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Petite anthologie de textes érotiques masculins par Jean Ferguson.

mars 28, 2020

JEAN SIMONEAU
(Québécois, 1943- )

Ce poète journaliste-enseignant québécois s’est fait connaître surtout par son livre Laissez venir à moi les petits gars, livre qui eut beaucoup de succès dans les années soixante dix. Auteur controversé, Simoneau a toujours prôné l’indépendance du Québec par tous les moyens et il a toujours propagé l’idée d’une liberté sexuelle totale et absolue, mais consentie. Il est l’auteur de livres politiques, de romans et de poésie, une poésie intimiste, caractérisée par une sensualité adolescente et par une tendresse émotive assez particulière.
Il a travaillé à la Tribune de Sherbrooke de
1968 à 1972. Ce journaliste, frôlant la marginalité, choque parce qu’il a toujours dénoncé l’hypocrisie idéologique de nos sociétés qui ne recherchent que le contrôle et l’exploitation.
Simoneau n’a jamais nié son goût pour les garçons et il a souvent écrit sur cet amour particulier. Pour cette raison, il a été démis de sa fonction d’enseignant en Abitibi et il a été emprisonné après un procès qui s’est déroulé sur une période de trois ans, jugé beaucoup plus, semble-t-il, pour ses idées politiques extrêmes sur l’indépendance du Québec
allant jusqu’à l’approbation du FLQ des années ’70 —, et l’exploitation des peuples par le capitalisme, que pour ses prétendues liaisons avec un adolescent.

Malgré qu’il s’agisse de pure fiction, sa sentence tint surtout à une page prise hors contexte de son livre l’Homo-vicièr ainsi qu’un texte intitulé Pour en finir avec l’hypocrisie ou Manifeste pour une liberté sexuelle absolue, consentie, dans lequel Simoneau prétend que la pédérastie est moins dangereuse et tue moins de jeunes que la drogue et certains virus, dont la jalousie et la domination.

Ainsi, Simoneau se considère comme un « prisonnier d’opinion ». Par hasard, Simoneau fut emprisonné pendant qu’Ottawa promulguait la loi sur la clarté référendaire. Craignait-on plus sa pédérastie que sa réputation surfaite de felquiste?

JORDAN

Petit Cri

adorable enfant

mi-Chine, mi-Amérique

je t’offre mes larmes

pour te baigner nu

dans mes yeux éblouis.

Parqué dans ta réserve

tu étouffes sous la morale

toute sénile toute blanche

monde qui nie l’essence même

le but ultime de la vie:

JOUIR.

Petit Cri

pour ta beauté

je te rends ta LIBERTÉ.



BEAU GARÇON

Je veux mourir pour toi

mourir d’amour et de volupté

mourir condamné de t’avoir caressé

d’avoir déchiré le voile de la haine

pour entrevoir le ciel toujours bleu

toujours chaud des caresses du soleil

hypnose permanente de beanté

de soif de ton corps de douze ans.


Ange, je serai enfin en toi

la mort est une porte d’entrée

un accès interdit aux hypocrites

une bouche chaude qui t’aspire

dans l’infini qui se révèle

indifférent à la haine des hommes

drogués de pouvoir et d’argent.


Je mourrai

fier de t’avoir fait connaître

la jouissance et la liberté.


PRIÈRE D’UN PÉDÉRASTE

Rien n’est plus beau

qu’un petit gars nu, bandé,

sinon le sourire de Dieu

qui l’observe ainsi magnifique.

Rien ne vaut la jouissance

dans ses yeux allumée

par ma langue sur son corps

par mes lèvres sur son gland

par mes doigts sur sa peau

sinon Dieu qui se réjouit

de m’entendre le remercier

de m’avoir offert l’extase

d’avoir créé tant de vie et de beauté …

J’aimerais mourir d’aimer

ce Dieu qui se mire en moi

que j’adore dans notre jouissance

à travers l’illumination de nos sens,

la passerelle de notre matière

avec l’amour de vivre sans délai

de toi, de toi, beauté infinie …

Dieu est beau

Dieu est extase

Dieu est sourire

Dieu est amour


Tu es le chemin qui m’y conduit …

Pourquoi son accès par ton corps

sa lumière à travers ton regard

sa vie au rythme de notre jouissance

nous seraient-ils interdits?


