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Radioactif 404

juin 13, 2022

Radioactif 404

Texte de 2008, p. 695

Jean Ferguson.

Les deux Jean, moi et Jean Ferguson, étions bien différents, mais très profondément amis, à cause de notre pédérastie,

J’adorais enseigner.  J’étais sensible aux besoins des jeunes et je les admirais très profondément.  Sous prétexte d’haïr l’administration, Jean n’aimait pas tellement enseigner, même si comme moi, il aimait les petits gars.  C’était une des principales différences entre nous. 

J’ai toujours été surpris et ravi de l’intelligence des jeunes à qui j’enseignais.  Ils m’ont toujours électrisé. Les jeunes ne sont pas encore rendus à moitié fous par les religions.  Ils sont authentiques.  J’adorais ce trait qui leur est particulier ainsi que la spontanéité. 

Jean Fergusson était le seul ou sinon un des rares à Val-d’Or, à savoir que je suis pédéraste.  On partageait ce secret et on était très heureux de connaître les mêmes petits gars.

Pour lui, j’étais un révolutionnaire bien connu. Il avait lu certains de mes livres et il n’en revenait pas que je me sois installé à Val-d’Or.  En fait, fallait bien travailler pour payer mes dettes.  Et, les jeunes où qu’ils soient dans le monde sont adorables.  J’ai gardé mon appartement à Montréal pour Rouhed, car il ne voulait pas venir vivre dans une petite ville.

Une autre différence : Ferguson voulait absolument être un écrivain du Québec reconnu après sa mort.  Moi, je m’en fichais.  Cette maladie de la célébrité est née en moi beaucoup plus tard.

Je me demande pourquoi ça me touche maintenant aussi profondément.  On essaie de m’écarter de tout pour s’assurer que pas un chat ne se rappelle de moi.  Moi, qui ne voulais rien savoir, je réagis comme si c’était important.  Je ne suis rien et je le sais.  Quand je serai mort, ça ne changera absolument rien que je sois connu ou non.  Je pourrirai comme tous.  Je serai probablement très vite oublié et ça n’a pas d’importance. 

J’ai cru que j’avais une mission à remplir au Québec, aider à se débarrasser de cette morale sexuelle de débile qui préconise l’ignorance plutôt que la conscience. 

Jean se fiait sur moi pour qu’il passe à la reconnaissance éternelle.  Il serait déçu de voir jusqu’à quel point je suis ignoré aujourd’hui. 

Je préfèrerais me trouver un beau petit serin pour revivre un peu avant de mourir que de donner raisons à cette bande d’imbéciles qui paniquent parce que je dis que je suis pédéraste et heureux de l’être . 

Les trous-de cul de la pudeur peuvent continuer de nous interdire d’être pédéraste ; nous, au moins, on ne laisse pas les jeunes crever de faim. Je leur laisse leur économie de bandits.  Je préfère faire une pipe à éplucher le portefeuille de ceux qui n’ont presque rien dans la vie.  Au moins en faisant une pipe, je fais plaisir à quelqu’un.


Évolution sexuelle.

Au fur et à mesure que j’évoluais dans la vie, que les expériences se multipliaient, ma conception de la sexualité se modifiait. 

Il y a une différence titanesque entre une aventure sexuelle à la vite et vivre l’amour.  J’avais réussi à tuer les peurs qu’essaient de semer en nous la censure et l’approche négative religieuse de la sexualité, ce qui me permettait dorénavant des relations carrément homosexuelles et d’échapper au rejet des femmes.  Les femmes adorent les gais.

Pour moi, il était évident que je ne pouvais pas me comporter avec Patrick comme avec n’importe quel garçon puisque j’agissais comme si j’étais son père.  Et, cette nouvelle responsabilité me plaisait.  Yanie y contribuait aussi du fait qu’elle permettait de voir la différence entre aimer un enfant avec ou sans désir sexuel.  L’affection est indépendante de la jouissance.  C’est plus spirituel, plus au niveau des échanges d’énergies. 

À ce compte-là, Mahomet avait tout à fait raison : s’il y a un chemin qui conduit au paradis, c’est l’amour des enfants.  Ils ont une onde de vie qui leur est propre. Cette vie ne se ressent pas sur un plan matériel, mais à travers l’émotion. 

