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Petite anthologie de textes érotiques masculins par Jean Ferguson.

mars 28, 2020

PAUL-JEAN TOULET
(Français, 1867-1920)

Né aux Iles Maurice, il fit un bref séjour en Algérie, puis se fixa à Paris où il collabora à la Vie Parisienne pour terminer sa vie au Pays basque. Surtout connu comme romancier et conteur, son chef-d’œuvre est un bref recueil de poésie publié après sa mort en 1921, Contrerimes. Le Grand Larousse dit de lui « qu’il fut un auteur gracieux, amer, désespéré, précieux, ami des acrobaties de versification et de style. Tolet, par son esprit, a exercé sur une élite d’écrivains une influence profonde »,

LEGARNO

L’hiver bat la vitre et le toit.

Il fait si bon dans la chambre,

À part cette sale odeur d’ambre

           Et de plaisir. Mais toi,


Les roses naissent sur ta face

Quand tu ris près du feu …

Ce soir tu me diras adieu

            Ombre, que l’ombre efface.

PUISQUE TES JOURS NE T’ONT LAISSÉ …

Puisque tes jours ne t’ont laissé

Qu’un peu de cendre dans la bouche,

Avant qu’on ne tende la couche

Où ton coeur dorme, enfin glacé,

Retourne, comme au temps passé,

Cueillir, près de la dune instable,

Le lys qu’y courbe un souffle amer,

Et grave ces mots dans le sable:

Le rêve de l’homme est semblable

Aux illusions de la mer.

DANS ARLES •..

Dans Arles, où sont les Aliscams,

Quand l’ombre est rouge, sous les roses,

     Et clair le temps,

Prends garde à la douceur des choses,

Lorsque tu sens battre sans cause

    Ton coeur trop lourd,

Et que se taisent les colombes:

Parle tout bas, si c’est d’amour,

    Au bord des tombes.

ÉMILE VERHAEREN
(Belge, 1855-1916)

Né à St-Amant, en Belgique, ce flamand devenu avocat se consacre assez tôt à la littérature et son œuvre est marquante. Poète généreux, tendre et lyrique, Verhaeren a exalté la beauté des corps d’hommes dans ses poèmes.

Il a su unir la puissance et la douceur pour chanter avec tendresse les travailleurs, ses camarades et leurs promenades estivales dans la vallée de l’Escaut. Ce n’est pas sans raison que Seghers le compare à Walt Withman. Il est mort accidentellement, écrasé par un train, en gare de Rouen, en1916.

L’EFFORT

Groupe de travailleurs, fiévreux et haletants,

Qui vous dressez et qui passez au long des temps

Avec le rêve au front des utiles victoires,

Torses carrés et durs, gestes précis et forts,

Marches, courses, arrêts, violences, efforts,

Quelles lignes fières de vaillance et de gloire

Vous inscrivez tragiquement dans ma mémoire!


Je vous aime, gars des pays blonds, beaux conducteurs

De hennissants et clairs et pesants attelages,

Et vous, bûcherons roux des bois pleins de senteurs,

Et toi, paysan fruste et vieux des blancs villages,

Qui n’aimes que les champs et leurs humbles chemins

Et qui jettes la semence d’une ample main

D’abord en l’air, droit devant toi, vers la lumière,

Pour qu’elle en vive un peu avant de choir en terre;


Et vous aussi, marins, qui partez sur la mer

Avec un simple chant, la nuit, sous les étoiles,

Quand se gonflent, aux vents atlantiques, les voiles

Et que vibrent les mâts et les cordages clairs;

Et vous, lourds débardeurs dont les larges épaules

Chargent ou déchargent, au long des quais vermeils,

Les navires qui vont et vont sous les soleils

S’assujettir les flots jusqu’aux confins des pôles;


Et vous encor, chercheurs d’hallucinants métaux,

En des plaines de gel, sur des grèves de neige,

Au fond des pays blancs où le froid vous assiège

Et brusquement vous serre en son immense étau;

Et vous encore, mineurs qui cheminez sous terre,

Le corps rampant, avec la lampe entre vos dents

Jusqu’à la veine étroite où le charbon branlant

Cède sous votre effort obscur et solitaire;


Et vous enfin, batteurs de fer, forgeurs d’airain,

Visages d’encre et d’or trouant l’ombre et la brume,

Dos musculeux tendus ou ramassés, soudain,

Autour de grands brasiers et d’énormes enclumes,

Lamineurs noirs bâtis pour un œuvre éternel

Qui s’étend de siècle en siècle toujours plus vaste,

Sur des villes d’effroi, de misère et de faste,

Je vous sens en mon cœur, puissants et fraternels !


