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Petite anthologie de textes érotiques masculins de Jean Ferguson.

mars 26, 2020

PLUTARQUE
(Grec, 20 après J.-C.- 125)

CHANT POPULAIRE

Ô jeunes garçons, à qui le sort a donné des grâces

et d’honnêtes parents,

Ne refusez pas aux braves de jouir de votre jeunesse,

Car en même temps que la vaillance, le bienveillant Éros

Fleurit dans les villes des Chalcidiens.

À Argos, je le sais, la mariée se met une fausse barbe pour la nuit de ses noces.

À Cos, le mari enfile des vêtements féminins.

À Sparte, la future mariée est remise entre les mains de la nympheutria; cette femme lui coupe les cheveux ras, la vêt d’un vêtement d’homme et lui met des chaussures masculines. Ensuite, elle la laisse seule sur une paillasse, dans la noirceur.

Le jeune marié, qui n’est pas ivre, ni amolli par les plaisirs de la table mais qui, avec sa sobriété coutumière, a dîné aux phidities, entre, lui délie la ceinture et, la prenant dans ses bras, il la porte sur le lit. Puis, sans plus de préambule, il va dormir avec ses compagnons, des tout jeunes gens. Le marié peut agir de cette façon plusieurs années durant, si bien qu’il est père plusieurs fois sans avoir jamais vu sa femme en plein jour.

Je suis bien d’accord avec cette coutume, car la liberté des relations sans entraves amène le déclin des sentiments. Etj’imagine que ce déguisement de fille en garçon est un moyen de rassurer le jeune marié, plus habitué à faire l’amour avec des garçons ou des hommes qu’avec des femmes.

POLITIEN

(Toscan, 1454-1494)

Il avait comme prénom Ange et il fut précepteur des enfants de Laurent de Médicis. Pourtant son goût immodéré pour les garçons était bien connu. Ses contemporains le considéraient comme un génie, ce qui semble se confirmer par le fait qu’il fut un professeur extrêmement populaire. Qu’on en juge: chaque jour cinq cents jeunes, venus de tous les coins de l’Europe pour suivre son enseignement allaient le chercher à sa demeure et après les cours le reconduisaient de même.

Auteur de nombreuses poésies grecques et latines, il est surtout connu de nos jours par son œuvre en toscan où /es souvenirs de l’Antiquité classique sont tempérés par sa connaissance de la poésie populaire toscane. Il eut une fin à sa hauteur. Dans Anecdotes de Florence, Varillas nous raconte ses derniers moments.

« Il avait une telle passion pour ses écoliers que rien ne pouvait la combler. Il succomba à cette fièvre d’amour. Dans la violence de l’accès, il composa une chanson pour l’être dont il était charmé, se leva du lit, prit un luth et se mit à chanter sur un air si tendre et si pitoyable qu’il expira en achevant son couplet … ». Malgré cela, il fut enterré selon son désir dans l’église Saint-Marc en habit de dominicain. C’est assez dire le sentiment de vénération qu’il inspirait.  

La
Fable d’Orphée, dont nous reproduisons un extrait, composée en 1480, était représentée sur scène. Ce qui d’ailleurs inspira Monteverdi pour son Orfeo écrit en 1607.

LA FABLE D’ORPHÉE

Puisque si cruelle est ma fortune,

désormais je ne veux plus aimer femmes aucune;

je veux dorénavant cueillir les fleurs nouvelles

parmi le printemps du sexe le meilleur :

tous ceux qui sont gracieux et sveltes.

Cet amour est l’amour le plus doux, le plus suave.

Que personne ne me parle plus des femmes

puisqu’est morte celle qui posséda mon coeur.

Celui qui veut avoir commerce avec moi,

qu’il ne me parle pas de l’amour féminin.

Combien pitoyable l’homme qui change de désir

pour une femme, et, pour elle, se réjouit et se tourmente,

ou, pour elle, se dépouille de sa liberté,

ou croit à ses apparences ou à ses paroles.

Car elle est toujours plus légère que feuille au vent,

et mille fois le jour veut et ne veut pas.

