son essence même pour ne pas dire la joie de contempler Dieu…. Un avant-goût du ciel. La pédérastie (amourajoie) est un partage, une initiation à la vie, aux rapports humains dans ce qu’ils ont de plus positif. L’acceptation intégrale de « soi » (corps et esprit) pour être en harmonie, c’est-à-dire en amour avec les autres.
Cependant, ces expériences sexuelles, génitales, sont généralement passagères chez le jeune. Elles lui permettent de mieux assumer son orientation sexuelle, sa réalité corporelle. Le jeune hétéro ne sera pas intéressé à ce genre de découverte, d’expérience. Il s’en éloignera de lui-même. Si personne ne s’en mêle, l’aventure que l’on prétend traumatisante sera très vite oubliée.
Qu’on le veuille ou non, le rejet de la pédérastie, c’est le rejet hypocrite de l’homosexualité… la peur que le jeune ne devienne homosexuel, comme s’il n’était pas génétiquement sexuellement orienté dès sa naissance.
Ce livre de Jean Ferguson nous rappelle que la pédérastie existe depuis les débuts de l’humanité, qu’elle a même été la forme d’amour dominante de la culture de la Grèce ancienne et qu’elle a joué, à travers les siècles, le rôle du chamane, de passage à la vie d’enfant à celui d’homme.
Les femmes ont toujours craint la pédérastie parce qu’elle sous-entend un partage de leur pouvoir et de leur relation privilégiée avec les enfants. Elles ont aussi toujours craint que cette initiation prédispose le jeune à préférer l’homosexualité à l’hétérosexualité. Pourtant, rien n’est plus faux. Des études scientifiques américaines ont clairement démontré que déjà à cinq ans (à moins d’expériences violentes et traumatisantes), l’orientation sexuelle de l’individu est irréversible.
La pédérastie est une expression parmi tant d’autres de l’amour et plusieurs ont d’ailleurs, comme moi, expérimenté plus d’une forme de manifestations sexuelles (hétérosexualité, homosexualité, bisexualité, etc.). La pédérastie est simplement une forme d’expression différente de l’homosexualité, selon l’attrait. En plus d’être gaie, elle est intergénérationnelle. Cependant, le pédéraste n’est généralement pas intéressé à des rapports avec ceux qui ont le même âge ou plus de 18-20 ans. Un jeune qui savoure une aventure avec un gars de son âge est simplement homosexuel. C’est pourquoi qu’en fixant l’âge de consentement à 14 ans au Québec, la pédérastie était noyée dans une acceptation plus large et n’avait plus lieu d’exister comme terme. C’est possible d’être attirés par des gens de tous les âges et de tous les sexes. Le jeune a souvent besoin d’un mâle plus âgé que lui dans son développement. Le pédéraste est alors un modèle en plus d’une relation amicale.
Malheureusement, la barbarie romaine l’a emporté au niveau des valeurs morales et depuis la pédérastie est décriée sous tous les toits, particulièrement par les machos qui s’imaginent que leur pouvoir de domination tient à la grosseur et la longueur de leur pénis comme chez les primates et les féministes radicales (les féminounes). Celles-ci souffrent d’homophobie quotidienne, viscérale et rêvent qu’un jour la terre n’appartiendra qu’aux femmes.
Ainsi, la pédérastie est-elle la cible de toutes les calomnies et d’une foule de mensonges quant à la façon de s’exercer et les résultats qu’elle engendre. Le sujet est tabou. Ne pouvant être officiellement décrié dans une société qui prétend respecter les droits de l’homme, le système s’est organisé pour que les vrais ou faux prédateurs sexuels subissent une raclée ou soient tués en prison (cela peut aussi se produire en leur rendant la vie si insupportable que le suicide soit la seule solution restante, un meurtre légal.). Ce que la police n’arrive pas à faire, elle le fait faire par la pègre à l’intérieur du silence des murs des prisons.
Cette chasse aux sorcières tient d’une première erreur, soit de confondre pédérastie et pédophilie.
Pourtant, il y a tout un monde entre les deux. La pédérastie est un amour purement homosexuel lesbien qui ne s’intéresse qu’aux préadolescents et aux adolescents alors que la pédophilie ne s’intéresse qu’aux enfants, surtout les petites filles, disons de 0 à 7 ans.
Le pédéraste est sidéré par la beauté physique et mentale de l’adolescent (ou préadolescent) alors que le pédophile agit parce qu’il n’arrive pas à établir une liaison avec les adultes qui lui permet de trouver amour et sécurité. Cependant dans les deux cas, la curiosité sexuelle semble la même… voir le corps de l’autre. Briser le mystère…
Dans le cas de la pédérastie, le jeune est bien conscient de ce qui se passe. Il a déjà sa propre morale, à savoir s’il aime cela ou pas. Si dans sa tête, c’est le bien ou le mal. Les pressions de la société contre l’amour du « trop jeune pour aimer » ressemblent plus à un lavage de cerveau qu’à l’exercice de sa liberté), s’il accepte ou pas. Dans le cas de la pédophilie, le ou la jeune est incapable, à cause de son âge, de sa vulnérabilité, de choisir. Il subit la situation sans pouvoir comprendre ou s’y opposer. C’est là toute une différence. Là, où les prétendus purs font preuve d’ignorance. Les pédérastes sont plutôt homosexuels et les pédophiles, hétérosexuels.
Si les jeunes jouent à la victime comme le veut la société quand ils sont pris dans un scandale sexuel, c’est qu’ils sont socialement incapables de supporter le jugement des autres et d’affirmer leurs propres valeurs. Pour la société, la pédérastie est une tare parce qu’on croit à tort qu’elle conduit le jeune à devenir homosexuel. Au contraire, le jeune hétéro prétendra plus tard dans sa vie qu’il a été abusé, brisé par cet abus, parce qu’il n’aura pas assez mûri dans la connaissance sexuelle de sa propre personne pour accepter la responsabilité de ses propres choix et encore moins, la force de se servir de ses erreurs pour mieux se connaître et se renforcer.
Dans la majorité des cas de jeunes qui prétendent avoir subi un traumatisme rejaillissant bizarrement à l’âge adulte, souvent à la suite d’une visite d’un psy, on note que le jeune, après une première expérience qui devrait le mettre en garde s’il n’y consent pas est retourné chez la personne par qui il prétend avoir été assailli. Si on ne consent pas pourquoi retourne-t-on librement chez l’assaillant?
Dans une foule de cas aussi, on retrouve cette culpabilisation chez des jeunes qui ont des difficultés avec leur consommation de drogue. Leur expérience sexuelle se confond à une certaine forme de prostitution.
Devenus adultes, ces jeunes refusent de reconnaître que malgré leur véritable orientation sexuelle, ils ont accepté des jeux homosexuels, ce qui les rend honteux d’eux-mêmes. Alors, plutôt que de faire porter à la drogue son effet négatif sur la sexualité (trop de drogue rend impuissant), ces jeunes prétendent que leur impuissance sexuelle tient à leurs expériences passées. Il est plus facile de blâmer les autres que d’avouer sa lâcheté à reconnaître ses propres défauts.
Leur véritable honte est orientée vers l’adulte qui leur a fourni l’occasion d’obtenir ce qu’il voulait- se prostituer – plutôt que contre eux-mêmes. Les véritables responsables n’ont pas su respecter leur nature profonde d’hétéros en échange de drogue ou d’un autre avantage. C’était pourtant bien leur droit et ça ne regardaient qu’eux.
De plus, la possibilité de dénoncer un acte jusqu’à 20 années derrière soi permet d’exercer un chantage contre ceux avec qui ils ont déjà eu une expérience. Devenir victime pour obtenir des compensationsfinancières? Chantage à retardement? Pourquoi dans les cas de proxénétisme (ce qui est pire puisque sur une base collective) la prescription est-elle de deux ans? Les lois sont-elles faites pour défendre la mafia et écraser ceux qui n’empruntent pas les réseaux commerciaux?
En rendant la pédérastie, un geste strictement individuel illégal, ne force-t-on pas le pédéraste à avoir recours au service de la mafia? La prostitution organisée. C’est comme avec la marijuana, en la rendant illégale, on permet à la mafia de s’enrichir.
D’ailleurs, dans toutes les études sur la pédérastie, on ne demande jamais l’opinion des candidats qui ont connu une telle expérience dans leur jeunesse et qui ont aimé cela, qui en sont sortis grandis. Il y en a probablement plus que ceux qui ont des reproches à faire à ces expériences. Le plaisir ne crie pas sa joie sur les toits !
Malheureusement, on oublie les propos de Freud, A.S. Neil, W. Reich et Fourrier. On préfère maintenir le mensonge. On préfère la violence à l’amour. Tous ces hommes de sciences et écrivains ont établi sans nul doute le lien direct et automatique entre la frustration sexuelle et la violence. Ceux qui nous conduisent à la guerre pour leur propre intérêt sont les mêmes qui imposent cette morale sexuelle collective alors que rien n’est plus privé que la sexualité.
Faire croire que la pédérastie est un crime contre l’humanité alors que ces mêmes agents de la pureté qui le proclament, pour l’argent, ont organisé guerres, génocides, viols, meurtres, c’est quand même un peu gros. La pédérastie ne doit pas être confondue avec l’exploitation commerciale que l’on en fait.
La pédérastie, c’est l’amour-passion individuel qui peut être positif ou négatif, mais qui ne pourra jamais être collectif (le pédéraste est jaloux comme une femme) puisque cet amour lie deux personnes. En quoi le pédéraste peut-il être aussi condamnable que la CIA, Staline ou Hitler? Les caresses n’ont jamais blessé, ni tué. Au contraire, la fellation est sûrement le sommet des plaisirs.
Pire, on ne fait aucune différence entre les gars et les filles. Alors que pour bien des filles, la découverte de la sexualité est peur, honte, danger, angoisse ; chez le garçon, cette découverte est un bienfait, la fierté de la révélation de sa virilité et des plaisirs qu’y rattachent : jouissance (même si le jeune n’éjacule pas encore) et tendresse. Chez la femme, à cause de la philosophie « Macho » de notre société, une société qui refuse de lui reconnaître son égalité (ne serait-ce que du point de vue que la femme est un être humain au même titre qu’un homme), la sexualité porte encore plus de tabous, de responsabilités parce qu’elle est celle qui engendre. Aussi, la femme prend plus de temps à découvrir la jouissance de son corps, ayant à combattre l’image « macho » de la femme (objet) que la société vénère.
La peur de la nudité révèle le peu de respect que bien des hommes et des femmes portent à leur corps. La libération de la femme ne saura se réaliser qu’avec la libération sexuelle de tous les individus. Elle n’existera que le jour où la femme cessera d’être le fruit « macho », d’être la tentation ou la vierge. C’est à l’homme de devoir contrôler ses pulsions sexuelles.
Cette conception de la liberté sexuelle absolue ne pourra émerger que si l’on reconnaît que chaque individu, quel que soit son sexe, l’âge est libre et responsable. L’amour est un besoin aussi essentiel que l’air que l’on respire. La libération de la femme ne se réalisera que le jour où l’on comprendra que le péché de la chair, ça n’existe pas, sinon pour contrôler les individus.
Toutes nos religions et sectes font croire que la chair est le mal. Pourtant, l’acte sexuel étant un geste d’amour, il ne peut être que beau et bien.
Le péché qu’on lie à la sexualité tient plutôt au manque de responsabilité vis-à-vis l’enfant qui peut naître et de la société qui devra s’en charger. Le péché de la chair est de ne pas assumer ses responsabilités dans les relations sexuelles : s’occuper de sa famille, ce qui exige dévouement et fidélité pour créer un lieu d’apprentissage propice aux enfants plutôt que du plaisir rattaché à la sexualité.
Ceux qui ont tracé les paramètres de notre morale sexuelle étaient souvent des malades mentaux puisqu’ils rejetaient la réalité corporelle et affichaient ainsi un attrait de la souffrance qui tient parfois de la démence. Ils ont su créer un dieu macho à leur image, leur projection, où la femme est la servante.
Mahomet affirmait que la femme est une partenaire égale de l’homme.
Tant que la sexualité ne sera pas perçue pour ce qu’elle est, un plaisir, l’expression de l’amour, un moyen de développement personnel, la femme ne saura personnifier rien d’autre que la tentation, la chute, le péché. C’est une obsession des machos qui a créé le péché pour se défendre contre leurs propres pulsions, même si ces frustrations conduisent à la violence.
À mon sens, si j’ai bien lu les Évangiles et le Coran, le seul péché vient de Lucifer qui a refusé la grandeur de la LIBERTÉ que Dieu a offerte à l’homme en cadeau. Le vrai péché n’est pas celui de la chair, mais l’orgueil de rejeter, de penser que la liberté est une erreur faite par Dieu, lors de sa création. Si nos religions venaient de Dieu, elles engendreraient l’amour et la paix. Au contraire, elles font connaître la ségrégation, la violence, l’argent et la domination — le pouvoir —, tous les attributs du veau d’or, donc, du diable plutôt que Dieu. Ne doit-on pas juger un arbre à ses fruits pour le reconnaître?
Si Dieu est AMOUR alors pourquoi l’amour charnel ne serait-il pas sous toutes ses formes une manifestation de Dieu? Le péché ne serait pas la chair, mais le mensonge et l’hypocrisie de faire croire que le plaisir de la chair est un péché. Admettre que la création est à l’image de Dieu exige que l’on accepte la liberté et les limites humaines ainsi que la responsabilité que cela implique. D’ailleurs, dans le Coran, Lucifer dans son pari avec Dieu affirme qu’il se servira du mensonge pour confondre l’homme… n’est-ce pas ce qu’il a le mieux réussi en créant le péché de la chair et en donnant assez d’orgueil à ceux qui le serviraient de prétendre parler au nom de Dieu? Le seul péché, s’il en est un, est le manque d’amour. Or, personne ne peut être plus en amour qu’un pédéraste et son mignon.
Toutes les religions sont des moyens bourgeois pour exploiter le peuple et le contrôler. Elles sont donc le contraire de ce que DIEU attend de l’homme. L’homme est incapable de vivre sans aimer et être aimé, la folie paranoïaque de notre morale bourgeoise essaie de nous empêcher de créer une conscience collective dans laquelle la violence, la haine, la division, voilà plutôt le vrai sens du mal. L’absence d’amour. La guerre pour assurer une bonne économie.
En ce sens, les féministes ont raison : l’individu est le seul responsable de son corps, de sa sexualité. Ni l’État, ni les Églises n’ont le droit de soumettre une morale individuelle aux normes d’une morale collective. La liberté doit être respectée, si les gestes sexuels sont consentis par ceux qui les donnent ou les reçoivent. Les phantasmes sont encore plus personnels.
La liberté sexuelle comme individu et la vie privée sont fondamentales dans une véritable Charte des droits et libertés qui ne sont pas détournés pour défendre l’exploitation des individus par les institutions ou un système judiciaire dans lequel la police se confond avec la pègre. De nos jours, la pègre a tellement infiltré le système judiciaire que l’on ne peut plus parler de justice, mais de règlements de compte sociaux. C’est pourquoi la Charte des droits et libertés ne défend plus les individus, comme elle le devrait, mais les organismes criminels. Il faut être riche, très riche pour obtenir justice.
Et, si l’amour et la vie sont nos dons les plus précieux, aucune forme de sexualité vécue dans l’amour et la responsabilité n’est mauvaise.
J’ai beaucoup de respect pour des êtres comme Marc Lachance qui ont sur rendre positif cet amour des garçons et qui s’est suicidé plutôt que d’y renoncer … un courage que je n’ai pas. Marc savait que l’on ne choisit pas et que l’on n’échappe pas à son orientation sexuelle – elle finit toujours par nous rattraper et il aimait les jeunes garçons. Il a donc décidé de vivre sa passion de manière positive. Marc Lachance fut d’abord un enseignant afin de faire profiter aux jeunes son amour pour eux. Puisqu’il aimait jongler, il essaya de communiquer ce talent à ses jeunes protégés dans une école privée de Montréal. Puis, fatigué de la pression pernicieuse et paranoïaque que les pédérastes doivent vivre au Québec, il décida de ses rendre enseigner en Éthiopie. Sur place, il enseigna et créa un premier cirque bien particulier : il réunissait des jeunes de la rue et leur offrait éducation, gîte, nourriture, en échange de leur prestation dans le spectacle.
Cet amour du cirque se propagea tellement que cela devint une véritable institution nationale. Marc Lachance était considéré à l’ambassade du Canada comme le plus grand ambassadeur du Canada en Éthiopie. Évidemment, il avait ses amants. Victime de chantage par lettres anonymes, Marc, pour protéger la réputation du cirque, s’exila en Amérique du Sud. Puisque ce chantage se poursuivait, Marc décida de se pendre, laissant sur Internet un message dans lequel il disait que son suicide devait être interprété comme un meurtre.
Évidemment, à Radio-Canada, on essaya de faire croire que Marc était relié au tourisme sexuel international. Je n’en crois pas un mot et je sais que la police peut souvent fausser la vérité pou avoir la tête de celui qu’on accuse. Mais, je trouve étrange que dans cette même période de chasse aux pédérastes, qu’on appelle pédophiles pour ne pas perdre la sympathie des auditeurs. Y aurait-il maintenant une escouade de la pureté pour éliminer tous les pédérastes? Des espèces de malades qui ont décidé de purifier la terre?
Jean Simoneau
(Ce texte est assez vieux. Il y a même des points de vue pour lesquels je serais aujourd’hui plus ou moins d’accord. Mon point de vue est celui de me non expérience de vie et de lectures.)
Petite anthologie des textes érotiques masculins.
Petite anthologie des textes
érotiques masculins
par
Jean Ferguson
Les éditions du temps
Illustration et conception de la page couverture : Jean Simoneau
Tous droits réservés :
© Copyright : Les Éditions du Temps
1211, rue Sherbrooke
Magog (Québec)
J1X 2T2
Courrier électronique de l’éditeur :jeansimoneau@cgocable.ca
Site internet de l’éditeur :jeansimoneau.blog
Distributeur officiel :Les Éditions du Temps
Dépôt légal
Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 4e trimestre 2014
Bibliothèque et Archives Canada, 4e trimestre 2014
Conclusion.
