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Petite anthologie des textes érotiques masculins par Jean Ferguson

mars 23, 2020

JEAN LORRAIN

(Français, 1855-1906)


Jean Lorrain, de son vrai nom Paul Duval, fut tout un personnage, on peut même affirmer que la réputation du personnage l’emporta sur celle de l’écrivain. Poète, conteur, journaliste, romancier, homme de théâtre, il avait une facilité d’écriture assez exceptionnelle. Son vocabulaire est souvent recherché. L’homme était d’une grande sincérité, ce qui le rendit populaire. Peintre complaisant des travers humains, il connut le succès avec la pièce de théâtre
Une nuit de Grenelle.

Il avait fait de brillantes études au Lycée Impérial de Vanves et chez les Dominicains d’Arcueil où il se passionna très tôt pour l’écriture.

Son père voulait en faire un éleveur normand, mais Paul refusa tout net le « métier des vaches ». Il descendit à Paris où il fréquenta des écrivains comme Coppée, Huisman, Bloy et d’autres moins connus. C’est à ce moment qu’il prend le nom de Jean Lorrain.

Amateur de solides gaillards comme l’était Genêt, il aimait fréquenter les bars à marins, les grèves, les brasseries et les ports. A Paris, il fit la connaissance d’un matelot blond surnommé Ophélus qu’il ne quitta plus. Il prétendit aussi qu’il avait comme amis des lutteurs, des cambrioleurs, des assassins, des pitres, des souteneurs et autres personnages aussi peu recommandables.

« J’ai couché, cette nuit, entre deux débardeurs

Qui m’ont débarrassé de toutes mes ardeurs.»

Quelque six ans avant son décès, il s’installa à Nice où il put donner libre cours à ses penchants :    
« Vous ne vous doutez pas du vent d’amour que le printemps déchaîne dans ce pays. On est suivi, abordé dans les rues, sur les chemins, requis à toute heure du jour et de la nuit ; l’atmosphère sent la rose et le foutre … et, le soir, quand on se promène au bord des quais, les marins vous hèlent à bord de leurs balancelles ; mais y descendre serait imprudent : on disparaîtrait pour toute la nuit à
fond de cales … »


Le fait est que Jean Lorrain fut très populaire auprès des bateliers et des cochers qui, selon ses confidences, lui voulaient le plus grand bien. Il retourne pourtant
à Paris, sa santé se détériore car il est victime de l’abus qu’il fait de l’éther sous forme de liquide alcoolisé. Cette substance excite les centres nerveux sensoriels, ce qui produit des sensations agréables et parfois voluptueuses.        
Il meurt le 30 juin 1906 seulement âgé de 51 ans.


PETIT POÈME DÉDIÉ À WITIIOLD DE K.

Quand vous serez parti, loin des murs du collège,

Songerez-vous parfois au poète, au rêveur

Qui vous aimait d’amour et pour vous -le dirais-je-
Effeuillait au printemps la marguerite en fleur ?

COUR D’ASIE
[ … ] Tout en buvant, Noronsoff jouait avec les cheveux de l’aîné des Schoboleski, Nicolas, assis près de lui sur le divan ; sa main s’attardait dans les boucles blondes et serrées de l’enfant. .. Ce garçon de seize ans assistait à ces conversations. À quoi songeait donc la comtesse ? Elle était là, d’ailleurs, trônant au premier rang des auditeurs, son dernier fils debout entre ses genoux et câlinement appuyé contre elle, la mère et l’enfant formant tableau, lui, vêtu de velours noir ; elle, vêtue de blanc. [ … ]

LE SOUPER DE TRIMALCION


[ … ] C’était trois gars solidement charpentés, trois mokos de la Riviera, dont la chair brune était singulièrement tatouée. L’un couché sur le ventre offrait le fameux tatouage, connus sous le nom de « la chasse au renard », que Pierre Loti a décrit dans Mon frère Yves : tracés à l’encre bleue, les chiens et les

chevaux la meute et les cavaliers contournent les épaules, la poitrine et le torse à la poursuite du renard, disparu dans son terrier ; c’est un tatouage classique,

L’autre renversé sur le dos, les mains croisées sur son visage, étalait, des épaules aux genoux, l’effigie d’un vautour aux ailes à demi refermées ; le bec de l’oiseau occupait le milieu de la poitrine, les dernières plumes des ailes s’effilaient sur les rotules, les serres étreignaient un étrange perchoir.