Elle suit qui la fuit, à qui la veut, elle se dérobe;

elle va et vient comme le flux et le reflux sur le rivage.

De l’autre amour, Zeus lui-même nous fait foi,

lui, qui, par le doux nœud d’amour enlacé,

jouit dans le ciel avec son beau Ganymède;

Apollon sur la terre jouit avec Hyacinthe;

à ce saint amour Hercule aussi céda;

lui, le vainqueur du monde entier,

par le bel Hilas est vaincu.

RAOUL PONCHON

(Français, 1848-1937)

Pendant vingt ans, dans divers journaux, Raoul Ponchon commenta l’actualité en rimes avec beaucoup de verve et d’esprit, 150,000 vers en tout. II en tira un seul volume de son vivant: La Muse au cabaret. Après sa mort parurent deux livres posthumes: La Muse gaillarde et Gazettes rimées. Il fit partie du groupe des zudistes. Amateur de garçons, il allait de cabarets en brasseries où il célébrait avec Verlaine, Germain Nouveau, André Gill, Richepin, les Goncourt, Daudet et Dorgelès. II a exprimé son talent poétique dans une versification raffinée et habile. Lyrique, joyeux, truculent, gaillard, il a chanté le vin, la bonne chair et l’amour des jeunes gens.           

LE MONÔME

Comme l’ont fait avec ces dames

Quand on se trompe de côté,

Ils jouaient donc, entr’eux, sans femmes,

À divers jeux non sans beauté:


À riflandouille; à : voit mon chose

Ça n’est pas un grain de millet:

À : Si tu veux avoir ma rose,

Ne compte pas sur mon œillet …


À s’entre-polir la colonne …

Vertébrale, bien gentiment,

Ça ne fait de mal à personne

Et ça peut distraire un moment.


Or, croiriez-vous que la police

Vient troubler leurs jeux innocents;

— Elle trouve de la malice

Partout, vrai, ç’a-t-il du bon sens?


Quand se rua la Préfecture,

Ils étaient à la queu’leu leu,

Dans le simple état de nature,

Jouant à l’on sait quel jeu.


Le premier qui tenait la tête

Voyant entrer l’homme de loi,

Crut fondre sur lui la tem pète

Et serra les fesses d’effroi.


Le second fut pris! Le troisième

N’en mena pas large non plus;

Le suivant fut saisi de même

Comme un oiseau pris dans des glus;

Le dernier de ces bons apôtres

N’eut garde de se dilater,

Mais s’il serrait comme les autres,

li pouvait néanmoins péter.

[ … )

JACQUES PRÉVERT

(Français, 1900-1977)

Singulier poète que ce Prévert. On l’assimila aux Surréalistes, mais il n’était pas surréaliste, en fait, il n’était d’aucune école. Il occupa la fonction de scénaristes et écrivit les dialogues des plus importants films de Marcel Carné. C’est après la guerre que parut son premier recueil Paroles qui connut un immense succès. Poète populaire et admiré, il est aussi un prodigieux conteur et il mêle dans ses contes, dans ses récits et même dans sa poésie un humour corrosif et une fantaisie bon enfant.         

LE TENDRE ET DANGEREUX VISAGE DE L’AMOUR

Le tendre et dangereux

visage de l’amour

m’est apparu un trop long jour

C’était peut-être un archer

avec son arc

ou bien un musicien

avec sa harpe

Je ne sais plus

Je ne sais rien

Tout ce que je sais

C’est qu’il m’a blessé

peut-être avec une flèche

peut-être avec une chanson

Tout ce que je sais

c’est qu’il m’a blessé

Blessé au coeur

et pour toujours

Brûlante trop brûlante

blessure d’amour.

HENRI DE RÉGNIER

(Français, 1864-1936)

Homme d’une discrétion absolue, Henri de Régnier fut romancier et poète. Gendre de José-Maria de Hérédia, il hésita entre le Parnasse et le symbolisme. Sa poésie est toute empreinte d’une délicatesse élégante. L’allusion à Narcisse révèle une mélancolie sensuelle qui attendrit par une espèce de volupté presque charnelle. 

