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Radioactif 378

mai 19, 2022

Radioactif  378

Texte de 2008

Le bon vieux temps…      

C’est drôle de vouloir devenir un écrivain alors que je le fus dans les années 1970.  Même si nos moumounes nationales essaient de m’éliminer de la littérature québécoise parce que je dis que je suis pédéraste, ça  n’enlève rien à la réalité passée. 

J’ai publié bien avant aujourd’hui et je continue d’avoir quelques lecteurs, même si mes livres sont introuvables. 

En quoi mes livres sont plus mal écrits, si pendant cet exercice d’écriture, je rêve de faire une pipe à un intéressé ?  C’est tellement agréable. Ça remplace le soleil qu’on n’a pas.  .

Je ne suis pas une vedette nationale, ni internationale, mais j’ai eu mes petits moments de gloire.  Ils m’ont suffi. Tout ce que j’avais besoin pour trouver la vie cool.  Je pouvais m’aimer malgré mes limites.

Écrire, c’était vivre à 300 milles à l’heure, sur une chaussée glissante.  Aujourd’hui, je manque de libido.  Je dois me faire croire que j’existe encore parce qu’on a décidé que je n’existe pas, ayant osé dire ce dont il ne faut pas parler dans un monde de liberté d’expression comme dans « liberté d’expression, mon cul»

Écrire, c’est se battre contre une bande de bornés qui essaient de nous refiler la vieille cassette du « fais-le bon petit gars, sinon tu vas faire pleurer le petit Jésus».

À cette époque, mes meilleurs amis étaient Janou St-Denis, Gaétan Dostie et Gilbert Langevin.  Eux, ils avaient l’esprit assez ouvert pour ne pas se demander si je fais bien le va-et-vient du bout des doigts ou si j’ai la langue en tourlourette, en mangeant mon partenaire.  Ils savaient que ça ne les regarde pas. Je ne vais pas demander à un hétéro s’il est éjaculateur précoce.

Aujourd’hui, on nous supplie jusqu’à la télévision de devenir les êtres les plus abjects qui existent dans la nature humaine : des dénonciateurs ou des stools.   C’est bien le règne des femmes ! 

Nous n’étions pas des enfants de chœur.  Nous aimions nous saouler un peu, fumer un petit joint de temps en temps. On voulait encore mieux s’assurer que la vie coule toujours par la même bonne petite «champlure».  Il faut toujours un boyau pour arroser son jardin. 

Freud, quant à lui, disait que les femmes occidentales n’avaient pas accepté le fait qu’elles sont dépourvues de pénis… Même si on était à l’aube du vrai féminisme, les pénis avaient encore une place et les femmes savaient les retrouver.  On vivait notre vie d’artiste. 

Ce fut des années que je vous souhaiterais à tous de vivre, car cette liberté qui m’animait fut totalement écrasée et la situation actuelle ne permet pas de la revivre. 

Les scrupuleux sont prisonniers de leurs crânes. Et l’autocensure s’installe avec l’âge. Le Québec est plus que centenaire.

On ne se mêlait pas comme aujourd’hui de la morale des autres.  On était bien trop occupé à devoir réaliser notre propre rédemption.

C’était le bon temps !  Aujourd’hui, je suis plus dépolitisé et surtout, plus dépoétisé.  Je sais que la liberté d’expression, c’est une farce monumentale. Une hypocrisie de genre.

Le printemps commence demain matin.  Prendre note que le Québec est une bergerie, on y préfère l’argent à la liberté, c’est un moyen d’encourager la paresse.   « Ça donne rien de vouloir réveiller nos moutons, ils rêvent à partir des vapeurs de l’essence de leurs autos. » 

Comme les Indiens que je rencontrais dans l’Ouest, quand tu «sniffes», t’as pas à être conscient et mes compatriotes adorent sniffer l’odeur des portefeuilles. 

J’en suis toujours à me chercher une nouvelle vocation et je vois notre langue en déclin, la pauvre.


Poésie libre !          

À mon arrivée à Montréal, j’étais loin de la politique et je ne pensais qu’au moyen de ne pas payer l’amende pour remplacer la vitrine brisée à Vancouver.  Investir dans le système judiciaire, c’est investir dans la pègre. 

Je n’avais pas d’argent comme d’habitude.  Je ne sais pas pourquoi, l’argent brûle dans mes mains.  Quand j’ai une augmentation de salaire de 0.25$, je subis en même temps, à peu près 50$ de hausses de toutes sortes de choses à payer : métro, hydro, intérêt sur les retours d’impôts (comme si tu n’en payais pas assez avec ce qu’on enlève sur ta paye), services de toutes sortes. On appelle ça l’augmentation du coût de la vie…

Des professionnels qui chargent plus cher à toutes les années en se «crissant» que les plus pauvres soient pénalisés.  Il faut que tout ce beau monde, bourré de diplômes universitaires, puissent manger plus de caviar et boire de champagne « une image»… c’est ça la mafia légale, une bourgeoise

Ne vous en faites pas, eux, ils peuvent se payer des prostituées sans danger. La police n’intervient pas auprès des gros bonnets.   Mon ami Pierre Faucher fut agent de police à la Sûreté du Québec.  Il m’a confié plus tard, combien de fois, la police aurait dû intervenir parce que des gros bonnets avaient réservé les services de mineures, mais rien n’avait été fait à cause des ordres de tout laisser tomber. 

