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Radioactif 409

juin 18, 2022

Radioactif 409

Texte de 2008, p. 710

Avant de retrouver tout nu dans la rue.

La liberté sexuelle était une réponse à mes questions les plus fondamentales.

Même si la vie était telle un ouragan, je n’avais pas le temps de me « morfondre  » sur mon sort.  J’avais dépassé le doute, la révolte, je rejetais la religion, mais j’étais encore fasciné par la spiritualité. 

Il me fallait maintenant apprendre à vivre à partir des expériences que j’avais vécues.  Définir ce que je suis. 

Ayant chassé la culpabilisation et la peur à cause de ma vie sexuelle, je pouvais réfléchir à des éléments plus importants dans la vie.   Je me prenais pour un grand révolutionnaire.  Ma mission était d’aider les pauvres à échapper à l’esclavage de l’économie.  J’étais même un peu paranoïaque comme tous ceux sont radicaux. 

En général, j’étais très bien, je m’en sortais financièrement et je ne pouvais qu’espérer mieux puisque le Parti Québécois venait de prendre le pouvoir.   

Par contre, je n’appréciais pas l’insécurité dans ma vie.  Ado, je ne voyais vraiment pas comment j’arriverais à gagner ma vie d’adulte puisque j’étais bon à rien en tout.   Je venais de trouver un emploi comme animateur à la Fédération des Unions de familles et je m’occupais d’organiser une fin de semaine d’études sur le problème du logement.  Un autre problème engendré principalement par le gouvernement fédéral.         
 
Cette fin de semaine de forum a d’ailleurs donné naissance à mon livre Avant de se retrouver tout nu dans la rue ou le problème du logement, publié à Parti pris.  J’aidais, en même temps, à la construction de la Maison des enfants.  J’avais passé un nombre incroyable de journées de travail manuel à construire cette école qui a pratiquement fermé les portes dès qu’elle fut complétée.  J’aimais ça travailler de mes mains, même si j’étais nul. 

Je ne vivais plus avec Suzanne, car elle trouvait que j’étais devenu un véritable fasciste parce que je mettais des règles à suivre dans la vie des enfants.  Je n’acceptais pas que les adultes vivent tout simplement à côté des enfants et fassent comme s’ils n’existaient pas, sous prétexte de leur laisser la vie libre. 

Qu’on le veuille ou non, je découvrais que les jeunes ont besoin d’encadrement.  Laisser des enfants à eux-mêmes, c’est comme leur dire : on se fiche de vous et de ce qui vous arrive.   

J’avais beau réclamer la liberté, je trouvais que là on allait beaucoup trop loin à l’école libre. Ce fut cette pensée soi-disant magique qui a donné naissance aux enfants-rois, des jeunes incapables de discipline et d’affronter le moindre problème.  Que les jeunes se « garochent » des œufs par la tête, soit!  Mais ce n’est pas à moi de les ramasser, sous prétexte que je suis l’adulte.  C’est le travail ou la responsabilité de ceux qui les ont tirés. 

Se coucher plus tôt pour ne pas vivre une perpétuelle dépression nerveuse, c’est aussi un besoin chez les enfants, etc.  Les parents sont là pour offrir la sécurité et les accompagner dans leur développement, sans les opprimer.            

Je considérais de plus en plus que la liberté absolue chez les jeunes ne leur rend pas service.  Il y a des règles qu’il faut apprendre comme la non-violence, le respect des autres.

Comme Suzanne me le disait, j’apprenais à me comporter en «boss ».  Les jeunes aiment bien l’autorité, car ils ont besoin de sentir qu’on les aime assez pour leur éviter de se mettre les pieds dans les plats.  Notre façon de vivre avec les enfants les influence.     
 
Une telle perspective changeait encore une fois mon rapport avec les jeunes.  Non seulement ils doivent être libres, se sentir égaux et appréciés, mais notre engagement vis-à-vis eux est ce qui modulera leur vie quand ils seront adultes. 

J’ai toujours considéré mon engagement politique envers le Québec à partir du fait que tout ce que je vise à améliorer la vie future des jeunes, même et surtout, dans ma lutte pour la liberté sexuelle.            

Je ne veux pas que les jeunes qui me survivront soient pris dans le même étau dans lequel la société québécoise m’a forcé de vivre enfant, à travers la bêtise religieuse.   Je ne veux pas semer le déséquilibre mental que crée le péché de la chair, qui t’apprend à détester ton corps, objet de péché.            

Je vivais par contre une liberté presque infinie, même si j’avais déjà beaucoup de discipline intérieure.   En fait, les règles que je me suis fixées par rapport à la sexualité me semblent simplement le gros bon sens : non-violence, consentement et plaisir.

Les lois sur la sexualité et leur application au Québec sont carrément arriérées, fondées sur l’ignorance et la stupidité.  On interdit sans même se rendre compte qu’en se faisant, on brime les jeunes que l’on prétend défendre, de leurs droits les plus fondamentaux : leur sexualité, leur intégrité et leur vie privée. Voilà pourquoi il est essentiel d’avoir des cours de sexualité qui soient basées sur la science et non les stupidités religieuses quant au sexe. 
 
C’est difficile d’établir un juste équilibre, mais ce n’est pas en refusant de voir le problème et d’en parler qu’on fait face à ce dilemme : pour que les jeunes puissent se créer une conscience personnelle, ils doivent vivre des expériences.  Ils doivent être libres, mais il faut aussi les protéger car, qu’on le veuille ou non, il y a des fous dangereux ou des compagnons qui peuvent détruire leur avenir.  Les pires dangers demeurent la boisson et la drogue ainsi que la violence.

On est tous plus ou moins naïfs.  Mieux vaut prévenir que de guérir.  Malheureusement, on apprend qu’en réfléchissant sur ce que l’on a vécu.

Plus tard quand j’ai rencontré Shuhed je fus le plus heureux des hommes, car je vivais en compagnie d’un garçon admirable, très beau, très gentil. J’étais, sans le savoir,  le futur père, sans avoir à endurer la dictature de la fidélité féminine.

Je vivais le droit d’adopter un garçon, c’était aussi ma façon de me battre pour le droit des gais à adopter un enfant. Tout le monde était extasié de voir qu’un pédéraste pouvait vivre avec un garçon et que ce garçon soit absolument heureux. Ce n’était pas un objet sexuel, mais la joie de travailler à construire le bonheur d’un être humain.

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