Un enfant vint mourir, les lèvres sur tes eaux,

Fontaine! De s’y voir au visage trop beau

Du transparent portrait auquel il fut crédule …

Les flûtes des bergers chantaient au crépuscule;

Une fille cueillait des roses et pleura;

Un homme qui marchait au loin se sentit las.

L’ombre vint. Les oiseaux volaient sur la prairie;

Dans les vergers, les fruits d’une branche mûrie

Tombèrent, un à un, dans l’herbe déjà noire,

Et, dans la source claire où j’avais voulu boire,

Je n’entrevis comme quelqu’un qui s’apparaît.

Était-ce qu’à cette heure, en toi-même, mourait

D’avoir voulu poser ses lèvres sur les siennes

L’adolescent aimé des miroirs, ô Fontaine?

RHIANOS

(Milieu du III’ siècle av. J.-c.)

Esclave, directeur d’une palestre, Rhianos décida de s’instruire et devint grammairien, poète et philosophe. Il ne reste de lui que de rares fragments des ses œuvres, surtout sur des sujets amoureux.

GARÇONS

Je compare les garçons à un labyrinthe sans issue:

De quelque côté que l’on se tourne,

Il y a partout des pièges pour les yeux.

Ici, c’est Théodoros

Qui séduit par la beauté fleurie

D’une chair saine et grassouillette.

Là, c’est Philoclès au teint d’or,

Petit de taille, mais tout rayonnant d’une grâce céleste.

Se tourne-t-on vers Leptinos?

On est immobilisé,

Rivé sur place par des chaînes d’airain:

Ses yeux sont un éblouissement;

Toute sa personne, de la tête aux pieds, est un pur joyau.

Salut à vous, beaux garçons!

Puisse votre jeunesse s’épanouir dans sa fleur!

Puisse votre vieillesse se couronner de cheveux blancs!

ARTHUR RIMBAUD

(Français, 1854-1891)

Rimbaud a tout écrit son œuvre en 1875. C’était un enfant prodigue en révolte contre sa famille. Il se sauve de Charleville en 1871, mais la police le ramène à son foyer. Dans ses premiers poèmes, on voit la fureur que lui inspire la société. En recevant quelques-uns de ses poèmes, Verlaine est enthousiasmé. Il le fait venir et alors commence une amitié ardente. L’itinéraire est facile à suivre: Paris, Belgique, Angleterre. Ils sont souvent ivres. Rimbaud termine Une saison en enfer. Les Illuminations, son chant du cygne, ne seront que la suite de son projet poétique. Rimbaud a travaillé à se rendre « voyant » et il a pratiqué le dérèglement de tous les sens. C’est un adolescent qui souffre d’une grande timidité et qui se sent différent. Son union avec Verlaine est orageuse comme on le sait. Il finit par lasser son aîné par son caractère brouillon et difficile. Rimbaud veut en finir avec cet amour tumultueux et il écrira: « Ah! L’égoïsme de l’adolescence, l’optimisme studieux; que le monde était plein de fleurs cet été ».


Au physique, Rimbaud a été un bel adolescent, en cela, il faut donner raison à Verlaine de l’avoir aimé passionnément. Au moral, ce fut un jeune garçon qui n’avait aucune affinité avec la société de son temps. Taciturne, il avait les sentiments à fleur de peau, il rougissait facilement et s’emportait pour un rien. Il se croyait choisi par le destin pour accomplir des choses prodigieuses. Il partit finalement pour l’Afrique en coupant tous les ponts avec son entourage. Il fut tour à tour caravanier et trafiquant d’armes. Il reviendra malade et mourra d’un cancer à l’hôpital de Marseille en
1871. Il avait trente-sept ans et il y avait longtemps qu’il avait renoncé« au diable de la littérature ».

ANTIQUE

Gracieux fils de Pan!

Autour de ton front couronné de fleurettes et de baies tes yeux,

des boules précieuses, remuent.

Tachées de lies brunes, tes joues se creusent.

Tes crocs luisent.

Ta poitrine ressemble à une cithare,

des tintements circulent dans tes bras blonds.