Si Dieu est amour

t’aimer comme je t’aime

est la plus belle des prières …

Et, le mal: argent égoïste

Père de la violence …


PASSION


Quand ton corps sous mes yeux

chante la gamme des sourires

Tout ce que je hais du monde

je le bannis avec tes lèvres

Je ranime le vert de ta salive

de ta voix, je chante le printemps

Avec toi

Au-delà du bien tout est noir

au-delà de la folie tout est musique.

BEL INCONNU

Ton sourire m’a envoûté

malgré les distances, les paysages

je trouve en toi les couleurs de la vie

L’hiver nous enivre

sans soleil de Floride

la neige nous enveloppe

nous grise de se revoir

De boire à tes douze ans

de gamin exalté

ta puissance naissante.


UN AMOUR DU VIETNAM

À l’aube de ton oeil

juste sous la paupière

je dansais au vertige

d’un temps tué de désir.

Tu étais là toi

toi que ma voix avait rejoint

à l’autre bout du monde

à travers les obus, triste à mourir

un cri de désespoir et de révolte

un cri de pas éclatés

qui t’ont fait marcher jusqu’à moi.

Le creux de tes mains portait

nos vies, nos espoirs, nos hantises

ces mains si petites, si frêles

sous le poids de vivre.

Tu nageais sur la mort

oublié sur une plage entre les cadavres

et l’écho de ton nom, crié sans te connaître

t’as fait naître ici dans le plaisir

et nous avons bien ri d’avoir déjoué

enfin, malgré nous, un destin

qui se prenait pour un autre.

Que ferons-nous maintenant

de tes 14 ans?

À pas feutrés sans l’ombre d’un doute

nous plongerons nos doigts dans la vie

nous jouerons sur la plage jonchée de cadavres

à rire de la folie et à boire l’ivresse

d’un autre temps

d’un autre pays

d’une autre main.

Une caresse tendre …

Sans frontière à nos rires

sans murs entre nous

nous installerons dans la vie

la semence d’un âge d’or.

MON VRAI PAYS

Mon pays n’a pas de nom

je suis de race pédéraste

je contemple la vie

rivé à l’extase sourire

des premières éjaculations

d’un petit bonhomme qui me plaît.

Mon pays n’a pas de nom

je suis de race pédéraste

Je bois l’amour et le bonheur

au bout de petits pénis

qui apprennent en soubresauts

le chemin de la jouissance.

Mon pays n’a pas de nom

je suis de race pédéraste

De ceux prêts à mourir

pour un regard

pour un toucher

pour juste un peu d’amour.

Mon pays n’a pas de nom

je suis de face pédéraste

Et c’est pour ça

que l’on m’exclue

que l’on me chasse

que l’on m’accable

qu’on me condamne.

Je n’aurai jamais de pays

sinon le corps d’un gamin

que je découvre

avec ma langue …

SOLON
(640-558 av. J.-C.)  

Solon, premier des poètes athéniens, commerçant et politicien, passe pour avoir ramené la paix religieuse et sociale dans sa patrie; il donna une constitution à son pays et pour tout cela, il ne fut pas payé en retour quoiqu’à la fin, il fut considéré comme l’un des sept sages de la Grèce. Son écriture, sensible et enjouée, reste un modèle du genre.

Tu aimeras les garçons

dans la charmante fleur de leur âge

désirant leurs cuisses et leur douce bouche.

Ils me sont bien précieux

Ils me sont bien précieux,

Les Muses, Bacchus et Cypris;

Leur art réjouit le coeur humain.

Grâce à eux,

li n’y a pas un homme

Qui, dans son bel âge,

Ne cherche un doux garçon

Aux flancs souples,

Au baiser plein de tendresse.

ACHILLE TATIUS ou AKHILLEUS TATIOS
(Grec, IVe siècle)

Auteur en huit tomes d’un roman d’amour: Aventures de Leucippe et de Clitophon dont, curieusement, le Moyen âge fit la renommée. Il renia son œuvre en se convertissant sur le tard au christianisme. On comprendra qu’il ne serait pas heureux de l’extrait de son roman que nous reproduisons ici.