Ô ce travail farouche, âpre, tenace, austère,

Sur les plaines, parmi les mers, au coeur de monts,

Serrant ses nœuds partout et rivant ses chaînons

De l’un à l’autre bout des pays de la terre!

Ô ces gestes hardis, dans l’ombre ou la clarté,

Ces bras toujours ardents et ces mains jamais lasses,

Ces bras, ces mains unis à travers les espaces

Pour imprimer quand même à l’univers dompté

La marque de l’étreinte et de la force humaines

Et recréer les monts et les mers et les plaines

D’après une autre volonté.

LE BAIN

Bonnes heures chaudes et ardemment mûries

Quand on partait en troupe, au loin, par les prairies,

             Chercher la crique et l’abri sûr,

             Où les herbes hautes, comme un mur,

Nous isolaient des yeux allumés sur les routes.

Le bain était chauffé par l’ample été vermeil

             Et la clarté y filtrait toutes,

Si bien que l’eau semblait un morceau de soleil

Tombé du ciel et enfoncé dans les verdures;

De la mousse bronzée et de pâles roseaux

L’entouraient d’une large et vivante bordure,

Tandis que, fins et verts, et tels des ciseaux,

Mille insectes en sillonnaient, avec leurs pattes,

La surface immobile et la lumière plate.

Un plongeon clair!

Et tout à coup, comme un grand cri dans l’air,

Le corps enfonçait droit dans la mare éclatante.

            Il s’y dardait comme un faisceau,

        Et des bulles rondes et miroitantes

Brillaient, autour de lui, jusques au fond de l’eau.

       Il émergeait rapide et souple;

Un flot tumultueux ourlait d’écume et d’or

        Subitement les bords;

Et les autres nageurs, main dans la main, par couples

Au loin, là-bas, partaient rejoindre le plongeur (…).

Tels nos jeux s’exaltaient, libres et spontanés. [ … ]

Une à une tombaient les heures nonchalantes,

         Et l’on séchait son corps doré

                     Aux flancs feutrés

                Des digues et des prés,

             Jusques aux heures coutumières

                   Où le soleil étend,

             Sous les vergers au feuillage chantant,

Ses tabliers de longues et dormantes lumières.

PAUL VERLAINE
(Français, 1844-1896)

Verlaine, le poète français le plus connu et le plus apprécié, se devait de figurer ici, lui qui n’avait pas peur de déclarer que s’il couchait avec les femmes, il aimait bien mieux le faire avec de jeunes garçons et de jeunes hommes.

II se maria à 25 ans à Matilde Mauté en 1869. Mais son premier et véritable amour fut pour un jeune lycéen, Lucien Viotti, demi-frère de Matilde « le frêle et mélancolique jeune homme » qui se fit tuer à la guerre. Verlaine écrira encore de lui « ta voix m’arrive grave et voilée comme la voix d’autrefois. Et tout ton être élégant et fin de vingt ans, ta tête charmante, les exquises proportions de ton corps d’éphèbe sous le costume de gentleman m’apparaît à travers mes larmes lentes à couler ».

En août 1870, c’est la rencontre avec Rimbaud. Verlaine commence d’abord par être charmé par la poésie que lui fait parvenir l’adolescent. Le cher Rimb a dix-sept ans. « C’était une vraie tête d’enfant dodue et fraîche sur un grand corps osseux, comme maladroit, d’adolescent qui grandissait encore et dont la voix très accentuée en ardennais, presque patoisante, avait ces hauts et ces bas de la mue.