Conclusion
Dans la cage de mon pays
je me fonds aux barreaux
moineau pris au piège.
Voyageur solitaire
vers sa liberté.
Je suis
cheval qui court au devant
des censures qui décomposent
la vérité des sourires.
Une armure contre le bec
des corbeaux prédateurs.
Quand l’amour se marie avec la liberté!
Ça va faire !
Ça va faire!
Ça fera tabarnak
de devoir se taire
ou se gargariser de mots vides.
Afin de se baigner dans la lumière des saints
un vrai petit sprint sur les auréoles
de la vertu vers la sécheresse
de l’imaginaire aseptisé.
L’indécence a ses beautés
quand on saute la clôture.
J’ai besoin de désobéir
pour sentir que je vis encore
que je suis un petit bum
de la révolution
qui a appris à dire fuck you
à faire le doigt à la chasteté.
On est toujours meilleurs
quand on se sert de l’anglais.
English is the way to get money
to be an « as-usual ».
Il fait toujours plus clair en nous
quand on sort du placard
afin d’être soi-même la liberté.
Un idéal que même les anges
ne peuvent pas se payer.
Ils ont des ailes et tournent en rond
car la décence les oblige à flotter sur place.
Je préfère me noyer dans mon vin
vivre une vie de marginal
avec ses rires et délires
perpétuelle bipolarité
entre mon nombril et les bruits de ma rue.
Mieux vaut être Alzheimer
que de voir et sentir son peuple
se dissoudre dans l’Amérique English
une fin culturelle tragique
une noyade à petit feu
ou une castration identitaire?
La censure est une forme d’oubli
pour me forcer à taire
les incursions dans ma vie
dans les confessionnaux
ces toilettes crasseuses
devenues publiques
à travers les informations nationales.
Un chemin tordu
entre le ferme ta gueule ou dénonce
à grands coups de poing
dans la gueule
de la vie privée des autres.
Dénoncer
petit coup d’œil en bas de la ceinture
question de ne plus se sentir victime
de l’indifférence qui nous dévore
quand on n’a pas le courage d’assumer
que pour certains le plaisir est un péché.
Je mange mon orange
je suis vert
vers l’au-delà facultatif
de l’obéissance ou de la révolte
du ciel ou de l’enfer
du regard des autres
tout en ayant peur de l’indifférence
d’être méconnu
de ne pas laisser ma trace.
Maudite indifférence!
Cercueil des mal-aimés
mort de la démocratie.
J’aime ma pelure, ma liberté
mon cocon… je respire le droit
d’être différent, choquant même
car j’ose m’apprécier comme je suis
plus diable que religieux
plus juvénile que passé date.
Je deviens bleu
quand on me crie
speak white. Je rêve d’une étendue
où ce white sera maître chez lui.
J’attends le jugement dernier
l’arche d’alliance, la grande délivrance
pour être à mon tour dans le discours
des belles âmes qui font avancer le débat.
Je moutonne en comptant les étoiles
entre le firmament et l’au-delà
un miroir en dedans de moi-même
véritable océan de souvenirs
des figures de l’amour, celles de mes morts.
Ma liberté est le poumon de mon infini.
Ma liberté est ma Voie lactée.
Ma liberté est un chant de merci à la vie.
Ma liberté est aussi ma prison.
L’itinérant.
Tous les textes ont été écrits dans les années 70et 80, sauf les trois derniers qui sont récents.
L’itinérant
Je suis l’itinérant
de première classe
privé de travail, privé d’argent
du droit de parole
parfois même de trottoir.
Celui qu’on tchèque
qu’on étouffe
qu’on écrase
dans sa solitude.
Notre système gangrené, cancer moderne,
mangeur d’âmes fragiles,
m’apporte sur un plateau
mon seul droit : « Celui de pleurer,
si je braille sur mon passé. »
Aujourd’hui, il faut se taire, se terrer
même pour roucouler en cachette
devant des petits films pornos
regarder sans jamais les vivre.
La vie danse dans l’iPod de mon silence.
Les feux d’artifice de ma boisson
éclatent dans ma mémoire qui s’endort.
Dieu money
n’accepte pas les changements
de couches sociales
sans savoir avant
quelle sorte de compost
fera cette nouvelle merde.
Je respire l’air libre
j’aspire devenir étoile
après avoir été comète.
Le vent tornadine
siphonne mes ambitions
créant le vide parfait
de mon impuissance
Nouvel esclavage d’enfants.
Selon une émission que je viens de voir, le Calife, maître musulman au Sénégal, serait très riche, grâce à l’esclavage des enfants des écoles coraniques. Ces derniers devraient quêter pour survivre et le fruit de ces quêtes quotidiennes serait versé à l’institution religieuse. Des millions avec le temps. De l’esclavage moderne. Le président peut bien dire que l’homosexualité ne peut pas être légalisée à cause de la culture. La religion mène tout le monde par le bout du nez dans cet espace terrien.
Les danses du salut
Ce titre est celui de la deuxième partie de mon livre La liberté en péril. Aussi incroyable que ça paraisse, cette partie ajoutée aux poèmes politiques de la première partie intitulée Les foudres de la conscience a été reprise pour créer divers livres publiés, mais comprenant toujours les mêmes textes à quelques-uns près.
Une seule dérogation : quand j’ai côtoyé les musulmans pour me rapprocher du plus vieux des deux garçons que j’ai d’une certaine façon adoptés. Shuhed était parti de chez-moi parce que son père trouvait inutile que je l’envoie à l’école. Quant à moi, je croyais qu’il le reprenait parce qu’il voulait profiter de son salaire. Une petite dispute qui a quand même marqué la fin de notre rapprochement. La venue d’un de ses oncles supposément très riche a consolidé le départ de Shuhed puisque l’oncle en question, après m’avoir consulté pour acheter un restaurant, a choisi l’Ontario.
Le seul temps où je pouvais voir Shuhed était quand il venait à la mosquée à Montréal. Ce fut ma période musulmane. J’ai beaucoup lu pour comprendre cette religion.
À mon testament.
À mon testament
J’accroche à coups de bec
la liberté aux portes des églises
je cimente à leur portique
une pouffée de rires et de boutades.
Avec mes dents usées
je sculpte en toi mon devenir
je sème dans tes yeux
des forêts d’encens stone
des chantiers de lilas.
Je bois à ta bouche
des coupes de vie
des vertiges de neige.
Sur ton ventre
valsent les fleurs avec le vent
virevolte le temps d’un pas à l’infini
dans un tango de joie universelle.
Dans des mers célestes
je nage nu
je fugue au-delà de la mort
je plante une jacinthe
en plein cœur de mon parc
un si beau ventre.
Les caresses étangs de mes mains nagent
sur les ventres bleu d’amour
les nuages se métamorphosent château de glace
nos rires s’étirent jusque dans l’éternité
à grandes glissades d’euphorie
partagée, illimitée de ballades musicales.
Dans mon testament j’inscris :
« Le temps est proche
où nous serons enfin des hommes libres,
des Amourajeux. »
Le printemps.
Le printemps
À toi, qui a tant peur des bourrasques et des chemins fermés, j’annonce un dégel : la rivière nous attend entre des forêts champignons. Nous serons seuls à nous aimer en toute beauté sans briser nos rêveries. Je vois des géants de laine en grimaces devant des pipes usines, des lapins schizophrènes qui gazellent dans les ronces en tourniquet d’abeilles.
J’entends des lutins rire des sauterelles ruches de miel, des ours en peluche chantonner des grivoiseries, des brebis chasser le loup avec des baisers.
Je voudrais t’étreindre dans mes bras, en te chantant une berceuse, pour t’assurer que le temps des tornades n’a pas franchi nos barrages. Des pivoines informes éclatent dans des herbes violettes. Et, couchée près des arbres, la joie aromatise nos visions. Nous fermons les yeux afin d’ouïr l’étendue de nos instants se dire des clins d’oeil.
TUAN
Tuan
À l’aube de ton œil
juste sous la paupière
je dansais au vertige
d’un temps tué de désir.
Tu étais là
toi que ma voix a rejoint
à l’autre bout du monde
à travers les obus, triste à mourir,
un cri de désespoir et de révolte
un cri de pas éclatés
qui t’a fait marcher jusqu’à moi.
Le creux de tes mains portait
nos vies, nos espoirs, nos hantises
ces mains si petites, si frêles,
sous le poids de vivre
tu nageais sur la mort
oublié sur une plage entre les cadavres
et l’écho de ton nom crié sans te connaître
t’a fait naître ici dans le plaisir.
Et nous avons bien ri d’avoir déjoué
enfin, malgré nous, un destin
qui se prenait pour un autre.
Que ferons-nous maintenant
de ta jeunesse, réunis dans la vie?
À pas feutrés sans l’ombre d’un doute
nous plongerons nos doigts dans la vie
nous jouerons sur la plage au soleil
nous rirons à la folie et boirons l’ivresse
de nos corps retrouvés dans un autre temps.
Dans un autre pays, sous une autre main
une caresse tendre
sans frontières à nos rires
sans murs entre nous
nous installerons dans la vie
la semence d’un âge d’or.
Drowning.
Drowning ou assimilation
I was looking at the sea
The brain in my heart was crackling
Over the waves, ô water and salt
Like my childhood days… Sky beauty
Over my skin… Humanity is born
With you… little man…
In such a pretty instant
I will never forget.
When I die in your eyes
Peaceful and blue
Ready for love.
Ce poème de Jean Simoneau a été envoyé à Ray Johnson, fondateur du New York Correspondent School of Art, avec l’illustration du peintre La Toan Vinh, de Montréal, en 1993.
Bel inconnu
Bel inconnu
Ton sourire m’a envoûté
malgré les distances, les paysages
je trouve en toi les couleurs de la vie.
L’hiver nous enivre
sans soleil de Floride
la neige nous enveloppe
nous grise de se revoir.
De boire à ta jeunesse de gamin
exalté
de ta puissance naissante
je renais à l’enfance
je partage ta grisaille.
Le jugement des autres.
L’enfer : Le jugement des autres
L’enfer de l’incertitude
d’une vie démolie
d’un suicide anticipé
d’une carrière écrasée
lot de vie de tout pédéraste.
Amant de vérité
Censuré!
Généreux jusqu’à la mort
abusé!
assoiffé d’amour
pourchassé!
Pourfendeur d’hypocrisie
écrasé!
Condamné avant de naître
au mépris suprême
injustifié.
L’amourajoie
aliment recherché
cause de vengeance à tout prix.
Festin pour âmes mesquines!
Mon beau.
Mon beau
Je veux mourir pour toi
mourir d’amour et de volupté
mourir condamné de t’avoir caressé
d’avoir déchiré le voile de la haine
pour entrevoir le ciel toujours bleu
toujours chaud des caresses du soleil
hypnose permanente de beauté
de soif de ton corps.
Ange, je serai enfin en toi
la mort est une porte d’entrée
un accès interdit aux hypocrites
une bouche chaude qui t’aspire
dans l’infini qui se révèle
indifférent à la haine des hommes
drogués de pouvoir et d’argent.
Je mourrai
fier de t’avoir fait connaître
la jouissance et la liberté.
L’amour stone
L’amour stone
Quand oscille le chronomètre de ta pupille
aux volcans internes de mon cœur
mon corps albâtre à son rocher
titube aux vagues souffles de ta gorge.
Mes mains palmées de pervenches s’épongent
à la forêt fléchie au vent des marais
au crescendo de nos éjaculations.
Atmosphère osmomètre
du vertige de la vie.
Solitude
Solitude
Dans ma solitude, je chercherai pour toi
la route qui conduira au-delà des soupirs
dans tes larmes, je construirai une ville
spéciale où les adultes n’entreront pas
j’ai horreur des longues journées à l’école
quand la neige nous invite à nous réchauffer
le cœur dans un traîneau, j’ai peine à dire
s’il est plus agréable de jouer au hockey
ou nager ensemble vers un ballon
mais je sais déjà que le monde est ignoble
au point de tuer le jeu de mes doigts fous
sur ton corps : symphonie de rires et de baisers.
Prière d’adoration.
Prière d’adoration
Rien n’est plus beau
qu’un petit cul nu, bandé
sinon le sourire de Dieu
qui l’observe ainsi magnifique.
Rien ne vaut la jouissance
allumée dans ses yeux
par ma langue sur son corps
par mes lèvres sur son gland
par mes doigts sur sa peau
sinon Dieu qui se réjouit
de m’entendre le remercier
de m’avoir offert l’extase
d’avoir créé tant de vie et de beauté.
J’aimerais mourir d’aimer
ce Dieu qui se mire en toi
que j’adore dans notre jouissance
à travers l’illumination de nos sens éclatés
la passerelle de notre matière
avec l’amour de vivre sans délai
de toi, de toi, beauté infinie.
Dieu est beau
Dieu est extase
Dieu est sourire
Dieu est amour
Tu es le chemin qui m’y conduit
pourquoi son accès par ton corps
sa lumière à travers ton regard
sa vie au rythme de notre jouissance
nous seraient-ils interdits?
Si Dieu est amour
t’aimer comme je t’aime
est la plus belle des prière.
Jordan.
Jordan
Petit Cri
adorable enfant
mi-Chine, mi-Amérique
je t’offre mes larmes
pour te baigner nu
dans mes yeux éblouis.
Parké dans ta réserve
tu étouffes sous la morale
toute sénile, toute blanche
monde qui nie l’essence même
le but ultime de la vie :
Jouir.
Petit Cri
pour ta beauté
je te rends ta liberté.
Douce schizophrénie.
Douce schizophrénie
Un pénis qui se lève
en frôlant une pensée
corps étranger qui vous pénètre
avide de s’enfoncer dans votre cul
que vous offrez aux anges
convoitant se faire sucer et s’éteindre
pendant
souriant
jouissant.
La folie, effroyable sensation de l’herbe
qui s’agite dans nos têtes prairies
sous une immense rangée de billots
quand un ver de terre
se faufile dans la moiteur des pensées
provoquant des avalanches de chair.
J’aime la folie quand elle se révolte
votre main
une dague qui frappe
le premier passant
de votre mémoire.
Le sang coule
roule sur le plancher de vos rêves
vous êtes effrayés
vous courez
sans tête
ni direction.
Une tempête
de sang coagulé se lève
le sang vous fascine
vous irrigue la gorge
à travers les mots disparus.
Chaud.
Vous êtes enfin vengé
fini le temps d’être ridicules
de vous sentir bouffons
d’éclater sous l’envie folle de rire
vous êtes fous.
Enfin!
La folie, c’est rire à gorge déployée
la vengeance
d’avoir été le premier claustrophobe
de la liberté.
Dans un engin céleste
vous avez cherché à vous désennuyer
et, sans le savoir, vous avez tué le temps.
La folie.
La folie
La folie est un acte physique
l’acte suprême du cerveau
un sentier dans la brume chaude
un pas vers un effroyable néant.
La folie, nuage de frustrations
pénètre dans le crâne qu’elle disloque
s’insère entre les os.
La folie, pluie électrique de haute tension
lance-flammes dans la colonne vertébrale
toile d’araignée sous la mer
mariage fluide des yeux et de l’enfer
sifflement tendu d’un même son.
La folie est chatouille électrique
provoque sans raison, sans douleur
la hantise d’être possédé.
La folie
une simple envie, mais ferme
de dégueuler contre la vie
de l’écraser contre un mur
de la voler
de la violer.
J’envie la folie
son cheminement vers un océan d’émotions
le sang dans nos veines qui tourne
en colère sans borne contre des moulins à vent
à défoncer.
La folie nous nourrit
de peurs et de violence
elle émerge en chacun
quand on s’y attend le moins.
Et là, vous êtes cuits!
jean Simoneau,écrivain
Je viens de redécouvrir cette page web que j’ai essayé de créer il y a plusieurs année.
Jean Simoneau, écrivain.
Je suis écrivain. Cependant, je ne veux pas utiliser cet espace pour faire connaître mes écrits, car j’ai déjà une adresse personnelle d’un carnet sous mon nom et deux autres carnets, soit à radioactif et nipox. Mon carnet s’adresse seulement aux adultes. J’aimerais, dans cet espace, parler davantage d’expériences bizarres ou spirituelles. Essayez de comprendre plus profondément le sens de la vie au-delà des expériences quotidiennes. J’ai toujours voulu répondre au pourquoi et comment ? Je suis un ancien Peace and love, donc, très ouvert d’esprit.
Même si je crois dans aucune religion, je crois encore en un Dieu qui n’est pas la puissance de l’argent et un système de bandit.
Je crois que toutes les formes d’amour sont acceptables. Le jour où la société pourchassera, condamnera la violence autant qu’elle le fait pour la liberté sexuelle sans violence, il faudra imaginer un autre monde. Il faut le faire vite avant qu’il ne soit trop tard. En fait, je vais faire mon petit curé…
J’espère que cette fois le partage des connaissances et d’une discussion en profondeur n’aboutira pas à la censure. Je cherche comme tous à comprendre le sens de la vie et je constate que les religions nous empêchent plus souvent qu’autrement d’exprimer ce que l’on a personnellement vécu. Je suis un optimiste dans l’âme et je crois que notre raison d’exister est double: être heureux, en apprenant à apprécier ce que la vie nous offre.
Encore un verre.
Encore un verre!
Trinquons, ô Satan!
Trinquons!
Une goutte d’humanité
pour se gorger des plaisirs
de la charité.
Un tonneau d’égoïsme
avec un mélange de douleur
pour se fortifier.
Deux immenses verres
de nature et de cieux
pour s’envoûter.
Et une larme
une toute petite larme
de réalité
pour dégueuler.
Le cadavre
Il s’était étendu
sur le foin dans une étable
le beau Pierrot
complètement nu, à moitié ivre.