Si la répartition des richesses était plus juste, ce serait plus normal, car il y a une hiérarchie partout dans la nature ; mais c’est toujours au dépens des plus pauvres …   Après tout, ce n’était pas la faute du jeune surveillant à l’hôtel, si j’avais parlé français dans le pays de l’anglais et du mandarin. 

Par contre, s’il avait été moins pisseux, il aurait essayé de comprendre ce que je demandais et il aurait pu orienter mon retour à la maison. C’est tout ce que je voulais.  J’avais été plus surpris que lui de voir s’effondrer la vitre de la porte.  Un petit coup de pied de trop, trop fort, pour attirer l’attention parce qu’il se sauvait. J’étais coupable, pas de doute et d’excuses, c’était à moi de moins fêter mon retour au Québec. 

Par contre, j’avais absolument raison de dénoncer le racisme de la police de Vancouver à l’endroit des francophones, racisme qui était encore embryonnaire, comparé à celui développer contre les Autochtones. 

Mon petit côté révolutionnaire et « délinquant » l’emportait.  La délinquance a toujours un petit aspect narcissique : tu veux épater la galerie avec tes exploits. 

Il faut bien quelque chose pour te sentir aimé et ne pas être « abandonné » sur le fleuve avec un petit Moïse trop jeune pour explorer la vie.  S’il avait été plus vieux, ça aurait été agréable de partager sa couche et devenir moi aussi un petit prince. Celui de St-Exupéry est formidable, je l’ai lu des centaines de fois. Recommandé à tous les jeunes.

Mon amour de la bouteille de vin m’a vite fait vivre encore bien des petites aventures, surtout avec Gilbert Langevin. 

Janou St-Denis se battait, elle, pour la poésie,  le droit de parler pendant que le maire de Montréal, se battait pour plus de censure.  Il faut se rappeler l’affaire du Corridart, une exposition interdite avant même d’avoir lieu. On l’a démantibulée durant la nuit.

(À suivre… Mademoiselle Benji commence à avoir les yeux croches à force d’essayer de me faire comprendre que le temps avance et que son estomac se vide.)  

De retour vers le futur…  Janou St-Denis animait Places aux poètes, un endroit où on allait réciter.  Je l’adorais, car même si elle n’approuvait pas ma pédérastie, elle a attenu de voir si je pouvais être dangereux pour les jeunes avant de me rejeter ou de devenir mon amie. 

Janou savait que ma pédérastie était un peu malade dans le sens que le sexe prenait parfois trop d’importance par rapport à l’amour, ce qui est inacceptable pour une femme.  C’est un comportement que l’on retrouve souvent chez les homosexuels.  Là-dessus, elle avait parfaitement raison. 

Mais, c’est une réaction qui est créée par la répression sexuelle et la censure.  Quand t’as presque rien, tu essaies de sauter sur la moindre occasion qui s’offre.  Elle me reprochait aussi la façon de m’exprimer quand il était question des femmes dans mes livres.  Selon elle, les femmes étaient assez opprimées comme ça, sans devoir subir les attaques d’un gars qui ne les haï pas.   

Pourtant, je trouve que j’ai toujours été plus respectueux avec les femmes que bien des mâles qu’elles aimaient et que je trouvais affreusement machos.  Je ne défends pas le droit des jeunes filles parce que je ne crois pas savoir ce qu’elles veulent et ce qui est bien pour elles.  Par contre, je «connais» ce que c’est d’être un mâle.  Je ne sais pas, je connais…

Je sais que les grandes manifestations morales aboutissent toutes à condamner la sexualité, soit notre nature profonde, sans distinction, avec ou sans idéal.  Comme si la vie était un sens unique.   Mon amour pour la bouteille de vin et la poésie a fait en sorte que j’ai vécu bien des petites aventures de verres, spécialement avec le grand poète Gilbert Langevin, qui n’avait rien d’un homosexuel et qui ne jugeait pas ma pédérastie.  

Langevin, c’était le poète des poètes. Le poète du peuple.  Le poète de la chanson, lui, qui aurait toujours voulu être un chanteur. « La voix que j’ai ». On avait en commun l’amour du petit peuple, comme diraient nos élus.  C’était un bel homme, comme tous les jeunes Indiens.   Comme moi, Langevin aimait la «swing».  Je le trouvais pourtant un peu macho peut-être parce que j’aimais bien ses blondes, mais ça ne se savait pas, je suis pédéraste.  Il avait une attitude avec les femmes qui faisait que je me demandais toujours pourquoi il en avait autant.  Mais, ce temps-là, les femmes aimaient les hommes virils, j’imagine.  Je regardais ailleurs, donc, je ne pouvais pas être jaloux.  Ou c’était peut-être sa célébrité ? 