Le troisième couché sur le côté enrichissait son derme de détails d’architecture : un arc de triomphe surmontait ses reins, une des fontaines de la Concorde s’épanouissait sur son ventre; des légendes grivoises soulignaient ces dessins. [ … ]

LUCIEN

(Grec, 124-192)

Originaire de Samosate, en Syrie, Lucien s’éleva au-dessus de sa condition modeste et il devint fonctionnaire en Égypte. Écrivain qui s’est parfois adonné à la satire, il est pourtant sensible et philosophe. Son personnage de Callicratidas, dans Les amours représente le type même de celui qui éprouve un amour sans partage pour les garçons qu’il exprime avec une profondeur étonnante. Il a écrit plus de quatre-vingt-deux ouvrages surtout à tendance philosophique dans un style agréable qui n’est pas sans rappeler les écrivains grecs anciens. Lucien mourut de la goutte ou pour les Chrétiens mordu par un chien enragé car il avait dénoncé les absurdités, selon lui, du christianisme.

(Achille pleure la mort de son ami Patrocle):

« Qui avait-il de plus beau que le commerce sacré de tes cuisses ! »

(Ce même Lucien répondit à ceux de ses contemporains qui prétendaient « qu’aimer un homme était contre nature »):

« Le mariage est infiniment utile à la société. C’est chose heureuse lorsque par hasard il réussit. Mais la pédérastie, considérée comme le gage d’une amitié pure et chaste, n’appartient qu’à la seule philosophie. Je permets donc à tous les hommes de se marier, mais les philosophes seuls ont le droit d’aimer les jeunes garçons ; la vertu des femmes n’est pas, pour eux, assez parfaite >.

PIERRE DE MARBOEUF

(Français, 1596-1645)

Poète d’inspiration baroque, peu connu, Marboeuf est un auteur intéressant surtout dans sonRecueil de vers, publié en 1628.

L’INNOCENCE D’AMOUR

Tu me dis que l’amour est toujours en enfance,

Qu’il se plaît, comme enfant, à mille petits jeux,

Et s’il blesse quelqu’un en se jouant de ses feux,

Que le mal qu’il lui fait vient de son ignorance.


Qu’aveugle est cet archer qui n’a pas connaissance

Où frapperont ses traits qui sont si dangereux ;

Et si pour son sujet quelqu’un est malheureux,

Tu m’assures que c’est une pure innocence.

S’il est vrai que l’amour ne t’est pas inconnu,

Qu’il est un imbécile, et qu’il va toujours nu,

Innocent, dépouillé de malice et de ruse ;

N’aie-je point de raison, quand le mal que je sens

Me fait dire, qu’Hérode aurait eu quelque excuse,

S’il eut tué l’amour avec les Innocents.

CHRISTOPHER MARLOWE

(Anglais, 1564-1593)

Le plus grand des dramaturges élisabéthains, inspiré et audacieux. Il étudia à Cambridge. Il se destinait à la prêtrise, mais à sa sortie de l’université, il décida d’être acteur. Carrière brève, car un malheureux accident en fitun estropié. Il se consacra désormais à l’écriture dramatique, domaine où il réussit brillamment.

On sait qu’il a vécu avec Thomas Kyd une aventure amoureuse passionnée et partagée.

Sa mort reste une énigme. Très jeune, il avait appartenu au service secret de la Reine. C’est probablement pour cette raison qu’il fut assassiné par un certain Ingram Frizer, dans une taverne de Deptport. On doit à cet écrivain quelques aphorismes amusants comme
celui-ci            :

« Quiconque n’aime pas les garçons est un imbécile. »

HÉRO ET LÉANDRE

« 0 Héro, Héro ! • allait-il répétant ;

puis il gravit une roche élevée

d’où, découvrant sa tour, il la fixa longtemps des yeux,

et supplia l’Hellespont qui s’agitait à l’étroit dans ses rives,

de s’ouvrir en deux, afin qu’il puisse aller ct revenir ;

mais les flots bondissants répondaient toujours : « non ».

Alors, il mit à nu son corps blanc comme ivoire,

et criant : « Amour, me voici !  » il plongea brusquement.

Ce que voyant, le dieu au visage de saphir, s’échauffa

et fit sonner la conque à son Triton folâtre,

s’imaginant que Ganymède, mécontent,

avait quitté les cieux ; et il se jeta sur lui.

Léandre eut beau lutter, les vagues l’enlacèrent,

et l’attirèrent au fond de la mer, où le sol

était jonché de perles, et où, dans des bosquets de corail,

de mélodieuses sirènes jouaient avec leurs amants

sur de lourds amas d’or, et prenaient grand plaisir

à se moquer dédaigneusement des trésors naufragés.

C’est là que se dressait le beau palais d’azur

où demeurait le roiNeptune avec sa cour.