Il avait près de lui une demi-douzaine
de bonnes bières et deux verres de vodka.
Il avait pendu sur le mur
un portrait de nu
ouvert une fenêtre
pour sentir dans ses poils
courir les courants d’air.
Et, dans sa bière, la dernière
dansaient trois onces d’aspic.
Il est mort, le beau Pierrot
un verre de bière à la main
une femme nue dans l’oeil
et la queue dans l’autre main.
Il est mort comme convenu
profitant des seuls plaisirs de la vie
n’ayant pas connu ceux de l’esprit.
Et sur un bout de papier
laissé près de son cadavre
le furibond avait écrit
juste avant de mourir :
« Je quitte le monde
comme je l’ai connu
je trouve la mort
en riant très fort
du sublime rigodon
qu’est la vie… »
Extrait d’Hymne à l’amour, le vice et la révolte
Le bohême.
Le bohème
(Version française de No where man des Beatles)
C’était un homme bohème
sans famille, sans pays
qui parcourait sans relâche
l’univers.
Par amour de la liberté
il n’apprit aucun métier
faisant mille petits travaux
par le monde.
Citoyens de la terre
ton pays est ta planète
et tous les hommes
sont ta famille.
Il fuyait toujours les guerres
pour se préserver de la haine
et conserver pour toujours son amour.
Hommes libres de la terre
pourquoi gémissez-vous
serait-ce que les hommes
sont trop méchants?
J’ai composé cette version française de « No where man » des Beatles pour l’orchestre de mes jeunes frères, les Pyramides ou les Stellaires. Ils en ont fait un disque. C’est une des rares fois où j’ai composé les paroles d’une chanson. Je n’ai malheureusement pas ce talent. La chanson était chantée par Serge, alors que Maurice jouait de la batterie. D’ailleurs, mon frère a composé l’autre chanson sur le 45 tours qui s’intitulait « Trop jeune ». Une première peine d’amour vers 16 ans. Quelle belle époque!
Suicide.
Suicide
J’ai mal
gangrène dans ma tête
cancer à la bouche
tout ça parce que je dis non
non à la raison pure
cette aspirine
des émotions.
Non à la machine
oui à la musique.
Je veux vivre hors de l’herbe des cimetières
où crèvent des lapins dans leur cage
des oiseaux affamés dans le désert
en dehors des sentiers de lumière et d’espoir.
Je veux vivre
contre les lois contre-nature
imposées.
Je veux vivre
au fond des enfers.
Je veux vivre
le feu de ma maison en flammes
le vent dans la neige la tempête
connaître la misère pour mieux la combattre
je veux vivre
la folie au pluriel
dans toutes les tonalités.
Je veux vivre tout
vivre tout pour connaître tout
vivre
ce double de moi qui me hante
jusqu’au bout de mes nerfs
je veux le vivre pleinement
pour mieux le tuer
tuer toute violence en moi!
Passion
Passion
Quand ton corps sous mes yeux
chante la gamme des sourires.
Tout ce que je hais du monde
je le bannis avec tes lèvres.
Ta chevelure ranime le vent
ta voix chante le printemps.
Avec toi.
Au-delà du bien tout est noir
au-delà de la folie tout est musique.
Pour être occidental
il faut vivre mort
pour oublier la vie
et oublier de mourir.
Quand le temps viendra.
Quand le temps viendra
Je marcherai sur ma mort d’un pas ferme
j’écouterai chanter en moi
les cris des humiliations
noyées à la taverne
dans un goût de vengeance
j’hais mon impuissance!
Je danserai sur mon passé
je sentirai me monter dans les jambes
une gigue d’enfer.
Je n’oublierai jamais
le viol de mon enfance
le péché et le tabou
ce vouloir être ange
bonne bête
muette et docile.
Je marcherai sur ma mort d’un pas ferme
sur la boule de cristal
qui a perdu silence.
Le murmure d’un fleuve et d’un pays m’habite
terre d’Amérique
qui a flanqué la liberté aux fers
reprend ta dignité.
Amérique tête carrée
haricot moisi
dans le verglas de sa puissance.
Tu as perdu dans tes piasses
le goût du sapin et de l’épinette
je ne sais plus très bien quel vin m’anime
neige, vent, arc-en-ciel?
Je connais seulement la naïveté
de mes premiers grognements
de loup affamé d’amour.
Je reconnais seul
le jeu de mes actes d’achats
le paradis enfoui sous la jupe
de mes premiers espoirs
qui sentent la dope à plein nez
assis dos à l’arbre de la sagesse.
Je sais porter le goût
de mes grandes folies
la soif indicible de tuer
les classes sociales inégalitaires
l’immortalité de la haute finance
le vedettariat grassement payé.
J’ai dans le ventre
un couteau
à la bouche
un fusil
au coeur
une plaie.
Je fracturerai les hontes
les envies d’oublier
de fuir
me fuir.
Je paierai comptant mes folies
au bout de mes hivers
pour retrouver à travers mon chemin
l’enfant que je cherchais
à travers toi en nous.
Je vivrai
sans ce cri de mon impuissance
enfer de feu et de poudre
peur, viol, intrusions
conscient
de ma valeur morale.
Conscient
de ma valeur morale
je marcherai sur ma mort
pour reconnaître mon pays
toi, mon petit sourire.
Acte de foi.
Acte de foi
Je vous parlerais bien de ceux que j’aime
de cette rencontre fortuite entre la vie et la mort
mais je ne saurais vous instruire, je n’ai pas de mots
ni même pour vous intéresser, je suis d’un autre monde
où l’amour peut se muter en plaisir.
Votre langage est d’argent
de domination
de répression
de travail
de gros chars
de gros tétons
moi ma parole se casse aux cordes vocales
se tourne sur elle-même et se tait
je n’ai pas besoin de croix sur le bord des routes
pour m’indiquer le chemin de la conscience
j’ai des crucifix aux nervures de ma peau
un bûcher dans ma tête
sur lequel un peuple se meurt
quelque part entre la vision et l’audition
un peuple de qui je connais chaque attente.
Je n’ai pas besoin de télé
pour me dire qu’à l’autre bout du monde
quelque part des bombes grugent les cerveaux
j’ai mes antennes : des cheveux nids d’oiseaux
mes doigts pour forer l’avenir
j’ai mes yeux qui auscultent les lèvres
je n’ai pas besoin de politique pour m’endormir
besoin de rien sinon dire à mes petits élus
je vous aime!
Mes chéris
votre amour
seule raison
la seule et unique
qui mérite de vivre autant que de mourir
pour l’avoir vécu et payé pour le vivre.
À tous les ti-culs du monde.
À tous les ti-culs du monde
Tu m’es apparue, liberté, et j’ai voulu te saisir
il est des SOS qu’on lance à la face de la nuit
des volutes de braises pour y voir jaillir les flammes du désir.
Rien n’est plus difficile que d’inventer les mots qu’il faille pour décrire ce que nos mains tentent de créer, d’exprimer; ces mains anathèmes, bandits; ces mains proclamations, touche de vie; ces mains résurrection, sensation de soleil.
Infiltrées dans la peau; ces mains besoin de rire; ces mains cicatrices; ces mains sculpteurs d’instincts; ces mains quand elles s’acharnent à l’antre de tes cuisses ruisselantes d’hommages.
Il est un langage du geste, un langage spontané que ne saurait traduire la forme des voyelles, un langage hélas prison, plaisir castré, pourtant module de vie.
La guillotine s’abat sur mes poignets et le sang coule vers toi
telle une éternelle obsession à refuser de mourir.
Tu es le soleil dans ma main.
Laisse-moi te porter à ma bouche.
La liberté ou la mort.
L’infâme interdit
Aimez-vous les uns les autres
premier précepte de Jésus de Nazareth
aimez même vos ennemis
comme Dieu vous aime
mais ne vous touchez pas
point de désirs charnels.
Ne vous embrasez pas l’un pour l’autre
aimez-vous comme des esprits
sans vous le dire en caresses.
Vous touchez? Vous n’y pensez pas!
Le crime, la honte, la malédiction
divine dans les délires religieux.
Lois d’hypocrites! Contre nature!
Lois de fanatiques qui rejettent le corps!
Déni du plaisir, déni du corps et de sa beauté!
Interdit parano schizophrénique des sens
morale ressuscitée des ordures de la peur.
La liberté ou la mort
Comment puis-je te dire « je t’aime » si je ne peux exprimer ma fascination pour toi?
Comment puis-je te dire liberté si je dois ramper devant le code pénal?
Comment puis-je te crier la beauté que je chante à travers toi, mon pays, mon petit?
Cette beauté que j’ai besoin de toucher et qu’on me ravit au nom de je ne sais quel Dieu, quel mensonge!
À cause de vous
curés
à cause de vous
politiciens verrats
à cause de vous
féminounes homophobes
à cause de vous
prostitués de la morale.
Rejeté partout
je suis privé de folie
je dois parler langue étrangère
la violence s’infiltre dans mes chansons.
À cause de vous
chaque jour, je suis assassiné.
Mais contre vous.
J’ai les doigts qui résistent à la vengeance
cramponnés dans votre fosse de béton
ils me parlent de Riel et du Québec.
J’ai les doigts saignés
de vos coups de fouet
je suis sur mon lit d’agonie
dans mon sépulcre
sculptés à même vos buildings.
Je suis muré. Claustrophobe. Asphyxié
par vos choix unidimensionnels.
Le monstre que vous vouliez créer
pour vous servir
m’apparaît pour être tué.
Entre l’enfance et l’adolescence
mon corps se mute
se démute perpétuellement
au rythme des tempêtes que j’assume.
J’ai le vouloir de vos corps, de vos corps coquilles, de vos corps paysages, de vos corps fleurs, de vos corps poissons, de vos corps oiseaux, de vos corps océans, de vos corps vie que la mort n’a pas encore flétrie, de ces corps qui permettent de passer de l’agonie à vie.
J’ai besoin de vous pour vous dire :
Il est encore des vies qui méritent d’êtres vécues
fascinations des corps comme les vôtres
admiration, désir de chair et d’esprit
amour divin, soif d’infini.
Je vous aime avec mon sang
je vous aime à en mourir.
Mon pays réel.
Mon pays réel
Mon pays n’a pas de nom
je suis de race amourajeuse
je contemple la vie
rivé à l’extase sourire
des premières éjaculations.
Mon pays n’a pas de nom
je suis de cette race
qui boit l’amour et le bonheur
au bout de petits organes
qui apprennent en soubresauts
les gammes de la jouissance.
Mon pays n’a pas de nom
je suis de ceux prêts à mourir
pour un regard
pour un toucher
pour juste un peu d’amour.
Mon pays n’a pas de nom
je suis de Socrate et de Platon
et, c’est pour ça
que l’on m’exclut
que l’on me chasse
que l’on m’accable
qu’on me condamne.
Amour antithèse de la guerre et de la drogue
amour antithèse de l’inégalité, du jugement
amour, fascination de l’autre
amour, compassion anti misère.
Je n’aurai jamais de pays
autre que le corps
que je découvre
avec ma langue.
L’appel de la nature.
L’appel de la nature
À l’ombre de ta jeunesse
en transe et devenir
tes lèvres paysages
d’ailleurs et hors nos murs
m’incitent à voyager
sur le fil tendu
de nos amours interdits.
Renaissance
Renaissance
L’oeil de la nuit
sur ton corps
tel un diamant
d’une Amérique abandonnée
à l’hiver de ma bouche.
L’oeil de la nuit
danses et arabesques
aux nervures de ta peau
aux replis de tes lèvres
port pour ma salive agitée.
L’oeil de la nuit
surgit derrière la paupière
du temps de la honte.
Québec, mon pays
ma passion étouffée
sous la nuit
de la terreur des mots.
N’entends-tu pas les cris
conjugués
des Patriotes de 1837-20?? ?
Ne ressens-tu pas
les credo semés jadis
éclater dans nos artères
de nouveau?
Ne ressens-tu pas ce besoin
d’étouffer ta honte
de laisser exploser
cette rage de liberté?
N’entends-tu pas
ces gestes
d’espoir et de fierté
battre nos tempes?
J’entends au bout de mon poing
un cri noir de vengeance
un rapport à l’ordre, notre ordre
que la peur avait travesti en sagesse
avait brisé, déchiqueté.
L’ordre de nos routes
vers des fermes vertes
des usines autogérées
un pays enfant
qui nous appartient.
L’ordre de nos cœurs
de nos sacres, de nos efforts
l’ordre de nos coups de hache
dans les maisons de finance.
Oh oui! J’entends ce cri
sourdre en moi à travers toi
cet appel d’autonomie, de fête
cette rengaine immortelle.
Oh oui! J’entends ce cri.
Québec, mon bel enfant
je ne te laisserai jamais
pour mort né…
j’en appelle à la réincarnation.
Nous sommes passés
de la mort à la vie
ton souffle dans mon cou
tempête de neige
vague de haute marée
pousse nos cheveux
ces lierres d’alpinistes
jusqu’au sommet de la liberté.
Le sens de ma vie.
Le sens de ma vie
J’ai pris mes rêves
pour une mission.
J’ai grimpé sur l’illusion
d’avoir le verbe et le pouvoir
du prophète d’un petit peuple
devenu grand, grand, grand
l’Everest de l’Amérique
l’adulte libéré de ses peurs.
Petit messie à la gogo!
J’ai récolté désillusions
je ne sais plus ce qu’est ma vie
je nage dans le vide.
L’amour est-il passion?
La mort plus vivante que la vie?
La solitude, notre réalité profonde?
Je ne sais plus
ce qui importe.
Mais j’ai une certitude
l’argent ne vaut pas une caresse.
La vie : Expériences et bonheur.
La vie : Défis à relever.
La vie : Malheurs à encaisser.
Ma vie : Consumation lente inexorable.
Plus les détours sont grands
les fossés profonds
les tempêtes incontrôlables
plus les paysages sont féeriques après.
Mourir
Mourir
Mourir
s’éclater
se transformer
se multiplier
dans l’univers infini.
Échapper aux frontières
rejoindre le trou noir
de la naine éclatée
perpétuel recommencement.
Mourir
jouissance éternelle
de la lumière appartenance
paix de néant neutralisé.
Je suis blanc d’amour
pour toi, mon frère de couleur
pour toi, ma sœur, ma compagne
mon égale.
Mon bien-aimé, mon ange, ma compagne
de glaise et de poussière
sans corps sans sexe défini
découverte éternelle à revivre
je voyage toujours seul
à ta recherche.
Tout n’est qu’esprit
beauté lumière
chaleur de réalité.
Mathieu, de Val-d’Or.
Mathieu de Val-d’Or
Pauvre petit!
Miroir des chicanes de ta famille
victime des statistiques policières
chèvre manipulée par les bitches
prisonnier des mormons.
Je ne te connaissais pas assez
j’ai pris une chance
j’ai perdu.
Ta peur de la police fut plus forte
que ton amour du plaisir.
Je me pardonne
de t’avoir aimé.
Notre route aurait pu être si belle.
Je suis.
Je suis
Je suis une structure géométrique
une équation mathématiques
nichées entre le zéro et le un
le regard du présent
interprète du décor de l’attraction
de l’espace avant après
parent du temps
du regard présent.
Je suis
un infime moment d’illusoire équilibre
dans le grand ballet infini
de la concentration et de l’expansion
des forces de l’univers.
Je suis
de lumière et de chaleur
le temps d’un déplacement
universel de la ronde
des commencements et des fins
renouvelables et infinis.
Je suis
le court espace
d’un mouvement
d’un rêve conscient
d’une éternelle création.
Intuition
Intuition
La réalité est une vaste fraude
une illusion de l’ordinateur cerveau
tout n’est qu’ondes et lumières.
Nous sommes des voyageurs cosmiques
particules agitées dans des champs magnétiques
téléportés à travers de petits vaisseaux
momentanément éveillés pour vérifier l’itinéraire
de cette vaste recherche d’un lieu temps éternel.
La vie est une zone de fortes turbulences
réveil momentané dans l’espace sidéral
un cliché de l’endroit où nous passons.
Je suis un oeil
observateur de l’énergie en marche
mutant vers une autre dimension
où je serai lumière plus blanche que la neige
dans un monde infiniment heureux.
Dieu rêve vécu
Bonheur parfait.
Hantise
Hantise
Les ombres me courent
où je cours les ombres
je ne sais plus qui court qui.
Est-ce toi, Rouhed?
Est-ce toi, Langevin?
Est-ce toi, Miron?
Les trois à la fois?
Qui habitent maintenant
à hauteur d’épaule
juste derrière moi.
Est-ce vrai
que le ciel
est un petit ange préadolescent
un Éros d’amour et de beauté?
Attendez, ce ne sera pas long
je serai avec vous
ici la vie est trop sale.
Les féminounes victoriennes ont le pouvoir
les bitches — réseau d’organes de chantage —
chassent l’amour confondu à la chasteté.
La vie n’est plus que du béton argent.
Rouhed
Rouhed
1974 – 1994
À Maéli, la fillette de Rouhed, née quelques mois après la mort de son père.
J’ai mal
j’ai mal.
Tu ne peux savoir, mon fils
comme j’ai mal de ta mort.
Je geins mon impuissance
à te garder, à te ramener.
Ton absence m’accable, me tue.
Ma voix est un coup de poing
dans l’éternité pour aller te chercher
tu es une déchirure brûlante
dans la paix intérieure de mon âme.
Impossible de dire ma souffrance
elle est chaque moment de silence devenue
tu es cette douleur de vivre
qui me déchire de ton suicide.
Rouhed
être de lumière
que la souffrance humaine m’a volé
mais n’extirpera jamais de mon coeur.
Je te remercie
de nous avoir laissé
Maéli
Rouhed Ali
Rouhed Ali
1974 – 1994
À Maéli, la fillette de Rouhed, née quelques mois après la mort de son père.
J’ai mal
j’ai mal.
Tu ne peux savoir, mon fils
comme j’ai mal de ta mort.