Verlaine vit avec Rimbaud pendant des mois et ils sont très unis malgré leurs chicanes et leurs divergences de vue sur certains sujets. La poésie les cimente dans leurs espérances communes. Dans l’entourage de Verlaine, on plaisante sur cette union avec« la petite chatte blonde » qu’on va jusqu’à appeler Mademoiselle Rimbaud. Verlaine fera deux ans de prison à cause d’une plainte de Rimbaud, car leur amour est tumultueux; ils vont jusqu’à s’échanger des coups de couteau. Finalement, après deux ans de vie commune, les amants se séparent pour toujours. Verlaine a parlé de son ami comme de son beau péché radieux, mais harcelé par des demandes d’argent de Rimbaud, il finit par rompre définitivement. Verlaine, après cette rupture enseigne deux ans à Londres. Il revient en France pour enseigner l’anglais. Il tombe amoureux d’un élève à qui il avait mis un zéro en anglais, Lucien Létinois, un garçon au nez retroussé. Verlaine trouve qu’il a une démarche agréable et qu’il est absolument adorable même si celui-ci lui confie qu’il a couché avec une femme. Verlaine non seulement lui pardonne, mais il lui achète une ferme. II est même question qu’il l’adopte, mais encore une fois la fatalité le frappe dans ses amours: Lucien meurt de la fièvre typhoïde. « Cela dura six ans, puis l’ange s’envola. « 

Sur la fin de sa vie, avec un autre poète de ses amis, il courut les garçons, mais son dernier grand amour, platonique celui-là, fut le peintre François Cazals.

HOMBRES

Monte sur moi comme une femme

Que je baiserais en gamin,

Là, c’est cela, t’es à ta main?

Tandis que mon vit t’entre, lame


Dans du beurre, du moins ainsi,

Je peux te baiser sur la bouche,

Te faire une langue farouche,

Et cochonne, et si douce, aussi!


Je vois tes yeux auxquels je plonge

Les miens, jusqu’au fond de ton coeur;

D’où mon désir revient vainqueur

Dans une luxure de songe;


Je caresse le dos nerveux,

Les flancs ardents et frais, la nuque,

La double mignonne perruque

Des aisselles et les cheveux!


Ton cul à cheval sur mes cuisses

Les pénètre de son doux poids,

Pendant que s’ébat mon loudois

Aux fins que tu te réjouisses.


Et tu te réjouis, petit,

Car voici que ta belle gourde,

Jalouse aussi d’avoir son rôle,

Vite, vite, gonfle, grandit,


Raidit. Ciel! La goutte, la perle

Avant-courrière, vient briller

Au méat rose: l’avaler,

Mais, je le dois, puisque déferle


Le mien de flux. Or, c’est mon lot

De faire tôt d’avoir aux lèvres

Ton gland chéri, tout lourd de fièvres,

Qu’il décharge en un royal flot.


Lait suprême, divin phosphore

Sentant bon la fleur d’amandier

Où vient l’âpre soif mendiée

La soif de toi me dévore.


Mais il va, riche et généreux,

Le don de ton adolescence,

Communiant, de ton essence,

Tout mon être ivre d’être heureux.


Même quant tu ne bandes pas,

Ta queue encor fait mes délices

Qui pend, blanc or, entre tes cuisses,

Sur tes roustons, sombres appas.


Couilles de mon amant, sœurs fières

À la riche peau de chagrin

D’un brun et rose et purpurin,

Couilles farceuses et guerrières,


Et dont la gauche balle un peu

Tout petit peu plus bas que l’autre,

D’un air roublard et bon apôtre,

À quelles donc fins, nom de Dieu?

Elle est dodue ta quéquette,

Et veloutée, du pubis

Au prépuce fermant le pis

Aux trois quarts, d’une rose crête.


Elle se renfle un brin au bout

Et dessine sous la peau douce

Le gland gros comme un demi-pouce

Montrant ses lèvres jusqu’au bout.


Après que je l’aurai baisée

En tout amour reconnaissant,

Laisse ma main la caressant,

La saisir d’une prise osée,


Pour soudain la décalotter;

En sorte que, violet, tendre,

Le gland joyeux, sans plus attendre,

Splendidement vienne éclater;


Et puis elle, en bonne bougresse,

Accélère le mouvement

Et Jean-nu-tête en un moment

De se mettre à la redresse.


Tu bandes! C’est ce que voulaient

Ma bouche et mon cul: choisis, maître,

Une simple douce, peut-être?

C’est ce que mes dis doigts voulaient.


Cependant le vit, mon idole,

Tend pour le rite et pour le culte

à mes mains, ma bouche et mon cul

Sa forme adorable d’idole.

