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Petite anthologie de Jean Ferguson

mars 15, 2020

ARISTOPHANE

(Grec, 450-386 av. J.-C. environ)


Le plus célèbre des poètes comiques grecs; à travers ses comédies d’une verve incroyable perce parfois une poésie délicieusement érotique.

LES NUÉES (Extrait)


Chez les professeurs de gymnastique, il fallait lorsqu’ils étaient assis, les enfants allongent la cuisse, de manière à ne rien montrer de choquant à ceux du dehors; puis, quand ils se relevaient, ils devaient aplatir le sable et veiller à ne pas laisser aux amoureux une empreinte de leur virilité. Pas un enfant ne se frottait d’huile au-dessous du nombril, de sorte que ses organes fleurissaient un frais et tendre duvet, comme sur des coings. Aucun, avec de molles inflexions de

voix, n’approchait son amant en se prostituant lui-même par les yeux.

ARTÉMON DE CASSANDRÉE

(IV’ siècle av. J.-C.)


On sait vraiment peu de choses sur Artémon de Cassandrée sinon qu’il il été grammairien et il aurait écrit deux intéressants ouvrages :Collection de livres et Le chant des convives.

Tout gracieux,

le petit Echédémos regardait en cachette

par la porte entrebâillée.

Je lui dérobai un baiser, par surprise.

Mais j’en tremble encore.

Car, dans un songe,

il m’a menacé de son arc

et il est parti en me donnant des coups,

demi-souriant et demi-fâché.

Je crois que j’ai mis la main

sur une ruche d’abeilles,

sur une touffe d’orties,

sur des charbons ardents.

AUGUSTIN

(Africain, 354-430)

Augustin, de son nom latin Aurelius Augustinus, venu du paganisme, eut une vie agitée avant de se convertir au christianisme. Il devint l’un des pères de l’Église. Ce qui ne l’empêcha de décrire dans ses Confessions l’amitié de deux adolescents d’une façon très poétique. Sa façon rappelle le Catulle païen dont les vers sont bien connus :

« Ô Frère plus aimable encore que la vie,

Ne te verrai- je plus, si je t’aime toujours? »

ou encore :

« Ah, si le sort ravit la moitié de mon âme.

Que fais-je donc ici, moi son autre moitié? »

AMITIÉ D’ADOLESCENCE

« Je m’étais fait un ami, que la communauté de nos études et le même âge (il était comme moi dans la fleur de l’adolescence) m’avaient rendu profondément cher. Enfant, il avait grandi avec moi, nous étions allés ensemble à l’école, nous avions partagé les mêmes jeux. […] C’était de causer, de rire

ensemble, c’était les égards d’une bienveillance mutuelle, la lecture en commun des beaux livres, les plaisanteries entre camarades et les attentions réciproques; quelquefois un désaccord sans aigreur, comme on en a avec soi-même, et ces très rares dissentiments assaisonnant une unanimité presque

constante :

L’ami étant décédé, Augustin lance ce cri du coeur et étale sa peine :

« Oui, j’ai senti que son âme et la mienne n’avaient été qu’une âme en deux corps; c’est pourquoi la vie m’était en horreur, je ne voulais plus vivre, réduit à la moitié de moi-même. »

Les hymnes religieux dont Augustin est l’auteur sont étonnamment du plus pur langage amoureux. : Celui-ci par exemple :

Dieu,

dans votre grande bonté,

donnez-vous à moi :

Vous me suffisez;

je ne puis rien vous demander

de moins que de vous adorer pleinement.

Et si je vous demande moins que cela,

toujours je reste en manque,

car seulement en vous,

j’ai tout.

JEAN-ANTOINE DE BAÏF

(1532- 1589)

Poète inconsistant et inégal, De Baïf a beaucoup écrit dont : Amours, Météores, Mimes, etc.  Il a fait partie de la Pléiade avec Ronsard et Du Belley. Fondateur d’une école de musique et de poésie. Il avait des tentatives pour réformer l’orthographe, de même il a tenté de calquer les vers français sur les vers latins, sans y réussir vraiment.

PRIAPE

Simple passant, t’enquiers-tu

Pourquoy je ne suis vestu

En ma honteuse partie ?

Veux-tu que je te le die ?

Je te diray, mais dy moy,

Tout premièrement, pourquoy

Nul Dieu le baston qu’il porte

Ne cache en aucune sorte?