Je geins mon impuissance
à te garder, à te ramener.
Ton absence m’accable, me tue.
Ma voix est un coup de poing
dans l’éternité pour aller te chercher
tu es une déchirure brûlante
dans la paix intérieure de mon âme.
Impossible de dire ma souffrance
elle est chaque moment de silence devenue
tu es cette douleur de vivre
qui me déchire de ton suicide.
Rouhed
être de lumière
que la souffrance humaine m’a volé
mais n’extirpera jamais de mon coeur.
Je te remercie
de nous avoir laissé
Maéli
d’avoir accepté le partage
d’une partie de ta vie
avec moi.
Euphorie
Euphorie
Je ferai un orgue de la grande machine
elle crachera par ondes des avions bouffons
la pluie sera à percussion de fraîcheur
elle est arrivée l’heure des clochers électroniques
nous partons! J’ai le coeur qui chavire
l’ivresse glisse en moi : un printemps de rosée
la journée m’appartient dans nos regards
je creuse dans nos âmes des sourires de joie.
Ah! Qu’il est beau et jeune ce soleil! Il est doux!
Je suis pénétré d’amour quand je te bois
ô liberté! Je coule en chutes de joie
j’accouche des couleurs de rires
dans cette enfance reconquise.
Grâce à toi
Grâce à toi
Écorché de désirs abcès
je prends sans crier garde
je vole des plaisirs à la vie.
Ma vie sans soleil
se nourrit d’insouciance
d’intentions désespérées.
Je me sens parfois raté jusqu’à l’os
et je m’en fous.
Tu es là
à courir dans mes cheveux
à frémir sous ma main
crispé dans tes rires
les jambes en ciseaux
contre mes hanches.
Je vis ce plaisir arraché à l’instant
en guerre contre la mort
en lutte pour la survie
absent à toute logique
inutile jusqu’à me taire
dans la perspective adulte.
Ma solitude perce des racines
dans l’amour silencieux
sans tête particulière
bouquet de beauté
de rien hallucinant
de rêve prodige.
Ma vie se meuble d’instants divins
trace un tableau venu d’ailleurs.
Je me promène malgré mon âge
grinchant de grands déchirements
entre l’euphorie et la mort
et je m’en fous.
Je n’ai plus peur
j’ai ton amour.
Berceau faciste
Berceau fasciste
Quand la beauté est interdite
le fascisme perce des dents
grignote les droits individuels
la liberté de conscience
met la vie privée au pilori
se proclame censure
cadenasse la libido
tue l’envie folle d’aimer.
La passion naît sous les doigts
au bout des langues
ivre de la beauté des ados
toute charnelle et esprit libre
nourriture sans prix
de la communication universelle.
La courbe des fesses, la ligne du corps
la beauté fascinante d’un regard complice
la fraîcheur de l’esprit et l’extase des yeux
chemin de l’amour universel
plaisir antiracisme, illumination
malheureusement que trop passagère.
La vie est un petit sexe bon à dévorer
malgré les souteneurs et proxénètes
de la pauvreté, de l’exploitation
de la main-d’œuvre à bon marché.
Malgré les castrations morales
fruits des religions et des bourgeois
pour criminaliser l’amour.
Jadis, on disait : L’amour est Dieu.
J’accuse le temps des non-dits
d’avoir étouffé l’époque des baisers et des joies
j’accuse l’invasion des haines religieuses
de tuer la communication au nez de tous.
Enfants de l’ignorance
les Dieux se chamaillent
ivres de pétrole
hésitant quant à la coupe
de la viande à choisir.
Filles d’Amérique
Filles d’Amérique
Indigènes filles d’Amérique ou d’ailleurs
gratte-ciel dans ma campagne
mettez vos bas de laine
si haut ils sont
j’accrocherai mes lèvres
frémir ce parfum.
De la paume de ta main
ma barque tant adorée
éclosent des siècles
carcans de bois.
Aux étoiles asséchées de couleurs
je fournirai la palette de mon genou
et les misères humaines en fond de teint.
À table
Vietnam
Biafra
Bangladesh
Etcétéra.
La folie religieuse flotte
dans les perversions machos
excisions
circoncisions
castrations
insoutenables bêtises humaines.
L’hiver demain
les os claquetants
les ongles charnus
lessivera tes coteaux.
De ta chevelure
nuitée
chanvre pacifique
sortiront les lys noirs
avec des haut-le-cœur
obus pourris de misères
des crises à la 29
inventions américaines
pour une poignée de sous.
Indigènes filles d’Amérique
je troque vos yeux contre un feu de sourires
le printemps sur mon pays
la libération amorcée.
Comment pouvez-vous
faire de l’amour un gangster
pour répondre aux moralistes intégristes
curés des temps modernes?
Femmes d’Amérique
portez la liberté au-delà du mépris
dans la dignité de votre égalité
la beauté de votre sexe.
Il n’y a pas d’hommes, pas de femmes
il n’y a que des humains.
Tiré de Chair de poule
L’éternité
L’éternité
J’irai au-delà
tailler une pipe à Cupidon
Saint-Jean-Baptiste, Dominique Savio
à toutes ces beautés Caravage.
Amour vainqueur!
J’irai danser
au-delà de vos lois crapuleuses
de vos hypocrisies de vierges offensées
de vos Tartuffes judiciaires
noyés dans des partouzes de cognac.
J’irai jouer
au-delà du parallèle de la vie
au-delà de la vie morte d’une société
qui, apeurée au moindre coup de pouce sur la tête
charrie dans l’infiniment petit
de la morale judéo-chrétienne
et l’infiniment sale de son application.
J’irai
proclamer que Dieu n’est pas un monstre
expliquer la liberté à ceux qui veulent vivre
jusqu’à l’anarchie responsable.
J’irai
dans la liberté absolue
intrinsèquement consentante
boire à ta beauté hypnose.
Bel adonis! Corps extasy!
J’irai jouir
de cette liberté invincible
de nos cœurs en délire
au-delà de la cécité des prédictions
d’une main CIA, armée de malheurs.
La parole prophétique de l’aveugle
ADN de l’histoire, se réalise
dans l’espoir et la joie de vivre.
Nous nous devons à la vie
à notre pays à construire
au-delà de vos langages pestiférés
de haine et de mensonges
de colons qui refusent la liberté.
Nous nous devons au Québec
à ce beau pays du Québec
où nous serons heureux
de jouir de la lumière illimitée
de ton sourire.
Nouvelle terre illuminée d’amour!
Les enfants mal-aimés
Les enfants mal-aimés
Mes talents sont en prison
pour protéger les ti-culs
de la jouissance de l’éveil.
Mes talents sont crucifiés
pendant que la misère, l’ignorance
et la pauvreté trônent dans les quartiers.
La répression sexuelle domine
les crimes d’une justice pourrie
où tuer est moins criminel que d’aimer.
Le fascisme a pris racine
dans nos peurs et nos croyances
portées par la vipère victorienne
jusqu’à l’apothéose de l’hypocrisie.
Tout est argent dans ce monde vil
tout est domination dans cet enfer.
Les jeunes doivent apprendre
le péché de la lucidité.
Je serai délinquant dangereux
un allumoir, une flamme d’amour
proscrite dans cette société
instigatrice de violence et de misère.
À travers leur morale perverse
j’entends monter les cris
des gavroches
et je les aime déjà à la folie.
Marie-Madeleine
Marie-Madeleine
Jésus frétillait comme un poisson
sous les doigts de Marie-Madeleine
buvant ses larmes comme une vodka
et dansant de délires sur ses iris.
Ô Madeleine! Ô Madeleine!
Comment peux-tu de ta chaleur
bouleverser tous mes principes
tu sais Marie, tu sais Madeleine
j’aime les garçons et, sous ton nom
ta chair est maître.
Comprends Marie, comprends…
un seul jour, une seule nuit
avec toi clouée dans mon coeur
c’est peu, une image dans une boîte
mais un baiser suffit à oublier :
Je suis né pour sauver, non pour vivre.
Marie, Marie, l’homme est de chair
et sera Dieu avec et par la chair
elle libère, elle élève, Marie.
C’est là mon salut :
Apprendre aux hommes à aimer
aux frémissements d’un corps
un corps dans l’espace et le temps
un corps prisonnier d’un esprit.
Marie, je dois leur apprendre
le salut à travers les beaux vices
Marie! Je dois leur apprendre
ils placent le mal là où il n’est pas.
l’amour est sans violence.
Et Jésus, les larmes aux yeux
s’éloigna en gémissant un « je t’aime ».
L’amour est d’abord un désir
le désir d’un corps jeune et beau.
Et sur les lèvres du petit Jean
il s’évada oublier sa douleur.
Les deux derniers textes peuvent sembler des blasphèmes, mais il en est tout autrement. J’ai écrit ces textes dans ma jeunesse pour appuyer l’idée que Dieu s’était fait homme. Or, il est impossible d’être un homme sans vivre sa sexualité. Un ami, l’écrivain Raoul Roy, m’a prouvé qu’il existe un passage dans la Bible de Jérusalem où il est dit que Jésus est arrivé au Jardins des Oliviers pour rencontrer ses disciples qui dormaient nus.
Jean avait 15 ans.Pour moi, ces textes ne sont pas des blasphèmes , mais ma façon de voir la réalité de Jésus. Son cousin Jean avait 15 ans.
Tiré de Hymne à l’amour, le vice et la révolte.
La leçon de la croix
La leçon de la croix
Jésus encore enfant, il n’avait que douze ans
regarda son pipi, lui toucha même un peu
et le mesurant à celui d’un compagnon
il gémit sur son sort : « Comme il est petit. »
Pour oublier sa honte, il fuit toute sa vie
femme et compagnon et même la solitude
il chercha dans l’esprit une compensation
lui permettant d’aimer sans vendre sa chair.
Et ainsi, d’une frustration à l’autre
pour oublier la peau douce de ses pairs,
il fit de son combat celui du genre humain :
Anéantissement de chair pour sauver un fantôme.
Quand sur la croix, il fut frappé de vérité
il dit à Jean : Fais avec Madeleine
ce que j’ai toujours souhaité et n’ai jamais osé
baissant les yeux sur son corps mutilé
malgré les souffrances, il sentit raidir son sexe
et proclama son ultime credo :
Je suis homme
je suis nu.
Tiré d’Hymne à l’amour, le vice, la révolte
La noce
La noce
Prix Normandie-Canada 1967
Médaille de la ville de Lisieux, France
De mon lit
où nous étions seuls tous les deux
étendus entre deux feux
j’ai entendu
les portes de l’enfer
gémir aux quatre vents.
Satan claquait des dents
au rythme d’une valse
que dansaient ses amants.
Lucifer prenait un verre
à la santé des mariés du jour
qui, en l’occurrence
était nul autre que nous.
Pour regarder
par le trou de la serrure
Belzébuth
faisait la culbute et nous
nous grelottions
de peur
de peur
d’être trop jouisseurs
au nez de nos compagnons
d’une nuit en enfer.
Le bal de la victoire.
Le bal de la victoire
Blottie dans un rideau
la mer, sur le bout des orteils
fait de l’oeil aux étoiles
et dans sa frénésie
craque ses os d’un bruit de vieux métal
qui chatouille Satan et le rend hors d’haleine.
L’amour est grand roi
même le lion lèche la gazelle
la haine est brigand
même les jalousies sont en quarantaine.
Et, c’est grand bal de la victoire
Saint-Michel danse avec la vierge Marie
au tra la la des gémissements humains.
Saint-Jean sert un cocktail
au musc de putain
dans un bocal de chair.
Et dans une troisième leçon
la Sainte Trinité s’embrasse, ivre de passion
devant les chérubins
qui tripotent les archanges.
Les foudres de la conscience.
Les poèmes ci-dessous constituent la partie appelée « Les foudres de la conscience », dans mon livre « La liberté en péril », aux éditions de l’étoile de mer.
Je dirais que 98% de ma poésie a été écrite dans les années 1970. La population québécoise était alors en très grande majorité pauvre. J’étais journaliste. Inutile de dire que j’étais alors très radical.
Il n’en reste pas moins que ces textes sont un exercice pour comprendre comment fonctionne le système.
J’en suis venu à la conclusion qu’il y a dans nos sociétés une mafia légale et une mafia illégale, c’est-à-dire une mafia qui utilise des moyens différents et se spécialise dans des activités différentes pour se faire du « cash » et ainsi avoir du pouvoir.
L’hypocrisie est la vertu fondamentale des deux mafias. On a qu’à regarder les prix demandés aux pauvres pour avoir recours à un denturologiste, par exemple, pour comprendre qu’être professionnel signifie le droit d’offrir des services à des prix fous. Le diplôme est le droit d’exploiter légalement la population.
Quant aux religions, elle constitue avec le judiciaire la corde au cou des individus. Tu dois penser comme les autres, si tu veux vivre sans problème. La censure est le moyen par excellence de maintenir cet esclavage puisqu’elle garantit que personne ne peut dévier de la pensée érigée en système.
Le Québec est mis à mort
Le Québec est mis à mort
Rêve Québec
Québec libre
bel enfant
Peace and Love
ton sang se pétrit dans la queue
des étoiles froides d’Amérique.
Le monde est tombé de son nid
les klaxons tuent l’esprit à petit feu
les armes sont automobiles et famines
le parvis des églises : misère du tiers-monde
viol collectif des consciences.
Création étalée de malheurs
la bouche des gamins est devenue vipère.
Même si tendre est la chair des amants
nourriture dévolue aux pouvoirs assassins
au pays des misères et des désespoirs
la pourriture s’installe entre deux peuples.
Les enfants n’ont plus de tête
leurs pieds s’enfoncent dans la boue
un par un ils deviennent fleurs fanées.
Je traîne la patte en criant un je t’aime éternel
personne n’entend mon coeur s’épuiser
dans les chimères à produire l’étincelle d’amour.
Les enfants de demain, je te dis
seront à nouveau des sourires dans les rues
les larmes auront séché le temps d’une paix.
L’espace sera à ma main
et j’aurai double poignet :
La liberté et l’amour.
Le Québec sera terre de liberté.
Mes lèvres sur vos corps
paradis pour anges de mes rêves.
Québec, terre de tolérance
terre d’amour
terre de liberté
tu naîtras
le jour où les corps auront retrouvé leurs âmes.
À droite toute!
Je vis dans un pays
le Canada fasciste, état policier
où les jeunes apprennent à faire l’amour
à coups de peur et de tabou
fruits de jalousie et de délation.
Dans un coin de pays
qui n’est pas encore né
qui ne se connaît pas encore
qui se cherche dans le miroir des illusions.
Je vis dans un pays
où la démocratie se meurt
dans la bouche de nos éditorialistes
pour laisser en paix nos pontifes
experts en Brinks, opérer leurs vols sociaux.
Un pays
où la délation est rempart d’une morale
de domination, d’inquisition
une morale qui n’a de souffle
que dans la chasse folle aux amourajeux
obscurité d’aveugles qui beuglent
qui étouffent toutes divergences.
Je vis dans un pays
étranger à ma langue, étranger à mes désirs
où les doigts se cassent s’ils font l’amour.
Un pays
qui me nie
qui me saigne
qui m’étrangle.
Je vis dans un pays
le pays des autres
le pays des pleutres
des faux curés, moralistes castrés
des féminounes martyres de leur homophobie
qui immolent sourires et caresses
à une pudeur plus atroce que le cancer
la morale sexuelle judéo-chrétienne.
Quelle supercherie! Quel viol des consciences!
Et, je rêve à toi, mon vrai pays
mon petit Québec libéré
pays où je pourrai, mon beau
te faire l’amour en liberté.
Un amour si fou, si lumineux
une passion fougueuse des yeux
des lèvres, du pénis, de tout mon corps
qui implose de la joie de toi.
Je rêve à toi, jeunesse éternelle
de cet espace-temps
où te caresser ne sera plus un crime.
Ce texte a été utilisé pour un poème-affiche du peintre vietnamien La Toan Vinh, à Troyes, en France, en 1994. Il a été dédié à la mémoire de Marc Lachance, le 24 juin 1999, pour souligner son suicide qu’il considère comme un assassinat. Marc était boys lover et avait créé de nombreux cirques en Éthiopie pour aider les plus pauvres à se nourrir et aller à l’école. Mais, notre morale débile condamne de tels amours.
J’ai besoin de toi
J’ai besoin de toi
comme de respirer.
Besoin de ta beauté
guide de ma liberté.
Besoin de ta nudité
pour arpenter la vie
apprécier les formes
admirer les profondeurs.
Tu es ma boussole galactique
mon espoir intersidéral.
J’ai besoin de toi
de toutes les couleurs
de toutes les langues.
J’ai besoin de toi
ô Québec éclaté!
Pour montrer au monde
la vérité amoureuse de notre peuple
sans le casse-tête de la vie répressive
d’une sexualité crucifiée.
J’ai besoin d’ivresse
pour chasser la violence.
J’ai besoin de voir
d’être ébloui
d’être excité
par ta beauté
d’être hanté par ta présence
de fantasmer ta nudité
de t’aimer à renverser la terre.
J’ai besoin de toi
comme pôle opposé à la mort
pour rêver de paradis.
Le Québec est un bel enfant
un adonis adolescent
interracial, interculturel
plate-forme de vérité, de démocratie
dans l’hypocrisie canado-américaine
où tout est argent et sans amour.
Le Québec est un sourire
dans l’enfer de 1984
de l’homogénéisation
communiste capitaliste rapace
de la mondialisation de l’exploitation.
Je suis déjà de toutes les itinérances
des grandes fresques de la tolérance
dimension fragile recherchée
entre la vie réelle et la mort.
Je marcherai sur ma mort
j’y danserai le quadrille
de notre beauté
la beauté de notre liberté.
Pendant que vous dormez
Pendant que vous dormez
braves citoyens du Québec
des chars d’assaut rouillent
dans nos forêts iroquoises
près des tours électriques
entre deux plants de marijuana.
