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Petite anthologie de textes érotiques masculins par Jean Ferguson.

mars 24, 2020

ÉDOUARD II

Gaveston

Je veux des poètes frivoles, de beaux esprits,

Des musiciens qui n’auront qu’à pincer une corde

Pour soumettre le roi à toutes mes fantaisies.

Musique et poésie font ses délices.

J’aurai donc, la nuit, des masques à l’italienne,

De doux propos, des comédies, des tableaux vivants.

Le jour, quand il se promènera dans le parc,

Mes pages se déguiseront en nymphes,

Et mes serviteurs en satyres, sur les pelouses,

Danseront sur leurs pieds fourchus une ronde antique.

D’aventure unadorable enfant, sous les traits de Diane,

Parant du reflet d’or de ses cheveux l’eau où il glisse,

Des bracelets de perles autour de ses bras nus,

Dans ses mains folâtres un rameau d’olivier

Pour cacher ce que l’on se réjouit de voir,

Se baignera dans une source. Et là, tout près,

Un autre Actéon épiant à travers les branches

Sera transformé par la déesse irritée

En un cerf qui prendra la fuite

Et traqué par la meute de chiens,

Semblera périr sous leur dent.

Tels sont les divertissements favoris de Sa Majesté.

MARTIAL, Marcus Valerius

(Latin, né en Espagne, peut-être entre 40 et 104)

On sait de sa vie ce que nous apprennent ses vers. À Rome, où il étudia et vécut de 64 à 98, il essaya d’intéresser à son sort les princes et les riches en se plaignant souvent de sa pauvreté. Il fut l’ami de grands personnages

comme le rhéteur renommé Quintilien qui fut le professeur du futur empereur romain Hadrien, du brillant orateur Pline le Jeune, de Juvénal et de Silius Italicus.

Son œuvre littéraire manquante Épigrammes, écrite de 80 à 101, courts poèmes remarquables par leur humour débridé, par des observations mordantes. Cependant Martial tombe facilement dans le trivialité et fa

charge caricaturale. C’est d’ailleurs à partir de lui que le mot épigramme, appliqué jusque là à la poésie courte, prend le sens de raillerie et de satire.   

Il quitta la cour romaine sous Trajan où il ne se sentait plus à l’aise et il revint en Espagne dans sa ville natale de Bilbilis où une riche veuve le dota d’un domaine. Il acquit ainsi une certaine aisance, ce qu’il avait toujours souhaité. Mais il regretta toujours Rome et les nombreux amis qu’il y avait laissé.

ÉPIGRAMMES, LIVRE 1

S’il Y avait jamais au monde

Quelqu’un qui pût satisfaire à ma demande,

Écoute, Flaccus,

Comment serait l’esclave que je lui demanderais.

Je voudrais d’abord

Que ce jeune esclave soit né sur les bords du Nil :

Il n’y a pas de terre qui sache inspirer

Plus de folâtre gaieté.

Puis, qu’il soit plus blanc que la neige :

Car dans la brune Égypte

Ce teint-là est d’autant plus beau qu’il est plus rare.

Que ses yeux rivalisent avec les étoiles

Et qu’une souple chevelure fouette son cou :

Je n’aime pas, Flaccus, les cheveux frisés.

Qu’il ait le front bas, et que la courbe

De son nez ne soit pas trop accentuée ;

Que ses lèvres rouges défient les roses de Paestum.

Qu’il lui arrive souvent d’exiger mes caresses

Quand je n’en aurais pas nécessairement envie,

Et de les repousser quand elles me tenteront ;

Qu’il jouisse souvent de plus de liberté

Que son propre maître.

Qu’il évite les jeunes garçons,

Qu’il ferme toujours sa porte aux filles :

Homme pour tous les autres,

Qu’il soit un jeune garçon pour moi seul.

Réponse de Flaccus :

— Il suffit, diras-tu ;

Je sais de qui il s’agit et je ne m’y trompe pas :

Car, si j’en juge aussi moi-même,

Ce portrait est exact.

Tel était mon Amazonicus.

LIVRE II (LXII)


Labienus, si tu épiles ta poitrine,

Tes jambes et tes bras ;

Si ta verge, après y avoir passé le rasoir,

N’est entourée que de poils follets,

C’est que (qui l’ignore ?),

Tu songes à plaire à ta maîtresse.