Le dieu lascif l’étreignit ; l’appela « mon amour « 

jura de ne jamais le rendre à Jupiter.

Mais lorsqu’il s’aperçut que ce n’était pas Ganymède,

car Léandre, sous l’eau, était presque mort,

il le souleva jusqu’à la surface, et, ayant vu son visage,

de son trident, rabattit les vagues trop hardies

qui se dressaient dans l’espoir de l’embrasser,

et retombèrent en pluie de larmes, pleurant de l’avoir manqué.

Léandre, remonté, commença de nager,

et, tournant la tête, vit que Neptune le suivait.

Le pauvre, consterné, se prit à s’écrier :

« Oh ! Laissez-moi la voir avant que je ne meure ! »

Le dieu mit à son bras le bracelet d ‘Héllé,

et jura que la mer ne lui ferait jamais de mal.

Il tapotait ses joues pleines, jouaient avec ses longues boucles,

et, souriant d’un air lascif, trahit son désir amoureux.

Il guettait les bras du nageur, et lorsqu’ils s’ouvraient tout grands,

à chaque brasse, il se glissait entre eux,

dérobait un baiser, puis s’échappait, dansait,

et, se retournant, lui jetait des œillades passionnées,

lançait pour l’amuser mille rien colorés,

puis il plongeait, et venait regarder de tout près

sa poitrine, ses cuisses, et tous ses membres,

remontait à nouveau, et nageait contre lui,

et lui parlait d’amour. Léandre répliqua :

« Vous êtes dans l’erreur, je ne suis pas une femme, moi »,

Didon (scène 1)

(Jupiter attirant Ganymède sur ses genoux) :

Viens, charmant Ganymède, viens jouer avec moi.

Je raffole de toi, en dépit de Junon.

Ganymède

Je suis bien avancé avec votre amour indigne

Qui ne me protège pas des coups de la mégère.

Aujourd’hui, pendant que je remplissais vos coupes

Et que je préparais votre manteau d’apparat,

Elle me donna une telle gifle que je renversai le broc

Et que le sang m’en coula des oreilles.

Jupiter

Quoi ! Elle ose frapper le chéri de mon coeur ?

Par l’âme de Saturne et par ma barbe,

Qui, trois fois secouée, fait trembler la terre,

Je jure, si elle te fait la tête encore une fois,

De la pendre, comme un météore, entre ciel et terre,

Pieds et mains liés avec des cordes d’or,

Comme j’ai rait autrefois pour punir Hercule.


Ganymède


Si je pouvais assister à ce charmant spectacle,

Comme je rirais avec Ic frère d’Hélène,

Comme j’amènerais les dieux pour s’en ébahir !

Doux Jupiter, si jamais je t’ai plu,

Si je t’ai semblé beau, enfermé dans tes toiles d’aigles,

Accorde cette faveur à mon charme immortel

Et je ne quitterai plus tes bras resplendissants.


Jupiter


Que puis-je, charmant espiègle, refuser à ta jeunesse ?

Ton visage me procure une telle extase

Qu’affolé par son éclat brûlant qui me perce comme une flèche,

J’ai souvent arrêté les chevaux de la Nuit

Qui t’auraient dérobé à ma vue.

Viens sur mes genoux et agis à ta guise,

Maîtrise le fier destin, coupe le fil du temps.

Est-ce que tous les dieux ne sont pas à tes ordres,

Et la terre et le ciel, les seules bornes de ton plaisir ?

Vulcain dansera pour que tu te moques de lui.

Mes neuf filles chanteront quand tu seras triste.

À l’oiseau de Junon j’arracherai ses plumes orgueilleuses

Pour te faire un éventail qui te rafraîchira.

Les cygnes de Vénus se dépouilleront de leur duvet d’argent

Pour rendre plus doux clans ton lit le sommeil.

Mercure ne montrera plus ses ailes au monde

Si ton caprice veut l’eu dépouiller

Et, comme celle-ci, je les lui arracherai toutes,

(Il arrache une plume aux ailes de Mercure.)


Pourvu que tu dises : « Leur couleur me plaît. »

Tiens, mon petit chéri, prends ces bijoux.

Junon les portait le jour de son mariage.

Mets celui-ci autour de ton cou, mon amour à moi tout seul,

Et de mon larcin pare tes bras et tes épaules.

Ganymède

Je voudrais avoir des boucles d’oreilles

Et une belle broche pour mettre à mon chapeau

Et alors je t’embrasserai cent fois …

Jupiter

Tout ce que tu voudras, Ganymède, pourvu que tu m’aimes.

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