Pendant que vous ronflez
pauvres petits Québécois
les surplus de guerre déménagent
passent de mains en mains jusqu’aux
anglophones de l’après référendum.
Guerre civile appréhendée oblige :
Si le Québec se réveille…
La GRC mène le bal
de la démocrassie
s’invente des terroristes.
Pendant que vous rêvez
de vos moutons québécois
les scénaristes fédérastes tracent
scénarisent, pratiquent
des plans vicieux pour l’occupation 3
de 1837 – 1970 – ?, merveilleux exemples
des profits assurés en spéculations immobilières
de maisons délestées de leurs fantômes
pour bons fédérastes convertis
aux bénéfices de la goujaterie.
Pendant que vous cauchemardez
à payer une indépendance
que vous n’avez pas eu le courage de faire
le fédéral se prépare à vous trancher la gorge.
Rêvez! Rêvez!
Car, si vous ne vous réveillez pas
bientôt vous rêverez en anglais…
Peace and love.
Au nom de mon enfance
de la solitude
du gouffre de la foi
du viol religieux des consciences
en plein visage
je vous flanque mon pénis
étendard des droits de l’homme
et je vous crie :
Peace and Love.
À vos usines aux odeurs pernicieuses
l’esclavage du travail
les cadenas des règles sociales
les prisons de la foi et de la peur
je vous oppose Love.
Courir nu sur le bord de la plage
faire l’amour sur le gazon
convoiter toutes beautés
créer des paradis
retrouver l’homme, enfin!
Peace and Love.
À l’enfer de l’humiliation
les cris de la révolte
la futilité de votre argent
vos croyances, vos péchés…
Non! Cent fois non!
Vive les châteaux en Espagne
constructions malhabiles de nos rêves
fierté de nos vices convertis en vertus
Peace and Love.
Peace
Finis les Vietnam
finis les Tchétchénie
finis les Rwanda, les Darfour
fini les Tibet et les Québec
finies les guerres de religion
finies les dictatures des énergies essentielles
pour sauver l’économie basée sur la guerre.
Israéliens, Palestiniens
se chamaillent
de dictature morale en dictature morale
pour assouvir leurs Dieux désincarnés.
Peace
L’Homme est un corps qui souffre
l’absence de communion
l’absence d’un vrai Dieu d’amour.
L’homme est aujourd’hui un être
catégorisé
classifié
sectorisé
divisé
absence de droits humains authentiques.
Un petit profit à empocher
un petit fidèle à berner
un petit rien à jeter
s’il ne rapporte pas… quelques piastres…
L’oubli quotidien :
L’amour et la liberté
l’amour et la solidarité
seuls pouvoirs de la pauvreté.
USA et cie
Vous vous êtes glissé dans mon lit
une bombe dans les yeux
des morts et des morts
à n’en plus finir gisaient
près de mon corps blanc de peur.
Quand cesserez-vous de jouer à la guerre
pour reconstruire des villes, des pays
que vous vous amuserez à redétruire
nourriture essentielle de dépenses inutiles
dragon qui s’autobouffe pour garder l’équilibre?
Allez-y, bande de salauds
faites-le sauter cet hostie de globe
vous l’aurez
votre autorité
votre prestige
votre puissance.
Mais il sera trop tard
votre conscience endormie
la terre se sera régénérée
en se débarrassant de l’homme
ce psychopathe intemporel.
À vous de vous réveiller plus vite
tant qu’il en était encore temps.
C’est bien ce que vous dites?
La liberté court les rues
flambant nue, six flics au cul
je l’ai vue l’autre jour
avant de voler son pain
elle avait l’air bête
notre liberté.
On aurait dit qu’en plus de ne pas se coucher
elle n’avait pas cessé de se torturer elle-même.
Je sais bien qu’elle est tombée de son estrade
je sais bien qu’elle passe son temps à l’usine
elle en a assez de devoir se cacher pour se masturber.
Mais… mais…
Est-ce une raison?
N’est-elle pas bien chez-nous?
La liberté!
Allez voir ailleurs, vous allez voir…
Évidemment, elle traîne
avec les squeegees, les punks, les yo’s
en plein été, dans les parcs, devant les enfants, nue
au nez des Américains venus nous reluquer
nous entendre parler joual.
Elle peut bien brailler, la liberté
elle se ramasse avec les autres
en prison, à Bordeaux.
Elle nuit au commerce touristico bed-inn.
En tôle, elle se fait haïr
elle ne se lave pas.
Les autres doivent mettre ses guenilles
prendre ses pieds d’athlète
quand t’es jeune, tu ne veux pas de pantalon
avec une tache fournie dans le fond.
La liberté, elle qui avait tant d’avenir!
Je ne serais pas surpris
si bientôt elle se lamentera dans les journaux
comme si elle avait de quoi à dire.
Pourtant, ici, tout le monde est heureux
Il n’y a rien qu’elle qui chiale.
Faut croire que la liberté
c’est fait pour être gardée en prison.
Anarchie
Le Dieu américain assis en yogi oublie le temps des lilas
quand on lui flanque au nez l’urine des chiens tapettes
élevés fils de roi mondialisé héros de miracles vendus dans les rues
pour retrouver sa trace perdue au cours des siècles.
Pour nous les crottés, les béquillés, les morveux
les capitalistes grenadent les communistes
les catholiques torpillent les anglicans
les musulmans brûlent les bouddhistes
et vice-versa
au nom de la charité… Peace on earth!
Pourvu que ça paye!
Pourtant, la vie, c’est la terre en sueurs
sous les fesses amoureuses d’un petit gars
qui fait pipi en pleine rue Sainte-Catherine
sur la tête défrisée de la reine d’Angleterre.
La vie est un long french kiss à l’anarchie.
Dégradation
L’homme est un ordinateur
sous contrôle de la haute finance
de curés branleurs de langue
d’hommes coffres-forts.
Vocation
Engraisser la caisse
des gros bras productifs
le plat de chair à canon
d’idéologies assoiffées de contrôle.
Mission
Mourir sans rouspéter
laisser sa peau
aux exploiteurs
des rapports financiers.
Identité
N’être rien
ne dire rien
ne penser rien
être tout au plus
un masochiste exploité
un travailleur servile
un prostitué dévoué
dans le grand circuit
universel
de la pègre organisée.
Programme
À gauche, à droite
même combat
même délire d’exploitation
par des mains toujours sales de sang
domination de l’homme bête démon.
Piège spirale bâillonnée
dans le temps et l’espace du cerveau.
Il n’y a plus que la souffrance
depuis que l’on interdit l’amour.
Lucifer est impérialisme anglais!
Vive le Québec libre!
Vive le Québec libre, libre, libre!
L’or noir.
Signe de mort :
Un ouvrier s’est sacrifié au travail
pour un coin de ciel.
Signe de vice :
Un père a tenté de voler
question de dignité, de justice sociale
pour lui et ses enfants affamés.
Filament diabolique
sang de dictature économique
raison d’organiser les guerres
me voici! L’or noir! Le pétrole!
Je suis le véritable Dieu
le riche aux yeux des pauvres
le pauvre de ne pas être assez riche
le pauvre en liberté
le riche en apparats
le diamant liquide.
Je suis le rêve blotti déguisé en $
dans les poches de l’état
arrache-coeur
crève esprit
taxes sur impôts pour plus-value.
Devenir encore plus riche :
The Human Dream
ultime rêve humain.
Je sers la grande cause
d’enrichir la patrie
pour les groupes de pouilleux
qui agitent les cordes des marionnettes
Politiciens véreux et toute la famillette.
Banquet national du marché mondial.
Devant moi
osent gémir
la liberté
la dignité
comme si un coeur a le droit de s’agiter
sans un bon compte en banque.
Ça suffit!
Je me souviens
où conduit la liberté et la lucidité
de cette liberté qui jadis déjà
m’enleva de vos poches crasseuses
me cloua dans la basilique St-Pierre
où enfin je respirais la richesse au-dessus de l’autel
pendant que des hommes s’affolaient avec leurs sacrilèges
et d’autres criaient ma vérité :
la piastre vaut plus que les sermons.
Qui étaient ces voleurs
vendeurs d’indulgences
pour crier toujours :
« Une médaille pour quinze sous » ?
Était-ce des prêtres ou des brigands
une compétition à toutes les éternités?
Une culbute par-ci, une culbute par-là
devant un homme comme tous les autres hommes
prophète schizophrène de tous les au-delàs.
Ce véritable cirque de nausée
me fit dégueuler sur l’autel à mes pieds
forfait qui me coûta le bûcher.
Je suis né pour brûler
je suis la torche de la fin des temps!
Dénoncé par le vin bavard et jaloux
condamné par l’Église et l’État
d’avoir refusé de les servir
une seconde de plus
rationné, je devins.
Pauvre de moi, je priais
Dieu demeurait silencieux
la foule devant moi
craignait
se mordait les lèvres
hypnose collective de peur
de mon absence prolongée
sans ma présence, augmentation du prix
et, si la paix régnait…
Ce serait la fin, la catastrophe.
Un vent de liberté m’empoigna
me contraint à crier
la vérité toute nue :
Vos péchés, votre enfer
Messeigneurs l’État et l’Église
votre ordre et votre démocrassie
tout comme votre sale justice
Au nom de la liberté,
de la dignité
de l’homme…
Foutez-vous-les au cul!
Le système
Tuer la poésie, c’est assassiner la race humaine.
Janou St-Denis
Mafia planétaire institutionnalisée
Hollywood de démocratie
avec CIA ou services secrets
d’ici et d’ailleurs
appui aux générateurs de taxes.
Pour pauvres
des profits intérêts
pour riches et multinationales
des valeurs ajoutées.
La Trinité de l’exploitation
politico-militaire
religio-judiciaire
industrio-politique.
Grande efficacité millénaire
en croissance linéaire
trois mousquetaires éternels
éjaculateurs de structures de dépendance.
Politiciens marionnettes :
Accouchés dans les draps de la haute finance
vendeurs de dope
protecteurs de proxénètes
pourvoyeurs de violence
assaut secours de la castration
autoroute de l’autorité dictatoriale.
Religions judiciarisées
assises entre les cuisses de juges
entretenus à l’arsenic
d’une morale médiévale
de chasses aux sorcières
à la liberté sexuelle individuelle.
Justice d’avocats fournisseurs de mots
pour contrôler la pensée populaire
entretenue par des curés schizophrènes
Catholiques
Musulmans
Bouddhistes
Chamans
Juifs, etc., et il y en a…
religions maximum de profits assurés.
Conquête de l’esprit
par l’opium de l’inconscient
tradition
de la peur et de l’insécurité
du grand voyage absolu
révolu à tout un chacun.
Grande schizophrénie freudienne.
D’un océan d’information-manipulation
tout ça pour entretenir le grand Dieu
capitalisme
assoiffé de profits et de pouvoirs
tout ça pour entretenir le grand Dieu
communisme
assoiffé de pouvoirs et de profits.
Le système : Vampire des pauvres.
La richesse.
Petit gueux pour avoir ta soupe
tu dois monter sur ton orgueil
enfourcher les malédictions de tout ce brouhaha inutile
des guerres spectacles, te réduire à néant
juste pour le plaisir
de flotter dans un petit peu d’alcool.
Who has no money
Is nothing.
American way of life!
Pauvre petit Québec!
Cet abcès te pend au nez
l’or coule dans tes veines
et pourtant, la richesse
la seule vraie richesse :
La liberté de t’aimer.
Insurrection.
Le jour et la nuit dansaient
un brin de lune dans l’oeil
et, sous une nuée d’étoiles
au chant des bombes,
les hommes dormaient
un arc-en-ciel dans la tête.
Les moutons rochers, la glaise fêlée, les arbres martiens collent à la croûte terrestre devenue pain noir. L’urine nage à la rivière et plonge à nos narines après avoir sucé le ventre des poissons-mouches dans des canaux cirés de béton. C’est une Atlantide, point Québec, point d’où les Américains expédient amiante et pétrole en corbillard tandis que la France danse un strip-tease à l’Italie bandée. Funérailles pour vieux empires en décomposition.
Terre, gueule de bois, mal foutue, immense rôtie que pourrit notre folie à te vouloir déposséder. Nous déshabillons les forêts, étripons les sables bitumineux, enrichissons les capitalistes pervers qui n’ont pas appris à respecter l’homme et la vie.
Quand nous aurons trop faim
les sabres sortiront de terre
la vie tremblante entre nos doigts
comme d’immenses bancs de poissons
se vengera à vitesse folle.
Vous avalerez
sans avertissement
vos crises économiques
votre mondialisation de la pauvreté.
Pendant que nous
nous découvrirons la solidarité internationale
la solidarité humaine planétaire.
votre pouvoir monopole éclatera.
Ce sera trop tard pour vous
vous serez déjà ruinés.
Révolte.
Les petits crachent aux gros :
« Tiens-toi bien paquet
j’en ai plein le casse…
Tes hivers, je les réchaufferai à l’hélium
tes puits de pétrole, je les boirai dans mon café
je t’y pendrai à la lune par les sous-vêtements.
Venez salauds!
Vous allez l’apprendre.
Le coût de la vie
à grands coups de pied au cul!
Chacun son tour… »
Libert ou octobre 1970
Pour un mot
prononcé à peine plus fort que nos délires.
Les bœufs
ont pillé nos greniers
ont mordu dans nos rêves.
Ces salauds
ont perquisitionné jusqu’à nos larmes.
Mais, nous sommes forts de notre vérité
plus forts que l’armée.
Nous sommes une société mise à nue
et nos cris dénoncent
deux cents ans de frustration et de misère.
De porteurs d’eau que nous étions
nous sommes devenus porteurs d’espoir!
Dans nos champs
germent des grenades de liberté
qui explosent
aux visages avariés
de nos maîtres.
Maudits êtes-vous!
Vous qui nous avez fait ramper
vous qui avez sapé jusqu’aux souvenirs de notre race.
Nous sommes encore debout!
Et nous crachons au visage de votre infamie
parce que l’on sait que malgré nos faiblesses…
Nous vaincrons!
Vive la liberté!
Vive le Québec libre!
Extrait de Chair de poule
Misère éternelle
Il est difficile de se voir dans l’agonie de sa lucidité, impuissant à vivre sa vie d’hommes, d’échapper à une enfance maculée de chicanes de famille pour dérouter les créanciers; d’échapper à ces années brûlées d’efforts à s’instruire de mille et un mots fardés pour éviter le mot sexe.
Il est difficile de se soustraire à son rêve et se reconnaître minable et bouffon aux mains d‘un système assassin. Nous sommes de petits soldats de plomb, enfoncés dans les marécages pour qu’il en coûte moins cher en cimetières capitalistes.
Nos taudis nous ont appris à lutter avec l’hiver, à se blottir dans nos haines, à se bien porter malgré nos odeurs de fièvre.
Notre religion a conquis les miettes de notre dignité d’animaux jouisseurs et les a placées sur les autels inodores de la chasteté. Qu’avons-nous à nous plaindre? Le monde a toujours été ainsi : il faut aimer sa reine, son boss et sa misère. Capitaliser, tuer, guerroyer, résultats inéluctables d’une morale castrée.
Le ciel sera beau!
Un Dieu, charognard, grugera nos os maigres durant toute une éternité et, de temps en temps, pour se distraire, il boira nos poèmes à sa mémoire et à sa gloire.
Oui! Faux Dieu de l’argent, nous te ferons un monument quand on se rappellera que des générations sont mortes en espérant pour rien ton royaume de justice, de paix et d’amour.
Un monde de mensonges. Nous ferons un monument pour que chacun se rappelle à jamais ce que fut ce fameux royaume tant que tu l’habitais avec ton crois ou meurs, ta production d’armes pour ta maudite autorité, tes piastres et ta puissance… jusqu’à l’espoir de n’avoir ni Dieu, ni maître.
Aussi, peu d’entre nous échapperons au grand désarroi de nos muscles tendus qui éclateront de rage pour laisser vivre nos instincts jusqu’au bout de leur route.
La ville est une poussière d’amiante logée dans nos poumons. Nous cracherons le sang de ne pouvoir vivre l’infini en nous; au bout de nos doigts valsera cette décharge électrique lancinante qui nous secoue de lucidité. Besoin de jouir!
Nous ferons sauter les pinces qui replient vos doigts contre nos gorges. Nous en avons assez du gouffre. Nous voulons nos plaines et nos rivières. Nous revendiquons le droit à notre langue. Nous désirons un pays. Nous sommes fatigués des sarcasmes.
Le Québec est un territoire locataire de son corps, locataire de ses sens, un peuple castré de sa vie. Peuple désir… Nation à naître… Coûte que coûte!
La liberté, ça se prend
sans permission
s’il le faut…
Révolte
Les petits crachent aux gros :
« Tiens-toi bien paquet
j’en ai plein le casse…
Tes hivers, je les réchaufferai à l’hélium
tes puits de pétrole, je les boirai dans mon café
je t’y pendrai à la lune par les sous-vêtements.
Venez salauds!
Vous allez l’apprendre.
Le coût de la vie
à grands coups de pied au cul!
Chacun son tour… »
Politique et état policier.
La première partie de mon recueil de poèmes « La liberté en péril, aux éditions de l’étoile de mer, est strictement politique, mais non tout le livre.
J’ai fait parvenir un courriel à un ami pour lui annoncer qu’on avait lu ce texte à la radio à Paris et la police s’est servi de ce courriel pour m’accuser de pornographie juvénile. Le Québec retourne aux années 1950 ou au Corrid’art de Jean Drapeau, maire de Montréal. Un maire qui détestait les arts et la vérité. La censure et la dictature morale.
Liberté ou octobre 1970
Pour un mot
prononcé à peine plus fort que nos délires.
Les bœufs
ont pillé nos greniers
ont mordu dans nos rêves.
Ces salauds
ont perquisitionné jusqu’à nos larmes.
Mais, nous sommes forts de notre vérité
plus forts que l’armée.
Nous sommes une société mise à nue
et nos cris dénoncent
deux cents ans de frustration et de misère.