Mais à qui songes-tu, Labienus, quand tu épiles ton cul joli?

Il n’est de sentiment plus beau

Que celui des femmes

Pour ceux qui ont des sentiments scrupuleux.

Mais ceux qui ont des passions masculines,

Je sais un remède contre cette fâcheuse maladie du coeur.

Qu’ils demandent à Ménophila

De se retourner et d’offrir ses jolies fesses.

Ils s’imagineront ainsi

Qu’ils tiennent dans leur bras le beau Ménophilos.

LIVRE III

Ton esclave à mal à sa queue,

Toi, tu as mal à ton derrière.

Pour cette raison, sans être devin, je me doute,

Ô Névolus, de tes activités.

LIVRE IV, VII

Pourquoi, ce que tu m’as accordé hier,

Me l’as-tu refusé aujourd’hui,

Jeune Hyllus, devenu si soudainement intraitable

De gentil que tu étais naguère ?

Mais voici que tu donnes pour prétexte

Et ta barbe et ton âge et ton poil.

Ô nuit, comme tu es longue,

Toi qui suffis pour faire un vieillard !

Pourquoi te moquer de moi ?

Toi qui étais hier un enfant, Hyllus,

Dis-moi comment se fait-il

Que tu sois aujourd’hui un homme ?

LIVRE IX

Flaccus, si tu entends applaudir dans un bain,

Sache que Morion passe avec son instrument bien en évidence …

LIVRE XI

Ce néphrétique, en attendantson médecin,

Encule le jeune Hylas :

Un malade, je pense, assez en santé !

LIVRE VII, LXII

Puis-je posséder un jeune esclave

Qui doive la douceur de sa peau

À son âge et non à la pierre ponce,

Et m’ôte l’envie de n’importe quelle jeune femme.

LIVRE IX, XXI

Artémidore possède un jeune esclave,

Mais il a vendu son champ ;

Calliodore possède un champ à la place de son jeune esclave.

Dis-moi, Auctus, lequel des deux a fait la meilleure affaire ?

Artémidore fait l’amour, Calliodore laboure.

LIVRE X, XLII

Si le duvet de tes joues est incertain,

Ce duvet si flexible que le souffle de l’haleine,

Le soleil ou une brise légère le font évanouir.

C’est d’une laine semblable

Que se voilent les coings mûrissants,

Quand le pouce d’une vierge

Qui les en dépouille les font briller.

Toutes les fois que j’imprime

Avec plus de force cinq baisers sur ton visage,

Je deviens barbu, Dindyme,

Grâce à tes lèvres.

PACIFICO MASSINI

(Italien, 1400-1500 : vous avez bien lu, il a vécu cent ans, un siècle !)

Massini a vécu des drames dans sa vie, assez en tout cas, pour haïr les femmes. Celle qu’il eut le malheur d’épouser n’hésita pas à empoisonner ses trois enfants. Poète, précepteur, soldat, médecin, usurier, tueur à gages,

faux monnayeur, tricheur au jeu, sorcier, Pacifico Massini toucha à tout avec un plaisir égal. Mais il fut surtout connu comme entremetteur de jeunes garçons.

Pour cette raison, il est probable qu’il ait été pédéraste et ses textes, même si par convention, Massini semble s’adresser à la gent féminine, ils sont d’un ton

qui ne trompe pas, c est bien aux garçons qu’ils furent dédiés.

SUR MON PÉNIS

Croyez-moi, les voiles d’un navire pourraient à peine cacher ce mât, et en exhibant ce bâton un jardin serait à l’abri des voleurs. 

Il est si gros, d’un poids si imposant que dans la foule je passerais bien pour avoir trois jambes. Celui-là est bien riche qui peut se vanter d’un énorme pénis. C’est plus précieux que l’or, de jouir d’un gros membre ; pour un pareil instrument les rois voudraient donner leurs trônes, et comme à regarder son or jouit un avare, ainsi je jouis en contemplant ce gros atlante. Si quelqu’un en veut un semblable ou une plus gros, il l’aura : il ne m’est pas né tel, je l’ai façonné de ma main. Comme il a grossi chez moi, il grossira chez toi.         

J’ai moi-même appris à arrêter de la main sa dureté trop hâtive, et aussi à la solliciter de la main, quand il est paresseux.        

