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Petite anthologie des textes érotiques masculins par Jean Ferguson

mars 17, 2020

ROI DAVID

(Bible, 1 Samuel)

La Bible n’est certainement pas le livre le plus propice aux amours masculines ou aux épanchements pédérastiques. On y trouve seulement le mot beau trente-quatre fois et il n’y a que la description de David, jeune berger et fils de Jessé qui soit suggestive. Jessé présente ses fils à Yahvé pour savoir qui sera oint comme roi. Aucun ne trouve grâce devant Dieu, sauf le dernier, David, qui était aux champs. « Jessé l’envoya chercher : il était roux, avec un beau regard et une belle tournure.»


Que les amours de David et de Jonathan aient été masculines, il n’y a aucun doute là-dessus. Le plus étrange dans cela, c’est que même les traductions de la Bible par les groupes religieux les plus intégristes et celles des

sectes américaines qui travestissent en général allègrement les passages bibliques pour les faire convenir à leur projet de gommer la sexualité, jamais aucun n’a essayé délibérément de supprimer ces passages compromettants pour les homophobes qu’ils aient des prétentions religieuses ou non.


Pour préparer ce merveilleux poème final après la mort dramatique de Jonathan, il y a plusieurs indices que je donne ici :
« Saül communiqua à son fils Jonathan et à tous ses officiers son dessein de faire mourir David. Mais Jonathan, fils de Saül, qui avait beaucoup d’affection pour David […} l’avertit. » 1 Samuel, 19, 1.

« Jonathan prêta à nouveau serment à David parce qu’il l’aimait de toute son âme. » 1 Samuel, 20, 17.           
« Le lendemain matin, Jonathan sortit dans la campagne pour le rendez-vous avec David; il était accompagné d’un jeune serviteur. Il dit au jeune garçon :         « Cours et trouve les flèches que je vais tirer. »

L’adolescent courut et Jonathan tira la flèche de manière à le dépasser. Quand il arriva vers l’endroit de la flèche que son maître avait tirée, Jonathan lui cria :
« Est-ce que la flèche n’est pas au-delà de toi? » Jonathan lui cria encore : « Vite ! Dépêche-toi, ne t’arrête pas. ». Le jeune serviteur ne se doutait de rien, seuls Jonathan et David savaient de quoi il s’agissait.

JONATHAN

(Version 1)

Jonathan, je suis navré

par ta mort ;

j’ai le coeur serré

à cause de toi,

mon frère Jonathan.

Oui, mon coeur souffre

à cause de toi, Jonathan.

Tu m’étais délicieusement cher,

ton amitié m’était plus merveilleuse,

bien plus encore

que l’amour des femmes.

(Version 2)

Je suis dans la douleur

à cause de toi, Jonathan, mon frère !

Tu faisais tout mon plaisir ;

ton amour pour moi était admirable,

au-dessus de l’amour des femmes.

ET LE CORAN ?

Le Coran « la Lecture par excellence» des musulmans, révélé par l’Archange Gabriel à Mahomet est plus libertaire que la Bible. Cependant ses sourates sont généralement arides et sous le mode du commandement, mais il y en a de très littéraires et de fort poétiques. Peu de religion valorise autant la volupté charnelle ; celle-ci étant considérée comme un don. Il faut en jouir corps et âme, l’acte d’amour manifestant l’harmonie de l’ordre divin. Chasteté et célibat sont rejetés : « Le célibataire est le frère du diable. » Parole de Mahomet. Le

Coran promet aux croyants qu’au paradis, ils seront servis par de très beaux adolescents.

Pour les servir,

parmi eux circuleront

des éphèbes à leur service

qui sembleront perles cachées.     Le Coran LII, 24

Parmi eux déambuleront

des éphèbes d’une éternelle jeunesse,

avec des calices, des aiguières

et une coupe de liqueur

provenant d’une source.     Le Coran LVI, 18

LORD ALFRED DOUGLAS

(Anglais, 1870-1931)

Poète, journaliste, écrivain, amant d’Oscar Wilde, Lord Douglas avait du génie ; mais if fut éclipsé par celui de son aîné. Ses premiers poèmes Le Caméléon et Deux amours furent cités au procès de Wilde. Après la sortie de prison de celui-ci, Lord Douglas se rendit à Naples avec lui et il écrivit son second ouvrageLa cité de l’âme.


