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Radioactif 444

juillet 24, 2022

Radioactif 444

Texte de 2008, p. 794

Mort de Benji 2 (dernière correction). 

La mort de Benji, c’est un coup dur, un trou immense dans ma vie quotidienne. Que ce soit la mort d’un humain ou d’un autre animal qu’on aime bien, c’est la même chose.  Même si on accorde plus d’importance aux humains, nous ne sommes quand même que des animaux, parlant ou pas.  Sauf, que la mort d’un animal, ça fait mal moins longtemps.  Les échanges ont été moins profonds.  La mémoire est plus vite altérée.            (Ce n’est pas vrai. On se rappelle une foule d’événements, mais on a plus aussi mal.)           

L’homme est l’animal le plus destructeur et le plus malveillant de la création ; mais aussi, sur un plan individuel, c’est l’être le plus extraordinaire qui soit. 

Les gens de ma famille en sont un exemple parfait.  Ils ont su accepter que je sois pédéraste et que ce soit connu.  Pas parce qu’ils sont d’accord, mais parce que c’est ma vie et ils sont assez évolués pour me respecter, ce que bien des Québécois ne sont pas encore capables de faire parce qu’ils ne sont pas encore sortis de l’étroitesse d’esprit créée par les religions.             

Les vrais ordures sont ceux qui nous dirigent et nous manipulent à leur profit.  Ceux qui créent les règles à leur avantage exclusif. Ceux qui ne reculent pas devant la violence pour imposer leur vue, leur morale.  Les riches.  Le pire, si tu fais une révolution, tu remplaces une bande de trous-de-cul par une autre qui deviendra très vite aussi pire, sinon pire. 

Ce phénomène est lié à notre cupidité.  On en a jamais assez, et pourtant, on va tous mourir.  Veut, veut pas !  Rien ne viendra avec nous dans l’au-delà.  Peut-être disparaîtrons-nous à jamais totalement?  C’est aussi une possibilité.  Si la vie est une injustice, ce n’est pas à la mort de la réparer.  C’est à ceux qui vivent de forcer les changements pour rendre possible une vie agréable pour tous.  Ce n’est pas Dieu qui fait la merde sur la terre, ce sont les hommes et les imbéciles qui prétendent l’interpréter.  

Supposons qu’il y a quelque chose après la mort, ce qui semble le plus possible et naturel pour la majorité des hommes.  C’est la fin de la souffrance pour l’être qui vient de mourir.  C’est d’ailleurs la seule grande justice, prétendent certains ; mais ça peut aussi être l’absence de structures de vie, donc l’inconscience, le trou noir total, éternel. .  Mais, ce ne peut pas être le vide total, car la mort est une transformation, une division, un déséquilibre, l’éclatement de la structure qui fait que tu existes.  Le champ électromagnétique qu’on appelle l’âme, si ça existe, qui éclate ou s’écarte du corps et cesse de l’animer.

Une particule peut-elle avoir la même conscience que l’ensemble?  Difficile à croire… Le corps est comme un câble électrique.  Sans vie, ça ne vaut rien, il pourrit.  Par contre, vivant, le corps est une merveille incroyable.  Qui est le plus important le câble ou l’électricité qui s’en sert pour voyager ? Comment un toucher sur une de ces parties peut-elle être une profanation.  Juste à y penser et on voit que ça tient pas debout.   

Certains prétendent que la mort c’est l’immortalisation du tout dernier moment de vie.  Si ta vie fut agréable, qu’elle n’est pas rongée de remords, tu ne peux pas faire autrement que d’aller vers un meilleur ou une absence de conscience, donc, une forme de vide absolu et éternel.  Donc, dans ce dernier cas, ça n’aura plus d’importance, ce sera le « black-out » absolu, sans rémission.  Tu meurs dans la paix d’avoir fait une belle vie ou d’avoir été un salaud.  Dernier souvenir.  La photo qui t’habitera tant qu’il n’y aura pas de changement pour provoquer une autre situation.  Ta vie antérieure ne sert que d’énergie de base à ta future renaissance, à ta prochaine re-vie.  Les bouddhistes ont une pensée vraiment extraordinaire de la mort.  La vacuité vers un devenir … Être ainsi figé dans cette conscience de soi pendant peut-être des siècles, ce serait notre nouvelle réalité, après chacune de nos vies.           

Par contre, c’est la même fixation si tu as abusé (dans un sens qui exclue le sexe et le plaisir) de tous, tout au long de ta vie ; tu meurs avec la chienne, les remords et en t’haïssant.  T’as peur au bout.  Tu te demandes si tu auras ce que tu mérites.  Pour les moralistes, c’est l’enfer.  Personnellement, je ne crois pas à l’enfer tel qu’on nous l’a enseigné.  C’est une impossibilité, même sur un plan strictement spirituel.  Tout ce qui peut arriver, c’est que tu es conscient comme énergie de ta valeur bonne ou mauvaise.         