Mon membre suffit à peine à mon jeune mignon ; une si grosse queue, il la prétend mince et courte dans son intérieur. Qu’il bouche donc son immense cul sans fond, et le couse trois ou quatre fois d’un fil bien serré, ou qu’il en prenne un autre : il ne verra pas pareil membre ; le ciel n’en possède pas, ni la terre non plus.

Faites, ô dieux bienveillants, car vous pouvez toutes choses, que je sois tout en pénis, pour qu’il finisse par s’écrier de contentement : « C’est assez, c’est assez ! »

PRÉSIDENT (FRANÇOIS) MAYNARD

(Français, 1582-1646)

Disciple de Malherbe, Maynard, excellent et rigoureux artisan du vers, annonce les courants nouveaux dans la poésie. Il fréquente les libertins bons vivants comme St-Amant et Colleret. Même élu à l’Académie Française. il aime composer des chansons à boire, ce qui ne l’empêche pas d’être précieux et mystique.

ÉPIGRAMME

Jean, ce F…eur invaincu,

Au soir dans une taverne,

F … ait Louis à la moderne,

C’est-à-dire par le cu.

Lui, qui veut bien qu’on l’enfile

Selon la nécessité,

Disait, d’un coeur irrité,

Qu’un clystère est inutile

À qui crève de santé.

MÉLÉAGRE

(Grec, 140-60 avant J. C.)

Né près de Gadara en Syrie au second siècle avant notre ère, Méléagre passa la plus grande partie de sa vie à Tyr. Il a exprimé dans des vers langoureux, élégants, la frivolité de la vie. L’expression de ses douleurs est un

peu surfaite, mais il a des accents voluptueux pour les décrire d’une manière vive et délicate. Dans Bouquet, il composa la première anthologie d’une quarantaine de poètes depuis le VIl siècle jusqu’au Il avant J. C.

Il ne trouva pas le bonheur parfait dans l’amour des femmes et peut-être ne le trouva-t-il pas non plus dans l’amour des garçons qu’il préféra comme beaucoup de Grecs de cette époque et auquel il se livra sans vergogne, du moins pour un certain temps. Méléagre vécut très vieux.

APHRODITE ET L’AMOUR

Aphrodite nous fait brûler pour le désir des filles,

Mais l’Amour nous apprend le désir des garçons.

Vers la mère ou l’enfant, vers qui mes pleurs iront ?

Ma foi, c’est de d’Aphrodite que vous tiendrez l’aveu

Que le plus fort sera l’enfant audacieux.

L’EAU ET LE FEU


Blessés par le plus triste amour,

Vous qui mêlez de la neige au vin,

Qui connaissez l’amour des garçons

Et qui goûtez son miel amer,

O vite, allons, versez l’eau fraîche

L’eau fraîche où s’est fondue la neige,

Afin d’en arroser mon coeur.

Sur l’un d’entre vous, j’ai osé

Lever trop hardiment les yeux.

Ah! Garçons, avant que le feu

N’ait incendié toute mon âme,

Ah ! Versez de l’eau sur le feu !

THÉRON

Lorsque Théron arrive,

Tout le reste disparaît.

Et s’il s’en va,

Le reste n’a plus d’importance.

TÉMOINS


Nous avions comme témoins

La lampe et la nuit.

Il trahit maintenant ces nuits

Qui nous ont appartenues.

Ses serments légers d’autrefois,

Le font rire aujourd’hui,

Et la lueur de la lampe

Le surprend dans les bras d’un autre.

RÊVERIE


Je croyais l’avoir tout contre moi,

Sur ma couche, le pressant sous mon manteau,

Mais le jour arriva trop tôt.

il avait dix-huit ans et des yeux rieurs.

Où donc es-tu allé, fantôme ?

Mon ardeur est toujours brûlante,

Mais l’espoir m’a fait faux bond.

La nuit vagabonde au pays du mensonge :

Mon âme, apprends à craindre la beauté …

MICHEL-ANGE

(Italien, 1475-1564)

Poète, sculpteur, peintre, architecte, inventeur, bref un génie universel C’est sans conteste l’artiste le mieux connu dans le monde entier, surtout pour ses fresques de la Chapelle Sixtine, sublimes et grandioses. Michel-Ange peut être considéré comme un grand poète et ses textes d’une sensibilité émouvante avec un

penchant pour la fugacité des sentiments et du bonheur terrestre sont un ardent éloge à la beauté du corps et de l’âme humaine. Ses poèmes et ses lettres en grande partie furent dédiés à son ardent amour Tommaso Cavalieri,un beau garçon fantasque qu’il avait accueilli dans son atelier de peintre et de sculpteur.

