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Radioactif 424

juillet 3, 2022

Radioactif 424

Texte de 2008, p. 739

Le racisme.

Quand j’étais en pension à Québec, j’étais, à part la famille qui nous recevait, le seul pensionnaire qui était Québécois d’origine, les autres étaient tous Français, Belges ou Algériens.          

Un jour, un noir s’y installa.  Je suis allé prendre une bière avec lui.  J’étais le plus fier des gars, car je n’étais pas raciste.  Puis, celui qui devint un jour cuisinier du gouverneur général.  « O abomination des abominations ! », me dit que j’étais un raciste.  Je ne comprenais rien.  J’étais gentil, je le respectais, je lui payais bière sur bière, que faisais-je de mal pour être ainsi identifié au pire vice de l’humanité : l’intolérance, le racisme? 

Il eut la gentillesse de me l’expliquer.  « Si tu étais avec un autre blanc, serais-tu aussi prévenant, aussi gentil, que tu l’aies avec moi?  Non ! Parce que je suis noir et tu dois te prouver que tu n’es pas raciste, donc, t’es raciste. 

Être raciste, c’est agir différemment avec un individu, que ce soit en bien ou en mal, à cause de sa race.  La race lui donne un statut privilégié. »  

J’étais raciste parce que je n’agissais pas avec lui exactement comme avec un autre, à cause de sa race. 

En d’autre terme, en le gâtant, j’essayais de me prouver que je n’étais pas raciste pour faire plaisir à mon petit égo, mais cette hypocrisie, ce manque de naturel, de sincérité dans l’intention, faisait de moi  un raciste. 

Alors, nous n’étions pas des égaux.  Il était perçu comme mieux qu’un autre, qu’un blanc, pour me prouver que je n’avais pas de préjugés.  En ce faisant, je venais de prouver que j’en avais.  Si je n’en avais pas eu, je n’aurais pas eu à me prouver que je n’en avais pas.  Ne pas être raciste, c’est de ne pas faire de distinction, d’agir exactement avec l’autre, comme s’il n’y avait pas de différence.  D’être à être, d’humain à humain.           

Il est aussi possible que des noirs soient racistes.  J’ai constaté que les amis de mes fistons et même mes fistons, même s’ils avaient la peau brune et non noire, apportaient une nuance quant à ce que le noir soit plus foncé ou moins foncé chez l’autre pour se situer socialement.  Pour eux, un Haïtien était moins nègre qu’un Africain.  Ce n’était pas ma façon de voir, mais la leur entre noirs.

Par exemple, quand j’ai voulu adopter leur cousin Nosir, mes fistons me parlaient souvent du fait qu’il était plus noir qu’eux.  Pour moi, ça n’avait en soi aucune importance.  Ils étaient très heureux de ma décision, c’était le cousin adoré, mais ils percevaient cette nuance raciste. 

Le racisme m’apparaît comme un refus de la moindre différence.  Cependant, suis-je raciste juste à constater ces différences?  Je ne le crois pas.  On n’est pas assez imbéciles pour ne pas voir la nuance ; mais si cela me fait agir différemment alors je deviens un raciste.  Cette petite anecdote devrait guider notre discours sur « notre racisme».     

Quand je travaillais pour le Parti Québécois, à Val d’Or, tout en me battant comme président de la Société nationale des Québécois pour le fait français, les libéraux s’amusaient à me décrier comme un raciste parce que je voulais un Québec français.         

En quoi l’aplaventrisme devant l’anglais est-il autre chose que du racisme?  L’anglais est alors perçu comme supérieur au français.    On me traitait de raciste alors que j’avais adopté deux enfants de couleur, que je me rendais à la mosquée et je participais aux rites religieux musulmans par sympathie pour mes fils.  Je voulais comprendre nos différences.  Qui étaient vraiment racistes?  Le racisme porte peut-être un autre nom quand entre personne de même couleur on se calomnie?      

