Aller au contenu principal

Radioactif 371

mai 11, 2022

Radioactif 371

Texte de 2998

Prostitué : pour apprendre.

Vivre l’expérience de la prostitution, ce n’est pas quelque chose que l’on suggère à qui que ce soit parce que ça peut être très destructif si la personne n’est pas consciente et prête à le vivre. 

Ce n’est pas nécessairement bon pour évoluer dans la vie.  Il est possible de se développer sans ça, mais il faudrait arrêter de voir ça comme la fin du monde.  L’enfer sur terre.  Je voulais connaître la Vérité.

Pour que la sexualité soit négative pour toi, tu dois y coller une valeur religieuse.  La prostitution est un droit individuel comme celui d’une mort digne, dans l’espace réservé à la vie privée.  On naît seul et on meurt seul.  La violence et les drogues sont bien pires que la prostitution.  

Par contre, si tout le monde était prostitué ou pédéraste, la cohésion sociale mangerait toute une claque puisque les familles ont besoin de stabilité pour la période où les jeunes sont à la maison.   Ce serait invivable. La pédérastie a une forme d’égoïsme qui s’assume dans le sens que l’on reconnaît que c’est une liaison qui nous ait tout à fait agréable. Malheureusement, on ne peut pas savoir s’il en est totalement de même pour son partenaire.

L’homosexualité est une exception à la règle, car, on peut encore fonder une famille. L’adoption permet d’avoir des enfants. 

Une relation sexuelle, sans amour et sans lendemain, ça ne donne pas grand-chose.  C’est peut-être payant, mais ce n’est pas aussi valorisant qu’un travail plus conventionnel.  Vendre ou loué son cul au lieu de ses bras ou son cerveau, ça se vaut physiquement. Et, le pire c’est plus payant que de travailler à l’usine.  Comme il est plus payant de jouer au hockey que d’enseigner, une aberration de notre société.  Une de nos bêtises sociales : juger la valeur d’un travail en fonction de ses profits.

 Accompagner quelqu’un dans une petite vite , c’est un petit plaisir très passager, si on aime vraiment jouir.  Une forme de narcissisme.  Par contre, les jeunes n’ont pas besoin d’attendre un plus vieux pour avoir l’occasion d’expérimenter la sensation des caresses, mais c’est à eux, non aux parents, de choisir le ou la partenaire.  Il n’y a pas de danger sur le plan physique, à part les MTS dues à l’ignorance.  C’est le contraire de ce que la morale bourgeoise pense et enseigne.

Le problème quand tu es jeune, c’est de te sentir «dévalué » quand éclate ta relation.  On est trop sujet aux peines d’amour quand on est jeune.  Et, ça fait encore plus mal que chez les adultes.  Quand tu casses ta relation amoureuse la première fois, t’as l’impression que la vie vient de se terminer, que plus jamais tu ne rencontreras une personne que t’aimeras autant.  C’est une des causes du suicide chez les jeunes. 

Cette incapacité de donner le droit au temps de soigner sa peine est toute juvénile.  Quand on est jeune, on s’imagine être un cas unique.  Comment leur apprendre que c’est une chose commune, si on refuse toujours d’aborder le sujet sans scrupule et dans la transparence la plus complète. 

Par contre, j’avais tout ce qu’il fallait pour plonger dans l’univers de la prostitution.  Pour moi, m’offrir, c’était plutôt une forme de charité envers ceux qui avaient des problèmes à se trouver un partenaire. 

Plutôt que de voir un manque de sexe comme un sacrifice volontaire, je percevais ça plutôt comme une perversion masochiste « du sacrifice » pour sublimer son image, un sacrifice inutile et contre-nature.  Je pensais un peu comme dans lefilm La vraie nature de Bernadette, dans lequel Bernadette fait des pipes aux vieux du village pour leur rendre le sourire et la vieillesse un peu plus agréable.   

J’aimais aussi sentir que je poignais.  Être laid et désiré quand même, c’était pour moi une revanche sur ce que la nature ne m’avait pas donné.  Une sensation admirable : d’autant plus que je faisais la planche et je mesurais, je comparais les plaisirs cumulés, selon la façon d’être sucé.  J’étudiais les techniques.  Les essais ont fait en sorte que j’avais de moins en moins peur de ceux qui me couraient après.  Cependant, ce n’était pas ce qu’il y a de plus intelligent, car un malade qui panique parce qu’il se sent coupable, sali d’avoir joué aux fesses et qui décide de te faire payer pour son péché, c’est toujours possible et ça ne leur paraît pas dans le visage quand il te «cruise».

Mais, j’avais grâce à mon petit côté révolté une petite tendance à la délinquance.  J’aimais ce rapport avec le danger et j’admirais ceux qui pouvaient le vivre encore plus jeune que moi.  J’étais peut-être un peu paranoïaque, dans le sens que je faisais bien attention pour ne pas risquer d’avoir des surprises quand je décidais d’accompagner quelqu’un qui semblait me désirer.  J’adorais ça aussi parce qu’alors j’avais l’impression de remplacer le jeune avec qui, moi, j’ai des contacts sexuels.   J’étais le serein d’un plus vieux que moi. En vivant ainsi, je savais ce que peut ressentir le jeune quand il est avec moi.  Je voulais comprendre la nuance entre ce qui est agréable et pénible quand tu es le jeune.  Comment percevoir la vraie nature du jeune pour ne pas le brimer ? 

J’ai compris que les rapports sexuels chez les jeunes doivent absolument être un jeu pour que ce soit agréable pour eux.  L’aboutissement normal, le plaisir le plus complet.  Pour l’exprimer, j’ai inventé le terme d’amourajeux pour le pédéraste ; amourajoie pour la forme d’amour.  Une limite naturelle à toutes les relations : l’obligation d’être agréable pour le jeune. 