De porteurs d’eau que nous étions
nous sommes devenus porteurs d’espoir!
Dans nos champs
germent des grenades de liberté
qui explosent
aux visages avariés
de nos maîtres.
Maudits êtes-vous!
Vous qui nous avez fait ramper
vous qui avez sapé jusqu’aux souvenirs de notre race.
Nous sommes encore debout!
Et nous crachons au visage de votre infamie
parce que l’on sait que malgré nos faiblesses…
Nous vaincrons!
Vive la liberté!
Vive le Québec libre!
Gaston Gouin
Quebec my love
tu pèles tes penseurs
à coups de solitude
tu assassines les Gouin
par distraction.
Québec! Québec!
La neige est-elle encore blanche?
Le vent aussi tendre?
Les policiers se gavent du sang de la jeunesse
les ruelles debout, vraies putains de nuits sombres
oeillent piteusement Westmount.
Québec
QUEBEC BEFORE LIBERTY
Gaston Gouin est un jeune poète de l’Estrie (Vaux couleurs) au Québec. Des amis ont longtemps cru que son accident de moto avait été provoqué par des membres des services secrets du Canada ou par la GRC. La présence de Pauline Julien et de Pierre Vallières à ses funérailles renforça la thèse que Gouin avait un lien avec le FLQ, un mouvement terroriste rêvant de l’indépendance du Québec. Par contre, sa famille ne croit pas à l’attentat. Québec sans accent est l’appellation anglophone de Québec.
Extrait de l’Amourajeux, devenu Portrait d’une révolte, après remaniement temporel.
Amérique
Je vis dans un monde
prison de désirs
de solitude et de peur
au nom d’un Dieu
qui se prétend amour
et ne rêve que de guerres.
De ce Dieu qui carbure
au pétrole et vampirise
les pauvres anges déchus.
Ma vie :
Contemplation de jeunesse
de beautés extases
de rires d’enfants complices
générateurs de jouissance
mélodies de caresses affection.
Ma vie :
Révolte constante contre la misère
érigée en système.
Ma vie :
Rêve d’amour, de fraternité.
Je me heurte au passé noir
des visions bibliques
intolérances devenues modes de vie.
Je vis
de cette jeunesse qui m’appelle
à vibrer à la folie
à idéaliser jusqu’à la lumière pure.
Je vis
ce nouveau Québec
qui s’éveille lentement
libre, fier et tolérant.
Pays nourri à la source
du grand fleuve liberté.
Bonne et heureuse année 2020
Je souhaite à tous de la santé. Quand vous avez de la santé, tout devient possible.
À Richard Martineau, Journal de Montréal
Bravo pour vos textes du 15 décembre. En effet, les conservateurs de M. Harper ont modifié la loi sur la sexualité de manière à ce que la liberté d’expression n’existe plus; que la Charte des droits, protégeant davantage la morale religieuse, enlève le droit des jeunes à leur sexualité plutôt que de les protéger et l’âge de consentement est passé de 14 ans à 16ans, une application directe de la négation des droits des jeunes à leur sexualité. Évidemment, on ne tient pas compte du fait que la science a révélé que l’orientation sexuelle se définit à même l’ADN et que les sentiments sont le fruit des hormones. Les fascistes voulaient aussi traiter tous ceux qui étaient différents. Notre façon de voir la sexualité nous vient des religions qui ont pris en main de nous sauver du péché de la chair, une invention de Saint-Augustin qui croyait que l’esprit est bon et la chair mauvaise. Combien des suicides compte-t-on à cause de l’ignorance de la réalité humaine?
Castration
Bizarre! Je suis venu au monde à reculons. Deux hernies et un nombril qui refusait de se cicatriser. Comme si je n’avais jamais voulu vivre.
D’ailleurs, de mon enfance, je ne me rappelle que de sensations. La peur née de mes cauchemars et la douleur de mes maux de jambe.
J’étais un peu comme un autiste. Dans mon scénario, je me sentais isolé.
J’ai sans doute été marqué vers deux ans par la mort prématurée de ma sœur aînée d’une année, Ti-Pitou, comme l’appelait maman.
Une gardienne m’a raconté que l’on a dû me faire garder parce que j’essayais toujours de lui faire manger des bananes dans son tombeau. Je ne m’en rappelle évidemment pas, mais j’ai dû très profondément l’aimer.
Je me suis demandé bien plus tard, si la mort de ma sœur n’avait pas créé chez moi une peur bleue de la castration. Est-ce que j’ai cru que Mariette était morte parce que c’était une femme? Je n’en sais rien, mais cela expliquerait bien des choses.
À l’école, en première année, j’étais tombé amoureux de mon institutrice. Un jour, elle me garda en retenue puisqu’elle voulait comprendre ce qui se passait avec moi. J’étais debout devant elle, je balançais le pied, jusqu’à ce que lui crie : toi, pis ton Camille, j’en ai assez! Et, je suis parti en courant.
Fou! J’étais déjà émotivement complètement déséquilibré. Je croyais tout ce que l’on disait.
Ayant appris qu’elle voulait se marier à Camille, je m’étais présenté chez le curé pour m’opposer à cette union. Ne disait-on pas que l’on pouvait empêcher un mariage pour de bonnes raisons. Je voulais simplement qu’elle m’attende parce que j’avais décidé que je voulais la marier.
À ma confirmation, j’ai dit à l’évêque qui nous demandait ce que l’on voulait devenir que je voulais être pape. Rien de moins.
La vie a été comme l’eau dans les chutes Niagara. Une descente si vivante, si vertigineuse, que je n’en ai jamais saisi le sens.
Sauf, que le sens de la vie est une accumulation d’informations. Nous sommes individuellement une goutte d’eau de l’océan du savoir universel. Nous vivons pour raconter vivre notre expérience particulière. Dans la singularité de notre espace-temps, tous se racontent mutuellement ce que leur vie nous a appris.
Cela ne veut pas dire que de notre vivant, il y a des gens pour nous écouter.
L’isolement
L’isolement.
Quand il fut connu que j’étais accusé, il y a 25 ans, d’avoir fait ce que je dis faire depuis mon adolescence, c’est-à-dire avoir eu du plaisir sexuel avec un garçon, les partis politiques dont j’étais membre (Le Parti québécois et le Bloc québécois) m’ont demandé de me retirer, de démissionner.
Le politique ne peut pas vivre avec l’amourajoie, simplement parce que les gens sont encore trop ignorants pour savoir ce que c’est.
La liberté sexuelle en dehors de la violence est tellement vue comme l’horreur des horreurs que le parti politique qui essaiera de créer des règles humaines autour de ce phénomène risquera d’être rayé de la carte. Au contraire, on est applaudi quand on devient de plus en plus moumoune.
Je me rendais quand même aux réunions, mais des féminounes ont demandé que l’on intervienne pour que mon absence soit permanente.
J’ai terminé mon livre « De la pudeur à la paranoïa », mais je ne l’ai fait parvenir qu’à la Commission d’enquête sur la protection de la jeunesse. Je suis convaincu que si on ne faisait pas autant de chichis autour de la sexualité, la vie serait plus agréable pour des millions d’individus.
Le plaisir sexuel amourajeux, est banni et pourtant ceux qui ont créé cette chasse aux péchés sont responsables devant l’histoire de millions de morts.
Le fanatisme religieux a suscité des guerres entre les catholiques et les protestants, entre le chiites et les sunnites, mais ça n’a pas d’importance que la foi puisse faire appel à la violence.
Un raisonnement aussi inhumain, aussi stupide est pourtant bien plus dangereux que les plaisirs sexuels.
On ignore les dernières découvertes scientifiques parce qu’elles établissent que l’orientation sexuelle est inscrite dans ton ADN et que les sentiments sont le fruit de l’émotion donc des hormones.
Tout ce que je dis est qu’il faut s’assurer que cette déviance (en prenant pour acquis que la majorité est hétérosexuelle) ne sème pas la misère, la culpabilité, mais au contraire que l’attraction mutuelle soit une forme d’amour.
Aussi, mes livres sont interdits. Et, on crie à la liberté d’expression. Le propre de la morale est d’être hypocrite.
Les effets négatifs
Toutes nos belles âmes noyées dans la pudeur se réjouissent dès que l’on peut prétendre avoir mis fin à la corruption parce qu’on a arrêté un pédophile ou un pédéraste. Cependant, on est tellement ignorant que l’on n’en connaît même pas la différence.
Pendant ce temps, la répression prend du galon à travers tous les systèmes politiques. On revit avec l’isolement que l’on prône pour tous les délinquants sexuels, une forme de chasse-aux-sorcières qui a existé l’époque de la guerre entre les religions protestantes et catholiques.
On est rendu assez stupide pour prétendre qu’une personne qui vit la liberté sexuelle en s’étant fixée une morale individuelle ne doit pas être fréquentée et que ses œuvres, si c’est un ou une artiste, doivent être bannies, ignorées.
Ces maniaques de la pureté, qui n’en n’est pas une, ne comprennent pas qu’ils mettent en danger les éventuels « victimes » parce que la peur de la société pourra être telle que se débarrasser de la preuve peut devenir une réalité. Plus la société est mesquine, plus elle détériore la santé mentale de l’individu pourchassé. Qu’on le veuille ou non, les individus sont des êtres sociales et doivent avoir un point de vue positif par rapport à eux-mêmes. C’est dans ce sens que j’ai essayé de définir des paramètres qui assurent une pleine sécurité à tous. Pas de violence et le consentement. Le reste ne regarde personne. Si les gens se mêlaient de leurs affaires, il y aurait beaucoup moins de problèmes. Le sexe est un plaisir et l’on en a fait un crime à cause des religions. Maintenir cette situation confirme que l’on approuve les suicides des dits pervers alors qu’ils devraient être vus comme le disait Marc Lachance, comme un assassinat.
Le petit délinquant
Je me rappelle que quelques années plus tard, j’étais devenu un petit « bum ». J’avais découvert que si les jeunes m’attiraient tout autant que l’astronomie, je pouvais être désiré par un homme adulte. Je n’avais plus peur d’eux comme quand j’étais adolescent alors que je croyais que les homosexuels pouvaient nous tuer après s’être bien régalés. Une idée très traumatisante!
Je n’étais pas insensible à cette nouvelle réalité et je vivais ce que j’appelais « ma vie de putain ». Je me rendais souvent dans des tavernes gaies pour « cruiser » et très souvent, je me faisais payer la bière presque toute la soirée. J’adorais me faire sucer et je me comportais au lit comme une « planche ».
Ce monde a changé quand j’ai rencontré l’homme qui, croyant dans mes talents d’écrivain, me fit découvrir que je connaissais une histoire capable de faire un bon roman. Il me poussa en plus vers l’université pour finalement aboutir professeur.
Ce gars changea ma vie. Pour moi, c’est mon héros. Il connaissait P.-E. Trudeau. Il avait été en classe avec lui et je me demandais si le fait de me tenir avec un ami de Trudeau n’était pas une forme de trahison de mon passé de révolutionnaire.
L’amour prit son élan, même si je l’ai quitté pour aller retrouver quelqu’un d’autre beaucoup plus jeune. . Nous nous sommes expliqués et je suis depuis 40 ans son ami.
Aujourd’hui, en allant pour le revoir dans un CHSLD, je suis arrivé à une chambre occupée par une femme. J’ai appris qu’il était décédé depuis une semaine. On ne m’avait pas informé parce qu’on n’avait pas mon numéro de téléphone.
J’ai le cœur en peine. Je l’aimais terriblement, même si j’ai toujours été le petit délinquant.
La perception de soi est étonnante.
Je crois que « petit » la question ne se posait même pas. J’étais « Je pense, donc j’existe » comme disait Descartes. Ce que j’étais importait peu puisque la question n’existait pas.
Puis, j’ai commencé à jouer à l’intellectuel. Je lisais tout ce que je pouvais et déjà j’adorais la cosmologie. J’adorais les Pléiades. Je voulais tout savoir et j’échafaudais de grandes théories. Je prenais des notes dans un cahier de réflexion.
Je crois avoir commencé à me prendre pour un autre à ce moment-là.
Quand je suis arrivé à la Tribune, je me savais un ignorant. Je me reprochais de ne pas avoir de culture. Je voulais déjà être quelqu’un de connu et reconnu. Tout le monde avait une meilleure connaissance musicale que moi, par exemple.
Puis, je me suis politiquement engagé. J’aurais dû à ce moment-là, comprendre que mon radicalisme était, disons, un peu hors-mesure. C’est vrai que je me battais avec la direction de la Tribune pour publier tous mes articles, mais mes crises d’authenticité ressemblaient à celles de Catherine Dorion. C’est drôle comme je me croyais puissant, frondeur et pisseux en même temps.
Aujourd’hui, je comprends que j’aurais été mieux d’être vraiment ami avec Robert Bourassa plutôt que de le voir comme l’ennemi du Québec. L’atmosphère joua un rôle insidieux dans ma démarche politique du temps.
Je croyais vraiment que la révolution était le plus grand appel qu’un individu puisse vivre. C’est vrai, qu’à cette époque, les gens étaient beaucoup plus pauvres et qu’il était normal qu’un journaliste croit qu’il faut absolument changer le système, un système qui divisait les gens entre les riches et les pauvres.
Je devrais être fier de ce que j’ai accompli, je le suis, mais il y a encore un vide autodestructeur que je ressens et je crois que sans l’admette cela devrait s’appeler un suicide intellectuel. Plus jeune, on appelaitça un complexe d’infériorité.
Faux débat
Le faux débat.
Combien de musulmanes seront bannies de la religion musulmane si elles ne portent pas le voile pour travailler dans la fonction publique du Québec? Aucune.
La raison est très simple : il n’en est pas question dans le Coran. Le voile est simplement un rite musulman comme les fidèles doivent se laver avant de pénétrer dans la mosquée ou encore de garder le Coran dans un endroit élevé par respect pour les paroles divines.
…
Ainsi, on nous induit en erreur quand on dit que les femmes ont le choix entre pouvoir travailler et leur religion. Aucune ne sera «excommuniée» pour employer un mot compris ici.
Le port du voile est du même type que la règle en Arabie Saoudite où la femme ne peut pas conduire une auto pour protéger ses ovaires.
En plus du voile, la deuxième étape islamiste est de pouvoir faire croire que les vérités islamistes sont conformes à ce que la science nous apprend.
Quand on m’a reçu musulman (début des années 2000), on m’a offert non seulement d’aller au Pakistan pour parfaire mon éducation ; mais on disait que la France serait musulmane dans les 20 ans et l’Europe dans les 30 ans.
Évidemment, on dit que c’est différent ici , car on ne veut pas faire peur. Si seulement quelques intégristes peuvent nous précipiter dans un tel mouvement social, qu’est-ce que ce sera si on les laisse nous leurrer maintenant? Ce fut exactement ainsi en Europe et ailleurs dans le monde.
Au Québec, on ne connaît pas la différence entre musulman et Islam. C’est normal ce n’est pas notre religion alors on peut nous faire croire n’importe quoi. C’est par respect pour la religion musulmane que je suis islamophobe.
Ma présentation à la Commission Laurent
Présentation
La sexualité : un crime ou un plaisir?
Dans les années 1960, j’écrivais des textes dans des revues montréalaises sur l’homosexualité.
D’ailleurs, mon premier recueil d’amour pédéraste, en poésie, « Hymne à l’amour, le vice et la révolte » ainsi que mon roman « L’homo-vicièr » ont été publiés avant la décriminalisation de l’homosexualité par le gouvernement de Pierre-E. Trudeau.
Après ces premiers livres, on m’a sagement recommandé de cesser d’écrire puisque, selon eux, je n’avais aucun talent. J’aurais peut-être dû les écouter.
Mon but a toujours été de démystifier la pédérastie parce que je craignais la violence dans les rapports sexuels. Plus la répression est forte, plus le danger de violence est grand. Puis, mon intérêt s’est élargi pour s’attarder sur le droit des jeunes à leur sexualité.
Je croyais que pour échapper au fanatisme de la masse certains prédateurs pourraient avoir assez peur de celle-ci pour tuer leurs victimes[1]. Je craignais aussi, m’étant découvert pédéraste, de devenir un monstre comme ceux qui tuaient des jeunes garçons quand j’étais enfant. Une peur qui a probablement retardé le changement que je subirai plus vieux, c’est-à-dire devenir homosexuel, comme me l’avaient préconisé les psychiatres que j’avais consultés.
Je ne croyais pas ce changement possible parce que l’on ne choisit pas ce qui nous attire.
Je crois qu’un pédéraste[2] demeure toute sa vie pédéraste, mais il peut aussi changer, à travers ses expériences, quant aux relations qu’il entretient.
La pédérastie étant une orientation sexuelle, il est préférable pour sa santé mentale de s’accepter comme on est, tout en s’assurant que ce mode de vie soit balisé de manière à ce qu’il n’y ait jamais de violence ou de domination. La seule chose qui doit être interdite dans la sexualité, c’est la violence. L’exigence suprême est le consentement.
Évidemment, les prétendus spécialistes qui n’ont jamais ressenti la moindre tendance en ce sens disent le contraire, comme on disait auparavant dans les livres médicaux que l’homosexualité est une maladie mentale. Pourquoi le pédéraste est-il automatiquement un menteur et un manipulateur?
Les spécialistes connaissent le sujet qu’à travers leur lecture et ne semblent pas encore savoir que le sexe peut être vu non comme un crime, mais plutôt comme un plaisir.
La perception de la sexualité est encore ancrée dans la morale religieuse qui existe depuis l’époque où l’on ne connaissait rien de l’anatomie et du fonctionnement corporel. Il fallait souffrir pour aller au ciel.