Est-ce que le fédéral, en refusant la double citoyenneté aux anglophones du Québec pour appuyer la partition advenant un OUI au référendum, était raciste?  Sûrement.         

Quand j’ai accepté de vivre avec mes deux garçons, j’exigeais que tout se passe en français à la maison.  Ce qui ne leur plaisait pas. «Le Québec est français », leur disais-je ; mais la raison la plus profonde était la suivante : le français est une langue extrêmement difficile à apprendre, donc, il fallait y mettre tous les efforts, lui donner l’exclusivité pour en faciliter l’apprentissage alors que l’anglais, quand ils posséderaient le français, c’est tellement facile à apprendre qu’ils le feraient sans effort. 

Un petit bain linguistique suffit pour apprendre l’anglais.  Le français aime se compliquer la vie, il ne se contente pas de règles, mais ajoute encore plus d’exceptions. C’est une très belle langue, mais elle est en régression à cause de ça.  Elle ne s’adapte pas à la facilité, une qualité recherchée par tous les jeunes. 

Quand j’ai commencé à enseigner, à Montréal, je suis revenu tout fier à la maison d’avoir un emploi plus permanent, .avec plus de sécurité.   Une permanence.  Imaginez les rires et les sarcasmes quand les jeunes ont appris que mon travail serait d’enseigner l’anglais.       

Cet incident demeure après tant d’années à provoquer l’hilarité dès qu’on se rencontre, Shuhed et moi, puisque malheureusement Rouhed n’y est plus.      
 
Je crois très honnêtement que mon ouverture aux autres est le plus beau et le plus grand cadeau-héritage que m’a laissé ma pédérastie. 

Ça demeure vrai, même si aujourd’hui, tous les paires avec qui j’ai combattu pour créer un pays, me rejettent parce que j’ose affirmer ma pédérastie.  

Je suis rejeté par tout le monde parce qu’il est actuellement à la mode de ne pas frayer avec un tel pervers.  

Ce fut une expérience qui m’a forcé, par le goût du bien et du beau, à accepter de toujours chercher les qualités chez les autres plutôt que les défauts. 

Je dirais que ça rejoint, je pense, le fondement de la foi catholique qui m’a sculpté quand j’étais jeune, alors que je me contentais de réfléchir sur les Évangiles pour comprendre ma religion plutôt que d’obéir à l’interprétation que les autres en faisaient. 

02 juillet 2022

Je crois sincèrement que l’hypocrisie sociale est encore pire aujourd’hui que dans mon enfance. 

Marcel Proust, que j’ai connu, grâce à mon ami Gabriel Charpentier, qui m’a remis ses œuvres complètes pour lire en prison, cachait son homosexualité en utilisant un « je »féminin. Ce que je ne fais pas. Je raconte ma vie en parlant directement de mes amours. Je ne comprends pas pourquoi on ne peut pas penser que le nom du garçon employé puisse avoir 18 ans au lieu de 12 ou 15 ans.

Quand j’ai commencé à écrire, il est vrai que j’aimais provoquer. J’aurais écrit n’importe quoi pour scandaliser, et pourtant, si on lit mes livres en introduisant la nuance dont je viens de parler, on constaterait que je suis somme toute assez pudique, en comparaison à bien des auteurs hétéros.

Sauf, que parfois à cause de la censure, je pète les plombs un peu trop vite. En fait, c’est aux individus de décider ce qu’ils veulent vivre quoique je conseillerais à quiconque de ne pas faire comme moi et ne jamais avouer être pédéraste. Vive l’hypocrisie, si elle nous donne la paix.

Je n’ai pas à pleurer sur mon sort, j’ai fait ce que je voulais. La liberté a un prix et je l’ai payée. Le pire, je ne changerais rien à ce que j’ai vécu, sauf comme je l’ai déjà écrit, j’aimerais ne jamais boire autant. Boire est une façon hypocrite de se suicider.

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