L’Empereur de l’univers

Ses foudres ne tient couvers;

Neptune son salv ne cache;

Pallas ne couvre sa hache,

Ny sa coutelasse, Mars ;

Appollon ne tient secrettes

Sa trouse, ny ses sagettes,

Ny le petit Cupidon

Ne cèle point son brandon;

Bacchus son thirse ne couvre;

Hercule sa masse découvre;

Le hérault aussi des dieux

Monstre sa verge à nos yeux.

Or, que nul non plus estime

Si mon bas ton découvert,

Je tends à tous à l’ouvert.

Ostez ce baston au reste

Dénué d’armes je reste.

Ne me soyent doncques vos yeux

De mon bas ton envieux.

HONORÉ DE BALZAC

(Français, 1799-1850)

Honoré de Balzac, le plus grand des romanciers français avait le génie de l’observation et de la description. Proust et Gide ont dit de lui : « Sa démesure était l’envers d’une puissance inégalée ». « Cette puissance de Balzac se manifeste à tous les niveaux; don naturel, elle est la marque que son génie

imprime fortement sur tous les sujets qu’il aborde, mais elle ne doit pas nous empêcher de discerner une technique accomplie ». (Lagarde et Michau).  Auteur de la Comédie humaine, une œuvre colossale de quarante volumes, il y travailla pendant vingt ans et mourut usé par le travail et l’abus de café. C’est un des premiers romanciers à avoir raconté la vie de personnages hantés par les amitiés masculines.

LA RECONNAISSANCE DU GAMIN

Un jeudi gras, vers les trois heures de l’après-midi, flânant sur les boulevards de Paris, j’aperçus au coin du faubourg Poissonnière, au milieu de la foule, une de ces petites figures enfantines dont l’artiste peut seul deviner la sauvage poésie. C’était un gamin, mais un vrai gamin de Paris!… Cheveux rougeâtres bien ébouriffés, roulés en boucle d’un côté, aplatis ça et là, blanchis par du plâtre, souillés de boue, et gardant encore l’empreinte des doigts crochus du gamin robuste avec lequel il venait peut-être de se battre; puis, un nez qui n’avait jamais connu de pacte avec les vanités mondaines du mouchoir, un

nez dont les doigts faisaient seuls la police ; mais aussi une bouche fraîche et gracieuse, des dents d’une blancheur éblouissantes ; sur la peau, des tons de chair vigoureux, blancs et bruns, admirablement nuancés de rouge. Ses yeux, pétillants dans l’occasion, étaient mornes, tristes et fortement cernés. Les

paupières, fournies de beaux cils bien recourbés, avaient un charme indéfinissable… Ô enfance l

Vêtu à la diable, insouciant d’une pluie fine qui tombait, assis sur une borne froide et laissant pendre ses pieds imparfaitement couverts d’une chaussure découpée comme le panneton d’une clé, il était là, ne criant plus : — À la chienlit!… Lit ! lit!…, reniflant sans cérémonie. Pensif comme une femme trompée, on eût dit qu’il se trouvait là chez lui. Ses jolies mains, dont les ongles roses étaient bordés de noir, avaient une crasse presque huileuse … Une chemise brune, dont le col, irrégulièrement tiré, entourait sa tête, comme d’une franche, permettait de voir une poitrine aussi blanche que celle de la danseuse la plus fraîche figurant dans un bal du grand monde …

MATTÉO BANDELLO

(Lombard, 1485-1561)

Moine et diplomate, il est surtout connu comme écrivain. Il entra très jeune chez les Dominicains, y poursuivit de brillantes études. Nommé évêque d’Agen, en 1550, il s’est adonné au travail littéraire : discours latins, traductions, poèmes, nouvelles, contes, etc. Sa réputation d’écrivain a franchi les frontières et sa réputation a été grande en France, en Angleterre et en Espagne. Ses nouvelles surtout ont été remarquablement diffusées. Le ton est souvent irrévérencieux, mais le style est alerte et Bandello excelle dans l’art de faire revivre la société

italienne de la Renaissance avec une grande véracité : pleine de munificence, de luxe, de rires et de ‘violence. Shakespeare a pris chez Bandello le sujet de sa Roméo et Juliette tandis que Musset lui a emprunté celui de sa comédie Barberine.