SONNET DU TROU DU CUL

 Paru dans l’Album Zutique fondé par le docteur Antoine Gros en 1871. Les quatrains pourraient être de la plume de Verlaine et les tercets de celle de Rimbaud.)

Obscur et froncé comme un œillet violet,

Il respire, humblement tapi parmi les mousses

Humide encor d’amour qui suit la rampe douce

Des fesses blanches jusqu’au bord de son ourlet.


Des filaments pareils à des larmes de lait

Ont pleuré sous l’autan cruel qui les repousse

À travers des petits cailloux de marne rousse,

Pour s’aller perdre où la pente les appelait.


Mon rêve s’aboucha souvent à sa ventouse;

Mon âme, du coït matériel, jalouse,

En fit son larmier fauve et son nid de sanglots.


C’est l’olive pâmée et la flûte câline,

Le tube d’où descend la céleste praline,

Chanaan féminin dans les moiteurs enclos.

LE BON DISCIPLE

Je suis élu, je suis damné!

Un grand souffle inconnu m’entoure.

O terreur! Parce, Domine!

Quel Ange dur ainsi me bourre

Entre les épaules tandis

Que je m’envole aux Paradis?

Fièvre adorablement maligne,

Bon délire, benoît effroi,

Je suis martyr et je suis roi,

Faucon je plane et je meurs cygne!


Toi le Jaloux qui m’as fait signe,

Donc me voici, voici tout moi !

Vers toi je rampe encore indigne!
Monte sur mes reins, et trépigne! 

RENDEZ-VOUS

(Poème dont le sujet est Rimbaud puisque celui-ci avait écrit dans un premier jet au début de Ô saisons, ô châteaux :

« Je suis à lui chaque fois

Que chante son coq gaulois»


Ta voix claironne dans mon âme

Et tes yeux flambent dans mon coeur.

Le monde dit que c’est infâme;

Mais que me fait, ô mon vainqueur!


J’ai la tristesse et j’ai la joie,

Et j’ai l’amour encore un coup,

L’amour ricaneur qui larmoie,

Ô toi beau comme un petit loup!

Tu vins à moi, gamin farouche,

C’est toi — joliesse et bagout —

Rusé du corps et de la bouche,

qui me violente dans tout.

[ … ]


Je t’attends comme le Messie,

Arrive, tombe dans mes bras;


Une rare fête choisie

Te guette, arrive, tu verras!


Du phosphore en ses yeux s’allume

Et sa lèvre au souris pervers

S’agace aux barbes de la plume

Qu’il tient pour écrire ces vers …

MILLE ETRE

Mes amants n’appartiennent pas aux classes riches:

Ce sont des ouvriers faubouriens ou ruraux,

Leurs quinze et leurs vingt ans sans apprêts sont mal chiches

De force assez brutale et de procédés gros.


Je les goûte en habits de travail, cotte ou veste;

Ils ne sentent pas l’ambre et fleurent la santé

Pure et simple; leur marche un peu lourde, va, preste

Pourtant, car jeune, et grave en élasticité;


Leurs yeux francs et matois crépitent de malice

Cordiale et des mots naïvement rusés

Partent non sans un gai juron qui les épice

De leur bouche bien fraîche aux solides baisers;


Leur pine vigoureuse et leurs fesses joyeuses

Réjouissent la nuit et ma queue et mon cul

Sous la lampe et le petit jour, leurs chairs joyeuses

Ressuscitent mon désir las, jamais vaincu.


Cuisses, âmes, mains, tout mon être pêle-mêle,

Mémoire, pieds, coeur, dos et l’oreille et le nez

Et la fressure, tout, gueule une ritournelle,

Et trépigne un chahut dans leurs bras forcenés.


Un chahut, une ritournelle, fol et folle,

Et plutôt divins qu’infernals, plus infernals

Que divins, à m’y perdre, et j’y nage et j’y vole,

Dans leur sueur et leur haleine, dans ces bals.


Mes deux Charles: l’un, jeune tigre aux yeux de chatte,

Sorte d’enfant de chœur grandissant en soudard;

L’autre, fier gaillard, bel effronté que n’épate

Que ma pente vertigineuse vers son dard.