Puis, il rompit avec Wilde. Et deux ans après la mort de ce
dernier, il épousa Olive Constance, fille d’un riche colonel. Elle était belle, charmante et elle se défendait bien en poésie. Ils se séparèrent rapidement après naissance d’un fils, mais restèrent bons amis.


Lord Douglas fut profondément marqué par le dénouement tragique de sa liaison avec Oscar Wilde. Il employa ses énergies à se venger de Robert Ross.
Celui-ci avait reçu de Wilde à sa sortie de prison vingt feuillets sous le titre de De Profundis l’écrivain se plaint de son emprisonnement, de l’abandon de ses amis et du comportement de Lord Douglas qui ne l’a pas assisté complètement dans son procès et a eu une conduite capricieuse avec lui. Ross fit dactylographier le texte en deux exemplaires et prétendit en avoir fait parvenir un

à Lord Douglas qui, lui, affirma le contraire.


Après le décès de Wilde, en 1905 et en 1908, Ross fit publier des extraits de cette lettre dans laquelle il avait supprimé certains passages où il était question de Lord Douglas.


En
1918, Lord Douglas intenta un procès en diffamation contre Arthur Ransonne, ami de Ross, à propos d’une biographie de Wilde qu’il avait fait paraître. Ross témoigna en faveur de Ransonne et il lut à la cour des passages qu’il avait auparavant rayés et qui accusait Lord Douglas de lâcheté et de n’avoir pas été un véritable ami en l’abandonnant en prison.   

C’est de cette façon que Lord Douglas prit connaissance du texte de Wilde et il conçut une haine féroce contre Ross. Comme son père, il n’était pas freiné par le scrupule et il employa des moyens peu reluisants pour venir à bout de Ross qu’il traitait de
« crapule » et de « pédéraste notoire ». Ross, outré, lui intenta un procès et faute de preuves, Lord Douglas fut condamné. Il obtint sa libération avec un délai de cinq semaines pour produire des preuves. Il réussit à les présenter huit jours seulement avant la réouverture du procès par des moyens qu’il refusa de dévoiler.


Converti au catholicisme, il fut tour à tour journaliste, directeur de revue sans importance et il n’eut pas de succès avec ses publications,
Academy et Plain English où il se laissa aller à écrire des articles racistes contre les Irlandais, les juifs et les Noirs.


En
1921, il accusa Winston Churchill de collusion avec des financiers juifs à propos de la guerre du Jutland. Il fut cité à procès et perdit. ll fut condamné à six mois de prison.


Personnage efféminé, il était néanmoins sportif. Malgré son vilain caractère que ne manqua pas de lui reprocher Wilde et ses haines douteuses qu’il exprimait avec rage, Lord Douglas fut toutefois un bon écrivain et un poète de grand talent et il exprima mieux que quiconque dans sa personne et surtout dans ses œuvres      « l’amour homosexuel » dans ce qu’il a de plus beau.


Nous reproduisons
ci-dessous un poème qui fut cité au procès d’Oscar Wilde.

LES DEUX AMOURS


Charmant jeune homme,

Dis-moi pourquoi, triste et soupirant, tu erres

En ces plaisants royaumes? Je t’en prie, dis-moi

quel est ton vrai nom. « Mon nom est l’Amour. »

Alors le premier s’est tourné vers moi,

Et m’a crié : « Il ment, car son nom est la Honte.

C’est moi qui suis l’Amour, et j’avais coutume d’être ici

Seul dans ce beau jardin, jusqu’à ce qu’il vint

Comme un intrus la nuit. Je suis le véritable Amour.

« J’anime d’une mutuelle flamme les cœurs des garçons et des filles. »

Alors, en soupirant, l’autre dit : « Suis la fantaisie,

Moi, je suis l’Amour qui n’ose pas dire son nom.»

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