Je rejetais d’emblée toutes formes de relations basées sur la violence, l’intimidation et je dirais l’inconscience avec la fausse excuse : je ne savais pas, j’ai été trop surpris pour réagir. 

Pour les gens, j’étais pervers ; mais dans ma tête, je respectais plus ceux avec qui   « je trippais » que le système d’exploitation dans lequel nous plongeons tous volontairement ou non.  Il faut bien gagner sa vie.  En fait, ça pose la seule vraie question : qui sommes-nous et que faisons-nous sur cette terre?  Sommes-nous éternels ?   Il n’y a qu’une vérité : on ne sait rien. On ne sait pas qui on est, d’où on vient et où nous allons. 

Je me servais de mes expériences pour mieux comprendre ce que les jeunes qui venaient avec moi vivent réellement, car nous sommes tous fondamentalement pareils.  Le discours du jeune entrâiné et malheureux était selon toutes les expériences que je vivais d’une fausseté absolue. La culpabilité ne peut exister que si on arrive à te faire croire que le sexe est quelque chose de mal. Et, le système nous ment pour mieux nous exploiter. Où est la vérité? J’aime ou je n’aime pas. La liberté est notre plus grande richesse.

Retour retardé.

Le temps passé à Vancouver fut marqué par la visite de l’île de Vancouver.  Je capotais littéralement quand j’ai vu comme c’est beau d’avoir des fleurs partout.  L’île est certes une des merveilles à visiter quand on va au BC. 

Il y a une plage de nudisme, là où je voulais me rendre ; mais cette destination fut changée pour visiter ce que l’on appelait les « Rain forest trail ».  À cette époque, cette merveille de la nature était indiquée seulement par une petite pancarte. À cause de la dimension des arbres, la flore est d’un vert si tendre que tu penses arriver sur une autre planète. 

J’ai passé le reste de mon temps à écrire à Vancouver.  Je n’avais même plus le temps de jouir de la vie.  J’avais deux romans en marche de front.  Le retour pour le Québec était prévu pour le lendemain matin, aussi le soir, avons-nous pris une maudite bonne brosse.  J’étais tellement saoul que je ne me rappelais plus quel chemin prendre pour aller me coucher. 

J’étais devant un hôtel.  J’ai décidé de m’informer.  La porte était close et il y avait un jeune homme près du bureau de réception.  J’ai d’abord frappé à coups de poing dans la porte en criant en français que je voulais une information.  Le jeune semblait paniquer et il a téléphoné.  Soudain, je me suis rendu compte qu’il ne pouvait pas me comprendre puisque je lui avais parlé en français.  J’ai recommencé à frapper un peu plus fort, pour avoir son attention, car il semblait quitter la salle, mais en parlant cette fois en anglais.  La vitre se brisa d’un coup.  J’étais sidéré. 

Je ne savais plus que faire, donc, je suis parti à pied ; mais j’étais tellement saoul que je suis revenu sur mes pas et je me suis ramassé nez à nez avec la police.  Elle n’avait qu’à me cueillir. 

On m’embarqua dans le panier à salade. Il y avait déjà un autochtone.  On aurait dit qu’ils faisaient exprès pour nous faire «revoler» partout.  Quand je suis arrivé au poste, on a pris mes souliers et l’on commença à prendre mes empreintes.  Les policiers ne savaient pas que je parlais anglais et que je comprenais tout ce qu’ils disaient à mon propos ainsi que pour l’autochtone. Des propos exprimant leur dédain des français.  Tout dans leur langage était affreusement raciste. 

À chaque fois, que le policier s’efforçait de prendre mes empreintes, je m’arrangeais pour donner un petit coup de façon à étendre l’encre et le forcer à recommencer.  Là, il manifestait combien de plaisir il aurait à tuer un de ses maudits français. 

Je recommençais à chaque fois mon petit jeu avec le sourire innocent jusqu’à ce qu’il me frappe à l’abdomen.  Les coups étaient drus.  Je n’ai pas eu d’autre choix que de lui permettre de compléter son travail.  Le lendemain, je me suis présenté en cour, refusant toujours de parler anglais.  L’interprète était affreux.  Il racontait des affaires qui n’avaient aucun sens.  

Quand, à la fin, le juge décida de remettre la cause à plus tard, je me suis permis de lui demander en anglais : « Where are my shoes?  »   Question qui fit rire l’assistance.   Une telle prolongation de séjour à Vancouver dépassait les moyens financiers à ma disposition.  Je ne pouvais pas dépenser davantage et prendre mon billet d’autobus, comme prévu. 

Je suis parti sur le pouce dans l’espoir de me rendre à l’auberge où j’étais déjà arrêté.  Le diable n’y était plus. 

J’eus juste le temps de me faire quelques amis et refuser de me rendre sur une île à la recherche de champignons magiques.  En cour, je refusais toujours de parler anglais.  Le juge m’a sentencié à une amende. 

J’ai quitté la cour, le poing dans les airs, comme le FLQ, et je me suis mis à chanter en français, même si je chante affreusement mal : Prenons un verre, buvons en deux, à la santé des amoureux.  Et, merde à la reine d’Angleterre qui nous a déclaré la guerre.  Ça l’air brave comme ça, mais personne ne comprenait le français.

L’armée du salut est intervenue et a payé mon billet pour que je revienne à Montréal.  Personne ne pleura mon départ.   On le souhait même.  Je n’ai jamais revu David par la suite.  Il était retourné, j’imagine, chez ses anciens amis. 
 

No comments yet

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueueurs aiment cette page :