J’ai aussi participé à la libération sexuelle partielle en publiant un texte dans le livre Sortir et un dossier dans le Berdache. Et, finalement, j’ai participé à des conférences sur la pédérastie dans les années 1980, avec le psychologue Alain Bouchard. Par la suite, j’ai participé à un projet pilote en enseignant la sexualité à Montréal. J’ai lu tout ce que j’ai trouvé sur la pédérastie, ce qui me confirma que plusieurs en parlent sans savoir de quoi ils parlent et que ceux qui y sont favorables n’ont pas le droit de s’exprimer et encore moins d’être crus.
J’ai toujours avoué être un peu déséquilibré parce qu’en vieillissant j’ai compris que plus jeune j’étais un peu trop fanatique.
Que je devienne professeur et que j’accepte de garder deux garçons du Bangladesh m’a aidé à être plus équilibré parce qu’alors mon intérêt dans la vie était leur mieux-être et non le mien. Grâce à un ami, je suis passé de petit « bum » à professeur. Contrairement à ce que l’on dit, c’est en devenant responsable qu’il est possible de canaliser sa vie dans quelque chose de positif.
La liberté ne peut pas exister sans la responsabilité.
Je n’ai pas été le père que j’aurais voulu être puisqu’il fallait faire face aux dettes, donc, travailler à l’extérieur, mais j’ai très sincèrement fait du mieux que je pouvais, ce qui a fait dire à ceux qui me côtoyaient que j’étais un excellent père, même mieux que bien des pères biologiques.
J’ai aussi appris que le pire ennemi des jeunes garçons n’est pas le sexe, mais l’abus de drogue et de boisson.
La pédérastie est une expression de son homosexualité, donc, de sa réalité. Essayer de se mentir ne sert à rien.
Malheureusement, la peur de ce que la pédérastie implique émotivement a fait que l’on a séparé la pédérastie de l’homosexualité. Et, on a changé les noms des réalités pour mieux les faire accepter (gais) ou mieux les faire haïr (pédophile). Aujourd’hui, on est rendu LBGTQ, mais on refuse toujours la pédérastie, allant même jusqu’à nier son existence alors qu’en Grèce antique la pédérastie était perçue comme le summum de l’amour. Probablement, parce que la pédérastie ferait moins peur aux parents que la pédophilie.
Au lieu de voir les choses comme elles se passent réellement, on préfère perpétuer une morale religieuse qui repose sur une totale méconnaissance de la nature humaine et qui a causé le suicide de milliers de gens. On a fait du sexe le péché des péchés.
Aujourd’hui, on a la preuve, comme je le disais il y a 40 ans, que la pédérastie est une orientation sexuelle. L’individu ne structure ni sa génétique, ni son cerveau, à sa naissance. Il ne choisit pas non plus ses hormones.
On sait aussi que le péché de la chair est une invention qui crée frustrations et culpabilités. Meurtres dans le ca de la Charia.
On a préféré nous taire la réalité, ce qui explique qu’aujourd’hui une très grande partie des jeunes ne savent pas comment se comporter face aux appels de la chair.
J’ai d’abord écrit ce livre-ci pour prôner l’absolue nécessité d’avoir des cours sur la sexualité à la fin du primaire. Des cours basés sur la réalité et non sur la peur du péché.
Je m’excuse du coup de gueule à la fin de la deuxième partie, mais quand vous l’aurez lue, vous penserez peut-être comme moi que ce qui se passe sur le plan de la justice est très différent de ce que l’on nous dit. On force les pédérastes à vire dans l’hypocrisie.
La Charte des droits est une farce. Les droits des jeunes à vivre selon leur sexualité sont encore et toujours ceux des adultes.
Quand approcherons-nous la sexualité à partir de la science et non des religions? Quand respecterons- nous le droit des jeunes à ne pas subir de ségrégation à cause de leur âge, comme le préconise la Charte des droits?
Comme le démontre le livre de Boucard Diouf, la sexualité est bien plus une question d’hormones que de péchés.
Un individu qui meurt à cause de la morale est un crime travesti en vertu.
En toute honnêteté, je dois vous informer que je suis encore en sursis pour avoir reconnu l’accusation suivante : en 1995, je reconnais avoir masturbé mon cousin âgé de 15 ans. L’âge de consentement était alors de 14 ans et je le croyais (et le crois toujours) consentant. Je croyais que pour commettre un crime, il faut vouloir commettre un crime. Encore un mensonge!
Par conséquent, je peux me rendre répondre aux questions des commissaires, s’ils le désirent, mais à huis clos puisqu’en principe je suis un prisonnier. Mon sursis se termine le 12 février prochain.
Il y a toujours deux côtés à une situation, sauf celle-ci. Je suis et serai toujours pour l’égalité hommes, femmes et enfants.
Jean Simoneau
1211 rue Sherbrooke,
Magog J1X2T2
819-843-3668
[1] 1- De 2016 à 2019, j’ai lu dans le Journal de Montréal que trois tueurs avaient affirmé avoir tué leur victime par peur de la réaction des autres.
[2] Un pédéraste n’est pas un pédophile. Un pédophile aime indifféremment les gars et les filles de très bas âge alors qu’un pédéraste est strictement homosexuel et aime seulement les pré-adolescents et les adolescents.
Présentation
La sexualité : un crime ou un plaisir?
Dans les années 1960, j’écrivais des textes dans des revues montréalaises sur l’homosexualité.
D’ailleurs, mon premier recueil d’amour pédéraste, en poésie, « Hymne à l’amour, le vice et la révolte » ainsi que mon roman « L’homo-vicièr » ont été publiés avant la décriminalisation de l’homosexualité par le gouvernement de Pierre-E. Trudeau.
Après ces premiers livres, on m’a sagement recommandé de cesser d’écrire puisque, selon eux, je n’avais aucun talent. J’aurais peut-être dû les écouter.
Mon but a toujours été de démystifier la pédérastie parce que je craignais la violence dans les rapports sexuels. Plus la répression est forte, plus le danger de violence est grand. Puis, mon intérêt s’est élargi pour s’attarder sur le droit des jeunes à leur sexualité.
Je croyais que pour échapper au fanatisme de la masse certains prédateurs pourraient avoir assez peur de celle-ci pour tuer leurs victimes[1]. Je craignais aussi, m’étant découvert pédéraste, de devenir un monstre comme ceux qui tuaient des jeunes garçons quand j’étais enfant. Une peur qui a probablement retardé le changement que je subirai plus vieux, c’est-à-dire devenir homosexuel, comme me l’avaient préconisé les psychiatres que j’avais consultés.
Je ne croyais pas ce changement possible parce que l’on ne choisit pas ce qui nous attire.
Je crois qu’un pédéraste[2] demeure toute sa vie pédéraste, mais il peut aussi changer, à travers ses expériences, quant aux relations qu’il entretient.
La pédérastie étant une orientation sexuelle, il est préférable pour sa santé mentale de s’accepter comme on est, tout en s’assurant que ce mode de vie soit balisé de manière à ce qu’il n’y ait jamais de violence ou de domination. La seule chose qui doit être interdite dans la sexualité, c’est la violence. L’exigence suprême est le consentement.
Évidemment, les prétendus spécialistes qui n’ont jamais ressenti la moindre tendance en ce sens disent le contraire, comme on disait auparavant dans les livres médicaux que l’homosexualité est une maladie mentale. Pourquoi le pédéraste est-il automatiquement un menteur et un manipulateur?
Les spécialistes connaissent le sujet qu’à travers leur lecture et ne semblent pas encore savoir que le sexe peut être vu non comme un crime, mais plutôt comme un plaisir.
La perception de la sexualité est encore ancrée dans la morale religieuse qui existe depuis l’époque où l’on ne connaissait rien de l’anatomie et du fonctionnement corporel. Il fallait souffrir pour aller au ciel.
J’ai aussi participé à la libération sexuelle partielle en publiant un texte dans le livre Sortir et un dossier dans le Berdache. Et, finalement, j’ai participé à des conférences sur la pédérastie dans les années 1980, avec le psychologue Alain Bouchard. Par la suite, j’ai participé à un projet pilote en enseignant la sexualité à Montréal. J’ai lu tout ce que j’ai trouvé sur la pédérastie, ce qui me confirma que plusieurs en parlent sans savoir de quoi ils parlent et que ceux qui y sont favorables n’ont pas le droit de s’exprimer et encore moins d’être crus.
J’ai toujours avoué être un peu déséquilibré parce qu’en vieillissant j’ai compris que plus jeune j’étais un peu trop fanatique.
Que je devienne professeur et que j’accepte de garder deux garçons du Bangladesh m’a aidé à être plus équilibré parce qu’alors mon intérêt dans la vie était leur mieux-être et non le mien. Grâce à un ami, je suis passé de petit « bum » à professeur. Contrairement à ce que l’on dit, c’est en devenant responsable qu’il est possible de canaliser sa vie dans quelque chose de positif.
La liberté ne peut pas exister sans la responsabilité.
Je n’ai pas été le père que j’aurais voulu être puisqu’il fallait faire face aux dettes, donc, travailler à l’extérieur, mais j’ai très sincèrement fait du mieux que je pouvais, ce qui a fait dire à ceux qui me côtoyaient que j’étais un excellent père, même mieux que bien des pères biologiques.
J’ai aussi appris que le pire ennemi des jeunes garçons n’est pas le sexe, mais l’abus de drogue et de boisson.
La pédérastie est une expression de son homosexualité, donc, de sa réalité. Essayer de se mentir ne sert à rien.
Malheureusement, la peur de ce que la pédérastie implique émotivement a fait que l’on a séparé la pédérastie de l’homosexualité. Et, on a changé les noms des réalités pour mieux les faire accepter (gais) ou mieux les faire haïr (pédophile). Aujourd’hui, on est rendu LBGTQ, mais on refuse toujours la pédérastie, allant même jusqu’à nier son existence alors qu’en Grèce antique la pédérastie était perçue comme le summum de l’amour. Probablement, parce que la pédérastie ferait moins peur aux parents que la pédophilie.
Au lieu de voir les choses comme elles se passent réellement, on préfère perpétuer une morale religieuse qui repose sur une totale méconnaissance de la nature humaine et qui a causé le suicide de milliers de gens. On a fait du sexe le péché des péchés.
Aujourd’hui, on a la preuve, comme je le disais il y a 40 ans, que la pédérastie est une orientation sexuelle. L’individu ne structure ni sa génétique, ni son cerveau, à sa naissance. Il ne choisit pas non plus ses hormones.
On sait aussi que le péché de la chair est une invention qui crée frustrations et culpabilités. Meurtres dans le ca de la Charia.
On a préféré nous taire la réalité, ce qui explique qu’aujourd’hui une très grande partie des jeunes ne savent pas comment se comporter face aux appels de la chair.
J’ai d’abord écrit ce livre-ci pour prôner l’absolue nécessité d’avoir des cours sur la sexualité à la fin du primaire. Des cours basés sur la réalité et non sur la peur du péché.
Je m’excuse du coup de gueule à la fin de la deuxième partie, mais quand vous l’aurez lue, vous penserez peut-être comme moi que ce qui se passe sur le plan de la justice est très différent de ce que l’on nous dit. On force les pédérastes à vire dans l’hypocrisie.
La Charte des droits est une farce. Les droits des jeunes à vivre selon leur sexualité sont encore et toujours ceux des adultes.
Quand approcherons-nous la sexualité à partir de la science et non des religions? Quand respecterons- nous le droit des jeunes à ne pas subir de ségrégation à cause de leur âge, comme le préconise la Charte des droits?
Comme le démontre le livre de Boucard Diouf, la sexualité est bien plus une question d’hormones que de péchés.
Un individu qui meurt à cause de la morale est un crime travesti en vertu.
En toute honnêteté, je dois vous informer que je suis encore en sursis pour avoir reconnu l’accusation suivante : en 1995, je reconnais avoir masturbé mon cousin âgé de 15 ans. L’âge de consentement était alors de 14 ans et je le croyais (et le crois toujours) consentant. Je croyais que pour commettre un crime, il faut vouloir commettre un crime. Encore un mensonge!
Par conséquent, je peux me rendre répondre aux questions des commissaires, s’ils le désirent, mais à huis clos puisqu’en principe je suis un prisonnier. Mon sursis se termine le 12 février prochain.
Il y a toujours deux côtés à une situation, sauf celle-ci. Je suis et serai toujours pour l’égalité hommes, femmes et enfants.
Jean Simoneau
[1] 1- De 2016 à 2019, j’ai lu dans le Journal de Montréal que trois tueurs avaient affirmé avoir tué leur victime par peur de la réaction des autres.
[2] Un pédéraste n’est pas un pédophile. Un pédophile aime indifféremment les gars et les filles de très bas âge alors qu’un pédéraste est strictement homosexuel et aime seulement les pré-adolescents et les adolescents.
Se déguiser.
Quand j’enseignais, les jeunes commençaient à se teindre les cheveux. Il fallait beaucoup de courage pour contester ainsi le système. Or, à la fin de l’année scolaire, je me suis présenté en classe les cheveux teints en bleu et spécialement « spyké » par Gabriel, un ami « punk ». L’assistant-directeur me voyant réciter un poète sur mon bureau m’a dit : Je savais que tu es fou, mais je ne savais que tu l’étais autant.
Les élèves adorent le sens de l’humour, mais tout autant la discipline, ce qui est surprenant.
La loi 21 et le voile islamique.
Lettre ouverte
19 septembre 2019
Le problème avec le voile islamique est que ce n’est pas une obligation religieuse, mais un geste de prosélytisme, commandé par les dirigeants religieux, afin d’avoir une idée de la force politique de l’Islam. Une espèce de test quant au degré de fanatisme des fidèles.
Poser la question c’est y répondre : une musulmane sans voile était-elle moins musulmane qu’une musulmane avec un voile ? Une musulmane sans voile est-elle toujours musulmane ? Si oui, à quoi sert la contestation de la loi 21, sinon pour appuyer les « mâles » qui veulent dicter aux femmes comment s’habiller.
La Charte des droits visent à protéger les individus contre les abus de la masse. La loi 21 n’exclut aucune religion, pire une religion n’est pas un individu, mais une institution. On protège ainsi (en contestant la loi 21) ceux qui abusent des femmes plutôt que de protéger les femmes contre une règle soi-disant religieuse abusive.
Contester la loi 21 , c’est simplement faire haïr un peu plus les musulmans du Québec.
Si vous voulez avoir le vote du Québec, vous devez démontrer que vous respectez le Québec comme société distincte.
Nous savons tous qu’il n’y a rien eu d’illégal dans votre appui aux emplois dans l’affaire SNC-Lavalin et que par conséquent, Scheer montre son visage de « faux propre » et sa capacité à mentir pour avoir le pouvoir.
Quant à l’appropriation culturelle, la majorité des gens pensent que cette nouvelle manie est carrément exagérée.
Je suis gai et je dois simplement l’assumer, pas partir en guerre contre les autres. Les autres devraient de l’autre côté se mêler de leurs affaires.
L’humour et l’auto dérision sont des preuves d’intelligence. L’appropriation culturelle est une forme de « victimologie » débile.
La concentration de la presse.
Le problème de la concentration de la presse est un faux problème. J’ai travaillé sous Paul Desruisseaux et Power Corp. Je n’étais pas un ange, j’étais même un peu sauté, mais reste quand même que j’ai été mis à la porte trois fois pour des raisons strictement politiques.
Par contre, pour ce qui est de mon expérience avec Québecor, quand Pierre Péladeau était là, je n’ai jamais su exactement pourquoi j’ai été renvoyé, sinon que j’étais trop à gauche. Ça me semble tout aussi politique.
Ces deux exemples prouvent qu’il faut qu’il y ait étanchéité absolue entre la salle de rédaction et l’aspect financier du journal. Les finances dans un journal, c’est son idéologie, la marque du parti politique qui le détient. On a tué Le Jour en refusant de publier les annonces gouvernementales parce que Le Jour était souverainiste.
On crie à la concentration dès que l’on entend le nom de M. Péladeau alors que Power a toujours été hypocritement la main du parti libéral. Comme RDI est l’organe de presse de Québec solidaire. Deux poids, deux mesures. La Presse refuse de devenir neutre. Elle sera libérale jusque dans son tombeau.
Donc, tout ça c’est de l’hypocrisie. Tant qu’on verra la presse seulement comme le quatrième pouvoir, elle sera toujours qu’un instrument politique. Le jour où le but des journalistes ne sera que la vérité due à ses lecteurs et qu’aucun homme qui finance le journal aura pas le droit d’intervenir le moindrement dans la salle de rédaction, on commencera à vraiment vivre la liberté de presse, une liberté qui est très différente de la liberté d’expression. La liberté d’expression est une réalité qui n’existe pas vraiment dans nos démocraties. Il faut tous être d’un bord ou de l’autre, on rejette les « différents ». J’en sais quelque chose.
Les gens qui créent des fake news tuent la liberté de presse et par ricochet la démocratie. Je n’ai jamais connu un journaliste assez sale pour mentir ou inventer des histoires. Il peut se tromper en rapportant les faits, mais ce sera ce qu’il a appris. On dira ce que l’on voudra, au Québec, les journalistes sont à la recherche des faits, de la vérité. Espérons que les interventions à venir ne tueront pas la liberté absolue qui doit exister dans les salles de rédaction. Aucun journal ne devrait pouvoir être identifié à un parti politique.
Le parti politique d’un vrai journaliste, c’est la vérité et rien d’autre.
Notre rôle.
Quand on écoute les conférences sur notre univers, on peut seulement que se sentir affreusement petit et inutile dans une telle valse des forces du cosmos.
Incroyable que la magnifique voie lactée soit simplement qu’une partie de la galaxie dans laquelle nous habitons. Que dire quand on se rend compte que nous sommes la somme de milliards de particules, un petit nuage que je considérais, quand j’étais jeune, comme un champ de forces électromagnétiques. Je passais un temps fou à regarder les Pléiades par la fenêtre, essayant de communiquer avec ses habitants, par télépathie.