À ta mort, tu es transparent ou plus ou moins opaque.  Si tu n’as jamais été ouvert aux autres, ta rapacité, ton égoïsme, ta petitesse envers les autres, à cause de ce que tu es, te rendent incapable de communiquer avec les autres énergies. De les saisir pour te nourrir.  De pouvoir te transformer pour moins souffrir de ta médiocrité à cause de ta solitude.   Une conscience de soi affreusement désagréable.           
    
L’enfer, c’est de n’être présent qu’à soi, de se découvrir minable parce que ta vie se déroule devant toi en une seconde avant de mourir.  De ce jugement, tu sais exactement ce que tu vaux et tu ne peux plus te mentir.  Tu as toujours rejeté les autres, tu ne peux leur faire appel pour te réchapper après ta mort.    L’amour est ce qui donne de la valeur à ton âme.  De garder cette empreinte, ce verdict en fonction de ta vie, crée comment tu te ressentiras : comme un être de lumière, de bonheur ou comme un salaud, un sale égoïste, qui exploitait les autres.  C’est cette même empreinte qui fixera tes vies futures, car c’est exactement ce que tu es. 

Dans cette perspective, le péché est un manque d’amour.  Ton égocentrisme fait que tu ne peux pas percevoir le bien et le beau des autres.  L’enfer, c’est d’être privé des autres, de leur énergie, de leur lumière.  Ta haine t’écrase, en fonction de ton incapacité à recevoir l’amour ou la lumière des autres.  Plus ton énergie est forte, plus elle est pure, plus tu jouis de son existence.  Le bonheur est la lumière.  Elle permet aux autres de s’ajouter à ta propre transparence et de mieux sentir encore son effet bénéfique. 

L’entre deux vies, c’est comme pour recharger ta batterie, pour déterminer le      «ça », de ta renaissance, comme dirait Freud.  La vie est seulement une réaction à ce que tu es.  Le jugement particulier n’est donc rien d’autre que l’empreinte te résumant, la conscience primitive, qui te fait prendre conscience de ta capacité à jouir ou non de l’univers (Dieu).  L’œil, le prisme par lequel tu perçois le tout.  Si tu n’as jamais aimé, tu continues de ne pas pouvoir jouir de la beauté des autres. La présence des autres énergies est déplaisante, repoussante au lieu d’être agréable.  Ton jugement est strictement identifié à ta capacité à jouir de l’amour (attraction-osmose) des autres.  Sinon, t’es la répulsion, même envers toi-même. 

Donc, si Benji est une énergie plus secondaire, elle demeure une énergie.  C’est stupide de croire que les animaux ne sont pas éternels comme nous.  Si nous le sommes, ils le sont aussi.  Sinon, personne ne l’est.  Nous ne sommes que des animaux qui se sur- estiment. Puisqu’on fait des guerres peut-être sommes-nous plus fous que les autres animaux ?   

Pour ceux qui restent, la mort n’est qu’un souvenir qui disparaîtra dès qu’il n’y aura plus personne pour s’en souvenir.  La vie n’est que le rassemblement d’un petit paquet d’énergies, réunies dans un certain espace et un certain temps, et consciente de cette réalité qu’elle perçoit.   La vie est la perception engendrée, grâce à cet équilibre des énergies temporairement en équilibre, donc temporairement existante comme elles sont réunies.  Elle disparaît avec cet équilibre, elle se transforme, mais on ne sait pas en quoi, ni comment.             
    
Benji est un excellent souvenir.             

Cette expérience me rappelle cependant la fin de Kiki.  J’étais très jeune et je me souviens de m’en être voulu très longtemps de ne pas avoir été plus attentif à tous ses besoins avant de mourir.  Kiki m’aimait comme Benji.  Quand il est mort, je me suis reproché de ne pas l’avoir aidé à monter dans le lit quand il le demandait juste parce que ça me dérangeait.  Je me trouvais très égoïste de ne pas avoir changé d’occupation pour lui faire plaisir.  Il ne faut pas penser mal, Kiki comme Benji adoraient dormir à mes pieds sur le lit.  Je m’en suis voulu quand il est mort.  Je voyais ça comme un manque d’amour que de préférer me masturber à aider Kiki à venir me rejoindre.  Un squelette dans le placard.           

Avec Benji, ce fut différent.  Je répondais à tous ses caprices.  Aussi, quand on allait au magasin quotidiennement, je m’achetais une barre de chocolat au caramel pour pouvoir lui en donner des petits morceaux, ce qu’elle adorait.  Quelle culpabilité quand on a commencé à me dire que le chocolat tue les chiens.  Je ne savais plus que faire. Je ne voulais pas la tuer, mais je ne voulais pas non plus la priver de son plaisir. Elle était vieille, elle allait mourir quand même, alors pourquoi toujours la priver pour retarder sa mort.  C’était d’ailleurs la philosophie de maman : mieux vaut vivre avec passion que ne rien faire pour ne pas se rendre malade.      