Odilon, un gamin, mais monté comme un homme,

Ses pieds aiment les miens épris de ses orteils

Mieux encor, mais pas plus que de son reste en somme

Adorable drument, mais ses pieds sans pareils!


Caresseurs, satin frais, délicates phalanges

Sous les plantes, autour des chevilles et sur

La cambrure veineuse et ces baisers étranges

Si doux, de quatre pieds ayant une âme, sûr!

Antoine, encor plus proverbial quant à la queue,

Lui, mon roi triomphal et mon suprême Dieu,

Taraudant tout mon coeur et sa prunelle bleue,

Et tout mon cul et son épouvantable épieu:


Paul, un athlète blond aux pectoraux superbes,

Poitrine blanche aux durs boutons sucés ainsi

Que le bon bout; François, souple comme des gerbes:

Ses jambes de danseur, et beau, son chibre aussi!


Auguste qui se fait de jour en jour plus mâle

(Il était bien joli quand ça nous arriva) ;

Jules, un peu putain avec sa beauté pâle;

Henri, miraculeux conscrit qui, las! s’en va;


Et vous tous, à la file ou confondus, en bande

Ou seuls, vision si nette des jours passés,

Passions du présent, futur qui croît et bande,

Chéris sans nombre qui n’êtes jamais assez!

BALANIDE

Gland, point suprême de l’être

De mon maître,

De mon amant adoré

Qu’accueille avec joie et crainte,

Ton étreinte

Mon heureux cul, perforé


Tant et tant par ce gros membre

Qui se cambre,

Se gonfle et, tout glorieux

De ses hauts faits et prouesses,

Dans les fesses

Fonce en élans furieux,


Nourricier de ma fressure,

Source sûre

où ma bouche aussi suça,

Gland, ma grande friandise,

Quoi qu’en dise

Quelque fausse honte, or ça,

Gland, mes délices, viens dresse

Ta caresse

De chaud satin violet,

Qui dans ma main harnache

En panache

Soudain d’opale et de lait.


Ce n’est que pour une douce

Sur le pouce

Que je t’invoque aujourd’hui.

Mais quoi! Ton ardeur se fâche …

O moi lâche!

Va, tout à toi, tout à lui,

Ton caprice, règle unique,

Je rapplique

Pour la bouche et pour le cul

Les voici tous prêts, en selle,

D’humeur telle

Qu’il te faut, maître invaincu.


Puis, gland, nectar et dictame

De mon âme,

Rentre en ton prépuce, lent

Comme un dieu dans son nuage,

Mon hommage

T’y suit, fidèle — et galant.

SUR UNE STATUE DE GANYMÈDE

Eh quoi! Dans cette ville d’eaux,

      Trêve, repos, paix, intermède,

       Encore toi de face et de dos,

       Beau petit ami Ganymède?

L’aigle t’emporte, on dirait comme

   Amoureux, de parmi les fleurs,

   Son aile, d’élanséconome~

   Semble te vouloir par ailleurs

Que chez ce Jupin tyrannique,

   Comme on dirait au Revard

   Et son oeil qui nous fait la nique

   Te coule un drôle de regard.

Bah! Reste avec nous, bon garçon,

       Notre ennui, viens donc le distraire

       Un peu de la bonne façon.

       N’es-tu pas notre petit frère?

(Verlaine qui décidément mettait toutes les cordes à son arc est aussi l’auteur d’un poème lesbien J’une belle sensibilité nostalgique.)

SUR LE BALCON

Toutes deux regardaient s’enfuir les hirondelles;

L’une pâle aux cheveux de jais, et l’autre blonde

Et rose, et leurs peignoirs légers de vieille blonde

Vaguement serpentaient, nuages autour d’elles.


Et toutes deux, avec des langueurs d’asphodèles,

Tandis qu’au ciel montait la lune molle et ronde,

Savouraient à longs traits d’émotion profonde

Du soir et des cœurs fidèles.

Telles leurs bras pressant, moites, leurs tailles souples;

Couple étrange qui prend pitié des autres couples;

Telles sur le balcon rêvaient les jeunes femmes.


Derrière elles, au fond du retrait riche et sombre,

Emphatique comme un trône de mélodrame,

Et plein d’odeurs, le lit défait s’ouvrait dans l’ombre.

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