Tempérament tourmenté, sur la fin de sa vie, ses poèmes et ses œuvres sont dans le sillage des idées catholiques de l’époque : foi douloureuse et besoin profond de pénitence. De son vivant, on lui vouait déjà un véritable culte, qui se continue aujourd’hui puisque pour la seule année 1997, une soixantaine d’ouvrages lui ont été consacrés en Italie seulement. Les poèmes et les lettres que nous avons sélectionnés ont été recueillis par son arrière-petit-neveu qui a tenté de faire croire qu’ils étaient destinées à une femme et non à Tommaso.           

POÈMES POUR TOMMASO CAVALIERI

Je ne saurais m’imaginer

Vision désincarnée ni présence terrestres

(Aidant ma plus haute pensée s’il est possible)

Pouvant me faire une arme contre ta beauté.

Loin de toi, je crains de tomber si bas

Qu’Amour me dépouille de toute vertu

Et, à vouloir diminuer ma douleur

Tant je l’augmente qu’elle me donne la mort.

Mais il m’est vain d’accélérer ma fuite

Puisqu’ainsi je redouble celle de cette beauté ennemie

Et que je ne puis échapper à qui est plus preste que moi.

Amour, de ses mains, sèche mes yeux ;

Je me promets que tant d’amertume me deviendra douceur

Car ce ne peut être vil ce qui me coûte tant !

Je saisis sur ton beau visage, ô mon Seigneur,

Ce qu’en cette vie personne ne saurait dire du mal.

L’âme, de sa chair encore vêtue,

Grâce à lui, maintes fois vers Dieu, s’est élevée.

Et si le vulgaire méchant et sot qui ne sait voir

En autrui que sa propre faute m’accable du doigt,

Mon intense passion ne m’en est pas moins chère

Ni mon amour, ni ma foi, ni mon chaste désir.

À la source miséricordieuse à qui nous devons d’être

S’accorde toute beauté qu’ici-bas nous voyons,

Et nul ne le sait mieux qu’un pénétrant esprit.

Du ciel, sur cette terre, nous n’avons nulle autre image,

Nul autre fruit non plus, et qui t’aime avec ferveur

S’élève jusqu’à Dieu et fait douce la mort.

LETTRE À TOMMASSO CAVALIERI

Florence, 28 juillet 1533.  

Mon cher seigneur,

Si je n’avais pas cru vous avoir donné la certitude du très grand et incomparable amour que je vous porte, le grave soupçon que je vois dans votre lettre, où vous semblez croire que je ne vous ai pas écrit parce que je vous oubliais, ne m’aurait pas paru étrange et ne m’aurait pas étonné.

Mais ce n’est pas une chose nouvelle, ni qui puisse provoquer l’étonnement, tant d’autres choses allant à l’envers, que celle-ci elle-même aille à rebours. Ce que vous, mon seigneur, me dit, je pourrais le lui retourner, mais peut-être le faites-vous pour m’éprouver, ou pour ranimer un feu nouveau et plus ardent, s’il peut jamais être plus ardent. Mais qu’il en soit comme vous le voulez. Ce que je sais, c’est qu’à cette heure, je ne peux pas plus oublier votre nom que la nourriture qui me fait vivre. Etmême, oublierais-je la nourriture qui me fait vivre et qui misérablement nourri mon corps, plutôt que votre nom, qui nourrit le corps et l’âme, remplissant l’un et l’autre de tant de douceur que je ne peux sentir

ni l’ennui, ni la crainte, ni la mort, tant que je le garderai dans ma mémoire. Si mes yeux avaient aussi leur part, pensez en quel état je me trouverais.

Comment songez-vous à m’accuser d’avoir oublié ou pu oublier l’aliment dont je vis et qui n’est autre que votre nom. C’est pourquoi, je ne crois pas, bien que cela soit très présomptueux, vous étant très inférieur, que rien ne pourra détruire notre amitié.


(Recherche et traduction : Alonzo Bruno)

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