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Radioactif 370

mai 9, 2022

Radioactif 370

Texte de 2008

À poil pour contester.

Ma plus grande surprise de retour à Dawson Creek fut d’apprendre que la jeune autochtone qui suivait le cours avec nous avait quitté la classe parce que le grand chef cuisinier, le professeur en charge, était constamment sur son dos.  Elle a fini par craquer et abandonner les études dont elle était tellement fière. 

Dès mon arrivée, je l’ai remplacée pour subir les manifestations de racisme de ce monsieur : j’étais francophone.  On apprenait la cuisine, en préparant les repas pour tous les gens sur le campus.  Il ne me lâchait pas.  Je me souviens vaguement qu’il m’avait surtout puni parce qu’un matin j’étais arrivé quelques minutes en retard.  Je n’avais pas de cadran et mon ancien ami curé qui devait me réveiller, pour se venger, j’imagine, m’a laissé passer tout droit.  Je devais, dès la première paye, m’acheter un cadran pour être autonome.  

Quoiqu’il en soit, j’ai décidé de lui offrir la leçon de sa vie.  Mon chef cuisinier fasciste m’a convoqué chez le directeur.  J’y suis allé avec un beau grand couteau de cuisine à la ceinture.  Je l’ai laissé m’engueuler, mais je lui ai expliqué ensuite, en frappant le couteau sur le bureau et en le lui pointant gentiment sous la gorge que je déteste le racisme et le fascisme.  Je fus très convaincant.  Il n’avait plus du tout envie de discuter. 

J’étais d’abord content de mon exploit, mais quand j’ai fait du pouce plus tard, l’homme à qui je me vantais de ma colère me demanda :  » Qu’est-ce que t’aurais fait, si dans sa peur, il aurait eu une crise cardiaque? »  Je n’y avais pas pensé et j’avoue qu’en entendant cette réflexion, je me suis trouvé pas mal idiot de ne pas y avoir songé. Je voulais qu’il comprenne et je n’avais pas pensé que ça aurait pu mal tourner.  Je ne me trouvais plus aussi brillant.  L’atmosphère était devenue pénible. 

J’ai décidé de quitter le cours en employant un moyen qui leur resterait dans la mémoire longtemps.  Aussi, aie-je mis tous mes vêtements dans ma case à l’arrière de la cafétéria.  J’ai enfilé mon costume blanc comme à l’habitude, mais quand la cafétéria fut complètement remplie, je me suis déshabillé dans la cuisine à l’avant et je me suis rendu, complètement nu, à l’arrière de la cafétéria. 

C’était affreusement drôle d’entendre les hurlements comme si j’avais été entouré d’une ceinture d’explosifs.  Mon geste résonna encore plus que ma visite chez le directeur. 

Les jeunes vinrent me trouver et me demandèrent ce qu’ils devaient faire.  Ils étaient prêts de toute évidence à tout démolir, si je prenais la tête de la rébellion ; mais ce n’était pas ce que je voulais.  

Je me suis rhabillé et je suis allé au dortoir chercher mes affaires pour retourner à Vancouver.  J’ai croisé un groupe de surveillants qui me cherchaient.  L’un d’eux me demanda :  » Have you seen this dem french man ? Et, je lui ai répondu : « Non, toi ?  »            

À Vancouver, j’ai raconté l’incident dans un journal hippie, mais à la taverne, un des jeunes résuma sa façon de voir la chose en me disant : «Ce ne doit pas être vrai.  Il t’arrive toujours des affaires comme ça, de brave entre les braves, seulement quand tu es seul.  Ce n’est pas bizarre, ça? ».  Je n’avais pas à être cru, je l’avais fait c’est tout.   . 

J’ai compris que la nudité est une forme plus qu’explosive de contestation dans une société scrupuleuse comme la nôtre.  Verrais-tu ça en Chine, tout le monde à poil?  J’écouterais les jeux en direct : les petits asiatiques sont de toute beauté! 

Saint Québecor !

C’est étonnant de voir les média de Québecor se prendre pour les nouveaux curés du Québec.  Non seulement, ils se font un plaisir quasi hystérique de parler de tous les cas de « cul » qui se présentent en cour ; mais voilà t’y pas qu’ils veulent remplacer Radio-Canada, dans la diffusion des bons préceptes religieux sur la sexualité, en dénonçant le tourisme sexuel à l’étranger. 

Je crois qu’il y a une différence fondamentale entre tomber en amour avec des jeunes et les louer comme des objets sexuels qu’on jette dès le départ.  C’est un manque de respect pour ces gens qui nous plaisent une journée et qu’on échange comme des cochons, le lendemain.  Je ne crois pas à l’amour dans de telles conditions. 