Chez la femme tout est fardé, et les paroles et le corps: si quelqu’une paraît belle, c’est l’œuvre longtemps élaborée des onguents et de la peinture. Sa beauté est tout entière dans les parfums, dans la teinture des cheveux, dans l’artifice de ses caresses. Dépouillez-la de ces mille accessoires menteurs, elle ressemblera au geai de la fable, dépouillé de ses plumes. La beauté des garçons, au contraire, n’est pas saturée de toutes ces senteurs, de toutes ces odeurs trompeuses et empruntées; mais la sueur du joli garçon a un plus doux parfum que toutes les huiles et lotions féminines. On peut d’ailleurs, avant les embrassements amoureux, les étreindre à la palestre, les serrer dans ses bras, les caresser au grand jour et sans honte. Les ardeurs de l’amour ne viennent

pas s’éteindre sur une chair molle et sans résistance; les corps se résistent mutuellement et luttent entre eux de volupté. Les baisers n’ont pas l’apprêt de ceux de la femme; leur art menteur ne prépare point sur les lèvres une fade déception: l’enfant embrasse comme il sait; ce sont des baisers sans artifice, mais ce sont ceux de la nature. L’image des embrassements d’un

joli garçon, c’est le nectar devenu solide, se substituant aux lèvres, donnant et recevant ces baisers. Pour l’amant pas de satiété; il a beau puiser à la coupe, toujours il a soif de baiser encore; il ne saurait retirer sa bouche jusqu’à ce que l’excès même de la volupté le force à quitter les lèvres.

THÉOCRITE
(310-250 av. J.-C.)

Poète bucolique dont la vie est très mal connue. Les sensations qu’il exprime spontanément naissent de la nature. Il sait décrire avec justesse les élans et les déceptions amoureuses, de même que les tourments des amours contrariés.

À L’AIMÉ

Je vais te dire ce qu’il y a au fond de ma pensée:

Tu ne veux pas m’aimer de tout ton coeur.

Je m’en aperçois.

Car je vis d’une moitié de vie,

À cause de ta beauté;

Et le reste est perdu.

Quand tu veux, je passe le jour

Tout comme les Immortels;

Quand tu ne le veux pas,

Je suis en pleines ténèbres.

Est-ce chose convenable,

De livrer aux tourments qui vous aime?

Si tu veux bien me croire, toi plus jeune,

Moi qui suis ton aîné,

Tu pourras t’en trouver mieux toi-même

Et m’en remercier.

Fais un seul nid sur un seul arbre,

Où n’atteindra aucun méchant serpent.

Présentement, tu occupes aujourd’hui une branche,

Demain une autre:

Tu cherches à passer de celle-ci à celle-là.

Si quelqu’un te voit et loue ton beau visage,

Te voilà devenu pour lui,

Aussitôt, mieux qu’un ami de trois ans;

Et celui qui t’aimait le premier,

Tu le mets au rang des amis de trois jours.

Tu as l’air animé d’une fierté plus qu’humaine;

Contente-toi, tant que tu aimeras,

D’avoir toujours ton égal.

Si tu agis de la sorte,

Tu entendras parler en bien

De toi par tes concitoyens

Et Éros ne te sera pas cruel,

Éros qui sans peine fléchit

Sous lui l’âme des hommes

Et qui m’a amolli, moi qui étais de fer.

Mais, par ta bouche si douce,

Je t’en supplie, souviens-toi que l’an dernier,

Tu étais plus jeune que tu n’es,

Qu’en moins de temps

Qu’il ne faut pour cracher

Nous sommes vieux et ridés,

Et que ramener à soi la jeunesse est impossible;

Car elle a des ailes aux épaules,

Et nous sommes trop lents pour saisir ce qui vole.

Songe à cela, et montre-toi plus doux;

Je t’aime, aime-moi aussi franchement.

Ainsi, quand tu auras au menton une barbe virile,

Nous serons l’un pour l’autre

Des amis dignes d’Achille.