Même les pédérastes se demandent pourquoi les autres poignent plus qu’eux.  En tous cas, nous avions l’habitude de nous rendre prendre une bière à la taverne Chérier.  Aussi, un soir, je lui racontais mon aventure à Dawson Creek quand j’ai décidé de démontrer la force d’un petit couteau. J’en mis un sur la table.  J’ai alors demandé au serveur de se hâter un peu plus pour servir « le dur que je pensais être devenu ». 

Je ne me rappelle plus tous les détails, mais le serveur était encore moins peureux que moi.  Il m’a pris et jeté littéralement à la porte, le pied au cul.   Mon pauvre Langevin, aussi pesant qu’une feuille, tenta de le persuader de me laisser revenir, car je n’étais pas le méchant que j’avais bien voulu laissé croire.  La première chose que j’ai sue, mon Gilbert était dans les airs et garroché sur le trottoir.  Et Langevin, étant plus long et plus léger, donc. il en a plané une claque.

Quelques jours plus tard, nous avons été ré acceptés puisqu’on n’était pas des bagarreurs.  Le serveur en a profité pour me faire la leçon.  Il m’a expliqué qu’il avait agi ainsi non seulement parce qu’il était en colère, mais parce que dans un endroit de ce genre on ne commence pas à se promener avec des armes blanches, de peur qu’un fou surgisse et décide de nous faire la peau.  Il suffit qu’un paranoïaque se sente viser pour que ça arrive.  Il n’avait pas agi ainsi parce qu’il avait peur, mais pour me protéger.  Chérier, ce n’était pas toujours du gâteau et se pavaner avec un petit couteau, c’était dangereux.  Ce fut une éviction préventive. 

Je me rappelle aussi une discussion avec Denis Vanier.  C’était le grand poète de la révolution avec sa petite amie, la Fée des étoiles.  Il venait de publier un livre avec une photo du clitoris de sa fée et je lui ai dit que ça n’avait rien de révolutionnaire puisque ça faisait plaisir à tout le monde de jeter un coup d’oeil hypocrite sur le sexe d’une femme et de prétendre que ça dépasse les bornes.   « Prône le droit à la pédérastie, tu verras que c’est tout autrement ». La très grande majorité des humains sont, même s’ils ne savent pas pourquoi, contre les relations sexuelles d’un mâle adulte avec un mâle imberbe.  Les mâles de cette époque ne pouvait même pas y penser. Ils n’avaient pas assez été sucés pour se rappeler comment c’est délicieux. La très grande majorité ne l’a peut-être jamais été.  

Quand Parti pris annonça mon livre Laissez venir à moi les petits gars, la publicité était accompagnée par la photo d’un beau petit gars nu dans un ruisseau.  

À cette époque, de la grande authenticité, j’étais fier d’être pédéraste et surtout de me prendre pour un felquiste : on a droit à une double personnalité, en autant qu’elle ne se contredise pas.  Dans mon cas, j’étais pisseux, mais trop orgueilleux pour le faire voir.

C’est aussi pourquoi j’ai toujours fait mes manifestations seulAinsi, on ne pouvait arrêter personne à cause de moi.         

C’étaient des discussions on ne peut plus habituelles et normales entre poètes parce qu’à cette époque, on n’était pas jaloux du succès des autres.  On était tous amis, donc, tous heureux quand quelqu’un était porté aux nues. On se réjouissait du succès des autres. 

Aujourd’hui, les moumounes de la droite religieuse essaient de me faire éliminer de la liste des écrivains parce qu’elles (ils) se pensent les seules à avoir du talent.  C’est peut-être vrai, mais ce talent est semé en terre sèche, le désert.  Une graine, ça ne pousse pas dans le désert.  Elles devraient le savoir, elles sont tellement contre la sodomie.  

Être seul permet de ne pas avoir à se comparer et devoir utiliser des mots vides pour avoir l’air fragile ou romantique.  Avoir besoin d’une baise, il n’est pas pas nécessaire de le cacher, c’est normal.   

En général, j’aime goûter à tout ce qui s’écrit, surtout ce qui est différent de moi.  La littérature, ce n’est pas juste vendre un livre, c’est d’abord un partage, une amitié. La guerre existe entre les ennemis, pas entre les créateurs… Langevin aimait ce que je faisais, surtout à cause des finales, des punchs, comme il disait. 

Les textes de Langevin étaient bons du début à la fin et tout voulait dire quelque chose.  J’étais aussi très près de la poésie engagée de Janou.  Que Dieu ait leur âme !  Leurs poèmes sont magnifiques;    mais on ne les lit pas encore partout, à cause du politique.   Ils sont comme moi, dangereux.

On dit qu’il ne faut pas parler de politique dans la poésie, ni de religion, ni de cul…C’est rendu plate en hostie de se croire poète. 

La poésie, c’est la révolution, la liberté.

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