Par ailleurs, je n’ai rien contre tomber en amour en voyage dans un pays étranger.  Au contraire, même si ça permet des relations sexuelles, la libido nourrit la passion et cette passion peut être créatrice.  Elles créent des liens comme toute relation humaine doit le faire.  Pourquoi pas ?  L’amour est d’abord physique avant de devenir un échange plus intellectuel et je dirais même psychique.  

Il y a une différence entre forcer quelqu’un à avoir des relations avec toi et finir par avoir des relations avec quelqu’un qui nous plaît et à qui on plaît.  Un échange de bonheur.  Il faut cesser d’être hypocrite. 

Quand tu crèves de faim, ce peut être un moyen que tu choisis, qui n’a rien d’une dévaluation de ta personnalité, pour essayer de t’en sortir.  C’est bien beau d’être scrupuleux quand tu as tout ce que tu veux dans la vie.  Cependant, c’est aussi une question de valeur, personne n’a le droit d’abuser des autres s’ils ne consentent pas.   Le sexe fait partie de la vie privé et du droit absolu, pour chaque individu, de dire oui ou non.  

Comme je le disais l’autre jour, en parlant de tourisme sexuel, au lieu de mettre les gens en dedans, ceux qui sont pris devraient être obligés de subvenir aux besoins (une allocation) des prostitués (es) pour lesquels ils sont trouvés coupables de façon à ce qu’ils (elles) puissent aller à l’école ou gagner leur vie autrement, sans que leur famille en souffre. 

Si tu veux jouer aux fesses ailleurs, tu dois être assez responsable pour aider ces pauvres personnes à se sortir définitivement de la misère.  Je ne comprends pas pourquoi nous avons à jouer aux prudes et ainsi ignorer les vraies causes profondes du tourisme sexuel. 

Le chantage peut aussi devenir un objet pour favoriser ce tourisme.  On peut exiger des amendes, kidnapper, etc.  Ça ne se joue pas seulement d’un bord.  Le gros cochon qui profite de la victime, selon nous, aide peut-être plus ces gens que la bande de moralistes qui épient sans cesse le fond de nos culottes parce qu’ils sont jaloux et ne sont plus capables de jouir. 

Si, dans le monde, la prostitution individuelle était légalisée, tout en renforçant toutes les lois contre le proxénétisme, on aurait pas besoin de dépenser des fortunes pour faire croire que nous avons un rôle à jouer dans la morale sexuelle mondiale…comme un bande d’hypocrites.  Ta seule responsabilité sexuelle, c’est ton propre cul (ça l’air vulgaire, mais c’est exactement ça).  Occupe-toi de toi.  Augmentez les salaires et les possibilités d’emplois dans les pays où il y a beaucoup de prostitution, ouvrez des écoles comme le fait M. Gérin-Lajoie (lui, c’est un vrai héros) et vous combattrez efficacement le tourisme sexuel.  On se prostitue pour manger ou parce qu’on aime ça ou les deux à la fois. Pourquoi avons-nous besoin des autres pour nous faire la morale?           

Quant à la morale : les pires sont ceux qui permettent qu’il y ait encore autant de pauvres sur la terre.  La liberté sexuelle, c’est nécessairement un choix individuel  pour ou contre. Ce doit être réglé sur le plan individuel et non collectif. C’est ça la liberté de conscience.

Les « mots »

Avec le temps, comme le chantait Léo Ferré, le sens du mot  «révolution » a évolué et changé de signification, tout comme ma façon de voir la sexualité s’est raffinée. 

J’ai cessé de croire dans la révolution militaire ou terroriste parce que la violence engendre la violence.  On remplace une bande d’exploiteurs par une autre bande d’exploiteurs, portés plus à gauche ou plus à droite. 

Je ne sais pas pourquoi, on dirait que tous les politiciens, par exemple, entrent en politique avec le feu sacré et l’envie folle de changer le monde pour le mieux ; mais au fur et à mesure que les années passent, ils pourrissent. 

Ce sont d’ailleurs ces 40 ans de frustration et de vils espoirs qui sont devenus les pires obstacles à l’indépendance du Québec.  Toutes les institutions qui avaient été créées pour le bien du peuple ont été vendues à des étrangers ou détournées de leur fin.  Seulement un petit groupe s’est encore enrichi.  Le mot professionnel est presque devenu synonyme de licence pour exploiter les autres

Par exemple, les hausses successives des prix d’Hydro-Québec.  En soi, il n’y a pas de problème, car 75% des revenus reviendront au service du peuple (qu’on le veuille ou non, c’est une des belles décisions des libéraux du Québec).  On va peut-être cessé de nous casser les oreilles en nous comparant toujours aux autres.  C’est nous qui avons payé pour créer Hydro-Québec, pas les voisins, comme on a fumé pour construire le stade olympique. 