C’est une question qui se pose non seulement pour Benji, mais aussi pour tous les humains.        

Est-il préférable de vivre une vie sans saveur pour vivre plus longtemps ?  J’ai opté pour une vie agréable durant qu’on la vit. J’ai continué de lui donner du chocolat, mais imaginez les remords quand elle est décédée.  La fin de semaine, elle a cessé de manger et de boire.  Elle restituait dès qu’elle essayait de boire.   Elle râlait aussi affreusement après avoir marché.   Plus elle allait, plus c’était évident qu’elle pourrait en mourir.  J’ai fixé rendez-vous avec le vétérinaire.  Le lundi, je l’ai amené chez le vétérinaire qui la trouva très déshydratée.  Mais, malgré les radiographies, il ne pouvait pas me dire ce qu’elle avait.  Il y avait trois possibilités : une infection de l’utérus, une chose qu’elle n’avait pas bien digéré (à cause d’une bosse dans le système digestif) et peut-être le cancer, à cause de deux autres bosses.  Donc, j’ai autorisé la chirurgie pour la sauver, même si je suis pauvre.  Le verdit fut tout autre. Pas de problème d’utérus ou de digestion, mais elle avait le foie très malade et elle souffrait affreusement de diabète.  Elle avait un taux de sucre beaucoup trop élevé.  Inutile de dire que j’ai immédiatement pensé que je l’avais tuée en lui donnant du chocolat.  Mais pourquoi elle ?  Kiki a toujours mangé ce qu’on lui donnait à la table.  Il est mort de vieillesse à 19 ans.         

Heureusement, on m’a fait comprendre que c’est une disposition que l’on retrouve dans les gênes.  Donc, j’avais peut-être agi idiotement, mais c’était pour lui rendre la vie encore plus agréable.  L’intention était bonne. Je ne l’ai pas tué, mais ça pouvait peut-être accélérer sa mort.  Je dis bien peut-être.  Ça n’a pas aidé, en tous cas.       

Benji n’a jamais vraiment souffert, même si elle était très faible.  Je l’ai chouchouté jusqu’à son opération.  Et, ce fut tout un choc pour moi quand j’ai appris qu’elle est morte à son réveil, malgré tous les efforts pour lui sauver la vie.   J’avais accepté de devoir la piquer matin et soir pour le diabète jusqu’à sa mort.  Je lui devais bien ça d’autant plus que je lui avais donné bien du sucre, donc, que j’étais en partie responsable.            

Dans l’après-midi, je suis retourné voir le vétérinaire, car je me demandais si elle serait mieux morte ou vivante.  En faisant part de mes hésitations, à savoir si sa vie mériterait d’être vécue malgré cette maladie, le vétérinaire m’a arrêté pour m’annoncer son décès.  Elle était morte en se réveillant. On avait tout fait pour la sauver, mais pour rien.  Comme me disait mon frère, en voulant la sauver à tout prix, j’acceptais simplement de reporter la douleur de sa mort que je ressentais déjà comme un poids insupportable.  Je ne voulais pas décider de sa mort.  Elle l’a fait elle-même. Je me suis rendu à son cadavre et je l’ai flattée une dernière fois.  Elle avait la langue bleue.   C’est comme si elle avait voulu me voir une dernière fois.  Curieusement, si on additionne les chiffres de la journée de sa mort, on arrive avec un neuf, le chiffre de la mort.  Comme avec Rouhed.        

C’est une maudite question pour nous les plus vieux.  Le 8 août, toute ma famille six gars deux filles, encore vivants, nageront entre 60 ans à 70 ans.  Nous sommes les prochaines cibles.  Est-ce plus important de vivre longtemps?  Est-il indispensable d’avoir une certaine qualité de vie?  Personnellement, si je devais être entretenu par les autres, je préfère mourir sans hésiter.  Pas question de souffrir.

Je viens de faire la même maudite erreur qu’hier soir. J’ai trop corrigé avant de sauvegarder, j’ai tout perdu.  Quelle merde que de vouloir écrire au fur et à mesure.

Je suis trop fatigué (il est minuit trente).  Je reviendrai vendredi pour tout reprendre ce que j’ai perdu, si j’arrive à m’en rappeler.

Comment aie-je perdu mes textes, si je peux les publier maintenant? C’est que je les ai ré écrits, ce qui ne veut pas dire que c’est la même chose. J’ai tellement écrit que je ne me rappelle pas tout ce que j’ai raconté.  Dans cinq ou 10 ans, ce sera encore mieux, en relisant mes textes, j’aurai l’impression de découvrir un nouvel auteur. J’espère que je ne serai pas devenu follement scrupuleux comme la société actuelle qui me semble viser la folie plutôt que la profondeur.          
  

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