Ton coeur bat dans ce ventre où dort le double sexe.

Promène-toi, la nuit, mouvant doucement cette cuisse,

cette seconde cuisse et cette jambe de gauche.

Ô SAISONS, Ô CHÂTEAUX


Ô saisons, ô châteaux

Quelle âme est sans défauts?

Ô saisons, ô châteaux,


J’ai fait la magique étude

Du bonheur, que nul n’élude.


Ô vive lui, chaque fois

Que chante son coq gaulois.


Mais! Je n’aurai plus d’envie,

Il s’est chargé de ma vie.

Ce Charme! Il prit âme et corps,

Et dispersa tous efforts.


Que comprendre à ma parole?

il fait qu’elle fuie et vole

Ô saisons, ô châteaux!

SOLEIL ET CHAIR

(Passages choisis)

Je regrette le temps de l’antique jeunesse,

Des satyres lascifs, de faunes animaux,

Dieux qui mordaient d’amour l’écorce des rameaux

Et dans les nénuphars baisaient la Nymphe blonde!


Je regrette le temps où la sève du monde,

L’eau du fleuve, le sang rose des arbres verts

Dans les veines de Pan mettaient un univers!

Où le sol palpitait, vert, sous ses pieds de chèvre;

Où baisant mollement sa lèvre le clair syring

Modulait sous le ciel le grand hymne d’amour;

Où, debout sur la plaine, il entendait autour

Répondre à son appel la nature vivante,

Où les arbres muets, berçant l’oiseau qui chante,

Et tous le animaux, aimaient, aimaient Dieu!


Ô! L’homme a relevé sa tête libre et fière!

Et le rayon soudain à la beauté première

Fait palpiter le dieu dans l’autel de la chair!

Heureux du bien présent, pâle du mal souffert,

L’homme veut tout sonder, — et savoir!

Ô! Splendeur de la chair! Ô splendeur idéale!

Ô renouveau d’amour, aurore triomphale

Où courbant à leurs pieds les Dieux et les Héros,

Kallypige la blanche et le petit Éros

Effleureront, couverts de la neige des roses,

Les femmes et les fleurs sous leurs beaux pieds écloses!


La Source pleure au loin dans une longue extase …

C’est la Nymphe qui rêve, un coude dans son vase,

Au beau jeune homme blanc que son onde a pressé.

— Une brise d’amour dans la nuit a passé,

Et, dans les bois sacrés, dans l’horreur des grands arbres,

Majestueusement debout, les sombres Marbres,

Les dieux, au front desquels le Bouvreuil fait son nid,

— Les dieux écoutent l’Homme et le monde infini.

Qu’est-ce pour nous, mon coeur, que les nappes de sang

Et de braise, et mille meurtres, et les longs cris

De rage, sanglots de tout enfer renversant

Tout ordre; et l’Aquilon encor sur les débris;


Et toute vengeance? Rien! … — Mais si, toute encor,

Nous la voulons! Industriels, princes, sénats:

Périssez! Puissance, justice, histoire: à bas!

Ça nous est dû. Le sang! Le sang! La flamme d’or!

Tout à la guerre, à la vengeance, à la terreur,

Mon esprit! Tournons dans la morsure: Ah ! passez,

Républiques de ce monde! Des empereurs,

Des régiments, des colons, des peuples, assez!

Qui remuerait les tourbillons de feu furieux,

Que nous et ceux que nous nous imaginons frères?

À nous, romanesques amis: ça va nous plaire.

Jamais nous ne travaillerons, ô flots de feux!

Europe, Asie, Amérique, disparaissez.

Notre marche vengeresse a tout occupé,

Cités et campagnes! — Nous serons écrasés!

Les volcans sauteront! Et l’Océan frappé …

Oh! Mes amis! -Mon coeur, c’est sûr, ils sont des frères;

Noirs inconnus, si nous allions! Allons! Allons!

Ô malheur! Je me sens frémir, la vieille terre,

Sur moi de plus en plus à vous! la terre fond,

Ce n’est rien: j’y suis; j’y suis toujours.

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