J’essayais de comprendre ce qu’est la mort, cette perte subite de toutes les énergies qui nous habitent. Aujourd’hui, la mort m’apparaît comme un changement de particule à onde. Je me demande encore si une onde peut être aspirée par une force qui voyage à travers un espace presqu’infini, une force qui nous vient d’un autre monde et qui nous y conduit comme si on était bouffé par un aspirateur. J’ai cru comme les Grecs anciens que notre âme se rendait dans une étoile. C’est fou toutes ces sensations alors que je n’avais encore rien lu. Aujourd’hui, j’ai cet étrange sentiment d’être une sensations, une pensée, une accumulations de perceptions, voyageant dans un élément qui nous permet de tout ressentir et que l’on appelle un cerveau. Je ressens physiquement cette fluidité de l’être.
Je ne suis pas assez connaissant et intelligent pour savoir s’il y a vraiment eu une collision entre notre galaxie et une galaxie naine, il y a 10 milliards d’années, ce qui expliquerait la venue de la vie dans notre monde. Est-ce que la matière noire est ce qui s’échappe des trous noirs à leur mort, avant de devenir des vers? Le big bang est-il survenu parce qu’un autre monde entrait en collision avec le nôtre, ratatiné à l’époque en singularité. Un petit changement de température, d’énergies intérieures et bang tout éclate, se refroidit et crée ce que nous sommes.
Je crois que notre rôle individuel est d’amasser des expériences que l’on nomme « vie » pour une mémoire qui s’universalise dans le passage que constitue les trous noirs dans le but qu’un jour il n’existe plus que ces expériences devenues unique, que nos petits cerveaux arriveront à décrypter dans une singularité qui donnera naissance à un autre monde encore plus beau que celui qui nous émerveille déjà. Tout existera comme maintenant, mais sans matière, transformé en énergie pure que nos religions appelaient des anges.
Quand tu es assez fou pour que ces idées t’envahissent vraiment tu peux sincèrement te demander si elles ne sont pas signe d’une maladie mentale encore pire que d’être obsédé par les pénis et la beauté humaine.
Drôle de perception
25 août 2019
Quand j’étais jeune, j’étais obsédé par l’immortalité. Je ne sais où j’étais allé chercher ça, mais c’était la base de tout ma démarche artistique d’écrivain.
J’avais le sentiment de donner l’immortalité à ceux que je nommais dans mes écrits. C’était, selon ce que je ressentais, la plus grande preuve d’amour que je pouvais donner.
Mais, dans un monde aussi développé qu’aujourd’hui, comment faire sa marque? Je ne voyais rien d’autre qu’en inventant quelque chose qui aiderait l’humanité à mieux vivre. Évidemment, je n’ai jamais rien trouvé de tel et je suis demeuré relativement un inconnu.
Cette nouvelle façon de me percevoir, un point inutile dans un univers fantastiquement grand, loin de m’écraser relative tout. Comment se croire intelligent quand on lit la vie de Léonard de Vinci? Qu’est-ce que ça me donne que de voir dans l’univers la reproduction en gros de ce qui se passe dans la vie humaine? Les galaxies naissent grâce aux trous noirs qui bouffent les supernovas, qui ne sont que des nuages de matières qui deviendront dans cette grande valse de nouvelles étoiles dans la pouponnière créée par le trou noir qui finit par tout bouffer et qui après avoir été une singularité s’anéantit pour devenir un ver cosmique. C’est une merveille. Petite particule, j’essaie de m’imaginer les brames et les cordes qui s’enfilent pour modeler notre monde, grâce aux forces qui régissent nos 11 dimensions. Une leçon d’humilité, car on ne sait même pas à quoi ressemblent les dimensions qui dépassent la troisième.
L’univers est infini et éternel recommencement. Il change de forme et d’état selon l’alignement de ce qui le compose. C’est un magnificat qui s’y dégage. Dieu, c’est simplement cette réalité que l’on absorbe en nous promenant de vies en morts pour toujours. L’éternelle transmutation.
L’orientation sexuelle (2)
C’est tout à fait normal que la pédérastie n’ait jamais été admise comme une forme d’homosexualité parce qu’à l’époque où l’on a décriminalisé l’homosexualité, on croyait que les gais étaient potentiellement tous des pervers qui rêvaient de déculotter tous les jeunes garçons. La haine homophobe était à son zénith.
Pour éliminer la violence de la réprobation, on a commencé à appeler les homosexuels, des gais. J’ai écrit à cette époque un dossier de plusieurs pages dans le Berdache proposant que l’on appelle dorénavant la pédérastie de l’amourajoie et que les pédérastes se nomment des amourajeux. Je donnais des conférences sur le sujet et j’ai même participé à des émissions de télévision communautaire dans lesquelles j’affirmais que les psychologues ne voulaient pas reconnaître la pédérastie pour des raisons économiques.
Selon les statistiques d’alors, les pédérastes représentaient environ seulement deux à trois pourcent de la population totale, alors que les gais forment environ 20% de la population.
Puis, est survenu la fameuse notion d’orientation sexuelle. Grâce à M. Pierre Elliot Trudeau, premier ministre du Canada, l’homosexualité fut décriminalisée. Les années 1970 furent des années où la libération sexuelle l’emportait, mais la liberté fut emprisonnée dans un retour à la morale traditionnelle. Heureusement, le droit des homosexuels a survécu. Aujourd’hui, on appelle cette communauté LGBT.
Parce qu’on n’arrivait pas à s’entendre, on a créé un terme pour ramener tous les dissidents dans le même panier. On a inventé la pédophilie, niant même l’existence de la pédérastie dans la Grèce antique. Contrairement à la pédérastie qui est strictement homosexuelle, la pédophilie recrute chez les enfants de moins de 10 ans et n’appartient à aucune orientation sexuelle homme-femme.
L’orientation sexuelle existait de fait mais ne pouvait pas être prouvée. C’était déjà un miracle que la population accepte de mettre fin à la persécutions des homosexuels et qu’on leur reconnaisse des droits. Au Québec, on était encore plus avancé car on acceptait l’âge de consentement que l’on a fixé à 14 ans.
Depuis, la science a pris la place de l’Église pour expliquer l’orientation sexuelle. On a découvert que l’attrait vers le même sexe est simplement dû à une modification dans le cerveau, avant la naissance, modification qui n’a rien à voir avec l’hérédité. Ce minime changement s’effectue probablement au même moment où l’individu définit son identité à savoir s’il est dans sa propre perception un homme ou une femme. Donc, un des derniers éléments avant la naissance.
Puisqu’il est impossible de changer de cerveau, la personne attirée par les gens de même sexe doit vivre avec cette situation qui n’a pas été choisie, mais qui est l’œuvre de la nature. On ne sait pas encore pourquoi ce changement s’effectue.
Ainsi, les morales religieuses homophobes se comportent comme les SS et refusent de reconnaître la réalité comme elle est. La sharia préconise de tuer les homosexuels. Dans sa lutte contre les condoms, l’Église catholique est responsable de milliers de personnes décédées parce qu’elle obéissait à l’Église. Et, les Évangélistes profitent du scandale des prêtres pédophiles pour se lancer dans de vastes campagnes de séduction ou de conversion.
La raison est simple : la foi est devenu l’affaire d’institutions très riches qui carburent avec le nombre de membres.
La différence entre la pédophilie et la pédérastie est immense. Dans le cas de pédophilie, c’est une relation sexuelle entre un homme ou une femme majeure avec un enfant, gars ou fille, de moins de 10 ans.
On ne peut pas accepter la pédophilie parce que le plus jeune n’a pas encore la maturité nécessaire pour pouvoir consentir librement.
Quel que soit l’âge, le consentement est indispensable pour qu’un geste sexuel n’ait pas d’effets négatifs. C’est vrai que dans le cas d’un garçon qui se fait toucher au pénis, tout ce que cela peut provoquer physiquement est qu’il bande et débande. Il ne peut pas éjaculer. Or, le plaisir le plus intense pour un garçon est le moment où il éjacule. L’important est donc comment l’enfant interprète ce qui se passe. Verra-t-il cela comme une curiosité ou comme un danger?
Sauf si les parents ou autres parlent de sexualité, c’est un élément dans la vie d’un enfant qui est inexistant. L’enfant ne voit aucun bien ou aucun mal à la chose sexuelle. Par ailleurs, un tel rapport peut le traumatiser, car il ne comprend pas pourquoi on le touche là où tout le monde dit qu’il ne faut pas être touché. Il ne comprend pas ce qui se passe. S’il est forcé à participer, cela peut aller jusqu’à laisser des séquelles, surtout si cela se sait et que l’on en fait tout un drame, car, il se trouvera coupable ou sali par un événement dont il n’est absolument pas responsable.
Donc, la pédophilie est inacceptable.
La pédérastie est un rapport strictement homosexuel. Elle se produit entre un préadolescent ou adolescent et un adulte. Dans ce cas, le consentement de l’adolescent est encore plus nécessaire puisque le garçon est en âge de décider pour lui si cela est bien ou mal quoiqu’on est, depuis un siècle, tout fait pour que la sexualité pédéraste soit vue comme un péché, une horreur.
À cette époque, et compte tenu de ce que l’on savait, on croyait que le sperme existe qu’en quantité limitée. C’était une partie du cerveau que l’homme donnait lorsqu’il ensemençait. On croyait qu’éjaculer trop jeune créerait des problèmes sexuels dans la vie adulte. On sait depuis que ce n’est pas vrai.
La damnation était aussi certifiée pour tout jeune qui se livre à des jeux dits pervers, oubliant que ce plaisir a été créé (s’il l’a été) par Dieu pour assurer une descendance, une survie de la race. On a pris un plaisir et on a réussi à en faire le crime des crimes.
Pourtant, tout acte sexuel sans violence, consenti est un plaisir. La répression sexuelle a évolué avec la religion depuis que l’on croit dans la dualité chair et esprit.
La différence entre la pédophilie et la pédérastie est immense. Dans le cas de pédophilie, c’est une relation sexuelle entre un homme ou une femme majeure avec un enfant, gars ou fille, de moins de 10 ans.
On ne peut pas accepter la pédophilie parce que le plus jeune n’a pas encore la maturité nécessaire pour pouvoir consentir librement.
Quel que soit l’âge, le consentement est indispensable pour qu’un geste sexuel n’ait pas d’effets négatifs. C’est vrai que dans le cas d’un garçon qui se fait toucher au pénis, tout ce que cela peut provoquer physiquement est qu’il bande et débande. Il ne peut pas éjaculer. Or, le plaisir le plus intense pour un garçon est le moment où il éjacule. L’important est donc comment l’enfant interprète ce qui se passe. Verra-t-il cela comme une curiosité ou comme un danger?
Sauf si les parents ou autres parlent de sexualité, c’est un élément dans la vie d’un enfant qui est inexistant. L’enfant ne voit aucun bien ou aucun mal à la chose sexuelle. Par ailleurs, un tel rapport peut le traumatiser, car il ne comprend pas pourquoi on le touche là où tout le monde dit qu’il ne faut pas être touché. Il ne comprend pas ce qui se passe. S’il est forcé à participer, cela peut aller jusqu’à laisser des séquelles, surtout si cela se sait et que l’on en fait tout un drame, car, il se trouvera coupable ou sali par un événement dont il n’est absolument pas responsable.
Donc, la pédophilie est inacceptable.
La pédérastie est un rapport strictement homosexuel. Elle se produit entre un préadolescent ou adolescent et un adulte. Dans ce cas, le consentement est encore plus nécessaire puisque le garçon est en âge de décider pour lui si cela est bien ou mal. On a depuis un siècle tout fait pour que la sexualité pédéraste soit vue comme un péché, une horreur.
À cette époque pourtant récente et compte tenu de ce que l’on savait, on croyait que le sperme existe qu’en quantité limitée. On croyait qu’éjaculer trop jeune créerait des problèmes sexuels dans la vie adulte. On sait depuis que ce n’est pas vrai.
La damnation était aussi certifiée pour tout jeune qui se livre à des jeux dits pervers, oubliant que ce plaisir a été créé (s’il l’a été) par Dieu pour assurer une descendance, une survie de la race. On a pris un plaisir et on a réussi à en faire le crime des crimes.
Pourtant, tout acte sexuel sans violence, consenti est un plaisir. La répression sexuelle a évolué avec la religion depuis que l’on croit dans la dualité chair et esprit.
L’orientation sexuelle (1)
Même, si en principe, il n’y a vraiment que deux orientations sexuelles (hétérosexuel et homosexuel), chaque orientation sexuelle se manifeste sous beaucoup de visages. On arrive même à être bisexuel.
Aujourd’hui, plusieurs vivent leur sexualité, seul, dans le désir inassouvi d’une réelle expérience sexuelle. C’est le cas des relations sexuelles, qui se vivent, grâce à la Cam, sur internet. Ça fait un peu exhibitionniste, mais ça permet de se défouler avant de devenir des dangers publics. On ne peut pas tellement parler d’amour véritable.
C’est un moyen d’échapper aux deux pires dangers de la sexualité soit : la culpabilité et la frustration.
La sexualité détient tous les records de mensonges à cause des religions. Ces dernières ont introduit des définitions et des règles sans savoir de quoi elles parlent, mais elles avaient l’avantage de garantir le pouvoir. La confession rendait tous les humains transparents, les garrochant ainsi dans la servitude religieuse. Pour les religieux la sexualité ne pouvait être que le mal. Difficile de comprendre la très grande majorité des humains, si tu passes ta vie à te sauver du plaisir, afin de pouvoir jouir éternellement d’un face à face avec Dieu. C’est pourtant une malheureuse réalité.
Les deux orientations sexuelles de base sont : hétérosexuel les et homosexuelles. L’orientation sexuelle fixe strictement par quel genre de personnes tu es attiré. Les hétéros, c’est entre un homme et une femme. Pour éliminer les jalousies, les religions ont proclamé le couple. Le but d’une relation sexuelle hétérosexuelle est centré habituellement sur le désir d’avoir des enfants. Les religions refusent toutes formes d’adultères, après avoir consacré le lien entre un homme et une femme. Cette obligation devient de plus en plus une forme d’oppression de l’homme sur la femme. Dieu ne dit-il pas que la femme doit être soumise à son mari? Je me demande bien où il est allé chercher ça. Les adeptes qui sacrifient leur sexualité à Dieu compensent par le désir de pouvoirs de plus en plus malsains et souvent violents. Où est l’amour sans passion ? Cet amour égocentrique qui choisit le matériel plutôt que la passion ne fait-il pas de nous des esclaves, des esclaves de notre nombril, des esclaves de la gloire?
L’homosexualité, c’est le rapport entre deux personnes de même sexe. Jusqu’à, il y a plus de 50 ans, l’homosexualité était vue comme une maladie mentale. Heureusement la science établit qu’être gai est aussi normal que d’être hétéro. La lutte pour faire reconnaître l’homosexualité a été féroce parce que la plupart des gens croyaient qu’un homosexuel était nécessairement un corrupteur d’enfants.
Le fait de reconnaître le droit à ton orientation sexuelle a exigé l’invention de la pédophilie. On a oublié que l’ancêtre de cette réalité devenue une peur, s’appelait auparavant pédérastie et était vu comme summum de l’amour homosexuel. À cette époque, on avait compris qu’en réalité l’âge n’a absolument aucun rapport avec l’orientation sexuelle. L’âge n’est qu’un moyen pour entretenir la peur du sexe et créer dans la conscience de chaque individu sa haine du plaisir sexuel.
La réalité est que l’on naît avec une orientation sexuelle qui ne nous quittera qu’à l’heure de notre mort. On ne sait même pas pourquoi cette orientation sexuelle s’est implantée en nous. On a inventé la pédophilie pour tuer l’homosexualité, mais malheureusement pour les censeurs, la pédophilie est, on le sait, maintenant autant un phénomène hétérosexuel qu’homosexuel.
On sait maintenant que l’orientation sexuelle existe dès la naissance.
coordonnées
La loi 21 du Québec.
La loi 21 au Québec est contrairement, à ce que l’on prétend en dehors du Québec, surtout au Canada, un moyen d’éliminer toutes les formes de ségrégations religieuses. Cette loi interdit le port de signes religieux de toutes les religions quand on remplit des emplois d’autorité dans l’appareil de l’état. Le but est qu’aucune personne ne se sente lésée dans ses droits quand elle reçoit un service gouvernemental. Par exemple, une femme musulmane aurait beaucoup plus de difficulté à dénoncer la violence conjugale dans sa famille, si elle est devant une personne qui par prosélytisme incarne une quelconque religion pour qui la femme a moins de valeur que l’homme. Dans l’espace public, il n’y a aucune restriction quant à afficher sa foi quelle que soit la religion. Qu’un organisme musulman canadien se mêle de la décision québécoise, c’est s’assurer que les musulmans seront encore plus méprisés au Québec. L’Église catholique a cessé de considérer comme péché de manger de la viande le vendredi, une règle religieuse qui a été abandonnée sans remous. Le port du voile islamique n’a jamais été interdit dans le Coran. Aussi les imans qui veulent la paix sociale devraient donner la permission à une femme qui veut exercer un emploi d’autorité pour l’état de ne pas porter de voile pour cette occasion toute spéciale. Au Québec, c’est l’Assemblée nationale qui est souveraine et il lui appartient de décider du comment vivre ensemble. Au Québec, tu vis ta foi dans ton temple ou dans ta maison. La religion est personnelle. Puisque la personne qui enseignait au Québec avec un voile peut, si elle le portait déjà lors du dépôt de la loi, continuer de le faire, c’est absolument mensonger que de prétendre qu’elle souffre d’une forme de discrimination.
Je crois que la mort est simplement un changement de statut de notre réalité. Nous sommes une particule qui devient une onde.
I beleive that death is a change of our realty statut: we are a « particule » that become a wave (onde).
Edilivre, à Paris, vient de rompre son contrat avec moi. Il ne vendra plus Le jeune espion et Les derniers amours de platon.
Jean Simoneau. écrivain
J’ai déjà publié dans plus de 20 livres. Il est possible de me joindre à jeansimoneau@cgocable.ca
Hello world!
You can read all my texts at : http://jeansimoneau.com