Parlant de fumer, on est vraiment tombé sur la tête avec les nouveaux règlements d’affichage dans les dépanneurs.  Je ne fume plus depuis plus d’un an, mais à force de les voir aussi débiles, ça me tente de recommencer juste pour les envoyer promener, ces bandes d’idiots !  Heureusement, je m’aime, donc je me retiens. 

C’est un exemple flagrant de manque de couille : si on ne veut pas qu’on fume, qu’on l’interdise ; sinon qu’on nous fiche la paix ainsi qu’aux fumeurs.  On a qu’à les avertir qu’ils ne seront pas soignés aux frais de l’État s’ils continuent de fumer et que cette habitude crée la maladie qui les frappe.  Un choix à faire. 

C’est la même chose pour la sexualité : ceux qui sont pour la liberté sexuelle devraient pouvoir vivre cette merveilleuse liberté, tout en apprenant à respecter les autres.  Tout le monde est maître absolu de son corps et de son esprit. 

Les scrupuleux n’ont qu’à s’occuper de leur derrière et qu’ils fichent la paix aux autres.  Seules conditions pour vivre cette liberté : le consentement mutuel, la non-violence, la responsabilité (en amour tu crées automatiquement des sentiments dont tu es responsable) et que ce soit agréable. 

Que tu vendes tes services, que tu les échanges, etc. ça ne regarde que toi.  Il faut dégrossir le tapage fait autour des relations sexuelles et des procès.  Que Québecor abandonne sa soutane.  Le pire combat à mener, c’est la non-violence, le racisme et toutes les discriminations créées par les religions, en d’autres mots, les droits de la personne

Doit-on cesser de payer ses impôts quand notre gouvernement déclare la guerre et qu’on est pacifiste ?  Une chose est certaine, on ne pourra jamais changer le monde seul.  Et, il faut trouver des moyens pacifiques pour y arriver.  Instruire le monde, l’école, c’est la première chose. 

Nu dans le lit.

Le retour sur le pouce fut long et difficile.  Pire, en arrivant à Vancouver, je n’ai pas pu retrouver le groupe de David.  J’allais donc être fauché jusqu’à ce que je m’arrange à nouveau avec le bien-être.  Pour une fois, j’avais faim.  Je faisais connaissance avec cette urgence intérieure.  Le soir d’avant, j’avais dormi sur le ciment dans un terrain de stationnement.  J’étais plutôt mal en point.  C’était nouveau pour moi.  Je faisais face à la misère humaine pour la première fois de ma vie. 

Par hasard, un vieux monsieur s’intéressa à moi.  Les présentations furent très courtes.  Les clauses du contrat très vite précisées : n’importe quoi, sauf être enculé, car je déteste.  Il m’amena au restaurant et me paya un repas de roi. Tel qu’entendu, puisque je n’avais rien à craindre de lui, je me suis rendu à son appartement.  Douche, le laisser me caresser et puis dormir nu sur le lit.  C’était tout ce qu’il voulait.  Était-ce son âge ?  Il avait au moins 75 ans. 

C’était plutôt un geste de charité que de lui donner la chance d’avoir un gars plus jeune que lui dans son lit.  Même s’il l’avait voulu, il n’aurait même pas pu m’enculer, trop flasque !  Il sortit tous ses vibrateurs qu’il s’appliqua pendant que j’essayais de dormir. J’ai adoré l’expérience, car je servais d’incitatif aux plaisirs pour un vieux qui n’aurait probablement pas pu en avoir autrement.  Pourquoi ne pas répandre le bonheur ? Il était très gentil et très délicat dans tout ce qu’il faisait.  Cela m’a permis de m’organiser. 

J’ai commencé à travailler au journal français, le Soleil, et à passer le reste de mon temps à la bibliothèque de la ville à écrire.  J’avoue m’avoir affreusement ennuyé du journalisme.  Le journalisme, c’est comme lire un livre. C’est vivre dans une autre dimension.  La flamme de l’écriture était de retour. 

Comme à l’habitude, j’ai composé des textes qui ne seront jamais publiés. 

J’étais ravi quand David fut libéré.  C’était un poids de moins.  Il nous arrivait encore de temps en temps de « tripper» ensemble.  Par exemple, nous sommes descendus dans le hall d’un hôtel très chic qui avait mis une annonce en français.  Nous avons commencé des incantations comme les prières musulmanes jusqu’à ce que la direction nous menace d’alerter la police.  Nous vénérions le français et nous disions que nous aussi on voulait créer une nouvelle religion parce qu’on voulait devenir riche. 

Une autre fois, après avoir abondamment fumé, nous avons participé à une soirée de prières Krisna.  J’ai passé la majorité de mon temps à danser avec un petit gars.  Si cette religion était toujours ainsi, je me serais converti pour demeurer avec le petit.  

Ma libido est ce qui conduit une bonne partie de ma vie.  Puis, j’ai décidé de quitter le journal pour retourner à Montréal. Je voulais tenter de publier.

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