LE PORCELLIO

Le Porcellio est un poète qui préférait la compagnie des garçons à celle de sa femme. Il tomba gravement malade lorsqu’il touchait à la soixantaine et il se retrouva extrêmement affaibli. Voyant cela, sa femme s’efforça par mille bonnes raisons de l’amener à se confesser. Il l’écoutait, mais il disait qu’il n’en voulait rien faire. Elle fit des pieds et de mains et réussit finalement à faire venir un père

dominicain qui accepta de confesser le Porcellio. Le saint homme entra dans la chambre de l’homme et lui dit: « Que la paix de Dieu soit sur cette maison et sur tous ceux qui l’habitent. »


En prononçant ces paroles, le prêtre s’approcha du lit et salua doucement le Porcellio, qui eut l’air de voir le Moine avec beaucoup de plaisir. Ils entrèrent ensuite en conversation. Il lui dit beaucoup de bonnes paroles, l’exhortant adroitement à se confesser, lui disant qu’il serait toujours, à tout moment,

prêt à l’entendre. Le Porcellio rendit grâce, remercia le Moine de la peine qu’il prenait pour lui et dit qu’il se confesserait tout de suite.

Quand on en vint aux péchés de la chair, il demanda doucement à son pénitent s’il n’avait jamais commis le péché contre nature. À cette question, le Porcellio, après s’être recueilli, se mit à regarder fixement le Père, comme s’il était fort étonné ; il eut même l’air d’être presque scandalisé.


— Vous me demandez là une chose étrange, Messer, dit-il. De quoi me parlez-vous donc ? Jamais de ma vie je n’ai commis lepéché que vous me mentionnez.


Le saint Prêtre tout honteux d’avoir fait une telle question passa à d’autres articles et mit tout le soin dont il était capable à faire que le malade se confessât bien. Quand il vit que le Porcellio n’avait pas autre chose à dire, il lui imposa la pénitence qui lui parut convenable et lui donna l’absolution.


Le bon Père fit plusieurs visites et chaque fois Porcellio le reçut bien en niant toujours avoir fait le péché contre nature, car sa femme insistait pour que l’homme de Dieu l’interroge là-dessus. Le bon Père, qui voyait cet homme près de la mort, n’aurait jamais pu croire qu’il dit autre chose que la vérité.

Il fit venir le curé de la paroisse pour qu’il donne au malade les consolations de la communion. Aussi quand le Curé fut arrivé, le pauvre Porcellio reçut le Sacrement de l’autel et fit montre d’une grande contrition. Comme le Religieux s’en allait, la Dame l’accompagna jusqu’à la porte, le remerciant avec

chaleur de la sainte tâche qu’il avait remplie auprès de son mari et le suppliant de prier Dieu pour que le Porcellio maintînt les bonnes dispositions et ne retournât plus à son péché de faire l’amour avec des garçons. Le Moine lui fit une honnête réprimande et lui dit :

Madame, vous êtes vraiment bien entêtée ; vous péchez en ayant mauvaise opinion de votre mari, quand il n’est pas coupable, et en l’accusant comme vous de faites d’un vice honteux. Ce n’est pas bien, et il ne faut pas agir ainsi.


— Mon Père, je ne voudrais pas vous voir partir fâché contre moi. Si c’est possible, je voudrais qu’il meure comme doit mourir tout bon Chrétien. Ce que je vous ai dit de lui, ne croyez pas que je vous l’aie dit ou pas, jalousie ou sur des soupçons que j’aurais conçus à la légère ; mais je l’ai vu avec ces deux yeux que voici. Il n’oserait jamais nier en ma présence. C’est pourquoi, mon Père, ne vous occupez pas de ses dénégations, mais pour Dieu, retournez dans la chambre et voyez à le tirer de la main du Diable.


Le saint homme fut troublé de ce discours ; il retourna auprès du Porcellio et lui dit :


— Hélas, mon fils, je ne sais ce qu’on me rapporte de toi. Tu prétends que tu n’as pas commis le péché contre nature, et tu en es plus chargé que si tu n’avais sur le dos l’édifice de la Cathédrale de Milan ; je le sais, à présent, tu as pour les jeunes garçons mille fois plus de passion que la chèvre n’en a pour le sel.     


Le Porcellio répondit de sa plus belle voix et en hochant la tête :


— Oh, oh, mon révérend père, vous n’avez pas su m’interroger. M’amuser avec des jeunes garçonsm’est aussi naturel à moi qu’il est naturel à l’homme de boire et de manger, et vous me demandiez si je péchais contre la nature! Allez, allez, Messer, vous ne savez pas ce que c’est qu’un bon morceau.

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