On vient juste de trouver une machine qui permet par les ondes qu’elle produit d’éloigner les jeunes.  Est-ce que l’attirance pédéraste est différente?  Question d’ondes, de vibration, d’odeurs, de mille petits éléments qui motivent cette forme d’attraction ressentie par une toute petite minorité de gens dans le monde. 

Je ne savais pas encore ce qu’une relation génitale peut signifier pour un garçon dont on a la responsabilité.  Est-ce que ça crée des liens plus serrés ou un rejet automatique?  Une blessure dans la confiance? Est-il vrai que ça détruit l’image symbolique de l’autorité? Le jeune peut-il oublier qu’il est le seul maître de son corps? Je me posais des tonnes de question, car je voulais que ma pédérastie soit responsable, que le bien-être du jeune aimé soit ma raison principale de vivre.  

Les vertueux nous ont toujours tellement menti, en inventant à chaque seconde une nouvelle peur ou un nouveau mensonge, de façon à ce que tout ce qu’ils nous enseignent est plus que suspect.   

La censure crée une telle forme d’omerta que t’informer sur ta réalité semble signifier accepter de participer au mal.  Alors que les vertueux crient au viol du corps, ce sont eux qui violent l’esprit des jeunes, en leur interdisant de prendre en main la création d’une conscience personnelle et de la définir. 

La peur éliminée, toutes les aventures étaient possibles et chacune me permettait d’apporter un point de vue différent.  Jouer aux fesses, c’était en apprendre plus sur la nature humaine.  Aucun individu n’est pareil. 

En ne demeurant plus avec Suzanne, je n’avais plus à craindre pour les enfants quant à la répercussion de mes aventures d’autant plus qu’un juge venait de la libérer.  Trois règles existaient cependant pour moi à cette étape de la découverte le consentement obligatoire,  la non-violence et le plaisir. 

Pour qu’il y ait plaisir, l’autre doit aimer ça autant que toi.  Un jeune qui aime ça ne peut pas le regretter, il est même possible de lui apporter une meilleure vie, de beaux moments, car être ensemble, c’est jouir de la présence du jeune pour revivre l’enfance qui nous a captivé, pour ne pas dire emprisonné.  C’est fondamental dans une relation que j’ai nommée « l’amourajoie ».  C’est un amour reposant sur la curiosité, la joie et le jeu. 

La pédérastie se confond avec le désir inconscient de figer la réalité à l’enfance.  C’est une déviation.  Mais tant qu’elle n’est pas violente, elle ne peut qu’être très positive autant pour le jeune que pour l’adulte.  Un besoin inconscient d’éternité ? L’adulte retrouve à travers son petit compagnon l’enfance qu’il désire revivre et repartager.  Une recherche de son paradis terrestre.  Une manière de ressentir les énergies. Et, la vie sans eux est trop terne pour valoir la peine d’être endurée

La pédérastie est une forme de don de soi.  C’est aussi une profonde respiration d’énergies.  Comment peuvent-elles être mal canalisées?   Le jeu peut-il être mal, s’il a pour but de nous rendre heureux?  

Depuis l’époque de la Grèce antique, qui louait la pédérastie, on l’interdit, sans même se demander si une telle situation peut être vécue de façon positive et si oui, comment ? Quel rôle la pédérastie joue-t-elle dans le développement de la personnalité du jeune aimé? Peut-elle être positive pour le jeune ou est-elle que pure égoïsme?  C’est ce que je me demandais à travers mes livres. 

Aujourd’hui, quand tu es accusé, les moralistes s’acharnent contre toi et tous ceux qui t’entourent te rejettent.   On peut sans hésiter, appeler cela du harcèlement.  Je sais de quoi je parle. 

La lutte pour la liberté sexuelle est une lutte pour les droits individuels et une véritable démocratie. 

Que l’esclavage ou la dictature soit imposé par dieu ou par les pétrolières, c’est toujours de l’esclavage. 

La dictature morale permet de conserver le pouvoir alors que les gens exploités s’imaginent, en obéissant aveuglément, engranger une meilleure éternité.

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