Mais si tu laisses les vents

Emporter mes paroles,

Si tu te dis en toi-même:

« À quoi bon, mon cher, m’importuner? »

— Moi qui maintenant irais pour te complaire

Chercher les pommes d’or et conquérir

Cerbère gardien des trépassés,

— Alors m’appellerais-tu,

Je ne m’avancerais pas même

À la porte de ma maison,

Guéri que je serais de la passion dont je souffre!

L’AMOUR ME TIENT …

Ah! La pénible et triste maladie!

Comme une fièvre quarte,

L’amour d’un garçon me tient

Depuis bientôt deux mois.

I! est beau moyennement;

Mais toute sa personne,

À partir du niveau du sol, est pure grâce;

Et il a aux joues un doux sourire.

Présentement, le mal règne certains jours,

Et d’autres fait relâche; mais bientôt,

Même pour jouir d’un instant de sommeil,

Je n’aurai plus de trêve.

Hier, en passant, il m’a lancé un mince regard

À travers ses sourcils, — car il n’osait

Me regarder en face, — et son visage rougissait.

L’amour m’a étreint le coeur plus fortement;

Je rentrai au logis portant dans les entrailles

Une nouvelle blessure.

J’appelai par-devant moi mon âme

Et je me dis à moi-même bien des choses:

« Que fais-tu là encore?

Quel sera le terme de ta folie?

Ne sais-tu plus que tu portes

Aux tempes des cheveux blancs?

Il est temps d’être sage.

Ne va pas, quand tu n’as rien de l’aspect

D’un homme jeune, agir comme ceux

Qui viennent seulement de goûter à la vie.

Et puis, une autre chose t’échappe:

Mieux vaudrait certainement,

Pour un homme déjà mûr,

Être étranger aux pénibles amours

Qu’inspire un jeune garçon.

De celui-ci la vie passe,

Comme la course d’une biche rapide;

Demain, voguant dans une direction nouvelle,

Il changera ses agrès;

Et il ne garde pas, avec ses compagnons d’âge,

La fleur de l’aimable jeunesse.

Mais l’autre, le regret le dévore

Jusqu’à la moelle des os,

Le regret fait de souvenir:

Il voit, en songe, la nuit, beaucoup d’images;

Une année entière ne suffit pas

Pour mettre un terme à sa cruelle souffrance. »

L’AMI

Trois longues nuits et trois aurores

A duré ton absence.

Ami tendrement désiré,

Tu es de retour.

Mais de t’avoir attendu

M’a fait vieillir

Plus que le nombre des jours.

Comme le printemps est plus doux que l’hiver

La pomme plus appétissante que la prune ou la pêche

Qui n’ont pas mûris,

Comme la brebis, abondante laine,

Plus douce au toucher que celle du délicat agneau,

Ou plus douce que la vierge

En sa précoce innocence

Que la veuve mariée trois fois.

Ainsi, après ta cruelle absence,

Je me sens à ton retour.

Et comme le voyageur qui court et crie

En apercevant de loin

Le chêne de son village

Après un long voyage

Sur des routes difficiles,

Je m’élance vers toi!

De son haleine parfumée,

Éros souffle sur nous.

Proclamez éternellement

Celui qu’on nommait l’amant

Au pays d’Amyclées,

Celui qu’on nommait l’aimé

En Thessalie.

Et que jour après jour,

Nous demeurions vivants

Sur les lèvres de la Jeunesse.

Il faut, gens de Mégare,

Aux mains assurées

Comme des avirons ailés

Qu’un dieu bon témoigne

De quels rites, de quels soins,

De quels dons inépuisables

Vous honorez Dioclès

Tombé sous vos murs

En combattant

Pour sauver un ami.

Au pied du monticule

Où dort cette âme superbe,

Il faut instaurer une compétition de baisers

Et l’enfant qui, sur la lèvre aimée, pose le mieux la sienne

Retourne, heureux, vers sa mère.

Ganymède, le bel adolescent céleste

Pour départager ces jeux possède

Les qualités du peseur d’or,

Le peseur qui sait si bien séparer l’or le plus pur

D’avec les métaux les plus grossiers.

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